bbfcdUHIGG%MLKJHFDSQSDFGUIOIUTREHistoire 5
L'historiographie traite les mêmes problèmes que la méthodologie, mais l'approche
de ces questions est nécessairement différente : la méthodologie a pour objet l'étude
du travail que l'historien réalise en amont pour écrire l'histoire, alors que
l'historiographie s'attache au travail fini des historiens. Aussi, l'historiographie a
souvent un caractère plus polémique30. Enfin, les conclusions des études
historiographiques sont généralement à l'origine des changements méthodologiques.
Sens et philosophie de l'histoire[modifier | modifier le code]
Fronstispice de l'Histoire de France de Jean Puget de
La Serre, traduction anglaise d'Edward Grimeston, 1624
Article détaillé : Philosophie de l'histoire.
L'idée de donner un sens à l'histoire est à proprement parler universelle. On la
retrouve à la base de tous les récits dits mythiques, qui sont une manière de
domestiquer le temps et d'inscrire l'existence humaine dans un cadre temporel défini.
Dans l'histoire moderne, c'est avant tout suivant la pensée de Hegel sur l'histoire
universelle que certains historiens, ou plutôt commentateurs de l'histoire, s'attachent
à donner un sens aux informations qu'ils récoltent, au risque de créer une histoire
partisane, biaisée ou erronée.
On peut distinguer plusieurs types de philosophie de l'histoire.
La première peut être dite fataliste. Le destin de l'humanité s'explique avant tout par
les édits arbitraires d'une puissance supérieure que l'on ne saurait altérer que par
des sacrifices. Cette conception est notamment présente chez Hésiode, avec le
concept de la Moïra. La place de l'homme dans l'histoire et son influence sur son
cours sont donc minimes, tout au plus peut-il craindre le Divin et chercher à
s'attacher leur faveur.
La seconde est de type cyclique. On la retrouve dans les philosophies orientales, et
plus particulièrement dans le bouddhisme. Elle est également présente chez
les Aztèques, qui considéraient que plusieurs mondes avaient précédé le nôtre et
que plusieurs autres le suivraient. L'on considère ici que l'histoire humaine et
naturelle est comparable à la succession des saisons : il existerait ainsi une « grande
année », d'une durée incommensurable, découpée en plusieurs époques, et au
terme duquel l'on reviendrait au point de départ. Transmises par Bérose, ces
conceptions vont être intégrées au Stoïcisme.
La troisième est de type progressiste. L'histoire de l'humanité tendrait vers un
progrès ininterrompu. Cette philosophie apparaît dans la culture hébraïque après la
destruction de Jérusalem par Nabuchodonosor, au travers du mythe de la « terre
promise », puis devient partie intégrante du message chrétien (en particulier chez
saint Jean, et Augustin d'Hippone). La plupart des écoles et doctrines politiques et
idéologiques occidentales découlent de cette conception
philosophique : libéralisme, marxisme, socialisme, etc. Dans cette vision, le travail de
l'historien intègre une dimension idéologique, car selon les écoles et les sensibilités
le sens final de l'histoire, la direction du progrès historique peuvent fortement varier.
Une quatrième école dénie tout sens à l'histoire humaine. Il ne s'agirait que d'une
succession hasardeuse d'actions : ainsi, William Shakespeare écrit-il dans Macbeth,
la vie « est une histoire — dite par un idiot, pleine de fracas et de furie, — et qui ne
signifie rien… »31. C'est aussi la position de Schopenhauer : « La devise générale de
l'histoire devrait être : Eadem, sed aliter »32. Cette école agnostique se retrouve aussi
en histoire naturelle où, avec Stephen Jay Gould et ses successeurs tels Hervé Le
Guyader ou Guillaume Lecointre, elle affirme que l'évolution non plus n'a pas de
sens prédéterminé mais est une succession hasardeuse d'évènements et de
phénomènes33. Cette école se manifeste en préférant le comput historique
par a.n.è. (avant notre ère) et n.è. (notre ère) plutôt que av. J.-C. (avant Jésus-Christ,
adopté dans Wikipédia)34, comput qui reste problématique car il divise l'histoire en
deux "ères" distinctes, le point de basculement étant toujours centré sur la naissance
de Jésus de Nazareth et donc sur le début du christianisme.
Histoire et sciences[modifier | modifier le code]
Sciences auxiliaires de l'histoire[modifier | modifier le code]
L'expression « Sciences auxiliaires de l'histoire » désigne l'ensemble des disciplines
scientifiques, sociales, littéraires et philologiques qui peuvent permettre l'exploitation
ou la critique des sources utiles au travail historique. Au XIXe siècle, un cloisonnement
profond sépare l'histoire enseignée et la recherche historique. Cette séparation,
déplorée dès 1891 par Ferdinand Lot, attaquée dans le premier numéro
des Annales en 1929, est remise en cause au XXe siècle. L'histoire s'adjoint dès lors
l'assistance de disciplines autonomes comme autant d'instruments de recherche
dans une perspective d'interdisciplinarité. Si l'École des Annales peut à l'occasion
adopter une attitude dominatrice par rapport aux autres sciences sociales, des
rencontres peuvent émerger et donner naissance à des nouvelles voies de
recherche, comme en témoigne le développement de l'anthropologie historique ou le
renouveau de la diplomatique35.
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Liste ouverte des sciences auxiliaires
Une discipline scientifique ?[modifier | modifier le code]
L'histoire moderne, en tant que discipline intellectuelle, ne fait pas partie des
sciences dites « exactes » ou « dures » mais des sciences dites « sociales » et
« humaines », comme la sociologie, l'ethnologie, la psychologie, etc. C'est une
science sociale dans le sens où elle s'attache d'abord à l'étude de l'Homme dans les
sociétés par un travail d’interprétation, sans pour autant écarter le principe
d’impartialité. L'historien cherche à comprendre le passé via une pluralité de
perspectives, en regroupant donc des sources variées et en tenant compte de la
subjectivité de l'observateur y compris de l'historien lui-même36.
Un débat existe sur l'objectivité de l'histoire. Il est notamment apparu quand la
découverte des lois de physique par Isaac Newton, en établissant que certains
événements naturels peuvent être prévus, posant aux historiens un problème
nouveau : celui de la « scientificité » de l'histoire. Comme les sciences dures, la
discipline historique implique une analyse rationnelle des faits, et vise à la « vérité ».
Plusieurs tentatives de résolutions ont été envisagées.
La première, notamment incarnée par le mathématicien français Pierre-Simon de
Laplace, voit la discipline historique comme une science dure. Si elle ne possède
pas de lois comparables à celles des sciences physiques, c'est simplement parce
qu'elle n'a pas encore connu son Newton. Dans son Essai philosophique sur les
probabilités, Laplace écrit : « tous les événements, ceux mêmes qui par leur
petitesse semblent ne pas tenir aux grandes lois de la nature, en sont une suite
aussi nécessaire que les révolutions du soleil »37. Cette position est aussi celle de
l'historien Fustel de Coulanges pour qui « l’histoire n’est pas un art ; elle est une
science pure, comme la physique ou la géologie38.