DEPARTEMENT DE FINANCE ET
DE GESTION COMPTABLE
COURS DE MICROFINANCE
Pr Cyrille ONOMO
ESSEC Université de Douala, Cameroun
[email protected] / [email protected]
1
OBJECTIFS DU COURS
La microfinance demeure aujourd’hui encore une innovation dans le champ de la finance.
Elle constitue un puissant instrument d’inclusion financière et de lutte contre la pauvreté dans
les pays du Sud. Par ailleurs, les institutions de microfinance assurent le financement du
microentrepreneuriat dans ces contextes. Il s’agit donc d’un secteur qui n’assume plus une
position résiduelle dans les systèmes financiers de ces pays, et contribue aussi à la résorption
du chômage et au financement de l’économie et principalement sa composante informelle. Le
cours vise une présentation de la microfinance comme une industrie financière d’une part,
mais aussi comme instrument des politiques de développement d’autre part.
Il s’agit principalement de donner aux étudiants de cerner la dynamique de microfinance et le
fonctionnement des institutions de microfinance. De manière spécifique, il s’agit :
- De comprendre l’émergence et l’évolution de la microfinance
- D’établir les spécificités de la microfinance à la fois comme activité et comme secteur
d’activité
- De comprendre les logiques et les configurations des relations entre banques et
microfinance, et d’évaluer les conséquences de ces relations sur l’efficacité des
systèmes financiers
- De comprendre les dynamiques et les particularismes de la microfinance au Cameroun
- De maitriser les enjeux et les stratégies de la pérennisation de la microfinance
- De comprendre les fonctions organisationnelles d’une IMF et maitriser la démarche de
diagnostic financier d’une IMF
APPROCHE PEDAGOGIQUE
La dispense de ce cours s’appuie fortement sur une approche interactive de l’enseignement.
Les thèmes abordés sont l’objet (ce qui est pensé) des discussions entre les participants
(étudiants et enseignant). L’exploitation des documents, les travaux de groupe, l’analyse des
cas constituent les principales activités de la classe.
EVALUATION DE L’ETUDIANT
La note finale de l’étudiant sur cet argument porte sur trois points : le contrôle continu,
l’examen intra-semestriel et l’examen extra-semestriel.
2
La note de contrôle continu est définie en salle par l’enseignant. La moitié des points est
rattachée à la présence de l’étudiant aux différentes séances du cours. L’autre moitié se
rattache à la participation aux discussions.
Les notes des examens intra et extra semestriels sont données après participation à ces
examens. Les épreuves portent sur trois parties : la définition des concepts, deux ou trois
questions liées aux thèmes abordés pendant les séances du cours.
PLAN DU COURS
Séance 1 : Prise de contact, présentation des objectifs et du plan du cours
Séance 2 : Les origines diverses et les évolutions de la microfinance
Séance 3 : Les spécificités et les différents modèles institutionnels de la microfinance
Séance 4 : Le champ de la microfinance au Cameroun
Séances 5 : La relation banque- IMF
Séance 6 : Les viabilités financière, socio-économique et institutionnelle en microfinance
SOURCES DOCUMENTAIRES
Armendariz de Aghion et Morduch, 2005, “The economics of microfinance”, The Mit Press
Cambridge, Massachusetts London.
Attali, Jacques, 2006, “La microfinance aujourd’hui”, Planetfinance, télécharger à
www.pointsdactu.org/article_print.php3?id_article=664.
Bass et Henderson, 2000, “Le crédit Bail : Une option pour les institutions de microfinance”,
Conférence sur l’innovation en microfinance, Bamako
Bekolo-Ebe, B., 1989, “ Le système des tontines. Liquidité, intermédiation et comportement
d'épargne ”, Revue d'Economie Politique, N° 4, Juillet – Août, pp 616-638
Boyé, S., Hajdenberg, J., Poursat, C., 2006, “Le guide de la microfinance: Microcrédit et
épargne pour le développement”, Edition d’Organisation.
Buckley, G., 1997, “Microfinance in Africa: is it either the problem or the solution?”, World
Development, Vol 27, No 1, 1081-1093.
Cater, R., 2001, “NGO’S, Microfinance and national policy”, Paper presented at the:
International conference on NGOs and poverty policy, Beijing, China, November 2001
CERISE, 2000, “Les contraintes et les défis de la viabilité des systèmes de microfinance des
zones rurales défavorisées en Afrique”, Etude réalisée pour le compte du FENU à partir des
contributions des praticiens autour des expériences mises en œuvre dans les contextes socio-
économiques défavorisés d’Afrique.
3
CGAP, 1998, “Les banques commerciales : les nouveaux acteurs de la microfinance”, Focus
note No 12.
Christen, P., 2001, “Commercialisation and Mission Drift: The transformation of
microfinance in Latina America”, CGAP, Occasional Paper No.5, Mars
Christen, P., Lyman, T., Rosenberg, R., 2003, “Guiding principles on regulation and
supervision of microfinance”, Microfinance Consensus, Guidelines.
Christen, P., Rosenberg, R., 2000, “The rush to regulate: Legal framework for microfinance”,
CGAP Occasional Paper, No 4, April.
Churchill, C., Coster, D., 2001, “Manuel de gestion des risques en microfinance”, Guide
Technique, CARE.
Doligez, F., 2002, “Les associations de microfinance: leur rôle dans le développement de
l’industrie de la microfinance”, communication présentée au séminaire de GTZ-AFMIN,
Accra, Ghana, 6 et 7 Novembre.
Guérin, I., 1999, “Le dilemme proximité – viabilité en microfinance : Confiance et
partenariats”, Revue Saving and Development, Vol 23, Juillet, pp. 147-169.
Helms, B., 2006, “La finance pour tous: construire des systèmes financiers inclusifs”, Les
éditions Saint-Martin.
Hollis A., Sweetman A., 1998 " Microcredit: What Can We Learn from the Past?", World
Development, Vol 26, No 10, pp. 1875-1891.
Hulme, D., Mosley, P., 1996, “Finance against poverty”, Volume 1, Routledge, London.
Lapenu, C., Zeller, M., Greeley, M., Chao-Béroff, R., Verhagen, K., 2004, “Performances
sociales: Une raison d’être des institutions de microfinance et pourtant encore peu mesurées.
Quelques pistes”, Revue Monde en Développement, Tome 32, No 126, pp. 51-68.
Onomo, C., Bekolo, C., 2008, “Proximité marketing et Offre de crédit dans les institutions de
microfinance : Un essai d'explication du rationnement du crédit aux microentrepreneurs”,
Revue Gestion 2000, Vol 25, No5, pp 49-66.
Onomo, C, 2013, « Culture, Management et Gouvernance en Microfinance : Un essai
d’explication de l’incidence des valeurs culturelles des propriétaires sur la gestion et la
gouvernance des IMF au Cameroun », Ouvrage collectif, collection microfinance
contemporaine, sous la direction de Célestion Mayoukou, Hyacinthe Defoundoux
Onomo, C, Etoundi, G, C, 2013 « La Microfinance peut – elle contribuer à la préservation de
l’environnement au Cameroun ? », Cahiers de l’Association Tiers Monde, N028
Fall, F, S, Onomo, C, 2012, « Microfinance au Cameroun : entre crise de gouvernance, crise
de crédit et crise de régulation », Revue Techniques Financières et Développement, No 126,
Mars.
Onomo, C, Etoundi, G, C, 2011, « Accords de coopération entre banque et IMF en Afrique
subsaharienne: quelques leçons tirées des retours d’expérience », Revue Camerounaise de
Management, N0 22 Décembre
Règlement CEMAC relatif aux conditions d’exercice et contrôle de l’activité de micro
finance, Edition 2002.
Servet, J-M., 2005, “ Le banquier aux pieds nus, la microfinance”, Edition Odile Jacob, Paris
Lelart, M., 2005, “De la finance informelle à la microfinance”, Editions des Archives
Contemporaines, AUF.
4
Introduction
Plus d’un milliard de personnes vivent avec moins de 500 FCFA par jour, plus de trois
milliards de personnes vivent avec moins de 1000 FCFA par jour et 825 millions de personnes
dont 200 millions d’enfants souffrent de la faim. Pour plusieurs gouvernements à travers le
monde, lutter contre la pauvreté est devenu aujourd’hui primordial. Bien que l’impact positif
de la microfinance sur la pauvreté ne soit pas explicitement établi, elle est présentée comme
l’une des méthodologies qui aident les pauvres à améliorer leurs conditions de vie.
La microfinance désigne dans un sens large l’offre des services financiers aux personnes
marginalisées par les banques classiques. Le terme microfinance a commencé à faire l’objet
d’un usage populaire récemment. Pourtant, ses origines sont lointaines et diverses. Elles
datent des siècles antérieurs et sont rattachées à plusieurs régions du monde. La microfinance
regroupe une multitude d’organisations très variées et assure la bancarisation de plusieurs
millions de personnes. Elle constitue un maillon non négligeable de l’environnement financier
de plusieurs économies et principalement dans les pays en voie de développement où une
frange importante de la population n’est pas servie par les banques. Dans ces environnements,
les IMF réalisent le financement de petites activités génératrices de revenus, et ainsi,
encouragent la promotion du petit entrepreneuriat. Dans l’exercice de l’activité de crédit, les
IMF enregistrent un taux de remboursement moyen des prêts de plus de 95%. En fournissant
des services financiers aux populations exclues du système bancaire classique, la
microfinance réussit là où ont échoué les banques. Au regard du nombre et de la diversité des
acteurs, et de la large gamme de services microfinanciers, la microfinance peut s’appréhender
comme une véritable industrie financière. Dans le cadre de la réalisation de leurs activités, les
organisations de microfinance rencontrent un ensemble de difficultés qui mettent en péril leur
efficacité et leur viabilité. Ces difficultés se rapportent aux dimensions financière, socio-
économique et institutionnelle de ces organisations.
5
Chapitre 1 : L’histoire de la microfinance : des origines
lointaines et diverses et une évolution en continue
La microfinance aujourd’hui n’est que le résultat d’une vieille pratique qui trouve ses
origines dans plusieurs pratiques financières à travers le monde. De ses débuts jusqu’à
présent, elle a connu des mutations et des transformations multiples.
I. Les origines de la microfinance : entre la lutte contre l’usure et le
mouvement tontinier
La notion de microfinance peut être définie de plusieurs manières et renvoie à
plusieurs réalités. Bien que le terme microcrédit ait été popularisé par le professeur Yunus, la
microfinance recouvre plusieurs activités et de multiples méthodologies, et il parait difficile
d’attribuer à un individu ou à un groupe de personnes la paternité de ce phénomène. Les
origines de la microfinance se trouveraient dans les pratiques lointaines de l’économie sociale.
Ces pratiques reposent sur la volonté de coopération économique entre de multiples agents
pour faire face à l’usure ou pour pallier les insuffisances des systèmes bancaires.
I.1. La lutte contre l’usure en Europe et au Canada
Au cœur du développement historique de la microfinance se dresse le phénomène de
lutte contre l’usure, définie comme le prêt à des taux d’intérêt très élevés ne permettant pas à
l’emprunteur de rembourser sa dette sans une perte considérable de sa richesse. Lorsque
l’emprunteur ne dispose pas d’un patrimoine important, cette pratique peut contribuer à faire
de lui un esclave par la dette. C’est pourquoi au milieu des années 1400, le moine Barnabé de
Terni avec l’assentiment de l’église, combat l’usure au moyen des prêts sur gage consentis
sans intérêt. Les individus nécessiteux peuvent de ce fait bénéficier des prêts tout en gardant
l’espoir de récupérer leurs biens ultérieurement en cas d’amélioration de leur situation
financière. Dans le cas contraire, les biens sont vendus aux enchères. Pour mieux mener son
combat, le moine met sur pied une organisation : c’est le premier mont de piété. Par la suite,
il est pratiqué des prêts avec des taux d’intérêt bonifiés pour couvrir uniquement les frais de
gestion de l’organisation. Plus tard, ce mouvement va se rependre dans les autres pays
d’Europe. Cependant, ces structures vont connaître une importante limite relative à la
restriction qu’elles se sont imposées en matière d’activités financières en se limitant au prêt
sur gage. De plus, le phénomène n’arrivait pas à toucher les plus pauvres des pauvres, ceux-ci
n’ayant pas d’objets de valeur à mettre en gage. Il faut néanmoins relever que le prêt aux
pauvres était déjà une réalité du monde hébreu il y a trois mille ans.
La première grande vague de mouvements de bancarisation populaire a lieu en Europe
e
au 18 siècle. En effet, au début de ce siècle, un réseau local, indépendant et charitable
constitué en fonds de crédit voit le jour en Irlande pour faire face à quelques dimensions de la
pauvreté et au faible développement économique des populations rurales. Ce fonds doit sa
création à Jonathan Swift. Ses motivations viennent de la reconnaissance que, plusieurs
6
individus pauvres disposent des projets à fort rendement, mais n’ont pas accès au crédit parce
qu’ils ne possèdent pas des garanties matérielles. Avec une somme de 500 livres de sa
fortune, Swift prête des petites sommes de 5 et de 10 livres aux petits commerçants. Ces prêts
sont remboursés hebdomadairement sans intérêt. Avec une méthodologie de prêt fondée sur
les principes de proximité entre les emprunteurs, ce fonds de charité a connu un succès
fulgurant. Mais, il faut noter que Swift rencontrait les problèmes du microcrédit moderne :
l’asymétrie d’information dans la sélection des projets et l’aléa moral dans le respect des
engagements pris par les emprunteurs. Toutefois, ce fonds de charité a influencé plusieurs
autres expériences opérant sur la même base.
Quelques années après la création du fonds de charité de Swift, la société musicale de
Dublin organise des concerts et utilise les bénéfices pour octroyer des petits prêts aux petits
commerçants pauvres. Suite à la forte expansion du nombre d’emprunteurs, le prêt de charité
promu par la société musicale ne va pas connaître un grand succès et va restreindre ses
activités dans la ville de Dublin. Au cours du 19e siècle et au début du 20e siècle, deux
expériences inspirées par Swift et conduites respectivement par Friedrich Wilhelm Raffeisen
et Alphonse Desjardins, vont marquer profondément l’histoire du mouvement des
coopératives de crédit.
Il est reconnu que, l’une des premières formes véritablement organisées de réseau de
crédit coopératif et qui a abouti à une institution durable, vient de l'initiative de Friedrich
Wilhelm Raffeisen. Maire d’une ville au début du 19e siècle, Raffeisen observe la situation
misérable dans laquelle vivent les populations. L’une des raisons de cet état de choses est le
manque des financements dont souffrent ces personnes pour assurer la production des
produits de subsistance. De plus, ces populations pour l’essentiel paysannes vivent sous le
joug des usuriers. Avec l’aide d’un pasteur, il met sur pied une association pour combattre ce
phénomène. Il s’agit d’une association qui achète du bétail et le revend à crédit aux paysans à
des conditions plus douces et à long terme. Suite à l’insuffisance des moyens financiers
disponibles, Raffeisen va se retourner vers l’épargne des pauvres paysans et constituer une
coopérative dont ils seront les sociétaires. Cette mutuelle d’épargne et de crédit est fondée sur
une vie associative où tous, bienfaiteurs et débiteurs, sont associés aux décisions.
L’expérience de Raffeisen va être répliquée dans d’autres villes en Allemagne et dans
beaucoup de pays européens. Son idée a aussi connu une reconnaissance mondiale et dans
plusieurs pays, de multiples coopératives représentant près de 500 millions de sociétaires
travaillent aujourd’hui selon ses principes.
Comme Swift et Raffeisen, Alphonse Desjardins est choqué par les conditions de vie
des pauvres et des pratiques usurières qu’ils subissent. Après avoir étudié les expériences
européennes, il se propose de mettre en œuvre un modèle coopératif où les pauvres ont
l’obligation de payer les droits d’adhésion et des parts sociales. L’objectif est de ne pas les
écarter du système de gestion de la coopérative. En réunissant les personnes actives du
mouvement associatif, des prêtres et des enseignants de la ville de Lévis, Desjardins crée sa
première caisse mutuelle de crédit en 1900. A partir de son modèle, les caisses vont se
développer partout où les réseaux d’appui peuvent réunir les conditions minimales d’une
fondation. Ainsi, elles ne réalisent que des activités simples de dépôts et de prêts à court
7
terme. Le mouvement Desjardins compte aujourd’hui environ une dizaine de fédérations et
plus d’un millier de caisses .
Cependant, l’histoire de la microfinance ne peut pas se réduire aux seules associations
coopératives. Au mouvement coopératif, il faut nécessairement joindre les pratiques
tontinières observées dans divers coins du monde au fil des siècles et plus particulièrement en
Afrique.
I.2.Le mouvement tontinier en Afrique
Si le mot tontine doit sa paternité à l’italien Lorenzo Tonti qui créa une nouvelle
formule d’épargne sous forme d’association d’épargnants au milieu du 17e siècle, il faut
admettre qu’il n’est pas l’initiateur des systèmes tontiniers qui se sont développés en Afrique.
En Afrique précisément, le mouvement tontinier a connu d’importants
développements. Une évidence des institutions financières en Afrique date du 16e siècle avec
l’organisation « esusu » qui est une association rotative d’épargne et de crédit du milieu
Yoruba au Nigeria. L’esusu trouve probablement son origine dans les associations de travail
rotatif dans lesquelles le travail comme une marchandise rare, était accumulé et alloué à un
membre à un temps. Comme au Nigeria, beaucoup d’autres pays d’Afrique ont connu et
connaissent des mouvements tontiniers. « Ekub » en Ethiopie, « Gameya » en Egypte,
« Ndjangui » au Cameroun, sont autant de noms qu’on attribue aux tontines dans quelques
pays d’Afrique. Pour Bekolo-Ebe, il est possible d’identifier plusieurs types de tontines.
Toutefois, Il s’agit des institutions dans lesquelles l’aspect social joue un grand rôle. A cet
effet, les motivations des acteurs qui participent dans certaines tontines, paraissent être moins
la recherche d’un gain financier, mais plus la constitution d’un cercle de solidarité. Au fil des
années et sous l’impulsion de l’administration coloniale, certaines tontines vont se
transformer progressivement en coopérative.
I.3- Mohammad Yunus et le microcrédit
Au delà de tous ces développements historiques, l’attention accordée aujourd’hui à la
microfinance est attribuée au professeur Yunus. Fortement choqué par les conditions de vie des
populations et les ravages que font les usuriers dans les milieux ruraux au Bangladesh, il met sur pied
un projet de développement rural pour étudier la vie économique de ces personnes. En 1977, avec
l’appui de l’Etat, il démarre un programme formel (Grameen) de petits prêts aux personnes démunies.
Il prête aux petits emprunteurs des sommes d’un montant moyen de 25 dollars US. Le programme
réalise des taux de remboursement de prêts remarquables (98%) et croît progressivement.
En 1983, le programme de prêt devient une banque : la Grameen bank. Pour
fonctionner efficacement dans un environnement de personnes démunies, la Grameen bank
met en place le concept de microcrédit. En appliquant ce concept, elle supprime la nécessité
d’une garantie matérielle en matière de prêt et crée un système bancaire reposant sur la
confiance mutuelle, la responsabilité et la participation des petits emprunteurs à travers les
groupes de solidarité. Le groupe joue ici un rôle de sélection et de surveillance des membres.
8
Dans ce modèle, les membres du groupe font plus que garantir le remboursement des prêts
obtenus par les pairs. Ils deviennent une partie de la structure institutionnelle de la banque.
Cette méthodologie de prêt aux pauvres connait un véritable succès. Suite à ce succès, la
Grameen bank ne va pas cesser de grandir.
Il est fort de constater que de Barnabé Terni à Mohamed Yunus, les origines de la
microfinance sont lointaines et diverses. Ces origines multiples semblent justifier les
différentes méthodologies et les nombreuses approches que présente la microfinance.
Cependant, si dans sa vision première la microfinance s’identifie aux petits prêts à destination
des populations pauvres (microcrédit), il faut reconnaître que le concept a évolué et continue
d’évoluer au fil du temps.
II- L’évolution de la microfinance : une expansion progressive
Dans leurs premiers développements modernes, les organisations de microfinance se
limitaient à octroyer des crédits aux populations pauvres. Aujourd’hui, autre que le crédit, ces
structures offrent une large gamme de services financiers. De plus, le champ de la
microfinance ne cesse de s’agrandir avec de plus en plus d’organisations.
II.1- Du microcrédit à la microfinance
Pour un grand nombre de personnes encore aujourd’hui, la microfinance s’assimile au
microcrédit. Il désigne des petits montants prêtés à des populations démunies afin de leur
permettre de développer des petites activités génératrices de revenus. Avec ces revenus, ces
populations peuvent se nourrir, se vêtir, se soigner et s’instruire. Vu sous cet angle, le
microcrédit est un important outil de promotion du petit entrepreneuriat et de lutte contre la
pauvreté. La lutte contre la pauvreté étant une mission de plusieurs autorités et organisations
mondiales, on va assister au cours des années 1980 à une importante promotion du
microcrédit. Il est ainsi organisé à partir de 1997 un sommet mondial du microcrédit chaque
année. De nombreuses ONG (organisation non gouvernementale) avec des donations qu’elles
collectent à travers le monde occidental, vont s’investir et financer âprement les initiatives de
microcrédit. Cependant, l’engagement de la communauté des donateurs a été particulièrement
fort dans la communication visant d’une part à présenter le microcrédit comme un outil
efficace de réduction de la pauvreté, et d’autre part, la promotion des meilleures pratiques de
microcrédit. Au cours des années 1990, on a observé que les populations démunies n’ont pas
besoin seulement de crédit, mais également d’épargner les revenus qu’elles dégagent de leurs
activités et bien d’autres services financiers. Il n’est plus alors question de parler de
microcrédit mais plutôt de microfinance. La microfinance désigne à cet effet « l’ensemble des
mécanismes et Par la suite, la microfinance connaît un changement d’orientation. Passant
d’une offre standardisée des produits de crédit et d’épargne à destination des commerçants et
des agriculteurs, elle offre des services plus flexibles permettant de répondre à la demande.
Dans cette optique, les IMF vont introduire le crédit bail (leasing), la microassurance et le
9
transfert d’argent comme des innovations dans l’offre de services financiers aux petits
entrepreneurs.
Aujourd’hui, la microfinance propose une gamme de plus en plus large de services
financiers. Les IMF offrent des services financiers aussi divers que l’épargne, l’assurance, le
transfert d’argent, l’encaissement des chèques et les produits de mobile banking. Des
institutions de microcrédit consacrées au crédit qui est une activité financière plus restrictive,
la microfinance dans une vision plus large est devenue un secteur financier plus important. Il
s’agit de l’ensemble « des entités agréées n’ayant pas le statut de banque ou d’établissement
financier, et qui pratiquent à titre habituel des opérations de crédit et ou collectent l’épargne,
et offrent des services financiers spécifiques aux populations évoluant pour l’essentiel en
marge du circuit bancaire ».
1I..2- Elargissement du champ de la microfinance
La microfinance évolue rapidement et son champ est de plus en plus important.
L’importance de ce champ peut s’apprécier à partir de l’évolution du nombre d’institutions. Il
est aussi possible de s’appesantir sur l’évolution en nombre de la clientèle desservie par ces
dernières.
Le marché de la microfinance semble être un marché contestable avec une entrée
massive et régulière de nouvelles firmes. Selon les chiffres du sommet du microcrédit, le
nombre d’IMF enregistrées connait un taux moyen annuel de croissance de 19,17%.
Cependant, les chiffres avancés par les campagnes du sommet du microcrédit sous-évaluent la
réalité. Ces derniers ne prennent pas en compte les IMF existantes et qui ne sont pas
enregistrées dans la base de données du sommet du microcrédit. Selon Attali, si l’on estimait à
plus de mille le nombre total d’IMF en 1997, le secteur de la microfinance compte environ dix
mille établissements. Il faut penser que le nombre d’IMF va continuer à croître au fur et à
mesure que les coopératives d’épargne et de crédit, les banques commerciales et d’autres
types d’institutions font leur entrée dans le secteur. Cette croissance est considérable dans
toutes les parties du monde, certes dans des proportions différentes.
L’expansion de la microfinance concerne aussi le nombre de clients servis. En 1997
lors du premier sommet du microcrédit, il avait été relevé que les institutions examinées
avaient accordé des prêts à 13 478 797 clients et que 7 600 000 de ces emprunteurs étaient des
pauvres. En 2005, le nombre total d’emprunteurs est passé à 113 261 390 parmi lesquels
81 949 036 pauvres, avec des taux de croissance respectifs de 740% pour le nombre total
d’emprunteurs et 978% pour le nombre total d’emprunteurs pauvres.
Les chiffres ne présentent pas la réalité observée dans les différentes régions du
monde. Lors de la campagne du sommet du microcrédit de 2006, il est ressorti qu’en Afrique
par exemple, les IMF servent 8 717 048 clients qui représentent 7,7% du nombre total de
clients. Parmi ces clients, les pauvres sont estimés à 5 768 641, représentent 66% des clients
des IMF africaines et 7% de la population totale des pauvres bénéficiant des services de
10
microfinance. Il faut noter que l’essentiel des IMF africaines se localisent en Afrique au Sud
du Sahara.
Cette évolution est plus importante lorsqu’il s’agit de considérer l’ensemble des
bénéficiaires des services de microfinance. En 1997, la microfinance touchait environ 7,5
millions d’individus. De nos jours, plus de 100 millions de microentrepreneurs sont des
clients de la microfinance. Plus encore, selon une étude menée par le CGAP, la microfinance
dessert approximativement 500 millions d’emprunteurs pauvres et environ 84% de ceux-ci se
localisent en Asie. A partir de ces informations, il est à constater qu’au fil des ans, la
microfinance s’engage davantage et occupe une place charnière dans le financement des
agents économiques qualifiés de pauvre. Depuis son apparition, la microfinance ne cesse
d’évoluer pour satisfaire une demande de plus en plus importante et assurer sa survie dans un
environnement très dynamique. La croissance de la microfinance, «si elle correspond à une
expansion réelle de ses activités, tient aussi en partie à une plus large connaissance du
phénomène et à la capacité que ce mouvement a eu d’intégrer dans son sillage de multiples
expériences déjà engagées par les acteurs de terrain qui, en quelque sorte, pratiquaient la
microfinance sans le savoir» .
Les origines de la microfinance sont certes lointaines, mais on peut toutefois considérer que
les années 1980 furent celles de son « épiphanie » avec l’expérimentation des méthodologies.
Les années 1990 ont été plutôt celles de la consolidation des connaissances avec une
expansion du champ de la microfinance. L’évolution actuelle de ce secteur d’activité conduit
à s’intéresser à la maitrise des risques et à l’innovation dans les modes d’intervention.
11
Chapitre 2 : Les institutions de microfinance
Le constat selon lequel l’intermédiation financière formelle est insuffisante dans bon
nombre de pays en développement ne date pas d’aujourd’hui. Dans ces pays, les structures
financières classiques de par leur localisation, leur offre de services et leur méthodologie, se
sont retrouvées pendant longtemps éloigner de la grande partie des populations. Suite à ces
insuffisances, on a pu observer dans ces économies l’émergence d’une prolifération de
structures et de pratiques financières informelles. C’est la coexistence de ces deux
articulations financières qui permettra de caractériser ces environnements financiers de dual.
Les limites éventuelles que vont présenter des structures financières informelles (horizon trop
court pour un allongement de crédit par exemple) conduiront à conclure que le système
financier dual ne constitue pas une solution d’équilibre au problème de bancarisation de
l’ensemble des populations. Ceci va déboucher au développement de la théorie de l’argent
chaud et de l’argent froid. Cette théorie préconise une articulation financière qui réunit les
caractéristiques des deux précédentes et est capable de proposer l’argent tiède. Il s’agit d’un
secteur financier intermédiaire compris entre la finance informelle et la finance formelle.
L’existence de ce secteur financier soulève des questionnements relatifs à ses spécificités par
rapport aux autres secteurs financiers et aux modèles d’institutions qui le composent.
I- Les spécificités des IMF
Plusieurs éléments peuvent permettre de relever les traits particuliers des IMF par
rapport aux autres institutions financières. Il s’agit principalement des caractéristiques des
opérations et des missions des IMF.
I.1- Les caractéristiques des opérations des IMF.
Comparativement aux opérations des banques et des structures financières informelles,
les opérations des IMF sont particulières. Cette particularité des opérations des IMF tient à
leur échelle, aux spécificités des bénéficiaires et aux relations entre ces derniers et l’IMF.
I.1.1- L’échelle des opérations des IMF
Dans les organisations de microfinance, les crédits et les dépôts sont de très petite
taille par rapport à ceux observés dans les banques. C’est la raison fondamentale qui conduit à
qualifier ces opérations de «micro». Toutefois, les développements théoriques ne permettent
pas de définir de façon précise à partir de quel montant seuil il est possible de qualifier une
opération de microfinancière.
En ce qui concerne le microcrédit, la banque mondiale retient que sa taille doit être au
plus égale à 30% du Produit National Brut par habitant. Cependant, d’un pays à un autre, la
mesure de cette variable varie beaucoup. Ce qui est perçu comme microcrédit en Europe (25
000 Euros soit 16 400 000 FCFA) peut être considéré comme un crédit d’envergure au
Cameroun. Ceci rend difficile l’usage d’un tel critère. Le microcrédit peut être aussi apprécié
à partir de la nature de son bénéficiaire. Ainsi, tout crédit obtenu par un individu disposant
12
d’un revenu considéré comme «relativement bas» est du microcrédit. Là encore, «il y a des
grandes différences entre la mère de famille quasiment sans ressources, l’artisan qui veut
remplacer sa machine et le responsable d’une petite entreprise qui ambitionne de doubler sa
production» (Lelart, 2005). Le critère de la taille qui permettrait de distinguer les opérations
de microfinance semble très difficile à opérationnaliser.
De plus, les crédits microfinanciers sont généralement des crédits à court terme. Leurs
durées excèdent difficilement l’année. Contrairement aux montants des crédits, les taux
d’intérêt en microfinance sont élevés par rapport aux taux bancaires. Ils restent néanmoins
inférieurs aux taux pratiqués par les usuriers et les organisations de la finance informelle.
I.1.2- Clientèle cible des IMF et les contraintes de proximité en microfinance
Les opérations de microfinance semblent se distinguer des opérations des autres
intermédiaires financiers simplement par le fait qu’elles sont destinées aux personnes évoluant
pour l’essentiel en marge du système bancaire. Par ailleurs, un autre trait distinctif des
opérations de microfinance est la proximité entre les acteurs. Les acteurs de la microfinance
se caractérisent par une proximité culturelle et géographique. Les opérations de microfinance
se déroulent le plus souvent dans une aire géographique réduite. Dans la zone CEMAC, les
activités d’une organisation de microfinance se limitent au périmètre du pays auquel elle
appartient (Règlement CEMAC, 2002 P19). Un point commun à l’ensemble des IMF qui
parviennent à financer efficacement les microentrepreneurs est la proximité. Cette proximité
qui peut être géographique et/ou sociale, permet de réaliser une sélection et une surveillance
relativement parfaites des projets financés. La réussite d’un mécanisme tel le prêt de groupe
en microfinance repose sur ce principe de proximité. Cette caractéristique directement tirée de
la finance informelle est une condition indispensable pour établir une forte relation de
confiance entre le microentrepreneur et l’IMF. Pour favoriser une large inclusion des
personnes à faible revenu, le fonctionnement des IMF doit reposer sur des liens sociaux et la
proximité avec les bénéficiaires. Les produits et les services doivent alors être pensés et
adaptés (remboursements réguliers, ciblage des activités des personnes pauvres, contacts
directs avec des agents de crédits locaux) pour les besoins d'une population marginalisée
économiquement ou socialement. Au fur et à mesure que la microfinance s’oriente vers des
logiques commerciales, ce mécanisme (la proximité) qui fait son charme tend à disparaître.
I.2- Les missions des IMF : la lutte contre l’exclusion financière ou contre la pauvreté ?
Il est reconnu à la microfinance plusieurs missions. Ses missions principales et sans doute les
plus connues sont la promotion de l’inclusion financière et la lutte contre la pauvreté.
I.2.1- La lutte contre l’exclusion financière
Pour plusieurs auteurs, l’objectif premier des IMF est de fournir des services
financiers aux populations évoluant pour l’essentiel en marge du système financier classique.
13
Pour Servet, ces personnes vivent une situation d’exclusion financière parce qu’elles ne
peuvent pas avoir accès à l’usage de certains moyens de paiement, ne peuvent pas bénéficier
de certains financements, ni épargner leurs économies ou se prémunir contre les risques. En
offrant à ces individus des services de crédit, d’épargne, d’assurance et de transfert d’argent,
la microfinance essaye de réduire l’intensité de l’exclusion financière subie par ces derniers.
Dans les pays en voie de développement, l’ouverture d’un compte bancaire est réservée aux
personnes disposant des revenus relativement importants. Au Cameroun, l’ouverture d’un
compte par un client particulier dans la plupart des banques s’accompagne d’une exigence de
dépôt minimal. Cette somme n’étant pas à la portée de beaucoup de camerounais, seul 5% de
la population a des comptes dans les banques. L’autre fraction de la population (95%) vit une
situation d’exclusion financière. En facilitant l’ouverture des comptes à plusieurs centaines de
milliers d’individus, la microfinance dans ce contexte pallie ce problème. Avec la
microfinance, des ouvriers et de petits commerçants gagnant moins de 100 000 FCFA par
mois, s’alignent devant des guichets pour effectuer des petits dépôts, toucher leurs salaires,
demander des crédits …etc. Elle leur permet d’opérer les mêmes opérations que les personnes
riches et de se sentir moins marginalisées. Mais, parce que la microfinance ne dessert pas les
plus pauvres des pauvres, elle crée une discrimination entre eux et les pauvres. Elle peut ainsi
devenir à son tour la source d’une marginalisation financière à l’intérieur d’un ensemble qui
au départ était homogène. A côté de la lutte contre l’exclusion financière, la microfinance
peut permettre l’amélioration des conditions de vie des bénéficiaires des services
microfinanciers.
I.2.2- La lutte contre la pauvreté
Dans les origines lointaines de la microfinance, Jonathan Swift ou Friedrich Raffeisen
prêtaient déjà aux pauvres pour les aider à sortir de la misère. Les services financiers peuvent
permettre aux pauvres d’augmenter et de diversifier leurs revenus, d’amasser des biens
humains et socio-économiques et d’améliorer leur bien être. Dans la plupart des pays du
monde, les pauvres ne peuvent pratiquement pas obtenir des prêts auprès des structures
financières traditionnelles. Pourtant, l’expérience montre que si l’on prête de petits montants
à des pauvres et que ces derniers les investissent dans de petites activités économiques, on
arrive à une augmentation de leurs niveaux de revenus et à une amélioration de leurs
conditions de vie. La microfinance permet toutefois aux pauvres de prendre des décisions qui
paraissent évidentes pour les autres individus, comme régler les frais de scolarité des enfants,
acheter de quoi manger et se vêtir au quotidien, trouver de l’argent pour assurer l’enterrement
d’un membre de sa famille. Pour lutter contre la pauvreté, la microfinance ne se limite pas
seulement à offrir des services financiers aux pauvres. Elle offre aussi des services non
financiers tels les services de formation. Cette formation s’articule particulièrement autour de
la santé, l’éducation et la gestion des affaires. Elle réalise aussi une importante émancipation
des populations pauvres en majorité des femmes. Cette efficacité de la microfinance face à la
pauvreté lui assure les faveurs de plusieurs bailleurs de fonds comme la banque mondiale et
motivent de multiples organisations internationales à investir dans le secteur.
14
La pauvreté est une notion complexe et difficile à définir. C’est pourquoi on peut dire
que la microfinance améliore les conditions de vie des pauvres, mais qu’il n’est pas évident de
mesurer avec précision l’impact des programmes de microfinance sur la pauvreté. Plusieurs
variables affectent l’accroissement des revenus des clients des IMF et il est difficile
d’attribuer l’amélioration de leurs conditions de vie au seul accès aux services
microfinanciers. Cependant, les missions de la microfinance font qu’elle soit perçue
aujourd’hui comme un secteur financier unique. Elle est composée d’une diversité
d’institutions qui réussissent là où les autres institutions financières ont échoué.
II.- Les modèles d’institutions de microfinance
La microfinance n’est pas un secteur d’activité homogène. Elle comporte une pléthore
d’institutions différentes par la taille, la méthodologie d’action, la structure organisationnelle
et surtout par le modèle institutionnel. Il est possible de grouper les IMF en trois classes : les
coopératives d’épargne et de crédit, les institutions à but non lucratif et les institutions privées
à but lucratif.
II.1- Les coopératives d’épargne et de crédit
Pour le Petit Robert, la coopérative désigne un groupement économique associatif, qui
est caractérisé par l’égalité des droits de chacun de ses membres quant à sa gestion. Selon
l’Alliance Internationale de la Coopérative, une coopérative est une association autonome de
personnes unies volontairement, mettant en commun leurs besoins économiques, sociaux et
culturels et leurs aspirations à travers une propriété jointe, qui est démocratiquement
contrôlée. Dans le cas particulier des coopératives d’épargne et de crédit de la microfinance,
les besoins mentionnés sont relatifs à l’accès aux services financiers. Ce sont des structures
qui collectent l’épargne auprès des membres, et la redistribuent exclusivement à ces derniers.
Dans ces institutions, le montant de crédit demandé dépasse généralement celui de l’épargne
déposée, si bien que les prêts aux membres sont rationnés et fixés sur la base de leur épargne.
En Afrique au Sud du Sahara, les coopératives de crédit constituent l’un des principaux modes
de participation des populations locales dans le secteur de la microfinance. En Afrique de
l’Ouest, il s’agit du seul modèle d’IMF reconnu par la loi PARMEC (Projet d’Appui à la
Réglementation des Mutuelles d’épargne et de Crédit).
Trois principes qui font la particularité de ce type d’organisation et qui semblent
expliquer leur performance. Il s’agit des principes d’identité ou de solidarité, de capital
nominal et d’égalité. Le principe d’identité ou de solidarité renvoie au fait que les membres
d’une coopérative d’épargne et de crédit sont à la fois les clients et les propriétaires de celle-
ci. Ce principe expliquerait le succès des coopératives d’épargne et de crédit dans le
financement des agents économiques évoluant dans le secteur informel où, les coûts de
surveillance des emprunteurs sont élevés. En fait, la proximité entre les membres d’une
coopérative favorise une surveillance par les pairs. Par ailleurs, cette surveillance ne peut être
effective que s’il y a un partage complet d’information entre les membres. Le principe
15
d’identité ou de solidarité favorise une excellence surveillance des pairs lorsque la
coopérative est homogène et sa taille réduite à un nombre « manageable » de membres. Le
principe de capital nominal signifie que les parts sociales d’une coopérative peuvent être
réclamées par les membres à tout moment, et sont alors remboursables à leur valeur nominale.
Cette situation conduit les coopératives d’épargne et de crédit à maintenir un volume
important de liquidités sous forme de réserves. Le principe d’égalité implique que lors des
assemblées générales d’une coopérative d’épargne et de crédit, la distribution des droits de
vote n’est pas proportionnelle au nombre de parts sociales détenues par chaque membre.
Ainsi, dans une assemblée générale, chaque membre a un seul droit de vote d’où le slogan
« Une personne – Un vote ». La conséquence principale de ce principe est qu’il inhibe la
motivation de chaque membre à exercer un contrôle rigoureux de la gestion de la structure.
Dans la même veine, cette motivation s’amenuise progressivement au fur et à mesure que la
taille de la coopérative s’accroît.
II.2- Les instituions à but non lucratif
Les institutions à but non lucratif en microfinance comprennent les Organisations Non
Gouvernementales (ONG) et les dispositifs publics. Dans le champ de la microfinance, les
ONG sont les organisations ayant une forte réputation internationale dans la lutte contre la
pauvreté. Ce modèle institutionnel est considéré comme le modèle d’intermédiaire financier
de référence pour offrir des services financiers aux pauvres. Dans un grand nombre de pays,
c’est le modèle d’IMF le plus observé. Toutefois, il est distingué plusieurs types d’ONG en
microfinance : les ONG partenaires internationaux, les ONG internationales implantées, les
ONG domestiques, les ONG domestiques d’assistance et les ONG associatives.
Les ONG partenaires internationaux sont des ONG internationales qui ne sont pas
présentes dans un pays quelconque et qui offrent une assistance technique, financière aux
ONG domestiques et aux IMF à but lucratif. Parmi ces ONG partenaires internationaux, on
peut retenir Women’s World Banking (WWB) et ACCION International. Les ONG
internationales implantées sont des ONG internationales qui sont implantées dans un pays et
qui sont engagées directement dans l’offre de services financiers aux pauvres et/ou dans
l’assistance technique aux autres IMF domestiques. Les ONG domestiques sont des entités
localisées dans un pays quelconque et qui fournissent directement des services financiers aux
clients pauvres. Les ONG domestiques d’assistance offrent des services d’assistance
directement aux clients et/ou aux autres IMF. Ces services comprennent la notation
institutionnelle, la notation de crédit, la formation des agents et la mobilisation sociale. Les
ONG associatives ne sont pas à confondre avec les organisations associatives comme les
coopératives d’épargne et de crédit. Ces ONG mobilisent les collectivités locales à travers des
activités associatives.
Toutes ces ONG se caractérisent d’une part par une absence de propriétaires. D’autre
part, elles ne collectent pas l’épargne et leurs ressources proviennent des revenus de l’activité
de crédit et des donations. Parce que les ONG n’ont pas de propriétaires, l’engagement à la
mission institutionnelle est ce qui conduit leurs administrateurs à assumer leurs
responsabilités. Mais très souvent dans les ONG, le pouvoir est concentré entre les mains des
16
dirigeants qui reçoivent peu d’éclairages des administrateurs. Les ONG sont régulièrement
moins portées vers la commercialisation des services financiers parce qu’elles manquent de
propriétaires avec des incitations pécuniaires. Aujourd’hui, un nombre de plus en plus
important d’ONG aspirent à devenir des entités régulées. Elles ont constaté que les services
financiers qu’elles offrent aux personnes pauvres et aux autres groupes marginalisés sont
insuffisants. Ainsi, par la réglementation, elles peuvent collecter de l’épargne et offrir d’autres
services dont ont besoin les populations démunies.
Les dispositifs publics de microfinance sont des programmes détenus par l’Etat. La
réduction de la pauvreté est un objectif social pour grand nombre de gouvernements. C’est
pourquoi ces derniers conduisent parfois de programmes de microfinance afin d’atteindre cet
objectif. Le modèle de propriété publique en microfinance a connu lors de ces dernières
années beaucoup de crises. A l’origine de ces crises, il est à retenir les interférences
politiques, la corruption, le mauvais ciblage des populations bénéficiaires et la mauvaise
conduite des politiques gouvernementales.
II.3- Les institutions privées à but lucratif
Il est observé un nombre croissant de programmes de microfinance qui sont
aujourd’hui des institutions à but lucratif. Ce phénomène est à la faveur des pouvoirs publics.
En mettant un accent sur la viabilité de ces programmes, les pouvoirs publics ont encouragé la
transformation des formes associatives en institutions à but lucratif. Cependant, il faut
souligner que la réflexion sur le modèle d’institutions privées à but lucratif en microfinance a
vu le jour quand s’est soulevé le débat sur le rôle des différentes formes d’IMF en matière
d’offre de services financiers à un nombre important de clients pauvres. Il a été préconisé la
promotion de la commercialisation de la microfinance et a été montré que seul le secteur privé
pouvait répondre à une demande croissante.
Les instituions privées à but lucratif sont des sociétés anonymes détenues par des
actionnaires et qui ont pour objectif principal la recherche du profit. L’on peut identifier deux
types d’institutions privées à but lucratif. Un type comprend les banques commerciales et les
compagnies financières qui ont sous-dimensionné leurs activités de façon à servir le
microentrepreneuriat. Un autre type est composé des ONG et des coopératives d’épargne et
de crédit qui se sont transformées en institutions orientées profit. Si la recherche du profit
constitue l’objectif principal des propriétaires des banques commerciales et des compagnies
financières engagées en microfinance, celui des structures transformées en institutions privées
à but lucratif varie avec le type de sources de capitaux que les administrateurs de ces firmes
représentent. L’avènement des institutions privées à but lucratif en microfinance a soulevé
plusieurs interrogations relatives à la faculté de ces structures à servir les clients pauvres.
17
Chapitre 3 : La microfinance au Cameroun
Le champ de la microfinance au Cameroun est l’un des plus développés de la sous
région Afrique centrale. La microfinance dans ce contexte constitue un pilier majeur de la
politique de réduction de la pauvreté du pays. Pour faciliter l’accès des couches de
populations défavorisées aux services financiers, le gouvernement camerounais a opté pour
l’encouragement des initiatives privées en microfinance et a mis sur pied une politique
nationale de la microfinance. Cette politique vise d’une part à aménager un cadre
administratif et juridique favorable et adéquat au développement des IMF. D’autre part, elle
vise à assurer la promotion du professionnalisme du personnel et la transparence dans la
gestion de ces structures. Dans la même perspective, ce gouvernement a lancé avec l’appui du
Fonds International pour le Développement Agricole (FIDA), un projet de consolidation et de
développement de la microfinance au Cameroun. Au delà des considérations que lui accorde
ce gouvernement, la microfinance au Cameroun connaît une évolution certaine avec de
multiples acteurs et occupe une place significative dans le système financier camerounais.
I. Historique de la microfinance au Cameroun
Cela fait plus d’un siècle que la microfinance existe au Cameroun sous une
configuration informelle à travers des associations de solidarité. Mais, ce n’est que depuis une
quarantaine d’années qu’elle a revêtu un aspect formel. C’est précisément en 1963 qu’on
observe la mise sur pied de la première IMF : la CAMCCUL (Cameroon Cooperative Credit
Union League). Au début des années 1990, La microfinance dans ce pays va connaître une
impulsion remarquable à la faveur des lois n° 90/053 du 19 décembre 1990 sur la liberté
d’association et n° 92/006 du 14 août 1992 relative aux sociétés coopératives et aux groupes
d’initiative commune, et de la crise du secteur bancaire. En effet, la restructuration de ce
secteur a entraîné la liquidation de certaines banques, et de nombreux cadres bancaires
licenciés ont créé plusieurs coopératives d’épargne et de crédit (COOPEC) fonctionnant
comme de « petites banques ». Les années 1990 se caractérisent aussi par l’émergence de
plusieurs IMF. Toutes ces structures étaient sous la tutelle exclusive du MINAGRI (Ministère
de l’Agriculture). Cependant, l’explosion du secteur ne s’est pas accompagnée d’une
sécurisation de l’épargne, ce qui a provoqué de nombreux incidents dans les institutions tels
les détournements de fonds, les tensions acérées de trésorerie, l’accroissement du contentieux
de recouvrement des crédits et les fermetures régulières de celles-ci. Cet état de choses va
conduire le MINFI (Ministère des Finances) à prendre en main le contrôle de ce secteur
délicat à travers le décret du premier ministre de 1998 qui soumet toutes les COOPEC au
régime d’agrément. Ce décret sera complété en 2001 par le décret n° 2001/023/PM du 29
janvier 2001 relatif à la procédure d’agrément. Le 13 avril 2002, pour renforcer le contrôle et
l’encadrement du secteur, les autorités monétaires ont adopté un texte sous régional qui est
entré en vigueur le 14 mars 2005. Selon ce texte, la supervision du secteur de la microfinance
au Cameroun est assurée par le ministère des finances et la COBAC.
18
II- Les institutions de microfinance au Cameroun
Le secteur de la microfinance au Cameroun est un ensemble hétérogène qui fait
intervenir trois types d’acteurs différents qui évoluent en réseaux ou sous forme d’institution
indépendante.
II.1- Les réseaux
Le réseau regroupe un ensemble d’IMF qui, tout en conservant leur indépendance, se
réunissent autour d’un organe en vue de mettre en commun des ressources et de partager
certaines charges. Les établissements constitués en réseau ont l’obligation de créer un organe
faîtier qui est leur représentant auprès des organismes de contrôle. Ce dernier doit être doté
d’un capital lui permettant d’exercer des fonctions bien précises : (1) définir les normes et les
procédures comptables, (2) mettre en place un système de contrôle interne, (3) veiller au
respect des normes prudentielles, (4) exercer un pouvoir disciplinaire et de mise en
application des mesures de redressement et (5) organiser la gestion des excédents de
ressources des établissements membres. Au regard de la liste des IMF publiées par le
ministère des finances en juillet 2008, il existe trois réseaux au Cameroun : le réseau
CAMCCUL (Cameroon Cooperative Credit Union League), le réseau des MC2 (Mutuelle
Communautaire de Croissance), et le réseau CVECA (Caisses Villageoises d’Epargne et de
Crédit Autogérées). Le tableau suivant présente la répartition des IMF camerounaises en
réseaux et par région.
Tableau : Répartition des IMF camerounaises par réseaux et par région
Région Réseaux d’institutions de microfinance IMF Total
indépendante
CAMCULL CVECA MC2 Total
Adamaoua 1 0 3 4 1 5
Centre 6 31 8 45 63 108
Est 0 0 3 3 2 5
Extrême Nord 4 8 1 13 1 14
Littoral 16 0 6 22 60 82
Nord 21 9 0 30 2 32
Nord Ouest 66 0 6 72 7 79
Ouest 16 0 29 45 14 59
Sud 4 0 2 6 3 9
Sud Ouest 44 0 3 47 11 58
Total 178 48 61 287 164 451
19
II.2- Les IMF indépendantes
Selon le règlement CEMAC qui régit l’activité de microfinance en Afrique Centrale,
les IMF indépendantes sont classées en trois catégories. La première catégorie est constituée
d’IMF qui procèdent à la collecte de l’épargne de leurs membres et qu’elles emploient lors
des opérations de crédit exclusivement au profit de ceux- ci (Coopérative, Mutuelles,
Associations, etc.). Elle regroupe près de 93% du nombre total d’IMF agréées. La deuxième
catégorie regroupe les IMF qui collectent l’épargne et accordent des crédits aux tiers. Elles
ont le statut juridique de société anonyme et représentent un peu plus de 7% du nombre total
d’IMF agréées. La troisième catégorie est composée des IMF qui offrent des crédits sans
exercer l’activité de collecte de l’épargne. Il s’agit des établissements de microcrédit, des
projets et des sociétés qui accordent des crédits filières ou des sociétés de caution mutuelle.
Cette catégorie d’institutions représente environ 0,2% du nombre total d’IMF agréées.
Ces différents acteurs contribuent à faire de la microfinance une composante
essentielle de l’architecture financière au Cameroun.
III- La place de la microfinance dans le système financier Camerounais
Le secteur de la microfinance au Cameroun est atomisé. Il comporte près d’un demi-
millier d’institutions et est très dynamique. Aujourd’hui la microfinance au Cameroun compte
autour de 400 institutions. Ce nombre élevé d’offreurs est à l’origine de la rude concurrence
qui règne dans ce secteur. Cette concurrence est favorisée par les barrières à l’entrée
facilement surmontables pour certaines catégories d’IMF. Ce secteur réussit une excellente
implantation géographique avec près de 287 localités couvertes contre 15 pour les banques.
La microfinance au Cameroun est aussi un pourvoyeur non négligeable d’emplois.
Au 31 décembre 2011 le secteur compte environ 1 500 000 clients et membres, un volume
d’épargne/dépôts de 410 milliards FCFA et de crédits octroyés de 240 milliards FCFA
(Division de la Microfinance – MINFI). Le secteur offre au total plus de 1200 guichets ou
points de service. Il est dominé par les EMF de première catégorie (offrant des services à leurs
membres) qui représentent 94 % des établissements agréés au Cameroun avec une majorité
constituée de coopératives d’épargne et de crédit.
Le secteur souffre d’une crise profonde de confiance qui entache son image auprès du grand
public. Cette situation est engendrée par les faillites qui ont entrainé la perte de l’épargne de la
clientèle. Ces contreperformances laissent les 85% de la population exclus du secteur
financier formel sans solution réelle quant à la satisfaction de leurs besoins financiers
Les services et produits offerts par les EMF sont : l’épargne ; le crédit ; la domiciliation des
salaires des agents du secteur public et privé ; le transfert d’argent ; les chèques ; la
monétique ; la micro assurance ; les formations.
Le rapport de contrôle de la COBAC au 31 décembre 2010 et les informations collectées
auprès des EMF permettent de dresser les caractéristiques quantitatives suivantes sur le
secteur de la microfinance notamment : (i) dépôts : 378,9 milliards de F.CFA, (ii) crédits
20
accordés : 221,4 milliards de F.CFA, (iii) trésorerie nette prêteuse : 146,5 milliards de F.CFA,
la mission a procédé à une collecte de données quantitatives entre 2010 et 2012 auprès d’un
échantillon de 310 EMF représentant 63,26% du nombre total de 410 EMF au 31 décembre
2012. Il apparaît que le secteur a connu une évolution sensible du nombre de clients actifs qui
passe de 554 511 en 2010 à 636 229 en 2012 soit une augmentation de 14,7%, traduisant ainsi
l’augmentation des activités du secteur de la microfinance. L’encours de crédit a également
connu une augmentation remarquable. Le nombre d’épargnants est croissant sur toute la
période atteignant un taux de 36,57%. La performance d’offre de service aux femmes mesurée
par le pourcentage de femmes ayant obtenu un crédit a connu une stabilité entre 2010 et 2011
(42%) pour atteindre 44 % en 2012. Par contre, le PaR à 30 jours s’établit à 30,63% ce qui
traduit une qualité du portefeuille plutôt médiocre.
Le secteur bancaire dispose de près de 20 banques dans les dix (10) régions du pays, les
banques interviennent en priorité dans les zones urbaines singulièrement à Douala, Yaoundé,
Bafoussam, Maroua. Le très faible taux de pénétration (densité bancaire) présente des
disparités importantes entre les zones urbaines et les zones rurales et même entre les régions.
L’Est du pays présente les taux les plus faibles de densité bancaire. Le secteur est doté d’une
Association professionnelle des banques (l’APECCAM) et d’une centrale des risques qui
mérite d’être amélioré. Le Secteur des Assurances quant à lui est doté de deux associations
professionnelles : une pour les Sociétés d'Assurance au Cameroun (ASAC) et l’autre pour les
courtiers d'assurance et de réassurance (Apcar).
Le secteur de la microfinance est doté d’une Association Nationale des Etablissements de
microfinance du Cameroun (l’ANEMCAM) dont les difficultés de démarrage ont eu un impact
significatif sur le secteur. Le secteur de la microfinance ne dispose pas d’une centrale des
risques. Cependant l’ANEMCAM a initié une Centrale d’Echange d’Informations permettant
aux EMF participants de s’échanger des informations sur leurs clients. Cet outil qui est en
train de faire ses premiers pas a du mal à s’imposer dans le secteur, du fait de la limitation
technique des SIG des EMF et parfois de la réticence des certains leaders compromis dans
l’octroi de crédit au sein de leurs organisations.
Il existe dans le pays une initiative privée intéressantes et très avancée de mise à disposition
des EMF de Centrales des Risques. La mission a identifié la société la Centrale des Risques
et des Renseignements Commerciaux (CRRC) qui a mis au point un outil en ligne permettant
à n’importe quel EMF impliqué de fournir des informations sur le statut de leurs clients,
information qui pourra être accessible et exploitée par les autres EMF membres. L’outil offre
aussi la possibilité aux bénéficiaires de crédit de donner des informations sur leur statut
(divers engagements) afin d’accroître leurs chances d’avoir accès plus facilement à du
financement. Enfin l’outil qui est encore en phase de promotion offre l’avantage de fournir
des informations en temps réel ce qui est plutôt un atout en la matière.
En ce qui concerne le renforcement des capacités, il y a la capacité locale d’expertise de
formation constituée par une poignée de structures privées qui distribuent les modules du
CGAP. Elles mettent également au point des sessions spécialement conçues pour certains
EMF ou certains réseaux à leur demande. Ces structures offrent également des services de
21
conseil, conception suivi et évaluation de projets pour le compte de l’Etat, des Bailleurs de
Fonds et des EMF eux-mêmes. Certaines universités parmi lesquelles l’Université de Douala
offrent des formations diplômantes en microfinance et plusieurs chercheurs dans ces
institutions mènent une recherche dans le domaine de la microfinance.
Une grande partie du renforcement des capacités et de formation s’exécute au sein des
réseaux d’EMF par le soin des organes faîtiers (CAMCCUL, CVECA et MC2). Certains
réseaux bénéficient de l’appui d’organisations non gouvernementales mise sur pied à cet effet
ou bien ayant comme attribution la formation des acteurs du réseau. C’est le cas de l’ONG
ADAF pour le réseau des MC2 et du MIFED pour le réseau des CVECA.
22
Chapitre 4 : La relation entre la banque et l’IMF
La microfinance a énormément évolué et dessert une population de plus en plus
importante et diversifiée. Son champ ne cesse de s’élargir au fil du temps et le secteur est
profitable. Ceci peut être de nature à inquiéter les autres intermédiaires financiers que sont les
banques et à susciter une lecture des relations entre ces deux types d’institutions.
I- L’intégration de la microfinance par la banque versus de la banque par
la microfinance
Dans ses débuts, la microfinance se retrouvait aux côtés des banques sans l’existence
d’une véritable relation de concurrence. Leurs clientèles cibles étaient différentes ainsi que
leurs produits et leurs logiques de développement. La recherche de la pérennité et la
rentabilité par les IMF d’une part, et la pression subie par les banques d’autre part, vont
pousser les deux secteurs vers la conquête de nouveaux créneaux de marché. En milieu
urbain, péri-urbain ou rural, il va se mettre en place une situation de concurrence entre ces
deux industries. Cette dernière va consister à l’intégration de l’activité de microfinance par la
banque ou à la conquête d’une même cible par les deux types d’institutions.
I.1- L’intégration de l’activité de microfinance par la banque
Cette forme de concurrence s’établit lorsqu’une banque décide de développer en son
sein des activités de microfinance. Outre ses activités bancaires, la banque met sur pied une
gamme de services microfinanciers à destination d’un public qu’elle a toujours exclu et qui
est servi par la microfinance. L’une des expériences est celle des mutuelles de crédit
communautaire (MC2) développées par Afriland First Bank au Cameroun. Au sein de cette
banque, un département spécifique s’occupe des MC2. Le rôle de la banque consiste à assurer
la formation bancaire des agents de microfinance, à avancer les fonds pour le développement
des mutuelles et à contrôler les ratios de risque d’activité et la sécurisation des liquidités. Le
manque d’autonomie qui en découle, associé à une insufisance de culture microfinancière des
agents préposés à la gestion de ces IMF, constitue l’une des principales faiblesses de ce
modèle.
La banque peut également intégrer la microfinance en créant une structure autonome,
tout en restant l’actionnaire majoritaire. C’est elle qui definit les objectifs généraux et la
stratégie globale de l’IMF créée. La crainte dans ce mode d’action est de voir l’IMF créée
évoluer davantage selon une logique bancaire. L’intégration de l’activité de microfinance par
la banque peut s’apprehender comme une stratégie d’intégration verticale. Vue ainsi, il est
claire que cette stratégie est guidée par des visées de profitabilité et tend à porter un coup à la
mission sociale que l’on assigne à la microfinance. Ce type d’initiative n’est pas la seule
23
action de concurrence qu’effectuent les banques en direction de la microfinance. Il arrive
aussi que la banque vise la même clientèle cible que les IMF.
I.2- Le ciblage d’une même clientèle par la banque et l’IMF
Sans intégrer les activités de microfinance, la banque peut entrer en concurrence avec
les IMF dans une aire donnée lorsque les deux institutions se mettent à desservir les mêmes
clients. Il s’agit pour la banque de s’installer sur un segment de clientèle cible de la
microfinance ou pour la microfinance d’orienter son action en faveur des clients de banque.
Ce phénomène s’observe en zone rurale où les banques offrent des services financiers aux
agriculteurs. C’est le cas également des zones urbaines ou péri-urbaines où les IMF d’une
certaine dimension visent des segments de clients relativement aisés et susceptibles de remplir
les conditions exigées par les banques. La banque du Caire constitue un exemple de ces
banques qui se positionnent sur les segments de marchés de la microfinance. Elle a élargi sa
gamme de services à travers ses 230 succursales pour servir les clients de la microfinance. Au
Cameroun, la banque ECO Bank a développé à proximité des marchés et des grands
carrefours des kiosques permettant de collecter l’épargne journalière des petits commerçants.
Par ailleurs, certaines IMF à l’exemple de la Compagnie Financière de l’Estuaire
(COFINEST) offrent des services financiers semblables à ceux offerts par les banques. Par
voie de conséquence, elles se positionnent sur des segments de marché servis par les banques
et enregistrent les individus aisés parmi leurs clients.
Cependant, la concurrence ne traduit pas l’ensemble de la relation entre les banques et
les IMF. Les deux types d’institutions présentent chacune des insuffisances, mais se
complètent pour une intermédiation financière de l’ensemble du circuit économique dans les
pays en voie de développement.
II. Le partenariat entre la banque et l’IMF
Il existe une complémentarité entre les banques et les IMF. Elle se fonde sur les
aspects spatial, temporel et fonctionnel. La complémentarité spatiale tient du fait qu’un grand
nombre d’IMF exercent leurs activités dans les zones rurales et périurbaines alors que les
banques sont implantées pour la plupart dans les zones urbaines. La complémentarité
temporelle tient au fait que les services microfinanciers portent essentiellement sur le court
terme alors que ceux des banques portent entre autres sur le moyen et le long terme. Ces
divers aspects de la complémentarité entre les banques et les IMF encouragent le partenariat
entre ces institutions, pour une grande efficacité de chacune d’elles. La relation de partenariat
entre les banques et les IMF peut revêtir plusieurs formes. Elle peut porter sur les aspects
financiers et les aspects techniques.
II.1- Le partenariat financier
Comme toute relation de partenariat, le partenariat liant une banque à une IMF repose
sur une relation de confiance entre ces deux institutions. Certaines banques s’engagent dans
le refinancement de la microfinance. Une relation de refinancement continu va dépendre de la
24
qualité de la gestion, des résultats financiers et du niveau de respect des normes
réglementaires que présente l’IMF à la banque. La Banque Internationale pour le Commerce
et l’Epargne au Cameroun (BICEC) appuie le refinancement des CVECA. Au Niger, la
banque nationale de développement agricole assure le refinancement des CVECA de l’office
du Niger. Mais il faut relever que la confiance qui régit ce refinancement des IMF par les
banques n’est pas totale. Dans la plupart des cas, le refinancement des IMF est couvert par un
fonds de garantie déposé dans une banque par un bailleur de fonds. Dans certains contextes
comme ceux des pays de l’Afrique de l’Ouest, un grand nombre d’IMF estiment que les
banques pratiquent un rationnement de ressources. Le refinancement bancaire s’accompagne
de conditions de dépôt de caution et des taux d’intérêt élevés, et porte dans la plupart des cas
sur le court et le moyen terme.
Le partenariat financier entre la banque et les IMF ne se circonscrit pas à la seule
opération de refinancement bancaire des IMF. Les IMF dans un souci de sécurisation des
dépôts déposent leurs excédents de liquidités dans les banques. Dans la zone CEMAC, Il
s’agit d’une disposition réglementaire. Il arrive aussi que les banques sous-traitent certains de
leurs services financiers aux IMF. C’est le cas au Cameroun des services de transfert d’argent
à l’international. Les IMF se localisent dans les zones périurbaines et rurales où il est difficile
de retrouver les banques. Pour faciliter l’accès des services de transfert d’argent à
l’international aux populations vivant dans ces zones, les banques s’allient aux IMF. Ce
partenariat s’accompagne du partage de la commission dégagée lors de l’opération entre la
banque et l’IMF. Dans le choix des IMF partenaires, les responsables des banques insistent
sur l’étendue du réseau d’agences de l’IMF, la qualité des équipements informatiques, la
compétence du personnel et la manière dont l’IMF est gérée. Pour présenter un profil
favorable au partenariat avec les banques, plusieurs IMF améliorent la qualité de leur
processus de recrutement du personnel, leur système de contrôle interne et leur mode de
gouvernance.
II.2. Le partenariat technique
A côté du partenariat financier, les banques entretiennent avec les IMF un partenariat
technique. Il consiste à la mise à la disposition de l’IMF de la technologie et de l’expertise de
la banque en matière d’offre de services financiers. Ce partenariat se réalise à travers la
formation du personnel des IMF aux métiers de la banque. Le personnel de l’IMF est ainsi
formé aux techniques de gestion, de marketing, et en sociologie rurale. La banque peut aussi
mettre ses infrastructures telles ses guichets au service d’une IMF. La banque BICEC
Cameroun a ouvert un guichet pour les boursements et les remboursements des clients de
l’IMF ACEP Cameroun. Le partenariat technique se réalise aussi à travers l’exécution par la
banque de l’audit et du contrôle d’une structure de microfinance. Le partenariat des MC2
avec la banque Afriland First Bank permet la centralisation de leurs données comptables, leur
contrôle comptable et leurs rapprochements de comptes par cette dernière. En assurant ce
service de contrôle, cette banque renforce la mise en œuvre des « bonnes » pratiques de
gouvernance et les capacités de gestion dans ces IMF.
25
Le partenariat entre une banque et une IMF peut-être bénéfique pour ces deux
institutions. Toutefois, le bon fonctionnement d’un tel partenariat fait face à un ensemble de
contraintes. Bien que connaissant un développement fulgurant, la microfinance demeure
aujourd’hui un secteur très fragile où peu d’institutions sont financièrement viables. Cet état
de choses a pour conséquence d’entamer les négociations et la crédibilité des IMF auprès des
banques. De plus, la réalité microfinancière ne s’apparente pas à celles des banques. C’est
pourquoi, il importe de s’interroger sur l’efficacité de la formation du personnel de la
microfinance aux techniques et aux pratiques bancaires. Une formation basée sur la maîtrise
de la technique microfinancière serait adéquate. De même, des inquiétudes sont soulevées
quant à la pertinence des outils de gestion utilisés par les professionnels de la banque pour un
appui à la microfinance. Les normes et les modes de gestion, de contrôle et d’audit des
banques paraissent quelques fois peu adaptés aux spécificités des opérations de la
microfinance. Cette inadéquation rend difficile le transfert des connaissances et des outils de
l’industrie bancaire à l’industrie microfinancière, et complique l’efficacité d’un partenariat
technique entre la banque et l’IMF.
26
Chapitre 5: La survie des IMF
Beaucoup sont les structures de microfinance qui constituent des exemples de
réussite. Mais à côté de ces exemples de réussite, le secteur de la microfinance enregistre un
nombre non négligeable d’institutions qui ont fait faillite, ou connaissent des crises
importantes. Ces faillites ou ces crises mettent en péril la survie de ces institutions, et
soulèvent un ensemble d’interrogations qu’on peut rattacher à la problématique de la viabilité
des IMF. La viabilité de ces institutions requiert non seulement la viabilité financière et socio-
économique, mais surtout une adaptation aux cadres juridiques existants et une mise en place
d’une vision stratégique claire et une organisation efficace et transparente.
I- Viabilité financière des institutions de microfinance : un objectif pas
encore atteint
Dans un sens large la viabilité pour une IMF signifie servir ses clients durablement. Pour
ces institutions, la viabilité financière désigne la couverture des coûts opérationnels et
financiers par les revenus générés de diverses activités. Selon Hudon et Traca, la viabilité
financière d’une IMF peut être mesurée par le ratio suivant :
∑ = (rL + O) / (A + βB + δD)
Où r désigne le revenu net par unité de prêt, L le volume total des prêts octroyés ; O le revenu
des activités autres que le crédit ; A représente le total des charges administratives ; β est le
taux d’intérêt créditeur ; B le volume des dépôts ; δ est le taux d’intérêt de dettes; et D est le
volume total des dettes.
Les IMF financièrement viables sont celles qui adoptent les meilleures pratiques de
gestion. Ce sont également ces établissements qui ont un fort impact sur la réduction de la
pauvreté et attirent les clients détenant les projets aux revenus intéressants. La viabilité
financière passe obligatoirement par la réalisation d’une certaine rentabilité financière.
I.1- La question de la rentabilité financière des IMF
Pour dégager une rentabilité financière permettant de rémunérer les facteurs de production
utilisés, une IMF doit réaliser un chiffre d’affaires capable de résorber ses charges
d’exploitation et de réduire ses coûts de transaction. La viabilité financière est un objectif qui
n’est pas encore atteint par un grand nombre d’IMF, car peu de structures sont financièrement
rentables. En microfinance, les coûts relatifs à l’activité de prêt sont très élevés. Ce niveau
élevé de coûts explique mieux le niveau de rentabilité de ces entités. Ce niveau de coûts
pousse les dirigeants des IMF à fixer des taux d’intérêt importants pour escompter une
rentabilité financière. Le principal problème pour ces responsables est de fixer un taux
d’intérêt pouvant couvrir les charges d’exploitation tout en étant accepté pour la clientèle. Ce
problème place le taux d’intérêt au centre de la problématique de la rentabilité financière des
IMF. Une piste de solution réside dans la maîtrise des remboursements de prêts. Les pertes
27
inhérentes au non remboursement des prêts accroissent les coûts d’exploitation et constituent
une menace à la viabilité financière des établissements concernés. Les taux de remboursement
élevés sont associés à des bénéfices importants pour l’IMF et pour l’emprunteur. Ces
bénéfices élevés permettent à l’IMF de baisser le taux d’intérêt qu’elle pratique sur les prêts,
de réduire le coût financier du crédit et de rendre ce dernier accessible à des emprunteurs plus
nombreux. Cette piste est primordiale dans les IMF classiques dont le portefeuille se limite
aux seuls produits d’épargne et de crédit. Avec l’évolution croissante des besoins des clients
de microfinance, qui a poussé ces institutions à élargir leurs gammes de services financiers,
les revenus dégagés de l’activité de prêt ne constituent plus le seul élément du chiffre
d’affaires des IMF. Les IMF doivent pour assurer leur rentabilité financière, prendre en
compte non seulement le taux d’intérêt, mais également les produits obtenus des autres
services offerts. Cependant, une forte rentabilité financière nécessite aussi une minimisation
des coûts de prestation des services.
L’efficience d’une IMF peut se calculer de plusieurs manières. Mais on retient
habituellement le coût par emprunteur, le coût par épargnant ou tout simplement le coût par
produit pour apprécier la minimisation des coûts réalisée par une IMF. La maîtrise des coûts
est ainsi devenue en microfinance un préalable pour la rentabilité et la viabilité financière des
IMF, et beaucoup plus dans les IMF africaines. Il est nécessaire de procéder à une imputation
des coûts afin de les maîtriser. Cette technique est indispensable lorsqu’il s’agit des IMF
multiservices. Il importe donc de considérer chacun des services financiers comme une
activité commerciale, et d’apprécier les ajustements à opérer en termes de coût afin de gérer
ces activités sur une base commercialement viable.
I.2- L’autonomie financière : un gage de viabilité financière en microfinance
L’autonomie financière est essentielle pour toute institution, et plus encore pour les IMF
qui ont besoin de disposer d’importantes ressources pour financer durablement les couches les
plus démunies de la population. L’autonomie financière traduit l’aptitude d’une institution à
fonctionner en réalisant une rentabilité suffisante pour assurer sa pérennité en dépendant peu,
ou pas du tout des donations. Dans le cas de la microfinance, ces donations proviennent des
bailleurs de fonds, des organismes internationaux ou des organisations philanthropiques. Elle
désigne la capacité d’une IMF à couvrir la totalité de ses charges d’exploitation grâce aux
revenus générés par son activité.
La problématique de l’autonomie financière en microfinance est devenue une
préoccupation essentielle quand les institutions bénéficiant des donations et des subventions
ont rencontré des difficultés financières suite à la suppression de celles-ci. Généralement,
l’autonomie financière se détermine à partir du ratio dettes/ capitaux propres. Cependant, cet
indicateur ne permet pas de distinguer une institution subventionnée de celle qui ne l’est pas.
L’analyse devrait s’opérer en comparant les produits d’exploitation ajustés avec les charges
d’exploitation ajustées. Une IMF qui obtient des produits d’exploitation ajustés supérieurs à
ses charges d’exploitation ajustées aurait atteint son autonomie financière. Dans le cas
contraire, si les subventions venaient à être suspendues, cela pourrait entraîner la disparition
de la structure. L’importance des coûts d’exploitation surtout dans les petites et jeunes IMF
28
rend l’autonomie financière difficile à atteindre. Peu de programmes de microfinance
parviennent à se passer des subventions. Les coopératives et les ONG de crédit ruraux sont
dépendantes des subventions et ne peuvent devenir indépendantes que si elles accroissent
leurs taux d’intérêt de 76%. L’usage des subventions en microfinance est souvent associé à
des coûts opérationnels très élevés.
Le degré de dépendance à l’égard des subventions peut s’apprécier à l’aide du « Subsidy
Dependence Index » (SDI) mis sur pied par Yaron. Cet indice se calcule de la façon suivante :
SDI = (S – TR) / LP x i où S désigne le montant des subventions reçues par l’IMF; TR
est le transfert de ressources dont a besoin l’IMF pour garder les mêmes services financiers
sans avoir recours aux subventions et réaliser un profit nul; LP représente le montant du
portefeuille de crédit; et i est le taux d’intérêt.
Le SDI ainsi présenté désigne la variation en pourcentage du revenu de l’activité de prêt
qu’il faudrait pour que l’institution fonctionne sans subvention. Il mesure le coût social
supporté par les IMF subventionnées au cours d’une année. Lorsque cet indice prend une
valeur nulle, cela indique que les comptes de l’IMF sont équilibrés au taux d’intérêt. Une
valeur positive indique que l’IMF devrait augmenter ses taux d’intérêt dans la proportion
mentionnée pour atteindre l’autonomie financière.
L’offre de services financiers aux personnes démunies semble constituer un obstacle à
l’atteinte de l’autonomie financière par une IMF. A un moment, les IMF doivent opérer un
choix entre consacrer leurs ressources financières à la croissance ou à des activités de lutte
contre la pauvreté comportant un risque d’échec plus important et des rendements moins
élevés. Les modèles actuels de microcrédit qui placent la viabilité financière au centre de leurs
actions, concentrent les ressources aux dépens des stratégies qui seraient efficaces dans la
lutte contre la pauvreté. Pour gérer efficacement son portefeuille de crédit de manière à
assurer sa viabilité financière, une IMF doit aussi avoir accès à des informations fiables,
détaillées et correctes, qui nécessitent la mise en place d’un système de gestion d’information
performant. Cette dernière variable constitue un vecteur non négligeable de la viabilité
financière d’une IMF.
I.3- Système d’information et de gestion en microfinance
Avec l’évolution de la microfinance, les IMF font face au quotidien à un nombre
considérable d’opérations de caisse et de transactions financières qu’il faut traiter et
comptabiliser, afin de dégager des informations pour la direction générale dans les délais
raisonnables et en toute sécurité. Ces opérations que l’on regroupe sous le vocable « système
d’information et de gestion » sont indispensables pour la performance et la viabilité d’une
structure de microfinance. Un système d’information et de gestion est une série de processus
et d’actions qui sont engagés pour la collecte des données et pour leur transformation en
informations, et le véhicule de ces informations vers les utilisateurs sous la forme souhaitée.
Les faillites des systèmes de microfinance qui ont eu pour cause les défaillances des systèmes
d’information et de gestion abondent. Les systèmes d’information et de comptabilité mis en
place dans la phase initiale de certains projets de microfinance se sont révélés inadaptés face à
29
la croissance. Ainsi, la viabilité d’une IMF passe aussi par la qualité de son système
comptable et d’information.
Un système d’information et de gestion de qualité permet aux IMF réalisant des
opérations et des transactions d’envergure, de mieux suivre l’évolution de leurs activités. La
maîtrise des coûts d’exploitation, la gestion judicieuse du portefeuille de crédit, l’atteinte de
l’autonomie financière nécessitent la mise en place d’un système d’information performant.
Les systèmes d’information deviennent en microfinance un élément fondamental dans
l’atteinte de l’objectif de viabilité financière des institutions. Cependant, les informations
fournies par les systèmes d’information dans les IMF ne permettent pas une véritable analyse
de la viabilité financière de ces institutions.
II- Viabilité socio-économique des IMF
Le développement des structures prospères en microfinance est de nos jours la révélation
que les services financiers peuvent constituer des instruments efficaces pour aider les pauvres
à augmenter leurs revenus. Toutefois, au cours de cette décennie, les structures de
microfinance font face à plusieurs défis. Elles doivent utiliser leur potentiel pour apporter une
réelle contribution à l’amélioration des conditions de vie des populations démunies. Plus
important encore, les IMF doivent réagir positivement à un environnement de plus en plus
concurrentiel et dynamique, et gérer les différents aléas attachés à l’environnement
économique dans lequel elles évoluent.
II.1- Respect de la mission sociale
Une structure de microfinance est une entité qui se développe dans une société donnée.
Elle ne peut y vivre durablement que si elle prend en compte la nature des relations qu’elle
entretient avec ses clients, qui sont pour l’essentiel des pauvres et des personnes exclues du
système bancaire traditionnel. Dans ses débuts, la microfinance était consacrée et connue pour
ses effets sur les pauvres. Avec l’évolution de la microfinance, on a insisté davantage sur la
performance financière de ce secteur d’activité. Aujourd’hui, un ensemble d’interrogations
sont soulevées quant au potentiel de la microfinance d’assurer sa mission sociale et ainsi sa
viabilité sociale. Selon Lapenu, la performance et la viabilité sociale d’une IMF reposent sur
plusieurs éléments dont le premier est le ciblage des pauvres et des exclus. Le ciblage des
pauvres nécessite d’établir une relation de proximité entre les structures de microfinance et les
populations ciblées.
II.1.1- Mission sociale et proximité
Pendant longtemps, la mission de la microfinance qui consistait à offrir des services
financiers aux personnes exclues des systèmes bancaires classiques était un objectif atteint.
Aujourd’hui, l’offre de services financiers aux pauvres et exclus n’est pas automatique en
microfinance, mais un objectif à réaliser. Pour Lapenu, le ciblage des pauvres et des exclues,
qui est une dimension importante de la performance sociale des IMF est possible si une
relation de proximité est établie entre celles-ci et leurs clients. La proximité a été un élément
30
important de la réussite des programmes de microfinance. Elle peut s’apprécier de deux
manières: la proximité entre les clients des IMF et la proximité entre les clients et les IMF.
La proximité entre les clients des IMF est à la base du fonctionnement des prêts de
groupe. L’auto-sélection et la surveillance des pairs qui font du groupe solidaire une
innovation et un élément de réussite de la microfinance ne sont possibles que si les membres
du groupe entretiennent entre eux une forte relation de proximité. Cette proximité peut être
géographique et relationnelle.
Comme dans la relation entre les clients, la proximité entre les clients et l’IMF est d’abord
géographique. Pour cibler les pauvres et les exclus, les IMF s’implantent dans les aires
géographiques où on retrouve ces personnes. C’est pourquoi on a observé une multiplication
des agences d’IMF dans les quartiers à forte concentration de petits entrepreneurs. En plus de
la multiplication des agences, certaines IMF mettent sur pied un service à « domicile » par
lequel l’agent de crédit prend conscience des réalités du terrain. Cette proximité peut être
aussi culturelle. A cet effet, elle se traduit en capital spécifique pour les IMF et correspond
entre autres éléments à l’importance d’un service qui tient compte des besoins et des
spécificités culturelles des bénéficiaires.
Par ailleurs, avec l’adoption de plusieurs réglementations en microfinance, les institutions
doivent respecter un ensemble de lois, de normes prudentielles et de pratiques qui sont de
nature à mettre en cause leur relation de proximité avec les clients. La réglementation en
microfinance doit prendre en compte les spécificités des clients pour une véritable viabilité
sociale des institutions. Il doit être établi une proximité « juridique » entre les IMF et leurs
clients. La forte formalisation des activités de la microfinance pousse bon nombre d’IMF à
adopter des pratiques propres aux banques. Tout comme la réglementation, le processus de
formalisation soulève des questionnements sur le maintien de la relation de proximité entre les
IMF et leurs clientèles. Une IMF peut connaitre une viabilité sociale si elle arrive à des
compromis, des compatibilités et des accords d’intérêts avec les autres acteurs de la
microfinance. Cette viabilité sociale est observée lorsque ces compromis et ces accords
concernent les acteurs directement attachés à l’institution (clients, employés, administrateurs,
sociétaires …). Aussi lorsque l’IMF n’est plus considérée comme un « corps étranger » dans
la société dans laquelle elle appartient et devient une véritable institution au service de la
population. Le ciblage des pauvres et des exclus ne peut donc pas être le seul déterminant de
la viabilité sociale d’une IMF. La prise en compte de la performance sociale globale est
requise.
II.1.2- Performance sociale des IMF
Nombreux sont les chercheurs qui ont mis en cause la capacité de la microfinance à
atteindre les indigents. La montée de cette pensée et l’importance accordée à la dimension
financière dans les IMF ont soulevé des questionnements sur la performance sociale de ces
organisations. Contrairement à la performance financière, la performance sociale s’apprécie à
partir de l’impact des activités des IMF sur les conditions de vie des clients. En plus du
ciblage des pauvres et des exclus et l’adaptation des services financiers à cette clientèle cible,
31
la performance sociale en microfinance s’intéresse à l’«empowerment» des clients et à la
responsabilité sociale des institutions.
L’«empowerment» se rapporte au renforcement des capacités des personnes
défavorisées. Dans les sociétés traditionnelles des pays en voie de développement, il s’agit le
plus souvent des femmes. L’« empowerment » des femmes correspond à l’attribution du
pouvoir ou à l’obtention du pouvoir par les femmes. En microfinance, le problème de la
responsabilité sociale des institutions s’est posé quand les crises et les faillites des institutions
sont devenues une réalité non négligeable. Ces crises et ces faillites causent un préjudice aux
petits épargnants, aux employés et aux autres parties prenantes des IMF. C’est pour plus de
responsabilité sociale des IMF que les Etats ont adopté les diverses réglementations qui
régissent aujourd’hui l’activité de la microfinance. La responsabilité sociale des IMF requiert
une politique de gestion des ressources humaines juste, des relations équilibrées avec les
clients et les employés. La politique de gestion des ressources humaines peut se mesurer par
le niveau des salaires à l’entrée, le budget alloué à la formation du personnel (en pourcentage
du budget annuel), la participation des employés à la prise de décision et le nombre
d’employés qui ont quitté l’institution. Envers la communauté, la responsabilité sociale des
IMF porte sur les investissements sociaux.
II.2- Maîtrise de la concurrence et de la croissance en microfinance
L’environnement économique dans les pays en développement et dans certains pays
développés est très changeant. Ces changements demandent aux entreprises de prendre en
compte les variables microéconomiques et macroéconomiques susceptibles d’affecter leur
viabilité dans l’élaboration de leurs stratégies. Dans le cas de la microfinance, plusieurs
variables influencent la viabilité économique des institutions. Mais, deux de ces variables font
partie des plus importantes : la concurrence et la croissance.
II. 2.1- Faire face à la concurrence : un impératif de survie pour les IMF
Plusieurs structures de microfinance gèrent leurs activités sur une base commerciale.
Depuis que ces institutions ont commencé à gérer leurs activités sur cette base, leur
environnement s’est rapidement marqué par la concurrence. Une pénétration massive de
nouvelles institutions dans le secteur de la microfinance est à l’origine de cette rude
concurrence et a conduit à la saturation de certains marchés. Le risque de concurrence est
devenu important pour les IMF et principalement celles qui signalaient une connaissance
insuffisante des services microfinanciers et des concurrents. Pour certaines institutions,
l’intensification de la concurrence sur le marché de la microfinance a conduit à de sérieuses
pertes de clients et a poussé ces dernières à rechercher des créneaux de clientèles bien définis.
Cette concurrence effrénée a contraint les IMF à répondre de façon compétitive à l’évolution
de leur environnement en adoptant des stratégies fondées sur l’adéquation des services aux
besoins des clients.
L’un des problèmes qui mettent la question de la concurrence au devant de la scène en
microfinance est celui du niveau élevé des taux d’intérêt. En microfinance, les taux d’intérêt
sont élevés par rapport aux taux d’intérêt bancaires. Dans plusieurs pays, les taux d’intérêt
32
microfinanciers ne sont pas plafonnés. Chaque institution fixe son taux d’intérêt sur la base
des coûts supportés lors des opérations de crédit. La concurrence est avancée par les
chercheurs comme le mécanisme qui oblige les institutions à fixer les taux d’intérêt à des
niveaux raisonnables.
II.2.2- La gestion de la croissance dans les IMF
La microfinance a montré sa capacité à offrir les services financiers aux pauvres et aux
exclus des systèmes financiers classiques. Les clients de la microfinance sont nombreux et
manifestent des besoins financiers divers qu’on ne peut pas limiter au seul crédit. La
satisfaction de ces clients passe par une importante couverture géographique et par une
diversification de l’offre de services des IMF. Pour atteindre ces objectifs, une IMF doit
adopter une stratégie de croissance. On se dit alors que si les IMF pouvaient croître de façon
considérable, elles pourraient desservir plus d’exclus et de pauvres et leur impact sur le bien
être des populations serait important.
L’offre de services financiers aux personnes pauvres induit des coûts importants. Ces
coûts peuvent devenir faibles pour les institutions qui arrivent à cibler une clientèle très
nombreuse. La croissance constitue une condition essentielle de la pérennité des IMF.
Toutefois, croître pour une organisation c’est prendre de la taille et devenir plus complexe.
Les institutions qui optent pour la croissance doivent trouver des financements pour la
réaliser. Parce qu’elle induit des déficits d’exploitation, les institutions en croissance doivent
trouver des financements permettant de les couvrir. Cependant, un grand nombre d’IMF se
caractérisent par une insuffisance de fonds pour couvrir les pertes d’exploitation engendrées
par la croissance. Couvrir un grand nombre de clients constitue un risque pour les IMF. Ce
risque prend plus d’ampleur dans les environnements où les taux d’intérêt sont plafonnés.
Dans ces environnements, les IMF en phase de croissance ne semblent pas en mesure de
couvrir leurs coûts d’exploitation de telle sorte que, leur viabilité est tributaire d’une offre très
limitée et incertaine de financements à des taux bonifiés. La croissance ne doit pas constituer
une stratégie pour les IMF en phase de projet. Cette phase n’est pas conciliable avec une
politique de croissance.
La croissance peut générer des gains et être profitable à une IMF seulement si elle est
capable de la maîtriser. Une croissance mal maîtrisée dans une IMF peut causer des
dysfonctionnements et provoquer des crises préjudiciables à celle-ci. Les coûts induits par ce
type de croissance sont souvent plus importants que les économies d’échelle qu’elle peut
produire.
Les IMF doivent croître pour que la microfinance devienne un facteur significatif du
développement économique et social des pays sous développés. Mais la croissance reste un
défi pour les programmes de microfinance. Pour les institutions qui ont pu maîtriser leur
croissance à moyen terme, on se demande si elles peuvent le faire durablement et servir une
large demande. Une telle croissance demande la mise en place d’une gouvernance de qualité
et de respecter la réglementation.
33