Raphaël NYABIRUNGU mwene SONGA
Professeur Emérite et Doyen Honoraire de la Faculté de Droit de l’Université de Kinshasa
ETUDE SUR LA COMPETENCE JUDICIAIRE PARTAGEE
ENTRE LES JURIDICTIONS MILITAIRES ET LES
JURIDICTIONS CIVILES EN MATIERE DE CRIMES
CONTRE LA PAIX ET LA SECURITE DE L’HUMANITE
Kinshasa, le 08 septembre 2017
SIGLES ET ABBREVIATIONS
AGNU : Assemblée générale des Nations Unies
B.A. : Bulletin des arrêts de la Haute Cour Militaire
CDI : Commission du droit international
CJM : Code judiciaire militaire
CMO : Cour militaire opérationnelle
CPI : Cour pénale internationale
2
Crts : Consorts
DES : Droit et société
Ed. : Editions
FARDC : Forces Armées de la République démocratique du Congo
HCM : Haute Cour Militaire
J.O. : Journal officiel
NU : Nations Unies
ONU : Organisation des Nations Unies
PIDCP : Pacte international relatifs aux droits civils et politiques
PNC : Police nationale congolaise
PUA : Presses universitaires africaines
RDC : République démocratique du Congo
Rés. : Résolution
RIDP : Revue internationale de droit pénal
TGI : Tribunal de grande instance
TGM : Tribunal militaire de garnison
TPI : Tribunaux pénaux internationaux
TPIR : Tribunal pénal international pour le Rwanda
TPPIY : Tribunal pénal international pour l’ex-Yougoslavie
UA : Union africaine
RESUME EXECUTIF
La justice internationale, le droit international humanitaire et le droit international
pénal sont devenus des thèmes majeurs aussi bien au niveau du débat politique
que dans le monde de la recherche académique et de l’enseignement.
La question de compétence partagée entre les juridictions militaires congolaises et
les juridictions civiles depuis la promulgation de la loi organique du 11 avril 2013,
mérite effectivement une étude approfondie qui évalue l’évolution de la
jurisprudence de ces deux systèmes, au regard des attentes du Peuple congolais,
mais aussi des exigences du Droit international des droits de l’homme.
C’est pourquoi, dans une première partie, l’étude s’attèle à analyser la législation
congolaise sur les juridictions militaires avec le constat nécessaire sur ses forces et
ses faiblesses.
L’étude a pu ainsi montrer combien le législateur, sans toujours y parvenir, a fait
des efforts remarquables pour mettre en œuvre le Statut de Rome, d’abord en
3
autorisant sa ratification, et ensuite, en intégrant les incriminations prévues par ce
Statut dans son Code pénal militaire.
Bien que ces efforts aient révélé leurs limites, il n’en est pas moins vrai que c’est
grâce aux lois du 18 novembre 2002 portant respectivement Code pénal militaire et
Code judiciaire militaire que le Statut de Rome a connu une mise en œuvre et une
interprétation judiciaire à travers tout le pays, par l’activité de la Haute Cour
Militaire, des Cours militaires de Province et des Tribunaux militaires de garnison,
à travers des villes importantes de notre Pays, telles que Kinshasa, Lubumbashi,
Bukavu, Bunia, Goma, Mbandaka, Kindu, etc., vulgarisant et internalisant ainsi le
droit international, tel qu’il est cristallisé par le Statut de Rome portant création de
la CPI.
L’activité des juridictions militaires congolaises est la plus importante qui soit
signalée au niveau des systèmes nationaux dans le monde depuis la création de la
CPI. Même celle-ci peut envier et en même temps doit encourager l’activité
jurisprudentielle qui, à ce jour, a produit des dizaines de décisions de fond.
Les tribunaux militaires congolais ont d’abord beaucoup de mérite pour avoir
affronté des notions nouvelles sur la criminalité la plus grave qui touche
l’ensemble de l’humanité. Il existe une jurisprudence abondante sur les crimes
contre l’humanité et sur les crimes de guerre.
Cependant, le génocide, que le TPIR a qualifié de « crime des crimes » dans le
jugement KAMBANDA, n’a jamais fait l’objet d’un jugement. Cela ne veut pas
dire que le crime de génocide n’a jamais été commis sur le territoire congolais.
D’ailleurs, le Rapport Mapping sur les violations graves des droits de l’homme
pour la période de 1993 à 2003 en RDC signale que sur plus de six-cents incidents
recensés, plusieurs d’entre eux mériteraient d’être qualifiés de génocide par un
tribunal compétent1.
Ce contentieux si important et si lourd n’a jamais fait l’objet ni d’enquête ni de
poursuite. Il relève désormais des Chambres d’appel avec la promulgation de la loi
organique de 2013, d’autant plus que celles-ci n’ont pas de limitation quant à leur
compétence temporelle vis-à-vis des crimes imprescriptibles.
Cette étude a rendu compte de toute l’activité jurisprudentielle de 2005 à ce jour,
aussi bien à l’égard des incriminations que des principes généraux du droit pénal.
Dans la deuxième partie, l’Etude s’efforce de rendre compte de l’état actuel et de la
tendance dominante du Droit international des droits de l’homme vis-à-vis des
1 Rapport du Projet Mapping concernant les violations les plus graves des droits de l’homme et du droit
international humanitaire commises entre mars 1993 et juin 2003 sur le territoire de la République
Démocratique du Congo, Août 2010, §§27-33.
4
juridictions militaires pour constater combien celles-ci sont restées en marge des
recherches, des réflexions et des évolutions de la question dans le monde, et
particulièrement dans le cadre du système des Nations Unies.
L’Etude fait le tour des documents importants des Nations Unies, à travers
rapports, déclarations émanant de ses organes politiques, de ses commissions
techniques et de ses procédures spéciales, pour constater que l’unanimité est faite
que si les juridictions militaires ne sont pas per se prohibées, elles sont néanmoins
suspectées quant à leur capacité à rendre un jugement impartial et équitable
compte tenu des influences de la hiérarchie et du commandement.
Aussi, à la date d’aujourd’hui, pouvons-nous considérer que le Projet de
l’administration de la justice par les juridictions militaires d’Emmanuel DECAUX,
appelé aussi « Principes DECAUX », fait le point de manière remarquable de ce qui
doit être dit et de ce qui doit être fait par la justice militaire, si elle existe encore, et
de ce qui doit être fait et de ce qui doit être dit en cas d’abolition.
Au regard de cette évolution du Droit international des droits de l’homme, l’Etude
fait des propositions et des recommandations concrètes à l’intention du législateur,
afin que le paysage de la justice militaire soit assaini.
Le constituant comme le législateur sont appelés à prendre en compte les
principes suivants :
1) La limitation de la compétence des juridictions militaires à des infractions
spécifiquement militaires commises par des militaires (Guatemala, 1995) ;
2) L’exclusion du champ de compétence des tribunaux militaires le jugement de
militaires auteurs de graves violations des droits de l’homme (Rwanda, 1987) ;
3) La nécessité de déférer devant la justice ordinaire les militaires suspects dans
la violation des droits de l’homme (El Salvador, 1994) ;
4) La participation de membres de l’Armée dans le jugement des infractions non
spécifiquement militaires porte atteinte tant au procès juste et équitable
qu’au devoir de l’Etat d’enquêter et de sanctionner ces infractions
(Guatemala, 1995) ;
5) L’impunité est renforcée lorsqu’une grande partie des actions pour violations
des droits fondamentaux et crimes de guerre dans lesquelles des membres
des forces publiques en service actif sont impliqués est déférée devant la
justice militaire (Colombie, 1998) ;
6) Retrait des délits constituant de graves violations des droits de l’homme de la
compétence des juridictions militaires (Colombie, 1998) ;
5
7) La procédure suivie par les juridictions militaires et les policiers est contraire
aux dispositions de l’article 14 du Pacte international relatif aux droits civils
et politiques dans la mesure où elle porte atteinte au principe de
l’indépendance et de l’impartialité des autorités judiciaires puisque l’accusé
est jugé par ses supérieurs hiérarchiques et qu’il n’existe aucune séparation
entre les fonctions de commandement et la fonction du juge (Colombie,
1998).
INTRODUCTION
1. Comme le relève si bien Pierre BOUZAT, « Depuis des millénaires, la paix
universelle est un des grands rêves de l’humanité. Hélas, elle demeure toujours un
rêve, dont la réalisation fuit désespérément … Les hommes n’arrivent pas à se
débarrasser de leurs folies … »2.
2. Depuis toujours, « Le livre noir de l’humanité »3 renseigne que l’homme a
toujours été un loup pour l’homme, que des peuples entiers ont été décimés par
d’autres peuples, pour des raisons d’hégémonie politique, de domination culturelle
et d’exploitation économique, et qu’aujourd’hui, notamment par le fait de génocide,
des peuples entiers, indiens ou amérindiens, mexicains ou indo-européens, océaniens
ou africains, sont à jamais disparus.
3. Sans rentrer dans les crimes de l’histoire que nous pouvons définir « comme
des crimes perpétrés dans un passé plus ou moins lointain et qui ont marqué la
conscience de l’humanité »4, il nous suffit de jeter un regard sur la période la plus
récente qui va du début du 20ème siècle à nos jours pour comprendre que l’histoire
humaine est celle d’une tragédie ininterrompue.
4. Le début du XXème siècle commença dans une tragédie qui fit penser que la fin
du monde était proche. Le bilan de la Première guerre mondiale est un désastre : huit
millions de soldats avaient été tués, vingt millions étaient blessés, mutilés ou
malades. Vingt-deux millions des civils avaient été tués ou blessés5.
La responsabilité de Guillaume II de Hohenzollern, Empereur d’Allemagne, ne faisait
aucun doute à ce sujet.
5. Au lieu de l’extrader afin qu’il fût jugé, le Gouvernement des Pays-Bas a
assigné à l’ex-Empereur, par décret royal, un lieu d’internement sur son territoire.
2 Pierre BOUZAT, Introduction au projet de code pénal international de M. Chérif BASSIOUNI, in R.I.D.P.,
1981, 7.
3 Israel W. CHARNY (sous la direction de), Le Livre noir de l’humanité, Encyclopédie mondiale des
génocides, Avantpropos de monseigneur Desmond TUTU et de Simon WIESENTHAL, Editions Privat,
Toulouse, 1999.
4 Laurence BOISSON de CHAZOURNES, Jean-François QUEGUINER et Santiago VILLALPANDO,
Avant-Propos, Crimes de l’histoire et réparations : Les réponses du droit et de la justice, Editions Bruylant
et Editions de l’Université de Bruxelles, 2004, p. IX.
6
Etait ainsi consacrée l’impunité dans le chef du plus grand criminel de la Première
guerre mondiale.
Et tout alla dans le sens de l’impunité pour les collaborateurs de l’Empereur et pour
les plus hauts responsables de la criminalité internationale la plus grave qui soit.
6. La Deuxième guerre mondiale est la preuve que toutes les leçons n’avaient pas
été tirées de la première. Encore de dizaines de millions de victimes civiles et
militaires, encore des destructions massives, particulièrement sur les territoires des
pays européens impliqués.
Mais, on retiendra surtout le génocide juif, appelé aussi « Holocauste » que l’histoire
considère comme l’horreur absolue.
7. Le génocide juif figure en tête des crimes qui ont justifié la création du Tribunal
pénal militaire international de Nuremberg, et ses auteurs n’ont jamais bénéficié d’aucun
répit ni d’aucune cachette sur toute la face de la terre, le crime lui-même étant à
jamais imprescriptible6. Le Tribunal militaire international de Nuremberg est une
instance fondatrice de la véritable justice internationale. Les principes posés dans son
Statut et son jugement ont été codifiés par la Commission de droit international et
font partie
5
Réveillez-vous du 8 juillet 1985, p. 1.
6
Les ouvrages sur l’antisémitisme et l’Holocauste sont innombrables et donc ne peuvent trouver place ici.
Néanmoins, arbitrairement, nous pouvons donner quelques titres :
- ISAAC J., Genèse de l’antisémitisme, 1ère éd., 1956 ; rééd. Agora, 1985 ;
- KATZ J., Exclusion et Tolérance. Chrétiens et Juifs du Moyen Age à l’ère des Lumières, 1ère éd. 1981 ; éd.
fr. Lieu Commun, 1987 ;
- POLIAKOV L., Histoire de l’antisémitisme, Calmann-Lévy, 1955-1977, 4 V;
- FRIEDLANDER S., L’antisémitisme nazi, 1967 ;
- GROSSER A., (Sous la direction de), Dix leçons sur le nazisme, Fayard, 1976. ;
- ACTES du Colloque organisé par l’EHESS, L’Allemagne nazie et le Génocide juif, 1982, Gallimard, Le
Seuil, Paris, 1985 ;
- HILBERT R., La Destruction des Juifs d’Europe, 1961 et éd. Fayard, Paris, 1988;
- KLARSFELD S., Vichy-Auschwitz, Fayard, 1983, deux vol;
- ANTELME R., L’espèce humaine, Gallimard, Paris, 1957 ;
- LEVI P., Si c’est un homme, 1ère éd., 1957, éd. fr. Julliard, 1987, rééd. Presse Pocket, 1988 ; Les naufragés
et les rescapés. Quarante ans après Auschwitz, 1ère éd. italienne 1986, tr. fr. Gallimard, 1989;
- ARENDT Hannah, Eichmann à Jérusalem. Rapport sur la banalité du mal, 1ère éd. américaine, 1963,
Gallimard, 1966 ;
- POLLIAKOV, Le procès de Jérusalem, Calmann-Lévy, 1963 ;
- SHOLEM Gershom, Fidélité et utopie. Essai sur le judaïsme contemporain, Calman-Lévy, 1978.
du droit international coutumier, un droit erga omnes, exécutoire et opposable à tous
les Etats et à tous les hommes de notre temps.
8. Par sa Résolution 827(1993) du 25 mai 1993, le Conseil de sécurité a créé le
TPIY « dans le seul but de juger les personnes présumées responsables de violations
7
graves du Droit international humanitaire commises sur le territoire de l’ex-
Yougoslavie » depuis 1991.
Le Statut du TPIY était adopté par la même Résolution et annexé à celle-ci.
9. Le 08 novembre 1994, par sa Résolution 955(1994), le Conseil de sécurité
adopta le Statut pour le TPIR (Tribunal pénal international pour le Rwanda).
Les TPI ont une compétence temporaire bien délimitée par leurs Statuts.
10. Les juridictions pénales internationalisées (JPI) sont hétérogènes dans la
mesure où elles ont été créées suite à des situations et des conséquences très
spécifiques. Toutefois, bien qu’elles partagent avec les tribunaux pénaux
internationaux le fait qu’ils sont tous créés suite à des conflits impliquant la
commission des atrocités à grande échelle en face desquelles les mécanismes
répressifs internes sont absents ou insuffisants, elles présentent les spécificités
suivantes :
- Elles sont créées par des instruments ou traités internationaux impliquant
l’ONU ;
- Elles exercent leurs activités au niveau local et siègent dans le pays sur le
territoire duquel les crimes ont été commis ;
- Enfin, la composition est faite de juges nationaux et étrangers5.
S’il était créé, le Tribunal Pénal International pour le Congo relèverait de cette
catégorie.
A ce type de juridictions, on pourrait ajouter les Chambres africaines extraordinaires
de Dakar, qui ont jugé et condamné HISSEIN HABRE. Elles ont été créées à
l’initiative de l’Union africaine.
11. La CPI est l’aboutissement d’une quête ancienne, demeurée longtemps
inassouvie. Les balbutiements de la justice internationale dans la mise en œuvre du
Traité de Versailles, et les critiques des juridictions de Nuremberg, de Tokyo, de La
Haye et d’Arusha en tant que justice des vainqueurs sur les vaincus, sont la preuve
que des juridictions conjoncturelles ne pouvaient constituer la réponse adéquate à la
criminalité internationale la plus grave, et que seule une juridiction pénale,
internationale et permanente demeurait la solution appropriée et attendue.
Cependant, même l’avènement de la CPI n’a pas fait dès le départ l’unanimité, et des
pays aussi importants que les Etats-Unis, la Chine, l’Inde ou Israël n’ont pas ratifié
son Statut, ce qui, qu’on le veuille ou non, est une cause de faiblesse et une épine
dans son pied.
5 Anne- Charlotte MARTINEAU, Les juridictions pénales internationalisées, un nouveau modèle de justice
hybride ? Préface de Pierre Michel EISEMANN, CERDIN, Paris I, Perspectives internationales, N° 28,
Editions PEDONE, Paris, 2007, p. 3.
8
12. Aujourd’hui, le malaise de la CPI provient de l’UA qui la considère comme
particulièrement hostile à l’Afrique et au service de l’impérialisme occidental. Et la
preuve serait donnée par le fait que toutes les personnes poursuivies et jugées à ce
jour par la Cour ne sont que des africains.
13. La RDC, quant à elle, a ratifié le Statut de Rome depuis 2002, et par les lois du
18 novembre 2002 portant Code judiciaire militaire et Code pénal militaire, s’est mise
à poursuivre les crimes contre la paix et la sécurité de l’humanité prévus et punis par
le Statut de Rome portant création de la Cour pénale internationale.
14. Avant d’aborder la première partie de notre étude, nous tenons à rappeler que
notre méthodologie, nos sources et les difficultés rencontrées ont été exposées dans
notre rapport initial.
9
PREMIERE PARTIE
LA SITUATION ET LA JURISPRUDENCE DES JURIDICTIONS MILITAIRES
EN REPUBLIQUE DEMOCRATIQUE DU CONGO
10
15. Dès la promulgation des lois du 18 novembre 2002, le législateur congolais a
décidé que, conséquemment à la ratification du Statut de Rome portant création du
Statut de la CPI, les juridictions militaires seraient matériellement compétentes pour
enquêter, poursuivre et juger les crimes contre la paix et la sécurité de l’humanité,
avec primauté sur la CPI.
16. Nous donnons ici l’affirmation ou la formulation du principe de primauté des
juridictions nationales ainsi que sa mise en œuvre par les juridictions militaires
congolaises.
SECTION Ière. MISE EN ŒUVRE LEGISLATIVE DU PRINCIPE DE LA
PRIMAUTE DES JURIDICTIONS NATIONALES
§1er. AFFIRMATION DU PRINCIPE
17. Lors de la Conférence diplomatique de Rome qui a conduit à la signature du
Traité instituant la Cour pénale internationale, le 17 juillet 1998, les délégués avaient
à cœur de respecter un des principes majeurs du droit international, à savoir : la
souveraineté des Etats et son respect impératif par ceux-ci. Aussi, ont-ils dès le
Préambule, proclamé que la répression des crimes les plus graves qui touchent l’ensemble
de la communauté internationale devait être effectivement assurée par des mesures prises
dans le cadre national et par le renforcement de la coopération internationale6.
18. De même, dans le même texte, il est rappelé qu’il est du devoir de chaque Etat
de soumettre à ses cours et tribunaux les responsables des crimes contre la paix et la
sécurité de l’humanité.
Et, enfin, le Préambule se termine par un rappel selon lequel la Cour pénale
internationale est complémentaire des juridictions pénales nationales9.
Quant au Statut lui-même, il rappelle dès son premier article que la Cour pénale
internationale est complémentaire des juridictions pénales nationales.
19. C’est dans ce sens que le législateur congolais du 18 novembre 2002, dans ses
lois n° 023/2002 et n° 024 portant respectivement Code judiciaire militaire et Code
pénal militaire, explique dans l’Exposé des motifs que:
- Le code pénal militaire innove par l’introduction des incriminations qui
tiennent compte des Conventions internationales et autres instruments
juridiques sur les droits de l’homme, les crimes de guerre et les crimes contre
l’humanité ;
- Cette introduction s’inscrit dans la suite de la ratification par la RDC du Statut
de Rome portant création de la CPI, donnant ainsi à ces incriminations une
meilleure définition et une meilleure articulation en droit interne.
6 Préambule du Statut de la Cour pénale internationale, 5ème alinéa.
9
Idem, 9ème alinéa.
11
§2. MISE EN ŒUVRE LEGISLATIVE DU PRINCIPE
20. Respectueux de la métaphore de la médaille, nous dirons que la primauté des
juridictions nationales est l’avers, alors que la complémentarité de la CPI en constitue
le revers.
A. L’EXERCICE DE LA COMPETENCE EXCLUSIVE DES JURIDICTIONS
MILITAIRES CONGOLAISES SUR LES CRIMES CONTRE LA PAIX ET LA
SECURITE DE L’HUMANITE
21. La mise en œuvre de la primauté des juridictions nationales congolaises présente
à la fois des forces et des faiblesses au niveau du législateur7.
I. Les forces de la législation
22. La première force ou le premier mérite d’une loi, c’est d’exister.
La deuxième force ou le deuxième mérite est la préoccupation exprimée par le
législateur de mettre en œuvre le Statut de Rome par la promulgation de la loi n°
024/2002 du18 novembre 2002 portant Code pénal militaire et la disposition, selon
l’article 207 du Code pénal militaire que « seules les juridictions militaires
connaissent des infractions prévues par le présent Code », y compris donc les crimes
contre la paix et la sécurité de l’humanité.
II. Les faiblesses de la législation
23. Le droit pénal militaire est, par sa définition, un droit particulier. Il est né de la
nécessité de régler la situation particulière que constitue l’Armée dans un Etat, et de
régir une catégorie particulière des personnes, celle des citoyennes et citoyens qui
servent dans les Forces Armées.
La règle fondamentale imposée à ces personnes, c’est la discipline, en vue d’une
défense efficace contre toute agression. Une discipline telle qu’elle ne saurait être la
règle commune de tous les citoyens.
24. Mais voilà que la tendance dominante de dernières interventions du
législateur militaire est de quitter le domaine qui lui est propre, pour aller à la
conquête des domaines qui lui sont tout à fait étrangers, et faire du Code pénal
militaire le siège du droit pénal ordinaire. Telle est la situation lorsqu’il incrimine les
crimes de guerre, les crimes contre l’humanité, le génocide ou le terrorisme.
25. Non seulement le Code pénal militaire comporte des infractions qui devraient
figurer au Code pénal ordinaire, mais aussi il ne procède pas toujours de la manière
la plus appropriée.
Pour nous limiter à la loi du 18 novembre 2002 portant Code pénal militaire, celle-ci
ne se conforme pas toujours aux termes et à l’esprit du Statut de la Cour pénale
internationale. Au contraire, nous retracerons des imprécisions et contradictions, des
7 Voir NYABIRUNGU mwene SONGA, Droit international pénal, Editions Droit et Société, Kinshasa, 2013,
pp. 171-199.
12
confusions et des lacunes, que ce soit au niveau des crimes contre l’humanité, des
crimes de guerre ou du génocide.
a) Définition des crimes contre l’humanité
1) Imprécision et contradiction
26. L’alinéa 1er de l’article 165 du Code pénal militaire, en disposant que les crimes
contre l’humanité sont des violations graves du Droit international humanitaire
commises contre toutes populations civiles avant ou pendant la guerre, ne nous
permet pas de voir en quoi ils sont différents des crimes de guerre, ceux-ci faisant
aussi partie des violations graves du Droit international humanitaire.
Bien plus, le même alinéa lie les crimes contre l’humanité à la guerre, car il s’agit des
violations commises avant ou pendant la guerre, mais ce lien est aussitôt nié par
l’alinéa 2 du même article qui dispose que « les crimes contre l’humanité ne sont pas liés
nécessairement à l’état de guerre ».
27. L’article 172 du Code pénal militaire, qui punit l’emploi des boucliers
humains, semble faire la différence entre le temps de paix et le temps de guerre. Or, il
est difficile d’employer des boucliers humains si ce n’est pendant la guerre. Dès lors,
l’aggravation résultant de l’état de guerre nous paraît être un non-sens.
2) Une hiérarchie insolite d’actes à considérer
28. L’article 166 du Code pénal militaire procède par l’énumération des actes
constitutifs des crimes contre l’humanité. Une lecture attentive nous permet de
découvrir qu’il s’agit d’une série d’actes qui, dans le Statut de la Cour pénale
internationale, en son article 8, constitue une partie de l’énumération des crimes de
guerre.
Alors que le Statut de la Cour pénale internationale commence par l’homicide
intentionnel, celui-ci ne figure pas à l’article 166 du Code pénal militaire.
Alors que l’objet de l’article 166 paraissait être l’énumération de tous les actes
constitutifs des crimes contre l’humanité, et que les deux articles suivants étaient
consacrés aux pénalités, voici qu’apparaît à l’article 169 une nouvelle définition du
crime contre l’humanité, qui aurait dû apparaître beaucoup plus tôt car étant la seule
proche de la définition portée par le Statut de Rome, d’autant plus qu’elle donne un
élément essentiel des crimes contre l’humanité, à savoir qu’ils se commettent « dans le
cadre d’une attaque généralisée ou systématique lancée sciemment contre une population
civile ».
3) Confusion entre crimes contre l’humanité et agression
29. Dans le même article 169 apparaît une confusion regrettable entre l’agression que
le Statut de Rome n’avait pas encore définie, et les crimes contre l’humanité, lorsqu’il
est disposé que l’attaque généralisée et systématique peut viser la République.
13
b) Définition des crimes de guerre
1) Définition classique
30. Le Code pénal militaire donne, en son article 173, la définition classique des
crimes de guerre : « toutes infractions aux lois de la République qui ne sont pas justifiées
par les lois et coutumes de la guerre »
2) L’énumération des actes constitutifs de crimes de guerre
31. Il est connu aujourd’hui de tous ceux qui s’intéressent à l’ordre public
international que la définition la plus complète, la plus exhaustive et la plus actuelle
des crimes de guerre, est constituée par l’énumération de l’article 8 du Statut de la
Cour pénale internationale.
32. Notre Code pénal militaire, par je ne sais quelle technique juridique ou quelle
préoccupation pédagogique, prend la même liste d’actes constitutifs des crimes de
guerre, l’ampute de quelques éléments et la coiffe du titre de crimes contre
l’humanité, sous la bannière des Conventions de Genève, créant ainsi une confusion
difficile à démêler, entre crimes contre l’humanité et crimes de guerre.
2) La violation de la légalité des peines
33. Le Code pénal militaire du 18 novembre 2002 ne prévoit pas de peine pour le
crime de guerre.
Il s’agit d’une situation difficile à comprendre ou à expliquer, lorsque, d’une part,
nous savons que toute peine doit être prévue préalablement à la commission de
l’infraction en vertu de la légalité des peines et de la maxime « Nulla poena sine lege »
et que, d’autre part, toute interdiction non assortie de sanction peut tout être et tout
devenir, une recommandation, une exhortation, notamment, sauf une infraction.
34. Face à ce problème, nous pensons que la seule solution est celle que nous
avons formulée dans la deuxième édition de notre Traité :
« Bien que le Code pénal militaire du 18 novembre 2002 ait prévu les crimes de guerre (art.
173-175) sans prévoir la peine y afférente, il y a lieu de considérer qu’il s’agit-là d’une simple
erreur matérielle, ne pouvant pas nous imaginer que l’intention du législateur pénal militaire
ait été de prévoir ces crimes sans les punir. D’ailleurs une telle intention aurait pu et dû
s’exprimer quelque part, ne serait-ce que dans l’exposé des motifs. Or dans ce dernier texte,
c’est tout le contraire. L’intention qui apparaît clairement est d’introduire des incriminations
qui tiennent compte des Conventions internationales sur les droits de l’homme, les crimes de
guerre et les crimes contre l’humanité, et de donner ainsi suite au Statut de Rome instituant
la Cour pénale internationale, en réprimant ces crimes de Droit international »8.
8 Expose des motifs de la Loi n° 023/2002 du 18 nov. 2002 portant code judiciaire militaire, in J.O., numéro
spécial, 20 mars 2003, p. 10.
14
c) Définition du génocide
35. La définition du génocide donné par le Code pénal militaire est conforme à la
Convention sur la prévention et la répression du génocide de 1948, sauf en ce qui
concerne le cinquième acte matériel, qui ne consiste pas dans le transfert forcé d’un
groupe à un autre groupe, mais plutôt du groupe (cible ou victime) à un autre groupe.
Ainsi donc, le Code pénal militaire est en contradiction avec la Convention dont le
but, à ce sujet, était de considérer comme criminel le fait de sortir des enfants de leur
groupe, identifié et ciblé, vers un autre, réalisant ainsi leur déracinement et la
destruction, totale ou partielle, de ce groupe humain bien déterminé.
36. Cependant, la même Convention, outre ce qui est repris à l’article 164 du Code
pénal militaire sur le génocide, prévoit et punit, à titre d’infractions à part entière,
- L’entente en vue de commettre le génocide ; -
L’incitation directe et publique à le commettre ; -
La tentative et la participation dans le génocide.
36. Le Statut de la Cour pénale internationale, qui ne reprend pas ces dernières
dispositions quand il s’agit de définir le génocide à l’article 6, rattrape la situation à
l’article 25 lorsqu’il définit la responsabilité individuelle et érige en infractions à part
entière les modes de participation et la tentative de toute infraction relevant de la
compétence matérielle de la Cour pénale internationale.
Toutefois, il nous semble que cette récupération faite par l’article 25 demeure partielle
dans la mesure où l’entente en vue de commettre le génocide n’apparaît pas
formellement.
d) Dispositions générales du Code pénal militaire au regard du Statut de Rome
1) La non pertinence de la qualité officielle
37. L’article 163 du Code pénal militaire, relatif à la non pertinence de la qualité
officielle, est censé être le reflet de l’article 27 du Statut de la Cour pénale
internationale. Ce qui, assurément, est un mérite.
Cependant, on peut se demander pourquoi il se limite aux crimes de guerre et aux
crimes contre l’humanité, sans expressément inclure le crime de génocide, ce qui
correspond pratiquement à l’exclusion « du crime des crimes », selon l’expression du
TPIR dans l’affaire KAMBANDA.
Cette omission est d’autant plus regrettable qu’il s’agit d’une disposition qui aggrave
le sort de l’accusé, et dont l’application ou l’extension ne devrait pas se faire par
analogie, l’interprétation étant stricte en matière pénale défavorable.
2) Responsabilité pénale individuelle des supérieurs hiérarchiques
38. L’article 175 du Code pénal militaire, en posant le principe de la complicité par
omission dans le chef des supérieurs hiérarchiques, se situe en deçà des standards
15
posés en la matière par l’article 28 du Statut de la Cour pénale internationale, relatif à
la responsabilité des chefs militaires et autres supérieurs hiérarchiques.
En effet, engage sa responsabilité pénale personnelle à part entière pour crimes de
guerre, crimes contre l’humanité, crime de génocide et crime d’agression, le fait pour
un chef militaire ou un supérieur civil de ne pas exercer le contrôle qui convenait sur
ses forces ou ses subordonnés, alors qu’il savait ou aurait dû savoir que des crimes se
commettaient ou allaient se commettre, ou encore qu’il aurait dû prendre toutes les
mesures nécessaires et raisonnables, qui étaient en son pouvoir pour en empêcher ou
en réprimer l’exécution ou pour en référer aux autorités compétentes aux fins
d’enquête et de poursuites.
39. De même, les juridictions militaires étant particulières, elles ne peuvent et ne
doivent limiter leur compétence personnelle qu’aux militaires, l’extension de celle-ci
aux civils ne devant se faire qu’au vu des actes en rapport avec l’ordre militaire
(exemple : l’article 108 du Code pénal militaire). L’extension de la compétence
personnelle, au-delà de ces limites, conduirait à soustraire les civils à leur juge
naturel, pour les confier à un juge qui ne saurait être impartial, le procès devenant
aussitôt inique et partial, violant ainsi toutes les dispositions de droit international
qui imposent un procès équitable.
B. COMPETENCE (INEGALEMENT) PARTAGEE PAR LA LOI ORGANIQUE N°
13/011-B DU 11 AVRIL 2013 PORTANT ORGANISATION, FONCTIONNEMENT
ET COMPETENCE DES JURIDICTIONS DE L’ORDRE JUDICIAIRE
40. La promulgation et l’entrée en vigueur de la loi organique n° 13/011-B du 11 avril
2013 portant organisation, fonctionnement et compétence des juridictions de l’ordre
judiciaire, marquent une étape importante dans l’exécution, par la RDC, de ses
engagements à l’égard du Statut de Rome portant création de la CPI.
I. Compétence judiciaire
41. En effet, en son article 91, cette loi, outre la compétence des cours d’appel de
connaître de l’appel des jugements rendus en premier ressort par les TGI, reconnaît
aux mêmes cours d’appel de connaître au premier degré :
« 1. du crime de génocide, des crimes de guerre et des crimes contre l’humanité commis par
les personnes relevant de leur compétence et de celle des tribunaux de grande instance »9.
« 2. des infractions commises par les membres de l’Assemblée provinciale, les magistrats, les
Maires, les Maires adjoints, les Présidents des Conseils urbains et les fonctionnaires des
services publics de l’Etat et les dirigeants des établissements ou entreprise publique revêtus
au moins du grade de directeur ou du grade équivalent »10.
42. Ainsi, l’article 91 fixe la compétence matérielle, mais aussi la compétence
personnelle de la cour d’appel.
9 Article 91, 2ème al., 1.
10 Même article, 2ème al., 2.
16
Et l’article 91 précise clairement que lorsqu’il s’agit des crimes contre la paix et la
sécurité de l’humanité, sont ses justiciables à la fois ceux relevant de sa compétence
ainsi que ceux relevant de la compétence du tribunal de grande instance, c’est-à-dire :
- Les conseillers urbains ;
- Les Bourgmestres, les Chefs de secteur, les Chefs de chefferie et leurs adjoints ;
- Les Conseillers communaux ;
- Les Conseillers de secteur, et - Les Conseillers de chefferie11.
43. C’est vrai qu’à partir de l’article 91, certains se posent la question de savoir si
les juridictions militaires restent compétentes pour les crimes contre la paix et la
sécurité de l’humanité.
C’est l’article 156 de la Constitution qui dispose que « les juridictions militaires
connaissent des infractions commises par les membres des Forces Armées et de la
Police nationale »12.
Cette disposition n’ayant jamais été révisée, les juridictions militaires restent
compétentes pour les infractions commises par les membres des FARDC et de la
Police nationale, y compris les crimes contre la paix et la sécurité de l’humanité, la
question restant ouverte quant à la validité d’une telle disposition au regard des
exigences du droit international des droits de l’homme.
II. Immunités et privilèges
44. La loi du 11 avril 2013 abroge, en son article 156, l’ordonnance-loi du 30 mars
1984 relative aux privilèges de juridiction et aux immunités des poursuites des
membres des assemblées régionales, des conseillers urbains, des conseillers des zones
urbaines et rurales et des conseillers de collectivité, qui répondent désormais devant
la cour d’appel, lorsqu’ils sont poursuivis pour crimes contre la paix et la sécurité de
l’humanité.
45. Quant aux privilèges et immunités prévus par la Constitution en faveur
notamment des justiciables de la Cour de cassation13 et de la Cour constitutionnelle,
ils demeurent.
On peut se poser la question de savoir si ces dispositions ne sont pas une violation de
l’article 27 du Statut de Rome, qui proclame la non-pertinence de la qualité officielle.
Il importe de préciser que le droit congolais ne connaît pas un système juridique
comportant des immunités consistant à exonérer le bénéficiaire de sa responsabilité
pénale ou à réduire la peine, sauf pour les parlementaires qui ne peuvent être
poursuivis, recherchés, arrêtés, détenus ou jugés en raison des opinions ou votes
émis par eux dans l’exercice de leurs fonctions, et pour les avocats, lorsqu’ils
11 Article 89.
12 Article 156.
13 Article 153 de la Constitution.
17
expriment une opinion justifiée par les nécessités de la défense. Les immunités dont
il est question dans la Constitution sont des immunités de procédure. En tant que
telles, elles relèvent du droit interne et gardent leur pertinence.
46. Ces immunités ne peuvent pas cependant être invoquées devant la CPI ni
constituer un obstacle pour la Cour à exercer sa compétence.
III. Les nouveaux défis de l’article 91 de la loi organique du 11 avril 2013
47. Par l’article 91, le système judiciaire congolais connaîtra nécessairement des
évolutions dans son fonctionnement, les affaires pénales seront redistribuées entre
différents offices et juridictions et de nouvelles exigences se préciseront pour un
procès équitable. Bref, de nouveaux défis apparaissent.
a) Défi de formation et de nouvelles connaissances
48. Tous les hommes et toutes les structures qui s’occupent ou se préoccupent de
la paix et de la sécurité de l’humanité ont déjà pris la mesure de la nature, de la
complexité et de la difficulté d’appréhender la criminalité contre l’humanité.
Pour des crimes qui n’ont jamais figuré dans son programme de formation et qui, à
peine, font l’objet des cours à option dans nos universités, le juriste, magistrat, avocat
ou conseil, doit se remettre à l’étude et au travail pour maîtriser les concepts et les
définitions, car le temps est là, où les suspects et les accusés devront répondre de
leurs actes criminels qui touchent l’ensemble de la communauté internationale, mais
avec toutes les garanties d’un procès équitable, la protection des témoins et la prise
en compte des vues et préoccupations des victimes.
49. Le Statut de Rome, le RPP et les Eléments des crimes sont ou doivent être
désormais sur le bureau de travail du juriste, sans perdre de vue la jurisprudence des
tribunaux internationaux ad hoc et des tribunaux internationalisés, tous prédécesseurs
de la CPI ou dont l’activité est concomitante avec celle de la CPI.
La pratique a démontré que nos cours et tribunaux et les parties se réfèrent rarement
et difficilement aux traités, conventions et autres instruments internationaux dans la
conduite d’un procès pénal.
Nos cours et tribunaux n’ont pas la culture des conventions internationales. Or,
quand il s’agit de mettre en œuvre le Statut de Rome, le recours aux traités
internationaux sera souvent nécessaire et incontournable.
50. Ainsi, l’interprétation des principes généraux de droit pénal ne saurait ignorer
par exemple le Pacte international relatif aux droits civils et politiques (1966), la
Convention des Nations Unies sur l’imprescriptibilité des crimes de guerre et des
crimes contre l’humanité (1968) ou la Charte africaine des droits de l’homme et des
peuples.
De même, quand il s’agit de définir les crimes de guerre et leurs éléments constitutifs,
nous ne pouvons pas ignorer les Conventions de Genève et leurs Protocoles additionnels.
18
51. Quant au crime contre l’humanité, on ne peut manquer de relever que nombre
de ses éléments matériels renvoient aux Conventions internationales. Tel est le cas de
:
- La réduction en esclavage et l’esclavage sexuel qui renvoient nécessairement à
la Convention internationale de 1926 contre l’esclavage et la Convention
supplémentaire relative à l’abolition de l’esclavage, de la traite des esclaves et
des institutions et pratiques analogues à l’esclavage du 07 septembre 1956 ;
- La disparition forcée de personnes, qui ne peut valablement s’interpréter sans
prendre en compte la Déclaration des Nations Unies sur la protection de
toutes les personnes contre les disparitions forcées et la Convention portant
sur le même objet, la Convention interaméricaine sur les disparitions forcées,
etc. ;
- La torture, qui ne peut s’interpréter dans l’ignorance de la Convention contre
la torture et autres peines ou traitements cruels, inhumains ou dégradants
(1984).
b) Le défi d’un procès équitable
52. Les exigences du procès équitable sont au cœur de la procédure devant la CPI,
aussi bien au stade de l’enquête qu’à celui du procès14.
Elles interpellent le juge, l’accusation et la défense et tous les acteurs judiciaires qui
doivent en faire leur constante préoccupation.
A ce jour, il faut constater la pauvreté de nos lois quand il s’agit d’affirmer le principe
de l’équité du procès et d’en tirer toutes les conséquences quant à la conduite de la
procédure. Tous les instruments internationaux en matière des droits de l’homme
ainsi que la Constitution de la RDC consacrent une place de choix au procès
équitable, et les atteintes à l’équité du procès sont de nature à constituer des abus de
procédure dont la conséquence est d’annuler celle-ci et de déclarer le suspect ou
l’accusé libre de toute poursuite.
53. Dans l’affaire BARAYAGWIZA, le TPIR, au niveau de la Chambre d’appel,
avait conclu à un abus de procédure fondant l’arrêt des poursuites15. Bien que cette
décision ait été à l’origine d’une crise majeure entre le Tribunal et Kigali, et qu’elle fut
révisée pour des raisons plus politiques que juridiques, elle n’en affirmait pas moins
les conséquences de l’abus de procédure sur l’impossibilité d’assurer au suspect ou à
l’accusé un procès équitable.
54. Dans l’affaire Thomas LUBANGA, la Chambre de première instance s’est
soumise à la même logique en mettant fin à la procédure après avoir constaté son
14 Article 55 du Statut de Rome.
15 Affaire BARAYAGWIZA, n° TPIR-97-19, Décision de la Chambre d’appel du 3 nov. 1999.
19
impossibilité à assurer le caractère équitable du procès. La procédure n’a pu
reprendre que suite à une décision en appel16.
c) Le défi des droits des victimes et des témoins
55. Les protagonistes de la procédure judiciaire relative aux crimes contre la paix et la
sécurité de l’humanité doivent être attentifs à une exigence qui, à ce jour, n’avait
pratiquement pas de place dans le droit congolais de la procédure : la participation
des victimes assistées de leurs représentants légaux avec l’expression de leurs vues et
préoccupations, la protection des victimes et des témoins, sans perdre de vue qu’au
bout du procès se pose la question de la réparation en faveur des victimes.
d) Le défi d’une politique criminelle nationale, cohérente et conséquente
56. Nous avons défini la politique criminelle comme
« l’ensemble des mesures, à caractère pénal ou non, tendant à assurer la protection de la
société contre les activités criminelles, déviantes et antisociales, à aménager le sort des
délinquants, des déviants et des marginaux, et à garantir les droits des victimes»17.
La lutte contre l’impunité des crimes les plus graves au regard de l’ordre public
international impose l’implication totale de l’Etat, qui doit déterminer la vision et les
moyens à mettre en œuvre pour s’acquitter de sa mission.
57. Parmi les pouvoirs régaliens de l’Etat figure en bonne place le droit de punir.
Celui-ci appartient à l’Etat et l’exercice de la répression relève du monopole de l’Etat.
En aucun cas, l’Etat ne peut définir sa politique générale et ses politiques sectorielles,
et néanmoins, omettre le secteur de la justice et la politique criminelle dans l’Etat. Sur
le fronton du Palais de Justice fédéral de New-York Sud, il est écrit : « Une bonne
administration de la justice est le pilier le plus solide d’un bon gouvernement ».
La justice est un domaine duquel l’Etat ne peut démissionner sans sombrer dans sa
propre déchéance. Et lorsqu’il s’agit des crimes contre la paix et la sécurité de
l’humanité, la répression de ceux-ci doit s’inscrire dans une politique criminelle
d’ensemble pour son efficacité, son efficience et son effectivité.
e) Le défi des droits de l’homme internationalement reconnus
58. Dans la mise en œuvre de l’article 91 de la loi organique du 11 avril 2013,
spécialement en ce qu’il confère aux Cours d’appel compétence pour les crimes
contre la paix et la sécurité de l’humanité, le juge doit considérer et retenir
l’importance de l’article 21, 3 du Statut de Rome : l’application et l’interprétation du
droit international pénal « doivent être compatibles avec les droits de l’homme
internationalement reconnus et exemptes de toute discrimination …».
16 Arrêt du 21 octobre 2008 relatif à l’appel interjeté par le Procureur contre la décision de la Chambre de
première instance I intitulée « Décision relative à la mise en liberté de Tomas LUBANGA DYILO », §1.
17 NYABIRUNGU mwene SONGA, Traité de droit pénal général congolais, éd. DES, Kinshasa, 2001, p. 38.
20
59. Par cette disposition, les droits de l’homme internationalement reconnus
prennent du galon et deviennent ainsi la première source du droit applicable devant
le juge pénal international et national, toutes les autres sources lui étant désormais
soumises.
IV. Mise en œuvre de l’article 91 de la loi organique du 11 avril 2013
60. Cela fait plus de quatre ans que la Loi portant organisation, fonctionnement et
compétence des juridictions de l’ordre judiciaire a été promulguée et les juridictions
civiles n’ont rendu qu’un arrêt, tandis que les juridictions militaires continuent de
juger des civils.
61. Et l’un des arguments les plus couramment évoqués est l’article 111, alinéa 2
du Code judiciaire militaire, en ce qu’il dispose comme suit : « Elles sont en outre
compétentes à l’endroit de ceux qui, sans être militaires, commettent des infractions
au moyen d’armes de guerre ».
Ainsi, la Cour militaire de Kinshasa-Gombe 18, après avoir affirmé que les personnes
étrangères à l’Armée ne sont pas justiciables des juridictions militaires, elles le
deviennent « lorsqu’elles commettent les infractions à l’aide, au moyen, par ou avec
des armes de guerre »19.
62. La question à résoudre est celle de savoir si cette disposition peut survivre à
l’article 91 de la Loi du 11 avril 2013 ou le mettre en échec. La réponse devrait être
négative pour les raisons suivantes :
- La Loi de 2013, en disposant que les Cours d’appel sont compétentes pour
connaître au premier degré « 1. Du crime de génocide, de crime de guerre et de
crime contre l’humanité commis par les personnes relevant de leurs compétences
et de celles des Tribunaux de grande instance » n’a entendu soustraire qui que ce
soit à la compétence de ces juridictions. Sinon elle l’aurait expressément prévue.
- A supposer que l’article 111, alinéa 2 du Code judiciaire militaire soit en
contradiction avec l’article 91 de la Loi de 2013, il n’y aurait même pas lieu à
évoquer un conflit de Lois dans la mesure où les deux textes n’ont pas la même
valeur juridique, le Code judiciaire militaire étant porté par une Loi alors que
l’article 91 est porté par une Loi organique, donc applicable parce que supérieure
à une Loi ordinaire.
- Bien plus, à supposer même que les deux dispositions aient été d’une même
valeur juridique, c’est encore la Loi de 2013 qui recevrait application car elle est
postérieure.
- Si la compétence des juridictions militaires demeure vis-à-vis des crimes
contre la paix et la sécurité de l’humanité commis par des militaires et de
18 Affaire KUTINO FERNANDO et crts, B.A., 3ème éd., 2013, p. 92.
19 Loc. cit.
21
policiers, c’est parce que cette compétence est portée par la Constitution et
qu’une Loi, fut-elle organique, ne peut modifier celle-ci.
63. Donc, aucun argument de droit ne devrait permettre aux juridictions militaires
de continuer à juger les civils sous quelque prétexte que ce soit. Mais,
malheureusement, force est de constater que depuis la promulgation de la loi de
1991, une seule décision a pu être rendue par une Cour d’appel, en l’occurrence, la
Cour d’appel de Lubumbashi, dans l’affaire MUKALAY WA KUMBAO et crts, par
son arrêt du 30 septembre 2016.
64. Cet arrêt, qui a retenu le crime de génocide, a subi certaines critiques,
notamment en ce que :
- Les faits ne sont pas clairement résumés dans l’arrêt ;
- La qualité des parties est complexe dans la mesure où certains accusés sont
en même temps victimes ;
- Le juge applique directement les dispositions du Statut de Rome sans
préciser le fondement d’une telle démarche ;
- Le juge aurait pu faire application de nouvelles dispositions du Code pénal
portées par les lois du 31 décembre 2015 ;
- Les éléments constitutifs du génocide ne sont pas établis, notamment les
éléments généraux tels que l’existence préalable d’un contexte particulier
ou la détermination du groupe protégé.
65. Si l’article 91 de la loi du 11 avril 2013 a des difficultés à recevoir application,
ce n’est pas parce qu’il n’est pas clair. Les motifs de l’inapplication résident
certainement, d’une part, dans la résistance des juridictions militaires à se délester
d’un contentieux auquel elles se sont habituées et, d’autre part, au manque de
moyens conséquents pour entreprendre les enquêtes et des poursuites complexes et
onéreuses, notamment quand il s’agit des faits remontant loin dans le temps.
Une bonne information sur l’état du Droit international des droits de l’homme
permettrait de déployer de nouveaux efforts pour mettre en question les pratiques
actuelles et créer les conditions d’une véritable réforme.
§3. L’EXERCICE DE LA COMPLEMENTARITE PAR LA CPI
66. Dans l’affaire Thomas LUBANGA20, la Chambre de première instance I a
rendu, le 14 mars 2012, son verdict de culpabilité, en qualité de coauteur :
« La Chambre conclut que l’accusation a prouvé au–delà de tout doute raisonnable, que
Thomas LUBANGA DYILO est coupable des crimes d’enrôlement et de conscription
d’enfants de moins de 15 ans dans la Force Patriotique pour la Libération du Congo, FPLP, et
20 N° ICC-01/04-01/06 OA 13.
22
du fait de les avoir fait participer activement à des hostilités au sens des articles 8, 2, VII et
25, 3, a) du Statut de Rome, de début septembre 2002 au 13 août 2003 »21.
67. Germain KATANGA a été condamné, Mathieu NGUDJOLO CHUI 25 a été
acquitté ce 18 décembre 2012 et un mandat d’arrêt a été délivré contre Bosco
NTAGANDA, dont les charges ont été déjà confirmées.
Le principe de complémentarité est connu du juge congolais qui affirme que la
compétence matérielle de la CPI n’est pas exclusive en vertu du « principe de
complémentarité et de subsidiarité de cette cour ». Cela est vérifiable aussi bien dans
l’affaire BONGI MASSABA22 que dans l’affaire KAHWA27.
SECTION II. LA JURISPRUDENCE DES JURIDICTIONS MILITAIRES
CONGOLAISES AU REGARD DU DROIT INTERNATIONAL PENAL
§1er. AU REGARD DES INCRIMINATIONS
A. LE GENOCIDE
68. La paternité du terme génocide revient à Raphaël LEMKIN dans sa proposition
faite en 1933 à la Vème Conférence internationale pour l’unification du droit pénal23.
Malgré l’Holocauste juif qui a causé entre 6 et 10 millions de victimes en Europe
pendant la Deuxième guerre mondiale, les Statuts des Tribunaux militaires
internationaux de Nuremberg et de Tokyo ne contiennent pas et ne connaissent pas
le terme génocide. Ce n’est que par la Convention internationale sur la prévention et
la répression du génocide du 9 décembre 1948 que le terme est juridiquement et
définitivement consacré. Les termes de cette Convention sont généralement et
systématiquement repris dans toutes les législations nationales ou internationales qui
répriment le crime de génocide. Il en est notamment ainsi des Statuts des Tribunaux
pénaux internationaux et de la CPI.
Cette disposition est reprise à l’article 221 du Code pénal, tel que modifié par la Loi
du 31 décembre 2015.
69. Il est inféré de la Convention relative au génocide, des textes internationaux
ayant le même objet et des législations nationales pertinentes que les éléments
constitutifs du crime de génocide sont de deux ordres : d’une part, les éléments
contextuels et, d’autre part, les éléments constitutifs proprement dit.
21 Conférence de presse du 14 mars 2012, ICC-CPI-20120314-
PR776. 25 N° ICC-01/04-01/07.
22 Ligue pour la paix et les droits de l’homme, Section Bunia, Rapport d’observation du procès sur les crimes de
guerre, tenu devant le Tribunal militaire de garnison de Bunia, sous le RMP n° 2421/PEN/06, RP n° 018/2006, p.
46. 27 Rapport, p. 43.
23 Raphaël LEMKIN, Terrorism, in Actes de Vème Conférence internationale pour l’unification du droit pénal,
Paris, 1935, cité par William A. SCHABAS, op. cit., p. 104.
23
Font partie des éléments contextuels :
- La détermination du groupe protégé ;
- L’existence préalable d’un contexte particulier.
Quant aux éléments constitutifs proprement dit, ils se ramènent à :
- L’élément matériel (actus reus), et
- L’élément moral (mens rea ou dolus specialis).
I. Eléments contextuels
a) Le groupe protégé
70. Pour être constitutif d’un génocide, l’acte doit avoir été commis dans
l’intention de détruire, en tout ou en partie, un des quatre groupes suivants :
national, ethnique, racial ou religieux.
Les juridictions militaires n’ont eu aucune occasion de juger un cas de génocide.
71. La seule affaire qui a été jugée devant nos Cours et tribunaux, en l’occurrence,
le Tribunal de grande instance de Kinshasa-Kalamu, est l’affaire dite Kimbanguistes,
jugée le 17 décembre 2011, donc bien avant la loi organique du 11 avril 2013, qui
donne compétence matérielle aux cours d’appel.
Des jeunes gens de la Commune de Selembao et de ses environs avaient attaqué à
coups de pierres des membres de l’Eglise kimbanguiste. Il était reproché à ceux-ci
leur soutien au Président de la République lors de l’élection présidentielle de 2011. Le
bilan de l’attaque comptait la mort par lapidation d’un pasteur de l’Eglise précitée,
une dizaine de blessés, le pillage et la destruction des biens appartenant à cette
Eglise.
Dans l’appréciation du décès survenu, le juge a conclu au génocide en application de
l’article 6 du Statut de Rome, et a condamné les accusé à la peine de servitude pénale à
perpétuité.
72. Une des questions qui aurait dû se poser, préalablement aux éléments
constitutifs proprement dits, est celle de savoir si les Kimbanguistes pouvaient être
un des groupes protégés par la Convention.
Le juge n’a pas tranché la question, d’autant plus qu’il aurait été en difficulté
d’affirmer le caractère religieux du groupe, alors que celui-ci n’avait pas été attaqué
en vertu de sa religion, mais, plutôt, en vertu de ses opinions politiques. Le juge
pouvait-il, dans ce cas, considérer les Kimbanguistes comme un groupe politique ?
C’est possible, mais dans ce cas, il n’aurait pas résolu la question du groupe protégé,
étant donné que la Convention cite limitativement et exhaustivement les groupes
protégés et que le groupe politique n’y apparaît pas.
Ainsi, à l’impasse dans laquelle se trouvait le juge à propos de sa compétence et du
droit applicable, s’est ajoutée celle due à établir la qualité de groupe protégé.
24
b) L’existence préalable d’un contexte particulier
73. Avant de conclure à l’existence d’un génocide, le juge doit démontrer
l’existence, non seulement des éléments constitutifs, dont l’intention spécifique, mais
aussi et préalablement, l’existence d’un contexte particulier caractérisé par une
politique discriminatoire préexistante24.
Pour le respect des droits de la défense et de l’accusé, un lien doit être établi entre
celui qui est poursuivi pour crime de génocide et cette politique de discrimination. Il
doit être démontré au moins que l’accusé savait ou était conscient que ses actions
s’inscrivaient dans ce contexte plus général.
74. Le Tribunal de Nuremberg déclara coupables douze accusés « en raison des
mesures de persécution élaborées, planifiées, encouragées, incitées, ordonnées ou
prises contre les Juifs ou autres groupes en Allemagne »25.
Dans la seule affaire de génocide jugée par une juridiction congolaise avant la loi organique
du 11 avril 2013, en l’occurrence, le Tribunal de grande instance de Kinshasa-Kalamu,
la question d’un contexte particulier préalable ne fut jamais abordée.
II. Eléments constitutifs proprement dits
a) Elément matériel (actus reus)
75. La Convention sur le génocide définit avec précision l’élément matériel de
celui-ci. Il s’agit d’un des actes visés à l’article II, (2) a) à e), à savoir :
- Le meurtre des membres du groupe protégé ;
- Une atteinte grave à l’intégrité physique ou mentale de membres du groupe ;
- La soumission intentionnelle à des conditions d’existence devant entraîner la
destruction physique totale ou partielle du groupe ;
- L’imposition des mesures visant à entraver les naissances dans le groupe ; -
Le transfert forcé d’enfants du groupe à un autre groupe.
76. Dans l’affaire des Kimbanguistes, le décès d’un pasteur de l’Eglise fut considéré
comme l’acte matériel du génocide, sans engager la moindre discussion quant à
l’établissement de tous les éléments constitutifs du meurtre, et particulièrement
l’intention de donner la mort à laquelle le juge a renvoyé en citant les articles 44 et 45
du Code pénal.
24 Anne-Marie LA ROSA, Juridictions pénales internationales, La procédure et la preuve, PUF, Paris, 2003, p.
385.
25 Loc. cit.
25
A l’analyse pertinente du Professeur Jacques B. MBOKANI, « rien ne permet de
rejeter a priori la thèse selon laquelle le pasteur décédé a été victime d’un homicide
involontaire et qu’un génocide ne peut être commis par un acte non-intentionnel »26.
b) Elément moral (mens rea ou dolus specialis)
77. Ne peut répondre du génocide que la personne qui, au moment où elle pose
un des actes matériels constitutifs du génocide, est animée de l’intention de détruire,
en tout ou en partie, un groupe national, ethnique, racial ou religieux27.
Dans l’affaire des Kimbanguistes, le Tribunal de grande instance n’a pas établi le dol
spécial requis pour établir un génocide.
On peut dire que c’est dans cette affaire qu’une jurisprudence congolaise, en
l’occurrence civile, a fait une application directe du Statut de Rome, contrairement aux
juridictions militaires dont on dit qu’elles font une application directe du même
Statut, alors qu’elles ont dû attendre la loi du 18 novembre 2002 portant Code pénal
militaire pour enquêter et poursuivre, en application de l’article 207 de celui-ci.
78. Le TGI de Kalamu a fait une application directe du Statut de Rome au moment
où les incriminations prévues par celui-ci n’étaient pas encore intégrées au Code
pénal ordinaire.
Le TGI de Kalamu s’est mis dans le raisonnement de ceux qui considèrent qu’
« a des effets directs dans l’ordre juridique national la norme claire d’un traité, juridiquement
complète, qui impose aux Etats contractants soit de s’abstenir, soit d’agir de manière
déterminée, et qui est susceptible d’être invoquée comme source d’un droit propre par les
personnes relevant de la juridiction de ces Etats ou de soumettre ces personnes à des
obligations »28.
79. Cette application directe était toutefois une violation de l’article 207 du Code
pénal militaire, qui confie la compétence matérielle exclusive aux juridictions
militaires lorsqu’il s’agit des crimes prévus par le Code pénal militaire, comme c’est
le cas pour les crimes contre la paix et la sécurité de l’humanité.
80. Quant aux juridictions militaires, elles n’ont pas encore eu l’occasion de juger
le crime de génocide.
B. LES CRIMES CONTRE L’HUMANITE
81. On considère le crime contre l’humanité comme « une chose innommable et
terrifiante … que nulle parole humaine n’ose décrire … un crime sans nom … un
26 Jacques B. MBOKANI, La jurisprudence congolaise en matière de crimes de droit international, Une étude
de l’Open Society Initiative for Southern Africa (OSISA), Open Society Foundations, New-York et
Johannesburg, 2016, pp. 33-34.
27 TPIR, Jugement AKAYESU, §§519, 521.
28 J. VELU, Les effets directs des instruments internationaux en matière de droits de l’homme, Bruxelles,
Swinnen, 1981, pp. 11-12, cité par F. KUTY, Justice pénale et procès équitable, Vol. 1, Larcier, Bruxelles,
2006, p. 7.
26
crime vraiment infini »29. A travers les personnes qui en sont victimes, c’est toute
l’humanité et toute la communauté internationale qui sont atteintes.
82. De l’article 7 du Statut de Rome, il résulte que les éléments constitutifs du crime
contre l’humanité sont les suivants :
- Un élément matériel ;
- Une attaque généralisée et/ou systématique ;
- En application ou dans la poursuite de la politique d’un Etat ou d’une
organisation ayant pour but une telle attaque;
- Une population civile ;
- Un élément moral, conformément à l’article 30 du Statut de Rome.
L’élément matériel est constitué par un des actes énumérés à l’article 7 du Statut de la
CPI (voir Tableau des jugements et arrêts repris à la fin de la première partie de la
présente Etude).
B. LES CRIMES DE GUERRE
83. A ce propos, la définition du crime de guerre contenue dans le Code pénal
militaire n’est pas fidèle au Statut de Rome et a justifié le recours à celui-ci. De même,
l’absence d’une pénalité pour ce crime a été un argument supplémentaire
d’application dite directe du Statut de Rome.
Le conflit armé est ainsi défini par le TPIY : « Un conflit armé existe chaque fois qu’il
y a recours à la force Armée entre Etats ou un conflit armé prolongé entre les
autorités gouvernementales et des groupes armés organisés ou entre de tels groupes
au sein d’un Etat »30.
Cette définition qui est pratiquement la reprise de l’article 1 er du Protocole
additionnel II aux Conventions de Genève de 1949, est largement acceptée31.
84. Dans l’affaire KYUNGU MUTANGA Gédéon, la Cour militaire du Katanga a
décidé que « la consommation de l’infraction de crime de guerre requiert d’une part
que le Chef de l’Etat ait au préalable décrété l’état de guerre conformément à la
Constitution, et d’autre part, que les faits déférés devant le juge aient été commis au
cours de cette période »32.
85. Il s’agit ici d’une jurisprudence critiquable, car elle n’est pas conforme à l’état
actuel du droit international humanitaire. Le contexte du crime de guerre est qu’il
existe un conflit armé, présentant ou ne présentant pas un caractère international, tel
que l’a défini l’arrêt du TPIY ci-dessus cité.
29 Vladimir JANKELEVITCH, L’imprescriptible, Seuil, Paris, 1986.
30 TPIY, Chambre d’appel, Le Procureur c/Dusko TADIC, Arrêt sur la compétence, 1995, §70.
31 Cour militaire du Sud-Kivu, RP 043, RMP 1280/MTL/09, Arrêt du 21 février 2011, Feuillet 16.
32 Cour militaire du Katanga, 16 déc. 2010, Affaire KYUNGU MUTANGA Gédéon, B.A., 2013, 267 et s.
27
La jurisprudence des juridictions militaires congolaises ne porte que sur les conflits
armés ne présentant pas un caractère international (voir Tableau).
§2. AU REGARD DE QUELQUES PRINCIPES GENERAUX DE DROIT PENAL
A. LA NON-RETROACTIVITE DE LA COMPETENCE PERSONNELLE
86. Il faut préciser que s’il est vrai que le Statut de Rome ne rétroagit pas, ce
principe ne peut être un obstacle pour les juridictions nationales de poursuivre des
crimes commis avant son entrée en vigueur.
L’intérêt que le Statut de Rome ne rétroagisse pas se justifie par le fait que la Cour
serait immédiatement débordée par la poursuite des crimes graves qui ont été
commis par le passé et qui restent imprescriptibles, et dont nombre d’auteurs sont
encore vivants ; et l’intérêt pour que les crimes du passé soient poursuivis est de
contribuer précisément à mettre fin à leur impunité.
La situation de la République démocratique du Congo pour tous les crimes commis à
travers des crises et des conflits successifs, est une illustration parfaite de la nécessité
que les crimes commis avant l’entrée en vigueur du Statut de Rome soient poursuivis
par les juridictions nationales.
B. LA RESPONSABILITE PENALE INDIVIDUELLE, LE MODE DE
RESPONSABILITE PENALE ET LA RESPONSABILITE DES CHEFS
MILITAIRES ET AUTRES SUPERIEURS HIERARCHIQUES CIVILS
87. Il résulte de l’arrêt du 28 juin 2007 de la Cour militaire du Katanga (Affaire
dite KILWA), que des poursuites ont été engagées contre une personne morale, en
l’occurrence la Société ANVIL MINING CONGO Sarl. Ce faisant, l’organe
poursuivant et la Cour ont ignoré et, en conséquence, ont violé l’article 25 du Statut
de Rome qui, au paragraphe premier, dispose : « La Cour est compétente à l’égard des
personnes physiques en vertu du présent Statut ».
En droit congolais, le principe est que les personnes morales ne peuvent répondre
pénalement que sur base d’une disposition légale expresse.
88. En ce qui concerne le mode de responsabilité pénale, le juge, dans l’arrêt
KAHWA PANGA MANDRO, aborde la question de mode de responsabilité pénale
en renvoyant à la fois :
- A l’article 25 du Statut de Rome sur la responsabilité pénale individuelle ; -
A l’article 28, 2 du Statut de Rome sur la responsabilité du chef militaire et -
Aux articles 5 et 6 du Code pénal militaire.
En chapeau, la Cour cite l’article 25 du Statut de Rome, mais conclut à l’application des
articles 5 et 6 du Code pénal militaire.
Citant ensuite l’article 28 du Statut de Rome, la Cour confirme la responsabilité du
chef militaire sans préciser ni les faits ni leur qualification pénale, préalables
28
nécessaires pour déterminer laquelle responsabilité pénale est retenue, soit sur la
base de l’article 25, soit sur la base de l’article 28, en sachant que les deux ne peuvent
pas être retenus en même temps et qu’une fois l’article 25 retenu, il ne peut plus être
question de l’article 28 pour les mêmes faits. Le premier est le droit commun de la
responsabilité pénale à l’exclusion de la responsabilité du chef militaire ou du chef
hiérarchique civil.
89. Dans l’affaire AMURI MPIYA ABRAHAM, jugée le 31 octobre 2015 par la
Cour militaire du Maniema, le prévenu a été condamné pour crimes contre
l’humanité par emprisonnement, par viol, par torture et par autres actes inhumains
sur base de l’article 28 du Statut de Rome, en sa qualité de chef militaire33.
90. Tels que les faits se présentent, le prévenu aurait dû être condamné, d’une
part, sur base de l’article 25 du Statut de Rome pour les crimes qu’il a ordonnés, à
savoir les emprisonnements constitutifs du crime contre l’humanité, et, d’autre part,
sur base de l’article 28 pour les crimes commis par les gens agissant sous ses ordres et
qu’il aurait pu prévenir, punir ou, à défaut, pour lesquels il aurait pu en référer à
l’autorité compétente.
91. C’est une remarque générale que de constater que les juridictions militaires ne
font pas toujours une lecture attentive de l’article 25 du Statut de Rome qui fait une
distinction nette entre les auteurs et les complices, en déterminant chaque fois, avec
précision, l’acte par lequel on contribue à la réalisation du crime comme coauteur ou
comme complice.
§3. LE PROCES EQUITABLE
A. AFFAIRE CAPITAINE BONGI MASSABA
92. Le prévenu et capitaine BONGI MASSABA avait été poursuivi et condamné
par le Tribunal militaire de garnison de l’Ituri 34 pour infractions au crime de guerre
par pillage dans le cadre d’un conflit ne présentant pas un caractère international
(Article 8, 2, e), v, du Statut de Rome, et pour crime de guerre par meurtre (Article 8, 2,
c), i, du Statut de Rome.
En phase juridictionnelle, il a été acté la présence de ses Conseils, de même qu’il a été
répondu aux objections de ceux-ci en ce qui concerne le principe du procès équitable.
I. Instruction à charge et à décharge
93. La première objection des Conseils était que le ministère public n’avait instruit
qu’à charge du prévenu.
Le Tribunal y répond en invoquant l’article 249, alinéa 1 er du CJM aux termes duquel
le Président est investi d’un pouvoir discrétionnaire pour la découverte de la vérité,
33 Feuille n° 23.
34 TMG ITURI, Auditeur militaire et Parties civiles c/Capitaine Blaise BONGI MASSABA, 24 mars 2006.
29
et qu’en conséquence, le droit à un procès équitable n’était pas violé, le juge étant
libre face à tous les moyens du ministère public.
II. Principe de la présomption d’innocence
94. La deuxième objection de la défense était que le principe de la présomption
d’innocence était violé au motif que le ministère public, les parties civiles et même le
Tribunal, se seraient attaqués violemment au prévenu, le traitant à plusieurs reprises
de criminel et de sanguinaire.
Le Tribunal répond en relevant d’abord le caractère tardif de ce grief dans la mesure
où il n’avait été formulé pour la première fois que dans la note de plaidoirie. Il a
relevé ensuite, que le grief n’avait pas été soumis oralement au débat. Dès lors, un tel
grief ne pouvait qu’être purement et simplement rejeté pour sa déloyauté.
III. Propos injurieux du ministère public
95. L’autre grief de la défense portait sur les propos du ministère public, tels que : « je
vais sucer ton sang », « je cherche ta tête et je l’aurai », « je vais t’aider à partir de
l’Armée » « feu de l’enfer », « Satan », « tu n’es qu’une goutte d’eau dans l’eau », etc.
Cette objection a été rejetée par le Tribunal du moment que le ministère public avait
purement et simplement retiré ses propos.
IV. Inégalité des armes
96. L’autre objection de la défense portait sur l’inégalité des armes au motif que le
Tribunal avait rejeté la demande du prévenu tendant à faire auditionner les témoins
à décharge, alors que pareille demande faite par la partie civile aurait été reçue.
Le Tribunal rappelle les dispositions du CJM aux termes duquel le greffier lit la liste
des témoins à charge et à décharge avant même la lecture de la décision de renvoi, et
que le prévenu et l’officier du ministère public peuvent s’opposer à l’audition d’un
témoin qui ne leur aurait pas été notifié ou qui n’aurait pas été clairement désigné
dans la notification. En l’espèce, ce n’est qu’au cours de la seconde audience publique
du 9 mars 2006 que le Conseil du prévenu déposera une liste des témoins à décharge
après que le Tribunal avait déjà statué sur le mémoire censé avoir été unique, en
violation de l’article 246, alinéa 2, qui dispose : « … il doit, à peine d’irrecevabilité et
avant les débats sur le fond, déposer un mémoire unique ». Et le Tribunal d’invoquer
l’article 249, alinéa 3 du CJM, en ce qui suit : « Si le ministère public ou le conseil du
prévenu sollicite au cours des débats l’audition de nouveaux témoins, le Président
décide si ces témoins doivent être entendus ».
97. Et l’alinéa 4 du même article se lit comme suit : « Les témoins ainsi appelés ne
prêtent pas serment et leurs déclarations sont considérées comme de simples
renseignements ».
Néanmoins, le Tribunal a examiné la liste de témoins à décharge telle que déposée
par la défense, pour constater que :
30
- Sur la liste de 18 personnes, 8 ont été notifiées ;
- Parmi les témoins notifiés, 2 seulement ont comparu ;
- Pour le cas de 10 autres témoins non notifiés, le Président du Tribunal a
purement et simplement fait usage de son pouvoir discrétionnaire en vertu de
l’alinéa 2 de l’article 249 du CJM ;
- Quant au cas de 6 autres témoins qui, régulièrement notifiés, n’ont pas
comparu, le Tribunal a purement et simplement appliqué la première
prérogative qui lui est reconnue par l’alinéa 1er de l’article 244 du CJM, à savoir
: « Passer outre aux débats ».
V. Le temps utile à la connaissance des éléments de preuve du ministère public
98. L’objection suivante portait sur la notion de « temps utile » à la connaissance des
éléments de preuve avancés par le Procureur.
Elle a été rejetée car, d’une part, la défense n’avait pas pris soin de définir le concept
de « temps utile » en procédure pénale, et aussi parce sa mise en œuvre mettrait en
cause le principe de célérité censé caractériser les juridictions militaires répressives.
VI. Irrégularité de la citation de la République démocratique du Congo
99. Enfin, la dernière objection soutenait l’irrégularité de la citation de la
République démocratique du Congo civilement responsable au motif que, d’une part,
ladite citation était adressée à la personne de Son Excellence LOLA KISANGA, et non
à la RDC, et que, d’autre part, la citation devait être notifiée au bureau de la Province
et non à un gouverneur en mission.
Le Tribunal rejeta ce reproche au motif que l’acte de procédure doit uniquement
atteindre le but pour lequel le législateur l’a imposé : donner au plaideur la garantie
que la justice sera rendue avec toute l’impartialité désirable, et que chacun jouira
d’avantages égaux pendant la durée de joute prétorienne.
100. Toujours en rapport avec ce dernier grief, le Tribunal rappelle avec raison le
célèbre article 28 du Code de procédure civile : « Aucune irrégularité d’exploit ou
d’acte de procédure n’entraine leur nullité que si elle nuit aux intérêts de la partie
adverse ».
On peut se poser la question de l’irruption du Code de procédure civile dans une
procédure pénale, mais il est entendu depuis longtemps que le Code de procédure
civile est le droit commun de la procédure, et qu’il peut trancher toute question
qu’une procédure pénale ou spéciale n’aurait pas résolue.
C. AFFAIRE DITE KILWA
L’affaire dite KILWA a été jugée par la Cour militaire du Katanga dans son arrêt du
28 juin 2007. Celui-ci a été caractérisé particulièrement par l’absence de motivation
ou par une motivation insuffisante, autant des lacunes contraires aux exigences d’un
procès équitable.
31
101. Les arguments des parties ne sont ni exposés ni discutés, et spécialement, il
n’est fait nulle part de l’argumentation de la Défense, alors que le juge a l’obligation
de rencontrer les moyens des parties. Le non accomplissement de ce devoir est un
motif de cassation.
Au contraire, on assiste à des prises de position brusques de la Cour militaire du
Katanga, exprimées sans aucun renvoi à aucune jurisprudence ou doctrine, avec
bonhomie et légèreté qui frisent le ridicule et enlèvent à l’arrêt tout sérieux et toute
crédibilité lorsqu’il s’agit des faits d’une gravité comme celle des crimes de guerre ou
de crimes contre l’humanité.
102. Ainsi, s’agissant du meurtre de KABWEBWE KATANIKA Stanislas, constitutif
du crime de guerre, nous lisons ces deux attendus :
« Attendu que Mr MUKALAY KATANIKA montra, à plus ou moins trente mètres de
la route, la tombe de son père KABWEBWE KATANIKA Stanislas ;
Attendu que si cet amas de terre était la tombe de leur père et juge coutumier
KABWEBWE KATANIKA Stanislas, les membres de la famille auraient déjà construit
un mausolée, à défaut, placé une croix avec épitaphe …»3536.
Ici se posent à la fois la question relative à la qualité du raisonnement et de la
motivation de la décision, ainsi que celle de la valeur probante des éléments
invoqués.
103. Dans le cas du meurtre de SHIMPUNDU PIILATI, par le principal prévenu de
l’affaire KILWA, ILUNGA Adémar, nous trouvons cet attendu inattendu :
« Attendu que personne ne prend sa boisson alcoolique au milieu des affrontements
armés ; qu’en outre, qui pouvait ouvrir son débit de boisson ou son bistrot et se
mettre à vendre dans l’après-midi du 15 octobre 2004, en pleine guerre Armée ? Et
pourquoi n’avait-il pas quitté KILWA comme tout le monde ? Qu’ainsi sa mort
survenue à KILWA ne peut être imputée au prévenu ILUNGA Adémar ni à ses
hommes»37.
104. L’attendu qui suit, relatif au meurtre de KAMONA Marie, est une somme
d’affirmations gratuites, d’absence de motivation, d’absence de référence aux
arguments des parties, le tout couvert d’un humour douteux :
« Attendu que KAMONA Marie fut morte par noyade sur le lac Moero à cause de la
tempête qui avait renversé leur embarcation en voulant atteindre l’île SHIMBA ;
Attendu que l’île SHIMBA ne se trouve pas à Nsensele et qu’aucun militaire n’avait
soulevé la tempête sur le lac Moero ; que, contrairement au Ministère public, la mort
par noyade de KAMONA Marie ne peut être imputée à personne ;
35 Cour militaire du Katanga, Arrêt R.P. n° 010/2006, rendu le 28 juin 2007 dans les événements de KILWA
2004, p.
36 .
37 Arrêt, p. 19.
32
Attendu que PAKE, KASONGO MWAPE, …, sont des noms fictifs que le Ministère
public tira de nulle part ;
Attendu que l’instruction à l’audience menée à Lubumbashi, à Kilwa et à Nsensele
révéla qu’aucune exécution n’eut lieu à Nsensele avant, pendant et après la guerre ;
que la Croix-Rouge n’amena, pour l’enterrement à Nsensele, que des cadavres des
belligérants tombés sur le champ de bataille, et que la même Croix-Rouge n’avait
enterré aucun vivant »38.
105. C’est ce genre de décisions judiciaires qu’il ne faut jamais prendre, au risque
de voir la Cour se déclarer compétente pour incapacité ou manque de volonté par les
juridictions nationales de poursuivre et de juger les crimes les plus graves qui se
commettent sur son territoire, ou ailleurs, par ses ressortissants D.
. ARRET MULESA MULOMBO
106. Dans l’arrêt MULESA MULOMBO de la Cour militaire de la Province
Orientale, le juge s’appuie principalement sur les révélations faites par les co-
prévenus, notamment les officiers de son état-major au moment des faits, pour
conclure qu’il s’agit d’autant d’aveux pour crime de guerre par meurtre, par pillage
et par viol.
A cette occasion, le juge a donné la définition et les conditions d’un aveu fiable et
crédible. L’aveu est une déclaration du prévenu par laquelle il reconnaît à l’audience
publique, le bien-fondé de l’accusation portée contre lui. C’est une confession, une
affirmation par laquelle l’accusé confirme les faits mis à sa charge.
107. Considéré comme la reine des preuves, l’aveu constitue un élément de preuve
auquel le juge doit accorder la faveur de crédit et fonder son intime conviction. Et
pour qu’un aveu ait toute la force probante lui reconnue par la loi, il doit être :
- Spontané, c’est-à-dire qu’il doit être fait sans contrainte extérieure précise
et porter sur des faits circonscrits dans le temps et dans l’espace, dans leur nature et
leur cause ;
- Complet, c’est-à-dire qu’il doit s’étendre sur tous les aspects ;
- Constant, c’est-à-dire qu’il doit être cohérent dans le raisonnement de
l’agent ;
- Sincère, c’est-à-dire qu’il doit traduire la volonté du prévenu d’exprimer
au juge son for intérieur.
108. Aux audiences d’appel consacrées à l’examen de la cause, les prévenus ont fait
ces révélations dans les conditions et forme requises par la loi.
38 Arrêt, p. 21.
33
§4. LA PROTECTION DES VICTIMES ET DES TEMOINS
109. Dans son arrêt AMURI MPIYA ABRAHAM du 31 octobre 2015, la Cour militaire
du Maniema a pris les mesures suivantes, pour la protection de 68 victimes et
témoins :
- Le remplacement de leurs noms par les codes ;
- L’utilisation des masques ;
- Leur isolement avant la comparution ; - L’assistance d’un psychologue.
SECTION III. DETERMINATION DE LA PEINE
§1er. PEINES PREVUES PAR LE STATUT DE ROME
110. Le jugement BONGI MASSABA du Tribunal militaire de garnison de l’Ituri a
condamné le prévenu au maximum de la peine prévue par le Statut de Rome en son
article 77, à savoir : la servitude pénale à perpétuité pour crime de guerre par
meurtre et la servitude pénale à perpétuité pour crime de guerre par pillage des
biens.
Cependant, si on fait une bonne lecture de l’article 77, et si on en fait une bonne
interprétation, cette peine ne devrait être retenue que « si l’extrême gravité du crime
et la situation personnelle du condamné le justifient ». Cela veut dire que le juge, en
retenant une telle peine, doit la fonder sur des circonstances aggravantes qu’il est
tenu de faire apparaître dans sa décision.
Dans l’affaire dite de KILWA, aucume contre la paix et la sécurité de l’humanité n’a
été retenue.
§2. PRINCIPE DE LA PROPORTIONNALITE
111. Lorsqu'elle fixe la peine, la Cour tient compte, conformément au Règlement de
procédure et de preuve, de considérations telles que la gravité du crime et la
situation personnelle du condamné39.
112. Lorsqu’elle fixe la peine conformément au paragraphe 1 de l’article 78, la Cour:
a) Garde à l’esprit que la peine prononcée en vertu de l’article 77,
emprisonnement
ou amende selon le cas, doit être au total proportionnée à la culpabilité;
b) Évalue le poids relatif de toutes les considérations pertinentes, y compris les
facteurs atténuants et les facteurs aggravants, et tient compte à la fois de la situation
de la personne condamnée et des circonstances du crime;
c) Tient compte, notamment, en plus des considérations mentionnées au
paragraphe 1 de l’article 78, de l’ampleur du dommage causé, en particulier le
préjudice causé aux victimes et aux membres de leur famille, de la nature du
39 Article 78, 1.
34
comportement illicite et des moyens qui ont servi au crime; du degré de participation
de la personne condamnée; du degré d’intention; des circonstances de temps, de lieu
et de manière; de l’âge; du niveau d’instruction et de la situation sociale et
économique de la personne condamnée40.
§3. CIRCONSTANCES ATTENUANTES
113. La Cour militaire du Maniema, dans l’affaire AMURI MPIYA ABRAHAM, a
retenu les circonstances atténuantes suivantes :
- Le jeune âge du prévenu, avec la précision de la Cour selon laquelle il peut
encore être utile à la Police ;
- Sa délinquance primaire ;
- Sa charge familiale, sans aucune précision quant à déterminer si elle était
grande ou petite ;
- Le fait qu’il soit le seul à être poursuivi et traduit devant la Cour de céans.
L’admission de cette dernière circonstance est en contradiction avec le rejet par
la jurisprudence internationale de l’argument tu quoque, en ce sens que, si
d’autres personnes ont commis le même crime ou des crimes semblables, cela
ne peut jouer aucunement en faveur de l’accusé, car la responsabilité pénale
est individuelle.
114. Dans l’affaire Général de brigade Jérôme KAKWAVU BUKANDE, jugée par la
Haute cour militaire, celle-ci a retenu comme circonstances atténuantes :
- Le fait que le prévenu est père de famille nombreuse ; - Le fait qu’il n’a
pas d’antécédents judiciaires connus.
115. TABLEAU DES DECISIONS JUDICIAIRES CONSULTEES41
N° JURIDICTION AFFAIRE DATE QUALIFICA OBSERVATIONS
TIONS
1 TMG Kindu KALONGA Jugement Crimes
-Application par le juge
KATAMISI et du 25 contre
du Code pénal
ALIMASI octobre l’humanité
militaire ;
2005 par viol,
esclavage -Les éléments
sexuel, contextuels non
prostitution établis ;
forcée -Contradiction entre
les motifs et le
40 Règle 145, 1.
41 Ces décisions sont celles auxquelles nous avons accès, soit parce qu’elles se trouvaient entre nos mains ou
celles de nos collaborateurs, soit parce qu’elles étaient disponibles aux greffes de Kinshasa, soit, enfin, qu’elles
avaient été publiées dans le B.A. soit dans les publications d’ASF.
35
dispositif quant à la
culpabilité ;
-Jugement très court (9
pages) pour des crimes
graves ;
-Condamnation à mort
des inconnus non
identifiés et non cités à
comparaître ;
-Affaire jugée en une
journée.
2 TMG SONGO- Jugement Crimes Absence de l’élément
Mbandaka MBOYO du 20 contre politique : « en
(Prévenus juin 2006 l’humanité application d’une
BOKILA par viol politique de l’Etat ou
Arrêt du
LOLEMI de l’organisation
7 juin
Fabien et crts, » /Mauvaise
2006
tous définition de «
militaires population civile ».
En la définissant
comme « l’ensemble de
personnes qui ne
participent pas
directement aux
hostilités », le juge a
fait du conflit un
élément du crime
contre l’humanité,
créant ainsi une
confusion regrettable
entre crimes de guerre
et crimes contre
l’humanité.
36
3 TMG Mutins de Crime contre -Nombre élevé des
Mbandaka MBANDAK l’humanité victimes,
A (Prévenus par meurtre caractéristique d’une
MUHINDO et par viol attaque généralisée ;
MAMBUSA
-Durée de l’attaque (3
et crts)
jours) ;
-Elément politique non
établi.
4 TMG de l’Ituri Affaire Jugement Crime contre Dans le cadre du crime
et CM de la KAHWA du 2 août l’humanité contre l’humanité,
Province PANGA 2006 par meurtre -Le caractère généralisé
Orientale MANDRO Arrêt du et par viol ; des attaques résulte du
Chef de 13 août
Crime de nombre des victimes,
Collectivité 2014
guerre. des moyens
(civil),
considérables utilisés
Fondateur
et du nombre élevé de
d’un
participants aux
mouvement
attaques ;
insurrectionn
el -Absence de l’élément
politique.
5 TMG WAKA Jugement Crimes -Attaque généralisée
Mbandaka LIFUMBA du 18 contre parce que menée par
(Prévenus l’humanité une multitude des
BOTULI et
BAENE février par viol et policiers, sur une durée
LONGILIMA 2007 tortures de 3 jours ;
, policiers)
-Attaques préméditées,
préparées,
organisées,
coordonnées, donc
systématiques ;
-Une erreur dans la
définition de la
population civile,
lorsqu’on la définit
comme les personnes
37
ne participant pas
directement aux
hostilités car le crime
entre l’humanité peut
être commis même en
l’absence à un conflit.
6. TMG du Haut KYUNGU Jugement Crimes -Confusion entre
Katanga et CM MUTANGA du 5 contre création d’un groupe
du Katanga Gédéon, mars l’humanité armé et crime contre
ILUNGA 2009 par viol, l’humanité ;
MONGA torture,
Arrêt du -Aucun élément
NKUMA et meurtre, etc.
16 juin contextuel n’est abordé
crts, Miliciens
2010 ;
MAYI-MAYI
(Force -L’arrêt rétablit la
d’interventio situation, sauf qu’il ne
n populaire) confronte par les faits à
la définition légale ;
-Population civile non
définie ;
-Elément politique non
établie.
7. TMG de BASELE alias Jugement Crimes La durée des exactions
Kisangani Colonel du 03 contre sur une longue période
Tom’s et crts juin 2009 l’humanité peut fonder le caractère
(miliciens) par viol généralisé de l’attaque.
38
8. TMG Bunia KAKADO Jugement Crimes En ce qui concerne les
BARNABA du contre crimes contre
09/07/201 l’humanité l’humanité :
0 par meurtre ;
-Le nombre de victimes
Crime de (1.049 personnes tuées)
guerre par est sans conteste une
meurtre. marque d’une attaque
généralisée ;
-Il en est de même de la
durée des attaques, en
l’occurrence, de
septembre 2002 à
novembre 2003.
9. TMG Uvira LEMERA Jugement Crimes -Le tribunal fait une
(Prévenus du 30 contre mauvaise application
KAMONA novembr l’humanité de l’article 7 du Statut
MANDA et e 2010 par viol de Rome en reprenant
crts), des éléments
militaires contextuels qui n’ont
rien à voir avec cet
article, tels que la
violation grave des
droits et libertés
fondamentaux de la
personne humaine et
droit et intérêts de la
RDC ;
-Malheureusement, la
Cour militaire du
SudKivu, au niveau
d’appel, a fait siens « le
développement,
l’analyse des faits et la
discussion en droit du
premier juge qui a
statué à bon droit sur
l’action publique ;
-Dans le cas d’espèce, la
qualification de crime
de guerre devait être
39
retenue, vu le contexte
de conflit armé ne
présentant pas un
caractère international,
et qui opposait les
FARDC au groupe
armé FDLR, lors des
opérations militaires
dénommées « KIMIA
II ».
(Voir dans ce sens
Pacifique MUHINDO
MAGADJU, op. cit, p.
108).
10. CM Sud-Kivu KIBIBI Arrêt du Crimes La Cour définit
Mutuare 21 février contre l’Organisation en se
(Affaire 2011 l’humanité référant « aux
Baraka), par viols, militaires du 43ème
Militaire privation de secteur qui
liberté constituerait bien un
groupe organisé,
hiérarchisé même »,
confondant ainsi
l’Etat et
l’Organisation. Or,
dit la CPI,
« l’Organisation n’est
pas l’Etat, puisque le
texte emploie la
conjonction « ou », ce
qui signifie que les
concepts sont et
doivent demeurer
distincts » (Affaire
Germain KATANGA,
Jugement, §1117, note
47).
40
11. CM du Sud- BALUMISA Arrêt du Crimes L’attaque était
Kivu MANASSE 09 mars contre généralisée, tout un
alias Dix 2011 l’humanité bataillon ayant pris
mille par viol, par d’assaut la population
(militaire meurtre, par civile.
d’un atteinte à
bataillon) l’intégrité
physique
12. TMG Bukavu MANIRAGU Jugement Crimes - Le caractère
HA et crts du 10 contre systématique aurait dû
(FDLR) avril 2011 l’humanité être affirmé au regard
par viols, des faits : préparation
meurtres, des attaques, leur
esclavage caractère délibéré et
sexuel, répétitif ;
emprisonne
- L’élément
ment
politique est
sommairement discuté
sans que soit mis en
cause la présence du
FDLR sur le terrain :
organisation
structurée et
hiérarchisée, contrôlant
une partie du territoire
au moment des faits,
avec une stratégie de
terreur contre la
population civile
13. CM du Sud- Kyat-Hend Arrêt du Crimes - La Cour ne
Kivu alias Pharaon 15 octobre contre précise pas, en ce qui
et crts 2012 l’humanité concerne le crime
(milices) par contre l’humanité, si
emprisonne l’attaque était massive,
ment, généralisée ou
meurtre, systématique ;
torture,
- Elle ne relève pas
crimes de
les éléments
guerre par
contextuels inhérents
pillage
41
aux crimes contre
l’humanité.
14. CM du Sud- BEDI Arrêt du Crimes Attaque généralisée
Kivu MOBULI 15 contre établie par le nombre
alias colonel décembre l’humanité de victimes et par la
106 (milicien) 2014 par viol, fréquence et la durée
emprisonne des attaques, Attaque
ment, crimes
de guerre par
pillage, systématique par le
crimes contre choix des cibles ;
l’humanité
La politique de
par esclavage
l’Organisation, dont les
sexuel, par
accusés étaient des
tortures
exécutants, est bien
définie
15. CM Sud-Kivu KIZIMA Jugement Crimes Le caractère généralisé
Lénine, alis du 29 contre ou systématique n’est
Sabin (FDLR) décembre l’humanité pas établi alors qu’il
2014 par meurtre, s’agit des crimes
viols, contre l’humanité ;
emprisonne
Le juge n’établit pas
ment,
l’existence d’un groupe
tortures,
d’une organisation
autres actes
dont la politique aurait
inhumains,
été exécutée par les
etc.
prévenus.
42
16. CM Maniema AMURI Arrêt du Crimes Lorsque la Cour
Abraham, 31 contre considère que l’attaque
officier de octobre l’humanité systématique nécessite
Police 2015 par viol et un plan ou une
tortures politique préconçue
même à l’insu des
instances étatiques, elle
est en contradiction
avec l’article 7, 2, du
Statut de Rome qui veut
que l’attaque soit lancée
contre une population
civile « en application
ou dans la poursuite de
la politique d’un Etat
ou d’une organisation
».
17. TMG de l’Ituri BONGI Jugement - Contradiction entre
et CM de MASABA, du 24 les motifs sur
Kisangani capitaine mars l’existence ou non
2006 d’un conflit
international ;
Arrêt du - Conflit non
4 international non
novembr défini
e 2006
18 TGM de l’Ituri Affaire Jugement Crime de Motivation insuffisante
MILOBS du 19 guerre quant à l’existence d’un
(milicien) février conflit non-
2007 international
19 TMG de l’Ituri Affaire BAVI Jugement Crime de Mauvaise définition et
Getty du 19 guerre mauvais usage des
février circonstances
2007 aggravantes
43
20 TMG de Affaire Jugement Crime de Conflit non qualifié,
Bukavu PANTOVE du 2 guerre alors que les faits
octobre tendent à indiquer qu’il
2011 s’agit d’un conflit armé
noninternational.
21 TMG de Affaire Jugement Crime de Motivation insuffisante
Bukavu MUPOKWE du 15 guerre par de la qualification du
(militaires) octobre viol fait même que le juge
2012 n’établit ni l’intensité
des affrontements, ni le
caractère organisé des
FDLR.
22 CMO de Affaire Arrêt du Crime de Impossibilité pour les
Minova MINOVA 5 mai guerre par chefs militaires
2014 viol d’exercer le contrôle
qui convenait.
23 HCM Affaire Arrêt du Crimes de Une qualification
KAKWAVU 7 guerre par exacte des modes de
novembr viol et responsabilité pénale,
e 2014 meurtre avec une distinction
nette entre la
responsabilité pénale
individuelle et la
responsabilité pénale
du chef militaire.
24 CM du Affaire Arrêt du Crime de Qualification rejetée
Katanga ANKORO 20 guerre par la Cour.
décembre
2004
25 TMG de Affaire Jugement Crime de Qualification rejetée
Bukavu BIYOYO du 7 guerre par la Cour.
(milices) mars
2006
26 CM du Affaire Arrêt du Crime de Qualification rejetée
Katanga MITWABA 25 avril guerre par la Cour.
2007
44
27 CM du Affaire Arrêt du Crime de Qualification rejetée
Katanga KILWA 28 juin guerre par la Cour.
2007
28 TMG de Goma Affaire Jugement Crime contre
WALIKALE du 24 l’humanité
avril 2009
29 TMG de l’Ituri Affaire Jugement Crime contre
MORGAN du 16 l’humanité et
avril 2014 crime de
guerre
DEUXIEME PARTIE
45
EVALUATION DE LA LEGISLATION SUR LES JURIDICTIONS MILIATAIRES
CONGOLAISES ET DE LEURS PRATIQUES
46
116. Comme il a été relevé précédemment, le Code judiciaire militaire a prévu de
nombreuses situations où les civils doivent comparaître et être jugés par les
tribunaux militaires.
De même, les juridictions militaires jugent les militaires pour les crimes contre la paix
et la sécurité de l’humanité.
117. L’évaluation à laquelle nous procédons consiste à vérifier si une meilleure
lecture de la Constitution n’aurait pas conduit à des pratiques plus saines et plus
compatibles avec l’Etat de droit. De même, nous soutenons qu’une attention portée
au Droit international des droits de l’homme aurait dû susciter des réformes tendant à
réduire la compétence des juridictions militaires à l’égard des civils, à défaut de
l’abolir.
SECTION Ière. LA COMPETENCE DES JURIDICTIONS MILITAIRES AU
REGARD DE LA CONSTITUTION DU 18 FEVRIER 2006
§1er. LE DROIT AU JUGE NATUREL OU L’INCOMPETENCE DES JURIDICTIONS
MILITAIRES A L’EGARD DES CIVILS
A. PRINCIPE
118. Beaucoup de dispositions du Code judiciaire militaire sont devenues
incompatibles avec le droit au juge naturel, dont l’article 19 de la Constitution du 18
février 2006, alinéas 1 et 2, constitue l’affirmation du principe, dans le système
juridique congolais :
« Nul ne peut être ni soustrait ni distrait contre son gré du juge que la loi lui assigne.
Toute personne a droit à ce que sa cause soit entendue dans un délai raisonnable par le juge
compétent».
Ainsi, les articles suivants du Code judiciaire militaire auraient dû cesser de recevoir
application : 108, 109, 111, 112 et 115, dès l’entrée en vigueur de la Constitution du 18
février 2006.
C. LES ARTICLES A RECONSIDERER
I. L’article 108 du CJM
119. Cet article doit être reconsidéré, dans la mesure où les personnes concernées sont
des civils, car « non revêtues de la qualité de militaire » selon l’expression même de
la loi, et que du simple fait d’être employées de l’Armée ou de la Police, la loi ne
saurait en inférer quoique ce soit, encore moins les soustraire du bénéficie d’un
principe déjà consacré par la Constitution.
II. L’article 109 du CJM
120. Il doit être revu en ce sens qu’il comporte une extension abusive de la
compétence personnelle des juridictions militaires. Deviennent justiciables des
47
personnes qui ont cessé d’être militaires et auxquelles, aux termes même du Code
judiciaire militaire, les lois militaires ont cessé d’être applicables. Les faits pour
lesquels l’extension est accordée, à savoir : les voies de fait et d’outrage, les violences
ou meurtre contre un supérieur hiérarchique ou autre, peuvent sans aucun doute être
jugés par une juridiction ordinaire.
III. L’article 111 du CJM
121. Cet article comporte deux volets : d’une part, la compétence personnelle à
l’égard des anciens militaires, c’est-à-dire déjà rendus à la vie civile, les anciens
rebelles (encore civils) qui se rendent coupables d’un certain nombre d’infractions
qui n’ont rien de spécifiquement militaire et qui pouvaient être jugées par une
juridiction ordinaire ; et d’autre part, la compétence « à l’endroit de ceux qui, sans
être militaires, commettent des infractions au moyen d’armes de guerre ».
122. Ce dernier volet, dans le cadre d’une étude sur les crimes contre la paix et la
sécurité de l’humanité, ne peut que susciter des interrogations telles que celles
relatives à la définition de l’arme de guerre, la possibilité de commettre des crimes de
guerre sans arme de guerre, surtout lorsqu’il s’agit de commettre les infractions
graves aux Conventions de Genève.
123. Bien plus, bien que la guerre ou le conflit ne soient pas constitutifs du crime de
génocide et du crime contre l’humanité, il ne fait plus aucun doute, et l’histoire en
fait une démonstration éclatante, qu’ils constituent un cadre favorable à la
commission de ces mêmes crimes.
Déterminer la compétence des juridictions militaires sur base du « moyen d’armes de
guerre », c’est prendre le risque de leur confier une compétence personnelle générale
en matière des crimes contre la paix et la sécurité de l’humanité, d’en faire le juge
ordinaire de tous ces crimes, réduisant ainsi le principe du juge naturel à une coquille
vide.
IV. L’article 112 du CJM
124. Cet article rend justiciables des juridictions militaires des personnes ou des
catégories de personnes qui, manifestement ne sont pas ou ne sont plus des
militaires, notamment :
1. Celles qui sont portées présentes, à quelque titre que ce soit, sur le rôle
d’équipage d’un navire ou embarcation de la force navale, de la Police, du Service
National ou le manifeste d’un aéronef militaire, de la Police ou du Service National ;
2. Celles qui, sans être liées légalement ou contractuellement aux Forces Armées,
sont portées sur les rôles et accomplissent du service ;
3. Les exclus de l’Armée, ou de la Police, pour les infractions prévues à l’article
111;
48
4. Les élèves des écoles militaires ;
5. Les prisonniers de guerre ;
6. Les membres des bandes insurrectionnelles ;
7. Celles qui, même étrangères à l’Armée, provoquent, engagent ou assistent un
ou plusieurs militaires, ou assimilés, à commettre une infraction à la loi ou au
règlement militaires. Il en est de même de toutes celles qui commettent des
infractions dirigées contre l’Armée, la Police Nationale, le Service National, leur
matériel, leurs établissements ou au sein de l’Armée, de la Police Nationale ou du
Service National;
8. Les personnes à la suite de l’Armée ou de la Police Nationale.
125. Concernant cette dernière catégorie, on peut penser au statut des journalistes
et du personnel sanitaire et religieux, qui demeurent des civils et sur lesquels la
compétence des juridictions militaires ne saurait s’étendre sans porter atteinte à leur
droit au juge naturel.
V. L’article 115 du CJM
[Link] disposition doit être réévaluée en ce qu’elle vide elle-même le contenu
du principe qu’elle était censée affirmer, à savoir : la compétence des juridictions
civiles en cas de participation criminelle par un civil. En effet, les exceptions prévues
par le CJM sont tellement nombreuses et courantes qu’elles constituent le contexte
général et habituel de ces crimes. Ces exceptions en question sont les suivantes :
- Pendant la guerre ;
- Dans la zone opérationnelle ;
- Sous l’état de siège ou d’urgence ;
- Lorsque le justiciable civil concerné est poursuivi comme coauteur ou
complice d’une infraction militaire, exception aujourd’hui supprimée par la loi
organique n°17 /003 du 10 mars 2017 modifiant et complétant le Code judiciaire
militaire du 18 novembre 2002 .
127.Dès lors, penser que l’article 115 contribue à rendre le civil à son juge naturel
en cas de participation criminelle est un leurre qui ne peut être dissipé que par une
disposition franche sur la justiciabilité du civil devant son juge naturel.
[Link] plus, l’article 115 du CJM est en convergence avec l’article 112 du même
Code. En effet, celui-ci déclare, en son point 7, justiciables des juridictions militaires «
ceux qui, même étrangers à l’Armée, provoquent, engagent ou assistent un ou
plusieurs militaires, ou assimilés, à commettre une infraction à la loi ou au règlement
militaire ».
Il est sans conteste que les termes « ceux qui, même étrangers à l’Armée » ne
peuvent viser que des civils.
49
[Link] même, les termes « provoquer, engager ou assister un ou plusieurs
militaires ou assimilés, à commettre une infraction à la loi ou au règlement militaire
» ne peuvent rentrer que dans l’hypothèse de la participation criminelle prévue par
l’article 115 du CJM, et qui prévoit que le civil est justiciable des juridictions de droit
commun.
[Link], par l’article 112 du CJM, les juridictions militaires sont compétentes
pour les civils en participation criminelle dans la commission des infractions
militaires, ce qui est contraire aux articles 19, 156 et 221 de la Constitution, qui n’ont
prévu aucune exception.
[Link] à l’article 115 CJM, il pose un principe valable : la compétence des
juridictions civiles en cas de participation criminelle par un civil. Mais, les exceptions
qui s’ensuivent sont tellement nombreuses que l’on ne voit pas finalement ce qui
échapperait à la compétence des juridictions militaires ; de sorte que l’on peut
affirmer la convergence entre les articles 112 et 115 du CJM, en ce sens qu’ils ont tous
pour résultat d’étendre la compétence des juridictions militaires aux civils.
[Link] les dispositions du CJM qui déclarent la compétence personnelle des
juridictions militaires sur les civils, n’auraient jamais dû recevoir application dans la
mesure où cette application avait comme conséquence de soustraire les civils du
bénéfice du principe du juge naturel, principe ayant valeur constitutionnelle, et
auquel les lois et les règlements demeurent soumis.
§2. COMPETENCE A L’EGARD DES MILITAIRES ET POLICIERS
133.L’article 156 de la Constitution du 18 février 2006 dispose comme suit :
« Les juridictions militaires connaissent des infractions commises par les membres des Forces
Armées et de la Police nationale.
En temps de guerre ou lorsque l’état de siège ou d’urgence est proclamé, le Président de la
République, par une décision délibérée en Conseil des ministres, peut suspendre sur tout ou
partie de la République et pour la durée et les infractions qu’il fixe, l’action répressive des
Cours et Tribunaux de droit commun au profit de celle des juridictions militaires. Cependant,
le droit d’appel ne peut être suspendu.
Une loi organique fixe les règles de compétence, d’organisation et de fonctionnement des
juridictions militaires ».
[Link] a entendu des réflexions à haute voix, selon lesquelles, les juridictions
militaires pouvaient juger les civils car la Constitution ne l’interdisait pas.
C’est perdre de vue qu’en matière judiciaire, la compétence est d’attribution ; elle ne
se présume pas. Elle doit être prévue par un texte pertinent. Si la compétence des
juridictions militaires sur les membres des FARDC et de la PNC peut et doit être
affirmée, c’est parce que la Constitution l’a ainsi décidé. Et si le Constituant voulait
que cette compétence s’exerce sur les civils, il l’aurait certainement et expressément
50
dit. S’il a pu le dire pour les militaires et les policiers, rien ne l’empêchait de le dire
pour les civils. S’il ne l’a pas dit, c’est parce que telle n’était pas sa volonté de voir les
juridictions militaires juger les civils.
[Link] telle règle de valeur constitutionnelle ne saurait être contredite,
contournée ou déviée par une disposition légale ou réglementaire. Depuis la
Constitution du 18 février 2006 telle que modifiée à ce jour, les juridictions militaires
n’ont aucune compétence sur les civils, et tous les jugements des civils par les juges
militaires sont autant des violations de la Constitution, et toutes les arrestations,
détentions et condamnations opérées dans le cadre de telles procédures, sont autant
d’arrestations, de détentions et de condamnations arbitraires, susceptibles à donner
lieu à réparation.
§3. SENS ET PORTEE DE L’ARTICLE 221 DE LA CONSTITUTION DU 18
FEVRIER 2006
[Link] disposition est ainsi formulée :
« Article 221
Pour autant qu’ils ne soient pas contraires à la présente Constitution, les textes
législatifs et réglementaires en vigueur restent maintenus jusqu’à leur abrogation ou
leur modification ».
Il s’agit d’une disposition transitoire très claire. Le Constituant était conscient que son
œuvre entraînerait des bouleversements considérables et qu’en attendant que de
nouvelles lois et de nouveaux règlements soient adoptés ou pris, il fallait veiller à la
continuité de l’Etat et au fonctionnement des institutions. Alors, dans sa sagesse et en
toute lucidité, il a disposé que les textes législatifs et réglementaires en vigueur, le
restaient jusqu’à leur abrogation ou leur modification, « pour autant qu’ils ne soient
pas contraires à la présente Constitution ».
137. Une interprétation a contrario autorise de dire que les dispositions contraires à
la Constitution ne devaient pas rester en vigueur ni attendre leur abrogation et
modification.
Tel est le cas des dispositions légales du CJM qui étendaient la compétence
personnelle des juridictions militaires aux civils, en violation de, ou contrairement à
l’article 156 de la Constitution.
138. Pour des raisons à ce jour impénétrables, les juridictions militaires, depuis le
18 février 2006, date de la promulgation de la Constitution, ont continué à exercer
leur compétence personnelle sur les civils, sur base des prétextes tirés de différentes
lois, dont par ailleurs tout juriste savait qu’elles ne pouvaient pas avoir pour objet ou
51
pour finalité de mettre en échec une disposition constitutionnelle, telle que les articles
19, 156 et 221.
139. En attendant, et à défaut d’une explication exhaustive, nous prenons à notre
compte cette réflexion de Jon KABAT-ZINN :
« L’un des grands drames de notre époque est de sous-estimer considérablement la capacité de
transformation de notre esprit. Notre manière, souvent dysfonctionnelle, de faire l’expérience
du monde perdure tant que nous ne faisons rien pour la transformer et que nous laissons nos
automatismes se maintenir, voire se renforcer, pensée après pensée, jour après jour, année
après année »42.
SECTION II. LE DROIT INTERNATIONAL DES DROITS DE L’HOMME ET LES
JURIDICTIONS MILITAIRES
§1er. LES NORMES DES NATIONS UNIES
140. En l’état actuel du Droit international des droits de l’homme, les juridictions
militaires sont négativement perçues. « La justice militaire continue de véhiculer
une image fondamentalement négative »43 ; notamment, il lui est reproché des
situations d’impunité et d’arbitraire lorsqu’elle est sollicitée. « Les tribunaux
militaires ne remplissent pas les critères d’indépendance et d’impartialité pour
assurer une administration de la justice qui soient conformes aux garanties
internationales du procès équitable »44. Et de manière plus générale,
l’incompatibilité de la justice militaire avec le Droit international des droits de
l’homme est affirmée45.
141. La RDC est restée en marge des réflexions menées dans le monde et
particulièrement dans le cadre du système des Nations Unies. Il ne peut plus en
être ainsi avec l’importance du contentieux des crimes contre la paix et la
sécurité de l’humanité, tel qu’il est traité par les juridictions nationales militaires.
Il s’agit de nous soumettre à d’autres normes, pratiques et recherches à travers le
monde pour « offrir un constat critique de la justice militaire, … compte tenu des
évolutions en cours du droit international, en procédant à une tentative
d’évaluation de la compatibilité de l’administration de la justice devant ces
tribunaux avec les critères du Droit international des droits de l’homme »50.
42 L’éveil des sens, Les Arènes, Paris, 2014, p. 9.
43 Elisabeth LAMBERT ABDELGAWAD, Introduction générale aux « Juridictions militaires et tribunaux
d’exception en mutation : perspectives comparées et internationale », UMR de droit comparé, Université Paris I
– CNRS, Paris, mai 2007, p. 5.
44 Claire CALLEJON, Les principes des Nations Unies sur l’administration de la justice par les tribunaux
militaires : pour une justice militaire conforme au droit international, in Droits fondamentaux, n° 6,
janvierdécembre 2006, [Link].
45 Voir Le rapport ECN 4/Sub 2/2002/4 de l’administration de la justice par les tribunaux militaires, Rapport
présenté par M. Louis JOINET suite à la décision 2001/103 de la Sous-Commission, Conseil des droits de
l’homme, 9. 7. 2002, Nations Unies. 50 Op. cit., p. 6.
52
142. Il est temps de procéder à l’évaluation de la législation et de la jurisprudence
congolaises au regard des exigences actuelles du Droit international des droits de
l’homme.
143. L’étude de Federico ANDREU-GUZMAN46, dont les travaux ont été salués par
Emmanuel DECAUX comme « des ouvrages tout à fait remarquables » 47, ainsi que le
« Projet de principes sur l’administration de la justice » qui porte la signature de ce
dernier, serviront de « fil conducteur logique pour évaluer la justice militaire »48.
A. HISTORIQUE DES NORMES DE DROIT INTERNATIONAL DES DROITS DE
L’HOMME
144. Les normes des Nations Unies sur les juridictions militaires sont «
fondamentalement le résultat des activités des organes de surveillance des
traités de droits de l’homme et des procédures spéciales du Conseil des droits de
l’homme »49.
I. Etude du Comité spécial sur le droit de ne pas être
arbitrairement détenu, prisonnier ou exilé (1962)
145. Dans le cadre de la préparation et de l’élaboration du Pacte international relatif
aux droits civils et politiques, entré en vigueur en 1966, un Comité spécial du Conseil des
droits de l’homme réalisa une étude (1962) sur le droit de tout individu à ne pas être
arbitrairement détenu, prisonnier ou exilé50.
146. Le Comité retint que seules les juridictions ordinaires et les juridictions
militaires, à l’exclusion des tribunaux spéciaux ou de Commissions extraordinaires,
à caractère temporaire, pouvaient juger certaines catégories ou certaines infractions51.
II. Rapport de Mohamed ABU RANNAT sur le droit à
l’égalité dans l’administration de la justice (1965)
147. En 1965, M. Mohammed ABU RANNAT, Rapporteur de la Sous-Commission de
la lutte contre les mesures discriminatoires et de la protection des minorités, aborda,
dans son étude sur le droit à l’égalité dans l’administration de la justice, plusieurs
questions dont nous relevons notamment les affirmations suivantes :
- Il doute de l’indépendance et de l’impartialité des tribunaux militaires
« étant donné qu’ils étaient composés par des officiers en service actif des forces
Armées, soumis aux principes de discipline, obéissance due et subordination
46 Federico ANDREU-GUZMAN, Les Tribunaux militaires et Juridictions d’exception dans le système onusien,
in « Juridictions militaires et tribunaux d’exception en mutation : perspectives comparées et internationale »,
UMR de droit comparé, Université Paris I – CNRS, Paris, mai 2007, p. 77.
47 Emmanuel DECAUX, in « Juridictions militaires et tribunaux d’exception en mutation : perspectives
comparées et internationale », op. cit., p. 111.
48 Op. cit., p. 110.
49 Federico ANDREU-GUZMAN, op. cit., p. 77.
50 Document des Nations Unies E/CN. 4/826/Rev. I.
51 Federico ANDREU-GUZMAN, op. cit., p. 77.
53
hiérarchique, qui caractérisent l’Armée et les juridictions militaires dans de nombreux
pays »52 ;
- Le jugement des civils par les juridictions militaires est en violation de l’article
14 (1) du PIDCP ;
- Les militaires jugés devant les juridictions militaires doivent bénéficier, tout
au moins en temps de paix, des garanties judiciaires énoncées à l’article 10 de
la
Déclaration universelle des droits de l’homme 53;
- Les militaires poursuivis pour infractions de droit commun doivent être
traduits devant les juridictions ordinaires54.
III. Rapport de Mme Nicole QUESTIAUX sur les droits de l’homme et les états
d’exception (1982)
148. En 1982, Mme Nicole QUESTIAUX, Rapporteur spécial sur les droits de l’homme et
les états d’exception de la Sous-Commission 55, affirma, dans ses travaux, que l’extension
du champ de compétence des tribunaux militaires, notamment pour juger des civils
et se substituer ainsi à la juridiction ordinaire, avait pour conséquence de saper le
principe de la séparation des pouvoirs publics et celui de subordonner les militaires
au pouvoir civil56.
IV. Rapport de M. Leandro DESPOUY sur un projet de Principes à suivre pour la
rédaction des textes légaux relatifs aux états d’exception (1991)
149. En 1991, le successeur de Mme Nicole QUESTIAUX, M. Leandro DESPOUY,
dans son projet de Principes à suivre pour la rédaction des textes légaux relatifs aux états
d’exception, formula le Principe 9 selon lequel les Etats devaient, même en temps
d’exception, restreindre la compétence des juridictions aux délits strictement
militaires57.
150. Le Comité des droits de l’homme a décidé que le Principe 9 était « un des
textes que les Etats parties au PIDCP devraient prendre dûment en considération
étant donné l’évolution du droit international en ce qui concerne les normes relatives
aux droits fondamentaux dans les situations d’urgence »58.
52 Document des Nations Unies E/CN. 4/826/Rev. I, p. 25.
53 Loc. cit.
54 Loc. cit.
55 Op. cit., p. 79 ; Document des Nations Unies E/CN. 4/Sub. 2/1982/15 du 27 juillet 1982.
56 Loc. cit. ; voir aussi Federico ANDREU-GUZMAN, op. cit., p. 79.
57 Document des Nations Unies E/CN. 4/Sub. 2/1991/28/Rev. I, du 21 novembre 1991, Annexe I.
58 Observation générale n° 29, Etats d’urgence (art. 4), Document des Nations Unies, CCPR/L/21/Rev. I/Add.
11 du 31 août 2001, §10 ; Federico ANDREU-GUZMAN, op. cit., p 79.
54
V. Rapport de deux Experts, S. CHERNICHENKO et W. TREAT sur
l’Ensemble de principes relatifs au droit à un procès impartial et à un
recours (1994)
151. En 1994, deux Experts, en l’occurrence Mrs S. CHERNICHENKO et W. TREAT,
travaillèrent, pour le compte de la Sous-Commission, sur le droit à un procès
impartial. Ils proposèrent un Ensemble de principes relatifs au droit à un procès impartial
et à un recours, dont nous relevons les principes suivants :
- Le principe 17 prohibe l’établissement de tribunaux n’employant pas les
procédures dûment établies conformément à la loi afin de priver les
juridictions ordinaires de leur compétence ;
- Le principe 19 dispose que tout tribunal doit être indépendant du Pouvoir
exécutif ;
- Le principe 44 dispose, à titre de règle générale, que les tribunaux militaires ne
devraient pas être compétents pour juger des civils, sauf dans des
circonstances exceptionnelles et pour certaines infractions préalablement
définies par la loi, telles que des délits commis par un civil dans un site
militaire59.
VI. Le projet de Principes sur l’administration
de la justice par les Tribunaux militaires
152. En 2000, un expert indépendant, en la personne de M. Louis JOINET, prit
l’initiative, dans le cadre de la Sous-Commission, de réaliser des études sur
l’administration de la justice par les tribunaux militaires. Son successeur, Emmanuel
DECAUX, poursuivit l’effort et l’ensemble de travaux a abouti à un projet de Principes
sur l’administration de la justice par les Tribunaux militaires, adopté par la
SousCommission de promotion et de protection des droits de l’homme, en août 2005.
153. Ce projet contient des principes qui constituent « le corps juridique le plus
complet élaboré aux Nations Unies sur la question des tribunaux militaires, lesquels
systématisent la doctrine et la jurisprudence onusienne sur cette question » 60. Il est
considéré et cité « comme document de référence par des cours et organes régionaux
de droits de l’homme »61.
154. Nous pouvons ainsi dire que le projet de Principes DECAUX est la
cristallisation la plus complète et la plus actuelle du Droit international des droits de
l’homme à l’égard des juridictions militaires. C’est au regard des Principes DECAUX
qu’une bonne évaluation de la justice militaire doit être effectuée.
B. LES INSTRUMENTS INTERNATIONAUX
59 Document des Nations Unies E/CN. 4/Sub. 2/1994/24 du 3 juin 1994 ; Federico ANDREU-GUZMAN, op.
cit., p. 80.
60 Federico ANDREU-GUZMAN, op. cit., p. 77.
61 Op. cit., p. 80.
55
155. Comme le relève Federico ANDREU-GUZMAN, de la Commission
internationale des juristes, aucune Convention ou traité des droits de l’homme n’est
consacré spécifiquement aux juridictions militaires62.
156. Cependant, des instruments internationaux existent, qui comportent des
normes ou règles internationales relatives aux juridictions militaires. Nous citerons
notamment :
- Les Principes relatifs à l’indépendance de la magistrature (1985) 63;
- La Déclaration sur la protection de toutes les personnes contre les disparitions
forcées (1992)64 ;
- L’Ensemble de principes actualisés pour la protection et la promotion des
droits de l’homme pour la lutte contre l’impunité (2001)65.
- Les Principes fondamentaux et directives concernant le droit à un recours et à
réparation des victimes de violations flagrantes du Droit international des droits
de l’homme et de violations graves du droit international humanitaire (2005)66 ;
I. Principes relatifs à l’indépendance de la magistrature (1985)
157. Au regard de la question des juridictions militaires, le Principe 5 appelle notre
attention, car il concerne le principe du juge naturel :
« Chacun a le droit d’être jugé par les juridictions ordinaires selon les procédures légales
établies. Il n’est pas créé de juridictions n’employant pas les procédures dûment établies
conformément à la loi afin de priver les juridictions ordinaires de leur compétence ».
158. On remarquera que ce Principe avait déjà été formulé par les deux Experts sur
le droit à un procès impartial, Ms. S. CHERNICHENKO et W. TREAT dans leur
Principe
17.
159. Le principe du juge naturel est affirmé tant par les jurisprudences nationales
qu’internationales67. La CDI, pendant qu’elle élaborait le Projet de Code de crimes contre
la paix et la sécurité de l’humanité, n’a pas manqué de relever que « sur le plan
national, les tribunaux spéciaux étaient essentiellement des instruments utilisés par
des régimes despotiques »68, les juridictions militaires étant ainsi comprises comme
des juridictions spéciales ou d’exception.
62 Op. cit., pp. 80-81.
63 Adopté par le 7ème Congrès des Nations Unies pour la prévention du crime et le traitement des délinquants,
Milan, 26 août – 6 septembre 1985. AGNU, Résolutions 40/32 du 29 novembre 1985 et 40/146 du 13 décembre
1985.
64 AGNU, Rés. 47/133 du 18 décembre 1992.
65 Document des Nations Unies E/CN. 4/2005/1à2/Add. I du 8 février 2001.
66 AGNU, Rés. 60/147 du 14 décembre 2005.
67 Voir Notes 76 et 77, p. 82.
68 Voir Note 78.
56
160. De même, le TPIY a eu à rappeler que le principe du juge naturel était «
d’éviter la création des juridictions extraordinaires ou spéciales conçues pour juger
des crimes politiques en des temps de perturbation sociale sans la garantie d’un
procès juste et équitable »69.
II. Déclaration sur la protection de toutes personnes contre les disparitions
forcées (1992)
161. En son article 16. 2, la Déclaration dispose que les auteurs présumés d’un crime
de disparition forcée « ne peuvent être jugées que par les juridictions de droit
commun compétentes, dans chaque Etat, à l’exclusion de toute autre juridiction
spéciale, notamment militaire ».
162. Rappelons que le crime de disparition forcée est un des crimes composant le
crime contre l’humanité (art. 7, 1, i) du Statut de Rome). Sa gravité ayant justifié qu’il
soit soustrait à la compétence des juridictions militaires, la même logique justifie qu’à
fortiori, le crime contre l’humanité ne puisse pas relever de la compétence de la
juridiction militaire, compte tenu de sa plus grande gravité.
III. Ensemble de principes actualisés pour la protection et la promotion des droits
de l’homme pour la lutte contre l’impunité (2001)70 163. La question est abordée par
les Principes 22 et 29.
a) Le Principe 22
164. Aux termes du Principe 22,
« les Etats devraient adopter et appliquer des garanties contre toute déviation des règles telles
que celles qui ont trait :
- A la prescription ;
- A l’amnistie ;
- Au droit d’asile ;
- Au refus d’extradition ;
- Au principe de non bis in idem ;
- A l’obéissance due ;
- Aux immunités officielles ;
- Aux législations sur les repentis ;
- A la compétence des juridictions militaires ;
- A l’inamovibilité de juge de nature à favoriser l’impunité ou à y contribuer».
69 Affaire TADIC, Ordonnance du 2 octobre 19ç5, §62.S
70 Document des Nations Unies E/CN. 4/2005/102/Add. I, du 8 février 2005.
57
165. En effet, le principe de droit international aujourd’hui établi en matière de
prescription est que les crimes contre la paix et la sécurité de l’humanité sont
imprescriptibles71.
166. De même, l’amnistie, généralement accordée pour l’effacement du caractère
délictueux de l’acte, est considérée, en droit international, comme un
manquement par l’Etat, à ses engagements dans la lutte contre l’impunité,
lorsqu’il s’agit des crimes graves tels que les crimes contre la paix et la sécurité
de l’humanité72.
167. Le droit d’asile est traditionnel en droit international et la non-extradition du
délinquant en est le corollaire.
168. Cependant,
« face à la montée des périls et au surgissement du terrorisme organisé, efficace, armé et
mettant sérieusement en danger les systèmes et les régimes, de nombreux projets et
instruments internationaux ont affirmé le devoir de l’extradition inconditionnelle des
coupables du terrorisme »73.
169. Ce devoir devient d’autant plus impérieux que le terrorisme ne se limite plus à
viser les régimes politiques, mais est devenu à la fois radical, aveugle et barbare,
frappant massivement des populations innocentes et faisant de nombreuses
victimes innocentes, comme le montrent les activités de BOKO HARAM au
Nigéria et dans les autres pays du Sahel et de l’Afrique centrale, ou celles du
DAECH en Irak, en Syrie, en Egypte, en France, en Angleterre, en Allemagne, en
Belgique et dans le reste du monde.
170. Aujourd’hui, le droit d’asile est une règle importante du Droit international des
droits de l’homme, mais ne saurait couvrir ou justifier la non-extradition des
terroristes, sous quelque prétexte que ce soit. Les actes terroristes sont dépolitisés
et doivent donner lieu aux poursuites par l’Etat ou alors à l’extradition vers un
autre Etat intéressé74.
171. Toujours à propos de l’extradition, il faut relever qu’avec la compétence
universelle consacrée par les Conventions de Genève de 1949, aucun Etat n’a le
droit de la refuser pour les infractions graves pour lesquelles il ne peut pas lui-
même assurer les poursuites et le jugement.
71 Article 29 du Statut de Rome ; Règle 160, Liste des règles coutumières de droit humanitaire, C.I.C.R., 200( en
anglais et 2006 en français, Bruxelles, Bruylant, 2006. Voir aussi Code de droit international humanitaire,
2016 ; Bruylant, pp. 10-20 ; Convention des Nations Unies sur l’imprescriptibilité des crimes contre la paix et la
sécurité de l’humanité.
72 Laura M. OLSON, Réveiller le dragon qui dort ? Questions de justice transitionnelle : répression pénale ou
amnistie ?, in Revue internationale de la Croix-Rouge, Sélection française 2006, 125-146.
73 NYABIRUNGU mwene SONGA, Traité du droit pénal général congolais, PUA, Kinshasa, 2007, p. 132.
74 Voir Convention de Genève du 16 novembre 1937 ; Convention sur la prévention et la répression des
infractions contre les personnes jouissant d’une protection internationale, y compris les agents diplomatiques
(Annexée à la Rés. de l’AGNU du 14 déc. 1973. 80 Voir p. 83.
58
178. De même, le principe de Non bis in idem ne doit pas être dévié de son sens et
permettre à un Etat de refuser l’extradition de l’auteur des crimes contre la paix et la
sécurité de l’humanité, alors que, manifestement, le jugement a été rendu par
complaisance, n’a pas respecté les garanties judiciaires fondamentales, bref, a été
inéquitable.
179. Quant à l’obéissance due, elle est incompatible avec le principe posé par
l’article 33 du Statut de Rome qui dispose que l’ordre de commettre les crimes contre
la paix et la sécurité de l’humanité est illégal.
b) Le Principe 29
180. Le Principe est ainsi formulé :
« La compétence des tribunaux militaires doit être limitée aux seules infractions
spécifiquement militaires commises par des militaires, à l’exclusion des violations des droits
de l’homme qui relèvent de la compétence des juridictions ordinaires internes ou, le cas
échéant, s’agissant des crimes graves selon le droit international, d’une juridiction pénale
internationale ou internationalisée»80.
181. L’Ensemble de principes a fait l’objet d’une recommandation de la Commission
des Droits de l’Homme invitant les Etats à en tenir compte dans leur lutte contre
l’impunité75.
IV. Principes fondamentaux et directives concernant le droit à un recours et à
réparation des victimes de violations flagrantes du Droit international des droits
de l’homme et de violations graves du droit international humanitaire (2005)
182. Le Principe 23, b) stipule que les Etats doivent veiller à ce que toutes les
procédures civiles et militaires soient conformes aux normes internationales en
matière de régularité de la procédure, d’équité et d’impartialité.
C. LA PRATIQUE DES ORGANES POLITIQUES DES NATIONS UNIES
183. Deux organes politiques des Nations Unies, tels que l’AGNU et le Conseil des
droits de l’homme, se sont intéressés à la question des juridictions militaires.
I. L’Assemblée générale des Nations Unies
a) Cas du Chili
184. Dans une Résolution consacrée au Chili en 198476, l’AGNU s’est prononcée sur
le jugement des civils par les juridictions militaires, et a exprimé sa préoccupation
pour l’extension de la justice militaire.
185. La même préoccupation, face à la situation du Chili, fut exprimée en 1986 et,
dans sa Résolution, l’AGNU demanda notamment aux autorités chiliennes « de
75 Rés. 2005/81 du 21 avril 2005.
76 Résolution 39/121 « Situation des droits de l’homme au Chili », AGNU, le 14 décembre 1984, §3.
59
rétablir la juridiction des tribunaux civils dans les affaires de leur compétence et qui
ont été déférées aux tribunaux militaires »77. Cette demande fut réitérée en 198778.
b) Le cas de la République démocratique du Congo
186. L’Assemblée générale des Nations Unies a eu, en 1999, à formuler des
résolutions à propos du jugement des civils par les tribunaux militaires79.
Dans les mêmes Résolutions, l’AGNU exhortait le gouvernement « à honorer son
engagement de réformer et de rétablir le système judiciaire et, en particulier, de
réformer la justice militaire en conformité avec les dispositions du PIDCP »80.
c) Cas du Nigeria
187. Plusieurs membres du Mouvement pour la survie du Peuple Ogoni (MOSOP)
avaient été jugés par un tribunal composé de deux magistrats et un officier de
l’Armée. Suite à une mission d’enquête du Secrétaire général des NU, celle-ci avait
conclu que la
« composition du tribunal spécial n’est pas adaptée au critère d’impartialité et d’indépendance
qui est établi dans la législation en vigueur en matière de droits de l’homme à savoir, le petit
d) du paragraphe 1) de l’article 7 et l’article 26 de la Charte africaine des droits de l’homme et
des peuples, ainsi que le paragraphe 1 de l’article 14 du Pacte international relatif aux droits
civils et politiques. La mission considère que le fait qu’un officier de l’Armée était membre du
tribunal est contraire à ces dispositions »81.
188. L’Assemblée générale avait demandé au gouvernement nigérian
« d’appliquer pleinement les recommandations de la mission, dont celle «de déroger à la
législation instituant les tribunaux spéciaux ainsi qu’aux dispositions permettant la
nomination d’officiers de l’Armée dans les tribunaux, et le transfert des délits prévus par la
Loi relative aux troubles civils à la compétence de la juridiction pénale ordinaire »82.
189. Sans attendre les conclusions définitives de la présente étude, on peut déjà
comprendre le sort à réserver aux juridictions militaires congolaises lorsqu’avec
une composition exclusivement militaire, elles jugent des civils. Si
l’indépendance et l’impartialité du tribunal sont, selon la jurisprudence de
l’AGNU, compromises par la présence d’un seul officier dans la composition, à
plus forte raison le seront-elles face à une composition exclusivement et
totalement militaire. II. Conseil des droits de l’homme
77 Résolution 41/161, AGNU, 4 décembre 1986, §2.
78 Résolution 42/147, AGNU, 7 décembre 1987, §10 (h).
79 Résolution 54/179 « Situation des droits de l’homme en RDC » du 17 décembre 1999, §3 (iii) ; Résolution
AGNU 55/117.
80 Voir notamment la Résolution 56/173, « Situation des droits de l’homme dans la RDC », du 19 décembre
2001, §§2 (V) et 3 (b).
81 Documents des NU A/50/960, du 28 mai 1996, §55.
82 Résolution 52/144 de l’AGNU, « Situation des droits de l’homme au Nigeria », du 12 décembre 1997, §3 (f) ;
Document des NU, A/50/960 du 28 mai 1996, §55.
60
190. Il faut distinguer deux types de résolutions :
- Les résolutions à caractère général, et -
Les résolutions spécifiques aux pays.
a) Résolutions à caractère général
191. Trois résolutions peuvent être signalées :
1) La Résolution 1989/32
192. La Résolution 1989/32 recommande aux Etats de tenir compte des principes
énumérés dans le Projet de Déclaration sur l’indépendance de la Justice, Déclaration
SINGHVI, du nom du Rapporteur spécial de la Sous-Commission.
193. Trois principes, inscrits dans cette Déclaration à l’article 5, paraissent essentiels :
Article 5, b
« Il n’est établi aucun tribunal d’exception pour connaitre des affaires relevant
normalement de la compétence des tribunaux ordinaires ».
Article 5, e
« En cas de danger public exceptionnel, l’Etat veille à ce que les civils accusés d’une
infraction pénale, quelle qu’en soit la nature, soient jugés par les tribunaux civils ».
Article 5, f
« La compétence des tribunaux militaires se limite aux infractions d’ordre militaire. Il
existe toujours un droit d’appel de leurs jugements devant une cour d’appel ou une
instance compétente en vertu de la loi, ou une voie de recours en annulation ». 2) La
Résolution 1993/67
194. Intitulée « Forces de civils », elle dispose que « les délits qui impliquent des
violations des droits de l’homme par ces forces seront soumis à la juridiction des
tribunaux civils ».
3) La Résolution 2002/37 du 22 avril 2002
195. Intitulée « Intégrité de l’appareil judiciaire », elle dispose que :
- « chacun a le droit d’être jugé par les tribunaux de droit commun, c’est-à-dire des
tribunaux appliquant des procédures dûment établies et que des tribunaux d’exception
ne doivent pas être instituées pour se substituer à la juridiction des tribunaux de
droit commun ou judiciaires » ;
- les Etats qui ont institué des tribunaux militaires pour juger les auteurs
d’infractions pénales veillent à ce que ces tribunaux fassent partie intégrante
de l’appareil judiciaire normal et appliquent des procédures dûment établies83.
83 Les Résolutions 2003/39 et 2005/30 vont dans le même sens.
61
b) Résolutions spécifiques à des pays
1) Pour la Guinée Equatoriale
196. Dans ses Résolutions 1992/79, 1993/69 et 1999/67, le Conseil des droits de l’homme a
demandé à la Guinée équatoriale :
- L’abolition de la pratique consistant à faire juger des civils par des juridictions
militaires ;
- La limitation du champ de compétence des juridictions militaires.
2) Pour la République démocratique du Congo
197. Dans ses Résolutions 1998/61 et 2001/19, le Conseil des droits de l’homme :
- A exprimé ses préoccupations relativement au jugement des civils par les
tribunaux militaires ;
- A demandé la réforme de la juridiction militaire ;
- A exhorté le gouvernement congolais à rétablir la juridiction ordinaire ;
- A exhorté à abolir définitivement la pratique du jugement de civils par des
tribunaux militaires.
D. AUTRES PRATIQUES DES NATIONS UNIES
198. Federico ANDREU-GUZMAN84 visite les missions et bureaux sur le terrain des
Nations Unies, et relève les activités :
- De la division des droits de l’homme de la Mission d’Observation des Nations
Unies en El Salvador (ONUSAL)85 ;
- De la Mission des Nations Unies pour la vérification des droits de l’homme et
du respect des engagements pris aux termes de l’Accord général relatif aux
droits de l’homme au Guatemala (MINUGUA) 86;
- De l’opération de terrain pour les droits de l’homme au Rwanda du
HautCommissaire des Nations87 ;
- Du Bureau en Colombie du Haut-Commissaire des Nations Unies aux droits
de l’homme (OFFACONU)94.
199. Tous ces documents abordent la question de juridictions militaires pour conclure
notamment à l’affirmation des principes suivants :
1. La limitation de la compétence des juridictions militaires à des infractions
spécifiquement militaires commises par des militaires (Guatemala, 1995) ;
84 Op. cit., pp. 86-88.
85 Onzième rapport du Directeur de la Division des droits de l’homme, Document des Nations Unies A/49/281
S/1994/886 du 28 juillet 1994, §§111 et 130.
86 Document des NU, A/50/878 du 24 mars 1996, §168.
87 Document des NU, A/52/486 du 16 octobre 1987, du 9 mars 1987, §§66-68.
94
Document des NU E/CN. 4/1998/16 du 9 mars 1998, §7.
62
2. L’exclusion du champ de compétence des tribunaux militaires le jugement de
militaires auteurs de graves violations des droits de l’homme (Rwanda, 1987) ;
3. La nécessité de déférer devant la justice ordinaire les militaires suspects dans
la violation des droits de l’homme (El Salvador, 1994) ;
4. La participation de membres de l’Armée dans le jugement des infractions non
spécifiquement militaires porte atteinte tant au procès juste et équitable qu’au devoir
de l’Etat d’enquêter et de sanctionner ces infractions (Guatemala, 1995) ;
5. L’impunité est renforcée lorsqu’une grande partie des actions pour violations
des droits fondamentaux et crimes de guerre dans lesquelles des membres des forces
publiques en service actif sont impliqués ont été renvoyées à la juridiction pénale
militaire (Colombie, 1998) ;
6. Retrait des délits constituant de graves violations des droits de l’homme de la
compétence des juridictions militaires (Colombie, 1998) ;
7. La procédure suivie par les juridictions militaires et les policiers est contraire
aux dispositions de l’article 14 du Pacte international relatif aux droits civils des peuples,
dans la mesure où elle porte atteinte au principe de l’indépendance et de
l’impartialité des autorités judiciaires puisque l’accusé est jugé par ses supérieurs
hiérarchiques et qu’il n’existe aucune séparation entre les fonctions de
commandement et la fonction du juge (Colombie, 1998).
E. TEXTES ET DECLARATIONS DES EXPERTS ET ACADEMICIENS
200. Il ne s’agit pas d’instruments internationaux des Nations Unies. Néanmoins, ils
ont une grande autorité, sont cités notamment dans les procédures spéciales du
Conseil des droits de l’homme et, dans certains cas, les organes politiques des
Nations Unies en prennent acte et recommandent aux Etats de les mettre en
œuvre.
201. Nous citerons :
- Les principes de Syracuse relatifs aux dispositions limitatives et dérogations
au PIDCP, de 1984 ;
- Les critères minima des normes relatives aux droits de l’homme dans les états
d’exception, de 1984 ;
- Les Principes de Johannesburg relatifs à la sécurité nationale, à la liberté
d’expression et à l’accès à l’information88.
§2. POSITION DES ORGANES DES TRAITES ET DES PROCEDURES SPECIALES
202. D’après les organes des Traités et les procédures spéciales du Conseil des droits
de l’homme, les juridictions militaires ne sont pas interdites en soi (per se), et l’article 14
du PIDCP, en ce qu’il exige que toute personne accusée soit entendue et jugée par un
tribunal compétent, indépendant et impartial, leur est applicable.
88 Pour plus de détail, voir Federico ANDREU-GUZMAN, op. cit., pp. 88-89.
63
203. La jurisprudence des organes de surveillance et les procédures spéciales ont
développé « une importante jurisprudence sur le champ de compétence matérielle et
personnelle des juridictions militaires, autour des questions suivantes :
- Le jugement des civils par les tribunaux militaires ;
- Le jugement des militaires auteurs de graves violations des droits de l’homme
par des tribunaux militaires ;
- Le champ de compétence des juridictions militaires.
A. LE JUGEMENT DES CIVILS PAR LES JURIDICTIONS MILITAIRES
(Compétence personnelle)
204. Les juridictions militaires sont considérées comme n’étant pas de nature à
assurer un procès équitable aux civils, par manque d’indépendance et d’impartialité.
205. Le Comité des droits de l’homme, à la lumière de son Observation générale n° 13,
a relevé « l’incompatibilité de la compétence donnée à des tribunaux militaires pour
juger des civils avec une administration de la justice équitable, impartiale et
indépendante »89.
206. La République démocratique du Congo a été bénéficiaire des
recommandations du Comité qui lui a demandé de « prendre les dispositions
nécessaires pour que les juridictions militaires se cantonnent à juger uniquement des
militaires, pour les infractions militaires et en accord avec les dispositions
internationales applicables en la matière »90.
207. Le Comité des droits de l’homme a recommandé à la RDC de ne plus jamais
faire juger un enfant, civil ou militaire, par les tribunaux militaires, surtout que ceux-
ci n’offrent pas les protections judiciaires prévues au niveau international, telles que
le droit d’interjeter appel91.
208. Le Comité contre la torture recommande de « réglementer le fonctionnement
des tribunaux militaires de manière qu’ils ne puissent pas juger des civils et que leur
compétence soit restreinte aux délits militaires, en adoptant à cette fin des
modifications juridiques et constitutionnelles voulues » 92. Le même Comité insiste
pour souligner « une fois encore que l’Etat devrait transférer aux juridictions civiles
la compétence dévolue actuellement aux juridictions militaires dans toutes les
matières qui concernent des civils »93.
209. Les procédures spéciales ont examiné la question du jugement des civils par les
tribunaux militaires. Ainsi, le Rapporteur spécial sur l’indépendance des juges et des
avocats s’est prononcé contre le jugement des civils par les juridictions militaires,
89 Document des Nations Unies, « Observations finales : Pérou », du 15 novembre 2000, §12.
90 Document des Nations Unies CAT/DRC/CO/1, du 1er avril 2006, §9.
91 Document des Nations Unies CRC/15/Add. 153 du 09 juillet 2001, §§74-75.
92 Document des Nations Unies A/50/44, du 26 juillet 1995, §73.
93 Document des Nations Unies A/55/44, du 11 novembre 1999, §62.
64
notamment en RDC et conclut à « un consensus qui se dégage en droit international
quant à la nécessité de limiter cette pratique radicalement, ou même l’abolir »94.
210. L’état de consensus ainsi défini se vérifie dans d’autres procédures spéciales et
dans le Groupe de travail sur la détention arbitraire, qui « a considéré que la privation
de liberté de civils suite à une procédure ou à une condamnation d’un tribunal
militaire constituait une forme de détention arbitraire, étant donné qu’il y a violation
au droit à être jugé par un tribunal indépendant et impartial et à un procès juste et
équitable »102. 211. En 1999, le même Groupe de travail résumait ainsi sa position :
« si une forme quelconque de justice militaire devait subsister, elle devrait, en tout état de
cause, être soumise à quatre règles :
a) Incompétence pour juger des civils ;
b) Incompétence pour juger des militaires s’il y a des civils parmi les victimes ;
c) Incompétence pour juger des civils ou les militaires impliqués dans des affaires de
rébellion, de sédition ou dans tout fait de nature à porter atteinte ou risquer de porter
atteinte à un régime démocratique ;
d) Interdiction de prononcer la peine de mort en quelque circonstance que ce soit »95.
212. La position du Rapporteur spécial sur les Exécutions extrajudiciaires va dans le
même sens et se résume comme suit :
«Les tribunaux militaires ne réunissaient pas les caractéristiques d’indépendance requises
pour une bonne administration de la justice, en raison notamment du fait qu’ils sont intégrés
par des officiers militaires en service actif et soumis au principe d’obéissance hiérarchique de
l’Armée »96.
213. Les Rapporteurs spéciaux, y compris le Rapporteur spécial pour la RDC 97 ont,
à plusieurs reprises, recommandé aux pays concernés de modifier leur législation
afin de l’adapter à cette tendance dominante de droit international qui veut qu’à
défaut d’être abolis, les tribunaux militaires ne jugent jamais les civils.
214. Cette tendance est aujourd’hui cristallisée dans le Principe 5 du Projet de
principes sur l’administration de la justice par les tribunaux militaires : « Les juridictions
militaires doivent, par principe, être incompétentes pour juger des civils. En toutes
circonstances, l’Etat veille à ce que les civils accusés d’une infraction pénale, quelle
qu’en soit la nature, soient jugés par les tribunaux civils »98.
B. LE JUGEMENT DES MILITAIRES POUR VIOLATIONS GRAVES DE DROITS
DE L’HOMME (Compétence matérielle)
94 Document des Nations Unies E/CN/4/1998/39/Add. I, du 19 février 1998, §78. 102
Voir Federico ANDREU-GUZMAN, op. cit., p. 101.
95 Loc. cit.
96 Document des Nations Unies, E/CN. 4/1984/29.
97 Document des Nations Unies, E/CN .4/2006/58, du 13 janvier 2006.
98 Loc. cit.
65
215. Le jugement des militaires, auteurs de violations graves de droit de l’homme
et des crimes contre la paix et la sécurité de l’humanité, fait aujourd’hui l’objet d’un
rejet unanime, pour plusieurs raisons que nous exposons comme suit :
- Une source d’impunité ;
- Mise en cause du droit de recours utile ;
- Mise en cause du procès équitable ;
- Mise en cause du droit à la protection de la loi.
I. Une source d’impunité
216. Le Comité des droits de l’homme a affirmé, à plusieurs reprises, que l’exercice
de la compétence des juridictions militaires sur les militaires qui ont commis des
violations graves des droits de l’homme constitutives des crimes contre la paix et la
sécurité de l’humanité contribuait à l’impunité. « Les tribunaux militaires ne semblent
pas être les instances les plus appropriées pour la protection des citoyens dans une
situation où les militaires eux-mêmes violent ces droits »99.
217. Le Rapporteur spécial sur les Exécutions extra-judiciaires a considéré que le
jugement des militaires par des militaires pour violations graves des droits de
l’homme « était un des plus grands facteurs d’impunité » 100. L’intérêt et la raison
d’être des « Principes DECAUX » résident dans le fait qu’avant leur élaboration, il
n’existait pas de normes internationales, à valeur contraignante ou déclarative, pour
servir de rempart à l’impunité et à l’arbitraire « qui ont, hélas, trop souvent été
observés au cours de procès portés devant ces juridictions » 101. Bien plus, « les
membres des forces de sécurité échappent à tout châtiment du fait d’une mauvaise
conception de la notion d’esprit de corps »102.
218. Le Groupe de travail sur les disparitions forcées a compté les juridictions militaires
parmi les principaux facteurs d’impunité103.
II. Mise en cause du droit au recours préalable
219. Dans des législations qui ne prévoient pas la possibilité de se constituer partie
civile, les victimes et leurs familles n’ont aucune possibilité d’obtenir réparation.
220. En outre, on peut signaler les dispositions qui veulent que les décisions
rendues par les tribunaux militaires opérationnels ne puissent faire l’objet d’aucun
recours, en violation de l’article 2, 3, a) du Pacte international relatif aux droits civils et
politiques, qui dispose :
« 3. Les Etats parties au présent Pacte s’engagent à:
99 Observations finales du Comité des droits de l’homme : Colombie, Document des NU CCPR/79/Add. 2, du
25 septembre 1992, §5.
100 Document des Nations Unies E/CN. 4/1995/61, §402.
101 Claire CALLEJON, loc. cit.
102 Document des Nations Unies E/CN. 4/1991/20, §408.
103 Document des Nations Unies E/CN. 4/1995/36, §54.
66
a) Garantir que toute personne dont les droits et libertés reconnus dans le présent Pacte
auront été violés disposera d’un recours utile, alors même que la violation aurait été commise
par des personnes agissant dans l’exercice de leurs fonctions officielles ».
221. Tel est le cas du Code judiciaire militaire congolais de 2002 qui, en son article
276, dispose que les arrêts rendus par les Cours militaires opérationnelles ne sont
susceptibles ni d’opposition ni d’appel.
222. Non seulement cette disposition est une violation de l’article 2, 3, a) du PIDCP,
mais aussi de l’article 61 de la Constitution de la RDC, qui fait figurer le droit au
recours parmi les « droits et principes fondamentaux » auxquels il ne peut être porté
atteinte « en aucun cas ».
III. Mise en cause du procès équitable
223. Le Comité des droits de l’homme, au regard de la composition des juridictions
militaires dans plusieurs pays, a considéré que les juridictions militaires ne
réunissaient pas les conditions prévues par l’article 14 du Pacte relatif aux droits
civils et politiques, dans la mesure où y siégeaient comme juges des officiers de
l’Armée et de la Police en service actif104 .
224. Le Rapporteur spécial sur les Exécutions extra-judiciaires relève que les juridictions
militaires qui jugent les militaires et les policiers pour violations graves des droits de
l’homme et du droit international humanitaire « ne répondent pas aux critères
internationaux d’impartialité, indépendance et compétence des juges »105.
225. L’Experte indépendante pour le Guatemala est d’avis que le jugement des
militaires pour violations graves des droits de l’homme par les tribunaux militaires
est contraire au Pacte international relatif aux droits civils et politiques, en son article 14.
IV. Mise en cause du droit à la protection de la loi
226. Le jugement des militaires poursuivis pour violations graves des droits de
l’homme constitutives des crimes contre la paix et la sécurité de l’humanité est une
atteinte au droit à la protection de la loi, tel qu’il est défini par l’article 26 du Pacte
international relatif aux droits civils et politiques.
C. UNE SOLUTION CONSENSUELLE
227. Au niveau des organes de surveillance des traités et des procédures spéciales
du Conseil des droits de l’homme, la solution consensuelle est que, lorsqu’il s’agit de
juger les violations graves des droits de l’homme commises par des militaires et des
policiers, la compétence des tribunaux militaires est incompatible avec les exigences
d’un procès équitable, tel qu’elles sont définies par l’article 14 du Pacte international
des droits civils et politiques.
104 Document des Nations Unies E/CN. 4/2000/3, §89 ; Document des Nations Unies E/CN. 4/2001/9, §62.
105 Document des Nations Unies E/CN. 4/2000/3, §89 ; E/CN .4/2000, §62.
67
228. En conséquence, la compétence des juridictions militaires doit être limitée aux
infractions strictement militaires commises par le personnel militaire106.
229. Les crimes de droit commun et les violations graves des droits de l’homme
commis par des militaires et des policiers doivent être exclus du champ de
compétence matérielle des juridictions militaires.
230. Finalement, pour le Conseil des droits de l’homme, la compétence matérielle des
juridictions militaires devra consister en des infractions disciplinaires des militaires
et des policiers115.
§3. LA COMMISSION AFRICAINE DES DROITS DE L’HOMME ET DES PEUPLES
231. La Commission africaine des Droits de l’Homme et des Peuples, a proclamé les
Directives et principes sur le droit a un procès équitable et à l’assistance judiciaire
en Afrique, et au point 1, 4, e), il est disposé comme suit : « Les tribunaux militaires ou
autres juridictions spéciales n’employant pas les procédures dûment établies conformément à
la loi ne doivent pas être crées dans le but de priver les juridictions ordinaires de leur
compétence ».
SECTION III. RECOMMANDATIONS
232. La présente section voudrait servir de cadre à toutes les recommandations
utiles dans le sens de réviser la Constitution et les autres lois de la République
démocratique du Congo afin de les rendre conformes à l’état actuel du Droit
international des droits de l’homme.
233. Réviser la Constitution ou les lois vise aussi bien les hypothèses proprement
dites d’amendement de textes que celles d’abrogation.
§1er. RECOMMANDATIONS EN RAPPORT AVEC LA CONSTITUTION
1. Recommander au Parlement que l’article 156, alinéa 1 er, soit abrogé ou alors
amendé dans le sens de soustraire à la compétence matérielle des juridictions
militaires la poursuite et le jugement des militaires et des policiers pour
violations graves des droits de l’homme, et plus particulièrement, pour les
crimes contre la paix et la sécurité de l’humanité.
2. Recommander au Parlement l’abrogation de l’article 156, alinéa 2, de façon à
exclure que, même en temps de guerre ou en cas d’état de siège ou d’urgence,
la compétence des juridictions militaires ne s’étendent jamais aux civils.
106 Les observations du Comité des droits de l’homme à l’Ouzbékistan (CCPR/CO/71/UZB, du 26 avril 2001,
§15) ; Egypte (CCPR/C/79/Add. 23, du 9 août 1993) et le Chili (CCPR/C/79/Add. 104, du 30 mars 1999, §9). 115
Voir Federico ANDREU-GUZMAN, op. cit., p. 107.
68
3. Dans le sens de renforcer le principe du droit au juge naturel, recommander
au Parlement de constitutionnaliser plus clairement ce principe en proclamant
que le juge naturel des civils c’est le juge civil, et que toute infraction de droit
commun relève d’une juridiction civile.
§2. RECOMMANDATIONS EN RAPPORT AVEC LES TEXTES LEGISLATIFS
234. Pour rendre le Code judiciaire militaire conforme aux exigences actuelles d’un
procès équitable, les articles suivants devront être abolis ou à tout le moins
amendés :
108, 109, 111, 112 et 115.
235. En conséquence :
1. Recommander au Parlement congolais d’abroger les dispositions ci-dessus
mentionnées ou à tout le moins les clarifier et les rendre conformes à l’état
actuel du Droit international des droits de l’homme.
2. Recommander au Gouvernement de la RDC de prendre en compte toutes les
recommandations des Nations Unies en vue de réformer la justice militaire,
pendant tout le temps qu’elle existera, afin de réunir toutes les conditions d’un
procès équitable à l’égard exclusivement des militaires et des policiers, et pour
les infractions spécifiques de fonction.
3. Recommander au législateur l’insertion des juges civils dans la composition
des juridictions militaires, tant que celles-ci existent.
4. Recommander au Pouvoir judiciaire de diffuser l’état du Droit international des
droits de l’homme auprès des juridictions tant civiles que militaires par des
notes circulaires et autres instructions pertinentes.
5. Dans l’attente d’une réforme judiciaire conforme à tous égards à l’état actuel
du Droit international des droits de l’homme, recommander au Gouvernement et
au Pouvoir judiciaire, chacun en ce qui le concerne, de relever les dispositions
constitutionnelles aujourd’hui inappliquées, d’enjoindre aux Parquets de
respecter la volonté du Constituant, et d’en appeler aux juridictions d’avoir
une interprétation conforme à cette même volonté.
6. Recommander au Législateur d’amender l’article 91 de la loi organique
portant organisation et fonctionnement des juridictions de l’ordre judiciaire
afin que, sous aucun prétexte, les juridictions militaires ne puissent se déclarer
compétentes à l’égard des civils, lorsqu’il s’agit des crimes contre la paix et la
sécurité de l’humanité.
69
§3. RECOMMANDATION EN RAPPORT AVEC L’INTITULE DE L’ETUDE
236. Recommander au PNUD, dans l’éventualité de la publication de la présente
Etude, de lui donner le titre suivant : COMPETENCE JUDICIAIRE A L’EGARD DES
CRIMES CONTRE LA PAIX ET LA SECURITE DE L’HUMANITE.
CONCLUSION
237. L’étude approfondie de la compétence judiciaire partagée entre les juridictions
militaires et les juridictions civiles en matière de crimes contre la paix et la sécurité de
l’humanité, montre, en fin de compte, que le chemin à emprunter pour arriver à une
justice équitable et impartiale va de la compétence judiciaire exclusive des
juridictions militaires vers la compétence exclusive des juridictions civiles.
238. Certes, comme tout chemin, il peut être bien ou mal tracé, plein de risques ou
de dangers, marqué par des obstacles ou des raccourcis, impliquant des moments de
pause plus ou moins longs et des appels au secours ou à la solidarité. Cependant,
toute nation moderne, tout Etat de droit ou en marche vers celui –ci n’aura d’autre
choix que de l’emprunter, car c’est le seul chemin pour arriver à destination « sans
précipitation inconsidérée ni atermoiements funestes ».
239. Il y en a qui, en entendant le mot « destination », pensent à un espace et à un
temps très éloignés. Mais, en réalité, la « destination » c’est ici et maintenant. C’est ici
en République démocratique du Congo, et c’est maintenant que notre intelligence,
notre force, notre corps, notre cœur et notre esprit doivent s’engager dans cette
entreprise du renouvellement de notre système judiciaire, de son ancrage dans l’Etat
de droit pour un Congo toujours plus beau qu'avant.
BIBLIOGRAPHIE
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12. BOISSON de CHAZOURNES L., QUEGUINER J-Fr.s et VILLALPANDO S.,
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l’AGNU du 14 déc. 1973.
18. Convention des Nations Unies sur l’imprescriptibilité des crimes contre la paix
et la sécurité de l’humanité.
19. Cour militaire du Katanga, 16 déc. 2010, Affaire KYUNGU MUTANGA
Gédéon, B.A., 2013, 267 et s.
20. Cour militaire du Katanga, Arrêt R.P. n° 010/2006, rendu le 28 juin 2007 dans
les événements de KILWA 2004, p. 17.
71
21. Cour militaire du Sud-Kivu, RP 043, RMP 1280/MTL/09, Arrêt du 21 février
2011, Feuillet 16.
22. DECAUX E., in « Juridictions militaires et tribunaux d’exception en mutation :
perspectives comparées et internationale », op. cit., p. 111.
23. Document des Nations Unies A/50/44, du 26 juillet 1995, §73.
24. Document des Nations Unies A/55/44, du 11 novembre 1999, §62.
25. Document des Nations Unies CAT/DRC/CO/1, du 1er avril 2006, §9.
26. Document des Nations Unies CRC/15/Add. 153 du 09 juillet 2001, §§74-75.
27. Document des Nations Unies E/CN. 4/1991/20, §408.
28. Document des Nations Unies E/CN. 4/1995/36, §54.
29. Document des Nations Unies E/CN. 4/1995/61, §402.
30. Document des Nations Unies E/CN. 4/2000/3, §89 ; Document des Nations
Unies E/CN. 4/2001/9, §62.
31. Document des Nations Unies E/CN. 4/2000/3, §89 ; E/CN .4/2000, §62.
32. Document des Nations Unies E/CN. 4/2005/102/Add. I, du 8 février 2005.
33. Document des Nations Unies E/CN. 4/2005/1à2/Add. I du 8 février 2001.
34. Document des Nations Unies E/CN. 4/826/Rev. I.
35. Document des Nations Unies E/CN. 4/Sub. 2/1982/15 du 27 juillet 1982.
36. Document des Nations Unies E/CN. 4/Sub. 2/1991/28/Rev. I, du 21 novembre
1991, Annexe I.
37. Document des Nations Unies E/CN. 4/Sub. 2/1994/24 du 3 juin 1994.
38. Document des Nations Unies E/CN/4/1998/39/Add. I, du 19 février 1998, §78.
39. Document des Nations Unies, « Observations finales : Pérou », du 15
novembre 2000, §12.
40. Document des Nations Unies, CCPR/L/21/Rev. I/Add. 11 du 31 août 2001, §10.
41. Document des Nations Unies, E/CN .4/2006/58, du 13 janvier 2006.
42. Document des Nations Unies, E/CN. 4/1984/29.
43. Document des NU E/CN. 4/1998/16 du 9 mars 1998, §7.
44. Document des NU, A/50/878 du 24 mars 1996, §168.
45. Document des NU, A/52/486 du 16 octobre 1987, du 9 mars 1987, §§66-68.
46. Documents des NU A/50/960, du 28 mai 1996, §55.
47. FRIEDLANDER S., L’antisémitisme nazi, 1967.
48. GROSSER A., (Sous la direction de), Dix leçons sur le nazisme, Fayard, 1976.
49. HILBERT R., La Destruction des Juifs d’Europe, 1961 et éd. Fayard, Paris, 1988.
72
50. ISAAC J., Genèse de l’antisémitisme, 1ère éd., 1956 ; rééd. Agora, 1985.
51. JANKELEVITCH V., L’imprescriptible, Seuil, Paris, 1986.
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(CCPR/CO/71/UZB, du 26 avril 2001, §15) ; Egypte (CCPR/C/79/Add. 23, du 9
août 1993) et le Chili (CCPR/C/79/Add. 104, du 30 mars 1999, §9).
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militaire de garnison de Bunia, sous le RMP n° 2421/PEN/06, RP n° 018/2006,
p. 46.
62. Liste des règles coutumières de droit humanitaire, C.I.C.R., 200 ( en anglais et
2006 en français, Bruxelles, Bruylant, 2006.
63. Loi n° 023/2002 du 18 nov. 2002 portant code judiciaire militaire, in J.O.,
numéro spécial, 20 mars 2003, p. 10.
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modèle de justice hybride ? Préface de Pierre Michel EISEMANN, CERDIN, Paris
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65. MBOKANI J. B, La jurisprudence congolaise en matière de crimes de droit
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(OSISA), Open Society Foundations, New-York et Johannesburg, 2016, pp. 33-
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73
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Société, Kinshasa, 2013, pp. 171-199.
67. NYABIRUNGU mwene SONGA, Traité de droit pénal général congolais, éd. DES,
Kinshasa, 2001, p. 38.
68. Observation générale n° 29, Etats d’urgence (art. 4)
69. Observations finales du Comité des droits de l’homme : Colombie, Document
des NU CCPR/79/Add. 2, du 25 septembre 1992, §5.
70. Onzième rapport du Directeur de la Division des droits de l’homme,
Document des Nations Unies A/49/281 S/1994/886 du 28 juillet 1994, §§111 et
130.
71. POLIAKOV L., Histoire de l’antisémitisme, Calmann-Lévy, 1955-1977, 4 V.
72. POLLIAKOV, Le procès de Jérusalem, Calmann-Lévy, 1963.
73. Rapport du Projet Mapping concernant les violations les plus graves des droits de
l’homme et du droit international humanitaire commises entre mars 1993 et juin 2003
sur le territoire de la République Démocratique du Congo, Août 2010, §§27-33.
74. Rapport ECN 4/Sub 2/2002/4 de l’administration de la justice par les tribunaux
militaires, Rapport présenté par M. Louis JOINET suite à la décision 2001/103
de la Sous-Commission, Conseil des droits de l’homme, 9. 7. 2002, Nations Unies.
75. Résolution 2005/81 du 21 avril 2005.
76. Résolution 39/121 « Situation des droits de l’homme au Chili », AGNU, le 14
décembre 1984, §3.
77. Résolution 41/161, AGNU, 4 décembre 1986, §2.
78. Résolution 42/147, AGNU, 7 décembre 1987, §10 (h).
79. Résolution 52/144 de l’AGNU, « Situation des droits de l’homme au Nigeria »,
du 12 décembre 1997, §3 (f) ; Document des NU, A/50/960 du 28 mai 1996, §55.
80. Résolution 54/179 « Situation des droits de l’homme en RDC » du 17 décembre
1999, §3 (iii) ; Résolution AGNU 55/117.
81. Résolution 56/173, « Situation des droits de l’homme dans la RDC », du 19
décembre 2001, §§2 (V) et 3 (b).
82. Résolutions 2003/39 et 2005/30 vont dans le même sens.
83. Réveillez-vous du 8 juillet 1985, p. 1.
84. Revue internationale de la Croix-Rouge, Sélection française 2006, 125-146.
85. SHOLEM Gershom, Fidélité et utopie. Essai sur le judaïsme contemporain,
CalmanLévy, 1978.
86. Statut de Rome
74
87. TMG ITURI, Auditeur militaire et Parties civiles c/Capitaine Blaise BONGI
MASSABA, 24 mars 2006.
88. TPIR, Jugement AKAYESU, §§519, 521.
89. TPIY, Chambre d’appel, Le Procureur c/Dusko TADIC, Arrêt sur la compétence,
1995, §70.
90. VELU J., Les effets directs des instruments internationaux en matière de droits de
l’homme, Bruxelles, Swinnen, 1981, pp. 11-12, cité par F. KUTY, Justice pénale et
procès équitable, Vol. 1, Larcier, Bruxelles, 2006, p. 7.
75
TABLE DES MATIERES
SIGLES ET ABBREVIATIONS ...........................................................................................
2
INTRODUCTION ..................................................................................................................
5
PREMIERE PARTIE ...............................................................................................................
9
LA SITUATION ET LA JURISPRUDENCE DES JURIDICTIONS MILITAIRES
EN REPUBLIQUE DEMOCRATIQUE DU CONGO ......................................................
9
SECTION Ière. MISE EN ŒUVRE LEGISLATIVE DU PRINCIPE DE LA PRIMAUTE DES
JURIDICTIONS NATIONALES ...............................................................................................................
10
§1er. AFFIRMATION DU PRINCIPE ............................................................................................................ 10
§2. MISE EN ŒUVRE LEGISLATIVE DU PRINCIPE ............................................................................... 11
A. L’EXERCICE DE LA COMPETENCE EXCLUSIVE DES JURIDICTIONS MILITAIRES
CONGOLAISES SUR LES CRIMES CONTRE LA PAIX ET LA SECURITE DE L’HUMANITE ..
........................................................................................................................................................... 11
I. Les forces de la législation .............................................................................................................
11
II. Les faiblesses de la législation ...................................................................................................... 11
a) Définition des crimes contre l’humanité ............................................................................. 12
1) Imprécision et contradiction ..................................................................................................... 12
2) Une hiérarchie insolite d’actes à considérer .............................................................................. 12
3) Confusion entre crimes contre l’humanité et agression ............................................................ 12
b) Définition des crimes de guerre ............................................................................................ 13 1)
Définition classique .................................................................................................................. 13
2) L’énumération des actes constitutifs de crimes de guerre ......................................................... 13
3) La violation de la légalité des peines ......................................................................................... 13
c) Définition du génocide ........................................................................................................... 14
d) Dispositions générales du Code pénal militaire au regard du Statut de Rome ........... 14
1) La non pertinence de la qualité officielle ...................................................................................
14
2) Responsabilité pénale individuelle des supérieurs hiérarchiques ..............................................
14
B. COMPETENCE (INEGALEMENT) PARTAGEE PAR LA LOI ORGANIQUE N° 13/011-B
DU 11 AVRIL 2013 PORTANT ORGANISATION, FONCTIONNEMENT ET COMPETENCE
DES JURIDICTIONS DE L’ORDRE JUDICIAIRE ........................................................................... 15
I. Compétence judiciaire ................................................................................................................... 15
II. Immunités et privilèges ................................................................................................................. 16
76
III. Les nouveaux défis de l’article 91 de la loi organique du 11 avril 2013 .................................. 17
a) Défi de formation et de nouvelles connaissances .............................................................. 17
b) Le défi d’un procès équitable ................................................................................................ 18
c) Le défi des droits des victimes et des témoins ................................................................... 19
d) Le défi d’une politique criminelle nationale, cohérente et conséquente ...................... 19
e) Le défi des droits de l’homme internationalement reconnus .......................................... 19
[Link] en œuvre de l’article 91 de la loi organique du 11 avril 2013 ..........................................
20 §3. L’EXERCICE DE LA COMPLEMENTARITE PAR LA
CPI ................................................................. 21 SECTION II. LA JURISPRUDENCE DES
JURIDICTIONS MILITAIRES CONGOLAISES AU
REGARD DU DROIT INTERNATIONAL PENAL ................................................................................
22
§1er. AU REGARD DES INCRIMINATIONS............................................................................................... 22
A. LE GENOCIDE .....................................................................................................................................
22
I. Eléments contextuels ...................................................................................................................... 23
a) Le groupe protégé .................................................................................................................... 23
b) L’existence préalable d’un contexte
particulier .................................................................. 23
II. Eléments constitutifs proprement dits......................................................................................... 24
a) Elément matériel (actus reus)................................................................................................. 24
b) Elément moral (mens rea ou dolus
specialis) ..................................................................... 24
B. LES CRIMES CONTRE L’HUMANITE ............................................................................................ 25
C. LES CRIMES DE GUERRE ..................................................................................................................
26
§2. AU REGARD DE QUELQUES PRINCIPES GENERAUX DE DROIT PENAL ............................. 26
A. LA NON-RETROACTIVITE DE LA COMPETENCE PERSONNELLE .......................................
26
B. LA RESPONSABILITE PENALE INDIVIDUELLE, LE MODE DE RESPONSABILITE PENALE
ET LA RESPONSABILITE DES CHEFS MILITAIRES ET AUTRES SUPERIEURS
HIERARCHIQUES CIVILS ..................................................................................................................... 27
§3. LE PROCES EQUITABLE .......................................................................................................................
28
A. AFFAIRE CAPITAINE BONGI MASSABA .....................................................................................
28
I. Instruction à charge et à décharge ................................................................................................
28
II. Principe de la présomption d’innocence ..................................................................................... 28
III. Propos injurieux du ministère public .......................................................................................... 29
[Link]égalité des armes .........................................................................................................................
29
77
V. Le temps utile à la connaissance des éléments de preuve du ministère public ..................... 29
[Link]égularité de la citation de la République démocratique du Congo .....................................
30
C. AFFAIRE DITE KILWA ......................................................................................................................
30
. ARRET MULESA MULOMBO .............................................................................................................
31
§4. LA PROTECTION DES VICTIMES ET DES TEMOINS ......................................................................
32
SECTION III. DETERMINATION DE LA PEINE ..................................................................................
32
§1er. PEINES PREVUES PAR LE STATUT DE ROME ...............................................................................
32
§2. PRINCIPE DE LA PROPORTIONNALITE ........................................................................................... 33
§3. CIRCONSTANCES ATTENUANTES ....................................................................................................
33
115. TABLEAU DES DECISIONS JUDICIAIRES CONSULTEES .............................
34
DEUXIEME PARTIE ............................................................................................................
43
EVALUATION DE LA LEGISLATION SUR LES JURIDICTIONS MILIATAIRES
CONGOLAISES ET DE LEURS PRATIQUES ...............................................................
43
SECTION Ière. LA COMPETENCE DES JURIDICTIONS MILITAIRES AU REGARD DE LA
CONSTITUTION DU 18 FEVRIER 2006 ..................................................................................................
44
§1er. LE DROIT AU JUGE NATUREL OU L’INCOMPETENCE DES JURIDICTIONS MILITAIRES A
L’EGARD DES CIVILS .................................................................................................................................. 44
A. PRINCIPE .............................................................................................................................................
44
B. LES ARTICLES A RECONSIDERER .................................................................................................
44
I. L’article 108 du
CJM ....................................................................................................................... 44
II. L’article 109 du
CJM ....................................................................................................................... 44
III. L’article 111 du
CJM ....................................................................................................................... 45 IV. L’article 112
du CJM ....................................................................................................................... 45
V. L’article 115 du CJM ....................................................................................................................... 46
§2. COMPETENCE A L’EGARD DES MILITAIRES ET POLICIERS ....................................................... 47
§3. SENS ET PORTEE DE L’ARTICLE 221 DE LA CONSTITUTION DU 18 FEVRIER 2006 ............... 48
78
SECTION II. LE DROIT INTERNATIONAL DES DROITS DE L’HOMME ET LES JURIDICTIONS
MILITAIRES ...............................................................................................................................................
49
§1er. LES NORMES DES NATIONS UNIES ................................................................................................ 49
A. HISTORIQUE DES NORMES DE DROIT INTERNATIONAL DES DROITS DE L’HOMME . 50
I. Etude du Comité spécial sur le droit de ne pas être arbitrairement détenu, prisonnier ou
exilé (1962) ............................................................................................................................................ 50
II. Rapport de Mohamed ABU RANNAT sur le droit à l’égalité dans l’administration de la
justice (1965) ......................................................................................................................................... 50
III. Rapport de Mme Nicole QUESTIAUX sur les droits de l’homme et les états d’exception
(1982) ......................................................................................................................................................
51
[Link] de M. Leandro DESPOUY sur un projet de Principes à suivre pour la rédaction
des textes légaux relatifs aux états d’exception (1991) ....................................................................
51
V. Rapport de deux Experts, S. CHERNICHENKO et W. TREAT sur l’Ensemble de principes
relatifs au droit à un procès impartial et à un recours (1994) ........................................................ 51
[Link] projet de Principes sur l’administration de la justice par les Tribunaux militaires ......... 52
B. LES INSTRUMENTS INTERNATIONAUX ..................................................................................... 52
I. Principes relatifs à l’indépendance de la magistrature (1985) ..................................................
53
II. Déclaration sur la protection de toutes personnes contre les disparitions forcées (1992) ... 53
III. Ensemble de principes actualisés pour la protection et la promotion des droits de l’homme
pour la lutte contre l’impunité (2001) ...............................................................................................
54 a) Le Principe 22 ............................................................................................................................
54
b) Le Principe
29 ............................................................................................................................ 55
[Link] fondamentaux et directives concernant le droit à un recours et à réparation des
victimes de violations flagrantes du Droit international des droits de l’homme et de
violations
graves du droit international humanitaire (2005) ........................................................................... 56
C. LA PRATIQUE DES ORGANES POLITIQUES DES NATIONS UNIES ...................................... 56
I. L’Assemblée générale des Nations Unies ................................................................................... 56
a) Cas du Chili .............................................................................................................................. 56
b) Le cas de la République démocratique du
Congo ............................................................. 56
c) Cas du
Nigeria .......................................................................................................................... 56
II. Conseil des droits de l’homme ..................................................................................................... 57
a) Résolutions à caractère général ............................................................................................. 57
1) La Résolution 1989/32 .............................................................................................................. 57
2) La Résolution
1993/67 .............................................................................................................. 58
79
3) La Résolution 2002/37 du 22 avril
2002 .................................................................................. 58 b) Résolutions spécifiques à
des pays ...................................................................................... 58 1) Pour la Guinée
Equatoriale ....................................................................................................... 58
2) Pour la République démocratique du Congo ............................................................................ 58
D. AUTRES PRATIQUES DES NATIONS UNIES ............................................................................... 59
E. TEXTES ET DECLARATIONS DES EXPERTS ET ACADEMICIENS .......................................... 60
§2. POSITION DES ORGANES DES TRAITES ET DES PROCEDURES SPECIALES .......................... 60
A. LE JUGEMENT DES CIVILS PAR LES JURIDICTIONS MILITAIRES (Compétence
personnelle) ...............................................................................................................................................
60
B. LE JUGEMENT DES MILITAIRES POUR VIOLATIONS GRAVES DE DROITS DE L’HOMME
(Compétence matérielle) ..........................................................................................................................
62
I. Une source d’impunité .................................................................................................................. 62
II. Mise en cause du droit au recours préalable .............................................................................. 63
III. Mise en cause du procès équitable ...............................................................................................
63
[Link] en cause du droit à la protection de la loi .......................................................................... 64
C. UNE SOLUTION CONSENSUELLE.................................................................................................
64
§3. LA COMMISSION AFRICAINE DES DROITS DE L’HOMME ET DES PEUPLES ......................... 64
SECTION III. RECOMMANDATIONS...................................................................................................
65
§1er. RECOMMANDATIONS EN RAPPORT AVEC LA CONSTITUTION ............................................. 65
§2. RECOMMANDATIONS EN RAPPORT AVEC LES TEXTES LEGISLATIFS ...................................
65 §3. RECOMMANDATION EN RAPPORT AVEC L’INTITULE DE
L’ETUDE ....................................... 66
CONCLUSION .....................................................................................................................
67
BIBLIOGRAPHIE .................................................................................................................
68
TABLE DES MATIERES ....................................................................................................
73
80