Déterminisme de La Biomasse Et Des Immobilisations Minérales de La Strate Herbacée Des Parcours Naturels Sahéliens
Déterminisme de La Biomasse Et Des Immobilisations Minérales de La Strate Herbacée Des Parcours Naturels Sahéliens
Marcel SICOT
Chercheur ORSTOM
ORSTOM, B .P . 18.2, Ouagadougou,
Haute-Volta
Résumé
Lu production jourrngère et les immohi1i.sation.s minértrles de lu strate herhtrcée ont r’tc;mesur&es dans les
priturages naturels représentat(f.s du hussin versunt de lu Mare d’oursi. II est montré que I’euu, principul jucteur
limitunt pour lu biomusse et la minérulomusse, masque pur .s»n uction les ejjets principaux des ja<.teur.y chimiques. En
milieu srrhr’lien des productions et des immobi1isrrtion.s minérules juibles et hétéroK>ne.s sont normules en raison du
dkjicit hydriyue. Elles relèvent suns biuis de proc*es.sus liunt le bilun hydrique approché pur le stock d’etru infiltré duns
le sol <ilu croissunce végétative et uu.~ phénomènes vitaux. L’incidence de la texture et de lu situation topographique
du profil pédologique sur la p&n&trtrtion et 10 circulation de I’euu duns le solfont des milieux subleux, des dépressions
et des mares des .sites,frrvortrbles ci I’instrrllation et LIUdéveloppement de la végétation.
Mots-clés : Fourrage - Biomasse - Immobilisations minérales - Bilan hydrique, pâturages - Sahel - Haute-Volta
Summary
ECOLOGICAL FACTORS OF BIOMASS PRODUCTION AND MINERAL IMMOBILISATIONS OF HERBACEOUS STRATUM OF SAHELIAN
NATURAL PASTURES
Dry mutter production und minerul immobiliscrtions c?fthe herbtrceous strutum urr metrsured in the representu-
rive nuturtrl pastures of Mare d’0ursÏ.s cutchment ureu.
It is .sho>cvmthut bluter bulwwe is the most importunt limitin~y,frrctor (!f plunt ,yro\csth und minertrl trb.sorption :
the principtrl qffects of the other ec~olo~~ic~tr1,fac~tor.s
ure,fully hidden.
In this strheliun environtient heterogeneous sptrce distribution of smtrll quuntitirs c?f biomuss trnd minerul
immobili.strtion.s ut-e quite normal bewuse c?fthe degree of \cwter dejicit.
Te.rturtrl properties trnd topogrtrphictrl situtrtion of the Kround mtrke thut strndy soils. depres.sion und Pound
.surroundin~~.s ure propitious mediumsjor vegetcrtion development.
Key words : Fodder - Biomass - Minera1 immobilisations - Water budget - Pasture - Sahel - Upper-Volta
Groupements végétaux AMs, Cdc. Cds Cep. Csd Asc. Ase. Asg
TABLEAU Ib
~__ ~~ _ ._~
Groupements végétaux
Caractéristiques pédologiques
w
_L.-_-_....-:.-.Y
~.~
Sols bruns subarides modaux
Sgt Spt, FRs
45’ de latitude nord et Oo 20’ et Oo 40’ de longitude - des sols ferrugineux sur argiles ou sables éoliens,
ouest. anciens ou récents,
Il fait partie, selon le nomenclature d’AuBREvILLE - idifférents sols bruns sur matériaux divers: sols bruns
( 1949), de la bordure méridionale de la zone soudano- ;eutrophes vertiques, sols bruns subarides,vertisols
sahélienne, laquelle se caractérise essentiellement par 1halomorphes.. . /
des pluies d’été inférieures à 650 mm tombant en averse Les tableaux Ia et Ib rt5sument leurs propriétis
orageuses. physico-chimiques. Ils suscitent les commentaires sui-
Il est constitué par un ensemble dunaire orienté vants : en dehors des sables, ce sont sauvent de mauvais
est-ouest, point de départ d’une suite d’ergs qui se supports physiques pour les plantes en raison de leur
prolonge jusqu’au désert au nord, et par le socle méta- compacité, leur faible porosité et leur imperméabilité
morphique précambien. Celui-ci est surmonté d’affleu- s’oppose à la circulation de l’eau. Ils sont généralement
rements cristallins et de buttes latéritiques et entaillé bien saturés et bien pourvus en éléments minéraux.
par les talwegs des marigots en arêtes de poisson qui Cependant, à cause du lessivage en milieux sableux
rayonnent autour de la Mare. ou du ruissellement sur glacis limono-argileux, des sub-
Les sols sont très diversifiés. On distingue (LEBRUN, carences superficielles sont à craindre, notamment pour
(1977) : l’azote, le phosphore et le potassium (voir ci-après).
- des sols lithosols et sols peu évolués sur cuirasse La végétation naturelle est une formation herbacée
ferrugineuse, dominée par des graminées annuelles : Cenchrus biflo-
rus et Aristida mutabilis en milieu sableux, Schoenjel- vers (S~OT 1976). II s’agit, selon la nomenclature de
dia gracilis, Aristida adscensionis et Zornia glochi- TOIJTAIN, des groupements :
diata en glacis, Schoenjeldia gracilis et Punicum lae-
- des milieux sableux : dunes (Cdc). pénéplaines inter-
tum en basfonds.
dunaires (Ams), piémonts sableux (Cep), ensable-
La strate ligneuse, très ouverte, est en grande partie
ments superficiels (Cee, Ces), sable enrichi en argile
constituée d’épineux : Acacia raddianu, A. Laeta, A.
des dépressions interdunaires (Csd),
senegal, A. udansonii. Balanites egyptiaca Ziziphus
- des glacis limono-argileux (Sgl et Sgr),
mauritiana.
- des pédiments à texture grossière (AS~, Ase et Asg),
L’étude agrostologique effectuée par TOUTAIN
- des talwegs et bas-fonds (Spt et FRs),
( 1976) a discriminé vingt trois groupements végétaux.
- des mares (Mes),
- et des cuirasses et affleurements rocheux (IL et IR),
2. MATÉRIEL ET MÉTHODES dont les abréviations se réfèrent à la fois aux espèces
dominantes et à la situation géomorphologique : (cf.
2.1, ECHANTILLONNAGE DU BASSIN Annexe).
Le nombre de répétitions fonction de l’espace oc-
Cette disparité phytosociologique a rendu néces- cupé_ ou de l’intérêt agronomique d’une part, des
saire l’échantillonnage du bassin. La méthodologie ap- contraintes matérielles d’autre part, a fait prendre en
pliquée est résumée ci-aprés. considération 43 sites de mesure de 2 à 4 km* de
Parmi les différents types de pâturages, quatorze ont surface en moyenne. Ils sont localisés selon le plan de la
été sélectionnés en raison des critères écologiques di- figure 1.
0 1.25 5 10km
d Marigot
TABLEAU 11
Mares
Lithosols
Moyenne 1.26
I I I
Quarante mesures par sondage ont été recueillies pour la zone sahélienne, malgré l’existence du site de la
dans le cas le plus général. Ce nombre est réduit à 20-25 mare plus favorable à la croissance végétale.
dans les sites physionomiquement homogènes, c’est-à-
dire à strate herbacée d’aspect uniforme et continu :
AMs, Cdc, Spt et FRs. 3.2. COMPOSITION CHIMIQUE DU FOURRAGE
Composition minérale du fr,urrqesur pied des différents pûturqes au mois d’Octohre (95 MS)
E
I
Mes 0,99 0,124 1.49 0,24- 0.16 16,O 22.0
TABLEAU IIIb
Compo,yition minérale de lu litière dons les d@érent.s püturuges du hussin uu mois d’octobre (rlr MS)
SPt 0.66
0.12 0,089
0.25 0.39
0.61 0,44
0.20 0.22
0.64 26,
0.28I 30.6
0.26
FRS 1.13 0.117 0.48 0.5 1 0.19 17.5 21.5
1
3 r-2 1
soit
R(t/ha) = 0,0009 P(mm) + 0,720 (1)
R(t/ha) = 0.0024 P(mm) + Q, 150 (2)
avec R = biomasse annuelle végétale P= pluviométrie
annuelle.
Il est à remarquer que les auteurs ont bien des diffi-
cultés pour ajuster les biomasses mesurées à ces rela-
Pl”W d,,crJce
0 . tions sur la base des pluies de l’année comme des pluies
200 250 300 350 mm
moyennes (DIERRA et BREMAN, 1975). Ces difficultés
résultent de l’imprécision des mesures pluviométri-
. AM%, + Cdc, x Cee-Ces, * cep, 0 591, l ST,
ques, du mélange de milieux très divers (zones sèches et
0 Spl- FRs, n AS~, A Asg, . AS~, VCrd
zones humides), sans tenir compte du comportement
Fig. 2. - Biomasse fourragère des différents pâturages en fonction hydrodynamique particulier à chaque sol à l’égard de la
de la pluvi?mttrie efficace. pluie.
TABLEAUIVa
Minomalomnsses totales 0 I’hectare dans les dtjférents piturqrs nrrturel.sdu bassin de lrr mtrw d’Oumi (Kg ho)
Total L/T Total L/T Total L/T Total L/T Total L/T Total L/T Total L/T
AMS
Cdc
- 11.66
11.72 0.43
0.26 0.82
2.76 0,15
0,35 12,l
17.3 0.12
0.11 6.12
6.11 0.37
0.27 3.82
355 0.31
0,21 Il6
10.5 0.64
0.56 161
182 0.52
0.45
Ces Ces
Cep Csd
- Cds 12.08
13.38
9,14 0.60
0.46
0.41 0.85
0.82
2.92 0.66
0.27
0.44 13,s
5,29
7.27 0.46
0.16
0.21 4.16
8.62
3.58 0.54
0.31
0.30 3.62
1.94
1.81 0.51
0.28
0.29 107
75.4
80.6 0.52
0,65
0.54 106
168
II2 0.53
0.54
0.48
Sgl 3.61 0.34 0.22 0.50 1.98 0.27 1.40 0.21 0.80 0,26 55.7 0.29 69.2 0.29
SP 3.08 0,37 0.19 0.37 2.12 0.17 1.50 0.27 0.83 0.25 63.2 0.43 76.0 0.4 I
Spt - Frs 9,42 0,31 1,13 0,30 8.64 0.17 5.23 0.30 2.52 0.25 134 0.43 179 0.40
Ase 6.33 0.40 0.54 0.43 3,68 0.17 2.98 0.32 1.55 0,25 122 0.63 148 0.57
Asg 7.82 0.48 0.78 0.40 4.69 0.26 3.69 0,41 1.90 0.29 110 0.55 141 0.51
Asc 6.81 0.35 0.71 0.28 4.52 0.17 3.32 0.29 l,8l 0.20 92.4 0.42 120 0.39
TABLEAU IVb
Regroupements
Groupements
N P K Ca Mg Ins. HCL Cendres
morphogénétiques Végétaux
Toujours au Mali, BOUDET a mesuré une biomasse R(t/ha) = 0,0025 P (mm) - 0,05 r* = 0,74 (4)
moyenne de 4 kg/ha par millimètre de pluie dans la - groupements C, des dépressions hydromorphes
région de Gossi et donne un intervalle de variation de R(h/ha) = 0,Ol P (mm) + 0,75 r* = 0,75 (5)
(1 - 25 kg/ha) pour la région sahélo-soudanienne. Il - groupements B, sciaphile intermédiaires entre A et C
note par ailleurs, que ce rendement pluviométrique en R(h/ha) = 0,Ol P (mm) + O,I3 r* = 0,80 (6)
biomasse végétale est inférieur à celui du bassin médi-
terranéen estimé à 4 kg/ha en moyenne par référence à En supposant que les valeurs de biomasse soient Ia
LE HOUEROU et HOSTE (1977). Pour ces derniers, la production apparente (standing-trop maximale, litière
relation biomasse végétale/pluviométrie annuelle dans négligeable) on constate que :
le Sahel nord africain est : - les faibles biomasses des groupements A conduisent
R(t/ha) = 0,105 + 0,00256 P (mm) à des coefficients du même ordre que les relations
(3) précédentes,
Ainsi que le note en partie BOUDET, les formules ( 1) - les coefficients de proportionalités des relations (5)
et (2) conduisent à estimer la biomasse de la région de et (6) sont analogues à celui trouvé à Oursi,
Gossi en 1978, (345,5 mm de pluie), à It/ha au lieu de - les constantes de (5) et (6) sont positives indiquant
1,5 + 0,3. une production potentielle en dehors de toute pluie
Or, notre relation donne 1,72 t/ha valeur située dans respectivement de 0,75 et O,I3 t/ha, valeurs supé-
l’intervalle de confiance. rieures à la biomasse des graines évaluée à un maxi-
Comme précédemment, nous signalons que ces re- mum de 43,3 kg/ha.
lations sont tributaires du fait que : les valeurs de bio- Cette dernière remarque est donc en contradiction
masse sont des valeurs moyennes impliquant donc pour avec l’observation de l’auteur que la « croissance des
cette variable, une certaine pondération de milieux di- plantes herbacées commence habituellement apr&s 40 a
vers alors que la pluviométrie dérive des précipitations 60 mm d’eau ». On en conclue que la pluviométrie
atmosphériques et ne tient pas compte des caractéristi- annuelle des groupements est augmentée respective-
ques hydrodynamiques des sols. ment au moins de 53 à 73 mm (40 + 13,60 + 13) et de
Sans donné de relation explicite, BILLE (1977) si- 115 à 135 mm d’eau. Ce surplus hydrique est fourni par
gnale la liaison entre la production végétale à la pluvio- les groupements A dont les faibles biomasses reflètent
métrie annuelle dans le Ferlo au Sénégal. Ses données le déficit hydrique relatif.
caractérisent une mise en défens de 25 ha à l’intérieur Cet exemple illustre bien les difficultés à surmonter
d’une aire bornée et protégée contre le feu de 1 X 1 km2. au niveau du sol afin d’estimer la biomasse végttale à
On se heurte donc, de prime abord, à un problème partir des pluies annuelles. Lorsqu’une bonne perméa-
d’échelle et d’intégration de mesures lequel constitue bilité empêche ou diminue considérablement le ruissel-
une des principales difficultés pour l’estimation de la lement, on doit craindre une redistribution interne de
production végétale en milieu sahélien. Le tableau ci- l’eau des precipitations par drainage vertical oulet obli-
dessous est extrait de la thèse de l’auteur. que, en cas de défaillance de l’absorption racinaire. En
Standing-crops (sommes B + C dans la méthode de conséquence, pour mener à bien une telle entreprise, on
LQMNICKI) mesurées de 1969 à 1975 (en g/m*). doit :
- décomposer la région étudiée en zones à caractéristi-
ques géomorphologiques et hydrodynamiques analo-
Groupements gues (ce découpage peut aussi résulter de la différen-
Année Pluviométrie
ciation phytosociologique),
A B C
- estimer les transferts hydriques qui en découlent
1969 environ 450 98 260 410 pour l’eau des précipitation,
1970 environ 209 67 180 360 - expliciter la relation biomasse/pluviomètrie an-
1971 environ 202 59 181 306
environ 33 0 10 25
nuelle
1972
1973 environ 209 10 230 Celle-ci peut être améliorée en introduisant un fac-
1974 environ 3 16 81 2; 328 teur rendant compte des fluctuations interannuelles de
1975 environ 3 11 86 236 373
la distribution des pluies. Ce peut être comme le suggè-
rent à la fois BILLE et BREMAN , la durée des pluies utiles
Il a permis de calculer les relations suivantes : (durée des pluies tombant après les 40 à 60 premiers
- groupements A, occupant les sommets de dunes et millimétres de précipitations pour BILLE). En utilisant
hauts de pente uniquement cette variable dans la relation, on suppose
une corrélation positive significative entre la durée et la Cependant, à pluviométrie égale, ils conduisent aux
hauteur des pluies utiles et tient peu compte des proprié- rendements observés des graminées en zone guinéenne.
tés hydriques du sol. II est donc normal que l’ajustement Sur deux ans de pleine production, PICARD et al. (1973)
des biomasses à la relations ne soit pas très précis ont mesuré 24,4 et 20,O tonnes en matière sèche à
comme le fait remarquer BILLE ( 1977). l’hectare, soit en moyenne 22,2 t/ha, respectivement
Pour revenir à la relation établie dans le bassir. de la pour Panicum maximum et Cynodon plectostachyum
Mare d’oursi, tel quel, elle ne constitue qu’une appro- fertilisés sous 2 250 mm de pluie, dans les sables tertiai-
che de la relation liant le bilan hydrique à la croissance res d’Adiopodoumé en Côte d’ivoire. Cette production
végétale, approche limitée dans le temps et l’espace. est estimée à 20,8 t de matière sèche à l’hectare par la
Il est possible que les coefficients de cette relation formule ci-dessus. En dernière analyse, la production
subissent des fluctuations annuelles, en particulier sous primaire dépend de la réserve hydrique utile du sol et de
l’effet de la distribution de la pluviométrie totale. sa facilité d’utilisation.
TABLEAUV
Comparaison entre lu hiomusse des difjérenrs pâturu,qe.s et les réserves minércdes (ccrlions échungeuhles. Ntorul) dons I<I tronche de .sol e.rploirc;e par
les rcrcines.
N K C-11 MK
Groupemenrs Biomasse
(tMS/ha) PH
rYQ$<ru.r 9% t/ha me % t/ha me 0 t/ha me % t/ha
AMs I ,84 6.4 0.08 0.83 0.06 0.24 I .43 2.96 1.25 I .57
Cdc 2.00 6.4 0.08 0,83 0.06 0.24 I .43 2.96 1.25 I .57
Cep - Cds 1 I ,47 1.3 0.18 1,61 0.17 0.59 2.12 3.80 1.12 I .22
‘Sgt 0.48 7.7 0.37 0.54 I .07 8.92 7.80 3.97
SP 0.53 8.0 0.21 I ,52 0.23 0.65 10.7 15.53 6.70 5.94
Spt - Frs I .55 8.1 0.58 3,78 0.17 0.44 9.49 12.41 6.94 5.51
Ase 0.94 7,3 0.14 1.35 0.19 0.72 4.04 7.82 2.33 2.72
A% I ,04 7.3 0.14 1,35 0,19 0.72 4.04 7.82 2.33 2.12
Asc 0.87 7.3 0.14 I ,35 0.19 0.72 4.04 7.82 2.33 2.72
Pour les éléments minéraux, le nombre de la colonne de gauche représente la teneur moyenne, celle de la colonne de
droite la réserve en l’élément considéré, de la tranche de sol exploitée par les racines : dune 65 cm, piémonts sableux 60 cm,
glacis 30-45 cm, bas-fonds 45 cm, pédiments 60 cm et plus. (LEGRAND, communication personnelle).
4.1.2. Comparaison de la biomasse végétale à la ré- Mais le coefficient de corrélation n’est significatif
serve chimique du sol que pour les liaisons entre la biomasse et le pH ou la
teneur ou la réserve en potassium. L’azote, le calcium et
le magnésium ne sont pas limitants. Néanmoins et para-
Les rendements en matière sèche, les pH, les te- doxalement, aux teneurs et réserves chimiques du sol
neurs et les réserves en azote total ou cations échangea- les plus élevées correspondent les productions les plus
bles de la tranche de sol exploitée par les racines ont été basses.
rassemblés au tableau V. La covariance de la biomasse En fait, la déficience hydrique bloquant la crois-
végétale avec chacune de ces variables a été calculée. sance végétale ne permet pas d’analyser directement
Elle est négative dans tous les cas. l’action des facteurs chimiques.
signification. Kq/ho
trie efficace. Les liaisons sont hautement significatives, IJ Spt-FRr, n AS~, A Asg, A Asc, V Cd
avec des coefficients de détermination r* depassant 0,9. Fig. 4. - Immobilisation de phosphore en fonction de la pluviomt-
Les relations entre immobilisations ClCmentaires et trie efficace (kg/ha).
<
t
l<g/ha
20
10
c, y = 0.009P0~020~
3 cl y = 0,082e0f1014x C2 y = 2,953 Logx
C2 y - 0,003e0~029x
2
4.3. REMARQUES
Teneur moyenne _ + _ +
---------------------------- Conséquence de l’action primordiale du stock d’eau
Réserve - + + + emmagasiné par le sol sur la biomasse et les immobili-
____________________--------
sations végétales, action masquant les effets des autres
facteurs écologiques, les impluviums réalisés par accu-
En résumé, malgré les faibles quantités d’éléments mulation hydrique superficielle (bas-fonds et mares) ou
minéraux immobilisés dans la biomasse végétale au par alimentation hypodermique et les milieux sableux
regard de la réserve de la tranche de sol exploitée par les constituent des sites privilégiés pour la croissance et le
racines, celle-ci se comporte comme si elle était caren- développement de la couverture végétale.
cée en potassium, en magnésium et en calcium, dans 11 s’ensuit que dans les écosystèmes sahéliens, la
une moindre mesure. Le niveau des réserves ou la te- production primaire de la strate herbacée et ses immobi-
neur moyenne est sans influence sur l’absorption de lisations minérales dépendent des caractéristiques
l’azote. On ne peut se prononcer pour l’alimentation texturales et géomorphologiques du milieu, soit plus
phosphorique faute de disposer de données d’analyses précisément de la proportion de substrats sableux ou
complètes pour cet élément. L’interprétation de ces d’impluviums relativement plus productifs par rapport
résultats est la même que précédemment. On n’appré- aux glacis limono-argileux.
hende que l’interaction des facteurs hydriques et chimi- Ces faits sont illustres par les données du tableau II
ques sur la production en analysant l’évolution de l’im- pour la biomasse et des tableaux IVa et IVb pour la
mobilisation minérale en fonction de la teneur ou la minéralornasse.
réserve minérale du sol. Comme les faibles valeurs du Le tableau VII met en évidence l’importance du
facteur hydrique, facteur le plus limitant correspondent phénomène au niveau du bassin.
TABLEAU VII
Mes 0.6 22.9 30.2 29.7 40.9 16.8 20.4 36.7 36.7
Spt-FRs I 1.4 13.7 II.1 10.4 9.1 14.2 12.4 Il.5 Il.9
Cdc 10.5 14.2 12.0 6.7 15.9 15.3 16.4 10.2 8.2
AMs 10.5 15.4 12.1 12.2 Il.2 14.5 15.3 9.1 9.0
%l 8.7 3.1 3. I 1.4 1.5 2-R 2.9 3.2 3.6
Sgr 17.9 6.9 5.4 2.6 3.3 6.0 6.0 7.2 8.3
Divers 40.4 23.8 26, I 27.0 18.1 30.4 26.6 22. I 22.3
En raison de leur productivité, la contribution aux occupé. Les immobilisations en potassium, élément
ressources fourragères et aux immobilisations minéra- rétrogradant sur le complexe absorbant ou lessivé par
les du bassin est exceptionnellement élevée pour les les pluies sont particulièrement démonstratives à cet
pâturages de la mare, forte pour les dunes et les bas- égard.
fonds et médiocre pour les glacis, en dépit de l’espace La production de biomasse de deux types de groupe-
ment végétal dont il a peu été question est aussi En alimentation hydrique et minérale respective-
conforme à l’action du facteur hydrique sur la crois- ment non limitante et normale la production et la miné-
sance de la végétation, telle qu’elle a été décrite ci- ralomasse herbacée peuvent se trouver reduites par dé-
dessus. fiente chimique, remarque qui rejoint les observations
Il s’agit des parcours sur affleurements rocheux ou de STROOSNIJDER (1977) sur les pâturages du Mali.
latéritiques et des pâturages de la mare. Dans le premier
cas, l’eau n’est généralement pas retenue sur place et la
production primaire est nulle par déficienne hydrique.
CONCLUSION
Dans le second cas, l’alimentation en eau non limitante
s’accompagne de rendements élevés et de fortes immo- En conditions naturelles, l’eau est le principal fac-
bilisations minérales. La consommation hydrique, qui teur limitant pour la biomasse et la minéralornasse her-
n’a pu être directement mesurée, peut être estimée à bacées des pâturages sahéliens. Les autres facteurs éco-
partir des relations explicitées ci-dessus. La production logiques agissent soit en modifiant le stock d’eau utili-
de 6,88 t/ha de fourrage sec correspond à 856 mm sable du sol, soit par son intermédiaire.
d’eau, et les diverse minéralornasses élémentaires à 350 Généralement, la carence hydfique entrave si inten-
à 500 mm de pluie efficace. Pour environ 120 jours de sément la croissance végétale et les phénomènes vitaux
végétation, la première estimation fixe l’évapotranspi- que les effets principaux des autres facteurs sont totale-
ration journalière moyenne à 7,1 mm, valeur du même ment masqués. En particulier, l’analyse de l’incidence
ordre que les 6,5 mm donnés par la formule de Penman des éléments minéraux sur la production et les immobi-
durant la saison des pluies (S~~OT, 1978) lisations minérales du couvert végétal ne met en évi-
La distorsion par rapport aux autres estimations peut dence que l’incidence de la texture du sol sur la pénétra-
refléter l’effet de concentrations chimiques plus élévées tion et la circulation de l’eau dans le profil pédologique.
dans la mare que dans les autres sols, eu égard à la Une première approche qualitative et quantitative
dessaturation superficielle de ceux-ci. de l’action du facteur hydrique est faite en considérant
Cette observation confirme en les complètant les le volume d’eau s’infiltrant dans le sol, désigné sous le
remarques faites à propos de l’action des facteurs chi- vocable de pluviométrie efficace. Elle se traduit par la
miques sur la biomasse et la minéralornasse végétales. mise en évidence de liaisons hautement significatives
Dans la majorité des cas, le déficit hydrique diminuant entre ce paramètre, la biomasse et l’absorption miné-
la croissance végétale, l’alimentation ménérale est sa- rale.
tisfaisante, bien que des états qualifiés de « subcaren- La formulation de la liaison biomasse/pluie efficace
cé » pour le potassium et le magnésium puissent être qui tient compte des propriétés hydrodynamiques du
notés. sol, dépasse le cadre de la mare d’Oursi et semble de
Dans la mare, des conditions hydriques et chimi- portée générale pour les milieux intertropicaux. Elle
ques non limitantes étant réunies, on met en évidence un constitue dans un contexte limitatif un bon estimateur
effet positif des nutriments minéraux à l’égard des im- pour la productivité des pâturages du bassin de la Mare
mobilisations minérales correspondant à un phénomène d’Oursi et peut de ce fait être utile à l’aménagement et à
de dilution ou de synergie positive des facteurs eau- la gestion des pâturages de la région.
éléments minéraux. Manuscrit recu au Service des Publications de I’ORSTOM. le 13 avril 1980.
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ANNEXE
Index des abréviations utilisées pour les végétaux Combretum micranthum, Grewia bicolor et Acacia loeto en strate
selon la nomenclature de TOUTAIN. ligneuse.
Asg, faciès des pentes gravillionnaires à Aristida adscensionis et
AMs, dans la dune à l’ouest d’Oursi : formation des pénéplaines Schizachyrium exile en strate herbacée, Acacia laeta et Boscia
dunaires du nord-ouest de I’Oudalan, à Aristida mutabilis et senegalensis en strate ligneuse.
Schoenjeldia gracilis en strate herbacée ; et Guiera senegalensis - Sgl, formations des affleurements rocheux, (glacis pierreux), à
et Acacia senegal en strate ligneuse. Aristida adscensionis, Aristida juniculata, Urocloa trichopus,
Cdc. dans la dune à l’est d’Oursi ; faciès du Centre de I’Oudalan à Schoenjeldia gracilis en strate herbacée, Acacia laeta en strate
Cenchrus bijlorus et Aristida longijlora en strate herbacée et ligneuse.
Combretum glutinosum en strate ligneuse. Sgr, la même que la formation précédente avec Acacia raddiana
Cds, faciès du sud de I’Oudalan, à Cenchrus bijlorus et Andropo- Savi remplaçant Acacia laeta en strate ligneuse.
gon gayanus en strate herbacée, Combretum glutinosum. Balani- Spt. formation de même type que ci-dessus avec différenciation
tes aegyptiaca et Acacia albida en strate ligneuse. d’un faciès propre aux dépressions et talwegs à Schoenjeldia
Cep, formation des piémonts d’inselberg à cenchrus bijlorus. gracilis et Panicum laetum en strate herbacée, Acacia seyol
Aristidu mutabilis en strate herbacée, Acacia raddiana Savi et Combretum aculaetum en strate ligneuse.
Acacia nilotica en strae ligneuse. FRs, formation des talwegs importants à Echinochloo colona et
Csd, formation des creux interdunaires à Schoenjeldia gracilis et Panicum anabaptistum en strate herbacée, Anogeissus leiocarpus
Aristida mutabilis et Choloris pilosa en strate herbacée et Bauhi- et Piliostigma reticulatum en strate ligneuse.
nia rujescens en strate ligneuse. - MES. formation des mares temporaires à Echinochloo colona et
Asc. bush des sols colluvionnés à Aristida adscensionis. Schoen- Oriza barthii en strate herbacée, Mitragyna inermis ou Acacia
feldia gracilis, Panicum laetum et Pennisetum pedicellatum en seyal en strate ligneuse.
strate herbacée, Pterocarpus lucens et Combretum micranthum. - IL, formation des inselbergs latériques à Aristida adscensionis en
Commiphora ajricann. Acacia laeta et Grewia bicolor en strate strate herbacée, Combretum micranthum et Ptérocarpus lucens
ligneuse. en strate ligneuse.
Ase, formation liée aux cuirasses ferrugineuses « sur sol minces IR. formation des affleurements et inselbergs à Aristida adscen-
plus ou moins sableux » à Aristida adscensionis, Eragrostis tre- sionis et Aristida juniculata en strate herbacée et à strate ligneuse
mula et Panicum laetum en strate herbacée, Pterocarpus lucens. variable.