CADRE INSTITUTIONNEL ET JURIDIQUE DE L’EAC
Introduction
La Communauté de l'Afrique de l'Est (EAC) est une organisation intergouvernementale
régionale de 7 États partenaires : la République du Burundi, la République démocratique du
Congo, la République du Kenya, la République du Rwanda, la République du Soudan du Sud,
la République de l'Ouganda, et la République-Unie de Tanzanie, dont le siège est à Arusha, en
Tanzanie.
L'EAC abrite environ 283,7 millions de citoyens, dont plus de 30 % sont des citadins. Avec
une superficie de 4,8 millions de kilomètres carrés et un produit intérieur brut combiné de
305,3 milliards de dollars américains, sa réalisation revêt une grande importance stratégique et
géopolitique et des perspectives pour l'EAC renouvelée et revigorée.
Fondée à l'origine en 1967, l'EAC fut dissoute en 1977, puis recréée en 2000 avec le Kenya,
l'Ouganda et la Tanzanie. Le siège de l'organisme est situé à Arusha en Tanzanie.
Le travail de l'EAC est guidé par son traité qui a institué la Communauté. Il a été signé le 30
novembre 1999 et est entré en vigueur le 7 juillet 2000 après sa ratification par les trois États
partenaires initiaux - le Kenya, la Tanzanie et l'Ouganda. La République du Rwanda et la
République du Burundi ont adhéré au traité de l'EAC le 18 juin 2007 et sont devenues
membres à part entière de la Communauté avec effet au 1er juillet 2007, tandis que la
République du Soudan du Sud a adhéré au traité le 15 avril 2016 et est devenue membre à part
entière de la Communauté. Membre le 15 août 2016. Dernier membre de la Communauté, la
République démocratique du Congo a adhéré au traité de l'EAC le 8 avril 2022 et est devenu
membre à part entière le 11 juillet 2022.
En tant que l'un des blocs économiques régionaux à la croissance la plus rapide au monde,
l'EAC élargit et approfondit la coopération entre les États partenaires dans divers domaines
clés pour leur bénéfice mutuel. Ces sphères comprennent le politique, l'économique et le
social.
À l'heure actuelle, le processus d'intégration régionale bat son plein, comme en témoignent les
progrès encourageants de l'Union douanière de l'Afrique de l'Est, la création du Marché
commun en 2010 et la mise en œuvre du Protocole de l'Union monétaire de l'Afrique de l'Est.
L’EAC, UNE ORGANISATION INTERNATIONALE
Avec les États, les organisations internationales (OI) constituent le deuxième type d’acteurs
immédiats des relations internationales. La Commission du droit international, organe
subsidiaire de l’Assemblée générale de l’ONU, définit l’OI comme « une association d’États
constituée par un traité, dotée d’une constitution, d’organes communs, et possédant une
personnalité juridique distincte de celle de ses États membres ». Elle revêt donc plusieurs
particularités :
• elle est un sujet dérivé du droit international, ce qui signifie qu’elle est le produit de
la volonté des États qui sont pour leur part des sujets originaires du droit
international ; il n’est cependant pas exclu que d’autres OI puissent dans certains cas
en devenir membres (par exemple, l’Union Européenne - UE à l’Organisation
Mondiale du Commerce - OMC) ;
• son existence repose sur un traité constitutif. L’ouverture de ce Traité dépendra des
possibilités d’adhésion de nouveaux membres à l’OI. On peut ainsi y distinguer les
membres originaires des membres admis ;
• une OI dispose d’une personnalité juridique propre ; elle peut donc être partie à des
traités internationaux. Mais à la différence des États, les OI ne peuvent agir que dans
leur domaine de compétence (sécurité, commerce…) ; elles pourront ainsi prendre
l’ensemble des actes juridiques nécessaires à la réalisation de leur objet et de leur but.
Il s’agit là d’une des conséquences du principe de spécialité qui les gouverne ;
• une OI fonctionne grâce à un dispositif institutionnel composé de différents types
d’organes (politiques, administratifs, juridictionnels…).
Elles peuvent être à vocation universelle (ONU), régionale (UE, UA…) ou sous-régionale
(CEEAC, COMESA…). L’effectivité de leurs décisions repose généralement sur la volonté de
leurs États membres.
L’EAC est une organisation à vocation sous-régionale. Le Siège de l'EAC est à Arusha, en
Tanzanie.
L’EAC, UNE ORGANISATION D’INTEGRATION ECONOMIQUE
Qu'est-ce qu'une organisation régionale ?
Ce sont des organisations internationales (OI) ne pouvant rassembler qu’un nombre
limité d’États membres ; elles n’ont donc pas vocation à devenir universelles. Les États
membres ne sont pas nécessairement originaires d’une même région du monde. Ce type
d’organisation peut en effet être fondé sur une solidarité de ses membres autre que
géographique ; cette solidarité peut ainsi être de natures économique (par exemple l’OCDE),
ethnique (par exemple la Ligue Arabe), politique (par exemple l’Organisation des États
américains – OEA)… Il existe donc des organisations régionales transcontinentales (par
exemple l’OTAN). Toute OI qui n’est pas universelle – ouverte à l’adhésion de tous les États
– appartient à la catégorie des organisations régionales.
Les organisations régionales d’intégration (par exemple l’Union africaine – UA) sont
globalement plus récentes que les organisations régionales de coopération (par exemple
l’Organisation pour la sécurité et la coopération en Europe – OSCE).
Sur le plan juridique, ce sont également des personnes morales de droit public qui
appartiennent à la famille des sujets dérivés du droit international. À l’instar des OI
universelles, elles peuvent être membres ou observatrices au sein d’autres organisations
internationales ou régionales, et être parties ou à l’origine d’autres traités.
La qualification d’organisation sous-régionale est parfois utilisée pour marquer l’existence
d’une solidarité plus restreinte à l’intérieur d’une zone géographique donnée. Ainsi, la
Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO) ou la Communauté
de l’Afrique de l’Est (EAC) peuvent aussi être qualifiées d’organisations sous-régionales,
parce qu’elles ne rassemblent pas tous les États du continent africain.
L’intégration économique
L’intégration économique vise à connecter les systèmes économiques des différents États.
L’objectif de l’intégration économique est d’agrandir les marchés pour faciliter le commerce
international. Elle permet par ailleurs de coordonner l’action des différents pays pour amortir
les chocs économiques et obtenir un effet maximal.
La facilitation des échanges est au cœur de l’intégration économique. Pour réellement
fonctionner, elle nécessite donc que les pays intégrés disposent de productions et de besoins
complémentaires. Pour ces raisons, l’intégration économique est plus complexe dans les pays
en voie de développement qui présentent des productions généralement similaires.
L’intégration économique peut prendre plusieurs formes :
• la zone de libre-échange ;
• l’union douanière ;
• le marché commun ;
• l’union monétaire ;
• fédération politique.
CADRE JURIDIQUE DE L'EAC
L'EAC a mis en place un cadre juridique suffisant qui a créé un environnement juridique
propice à la prospérité des investissements. Ce cadre juridique permet aux États partenaires de
l’EAC de coopérer dans les domaines de l'investissement et du développement industriel afin
d'exploiter le potentiel d'investissement pour promouvoir la croissance économique et le
développement dans la région.
Le cadre juridique permet également d'harmoniser et de rationaliser les incitations à
l'investissement en vue de promouvoir l’EAC en tant que zone d'investissement unique. Il
permet également l'efficacité de la production. Ce cadre juridique de l’EAC est prévu dans : le
Traité de la l’EAC ; le Protocole de l'Union Douanière de l’EAC, article 3 (c) et (d); la loi sur
la gestion des douanes de l’EAC; la loi sur la concurrence de l’EAC; les articles 23 et 29 du
protocole du marché commun de l’EAC; et le modèle de code d'investissement de l’EAC
2006.
Traité et Protocoles Traité pour l’établissement de la Communauté d’Afrique de l’Est
(EAC), Signé en 1999, en vigueur depuis 2000
Ce traité est né d’une initiative des Chefs d’État (Ouganda, Kenya, Tanzanie) qui, en 1997,
ont donné à la Commission tripartite permanente pour l’Afrique de l’Est pour instruction de
commencer à améliorer l’Accord de Kampala du 26 novembre 1994 portant création de ladite
Commission, pour conclure un nouveau Traité de la Communauté d’Afrique de l’Est. Le
Traité a été amendé le 14 décembre 2006 et le 20 août 2007. Le traité pour l’établissement de
l’EAC a créé des organes et institutions pour le bon fonctionnement de l’organisation. Selon
l’Article 9, les organes de la EAC sont : - Le Sommet, composé des Chefs d’État - Le Conseil,
composé des ministres - Le Comité de coordination - Les Comités sectoriels - La Cour de
justice de l’Afrique de l’Est - L’Assemblée législative de l’Afrique de l’Est - Le Secrétariat -
D’autres institutions pouvant être créées par le Sommet.
Le Traité établissant l’EAC engage les Etats membres à « élaborer des politiques de transport
et de communication coordonnées, harmonisées et complémentaires, à améliorer et à étendre
les liens de transport et de communication existants et à en établir de nouveaux en tant que
moyen de renforcer la cohésion entre Etats membres et faciliter ainsi le mouvement au sein de
la Communauté ».
Par ce Traité, les États membres de l’EAC sont convenus de développer un régime du
commerce de l’Afrique de l’Est et de promouvoir conjointement : 1) la libéralisation des
échanges, 2) une union douanière, et 3) un marché commun.
Le traité prévoit que les Etats membres peuvent conclure, en complément, des protocoles
régissant divers domaines de coopération.
Protocole sur l'établissement de l'Union douanière de l'EAC, Signé en novembre 2004, en
vigueur depuis janvier 2005
Protocole sur l'établissement du marché commun de l'EAC, signé en novembre 2009, en
vigueur depuis juillet 2010
Protocole pour l'établissement de l'Union monétaire de l'EAC, Signé en novembre 2013, en
vigueur depuis 2014.
Législation
Loi de 2004 sur la gestion des douanes de l'EAC Dernière modification en 2012, en vigueur
Loi de 2017 sur l'élimination des barrières non tarifaires de l'EAC En vigueur - non ratifiée
Loi de 2016 sur les postes frontières à guichet unique de l'EAC En vigueur
Loi de 2013 sur le contrôle de la charge des véhicules de l'EAC En vigueur
Loi de 2009 sur l'Agence de surveillance de la sûreté et de la sécurité de l'aviation civile de
l'EAC En vigueur
La loi sur la concurrence de l'EAC, 2006 Dernière modification en 2009, en vigueur depuis
décembre 2014
Loi de 2008 sur les négociations commerciales de la CAE En vigueur (en cours d'abrogation)
Loi de 2006 sur la métrologie et les essais d'assurance qualité de la normalisation de l'EAC En
vigueur.
PILIERS DE L'INTEGRATION REGIONALE DE L’EAC Union douanière
L'union douanière est le premier jalon de l'intégration régionale et le fondement essentiel de la
Communauté de l'Afrique de l'Est (EAC), qui est en vigueur depuis 2005, tel que défini à
l'article 75 du Traité portant création de la Communauté de l'Afrique de l'Est.
Cela signifie que les États partenaires de la CAE ont convenu d'établir entre eux le
libreéchange (ou zéro tarif douanier) sur les biens et les services et ont convenu d'un tarif
extérieur commun (TEC), selon lequel les importations en provenance de pays extérieurs à la
zone de la CAE sont soumises au même tarif lorsqu'il est vendu à n'importe quel État
partenaire de la CAE.
Les marchandises circulant librement au sein de la CAE doivent respecter les règles d'origine
de la CAE et certaines dispositions du Protocole pour l'établissement de l'Union douanière de
la Communauté de l'Afrique de l'Est.
Marché commun
Qu'est-ce qu'un marché commun ?
La notion de marché commun implique l'élimination de tous les obstacles aux échanges
intracommunautaires afin de fusionner les marchés nationaux en un marché unique réalisant
les conditions les plus proches possibles de celles d'un véritable marché intérieur.
Un marché commun peut être défini comme une fusion/union de deux ou plusieurs territoires
pour former un territoire commun dans lequel il existe la libre circulation des personnes, des
biens, de la main-d'œuvre, des services et des capitaux, ainsi que les droits d'établissement et
de résidence.
L'article 1 du Traité de l'EAC définit un marché commun comme : "Les marchés des États
partenaires intégrés dans un marché unique dans lequel il y a libre circulation des capitaux, de
la main-d'œuvre, des biens et des services".
Les États partenaires de la Communauté de l'Afrique de l'Est (EAC) mettent en œuvre
ensemble un programme d'intégration fondé sur l'objectif d'approfondir la coopération
économique, sociale et politique. Les États partenaires de l’EAC cherchent à atteindre une
croissance et un développement équilibrés dans toute la région.
Coopérer et s'intégrer comme une seule région présente divers avantages, notamment :
- réduire les coûts de transaction;
- création de marchés plus vastes;
- stimuler l'investissement et l'industrialisation; et
- développement social résultant de la résolution des problèmes de paix et de stabilité
politique.
Le Protocole sur l'établissement du Marché commun de la Communauté de l'Afrique de l'Est
(CMP) a été signé et est entré en vigueur en 2010. Il était prévu qu’en décembre, le marché
commun serait pleinement mis en œuvre. Le délai n'a pas été respecté, mais des étapes
progressives ont été franchies vers la mise en œuvre du marché unique.
Le Marché commun est la deuxième étape de l'intégration régionale de la Communauté de
l'Afrique de l'Est (EAC), qui est en vigueur depuis 2010, conformément aux dispositions du
Traité de l’EAC. Elle fait suite à l'union douanière, qui est devenue pleinement opérationnelle
en janvier 2010.
Pour accélérer la croissance économique et le développement, cela signifie que les États
partenaires de l’EAC maintiennent une position libérale envers les quatre libertés de
circulation pour tous les facteurs de production et deux droits entre eux. Ces Libertés et Droits
comprennent :
- Libre circulation des marchandises
- Libre circulation des personnes
- Libre circulation de la main-d'œuvre / des travailleurs
- Droit d'établissement
- Droit de séjour
- Libre circulation des services
- Libre circulation des capitaux
Le marché commun de l’EAC repose sur des principes opérationnels de la Communauté, à
savoir :
- Non-discrimination des ressortissants d'autres États partenaires en raison de leur
nationalité ;
- Égalité de traitement avec les ressortissants des autres États partenaires ;
- Assurer la transparence sur les questions concernant les autres États partenaires ; et
- Partager les informations pour la bonne mise en œuvre du Protocole.
De nombreuses avancées positives ont été réalisées dans le processus d'intégration avec les
réalisations de l'union douanière (2005), du marché commun (2010) et la signature du
protocole de l'union monétaire en novembre 2013. En outre, le processus de pose des bases de
la Fédération politique est en cours.
L'Union monétaire
L'Union monétaire de l'Afrique de l'Est (EAMU) est une étape importante dans le processus
d'intégration régionale de la Communauté de l'Afrique de l'Est (EAC). Le protocole EAMU a
été adopté conformément au traité EAC et signé le 30 novembre 2013 ; il jette les bases d'une
union monétaire dans 10 ans à partir de la date de signature et permet aux États partenaires de
l’EAC de faire progressivement converger leurs monnaies vers une monnaie unique dans la
Communauté.
Dans la perspective de la réalisation d'une monnaie unique, les États partenaires de l’EAC
visent à harmoniser les politiques monétaires et fiscales ; harmoniser les systèmes financiers,
de paiement et de règlement ; harmoniser les pratiques de comptabilité financière et
d'établissement de rapports ; harmoniser les politiques et les normes en matière d'informations
statistiques ; et établir une Banque centrale de l'Afrique de l'Est.
Fédération politique
La Fédération politique est l'objectif ultime de l'intégration régionale de l’EAC, la quatrième
étape après l'union douanière, le marché commun et l'union monétaire. Il est prévu à l'article
5(2) du Traité portant création de la Communauté de l'Afrique de l'Est et fondé sur trois
piliers : les politiques étrangères et de sécurité communes, la bonne gouvernance et la mise en
œuvre effective des étapes préalables de l'intégration régionale.
Il convient de noter que la réalisation de la Fédération politique est un processus et non un
événement. Bien que le processus ait été lent, les chefs d'État de la CAE ont décidé lors d'un
sommet spécial tenu à Nairobi du 27 au 29 août 2004 d'examiner les voies et moyens
d'approfondir et d'accélérer le processus grâce à un mécanisme accéléré. Le Sommet a mis en
place un Comité pour accélérer la création de la Fédération politique de l'EAC, surnommé le
Comité Wako, pour mener de larges consultations et finaliser les travaux sur la Fédération
politique. Le Comité a présenté son rapport au Sommet le 29 novembre 2004.
À la suite du processus consultatif, le bureau du Secrétaire général adjoint chargé de la
Fédération politique a été créé en 2006 pour coordonner ce processus.
Depuis 2004, l'EAC a mis en place des initiatives pour accélérer l'intégration politique. Les
directives du sommet ont été données et des consultations nationales avec les parties
prenantes entre 2006 et 2008 ainsi que diverses études ont été entreprises pour examiner,
faciliter et accélérer le processus. Lors des consultations, il est devenu clair que les citoyens
d'Afrique de l'Est veulent être suffisamment impliqués et avoir leur mot à dire dans les
décisions et les politiques poursuivies par la Communauté d'Afrique de l'Est.
Le 20 mai 2017, les chefs d'État de l'EAC ont adopté la Confédération politique comme
modèle de transition de la Fédération politique de l'Afrique de l'Est.
ORGANES DE L’EAC
Les principaux organes de l'EAC sont le Sommet, le Conseil des ministres, le Comité de
coordination, les Comités sectoriels, la Cour de justice de l'Afrique de l'Est, l'Assemblée
législative de l'Afrique de l'Est et le Secrétariat.
Le sommet
Le Sommet, composé des chefs des États partenaires, donne une orientation stratégique vers la
réalisation du but et des objectifs de la Communauté.