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dissertation philosophique

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M.

Liotard - Lycée Camille Vernet - DM des vacances de février 1/2

Dans l’histoire des idées, on distingue en général heureux car privés de leurs droits civiques à partir
trois formes d’immortalité : celle du peuple pour les d’un certain âge (80 ans) et réduits à l’état d’êtres
juifs, de la cité pour les Grecs, de l’individu pour le déchus avec une pitance quotidienne minimale.
christianisme. C’est à cette dernière que se rattache Le compositeur tchèque Leos Janâcek compose
notre époque même si elle favorise une immortalité en 1925 un opéra intitulé L’Affaire Makropoulos, tiré
sans dieu ni réconciliation, une simple durée illimi- d’une pièce de Karel Capek. Le motif en est le sui-
tée. Pour être plus précis, il s’agit plutôt d’hyperlon- vant : la cantatrice Emilia Makropoulos, née au
gévité car même un humain vieux d’un millénaire XVIe siècle, a servi de cobaye auprès d’un magi-
nirait par s’éteindre. Au Moyen Âge, la mort cien, créateur d’un élixir de vie. Toujours fraîche,
n’était pas le terme de la vie, juste un passage vers trois siècles plus tard, toujours désirable, avec une
le Créateur : la terreur d’être mis face à Dieu, d’en- voix d’une pureté inaltérable, elle se sent lasse de ne
durer le châtiment éventuel de ses fautes, devait pouvoir vieillir et mourir. Elle consume les per-
effacer la peur de s’éteindre. La n était la porte sonnes qui l’entourent par sa longévité et sa désin-
étroite du salut ou de la damnation : on perdait ses volture. Elle survit sans attachement « au milieu des
maigres biens terrestres, avec l’espoir d’en acquérir choses et des ombres », ses enfants comme ses amis
d’autres, plus essentiels et ce pour toujours. L’épou- lui étant indifférents. « Vous allez mourir, vous
vante était atténuée par la perspective du rachat. autres, vous avez de la chance », dit-elle aux êtres
Ce qu’a d’unique l’idée d’éternité, et sa réinven- normaux qui l’entourent. « Ô Seigneur, ouvrez-moi
tion par le christianisme, c’est qu’elle accorde à les portes de la nuit, A n que je m’en aille et dispa-
chacun de nous, si misérable soit-il, une place au raisse. » La vie sans l’horizon de la mort n’est qu’un
soleil. La persistance de ma petite personne, au-delà long cauchemar et, de toutes les formes d’ennui,
de la parenthèse terrestre, est une annonce fulgu- celui des immortels semble le pire. Ils sont condam-
rante. Le simple fait d’être né me grati e d’une du- nés à jamais.
rée potentiellement sans limites si je passe le « test » Lors d’une conversation avec un jeune poète,
du Jugement dernier. L'épreuve est atténuée, il est probablement Rainer Maria Rilke, dans un paysage
vrai, par la longue digression du Purgatoire, cette de montagne, Sigmund Freud évoque le passage des
salle d’attente du Salut où les âmes des défunts pa- saisons. Le poète n’éprouve aucune joie à la pensée
tientent en attendant que l’on statue sur leur sort. que toute cette beauté est vouée à l’effacement et
Autre invention de génie : le Christ est mort en qu’en hiver, elle aura cessé. Ces choses qu’il vou-
pleine gloire, à 33 ans. Un Jésus, octogénaire et drait admirer lui semblent dégradées par leur ca-
chenu, aurait fait mauvaise impression. Autant ractère provisoire. Freud lui rétorque que cette fu-
Dieu le père est un vieillard solennel et terrible, au- gacité est précisément ce qui en fait le prix et que
tant la cruci xion de son ls dans la force de l’âge beauté et perfection ne sont précieuses que de ne
est une trouvaille narrative grandiose. Les Évangiles pas durer. « S’il existait une eur qui ne eurit
ont donné une assise religieuse au mythe de la jou- qu’une seule nuit, le produit de son ef orescence ne
vence éternelle. Paradoxe du christianisme : pour nous en paraîtrait pas moins somptueux. » « Sup-
connaître la vie éternelle, tu dois commencer par mourir. posons, écrit-il ensuite, que vienne un temps où
Alors Dieu pèsera les âmes, les intercesseurs déli- les tableaux et les statues que nous admirons
vreront leurs plaidoiries, le Juge suprême rendra ses aujourd’hui se soient désagrégées ou que vienne
arrêts. Un sens est offert aux hommes avec la possi- après nous une race d’hommes qui ne comprennent
bilité de se racheter en cas d’égarement. La mort plus les œuvres de nos poètes et de nos penseurs,
est puri cation qui permet de dégager l’essentiel de voire une époque géologique où tout ce qui vit sur
l’accessoire. Mon avènement sur terre n’est plus un terre sera devenu muet ? Notre jouissance de ces
simple accident, ma naissance contingente m’ins- choses belles et parfaites n’en serait pas moins légi-
talle à jamais dans la grande famille des ressuscités time. » Les Anciens, parmi lesquels Marc Aurèle,
potentiels. Le séjour ici-bas est un pèlerinage de la l’avaient déjà pressenti : les plus grandes civilisa-
Chute à la Rédemption. tions seront submergées sous l’oubli, ensevelies dans
Quant à l’immortalité profane, pour l’instant une la poussière. Tout disparaîtra, tout sera perdu, les
hypothèse, elle n’est pas forcément réjouissante. langues, les espèces, les empires. Tel est le prix à
Certaines promesses s’apparentent à des malédic- payer pour avoir surgi un jour dans l’histoire.
tions. Dans ses Voyages de Gulliver, Jonathan Swift Où Rilke exprime la mélancolie de la caducité,
nous montre son héros croisant une peuplade Freud exalte l’allégresse du périssable. Pour prolon-
d’immortels, les Struldbruggs : ils sont seuls et mal- ger leur dialogue, imaginons un instant que les

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M. Liotard - Lycée Camille Vernet - DM des vacances de février 2/2

vœux de Rilke soient exaucés : les beautés de la châteaux, ces basiliques nous écrasent. Sans comp-
nature ne passeraient pas, ni celles de la culture. La ter ces gigantesques musées contemporains où l’on
vie serait un printemps perpétuel. Tout ce qui a été souffre d’une véritable indigestion de chefs-
édi é un jour serait maintenu. Oublier, estomper, d’œuvre. Ces merveilles baroques, gothiques, ro-
remplacer serait devenu impossible, les siècles pas- manes ne nous disent pas : Osez ! Elles nous gent
sés demeureraient présents dans une rétention éter- en serviteurs de l’immémorial ou en simples
nelle. Les constructions de toutes les cultures de consommateurs du temps jadis. Face à ces construc-
tous les temps s’empileraient les unes à côté des tions sarcophages, on est pris de l’envie contradic-
autres. À la tristesse de l’irrévocable succéderait le toire de les préserver et de les profaner. On est par-
désespoir de l’interminable. Nous serions colonisés tagé entre la piété de la conservation ou le sacrilège
et habités par l’intégralité des civilisations anté- de la dégradation. C’est le travail de l’éducation
rieures et des événements vécus depuis notre en- que d’arracher ces pierres mortes à la seule archéo-
fance. Si tout ne sombrait pas, y compris nous- logie, a n de les métamorphoser en édi ces vivants.
mêmes un jour, la vie serait intolérable, la perma- Il s’agit d’en refaire le cœur battant de nos villes, de
nence aussi affreuse que l’éclipse. Il y a une poi- nos nations, de les intégrer aux temps actuels. Il
gnante grandeur de ce qui ne dure pas, sinon dans faut à chaque génération spiritualiser à nouveau les
le clignotement de la révélation fugitive, dans la grands monuments si l’on ne veut pas qu’ils
convergence de l’instant et du toujours. Ce qu’ex- sombrent dans la commémoration ou le panur-
prime bien ce poème de Jacques Prévert : gisme touristique. On n’en nit jamais de se réap-
« Des milliers et des milliers d’années proprier le passé.
Ne sauraient suf re Telle est la tragédie de l’existence humaine : nous
Pour dire devons pactiser avec ce qui nous anéantit, admettre
La petite seconde d’éternité le regret et la perte comme consubstantiels au bon-
Où tu m’as embrassé heur d’être. La mélancolie de ce qui passe n’est
Où je t’ai embrassée peut-être rien comparée au malheur de ce qui ne
Un matin dans la lumière de l’hiver passerait jamais et nous encombrerait de sa pré-
Au parc Montsouris à Paris sence à perpétuité.
À Paris Pascal BRUCKNER, Une brève éternité, philosophie de
Sur la Terre la longévité (2019)
La Terre qui est un astre. »
(« Le jardin », Paroles).
I. Faites un résumé en 100 mots ±10% de ce
S’il y a une tristesse paradoxale des ruines, c’est texte de 1 449 mots.
qu’elles incarnent, à l’échelle minérale, la pétri ca-
tion qui nous guette sur le plan moral, le triomphe
du temps mort sur le temps vivant. Tout Européen II. Dissertation : « Telle est la tragédie de l’existence
fervent est saisi un jour ou l’autre à Rome, Prague, humaine : nous devons pactiser avec ce qui nous anéantit,
Venise, Vienne, Athènes, Cracovie, Grenade par le admettre le regret et la perte comme consubstantiels au bon-
syndrome de Stendhal : une sensation d’étouffe- heur d’être. » écrit Pascal Bruckner.
ment devant un trop-plein de chefs-d’œuvre. L’hy- Dites ce que vous pensez de cette af rmation à la
pertrophie du monde d’hier, les grands mausolées lumière de votre lecture des parties au programme
gréco-romains, arabo-andalous, austrohongrois, des Contemplations de Victor Hugo et du Gai Savoir de
toutes ces pierres dans leur splendeur, ces palais, ces Friedrich Nietzsche.

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