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SOCIOLINGUISTIQUE

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DEPARTEMENT LANGUE ET LITTERATURE FRANCAISES

FILIERE ETUDES FRANÇAISES

Module : SOCIOLINGUISTIQUE

SEMESTRE 6

Dr. ABDELHAK MOUNIR

1
TABLE DES MATIERES

CHAPITRE I : INTRODUCTION A LA SOCIOLINGUISTIQUE.............................03

CHAPITRE II : DEFINITION DE QUELQUES CONCEPTS CLES DE LA


SOCIOLINGUISTIQUE............................................................................................10

CHAPITRE III : COMMUNAUTE ET VARIETE LINGUISTIQUES........................12

CHAPITRE IV : BILINGUISME ET PLURILINGUISME.........................................15

CHAPITRE V : BILINGUISME ET DIGLOSSIE......................................................18

CHAPITRE VI : ATTITUDES ET REPRESENTATIONS.........................................20

CHAPITRE VII : LA POLITIQUE LINGUISTIQUE.................................................27

CHAPITRE VIII : LES COURANTS DE LA SOCIOLINGUISTIQUE......................30

CHAPITRE VIV : LA SOCIOLINGUISTIQUE URBAINE.......................................33

BIBLIOGRAPHIE.....................................................................................................36

2
CHAPITRE I

INTRODUCTION A LA SOCIOLINGUISTIQUE

INTRODUCTION

La sociolinguistique est l’une des sciences du langage, William Labov, l’un


des pères fondateurs de la discipline considère « qu’il s’agit là tout
simplement de linguistique » (LABOV, 1976, P.258). Avec cette affirmation, il
prend position contre les linguistes qui suivent la tradition saussurienne et les
enseignements du Cours de linguistique générale de F. de Saussure. Pour lui, ces
derniers « s’obstinent à rendre compte des faits linguistiques par
d’autres faits linguistiques, et refusent toute explication fondée
sur des données extérieures tirées du comportement social » (LABOV, 1976,
P.259).

« La sociolinguistique prend en compte tous les phénomènes liés à


l’homme parlant au sein d’une société » (BOYER H. 1996). On peut
considérer que l’émergence du territoire de recherche de cette discipline s’est
produite d’abord sur la base d’une critique des orientations théoriques et
méthodologiques de la linguistique structurale.

1. LIMITES ET CHEVAUCHEMENT AVEC LA LINGUISTIQUE

Linguistique Sociolinguistique

Considère la langue comme une production/


un acte social
Décrit la langue comme un système s’intéresse principalement à l’interaction entre la
autonome société (au sens large) et les productions
S’intéresse principalement à la description du linguistiques : études des politiques linguistiques,
système, au développement dit interne des rapports langues/identités, des rapports
sociaux à travers études des normes, études de la
variation, les facteurs sociaux expliquant cette
variation (géographique, ethnique, sociale, etc.).

3
2. BREF APERÇU HISTORIQUE DE LA SOCIOLINGUISTIQUE

La sociolinguistique comme discipline constituée s’est élaborée dans les années


1960 aux USA au tour d’un groupe de chercheurs (Dell Hymes, Fishman, Gumperz,
Labov, Ferguson, etc.). Leur approche peut se résumer comme suit « Etudier qui
parle quoi, comment où et à qui » (FISHMAN, 1971). Les rapports sociaux entre
les individus deviennent centraux, la sociolinguistique s’est constituée en opposition
plus ou moins marquée avec le structuralisme.

A partir de la fin des années soixante, la sociolinguistique devient un champ


important, actif qui a beaucoup apporté au renouvellement de nos catégories en
particulier grâce au domaine de la linguistique de contact. Les langues qui étaient
perçues comme des systèmes autonomes vont de plus en plus être perçues comme
des systèmes fluides, variables, etc. Mais comme toute discipline, la
sociolinguistique a eu également tendance à se fragmenter en de multiples sous
domaines. Parmi les grandes tendances actuelles:

Tous les travaux relevant de la sociologie du langage où l’accent est surtout mis
sur les groupes sociaux, les politiques linguistiques etc. et où la description des faits
linguistiques est relativement marginale.

la linguistique variationiste, tendance LABOV, qui reste dans une conception
systémique du langage même si considère que la variation est le moteur de
l’évolution linguistique. Cette branche s’attache principalement à l’étude des
variantes sociales à l’intérieur de ces systèmes.

Le domaine de la pragmatique, sociolinguistique interactionnelle, les actes du


discours etc. où l’on va montrer dans des études plutôt micro comment les locuteurs
jouent, se positionnent sur les différents registres/variétés de langue

plus récemment et principalement en France, une sociolinguistique urbaine (Bulot,
Calvet) quine prend pas simplement la ville comme cadre, mais qui s’interroge sur
l’interaction entre ville et pratiques langagières, sur l’urbanité des faits linguistiques.

Tout le domaine du contact de langue qui a connu un essor très important depuis
des années et qui regroupe des approches très différentes.

La sociolinguistique a affaire à des phénomènes très variés : les fonctions et


les usages du langage dans la société, la maîtrise de la langue, l’analyse du discours,
les jugements que les communautés linguistiques portent sur leur(s) langue(s), la
planification et la standardisation linguistiques. Elle s’est donnée pour tâche de
décrire les différentes variétés qui coexistent au sein d’une communauté linguistique
en les mettant en rapport avec les structures sociales, aujourd’hui, elle englobe
pratiquement tout ce qui est étude du langage dans son contexte socioculturel.

4
3. CRISE DE LA LINGUISTIQUE STRUCTURALE

Elle s’est développée en isolant dans la totalité du langage un objet censé être
homogène, la langue en l’étudiant indépendamment de ses réalisations à l’ensemble
de la réalité extralinguistique et elle a mis en place un ensemble de concepts
méthodologiques et descriptifs. Cet ensemble de concepts a permis le
développement d’une linguistique descriptive structurale synchronique centrée sur la
phonologie, la syntaxe, la fonction des éléments et leur distribution. En effet, de
nombreux reproches ont été faits contre la linguistique structurale, certains linguistes
parlent de crise de la linguistique, en affirmant qu’elle est incapable d’intégrer de
manière satisfaisante la variation et de répondre aux questions de la place et du rôle
des phénomènes langagiers dans la société d’où la remise en cause de certains
concepts ( la langue, le signe linguistique, la communication.)

3.1. La langue chez Saussure

Selon Saussure « La langue n’est pas une fonction du sujet parlant, elle
est le produit que l’individu enregistre passivement » (p.30), « elle est la
partie sociale du langage, extérieure à l’individu par son pouvoir coercitif
: elle est le produit que l’individu enregistre passivement (p. 30), « et il ne
peut à lui seul ni la créer ni la modifier » (p.31)

La langue a donc une double caractéristique :

Une existence extérieure à l’individu, elle existe dans les cerveaux d’un ensemble
d’individus, car la langue n’est complète dans aucun, elle n’existe parfaitement que dans la
masse.

Une intériorisation pour chaque individu : « quelque chose qui est dans chacun
d’eux tout en étant commun à tous et placé en dehors de la volonté des
dépositaires » (p.38)

On peut dire qu’à ce niveau d’analyse, Saussure arrache la langue à l’étude des faits
de nature en la rattachant à la sociologie : « la langue est classable parmi les faits
humains ». La langue n’est pas seulement une représentation collective, elle est une
véritable institution sociale, système de signes exprimant des idées.

Or la sociolinguistique considère que l’objet de son étude ne doit pas être


simplement la langue, système de signes, ou la compétence, système de règles.
L’opposition langue/parole ou compétence/performance implique que dans le champ
d’investigation du linguiste, seule la langue (ou la compétence) constitue un système
fermé. Il faut donc dépasser cette opposition car elle fournit un cadre trop étroit pour
l’étude de problèmes linguistiques importants comme l’utilisation du langage dans
son contexte socioculturel. (Hymes, dès 1972, développe le concept de compétence
de communication : pour communiquer, il ne suffit pas de connaître la langue, le

5
système linguistique ; il faut également savoir comment s’en servir en fonction du
contexte social).

3.2. Le signe linguistique

Les théories linguistiques définissent toutes un objet réduit par rapport à l’usage
qui est fait d’une langue. Elles rejettent hors du champ les aspects para-verbaux (liés
à la voix) et non verbaux (présence physique et gestuelle) qui accompagnent la
parole, la variation des usages en fonction des facteurs individuels socio-
situationnels. La linguistique moderne va prendre en charge ces facteurs externes car
l’analyse et la description des situations linguistiques diverses ont montré qu’un
grand nombre de ces facteurs externes pouvaient intervenir dans la communication
dans une langue donnée.

On peut retenir les facteurs géographiques (régionaux, typographiques), des facteurs


sociaux (appartenance à un groupe social, professionnel, religieux, à une classe
d’âge, sexe…

3.3. Le schéma de la communication.

La critique peut être résumée comme suit :

Nécessité de prendre en compte la situation de communication et l’ensemble des éléments


extralinguistiques qui entourent nécessairement tout échange a aussi conduit à réviser le
schéma de la communication. La situation est considérée comme un élément qui
conditionne l’échange.

Relation émetteur/ récepteur : Le nouveau schéma de la communication qui intègre la


situation et se définit comme l’action qu’exerce l’un sur l’autre des partenaires de l’échange
obligent à reconsidérer le statut de l’émetteur et du récepteur.

CONCLUSION

On peut donc conclure que la sociolinguistique est née à partir de l’existence


de deux facteurs concomitants :

un état de connaissances : mise en question des grammaires formelles, réintégration des
données sémantiques, appel à l’interaction sociale comme donnée de la communication.

un état de fait : existence de problèmes linguistiques qui intéressent la vie sociale de
certaines communautés.

C’est cette dualité radicale du langage, à la fois intégralement formel et


intégralement traversé par des enjeux subjectifs et sociaux qui fait l’objet de la
sociolinguistique.

6
4. Définition de la sociolinguistique :

La sociolinguistique est l’étude de comportement linguistique de groupes sociaux. Elle


cherche à dégager les attitudes linguistiques collectives déterminant les classes sociales. Toute
prise de parole dans n’importe quelle situation de communication permet au locuteur de
manifester sa position sociale, économique, professionnelle, intellectuelle…vis-à-vis de son
ou ses interlocuteurs que cela soit de façon directe ou indirecte.

Elle s’intéresse à l’individu mais aussi à la communauté linguistique à laquelle il appartient


pour dégager les différentes variétés mise en pratique par les groupes sociaux et pour voir
comment les personnes les utilisent et dans quels contextes.

Elle est, ainsi,

« L’étude des caractéristiques des variétés linguistiques, des caractéristiques de


leurs fonctions et des caractéristiques de leurs locuteurs, en considérant que ces
trois facteurs agissent sans cesse l’un sur l’autre, changent et se modifient
mutuellement au sein d’une communauté » (KAR Y, 2001).

L’importance de la langue comme objet d’étude pour une discipline comme la


sociolinguistique est sans équivoque. En effet, les inégalités sociales s’expriment entre autres
par les langues. Ces dernières marquent et indiquent les appartenances et par là les différences
sociales.

4-1 Autres définitions de la sociolinguistique :

Nous donnons dans ce qui suit quelques définitions se rapportant à quelques linguistes (ou
sociolinguistes) considérés comme des références en relation avec tout ce qui touche à cette
discipline soit de manière directe ou indirecte.

a- Pour Meillet, Antoine, partant du principe que si la langue est un fait social, toute
approche linguistique devra inclure dans son étude le changement social pour mettre
en avant celui linguistique. Il dit à ce propos que
« Du fait que la langue est un fait social il résulte que la linguistique est
une science sociale, et le seul élément variable auquel on puisse recourir
pour rendre compte du changement linguistique est le changement social »
(MEILLET A, 1965).

b- Boyer, Henri, trouve que cette discipline peut être connexée à d’autres sciences qui
dans une sorte d’échange continuel sont capables de l’alimenter, l’enrichir pour lui
permettre de varier ses domaines d’étude, ses approches et ses méthodologies de
travail. Le sens inverse est à considérer dans cet échange. Boyer dit, à ce propos,
que :

7
« Le territoire du sociolinguiste au sein de la "linguistique" conçue comme
ensemble disciplinaire est un territoire perméable aux ensembles
disciplinaires connexes : anthropologie, psychologie, philosophie,
ethnologie, sociologie, histoire... » (BOYER H, 1996).

Et d’ajouter que :

« Perméable également aux autres linguistiques : sémiotique et


linguistique textuelle (qui s’intéressent à l’organisation et à la cohérence
des discours), pragmatique linguistique et analyse conversationnelle
(attentives à la structure des échanges et aux interactions qui s’y réalisent),
psycholinguistique (qui étudie en particulier les mécanismes
psychologiques liés à l’appropriation et à l’utilisation du langage),
ethnolinguistique (attachée à décrire toute sortes de langues) et
dialectologie (qui s’est donné pour tâche de répertorier la variation
géolinguistique en fonction des parlers toujours en vigueur ou des
substrats de langues actuelles), sans oublier la sociologie du langage, au
sens strict du terme »(19).

c- Labov, William, dans « Sociolinguistique » (1975), donne le ton et précise ce que


devra être l’objet de la sociolinguistique :

« Notre objet d’étude est la structure et l’évolution du langage au sein du


contexte social formé par la communauté linguistique. Les sujets
considérés relèvent du domaine ordinairement appelé "linguistique
générale" : phonologie, morphologie, syntaxe et sémantique. Les problèmes
théoriques que nous soulèverons appartiennent également à cette catégorie,
tels la forme des règles linguistiques, leur combinaison en systèmes, la
coexistence de plusieurs systèmes et l’évolution dans le temps de ces règles
et de ces systèmes. S’il n’était pas nécessaire de marquer le contraste entre
ce travail et l’étude du langage hors de tout contexte social, je dirais
volontiers qu’il s’agit là tout simplement de linguistique. ».

d- Dahbi, Mohamed(1989), la définit, de manière simple, comme étant

« L’étude de la covariance entre la langue et la société ; c’est approche


corrélative entre la variable linguistique et la variable sociale ».

e- Medane, Hadjira (2012/2013), reprend la même réflexion tout en l’étoffant de cette


différence à faire entre sociolinguistique et linguistique.

8
« Initialement décrite comme une des branches de la linguistique externe par le
fait qu’elle serait une sorte de rencontre entre une théorie linguistique et une
théorisation sociale, voire sociologique du fait linguistique, elle tend à devenir –
au moins dans les pratiques de recherches – une discipline autonome et distincte
de la linguistique parce que son objet de recherche n’est plus le même ».

f- Bourdieu, Pierre (1982), par sa théorie de l’habitus a fait coup double puisqu’il a
touché à ce qui est linguistique et en même temps à ce qui concerne le social.

« …La capacité de parler définie inséparablement comme capacité


linguistique d’engendrement infini de discours grammaticalement
conformes et comme capacité sociale permettant d’utiliser adéquatement
cette compétence dans une situation déterminée ».

L’idée de base pour Bourdieu est que les échanges linguistiques entre les locuteurs sont
considérés et vus en termes de « capital linguistique », de « marché linguistique » ainsi
qu’en terme de « prix ». Et c’est à partir de là que dans les situations de communication, ces
locuteurs sont amenés à faire valoir leurs capacités à imposer les critères d’appréciation les
plus favorables à leurs produits.

9
CHAPITRE II

DEFINITION DE QUELQUES CONCEPTS CLES DE LA SOCIOLINGUISTIQE

La communication entre les hommes par la parole, donne lieu à deux formes
d’expérience :

L’expérience de la diversité des langues, lorsqu’on voyage dans le monde on se


rend compte que les hommes communiquent entre eux grâce à de nombreux parlers.

L’expérience de diversité à l’intérieur de ce qu’on considère comme une même


langue par exemple au Maroc l’arabe dialectal est différent selon les régions : Rabat,
Marrakech, Oujda.

1. LE DIALECTE

Le mot grec dialektos était un substantif abstrait qui signifiait « conversation »,


puis langage dans lequel on converse. C’est un parler qui a son propre système
lexical, syntaxique, et phonétique mais qui n’a pas atteint le statut politique de
langue ; c’est un système de signes et de règles combinatoires de même origine
qu’un autre système considéré comme langue mais n’ayant pas acquis le statut
culturel et social de cette langue indépendamment de laquelle il s’est développé.

2. LE PATOIS

On appelle patois ou parler patois un dialecte social réduit à certain signes (faits
phonétiques ou règles de combinaison) utilisé seulement sur une aire réduite et dans
une communauté déterminée, rurale généralement. Les patois dérivent d’un dialecte
régional ou de changements subis par la langue officielle. Ils sont contaminés par les
langues officielles au point de ne conserver que des systèmes partiels qu’on emploie
dans un contexte socioculturel déterminé (paysans parlant à des paysans de la vie
rurale). En France, le terme « patois » est dévalorisant : le terme résulte d'une lente
aliénation culturelle par laquelle les autorités voulurent faire croire aux Français
parlant une langue autre que le français que leur langue n'en était pas une, qu'elle
n'était qu'une déformation locale de la langue française. Walter Henriette a écrit « Il
faut donc bien comprendre que non seulement les patois ne sont pas du français
déformé, mais que le français n'est qu'un patois qui a réussi. ».

3. LES SABIRS

Les sabirs sont des systèmes linguistiques réduits à quelques règles de


combinaison et au vocabulaire d’un champ lexical déterminé, ce sont des langues
composites (formées d’éléments très différents) nées de contact de deux ou plusieurs
communautés linguistiques différentes qui n’ont aucun autre moyen de se
comprendre dans les transactions commerciales. Les sabirs sont des langues ayant
une structure grammaticale mal caractérisée et un lexique pauvre limité aux besoins
qui les ont fait naître et qui assure leur survie.

10
4. LES LANGUES CREOLES

On appelle traditionnellement "créoles" des langues nées au cours des XVIIe-


XVIIIe siècles des colonisations européennes, lors des contacts entre maîtres et
esclaves, amenés à communiquer alors qu'au départ ils n'avaient aucune langue
commune. Dans les pays où l'on pratique des langues créoles, elles sont surtout
utilisées à l'oral, et fonctionnent en alternance, parfois même selon une distribution à
peu près complémentaire avec des variétés contemporaines des langues européennes
qui se sont maintenues, voire qui ont été survalorisées aux dépends des créoles,
langues quotidiennes, langues des relations personnelles, langues de l'affectivité,
alors que les langues européennes en usage sont plus souvent langues de
l'administration, langues de l'école, langues de la littérature écrite. On parle de
langues créoles historiques, à base française, portugaise, anglaise, néerlandaise, etc.

5. LA VARIETE

Selon Fishman, la sociolinguistique recourt au terme de variété au lieu de langue


sans en donner une définition concise. Le mot langue possède une signification
supérieure et surtout parce que ce mot comporte de nombreux jugements de valeur,
il manifeste une opinion, il suscite une émotion (langue maternelle) et révèle une
prise de position, il a un aspect officiel et un statut politique. Alors que la variation
est plus ou moins neutre. Cependant quand, comment et par qui, une variété est-elle
considérée comme une autre langue. Exemple, le berbère qui devient langue
nationale. Le terme de variété contrairement au dialecte ne désigne pas seulement
une position linguistique particulière mais désigne aussi des différences par rapport à
d’autres variétés.

11
CHAPITRE III

COMMUNAUTE ET VARIETE LINGUISTIQUES

1. COMMUNAUTE LINGUISTIQUE

Le mot communauté est dérivé du mot communal, état ou caractère de ce qui est
commun. La description de l’emploi différentiel de la langue par des groupes
sociaux différents, en particulier les classes sociales, se fait dans le cadre d’une
communauté linguistique. Une linguistique qui se veut sociale doit avoir pour objet
l’instrument de communication mis en œuvre dans la communauté linguistique.
Selon le dictionnaire de linguistique: « On appelle communauté linguistique un
groupe d’êtres humains utilisant la même langue ou le même dialecte à un
moment donné et pouvant communiquer entre eux ».

FISHMAN et LABOV proposent les définitions suivantes :

« …Une communauté née d’une communication intensive et/ou d’une


intégration symbolique en relation avec la possibilité de communication, sans
tenir compte du nombre de langues ou de variétés employées ».
(FISHMAN, sociolinguistique, Nathan, 1971, p. 46-47).

« La communauté linguistique se définit moins par un accord explicite


quant à l’emploi des éléments du langage que par une participation conjointe à
un ensemble de normes ». (LABOV W., sociolinguistique,
1976, p.187).

Les deux définitions se recoupent sur deux caractéristiques définitoires


principales : l’intensité de la communication et les normes partagées.

Par intensité de la communication, on entend simplement que les membres d’une


communauté linguistique se parlent plus les uns aux autres qu’ils ne le font avec les
étrangers ; les limites des communautés présenteront des creux, des vides dans le
modèle de communication.

L’autre critère, tout aussi important, les normes partagées, fait référence à un
ensemble commun de jugements évaluatifs, une connaissance à l’échelle de la
communauté de ce qui est considéré comme bon ou mauvais et ce qui est approprié à
tel type de situation socialement définie. D'une façon générale, une "communauté"
désigne un groupe qui partage un certain nombre de valeurs.

En conclusion, on peut dire qu’une communauté linguistique existe dés l’instant


où tous les membres ont au moins en commun une seule variété linguistique ainsi
que les normes de son emploi correct. Une communauté linguistique peut se réduire
à un groupe de personnes qui décident de vivre ensemble comme par exemple les
touaregs.

12
2. LA VARIATION LINGUISTIQUE

2.1. Définition :

On ne parle pas de la même façon dans toutes les circonstances de sa vie. Une
même personne, au cours d'une journée, change considérablement d'usage, de
variété, de langue, et ceci en raison de ses interlocuteurs, de l'objet de son discours,
des conditions immédiates de production/réception. Bien sûr, en fonction de son
milieu social, de son histoire personnelle, de son implantation géographique, des
effets que l'on veut/peut produire, de la maîtrise des registres de langues acquise, du
rapport à la langue et à la société, on recourt à des variétés linguistiques très
diverses, qui, même si elles sont globalement appelées "français", peuvent
comporter des différences considérables aux yeux du linguiste qui les décrit.

Dans les années 60, aux Etats-Unis, LABOV W., sociolinguiste bien connu pour
son rôle dans la recherche, n’hésite pas à dire que la sociolinguistique c’est la
linguistique, même s’il est obligé de constater que certains linguistes négligent à tort
l’étude du contexte social : « Pour nous, notre objet d’étude est la structure et
l’évolution du langage au sein du contexte social formé par la communauté
linguistique ». (LABOV, 1976, pp. 258). Pour lui, il n’y a pas d’étude de la langue
sans prise en compte des hommes qui la parlent sans étude de l’environnement
social. De ce fait, il tente de corréler les manières de parler avec des variables
sociales.

Il s’agit d’associer chaque variante linguistique à une cause extralinguistique


(classe sociale, sexe, âge, habitat, race, attitudes des locuteurs, circonstances de la
communication, etc.), ou chaque ensemble de variantes linguistiques (réalisation
d'une variable) à une ou des variables sociales, selon un schéma que l’on pourrait
représenter ainsi :

13
. . .

Ensemble des variables sociales Ensemble des variables linguistiques

2.2. Types de variation linguistique

Avec William Labov, le père de l'approche variationniste en


sociolinguistique, on distingue quatre types de variation :

2.2.1. Variation diachronique

« La variation diachronique est liée au temps ; elle permet de contraster les


traits selon qu'ils sont perçus comme plus ou moins anciens ou récents. » (M. L.
MOREAU, Sociolinguistique. Concepts de base, 1997, p. 284).

2.2.2. Variation diatopique

« La variation diatopique joue sur l'axe géographique ; la différenciation d'une


langue suivant les régions relève de cette variation. Pour désigner les usages qui
en résultent, on parle de régiolectes, de topolectes ou de géolectes » (M. L.
MOREAU, Sociolinguistique. Concepts de base, 1997, p. 284).

2.2.3. Variation diastratique

« La variation diastratique explique les différences entre les usages pratiquées


par les diverses classes sociales. Il est question en ce cas de sociolectes » (M. L.
MOREAU, Sociolinguistique. Concepts de base, 1997, p. 284).

2.2.4. Variation diaphasique

« On parle de variation diaphasique lorsqu'on observe une différenciation des


usages selon les situations de discours ; ainsi la production langagière est-elle
influencée par le caractère plus ou moins formel du contexte d'énonciation et se
coule-t-elle en des registres ou des styles différents» (M. L. MOREAU,
Sociolinguistique. Concepts de base, 1997, p. 284)

14
CHAPITRE IV

BILINGUISME ET PLURILINGUISME.

1. DEFINITION DU BILINGUISME

Le bilinguisme est l'une des principales conséquences du contact des langues. Il


y a de nombreuses définitions, nous retenons les suivantes :

Georges MOUNIN : « Le fait pour un individu de parler indifféremment deux langues


», « également coexistence de deux langues dans la même communauté, pourvu que la
majorité des locuteurs soit effectivement bilingue. ».

BLOOMFIELD : « la possession d'une compétence de locuteur natif dans deux


langues ».

MACKEY : « Nous définirons le bilinguisme comme l'usage alterné de deux


ou plusieurs langues par le même individu ».

Le bilinguisme à travers ces définitions peut être considéré soit comme le fait
d’un individu soit comme le fait d’une communauté. Certains chercheurs le
réservent pour désigner l’utilisation de deux langues, et distinguent les situations de
bilinguismes, de trilinguisme, de quadrilinguisme et de plurilinguisme (surtout dans
les années 70). D’autres auteurs, les plus nombreux, considèrent que toutes les
questions touchant la présence de deux langues dans la société et dans l’individu
sont applicables à trois, quatre, cinq langues ou plus, font du bilinguisme un emploi
générique (MAKEY, 1982).

2. TYPOLOGIE DU BILINGUISME

2.1. Bilinguisme individuel et bilinguisme social

Le bilinguisme social met l'accent sur les forces linguistiques qui existent dans
une communauté ou dans un groupe ethnique. Dans le bilinguisme social, beaucoup
de différences sociales dans les sociétés complexes sont liées à la langue. Le
bilinguisme individuel est le produit d'un processus social et historique. Suivant
MACKEY, le bilinguisme individuel peut être décrit selon les quatre
caractéristiques suivantes :

le degré : La connaissance que l'individu possède des deux langues qu'il emploie.
La fonction : Le rôle que ces langues jouent dans la structure globale de son
comportement ou les buts visés par l'usage de ces langues.
L'alternance : Les conditions et la manière permettant le passage d'une langue à l'autre.
L'interférence : La condition dans laquelle l'individu bilingue arrive à maintenir les
deux langues séparées.

15
2.2. Bilinguisme équilibré et bilinguisme dominant

Sous la dimension de la compétence linguistique de deux langues, il faut


distinguer le bilinguisme équilibré du bilinguisme dominant. On entend par le
bilinguisme équilibré une compétence dans les deux langues. Dans le bilinguisme
dominant, la compétence dans la langue maternelle est supérieure à celle dans l'autre
langue.

2.3. Bilinguisme composé et bilinguisme coordonné

Selon HAMERS : « Le bilingue composé est celui qui possède deux étiquettes
linguistiques pour une seule représentation cognitive, alors que chez le bilingue
coordonné des équivalents de traduction correspondent à des unités cognitives
légèrement différentes. ». Un enfant serait un bilingue composé s'il a appris les
deux langues très jeune et dans le même contexte ; alors qu'il serait de type
coordonné s'il a appris la deuxième langue dans un contexte différent de celui de
l'apprentissage de la première langue.

2.4. Bilinguisme précoce

Il s'agit d'une expérience bilingue où l'enfant n'a pas atteint l'âge de maturité.
Cette expérience bilingue se manifeste au même moment que le développement
général de l'enfant. Ce bilinguisme peut se subdiviser en deux catégories :

2.4.1. Le bilinguisme précoce simultané : se caractérise par le développement


chez l'enfant de deux langues maternelles LA et LB (le cas d'un enfant de mariage
mixte où les parents utilisent chacun sa langue avec l'enfant). Ce bilinguisme est le
produit d'un apprentissage informel, comme dans le cas d'un enfant issu d'une
famille immigrée, mais il peut être aussi le résultat d'un programme d'éducation
bilingue.

2.4.2. Le bilinguisme précoce consécutif : La langue seconde est acquise chez


l'enfant en bas âge, mais après la langue maternelle (on notera L1 pour la langue
maternelle, et L2 pour la langue seconde).

2.5. Bilinguisme additif et bilinguisme soustractif

On peut parler de bilinguisme additif si les deux langues sont suffisamment


valorisées. Dans ce cas, l'enfant est capable de développer une plus grande flexibilité
cognitive par rapport à l'enfant monolingue qui n'a pas cette expérience. Au
contraire, lorsque la langue maternelle est dévalorisée dans le milieu socioculturel de
l'enfant, le développement cognitif de ce dernier risque d'être ralenti. Le bilinguisme
dans ce sens est de type soustractif.

2.6. Bilingue biculturel, bilingue monoculturel

Selon HAMERS, on peut distinguer le bilingue biculturel, qui s'identifie


simultanément à deux cultures, du bilingue monoculturel qui est bilingue tout en

16
gardant sa culture seulement (L1). Un individu bilingue qui renonce à l'identité
culturelle de son groupe pour adopter celle du groupe L2 est considéré comme un
bilingue acculturé à L2.

CONCLUSION

On peut dire à propos de l’Algérie : qu’elle présente bien une situation de


plurilinguisme social. Ce bilinguisme peut être caractérisé à la fois comme précoce
et tardif (beaucoup d’enfants apprennent les langues dans leur petite enfance mais
aussi à l’école). Ce bilinguisme est aussi équilibré, il est plutôt coordonné que
composé.

17
CHAPITRE V

BILINGUISME ET DIGLOSSIE

1. DEFINITION ET HISTORIQUE DE LA DIGLOSSIE.

La notion de diglossie (du grec ancien diglottos, signifiant bilingue) est un concept
sociolinguistique développé par FERGUSON(1959) pour décrire toute situation
dans laquelle deux variétés d’une même langue sont employées dans des domaines
complémentaires, l’une de ces variétés étant généralement de statut socialement
supérieur à l’autre.

Dans un sens large, la diglossie existe dans toutes les sociétés où l’usage quotidien
diffère sensiblement de la norme officielle, il faut que chaque variété soit utilisées de
manière systématique : par exemple, une variété est employée dans les domaines
formelles, comme l’administration, la religion la poésie, alors que l’autre est
réservée à la conversation courante, aux discussions informelles, à la
correspondance non officielle. FERGUSSON qualifie ces deux variétés l’une haute
et l’autre basse.
Exemple : Le monde arabe : l’arabe classique et l’arabe dialectal. La variété basse
est généralement la langue maternelle, son acquisition se fait par l’usage, donc au
sein de la famille. La variété haute s’apprend à l’école.

Le terme de diglossie a été étendu par FISHMAN (1967) à l’usage complémentaire


institutionnalisé de deux langues distinctes dans une communauté donnée. Cette
situation de diglossie se caractérise par un certain nombre de traits :

 La fonction : la fonction des deux variétés H et B n’est pas la même, il y a


répartition de chacune d’entre elles selon les situations de communication.
 La notion de prestige, on se place ici au niveau de l’attitude des locuteurs qui
ont tendance à qualifier H de supérieure de plus belle, de plus logique, de plus
apte à exprimer les pensées importantes. Ils affirment aussi qu’ils préfèrent
entendre un discours politique dans cette variété. La variété B est considérée
comme étant inférieure, incapable d’exprimer un discours littéraire.
 La standardisation constituée par la moyenne des usages des locuteurs, ex : le
français standard constitue la norme.
 La stabilité : la situation de diglossie est passagère, soumise à l’évolution. Le
rapport entre une langue H et une langue L est ponctuel, éphémère, susceptible
d’évolution. La situation de diglossie se caractérise par la stabilité, elle peut
durer plusieurs siècles. S’il y a évolution c’est par l’intermédiaire d’une forme
de langue intermédiaire qui ne remet pas en cause véritablement le rapport
entre H et L, comme par exemple l’arabe classique et l’arabe dialectal. Le
concept de diglossie a été étendu par GUMPERZ (1971) aux sociétés
multilingues, dans le sens où celles ci peuvent utiliser différentiellement
plusieurs codes (langues, dialectes) dans des domaines et des fonctions
complémentaires, comme l’Inde, qui a deux langues officielles, hautes : le
hindi et l’anglais en plus des langues régionales.

18
2. LE REJET DE LA NOTION DE DIGLOSSIE

-Martinet utilise plusieurs éléments pour remettre en cause la notion de


diglossie. Selon cet auteur, FISHMAN et GUMPERZ adoptent la notion de diglossie
pour des raisons sociologiques, pour marquer la distinction bilinguisme individuel
versus bilinguisme social. La diglossie implique le bilinguisme communautaire.
Dans cette perspective on ne voit pas ce que la distinction bilinguisme, diglossie
apporterait de nouveau par rapport au bilinguisme individuel et bilinguisme social.
Martinet rappelle que la hiérarchie entre les langues n’est pas absolue, il n’est pas
toujours possible dans toutes les situations linguistiques de déterminer la hiérarchie.
Exemple, le Canada. L’anglais est réservé au domaine économique et technique, le
français est réservé au domaine culturel. Ces deux langues sont des langues de
prestige bien qu’elles ne soient pas sur un pied d’égalité. Martinet conclue : j’écarte
ce terme de diglossie tout simplement parce qu’il suppose qu’il y a deux sortes de
bilinguisme :

Le bilinguisme individuel entre langue de prestige identique


Le bilinguisme communautaire dans lequel il y a nécessairement une
hiérarchie de prestige entre plusieurs langues.

3. LES TENANTS DE LA NOTION : DEFENSE ET ILLUSTRATION DE LA


DIGLOSSIE

La défense de la diglossie se fait selon deux axes principaux :

La diglossie symbole ou manifestation de l’inégalité.


La diglossie expression et moyen d’un conflit social.

A partir de la distinction entre variété H et variété L, établie par Ferguson se


construit une autre signification celle de la diglossie symbole ou manifestation de
l’inégalité. Il s’agit d’inégalité au niveau de l’utilisation des deux langues mais aussi
des attitudes et représentations que les locuteurs ont à propos de ces langues. Ces
deux aspects sont très importants. Le terme de diglossie permet d’insister sur cette
inégalité qui peut être quantitative lorsqu’il s’agit de l’extension d’emploi de ces
langues : ainsi la variété H a généralement une zone d’extension plus grande que la
variété B. On peut parler d’inégalité qualitative lorsque les langues en présence ont
le même statut.

19
CHAPITRE VI

ATTITUDES ET REPRESENTATIONS.

1. LINGUISTIQUE ET REPRESENTATIONS

La notion de représentation, empruntée aux sciences sociales, est aujourd’hui de


plus en plus présente dans le champ des études portant sur les langues, on reconnaît
en particulier que les représentations que les locuteurs se font des langues, de leurs
normes, de leurs caractéristiques ou de leurs statuts au regard d’autres langues,
influencent les procédures et les stratégies qu’ils développent et mettent en oeuvre
pour les apprendre et les utiliser.

Les représentations peuvent être étudiées dans deux grandes disciplines : sciences
du langage et sciences cognitives. Ainsi, nous proposons les caractéristiques et
quelques dimensions pour voir les relations avec la linguistique.

2. REPRESENTATION : UNE NOTION CARREFOUR

L’un des reproches que l’on peut faire aux définitions de la langue qui la ramènent à
un instrument de communication est qu’elles risquent de laisser croire à un rapport
neutre entre le locuteur et sa langue. Un instrument, on l’utilise lorsqu’on en a
besoin, on le remet ensuite, or les rapports que nous avons à nos langues et à celles
des autres ne sont pas tout à fait de ce type, il existe, en effet, tout un ensemble
d’attitudes, de représentations et de sentiments des locuteurs face aux langues, ces
attitudes et représentations linguistiques ont une influence sur le comportement
linguistique.

La notion de représentation est aujourd’hui de plus en plus présente dans le champ


des études portant sur les langues, leur appropriation et leur transmission. Les
représentations que les locuteurs se font des langues, de leurs normes, de leurs
caractéristiques, ou de leurs statuts au regard d’autres langues, influencent les
procédures et les stratégies qu’ils développent et mettent en œuvre pour les
apprendre et les utiliser.

Dans un premier lieu, Le concept de représentation est apparu avec le sociologue


E. DURKHEIM (1985) qui distingue les représentations collectives (partagées,
stables, contraignantes) des représentations individuelles (variables). Ces
représentations collectives reconstruisent la réalité : elles sont organisées,
homogènes, communes, préservent le lien social et préparent à l'action. A partir de
1961, le concept est repris en psychologie sociale par MOSCOVICI S. qui théorise
la notion de représentations sociales, elles sont à la fois forgées, transmises,
acquises dans des processus interactifs. Elles sont définies comme ayant une double
fonction « d’une part celle de permettre aux individus de structurer leur action
dans le monde social, d’autre part celle de leur permettre de communiquer, en
les dotant d’un code commun» (MOSCOVICI S., cité par MONDADA L. 1998,
P.128).

20
Dans un deuxième lieu, le concept de représentation est issu de la philosophie de la
connaissance et de la logique, repris par le cognitivisme, qui aborde le rapport
langage / monde, rapport établit en termes de correspondance entre les mots et les
choses. Elles sont évaluées par leur objectivité, elles permettent d’étudier le
comportement et les activités de connaissance « l’agir cognitif présuppose en effet
la faculté de se représenter le monde d’une façon adéquate et pertinente »
(Ibid., p.129).
Ces deux traditions reposent sur un nombre de présupposés communs,
souvent implicites, se posant les questions suivantes : confrontation RP/ son objet
séparant le monde de son image qui renforce la transformation d’une réalité donnée,
l’étude des représentations selon leurs diversités est différente d’un paradigme à
l’autre.
D’une part, la relation de correspondance entre mots et choses assure éventuellement
l’objectivité. D’autre part, malgré leur multiplicité, elles tendent à être stabilisées
chez les individus ou les groupes, et s’échappent aux variations. Elles sont d’ordre
mental, collectif ou individuel, et ne sont qu’une manifestation parmi d’autres.
Elles permettent à déterminer le sens et la finalité des activités cognitives et sociales.

Les quatre dimensions fondamentales des représentations sont les suivantes :


 Dimension performative : elles jouent un rôle structuré et structurant
par rapport à la réalité, la réalité sociale est façonnée par une
multiplicité de discours.
 Dimension contextuelle : elles sont des versions du monde qui
apparaissent imposées, transformées, reformulées dans des interactions
entre locuteurs d’une société.

 Dimension sémiotico-matérielle : elles sont constitutivement informées


par les modes d’organisation propre à l’écrit ou à l’oral, au verbal ou au
visuel, ces modes sont imbriqués dans les pratiques sémiotiques
situées.
 Dimension praxématique : elles sont à traiter comme des activités
sémiotiques, intégrées dans d’autres activités sociales.

Les représentations en linguistique ont été introduites pour au moins deux


ordres de phénomènes .D’une part, elles font parie des modèles discursivo-cognitifs
nécessaire pour rendre compte de l’interprétation et l’attribution du sens. D’autre
part, « les représentations que les locuteurs se font de la langue sont invoquées
pour comprendre leurs comportements linguistique, que ce soit en production
[…] ou encore réception […], dans un cadre fortement inspiré de la psychologie
» (Ibid., p.132).

La notion de représentation en linguistique se rend compte de la fonction


référentielle du discours et de ses conséquences théoriques. Les relations sociales
sont instaurées par les interlocuteurs au moyen de ressources linguistiques. La
langue ne se considère pas comme système mais comme action sociale. Il est
essentiel de saisir leurs processus d’émergence, leurs modes d’organisation et de
fonctionnement en contexte.

21
L’analyse se focalise sur des situations sociales où les locuteurs se livrent à des
activités descriptives, orientées vers le contexte, sur les finalités pratiques.

Le rapport des locuteurs Algériens à la langue française nous ouvre la porte


d'étude des représentations, étudier le statut des locuteurs à l'intérieur du système
linguistique français, voir comment se forge l’identité linguistique de l'Algérien, une
identité à mi-chemin entre un arabe algérien évolué et enrichi par l'introduction de
nombre de mots nouveaux et une langue française réappropriée et réadaptée à un
environnement et à un espace social. De ce fait, l’étude de l’imaginaire linguistique,
les représentations, la politique linguistique nous explique cette appropriation du
français par les locuteurs algériens.

2.1. Attitudes et opinions

L’un des reproches que l’on peut faire aux définitions de la langue qui la
ramènent à un instrument de communication est qu’elles risquent de laisser croire à
un rapport neutre entre le locuteur et sa langue. Un instrument, on l’utilise lorsqu’on
en a besoin, on le remet ensuite, or les rapports que nous avons à nos langues et à
celles des autres ne sont pas tout à fait de ce type, il existe, en effet, tout un
ensemble d’attitudes, de sentiments des locuteurs face aux langues, ces attitudes
linguistiques ont une influence sur le comportement linguistique.

Les deux notions, celle de représentation et celle d’attitude, toutes deux


empruntées à la psychologie sociale, présentent de nombreux points de rencontre et
sont parfois utilisées l’une à la place de l’autre, des auteurs préfèrent les distinguer,
l’attitude est généralement définie comme une disposition à réagir de manière
favorable ou non à une classe d’objet.

Les informations dont dispose un individu sur un objet particulier, constituent


ainsi un stock de croyances,
ces croyances peuvent être motivées par des informations objectives, comme elles
peuvent s’appuyer sur des préjugés ou des stéréotypes. Les opinions sont définies
par ROUQUETTE et RATEAU comme suit « les opinions dépendent d’une
instance qui se situe plus en amont, une instance organisatrice si l’on veut, qui
règle l’articulation de l’individuel et du collectif et génère le passage du pont de
vue général sur un thème ou une famille de thèmes à son application au cas
particulier » (ROUQUETTE M.L., RATEAU P., 1998, p.22)

La notion d’attitude linguistique, qui s’est développée à partir des recherches


de LOMBERT W. sur la psychologie du bilinguisme au Canada, ressortit davantage
aux théories et aux méthodes de la psychologie, alors que celle de représentation
doit plus à l’étude contrastive et culturelle et des identités et relèverait plutôt de
concepts.

L’étude sociolinguistique des représentations en matière de langue et de


langage doit, donc, tout en s’appuyant sur celle des attitudes et sur les méthodes
d’enquêtes correspondantes, se donner un objectif complémentaire, plus centré sur
l’analyse des formes et des contenus des pratiques des interlocuteurs.

22
2.2. Les stéréotypes

Un stéréotype est une forme socialement marquée et notoirement étiquetée par les
locuteurs d’une communauté linguistique ou par des gens de l’extérieur. Il est
souvent confondu avec les représentations, ainsi, « le stéréotype est bien une
représentation qui a mal tourné, ou qui a trop bien tourné, victime, à n’en pas
douter à la suite d’un usage immodéré dû à une grande notoriété, d’un
processus de figement inhérent cependant à la nature de la représentation, dont
la pertinence pratique en discours est tributaire de son fonctionnement
simplificateur et donc univoque et à une stabilité de contenu rassurante pour
les membres du groupe/ de la communauté concerné(e) » (BOYER H., 2003,
p.15)

Ce type de variable représente un intérêt particulier, non seulement en raison


de sa grande visibilité, mais aussi parce que cette appropriation par la conscience
sociale en influence parfois de façon définitive le sort, si le stéréotype est évalué de
façon positive, il peut être rapidement adopté par la communauté linguistique
entière, mais s’il est évalué négativement, le changement en cours soit tout
simplement renversé.

On considère généralement que le stéréotype constitue une forme spécifique


de verbalisation d’attitudes, caractérisé par l’accord des membres d’un même groupe
autour de certains traits, qui sont adoptés comme valides et discriminants pour
décrire un autre. Le stéréotype affiche ainsi les perceptions identitaires et la cohésion
des groupes, l’important n’est ainsi pas de décider si le stéréotype est vrai , mais de
savoir le reconnaître comme tel, et de reconnaître sa validité pour un groupe donné,
dans la manière dont il affecte les relations entre les groupes et corollairement, par
exemple, l’apprentissage des langues pratiquées par ces groupes.

Les stéréotypes identifient des images stables et décontextualisées,


schématiques et raccourcies, qui fonctionnent dans la mémoire commune, et
auxquelles adhérent certains groupes. Le degré d’adhésion et de validité que leur
portent certains groupes de locuteurs peut être lié à des conduites, à des
comportements linguistiques et à des comportements d’apprentissage.

Le stéréotype, en tant qu’expression de la personnalité collective, est


transmis à l’individu par le milieu social, il organise l’identification / inclusion de
l’individu à une communauté, une collectivité de valeurs communes tout en
effectuant l’exclusion de l’autre.

2.3. L’imaginaire linguistique

Mener une étude sociolinguistique concernant les représentations des locuteurs


vis-à-vis de leur(s) langue(s) maternelle(s) ou celles dites "secondes", nous fait
penser à la relation qui unit ce sujet parlant à la langue (la sienne et celle d’autrui), le
concept d'imaginaire linguistique étudie ce rapport compliqué. Ce concept apparaît
vers 1975 lors des analyses des enquêtes menées pour la thèse de doctorat d'Etat
(sous la direction d'ANDRÉ MARTINET) sur la phonologie du français
contemporain et sa dynamique dans un français régional, à étudier surtout le rapport
des locuteurs à la langue la leur en particulier et celle des autres locuteurs.

23
L'imaginaire linguistique est défini comme le rapport du sujet à la langue, repérable
par ses commentaires évaluatifs sur les usages ou les langues.

Le terme imaginaire a alors été préféré à celui d'attitude ou de représentation


étant donné leur polysémie et en particulier celle de représentation qui « …
permettait en sociolinguistique de fédérer diverses remarques concernant les
sentiments linguistiques des sujets, leur valorisation des formes dites de
prestige ou leur dévalorisation de leur parler voire leur culpabilité linguistique
et bientôt leur insécurité linguistique» (HOUDEBINE - GRAVAUD A.M., 2002,
p. 11). D'où la notion avancée d'imaginaire pour prendre en compte ce rapport du
sujet à la langue, la sienne et celle de la communauté qui l'intègre comme sujet
parlant, sujet social où dans laquelle il désire être intégré, par laquelle il désire être
identifié.

Les analyses des attitudes subjectives s'approfondissant, se complexifiant et se


développant en contact avec l'extension des descriptions sociolinguistiques , cette
notion d'imaginaire linguistique, proposée pour prendre en compte ce rapport (ou ces
représentations ) des sujets parlants à la langue, s'est vue approfondie et développée
jusqu'à devenir un concept relativement stabilisé qui a permis de décrire les attitudes
des sujets parlants en les précisant par la construction de catégorisations .

Pour BOYER H., il considère que l’ensemble des représentations constituent un


imaginaire communautaire ou ethno socioculturel , « L’imaginaire en question,
nourri des contenus d’imaginaires individuels et influant fortement sur eux […]
renferme les paradigmes de base d’une situation culturelle donnée- en ce qu’ils
peuvent avoir de commun et de différent d’une culture à l’autre- imaginés par
consensus au sein de groupes humains et normant les détails des contenus des
démarches cognitives tant que les rapports de ces dernières ne finissant pas par
entrainer une modification de ces paradigmes » (DESCHAMPS J.,1996, p. 16)

Le modèle de l’IL part du principe que la norme est le résultat de plusieurs


facteurs qui s’enchevêtrent. Ces facteurs relèvent non seulement de contraintes
inhérentes au système même de la langue (normes objectives), mais aussi des
attitudes linguistiques des locuteurs (normes subjectives). Parmi les normes
objectives, HOUDEBINE distingue les normes systémiques et les normes
statistiques. Les premières concernent la conformité des usages aux règles de la
structure de la langue, tandis que les deuxièmes correspondent à leur fréquence. Les
normes subjectives correspondent à l’imaginaire linguistique proprement dit des
locuteurs, lequel rend compte « du rapport (ou des représentations) des sujets
parlant à la langue » (HOUDEBINE-GRAVAUD A-M., 2002, p. 11).
Cet imaginaire se traduit par un ensemble d’attitudes parmi lesquelles
HOUDEBINE-GRAVAUD distingue les normes évaluatives, fictives, prescriptives,
communicationnelles et identitaires.

Les normes évaluatives correspondent à la conscience que les locuteurs ont


de la présence ou de l’absence d’un fait de langue dans leurs propres usages ou ceux
des autres. Les attitudes qui s’appuient sur des jugements d’ordre esthétique, affectif
ou historique, relèvent des normes fictives. À partir du moment où les normes sont
institutionnalisées, c’est-à-dire entérinées et véhiculées par les ouvrages de référence

24
(dictionnaires et grammaires), par l’école ou encore par les académies de la langue,
elles deviennent des normes prescriptives. De leur côté, les normes
communicationnelles reposent sur la prise en compte du destinataire dans les
échanges : par souci de clarté ou de compréhension, un locuteur peut en effet vouloir
adapter son langage et utiliser des formes qui, d’un point de vue strictement
prescriptif, sont pourtant considérées comme transgression des règles. Enfin, les
normes identitaires permettent de rendre compte du rôle que la langue joue dans la
construction de l’identité culturelle d’une communauté.

3. REPRESENTATIONS ET IDEOLOGIE

Idéologie et représentations sont souvent confondues, selon MANNONI, il est


possible de « considérer représentations et idéologie sous l’angle de la similitude
de nature, les différences n’étant que de la partie au tout et de l’élément à la
structure d’ensemble à laquelle il appartient. En effet […] de quoi une idéologie
peut être constituée sinon d’un système (réseau) de représentations en
interconnexion » (MANNONI P., 1998, p. 54). L’idéologie pourrait être l’instance
de raison des représentations, un corps plus ou moins fermé de représentations, une
construction sociocognitive spécifique à teneur coercitive, susceptible de légitimer
des discours performatifs et donc des actions dans la perspective de la conquête de
l’existence, du maintien d’un pouvoir au sein de la communauté ou face à une
autre/d’autres communauté(s), BOYER H., en parlant de la politique linguistique
appliquée en France, considère « L’unilinguisme comme idéologie
sociolinguistique » (BOYER H., 2003, p. 49). Le même auteur nous propose le
schéma ci-dessous pour mieux expliquer ces différentes notions ainsi d’expliciter les
liens qui les unissent ((Ibid., p. 19)

25
IMAGINAIRE(S) COMMUNAUTAIRE(S)

Idéologies

Représentations

Images

Stéréotypes

Attitudes

Opinions

Figure 01 : Paradigme représentationnel

CONCLUSION

Les représentations doivent être prises en considération dans les politiques


linguistiques, les sociolinguistes ont mené de nombreux travaux sur les attitudes et
les représentations des sujets vis-à-vis des langues, de leur nature, de leur statut ou
de leurs usages, ces représentations constituent un élément structurant du processus
d’appropriation langagière. Les représentations sur la langue maternelle, sur la
langue étrangère et sur leurs différences sont liées à certaines stratégies chez les
locuteurs.

26
CHAPITRE VII

LA POLITIQUE LINGUISTIQUE

1. POLITIQUE LINGUISTIQUE

Nous appellerons une politique linguistique un ensemble des choix conscients


concernant les rapports entre langue (s) et vie sociale, et la planification linguistique
est la mise en pratique concrète d'une politique linguistique, le passage à l’acte. Les
deux expressions politique linguistique et planification linguistique permettent de
distinguer deux niveaux de l'action du politique sur la / les langues(s) en usage dans
une société donnée. La planification linguistique est alors un passage à l'acte
juridique et administratif, la concrétisation sur le plan des institutions de
considérations, de perspectives, de choix, qui sont ceux d'une politique linguistique
celle-ci peut concerner une langue dans son identité structurale, concerner les
fonctionnements socioculturels d'une langue à ceux d'une autre, également en usage
dans la même communauté et présenter une double visée linguistique et
sociolinguistique. Le plus souvent, les objectifs linguistiques dépendent d'objectifs
plus globaux à l'échelle sociale toute entière ; unification nationale, rapprochements
diplomatiques et orientation de l'économie vers un nouveau secteur. Pour HENRI
BOYER :
« l’expression politique linguistique est plus souvent employée en relation
avec celle de planification linguistique : tantôt elles sont considérées
comme des variantes d’une même désignation, tantôt elles permettent de
distinguer deux niveaux de l’action du politique sur la/les langue(s) en
usage à l’acte juridique, la concrétisation sur le plan des institutions (
étatiques, régionales, voire internationales) de considération de choix, de
perspectives qui sont ceux d’une politique linguistique» (BOYER H.,1996,
p. 23)

La politique linguistique repose sur de simples directives, et elle s'inscrit


dans le cadre d'un marché linguistique, cette dynamique sociolinguistique à deux ou
plusieurs langues, peut aller de la coexistence plus ou moins pacifique au conflit
ouvert, en passant par toutes les modalités de la concurrence et de l'antagonisme, à
base de déséquilibre fonctionnel et l'inégalité statutaire. Les causes non linguistiques
de la dominance et donc du conflit, ne sont pas faciles à identifier, mais parmi les
plus fréquemment observées : démographique migratoire, politique, économique,
militaire et sociale.

Le Maroc considéré pays bilingue : arabe classique et français hérité du


colonisateur, a adopté la politique linguistique d'unilinguisme qui consiste à
favoriser une seule langue sur les plans politique, juridique, social, économique. En
retrouvant son propre équilibre à travers l'expression de son identité, grâce à un outil
authentique, le Maroc contribuera, beaucoup mieux, à enrichir la civilisation
universelle tout en profitant de ses apports et expériences. L'accès aux cultures

27
universelles, une fois assurée la maîtrise de la langue nationale, permet une
communication positive avec le monde extérieur, pour tirer profit de l'esprit créateur
d'autrui dans les domaines de la science et de la technologie, dans cet optique, le
français est la première langue étrangère, l’anglais est une deuxième langue
étrangère.

2. IDEOLOGIE LINGUISTIQUE

Le terme idéologie a été créé au 18ème siècle, l’expression idéologie linguistique


apparait récemment à la suite et à la faveur de l’évolution de la sociolinguistique et
d’autres sciences voisines. L’idéologie linguistique est une forme d’idéologie parmi
tant d’autres (politique, économique, culturelle..), mais dont le champ d’application
est la gestion des langues.

L’idéologie s’identifie à un système d’idées sur lequel est fondée la gestion


des langues dans un pays, une partie de celui-ci, une ville ou une autre entité
politico-administrative. Elle nait d’un besoin ressenti dans un milieu plurilingue par
le pouvoir, une classe sociale, un groupe confessionnel…besoin de mieux gérer les
langues en présence. Son objectif principal est d’assurer une meilleure
communication entre les membres d’une communauté. Elle inspire la répartition des
fonctions entre les différentes langues en présence, compte tenu des critères
généralement objectifs : nombre de locuteurs, dynamisme d’un code par rapport à
d’autres, l’importance de la langue dans l’environnement international, son rôle dans
l’acquisition des connaissances.
Elle se donne la tâche de prévenir l’anarchie linguistique et même de la combattre.

Cependant, malgré les principes absolument objectifs qui la fondent,


l’idéologie linguistique masque quelques fois les intérêts d’un groupe politique, d’un
groupe ethnique. L’idéologie linguistique officielle d’unilinguisme en Algérie peut
être un cas exemplaire. La langue arabe ne se serait pas imposée, mieux n’aurait pas
été imposée sur les autres langues en Algérie, alors fondamentalement plurilingue, si
elle n’était pas la langue du Coran.

3. IDEOLOGIE LINGUISTIQUE IDENTITAIRE

En dehors de l’idéologie officielle, il existe plusieurs idéologies parallèles qui


peuvent être définies comme la vision que les communautés linguistiques ont des
différentes langues en présence, et de leurs locuteurs. Elles visent les intérêts
particuliers des groupes en présence tout autant qu’elles expriment leurs désirs et
aspirations et rendent compte de leur vision de la société. L’étude de l’idéologie
linguistique identitaire exige un questionnement sur le concept d’identité. Les
notions auxquelles il est souvent associé à savoir, ethnie, tribu, clan…

L’identité peut être définie comme un processus dynamique de caractérisation de


soi et des autres qui se construit dans l’interaction entre individus et entre groupes.
Nous revenons à ce concept dans la partie suivante pour mieux le cerner. Le
problème de l’identité est relativement ancien ; mais c’est au 19ème siècle qu’elle a
pris de l’importance avec le concept de nationalisme en Europe.

28
De nouvelles identités, tout en se structurant, marquent aussi la vie sociétale. Par
ce caractère social, l’identité évolue sur le plan individuel et collectif, elle s’inscrit
dans l’espace et dans le temps. Ainsi, les processus dynamiques d’identification
participent à la reconstruction des groupes sociaux. Dans ces processus, on recourt à
des stratégies identitaires, celles-ci, individuelles ou collectives, servent soit à
perpétuer les divers statuts identitaires qui sont activés par le rapport entre les
acteurs, soit à les modifier. L’Algérie, pays plurilingue, a adopté une idéologie
identitaire fondée sur l’arabisation.

CONCLUSION

Une politique linguistique est en effet portée, investie, alimentée, par des
valeurs sociolinguistiques, des attitudes, une idéologie. La configuration
sociolinguistique que la politique linguistique cherche en général à modifier est objet
de représentations communautaires. Ces représentations qu’ont les usages de leur
langue et de la langue avec laquelle celle-ci est en concurrence / conflit et les
attitudes ainsi générées, sont autant d'éléments déterminants dans l'évaluation de la
concurrence / du conflit et la réussite ou l'échec d'une politique linguistique.

29
CHAPITRE VIII

LES COURANTS DE LA SOCIOLINGUISTIQUE

L’étude du langage, on l’a vu est traversée par un conflit permanent entre


ceux qui appréhendent le langage comme système ce sont les courants
variationnistes (voir Labov et Bernstein) et ceux qui l’appréhendent comme
discours. Cette dernière tendance est aujourd’hui dominée par les divers courants :

1. LES COURANTS PRAGMATIQUES

La pragmatique s'intéresse à l'usage du langage, ce qui en fait le complément naturel


de la linguistique, qui, elle s'intéresse au langage. Historiquement, la pragmatique
naît lorsque John Austin, philosophe du langage ordinaire donne les William James
Lectures à Harvard en 1955. A cette occasion, il introduit l'idée, révolutionnaire
dans la philosophie anglo-saxonne de l'époque, selon laquelle les phrases,
notamment affirmatives, ne servent pas simplement à décrire le monde, mais sont
aussi un moyen d'action. Ainsi, le locuteur d'une phrase donnée dans un
environnement donné (un énoncé) peut produire une assertion (ex: Le chat est sur le
paillasson), une promesse (ex: Je viendrais demain), un ordre (ex: Je t'ordonne de
fermer la porte), etc. Pour autant, cette proposition, connue sous le nom de théorie
des actes de langage et décrite de façon plus formelle par un élève d'Austin, John
Searle, s'inscrit toujours dans une vision traditionnelle de la communication
linguistique, selon laquelle le langage est un code. Dans cette optique, l'intention du
locuteur qui produit un acte de langage donné est récupéré via la convention
linguistique.

C'est à P. GRICE que revient le mérite d'avoir fondé la pragmatique moderne


lorsqu'il prononce à son tour les William James Lectures en 1967. Il insiste en effet
sur l'insuffisance du modèle codique, insuffisance due au fait que la convention
linguistique ne permet pas de récupérer l'intention du locuteur dans son intégralité. Il
faut lui adjoindre des processus inférentiels qui permettent l'interprétation complète
de l'énoncé. Selon GRICE, la communication (notamment linguistique) est un
processus coopératif qui obéit à un certain nombre de maximes et c'est sur la
violation éventuelle de ces maximes que s'appuie l'interlocuteur pour récupérer
l'intention du locuteur lorsqu'elle n'est pas explicitement communiquée. Dans cette
optique, et moyennant la contribution que fait la signification linguistique de la
phrase à l'interprétation de l'énoncé, la communication linguistique est interprétée,
comme tout comportement intentionnel, à partir des états mentaux que
l'interlocuteur prête au locuteur.

Ainsi, à ses débuts, on peut voir toute l'histoire de la pragmatique comme une
tentative pour réintégrer la communication linguistique dans le comportement en
général: dans la théorie des actes de langage, cela consiste à intégrer la
communication dans une philosophie de l'action, dans le cadre de la
théorie gricéenne, cela consiste à faire de la communication, comme de tout
comportement, l'objet de la théorie de l'esprit.

30
C'est dans les années 80 que la pragmatique trouve son visage contemporain avec la
théorie de la pertinence, proposée par Dan SPERBER et DEIRDRE Wilson. A la
suite de GRICE, SPERBER et Wilson insistent sur la sous-détermination
sémantique de la communication linguistique et sur la nécessité de compléter le
processus purement linguistique par des mécanismes inférentiels qui permettent
d'accéder à l'interprétation complète de l'énoncé. Leur apport consiste à inscrire la
pragmatique dans les sciences cognitives contemporaines en adoptant dans un
premier temps une approche modulaire, inspirée par les propositions de Jerry
FODOR.

Dans cette optique, la partie proprement linguistique de l'interprétation est


laissée à un mécanisme spécialisé, tandis que la part pragmatique se fait au niveau
du système central de la pensée. C'est là qu'intervient un processus non spécialisé
d'inférences non-démonstratives qui, prenant pour prémisses l'interprétation partielle
de l'énoncé livrée par le mécanisme linguistique ainsi que des informations tirées de
mémoires de profondeur variable, l'ensemble formant le contexte , livre
l'interprétation complète de l'énoncé. L'ensemble du système pragmatique s'articule
autour du principe de pertinence, un principe d'économie cognitive qui se définit par
l'équilibrage entre le coût du traitement et les effets cognitifs de l'énoncé. La
pertinence intervient à deux niveaux:

Le choix des informations qui entrent dans le contexte

L'arrêt du mécanisme inférentiel lorsqu'un effet suffisant pour équilibrer l'effort est
atteint.

Dans un deuxième temps, SPERBER et WILSON ont partiellement modifié


leur théorie, en l'insérant, non plus dans la modularité fodorienne, mais dans la
perspective de la psychologie évolutionniste proposée notamment par John TOOBY
et Leila COSMIDES. Dans cette optique, l'esprit humain ne se compose pas d'un
nombre fini de modules spécialisés pour les différentes modalités perceptives et d'un
système central, mais d'un grand nombre de modules dits darwiniens spécialisés
pour des domaines différents, comme, par exemple la physique naïve ou la
psychologie naïve, domaines qui se sont créés au cours de l'évolution. Ainsi, la
pragmatique serait un module darwinien, qui aurait évolué spécifiquement pour
l'interprétation de la communication linguistique et qui pourrait être un sous-module
de la psychologie naïve.

Dans cette perspective, les travaux de l'équipe sur les fondements de la


pragmatique se répartissent sur plusieurs axes: d'une part, les particularités logiques
des énoncés (notamment ce qui les rend nécessairement vrais ou nécessairement
faux), la modélisation et la spécification de la théorie de la pertinence sur certains
points, le rapport entre l'usage du langage et la théorie de l'esprit, les problèmes
d'évolution. (cf la philosophie du langage avec Searle)

31
2. LES COURANTS INTERACTIONNISTES

Etroitement liés aux conceptions pragmatiques, les courants interactionnistes


conçoivent le langage comme foncièrement interactionnel (on dit aussi interactif ou
dialogique)

L’interaction verbale : Tout au long de l’échange, les partenaires, les interactants,


agissent l’un sur l’autre et se transforment à travers cette action réciproque. On ne
doit pas séparer émission et réception comme deux comportements successifs, mais
considérer que les deux partenaires sont à la fois en position d’émission et de
réception. Cette conception de l’activité langagière va de pair avec l’idée que
l’interprétation n’est pas incluse dans les énoncés, attachée à eux de manière stable,
mais qu’elle résulte d’un travail menée en commun par les interactants.

L’interactionnisme veut s’affranchir d’une linguistique traditionnellement polarisée


sur le seul matériau verbal. La possibilité d ‘enregistrer à la fois le son et l’image a
permis de mettre en évidence le caractère multicanal de la communication verbale,
qui déborde largement le strict domaine de la langue naturelle : les interactants
communiquent par leurs émissions vocales mais aussi par leur silences, leurs
mimiques, leurs postures, manière dont ils prennent alternativement la parole (étude
des paroles), dont ils se ménagent ou non (étude de la politesse)

L’Analyse conversationnelle : Beaucoup de linguistes, surtout dans les pays


anglo-saxons, assimilent analyse du discours et analyse conversationnelle. Cette
dernière est le domaine d’étude privilégié des courants interactionnistes, puisqu’elle
étudie les relations verbales mais aussi paraverbales et gestuelles.

32
CHAPITRE VIV

LA SOCIOLINGUISTIQUE URBAINE

INTRODUCTION

Depuis les années 1990, une partie de la sociolinguistique française et


francophone (mais aussi plus largement européenne) a tendance à s’intéresser
massivement aux phénomènes langagiers observés en milieu urbain. On peut
justifier cet intérêt par des motivations théoriques, mais aussi sociales, comme nous
aurons l’occasion de le voir. Ce domaine de recherche pourrait passer relativement
inaperçu s’il n’avait parfois tendance à occulter les autres domaines du vaste
territoire de la sociolinguistique, qui suit à l’heure actuelle deux orientations
majeures très marquées et parfois croisées : l’étude des représentations linguistiques
(avec un retour en force de la psychologie sociale) et l’étude des phénomènes
langagiers en milieu urbain. La première tendance pose des problèmes théoriques,
méthodologiques et épistémologiques qu’il conviendrait d’examiner plus
longuement.

La deuxième tendance est beaucoup plus problématique. On peut parler à


l’heure actuelle d’un certain engouement pour la sociolinguistique (dite) urbaine.
Cet intérêt pour les phénomènes langagiers urbains se lit aisément dans les thèmes
de deux colloques internationaux s’étant déroulés à dix ans d’intervalle : celui de
Dakar (« Des langues et des villes », 15-17 décembre 1990) et celui de Libreville («
Les villes plurilingues », 25-29 septembre 2000), ce dernier pouvant implicitement
être considéré comme un colloque de « sociolinguistique urbaine » tant l’expression
a été employée dans les communications et les discussions.

1. LA PERTINENCE DU FACTEUR URBAIN EN LINGUISTIQUE

L’urbanisation est un ensemble de processus conduisant notamment à la


territorialisation des espaces et, partant, des pratiques et représentations
linguistiques, mais aussi à l’individuation de certaines variétés, à la modification de
certaines de leurs fonctions et par voie de conséquence de certaines de leurs formes.
La ville comme nombre d’études l’ont souligné, semble en tout cas jouer un rôle
majeur et même « moteur » dans la dynamique des langues, que ce soit au niveau de
leur statuts ou de leur corpus.

1.1. Les champs de la sociolinguistique urbaine

Si la sociolinguistique insiste tant sur l’importance du facteur urbain, c’est que


celui-ci s’avère déterminant dans la variation linguistique ou dans la distribution des
langues. On peut distinguer quatre directions majeures dans le champ global de la
sociolinguistique urbaine :

33
 Une première orientation vise à analyser les changements observés dans la
distribution des langues (transmission, véhicularisation) en milieu urbain. L.-
J. Calvet a illustré certains phénomènes connus depuis longtemps quant au «
brassage » de langues opéré par les villes : celles-ci agissent comme une «
pompe » aspirant du plurilinguisme et recrachant du monolinguisme ou des
formes véhiculaires (Calvet 1994), ou bien elles redistribuent les variantes
régionales apportées par les migrants en variantes sociales (Calvet 2000).
 Une deuxième optique vise à saisir les effets de la ville sur les formes
linguistiques :
L’urbanisation a des incidences directes sur le corpus des langues (Calvet
2000). G. Manessy (1992) avait quant à lui dressé un inventaire des « modes
de structuration des parlers urbains ».
Ces changements peuvent aboutir à la dialectalisation ou à la créolisation des
langues.
 Une troisième perspective s’attache à étudier la façon dont les représentations
linguistiques et leur verbalisation par des groupes sociaux différents sont
territorialisées et contribuent à la mise en mots de l’identité urbaine
(Bulot et Tsekos 1999).
 Une dernière tendance a pour prédilection les phénomènes regroupés sous
l’étiquette réductrice « banlieue » », avec tout ce qui touche aux adolescents,
aux groupes de pairs, aux tags, aux graphes, au rap, aux insultes, etc.

La pertinence d’une sociolinguistique urbaine paraît incontestable en regard


des nombreux phénomènes qu’elle peut couvrir. D. de Robillard (2000b) souligne
bien tous les avantages qu’il y a à analyser le rôle de l’urbanisation dans les
processus linguistiques, et il effectue des comparaisons tout à fait stimulantes avec
les phénomènes de vernacularisation et de créolisation. Mais comme nous l’avons
vu, la multiplication de syntagmes déclinant l’adjectif urbain mérite qu’on s’y
arrête.

1.2. L’adjectif urbain

L’adjectif urbain(e), qui caractérise le champ disciplinaire, apparaît comme


problématique. L’une des premières précautions à prendre lorsque l’on effectue de la
sociolinguistique urbaine est de préciser que l’on ne fait pas de la sociolinguistique «
en ville », mais que la ville est conçue « comme terrain et pas seulement comme
lieu d’enquête ». Ce qui pourrait apparaître comme une évidence revêt de
l’importance lorsque l’on sait que, si un grand nombre de chercheurs prennent
réellement en compte et de manière problématique les effets de l’urbanisation sur les
pratiques et les représentations linguistiques, certains d’entre eux semblent se
contenter d’accoler l’adjectif urbain à leur analyse qui est certes sociolinguistique
(et souvent très enrichissante), mais en aucune façon spécifiquement urbaine. À
titre de « mauvais » exemples, L.-J. Calvet cite deux études censées évoquer l’une
un « parler urbain » et l’autre une « variété sociale urbaine », mais qui ne
paraissent tenir aucunement compte des spécificités urbaines de leurs données. L.-J.
Calvet explique que le fait d’utiliser un corpus urbain ne garantit nullement que ses
caractéristiques urbaines soient prises en compte par les procédures de description :

34
la sociolinguistique urbaine ne peut pas se contenter d’étudier des situations
urbaines, elle doit dégager ce que ces situations ont de spécifique, et donc construire
une approche spécifique de ces situations.

2. LA QUESTION DES « BANLIEUES » ET LES FONDEMENTS SOCIAUX DE LA


SOCIOLINGUISTIQUE

2.1. Les enjeux sociaux de la sociolinguistique

On affirme souvent que la sociolinguistique est une « linguistique de la crise »


(GARDIN et MARCELLESI 1987, p.16), c’est-à-dire qu’elle aurait émergé à partir
d’interrogations concrètes sur des phénomènes sociaux problématiques. D’après
Bachmann et al. (1981), qui véhiculent une idée généralement partagée, c’est la «
redécouverte » de la pauvreté aux États-Unis, après une période d’apparente
prospérité, qui aurait entraîné l’intervention de spécialistes en anthropologie
linguistique, mais aussi de sociologues, de psychologues et d’ intervenants divers.

Elle naît tout à fait dans la tradition américaine, avec des gens qui sont fort
connus à l’époque et au moment où naît en 1962 la psycholinguistique américaine de
l’école d’anthropologie américaine. Le champ de la sociolinguistique s’intéressait au
langage comme un problème dans la vie sociale. Aucun des problèmes n’était
l’affaire de tous (par exemple le Black English, le bilinguisme, les planifications et
politiques linguistiques, les interactions dans les petits groupes). Toutefois, et
comme l’a montré L.-J. Calvet (1999), on sait que les « fondateurs » de la
sociolinguistique n’étaient pas tous des linguistes reconnus, mais qu’ils faisaient en
majorité partie d’un réseau de jeunes chercheurs ayant l’ambition de donner une
dimension sociale à l’étude du langage, en opposition théorique et académique avec
le générativisme émergent de Chomsky. Il importe donc que les sociolinguistes
contemporains ne justifient pas systématiquement leurs travaux en se référant à une
époque et des travaux fort différents.

2.2. La question des « banlieues »

Comme nous l’avons dit, une partie de la sociolinguistique s’intéresse de plus en


plus aux phénomènes dits « de banlieue », à savoir les pratiques et les
représentations linguistiques d’enfants ou d’adolescents, issus ou non de
l’immigration, vivant dans des quartiers « dits difficiles » (périphéries urbaines,
cités, HLM, bidonvilles, quartiers centraux populaires, etc.) et se rassemblant
notamment entre « groupe de pairs ». Ces études de la « culture » ou des « sous-
cultures » urbaines prennent pour support des interactions, des vannes, des discours,
des récits, voire des chansons de rap, et des tentatives sont faites aussi pour
examiner les corrélations entre les pratiques quotidiennes « de la rue » et les
résultats scolaires.

Les travaux se multiplient actuellement sur ce sujet, même si l’on semble parfois
avoir du mal à dépasser l’affirmation aujourd’hui bien établie et quelque peu
redondante : les parlers urbains sont un moyen pour les jeunes qui les façonnent de
marquer leur(s) identité(s) problématiques…

35
CONCLUSION

Il est certain que ce tour d’horizon de la sociolinguistique urbaine, forcément


non exhaustif, n’a pour d’autre ambition que de soulever quelques problèmes relatifs
à l’émergence de ce champ et de le mettre en perspective avec d’autres thèmes de la
linguistique, notamment les questions de « légitimité » et de « frontières ».

Une partie de la sociolinguistique francophone contemporaine a tendance à


limiter le champ de la sociolinguistique (urbaine) aux phénomènes « jeunes » ou «
banlieue ». Si ces études présentent parfois un intérêt certain, leur multiplication
tourne à la mode, et cette restriction est préjudiciable à l’esprit d’ouverture de la
sociolinguistique. Il est peut-être temps, au moyen d’une épistémologie de la
discipline, de se pencher à nouveau sur les interrogations qui ont permis l’émergence
de la sociolinguistique et de reprendre certaines questions toujours ouvertes, et
auxquelles ne pourra répondre qu’une sociolinguistique consciente, une
sociolinguistique qui s’engage enfin dans les débats qui ont longtemps paru désuets
(sociolinguistique ou sociologie du langage ? Sociolinguistique urbaine ou
sociolinguistique ?) Et non pas livrée à elle-même, aux passions, aux modes, aux
tentations.

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