Maîtrise des mouvements urbains
Maîtrise des mouvements urbains
Sous la direction de
Emmanuel Bourgeois
Avril 2010
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• Les collections du LCPC, Techniques et méthodes des laboratoires des ponts et chaussées, Guide
technique
• Les collections du LCPC, Techniques et méthodes des laboratoires des ponts et chaussées, Méthode
d'essai
www.ifsttar.fr
Il a été préparé par Emmanuel Bourgeois, avec les contributions des agents des unités du LCPC et
du réseau technique ayant participé à l'opération :
P. Alfonsi A. Le Kouby
D. Batista L. Lenti
P. de Buhan S. Mascles
S. Burlon M. Pucheu
A. Corfdir Ph. Reiffsteck
N. Droniuc G. Reverdy
F. Dudouyt F. Rocher-Lacoste
E. Evain J.-F. Serratrice
C. Fauchard G. Vinceslas
M. Froumentin
Prix : 25 Euros HT
Sommaire
Chapitre 1. Objectifs des recherches et synthèse des travaux
Chapitre 2. Reconnaissances des sites urbains
Chapitre 3. Observations sur ouvrages réels
Chapitre 4. Outils et méthodes de calcul
Chapitre 5. Techniques de compensation
Résumé
Ce rapport présente les travaux réalisés par les équipes du réseau scientifique et technique du
Ministère de l’Ecologie, de l’Energie, du Développement Durable et de la Mer, dans le cadre
de l’opération de recherche 11M051 du Laboratoire Central des Ponts et Chaussées.
L'opération, qui s’est déroulée entre 2005 et 2008, était consacrée aux mouvements que les
travaux de génie civil provoquent dans les terrains avoisinants, et à leurs conséquences.
Le chapitre 4 porte sur les outils et les méthodes de calcul. Il présente des résultats de
simulations numériques et des développements de modèles rhéologiques avancés pour les
géomatériaux.
Le dernier chapitre est consacré aux méthodes permettant de compenser les mouvements
provoqués par les travaux, notamment par injection de coulis dans le sol.
ABSTRACT
Contributions to the control of ground movements induced by civil engineering works
Contents
Chapter 1. Objectives of research and overview of the results
Chapter 2. Geotechnical investigations in urban areas
Chapter 3. Observation of geotechnical structures
Chapter 4. Calculation tools and methods
Chapter 5. Techniques for compensating ground movements
Abstract
This report presents the results of the researches done by the teams of the Scientific and
Technical Network of the Ministry for Public Works, within the framework of the research
programme 11M051, under the direction of the French Public Works Research Laboratory.
The programme was carried out between 2005 and 2008, and was focussed on the
movements that civil engineering works can induce in the nearby grounds and structures, and
on their consequences.
The report contains five chapters. The first chapter recalls the initial objectives and their
evolution, and gives an overview of the results. The following chapters give more details on the
results obtained. Chapter 2 deals with the question of geotechnical investigations in urban
areas, and the identification of the heterogeneities of the underground. One of the actions
performed in the programme consisted in creating artificial bi-layered structures, that will be
available to test and compare various investigation techniques (including destructive ones), on
the same site, for a period of several years.
Chapter 3 is devoted to instrumentation works and presents the result of some actions
undertaken as part of the operation. These measurement results may be useful to validate and
improve the design methods.
The subject of chapter 4 is the numerical methods and tools used to design the structure and
to anticipate their interactions with the existing environment. Results of numerical simulations
and new developments of advanced rheological models for geomaterials are presented and
discussed.
The last chapter presents the methods of compensation of the movements induced by works,
especially by injection of grout in the ground.
ZUSAMMENFASSUNG
Beiträge über die Kontrolle von Bodenbewegungen durch Tiefbauarbeiten induzierte
Inhalt
Kapitel 1. Ziele der Forschungs-und Überblick über die Ergebnisse
Kapitel 2. Geotechnische Untersuchungen in städtischen Gebieten
Kapitel 3. Beobachtung der geotechnischen Strukturen
Kapitel 4. Werkzeugen und Methoden für Entwürf und Berechnung
Kapitel 5. Techniken für die Entschädigung von Bodenbewegungen
Zusammenfassung
Dieser Bericht enthält die Ergebnisse der Forschungen eines Programms, von Laboratoire
Central des Ponts et Chaussées geleitet.
Das Programm wurde zwischen 2005 und 2008 durchgeführt. Es war konzentriert auf die
Bewegungen, von Tiefbauarbeiten in benachbarten Gründen und Strukturen provoziert.
Der Bericht enthält fünf Kapitel. Das erste Kapitel erinnert an die ursprünglichen Ziele und ihre
Entwicklung und gibt einen Überblick über die Ergebnisse. Die folgenden Kapitel geben
weitere Informationen über die erzielten Ergebnisse. Kapitel 2 befasst sich mit der Frage der
geotechnischen Untersuchungen in städtischen Gebieten, und die Identifizierung der
Heterogenitäten der Grund. Eine der Aktionen des Programms bestand darin, künstlicher bi-
Schichtstrukturen, zu schaffen. Diese Strukturen werden verfügbar um verschiedenen
Untersuchungsmethoden (einschließlich destruktive), am selben Ort, für einen Zeitraum von
mehreren Jahren zu vergleichen.
Kapitel 3 ist die Instrumentierung gewidmet. Es präsentiert das Ergebnis von einigen
Bemessungen, als Teil der Operation gemacht. Diese Ergebnisse können nützlich sein, um
Mängel in der Design-Methoden zu erkennen, und um diese Methoden zu verbessern.
Das Thema von Kapitel 4 ist die numerische Methoden und Werkzeuge, die man braucht, um
die Wechselwirkungen der Strukturen mit der bestehenden Umgebung zu antizipieren. Die
Ergebnisse von numerischen Simulationen und neuen Entwicklungen von fortgeschrittenen
rheologische Modelle für Geomaterialien werden vorgestellt und diskutiert.
Das letzte Kapitel stellt die Methoden der Kompensation der Bewegungen, die durch induzierte
Werke, vor allem durch Injektion von Mörtel in den Boden.
RESUMEN
Contribuciones para el control de los desplazamientos del suelo provocados por las
obras de ingeniería civil
Contenidos
Capítulo 1. Objetivos de la investigación y resumen de los resultados
Capítulo 2. Estudios geotécnicos en las zonas urbanas
Capítulo 3. Observación de las estructuras geotécnicas
Capítulo 4. Herramientas y métodos de cálculo
Capítulo 5. Técnicas para compensar los movimientos del suelo
Resumen
Este informe presenta los resultados de las investigaciones realizadas por los equipos de la
Red Científico y Técnico del Ministerio de Obras Públicas, en el marco de la programa
11M051 de Laboratoire Central des Ponts et Chaussées.
El programa se llevó a cabo entre 2005 y 2008, y se centró en los movimientos inducidos por
las obras de ingeniería civil en los motivos y estructuras cercanas, y en sus consecuencias.
El informe contiene cinco capítulos. El primer capítulo recuerda a los objetivos iniciales y su
evolución, y da una visión general de los resultados. Los capítulos siguientes se dan más
detalles sobre los resultados obtenidos.
El tema del capítulo 4 es los métodos numéricos y herramientas utilizadas para diseñar las
estructuras y para anticipar sus interacciones con el medio ambiente existente. Algunos
resultados de las simulaciones numéricas y de los nuevos desarrollos de modelos avanzados
de reológicas para geomateriales son presentados y discutidos.
El último capítulo presenta los métodos de compensación de los movimientos inducidos por
las obras, sobre todo por la inyección de la lechada en el suelo.
Avant-propos
Depuis 2001, les activités de recherche pilotées par le Laboratoire Central des Ponts et
Chaussées sont organisées en « opérations de recherche » pluriannuelles. Ces projets
associent des contributions des unités propres ou mixtes du LCPC et des unités des Centres
d’Études Techniques de l’Équipement (CETE), c’est-à-dire les laboratoires régionaux des
ponts et chaussées et d’autres unités comme le Centre d’Expérimentation Routière (CER) de
Rouen ou les Centres d’Étude et de Construction de Prototypes (CECP) de Rouen et
d’Angers.
Chaque opération est lancée sur la base d’un « cahier des charges », qui précise les objectifs
du travail de recherche, son organisation générale et les productions prévues. Ces objectifs
sont rattachés à ceux du schéma directeur quadriennal du Laboratoire Central des Ponts et
Chaussées.
L'opération 11M051, qui s’est déroulée de 2005 à 2008, était consacrée aux mouvements que
les travaux de génie civil peuvent provoquer dans les terrains avoisinants, et aux éventuelles
conséquences de ces mouvements. Lors du montage de l'opération, on avait cherché à
associer des équipes travaillant dans des disciplines différentes, mais la restructuration des
programmes intervenue en 2005, et le lancement de nouvelles opérations de recherche issues
du nouveau schéma directeur, ont contribué à recentrer l’opération sur des aspects
géotechniques.
Le présent rapport de synthèse est organisé en cinq chapitres. Le premier rappelle le contenu
et l'évolution du cahier des charges et propose un bilan des recherches qui ont ou n'ont pas
été menées comme prévu, expose les raisons pour lesquelles certains aspects de l'opération
ont pris plus d'importance que prévu ou, au contraire, ne se sont pas développés autant qu'on
l'attendait.
Les quatre chapitres suivants présentent les travaux menés et les principaux résultats
obtenus. Ils témoignent de la grande variété des actions qui ont été entreprises, et s'efforcent
de mettre l’ensemble des résultats en perspective, pour dégager les résultats et les outils
auxquels l’opération a abouti. Ce rapport ne fournit pas un compte rendu détaillé et exhaustif
des travaux effectués : il se propose seulement de donner un aperçu de ce qui a été fait. Pour
chaque sujet, le lecteur trouvera le nom de la ou des personnes susceptibles de lui fournir des
informations plus détaillées.
Une part importante du travail effectué (chapitre 2) a consisté à travailler sur la reconnaissance
des sols urbains, et la prise en compte de leur hétérogénéité. L’expérience acquise
précédemment sur la modélisation du comportement des ouvrages en condition de service (en
particulier dans le cadre de l’opération de recherche 11F021 conduite par le LCPC entre 2001
et 2004) montre que le fait de ne pas connaître la géométrie des couches de sol ou la
présence de points singuliers (cavités, structures enfouies) pénalise fortement l’estimation du
comportement réel des ouvrages et des mouvements provoqués par des travaux. Cela pose la
question des moyens expérimentaux disponibles pour obtenir une représentation fiable du
sous-sol. Le premier volet de l’opération a été consacré à cette problématique. On a en
particulier créé des structures artificielles au CER, bien calibrées, sur lesquelles on pourra
-1-
mettre en œuvre différentes techniques de reconnaissance (y compris destructives), et tester
sur un même site des techniques différentes sur une période de plusieurs années. La
philosophie générale du projet était de combiner des techniques différentes, reposant sur des
outils et des principes physiques variés, pour reconstituer un « modèle géotechnique » fiable
d’une zone représentative du sous-sol urbain.
Le chapitre 4 porte sur les outils et les méthodes de calcul. L’idée de départ était de
développer des outils permettant de réaliser des études paramétriques rapidement, utilisables
en cours de chantier pour étudier l’impact d’un paramètre ou d’un autre sur les déplacements
provoqués par un chantier. Pour obtenir une représentation réaliste du comportement d’un
ouvrage et une bonne compréhension du fonctionnement global d’un site combinant plusieurs
ouvrages en interaction, il est nécessaire de travailler aussi sur des modèles plus complexes
que les modèles de base combinant une élasticité linéaire et une loi élastoplastique sans
écrouissage. L’étude de la rhéologie des sols a conduit au développement, au cours des
années 1980 en particulier, à un grand nombre de lois de comportement avancées mettant en
jeu un grand nombre de paramètres, dont la détermination est parfois difficile, et souvent
incompatible avec les moyens mis en œuvre pour les reconnaissances des projets réels. Il y a
donc un compromis à rechercher entre la complexité des modèles et la souplesse d’utilisation
des modèles, comme le montrent les différents travaux présentés dans ce chapitre.
Le chapitre 5 porte sur les méthodes utilisables pour compenser les mouvements provoqués
par les travaux. Le travail réalisé comporte trois parties : une synthèse bibliographique sur les
moyens disponibles et les méthodes permettant d’évaluer leur efficacité, un ensemble de
simulations numériques destinées à étudier l’intérêt de ces techniques pour limiter les
déplacements à l’arrière des écrans de soutènement, et un essai de faisabilité d’une technique
utilisant des enveloppes gonflables permettant de confiner le coulis injecté, afin d’éviter des
pollutions involontaires du sous-sol (de la nappe en particulier), et de limiter les volumes mis
en œuvre.
-2-
Chapitre 1.
Objectifs des recherches et synthèse des travaux
1. Introduction
L'opération de recherche 11M051 (initialement 11F051) qui fait l’objet de ce rapport a été
montée en 2004 et a démarré en 2005 dans le cadre du Comité de Programme F « Génie Civil
Urbain ». À partir de 2006, elle s’est inscrite dans le cadre du comité de programme M «
Environnement et risques naturels » du LCPC. Elle était intitulée « Maîtriser les mouvements
liés aux travaux urbains » et son suivi a été confié à Emmanuel Bourgeois (division de
Mécanique des Sols et des Roches et de Géologie de l’Ingénieur, LCPC Paris). Ce chapitre
donne un résumé rapide des intentions affichées dans le cahier des charges de l'opération, et
des indications sur son déroulement : certaines actions ont été ajoutées au programme initial,
d’autres plus ou moins profondément modifiées, d’autres enfin ont été abandonnées.
L’une des orientations prioritaires du schéma directeur du LCPC en vigueur en 2004 portait sur
« l’optimisation des ouvrages de génie civil en zones urbaines en prenant en compte leur
caractère multi-usage ». Le document mettait en évidence la nécessité de mieux prendre en
compte la complexité du fonctionnement des ouvrages géotechniques en milieu urbain, et
pointait le fait qu’il subsiste, à cause de cette complexité, de nombreuses incertitudes sur la
réalisation des travaux en site urbain.
Dans la pratique, les décideurs attendent des éléments techniques fiables, le coût final des
ouvrages étant relativement moins important que le respect des plannings et du coût
annoncés. C'est donc aux ingénieurs qu'il revient de gérer les incertitudes et les aléas
inhérents à la pratique de la géotechnique. Pour les aider à le faire et nourrir le dialogue entre
ingénieurs et décideurs, il a paru important de mener des actions de recherche afin :
- d'une part, de sensibiliser les maîtres d'ouvrage à l'importance de la qualité des
reconnaissances, et aux moyens qu'il faut leur consacrer ;
- d'autre part, de fournir des réponses techniques originales pour détecter les déformations
du sol et des ouvrages dues aux travaux, anticiper leurs effets potentiels, adapter le
dimensionnement en cours d'exécution ou proposer des solutions pour atténuer ou compenser
ces déformations.
L’opération de recherche avait pour objectif de définir des méthodes et des outils permettant
de prévoir et d'éviter les effets néfastes des travaux sur les constructions et les réseaux. Ces
outils devaient permettre si possible de "réagir" en cours de travaux, ce qui suppose une
simplicité de mise en œuvre proche de celles des outils de dimensionnement courant. On se
proposait de combiner des reconnaissances de site, des expérimentations de terrain et de
laboratoire, des développements technologiques (en termes d’essais, d’instrumentations et de
techniques de limitation des impacts), des études rhéologiques et des modélisations
numériques. Au départ, on avait envisagé de s’intéresser aussi aux conséquences des
mouvements sur les ouvrages préexistants, en fonction des matériaux qui les constituent, des
conditions dans lesquels ces matériaux sont mis en œuvre, de leur architecture, etc.
-3-
3. Le cahier des charges
3. 1 Éléments de contexte
Des travaux de recherche, conduits par le LCPC avec le réseau technique de l'Équipement
(opérations de recherche 11F021, 11E032, 11J021) et par d’autres auteurs français (par
exemple Breysse et Kastner, 2003) ou européens (notamment dans le programme européen
COST C7), ont montré que les méthodes de calcul des ouvrages sont performantes pour le
dimensionnement des ouvrages, mais insuffisantes pour obtenir une prévision fiable des
déplacements autour de ces mêmes ouvrages. Il est donc nécessaire de faire progresser les
techniques de modélisation et d'instrumentation des ouvrages, ainsi que les techniques de
caractérisation des sols, afin de surmonter cette difficulté.
L'opération de recherche avait pour but d'améliorer la conception et l’exécution des travaux en
site urbain, afin de limiter leurs effets dommageables sur l’environnement bâti, tout en
garantissant la durabilité des ouvrages et en améliorant leurs conditions d’exploitation.
Le public visé était constitué par les maîtrises d’ouvrages urbaines, et, au-delà, par les
populations citadines. Les résultats étaient destinés aux services de maîtrise d’ouvrage ou de
maîtrise d'œuvre publique ou privée, aux services techniques et bureaux d’études, et enfin aux
entreprises.
La démarche consistait à rechercher une plus grande réactivité vis-à-vis des événements de
chantier à des outils éprouvés : outils de modélisation (y compris essais en laboratoire), essais
en place et expérimentation en vraie grandeur dans un site urbain. Certains volets de
l’opération présentaient un caractère plus prospectif : nouveaux moyens de reconnaissance,
techniques de compensation innovantes.
Le programme comportait à l’origine cinq axes. Deux d’entre eux (les axes 2 et 3)
prolongeaient des travaux conduits dans l'opération de recherche 11F021 (2001-2004) ; les
trois autres abordaient des problématiques nouvelles.
-4-
Axe 2. Suivi en temps réel des déplacements
Le suivi des déplacements des ouvrages repose sur des techniques généralement assez
lourdes, coûteuses, et qui peuvent poser des problèmes d'accès aux sites et de pérennité du
matériel. Par ailleurs, il est souvent difficile d’appréhender les cinématiques globales à partir
de mesures locales (la disposition des capteurs, qui reflète une image préconçue du
fonctionnement du site, ne permet pas de distinguer un comportement qu’on n’a pas anticipé).
Cet axe visait à explorer de nouvelles techniques pour améliorer le suivi de la totalité d’un site
en tirant mieux parti d’un ensemble de mesures issues de dispositifs hétérogènes. Le
programme prévoyait de s’intéresser à :
- l’étude de nouvelles méthodes de mesures de déplacements : applications des systèmes
de localisation et de positionnement aux ouvrages géotechniques, images satellite ;
- la mesure de déplacements par analyse d’images ;
- la mesure de déplacements par fibre optique ;
- l’analyse comparative des différentes méthodes.
-5-
Axe 5 - Diagnostic et préservation du patrimoine bâti
Pour apporter une aide pratique à la résolution des problèmes d’interactions entre sous-sol et
patrimoine bâti, il est nécessaire de développer des moyens de diagnostic simples et peu
coûteux de l'état des structures en vue de la préservation du patrimoine bâti. Le travail prévu
comportait deux aspects : l’identification des désordres et le diagnostic qualitatif des
monuments et des bâtiments, d’une part ; la définition des essais et des outils permettant un
diagnostic quantitatif et l’évaluation du niveau de risque. Cet axe entrait dans le cadre d'un
appel à projets de recherche de la ville de Paris, mais le projet soumis n’a pas été retenu.
Au stade du cahier des charges, aucun autre développement n’était prévu, mais on n'excluait
pas de développer des outils informatiques, électroniques, des conditionnements de capteurs
spécifiques, en fonction de l'évolution des réflexions menées dans l'opération.
3. 5 Participants
Les principales équipes du réseau scientifique et technique qui ont participé à l’opération sont :
- les divisions MSRGI, RMS et MI du LCPC
- le CERMES (Unité Navier)
- l’ERA 28 de Rouen (associant le CER et le laboratoire régional de Rouen), l’ERA 2
(laboratoire régional d’Aix-en-Provence) et dans une moindre mesure l’ERA 23 « Techniques
hyperfréquences » de Rouen ;
- le LR de Lille (axe 4), qui a constitué au cours de l’opération le noyau d’une nouvelle ERA
consacrée à la géotechnique urbaine ;
- le CECP d'Angers (pour le prototype d'appareil de reconnaissance, axe 1)
- le CECP de Rouen a été associé en cours d’opération (pour le développement d’un
démonstrateur de matériel cross-hole de dimensions réduites).
-6-
La réorganisation des programmes de recherche intervenue en 2005 a conduit la division MI à
regrouper ses activités dans des opérations du programme N, et à abandonner sa participation
aux travaux de l’opération 11M051. On a néanmoins eu l’occasion de travailler sur un projet
commun, pour le compte de la SNCF, portant sur la détection des fontis se développant sous
les voies ferrées ; les aspects géotechniques de ce travail sont présentés dans le chapitre 3.
Les principaux intervenants extérieurs ont été la direction de la voirie et des déplacements de
la ville de Paris, le service régional d’archéologie (dans le cadre du travail sur les
reconnaissances des sites urbains), le LAEGO et l’INERIS (avec qui on a tenté à plusieurs
reprises de monter un projet ANR sur les interactions sols-structure), APAGEO à l’occasion
d’essais de sol, le CETu (pour la modélisation des tunnels) et Polytech’Lille (Isam Shahrour a
encadré le travail de thèse de S. Burlon, du LR de Lille).
Le projet RCSU
Eric Evain et Aurélie Lelandais ont monté un groupe de travail appelé RCSU (pour «
reconnaissances croisées en site urbain ») réunissant différents acteurs s’intéressant pour
différentes raisons à la structure du sous-sol urbain : le service régional d’Archéologie et de
l’Institut National de Recherche Archéologique Préventive, la direction de la voirie et des
déplacements de la mairie de Paris (en tant que maître d’œuvre sur différents chantiers), le
CERTU, le LCPC et plusieurs laboratoires régionaux des ponts et chaussées.
Les objectifs du groupe de travail étaient :
-7-
- de faire le point sur les méthodes de reconnaissance destructives ou non qui permettaient
de reconstituer une image de la géométrie du sous-sol et d’estimer les caractéristiques
mécaniques des terrains,
- de proposer une méthodologie de reconnaissance des sous-sols urbains.
Le travail conduit par ce groupe de travail a comporté plusieurs étapes. La première a consisté
à proposer une structure-type pour les terrains situés à Paris et dans la vallée de la Seine, sur
la base de données de reconnaissances recueillies par S. Petit.
La suite du travail a été articulée en deux volets principaux : la construction de structures
artificielles sur lesquelles on pourrait faire des mesures sans contraintes, et le développement
d’un démonstrateur léger pour la réalisation d’essais cross-hole.
Essais cross-hole
On a envisagé d’utiliser, pour la reconnaissance des sous-sols urbains, l’ensemble des
techniques qui paraissaient susceptibles d’être mises en œuvre en ville, notamment la
technique des ondes de surface. Cette technique, à cause de la méthode d’interprétation des
mesures, est plutôt adaptée aux milieux à structure tabulaire (c’est-à-dire constitués de
couches horizontales homogènes). Les sous-sols urbains pouvant avoir une géométrie
complexe et présenter des hétérogénéités artificielles (présence de cavités, de structures
enterrées comme des caves ou des fondations profondes), on a proposé d’utiliser les ondes
de surface en combinaison avec une technique qui permette d’identifier la structure des
couches et leur raideur. Il est apparu qu’on pouvait espérer étalonner les résultats des
mesures d’ondes de surface en les comparant à des essais cross-hole (qui consistent à
mesurer la vitesse des ondes de cisaillement entre deux forages). Il n’y a pas de matériel
disponible dans le réseau technique pour réaliser ce type d’essai, qui présente par ailleurs des
contraintes de mise en œuvre assez lourdes.
Le projet RCSU a donc rapidement intégré un volet nouveau, non prévu au départ, pour
développer un démonstrateur cross-hole plus léger et mieux adapté au contexte urbain, grâce
à des dimensions réduites.
-8-
- un projet d’appareil de reconnaissance souterrain autonome (capable de réaliser à
l’avancement un forage non rectiligne) a fait l’objet d’une fiche prototype, basculée depuis
dans l’opération de recherche 11P061. Le projet, appelé ASCARIS, est piloté par
Ph. Reiffsteck et les grandes lignes du cahier des charges sont évoquées dans la suite de ce
rapport.
-9-
cherché à discuter dans quelle mesure la modélisation numérique pouvait rendre compte des
déplacements observés lors des travaux, qui étaient largement plus importants que prévu, et
qui avaient des impacts sur différents ouvrages existants. Par comparaison avec
l’instrumentation du Havre, qui était en quelque sorte un cas idéal d’instrumentation complète,
prévue et conduite dans le cadre d’un projet de recherche, on est confronté dans ce type de
situation à des informations moins complètes et plus qualitatives et à une question plus simple
ou tout au moins plus précise.
Test d’une méthode de mesure de déformations du sol par capteurs à fibre optique
Un autre point de vue sur l’instrumentation consiste à recourir à des ouvrages expérimentaux,
comme le Centre d’Expérimentation Routière en réalise régulièrement dans le cadre des
projets de recherche du LCPC. On présente dans ce rapport un exemple de mise en œuvre de
capteurs à fibre optique pour le suivi des déformations d’un massif de sol, réalisé au CER pour
le compte de la SNCF. Afin de comparer les performances de différents systèmes de mesure,
un remblai a été constitué en fosse au CER et équipé de capteurs. Les aspects métrologiques
sont abordés dans le cadre d’une autre opération de recherche du LCPC (11N064 « Capteurs
et traitement de l’information »). Cette expérimentation originale permet de mettre en évidence
le type d’essai en semi-grandeur que l’on peut réaliser pour valider une technique de détection
des mouvements d’un massif de sol. En particulier, les résultats ont montré que les capteurs à
fibre optique fournissent une réponse claire et permettent de localiser avec une précision au
moins métrique une zone en déformation. De manière générale, cette expérimentation illustre
les possibilités des nouvelles technologies pour le suivi des ouvrages. Sous réserve de pouvoir
effectuer des relevés régulièrement, ce type de technique pourrait être exploité pour le suivi de
glissements de terrain par exemple. Cette problématique a été intégrée au cahier des charges
d’une nouvelle opération de recherche démarrant en 2009.
- 10 -
- critères de plasticité anisotropes pour les structures en maçonnerie (critère de Hill) ou pour
les sols (modèle S-Clay1),
- modèles décrivant une accumulation progressive de déformations lors de chargements
cycliques (modèle à écrouissage cinématique non linéaire).
D’autres développements théoriques ont porté sur l’étude du comportement des sols en
condition non saturée.
On a également poursuivi l’implantation dans CESAR-LCPC de modèles destinés à
représenter les massifs renforcés par des inclusions linéaires, par exemple afin de mieux
modéliser les murs en terre armée, ou le renforcement de la voûte des tunnels par
boulonnage.
Tous ces développements comportent des aspects théoriques plus ou moins marqués. Une
autre partie de l’activité a consisté à améliorer l’ergonomie des outils, à corriger certains
défauts du code ou à proposer, pour une application particulière, des outils spécifiquement
destinés à simplifier l’exploitation des résultats. Les premiers résultats de cette approche
montrent son intérêt : à condition de bien connaître le type de résultats que l’on attend du
calcul, on peut développer des outils de dépouillement automatisés, éventuellement équipés
d’une petite interface graphique, qui permettent d’aller directement à l’essentiel. Ces outils sont
sans doute de nature à améliorer la réactivité des outils de calcul, et à permettre de les utiliser
pour vérifier ou réexaminer un dimensionnement en cours de travaux.
En dernier lieu, on présente un certain nombre de tentatives faites pour améliorer la
représentativité des calculs par éléments finis, pour les tunnels ou pour les soutènements. Les
différents exemples présentés ont en commun de chercher à comparer des solutions ou des
résultats obtenus en utilisant différentes techniques de simulation. Elles pourraient contribuer à
définir des règles pratiques pour la réalisation de calculs par éléments finis (ou pour aider à
comprendre et à critiquer les résultats fournis par le code), dans l’esprit de l’opération de
recherche 11P081 démarrée en 2008.
4. 4 Injections de compensation
Le travail réalisé comporte trois volets :
- une étude bibliographique préliminaire réalisée par A. Le Kouby sur les techniques
d’injection et les méthodes d’évaluation de leur efficacité ;
- une étude numérique (thèse de S. Burlon) visant à estimer l’apport des injections dans des
enveloppes souples étanches pour compenser les déplacements liés au processus
d’excavation devant un écran de soutènement ;
- un volet expérimental qui consistait à proposer une méthode pratique permettant de
réaliser des injections de compensation contrôlées, au moyen d’une enveloppe souple étanche
« gonflable ».
Ce dernier volet a présenté des difficultés particulières. A l’issue de l’étude bibliographique
effectuée par A. Le Kouby, une réunion s’est tenue au CER avec le LCPC en 2006 pour
étudier la possibilité de développer un équipement gonflable permettant de réaliser des
injections de compensation, et de définir un dispositif expérimental permettant de tester cet
équipement et de mesurer l’efficacité du procédé (définie comme le volume soulevé en surface
divisé par le volume injecté). Après avoir étudié les différentes possibilités, on a choisi de ne
pas développer un matériel original, mais d’utiliser un matériel existant, fabriqué par la société
suédoise Soilex. Il s’agit d’une enveloppe métallique expansible (préalablement repliée), que
l’on place dans un forage sub-horizontal afin de réaliser l’ancrage pour un tirant, ou dans un
forage vertical pour réaliser une (petite) fondation profonde. Ce matériel paraissait assez
adapté au problème posé, mais n’a pas d’importateur en France.
Après avoir examiné les procédures administratives appropriées pour commander et faire
venir de Suède une quinzaine d’enveloppes de ce type, nous avons passé la commande, mais
le transporteur sollicité en 2007 a égaré le colis. Le remboursement de la marchandise a
- 11 -
demandé plusieurs mois, et une nouvelle commande a été passée à la mi-2008. Après de
nouvelles difficultés logistiques, les enveloppes ont été livrées au CER seulement le 4
novembre 2008, et on n’a pu effectuer qu’un essai relativement simple au CER, en janvier
2009. Les résultats ont confirmé la faisabilité de l’approche.
4. 5 Conclusion
À l’exception du diagnostic de l’état des ouvrages urbains anciens, qui paraît a posteriori assez
éloigné des autres questions abordées dans l’opération, et qui reste un problème largement
ouvert, la plupart des sujets prévus par le cahier des charges ont été abordés dans l’opération.
Cependant, le résultat des travaux est assez éloigné de la structure initiale du cahier des
charges. Différents événements externes à l’opération ont eu un impact plus ou moins
important sur son déroulement :
- la restructuration des comités de programme en 2005 a conduit un certain nombre d’unités
à se repositionner sur les nouveaux projets, et à réduire ou annuler leur participation aux
travaux lancés avant la refonte,
- le lancement des premiers appels à projets ANR, qui a provoqué une forte mobilisation sur
la préparation de projets, parfois au détriment des recherches en cours,
- le départ de certains éléments fortement impliqués dans l’animation du projet dès son
origine.
Une autre raison de l’écart entre les produits annoncés ou attendus dans le cahier des charges
et les résultats atteints est un certain manque de réalisme dans les ambitions du cahier des
charges. Il identifiait un grand nombre de sujets intéressants, mais on n’a pas eu les moyens
de tous les traiter, alors même que les financements accordés ont été à peu près ceux prévus
au cahier des charges (voire un peu supérieurs). Il est clair que les moyens nécessaires pour
monter des instrumentations significatives et nombreuses ne doivent pas être sous-estimés,
ou recherchés à l’extérieur dans le cadre de partenariats qui peuvent être difficiles à monter et
à gérer. On peut aussi signaler qu’il n’y a pas eu d’allocation de thèse LCPC directement
consacrée à l’opération.
En dernier lieu, le cahier des charges privilégiait la transversalité entre les unités et les
thématiques, ce qui a posé des problèmes de coordination.
Ces difficultés se traduisent par des productions moins abouties qu’on n’aurait pu le souhaiter,
la principale lacune étant le manque d’une méthodologie de reconnaissance des sous-sols
urbains formalisée par un guide technique. Cependant, les produits disponibles (dont la liste
est donnée en annexe) sont en assez bon accord avec ce qui était prévu, même si tous n’ont
pas atteint le même degré de finition.
Finalement, on peut estimer que l’opération a effectivement contribué à faire progresser les
outils qui permettant de maîtriser les mouvements liés aux travaux. Elle a aussi permis
d’identifier les limites des méthodes de calcul du comportement réel des ouvrages, à les faire
progresser vers plus de représentativité, et à simplifier leur mise en œuvre.
- 12 -
5. Liste des productions
Articles
Bourgeois E., Coquillay S., Mestat Ph. (2005). Exemples d’utilisation d’un modèle élastoplastique avec élasticité
non linéaire pour la modélisation d’ouvrages géotechniques. Bulletin des Laboratoires des Ponts et
Chaussées, numéro spécial CESAR-LCPC, 256-257, pp. 67-84.
De Buhan P., Bourgeois E., Hassen G. (2008). Numerical simulation of bolt-supported tunnels by means of a
multiphase model conceived as an improved homogenization procedure, International Journal for Numerical
and Analytical Methods in Geomechanics, Vol.32, 13, 1597-1615.
Droniuc N., Magnan J.-P., Mestat Ph., Humbert P. (2005) Introduction de la méthode cinématique régularisée
dans CESAR-LCPC (module LIMI). Bulletin des Laboratoires des Ponts et Chaussées, numéro spécial
CESAR-LCPC, 256-257, pp. 135-148.
Droniuc N., Magnan J.-P., Humbert P., Mestat Ph. (2005). La méthode cinématique régularisée appliquée à
l’étude de la stabilité des pentes (module LIMI). Bulletin des Laboratoires des Ponts et Chaussées, numéro
spécial CESAR-LCPC, 256-257, pp. 149-161.
Nguyen Phuong D., Bourgeois E., Delattre L., Magnan J.P. (2005). Deux modélisations par éléments finis
d’écrans de soutènement instrumentés. Bulletin des Laboratoires des Ponts et Chaussées, 254, pp. 41-59.
Discussions
Corfdir A., Bourgeois E. (2007). The Holl halfspace: use with caution. Géotechnique, vol. 57, No. 7, pp. 633–634.
Mémoires de thèse
Coquillay S. (2005). Prise en compte de la non linéarité du comportement des sols soumis à de petites
déformations pour le calcul des ouvrages géotechniques. Thèse de doctorat, École Nationale des Ponts et
Chaussées, 30 août 2005, 249 pages.
Marten S. (2005). Étude expérimentale et méthodologique sur le comportement des écrans de soutènement.
Thèse de doctorat, École Nationale des Ponts et Chaussées, 7 mars 2005, 300 pages.
Frih Bengabbou N. (2005). Étude de l’interface sol – paroi moulée. Thèse de doctorat, École Nationale des Ponts
et Chaussées, 21 mars 2005, 205 pages + annexes.
Burlon S. (2007). Modélisation numérique des mouvements du sol induits par des excavations et des injections
de compensation. Thèse de doctorat, Université des sciences et de technologie de Lille, 21 novembre 2007,
186 pages.
- 13 -
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Proceedings, 11th International Conference of IACMAG, Barla et Barla (eds.), Patron Editore, vol. 2, pp.
413-420.
Alfonsi P., Potherat P. (2005). Étude de la stabilité des carrières souterraines pour des modèles numériques
continus ou avec fractures. Séminaire « Évaluation et gestion des risques liés aux carrières souterraines
abandonnées ». Actes des journées scientifiques du LCPC, pp. 169-181.
Alfonsi P., Fouché O., Bourgeois E. (2007). Numerical study of fracture openings by tunnelling in fractured rock
mass. Proceedings, 10th International Symposium on Numerical Models in Geomechanics, NUMOG X,
Rhodes, pp. 387-392.
Bourgeois E., Mestat Ph., Riou Y. (2005). Quelques réflexions sur la modélisation numérique de l’interaction sol-
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Numerical Methods in Geotechnical Engineering NUMGE06, Graz, pp. 341-346.
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condition non drainée. Actes, Symposium international sur les états limites ultimes en géotechnique, ELU-ULS
2006, Droniuc, Magnan et Mestat (ed.), Éditions du LCPC, pp. 241-250.
Bourgeois E., Corfdir A. (2007). Prise en compte de la longueur finie d'une excavation dans un calcul 2D.
Proceedings, 14th European Conference on Soil Mechanics and Geotechnical Engineering, Madrid, pp. 539-
544.
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Burlon S., Mroueh H. (2008). Influence de l’élasticité non linéaire dans le calcul des excavations, Journées
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Burlon S., Mroueh H. (2008). Analyse numérique de la mise en place d’une paroi moulée, Journées Nationales de
Géotechnique et de Géologie de l’Ingénieur, Nantes, pp. 199-206.
Burlon S., Mroueh H. (2008). Modélisation du soulèvement du terrain par une injection – application aux
excavations, Journées Nationales de Géotechnique et de Géologie de l’Ingénieur, Nantes, pp. 207-214.
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dans le cas d’un tunnel en massif rocheux. Actes, Symposium International GEOLINE 2005, Geology and
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- 14 -
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Geomechanics, NUMOG X, Rhodes, pp. 467-473.
Rocher-Lacoste F., Semblat J.F. (2007). Vibrations transmises à l’environnement pendant le fonçage de pieux.
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1243-1248.
Rospars C., Bourgeois E., Humbert P., de Buhan P. (2005). Modélisation numérique des sols renforcés par un
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milieu continu homogénéisé. Comptes rendus, 16 Congrès International de Mécanique des Sols et de
Géotechnique, Osaka, 12-16 septembre 2005, 855-858.
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Serratrice J.F. (2007). Expression des cuvettes de tassement pendant le creusement des tunnels peu profonds.
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Comptes rendus, 14 Congrès Européen de Mécanique des Sols et de Géotechnique, Madrid, pp. 1019-
1024.
Thorel L., Rault G., Gaudin Ch., Garnier J., Favraud C. (2005). Un pressiomètre miniature pour la caractérisation
des massifs de sol en centrifugeuse. Actes, Symposium International sur le pressiomètre et ses applications
Symp. 50 years of pressumeters ISP5, Gambin et al. (eds), pp. 127-142.
- 15 -
Actes de colloques
Droniuc N., Magnan J.P., Mestat Ph. (2006). ELU-ULS Géotechnique, Symposium international sur les états
limites ultimes des ouvrages géotechniques, Éditions du LCPC, 500 pages.
- 16 -
Pucheu M. (2007). Modélisation numérique par éléments finis avec CESAR-LCPC du mur de quai Port 2000, 20
pages.
Pucheu M. (2008). IMOD=10000 / développements 2007-2008 : Élasticité isotrope hétérogène (NELAS=8) /
Critère de Hill (ICRIT=22,23) / Critère HISS de Desai (ICRIT=24) / Écrouissage de Prager (ICRIT=25,27)
Modèle S-CLAY1 (ICRIT=26), 43 pages.
Serratrice J.F. (2006). Tunnels peu profonds, Forme des cuvettes de tassement en surface, 231 pages.
Serratrice J.F. (2006). Approximation pour le calcul des tassements de surface : Tunnels peu profonds avec
soutènement, 79 pages.
Serratrice J.F. (2006). Approximation pour le calcul des tassements de surface. Tunnels peu profonds avec
soutènement. LCPC Opération 11M051, rapport CETE Méditerranée, jfs i06-017, 30/01/2006, Annexe, 80
pages.
Serratrice JF (2008). Récapitulation des essais pressiométriques.
Serratrice JF (2008). Instrumentation, mesures et fonctionnement des ouvrages : Études sur l'inclinométrie -
Analyse des tassements observés lors du creusement du tunnel nord de la Traversée Souterraine de Toulon.
Modélisation des déformations de la surface du sol au-dessus des tunnels Chapitre 5, Mémoire HdR,
Université de Caen, 82 pages.
Serratrice JF (2009). Traversée souterraine de Toulon : récapitulation des données pressiométriques (décembre
2004), 1 rapport (38 pages) + 3 annexes (48, 58 et 72 pages).
Vinceslas G., Trufley H. (2005). Port 2000, Opération 11F0515, Compte rendu de mesures : année 2005, 30 p.
Vinceslas G., Trufley H. (2006). Port 2000, Opération 11M051, Compte rendu de mesures : février 2006.
Vinceslas G., Trufley H. (2006). Port 2000, Opération 11M051, Compte rendu de mesures : avril 2006.
Vinceslas G., Trufley H. (2006), Port 2000, Opération 11M051, Compte rendu de mesures : juin 2006, 23 p.
Vinceslas G., Trufley H. (2006), Port 2000, Opération 11M051, Compte rendu de mesures : sept. 2006, 24 p.
Vinceslas G., Trufley H. (2007), Port 2000, Opération 11M051, Compte rendu de mesures : année 2006, 30 p.
Zagni J.C. (2005) Effet de l’excavation sur l’hydrogéologie des tunnels, rapport MASTER 1 CNAM, 28 p.
Guide technique
p.m. : le LCPC s’est fortement impliqué dans la réalisation du guide technique issu du projet national
Vibrofonçage.
- 17 -
Chapitre 2.
Reconnaissances des sites urbains
1. Introduction
Une préoccupation importante, pour la conception et la justification des ouvrages comme pour
la compréhension de leur comportement réel, réside dans l’identification de la géométrie du
sous-sol et la caractérisation des propriétés mécaniques des différentes couches. Avant de
s’intéresser en détail, dans le chapitre 4, à la validité des modèles plus ou moins complexes
que l’on peut utiliser pour représenter le comportement des sols, il convient de chercher à
reconnaître la structure du sous-sol, en particulier sa géométrie : la présence de couches plus
ou moins dures, plus ou moins perméables, continues ou non, l’existence de cavités naturelles
ou artificielles, de structures enterrées (anciennes fondations, caves), peuvent avoir une
influence prépondérante sur le fonctionnement d’un ouvrage, et doivent être prises en compte
dans sa conception.
Par ailleurs, le contexte urbain comporte des contraintes qui limitent les investigations que l’on
peut mettre en œuvre, en particulier le nombre de forages que l’on peut réaliser (à cause du
bruit, de la propreté, des difficultés d’accès et des interruptions de trafic nécessaires). On s’est
donc posé la question de savoir quelles techniques, de préférence non destructives et autant
que possible simples et rapides à mettre en œuvre, pourraient permettre de constituer un
« modèle géotechnique » d’un site, ou plus simplement de se faire une idée de la géométrie du
sous-sol et de ses propriétés mécaniques : l’idée de départ était de valoriser des informations
hétérogènes, issues d’essais de natures différentes (essais géotechniques classiques
destructifs, essais géophysiques en forage ou en surface), pour appréhender globalement la
structure d’un site.
- 19 -
- la profondeur concernée dépend des projets et des épaisseurs des couches en région
parisienne ; on s’est donné l’objectif de savoir reconnaître la structure des terrains jusqu’à une
profondeur de 5 à 10 mètres, considérée comme représentative de projets courants ;
- l’étendue des sites en surface et la « résolution » des reconnaissances varient : pour les
gestionnaires de voirie, on peut avoir des linéaires importants, mais si l’on se fixe l’objectif de
détecter des caves ou des fondations enterrées, il faut pouvoir reconnaître des obstacles de
taille métrique ou inférieure. Dans le cadre de recherches archéologiques, on peut chercher
une zone d’une taille inférieure (en paléoarchéologie, les vestiges d’un foyer représentent une
zone inférieure au mètre carré, et l’épaisseur des hétérogénéités à détecter est généralement
largement inférieure au mètre).
Par ailleurs, compte tenu de la composition du groupe, le projet n’avait pas pour objectif de
mettre au point de nouvelles méthodes de reconnaissance, mais plutôt de valider leur
utilisation en milieu urbain (quitte à faire certaines adaptations), et de réfléchir à l’apport de la
combinaison des méthodes de mécanique des sols (notamment les matériels en cours de
développement tels que le triaxial in-situ ou le Pressiomètre Auto-Foreur (PAF)) avec des
techniques géophysiques reposant sur la propagation d’ondes électromagnétiques ou de
vibrations. Les techniques de mécanique des sols reposent sur des essais réalisés localement
en forage, et on manque souvent des informations nécessaires pour se faire une idée globale
d’un site complexe à partir de ces mesures ponctuelles. On cherche donc à définir des
méthodes géophysiques, fiables en site urbain, permettant de définir un modèle géométrique
des formations naturelles ou non présentes sur le site. Le couplage de ce zonage avec les
reconnaissances géotechniques (carottages, essais pressiométriques ou pénétrométriques,
etc.) permettrait de définir une caractérisation spatiale et mécanique des sols.
La difficulté provient du fait que, contrairement à ce que laissent penser certains ouvrages,
toutes les méthodes géophysiques ne sont pas applicables en milieu urbain, pour différentes
raisons :
- la microgravimétrie reste d’un coût prohibitif dans le cadre de projets courants ;
- le radar géophysique a une profondeur d’investigation de l’ordre de 2 à 3 m et les mesures
sont perturbées dans les argiles et par les réseaux de subsurface ;
- pour augmenter la profondeur d’investigation, on peut envisager de dépasser les
perturbations sub-surfaciques en faisant une tomographie par triangulation d’essais
géophysiques entre sondages ;
- on a également envisagé de réaliser des essais de type « ondes de surface », qui permettent
une profondeur d’investigation comparable à celle visée, mais dont l’interprétation est
généralement faite dans le cas de milieux tabulaires et homogènes sur plusieurs dizaines de
mètres dans les directions horizontales.
La technique des ondes de surface présente de nombreux avantages, en termes de mise en
œuvre et de profondeur d’investigation, mais l’interprétation de mesures faites sur un site
urbain risque d’être délicate, à cause de la présence d’hétérogénéités de taille métrique, ou de
réseau peu profonds. On se propose d’adapter l’interprétation des mesures pour tenir compte
des spécificités du milieu urbain. Cette adaptation repose sur le résultat d’autres essais
permettant une investigation non locale : on a retenu les essais cross-hole, qui consistent à
mesurer la vitesse de propagation des ondes de cisaillement entre deux forages verticaux. La
méthodologie de reconnaissance des sites serait donc de réaliser sur le même site des essais
cross-hole et des essais d’onde de surface, et à en tirer, par comparaison des résultats, une
image globale de la structure du site.
- 20 -
En pratique, il est difficile de réaliser des essais de ce type dans un site urbain réel dont la
structure exacte est a priori inconnue, et auquel on ne peut avoir accès que dans des
conditions et pendant une durée qu’on ne maîtrise pas à l’avance. On a donc pour des raisons
pratiques préféré travailler sur un site artificiel, dont la structure serait bien contrôlée, et sur
lequel on pourrait intervenir sur plusieurs années si nécessaire.
Le projet a donc finalement comporté plusieurs volets :
- la construction de structures artificielles de géométrie contrôlée au CER, sur la base d’une
analyse préalable des configurations rencontrées dans la vallée de la Seine ;
- la mise en œuvre sur ces structures de différentes techniques de reconnaissance et de
caractérisation (essais à la double sonde gamma, essais au géoradar, ondes de surface) ;
- une réflexion sur le matériel disponible pour réaliser des essais cross-hole.
Une approche géomorphologique a ensuite été réalisée mais n’a pas permis de fournir des
résultats concluants quant à la nature des matériaux alluvionnaires présents en région
parisienne.
En parallèle, le Service Régional d’Archéologie nous a donné accès à un site faisant l’objet de
fouilles : le site du Syctom en bordure de Seine, rue Henri Farman à Paris1 : on a réalisé des
essais de caractérisation à la double sonde gamma le 31 mai 2006, et des échantillons de sol
ont été prélevés pour déterminer leurs caractéristiques géotechniques. Ce site comporte
surtout des Alluvions Modernes.
1
l’institut national de recherche archéologique préventive considère que ce site présente un intérêt majeur :
http://www.inrap.fr/archeologie-preventive/Sites_archeologiques/p-2252-62_rue_Henry_Farman.htm
- 21 -
Les mesures de densité à la double sonde gamma GDS200 montrent que le matériau est dans
un état hydrique humide (Wnat= 25% par rapport à WOPN= 19.4%) ; les densités en place sont
uniformes et sensiblement inférieures à un objectif de densification Q4. Ces valeurs de densité
ont servi de référence lors de la construction des structures expérimentales au CER.
Des prélèvements effectués le 3 juillet 2006 près de l’institut Pierre et Marie Curie (Paris 5e)
ont montré que les Alluvions Anciennes sont assimilables à une grave C1B4 (norme NFP 11-
300) et à la grave naturelle présente sur le site du CER.
Les deux structures présentent une superposition de trois couches pour respecter la séquence
alluvions anciennes, alluvions modernes, remblais.
- 22 -
Pour la structure urbaine, compte tenu du budget et des volumes de matériau mis en jeu, on a
adopté une épaisseur de 5 m : on a creusé le terrain à cette profondeur, et disposé au-dessus
de la craie présente sur le site, une couche de limon A1, et la grave naturelle du site initial, qui
constitue la couche de remblai supérieure. La structure comporte deux murs verticaux
parallèles distants de 15 m, les talus suivant les deux autres côtés ont été pentés à 3/2, ce qui
donne une longueur totale de 30 mètres, qui devrait être suffisante pour mettre en œuvre des
mesures d’ondes de surface dans de bonnes conditions.
Pour différentes raisons, en particulier logistiques, il n’a pas été possible de réemployer des
matériaux excavés sur un chantier parisien. Faute de disposer de matériau adéquat sur le site
du CER, le limon A1 mis en œuvre dans les structures provient d’un fournisseur extérieur. La
grave C1B4 utilisée était la grave naturelle du site dans la zone des structures.
On a cherché pour chaque couche à reproduire les densités mesurées sur site. Les mesures
faites par le LROP sur les structures montrent que les densités en place dans les structures
sont d’environ 15% supérieures à celles mesurées sur site réel à Paris.
Deux hétérogénéités ont été introduites dans la structure urbaine : un modèle de foyer
archéologique (comportant des silex, d’un peu plus de 1 m2 pour une épaisseur de 15 cm
environ, situé à 3 m de profondeur), et une structure en plastique alvéolée, destinée à
représenter une cavité souterraine (ses dimensions sont de 2 m de longueur dans la direction
parallèle aux murs qui bordent la structure, 1 m de largeur, et 1 m de hauteur ; le sommet se
trouve à 2 m de profondeur).
- 23 -
Figure 3 – Structure alvéolée mise en place pour simuler une cavité (photo E. Evain)
2. 4 Mesures életromagnétiques
Contact : C. Fauchard (laboratoire régional des ponts et chaussées de Rouen)
Mesures radar
Les méthodes de reconnaissance radar en géophysique reposent sur l’étude de la propagation
des ondes électromagnétiques dans le sol dans un domaine de fréquences variant de
quelques dizaines de MHz à quelques GHz. Ces ondes sont émises sous forme d'impulsions
temporelles de très courte durée, en un point de la surface, par une antenne émettrice. Elles
interagissent avec le milieu en créant des phénomènes de conduction et de polarisation qui
dépendent de la permittivité complexe ε* des matériaux rencontrés :
σ" σ'
ε* = (ε’ + ) – i (ε" + )
ω ω
où ε' et ε" désignent les parties réelle et imaginaire de la permittivité, σ' et σ" les parties réelle
et imaginaire de la conductivité et ω la pulsation de l'onde. Dans la plupart des matériaux
rencontrés dans le génie civil, les parties imaginaires de la permittivité et de la conductivité ε"
et σ" peuvent être négligées. Aux fréquences radar, dans des milieux faiblement conducteurs
(calcaires), ces termes sont faibles, seule la partie réelle de la permittivité influe sur la
propagation des ondes : les phénomènes de polarisation dominent. Dans les milieux plus
- 24 -
conducteurs, les phénomènes de conduction dominent, les ondes ne pénètrent plus dans le
milieu.
Lorsque les ondes rencontrent un contraste diélectrique, elles se réfléchissent partiellement
vers la surface (lois de Shell-Descartes) où leurs caractéristiques sont mesurées par une
antenne : on mesure les variations d'amplitude du champ électrique issu des réflexions et des
diffractions sur les contrastes diélectriques du milieu en fonction du temps de propagation
(mesuré en nanosecondes) des ondes dans le milieu.
Le premier résultat obtenu est le radargramme brut (ou coupe temps). Il est similaire aux
représentations obtenues en sismique : l'amplitude de chaque signal, graduée en niveau de
couleur, est donnée en fonction du temps de propagation (ns) et les signaux sont juxtaposés
en fonction de la position en surface. Le deuxième résultat est le radargramme interprété (ou
coupe profondeur) : la connaissance des vitesses dans le milieu permet de représenter les
signaux en fonction de la profondeur (m). La réalisation de plusieurs profils permet de
visualiser les mesures en trois dimensions (surface auscultée en coordonnées horizontales et
profondeur en coordonnées verticales), par des coupes en plan à une profondeur donnée ou
selon un profil donné.
On peut obtenir les vitesses dans le milieu, à condition de connaître ou d'évaluer la permittivité
et la conductivité des matériaux (en les considérant comme des matériaux à faibles pertes). La
permittivité relative réelle est une caractéristique du matériau que l'on trouve dans la littérature
pour des fréquences données. A partir de la vitesse et du pointé des temps de trajet sur le
radargramme, les épaisseurs sont alors déduites.
La méthode est préconisée pour la recherche de vides et de conducteurs en milieu résistant
dans les quinze à vingt premiers mètres. La profondeur d'investigation atteint rarement vingt
mètres dans les milieux géologiques couramment rencontrés, mais peut être grande dans
certains milieux comme la glace par exemple. Les conditions de détection pénalisent la
technique dans les milieux conducteurs comme les limons et les argiles saturées : la teneur en
eau doit être suffisamment faible pour que les phénomènes d'atténuation et de dispersion
soient minimisés. Des fréquences élevées donnent une meilleure résolution et une profondeur
de pénétration des ondes moins grande. A l'opposé, l'utilisation de fréquences plus basses
augmente la grande profondeur de pénétration mais la résolution est moins bonne.
Une quarantaine de profils ont été réalisés dans la longueur et la largeur de la structure
urbaine. Les antennes utilisées ont des fréquences centrales de 200 MHz et 400 MHz. A
400 Mhz, les ondes sont rapidement absorbées par l'épaisseur de remblai et la couche de
limon, matériau dans lequel les ondes radar s'atténuent fortement. On ne montre donc dans la
suite que des résultats de mesures à 200 MHz.
Les figures suivantes donnent sur une vue en plan la position des profils de mesure, ainsi que
celles du foyer archéologique, repérée par le carré situé en bas à droite, tandis que la cavité
apparaît comme un rectangle dont le grand côté est parallèle au bord gauche de la structure.
La première mesure présentée est un profil à 200 MHz (figure 4), qui ne passe pas à l'aplomb
de la cavité mais dont la fin passe au-dessus du foyer archéologique. La cavité est clairement
visible (hyperbole de diffraction) bien qu'elle ne soit pas située exactement sous le profil. Le
diagramme de rayonnement des antennes (de type dipôle) dans le sol est large et l'ensemble
des hétérogénéités comprises sous le demi-espace sont détectables par le radar. En
revanche, le foyer archéologique est non détectable par cette méthode avec ce matériel, car
l'épaisseur et le contraste des hétérogénéités avec l'encaissant sont insuffisants.
- 25 -
Figure 4 – ¨Profil passant au-dessus du foyer archéologique
mais pas au-dessus du centre de la cavité
Les profils présentés sur la page suivante (figure 5) montrent les hyperboles de diffractions
lorsque le radar passe à l'aplomb de la cavité. Le contraste est beaucoup plus prononcé que
sur la figure 4. Sur le profil du bas, l'hyperbole de diffraction est plus large car le profil est
effectué dans le sens de la longueur de la cavité, et le fond de la cavité est visible.
En conclusion, les mesures radar réalisées montrent que l'outil est adapté à la détection de
vides dans les premiers mètres du site expérimental. La cavité de la structure urbaine est bien
mise en évidence, car le contraste entre l'air qui la remplit et l'encaissant (remblai et limon) est
suffisamment grand. Des traitements plus fins pourraient être envisagés pour évaluer les
dimensions de la cavité à partir des signaux radar.
La seconde anomalie recherchée, le foyer archéologique, présente une épaisseur trop faible et
un contraste insuffisant pour pouvoir être détectée depuis la surface à l'aide du radar.
Le radar est un outil rapide (quelques minutes pour réaliser un profil), maniable et efficace
dans des milieux plutôt résistants, capable de détecter de nombreuses autres hétérogénéités
(murs, interface de compactages, canalisations...). Néanmoins, l'utilisation de méthodes
complémentaires est nécessaire pour décrire au mieux le site, et la réalisation de sondages
géotechniques est fortement recommandée pour améliorer les résultats de l'interprétation des
mesures.
- 26 -
Figure 5 – Profil passant au-dessus du foyer archéologique
mais pas au-dessus du centre de la cavité
- 27 -
Mesures utilisant un analyseur de réseau et un monopôle quart d’onde
La structure urbaine a aussi été utilisée pour réaliser des mesures de teneur en eau. Le
principe de la méthode repose sur la mesure de la fréquence de résonance d’un monopôle
quart d’onde, de longueur l (l=3,8 cm), enfoncé dans le sol testé. Connaissant la fréquence de
résonance dans l’air, on déduit la permittivité apparente du milieu.
fortes teneur
en eau
faibles teneur
en eau
La figure 6 montre les teneurs en eau volumiques du site, associées à une échelle de couleur.
Le rouge correspond aux teneurs en eau élevées, et le bleu aux teneurs en eau faibles.
Ces mesures ont un caractère expérimental, et ne sont pas directement utilisables pour
identifier la structure du sous-sol, parce que la profondeur d'investigation est limitée à
quelques décimètres. Néanmoins la technique permet d'évaluer les propriétés diélectriques du
sol (et sa teneur en eau) en y enfonçant directement une antenne, et apporte une information
complémentaire de l'interprétation des signaux radar. Ce type d'expérimentation devrait se
poursuivre en forage, où les profondeurs atteintes seront alors similaires à la profondeur de
pénétration des ondes émises depuis la surface.
- 28 -
2. 5 Essais de modélisation de la propagation des ondes
Contact : P. Alfonsi, L. Lenti (LCPC, division MSRGI)
remblai
cavité
sol limons
silex
base
parois en béton
cavité
silex
vue de dessus avec la vue panoramique du modèle numérique sans les couches
cavité et le bloc compact de limon et de remblais ni les parois latérales en béton
(silex)
Figure 7 – Vue en coupe, de dessus et en perspective de l’un des maillages utilisés.
- 29 -
Tableau I – Propriétés des matériaux constitutifs
La vitesse de propagation d’un signal varie selon les propriétés des matériaux traversés par le
signal. Globalement, on parle dans la suite d’hétérogénéité « rapide » lorsqu’on introduit les
propriétés mécaniques du silex (dans lequel les ondes s et p sont environ trois fois plus
rapides que dans les limons). Le principe des exploitations présentées repose sur le relevé
des déplacements verticaux calculés en surface sur une ligne médiane en x par rapport aux
anomalies.
Le calcul consiste à appliquer un choc vertical, vers le bas, d’intensité 0,1 MN, en un point de
la surface : il s’agit d’une force ponctuelle dont l’amplitude varie sur un intervalle de temps de
quelque millièmes de seconde.
On relève les déplacements et les vitesses calculées en différents points de la surface du
maillage. Le principe de l’étude paramétrique présentée est de comparer les résultats obtenus
pour deux couches homogènes, et pour deux couches dans lesquelles sont placées une ou
deux anomalies (plus ou moins « rapides » que les couches où elles se trouvent).
0,8
0,6
0,4
0,2
temps (ms)
0
0 50 100 150 200
Dans un premier temps, on compare les résultats obtenus pour une configuration donnée avec
ceux obtenus pour un modèle sans anomalies, c’est-à-dire constitué des deux couches
superposées de limons et de remblais.
Les calculs ont été effectués avec l’option MUL qui permet, pour certains modules de CESAR-
LCPC (en particulier les modules MCNL et DYNI) d’utiliser un solveur multifrontal au lieu d’un
algorithme de résolution avec stockage de la matrice en ligne de ciel.
- 30 -
Calculs avec une anomalie centrée dans la structure
On commence par simuler la propagation dans une structure dans laquelle on a placé une
anomalie de 3 m x 2 m x 2 m, qui selon les simulations est constituée du même matériau que
la couche environnante, d’un matériau plus rigide (silex) ou est évidée.
Il est placé dans le domaine (x,y,z) ∈ [7 m , 10 m ] x [ 8,5 m , 10,5 m ] x [ - 4 m, -2 m ]. Un seul
signal est émis au point x= 8,5 m ; y= 12,5 m ; z=0.
Les caractéristiques physiques du bloc sont à tour de rôle celles présentées dans le tableau I.
L’effet du remplissage du bloc est étudié en relevant le maximum des déplacements verticaux
en surface de part et d’autre du bloc aux points repérés points en noir sur la figure 9, le point
d’impact étant représenté en blanc. L’idée de ce type de dépouillement est de se rapprocher
d’un dispositif de mesure constitué par une série de capteurs placés sur la surface du remblai.
Figure 9 – Modèle avec 1 choc (point blanc) appliqué à 1 m de l’anomalie (en magenta), ainsi que les
points de relevés (points noirs) – vue de dessus.
Le déplacement calculé en surface passe par un minimum au bout d’un certain temps après le
début du signal et ce temps augmente lorsque la distance entre l’émission et le point de calcul
augmente (figure 10). Dans un deuxième temps, il se produit, pour un point donné, un
« rebond » et la courbe correspondante présente un maximum (entre 10 et 15 ms). Le
déphasage est encore visible lorsque les déplacements deviennent positifs, mais devient plus
diffus après 15 ms : dans la suite, les analyses suivantes sont effectuées pour des temps
limités à 15 ms. Par ailleurs, on note que le déplacement maximal est obtenu pour le point
d’impact y = 12,5 m. Dans la suite, on compare les valeurs des déplacements maximaux
calculés vers le bas, puis vers le haut, en fonction de la position du point considéré.
- 31 -
temps (s)
0 0,005 0,01 0,015 0,02 0,025 0,03 0,035 0,04
2.E-06
1.E-06
0.E+00
-1.E-06
-2.E-06
-3.E-06
9,5 8,5 12,5 10,5
11,5 13,5 14,9 17,0
-4.E-06
déplacement vertical (m)
Figure 10 – Déplacement vertical calculé en surface (z=0) sur l’axe x=8,5 m, selon la coordonnée y.
amplitude maximale du
déplacement vertical vers le bas
-1.E-06
-3.E-06
LIMONS
VIDE
SILEX
bloc
choc
-5.E-06
8 10 12 14 16
- 32 -
amplitude maximale du
déplacement vertical vers le bas LIMONS
VIDE
SILEX
1.E-06
bloc
choc
1.E-06
9.E-07
7.E-07
8 10 12 14 16
coordonnée y dans la structure (m)
Figure 12 – Relevés de la valeur maximale des déplacements verticaux en surface, l’abscisse du choc
est matérialisée par le triangle bleu et la position du bloc par les tirets noirs.
La figure 12 présente la même analyse pour les déplacements maximaux vers le haut (valeur
maximal du « rebond »). Lorsque le bloc est vide, le maximum est plus élevé, à cause de la
raideur moins grande de la structure. Par comparaison avec la courbe correspondant au milieu
homogène (« limons »), le résultat obtenu pour une anomalie vide montre une amplification
relativement nette, ce qui peut permettre d’espérer localiser ce type d’hétérogénéité. Pour une
anomalie plus rapide que le sol, la plus grande raideur globale se traduit par une diminution
importante des valeurs maximales pour les points situés entre le bloc et le point d’impact.
On peut aussi s’intéresser au décalage entre les instants pour lesquels le déplacement vertical
est minimum en fonction de la position du point considéré en surface, sur la ligne x= 8,5 m
(figure 13). Pour une hétérogénéité plus rapide, on observe qualitativement un décalage, qui
est d’ailleurs différent selon la partie de la structure considérée. En revanche, pour une
anomalie « vide » il n’y a pas de différence avec une couche de limon homogène.
décalage temporel (s)
9,0E-03
LIMONS
8,0E-03
VIDE
SILEX
7,0E-03
6,0E-03
5,0E-03
4,0E-03
3,0E-03
2,0E-03
8 10 12 14 16
- 33 -
Enfin, on a réalisé une étude spectrale en calculant la transformée de Fourier des différences
de déplacement vertical entre le modèle homogène et le modèle comportant une cavité, d’une
part (figure 14), et entre le modèle homogène et le modèle comportant une anomalie plus
rapide d’autre part (figure 15). On dispose de valeurs calculées en surface pour 642 nœuds
situés entre x = 2 m et x = 13 m et entre y = 8 m et y = 17 m. Les déplacements sont relevés
pour 400 pas de temps de 0,1 ms. Après traitement par transformée de Fourier, neuf bandes
de fréquences de largeur 20 Hz entre 10 et 170 Hz sont sélectionnées, représentées par la
lettre indicée de a à h sur les figures ci-dessous. La dernière bande (i) correspond à la gamme
de 170 à 200 Hz.
Sur la première figure (a), le choc émis aux coordonnées x = 8,5 m et y = 12,5 m est signalé
par la croix X noire la position du bloc par le rectangle en tirets noirs.
a b c
d e f
g h i
Figure 14 – Rapport de l’amplitude verticale par bandes de fréquences, entre le modèle bloc = matériau
plus rapide et le modèle bloc=matériau environnant (limons)
- 34 -
Sur les figures 14a - 14b et 15a - 15b, pour des fenêtres de fréquences comprises
respectivement entre 10 et 30 Hz puis entre 30 et 50 Hz, on note surtout l’effet des murs en
béton, représenté par deux buttes d’amplitude maximale d’environ 7 se rejoignant lorsque
l’anomalie est constituée d’un matériau plus rapide (figure 14) ou restant isolés lorsque
l’anomalie est un vide (figure 15). Sur les figures 14c et 15c, apparaît le point d’impact, sous la
forme d’un dôme pour une anomalie plus rapide et de creux dans le cas d’un vide. On voit
aussi une butte à l’emplacement de la cavité dans ce cas. Les figures 14d et 15d pour la
bande de fréquence 70-90 Hz montrent un creux pour une anomalie rapide et une butte pour
une cavité, mais une zone de même signe apparaît de l’autre côté de l’impact. Pour les
fréquences plus élevées, les différences sont moins distinctes.
a b c
d e f
g h i
Figure 15 – Rapport de l’amplitude verticale par bandes de fréquences, entre le modèle bloc=cavité et
le modèle bloc=matériau environnant (limons)
Les figures 16 a et b représentent les décalages en temps entre les modèles avec anomalie et
le modèle de référence. La position du choc émis (x = 8,5 m et y = 12,5 m) est signalée par la
croix X noire, et la position de l’anomalie par le rectangle en tirets noirs. L’amplitude de ces
différences augmente selon la distance du point d’impact placé au centre du cercle. A cette
échelle, on ne peut distinguer qu’une faible différence de teinte entre les deux figures.
- 35 -
a – Décalages en temps pour l’amplitude b – Décalages en temps pour l’amplitude
minimale (anomalie plus rapide que le sol) minimale (anomalie vide)
Figure 16 – Différence entre les instants où le déplacement vertical est minimal
(comparaison modèle homogène / modèle avec anomalie)
La différence entre ces deux décalages en temps (∆tcavité - ∆tmatériau rapide) représentée sur l’axe
vertical figure 17 ne permet pas de détecter précisément le positionnement de l’anomalie.
Figure 17 – Différence entre les décalage en temps pour l’amplitude minimale (t<0,015s) entre le
modèle avec le bloc =matériau plus compact et le modèle avec le bloc=cavité.
Simulations complémentaires
Différentes simulations ont été entreprises avec des géométries plus complexes, dont on ne
présente pas les résultats en détail ici. On a pris en compte deux hétérogénéités plus ou moins
rapides que le sol environnant, positionnées de manière symétrique par rapport à l’axe de la
structure. Les résultats montrent que les amplitudes des mouvements de la surface en
réponse au choc émis reflètent les différences de densité du sous-sol.
- 36 -
L’exploitation des décalages temporels entre le choc et le moment où le déplacement vertical
passe par un minimum est nettement plus délicate (en supposant que le choc émis soit
suffisamment « propre » pour que l’on puisse déterminer avec précision ce décalage).
Qualitativement, les résultats montrent cependant que les vibrations se propagent plus
rapidement dans les parties du modèles plus « rapides ». En revanche, l’introduction d’une
cavité dans le maillage n’introduit pas un décalage vraiment sensible.
Le traitement par transformée de Fourier n’a pas encore été effectué, mais on peut espérer
qu’il permette de préciser les résultats, qui restent à ce stade largement qualitatifs, et ne
permettent pas de déterminer précisément la localisation d’une hétérogénéité, ni sa taille ni sa
profondeur.
En dernier lieu, on a effectué des simulations avec une géométrie plus proche de la géométrie
des structures expérimentales réelles du CER. On peut aussi signaler qu’on a étudié
l’influence de la forme du signal émis ; on peut espérer améliorer l’interprétation des résultats
numériques, et mieux représenter le contenu fréquentiel d’un signal réel (produit par un choc).
Conclusion
La réalisation d’un modèle numérique 3D en dynamique implique une simplification de la
géométrie. Pour que la résolution soit assez rapide (ou même simplement possible) il est
difficile avec les moyens actuels d’utiliser des maillages comportant beaucoup plus de 50000
éléments.
On cherche généralement à exploiter les symétries du problème pour augmenter la précision
du maillage, mais dans le cas étudié ici, la géométrie du site expérimental ne se prête pas à ce
type de simplification. On a donc dû augmenter les dimensions des anomalies enfouies pour
leur donner une action repérable sur le trajet de l’onde émise.
L’analyse fréquentielle avec la transformée de Fourier réalisée sur le modèle simple d’une
anomalie centrale a montré une possibilité de discerner la position proche de l’anomalie et de
discerner une zone plus ou moins rapide que la couche qui l’environne malgré les
inconvénients liés aux bords du modèle et à sa faible profondeur. Le relevé des amplitudes
maximales et minimales en surface ne donne pas de renseignements aussi précis mais
permet d’espérer pouvoir détecter la présence d’une anomalie un peu volumineuse dans une
structure homogène (ou tabulaire) sur le trajet de l’onde réfléchie.
D’autres calculs et d’autres analyses ont été effectuées pour des modèles plus complexes
avec deux anomalies symétriques ou non, mais l’interprétation des résultats semble plus
délicate. Les résultats obtenus à ce stade préliminaire sont donc encourageants, mais on aura
intérêt à développer des modèles numériques plus précis, si les capacités de calcul le
permettent.
- 37 -
3. Etude d’un démonstrateur cross-hole
Contact : Georges Reverdy, Hugues Vialletel (CECP de Rouen), Michel Froumentin (CER de Rouen)
Ont également participé à la définition du cahier des charges Ph. Reiffsteck (LCPC, division MSRGI) et
Ph. Côte (LCLC, division RMS).
Afin de valoriser les mesures faites en contexte urbain, on a cherché à se doter un appareil cross-hole
de dimensions réduites, léger à mettre en œuvre, et qui puisse fournir des références pour calibrer
l’interprétation de mesures obtenues par d’autres techniques. Ce projet n’avait pas été prévu au cahier
des charges initial.
La source est un dispositif que l’on plaque au forage et qui doit générer une onde de
cisaillement en appliquant au bord du forage un déplacement tangentiel vertical. Il est
préférable de faire deux mesures, la première avec un déplacement vers le haut, la deuxième
avec un déplacement vers le bas : en soustrayant les signaux, on peut supprimer la
contribution des ondes de compression et isoler l’onde de cisaillement. Par ailleurs, on réalise
en général trois forages, avec une source et deux récepteurs : il est en effet plus facile d’avoir
une bonne précision sur la différence entre les temps de propagation entre la source et chacun
des forages équipés de récepteurs.
- 38 -
Figure 18 - Mise en œuvre d’une sonde cross-hole classique (photos S. Marten)
- 39 -
Figure 19 - Dimensions et mise en œuvre du nouvel appareil (récepteur) (photos E. Bourgeois)
Les principales caractéristiques du prototype présenté sur la figure 19 sont les suivantes :
• diamètre (sonde fermée/ouverte au maximum) : 60 mm / 75 mm
• longueur de la sonde (avec/sans attache de train de tiges) : 440 / 370 mm
• masse de la sonde seule : 7.30 kg
• possibilité de fonctionnement en trous tubés ou non tubés
• 3 géophones Géo Space type GS-14-L3 (290 mV/ips ; fréquence de résonance 28 Hz).
- 40 -
A Nantes, les essais ont été réalisés sur le site de référence géophysique du LCPC. Trois
forages ont été exécutés par le LR d’Angers (2 forages de 12 m tubés diamètre 64 mm et 1
forage en trou nu à partir de 2 m diamètre 64 mm). Les forages ont été réalisés le 11
septembre et les essais le 27 octobre 2007. Le délai relativement long entre les deux
opérations a probablement permis une détérioration du forage non tubé.
Les essais sont réalisés avec deux types de sources : une frappe à la masse en tête de forage
et des tirs d’inflammateur.
Différents essais ont été effectués avec des pressions d’alimentation différentes : en deçà de
200 kPa, le couplage entre la sonde et le tubage est insuffisant. En revanche, avec une
pression d’alimentation supérieure à 400 kPa, on ne rencontre pas de difficulté de pointage
des temps de l’arrivée des ondes, et les signaux enregistrés ne dépendent pas de la pression
appliquée (mesures faites entre 400 et 1400 kPa). Dans le cas d’un forage nu, il faut
cependant s’assurer que la pression appliquée au bord du forage reste inférieure à la pression
de fluage du sol.
Figure 21 – Exemples de résultats d’essai dans le même forage tubé pour trois pressions de plaquage.
(source : frappe à la masse ; chaque graphique présente les mesures des trois géophones X, Y, Z).
Des essais comparatifs avec une flûte d’hydrophones ont également été réalisés.
Lorsque la source est une frappe à la masse, les signaux du cross-hole sont comparables à
ceux des hydrophones, mais plus bruités, sans doute en raison d’une mise en vibration du
train de tiges. Dans le cas de tirs, le contenu fréquentiel des signaux de la sonde permet des
pointés de bonne qualité (à mieux que 0,1 ms). En supposant une distance de 4 m entre
forages et un temps de propagation de 10 ms, la précision serait de l’ordre de 1% ce qui
montre que la sonde prototype présente des caractéristiques identiques à celles de matériels
conventionnels.
- 41 -
Les essais dans le forage nu n’ont pas été concluants, à cause d’un mauvais couplage entre la
sonde et le sol, et de la présence d’eau dans le forage à la profondeur de la sonde. Le signal
est très bruité, et ce phénomène s’est accentué au cours des essais en raison d’une entrée
d’eau dans le compartiment renfermant les géophones.
En conclusion, les signaux enregistrés avec la sonde au cours de ces essais sont
qualitativement de même qualité que ceux obtenus avec des matériels conventionnels. Les
conditions d’utilisation de la sonde en trou non tubé devront être précisées.
Par ailleurs, ces essais ont conduit à modifier le matériel en 2008 : la sonde a eu du mal à se
refermer complètement quand de l’eau a pénétré dans le compartiment des géophones. On a
donc cherché à rendre étanche le compartiment des géophones, à faciliter l’évacuation de
l’eau du corps de la sonde, et à augmenter la force de rappel de la partie mobile. Par ailleurs,
on a prévu l’ajout d’élargisseurs pour permettre l’utilisation du matériel dans des diamètres
plus importants. Ces modifications ont été réalisées dans le courant du premier semestres
2008 et restent à valider dans différentes conditions (trou tubé ou non, avec ou sans eau, dans
différents types de sols).
3. 5 Conclusion
La conception de la sonde émettrice n’ a pas pu être finalisée dans le cadre de cette opération
de recherche, mais a été menée à bien en 2009. Il reste également à construire une deuxième
sonde réceptrice. Il faut rappeler que le besoin de disposer d’un tel démonstrateur n’avait pas
été identifié dans le cahier des charges de l’opération de recherche, et résulte des premières
réunions du groupe de travail sur les reconnaissances croisées en site urbain : l’appareil étant
à l’origine vu comme un moyen de calibrer les résultats de mesures d’ondes de surface dans
un milieu complexe.
Les sondes cross-hole seront calibrées sur la structure de référence (à deux couches
homogènes) du site du CER, et pourront servir à établir des règles d’interprétation des
mesures d’ondes de surface dans un contexte géométrique complexe. Ce travail reste à
définir, et prendra place dans de nouveaux programmes de recherche non encore définis. Par
ailleurs, le démonstrateur cross-hole pourra être utilisé dans un contexte différent de celui des
reconnaissances urbaines : en particulier, il est envisagé de l’utiliser pour reconnaître la
structure de sites de glissements de terrain.
- 42 -
4. Le projet ASCARIS
Le responsable du projet est Philippe Reiffsteck. Paul Chassaing puis Xavier Bertrand (à partir de
2008) ont assuré le pilotage du projet au CECP d’Angers. Véronique Berche (LRPC St Quentin) et
Charles Kreziak (LRPC Melun) ont également participé au travail présenté ici.
Une des difficultés de la reconnaissance géotechnique concerne les sites inaccessibles à une
sondeuse classique, par exemple le sol sous un bâtiment dont on connaît mal les fondations,
ou en raison du caractère dangereux du site.
L’objectif du projet ASCARIS est de réaliser une sonde foreuse pour explorer le proche sous-
sol : il s’agit de réaliser un engin autonome de forage filoguidé, capable d’atteindre une
profondeur d’au moins dix mètres et de réaliser une caractérisation aussi complète que
possible des sols traversés : analyse de la composition géologique du sous-sol, recherche
d'eau, mesure de pression, détection de polluants. Cet engin serait constitué d’une structure
porte-outil permettant d’effectuer l’acquisition d’images (pour l’identification de la nature du
sol), des mesures d’identification (teneur en eau, nature chimique du sol), et des essais
mécaniques. On peut aussi réfléchir à la possibilité de prélever des échantillons de sol.
Le projet consiste à concevoir une sonde qui n’est pas liée à un train de tiges. Ce choix offre
plusieurs avantages, en termes d’encombrement, de poids des tiges, et d’accès à des zones
difficiles à atteindre avec une foreuse à cause des limites liées à la longueur de tiges et au
caractère rectiligne du forage. Les principaux inconvénients sont l’absence de réaction
disponible en début de forage lors de l’insertion de la sonde dans le sol, et la nécessité de
définir le mode de récupération de la sonde en fin d’essai, en un point distant du point d’entrée
ou en revenant en arrière. La sonde fonctionnera dans des sols naturels sous des structures
ou des ouvrages linéaires, dans des sols urbains dans des zones inaccessibles en raison de
l’encombrement du sous-sol, et dans des sols pollués. Ces sols sont donc des sols de proche
surface et seront probablement non-saturés. Les caractéristiques de résistance moyenne
visées sont un angle de frottement interne de 25 à 35 degrés et une cohésion de 0 à 20 kPa.
- 43 -
gamma-gamma et neutron-neutron, qui permettent respectivement de mesurer la masse
volumique humide et la teneur en eau volumique du terrain ;
- la mesure de la vitesse de propagation des ondes dans les sols, qui permet de déterminer les
modules pour des faibles niveaux de déformation. Comme pour l’essai cross-hole, on crée une
onde de volume dont on mesure le temps de propagation jusqu’à un autre point du milieu dont
la distance à la source est connue. Les énergies mises en jeu sont suffisamment faibles pour
que les déformations découlant de ces essais restent petites (de l’ordre de 10-6), et le sol reste
donc dans le domaine élastique.
- 44 -
L’acquisition d’images peut être faite avec peu d’interaction avec les autres fonctions pour
décrire quantitativement des propriétés pertinentes d’un point de vue géologique : analyse de
texture, analyse colorimétrique, granulométrie, angularité.
La récupération de la sonde et des échantillons qu’elle contient pose différentes questions : le
chemin à suivre, la tenue du trou, le procédé permettant de revenir (par exemple par traction
sur le flexible pour ressortir par l’entrée), le repérage de la sonde si l’on ressort du trou sans
revenir en arrière par un débouché en surface.
Les différentes fonctions de la sonde présentent des interactions plus ou moins importantes.
Par exemple, les choix faits pour le prélèvement ont un impact sur le volume intérieur de la
sonde, donc sur le forage et la poussée sur l’outil. La question de la tenue du forage se pose
également de manière différente selon que l’on ressort la sonde en revenant en arrière ou pas.
4. 3 Contraintes
Des contraintes spécifiques à l’utilisation sur site à risques comme celles liées à la mise en
veille la nuit (essais sur plusieurs jours) et aux protocoles de commmunication, devront sans
doute être prises en compte. Nous n’en avons qu’une vision partielle à ce stade.
Pour la sonde, certaines caractéristiques géométriques s’imposent logiquement. Seul un outil
rotatif de forage permet d’atteindre la profondeur visée : une forme cylindrique s’impose donc.
La masse envisageable est la trentaine à la cinquantaine maximum de kilogrammes ce qui
permettrait d'envisager un diamètre intérieur d'outil d'environ 8 à 10 cm. La puissance
développable sera de quelques centaines voir milliers de watts. La masse des échantillons à
prélever serait de l’ordre de quelques dizaines de grammes par strate identifiée.
D’autres contraintes sont liées à l’environnement : par exemple, la possibilité de rencontre de
fluide sous pression lors de la progression impose que l’appareil et les utilisateurs soient
protégés contre une forte variation de pression. La possibilité de rencontre de réseaux
enterrés non repérés impose que l’appareil et les utilisateurs soient protégés contre les
surcharges électriques.
Le cahier des charges prend également en compte des contraintes liées à l’ergonomie, et à la
préservation des échantillons.
- 45 -
La bibliographie montre qu’il est possible de forer la plupart des matériaux en consommant
quelques dizaines de watts. L’utilisation d’une vitesse de forage faible sera toutefois
nécessaire pour les matériaux les plus durs.
Le mode de prélèvement reste à préciser.
Pour la poussée sur l’outil, les dispositifs classiques utilisent généralement comme réaction le
poids de la foreuse. La réalisation d’ancrages est coûteuse en temps et en énergie et
complexe techniquement ; de plus, le sol de surface n’a pas toujours la résistance nécessaire
pour fournir des ancrages fiables. Du fait de l’absence de train de tiges et d’ancrages, on
propose un système utilisant la paroi de forage pour mobiliser l’effort de réaction. Dans la
phase de pénétration de la sonde dans le sol, on pourra s’appuyer sur le bâti, et travailler
ensuite sur un mode de propagation par reptation.
4. 5 Fonctions techniques
Les principales fonctions de l’appareil sont le forage, l’avancement, le prélèvement et la
réalisation d’essais. Cette section présente de manière plus détailllée les premières options
techniques qui ont été étudiées et le cas échéant retenues.
Forage
Les solutions retenues pour le forage proprement dit doivent aussi tenir compte des aspects
liés à la désagrégation du matériau, l’évacuation des copeaux, la poussée sur l’outil, la
possibilité d’orienter le forage, et l’objectif de réaliser un forage propre et présentant une bonne
tenue. La solution la plus adéquate semble la déstructuration du sol à l’intérieur de l’appareil
ce qui permet de prendre appui sur les parois et de les observer. L'évacuation des copeaux
pourra être faite par air comprimé ou fluide de forage.
On peut distinguer deux types de découpe : les procédés de découpe sur toute la surface (par
des outils de type tricône ou molettes), et les outils de découpe sur la périphérie (couronnes).
Les tricônes sont caractérisés par la taille des dents (picots de carbure) qui est d’autant plus
petite que le matériau attaqué est plus dur, et l’angle des axes de rotations des cônes par
rapport aux médianes du cercle circonscrit. Plus l’angle est élevé plus la composante
cisaillement du tricône augmente, effet à rapprocher du mouvement d’une roulette. Pour que
les nombreuses dents ou picots pénètrent dans le terrain, il faut appliquer une poussée élevée.
La qualité de la paroi dépend de la vitesse de circulation du fluide d’injection. Une boue peu
épaisse conduit à un débit élevé qui peut dégrader la paroi ; une boue plus épaisse donne une
paroi en bon état. On notera que dans le contexte de la reconnaissance, l’utilisation de
polymères est interdite : les polymères ne forment pas un cake mais pénètrent le matériau,
lubrifient ce dernier, détruisent le frottement interne.
Dans le cas d’une découpe sur la périphérie, les paramètres de forage varient avec la
granulométrie du sol, sa cohésion pour les sols raides ou sa cimentation pour les roches
tendres. En général, le matériau tend à devenir plus résistant et fragile (a contrario d’une argile
ductile) avec la cimentation, dans une moins grande mesure avec la cohésion. Sous l’action du
forage, les matériaux fragiles (sols raides ou grossiers), forment des copeaux, alors qu’un sol
cimenté s’effrite. Les outils adaptés aux sols raides et roches tendres possèdent des dents de
coupe biseautées (figure 22). La forme et l’orientation de ces dents de coupe influencent
l’efficacité et la stabilité de l’outil.
- 46 -
Figure 22 – Outil pour roche
Le processus de formation du copeau est principalement basé sur des déformations fragiles
ou plastiques selon la nature de la roche. En faible vitesse de coupe et pour un sol, le copeau
est continu, et les déformations plastiques dans les zones de cisaillement sont quasi-
stationnaires. Avec de hautes vitesses de coupe et pour les sol raides et roches, le copeau est
dentelé et formé d'éléments séparés, ce qui semble être généré par une rupture du matériau
plus que par un cisaillement.
Le front de taille de la couronne observé est en général plan et anguleux, mais une forme
conique voire arrondie en quart de cercle serait préférable, celle-ci réduit fortement les
vibrations de l’outil et donne des carottages lisses propices à l’observation de la paroi.
Si la désagrégation s’effectue par un outil de coupe rotatif sans fluide de forage, l’outil doit être
dimensionné pour résister à l’effort appliqué sur les dents de coupe et l’action abrasive des
copeaux de sol sur les dents et le corps de l’outil. Dans le cas contraire, les parties de sol non
coupé collent au corps de l’outil et freinent le forage. Au-delà, la pénétration de l’outil dans le
sol non-coupé ne se fera que par frottement et abrasion.
Enfin, les sols pouvant être saturés, pollués, le matériau constitutif de la sonde devra résister à
l’oxydation.
En dernier lieu, le dispositif de forage doit permettre de réguler l’attaque en fonction de la
dureté du matériau, en adaptant la vitesse de rotation et la poussée sur l’outil en fonction du
couple et de la température mesurés. Il doit également tenir compte des solutions retenues
pour rejeter les copeaux, soit directement derrière la sonde (avec un câblage passant dans le
sol foisonné), ou par un conduit souple. Le choix sera en partie conditionné par le choix d’une
attaque périphérique ou totale : les copeaux ne seront pas du tout de la même taille.
Avancement
Le mode d’avancement envisagé est la reptation. Si l’on ressort en un point différent du point
d’entrée, il faut repérer la position de la sonde. Il faut aussi définir les moyens de se diriger
pour ressortir. Pour l’entrée dans le sol, un dispositif d’appui permettant d’aider à la pénétration
est envisagé. L’appareil sera lié à un socle permettant de prendre appui.
Si l’on imagine d’aller sous un ouvrage reposant sur trois niveaux de sous-sol (soit 10 mètres)
en partant d’un trottoir (soit environ 10 mètres de large), la distance à parcourir est d’environ
20 mètres et le rayon de courbure de 10 mètres (figure 23).
- 47 -
S
P E
La poussée sur l’outil sera obtenue en s’appuyant sur la paroi du forage. L’accrochage
nécessite d’appliquer au bord du forage une surface rugueuse (voire pénétrante) pour
mobiliser le maximum de résistance au cisaillement. La pression sur les parois sera appliquée
par l’intermédiaire d’une membrane souple. Trois possibilités s’offrent à nous : utiliser un
mécanisme de parallélogrammes, une membrane classique en caoutchouc avec renforcement
de lames métalliques ou une membrane en alliages spéciaux de type Alliages à Mémoire de
Forme (figure 24).
Les solutions recourant à une membrane (figure 24 a et b) nécessitent une source de pression
mais sont proches de dispositifs existants. Les solutions utilisant un mécanisme (figure 24 c à
e) comme une crémaillère ou un système vis-écrou actionné par un moteur électrique sont
nettement plus complexes à mettre en œuvre. Le système par écailles rotatives (figure 24 c et
d) présente l’inconvénient de ne pouvoir fonctionner que dans un sens ; on ne peut pas le
retenir.
La solution la plus simple est une dilatation de l’appareil et son ancrage dans le sol qui peut
être réalisée comme dans l’appareil phicométrique (figure 25).
- 48 -
A-A
10
C
hd
4
ld2
ld1
guard zone
1 dc
6 ds0
7
C B-B
(before test) 9
3
measuring zone
1
3 2
2
ls
lt
lc
ds0 A A
B-B
B B (during test) 9
9 1 3
2
7
guard zone
6 A A
5
dc
dc
ds0
L’avance de la sonde nécessite la mise en œuvre d’un mode de propagation par reptation, qui
peut être réalisé par plusieurs moyens (non limitatifs), comme illustré sur la figure 26 :
- le rapprochement–éloignement de deux corps se dilatant de manière alternée ;
- le skating ou déplacement alterné de patins (cette technique implique beaucoup de
mécanismes dans un volume réduit) ;
- le vissage alterné de deux hélicoïdes de pas inverse : cette technique nécessite un sol
suffisamment compact pour avoir de l’appui et cependant suffisamment mou pour permettre le
vissage ; elle paraît difficile à utiliser dans un sous-sol hétérogène.
La première solution nécessite un groupe générant la pression et des conduites, ce qui est la
solution la plus viable dans le cadre du génie civil. Les deux autres solutions sont simples et
peuvent d’ailleurs se compléter mais nécessitent des mécanismes. Nous retiendrons ici la
première technique dans l’optique d’une utilisation dans les sols.
- 49 -
Direction
La capacité de changer de direction nécessite de concevoir une articulation comportant deux
degrés de liberté. On peut proposer une articulation de type cardan, une articulation composée
de deux articulation orthogonales, ou un système à trois vérins.
La position de l’articulation imposera le rayon de courbure et l’effort qu’elle aura à reprendre
(figure 27) : placée entre les deux parties expansibles, elle optimise le rayon mais maximise
les efforts à reprendre ; placée juste derrière l’outil, elle minimise les efforts mais augmente le
rayon. Le diamètre extérieur de la sonde et le surcarottage réalisé conditionnent également le
rayon de courbure.
R R
Prélèvement
Leprélèvement avec des écopes est possible dans des sols de faible résistance, mais pas
dans des roches. Le prélèvement dans le sens vertical posera des problèmes par la
ségrégation entraînée par la faible vitesse et l’action dans le sens de la gravité. Il est donc plus
pertinent d’imaginer un outil de coupe rotatif, à percussion, ou à vibro-percussion. Le logement
de l’outil dans une position radiale ou orthoradiale est difficile si l’on doit laisser le centre de la
sonde libre pour la remontée des copeaux. De plus l’outil n’étant pas centré, il est nécessaire
de disposer d’une contre-réaction.
- 50 -
4. 6 Premières esquisses du démonstrateur
Les premières esquisses CAO ont réalisées par E. Switsers (du Centre d’Etudes et de
Construction de Prototypes d’Angers, figures 28 et 29). Elles permettent de bien visualiser la
propagation de l’appareil dans le sol en virage et les spécificités d’une configuration avec trois
modules.
Pour l’instant seule l’utilisation d’un moteur hydraulique et d’un tricône sont considérés. Cette
voie sera poursuivie avec la possibilité de fixer différents outils (trilame, outil à bouton par
exemple). On propose d’utiliser le moteur de forage pour réaliser la rotation du corps. Il est
envisagé que la jonction du corps avec le lien vers la surface serve d’outil de refoulement du
sol pour le retour de l’appareil en marche arrière. Une étude plus poussée du
dimensionnement devra préciser la vitesse de rotation, le couple et la pression sur outil.
- 51 -
5. Conclusion
L’activité de reconnaissance des sols reste un enjeu important pour les projets de
géotechnique : pour anticiper le comportement d’un ouvrage lors de sa construction et les
impacts qu’il peut avoir sur son environnement, il est nécessaire de bien cerner la structure du
sous-sol et ses caractéristiques mécaniques.
En pratique, quoique tous les acteurs soient conscients de l’intérêt de reconnaissances bien
menées, des considérations de coûts, de délais, de contraintes d’accès et d’utilisation des
sites font qu’on n’a souvent qu’une caractérisation insuffisante des sites. On a donc proposé
de faire progresser les techniques de reconnaissance, en mettant au point des techniques plus
simples et plus rapides à mettre en œuvre :
- des sondes de dimensions réduites et qui permettraient de s’affranchir de l’étape de tubage
des forages pour les essais cross-hole,
- des essais de reconnaissance géophysiques de type « ondes de surface », sous réserve que
l’on parvienne à faire progresser les techniques d’interprétation de manière à rendre
exploitables les résultats obtenus dans un contexte géométriquement complexe.
Une partie seulement de ce programme a été menée à bien pour différentes raisons (en
particulier le départ de différents acteurs impliqués dans le projet), mais le travail effectué a
débouché sur plusieurs acquis :
- on a commencé une réflexion sur le développement d’un appareil cross-hole qui pourrait faire
l’objet d’une construction en petite série, et permettre de mieux cerner la déformabilité des
terrains soumis à des petites déformations ;
- on dispose au Centre d’Expérimentation Routière de Rouen de structures expérimentales de
grandes dimensions, sur lesquelles on peut procéder à des essais de toutes natures, de
manière à vérifier les performances des techniques d’investigation.
On peut également estimer que le réseau technique aura intérêt à développer ses
compétences et son savoir faire dans le domaine des ondes de surface.
- 52 -
Chapitre 3.
Observations sur ouvrages réels
1. Introduction
L’une des ambitions de l’opération était de réaliser des instrumentations complètes d’ouvrages
complexes, avec un suivi en temps réel. En pratique, une telle instrumentation est coûteuse à
mettre en œuvre, et les conditions nécessaires sont difficiles à réunir : les exemples récents
concernent généralement des ouvrages expérimentaux bien contrôlés (et relativement
modestes). Compte tenu des moyens disponibles et des circonstances, ce volet de l’opération
a eu moins d’ampleur que prévu. Les travaux réalisés se concentrent sur trois actions
différentes, bien ciblées, et porteuses d’enseignements variés : la première est le suivi à
moyen terme d’un panneau de paroi moulée d’un ouvrage important, la seconde concerne la
comparaison du comportement des pieux battus et vibrofoncés ; on présente aussi rapidement
quelques réflexions sur le suivi d’une paroi dans un site concerné par un glissement ancien, et
en dernier lieu, on présente la mise en oeuvre de capteurs à fibres optiques pour le suivi des
mouvements provoqués par la remontée de cavités dans un remblai.
2. 1 Présentation du site
Le site a été gagné sur la Seine par remblaiement : on trouve en surface des remblais
limoneux peu consolidés issus du comblement de l’estuaire. La plus grande partie du site se
trouve, avant les travaux, à la cote +10 CMH (cartes marines du Havre). Entre 0 et -4 CMH, se
trouve l’ancien lit du fleuve, constitué de dépôts récents alluvionnaires (« dépôts vasards »).
Cette couche est entièrement terrassée et remplacée. La couche principale, de 19 à 29 m
- 53 -
d'épaisseur, est composée de sables fins à grossiers, répartis en sables fins coquilliers, et de
sables fins à grossiers gris-vert avec présence de graviers, de galets, d’inclusions de sables
fins et de débris végétaux. En profondeur, des sédiments fins continentaux forment une
barrière hydraulique avec les sédiments fluviatiles sous-jacents. Ces derniers, appelés
« graves de fond » sont constitués de sables grossiers, de graviers assez anguleux, de galets
de silex et de blocs. Le substratum, situé entre -29 et -32 CMH, est constitué par les Marnes
de Villerville (argile marneuse noire ferme à raide).
La marée varie entre +0,10 CMH et +9,10 CMH. Les terrassements devant et derrière de la
paroi se font à l’abri d’un rabattement à -1,0 et -8,50 CMH respectivement. Aux extrémités du
quai, on a réalisé des voiles étanches pour faciliter de le rabattement.
2. 2 Présentation de l’ouvrage
L'ouvrage est une paroi moulée de 1,20 m d'épaisseur et 40 m de hauteur, encastrée dans les
marnes, surmontée par une poutre en béton armé et un masque d’accostage de 9,10 m de
hauteur et 3,43 m de largeur. Le mur est retenu par deux nappes de tirants passifs inclinés,
mis en place après terrassement sur 17 m de hauteur derrière la paroi. La figure 30 montre la
coupe de la structure.
Magistrale
+8,70
palplanche rideau
+3,00 remblais nouveaux
arrière PU25 remblais
+0,50
0
tirants 80R95 dépôts récents -2,00
non-précontraints sables supérieurs -5,00
sables inférieurs -8,00
-7,50 -7,00
- 10
paroi moulée ep.=1,20m 45,40 m
-15,50 cote de dragage sables inférieurs denses
-17,00
- 54 -
35 m 90 m
voile étanche
voile étanche
récents
sables
puits de
puits de
rabatte-
rabattement silts ment
graves
marnes
-31 CMH
Phase 1 +8,7 CMH
bassin terre-plein
Début du rabattement de la nappe, pour excaver
à sec des deux côtés de la paroi. La nappe est à +3 CMH remblais
+0 CMH
+0,00 CMH côté bassin, et à +3,00 CMH environ
dépôts
du côté terre-plein. récents
Pendant cette phase, ont été installés les deux
sables
piézomètres aval, Pz n°1 et n°2. La première
mesure inclinométrique a été effectuée le silts
01/07/03.
graves
marnes
-31 CMH
Phase 2 +8,7 CMH
A l’abri du rabattement à -5,00 CMH environ, le
terrain est terrassé devant la paroi jusqu’à la cote +0 CMH remblais
+0,00 CMH sur quelques mètres de large, pour
permettre la construction de la poutre de -5 CMH dépôts
récents
couronnement et du masque d’accostage.
Des mesures inclinométriques ont été réalisées sables
- 55 -
Phase 4 45,5 m
Après rabattement à -8 CMH environ derrière la +10,2 CMH
paroi, le terrain est terrassé jusqu’au niveau du lit
+0 CMH
de tirants inférieur. Les tirants et le rideau rideau d’ancrage
(palplanches)
-7,5 CMH
d’ancrage sont mis en place. Deux 9 5
t ir a n t s in fé r ie u r s 8 0 R
-5 CMH
extensomètres à corde vibrante sont installés à
chaque extrémité de 5 tirants. Deux tubes de -8 CMH
sables
réservation pour les inclinomètres arrière sont
soudés aux palplanches. silts
février 2004 : terrassement à +2,80 CMH graves
- mesure inclinométrique : 12/02/04 marnes
-31 CMH
- mesure topographique : 13/02/04
Phase 5 +10,2 CMH
Remblaiement jusqu'à la cote du lit de tirants +3 CMH
+0 CMH
supérieur, mise en place des tirants entre la tir a n ts s u p
é r ie u r s 80R
95
paroi et le rideau d’ancrage. Les niveaux de la -5 CMH remblai nouveau
nappe restent inchangés des deux côtés de la
paroi. -8 CMH
sables
Comme les tirants inférieurs, cinq des tirants
supérieurs sont équipés de deux paires silts
d’extensomètres, une paire à chaque extrémité. graves
marnes
-31 CMH
Phase 6 +10,2 CMH
Le remblaiement est terminé derrière la paroi. La +6,5 CMH remblai nouveau
+0 CMH
gestion de nappe est arrêtée et l’eau remonte
dans la suite.
Lors de l’avancement des travaux de remblaiement,
les tubes de réservation sont rehaussés sables
progressivement. Deux inclinomètres sont installés
au niveau du rideau d’ancrage et deux autres forés silts
à mi-distance entre la future voie de grue arrière et graves
le rideau. -31 CMH
marnes
- 56 -
- la déformation de la paroi et du rideau d’ancrage par six inclinomètres ;
- la déformation du terrain entre le portique et le rideau d’ancrage (deux inclinomètres) ;
- le déplacement de la tête de paroi par des mesures topographiques ;
- l’évolution des forces dans les tirants à l’aide de 40 extensomètres à corde vibrante placés à
leurs extrémités.
Dans la paroi, quatre inclinomètres descendent à une profondeur de 49,50 m (dans les
marnes), et sont appelés dans la suite « inclinomètres encastrés » ; deux autres ne dépassent
pas la profondeur du pied de la paroi (39,50 m) : ils sont appelés « inclinomètres flottants ».
Le niveau de la nappe est observé à l’aide d’un système de piézomètres.
Suivi piézométrique
Le comportement de l’ouvrage est fortement lié aux mouvements de nappe. Le suivi
piézométrique montre que la nappe baisse lors de la construction des voiles étanches mis en
place pour améliorer l'efficacité du rabattement. La construction progressive du mur de quai
coupe l’écoulement entre l’amont et l’aval, le niveau restant inchangé loin de l’ouvrage. Par
ailleurs, on observe de fortes oscillations des nappes avec la marée.
Mesures inclinométriques
Les inclinomètres encastrés ont donné des résultats d’une qualité bien supérieure à celle des
inclinomètres flottants plus courts. Les mesures permettent d'évaluer les déplacements de la
paroi, moyennant un traitement approprié. La construction du masque d’accostage et de la
poutre de couronnement entraîne une augmentation des déplacements vers la fouille qui
atteignent 2,5 cm en tête. Les mesures montrent ensuite une évolution complexe de la
déformation du mur lors du bétonnage, puis du refroidissement du béton. On observe aussi
des mouvements qui semblent provoqués par des effets tridimensionnels liés au processus de
terrassement, ou à une réponse différée des couches basses d’alluvions (qui sont difficiles à
prendre en compte dans une modélisation élastoplastique en déformation plane).
Dans la suite, on s’intéresse plus particulièrement aux mesures effectuées au cours du
terrassement derrière la paroi (pour la mise en place des tirants et du contre-rideau). Le
déplacement en pied devient plus marqué et traduit clairement des déformations de l’argile de
Villerville lors des terrassements côté amont. La courbure de la paroi change de sens dans sa
partie médiane. La combinaison du déplacement en pied et de l'inversion de courbure se
traduisent par un recul de la paroi, les déplacements en tête diminuant et devenant négatifs.
L’amplitude maximale vers l’amont est atteint lors de la mesure 11 quand le terrassement
atteint le fond de fouille à la cote -7,50 CMH. Le déplacement en tête est alors de -3 cm
environ.
Les étapes suivantes correspondent au remblaiement derrière la paroi, qui se traduit par un
nouveau changement de sens du mouvement de la paroi. La déformée présente alors deux
points de courbure maximale (cotes -17,00 et -5,00 CMH). L’arrêt du pompage, après la fin du
remblaiement, permet à l’eau de remonter devant la paroi, qui réagit avec un recul important,
de l’ordre du centimètre, vers les terre-pleins, le déplacement en tête étant alors de -3 cm.
Lors du dragage à -5,00 CMH, l’allure de la paroi reste quasiment inchangée par rapport à la
phase 15, le déplacement étant gouverné par un mouvement en pied vers l’aval. Les dragages
progressent ensuite et la déformée de la paroi subit une transformation d’ensemble :
- en pied, la paroi subit un déplacement de 1 cm environ ;
- en partie inférieure, au-dessous du fond du bassin, elle bascule vers l’aval (rotation) ;
- le déplacement vers l’aval de la partie supérieure de la paroi est limité par les tirants ;
- en partie médiane, la courbure de la paroi s'accentue fortement entre -10 et -15 CMH;
- en partie supérieure, la courbure précédente de la paroi se redresse.
Ces mesures témoignent donc de la complexité du phasage de travaux, et de celle de la
réponse de la paroi.
- 57 -
2. 5 Suivi de l’ouvrage en 2005 et 2006
Au cours de l’opération de recherche 11M051, et dans le cadre d’une convention tripartite
entre Solétanche-Bachy, le Port Autonome du Havre et le LCPC, on a pu continuer à suivre
l’évolution des déplacements de la paroi, au moyen des inclinomètres, jusqu’à la fin de l’année
2006, soit environ deux ans et demi après la fin des travaux de génie civil. En 2005, sur la
base des mesures réalisées depuis la fin de la construction, on a pu proposer une prévision du
déplacement maximal, représentée par la courbe en trait plein de la figure 32. Cette prévision
résulte simple d’un calage d’une exponentielle sur les mesures, indépendamment de toute
modélisation du phénomène en jeu. Les mesures effectuées en 2006 ont confirmé la
stabilisation attendue des déplacements. Au vu des résultats, le suivi a été interrompu à la fin
de l’année 2006. Dans la suite, on examine de manière plus détaillée les résultats des
mesures.
55
45
mesures 2006
25
4
05
6
4
05
06
7
0
/0
/0
/0
/0
/0
/0
8/
9/
2/
0/
11
/2
/5
/3
/1
1/
5/
2/
/1
/1
9/
17
28
24
18
14
10
Figure 32 – Evolution du déplacement horizontal maximal de la paroi au cours des années 2005-2006
Les mesures ont montré que le déplacement de la paroi a continué à évoluer après la fin des
travaux, avant de se stabiliser progressivement. Le principal chargement subi par l’ouvrage au
cours de cette période est l’alternance des marées.
La plupart des mesures effectuées au cours des années 2005-2006 ont été réalisées deux
fois, une à marée haute et l’autre à marée basse. La figure 33 illustre l’amplitude du
déplacement de la paroi dû à la seule action de la marée : on obtient des valeurs de l’ordre de
cinq à dix millimètres.
- 58 -
6
Dragage
Effet des marées
bassin
4
Remblaiement
Mouvement de la paroi (cm)
BASSIN
2 côté
terre plein
-6 Excavation Excavation
côté bassin côté
terre plein
-8
7 /0 3
9 /0 3
2 /0 3
3 /0 4
7 /0 4
9 /0 4
2 /0 4
4 /0 5
7 /0 5
0 /0 5
1 /0 6
4 /0 6
7 /0 6
0 1 /0
3 0 /0
3 1 /1
3 1 /0
0 1 /0
3 0 /0
3 1 /1
0 1 /0
0 2 /0
0 1 /1
0 1 /0
0 2 /0
0 3 /0
Figure 33 – Déplacement horizontal maximal de la paroi : comparaison topométrie / inclinomètres
Il est intéressant de noter que les inclinomètres placés au niveau du rideau d’ancrage (45 m en
arrière de la paroi) montrent une influence beaucoup plus faible de la marée sur le
déplacement du rideau (figure 34).
Figure 34 – Comparaison marée haute / marée basse, au niveau du tirant d’ancrage, côté paroi (I1) et
côté rideau de palplanches (I7).
Par ailleurs, l’instrumentation mise en place comportait des extensomètres placés sur un
certain nombre de tirants, qui permettent de représenter l’évolution des efforts dans les tirants
en fonction de la marée (figure 35). On note une variation d’amplitude importante (plus de 200
kN) comparée à la valeur absolue de l’effort de traction dans le tirant ( de l’ordre de 600 kN en
moyenne), pour les tirants du lit supérieur. Du côté du rideau de palplanches, l’amplitude de la
variation n’est que de 45 kN environ.
- 59 -
Figure 35 – Evolution de la force de traction dans les tirants du lit supérieur
En dernier lieu, on peut compléter l’image globale du comportement de l’ouvrage sous l’effet
de la marée en représentant les variations du déplacement du mur entre la marée haute et la
marée basse, pour trois dates correspondant à fin 2004, début 2005 et fin 2006 (figure 36). Si
le déplacement maximal du mur se stabilise au cours du temps, on ne peut pas dire que la
différence entre le déplacement à marée basse et à marée haute s’amortisse de manière
significative au cours du temps.
10
0
cote CMH [m]
-5 Référence
30/09/2004 (MB)
-10 30/09/2004 (MH)
10/02/2005 (MB)
-15
10/02/2005 (MH)
-30
bassin
terre-plein
-35
-40
70 60 50 40 30 20 10 0 -10 -20
déplacement [mm]
Figure 36 – Comparaison des relevés de l’inclinomètre 4 (dans la paroi) à marée haute et basse en
2004, 2005 et fin 2006.
- 60 -
2. 6 Modélisation numérique de l'ouvrage
- 61 -
phase 3 phase 4
50
50
40
40
cote (m)
cote (m)
30 30
20 20
mesures mesures
10 10
calcul calcul
0 0
-6 -4 -2 0 2 -4 -2 0 2 4
déplacement (cm) déplacement (cm)
- 62 -
2. 7 Conclusions
Sur le plan pratique, l’instrumentation présentée reflète les difficultés de mise en œuvre d’un
système de suivi visant à comprendre le comportement global d'un ouvrage (et pas seulement
à fournir les informations indispensables au suivi du chantier). Les problèmes de planning,
d’accessibilité et de sécurité demandent une très forte coordination entre les différents acteurs.
L’instrumentation doit pouvoir s’adapter à l’avancement du chantier.
Pour le projet Port 2000, l’instrumentation a été concentrée sur un panneau. L’installation a été
coordonnée de façon précise avec l’avancement des travaux et des mesures ont été
effectuées pour chaque phase de construction, grâce à la grande disponibilité des différents
intervenants.
L’inclinométrie représente la part la plus importante de l’instrumentation, en termes de volume
de données. Différentes difficultés ont néanmoins été rencontrées :
- des difficultés classiques d’interprétation des mesures, la longueur des tubes étant sans
doute un peu trop faible pour que leur pied soit fixe : dans ce contexte, on ne connaît la
déformée du mur qu’à une translation et une rotation près. On a pu recaler les mesures grâce
au suivi topographique, qui a donné de bons résultats mais posé d’autres problèmes
(contraintes de visibilité, vibrations lors du compactage, protection des stations) ;
- une relative lourdeur du procédé (à cause de la nécessité de passer une sonde coûteuse
dans le tube plusieurs fois), qui donne à penser que de nouvelles techniques reposant sur un
principe différent (par exemple des fibres optiques, des capteurs d’inclinaison ou des
accéléromètres) pourrait faciliter la mise en œuvre de ce type de mesures ; en particulier, on
peut imaginer des dispositifs automatisés pour l’acquisition et la transmission des données.
Malgré ces difficulté, on a pu constater que les déformations calculées au stade du projet
étaient supérieures à celles réellement mesurées. Les efforts mesurés dans les tirants entre la
paroi et le rideau d’ancrage ont également présenté des différences importantes avec les
calculs de dimensionnement. L’instrumentation des ouvrages réels reste donc indispensable
pour appréhender leur comportement et développer de nouvelles approches de calcul.
Les modélisations numériques par éléments finis n’ont pas permis de reproduire la
cinématique globale de la paroi au long de l’ensemble des phases de la construction, malgré le
grand nombre de tentatives qui ont été effectuées. La différence irréductible entre les mesures
et les calculs laisse penser que la modélisation ne rend pas compte d’un phénomène qui a une
influence primordiale sur le comportement, bien qu’il ne soit pas identifié clairement : les
modélisations conduites jusque-là permettent cependant d’exclure un certain nombre
d’hypothèses (par exemple, la modélisation de l’excavation en une ou plusieurs étapes n’a pas
une grande influence, les conditions de contact sol-paroi ne sont pas non plus décisives).
D’autre part, le cadre élastoplastique utilisé ne se prête pas à la modélisation de l’évolution
progressive (et de la stabilisation) des déplacements de la paroi : il serait nécessaire de mettre
en œuvre des modèles de comportement plus complexes pour rendre compte de
l’accumulation de déformations plastiques au cours du temps. On peut penser à des modèles
élastoplastiques « cycliques », ou à des modèles viscoplastiques.
- 63 -
3. Etude expérimentale du comportement des pieux vibrofoncés
Contacts : F. Rocher-Lacoste, F. Dudouyt, division MSRGI, LCPC
3. 1 Introduction
Une des activités traditionnelles de la division MSRGI du LCPC consiste à réaliser des
mesures sur des ouvrages en vraie grandeur, en particulier dans le domaine des fondations
spéciales et des fondations profondes. Une équipe de la division réalise régulièrement des
essais de chargement de pieux, qui permettent d’évaluer l’intérêt et les performances de
nouvelles techniques.
Pour les pieux mis en place avec refoulement, la majorité des méthodes de dimensionnement
traitent des pieux battus mais pas des pieux vibrofoncés. En France, la pratique courante
consiste, pour des éléments devant assurer une fonction de portance, à surbattre les pieux
vibronfoncés sur les derniers mètres. Il est donc nécessaire de réaliser des essais comparatifs
pour comparer la portance d'éléments vibrofoncés à celle d'éléments battus à la même
profondeur dans les mêmes conditions de sol.
La réglementation
En France mais aussi en Europe, la technique du vibrofonçage est très rarement utilisée pour
foncer des pieux ayant une fonction de portance jusqu'à leur cote finale. La grande majorité
des règlements et codes de dimensionnement ne traitent que du calcul des pieux foncés par
battage au moyen d'un marteau diesel ou hydraulique. Du point de vue réglementaire, le
fascicule 62 - titre V et le DTU 13.2 ne donnent pas d'élément spécifique pour le
dimensionnement des pieux vibrofoncés. Dans ces documents, le terme "pieux battus"
recouvre à la fois les pieux foncés par battage et par vibrofonçage. C'est le cas également de
la pratique européenne : de façon générale, lorsque les pieux vibrofoncés sont cités dans les
codes de dimensionnement, ils ne sont pas distingués des pieux battus.
La norme polonaise PN-83/B-02482 et la norme russe SNIP II-B.5-67 sont des exceptions ;
elles introduisent de façon explicite une différence entre la capacité portante des pieux
vibrofoncés et des pieux battus. Ces normes abordent uniquement le cas des sols grenus de
compacité moyenne et des sols argileux de consistance moyenne à molle, qui constituent les
sols où le fonçage par vibrage présente a priori un intérêt économique. Cependant la norme
russe semble être en contradiction avec la plupart des autres observations, dans la mesure où
elle prévoit une résistance en pointe plus forte dans certains sols pour les pieux vibrofoncés
(Rocher-Lacoste, 2008).
Aux États-Unis, les différents Etats, en particulier ceux où sont situées les grandes métropoles,
ont développé une pratique propre et des documents réglementaires spécifiques. En outre, il
existe des agences fédérales qui éditent leurs propres règles. Lorsque la charge des pieux
dépasse 40 tonnes, les codes imposent que des essais de chargement statique soient
réalisés. Ces essais sont donc très courants, mais leur objectif est principalement de vérifier la
capacité portante et rarement de faire évoluer le projet (Loftus, 1997).
Le guide technique consacré aux fondations profondes de l'armée américaine (US Army Corps
of Engineers, 1991) indique que le vibrofonçage requiert une attention particulière à cause de
la réduction de capacité portante (par rapport aux pieux battus) observée dans un certain
nombre de cas. Il souligne l'absence de méthode fiable, équivalente à celles utilisées pour les
pieux battus, pour évaluer la résistance et les contraintes induites dans le pieu par le
- 64 -
vibrofonçage. Il insiste cependant sur l'intérêt économique du vibrofonçage comme mode de
mise en place, notamment dans les projets comportant un grand nombre de pieux : des essais
de chargement statique et dynamique peuvent alors être réalisés pour justifier la fondation.
Certaines agences américaines autorisent le vibrofonçage de pieux porteurs à condition que
des essais de chargement soient réalisés sur un certain nombre de pieux de l'ouvrage en
comparant, pour la fiche du projet, la résistance d'un pieu entièrement battu et celle d'un pieu
entièrement vibrofoncé. L'augmentation éventuelle de la fiche des pieux est alors à la charge
de l'entreprise. C'est à elle qu’il revient de décider si l’augmentation des cadences de mise en
place par vibrofonçage justifie les coûts supplémentaires éventuellement impliqués par les
conclusions tirées des résultats des essais.
Les informations recueillies sur le Japon et sur la Thaïlande (Borel et al., 2001) montrent que
dans ces deux pays l'acceptation en terme de capacité portante pour des pieux vibrofoncés ne
peut être validée que par des essais de chargement statique ou quasi statique (surbattage).
Au Japon, une réglementation est en cours d'élaboration. Néanmoins, les premières études
effectuées dans ce cadre ont montré la difficulté de l'établissement d'une norme,
principalement liée au manque de recul et de données sur la pratique du vibrofonçage.
Méthodes empiriques
Les méthodes d'évaluation de la capacité portante d'éléments foncés par vibrage décrites
dans la littérature sont purement empiriques. Différents auteurs ont développé des formules
similaires aux « formules de battage » qui reposent sur un équilibre entre l'énergie transmise
par le vibrateur et l'énergie dissipée dans le sol. Un certain nombre de ces formules date des
années 1970. Elles ont été validées par des essais de laboratoire. Les essais de Schmid
(1969) ont, par exemple, consisté à foncer par vibrage des tubes en cuivre de 2 cm de
diamètre dans une cuve remplie de sable sec au moyen d'un vibrateur électromagnétique avec
une fréquence variant de 20 à 6000 Hz.
La formule proposée dans le règlement russe (SNIP II-B.5-67) repose sur de nombreux essais
de chargement statique en vraie grandeur. Elle a été établie pour une vitesse d'enfoncement
observée de 2 à 10 cm par minute à la fin de la mise en fiche (Glotov et al., 1975).
La thèse de Feng (1997) sur la capacité portante et le comportement des pieux vibrofoncés
(Feng & Deschamps, 2000) a principalement consisté à modéliser le vibrofonçage au moyen
de calculs par différences finies (programme FLAC). Le sol était représenté par une loi
élastoplastique avec écrouissage. Des études paramétriques ont été menées pour simuler le
vibrofonçage dans des sables drainés de différentes densités et caler une formule de capacité
portante statique sur la base des résultats.
Ces différentes approches sont récapitulées dans Borel et al. (2001).
- 65 -
3. 2 Mesures sur chantier
Les premiers essais de comparaison de la capacité portante axiale entre les pieux foncés par
vibrage et battage au LCPC ont commencé en 2000 (Borel et al., 2002). En 2003, en lien avec
le projet national « Vibrofonçage » et le programme de recherche Arcelor-Mittal, une
campagne de quatre essais comparatifs a été effectuée sur une zone désaffectée de
l’aérodrome de Merville dans le département du Nord (Guide Technique Vibrofonçage, 2006).
En mai 2007, un nouvel essai a été effectué à Monchy Saint-Eloi, dans l’Oise.
Les enfoncements verticaux de la tête du pieu ont été mesurés à l’aide de quatre
comparateurs potentiométriques au 1/100e mm (classe 0,5, course 150 mm), montés sur des
bases de références fixes. Les mesures des raccourcissements unitaires ∆l/l ont été
effectuées à l’aide d'un chapelet d’extensomètres amovibles, comportant quatre tronçons de
mesure, disposés au sein d’un tube-logement placé dans les pieux (figure 41). Le chargement
a été appliqué par paliers, avec des incréments égaux, afin d’approcher la rupture vis-à-vis du
sol, définie de manière conventionnelle par un déplacement de la tête du pieu supérieur ou
égal à 10% de son diamètre. Les essais ont été réalisés en mai 2007, avec un délai de repos
de neuf jours après la mise en place.
- 66 -
Figure 41 – Disposition des tronçons de mesure des extensomètres amovibles dans les pieux de
Monchy Saint Eloi
Pieu vibrofoncé
Pour le pieu vibrofoncé, le programme de chargement a comporté 10 paliers de 150 kN,
maintenus 30 minutes pour les quatre premiers, puis une heure pour les suivants. La rupture
du sol n’a pas été constatée en fin du 10ème palier, qui n’a été maintenu que 30 minutes. Il n’a
pas été possible pour ce 10ème palier de faire une montée en charge complète ; le massif se
soulevant sous l’action du vérin. Les figures 42 et 43 illustrent les résultats obtenus après
l'interprétation de l'ensemble des mesures : la figure 42 donne la charge en tête Q0 en fonction
de l’enfoncement de la tête S0, la figure 43 donne l'évolution du tassement So pour chaque
palier, et le tassement différentiel α entre les points de mesures à 5 et 30 minutes pour
différentes valeurs de la charge en tête Qo.
- 67 -
Figure 42 – Enfoncement de la tête en fonction de Figure 43 – Tassement de la tête et fluage en
la charge appliquée fonction de la charge appliquée
La charge limite Qu du pieu n’a été pas atteinte sous la charge maximale de 1445 kN,
l'enfoncement de la tête valant 29 mm, soit moins que le 1/10ème du diamètre du pieu. En
utilisant la méthode de Chin (voir Borel et al., 2004), on peut estimer la charge limite à environ
1800 kN (La méthode consiste à extrapoler une courbe de chargement de fondation en
supposant qu’elle est hyperbolique et à en déduire la charge limite conventionnelle).
Après déchargement complet du pieu, l’enfoncement résiduel valait 16,05 mm.
La charge critique de fluage Qc se situe au palier 9, pour QC = 1350 kN, soit Qu / Qc = 1,34.
Cette charge, après application d'un coefficient minorant de 1/1,40 conduit, à une charge de
service aux ELS QN de 965 kN, largement supérieure à la charge du projet, égale à 450 kN.
L'analyse de la distribution des efforts le long du fût, et de leur mobilisation a été effectuée à
partir de la distribution des déformations unitaires mesurées. Le frottement de qs est égal à
22kPa pour les niveaux B, C et D, et à 70 kPa pour le niveau A.
Pour la charge du projet (450 kN), 25 % de la charge est repris par frottement latéral
(QS = 110 kN), et la charge reprise en pointe vaut QP = 340 kN.
- 68 -
Figure 44 – Enfoncement de la tête en fonction de Figure 45 – Tassement de la tête et fluage en
la charge appliquée fonction de la charge appliquée
La charge limite (ou ultime) Qu du pieu n’a pas été pas atteinte sous la charge maximale
d’épreuve de 1375 kN (137,5 t) car l'enfoncement de la tête n’a pas dépassé 22 mm, soit une
valeur inférieure au 1/10ème du diamètre du pieu. En utilisant la méthode de Chin, on a estimé
la charge limite à environ 2100 kN.
Après déchargement complet du pieu, l’enfoncement résiduel valait 12,5 mm.
La charge critique de fluage Qc, obtenue pour le palier 9, est estimée à 1350 kN, soit
Qu /Qc = 1,55. Cette charge conduit à une charge de service aux ELS égale à
QN = QC/1,4= 965 kN (la charge de projet est de 450 kN).
L'analyse de la distribution des efforts le long du fût et de leur mobilisation conduit à retenir
pour qs la valeur de 30 kPa pour les niveaux B, C et D, et la valeur de 75 kPa pour le niveau A.
Pour la charge du projet Qprojet = 450 kN, 25 % de la charge est reprise par frottement latéral
(QS = 110 kN). La charge reprise en pointe vaut QP = 340 kN.
- 69 -
cependant que pour le pieu vibrofoncé puis sur-battu, le facteur qs est égal à 75 kPa, pour le
même niveau de mesure.
La méthode de Chin permet d’estimer la charge ultime globale, mais pas de distinguer la
charge reprise par le frottement latéral de celle reprise par la pointe du pieu. Pour calculer la
valeur limite du frottement latéral Qs et de la charge de pointe Qp, on considère que l’ensemble
du frottement latéral est mobilisé à la charge maximale des essais (1445 kN pour le pieu
vibrofoncé et 1375 kN pour le pieu vibrofoncé puis sur-battu). A partir du frottement latéral
unitaire mesurées, il est possible de calculer la charge limite de frottement latéral Qs suivant :
h
Qs = ⌠⌡ qs(z) dz
0
où P désigne le périmètre du pieu, qs(z) le frottement latéral unitaire limite à la cote z, et h la
hauteur sur laquelle s’exerce le frottement. Les valeurs obtenues pour les deux pieux sont
données dans le tableau II.
Le facteur de portance normatif (au sens du Fascicule 62 - titre V (1993)) pour la méthode
pressiométrique est de 3,2 pour une mise en œuvre avec refoulement du sol et pour un sable
de type C. Les valeurs calculées à partir des essais sont inférieures à cette valeur normative
de 13 % pour le pieu sur-battu et de 25 % pour le pieu vibrofoncé.
- 70 -
Conclusions
La charge limite n’a pas pu être atteinte pour les deux essais réalisés sur le site de Monchy
Saint Eloi. Nous avons estimé que la charge de fluage était égale à la charge du dernier palier,
soit Qc = 1350 kN (la valeur est la même pour les deux pieux).
La charge limite était supérieure de 15 % pour le pieu surbattu (2100 kN contre 1800 kN)
(Rocher-Lacoste, 2008).
Pour le pieu vibrofoncé, nous avons mesuré pour trois charges égales à 450, 900 et 1350 kN
respectivement des tassements égaux à 3,92 , 10,29 et 22,00 mm. Sous les mêmes charges,
pour le pieu vibrofoncé puis surbattu, les tassements mesurés sont égaux à 4,74, 11,12 et
20,09 mm.
Les tableaux IV et V récapitulent les résultats de cette campagne d’essais. Il est difficile de
conclure sur le paramètre de portance car cet essai comparatif, avec des pieux en béton armé
préfabriqué, est le premier que nous ayons réalisé. Par ailleurs, il s’agit d’un cas particulier, car
la charge limite est reprise à plus de 85 % par la pointe, et les pieux sont relativement courts
(4 m de fiche).
Essais de Merville
En 2003, d’autres essais similaires avaient été réalisés, dans le cadre d’un programme de
recherche associant l’IREX, ArcelorMittal et le LCPC, sur le site de l'aérodrome de Merville,
dans le nord de la France. Des essais de chargement statique ont été effectués dans l'argile
raide des Flandres sur différents types de profilés (palplanches, pieux HP et tubes). Ces
essais sont présentés dans Bourgeois (2005) et Rocher-Lacoste (2008). On présente ici une
analyse plus complète des résultats.
Les pieux ont été testés en appliquant un chargement croissant, par paliers, avec un incrément
constant. La mise en place des pieux s’est déroulée du 27 mars au 8 avril 2003 ; les essais ont
eu lieu entre le 20 mai et le 12 juin, avec un délai de repos entre la mise en place et le
chargement compris entre 45 et 76 jours. Les pieux ou groupes de pieux étudiés sont deux
paires de palplanches AU16, deux tubes ouverts en acier, deux pieux HP 400*213, et deux
doubles paires de palplanches AU20. Ils ont été foncés avec un vibrateur ICE 815 ou avec un
- 71 -
marteau hydraulique IHC 70s. Les courbes de chargement obtenues sont présentées sur la
figure 46. La série des pieux battus présente des performances plus élevées que la série des
pieux vibrofoncés, avec des allures de ruptures différentes :
- les courbes des pieux battus présentent une rupture avec un pic caractéristique,
- les courbes des pieux vibrofoncés présentent une rupture progressive sans pic.
La synthèse des résultats des huit essais de chargement statique sont présentés dans le
tableau VI : charge limite Qu, charge reprise par le frottement latéral Qs et charge reprise par la
pointe Qp. Au moment de la rupture, il est très difficile voire impossible de maintenir la charge.
Le vérin applique donc une charge inférieure (figure 46) qui continue à enfoncer le pieu jusqu'à
atteindre la rupture vis-à-vis du sol. Les mesures prises toutes les 5 secondes par la centrale
d’acquisition permettrent d’enregistrer la totalité de la courbe enfoncement-charge après la
rupture.
Charge en tête, Qo (kN) Charge en tête, Qo (kN)
0 200 400 600 800 1000 1200 0 400 800 1200 1600 2000 2400 2800
0 0
-10 -10
-20 -20
-30 -30
(mm)
(mm)
-40 -40
o
o
Déplacement de la tête, S
Déplacement de la tête, S
-50 -50
-60 -60
Le tableau VII et la figure 47 présentent une synthèse des charges caractéristiques ainsi
qu’une comparaison entre les deux modes de mise en oeuvre : vibrage et battage. Les
charges limites Qu, de fluage Qc et aux ELS QN des pieux vibrofoncés sont inférieures de 30 à
40 % à celles des pieux battus.
- 72 -
Tableau VI – Répartition de la charge limite entre le frottement latéral et la pointe en fonction
du mode de mise en œuvre et par type de pieu
Battu Vibrofonçé
charge Frottement charge en charge Frottement charge en
limite Qu latéral Qs pointe Qp limite Qu latéral Qs pointe Qp
AU16 kN 1125 852 273 800 575 225
% 100 76 24 100 72 28
AU 20 kN 2500 1829 671 1700 1200 500
% 100 73 27 100 71 29
HP 400 x 213 kN 900 705 195 600 465 135
% 100 78 22 100 78 22
tube Ø 508 kN 1100 910 190 675 563 112
% 100 83 17 100 83 17
- 73 -
2000
Battues
Qs (kN)
1500
Vib rofoncées
1000 Battues
Battues
Battues
Qp (kN)
AU 20
-1000
Pour l’ensemble des pieux, la charge est reprise majoritairement par le frottement latéral :
- entre 0 et 3 m, le frottement est négligeable ; qs est égal à 2 kPa (sol médiocre) ;
- de 3 à 7 m, le frottement latéral moyen qs mesuré pour la paire de palplanches AU 16 battue
est de 45 kPa et de 34 kPa pour la paire vibrofoncée, soit 35 % de moins pour le
vibrofonçage ;
- de 4 à 10 m, le frottement latéral moyen qs mesuré pour le pieu HP 400*213 mm battu est de
50 kPa et de 35 kPa pour le HP vibrofoncé, soit 30 % de moins pour le vibrofonçage ;
- de 3 à 9 m, le frottement latéral moyen qs mesuré pour le tube ouvert Ø 508 mm battu est de
67 kPa et de 42 kPa pour le tube vibrofoncé, soit 35 % de moins pour le vibrofonçage ;
- de 3 à 8 m, le frottement latéral moyen qs mesuré pour les deux paires de palplanches AU 20
battues est de 50 kPa et de 32 kPa pour la paire vibrofoncée, soit 35 % de moins pour le
vibrofonçage.
Globalement, on note un comportement différent suivant que le pieu métallique est mis en
place par vibrofonçage ou battage. En effet, les courbes de chargement des pieux
vibronfoncés présentent un comportement similaire jusqu’à la charge de fluage Qc mais, par la
suite, ont une portance globale inférieure de 30 à 40 % par rapport aux pieux battus.
- 74 -
75
25
Vibrofonçage
0
0 10 20 30 40 50 60
déplacement (mm)
75
Battage
frottement latéral (kPa)
50
25
Vibrofonçage
0
0 10 20 30 40 50 60
déplacement (mm)
100
Battage
75
frottement latéral (kPa)
50
Vibrofonçage
25
0
0 10 20 30 40 50 60
déplacement (mm)
- 75 -
75
Vibrofonçage
25
0
0 10 20 30 40 50 60 70
déplace ment (mm)
- 76 -
Tableau VIII – Valeurs en pointe : méthodes pressiométrique et pénétrométrique
Type de pieu Pression limite Pl (MPa) Résistance en pointe qc (MPa)
Palplanche AU16 1,1 2,2
Tube Ø508 mm 1,2 2,5
Pieu HP 400*213 1,25 3,0
Palplanche AU20 1,1 2,5
La valeur normative du facteur de portance pressiométrique kp, pour une argile de type B et
des pieux mis en place avec refoulement, est de 1,5 : les valeurs obtenues ici sont inférieures
à cette valeur de 37 % pour les pieux battus et de 55 % pour les pieux vibrofoncés. Pour le
facteur de portance pénétrométrique, la valeur normative est de 0,55 : la différence est de
22 % pour les pieux battus et de 44 % pour les pieux vibrofoncés.
Conclusions
La base de données d’essais de chargement de pieux en compression et en traction, en vraie
grandeur, constituée par le LCPC au cours des dernières décennies, compte 574 essais qui
couvrent l’ensemble des techniques de réalisation des fondations profondes. Nous avons
extrait de cette base des essais sur des profilés métalliques ouverts mis en place par
vibrofonçage et par battage pour des sols argileux et des sables (soit 17 essais au total).
La figure 52 illustre la relation entre le frottement latéral unitaire limite et la pression limite
Ménard en fonction des différents types de profilés (tube, palplanche et pieu HP), du mode de
mise en œuvre (battage et vibrofonçage) et des types de sols (argile et sable). Les courbes du
Fascicule 62 - titre V (1993) et celles proposées par Bustamante (2006) sont également
représentées pour montrer la répartition des valeurs mesurées par rapport à ces courbes.
- 77 -
0,14
Fascicule 62 - titre V Bustamante, 2006 battu argile PP
battu argile tubulaire battu argile H battu sable PP
battu sable tubulaire battu sable H vibrofoncé argile PP
Frottement latéral unitaire limite, qs (Mpa)
0,10
Q2Fasc
0,08
Q2 Bust
0,06
Q1 Bust
0,04
Q1Fasc
0,02
0,00
0,0 0,2 0,4 0,6 0,8 1,0 1,2 1,4 1,6 1,8 2,0
Pression limite Ménard, pl (MPa)
Une analyse comparée du nuage de points peut se faire en séparant les points provenant des
pieux battus et des pieux vibrofoncés. La figure 52 est simplifiée en ne laissant apparaître que
ces deux groupes (figure 53) : vibrofonçage et battage, sans distinguer le type de profilé et de
sol. Des nouvelles courbes de tendance sont ainsi tracées. Il est possible de comparer ces
deux nouvelles courbes avec celles du Fascicule 62 - titre V (1993) et avec les propositions de
Bustamante (2006). La courbe de tendance pour les profilés vibrofoncés métalliques ouverts
(tube, palplanche et pieu HP) est proche de la courbe Q1 du Fascicule 62 - titre V (1993) pour
les sables et les argiles. La courbe de tendance pour les profilés battus métalliques ouverts est
proche de la courbe Q2 de Bustamante (2006).
Le calcul de la capacité portante de les pieux métalliques ouverts pourrait donc se faire en
utilisant la courbe Q1 pour les pieux foncés par vibrofonçage et la courbe Q2 pour les pieux
battus, tant pour les sables et les argiles.
Pour mieux comprendre les différentes valeurs des facteurs de portance, on présente sur la
figure 54, le nuage de points de la base de données d’essais de pieux du LCPC (Rocher-
Lacoste et al, 2008), pour le facteur kp en fonction de la pression limite Ménard, uniquement
pour les profilés métalliques ouverts (tube, palplanche et pieu HP) dans l’argile et le sable.
Cette analyse comprend 34 résultats exploitables qui se répartissent en 27 points pour le
fonçage par battage et 7 pour le fonçage par vibrage. Tous les points ne sont pas visibles sur
la figure pour deux raisons : certains points sont superposés et d’autres sont en dehors des
échelles de la figure. Il y a plus de points que dans l’analyse du frottement latéral, car la valeur
de kp a été obtenue en déterminant la charge limite de pointe en faisant la différence entre un
essai chargement statique de compression et de traction. Ces essais anciens n’étaient pas
instrumentés ; il est impossible de déterminer le frottement latéral unitaire qs.
- 78 -
0,14
Fascicule 62 - titre V Bustamante, 2006
Vibrofonçage Battage
courbe de tendance Vibrofonçage courbe de tendance Battage
Frottement latéral unitaire limite, qs (Mpa)
0,12
0,10
Q2Fasc
0,08
Q2Bust
0,06
Q1Bust
0,04
Q1Fasc
0,02
0,00
0,0 0,2 0,4 0,6 0,8 1,0 1,2 1,4 1,6 1,8 2,0
Pression limite Ménard, pl (MPa)
Figure 53 – Frottement latéral unitaire limite des pieux métalliques ouverts battus et vibrofoncés en
fonction de la pression limite Ménard, (Rocher-Lacoste et al., 2008)
3,5
battu argile tubulaire battu argile H battu argile PP
battu sable tubulaire vibrofoncé argile H battu sable PP
vibrofoncé argile tubulaire vibrofoncé sable PP vibrofoncé argile PP
3
(MPa) p
Facteur de portance pressiométrique, k
2,5
1,5
0,5
0
0 0,5 1 1,5 2 2,5 3 3,5
Pression limite ménard nette équivalente, ple* (MPa)
- 79 -
3. 3 Synthèse et recommandations
Les résultats expérimentaux concernant des comparaisons de capacité portante entre les
pieux foncés par vibrage et par battage sont rares. Le tableau X présente les données de la
littérature (mentionnées dans l’introduction) et les résultats présentés dans ce rapport. Malgré
une certaine hétérogénéité des résultats, les pieux vibrofonçés ont une capacité portante plus
faible que celles des pieux battus. Il est donc préférable de faire des essais de chargement
statique en cas d’utilisation du vibrofonçage pour réaliser des fondations d’ouvrages sensibles.
Les principales conclusions concernant la comparaison des capacités portantes des pieux mis
en œuvre par battage et par vibrage sont :
- la capacité portante ultime Rc varie de +40 % à -55 % pour les pieux foncés par vibrage vis à
vis des pieux foncés par battage,
- le frottement latéral ultime Rs varie de +75 % à -75 % pour les pieux foncés par vibrage,
- la résistance en pointe ultime est réduite de 10 % à 75 % pour les pieux foncés par vibrage.
Peu de règles de calcul prennent en compte la spécificité du fonçage par vibrage. Cependant,
les bureaux d’études recommandent de procéder à un sur-battage du pieu après l’avoir
vibrofoncé. On propose ici de calculer le frottement latéral de la capacité portante des profilés
métalliques ouverts (tube, palplanche et pieu HP) vibrofoncés, sans sur-battage, dans les
sables et les argiles, en utilisant, pour la méthode dite « pressiométrique » (Fascicule 62 - titre
V (1993)) :
- la courbe Q1, pour les pieux foncés par vibrage,
- la courbe Q2, pour les pieux battus.
Pour le terme de pointe, une diminution de 50 % du facteur de portance utilisé pour le battage
semble un bon compromis.
En conclusion, la base de données d’essais de chargement de pieux en vraie grandeur fournit
une base pour introduire les pieux vibrofoncés dans les règles de calcul françaises, à condition
de la compléter par d’autres comparaisons avec les pieux battus.
- 80 -
Tableau X – La résistance ultime des pieux foncés par vibrage par rapport à celle des pieux
foncés par battage (Rocher-Lacoste et al. 2008)
Comparaison de la résistance ultime en %
Rc Rs Rb
Nb de
Auteurs Type de pieux Sol Capacité Frottement Résistance
pieux
portante ultime latéral ultime en pointe
ultime
Paunescu et Béton
pointe dans un sable
Mateescu 8 préfabriqué + 25 à + 40%
graveleux
(1970)
Mazurkiewicz Béton Sable
(1975) 11 préfabriqué Sable limoneux - 40.%
Sable argileux
Braaker (1986) Pieux acier Sable lâche et sable
> 20 -10 à - 30 %
et Palplanches moyen
- 81 -
4. Glissement de terrain en zone urbaine
Contacts : J.P. Magnan, Directeur Technique Géotechnique (LCPC), E. Bourgeois, division MSRGI
(LCPC)
On s’intéresse ici à un aspect différent de l’instrumentation des ouvrages, à savoir son
utilisation pour le suivi des chantiers : il s’agit en général de dispositifs assez simples,
destinées à alerter le maître d’œuvre d’un problème éventuel au cours des travaux, et non pas
à donner une vue d’ensemble du fonctionnement d’un ouvrage. Les données acquises au
cours de ce type de suivi sont souvent peu exploitées, mais on peut y avoir accès à l’occasion
d’expertises, lorsque le chantier ne se déroule pas comme prévu.
Au cours de l’opération de recherche 11M051, on a été amené à s’intéresser à un chantier
consistant à réaliser une paroi berlinoise d’une dizaine de mètres de haut, dans un versant
constitué d’éboulis rocheux et situé sur un glissement de terrain ancien. L’étendue de ce
glissement englobait l’ensemble du projet, et sa position avait été bien reconnue avant les
travaux.
Des inclinomètres placés dans la paroi et dans le massif soutenu ont montré des déformations
plus importantes que celles attendues ; elles avaient occasionné des dommages à différents
ouvrages en surplomb. Sans entrer dans le détail du projet, on peut indiquer que le chantier a
été arrêté afin de décider si l’on pouvait poursuivre l’excavation au niveau final du projet ou si
la conception générale devait être revue.
Les notes de calcul du concepteur du projet reposaient sur des calculs en déformation plane,
qui prenaient en compte de manière simplifiée le processus réel de construction. La géométrie
réelle présentait un caractère tridimensionnel marqué, dû à la séquence de réalisation de
barrettes de fondations mises en place pour solidariser le massif au pied de la paroi. On a
donc proposé de réaliser une modélisation tridimensionnelle par éléments finis, afin de mieux
prendre en compte la géométrie réelle du problème, et la complexité du processus de
construction.
Différentes études paramétriques ont été conduites, pour tester l’influence des paramètres
adoptés pour le sol, et la résistance au cisaillement le long du glissement. Cette étude a
montré que le recours à un calcul tridimensionnel permettait de retrouver la cinématique
générale, mais pas de prévoir l’amplitude des déformations observées : il n’y avait donc pas
lieu de remettre en question le travail du concepteur. Les difficultés rencontrées ont été
attribuées à la compaction dynamique des matériaux lâches constituant le versant.
Le maillage utilisé pour ce calcul, qui comportait 20000 nœuds et 7000 éléments quadratiques,
est représenté sur la figure 55.
- 82 -
paroi
zone à excaver
Figure 55 – Maillage tridimensionnel utilisé pour calculer les déplacements induits par les travaux
- 83 -
5. Utilisation de fibres optiques pour le suivi d’ouvrages géotechniques
Contact : F. Derkx, division MI, LCPC / Emmanuel Bourgeois, division MSRGI, LCPC
La SNCF a identifié un tunnel dans lequel plusieurs remontées de fontis se sont produites
sous la voie ferrée au cours des dernières décennies, sans que l’on ait pu les détecter avant
que des déformations importantes de la voie n’aient été constatées. La longueur concernée
(qui dépasse la centaine de mètres) et le contexte particulier d’une voie en tunnel font que les
dispositifs de surveillance ponctuels sont difficiles à mettre en œuvre. La SNCF a demandé au
LCPC et au CER de Rouen de mener une étude sur la faisabilité de la détection de ce type de
mouvements à l’aide de capteurs à fibre optique, en utilisant notamment les phénomènes de
rétrodiffusion Brillouin et Rayleigh dans des fibres optiques soumises à des déformations.
Compte tenu des contraintes de mise en œuvre sur le site du tunnel réel, on a réalisé en juin
2007 un essai sur une maquette au Centre d’Expérimentation Routière de Rouen (figure 57).
Le principe de l’expérimentation consistait à placer au fond d’une des fosses d’essais du CER,
qui mesure 15 mètres de long et 8 mètres de large, deux buses en béton de 2 m de diamètre
et un mètre de hauteur. La face supérieure de chaque buse est fermée par une plaque
métallique mobile verticalement. On a ensuite constitué dans les fosses, au-dessus des buses
équipées, une couche de remblai de deux mètres d’épaisseur dans laquelle les fibres optiques
ont été noyées, sur deux niveaux. Le principe de l’expérimentation consiste à simuler la
formation de cavités au-dessous des fibres en déplaçant vers le bas, à l’aide de vérins, les
plaques qui ferment les buses, et à mesurer les déformations (longitudinales) subies par les
fibres. La fosse a été séparée en deux zones correspondant à des remblais de
caractéristiques mécaniques différentes (figure 56).
En vue de préparer les essais, on a effectué des calculs par éléments finis, avec CESAR-
LCPC, en condition tridimensionnelle, de manière choisir la position où les fibres seraient
placées dans le sol, et à s’assurer que les déformations subies par les fibres ne risquaient pas
de provoquer leur rupture prématurée au cours de l’essai.
Le maillage utilisé, qui comporte 14000 nœuds et 4700 éléments quadratiques, est représenté
sur la figure 58 (Par symétrie, la moitié de la fosse seulement est incluse dans le maillage). Il
était prévu de placer les fibres parallèlement au plus grand côté de la fosse d’essai.
- 84 -
Figure 57 – Préparation de l’essai en fosse au CER
4m
2 x 7,5 m
Un petit utilitaire spécifique (figure 59) a été développé pour étudier les variations des
déformations mesurées en fonction de la position de la fibre par rapport aux cavités (en
profondeur et dans la direction transversale). La position de la fibre est représentée sur le
graphique de droite, avec la trace des deux buses dans le plan horizontal. Le principal résultat
de cette analyse préliminaire est représenté sur la figure du bas. La courbe représente la
déformation longitudinale calculée le long de la fibre : au-dessus des centres des buses (situés
en x = 4,5 m et x= 10,5 m), la fibre subit un raccourcissement ; la zone raccourcie est entourée
de deux zones qui subissent un allongement. Cette forme typique de courbe a été bien
retrouvée au cours des essais, avec les deux techniques testées. Néanmoins, les
déformations mesurées ont été sensiblement plus faibles que les valeurs attendues.
- 85 -
Figure 59 – Utilitaire de dépouillement des résultats du calcul tridimensionnel
Après les essais, on a réalisé une étude complémentaire, pour rendre compte des différences
quantitatives entre les déformations données par le calcul prévisionnel et les valeurs
mesurées. Ces différences ont été attribuées à plusieurs facteurs :
- les hypothèses de calcul avaient été choisies pour obtenir une estimation plutôt par excès
des déformations attendues, de manière à être sûr que l’on ne risquait pas de casser les fibres
dès le début des mesures ;
- l’angle de dilatance du sol, qui dépend beaucoup des conditions de mise en œuvre du
remblai, avait probablement été assez largement sous-estimé ; on se heurte ici au choix d’une
valeur unique de ce paramètre pour l’ensemble du massif alors que la dilatance diminue à
mesure que l’on cisaille le sol : elle prend donc des valeurs différentes selon que l’on se place
près des cavités ou dans une zone qui se déforme peu ;
- la raideur du conditionnement des fibres avait été négligée dans le calcul prévisionnel ; selon
le type de conditionnement utilisé, il peut diminuer sensiblement la déformation subie et
mesurée par la fibre.
Moyennant un ajustement de ces paramètres (en restant dans un intervalle acceptable), on est
parvenu à recaler le modèle de calcul sur les mesures.
En dernier lieu, on a effectué de nouvelles simulations pour vérifier que les conclusions de
l’essai, et notamment l’allure caractéristique des déformations le long de la fibre, restaient
- 86 -
valides lorsque l’on revient à une géométrie plus représentative du problème réel, avec une
épaisseur de terrain de l’ordre de cinq à dix mètres entre la cavité et la fibre.
La suite de la démarche consistera à étudier les difficultés techniques soulevées par la mise
en place d’une fibre sous la voie à moindre coût et sans interruption de la circulation des trains
dans le tunnel. Pour davantage de précisions concernant les résultats de l’expérimentation, les
aspects métrologiques (le principe de la mesure, les caractéristiques des capteurs et du
dispositif d’interrogation, l’interprétation et la qualité des mesures), on pourra se reporter à
Delépine et al (2007) et Lanticq et al (2008), ainsi qu’aux différents rapports produits dans le
cadre de l’opération de recherche du LCPC 11N064 « Capteurs et traitement de
l’information ».
- 87 -
6. Conclusion
Ce deuxième axe de l’opération illustre les possibilités et les limites de l’instrumentation des
ouvrages géotechniques. L’instrumentation reste le meilleur moyen pour connaître le
comportement réel des ouvrages, souvent difficile à appréhender en raison notamment d’un
phasage de construction ou d’une géométrie qui peuvent être complexes, et des incertitudes
liées au modèle géotechnique.
Le travail présenté ici ouvre des discussions sur les moyens d’instrumentation : certaines
technologies traditionnelles (comme celle des inclinomètres) s’avèrent lourdes à mettre en
œuvre, et suggèrent que de nouveaux développements permettraitent de simplifier la mise en
œuvre des mesures sur ouvrages. Il reste à s’assurer que ces nouveaux outils constituent une
alternative acceptable, en termes de coût et de précision. La mise au point de dispositifs
nouveaux entre dans le cadre de différents programmes de recherche du LCPC en cours de
montage ou de démarrage.
Il est important de souligner que les mesures sur ouvrages restent le seul moyen de se
convaincre de la pertinence ou non d’une méthode de calcul, en particulier lorsqu’on cherche à
cerner des problèmes difficiles comme l’évaluation des déplacements induits par la
construction d’un ouvrage dans les terrains voisins : de nombreuses analyses théoriques
proposées pour des situations variées, parfois très élégantes dans leur principe, souffrent de
ne pas avoir été confrontées à des cas réels bien documentés. De manière plus précise, il est
difficile de juger dans quelles situations on se retrouve dans un cadre essentiellement linéaire,
dans quelles mesures l’analyse justifie de se placer plutôt dans le domaine proche de la
rupture, et comment on peut décrire la transition entre ces deux régimes. La comparaison
entre calculs et mesures fournit le moyen de valider les modèles, ou, lorsqu’elles révèlent une
différence persistante entre les modèles et la réalité, de remettre en cause certaines des
hypothèses faites plus ou moins explicitement.
Par ailleurs, l’acquisition de données sur des ouvrages réels peut trouver une application
directe et concrète, en constituant la base de règles de dimensionnement, comme c’est le cas
par exemple pour les fondations profondes. La technique d’instrumentation, éprouvée depuis
de nombreuses années, permet de comparer des techniques de mise en place ou de
construction, valorisant l’expérience passée et permettant de mesurer l’amélioration ou
éventuellement la perte de performance liée à un procédé donné, qui reste à mettre en
balance avec d’autres caractéristiques (comme une atténuation des nuisances pour les
riverains par exemple).
En conclusion, l’instrumentation d’ouvrages est une activité spécifique, qui doit être maintenue
dans les programmes de recherche en génie civil, en la faisant évoluer vers des dispositifs
plus souples et mieux intégrés, et vers des problématiques plus proches des préoccupations
actuelles (recherche d’économies d’énergie, réduction de l’impact sur l’environnement).
- 88 -
Chapitre 4.
Outils et méthodes de calcul
1. Introduction
Ce chapitre présente le travail réalisé pour améliorer la représentativité des méthodes de
calcul des ouvrages géotechniques, en particulier la méthode des éléments finis. De nombreux
développements ont été menés à bien, mais tous n’ont pas été mis en œuvre pour l’étude de
cas réels. On s’efforce dans la suite de donner un aperçu de l’apport possible ces nouveaux
outils.
L’objectif initial était de développer des outils de calcul qui répondent rapidement et permettent
ainsi de réagir en temps réel lorsque les mesures sur un ouvrage indiquent un comportement
anormal ou tout au moins inattendu. Au final, les outils proposés restent assez éloignés de cet
objectif : néanmoins, on a privilégié des modèles mettant en jeu peu de paramètres,
sensiblement plus simples que certains modèles antérieurs ; on a également cherché à
travailler sur des outils de dépouillement automatique des résultats qui facilitent l’interprétation
des résultats.
On présente également différents travaux liés de manière précise à des catégories d’ouvrage.
Deux des sections de ce chapitre portent sur l’analyse de la stabilité des tunnels en section
courante et sur les chemins de contrainte dans les sols derrière les soutènements.
- 89 -
nouveaux développements et simplifie l’introduction ultérieure de nouveaux modèles. Le choix
qui a été fait ne permet pas à l’utilisateur de coder « sa » propre loi de comportement, mais
seulement de combiner des éléments suffisamment variés pour prendre en compte une
gamme relativement large de lois, avec des algorithmes adaptés.
Le travail effectué a demandé un gros effort de conception, de développement, et de
validation, qui aboutit à la constitution d’un catalogue de modèles relativement étendu. Ces
développements ont été réalisés en deux temps : les premiers ont été ramenés dans le
référentiel de CESAR en 2006 (et pourront passer en version Expert dans un avenir proche).
Les plus récents concernent des modèles plus avancés, qui sont encore en version
« recherche ». On passe en revue rapidement les différentes possibilités accessibles grâce à
ce nouveau dispositif.
Modèles élastiques
L’utilisateur peut, moyennant un indicateur entier, opter entre différentes lois élastiques :
- une loi élastique linéaire isotrope ;
- une loi élastique linéaire isotrope mais avec un module d’Young et un coefficient de Poisson
qui dépendent linéairement de la coordonnée verticale (on peut aussi donner une dépendance
qui suit une loi puissance) ;
- une loi élastique linéaire isotrope transverse ;
- une loi élastique non linéaire du type de celle du modèle Cam-Clay (module de cisaillement
constant et module de compression proportionnel à la contrainte moyenne) ;
- une loi élastique non linéaire dans laquelle le module de cisaillement diminue lorsque le
déviateur augmente, tandis que le module de compression augmente lorsque la contraintes
moyenne augmente (il s’agit d’un modèle dérivé du modèle étudié par Coquillay (2005)
pendant sa thèse).
- 90 -
Modélisation du renforcement
Le projet CASTOR (2000-2003) était un projet consistant à introduire dans CESAR-LCPC un
modèle développé par l’ENPC (de Buhan et Sudret, 2000) pour représenter le renforcement
des sols par des inclusions linéaires (comme des boulons, des clous ou des pieux). La
démarche consiste à remplacer le milieu constitué par le sol et les inclusions par un matériau
homogène « équivalent », mais permet de gérer indépendamment le comportement élasto-
plastique du sol et celui des inclusions.
Le projet a abouti, en 2003, à une loi de comportement particulière permettant de modéliser un
matériau dont le comportement est décrit par une loi élastique linéaire isotrope et une loi
d'écoulement associée ou non, pour un critère et un potentiel de Drucker-Prager, renforcé par
des inclusions élastoplastiques, éventuellement disposées de manière complexe (pour
reproduire par exemple la géométrie du boulonnage radial de la paroi d’un tunnel).
Dans le cadre des lois de comportement à composantes, on a généralisé le traitement à une
loi de comportement définie par l’association d’une des élasticités disponibles avec l’un ou
l’autre des critères implémentés.
- 91 -
250 q (kPa)
200
150
100
50 simulation
solution analytique p'(kPa)
0
0 50 100 150 200 250 300 350 400
Figure 60 - Simulation du chemin de contraintes suivi lors du cisaillement en condition non drainée.
100
(p*,q*)
80
60
40
modèle Cam-Clay modifié
20
critère parabolique p (kPa)
0
0 25 50 75 100 125 150 175
La surface de charge globale est fermée sur l’axe des compressions isotropes. La première
surface (parabolique) est fixe ; on adopte pour la deuxième la loi d’écrouissage habituelle :
- 92 -
λ-κ
pc = pc° exp (- 1+e εvp)
o
Les simulations présentées dans la suite correspondent aux valeurs suivantes : eo=1.08,
λ = 0,15 et κ = 0,02.
Dans le cas non drainé, on distingue deux situations, selon la valeur de la contrainte initiale :
- si p° < p*, la plastification est atteinte lorsque le point (p’,q) atteint la surface parabolique, une
fois parvenu sur cette surface, le point de chargement « remonte » le long de la parabole (la
contrainte effective moyenne et le déviateur augmentent simultanément) ;
- si p° > p*, la plastification est atteinte lorsque le point (p’,q) atteint l’ellipse ; on entre alors
dans un régime d’écoulement plastique avec écrouissage de la surface elliptique, au cours
duquel le déviateur augmente tandis que la contrainte effective moyenne diminue. Ce régime
se poursuit jusqu’à ce que l’on atteigne la surface parabolique : la variation de la contrainte
moyenne change alors de signe et l’on remonte le long de la parabole.
Dans les deux cas, le cisaillement non drainé se poursuit indéfiniment : il n’y a pas de limite à
la contrainte déviatorique. Les quatre chemins de contrainte obtenus numériquement avec
CESAR-LCPC sont représentés sur la figure 62.
q (kPa)
120
100
position initiale de l'ellipse
80
critère parabolique
60 drainé / p°=25 kPa
0 p,p' (kPa)
0 25 50 75 100 125 150 175 200
Figure 62 - Chemins de contraintes drainés et non drainés calculés (modèle à deux mécanismes).
Cet exemple de mise en œuvre de modèles plastiques à plusieurs mécanismes montre que
l’on a introduit une plus grande richesse dans la description de certains aspects du
comportement des sols. Il reste à discuter de manière détaillée la détermination des
- 93 -
paramètres du modèle, et à préciser l’intérêt de ce type de modèles pour la modélisation
d’ouvrages réels.
Une discussion détaillée de la formulation du modèle montre qu'il est judicieux d'adopter pour
εpd la définition incrémentale proposée par Shao et Desai (2000) :
2
dεpd = (3 dεpd : dεpd)1/2
Avec la loi d’écrouissage précédente et le bon choix de la variable εpd, on obtient des chemins
de contraintes au cours desquels la contrainte moyenne commence par diminuer, et le chemin
remonte ensuite suivant une courbe proche de la droite des états critiques q = M p' (figure 63).
- 94 -
200
q(kPa) ellipse initiale
états critiques q = M p
chemin 1
150
chemin 2
100
50
p' (kPa)
0
0 50 100 150 200
Cet exemple montre qualitativement l'intérêt de lois d'écrouissage telle que celle proposée,
bien qu'on reste loin de la complexité réelle des chemins de contrainte observés. La structure
de programmation mise en place dans CESAR-LCPC devrait permettre de tester relativement
simplement l'apport de nouvelles formulations des lois d'écrouissage associées aux différents
critères disponibles.
- 95 -
La trace de la surface de charge dans le plan σ12=0 est représentée sur la figure 64. C’est une
hyperbole centrée à l’origine et dont les asymptotes ont pour équation :
2
A22
σ22 = σ11 et σ22 = A σ11
11
σ22/ σ
‾
4
0
σ11/ σ
‾
-2
-4
-4 -2 0 2 4
Figure 64 - Trace de la surface de charge dans le plan σ12 = 0 (pour A11 = 2 et A22 = 0,8).
Il s’agit donc d’une ellipse. On a une équation analogue dans le plan σ22 = 0. Au final, on a
donc une surface de charge qui présente une forme un peu plus complexe que celle définie
par le critère de von Mises, mais permet de prendre en compte une anisotropie des
caractéristiques de résistance. Il pourrait être utilisé pour certaines argiles consolidées de
manière isotrope.
Sur le plan technique, la difficulté consiste à prendre en compte de manière complète
l’orientation des directions d’anisotropie matérielle par rapport au repère de travail.
- 96 -
Comportement de la maçonnerie
L'analyse des mouvements provoqués par des travaux de génie civil dans le terrain avoisinant
est généralement justifiée par la présence de bâtiments, de réseaux ou de structures qui
risqueraient d'être endommagés par les déformations subies. En pratique, dans les calculs
réalisés par des géotechniciens, une attention particulière est portée à la réponse du sol et à
l'interaction mécanique entre le sol et les structures (fondations profondes, tunnels, etc.). En
revanche, l'état actuel et le comportement (notamment la résistance) de structures anciennes
sont souvent mal connus, et pris en compte de manière très sommaire.
Dans le cadre du montage d'un projet ANR en partenariat avec l'INERIS, le LAEGO, le CSTB,
et l'INSA de Lyon, on avait envisagé de faire progresser les techniques de modélisation dans
ce sens. Malheureusement, le projet n'a pas été retenu, ce qui n'a pas permis d'aller très loin.
On présente ici un modèle très simple. Il s'agit à nouveau d'un modèle élastoplastique sans
écrouissage, mais anisotrope : plus précisément, les caractéristiques de résistance sont
orthotropes.
Ce modèle n’a pas été mis en œuvre, mais pourra être appliqué à l’analyse d’ouvrages en
maçonnerie.
- 97 -
Un modèle à une seule surface de charge pour les géomatériaux
On s’intéresse dans la suite à la forme de la surface de charge (dans l’espace des contraintes
principales). Dans le contexte de l’essai triaxial de compression (σ2=σ3 < σ1), on a :
1 2 2
p = J1/3 = 3 (σ1+ 2 σ3) ; q = 3 J2D = σ1 - σ3 ; J3D = 27 (σ1 - σ3)3= 27 q3 ; S = 1
- 98 -
et l’équation de la surface peut s’écrire :
2 n 2
q -α (3(p+R)/pa) + γ (3(p+R)/pa)
3pa2 = 1-β
Pour un essai triaxial en extension (σ2=σ3 > σ1), on a S=-1, et l’équation de la surface devient :
2 n 2
q -α (3(p+R)/pa) + γ (3(p+R)/pa)
2 =
3pa 1+β
La figure 65 représente la trace de la surface de charge dans le plan (p-q) en conditions
triaxiales (S=±1), pour pa=100 kPa ; R=pa/5 ; β = 0,5 ; n=2,5 ; γ = 0,05 et α = 0,0145.
q/p a
triaxial en compression
2 triaxial en extension
1,5
0,5
-R/pa
p/pa
0
-1 0 1 2 3 4
-0,5
-1
-1,5
- 99 -
Anisotropie des argiles naturelles : le modèle S-CLAY1
Un grand nombre de modèles ont été proposés pour prendre en compte l'anisotropie des
argiles naturelles. La plupart restent peu utilisés, parce qu’on ne sait pas identifier
expérimentalement les paramètres à partir des essais de laboratoire habituels. Par ailleurs, la
formulation des modèles suscite des difficultés théoriques liées à un cadre mathématique qui
n’est pas familier. De manière générale, la surface de charge est décrite par une fonction
scalaire du tenseur des contraintes, notée f(σ) (en omettant temporairement la dépendance de
f vis-à-vis de paramètres liés à l’écrouissage). La grande majorité des modèles usuels repose
sur des fonctions isotropes des contraintes, c’est-à-dire que la valeur de la fonction ne dépend
que de la valeur des contraintes principales, et ne dépend pas de l’orientation dans l’espace
des directions propres du tenseur. Autrement dit, au lieu d’avoir une fonction scalaire de six
variables (les six composantes du tenseur des contraintes, dans une base à préciser), on
travaille en fait avec une fonction de trois variables seulement, les contraintes principales,
qu’on notera σ1, σ2, σ3. Cette simplification présente un intérêt majeur, celui de pouvoir se
représenter, dans un espace à trois dimensions, l’allure de la surface de charge définie par la
condition f=0. On notera au passage que, si la fonction de charge ne dépend que des valeurs
prises par les contraintes principales, ces trois contraintes doivent nécessairement jouer le
même rôle, et l’expression de f doit donc vérifier :
f(σ1, σ2, σ3) = f(σ1, σ3, σ2) = f(σ2, σ1, σ3) = f(σ2, σ3, σ1) = f(σ3, σ1, σ2) = f(σ3, σ2, σ1)
Il en résulte que la surface de charge, dans l’espace des contraintes principales, doit présenter
une symétrie ternaire autour de l’axe des compressions isotropes σ1 = σ2 = σ3 (voir par
exemple de Buhan, 2007). Dans le cas des modèles formulés en fonction des deux premiers
invariants classiques p et q, la surface de charge est nécessairement symétrique par rapport à
l’axe des compressions isotropes q=0. Il est connu d’ailleurs qu’un des inconvénients de ce
type de modèles réside dans le fait que les capacités de résistance en compression et en
extension dans un contexte triaxial sont égales, ce qui est contraire aux observations
courantes.
Un modèle anisotrope est un modèle dans lequel les caractéristiques de résistance dépendent
de la direction des sollicitations : il est donc nécessaire de conserver l’information sur
l’orientation dans l’espace des contraintes principales, et de conserver explicitement les six
composantes du tenseur des contraintes. Autrement dit, l’utilisation des contraintes principales
seulement, ou des seuls invariants habituels p et q, supprime l’information sur l’orientation
dans l’espace du chargement appliqué, et ne permet pas de décrire correctement le fait que la
résistance est plus grande dans certaines directions que dans d’autres. De nombreux modèles
s’efforcent de représenter la surface de charge dans des espaces (p-q) comme une surface
« décalée » par rapport à l’axe de symétrie q=0 : ce type d’approche est clairement insuffisant
sur le plan mathématique et pose des problèmes plus ou moins délicats lors de la mise en
œuvre numérique. Dans la suite, on présente un modèle particulier, proposé par Wheeler et al
(2003), appelé S-Clay 1, qui traite de manière satisfaisante cette difficulté.
Le modèle repose sur l'exploitation d'essais triaxiaux : dans ce cadre, les directions principales
du tenseur des contraintes sont connues, et les deux contraintes horizontales sont égales. Le
tenseur de contraintes est donc caractérisé par deux scalaires seulement (σv et σh), et non pas
six. L’identification de la surface de charge dans ce contexte particulier conduit à une surface
elliptique dans le plan (p, q), où p et q ne désignent PAS les invariants habituels, mais sont
définis par q = σv-σh et p =(σv +2 σh)/3. Dans ce contexte, le modèle S-clay 1 définit la surface
de charge par :
f = (q - αp)2 – (M2- α2) (pm -p) p = 0
- 100 -
L'identification de la surface de charge dans le contexte particulier de l'essai triaxial ne permet
pas donner l’expression complète de f pour un tenseur σ ne possédant pas les symétries
triaxiales : en particulier, on n’obtient pas un modèle cohérent sur le plan mathématique en
remplaçant p et q par les invariants habituels. La généralisation du modèle au contexte
tridimensionnel est discutée plus en détail dans la suite.
La surface de charge dans le plan (p =(σv +2 σh)/3 , q = σv-σh), représentée sur la figure 66, est
une ellipse inclinée, caractérisée par trois paramètres : la pente M (supposée constante) des
droites des états critiques, le paramètre pm, qui contrôle la longueur de l’ellipse, et α, qui
contrôle son inclinaison.
2.5
q/p q=M p
a
1.5
q = αp
0.5
essai triaxial en compression
q=-M p
-1.5
La généralisation de cette surface de charge, identifiée dans le contexte d’un essai triaxial, au
contexte plus général d’un état de contraintes tridimensionnel quelconque est un problème
difficile. Comme on l’a vu, on ne peut pas représenter correctement l’anisotropie des propriétés
plastiques si l’on formule le critère en identifiant p et q aux invariants classiques, puisque l’on
perd l’information sur l’orientation des directions principales du tenseur de contraintes.
Wheeler et al (2003) proposent la formulation suivante :
f = 3/2 (s-p a*) :(s- p a*) – (M2 –3/2 a* :a*) (pm-p) p
où s est le déviateur de σ et a* un tenseur déviatorique qui joue le rôle de variable
d’écrouissage. On notera que si s et a* sont proportionnels i.e. s = λ a* , on a :
s : s = λ2 a* : a*
En posant q2 = 3/2 s :s et α2 = 3/2 a* :a* , on montre sans peine que q = λ α, et l’expression
du critère devient :
f = q2 – 2 p λ α2 + α2 p2 – (M2 – α2) (pm-p) p
qui redonne la formule proposée dans le modèle simplifié en variables triaxiales.
- 101 -
Le modèle est conçu pour gérer séparément les deux paramètres qui contrôlent la taille de la
surface de charge et son orientation dans l’espace des contraintes.
Pour le paramètre pm, Wheeler et al (2003) proposent une loi traditionnelle :
(1+eo)εvp
pm = pm° exp ( - )
λ-κ
où eo est l’indice des vides, λ et κ les pentes du diagramme e – ln p (pour un essai de
compression isotrope).
Pour la variable d’anisotropie a*, les auteurs proposent une formulation qui fait jouer un rôle
différent aux déformations plastiques volumiques et déviatoriques. On admet que :
- les déformations volumiques tendent à rapprocher a* d’un tenseur χv qui dépend de
l’inclinaison des contraintes η = q/p ;
- les déformations déviatoriques tendent à rapprocher a* d’un tenseur χd qui dépend aussi de η
(en particulier, lorsque l’on se rapproche de l’état critique, les déformations deviennent
principalement déviatoriques, et l’orientation de la surface est asymptotiquement définie par
χd).
Ces deux hypothèses cherchent à rendre compte de l’influence différente des déformations
volumiques et de cisaillement sur le réarrangement des particules ou des grains à une échelle
microscopique.
En pratique, les auteurs proposent de prendre :
da* = µ [ { χv - a* } < dεpv > + β { χd - a* } dεpd ]
avec
3s s
χv = 4 p ; χd = 3 p ; <dεpv> =dεpv si dεvp< 0 et 0 sinon
- 102 -
Modèle de comportement cyclique
L’étude de l’évolution dans le temps du comportement des ouvrages soumis à des
sollicitations répétées (comme des fondations d’éoliennes, des ouvrages soumis à la marée,
par exemple) a conduit à rechercher des modèles élastoplastiques permettant de rendre
compte du comportement des sols sous l’effet de sollicitations de cisaillement cycliques, et
notamment de l’accumulation progressive de déformations irréversibles.
Un modèle élastoplastique parfaitement plastique, même avec une élasticité non linéaire, ne
peut pas représenter ce type de comportement. Différents auteurs ont abordé la question en
développant des modèles qui reposent sur la combinaison de mécanismes différents et très
complexes, mais ces modèles présentent en général plusieurs inconvénients : la formulation
est limitée à des configurations simples (comme le frottement le long d’un pieu), et aucune
extension à un contexte tridimensionnel général n’est disponible ; le sens physique et la
détermination des paramètres sont peu clairs.
Dans ce contexte, l’examen de la littérature (Besson et al, 2001, Cambou et Hicher, 2008)
incite à se pencher sur des modèles présentant une loi d’écrouissage cinématique non linéaire
permettant de reproduire une accumulation de déformations plastiques (phénomène de
rochet). De manière plus précise, on utilise un critère de plasticité du type :
F(σ, X) = f(σ - X) ≤ 0
où X est une variable tensorielle susceptible d’évoluer au cours du chargement, et f désigne
l’un des critères classiques de la mécanique des sols.
Avec ce type de formulation, même si la fonction f est une fonction isotrope de son argument
tensoriel, la présence de la variable X fait que F(σ, X) ne peut pas s’exprimer, dans le cas
général, en fonction des invariants de σ. Autrement dit, la prise en compte d’effets cycliques
conduit à quitter le cadre, familier en mécanique des sols, des critères de plasticité isotropes.
La loi d’écoulement plastique s’écrit, comme dans le cadre habituel :
∂F ∂f
ε& p = λ& = = λ& (σ-X)
∂σ ∂σ
On décrit ensuite l’évolution de la surface de charge en décrivant l’évolution des paramètres X
et k. Le cas le plus simple est celui du modèle de Prager, pour lequel k est constant, et X une
fonction de la déformation volumique donnée par :
X = 2/3 C εp
En adoptant pour f le critère de von Mises, ce modèle permet de reproduire des boucles
ouvertes lors d’un cisaillement alterné à l’appareil triaxial. En revanche, il n’y a pas de rochet
(accumulation progressive de déformations plastiques). Pour améliorer le modèle, on adopte
une loi d’écrouissage cinématique non linéaire, du type :
X& = 2/3 C ε& - D X ξ&
avec :
ξ& = (2/3 ε& p: ε& p) 1/2
Le terme où figure D correspond à la valeur absolue de la norme du taux de déformation
plastique : il reste positif même si l’on change le signe de la vitesse de déformation plastique,
et permet une accumulation progressive de la déformation plastique. Ce modèle est attribué à
Chaboche par Besson et al (2001).
La programmation du modèle dans CESAR-LCPC (en version recherche) a été réalisée par
Pucheu (2008). A titre d’illustration, on présente une application à l’échelle d’une structure. On
considère un pieu (fictif) de 400 mm de diamètre et quatre mètres de long, placé dans une
couche d’argile de 8 m d’épaisseur. Le pieu est modélisé comme un matériau élastique
- 103 -
linéaire isotrope (E=10000 MPa, ν=0,2). Les contraintes initiales sont géostatiques, et définies
par le poids volumique du sol γ = 20 kN/m3 et le coefficient des terres au repos Ko, pris égal
à 1.
On applique sur la tête du pieu une force verticale vers le bas dont l’intensité varie de manière
cyclique. La partie élastique du comportement du sol est linéaire et isotrope, avec E = 30 MPa
; ν = 0,3. Pour la partie plastique, les simulations sont réalisées pour trois cas :
- calcul de référence : modèle de von Mises sans écrouissage : k = 225 kPa
- calcul 1 : écrouissage cinématique non linéaire : k = 40 kPa ; C = 45 MPa ; D = 144
- calcul 2 : écrouissage cinématique non linéaire : k = 40 kPa ; C = 15 MPa ; D = 48.
800
600
400
sans écrouissage
C=45 MPa
200 C=15 MPa
- 104 -
2. 3 Conclusion
Au cours des trente dernières années, on a pu observer une tendance au développement de
modèles de comportement très riches sur le plan conceptuel, mais aussi très complexes,
généralement destinés à reproduire le comportement observé d'un échantillon soumis à une
gamme de trajets de chargement. Cette complexité a plusieurs conséquences :
- on a généralement renoncé à résoudre analytiquement les équations des modèles pour des
chemins de contraintes généraux, et on se limite à des études paramétriques reposant sur des
simulations numériques, qui ne font pas forcément apparaître l'influence des différents
paramètres ni les conséquences des choix faits dans la formulation mathématique des
modèles (par exemple, le choix d'une variable d'écrouissage déviatorique mal choisie peut
rendre anisotrope un modèle qui se veut isotrope);
- la méthodologie permettant de déterminer les paramètres souvent nombreux à partir d'essais
courants de laboratoire est rarement explicitée : avec un modèle possédant de nombreux
paramètres, il est courant que des jeux de paramètres différents donnent des résultats voisins
sur un certain nombre de chemins de contraintes, ce qui rend le choix d'un jeu de valeurs
difficile ;
- les modèles de mécanique des sols restent souvent formulés dans un cadre d'hypothèses
restrictif ; faute d'une formulation suffisamment générale, ils ne sont que rarement implantés
dans un logiciel de calcul qui permet de simuler le comportement d'un ouvrage réel ;
- au stade des projets, on dispose généralement au mieux de quelques essais in situ, qui
explorent une gamme de chemins de contrainte moins riches que ceux que l'on peut
reproduire au laboratoire. Il en résulte que ces modèles ne sont pratiquement pas utilisés en
pratique, et on se limite encore souvent à des modèles de base.
Dans ce contexte, on a cherché à proposer une nouvelle gamme de modèles de
comportement, intermédiaires entre les modèles habituellement utilisés en géotechnique et les
modèles plus avancés mais difficiles d'utilisation en pratique. Le but recherché est d’améliorer
sensiblement la représentativité des calculs d’ouvrages par éléments finis, mais il reste à
confirmer que ces modèles peuvent être utiles en pratique en les mettant en œuvre sur des
cas réels.
De manière générale, la démarche suivie pour compléter la gamme de modèles disponibles a
consisté à choisir un phénomène dont on souhaite rendre compte (l’accumulation de
déformations plastiques lors de chargements cycliques par exemple), et à rechercher dans la
littérature les modèles appropriés, en privilégiant ceux qui respectent trois critères :
- le niveau de complexité théorique doit être acceptable (aussi faible que possible),
- la formulation doit être claire, explicite, et se prêter à une implantation dans un code de calcul
numérique,
- le nombre de paramètres doit rester suffisamment faible pour que l’utilisation pratique du
modèle soit réaliste.
L’utilisation de modèles avancés suppose de faire les efforts nécessaires pour déterminer les
paramètres supplémentaires qu’ils mettent en jeu : la méthodologie de détermination des
paramètres des nouveaux modèles est souvent peu détaillée par leurs auteurs. Il est donc
nécessaire d’entreprendre une étude systématique permettant, pour chaque modèle, de
préciser dans quelles situations il apporte un avantage décisif (par exemple, pour les calculs
de capacité portante en condition non drainée, ou la prise en compte de sollicitations
cycliques), quels sont les essais nécessaires pour déterminer (ou évaluer) les paramètres en
jeu, et comment on passe des résultats d’essais aux valeurs des paramètres.
- 105 -
3. Autres développements dans CESAR-LCPC
30
20 B
B 1 étape
nouveau procédé
10
calcul classique
Ur(mm)
0
0 2 4 6 8
- 106 -
- pour la simulation d’un ouvrage réel, dans lequel les déformations plastiques sont
significatives, la différence entre les résultats des deux approches est minime, ce qui confirme
a posteriori la validité des résultats que l’on avait obtenus jusque-là.
- 107 -
Figure 69 – Mise en œuvre du modèle multiphasique pour la modélisation d'un tunnel boulonné.
A gauche : déplacement calculé en fonction de la distance à l’axe du tunnel (rapportée à son rayon) ;
à droite : contrainte équivalente de traction dans une inclusion en fonction du rayon.
Numériquement, on est amené à introduire une famille d'éléments particulière, pour laquelle
l'intégration de l'énergie élastique relève d'un traitement particulier. On a fait en sorte que ces
développements soient compatibles avec la plupart des modèles de comportement pour le sol,
y compris les modèles à composantes.
Ce travail a donné lieu à une étude pour le compte de l’ENPC, dans le cadre d’un groupement
de laboratoires piloté par l’ANDRA. On a en particulier été amené à réaliser des études
paramétriques en déformation plane, pour une section non circulaire définie par un nombre
limité de données géométriques (longueur des boulons, rayons de courbure de la voûte, du
piédroit, du radier, etc.), et pour différentes configurations de boulonnage. On peut également
étudier l'influence des paramètres mécaniques du problème, comme les paramètres de la loi
de comportement du terrain, des contraintes initiales, du dispositif de boulonnage.
La définition d'un maillage paramétrable reste pour le moment un peu fastidieuse avec
CESAR-LCPC (au moins jusqu'à l'arrivée de la nouvelle version de l'interface graphique
CLEO). On a donc développé un petit outil (figure 70), qui permet :
- de générer un maillage paramétrable (en fonction du rayon de la voûte, du piédroit et du
radier, et du nombre d’éléments souhaité sur un certain nombre de lignes géométriques) ;
- de constituer un jeu de données complet et de lancer l’exécution d’un calcul ;
- de réaliser une étude paramétrique de manière automatique et de stocker dans un fichier
texte les principaux résultats.
- 108 -
Figure 70 – Outil permettant de générer automatiquement des maillages et de lancer une étude
paramétrique ; à droite, visualisation du maillage obtenu.
- 109 -
En pratique, la procédure permet de faire l’un ou l’autre des calculs suivants :
- pour une valeur donnée des caractéristiques de résistance du sol, on calcule le facteur de
confiance, défini comme la plus grande valeur par laquelle on peut multiplier le chargement
tout en restant dans le domaine de stabilité. Cette approche est celle du calcul à la rupture (de
Buhan 2007), et se rapproche de la démarche consistant, dans la terminologie des Eurocodes,
à appliquer des facteurs partiels sur les actions ou les effets des actions ;
- pour une valeur donnée du chargement appliqué à l’ouvrage, on recherche la plus grande
valeur par laquelle on peut diviser les caractéristiques de résistance réduites du sol (c et tan ϕ
pour le critère de Mohr-Coulomb) en restant dans le domaine où l’ouvrage est stable. On peut
établir une correspondance entre le facteur de sécurité ainsi défini et les facteurs partiels sur
les résistances introduits par les Eurocodes.
L’algorithme utilisé combine un algorithme de dichotomie (sur les valeurs du facteur de
sécurité) et un procédé de détection de divergence du processus itératif. Le choix exact des
paramètres du calcul (nombre d’itérations et tolérance demandée pour le processus itératif)
reste à discuter ; il serait intéressant, en particulier, de préciser dans quelle mesure le choix
des modules élastiques influe sur le résultat obtenu.
Les développements présentés ne visent qu’à automatiser une démarche de recherche des
valeurs limites pour lesquelles le processus itératif ne converge plus : ils donnent les mêmes
résultats que ceux qu’on obtiendrait en effectuant « à la main » une succession de calculs
avec des valeurs différentes du chargement (ou des caractéristiques de résistance). A titre
d’exemple, on présente un calcul de stabilité d’un talus vertical de hauteur H = 10 m, soumis à
son poids γ = 20 kN/m3, pour un massif caractérisé par une cohésion de c = 20 kPa et un
angle de frottement de 30 degrés. Bien qu’il n’y ait pas de solution analytique à ce problème,
on sait que le talus est potentiellement stable pour γ H ≤ α c tan (π/4+ϕ/2), la valeur du
coefficient α étant comprise entre 3,77 et 3,79 (Sloan and Lyamin, 2000, Pastor et al, 2006).
La valeur limite du poids volumique est donc de 13,12 kN/m3, et le facteur de confiance est
égal à F = 13,12/20 = 0,656 (ce qui montre qu’un talus vertical de cette hauteur ne peut pas
être stable pour les caractéristiques de résistance prises en compte).
Figure 71 – Maillage utilisé pour le calcul de stabilité d’un talus vertical (3700 nœuds, 1200 éléments
quadratiques).
- 110 -
Avec le maillage relativement sommaire présenté sur la figure 71, la procédure précédente
donne, pour une tolérance sur le résidu de 10-3 et un nombre maximal d’itérations fixé à 500,
un facteur de confiance sur le poids volumique du sol égal à 0,671. Cette valeur est un peu
supérieure au majorant théorique, l’erreur commise étant de moins de 3%. Ce résultat reflète
bien l’intérêt de la technique, et ses limites. Il s’agit d’obtenir rapidement une estimation de la
charge limite avec une précision de quelques pourcents, acceptable compte tenu des
incertitudes auxquelles on est confronté dans un projet de géotechnique (le critère de
résistance utilisé dans les calculs n’étant qu’une idéalisation des propriétés du sol réel). En
revanche, le résultat obtenu ne peut pas être interprété de manière rigoureuse comme un
minorant ou un majorant de la charge limite.
L’un des objectifs de l’opération de recherche était de proposer des modèles de calcul
simplifiés, permettant un calage rapide sur des mesures effectuées sur chantier : ce type
d’outils fournirait un moyen de détecter les situations dans lesquelles on s’écarte du régime de
fonctionnement prévu pour un ouvrage, et éventuellement de revoir le dimensionnement en
cours de construction.
L’approche peut être illustrée dans le cas de la stabilité des tunnels peu profonds. L'un des
aspects géotechniques de la construction des tunnels, en particulier des tunnels peu profonds,
concerne leur stabilité. Le problème se pose principalement pendant le creusement de
l'ouvrage et la mise en place du soutènement, au voisinage du front. Les déformations en
souterrain (convergence, soulèvement du radier, extrusion du front, déformation du
soutènement, etc.), dans le massif et en surface, constituent d'autres aspects importants de la
conception et de la construction des tunnels.
Pour les tunnels, deux types distincts d’analyse ont été développés : le premier aborde le cas
d’une galerie en section courante et le second traite du problème tridimensionnel de la stabilité
du front de taille. Il existe un nombre beaucoup plus important de travaux sur la stabilité en
section courante, étudiée dès le début du vingtième siècle afin d'obtenir des estimations des
chargements à prendre en compte dans le dimensionnement des soutènements. Les
méthodes d'analyse de la stabilité du front de taille sont plus récentes, en liaison avec
l'évolution des méthodes de construction des tunnels dans des terrains meubles ou les tunnels
profonds, surtout dans le cas des excavations en pleine section. Pour les terrains meubles, il
- 111 -
est d'usage de distinguer les sols purement cohérents, les sols frottants et les roches, car les
modes de rupture sont différents. Les mécanismes de rupture dépendent aussi de la
profondeur relative de l'ouvrage dans le massif.
On présente ici une synthèse qui récapitule quelques résultats permettant d’évaluer simple-
ment la stabilité d’un tunnel en section courante. En considérant que les mécanismes de ruine
constituent un comportement limite des déformations du massif et de l'ouvrage, ces résultats
permettent de prévoir dans quelles circonstances les tassements de surface sont susceptibles
de devenir inacceptables. L'étude est restreinte aux tunnels circulaires.
Solutions statiques
Caquot (1934) a donné une solution statique explicite en choisissant un champ des contraintes
à symétrie radiale dans une région annulaire autour du tunnel tangente à la surface libre du
massif et lorsque la cavité est remplie d’un fluide de même poids volumique que le sol. Pour
un angle de frottement ϕ et une cohésion c, la pression de soutien de la cavité vaut :
1 – ξ2-Kp c
p=γR K –2 – (1 – ξ1-Kp)
p tan ϕ
où ξ = H/R et Kp = (1+sin ϕ)/(1–sinϕ) = tan2(π/4+ϕ/2). Pour un tunnel sans couverture (H = R,
ξ = 1), la pression de soutien tend vers zéro. En introduisant la résistance à la compression
uniaxiale σc = 2 c cos ϕ / (1-sin ϕ), l'expression précédente devient :
- 112 -
1 – ξ2-Kp 1 – ξ1-Kp
p = γ R K – 2 – σc K – 1
p p
On notera que p croît indéfiniment avec ξ si Kp ∈ ]1,2[. Par ailleurs, cette expression n'est pas
définie pour Kp = 1 et Kp = 2. Pour un sol purement cohérent (ϕ = 0, Kp = 1), on trouve :
p = γ R (ξ - 1) – 2c ln(ξ)
Pour Kp = 2 (soit ϕ ≈ 19,5 degrés), on obtient :
p = γ R ln(ξ) – σc (1 – 1/ξ)
Enfin, pour Kp > 2, la pression de soutien tend vers une limite quand ξ augmente :
lim ξ →∞ p = γ R / (Kp – 2) – σc / (Kp – 1)
Cette solution a été améliorée par d'Escatha et Mandel (1971) et Mandel et al. (1974) en
utilisant la méthode des caractéristiques. Les auteurs indiquent que les calculs ne peuvent être
poursuivis pour les faibles profondeurs relatives (notamment pour c/γR < 0,33 avec le matériau
de Tresca), en raison de l'apparition de nouveaux mécanismes d'effondrement.
Salençon (1969a) a étudié la contraction d'une cavité cylindrique dans un milieu infini non
pesant élastoplastique. Si q est la pression uniforme exercée à l'infini, la pression de soutien
exercée à la paroi est reliée au rayon Rp de la zone plastique par :
p = (q+c / tan ϕ) (2 / (1+Kp)) (Rp/R)1-Kp – c / tan ϕ critère de Mohr-Coulomb
p = q – c (1 + 2 ln(Rp/R)) critère de Tresca
Des relations équivalentes sont utilisées pour décrire la courbe de convergence du massif, au
sens de la méthode confinement (Panet, 1995) :
(Rp/R)Kp-1 = 2λe / ((Kp+1)λe – (Kp-1) λ) critère de Mohr-Coulomb avec c = 0
ln(Rp/R) = (λ- λe)/ 2λe critère de Tresca
où λ représente le taux de déconfinement et λe = c / γH la valeur de λ pour laquelle les
conditions de rupture sont atteintes en paroi, en admettant que λ = 1 – p/q = 1 – p/γH.
Mühlhaus (1985) a proposé une solution statique basée sur le choix d'un champ de contraintes
admissible particulier permettant d'annuler les tractions en surface, en introduisant une densité
de force ad hoc en surface, pour un massif de Mohr-Coulomb. Avec les notations précédentes
et en posant ξc = (Kp/(Kp-1))1/2, la pression de soutien p dépend de la profondeur relative de la
cavité.
1 – ξ2-Kp 1 – ξ1-Kp
si ξ < ξc : p = γ R K – 2 – σc K – 1 + γR ξ-Kp + 2 γ R ξ2-Kp
p p
Kp-1Kp/2
2 K -1
1 – ξ2-Kp 1 – ξ1-Kp p
si ξ > ξc : p = γ R K – 2 – σc K – 1 + 2 γ R Kp – 2 + γ R ξ-Kp
p p
Comme précédemment, ces expressions ne sont pas définies pour Kp = 1 et Kp = 2. Les deux
premiers termes de ces expressions sont identiques à l'expression de Caquot (1934). Mais, en
raison de la présence des deux autres termes, la pression de soutien n'est pas nulle pour un
tunnel très peu profond (effet de la force additionnelle en surface) :
lim ξ →1 p = γ R
Le cas Kp = 1 correspond au sol purement cohérent (ϕ = 0) ; dans ce cas, ξc est infini et on a
donc ξ < ξc :
p = γ R (1 + ξ – 1/ξ) – σc ln(ξ)
- 113 -
Pour Kp ∈ ]1,2[, la formule donnant p pour ξ > ξc montre que la pression de soutien augmente
indéfiniment quand ξ augmente.
Pour Kp = 2 (soit ϕ ≈ 19,5 degrés), on a ξc = 2 :
si ξ < ξc : p = γ R (2 – ln(ξ) – 1/ξ2) – σc (1 – 1/ξ)
si ξ > ξc : p = γ R (1 + ln(ξ/2) + 1/ξ2) / (Kp – 2) – 2 σc (1 – 1/ξ)
Pour Kp > 2 et ξ > ξc, la pression de soutien tend vers une limite finie quand ξ augmente :
Kp – 1Kp/2
lim ξ→∞ p = γ R (4 K – 1) / (Kp – 2) – σc / (Kp – 1)
p
Dans leur approche statique, Davis et al. (1980) s'intéressent à un milieu essentiellement
cohérent et distinguent le cas du milieu non pesant et celui du milieu pesant. Pour un sol non
pesant, le champ des contraintes choisi est à symétrie radiale dans une région annulaire
autour du tunnel qui tangente la surface libre du massif. La solution est :
(s – p) / cu = 2 ln(ξ)
qui redonne la solution de Caquot (1934) avec γ = 0 et s = 0. Pour le sol pesant (γ≠0) et non
frottant (ϕ = 0), la solution est obtenue numériquement par la méthode des caractéristiques à
l'intérieur d'un espace annulaire tangent à la frontière horizontale du massif. Avec les faibles
profondeurs relatives et γD/cu = 3 ou 4, il n'est pas possible d'obtenir de solution sans violer le
critère, dans la construction préconisée par les auteurs.
Solutions cinématiques
Il est possible de construire des solutions cinématiques explicites lorsque le sol répond au
critère de Tresca et en présence d'un fluide qui remplit la cavité de même poids volumique que
le sol (γf = γ) (Mandel et al., 1974). Salençon (1969b) propose une telle solution pour un tunnel
cylindrique. Pour ξ < 2 , avec un mécanisme « de toit » :
p = γ R (ξ - 1) – c (ξ2 - 1) 1/2
Pour ξ> 2 et avec un mécanisme "à oreilles" délimitées par des spirales logarithmiques :
p = γ R (ξ - 1) – 2c (ln(ξ) + 0,154)
Atkinson et Cairncross (1973) considèrent un milieu de Mohr-Coulomb non pesant et
proposent une approche statique et une approche cinématique. Pour l'approche statique et le
choix d'un champ des contraintes à symétrie radiale dans une région annulaire entourant le
tunnel et tangente à la surface libre du massif, la solution est identique à celle de Caquot
(1934). Pour l'approche cinématique, avec un mécanisme « de toit » :
s – p = (s + c / tan ϕ ) 2 sin ϕ / ( ξ2 - 1 + sin ϕ)
Davis et al. (1980) proposent une approche cinématique du problème pour un milieu
essentiellement cohérent caractérisé par une cohésion non drainée cu. Les résultats des
calculs sont donnés en fonction de la profondeur relative C/D, ou C est l'épaisseur de la
couverture (C = H-R, ξ = 2C/D + 1). Les auteurs construisent divers mécanismes de rupture
dont les paramètres à optimiser sont les angles d'inclinaison des segments représentant les
lignes de rupture. Le premier mécanisme est un mécanisme de toit à un paramètre. Le
deuxième mécanisme engage le toit et les côtés de l'excavation, avec un paramètre. Le
troisième mécanisme possède quatre paramètres et contient les deux premiers mécanismes
comme cas particuliers. Il s'apparente à celui utilisé par Salençon (1969), pour ξ > 2 . Enfin le
dernier mécanisme fait apparaître des lignes de rupture en radier, avec trois paramètres. Le
troisième mécanisme est plus critique pour les faibles profondeurs relatives, tandis que le
quatrième est plus critique pour les grandes profondeurs relatives.
- 114 -
Récapitulation
Les tableaux suivants comparent les solutions pour les tunnels peu profonds et profonds, les
sols cohérents et frottants. Le tableau XI concerne les milieux cohérents (c ≠ 0, ϕ = 0, Kp = 1).
Si l'on assimile le rapport Rp/R, du rayon plastique au rayon du tunnel profond, au rapport
x = H/R du tunnel peu profond, et, à la limite, quand ces rapports augmentent indéfiniment, les
solutions sont identiques. La pression de soutien p augmente avec le logarithme de la
profondeur.
Dans le cas des milieux frottants (c = 0, ϕ ≠ 0), la comparaison des solutions est donnée dans
le tableau XII (Kp > 1). Pour des rapports x = H/R ou Rp/R très grands, la pression de soutien p
devient nulle, à la différence du milieu cohérent. Ces solutions ne portent pas sur la stabilité
locale en clé.
- 115 -
p (MPa)
0,125 LIMI p (MPa)
0,125 LIMI
Caquot (1934) Caquot (1934)
0,1 0,1
Mulhaus (2005) Mulhaus (2005)
0,075 0,075
0,05 0,05
c (kPa) c (kPa)
0,025 0,025
0 0
-0,025 -0,025
-0,05 -0,05
-0,075 -0,075
0 20 40 60 80 0 20 40 60 80
Conclusion
Cette étude présente différentes solutions analytiques pour la stabilité des tunnels peu
profonds, en section courante et en déformation plane. Ces solutions sont considérées ici
comme limites de l'analyse des déformations du massif et des tassements de surface, ces
derniers devenant infinis lors de la création d'un fontis par effondrement du souterrain.
Le problème de la stabilité des tunnels peu profonds a été abordé depuis longtemps par les
méthodes de la théorie de la plasticité et de l’équilibre limite. Bien qu’il s’agisse d’un problème
plus simple que celui de la stabilité du front, sa géométrie empêche de construire des solutions
générales : les champs proposés concernent par exemple un massif homogène obéissant à un
critère de Mohr-Coulomb. Dans les solutions statiques, les champs de contraintes étudiés se
réduisent à des cas simplifiés (chargement isotrope, milieu non pesant pour le tunnel profond).
Le nombre des paramètres qu'il est possible de prendre en compte dans les solutions
analytiques demeure limité devant l'ensemble des paramètres mis en jeu en réalité.
Néanmoins, cette étude permet de soulever plusieurs problèmes :
- les méthodes analytiques conduisent à des bornes statiques et cinématiques relativement
éloignées, qui méritent d'être affinées ;
- il paraît important d'analyser l'influence des contraintes initiales dans le massif, avec des
champs Ko différents d'un état isotrope ;
- l'influence de la profondeur pourrait être analysée en continu, pour le passage des tunnels
peu profonds vers les tunnels profonds ;
- l'analyse des ruptures locales en clé pour des tunnels très peu profonds ou, au contraire,
pour les tunnels profonds pourrait être envisagée.
Ce travail débouche sur l'idée que l'amélioration de la compréhension des mécanismes de
rupture reste toujours d'actualité sur un plan général pour une approche paramétrique du
problème de stabilité, ce qui n’exclut pas de recourir à des calculs numériques, par éléments
finis par exemple, pour étudier les paramètres qui échappent aux méthodes analytiques.
- 116 -
4. 2 Lois élastiques non linéaires pour la modélisation des soutènements
Contact : Sébastien Burlon, LRPC de Lille
(Le travail de thèse de S. Burlon a été dirigé et encadré par I. Shahrour et H. Mroueh, de l'Université
des Sciences et Technologies de Lille).
La réalisation de travaux dans des zones très urbanisées exige de prévoir avec une bonne
précision les mouvements du sol provoqués par les travaux, afin de préserver le bâti existant.
Dans le cas des excavations, les calculs par éléments finis ou par différences finies donnent
pour le sol situé en arrière du soutènement des déplacements verticaux dirigés vers le haut,
(au moins pour les premières phases d’excavation, tant que le sol reste élastique), alors que
l’intuition laisse penser que c’est un tassement qui devrait être attendu.
Une des idées avancées par certains auteurs pour améliorer la représentativité des modèles
consiste à employer des modèles de comportement dont la partie élastique n'est pas linéaire.
On se propose ici de préciser l’influence de ce type de modèles sur les mécanismes de
déformation du sol autour d’une excavation et d’autre part d’en fixer les limites d’utilisation d’un
point de vue pratique. Pour cela, on a effectué une étude paramétrique en deux dimensions
sur un modèle dont les données géométriques et géotechniques proviennent des excavations
réalisées au début des années 1990 à Villeneuve d’Ascq et à Roubaix lors de la construction
du métro (figure 73). L’excavation est décomposée en six phases au cours desquelles le
terrain est excavé par couches de 2 m, pour atteindre une profondeur totale de l’excavation de
12 m. Le terrain est soutenu par une paroi moulée de 26 m de long et 1 m d’épaisseur. On fait
l'hypothèse, pour simplifier l’étude, qu'on ne met en place ni tirant ni buton (bien qu'une telle
conception ne soit pas réaliste).
e=1 m
Zone
excavée γ= 18,9 kN/m
3
E = Eo + z ∆
Hs=26 m
avec Eo = 11,5 MPa
∆ = 1 MPa /m
c = 26 kPa
ϕ = 25 degrés
L=10 m
ψ= 10 degrés
H=80 m
L=80 m
Dans le calcul de référence, le comportement du sol est représenté par un modèle élastique
parfaitement plastique. Le module d’Young augmente linéairement avec la profondeur selon la
- 117 -
relation définie sur la figure 73 et le critère de rupture utilisé est celui de Mohr-Coulomb avec
une règle d’écoulement non associée. Le soutènement est modélisé par une seule couche
d’éléments de massif et est supposé élastique linéaire. Aucun élément d’interface n’a été
introduit entre le sol et le soutènement. Les effets de la réalisation de l’écran sont négligés ici,
mais ont été examinés en détail par ailleurs (voir la section 4. 3 ). Le coefficient de pression
des terres au repos initial est pris égal à 1. Les calculs sont réalisés par différences finies, à
l'aide du logiciel FLAC (Itasca, 2002).
La figure 74 compare les chemins de contrainte calculés de part et d’autre de la paroi. Dans la
zone en poussée, on obtient au début de la simulation une diminution de la contrainte
moyenne et une augmentation du déviateur des contraintes ; ces variations s’amplifient lors de
l’apparition de la plasticité. Dans la zone en butée, la diminution initiale de la contrainte
moyenne s’interrompt, parce que le déplacement horizontal de la paroi induit une
augmentation de la contrainte horizontale et de la contrainte moyenne. Lors de l’apparition de
la plasticité, comme dans la zone de poussée, on observe une diminution de la contrainte
moyenne et du déviateur.
Pour la phase 1, le calcul donne un très faible déplacement horizontal de l’écran vers le
terrain. Pour les phases suivantes, on obtient un déplacement vers la fouille qui augmente à
mesure que l'excavation progresse. Derrière le soutènement, le calcul donne un soulèvement
du terrain sous l’effet des forces de déconfinement appliquées au niveau du fond de fouille, ce
qui semble contraire à l’intuition et aux mesures de chantier. L’apparition de la plasticité
modifie l'allure du déplacement vertical au voisinage du mur, mais il reste globalement positif
(figure 75).
Figure 74 – Chemin de contraintes calculés à gauche de la paroi (zone en butée) et à droite (zone en
poussée)
- 118 -
Figure 75 – Soulèvement du sol derrière le soutènement (calcul de référence)
Dans la zone de poussée, les modèles 1, 2 et 3 conduisent, en fin de calcul, à des modules
d’Young inférieurs au modèle de référence. Pour le modèle 1, cette diminution est due à la
diminution de la contrainte moyenne. Pour les modèles 2 et 3, elle provient de l’augmentation
progressive du déviateur. La rotation de l’écran sur sa base favorise le cisaillement du
matériau ce qui se traduit par une diminution encore plus nette du module d’Young en
profondeur, au niveau du pied de la paroi.
Dans la zone en butée, les modèles 2 et 3 donnent une diminution du module d’Young. Pour le
modèle 1, le module d’Young diminue sous le fond de fouille mais augmente quelques mètres
en dessous, à cause du déplacement de la paroi vers la fouille.
Les trois modèles donnent des déplacements horizontaux de la paroi plus grands que le
modèle de référence, ce qui est cohérent avec la diminution du module d’Young derrière
l’écran. Les déplacements sont plus grands pour le modèle 2 que pour le modèle 3, alors que
les deux présentent des variations identiques du module de cisaillement G : le déplacement
horizontal n’est donc pas uniquement régi par le cisaillement.
- 119 -
Au fond de fouille, le soulèvement du terrain donné par le modèle 3 est bien moindre que celui
donné par le modèle 2 alors que les variations de module de cisaillement sont sensiblement
identiques dans les deux modèles : la différence provient du fait que le module de
compression K reste constant dans le modèle 3.
Il est remarquable de noter que le soulèvement du fond de fouille calculé, de l'ordre de 15 à
25 cm, ne se répercute pas en arrière de l’écran : les trois modèles donnent des soulèvements
comparables, le modèle 3 donnant les valeurs les plus faibles. L’utilisation de ce type de
modèle permet, du fait de l’absence de variations du module d’incompressibilité K, de maîtriser
les déformations volumiques.
Globalement, l’analyse détaillée des résultats (Burlon, 2007) montre que, au fond de fouille, les
mouvements verticaux sont régis par un mécanisme volumique ; derrière l’écran, ils mettent en
jeu un mécanisme déviatorique. Les conclusions que l’on peut tirer des résultats sont les
suivantes :
- la prise en compte de lois élastiques non linéaires tend à améliorer qualitativement les
résultats, mais ne suffit pas à éviter le soulèvement du terrain derrière l'écran ;
- la plasticité induit un découplage entre les déplacements verticaux du fond de fouille et du
terrain derrière l'écran;
- plus généralement, l’entrée en plasticité corrige les défauts identifiés (déplacement de la
paroi vers le sol soutenu, soulèvement derrière l’écran), ce qui incite donc à privilégier des
modèles permettant de se placer d'emblée à la frontière du domaine élastique ; de plus,
compte tenu des chemins de contraintes observés, un mécanisme d'écrouissage déviatorique
pourrait améliorer les résultats.
D’autres aspects des calculs de soutènement sont discutés en détail par Burlon (2007), en
particulier l’influence de l’angle de dilatance, du coefficient Ko, et de l’interface sol-paroi.
Par ailleurs, les calculs montrent que les conditions aux limites, notamment la hauteur du
modèle, ont une influence importante sur les déplacements verticaux calculés. Ce point est
discuté plus en détail dans la section 4. 4 ci après.
- 120 -
4. 3 Analyse numérique de la mise en place d’une paroi moulée
La plupart des calculs par éléments finis des parois moulées sont réalisés en supposant que la
construction de la paroi perturbe peu les contraintes dans le terrain, ou tout au moins qu'il est
inutile de la prendre en compte lors du calcul des mouvements provoqués par l'excavation. La
validité de cette hypothèse a été examinée par différents auteurs (Gourvennec et Powrie,
1999, Ng et Yan, 1999, Frih, 2005, Schäfer et Triantafyllidis, 2006). Burlon (2007) a entrepris
une analyse systématique, qui prend en compte le phasage de réalisation des panneaux. Une
étude paramétrique a été réalisée pour discuter l'influence du coefficient de pression des terres
au repos K0 , du nombre et de la longueur des panneaux.
Le coefficient de pression des terres au repos Ko est un paramètre essentiel dans le calcul des
excavations puisqu’il conditionne la valeur des forces de déconfinement appliquées aux bords
de la fouille. Il est difficile de le mesurer in situ et on se contente en général de l'estimer en
utilisant la formule de Jaky.
Dans le cas des parois moulées, le terrain est excavé sous boue bentonitique afin de pouvoir
couler le béton constituant la paroi. Cette phase de mise en place modifie certainement l’état
de contraintes du sol en place même si cette modification est difficile à mesurer (Duca, 2001).
On peut donc proposer d'analyser par voie numérique le processus de réalisation de la paroi,
afin de juger de son influence sur la cinématique de l’excavation.
La pratique la plus courante consiste à négliger l’influence de la mise en place de la paroi sur
le champ de contraintes proche de l’écran : la procédure est appelée WIP (pour "wished in
place"). Dans les logiciels de calcul, l'état initial des contraintes dans le sol est donc le même
qu’avant la mise en place de la paroi. La suite du calcul consiste à désactiver par phases les
éléments massifs constituant le sol à excaver de manière à atteindre la profondeur voulue pour
la fouille.
L'autre approche consiste à représenter la réalisation du soutènement avant de simuler
l'excavation, en enchaînant plusieurs phases : on génère d'abord un état initial des contraintes
dans le sol en place, on modélise ensuite la réalisation du soutènement (en particulier
l'excavation sous boue), et éventuellement la prise du béton dans la tranchée et l'évolution de
son module. Cette approche est appelée dans la littérature WIM (pour "wall installation
modelling").
Cette procédure est mise en œuvre sur des modèles en deux dimensions ou en trois
dimensions. Les modèles en trois dimensions comportent en général 3 à 9 panneaux, dont la
longueur varie suivant les cas entre 2 et 8 m.
On a adopté dans les calculs présentés ici la même configuration (fictive) que dans la section
4. 2 ci-dessus : on considère une paroi d'un mètre d'épaisseur, de 26 mètres de haut, devant
laquelle on réalise une excavation de 12 m de profondeur, en 6 passes de 2 m. La paroi n'est
ni butonnée ni tirantée, pour simplifier l’étude, bien qu’un tel soutènement ne soit pas réaliste
en pratique. Le modèle utilisé pour le sol est élastique parfaitement plastique. Le module
d’Young augmente linéairement avec la profondeur et le critère de rupture utilisé est de type
Mohr-Coulomb avec une règle d’écoulement non associée. Le coefficient Ko est pris égal à 1.
Le soutènement est modélisé par une seule couche d’éléments massifs et est supposé avoir
un comportement élastique linéaire. Aucun élément d’interface n’a été placé entre les
éléments massifs modélisant le sol et le soutènement. Les calculs sont réalisés avec FLAC.
- 121 -
Les figures 77 et 78 comparent les déplacements horizontaux de la paroi, et le déplacement
vertical du sol en surface derrière l'écran selon la procédure utilisée.
Le calcul WIM fournit des déplacements plus grands et un soulèvement localement plus faible,
ce qu'on peut associer à des déformations plastiques plus grandes ou plus étendues.
La procédure WIM revient à définir un état de contraintes différent de celui pris en compte
dans la procédure WIP : l'analyse des résultats montre que la contrainte horizontale obtenue à
la fin de la construction de l'écran, dans la procédure WIM, est indépendante du coefficient de
pression de terres au repos et dépend uniquement des masses volumiques de bentonite et de
béton liquide considérées. Les calculs de type WIM en deux dimensions donnent alors des
déplacements induits par l'excavation qui sont indépendants du coefficient de pression des
terres initial.
On a donc entrepris de réaliser une étude plus représentative du processus réel, en prenant
en compte le caractère tridimensionnel du problème. On a modélisé la réalisation de cinq
panneaux de paroi moulée avec le maillage présenté sur la figure 79, et selon le phasage
indiqué sur la figure 80. Trois longueurs de panneaux ont été considérées : 3, 5 et 7 m.
- 122 -
Figure 79 – Vue du modèle tridimensionnel
- 123 -
Déformée [m] n=3
-0,25 -0,2 -0,15 -0,1 -0,05 0
0
Profondeur [m]
10
WIP2D
15
WIM3D - l=3
WIM3D - l=5
20
WIM3D - l=7
WIM2D
25
Les résultats obtenus sont présentés en détail dans Burlon (2007). Les résultats des modèles
WIM 3D dépendent du coefficient de pression des terres au repos. Par ailleurs, les
déplacements horizontaux après excavation sont plus grands qu'en 2D pour des valeurs de K0
inférieures ou égales à 1 mais plus petits lorsque K0 varie entre 1 et 1,5. La conclusion la plus
marquante est que les résultats restent relativement proches de celles obtenues par un calcul
de type WIP 2D.
Pour les déplacements verticaux en surface derrière le mur, la conclusion est moins simple :
selon les valeurs de Ko, les calculs tridimensionnels se rapprochent plus de l'une ou l'autre des
simulations bidimensionnelles WIP ou WIM, qui encadrent les résultats tridimensionnels.
- 124 -
4. 4 Prise en compte de la longueur finie d’une excavation dans un calcul plan
Contact : Alain Corfdir, CERMES, (centre commun ENPC-LCPC), Institut Navier
Pour les calculs de tunnels ou d’excavations, la méthode des éléments finis donne des
déplacements qui dépendent fortement de la taille du maillage utilisé. On cherche ici à préciser
cette dépendance et à la réduire, en s’appuyant sur le calcul analytique des déplacements dus
à une charge superficielle appliquée sur un demi-espace élastique linéaire.
- 125 -
Une étude paramétrique permet d’illustrer l’influence de ces dimensions. Sept maillages ont
été construits, pour R = 5 m et H = 25 m, et les dimensions données dans le tableau XIII. Les
sept maillages sont des restrictions du plus grand (maillage 4) montré sur la figure 82. Le
comportement du terrain est élastique linéaire (E = 10 MPa et ν = 0,3). Le poids volumique est
pris égal à 20 kN/m3 et le coefficient de pression des terres au repos à 0,5.
Tableau XIII – Etude de l’influence des dimensions du maillage pour un calcul de tunnel
Numéro de maillage Largeur L Profondeur D
1 50 m 50 m
2 75 m 75 m
3 100 m 100 m
4 200 m 200 m
5 50 m 75 m
6 50 m 100 m
7 50 m 200 m
L = 50 m
L = 75 m
L = 100 m
L = 200 m
- 126 -
U (m)
0,1
0,05
-0,05
L= 50 m / D = 50 m
-0,1 L= 75 m / D = 75 m
L= 100 m / D = 100 m
-0,15
L= 200 m / D = 200 m
-0,2
0 15 30 45 60 x 75
(m)
Figure 83 – DéplacementsConditions
verticaux enaux limites
surface classiques
: influence de l’étendue du maillage
U0,14
rel(m)
0,12
0,1
0,08
0,06
L= 50 m / D = 50 m
0,04 L= 75 m / D = 75 m
L= 100 m / D = 100 m
0,02 L= 200 m / D = 200 m
0
0 15 30 45 60 x(m)
75
Figure 84 – Déplacement vertical relatif en surface
- 127 -
x =h 2(1 − ν ) p
u z,seg = ∫
x = −h
4 πG x 2 + y 2
dx
Ce déplacement tend vers l'infini quand la longueur h du segment chargé tend vers l'infini. Ce
résultat explique pourquoi les déplacements verticaux dépendent de la profondeur du maillage.
Il montre aussi qu'il n'y a pas de limite au déplacement vertical de la surface : si la profondeur
du maillage est assez grande, le calcul donne un soulèvement arbitrairement grand.
Dans ce qui suit, nous nous concentrons sur l'évaluation des tassements en surface.
Pour réduire la dépendance des résultats avec la profondeur du maillage, on peut imposer sur
les frontières du maillage les déplacements horizontaux et verticaux induits par une charge
uniforme s’exerçant sur une ligne infinie. Comme le déplacement vertical analytique est infini,
nous utilisons une valeur relative, définie comme la différence entre le déplacement vertical du
point courant et celui d'un point de la surface situé à une distance L* de l'axe du tunnel, qui
peut être plus grande que la largeur du maillage. Dans ce qui suit, L* est égal à 200 m.
La figure 85 montre que les tassements de surface calculés sont alors presque identiques pour
les maillages 2, 3 et 4. En revanche, le maillage le plus petit (largeur L= 50 m) donne des
résultats différents. On peut donc recommander de choisir pour la largeur du maillage une
valeur d'au moins 75 m, c'est-à-dire 7,5 fois le diamètre du tunnel.
U(m)
0,14
0,12
0,1
0,08
0,06
L= 50 m / D = 50 m
0,04 L= 75 m / D = 75 m
L= 100 m / D = 100 m
0,02 L= 200 m / D = 200 m
0
0 15 30 45 60 x(m)
75
Figure 85 – Déplacements verticaux calculés avec des conditions aux limites analytiques
D’autre part, la figure 86 montre que les tassements calculés pour la largeur la plus faible et
quatre profondeurs de maillage différentes (50, 75, 100 et 200 m), sont très proches.
L’utilisation de conditions aux limites analytiques réduit donc très fortement la sensibilité des
tassements calculés à la profondeur du maillage et permet de discuter la profondeur de la
cuvette de tassement, sa largeur et les tassements différentiels, bien que les déplacements
verticaux soient définis à une constante arbitraire près.
- 128 -
U(m)
0,14
0,12
0,1
0,08
0,06
L= 50 m/ D = 50 m
0,04 L= 50 m/ D = 75 m
L= 50 m/ D = 100 m
0,02 L= 50 m/ D = 200 m
0
0 15 30 45 x(m)
Figure 86 – Déplacements verticaux calculés avec des conditions aux limites analytiques
- 129 -
On a effectué quatre calculs tridimensionnels, avec deux maillages, pour la configuration
décrite ci-dessus. Les dimensions des maillages A et B sont respectivement 125 x 80 x 80 m
et 200 x 200 x 200 m ; ils comptent 25800 et 39800 nœuds. Les maillages sont construits de
telle sorte que le maillage A est inclus dans le maillage B (figure 87).
maillage B
maillage A
Vue de la zone
centrale
P1
P2
P1
Pour chaque maillage, un calcul est effectué avec des conditions aux limites classiques et un
autre en imposant sur le bord inférieur et les côtés verticaux du maillage les trois composantes
du déplacement causé par une charge ponctuelle à la surface d'un demi-espace élastique. La
figure 88 représente les déplacements verticaux U(x) calculés sur la ligne P1P2 de la figure 87.
U(m)
0,7
maillage A / CL classiques
0,6 maillage A / CL analytiques
0,5 maillage B / CL classiques
maillage B / CL analytiques
0,4
0,3
0,2
0,1
0
0 15 30 45 60 x(m)
Figure 88 – Déplacements verticaux calculés en 3D sur la coupe P1P2
Elle montre clairement que les déplacements verticaux calculés dépendent fortement de la
taille du maillage à moins d’utiliser des conditions aux limites appropriées. Bien qu’on ne
puisse l’illustrer ici par manque de place, le déplacement horizontal de la paroi est peu
influencé par la correction des conditions aux limites.
- 130 -
Fouille rectangulaire : calculs bidimensionnels
Les simulations tridimensionnelles restent consommatrices de temps, et il est donc préférable
de revenir, si possible, au cadre des déformations planes. Comme on l’a vu, en déformation
plane, les calculs prennent en compte une force verticale appliquée sur une longueur infinie et
mènent à des déplacements verticaux arbitrairement grands. Nous cherchons une procédure
qui permette de compenser l’erreur due à la longueur limitée des fouilles réelles.
Comme pour les tunnels, le déplacement vertical à la surface du sol est infini. On peut donc
définir, à une translation verticale près, des conditions aux limites qui réduisent la sensibilité
des déplacements calculés à la profondeur du maillage ; on choisit de travailler avec le
déplacement vertical relatif par rapport à un point placé sur la droite passant par P1 et P2 , à
une distance L* du centre de la fouille. Le champ de déplacement ainsi obtenu est dénoté par
ξplan (où l'indice plan signifie « déformation plane »).
La correction proposée pour tenir compte de la longueur finie de la zone excavée utilise une
évaluation analytique du déplacement ξbi causé dans un demi-espace élastique par une
densité de force uniforme verticale appliquée sur le secteur grisé de la figure 89 (l'indice bi
signifie "bande incomplète"). De nouveau, la valeur du déplacement absolu vertical est infinie à
la surface et nous définissons ξbi comme le déplacement relatif par rapport à un point placé à
une distance L* de l’excavation. Ce champ de déplacement peut être estimé analytiquement.
1 ≈ 2 + 3
Le déplacement vertical ξ* du point de la surface du sol situé à la distance L* sur l'axe des
abscisses peut être évalué de manière approchée comme le déplacement provoqué par une
force uniforme répartie sur un rectangle de même dimensions horizontales que l’excavation.
Finalement, la correction proposée pour modifier les résultats d'une analyse en déformation
plane consiste à superposer trois contributions au champ de déplacement :
ξ final = ξ plan − ξ bi + ξ *
La première est obtenue numériquement par un calcul en déformation plane, la deuxième est
analytique, et la troisième permet de recaler le déplacement vertical. La figure 90 représente
les déplacements verticaux évalués derrière la paroi avec ce procédé, pour trois maillages
plans de 40, 80 et 200 m de profondeur ; les résultats sont superposés avec ceux des calculs
tridimensionnels menés avec des conditions aux limites analytiques. Les calculs
bidimensionnels corrigés donnent des résultats pratiquement indépendants de la profondeur
du maillage, et très proches des résultats des calculs tridimensionnels, même si les calculs
plans tendent à surestimer la profondeur de la cuvette de tassement qui apparaît derrière le
mur, et par conséquent aussi les tassements différentiels.
- 131 -
U(m)
0,8
maillage A / CL analytiques
0,7 maillage B / CL analytiques
calcul plan / D = 40 m
0,6 calcul plan / D = 80 m
calcul plan / D = 200 m
0,5
0,4
0,3
0,2
0 10 20 30 40 x(m)
50
Figure 90 – Déplacements verticaux calculés en 3D et en 2D sur la coupe P1P2
Conclusions et perspectives
Les simulations numériques de fouilles souffrent du fait qu’on les modélise comme des
ouvrages de longueur infinie. Les utilisateurs de codes d'élément finis ne sont pas toujours
conscients de l'impact de cette simplification sur les résultats qu’ils obtiennent.
Pour les tunnels, des conditions aux limites adaptées, établies analytiquement, réduisent
l’influence de la taille du maillage sur les déplacements verticaux calculés. Par ailleurs, on peut
recommander que la largeur du maillage soit au moins égale à 7,5 fois le diamètre de part et
d’autre de l’axe. On peut aussi retenir qu’il est difficile d’estimer les tassements superficiels sur
la base de calculs par éléments finis si les investigations géotechniques ne permettent pas de
connaître la profondeur du substratum rigide : il est donc souhaitable de ne pas limiter les
reconnaissances à la profondeur de l'axe de tunnel.
Pour les soutènements, on peut proposer d’utiliser des conditions aux limites analytiques pour
les simulations tridimensionnelles, de manière à obtenir des résultats indépendants de
l’étendue de la zone maillée. Pour les calculs en déformation plane, on peut, d’une part,
minimiser l’influence de la profondeur du maillage en utilisant des conditions aux limites
analytiques, et, d’autre part, corriger les déplacements calculés pour prendre en compte la
longueur finie de l’excavation. Il est alors possible de discuter le choix du modèle utilisé pour
décrire l'interface sol-structure dans de bonnes conditions. La correction proposée consiste à
modifier le champ de déplacement en tout point du maillage. Elle ne permet pas pour le
moment de corriger l’état de contraintes dans le sol au voisinage de la paroi.
- 132 -
5. Conclusion
L’objet de cet axe de travail était de faire progresser les méthodes de calcul numériques ou
semi-analytiques de manière à obtenir des outils plus simples à mettre en œuvre, susceptibles
d’être utilisés en temps réel, dans le contexte d’un chantier suivi par une instrumentation
relativement performante et complète, dans l’esprit de la méthode observationnelle.
Ce travail devait s’appuyer sur des mesures effectuées sur des ouvrages réels, mais le volet
correspondant de l’opération de recherche a été relativement restreint. Le travail sur les outils
de calcul s’est articulé autour de plusieurs problématiques :
- le développement d’une structure de programmation nouvelle pour les lois de comportement,
qui permet de tester l’influence des différentes composantes des lois, et dans un deuxième
temps d’ajouter un certain nombre de lois nouvelles, constituant chacune une approche d’un
aspect particulier : l’accumulation de déformations plastiques lors de chargements cycliques,
l’anisotropie des propriétés plastiques des argiles, le comportement anisotrope des ouvrages
en maçonnerie, l’apport de lois d’écrouissage pour mieux représenter le comportement de
certains sols en condition non drainée, etc. ;
- une étude des limites et de l’intérêt pratique des méthodes d’évaluation de la stabilité d’un
tunnel en section courante ;
- une étude des performances des lois élastiques non linéaires pour les calculs de
soutènement par éléments finis, qui tend à montrer que cette piste n’est pas forcément la
meilleure pour améliorer la représentativité des calculs par éléments finis notamment ;
- une étude de l’influence de la prise en compte de la mise en place d’une paroi moulée, qui
montre que la modélisation de l’installation (WIM), en condition tridimensionnelle, donne des
résultats relativement proches des calculs bidimensionnels sans modélisation de l’installation
(WIP) ;
- une étude des moyens d’obtenir des déplacements qui dépendent peu des dimensions du
maillage utilisé pour les calculs de tunnels ou d’excavation ;
Ces différentes actions ont en commun de chercher à évaluer les véritables possibilités des
outils disponibles, à cerner leurs limites de validité, et à voir dans quelle mesure les résultats
qu’ils fournissent sont critiquables et peuvent être améliorés.
De manière générale, l’interprétation des résultats des calculs par éléments finis doit tenir
compte du fait que le calcul fournit une réponse globale, qui résulte d’hypothèses de natures
différentes (par exemple sur la géométrie, le phasage de construction de l’ouvrage, et le
comportement des matériaux). On a souvent tendance à penser que les calculs par éléments
finis fournissent nécessairement une réponse fiable et complète : en fait, si l’une des
hypothèses que l’on a faites n’est pas appropriée, on peut passer à côté d’un phénomène qui
contrôle une partie de la réponse (même si les autres aspects du problème ont été
correctement modélisés). Cette question de l’estimation de la fiabilité des résultats de calcul
est une piste de travail qui mérite d’être étudiée de manière plus systématique, dans le cadre
de futurs programmes de recherche.
- 133 -
Chapitre 5.
Techniques de compensation
1. Introduction
L’emploi des techniques d’injection s’est développé depuis une quinzaine d’années,
notamment en zones urbaines, pour des chantiers où l’on souhaite maîtriser les déplacements
du sol afin de préserver les structures et les bâtiments adjacents. Un des exemples les plus
connus est celui de la construction de la Jubilee Line du métro de Londres, où cette technique
a été mise en œuvre pour préserver les bâtiments historiques situés sur le tracé.
Le terme d’injection recouvre un vaste ensemble de techniques, dont l’objectif n’est pas
toujours le même : il peut être de compenser les mouvements du sol, de renforcer ou
d’améliorer les terrains (c’est-à-dire augmenter leur résistance ou leur raideur). On distingue
entre autres les injections de fracturation, les injections de compaction, les injections
d’imprégnation ou encore le « jet-grouting » et le « soil mixing ». Parmi ces techniques, seules
les injections par fracturation ou les injections par compaction sont utilisées pour corriger des
mouvements du sol induits par la construction d’autres ouvrages. Ces deux techniques
constituent les injections de compensation.
Les deux applications principales sont de corriger en temps réel les déplacements du sol
induits par des travaux et de remédier aux tassements des bâtiments ou d’autres structures
après leur mise en service (on parle dans ce cas d’injections de correction).
La première application concerne surtout les tunnels à faible profondeur : l’injection est
réalisée entre le front de taille du tunnel et le bâtiment susceptible d’être endommagé par le
tassement dû au creusement.
La seconde application vise à corriger le tassement d’un bâtiment ou d’un autre type de
structure en cours de construction ou en service suite à une mauvaise appréciation des
caractéristiques du sol support ou des conditions de chantier en général.
Dans le cas des tunnels, la technique permet d’agir en temps réel en fonction de la
comparaison entre la réalité constatée et des seuils de déformations fixés (par exemple dans
le cadre de la méthode observationnelle). Le fait de compenser les tassements ne dispense
pas, en principe, d’adapter le dimensionnement de l’ouvrage en cours de construction. En
pratique, cependant, la conduite du chantier ne présente pas une réactivité suffisante pour
modifier « instantanément » le mode de creusement ou le type de soutènement posé dans un
tunnel lorsque les mesures de tassement deviennent différentes de ce qui était prévu (comme
l’ont montré les études faites par Serratrice et Magnan (2002) et Serratrice (2007) sur le
chantier de la traversée souterraine de Toulon). Les injections peuvent constituer un moyen de
gérer les phases d’adaptation du chantier, à condition de disposer de mesures précises des
déplacements du sol : des techniques et des appareillages spécifiques de mesure ont été
développés à cet effet (Le Bissonnais et al, 2008).
Par ailleurs, la technique des injections pose des problèmes environnementaux. En effet, elle
consiste à injecter des coulis à base d’eau, de ciments ou de gels (à base de silice et de
calcite) susceptibles de rejoindre différentes nappes et les polluer. Bien qu’on ait peu de
données sur le sujet, il est généralement admis que le volume injecté est difficile à prévoir, ce
qui laisse penser qu’une quantité significative de coulis se retrouve plus ou moins loin du point
- 135 -
d’injection : il est alors difficile d’assurer que l’on ne touche pas les nappes. Il en résulte que,
dans certains pays, il est à peu près exclu d’utiliser cette technique. C’est l’origine de l’idée de
procéder à des injections dans des enveloppes étanches permettant d’assurer le confinement
du coulis. La difficulté étant de disposer d’un matériel suffisamment souple pour recevoir un
volume important (quelques centaines de litres), pour que l’on puisse espérer corriger de
manière efficace un tassement en surface, et suffisamment résistant pour exclure tout risque
d’éclatement ou de percement de l’enveloppe.
Par ailleurs, malgré leurs différents développements et leurs potentialités, les injections de
compensation restent complexes à mettre en œuvre. Il existe peu de recommandations et
quasiment aucune règle de dimensionnement. C’est l’expérience acquise sur les chantiers
précédents qui est mise en avant. Un tel travail devrait pourtant être entrepris afin de quantifier
l’impact des injections sur les sols en place puis sur les structures proches.
2. 1 Types d’injection
On peut distinguer plusieurs types d’injection, mettant en jeu des phénomènes spécifiques et
aboutissant à des résultats différents. La figure 91 schématise les principales différences entre
les types d’injection.
Injections de fracturation
Les injections de fracturation ont pour but de compacter le terrain pour augmenter sa rigidité
du terrain, et de remplir des vides inaccessibles pour réduire la perméabilité du milieu injecté.
Elles consistent à fracturer le terrain en utilisant un coulis sous pression. Elle est aussi utilisée
pour « soulever » de manière contrôlée certains ouvrages.
Le fluide injecté est peu visqueux afin de limiter les pertes de charge dans le sol. Le coulis
composé seulement d’eau et de ciment pénètre dans le terrain en se propageant dans des
fractures déjà présentes, ce qui lui confère une rigidité et une résistance plus importantes.
- 136 -
Aucun soulèvement n’est constaté lors de cette phase dite de « prétraitement ».
L’augmentation de la pression d’injection permet ensuite l’ouverture de fissures et de fractures
dans des directions de plus faible résistance du sol : c’est la phase d’expansion. Le
développement de ces fissures dépend de l’état de contraintes et est peu prévisible
(Schweiger et al, 2004). Le coulis peut alors imprégner des zones de sol plus éloignées. Les
fractures créées permettent des soulèvements du sol et donc une éventuelle correction des
tassements. Ce mode d’injection permet en outre de réinjecter ultérieurement le terrain ce qui
permet d’améliorer l’efficacité de l’injection à long terme.
Une partie du coulis est perdue d’une part par dispersion dans le sol et d’autre part lorsque la
pression d’injection devient trop importante par la création de fractures et de fissures. Les
injections de compaction peuvent aussi aboutir à l’apparition de fractures mais ceci résulte
d’une perte de contrôle de l’injection.
En pratique, ce type d’injection repose sur l’utilisation de tubages et de tubes à manchettes.
Un forage est d’abord exécuté à l’abri d’un tubage. Un tube à manchettes, c'est-à-dire un tube
muni d’orifices distants de 0,2 à 0,5 m protégés par des manchettes, est mis en place puis
scellé au terrain par un coulis appelé « coulis de gaine », injecté dans le forage depuis sa base
au fur et à mesure que le tubage est remonté. L’injection est faite de la manière suivante : le
coulis est envoyé sous pression dans le tube à manchette afin d’injecter une manchette
déterminée. Le coulis soulève la manchette choisie afin de s’échapper vers l’extérieur. La
pression d’injection du coulis permet de claquer la gaine en ciment dans laquelle est scellé le
train de tubes à manchettes. Après avoir claqué la gaine, le coulis imprègne le sol, en
remplisant les pores du sol et en chassant l’eau interstitielle initialement présente. Le coulis de
gaine doit être choisi de telle sorte qu’il empêche la circulation du coulis entre le tube à
manchettes et les parois du forage lors de l’étape d’injection, mais sa résistance doit être
assez faible pour permettre son claquage. Les pressions nécessaires au claquage varient
entre quelques centaines de kPa et quelques MPa.
Injections de compaction
Les injections de compaction consistent à utiliser un coulis assez raide dans le sol pour
déplacer et compacter le sol in situ. Le fluide injecté est plus visqueux que pour les injections
de fracturation. La phase de prétraitement est extrêmement réduite et des déplacements
peuvent être obtenus assez vite. Le coulis injecté composé d’un sable raide et d’un ciment
forme des bulbes plus ou moins sphériques selon l’état de contraintes dans le sol. Par ailleurs,
la rigidité et la résistance du sol autour du bulbe sont augmentées (à cause de la compaction
qu’il subit). Les pressions d’injection sont moins élevées que pour les injections de fracturation.
Ce mode d’injection ne permet pas de réinjecter le terrain plus tard à cause de la résistance du
bulbe de coulis. Ce type d’injection n’est pas en général réalisé dans des tubes à manchette : il
ne permet donc pas de corriger rapidement des mouvements du sol, parce qu’il est nécessaire
de réaliser un nouveau forage pour débuter une nouvelle injection. Cette technique est plutôt
employée dans les matériaux granulaires. Dans les sols fins, l’injection ne fait que déplacer le
sol sans le renforcer, et il faut gérer les conséquences de la dissipation des éventuelles
surpressions interstitielles : cette dissipation peut induire une diminution du volume de sol
soulevé et pénaliser l’efficacité de l’injection à long terme.
Injection d’imprégnation
Les injections d’imprégnation consistent à remplir les pores accessibles entre les particules de
sol dans un sol perméable par injection de coulis sans perturber la structure du sol. Cette
- 137 -
technique est généralement utilisée pour réduire la perméabilité du terrain et contrôler les
circulations d’eau mais elle peut aussi servir à renforcer et augmenter la rigidité du terrain.
- 138 -
moins on doit observer de filtration. Il est donc nécessaire de choisir, de manière judicieuse, la
granulométrie du ciment en fonction du type de sol à injecter. Il est aujourd’hui encore difficile
de quantifier la filtration de manière fiable. Par ailleurs, la technique repose sur le
développement des micro-ciments.
Enfin, pour une pression d’injection suffisante, on parvient à « claquer » le sol. Le claquage
correspond à une fissuration ou une fracturation du terrain. Ce phénomène est décrit en détail
par Cambefort (1967) qui développa à partir des années 50 les techniques des injections et
des tubes à manchettes. Le claquage apparaît pour des pressions d’injection importantes et
induit l’apparition de fractures dans des plans orthogonaux à celui de la plus petite contrainte
principale. Il conduit à une nouvelle distribution des contraintes où la contrainte principale
mineure devient la plus importante par mise en précontrainte du terrain.
Dans la plupart des sols, le coefficient de pression des terres au repos est inférieur à 1, et le
claquage se produit d’abord verticalement (figure 92). Si l’injection est poursuivie, les
claquages suivants peuvent avoir lieu suivant des plans parallèles à la surface du terrain
naturel entraînant de brusques soulèvements du sol susceptibles d’endommager les bâtiments
et les structures sus-jacentes.
En général, on essaie, dans la mesure du possible, de réaliser une injection par imprégnation,
en limitant au maximum le développement des claquages. Théoriquement, il est possible de
faire une injection sans claquage dans un terrain homogène, à condition que le coulis soit très
fluide et le débit d’injection très faible. En pratique, l’hétérogénéité des terrains à traiter
favorise le claquage.
- 139 -
Dans l’optique de la compensation des mouvements, l’efficacité de l’injection sera
plutôt définie comme le rapport entre le volume de sol soulevé en surface et le volume injecté.
Des études ont été effectuées par Komiya et al. (2001) et Au et al. (2003) pour déterminer
l’influence des paramètres qui agissent sur l’efficacité à long terme des injections de
compensation à savoir :
- la dissipation des pressions interstitielles dans l’argile générées lors de la phase d’injection,
- le retrait du coulis lors de la prise.
Ils ont mis au point un dispositif expérimental oedométrique dans lequel on reproduit les
conditions initiales du terrain étudié (teneur en eau de l’argile, contrainte verticale, masse
volumique, indice de plasticité, etc.) et dans lequel on introduit un tube d’injection. A l’aide de
capteurs, on mesure le déplacement vertical produit par l’injection de coulis ou le gonflement
d’un tube en latex. Ce type d’essais a permis à Au et al. (2003) de montrrt l’influence du degré
de consolidation du sol (OCR) sur l’efficacité de l’injection : elle augmente lorsque le degré de
consolidation augmente, quel que soit le type de coulis d’injection. De plus, lorsque le coulis
est injecté dans un élément flexible en contact avec le terrain, l’efficacité est meilleure que si
l’on injecte directement le sol, sauf pour des degrés de consolidation élevés.
A l’échelle d’un chantier, Soga et al. (2004) ont montré que des injections simultanées en
plusieurs points conduisent à une meilleure efficacité sur le long terme pour des argiles. En
effet, elles permettent de mieux contrôler les pressions interstitielles. Les résultats confirment
aussi que l’efficacité est plus grande pour un degré de consolidation élevé. De plus, comme Au
et al. (2003), les auteurs constatent que l’efficacité est meilleure lorsque le coulis est injecté
dans un élément flexible en contact avec le terrain.
Par ailleurs, on trouve dans la synthèse de Chambosse et Otterbein (2001) des valeurs
d’efficacité mesurées sur différents chantiers. Elles varient entre 4 et 22%.
De manière générale, il n’existe pas de règle permettant de prévoir l’efficacité des injections,
bien que Chambosse et Otterbein (2001) aient proposé un état de l’art sur l’injection de
compensation en Allemagne dans lequel ils proposent une formule empirique pour l’évaluer.
2. 4 Critères d’injectabilité
Les sables fins et les argiles molles sont difficiles à injecter. Néanmoins, les techniques
évoluent et permettent dans certains cas de pallier ces problèmes en utilisant des coulis de sol
fins. L’injectabilité (ou « pénétrabilité » selon la terminologie de l’AFTES (1987)) d’un coulis
définit sa faculté à pénétrer la plus grande partie des vides d’un terrain avec une pression et
un débit adaptés au projet. Elle dépend des caractéristiques du coulis et de la nature du
terrain. L’hétérogénéité du sol in situ et la difficulté de déterminer sa porosimétrie font qu’il est
difficile de définir des critères d’injectabilité autrement qu’en s’appuyant sur l’expérience
acquise. L’objectif est de faire une estimation de la granulométrie du ciment à employer pour le
traitement d’un sol donné.
Les critères d’injectabilité utilisés de manière courante se présentent soit sous la forme de
diagrammes dans lesquels sont résumées les limites d’injectabilité de différents coulis,
obtenues par l’expérience, soit sous la forme de comparaisons entre les caractéristiques
géométriques du coulis et celles du milieu poreux. Les critères d’injectabilité dépendent de la
granulométrie du coulis et du terrain à injecter et de la perméabilité équivalente. On se référera
aux travaux de Cambefort (1967), AFTES (1987), Bouchelaghem (1994), AFTES (1997),
Dupla et Canou (2005). L’AFTES (1987) a proposé un classement des différents types de
- 140 -
coulis auxquels sont attribuées des limites inférieures de perméabilité de sol, en dessous
desquelles un type de coulis n’est plus adapté.
De nombreux travaux de recherche ont été entrepris dans le but d’améliorer les critères
d’injection ainsi que la compréhension des mécanismes d’écoulement des coulis dans les sols
et de résistance mécanique des sols injectés. Dans le cas des suspensions de micro ciment,
dont l’utilisation est de plus en plus importante en raison de la disparition progressive des
coulis chimiques (solutions, résines), les mécanismes de transport du coulis dans le sol sont
plus complexes en raison du phénomène de filtration, qui peut conduire rapidement à des
instabilités avec blocage de l’injection. Ces phénomènes ne sont pas encore bien connus ni
quantifiés et les critères d’injectabilité plus difficiles sont à déterminer.
Chambosse et Otterbein (2001) ont proposé un état de l’art en Allemagne sur l’injection de
compensation. Ils proposent une méthode de calcul pour déterminer la pression maximale (PA)
qui est une fonction de la résistance du coulis et du diamètre du trou (dans le cas où l’on utilise
la technique des tubes à manchettes).
D 2 − d2 β z
PA = αβ [N / mm 2 ] avec α = 17,8
d2 β
où β désigne la résistance du coulis de gaine, D le diamètre du trou de forage, d celui du TAM,
et βz/β le rapport traction/compression pour le coulis.
D’un point de vue plus théorique, ils proposent de considérer la pression d’injection P comme
la résultante de plusieurs composantes (Chambosse et Otterbein, 2001) :
P = PL + Pc + PR + PV
où :
Pc est la pression de claquage du sol ;
- 141 -
PL est la perte de charge dans les tubes (elle dépend du diamètre, de la longueur et du débit
de la pompe) ;
PR représente une contribution du coulis de gaine ;
PV traduit l’augmentation de la viscosité et de diminution de la fluidité d’un coulis traduisant la
filtration de l’eau.
- 142 -
Figure 93 – Pieu avec « expander bodies » (Broms, 1985)
- 143 -
2. 7 Conclusion
On peut considérer aujourd’hui qu’il est possible de suivre les mouvements de terrain en
temps réel, de pallier aux effets de creusement de tunnel par des injections de compensation
et d’en mesurer les effets immédiats (réduction des tassements et remise à niveau). En
revanche, on n’est pas en mesure de prévoir les tassements avant le commencement des
travaux.
L’injection de coulis est employée de manière courante mais le mécanisme réel de l’injection
de compaction reste complexe, et modélisé de manière sommaire (généralement par une
expansion de cavité).
En pratique, le coulis expansif provoque dans le sol une modification des contraintes radiales
et tangentielles. Une zone de remaniement importante avec cisaillement et déformation
plastique du terrain apparaît à proximité du bulbe de coulis, où la densité du sol peut parfois
diminuer.
Les sols granulaires lâches sont déplacés plastiquement. Dans les sols argileux, les
déformations peuvent conduire à une rupture plastique du matériau avec des augmentations
de pression interstitielles, qui se dissipent avec le temps. Dans le cas de terrains avec
plusieurs couches, une combinaison des deux phénomènes se produit.
- 144 -
3. Modélisation par éléments finis de la compensation
Contact : Sébastien Burlon, LRPC de Lille
(Le travail présenté ici est issu de la thèse de S. Burlon, dirigée et encadrée par I. Shahrour et
H. Mroueh, de l'Université des Sciences et Technologies de Lille).
La technique des injections de compensation est de plus en plus utilisée lors de travaux en
zone urbaine, en raison des possibilités qu’elle offre en termes de maîtrise des mouvements
du sol, pour corriger les tassements induits par la réalisation de tunnels. Elle nécessite
toutefois une instrumentation de chantier fine pour suivre en temps réel les effets de l’injection
dans le sol. Par ailleurs, les méthodes d’estimation des mouvements du sol induits par des
injections sont encore peu validées. On a donc cherché à étudier les mécanismes mis en jeu,
et les méthodes de calcul disponibles.
On s’intéresse ici uniquement aux injections de compensation pour lesquelles le coulis injecté
forme des bulbes (injection de compaction). On peut estimer que dans ce cas, les
mouvements proviennent essentiellement de la pression du coulis injecté ou du déplacement
provoqué par l’expansion du bulbe constitué de coulis.
Les deux principales méthodes analytiques ont été développées par Sagaseta (1987) et
Verruijt (1996). Le premier a élaboré, dans le cadre d’un massif semi-infini homogène,
élastique et incompressible, une méthode d’estimation des tassements induits par le
creusement d’un tunnel. Verruijt a proposé une approche pour un massif compressible (ν<0,5),
qui donne des déplacements plus importants en surface. Gonzalez et Sagaseta (2001) ont, à
leur tour, intégré un paramètre d’ajustement permettant de prendre en compte des conditions
de drainage partielles et des zones de sol plastiques plus ou moins étendues.
En ce qui concerne la modélisation numérique des phénomènes mis en jeu, deux approches
existent : la première consiste à imposer une déformation volumique aux zones du maillage
réservées aux injections (Nicolini et Nova, 2000, Kovacevic et al., 2000, Schweiger et al.,
2004), tandis que la seconde consiste à appliquer des contraintes dans ces zones ou entre
ces zones et le sol alentour (Addenbrooke et al., 2001, Wisser et al., 2001).
En première analyse, on a effectué des calculs en déformation plane, la modélisation du
processus d’injection reposant sur une approche en contraintes, appliquées à une cavité
circulaire de 5 cm de rayon (dans un cadre cadre très proche de celui dans lequel se sont
placés les auteurs cités précédemment). Les calculs sont réalisés par la méthode des
différences finies avec le logiciel FLAC. Le maillage utilisé dans la zone proche de l'injection
est présenté sur la figure 95. Le maillage s'étend 20 m au-dessous de la profondeur à laquelle
on injecte ; le point d'injection est placé à une profondeur variable.
Le coefficient de pression des terres au repos Ko vaut 1. Les caractéristiques du terrain sont
les suivantes : γ=18.9 kN/m3, E=20 MPa, ν=0,2, c=26 kPa, ϕ=25 degrés et ψ=10 degrés.
- 145 -
Figure 95 – Détail du maillage mis en œuvre autour de la cavité d’injection
Dans un premier temps, une comparaison est réalisée entre le calcul numérique et la méthode
analytique proposée par Verruijt (1996). Le soulèvement (au dessus du centre de la caivté
d’injection) calculé par différences finies est identique à la valeur analytique pour l’ensemble
des profondeurs d’injection prises en compte. Un examen détaillé montre qu’il est
pratiquement inversement proportionnel à la profondeur d’injection.
En revanche, le volume de terrain soulevé Vs calculé numériquement diffère de la valeur
analytique pour toutes les profondeurs considérées sans qu'on ait pu justifier clairement cette
différence (figure 96). Toutefois, les deux approches concordent sur le fait que, pour un
matériau élastique, la relation entre le volume injecté Vi le volume soulevé Vs est indépendante
de la profondeur d’injection.
- 146 -
essentiellement déviatorique, et s’apparente à celui mis en jeu lors d’un essai pressiométrique.
L’apparition de la plasticité génère une augmentation de la contrainte moyenne. Celle-ci se
développe à partir de la cavité d’injection. Les éléments de sol plus éloignés de la cavité
entrent progressivement en plasticité. Ce mécanisme induit des déformations volumiques qui
influencent la transmission des déformations vers la surface, et la valeur de l’angle de
dilatance contrôle l'amplitude des déformations volumiques plastiques. On a donc entrepris
une étude de la sensibilité des résultats obtenus à ce paramètre en donnant à l’angle de
dilatance les trois valeurs 0, 5 et 10 degrés.
Les principaux résultats sont les suivants :
- la diminution de la dilatance favorise le développement de déformations déviatoriques et
accroît l’expansion de la cavité d’injection : le volume soulevé Vs et le soulèvement maximal Sv
augmentent avec la dilatance (figures 97 et 98);
- pour une pression d’injection donnée, la dilatance n’a pas d'influence sur la valeur du volume
de sol soulevé Vs.
D’autres simulations ont montré qu’un coefficient de pression des terres au repos Ko plus
élevé, ou la prise en compte d'un module d’Young qui augmente avec la contrainte moyenne
augmentent le soulèvement du sol. Avec ce type de modèles, l’augmentation du confinement
du sol favorise la transmission des déformations vers la surface (Burlon, 2007).
En dernier lieu, on a cherché à discuter, par voie numérique, si la technique des injections de
compensation pourrait être utilisée pour réduire les tassements derrière les soutènements. Un
calcul tridimensionnel a été réalisé pour analyser l’influence d’une injection réalisée à trois
mètres de profondeur dans cinq cavités après qu’une excavation a été réalisée (figure 99).
Différentes hauteurs d’excavation ont été considérées : 4, 8 et 12 m.
L’injection induit un mouvement de l’écran vers la fouille, d’autant plus important que
l’excavation est profonde. Ce déplacement n’est pas linéaire ce qui témoigne de l'apparition de
zones plastiques derrière l’écran durant l’excavation. L’efficacité calculée de l’injection diminue
quand la hauteur d’excavation augmente. Cette constatation s’explique par l’état de
contraintes dans le sol à la fois en arrière et en avant de l’écran. Pour de faibles hauteurs
- 147 -
d’excavation, la plasticité est peu développée si bien que les mouvements du sol induits par
l’expansion de la cavité se répercutent plus facilement en surface (les contraintes horizontales
importantes favorisent le soulèvement du sol) et que l’écran est moins sensible (car plus fiché)
à ces mouvements de sol. Quand la hauteur d’excavation augmente, la plasticité se développe
devant et derrière l’écran : les mouvements induits par l’expansion de la cavité se répercutent
plutôt moins en surface.
La modélisation numérique des injections de compaction dépend de deux mécanismes :
l’expansion de la zone injectée, qui augmente lorsque la résistance du sol au cisaillement
diminue, et la capacité du sol à transmettre les déformations du sol vers la surface, qui dépend
de la rigidité apparente du sol. Les simulations présentées ici montrent, d'abord, la complexité
du phénomène de soulèvement, et d'autre part, laissent penser que l'utilisation d’injections de
compensation n’est pas une solution efficace pour corriger des tassements en arrière d’un
soutènement.
3m
80 m
soutènement
cavité n°4 0.1 m
cavité n°5
1m
cavité n°2
1m 1m 80 m
1m cavité n°3
Hl 1m
0.05 m
1m
cavité n°1
10 m
0.7 m
Hl : Hauteur libre
- 148 -
4. Faisabilité d’un procédé de compensation par enveloppes gonflables
La question de l’efficacité réelle d’un procédé d’injection dépend d’un grand nombre de
paramètres, mais sur le plan pratique, il reste à définir un moyen d’injecter du coulis dans le
sol qui permette contrôler le volume injecté, et d’éviter une pollution des terrains environnants.
Le programme de travail de l’opération de recherche prévoyait d’étudier la possibilité d’injecter
du coulis dans une enveloppe souple, susceptible de se dilater dans le sol sans se déchirer.
La première idée était de développer un matériel original, mais il est apparu qu’il était sans
doute possible d’utiliser un matériel existant.
On a commandé 15 enveloppes EB5 12 auprès de la société suédoise Soilex. Il s’agit de tubes
qui, à l’origine, ont une section carrée de 80 mm de côté et une longueur de 1 m. Une fois
gonflée, chaque enveloppe atteint en principe un diamètre de 500 mm dans sa partie centrale.
On a proposé de réaliser une expérimentation visant à vérifier la faisabilité du procédé et son
efficacité pour induire des mouvements maîtrisés de la surface du sol : on peut en effet
s’attendre à ce qu’une fraction du volume apporté au niveau de l’enveloppe soit « absorbée »
par la densification du sol au voisinage de l’enveloppe. En termes de modélisation, la
transmission vers la surface du volume injecté est certainement contrôlée par la dilatance du
sol, et son évolution au cours du cisaillement.
Un autre aspect important est la possibilité d’obtenir un soulèvement uniforme de la surface en
gonflant plusieurs enveloppes à proximité les unes des autres : on peut donc chercher à
déterminer, pour un sol donné, une distance d’influence entre deux enveloppes voisines.
Compte tenu du retard pris à cause de difficultés logistiques, on a réalisé une expérimentation
destinée à tester la faisabilité du procédé, et à évaluer les déplacements induits dans le sol par
le gonflement des enveloppes.
Les essais ont eu lieu du 7 au 9 janvier 2009.
L’expérimentation a consisté à réaliser une structure en fosse d'essai au CER dans laquelle
trois enveloppes ont été enfouies dans une couche de sol, puis remplies de coulis. L'ouvrage
est instrumenté avec plusieurs types de capteurs : capteurs de pression totales induites,
capteurs de tassement à eau et des capteurs de déplacement LVDT.
4. 1 Présentation de l'expérimentation
L'objectif de cette expérimentation est de vérifier la faisabilité pratique de l’injection dans des
enveloppes, et quantifier l'efficacité de l’injection, c'est à dire le rapport entre lel volume de sol
soulevé en surface et le volume de coulis injecté dans les enveloppes gonflables.
Enveloppes gonflables
Trois enveloppes sont enfouies dans une structure d'essai, à 1,25 m de profondeur et avec
1 m d'intervalle entre elles. Les enveloppes se présentent sous la forme de pièces en acier de
section carrée et prennent une forme oblongue une fois gonflées. La figure 100 montre l'état
des enveloppes avant gonflage (section carrée de 8 cm de côté) et après gonflement
maximum. Le tableau XIV présente les caractéristiques géométriques des deux formes d'une
enveloppe, ainsi que le type de connexion d'entrée .
- 149 -
Figure 100 – Vue des enveloppes SOILEX (état initial et après gonflement)
Section (mm²) Longueur (m) Diamètre maximal (m) Longueur (m) Volume (l)
Matériau du remblai
Le sable argileux utilisé est un 0/8mm classé B2 selon la norme NF P 11-300. Ce sable
provient de la carrière de Criquebeuf sur Seine exploitée par la SNEC (Société Normande
d'Exploitation de Carrières). Ce matériau était stocké à l'abri dans un hangar du CER. Sa
teneur en eau moyenne au moment de la mise en œuvre était de 7,15%. Les caractéristiques
OPN sont les suivantes : ρdOPN = 1,98 t/m3 ; wOPN = 9,7 % . Les limites des sous-classes
hydriques sont les suivantes :
• B2h 10,7% ≤ Wn < 12,1%
• B2m 8,7% ≤ Wn < 10,7%
• B2s 4,8% ≤ Wn < 8,7%
Le sable utilisé est donc de classe B2s.
Mise en œuvre
Dans un premier temps, une tranchée de 6 m de long, 1,25 m de haut et 2,20 m de large a été
creusée dans un massif de 1,80 m de hauteur en sable B2. Le remblaiement de la tranchée
est ensuite réalisé avec le même sable. La mise en oeuvre s'effectue par couche de 25 cm
d'épaisseur compactée. Les modalités de compactage des couches sont déterminées en
fonction du Guide Technique sur la Réalisation de remblais et couches de formes pour
atteindre l'objectif de densification de type remblai choisi. Le compactage du sol support et de
la première couche a été effectué à l'aide d'un compacteur Albaret VA12 classé VT2 dont la
largeur de compactage est de 170 cm (Figure 101). Pour les couches suivantes, en raison de
la présence des câbles des capteurs d'un côté et des flexibles reliés aux enveloppes de l'autre,
le compactage a été complété sur les bords de la structure par une plaque vibrante Wacker
DPU 2430F de classe PQ2 selon la norme NF P 98-736 (masse en ordre de marche 138 kg,
largeur de compactage 300 mm).
- 150 -
Figure 101 - Compactage dans l'axe de la couche n°2
Plan d'instrumentation
L’instrumentation mise en place comporte plusieurs séries de capteurs :
- des capteurs de contrainte totale CPV1, CPV2, CPV3 destinés à mesurer la contrainte
verticale sous chacune des enveloppes ;
- un capteur de contrainte CPH destiné à mesurer la contrainte horizontale entre les
enveloppes 1 et 3 ;
- dix capteurs de tassement à eau sont disposés à différents niveaux dans les couches
(figure 102). Chaque capteur est fixé sur une plaque métallique afin d'assurer la planéité et la
stabilité de la position du capteur, et relié par une tubulure remplie d'un mélange eau-glycol à
un réservoir initial de référence. Les variations de la hauteur de liquide dues aux tassements
différentiels entre le réservoir et le point de mesure sont converties en un signal électrique
proportionnel ;
- 151 -
Figure 102 - Capteur de tassement à eau
- huit capteurs de déplacement de type LVDT sont installés sur une poutre métallique au
dessus de la surface de la structure (Figure 103). L'extrémité des capteurs est solidaire d'une
plaque métallique pour assurer le contact avec la surface de la structure (Figure 104).
Figure 103 - poutre support des capteurs de Figure 104 - Capteur LVDT
déplacement de la surface de la structure
- 152 -
6 5 4 3 2 1
0,05m
Couche 4
T23 T2M3 T33 T13
1,00 m
E nt rée f os s e
Couche 3
1,25 m
T32 T3M2
CPH Couche 2
2 3 1
1m 1m 1m
6m
7 3 8
Couche 4
T33
Couche 3
T32
Ha n g a r 4
F o sse 1
Couche 2
3
Couche 1 CPV3
0,5m
1,1 m
- 153 -
4. 2 Essais réalisés
Essai de gonflage préalable
Dans un premier temps, un essai de gonflage à l'eau a été réalisé avec une pompe
hydropneumatique. L'enveloppe se déforme lors du déploiement de l'acier plié, par étape et
non de façon continue et progressive. Environ 98 litres d'eau ont été injectés à une pression
de 6 bars, conduisant à un diamètre de 35 cm (Figure 107).
Le gonflage à l'eau s'est poursuivi avec la machine à vis initialement prévue pour l'injection du
coulis, pour atteindre un diamètre maximal de 50 cm.
Les enveloppes enterrées dans la structure ont ensuite été gonflées avec un coulis de ciment
(140 litres d'eau, 70 kg de ciment type CPJ45, 16,5 kg de Bentonite et environ 5 kg de sable
semi-concassé propre 0/5 mm de la vallée de Seine) préparé dans la machine à vis Lancy
PH9R / Putzmeister SP11 qui a servi à injecter le coulis de ciment. La pression à laquelle sont
gonflées les enveloppes varie entre 8 et 10 bars.
Déroulement de l'essai
Les enveloppes installées aux extrémités sont gonflées en premier et l'enveloppe centrale en
dernier. Chaque enveloppe est reliée à un flexible de 3 m de long supportant une pression de
40 bars et d'un diamètre de 32 mm. Au bout de chaque flexible, une vanne à boisseau de
catégorie 2 (supportant jusqu'à 64 bars) permet sa fermeture après l'injection du coulis dans
l'enveloppe.
Les figures 108 à 113 montrent l’allure de la surface du sol au-dessus des enveloppes. On
note que le gonflement des enveloppes, qui sont relativement peu profondes, provoque
l’apparition de fissures et le découpage du sol en blocs discontinus (les fissures apparaissent
très tôt au cours du processus de gonflement). En particulier, la pointe de certains capteurs
LVDT s'est enfoncée dans les vides entre les fissures.
De manière globale, le sol au-dessus des enveloppes présente une forme de calotte sphérique
avec une base circulaire d'un diamètre d'environ 2 m (pour les deux premières enveloppes
gonflées). La déformation de la surface au dessus de la troisième enveloppe semble être de la
même forme mais la déformation rejoint les dômes créés lors du gonflage des autres
enveloppes.
- 154 -
Figure 108 – surface du sol au-dessus de la Figure 109 – surface du sol au-dessus de
première enveloppe (début du gonflage) l'enveloppe n°1 après gonflage
Figure 110 – surface du sol au dessus de Figure 111 – surface du sol après gonflage des
l'enveloppe n°2 après gonflage trois enveloppes
Figure 112 – surface du sol au -dessus de Figure 113 – capteurs LVDT n°2 et n°3
l'enveloppe n°3
- 155 -
4. 3 Résultats
Contraintes
De manière générale, on a pu constater que, lors des différents gonflages, seuls les capteurs
situés à proximité immédiate de l'enveloppe en expansion réagissent (figures 114 et 115).
180
160
Contrainte induite (kPa)
140
120
100
80
60
40
20
0
00:00 00:20 00:40 01:00 01:20 01:40 02:00 02:20 02:40 03:00 03:20 03:40 04:00 04:20
durée de gonflage (min:s)
250
Contrainte induite (kPa)
200
150
100
50
0
00:00 00:30 01:00 01:30 02:00 02:30 03:00 03:30 04:00 04:30 05:00 05:30 06:00
durée du gonflage (min:s)
Après environ une journée et demie, les contraintes mesurées par les capteurs de pression
totale, aussi bien dans la direction horizontale que verticale se sont stabilisées (figure 116).
Les petites fluctuations observées sont attribuées aux variations de températures entre le jour
et la nuit.
- 156 -
Evolution des contraintes dans la structure après les essais
160
140
Contrainte induite (kPa)
120
100
80
60
40
20
0
00 01 02 03 04 05 06 07 08 09 10 11 12 13 14
Durée depuis l'arrêt des essais (jour)
Figure 116 – contraintes mesurées dans les jours suivant les essais
Déplacements de la surface
Une partie des mesures de déplacements de la surface est présentée sur les figures 117 à
119. Elles permettent de montrer jusqu’où s’étend l’influence d’une enveloppe, et prouvent
également que le soulèvement du sol obtenu est permanent : il n’y a pratiquement pas d’effet
différé dans les jours suivant les essais (malgré la relaxation des contraintes observée
précédemment).
- 157 -
Figure 118 – Variation du niveau de la surface pendant l'expansion de l'enveloppe n°2
- 158 -
Déplacements dans la structure
En dernier lieu, on présente sur les figures 120 à 123 les déplacements verticaux donnés par
les tassomètres à eau disposés au sein de la structure d'essai.
T13 T14 T3M2 T32 T33 T34 T2M3 T2M4 T23 T24
180
160
140
déplacement (mm)
120
100
80
60
40
20
0
00:00 00:20 00:40 01:00 01:20 01:40 02:00 02:20 02:40 03:00
durée de gonflage (min:s)
Figure 120 – Déplacements dans la structure pendant l'expansion de l'enveloppe n°1 (phase 1)
T13 T14 T3M2 T32 T33 T34 T2M3 T2M4 T23 T24
45
40
35
déplacement (mm)
30
25
20
15
10
5
0
00:00 00:20 00:40 01:00 01:20 01:40 02:00
durée de gonflage (min:s)
Figure 121 – Déplacements dans la structure pendant l'expansion de l'enveloppe n°1 (phase 2)
- 159 -
Evolution des déplacements dans la structure lors du gonflage de
l'enveloppe n°2
T13 T14 T3M2 T32 T33 T34 T2M3 T2M4 T23 T24
250
200
déplacements (mm)
150
100
50
0
00:00 00:20 00:40 01:00 01:20 01:40 02:00 02:20 02:40 03:00 03:20 03:40
durée de gonflage (min:s)
T13 T14 T3M2 T32 T33 T34 T2M3 T2M4 T23 T24
300
250
déplacements (mm)
200
150
100
50
0
00:00 00:20 00:40 01:00 01:20 01:40 02:00 02:20 02:40 03:00 03:20 03:40 04:00
durée du gonflage (min:s)
Les résultats montrent l'influence de l'expansion de chaque enveloppe sur les capteurs de
déplacements à eau situés au dessus de celle en train de gonfler. Par ailleurs, au cours des
jours suivant les essais, les déplacements enregistrés ont montré des fluctuations minimes (de
l’ordre de 2 mm), essentiellement dues aux variations de température.
- 160 -
4. 4 Constatations finales
Lors du démontage de la structure, 18 jours après le gonflage, les trois enveloppes ont été
extraites du sol : elles ont atteint leur diamètre maximal, 49,6 cm pour la première enveloppe
gonflée et 50 cm pour les deux autres (figure 124). On a aussi pu noter que le coulis de ciment
a fait prise dans les enveloppes. Une pesée de chaque enveloppe a été effectuée, et donné
une masse de 200 kg pour l’enveloppe 1, et 208 kg pour les deux autres (la masse à vide
étant de 27 kg).
5. Conclusion
Ce dernier volet de l’opération de recherche, consacré aux injections de compensation, a
permis de réaliser une étude bibliographique représentative de l’état de l’art en la matière, sur
le plan des techniques, d’une part, et sur le plan des méthodes de calcul, qui restent
relativement sommaires.
Dans le cadre de sa thèse, S. Burlon (2007) a réalisé une étude numérique pour cerner les
mécanismes mis en jeu dans la transmission des déplacements de la cavité d’injection vers la
surface. Cette approche permet aussi d’étudier l’intérêt potentiel de ce type de technique pour
compenser les mouvements liés à la réalisation d’une fouille ou d’une excavation.
En dernier lieu, on a cherché à vérifier la faisabilité de contrôler les mouvements de la surface
du sol au moyen d’injections dans des enveloppes souples gonflables et capables de confiner
le coulis. Une première expérimentation a eu lieu au Centre d’Expérimentation Routière de
Rouen en janvier 2009, au cours de laquelle on a pu évaluer la faisabilité et l’efficacité du
procédé. Il reste à exploiter plus complètement les résultats obtenus, notamment pour valider
les simulations numériques du procédé de compensation par injection dans des enveloppes
souples.
- 161 -
- 162 -
Conclusion générale
Le contexte urbain impose des contraintes particulières pour la réalisation des projets, à cause
d’emprises réduites, et de la nécessité de limiter les nuisances (notamment sonores). Il est, de
plus, nécessaire de s’assurer que les travaux ne provoquent pas des mouvements du sol
susceptibles de perturber le fonctionnement des ouvrages environnants ou de les
endommager. Le but de cette opération de recherche était de contribuer à prévoir et à
maîtriser les mouvements liés aux travaux.
Dans un premier temps, il est nécessaire d’obtenir une image fiable de la structure du sous-sol
et des caractéristiques des matériaux, de manière à constituer un « modèle géotechnique »
exploitable pour comprendre et modéliser la réponse du terrain aux travaux. Une particularité
importante du contexte urbain est la présence d’hétérogénéités plus ou moins marquées qui
reflètent l’histoire d’un site (présence de caves, de murs ou de fondations anciennes, etc.), et
qui ont souvent une influence majeure sur la déformabilité des terrains. L’idée de pouvoir
reconstituer la structure du terrain se rapproche de la problématique du « transparent ground »
(terrain transparent) qui fait partie des objectifs de la plate-forme européenne des technologies
de la construction (ECTP).
Dans le cadre de cette opération de recherche, on s’est intéressé aux moyens d’investigation
utilisables en ville. Compte tenu des durées pendant lesquelles on peut intervenir sur un site
urbain réel, on a pris le parti de reconstituer des structures artificielles au Centre
d’Expérimentations Routières de Rouen. Ces structures ont vocation à rester disponibles
pendant plusieurs années, afin de pouvoir tester différentes techniques (en particulier les
ondes de surface), comparer les informations qu’elles fournissent, et réfléchir aux moyens de
combiner les résultats obtenus à l’aide de techniques différentes pour affiner la connaissance
de la structure du sous-sol.
Par ailleurs, on a travaillé au développement d’un démonstrateur permettant de faire des
essais de type cross-hole avec des sondes de dimensions réduites, plus faciles à manipuler et
mieux adaptées au contexte urbain. On fera en particulier des essais de mise en œuvre dans
des forages non tubés.
Un deuxième volet de l’opération a porté sur la mesure des mouvements des structures au
cours des travaux. L’instrumentation des ouvrages de génie civil, surtout en vue d’une
exploitation pour des travaux de recherche, demande des moyens importants, en temps et en
matériel. Deux situations différentes se rencontrent : l’instrumentation d’ouvrages
expérimentaux, qui demande des moyens importants, et se limite souvent à un ouvrage de
petite taille ou à une partie d’ouvrage ; l’instrumentation d’un ouvrage réel, qui est tributaire
des opportunités qui peuvent se présenter et soumise aux aléas des chantiers, mais fournit
des résultats plus représentatifs. En pratique, différents travaux ont été effectués en lien avec
un ensemble d’instrumentations assez hétérogène, qui représente bien la richesse des
informations que l’on peut obtenir, leur intérêt pour valider des modèles de calcul (ou identifier
leurs insuffisances), et leur utilité pratique pour adapter ou définir des méthodes de
dimensionnement. Néanmoins, il apparaît nécessaire de faire progresser les moyens de
mesure vers des système plus légers à mettre en œuvre et si possible moins chers.
- 163 -
Sur le plan des outils et des procédures de calcul, on a travaillé sur le développement d’outils
qui facilitent la réalisation d’études paramétriques mettant en œuvre des modèles complexes,
mais réalisables facilement : il s’agit, pour un problème bien défini, de procurer à l’utilisateur un
moyen de préparer rapidement les données d’un calcul, de l’exécuter et de récupérer la partie
pertinente des résultats sans risque d’erreurs de manipulation. Cette approche n’a été utilisée
que pour quelques problèmes particuliers, mais apporte un confort d’utilisation indiscutable,
qui rapproche la méthode des éléments finis des outils vraiment utilisables au quotidien. Elle
suggère l’idée qu’il y a un enjeu pour le développement d’interfaces utilisateurs spécifiques,
adaptées à un problème générique suffisamment bien défini, sur le modèle du logiciel
C-Tunnel, qui associe CESAR à un préprocesseur et un postprocesseur spécifiquement
dédiés aux problèmes de tunnel (en déformation plane et en section transversale).
En termes de fonctionnalités, on a apporté un certain nombre de développements au progiciel
de calcul CESAR-LCPC, qui présentent des degrés de maturité différents selon qu’il s’agissait
de développements nouveaux ou de la poursuite de travaux antérieurs. Certains pourront à
relativement court terme être intégrées à la version Expert du progiciel.
- 164 -
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Document publié par le LCPC sous le N° C1502567
Impression JOUVE
Dépôt légal 2e trimestre 2010