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Cours D'intro Chapitre 1

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Intro. aux sciences économiques Sem. 1 / Groupe : Eco.-C Pr.

Driss EL GHOUFI

Chapitre 1
La boîte à outils de l’économiste

« Economics is a dismal science »


(Thomas Carlyle)

1. Esquisse d’un modèle d’analyse : quatre composantes

Comme l’écrit Généreux (2001, p. 7), « le problème de la définition de l’économie illustre bien
une attitude fréquente chez les économistes : ils donnent l’impression de n’être jamais d’accord
même si, en fait, 90 % d’entre eux font exactement la même chose. Il est vrai que la question est
moins simple qu’elle ne paraît à première vue ».

Quand le profane ou le débutant dans une discipline quelconque cherche à définir l’objet de cette
dernière, son réflexe naturel consiste à dresser la liste des sujets dont elle s’occupe. Ainsi,
l’économie étudierait, par exemple, la production, les échanges, la monnaie, le chômage, la
richesse, l’inflation, etc. Les économistes eux-mêmes ont d’ailleurs commencé par définir leur
travail par un domaine concret. D’Aristote (IVe siècle av. J.-C.) à Adam Smith (1776), la plupart
des définitions font de l’économie une « science de l’acquisition des richesses » pour l’individu ou
pour la nation. Le XIXe opposera la vision marxiste de l’économie comme « science de l’évolution
historique des rapports de production entre les classes » à la vision libérale comme « théorie des
choix individuels et de leur coordination par les marchés ».

Aujourd’hui cependant, tout le monde s’accorde, économistes et philosophes, pour admettre que
l’on ne peut définir l’objet de l’économie par un sujet ou une liste de sujets concrets. En effet, les
phénomènes strictement économiques n’existent pas. On ne peut extraire de la réalité une partie
« économique » qui serait indépendante des parties « psychologique », « politique » ou « sociale ».
L’inflation, par exemple, met en jeu des mécanismes économiques, psychologiques, et intéresse
donc tout autant l’économiste que le psychologue, le politologue ou le sociologue.

La spécificité d’une discipline ne peut donc être recherchée dans le domaine concret de son étude,
mais dans la façon dont elle mène son étude. Le problème vient alors de ce que les économistes ne
Intro. aux sciences économiques Sem. 1 / Groupe : Eco.-C Pr. Driss EL GHOUFI

sont pas toujours d’accord sur leurs méthodes de raisonnement, si bien qu’il devient difficile de
proposer une définition de l’économie acceptable par tous.

L’essentiel du contenu actuel de l’analyse économique correspond assez bien à la définition très
simple qui ouvre les trois quarts des manuels d’économie : « l’économie étudie la façon dont les
individus ou les sociétés utilisent les ressources rares en vue de satisfaire au mieux leurs besoins »
(Généreux, [Link]). Cette définition met en avant deux aspects fondamentaux :

− L’économie constitue une façon particulière de considérer les comportements humains : les
individus ou les groupes d’individus agissent parce qu’ils ont des besoins à satisfaire et que
cela ne va pas de soi dans un univers où les moyens disponibles sont limités.
− L’analyse est à la fois microéconomique (étude des comportements individuels) et
macroéconomique (étude des phénomènes de société).

Ainsi définie, l’économie n’est pas enfermée dans un domaine réservé. De même que les autres
disciplines (sociologie et sciences politiques notamment) sont également concernées par les sujets
qu’étudie l’économiste, l’économie peut aborder des phénomènes que le sens commun ne reconnaît
pas comme économiques : la religion, la famille, la délinquance, la politique, etc. En effet, tous les
comportements humains peuvent être examinés d’un point de vue économique, c’est-à-dire comme
la mise en œuvre raisonnée de moyens par des individus qui cherchent à atteindre leurs objectifs.

La définition présentée ci-dessus permet en outre de comprendre le point de départ de la plupart


des théories économiques. Face à un problème quelconque, l’économiste commence presque
toujours par se demander :

1) Qui sont les décideurs – les individus ou les groupes d’individus qui font les choix
déterminants ?
2) Quels sont les objectifs des décideurs (leurs besoins) ?
3) Quels sont les moyens disponibles et les contraintes (les ressources) ?
4) Quelle est la situation optimale, c’est-à-dire celle qui permet d’atteindre le maximum de
satisfaction pour le minimum de ressources utilisées ?

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2. Quatre principes de base (ou postulats)


a) La théorie est abstraite

Au premier contact avec l’analyse économique, on est sans cesse tenté d’objecter que, dans le
monde réel, les choses ne se passent pas toujours comme dans la théorie. Mais ce reproche est
souvent déplacé. En effet, par définition, aucune théorie n’est réaliste. L’analyse théorique ne
cherche pas à simplement décrire la réalité : ce n’est pas un reportage ! Toute théorie procède par
abstraction.

Il s’agit en effet de disposer d’un modèle suffisamment simple pour être maniable. Or, la simplicité
n’est pas de ce monde ; la réalité est complexe, et c’est précisément cette complexité qui rend
nécessaire l’abstraction théorique pour construire une interprétation intelligible du monde. Cela dit,
il ne suffit pas d’un raisonnement abstrait parfaitement logique pour constituer une théorie
scientifique; celui-ci doit en outre être confronté aux faits. Mais ce sont les conclusions de la théorie
qui sont soumises à l’épreuve des faits et non ses hypothèses de départ.

Par exemple, on construit la théorie de la production à partir d’une hypothèse très simple : les
dirigeants des entreprises cherchent à maximiser leur profit. Comme nous le verrons, cette
hypothèse n’est pas toujours réaliste ; il existe chez les dirigeants bien d’autres motivations que le
profit. Mais le problème de l’économiste n’est pas de savoir ce qui se passe dans la tête des
dirigeants ; il cherche seulement à construire un modèle du comportement des entreprises qui lui
permette d’expliquer correctement leurs décisions.

…Construire un modèle, une nécessité !

La science économique élabore des modèles des phénomènes sociaux. Par modèle, nous entendons
une représentation simplifiée de la réalité. Le mot important est le terme « simplifié ». Pensons à
l’inutilité d’une carte à l’échelle un pour un. Un modèle économique qui essayerait de décrire tous
les aspects de la réalité serait tout aussi inutile. La puissance d’un modèle découle de l’élimination
des détails non pertinents, ce qui permet à l’économiste de se concentrer sur les aspects essentiels
de la réalité économique qu’il essaie de comprendre. Selon David Romer (2001), « le but d’un
modèle n’est pas d’être réaliste. En effet, nous possédons déjà un modèle complètement réaliste :
c’est le monde réel lui-même. Or ce ‘modèle’ est trop compliqué pour être compréhensible. … Le
postulat simplificateur permet d’isoler certains effets et d’en faciliter la compréhension ».

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Intro. aux sciences économiques Sem. 1 / Groupe : Eco.-C Pr. Driss EL GHOUFI

b) On raisonne « toutes choses étant égales par ailleurs »

Le vrai travail de l’analyse économique consiste le plus souvent à déterminer les variables qui
expliquent une autre variable. Par exemple, on dira que la consommation de pêches dépend du prix
des pêches, du prix des autres fruits, du revenu des consommateurs, du niveau général des prix, de
la température de l’atmosphère, etc. Par ailleurs, on dira également que la consommation des
pêches est une fonction décroissante de leur prix, c’est-à-dire que lorsque le prix des pêches
augmente, leur consommation régresse. Ces deux propositions ne sont pas contradictoires. La
seconde proposition est faite toutes choses étant égales par ailleurs, c’est-à-dire en supposant que
toutes les autres variables susceptibles d’influencer la consommation des pêches n’ont pas varié.

Ainsi, le fait d’observer simultanément une hausse des prix et une augmentation de la
consommation ne contredit pas forcément la loi selon laquelle la demande est une fonction
décroissante du prix. En effet, cette loi ne dit pas que la demande de pêches doit baisser quoi qu’il
advienne par ailleurs. Le revenu, le prix des autres biens, le niveau général des prix, la température,
etc., ont très bien pu varier et compenser l’effet du seul prix des pêches. A chaque fois que
l’économiste annonce l’effet prévu d’une variable sur une autre, il faut toujours sous-entendre que
cette prévision est faite toutes choses étant égales par ailleurs. Dès lors, le fait de mettre en avant
l’effet d’une variable explicative ne suppose pas, dans l’esprit de l’économiste, qu’il s’agisse de la
seule explication possible.

c) L’analyse est essentiellement positive

Chacun a ses idées, ses opinions politiques, ses valeurs morales. Dans toute discussion entre
plusieurs individus se trouvent le plus souvent mêlés informations objectives, préférences
personnelles, raisonnements théoriques, principes moraux. Cependant, quand on souhaite procéder
à l’analyse rigoureuse d’un phénomène, il convient de ne pas mélanger les genres et de distinguer,
d’une part, l’analyse positive, qui cherche à expliquer le monde tel qu’il est, et d’autre part,
l’analyse normative, qui tente de définir comment le monde devrait être. Seule l’approche positive
permet d’adopter une démarche scientifique en économie. La théorie ne porte alors aucun jugement
de valeur, ne part d’aucun à priori moral ou philosophique, et se contente d’émettre des hypothèses
« qui marchent » et d’autres « qui ne marchent pas ».

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Intro. aux sciences économiques Sem. 1 / Groupe : Eco.-C Pr. Driss EL GHOUFI

La distinction entre les deux démarches est particulièrement importante pour les problèmes de
politique économique. Ainsi, l’analyse positive peut expliquer les effets probables des différentes
politiques de lutte contre le chômage ou l’inflation, mais elle ne peut pas dire s’il faut ou non lutter
contre ces phénomènes ni lequel des deux objectifs doit être prioritaire. L’analyse normative, en
revanche, définit quels sont les bons objectifs et les priorités souhaitables pour la société. Mais les
conclusions de l’analyse normative s’appuient sur des jugements de valeur, que tout individu peut
partager ou non, et qui ne peuvent être à la différence des propositions scientifiques, soumis à
l’épreuve des faits. En tant que discipline scientifique visant à comprendre le monde et son
évolution, la théorie économique est essentiellement positive.

d) L’optimisation (sous contrainte)

Mathématiquement, lorsqu’on résout un problème d’optimisation, on cherche la solution qui


maximise ou minimise la fonction à optimiser qui, elle, est déterminée selon un objectif. On le fait
en respectant des contraintes qui sont représentées sous la forme d’un système d’inéquations. Dans
le plan cartésien, ces inéquations forment un polygone1 de contraintes et l’un des sommets de ce
polygone correspond à la solution recherchée.

Rappel de mathématiques :

Les étapes de résolution d’un problème d’optimisation

1) Identifier les variables

Pour déterminer les variables, on doit s’intéresser aux éléments qui varient et non à l’élément qu’on
cherche à optimiser. Dans les problèmes étudiés en microéconomie., il y a toujours deux variables
seulement (quantité x1 de bien 1 et quantité x2 de bien 2).

2) Traduire les contraintes par un système d’inéquations

Chaque contrainte est associée à une seule inéquation. De plus, si les variables représentent des
quantités qui ne peuvent pas être négatives, on doit poser les contraintes de positivité (x1 > 0, x2 > 0).

1
Polygone : une forme géométrique avec des côtés et des sommets (triangle, rectangle, carré, etc.).

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3) Établir la règle de la fonction à optimiser

La fonction à optimiser s’écrit sous la forme z = ax + by + c, où x et y sont les variables et où z


représente la quantité qu’on cherche à maximiser ou à minimiser. Il arrive souvent que z représente
un coût ou un revenu. Dans ces cas, il est possible d’utiliser une autre variable, comme C ou R.

4) Tracer le polygone de contraintes

Pour y arriver, on doit représenter toutes les inéquations dans le plan cartésien. Le polygone de
contraintes représente la région du plan cartésien qui contient l’intersection des ensembles-
solutions de toutes les inéquations.

5) Déterminer les coordonnées des sommets du polygone de contraintes

Pour déterminer les coordonnées d’un sommet, on doit prendre les équations des deux droites
frontières qui forment ce sommet et résoudre le système d’équations. Pour y arriver, on peut utiliser
la méthode de comparaison, la méthode de substitution ou la méthode de réduction.

6) Trouver le sommet optimal

Il faut remplacer x et y dans la fonction à optimiser par chaque couple déterminé à l’étape
précédente. Il faut analyser les différentes valeurs de z et déterminer laquelle est la plus avantageuse
selon notre objectif.

7) Donner une réponse complète

Pour répondre à la question, on doit écrire une phrase complète dans laquelle on retrouve le couple
(x, y) qui maximise ou minimise la fonction, ainsi que la valeur de z associée à ce couple.

Exemple

Soit un consommateur dont le revenu est noté R. Ce revenu est dépensé pour acquérir une quantité
x1 de bien 1, et une quantité x2 de bien 2. Les deux biens peuvent être acquis respectivement aux
prix p1 et p2. La contrainte budgétaire (R) d’un consommateur définit l’ensemble des paniers de
biens qui épuisent le revenu d’un agent pour des prix des biens donnés. R = p1x1 + p2x2 .

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L’ensemble de consommation réalisable (c'est-à-dire, le triangle ADC) est défini comme


l’ensemble des paniers de biens qui peuvent être acquis par le consommateur compte tenu de son
revenu (R) et pour des prix des biens (p1 et p2). Le panier E (x*1, x*2) constitue le choix optimal du
consommateur. L’ensemble des paniers qu’ils préfèrent à E (x*1, x*2), c’est-à-dire l’ensemble des
paniers situés au-dessus de sa courbe d’indifférence, n’a pas d’intersection avec l’ensemble des
paniers qui lui sont accessibles, c’est-à-dire ceux situés en dessous de la droite de budget. Le panier
E (x*1, x*2) est donc le meilleur panier que le consommateur puisse acquérir.

3. Trois hypothèses
a) Tous les agents produisent

La production comprend toute « activité qui consiste à utiliser des ressources en vue de satisfaire
directement ou indirectement un besoin ». Or, l’économiste considère les besoins comme
parfaitement individuels et subjectifs : constitue un besoin tout ce qu’un individu au moins
considère comme tel. Le débat sur les vrais et les faux besoins concerne le philosophe ou le
moraliste mais pas l’analyse scientifique. Ainsi, toute activité est productive, puisque sa seule
existence suppose qu’au moins un individu en retire une satisfaction. Pour l’économiste, la
production inclut donc tous les produits matériels, mais aussi tous les produits immatériels, qu’ils
soient marchands ou non marchands.

Dès lors, tous les agents économiques sont producteurs. Cela va de soi pour les entreprises dont
l’activité principale consiste à produire des biens ou des services non financiers marchands, les
institutions financières qui produisent des services financiers et d’assurance et les administrations
publiques dont l’activité principale consiste à produire des services non marchands ou à redistribuer
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le revenu et les richesses nationales, mais c’est également le cas des ménages. Les ménages
produisent des services domestiques (activités ménagères, cuisine, éducation, bricolage); ils
produisent également des satisfactions par toutes sortes d’activités que le langage courant ne
rangerait pas sous le label « production » (promenades, méditation, réunions familiales, etc.).

Bien entendu, la définition économique de la production dépasse largement ce que les statistiques
sont en mesure d’enregistrer. En effet, on ne peut compter dans les statistiques de production que
les activités pour lesquelles on peut identifier une valeur monétaire. En conséquence, dans les
statistiques officielles de l’économie nationale (la comptabilité nationale), la production inclut les
biens et services marchands et les biens et services non marchands évalués par leurs coûts de
production. Ainsi, par exemple, la valeur de la production annuelle de défense nationale est
mesurée par les coûts de fonctionnement du service nationale. Une telle mesure s’écarte bien sûr
du concept théorique de production. Elle exclut les services produits par du travail non rémunéré :
services domestiques, bénévolat, etc.

b) Les individus sont rationnels

Pourquoi les agents doivent-ils produire ? Parce que la satisfaction des besoins ne va pas de soi.
Les ressources disponibles (les bien, le temps, la terre, etc.) sont rares, comparés à l’étendue des
besoins. Si les ressources étaient naturellement abondantes, c’est-à-dire accessibles sans limites et
sans coûts, les hommes ne seraient pas contraints de sacrifier quoi que ce soit pour satisfaire un
besoin particulier. Dans univers de rareté, les besoins sont concurrents entre eux. Toute satisfaction
exige l’utilisation de temps et de ressources qui seront définitivement perdus pour une autre
satisfaction. Tout choix, toute activité a ce que l’économiste appelle un « coût d’opportunité ».

Le coût d’opportunité d’un choix « est la satisfaction que l’on aurait pu obtenir en procédant au
meilleur des autres choix possibles ». Par exemple, imaginez la chose que vous aimeriez le plus
faire en ce moment, à part assister à ce cours, parmi vos autres choix possibles. Vous venez de
mesurer le coût d’opportunité de ce cours ! Comme toutes les décisions ont un coût d’opportunité,
les agents doivent définir une échelle de préférence entre tous les choix possibles. Et parce que
tout choix entraine un sacrifice, les individus ne sont pas indifférents à la façon de satisfaire leurs
besoins. Parmi toutes les méthodes disponibles pour satisfaire un besoin particulier, les individus
sont incités à choisir celle qui leur procure le maximum de satisfaction pour un coût donné, ou, ce
qui revient au même, celle qui implique le coût minimum pour une satisfaction donnée.

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Sans la nommer, nous venons de décrire ce que l’économiste entend par « rationalité ». La
rationalité économique consiste en fait en deux hypothèses :

− Les individus sont capables de classer les choix possibles par ordre de préférence; ils
peuvent dire s’ils préfèrent A à B, ou bien B à A, ou encore s’ils sont indifférents entre A
et B ;
− Les individus recherchent le maximum de satisfaction. Un individu rationnel ne cherche pas
simplement à satisfaire ses besoins mais à les satisfaire au mieux. Le comportement
maximisateur est donc au cœur de l’hypothèse de rationalité; concrètement, il implique
simplement qu’un individu rationnel ne laisse pas passer une occasion d’améliorer sa
situation, c’est-à-dire de bénéficier d’avantages supérieurs aux coûts supportés pour les
obtenir.

Bien entendu, seuls les individus ont des besoins. Les organisations (entreprises, administrations)
n’ont pas de besoins à satisfaire et ne constituent pas en fait des centres de décision. Quand on
étudie le comportement des agents autres que les ménages, on analyse en fait les choix des individus
qui, au sein des organisations, exercent le pouvoir de décision : le chef d’entreprise, les dirigeants
du syndicat, le chef du gouvernement, le ministre, le directeur, etc. Il convient donc de bien
identifier les décideurs et de faire des hypothèses supplémentaires sur les objectifs qu’ils se fixent
en vue de satisfaire leurs besoins. Par exemple, on pourra faire l’hypothèse que le bien-être de
l’entrepreneur est attaché au profit et que, en conséquence, la rationalité, pour l’entreprise, se
ramène à la maximisation du profit.

c) Les besoins des individus sont stables

Lorsque M. Karim réduit sa consommation de tomates, on peut toujours faire l’hypothèse qu’il
aime moins les tomates qu’auparavant. Mais il ne s’agit pas d’une hypothèse scientifique : il n’y a
aucun moyen de la tester en la confrontant aux faits. L’économiste, pour sa part, fait comme si M.
Dupont aimait toujours autant les tomates, et cherche les éléments observables et mesurables qui
ont changé dans l’environnement de M. Dupont et qui seraient susceptibles d’expliquer son
comportement. L’analyse économique est une science des contraintes. Elle n’explique pas ce que
font les individus par « ce qui se passe dans leur tête », tout simplement parce que, ne sachant pas
ce qui s’y passe, la seule démarche scientifique raisonnable consiste à ne tenir compte que des
contraintes extérieures aux individus, qui, elles sont observables.

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Intro. aux sciences économiques Sem. 1 / Groupe : Eco.-C Pr. Driss EL GHOUFI

Chapitre 1 / Take-Away points :

1. La spécificité d’une discipline ne peut être recherchée dans le domaine concret de son étude
(objet), mais dans la façon dont elle mène son étude (méthode).
2. L’économie n’est pas enfermée dans un domaine particulier. Tous les comportements
humains peuvent être examinés d’un point de vue économique (la production, la monnaie,
la religion, la famille, la délinquance, etc.).
3. La science économique développe des modèles, des phénomènes sociaux, qui constituent
des représentations simplifiées de la réalité. Ce faisant, les économistes sont guidés
par quatre principes de base (ou postulats) : l’abstraction ; l’analyse positive ; le principe
« toutes choses étant égales par ailleurs » et l’optimisation (sous contrainte).
4. Il existe trois hypothèses communes à l’analyse économique de tous les comportements :
− La diversité des agents économiques ne doit pas masquer leur finalité commune : la
production de biens et services en vue de satisfaire des besoins.
− Tous les choix économiques reflètent les décisions d’individus rationnels, c'est-à-dire
qui recherchent le maximum de satisfaction.
− Les besoins des individus sont stables, et seule l’évolution des contraintes explique les
changements de comportement.
5. Face à un problème quelconque, l’économiste commence presque toujours par se poser
quatre questions concernant : les décideurs, leurs objectifs, leurs contraintes et leur situation
optimale.

Le figure suivante présente les quatre composantes du modèle d’analyse économique :

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