Olympe de Gouges, Déclaration des droits de la femme et de la citoyenne.
Lecture linéaire du Préambule et des trois premiers articles.
A l’évidence calquée sur le texte devenu fondateur des acquis de la Révolution en inscrivant
notamment l’égalité des Hommes devant la loi, cette Déclaration des droits de la femme et de la
citoyenne n’en est pas une simple féminisation, ce qui d’ailleurs n’aurait pas grand sens puisque le
mot ‘homme’ est bien à entendre dans son sens générique, synonyme de l’espèce humaine dont font
partie également les hommes et les femmes. Il est sans doute plus judicieux de lire cette Déclaration
comme l’expression d’une révolution dans la révolution avec la dénonciation d’une oppression
particulière dans l’injustice sociale que les révolutionnaires entendent en effet combattre, celle de la
soumission de la femme à l’homme au même titre que celle de l’esclave au maître. Dès lors, il n’y a
rien d’étonnant à ce que l’autrice s’adresse à l’homme en tant que tel et non comme législateur, et
l’interpelle elle-même en tant que femme pour lui poser la question de son aptitude à reconnaître la
justice. Néanmoins, ce texte prend bien la forme d’un texte de loi censé être soumis pour
approbation à l’Assemblée, uniquement constituée faut-il le rappeler de représentants de la Nation…
masculins ! L’urgence n’en est pas moins affirmée avec cette précision apportée d’emblée ‘à décréter
par l’Assemblée nationale dans ses dernières séances ou dans celle de la prochaine législature’.
Mouvement du texte :
Un exorde : Olympe de Gouges introduit les articles par un Préambule destiné à justifier cette loi
bientôt soumise au vote. Ce texte sera d’ailleurs débattu et rejeté par l’Assemblée le 28 octobre
1791, sans vote. Cette brève introduction, qui peut rappeler en effet celle qui ouvre la Déclaration
des droits de l’homme et du citoyen, devient ainsi une justification de cette proposition de loi en
même temps qu’une sollicitation à la voter.
Des articles juridiques concis pour inscrire dans la loi les droits des femmes.
Lecture linéaire :
Si les premiers articles font écho à ceux de la Déclaration des droits de l’homme et du citoyen dans
lesquels le lecteur retrouve d’ailleurs des termes proches, des formulations voisines, une fois encore
on ne peut parler d’une simple transposition puisqu’Olympe de Gouges s’emploie dans le Préambule
à décréter l’égalité réelle entre les sexes, au nom d’ailleurs des femmes réunies en ‘mères, filles,
sœurs’, dans une fraternité devenue pour l’occasion une ‘sororité’ (féminin de la fraternité faut-il le
rappeler) destinée à constituer une assemblée de femmes. S’agit-il d’une assemblée nationale
parallèle à celle des hommes, ou plutôt d’une fusion possible entre les deux sexes ? Sur ce point la
formulation retenue reste imprécise et si l’autrice parle de ‘représentantes de la nation’, elle ne dit
rien quant à la nature de leur participation à cette assemblée d’ailleurs appelée ici à se prononcer sur
cette proposition de loi. Reprenant les termes de l’introduction de la Déclaration des droits de
l’homme, elle justifie l’importance de son texte par le combat des Lumières, mais une fois encore
ramené à la seule condition de la femme puisque ce sont selon elle ‘l’ignorance, l’oubli ou le mépris
des droits de la femme’ qui se trouvent à l’origine de tous les maux de la société, ‘les seules causes
des malheurs publics et de la corruption des gouvernements’. L’engagement sincère mais sans doute
excessif d’Olympe de Gouges la conduit ici à défendre une position radicale que les débatteurs ont
sans doute perçu de manière négative puisqu’ils l’ont rejetée, et qui a pu aussi sinon justifier du
moins expliquer que certains de ses détracteurs n’aient pas hésité à la présenter comme une virago,
une enragée, défendant au passage une vision rétrograde de la femme destinée avant tout aux
occupations domestiques comme le rappelle ce jugement de Chaumette, procureur de la Commune
de Paris : « Rappelez-vous cette virago, cette femme-homme, l’impudente Olympe de Gouges qui, la
première, institua des société de femmes, qui abandonna les soins de son ménage pour se mêler des
affaires de la République ». Ce propos sévère a au moins le mérite de la clarté puisque la
révolutionnaire se voit renvoyée à ses foyers qu’elle n’aurait pas dû quitter pour se mêler de
politique mais a contrario lui donne raison sur un point, le pouvoir de décider des grandes
orientations de la société semble bien être accaparé par les hommes seuls. Une fois encore le texte
proposé par Olympe de Gouges est très proche de son modèle, mais quelques ajouts ou
modifications méritent d’être commentés. Ainsi à la substitution du mot ‘femme’ préféré à celui
d’homme, il faut également ajouter le remplacement des pouvoirs législatif et exécutif par ceux des
femmes et des hommes pour garantir ‘le maintien de la Constitution et le bonheur de tous’, buts
auxquels Olympe de Gouges a judicieusement ajouté les ‘bonnes mœurs’. Dès lors, c’est aux femmes
elles-mêmes, et non plus à l’Assemblée nationale, que revient le droit de reconnaître ‘les droits de la
femme et de la citoyenne’, dans une inversion hiérarchique qui donne à la gent féminine, devenue ‘le
sexe supérieur en beauté comme en courage’, la supériorité sur les hommes.
L’article 1 reprend et réaffirme dans des termes quasi identiques l’égalité entre tous les hommes,
mais en précisant cette fois-ci une égalité entre les sexes. L’article 2 est la copie de celui de la
Déclaration des droits de l’homme et de citoyen, à ceci près cependant que le mot femme est ajouté,
ainsi que l’adverbe ‘surtout’ devant l’expression ‘résistance à l’oppression’, rappelant l’attachement
d’Olympe de Gouges à la protection des femmes face à la tyrannie des hommes, terme qu’elle utilise
par ailleurs (cf. article 4) et qui est souvent convoqué dans le Siècle des Lumières pour dénoncer le
despotisme.
L’article 3 reste une fois encore fidèle à celui voté en 1789, à ceci près cependant et c’est un ajout
important que la nation y est définie comme ‘la réunion de la femme et de l’homme’.
Ainsi le début de La Déclaration des droits de la femme et de la citoyenne rappelle l’intention
d’Olympe de Gouges de faire reconnaître par les hommes, à travers ici leurs représentants (les
députés de l’Assemblée nationale), l’égalité entre les sexes en reprenant le texte fondateur de la
Révolution, dans une formulation si proche que certains n’hésitent pas à le présenter comme un
simple pastiche alors qu’il s’agit de bien plus qu’une parodie relevant du caprice d’une femme.