Diplôme D'etat D'infirmier de Bloc Opératoire Travail D'intérêt Professionnel Infirmier Promotion 2014/2016 Mars 2016
Diplôme D'etat D'infirmier de Bloc Opératoire Travail D'intérêt Professionnel Infirmier Promotion 2014/2016 Mars 2016
LEKIEFFRE ALBANE
Je tiens à remercier toutes les personnes qui ont participé de près ou de loin à
l’élaboration de mon travail. Je pense particulièrement à Monsieur Tellier,
responsable produit chez Cousin-Bioserv™, à Monsieur Gayraud, ancien directeur
de l’école d’IBODE de Reims, et à Madame Karam, présidente de l’EORNA pour leur
gentillesse et leur contribution. Je remercie également Madame Grard, ma directrice
de mémoire, pour son accompagnement
SOMMAIRE
INTRODUCTION .................................................................................... 2
CONSTAT .............................................................................................. 3
CONCLUSION ...................................................................................... 55
BIBLIOGRAPHIE .................................................................................. 57
ANNEXES ............................................................................................ 60
1
INTRODUCTION
2
CONSTAT
Durant trois ans, de septembre 2004 à août 2007, j’ai travaillé dans un bloc
d’endoscopie. En fin de programme, après les coloscopies, nous prenions parfois en
charge des patients présentant des condylomes. Le gastro-entérologue les brûlait
au bistouri électrique et les enlevait à la curette. Nous ne mettions pas de masque
et la salle ne présentait pas de traitement d’air. Nous ouvrions la fenêtre afin de
ventiler la pièce.
De juin 2009 à mars 2012, j’ai exercé au sein d’un bloc opératoire d’ophtalmologie
où les corrections de la myopie se faisaient par laser excimer.
En avril 2012, j’ai intégré un bloc spécialisé d’orthopédie-traumatologie.
L’utilisation du bistouri électrique y est très fréquente et souvent, à une puissance
très élevée notamment lors des arthroplasties de hanche ou lors d’exérèse de
tumeurs, les fumées qui s’en dégagent sont importantes. Je percevais bien une
odeur lorsque je circulais même si elle ne m’incommodait pas.
Quand j’instrumentais, j’étais parfois gênée par les fumées : l’odeur pouvait être
très désagréable. Cela variait en fonction de la zone traitée. J’ai également remarqué
que le traitement des tissus adipeux induit une production importante de fumées.
Toutefois, la bonne visibilité du chirurgien étant mon seul intérêt, je ne m’en suis
jamais préoccupée. En revanche, lors des interventions sous flux vertical avec port
des casques stériles, je ne percevais pas les émanations. Notre équipement et la
ventilation étaient sans doute des barrières de protection pour l’équipe chirurgicale.
A l’école d’IBODE où je suis étudiante depuis le 6 octobre 2015, j’ai suivi un cours
qui concernait l’électrochirurgie. Lors de ce cours, le représentant de la société
Erbe™ nous a interpellés sur la toxicité des fumées chirurgicales. Il nous a expliqué
qu’elles sont constituées d’environ 600 produits de combustion dont certains sont
potentiellement dangereux et mal-connus. Il nous a ensuite montré que des
systèmes d’évacuation existent.
Lors de mon deuxième stage au bloc opératoire, j’ai été amenée à tenir le rôle
d’aide opératoire lors d’une arthroplastie de hanche. La salle avait un plafond
3
soufflant à flux unidirectionnel. J’ai été parfois incommodée au point de retenir ma
respiration. Je regardais alors ce panache de fumée noire s’échapper et c’est là que
j’ai fait le lien avec le cours.
4
« Les risques associés à ces fumées sont d’ordres multiples :
Chimiques, liés à la présence de sous-produits issus de la combustion des
protéines et lipides des tissus soumis à de très hautes températures ;
Particulaires, liés à leur taille dite respirable et leur possibilité de pénétrer
dans les alvéoles pulmonaires ;
Biologiques, si les particules sont des cellules ou des virus viables. NB :
pour les équipements électroniques munis d’un ventilateur, il n’existe pas
d’étude montrant le degré d’interférence avec la qualité de l’air.
Cependant, on peut recommander leur entretien régulier. »1
L’infirmier de bloc opératoire est exposé aux fumées chirurgicales dans ses rôles
d’instrumentiste, d’aide opératoire mais également dans celui de circulant. Le décret
n° 2015-75 relatif aux actes exclusifs paru le 27 janvier 2015 lui autorise (s’il est
formé aux actes exclusifs) un rôle d’aide à l’hémostase. Il se situe donc avec le
chirurgien au plus près des émanations :
Article R 4311-11-1 du Code de la Santé Publique « L’infirmier ou infirmière
titulaire du diplôme d’Etat de bloc opératoire est seul habilité à accomplir les actes
et activités suivantes :
Dans les conditions fixées par un protocole préétabli, écrit, daté et signé par le
ou les chirurgiens […] b) Au cours d’une intervention chirurgicale, en présence du
chirurgien, apporter une aide à l’exposition, à l’hémostase et à l’aspiration. »
1
SF2H, QUALITE DE L’AIR AU BLOC OPERATOIRE ET AUTRES SECTEURS INTERVENTIONELS ,
HYGIENES, Volume XXIII N°2, 2015.
2
SF2H. QUALITE DE L’AIR AU BLOC OPERATOIRE ET AUTRES SECTEURS INTERVENTIONELS .
HYGIENES, Volume XXIII N°2, 2015.
5
opératoire est défini dans :
Le Code de la Santé Publique
- Article R 4311-11 « l’infirmier ou l’infirmière titulaire du diplôme d’Etat de bloc
opératoire ou en cours de formation préparant à ce diplôme exerce en priorité les
activités suivantes : Gestion des risques liés à l’activité et à l’environnement
opératoire »
- Article R 4311-1 : « L’exercice de la profession infirmier ou d’infirmière
comporte l’analyse, l’organisation, la réalisation de soins infirmiers et leur
évaluation, la contribution au recueil de données cliniques et épidémiologiques et la
participation à des actions de prévention, de dépistage, de formation et d’éducation
à la santé »
- Article 4311-15 : « Selon le secteur d’activité où il exerce, y compris dans le
cadre des réseaux de soins, et en fonction des besoins de santé identifiés, l’infirmier
ou l’infirmière propose des actions, les organise ou y participe dans les domaines
suivants […] 4° Dépistage, prévention et éducation en matière d’hygiène, de santé
individuelle et collective et de sécurité ; 5° Dépistage […] des maladies
professionnelles ; 8° Recherche dans le domaine des soins infirmiers et participation
à des actions de recherche pluridisciplinaire »
La gestion des risques chimiques et infectieux induits par les fumées opératoires
fait donc partie du rôle de l’IBODE puisqu’il est lié à l’activité et à l’environnement
opératoire. Mais alors pourquoi ai-je manqué d’informations concernant ce sujet ?
Est-ce le cas des autres professionnels exerçant au bloc opératoire ?
6
J’ai donc effectué une pré-enquête au bloc d’orthopédie-traumatologie le 29
mai 2015. J’ai ciblé les IDE, les IBODE, les internes en chirurgie et les chirurgiens.
22 questionnaires ont été remplis :
17 professionnels pensent ne pas être informés sur les risques liés aux fumées
chirurgicales dont 4 internes, 4 chirurgiens, 2 IBODE et 7 IDE.
14 se sentent concernés par le sujet et 14 estiment qu’aucune mesure de prévention
n’est mis en place.
3 ont mis l’aspiration de la fumée en moyen de prévention mais ont aussi indiqué
que ce n’était pas suffisant.
Les 5 personnes informées sur les risques sont 4 IBODE et 1 IDE.
Tous se sentent concernés par le sujet et 4 estiment qu’aucune mesure n’est mise
en place.
1 indique l’aspiration des fumées en moyen de prévention mais estime cela
insuffisant.
Ces résultats montrent bien que les informations liées à ce risque ne sont pas
connues des professionnels exerçant au bloc opératoire, alors que ceux–ci se
sentent concernés par le problème.
7
Afin de répondre à cette question, j’ai utilisé la méthode de résolution de
problème d’Ishikawa, me permettant ainsi d’émettre des hypothèses :
8
pas avéré ? Aucune étude quantitative et qualitative n’a été réalisée au sein du bloc
opératoire de mon établissement. Mais ne faudrait-il pas que les professionnels
alertent la médecine du travail afin de déclencher des procédures de recherche ?
Les professionnels présentent-ils des symptômes liés à l’exposition répétée aux
fumées chirurgicales ? Si oui, font-ils le lien entre ces symptômes et leur exposition
au risque ? Si non, cela pourrait expliquer l’absence de retour à la médecine du
travail.
Aucun appareil de protection n’est mis en place au sein de mon bloc. L’achat des
nombreux équipements représente un coût important. Peut-être est-ce un frein à
leur acquisition.
Pourtant, selon l’article R.4511-6 du Code du travail, l’employeur présente une
responsabilité envers ses employés : « Le chef d’entreprise est responsable de
l’application des mesures de prévention nécessaires à la protection des travailleurs
qu’il emploie ».
Le risque lié à l’exposition aux fumées n’étant pas inscrit dans le document unique
de l’établissement de 2015, cette obligation est-elle toujours valable ?
De nombreux IDE ne sont pas sensibilisés aux risques liés à l’inhalation des
fumées. Cette notion de danger est évoquée durant la formation aux infirmiers de
bloc. Ce qui explique pourquoi, lors de ma préenquête, la majorité des
professionnels diplômés de bloc opératoire connaissait ces risques.
De plus, l’actualisation des connaissances fait partie du référentiel d’activités
IBODE. Je pense particulièrement à l’activité 8 :« Réalisation de travaux de veille
professionnelle et de recherche, formation personnelle spécifiques des activités péri-
opératoires » avec les critères suivants :
« - constitution d’une base d’information sur les connaissances professionnelles
en relation avec l’évolution des techniques chirurgicales, des technologies, et de la
réglementation
-lecture de revues professionnelles et de travaux de recherche infirmiers de bloc
opératoire
- Actualisation des connaissances »
9
Le programme de formation en soins infirmiers n’inclut pas la sensibilisation à ce
sujet. Pour que les infirmiers exerçant au bloc opératoire le soient, il faut donc que
l’information leur soit transmise.
Dans mon lieu de travail, aucune procédure d’information n’est mise en place afin
d’accueillir les nouveaux IDE et les aider à une meilleure gestion des risques liés
aux émanations chirurgicales. Pourtant, la transmission et l’information font partie
du rôle de l’IBODE :
Selon le référentiel de compétence : « compétence 7 : Organiser et coordonner
les activités de soins liées au processus opératoire […] 7. Transmettre ses
connaissances et savoir-faire dans des situations d’intervention avec des acteurs
multiples. »
Selon le référentiel d’activités : « activité 7 : Formation et information des
équipes pluridisciplinaires et des stagiaires en bloc opératoire et dans les secteurs
associés :
Accueil des stagiaires ou de nouveau personnel :
Délivrance d’informations et de conseils aux stagiaires ou au nouveau personnel
Entretien d’accueil de stagiaire ou de nouveau personnel »
10
CADRE DE REFERENCE
Afin de mieux comprendre le sujet, j’ai recherché quels sont les risques pour
notre santé :
Sources d’énergie
3
EICKMANN.U, FALCY.M, FOKUHL.I, RUEGGER.M, ISSA. Fumées chirurgicales-Risques et
mesures de prévention. Documents de travail destinés aux spécialistes de sécurité du travail.
Hambourg. 2011. P.27-31
11
La composition quantitative des fumées varie en fonction des techniques
employées et du tissu traité. La vapeur d’eau la constitue jusqu’à 95% et les 5%
restants sont des substances nocives : particules, cellules, bactéries, virus,
substances chimiques.
La taille des particules varie en fonction de la technique chirurgicale utilisée et de
son intensité4 : le diamètre moyen lors de l’électrocoagulation est inférieur à 0.1µm.
Il est de 0.3µm lors de la résection de tissu par laser et de 0.35 à 6.5µm lors de
l’utilisation du scalpel à ultrasons.
Physiologiquement, les particules inhalées d’un diamètre égal ou supérieur à 5µm
se déposent sur les parois du nez, du pharynx, de la trachée et des bronches alors
que celles d’un diamètre inférieur à 3µm peuvent investir les bronchioles et les
alvéoles, siège des échanges gazeux. Les particules ultrafines peuvent pénétrer
dans l’organisme par toute la surface du corps, mais l’exposition n’a pu encore être
évaluée.5
4
EICKMANN.U, FALCY.M, FOKUHL.I, RUEGGER.M. ISSA. Fumées chirurgicales-Risques et
mesures de prévention, documents de travail destinés aux spécialistes de sécurité du travail.
Hambourg. 2011. p.7
5 FALCY.M, BLOCH.M. INRS. Fumées chirurgicales, Risques et mesures de prévention. Documents
pour le médecin du travail N°127 3ème trimestre. 2011. p.390
6 EICKMANN.U, FALCY.M, FOKUHL.I, RUEGGER.M. ISSA. Fumées chirurgicales-Risques et
mesures de prévention, documents de travail destinés aux spécialistes de sécurité du travail.
Hambourg. 2011. p.7-8
12
Les polluants biologiques peuvent être également présents : cellules intactes,
fragments de cellules, cellules sanguines ou fragments d’ADN viral. 7
La présence de cellules humaines a été rapportée mais leur viabilité cellulaire
reste une interrogation.
En 2008 une étude a démontré que les concentrations les plus polluantes sont la
cautérisation à fort voltage d’une carcinose péritonéale. La résection d’un
hémangiome hépatique ou l’exérèse d’une tumeur rétro-péritonéale ainsi que
l’incision d’une hernie sont également à l’origine d’une forte pollution contrairement
à la cholécystectomie8. Certaines études semblent montrer que la vaporisation de
cellules tumorales pourrait engendrer une récidive chez les patients mais cette
hypothèse n’est pas démontrée. Toutefois ces auteurs préconisent d’éviter le
contact direct du personnel avec les cellules émanant d’une source tumorale.
Des bactéries viables provenant des fumées de laser ont pu être cultivées
(bacillus subtilis, staphylococcus aureus et mycobacterium tuberculosis).8
En 1991 et 1993 une étude de Matchette et al9a montré que des particules viables
pouvaient se disperser dans l’air environnant en s’accolant à de larges particules
non respirables. Toutefois, selon eux, la viabilité bactérienne serait rare.
Des virus infectants tels que le VIH (Virus de l’Immunodéficience Humaine), l’HBV
(virus de l’hépatite B), le BPV (virus du papillome bovin) et le HPV (virus du
papillome humain) ont pu être mis en évidence lors de l’analyse des gaz8.
Les conclusions ne permettent pas de déterminer un risque infectieux mais les
auteurs concluent de rester prudent et de prendre toutes les précautions
nécessaires avec les fumées lors d’une chirurgie chez un patient souffrant d’infection
virale. En attente de meilleures données probantes sur la viabilité et le risque de
transmission, certains auteurs conseillent d’évacuer de manière sécuritaire les
7
EICKMANN.U, FALCY.M, FOKUHL.I, RUEGGER.M. ISSA. Fumées chirurgicales-Risques et
mesures de prévention. Documents de travail destinés aux spécialistes de sécurité du travail.
Hambourg. 2011. p8-9
8
EICKMANN.U, FALCY.M, FOKUHL.I, RUEGGER.M. ISSA. Fumées chirurgicales-Risques et
mesures de prévention. Documents de travail destinés aux spécialistes de sécurité du travail.
Hambourg. 2011. p7-9
13
fumées chirurgicales9.
Risques et études
10
EICKMANN.U, FALCY.M, FOKUHL.I, RUEGGER.M. ISSA. Fumées chirurgicales-Risques et
mesures de prévention. Documents de travail destinés aux spécialistes de sécurité du travail,
Hambourg. 2011. p.14
11
ALP.E, BIJL.B, BLEICHRODT.R. P, HANSSO.B, VOSS.A. Surgical Smoke and infection control .
The Journal of Hospital Infection, Volume 62 Number 1. Jan 2006. p.3.
12
EICKMANN.U, FALCY.M, FOKUHL.I, RUEGGER.M. ISSA. Fumées chirurgicales-Risques et
mesures de prévention. Documents de travail destinés aux spécialistes de sécurité du travail.
Hambourg. 2011. p15
14
En 1991, un chirurgien viscéral d’Oslo aurait été infecté par un
papillomavirus laryngé après avoir procédé à une intervention au laser,
chez un patient présentant des condylomes ano-génitaux13. L’étude de son
poste de travail a révélé des mesures de prévention inadaptées : absence
de système d’aspiration à la source, utilisation de masques inappropriés.
En 1995, une enquête a été réalisée aux Etats unis14. 570 dermatologues
ont répondu et 5.4% d’entre eux ont affirmé avoir contracté des verrues
possiblement liées aux fumées chirurgicales. Cependant il est possible
qu’elles aient été contractées par contact direct entre la peau et les gants
des médecins.
En 2003, en Allemagne, une infirmière travaillant en chirurgie
gynécologique a contracté une papillomatose laryngée qui a été reconnue
en maladie professionnelle. L’étude de son poste a révélé qu’elle avait
travaillé sans protection respiratoire et sans dispositif de captage
adéquat14.
En 2001, le NIOSH (National Institute for Occupational Safety and Health)
a effectué une enquête dans une clinique de Floride. 43.7% des
participants ont dit avoir présenté des symptômes en lien avec leur
exposition aux fumées en salle d’opération : céphalées (16.7%), sensation
de brûlure au niveau du nez et du pharynx (12.5%), rhinites (12.5%),
irritations oculaires (10.4%), toux (10.4%), autres sur les voies
respiratoires (8.4%). 58.3% étaient gênés par l’odeur des fumées.14
En 2007, une étude prospective sur le risque de survenue de carcinome
bronchique a été réalisée par Gates et al sur 121 700 infirmières recrutées
à partir de 1976 et ayant fait l’objet d’examens périodiques et travaillant
en salle d’intervention. Les résultats n’ont pas démontré de lien de cause
à effet.14
13
PEYROT.S, BROCHARD.G, LE BACLE.C. INRS. Risques infectieux des fumées laser: exemple
des papillomavirus humains, Références en Santé au Travail n° 135, septembre 2013.
14
EICKMANN.U, FALCY.M, FOKUHL.I, RUEGGER.M. ISSA. Fumées chirurgicales-Risques et
mesures de prévention. Documents de travail destinés aux spécialistes de sécurité du travail,
Hambourg. 2011. p16-19
15
II. APERCU INTERNATIONAL
Aux Etats-Unis :
Au Canada :
En 2010, Agrément Canada a publié des normes relatives aux salles d’opérations.
L’utilisation de système d’évacuation des fumées y est recommandée.18
L’association canadienne de normalisation (CSA ou ACNOR) a publié un document
concernant les systèmes de protection pour les travailleurs de santé exposés à des
contaminants aérogènes nuisibles.19
En Australie :
15
United States Department of Labor. Laser/Electrosurgery Plume. (En ligne) Disponible sur:
[Link] (consulté le 19 sept 2015)
16
SPRUCE.L, BRASWELL.M. Implementing AORN Recommended Practices for Electrosurgery .
AORN [Link] 95 N°3, mars 2012. P.382
17
SCHULTZ.L. An analysis of surgical smoke plume components, capture, and evacuati on. AORN
journal, Vol 99, n°2, february 2014.
18
Accreditation Canada/Agrement Canada: Programme Qmentum 2010-Normes relatives aux
salles d’opération. 2010
19
Canadian Standards Association (CSA). Plume scavenging in surgical, diagnostical, therapeutic,
and aesthetic settings. 2009
16
possible de la source de production des particules et d’utiliser l’équipement de
protection sur la figure.20
L’Australian College of Operating Room Nurses (ACORN) recommande l’utilisation
de systèmes d’évacuation de fumée appropriés pour éviter l’exposition des patients
et du personnel de santé aux fumées chirurgicales21.
Une revue a été réalisée par des experts du Centre for Clinical Effectiveness (CCE)
de l’université de Monash en Australie en 200022 afin de déterminer si les fumées
chirurgicales représentent un risque pour le personnel soignant. Les auteurs ont
conclu qu’il n’était pas possible de déterminer un niveau de preuve au sujet de cette
question.
En Europe :
20
Australian Safety anf Efficacy Register of New Interventional Procedures-Surgical. Policies-
Infection Control in Surgery. 1998.
21
Australian College of Operating Room Nurses. Standards/Surgical Plume. 2006
22
Centre for Clinical Effectiveness. Is smoke Plume from laser/ electric surgical procedures a
health hazard? 2000.
23
EICKMANN.U, FALCY.M, FOKUHL.I, RUEGGER.M. ISSA. Fumées chirurgicales-Risques et
mesures de prévention. Documents de travail destinés aux spécialistes de sécurité du travail,
Hambourg. 2011 48p.
24
Control of Substances Hazardous to Health/ British Occupational Hygiène Society. Surgical
Smoke. COSHH Guidance. 2006. (en ligne) Disponible sur:
[Link] (consulté le 15 juillet 2015)
17
L’association nationale pour les soins infirmiers de salle d’opération de Suède
(Riksforeningen for operationssjukvard) a publié des recommandations le 11
septembre 2015. Celles-ci m’ont apporté la notion, non lue jusqu’alors, que les
particules fines peuvent être absorbées par la peau et qu’il faut prendre en compte
leur dispersion et donc la possibilité d’atteinte des professionnels à distance du site
opératoire.
Les fumées chirurgicales présentent donc des risques pour l’équipe chirurgicale.
Selon Pascal Hallouët, « l’acceptation du risque dépend de la façon dont nous
pensons pouvoir y faire face ou au contraire, le subir25. »
25
PAILLARD.C. Dictionnaire des concepts en soins infirmiers. Noisy-le-Grand. Editions Setes.
2015. p292-293
18
d’une organisation, ou plus largement d’une société, à éviter la survenue des
évènements indésirables critiques ou de situations engendrant des risques 26»
26
NAUDIN.D, HIOLLE.C, HUET.E, PERUZZA.E. Soins infirmiers et gestion des risques. Paris.
Editions Elsevier Masson. 2011. p10
27
NAUDIN.D, HIOLLE.C, HUET.E, PERUZZA.E. Soins infirmiers et gestion des risques. Paris.
Editions Elsevier Masson. 2011. p10-11
28
HAS, La culture de sécurité des soins, du concept à la pratique , (en ligne) Disponible sur:
[Link]
02/culture_de_securite_des_soins__du_concept_a_la_pratique.pdf (consulté le 19.11.2015)
19
La gestion des risques est un « processus régulier, continu et coordonné, intégré
à l’ensemble de l’organisation qui permet l’identification, le contrôle, l’évaluation des
risques et des situations à risques, qui ont causé ou qui auraient pu causer des
dommages aux patients, visiteurs, personnels et aux biens de l’établissement. »29
L’article L.1417-1 du Code la santé publique stipule que la prévention a pour but
« d’améliorer l’état de santé de la population en évitant l’apparition, le
29
NAUDIN.D, HIOLLE.C, HUET.E, PERUZZA.E. Soins infirmiers et gestion des risques. Paris.
Editions Elsevier Masson. 2011. p13
30
NAUDIN.D, HIOLLE.C, HUET.E, PERUZZA.E. Soins infirmiers et gestion des risques. Paris.
Editions Elsevier Masson. 2011. p7-9
31
QUARANTA.J-F. L’évaluation des risques professionnels: Le Document Unique. Les risques
professionnels en santé, Paris. Editions WEKA. 2004. p 5
20
développement ou l’aggravation des maladies ou accidents, et en favorisant les
comportements individuels et collectifs pouvant contribuer à réduire le risque de
maladie. »
Selon le traité de Santé Publique, la notion de prévention décrit l’ensemble des
actions, des attitudes et comportements qui tendent à éviter la survenue de
maladies ou de traumatismes ou à maintenir et à améliorer la santé. Les risques
étant identifiés, il s’agit ici de prévention dite de protection, une prévention « de »
ou « contre ».
D’après le Larousse, la protection se définit comme : « L’action de protéger, de
défendre quelqu’un contre un danger, un mal, un risque. »32
Selon Antonovsky, « se protéger, c’est se confronter activement avec un
environnement et éprouver la nécessité de faire face aux problèmes qui se
posent. »33
Cette définition est parfaitement adaptée à mon sujet ; l’environnement étant
l’environnement opératoire et les problèmes qui se posent étant les toxicités des
panaches.
Moyens de protection
Des moyens de protection peuvent être mis en place pour lutter contre ces
problèmes :
Comportements
Maîtriser la production de fumée en modifiant les paramètres du générateur en
fonction du temps opératoire (puissance énergétique et mode) et en évitant le
« charbonnage » des pointes des bistouris électriques. Des grattoirs peuvent être
utilisés afin d’éliminer les débris carboniques.
Avoir une attitude d’évitement, c’est-à-dire détourner la tête (dans la mesure du
possible) lors des grosses émanations afin de limiter l’inhalation directe. Dans la
32
Dictionnaire du Larousse. (En ligne) Disponible sur:
[Link] (consulté le 17 novembre 2015)
33
FORMARIER.M, JOVIC.L. Les concepts en sciences infirmières 2ème édition. ARSI. Editions Mallet
Conseil. 2004. p254
21
mesure du possible, il est également conseillé de s’éloigner de la source.
Ventilation générale :
Avoir un local bien ventilé car les panaches qui ne sont pas captés à la source se
retrouvent dans l’air environnant.
34
INRS. Fumées chirurgicales, risques et mesures de prévention. Documents pour le médecin du
travail N°127, 3ème trimestre 2011.p.391-392
35
International Federation of Perioperative Nurses. Guideline on smoke plume. 2009
22
Les blocs opératoires sont soumis à la norme NF S 90-351 révisée en avril 2013.
Ce sont des zones à ambiance maitrisée. Ils doivent être en surpression avec une
cascade de pression et un différentiel de 15 Pascal. Les salles de zone 3 (haut risque
infectieux) répondent aux classes ISO 7 et doivent donc avoir un taux de
renouvellement d’air supérieur à 15 volumes/heure. Les salles de zone 4 (très haut
risque infectieux) sont de classe ISO 5 avec un taux de renouvellement d’air de 50
volumes/heure.
La ventilation au bloc permet d’éviter efficacement l’accumulation des particules
dans le local. Pour cela, il ne faut pas nuire à la bonne cinétique de décontamination
(en obstruant par exemple les bouches d’extraction ou en gardant les portes
ouvertes). Il est également nécessaire d’avoir une bonne maintenance.
Cependant, « l’air extrait de la salle d’intervention est généralement recyclé et
rejeté dans les couloirs et locaux adjacents. C’est l’une des principales raisons pour
lesquelles la gêne olfactive liée aux fumées chirurgicales se ressent dans l’ensemble
du bloc opératoire. »36 A moins d’une bonne filtration de type ULPA dans les bouches
d’extraction, le problème n’est alors plus limité à l’environnement proche du patient.
36
EICKMANN.U, FALCY.M, FOKUHL.I, RUEGGER.M. ISSA. Fumées chirurgicales-Risques et
mesures de prévention. Documents de travail destinés aux spécialistes de sécurité du travail.
Hambourg. 2011. p.37
37
INRS. Appareils de protection respiratoire et métiers de la santé , fiche pratique de sécurité ED
105. (En ligne) Disponible sur: [Link]/dms/inrs/CataloguePapier/ED/TI-ED-105/[Link]
(consulté le 15.09.2015)
23
nanoparticules. De plus, il faudrait avoir un filtre au charbon adapté afin de bloquer
les gaz et vapeurs.
Cependant, l’utilisation de ces APR me semble difficilement envisageable car leur
port alourdirait considérablement les conditions de travail.
La protection 39:
38
SEORNA. Riksföreningen anser och rekommenderar om kirurgisk rök . (En ligne) Disponible
sur: [Link]
[Link] (consulté le 09.01.2016)
39
FORMARIER.M, JOVIC.L. Les concepts en sciences infirmières 2ème édition. ARSI. Editions Mallet
Conseil. 2004. p.254-255
24
environnement et du danger, afin de pouvoir mettre en place des stratégies de
gestion des risques.
Duboc (2010) évoque la situation des femmes à qui on diagnostique
nouvellement un cancer du sein. Pour elles, « la conscience d’un soi protecteur
permet, si ce n’est de réussir, au moins de ne pas échouer ». De même, « ne pas
agir ressort de l’idée que l’on se fait des conséquences de son inaction ». Afin de
mettre en place les ressources de résistance, encore faut-il que l’infirmier soit
disposé à se protéger. Son action sera déterminée par sa volonté et par l’opinion
qu’il se fait de lui-même de sa capacité à agir.
La compétence
40
LE BOTERF.G. De quel concept avons-nous besoin ? Dossier : Les compétences de l’individuel
au collectif. Soins Cadres n°41. 2002. p.20.
41
DURAND.T. Compétences: de la théorie au terrain. Revue française de gestion, janvier-février
2000
25
V. APPRENTISSAGE ET FORMATION
Ma problématique ayant soulevé le manque d’informations des IDE sur les risques
liés aux fumées, il faut donc agir sur leur apprentissage.
La compétence 7 du référentiel Ide indique qu’il doit « analyser la qualité des
soins et améliorer sa pratique professionnelle. »
L’apprentissage est « un processus continu d’acquisition intentionnel pour
acquérir de nouveaux savoirs. »42
Le nouvel arrivant au bloc opératoire entre donc dans un processus
d’apprentissage et de formation. Selon l'article L6111-1 du Code du travail, « la
formation professionnelle tout au long de la vie constitue une obligation nationale.
Elle comporte une formation initiale et des formations ultérieures destinées aux
adultes et aux jeunes déjà engagés dans la vie active ou qui s'y engagent . ». La
formation tout au long de la vie est définie par un apprentissage professionnel
déclenché à tout moment de la carrière d’un individu, dont l’objectif est d’améliorer
ses connaissances, son savoir-faire, son savoir-être et de viser des qualifications
supplémentaires.
L’Association Internationale de Sécurité Sociale (AISS) souligne l’importance de
la formation dans son document sur les risques et mesures de prévention des
fumées chirurgicales: « Au terme de la Directive cadre 89/391/CEE, tout salarié doit
bénéficier, au moment de la prise de poste, en cas de changement de poste, de
modification des équipements de travail ou d’introduction de nouvelles technologies,
d’une formation adaptée à la sécurité et à la santé au travail, sous forme
d’informations et de consignes correspondant à son poste de travail et à ses
missions. »43
Selon le dictionnaire de pédagogie 120 notions clés, 320 entrées : « La formation
est la transformation de l’individu (acquisition de connaissances, adoption de
nouveaux contenus de pensée, de nouveaux principes de jugement, de nouveaux
modes d’actions). La formation tout au long de la vie est définie par un
42
PAILLARD.C. Dictionnaire des concepts en soins infirmiers. Noisy-le-Grand. Editions Setes.
2015. p38
43
EICKMANN.U, FALCY.M, FOKUHL.I, RUEGGER.M. ISSA. Fumées chirurgicales-Risques et
mesures de prévention. Documents de travail destinés aux spécialistes de sécurité du travail.
Hambourg. 2011. p.40
26
apprentissage professionnel déclenché à tout moment de la carrière d’un individu
dont l’objectif est d’améliorer ses connaissances, son savoir-faire, savoir-être, et
viser des qualifications supplémentaires. 44»
Depuis le 1er janvier 2013, tous les professionnels de santé doivent valider leur
développement professionnel continu (DPC). Le DPC est un dispositif d’amélioration
continue de la qualité et de la sécurité des soins, associant la formation continue et
l’analyse des pratiques professionnelles. Il est intégré dans la certification V2010 de
l’HAS.
L’IDE débute sa carrière au stade novice. Pour acquérir ensuite des compétences
il doit s’inscrire dans une dynamique professionnelle afin de viser le stade d’expert.
A la compétence 7 du Référentiel de compétence, il est écrit que : « l’IBODE
transmet ses connaissances et savoir-faire dans des situations d’intervention avec
des acteurs multiples. »
De plus, le Référentiel d’activités de l’IBODE décrit son rôle de formation et
d’information des équipes pluridisciplinaires en bloc opératoire dans l’activité 7 :
« Formation et information des équipes pluridisciplinaires et des stagiaires en bloc
opératoire et dans les secteurs associés :
Accueil des stagiaires ou de nouveau personnel :
44
PAILLARD.C. Dictionnaire des concepts en soins infirmiers. Noisy-le-Grand. Editions Setes.
2015. p180-181
27
- Délivrance d’informations et de conseils aux stagiaires ou au nouveau personnel
- Entretien d’accueil de stagiaire ou de nouveau personnel
- Réalisation de documents de présentation du service ou d’accueil
Encadrement d’équipes pluri professionnelles :
- Mesure du niveau de connaissances de la personne encadrée
- Conseil et information aux membres de l’équipe
- Formation des médicaux et paramédicaux
- Démonstration de soins et d’activités
- Transmission de savoir-faire et de connaissances sur les modalités du soin, le
cadre éthique nécessaire à l’approche du patient, et l’organisation du travail
- Réajustement d’activités réalisées par des stagiaires ou de nouveaux personnels
- Information, conseil auprès du personnel non permanent au bloc opératoire
Formation
- Elaboration d’un projet d’encadrement au bloc opératoire »
Le rôle de formateur de l’IBODE est donc un rôle pilier de son métier. Il mobilise
ses compétences pour transmettre son savoir-faire et ses connaissances.
Intégration :
L’intégration est définie par le Larousse par « l’action d'intégrer ; le fait, pour
28
quelqu'un, un groupe, de s'intégrer à, dans quelque chose.45 ». L’intégration du
personnel à l’hôpital est une notion complexe qui, selon François Lelièvre46 détient
quatre dimensions : temporelle, fonctionnelle, identitaire et culturelle.
L’intégration temporelle, car c’est un processus qui prend du temps. Cela
correspond à la problématique de la fidélisation d’un salarié pour l’inciter à rester
dans l’établissement.
L’intégration fonctionnelle, c’est l’intégration du salarié dans son poste de travail
afin qu’il effectue l’ensemble des activités qu’il doit assurer.
L’intégration identitaire correspond au sentiment d’appartenance à l’hôpital.
L’intégration culturelle permet l’acquisition de modèles, de normes et de valeurs
qui constituent les manières de faire, de se comporter, de penser.
45
Dictionnaire Larousse, (en ligne) Disponible sur:
[Link] (consulté le 29/11/2015)
46
LELIEVRE.F. Accueil et intégration à l’hôpital, Importance dans la gestion des ressources
humaines, Gestions hospitalières. Décembre 2003, n°431, p.825-826
29
opératoire.
2-Accueil :
L’IDE est ensuite accueilli par le cadre de son secteur lors d’un entretien afin de
lui garantir toutes les conditions et outils pour son intégration. Le cadre lui explique
les étapes de son parcours d’intégration : les objectifs, les modalités d’évaluation,
les dates d’entretiens et lui remet une grille « bilans d’étape ». Ce n’est pas le cas
dans mon bloc mais un livret d’accueil spécifique au service peut lui être remis.
Une journée d’accueil est également proposée afin de visiter l’établissement.
Accompagnement
47
Laurens.C. Améliorer l’accueil, Paris, éditions d’Organisation, 1981, p.19.
30
mener. »
Maela Paul48 décrit l’accompagnement comme une relation interactive qui sollicite
l’apprenant, l’aide à mobiliser ses ressources, soutient sa motivation. La posture du
formateur est centrée sur l’apprenant, et lui laisse une place d’apprenant-acteur en
lui autorisant la prise d’initiatives. « L’accompagnement constitue une posture
spécifique au centre d’actions déterminées par des pratiques définies. Ainsi, la
notion d’accompagnement fédère un ensemble de pratiques qui lui sont co-
existantes : counselling, coaching, mentoring, tutorat, parrainage,
compagnonnage. »
L’accompagnement se définit dans une démarche relationnelle au minimum duale
qui nécessite une proximité, le respect, la bienveillance et le non-jugement de
l’autre. L’accompagnant utilise les ressources et les compétences de l’autre.
Selon Maeva Paul, « accompagner ne dit rien de ce que l’on fait en le faisant.
Accompagner (à moins d’être intégré à un objectif, à un contexte, qui le spécifie)
48
PAUL.M. L’accompagnement: une posture professionnelles spécifique. Paris. Editions
l’Harmattan. 2004.
31
ne signifie rien d’autre que d’être auprès de cela/avec/et partager. On peut diriger,
gouverner, conseiller, orienter, aider, former… sans pour autant accompagner. »
L’accompagnement fédère un ensemble de pratiques co-existantes entretenant
entre-elles un certain flou ; c’est la nébuleuse d’accompagnement.
Counselling :
L’European Association for Counseling créée en 1992 définit le counselling
comme50 « un processus d’apprentissage interactif qui, au terme d’un accord
mutuel, s’instaure entre un ou plusieurs counselors et un ou plusieurs clients. »
Le counselling est un ensemble de pratiques diverses qui consistent à orienter,
aider, informer, soutenir, traiter. H.B et A. C. English définissent le counselling
comme « une relation dans laquelle une personne tente d’aider une autre à
49
PAUL.M. L’accompagnement: une posture professionnelles spécifique . Paris. Editions
l’Harmattan. 2004. p.77
50
FORMARIER.M, JOVIC.L. Les concepts en sciences infirmières 2ème édition. ARSI. Editions Mallet
Conseil. 2004.p.42-43
32
comprendre et à résoudre des problèmes auxquels elle doit faire face. »51
Le counselling désigne une situation dans laquelle deux personnes entrent en
relation : l’une faisant explicitement appel à l’autre en lui exprimant une demande
afin de traiter, résoudre, assumer un ou des problèmes qui la concerne. Il change
ou améliore l’état psychologique de l’intéressé.
Mentoring :
Le mentoring a pour origine le terme « mentor ». Dans les textes épiques
d’Homère, Ulysse demande à son ami Mentor de veiller sur son fils Télémaque
quand il quitte Ithaque pour rejoindre Troie. Fénelon, dans Les Aventures de
Télémaque au XVIIème siècle donne une grande importance au précepteur de
Télémaque. « Mentor s’employait à propos d’une personne sage et expérimentée
servant de conseiller, spécialement de la personne qui prend soin de l’éducation
d’un jeune homme (Saint Simon)52 »
Le mentorat est un accompagnement personnel, volontaire et bénévole, à
caractère confidentiel, apporté par une personne expérimentée dite le "mentor" à
une autre personne le "mentoré" dans la réalisation de son projet.
Le mentoring est une relation professionnelle qui correspond à
« l’accompagnement des jeunes (de tous niveaux) dans leur insertion
professionnelle ou lors de changement de statut. »
Le mentor est une personne de confiance qui a pour principal rôle d'assister le
mentoré dans son développement professionnel, en s'appuyant sur son domaine de
connaissances propres. Par conséquent, il agit avant tout sur le savoir-être du
mentoré, sur une période plus ou moins longue. Le mentor est chargé d’éveiller la
personne accompagnée.
Coaching :
Le coaching est un « processus centré sur la réalisation d'objectifs professionnels
51
H.B. et A.C. English, 1958, A comprehensive dictionary of psychological and psychoanalytical
terms, New York, Ed. David Ma Kay & Co., Inc., p.127
52
PAUL.M. L’accompagnement: une posture professionnelles spécifique. Paris. Editions
l’Harmattan. 2004.p.78
33
et destiné à aider le bénéficiaire à trouver ses propres solutions.53 » Son but est
d’aider la personne ou l’équipe bénéficiaire à atteindre des objectifs définis par elle
ou en accord avec elle. Selon Maeva Paul, cela renvoie à une forte connotation de
pression et d’objectifs de performance.
Parrainage :
Le parrainage est une forme de relation intergénérationnelle, entre un adulte
expérimenté et un jeune en insertion socio-professionnelle. L’objectif est d’apporter
un soutien personnel et professionnel, sans pour autant assister. Le parrain épaule,
aide face aux difficultés rencontrées, apporte ses conseils éclairés, soutient sur le
plan psychologique. Le parrain accueille, introduit, admet et veille sur le nouvel
arrivant.
Tutorat :
Le tutorat est « un dispositif global d’accueil et d’accompagnement mis en place
afin de faciliter l’acquisition des compétences professionnelles de nouveaux
arrivants. »54
Le tuteur transmet des compétences techniques, opérationnelles. C’est un
professionnel qui transfère ses connaissances et ses compétences à un
collaborateur ou à un jeune qui entre dans sa collectivité professionnelle.
Le tutorat revêt trois principales fonctions55 :
La fonction pédagogique
La fonction de socialisation
La fonction de management et d’encadrement
53
Ministère de la fonction Publique. Le coaching professionnel dans la fonction publique. (En
ligne) Disponible sur: [Link] (consulté
le 29/novembre 2015)
54
MONCET.M-C. Encadrement des professionnels de soins, Soins éducatifs et préventifs .
Référence IFSI. Paris. Edition Vuibert. 2015
55
GERARD.F, STEINER.K, ZETTELMEIER.W. Profils professionnels, formation et pratiques des
tuteurs en entreprise en Allemagne, Autriche, Espagne et France . Rapport de synthèse. 1998. 46 p.
34
accompagnement en situation de travail.
Le tuteur est une ressource, un soutien, une référence et un pédagogue. Une
formation institutionnelle peut lui être proposée.
Il doit posséder certaines qualités :
- Etre motivé, volontaire et avoir envie de transmettre.
- Etre reconnu sur son professionnalisme en termes d’expertise technique, de
relationnel dans l’équipe et de connaissance de l’institution.
- Etre capable de transmettre, c’est-à-dire avoir des qualités de communication,
de pédagogie, d’organisation et d’ouverture d’esprit.
- Etre capable d’évaluer en toute objectivité et esprit d’analyse, dans une
démarche positive et constructive.
Le tutorat est un mode d’accompagnement qui a fait ses preuves dans le domaine
infirmier. Il est notamment utilisé par les instituts de formation des soins infirmiers.
L’HAS a d’ailleurs publié une fiche méthode sur l’encadrement des stagiaires par le
tutorat.56
De plus, je pense que le tutorat fait partie intégrante du référentiel d’activité de
l’IBODE. S’il n’est pas inscrit clairement, certains critères du tutorat peuvent être
relevés dans l’activité 7 : « Formation et information des équipes pluridisciplinaires
et des stagiaires en bloc opératoire et dans les secteurs associés. »
Voici les mots-clés que j’ai relevés dans cette activité :
56
Site internet de l’HAS, L’encadrement de stages La maîtrise de stage/le tutorat (en ligne)
Disponible sur:
[Link]
24_11-26-39_836.pdf (consulté le 10.10.2015)
35
« Délivrance d’informations et de conseils aux stagiaires ou au nouveau
personnel », « entretien d’accueil », « mesure du niveau de connaissances de la
personne encadrée », « transmission de savoir-faire et de connaissances »,
« réajustement d’activités réalisées par les stagiaires ou de nouveaux personnels »,
« élaboration d’un projet d’encadrement », « rédaction des feuilles d’évaluation et
de validation des stagiaires », « rédaction d’objectifs de stage », « rédaction
d’évaluation de pratiques des stagiaires ».
Toutes ces activités se retrouvent dans la description du tutorat. La réalisation
du projet d’encadrement et les évaluations sont pour moi une spécificité de cet
accompagnement ; le rôle de tuteur fait donc partie intégrante du travail de l’IBODE.
36
Ma question de recherche est donc la suivante :
En quoi l’accompagnement par le tutorat des nouveaux IDE au bloc
opératoire par les IBODE, peut permettre de les sensibiliser à la gestion
des risques liés aux fumées chirurgicales ?
37
METHODOLOGIE DE L’ENQUETE :
I. PROCEDE DE L’ENQUETE
Choix de la population
Choix du lieu
Mon enquête a été effectuée au sein du bloc d’orthopédie dans lequel ma pré-
enquête avait été réalisée.
Choix de l’outil
J’ai choisi d’utiliser l’entretien semi-directif pour ma recherche car c’est un outil
qui permet une étude qualitative. Il apporte une richesse et une précision qui
permettent d'approfondir et d'expliciter certains points tout en laissant une grande
liberté d'expression à l’individu sur son ressenti et ses habitudes.
Trois guides d’entretien semi-directif ont été réalisés afin d’adapter les questions
en fonction du rôle professionnel des interrogés : IBODE, IDE ou Cadre.
Avant de commencer mes entretiens, j’ai d’abord testé mon guide auprès d’une
personne de ma promotion. Cela m’a permis de faire quelques modifications.
Objectif de l’entretien
L’enquête a pour but de repérer la manière dont les nouveaux arrivants IDE sont
38
accompagnés et accueillis par les IBODE afin de les sensibiliser aux risques liés aux
fumées chirurgicales pour déterminer si le tutorat est mis en place et si ce mode
d’accompagnement est adapté, afin d’assurer la formation des nouvelles recrues à
ces risques.
Déroulement de l’entretien
Après avoir obtenu l’accord des cadres de santé et cadre supérieur de santé ainsi
que celui de la direction générale de l’organisation des soins, je me suis déplacée
au bloc opératoire d’orthopédie les 7 et 8 janvier 2016. Deux jours ont été
nécessaires afin de ne pas perturber le programme opératoire car la charge de
travail était importante.
La cadre de santé 1 a été interviewée dans son bureau, porte fermée avec un
panneau « Ne pas déranger » ; quatre autres entretiens ont été effectués dans un
sas équipé de deux chaises et d’une table et dont les portes sont restées fermées ;
enfin un entretien a été réalisé dans un sas extérieur du bloc opératoire ; durant
une pause cigarette de l’IBODE 1.
39
2 Cadres :
- Une Cadre de santé depuis onze ans qui est également IBODE et exerce au bloc
opératoire depuis vingt-deux ans. Je n’ai pas recueilli la date d’obtention de son
diplôme d’IBODE, elle m’a dit avoir fait l’école d’IBODE, « mais c’est vieux ».
- Une faisant-fonction de Cadre (FFC) depuis dix-huit mois qui est également
IBODE depuis 2011. Elle a travaillé neuf ans au sein de bloc opératoire.
La cadre m’a expliqué que la diversité des encadrants peut être bénéfique : « On
n’arrive pas à avoir une marraine durant tout le temps et c’est peut-être un bien.
[…] Le fait d’avoir des gens qui ont des connaissances ou des compétences
différentes, je pense que ça ne peut qu’enrichir la personne encadrée. »
L’IDE arrivant est doublé dans son rôle de circulant pendant une période variable.
Il reste en secteur conventionnel où il n’y a pas d’instrumentiste.
La faisant-fonction de cadre m’explique qu’il y a des référents uniquement pour
40
les élèves infirmiers venant en stage. Elle m’a expliqué n’avoir eu l’occasion
d’accueillir un nouvel arrivant qu’une fois et c’était un remplacement de trois à
quatre mois. Cette personne a été doublée. Elle a ajouté : « Mais bon cette fille était
là que pour, allez 3-4 mois quoi. Donc t’avais pas à la former… C’est pas le même
encadrement. » Elle m’a également expliqué comment elle procèderait si elle avait
à prendre en charge l’arrivée d’un nouveau IDE au sein du bloc. Elle
l’accueillerait (« je reçois d’abord la nouvelle qui va arriver chez nous. ») puis lui
attribuerait une marraine. Elle la choisirait en fonction du caractère du nouveau.
« Tu vas essayer de trouver une marraine qui, c’est pas pour faire effet miroir, mais
qui va être aidante si elle est timide. Tu vas essayer de prendre une infirmière qui
ben voilà va essayer de la mettre à l’aise, qui est à l’écoute, qui est pas trop directive,
qui va pas lui mettre la pression. »
Tout le monde m’a dit que les personnes qui assurent cet encadrement sont soit
IDE soit IBODE. La cadre a précisé qu’ils doivent être « dans la mesure du possible
anciens, enfin des gens […] qui sont là depuis plusieurs années ». La cadre explique
que tout le monde est susceptible d’accompagner. C’est elle qui s’occupe de la
répartition du personnel dans les salles.
Tous étaient d’accord pour dire qu’il n’y a pas d’outils en place pour faciliter cet
accompagnement. Mais deux personnes m’ont parlé de l’existence de classeurs
facilitant la préparation du matériel pour les interventions.
Concernant la réalisation de bilans pendant cette période, tous m’ont dit qu’aucun
bilan n’était fait de façon formelle. Ils sont parfois faits oralement par la cadre avec
l’apprenant pour faire le point sur ce qu’il sait et ainsi permettre de choisir la salle
41
d’intervention dans laquelle il va aller. La faisant fonction de cadre a suggéré pouvoir
mettre en place un tableau permettant le suivi du parcours de l’IDE. Elle propose
de mettre des colonnes avec : « Acquis, non acquis, en cours, à voir. Et ça permet
après à la personne de la recevoir en entretien et de dire […] t’as vu des hanches,
on peut peut-être passer au genou […] Voilà, ce serait pas mal. » Elle m’a fait part
de son expérience au bloc de neurochirurgie où il existe un tableau à compléter
avec les items : « Acquis, à revoir, doublé, circulante. Et on mettait à chaque fois
en fonction du rôle : circulant, instrumentiste […] » Et on faisait ces bilans là au
bout de six mois. T’avais ta marraine, la marraine qui s’occupait de toi. […] ça
permet de voir les choses qui sont à approfondir, à acquérir. » Elle m’a également
expliqué qu’après les six premiers mois, c’était la cadre qui prenait le relai durant
les entretiens annuels.
Les deux IDE m’ont dit avoir été satisfaites de leur encadrement à leur arrivée.
Toutefois l’une des deux a ajouté la problématique suivante : « J’ai appris en
observant et je me rends compte encore maintenant qu’il y a des choses que je ne
sais pas, que je ne sais pas encore et qui devraient être […] Le problème c’est que
quand on est formé, y a un bloc qui tourne donc le collègue doit aussi gérer le
boulot et c’est difficile d’apprendre à quelqu’un le métier en même temps. »
42
La gestion des risques a été abordée par quatre interviewées. Un IBODE m’a
parlé de l’exposition aux rayons X et de la radioprotection. Deux personnes m’ont
parlé du risque d’erreur avec je cite : « les erreurs à ne pas faire ; si on fait des
erreurs, comment s’adapter, comment rattraper son erreur. ». La gestion du stress
est également abordée par une IBODE. Enfin, une IDE aborde l’emplacement de la
plaque du bistouri ; elle dit avoir découvert récemment l’importance du choix du site
de pose grâce à la mise en place d’affiches au sein du bloc. Elle travaille au bloc
depuis plus de deux ans.
Enfin, l’autonomie ressort de deux entretiens ; avec l’apprentissage de
l’anticipation, et des réflexes. « Faut qu’à la fin il puisse, peut-être pas tout savoir
mais au moins tenir une salle. »
Selon les interviewées, les qualités qui permettent un bon accompagnement du
nouveau sont pour cinq d’entre eux la pédagogie. Il faut qu’il : « sache encadrer et
qui sache euuuh, oui encadrer […] qui sache expliquer pourquoi, pourquoi on fait
ça. »
Le Volontariat est abordé par trois personnes. Je cite : « Faut qu’il ait envie de le
faire. » ou encore : « quelqu’un qui a envie de transmettre ses connaissances. »
L’expertise apparaît dans deux entretiens. La cadre me décrit l’importance du
« savoir-faire et du savoir-être. » de l’accompagnateur. Un IDE dit également qu’il
faut qu’il ait de l’expérience.
D’autres qualités ont été également abordées une fois : la patience, l’écoute,
l’ouverture d’esprit, l’organisation, la communication, l’esprit d’analyse et la capacité
à travailler en binôme.
A la question « Qui est le mieux placé pour accompagner un nouvel arrivant IDE
au bloc opératoire ? »
- Trois personnes ont répondu l’IBODE (1 IDE, 1 IBODE et 1 Cadre). L’une le
justifie par, je cite : « Ils ont eux-mêmes suivi la formation auparavant et ils savent
qu’ils ont beaucoup plus de connaissances je pense et qu’ils ont aussi l’expérience
d’avoir été dans d’autres blocs au cours des stages. » ou encore par « Elles vont
donner tout de suite les bons réflexes au niveau hygiène, au niveau des habitudes,
au niveau des techniques d’instrumentation. Elles ont eu connaissance des
43
nouveaux décrets. »
- Les trois autres m’ont répondu l’IBODE ou l’IDE ayant de l’expérience. Une IDE
me dit « Y a pas de différence pour moi. » et explique qu’ils « apportent tous
quelque chose, que ce soit IDE ou IBODE, à partir du moment où ils savent leur
métier. » Puis elle précise en parlant des jeunes IBODE qu’ils apportent « des
choses plus récentes par rapport aux protocoles »
- La cadre me répond que : « L’IBODE a des connaissances théoriques que l’IDE
n’a pas. Après, l’IDE qui est là depuis trente ans, même si elle n’a pas les mêmes
connaissances théoriques qu’une IBODE, elle a par contre des connaissances de la
spécialité et du matériel. Elle connait plus de choses qu’une IBODE qui vient d’arriver
depuis six mois par exemple. Donc je ne sais pas s’il y a un mieux. »
- Enfin, 1 IBODE pense que les mieux placés sont les IBODE ou les anciennes
infirmières. « Moi je dis les IBODE mais les vieilles infirmières aussi. Mais genre
vieille infirmière, je pense avec vingt ans de carrière, genre qui pourrait passer la
validation des acquis d’expérience easy. »
A la question « Vous sentez-vous sensibilisée par les risques liés aux fumées
chirurgicales ? »
*La cadre a répondu : « Pas du tout. On n’est pas du tout sensibilisé. Pour moi,
à la limite, j’avais envie de dire que je ne savais pas ce que c’était les fumées
chirurgicales…pourtant j’ai fait l’école d’IBODE mais c’est vieux. Personne n’en parle
même les nouvelles qui arrivent puisqu’on a quand même des IBODE qui sortent de
l’école et y a jamais personne qui a parlé des fumées chirurgicales. »
*Les deux IDE et la cadre m’ont dit ne pas connaître l’existence des risques liés
aux fumées. Elles ont été très intéressées et en demande d’informations. Deux
d’entre-elles étaient inquiètes. Après l’entretien, je leur ai donc expliqué ces risques
ainsi que les moyens de protection pouvant être mis en place.
*Les 2 IBODE et la FFC connaissent ce danger et l’ont découvert à l’école
44
d’IBODE. Une IBODE et la FFC ont également rencontré des représentants
commerciaux de matériel médical ayant abordé le sujet, pour promouvoir l’intérêt
de l’achat de dispositifs de protection. Mais dans les deux cas, la pharmacie a refusé
cet investissement.
*1 IBODE m’a précisé avoir connaissance du problème mais ne pas être vraiment
sensibilisée. Elle m’a dit : « Je ne suis pas très sensibilisée à la chose, j’ai pas
l’impression de respirer beaucoup de fumée, alors qu’on en respire je pense. […]
quand t’es circulante, t’es pas près du champ, donc t’as pas l’impression de la
respirer. […] J’ai une conscience vague et lointaine qu’il y a un risque, maintenant,
je ne suis pas capable de te dire exactement lesquels. »
*Lorsque j’ai abordé le thème de mon travail de recherche, la réaction de la
faisant-fonction de cadre a été de rire et de dire : « Oui, c’est cancérigène ! ».
Au final, sur les six personnes interrogées, cinq ne sont pas sensibilisées.
Toutes les interviewées m’ont affirmé qu’aucune transmission n’est faite aux
nouveaux IDE arrivant au bloc opératoire. Cinq pensent que ce serait nécessaire.
Deux précisent qu’il faudrait en parler à tout le monde, pas seulement aux
nouveaux. Je cite : « On devrait avoir ce réflexe d’en parler déjà. Mais faut en parler
aussi aux chirurgiens, parce que je pense que tout le monde est concerné. »
Trois professionnelles m’ont suggéré qu’il fallait faire une campagne d’information
45
au sein des différents blocs de l’institution. Une IDE suggère de mettre en place
des affiches en salle de repos : « en salle de pause, on a pas mal de papier qui nous
rappellent des façons de faire et donc rien qu’une affiche là-dessus… »
Une IDE propose également qu’il y ait une personne référente au sein du bloc
sur le sujet : « quelqu’un qui soit référente ou qui puisse nous guider là-dessus si
on a des questions à poser. »
La médecine du travail a également été abordée par deux IBODE. L’une considère
que c’est son rôle d’’informer. L’autre IBODE m’a parlé de l’absence de surveillance :
« Même à la médecine du travail, à aucun moment on nous pose des questions qui
peuvent être en lien avec ça. […] Y a pas de moyens de surveillance, y a rien de
préventif de mis en route. Y a pas de surveillance des effets. »
Les deux IDE interviewées sont de jeunes recrues, elles ont donc fourni un bon
reflet du parcours d’intégration des nouveaux arrivants IDE dans ce bloc opératoire.
La procédure actuelle de formation du nouvel arrivant IDE au bloc opératoire
d’orthopédie est qu’il est doublé en salle pendant une période de 1 à 2 mois. Son
apprentissage n’est pour autant pas fini après. Les infirmiers de bloc sont en
perpétuelle formation. Deux facteurs de choix des responsables de l’encadrement
ressortent de ces entretiens, sont choisis de préférence des IBODE ; ou bien des
46
IDE ayant une ancienneté suffisante (vingt ou trente ans.). Cependant, tout le
monde est susceptible de tenir ce rôle.
Le terme de tutorat a été abordé par la cadre du bloc. Cependant, malgré une
politique institutionnelle le favorisant, ce mode d’accompagnement n’est pas mis en
place ; personne, en effet n’est dédié à cet encadrement. Or, un tuteur est une
personne reconnue par ses collègues et par son institution et qui a pu avoir une
formation. Le tuteur est également une personne volontaire. Or là, c’est la cadre
qui détermine l’encadrant de la nouvelle recrue.
De plus, aucun outil pédagogique n’est mis en place, ni aucun bilan d’évaluation
et de réajustement.
La diversité des encadrants a été soulevée comme bénéfique pour
l’apprentissage. Mais cette diversité n’est pas incompatible avec la mise en place du
tutorat. Il n’est pas nécessaire que ce soit toujours le tuteur qui soit en salle avec
l’apprenti. Le tuteur effectue son rôle en collaboration avec les autres
professionnels.
Le tutorat n’est donc effectivement pas mis en place dans ce bloc mais comme
l’a expliqué la Faisant-fonction de cadre, sa mise en place peut être envisageable.
Une IDE a soulevé son déficit de connaissances et donc la nécessité d’être
formée. J’ai trouvé assez préoccupant qu’elle n’ait appris les critères de placement
de la plaque de bistouri qu’après deux années d’exercice au bloc opératoire. La
formation professionnelle de dix-huit mois à l’école d’IBODE ne peut être remplacée
par un tuteur mais celui-ci pourrait lui permettre de travailler en sécurité grâce à sa
transmission de connaissances et de compétences (savoir-faire et savoir-être).
Un système de référent est mis en place pour les étudiants infirmiers en stage. Il
est donc envisageable d’imaginer cela pour les nouveaux IDE.
47
conseils lui soient apportés. L’une a associé le parrainage aux fiches de suivi
d’intégration du nouvel arrivant au bloc de neurochirurgie. Si celles-ci ont fait leurs
preuves là-bas, il est probable qu’après adaptation, elles puissent être mise en route
dans ce bloc. Ceci permettrait les auto-évaluations de l’apprenti, prérequis
nécessaire aux entretiens de suivi.
Pour ma part je pense que cet outil n’est pas adapté au parrainage. A mon sens,
le parrainage laisse une grande autonomie au nouveau ; le parrain est davantage
un soutien qu’un formateur, il se doit d’accompagner et de répondre aux questions
mais n’a pas pour rôle d’évaluer son filleul. Je considère les fiches de suivi plutôt
adaptées au tutorat.
Pour les interviewées, les qualités requises pour être un bon accompagnateur
sont la pédagogie, le volontariat, l’expertise, la patience, la communication, l’écoute,
l’ouverture d’esprit, l’organisation et l’esprit d’analyse. Autant de qualités
nécessaires au tuteur.
Les entretiens confirment mon opinion concernant le choix de la personne la plus
à même d’exercer ce rôle puis que l’IBODE est majoritairement cité. Ce choix est
corrélé à son expertise. Il est à jour des dernières recommandations et des bonnes
pratiques, ce qui lui permet de transmettre les bonnes informations et les bons
réflexes.
Les IDE ayant une grande expérience (des expériences longues de vingt ou trente
ans sont citées) tirent également leur épingle du jeu. Comme le dit justement une
IBODE, si ce sont des IDE qui pourraient obtenir la validation des acquis
d’expérience. C’est assez compréhensible. Je pense toutefois que seule une solide
formation continue serait capable d’apporter les enseignements acquis
traditionnellement par des études à l’école.
Les professionnelles interviewées ayant connaissance des risques liés aux fumées
chirurgicales sont toutes IBODE. Elles expliquent que ce sujet a été évoqué lors de
leurs études à l’école d’infirmiers de bloc opératoire. La découverte de ce danger
est d’actualité récente, il est donc compréhensible que l’IBODE ayant obtenu son
diplôme il y a longtemps ne le connaisse pas. Les IDE, qui n’ont pas suivi d’études
48
spécialisées, ne le connaissent pas non plus. Tout cela ne fait que confirmer ma
pré-enquête.
49
le sujet.
●Faire remonter l’information aux pharmaciens afin d’obtenir l’achat de dispositifs
d’aspiration.
●Faire remonter l’information à la direction afin qu’elle puisse prendre en compte
ce risque professionnel conformément à la législation.
●Obtenir de la médecine du travail une surveillance clinique.
Le frein qui m’a été rapporté est le coût de l’achat de matériel. Or, c’est un critère
qui est évidemment à prendre en compte mais qui ne doit pas empêcher la
protection de la santé des intervenants du bloc opératoire.
50
AXES D’AMELIORATION
A court terme
Tout d’abord, il est nécessaire que j’obtienne l’accord de la responsable du bloc,
je vais donc contacter la cadre et lui exposer ma proposition afin qu’elle me donne
son avis et son aval.
Ensuite, il faut que j’identifie des IBODE volontaires pour être tuteur, qui aient
aussi envie de transmettre. Pour cela, je pense réunir les IBODE du bloc afin de leur
exposer les différents principes du tutorat. Je m’assurerai de la motivation des
personnes décidées. Je suggèrerai aux IBODE souhaitant entrer dans ce processus
d’effectuer la formation proposée par la structure afin qu’ils développent les
compétences nécessaires à la fonction de tuteur.
51
A moyen terme
En collaboration avec les IBODE motivés, je réaliserai un livret d’accueil spécifique
au bloc opératoire afin de faciliter la prise de repères du nouveau recruté et de le
sensibiliser à son nouvel environnement. Celui-ci contiendra une présentation du
service c’est-à-dire qu’il détaillera l’organisation des lieux, l’organigramme avec les
numéros de téléphones des différents intervenants ainsi que les différents outils et
ressources pouvant être utilisés. Il inclura également les prérequis à l’entrée au bloc
opératoire, ainsi qu’à l’entrée en salle d’opération, selon les recommandations de la
SF2H.
A long terme
Le jeune recruté sera pris en charge par le nouveau tuteur. Celui-ci effectuera un
entretien d’accueil et expliquera les différentes étapes du parcours d’intégration. Il
procèdera aux évaluations à l’aide des fiches bilans d’étape mises à disposition sur
l’intranet de l’établissement. (Annexe n°4)
Evaluation
L’évaluation de l’efficacité du Tutorat se fera à long terme car il faut laisser le
temps aux tuteurs de se former et à l’encadrement de se mettre en place. De plus,
il faudra également attendre que l’IDE soit autonome en salle. Une période minimum
de 2 mois après son arrivée me semble appropriée. Cette évaluation se fera par
entretiens semi-directifs du tuteur et du recruté ayant pour objectifs de déterminer
si l’IDE a acquis suffisamment de compétences pour être autonome et travailler en
sécurité et s’ils sont tous les deux satisfaits par cette méthode.
52
A court terme
Je souhaite réaliser cette campagne dans un premier temps au bloc d’orthopédie
où j’ai réalisé mon enquête, après accord du cadre et du cadre supérieur du service.
J’envisage d’afficher cette plaquette sur les panneaux destinés aux informations
dans la salle de repos afin qu’elle touche un large public : Chirurgiens, Cadres,
IBODE, IDE, IADE et Aides-soignants.
Je pourrais proposer à l’établissement d’être référente dans ce domaine, c’est-à-
dire d’être un interlocuteur privilégié capable de répondre aux questions et aux
inquiétudes des professionnels. La plaquette pourrait contenir une adresse mail
professionnelle qui permettrait de me contacter facilement.
Evaluation
Afin de m’assurer que les informations ont bien été comprises par les soignants,
je pense effectuer un quizz d’évaluation qui me permettra de réaliser une petite
enquête, environ deux mois après avoir effectué l’affichage au sein du bloc
d’orthopédie. En fonction des réponses à ce test, si l’information est bien passée, je
pourrais poursuivre cette campagne et la diffuser plus largement. Il me faudra alors
me rapprocher du service de communication de l’établissement pour lui demander
de reproduire la plaquette. Je pourrais ainsi la transmettre aux différents blocs
opératoires de la structure.
A court terme
Je pense entrer en contact avec l’ingénieur de gestion des risques de l’institution
afin qu’il me dise si les risques liés aux fumées chirurgicales sont pris en compte
dans la dernière version annuelle du document unique. Durant la rédaction de mon
constat, j’avais eu un entretien téléphonique avec lui. Il m’avait dit connaître ce
danger et m’avait expliqué ne pas pouvoir m’informer sur son éventuelle inscription
car le document unique était en cours de rédaction. L’inscription dans ce document
permettrait une prise de conscience de la direction, de la pharmacie, ainsi que de
53
tous les salariés ; elle favoriserait donc la communication des informations et la mise
en place de moyens de protection.
Je compte également recontacter la médecine du travail qui m’a dit ne pas être
au courant de ces risques. Je solliciterai un rendez-vous afin de rediscuter de ce
danger. J’ai maintenant accumulé suffisamment de documents officiels pour être
entendue. Je pourrai également lui transmettre une copie de mon TIPI. Si la
médecine du travail commence à prendre en compte les risques inhérents aux
fumées chirurgicales, elle deviendra un soutien essentiel dans leur gestion et dans
leur surveillance.
54
CONCLUSION
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Il me parait essentiel de ne pas rester passif face aux dangers que peuvent
représenter ces émanations et de prendre des mesures pour en limiter les risques.
Commençons par diffuser les informations afin de mobiliser les personnes
concernées. Il sera ensuite plus facile d’entrer dans une dynamique de mise en
place de solutions adaptées.
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BIBLIOGRAPHIE
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XXIII N°2, 2015.
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LIVRES :
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●NAUDIN.D, HIOLLE.C, HUET.E, PERUZZA.E. Soins infirmiers et gestion des risques. Paris.
Editions Elsevier Masson. 2011.
●FORMARIER.M, JOVIC.L. Les concepts en sciences infirmières 2ème édition. ARSI. Editions Mallet
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●BOUVIER.A, OBIN.J-P, La formation des enseignants sur le terrain, Paris, Editions Hachette
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●MARCHAL.A, PSIUK.T, La démarche clinique de l’infirmière, Paris, Éditions Seli Arslan, 2010
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Disponible sur: [Link] (consulté le
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[Link]
(consulté le 09.01.2016)
TEXTES REGLEMENTAIRES :
59
ANNEXES
60
Annexe n°1 : Questionnaire de pré-enquête
61
PRE-ENQUETE FUMEES CHIRURGICALES :
Bonjour,
J’effectue un travail d’intérêt professionnel sur les fumées chirurgicales
dans le cadre de mes études d’infirmière de bloc opératoire.
Merci d’avance du temps que vous consacrerez à répondre à ce
questionnaire anonyme,
Albane Lekieffre.
Date :
Profession :
Chirurgien Interne en chirurgie
Ibode Ide
III-Pensez-vous que des mesures sont mises en place pour prévenir ces
risques ?
OUI NON
Si oui :
Lesquelles ?
……………………………………………………………………………………………
62
Annexe n°2 : Retranscription de l’entretien de l’IDE 1
63
Entretien n°5. IDE
Oui parce que c’est récent. Mais quand tu as démarré au bloc, qu’est-ce
qui t’a semblé essentiel à apprendre pour pouvoir travailler ?
« Ben il faut quand même des notions d’hygiène. Je pense que ça c’est primordial,
notamment le badigeon tu vois. Il faut que l’on sache exactement les différentes
étapes, les erreurs à ne pas faire. Si on fait des erreurs, comment s’adapter,
comment rattraper son erreur. Surtout par rapport à l’hygiène, euh, habiller les
chirurgiens, euuh, le circuit enfin tu sais, le patient est au milieu et ne pas passer
entre les tables stériles et les chirurgiens, ça c’est important. La check-list ; en fait
tout ce qu’il faut vérifier avant de commencer le bloc le matin. Voilà » Rires
65
Oui, non mais c’est bien
Selon toi, quelles qualités doit avoir la personne effectuant l’encadrement
?
« Ben je pense que ce soit quand même un infirmier ou un IBODE qui ait beaucoup
d’expérience, qui sache encadrer et qui sache euuf oui encadrer et qui aime bien
enseigner… qui sache expliquer pourquoi, pourquoi on fait ça. Parce que y a des
fois c’est vrai que les gens nous disent : « ben je ne sais pas, je le fais parce que
tout le monde le fait, j’ai appris ça comme ça. » Je pense que ça c’est primordial,
que ce soit quelqu’un qui sache. »
Selon toi qui est le mieux placé pour effectuer l’accompagnement des
nouvelles recrues ?
« Ben les IBODE. Enfin je pense, parce qu’ils ont eux-mêmes eu la formation
auparavant et qu’ils sachent, qu’ils savent, qu’ils ont beaucoup plus de
connaissances je pense. Et qui ont aussi l’expérience d’avoir été dans d’autres blocs
au cours de stages donc euuh je dirais ça. »
66
pense que ce serait bien d’avoir une formation. Rien qu’en salle de pause, on a pas
mal de papier qui nous rappellent des façons de faire etc donc rien qu’une affiche
là-dessus. Euuh voilà je pense que… et quelqu’un qui soit référente ou qui puisse
nous guider là-dessus si on a des questions à poser. »
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Annexe n°3 : Grille d’analyse des entretiens
68
69
70
71
Annexe n°4 : Fiche bilan d’étape
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73
74
75
RESUME
Au bloc opératoire, différentes techniques d’énergie sont très souvent employées
afin d’aider à la coagulation ou à la section des tissus. Bien qu’étant d’une grande
utilité, leur utilisation peut représenter une source de danger. En effet, la fumée qui
s’en dégage n’est pas sans risque.
Or, cette problématique est encore méconnue des personnes concernées.
La mise en œuvre des moyens de protection par l’équipe chirurgicale implique
qu’elle ait eu connaissance de ces informations. Plusieurs méthodes formatives sont
envisageables, notamment l’accompagnement par le tutorat.
Quels choix peuvent être envisagés afin de permettre la transmission de ces
informations ?
Mots clés
Apprentissage, Intégration, Tutorat, Fumées, Protection