DOMAINE 1 : LA RÉFLEXION PHILOSOPHIQUE
Chapitre I _____ LES ORIGINES ET LA SPÉCIFICITÉ DE LA RÉFLEXION PHILOSOPHIQUE
Introduction
Définir la philosophie est une affaire complexe. La tâche est difficile lorsqu’il
s’agit de répondre à la question : Qu’est-ce que la philosophie ? Elle est d’autant
plus difficile qu’il n’existe pas encore de consensus sur le plan définitionnel.
Chaque philosophe dit ce qu’il entend par philosophie en donnant sa propre
définition. Leurs points de vue se confrontent les uns contre les autres, si bien
qu’il ne peut pas y avoir de définition unanime. Chez Socrate, par exemple, la
philosophie « ne consiste pas tant à connaître beaucoup de choses qu’à être
tempérant (vertueux ou juste dans sa conduite) » (Apologie de Socrate) tandis
qu’Aristote y voit « la connaissance dans la totalité des choses dans la mesure du
possible » (Métaphysique). Même s’il est impossible de trouver une définition
partagée par tous, on peut dire approximativement ce qu’est la philosophie, ce qui
nous amènera à poser le problème de ses origines. Après avoir dégagé les conditions
d’émergence de la philosophie, nous réfléchirons sur la spécificité du discours
philosophique. Il s’agira de comparer la philosophie avec les autres modes de
connaissance que sont le mythe, la religion et la science. Pour terminer, nous
ferons l’histoire de la philosophie en évoquant quelques figures emblématiques et
des courants philosophiques qui ont marqué l’histoire de cette discipline.
I- Qu’est-ce que la philosophie ?
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Tenter de définir la philosophie, c'est déjà philosopher. Tout homme est un
philosophe potentiel : nul besoin de s'appeler Socrate, Platon ou Aristote pour
philosopher, seul compte l'amour de la réflexion et du questionnement. À la
différence des sciences humaines, des sciences naturelles et des sciences formelles
qui ont chacune un objet d’étude et une démarche propre, la philosophie, elle, n’a
pas d’objet d’étude propre. Elle s’intéresse à tout, mais elle a toutefois une
préférence pour certains domaines tels que la métaphysique, l’anthropologie et
l’axiologie.
A la question « Qu’est-ce que la philosophie ? », on ne saurait répondre avec
exactitude. La définition de la philosophie demeure un sujet controversé, car il y
a autant de philosophes que de définitions, ce qui rend impossible une définition
unanime, acceptée par tous. C’est ce qui pousse le philosophe allemand Emmanuel
Kant à dire que chaque philosophie est bâtie sur les ruines de la précédente et
elle sera à son tour critiquée. Même si en philosophie nul n’a le monopole de la
vérité et même s’il est difficile de dire ce qu’est la philosophie, on peut
néanmoins donner quelques considérations générales pour avoir une idée sur ce
qu’elle est.
Selon une certaine tradition, c’est Pythagore qui a utilisé le mot philosophie pour
la première fois. De passage à Phliente, Pythagore a eu de nombreux échanges avec
le souverain de cette ville, Léon. Ce dernier, impressionné par Pythagore, lui
demandait sur quel art il s’appuyait. Pythagore répond qu’il ne connaît pas un seul
art mais qu’il est philosophe. Le souverain lui demanda de lui indiquer les traits
à partir desquels il est possible d’identifier un philosophe, Pythagore de répondre
que ce sont ceux qui « observent avec soin la nature, ce sont ceux-là qu’on appelle
amis de la sagesse c’est à dire philosophes ». En fait, Pythagore se présentait en
« philosophos » (amoureux du savoir) et non en « sophos » (savant). Pour mieux se
faire comprendre, il compare la vie à une foire et dit : « La vie des hommes est
semblable à ces grandes assemblées qui se réunissent à l’occasion des grands jeux
publics de la Grèce où les uns se rendent
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pour vendre et acheter, d’autres pour gagner des couronnes, d’autres enfin pour
être simples spectateurs. De la même manière, les hommes venus dans ce monde
recherchent les uns de la gloire, d’autres les biens matériels et d’autres, un
petit nombre, se livrent à la contemplation, à l’étude de la nature des choses : ce
sont les philosophes ».
Etymologiquement, le mot « Philosophie » vient du grec philo-sophia que l'on
traduit généralement par « amour de la sagesse ». Philo signifiant amour et Sophia,
sagesse. Dans l’expression « amour de la sagesse », l’amour désigne une recherche,
une conquête, une quête ou un désir. Le mot sagesse signifie ici la connaissance.
Par sagesse, Descartes entendra « une parfaite connaissance de toutes les choses
que l’homme peut savoir, tant pour la conduite de sa vie que pour la conservation
de sa santé et l’invention de tous les arts » (Lettre préface des Principes). Le
philosophe apparaît ainsi dans une posture de recherche de sagesse sans prétendre
l'atteindre. A ce propos, Karl Jaspers disait : « L’essence de la philosophie c’est
la recherche de la vérité, non sa possession. Faire de la philosophie, c’est être
en route ». Selon les stoïciens, l’objectif du philosophe, c’est plutôt la
recherche du bonheur ou de l’ataraxie c'est-à-dire absence de trouble ou la paix de
l’âme. Pour Leibniz, la philosophie serait inutile si elle ne permettait pas aux
hommes d’être heureux. « A quoi sert-il de philosopher, si la philosophie ne me
permet pas d’être heureux ? », dit-il. C’est pourquoi toutes les philosophies, le
stoïcisme et l’épicurisme y compris, ont pour fonction de rechercher le bonheur.
II- Les origines de la philosophie a. Origine historique
Pour beaucoup d’historiens, la philosophie serait apparue au 6ème siècle avant
Jésus Christ dans la Grèce antique à Milet. Il y avait dans la cité grecque
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certaines conditions politiques, économiques et sociales qui favorisaient la
réflexion philosophique et qui expliquent justement la naissance de cette
discipline en Grèce. Mais certains attribuent à la philosophie une origine
africaine en soutenant qu’elle est née en Egypte, et c’est la conviction de Cheikh
Anta Diop. Dans son livre Civilisation et barbarie, il soutient que les Grecs n’ont
fait que recopier les œuvres égyptiennes. Il écrit à ce sujet : « Les Grecs initiés
en Egypte s’approprient tout ce qu’ils apprennent une fois rentrés chez eux ». Mais
la thèse la plus répandue est celle qui situe l’origine de la philosophie en Grèce
au 6ème siècle avant Jésus Christ. Certes, les Grecs n’ont jamais nié avoir appris
auprès des Egyptiens, mais ils ont utilisé leurs connaissances dans le but d’une
perspective radicalement nouvelle, d’où la phase de rupture entre les anciennes
manières d’expliquer l’univers et la toute nouvelle manière de l’expliquer. C’est
pourquoi au 6ème siècle, il s’est produit ce que les historiens appellent le «
miracle grec », c’est à dire le déploiement de l’esprit en terre grecque. Et c’est
ce qui fait dire à Pierre Hadot que « c’est en eux que réside véritablement
l’origine de la philosophie, car ils ont proposé une explication rationnelle du
monde». Martin Heidegger de confirmer ces propos en soutenant que la « la
philosophie parle grec ».
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Texte : Les origines de la philosophie
Où commence la philosophie ? Il y a deux façons d’entendre la question. On peut se
demander d’abord où situer les frontières de la philosophie, les marges qui la
séparent de ce qui n’est pas encore ou pas tout à fait elle. On peut se demander
ensuite où elle est apparue pour la première fois, en quel lieu elle a surgi et
pourquoi là plutôt qu’ailleurs. Question d’identité, question d’origine, liées
l’une à l’autre, inséparables, même si en trop bonne, en trop simple logique, la
seconde semble supposer déjà résolue la première. On dira, pour établir la date et
le lieu de naissance de la philosophie, encore faut-il connaître qui elle est,
posséder sa définition afin de la distinguer des formes de pensée non
philosophiques ? Mais, à l’inverse, qui ne voit qu’on ne saurait définir la
philosophie dans l’abstrait comme si elle était une essence éternelle ? Pour savoir
ce qu’elle est, il faut examiner les conditions de sa venue au monde, suivre le
mouvement par lequel elle s’est historiquement constituée, lorsque dans l’horizon
de la culture grecque, posant des problèmes neufs et élaborant les outils mentaux
qu’exigeait leur solution, elle a ouvert un domaine de réflexion, tracé un espace
de savoir qui n’existaient pas auparavant, où elle s’est elle-même établie pour en
explorer systématiquement les dimensions. C’est à travers l’élaboration d’une forme
de rationalité et d’un type de discours jusqu’alors inconnus que la pratique
philosophique et le personnage du philosophe émergent, acquièrent leur statut
propre, se démarquent, sur le plan social et intellectuel, des activités de métier
comme des fonctions politiques ou religieuses en place dans la cité, inaugurant une
tradition intellectuelle originale qui, en dépit de toutes les transformations
qu’elle a connues, n’a jamais cessé de s’enraciner dans ses origines. Jean-Pierre
Vernant, In philosopher
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b- Origine causale
Selon Platon, c’est l’étonnement qui est à l’origine ou la cause de la philosophie.
Dans le Théétète, il fait dire à son maître Socrate que la philosophie est fille de
l’étonnement. L’étonnement est une réaction de surprise, de stupeur ou
d’émerveillement devant ce qui est nouveau, inhabituel, inconnu. Après s’être
étonné, l’homme s’interroge. Il lui faut alors trouver des réponses aux questions
angoissantes. Dans la Métaphysique, au livre A, chapitre 2, Aristote écrit : «
C’est, en effet, l’étonnement qui poussa, comme aujourd’hui, les premiers penseurs
aux spéculations philosophiques ».
L’étonnement philosophique signifie arrêt admiratif devant une chose inhabituelle,
mais aussi devant une chose habituelle. Mais les hommes ne s’étonnent que devant un
phénomène qu’ils ne comprennent pas. Or, les phénomènes qui sont les plus communs
nous échappent souvent, et le sentiment de connaître ce que l’on voit n’est souvent
qu’une illusion. Selon le philosophe allemand Arthur Schopenhauer, «avoir l’esprit
philosophique, c’est être capable de s’étonner des évènements habituels et des
choses de tous les jours, de se poser comme sujet d’étude ce qu’il y a de plus
général et de plus ordinaire ». On peut donc dire que l’étonnement se produit
devant ce qui est habituel et dont la nature nous offre chaque jour le spectacle.
On retrouve la même idée chez Bertrand Russel qui dit : « Dès que nous commençons à
penser conformément à la philosophie, au contraire, nous voyons que même les choses
les plus ordinaires de la vie quotidienne posent des problèmes auxquels on ne
trouve que des réponses incomplètes ».
Pour les Milésiens, chez qui la philosophie est née, c’est l’étonnement qui
engendre la philosophie. L’étrangeté d’un phénomène, au lieu de susciter le
sentiment du divin, éveille plutôt l’esprit en forme de questions.
c- Philosophie et sens commun
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Le sens commun est un ensemble d’opinions, de croyances et de certitudes tenues
pour vraies et supposées indiscutables. C’est ce que Martin Heidegger appelle le «
on » qu’on retrouve dans la formule « on a dit ». Ce n’est pas parce qu’on a dit
une chose que c’est vrai. Les certitudes du sens commun sont partagées par la
majorité de la société, mais elles peuvent se révéler fausses comme les
superstitions, les préjugés, les illusions et les dogmes. L’homme du sens commun ne
se pose pas de question, il pense que le monde est évident. Il prend les choses
telles qu’elles sont et n’a pas besoin de se poser des questions. Comme le dit
Bertrand Russel, l’homme du sens commun c’est celui qui « n’a reçu aucune teinture
de philosophe » et il est « prisonnier de préjugés dérivés du sens commun, des
croyances habituelles à son temps ou à son pays ». Russel dégage ici l’identité de
l’homme du sens commun. Ce dernier ne critique pas et ne s’interroge pas sur ce que
tout le monde a dit. Contrairement à lui, le philosophe encourage l’esprit
critique. Il s’arme du doute pour examiner et analyser tout ce qu’on lui dit. Il se
méfie des traditions, des coutumes et remet tout en cause comme l’a enseigné
Vladimir Jankélévitch qui dit: « Philosopher revient à ceci : se comporter à
l’égard du monde comme si rien n’allait de soi» (La Mauvaise Conscience). En
d’autres termes, pour le philosophe, rien n’est évident.
Le but de la philosophie est de corriger les fausses certitudes, les illusions et
erreurs du sens commun ou de la philosophie elle-même. Elle est une critique de
tous les savoirs, opinions, croyances, réflexions philosophiques etc. L’esprit
critique se manifeste par une remise en question ou, du moins, une « mise à
questions » de toute affirmation, de tout jugement. La critique est une exigence
fondamentale de la philosophie. Elle constitue, selon Marcien Towa (philosophe
camerounais contemporain), le début véritable de l’exercice philosophique. Il dit à
ce sujet : « La philosophie ne commence qu’avec la décision de soumettre l’héritage
philosophique et culturel à une critique sans
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complaisance. Pour le philosophe, aucune donnée, aucune idée si vénérable soit-
elle, n’est recevable avant d’être passée au crible de la pensée critique ».
Sujets
Texte : Le doute libérateur
* La philosophie est la science qui met fin au règne des certitudes. Cette
La valeur de la philosophie doit, en réalité, surtout résider dans son caractère
définition de la philosophie vous paraît-elle recevable ?
incertain même. Celui qui n’a aucune teinture de philosophie traverse
l’existence, prisonnier des préjugés dérivés du sens commun, des croyances * Faire
de la philosophie, ce n’est pas poser un savoir, c’est contredire un
habituelles à son temps ou à son pays et de conviction qui ont grandi en lui passé,
ruiner des certitudes. Qu’en pensez-vous ?
sans la coopération ni le consentement de la raison.
Pour un tel individu, le monde tend à devenir défini, fini, évident : les objets *
La certitude est le signe d’une pensée morte. Qu’en pensez-vous ?
ordinaires ne font pas naître des questions et les possibilités peu familières
sont rejetées avec mépris. Dès que nous commençons à penser conformément * La
philosophie est-elle une entreprise de remise en cause de toutes les
à la philosophie, au contraire, nous voyons, que mêmes les choses les plus
certitudes ?
ordinaires de la vie quotidienne posent des problèmes auxquels on ne trouve
q*u«eLdaesprhéiplosnospeshiterènseinncoumspplaèrteasît. pas recherche de savoir. Au
contraire, elle
Lnoausphpialorasîotpdhiises,olbuiteionnqdue’etloluetnseavsooiritacpqausisen».mQeuse
ullrerdéeflenxoiouns vdounsnesurgagvèerce
certitude la réponse aux doutes qui nous assiègent, peut tout de même ce propos ?
suggérer des possibilités qui élargissent le champ de notre pensée et délivre
celle-ci de la tyrannie de l’habitude. Tout en ébranlant notre certitude * Douter
est-ce renoncer à la vérité ?
concernant la nature de ce qui nous entoure, elle accroît énormément notre
c*oLnnaatiâscsahnecdeedl’aupnheilroésaolpithéiepeosts-ieblle deet
ndoifufsérdeénbtear;raeslsler dfaeitnodsisiplaluratiîotrnes elet dporégjmugaétiss?
me quelque peu arrogant de ceux qui n’ont jamais parcouru la région du doute
libérateur, et elle garde intact notre sentiment d’émerveillement en
nous faisant voir les choses familières sous un aspect nouveau.
Bernard Russel, Problèmes de philosophie.
d- Conflit entre la philosophie, la société et la religion
Le philosophe est mal vu dans la société à cause de son esprit subversif, critique
et contestataire. C’est ce qui explique le conflit qui oppose la philosophie à la
religion, mais aussi à la société. La religion est fondée sur des vérités absolues
que le croyant admet sans en douter, alors que c’est le doute qui constitue le
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fondement de la philosophie. Car la philosophie est une entreprise qui va en guerre
contre tous les savoirs constitués en dogmes, elle s’inscrit dans la dynamique
perpétuelle de remise en question.
La question des rapports entre la philosophie et la société se pose parce que la
philosophie est victime de préjugés souvent négatifs. Ces rapports sont parfois
caractérisés par une violente attitude de rejet, car le philosophe est souvent
perçu comme un homme marginal qui a des comportements atypiques. La philosophie n'a
pas manqué de connaître des heurts plus ou moins durs avec la société. C’est le cas
d’Anaxagore qui a été forcé à l’exil pour athéisme et qui, par la suite, a payé une
lourde amende. Protagoras aurait tombé du haut d’une falaise en fuyant Athènes où
il était accusé d'athéisme. Socrate a été condamné à mort sous les chefs
d'accusation de corruption des mœurs de la jeunesse et d’impiété, mais aussi de
rejet des lois de la cité. Giordano Bruno a été brûlé vif pour sa théorie de
l’univers infini (contre Aristote pour qui l’univers est fini), son rejet de la
transsubstantiation de la trinité, son blasphème contre le Christ et sa négation de
la virginité de Marie. Spinoza a été excommunié et exclu de la synagogue pour sa
théorie de l’immanence de Dieu. Galilée a failli être condamné à mort pour avoir
soutenu que la terre est ronde et qu’elle tournait autour du soleil. Il a
finalement été contraint à changer d’avis pour avoir la vie sauve.
C’est dire que bien des philosophes ont souffert pour avoir défendu des positions
que l’Eglise ne partageait pas. Pour rappel, la philosophie a été la servante de la
théologie pendant plusieurs siècles, et il était inadmissible qu’un penseur
soutienne des théories contraires à celles de l’Eglise. Les hommes de l’Eglise
utilisaient la philosophie, surtout les textes d’Aristote, pour confirmer les
écritures saintes. Tous ceux qui défendaient des pensées qui remettaient en cause
les écritures saintes en faisaient les frais. C’est au 18ème siècle, dit siècle des
Lumières, que la philosophie est enfin sortie de la tutelle de la religion grâce à
de libres penseurs comme Voltaire, Diderot etc. Le siècle des Lumières a ainsi
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ouvert une ère où les philosophes pouvaient s’en prendre à la religion sans
craindre des représailles. Les adversaires les plus redoutables de la religion sont
incontestablement Nietzsche, Marx et Auguste Comte qui considèrent que la religion
et Dieu sont une invention de l’homme. Marx dira que « la religion est l’opium du
peuple » tandis que Nietzsche, dans une formule osée, annoncera que « Dieu est mort
».
Sujets
La religion peut-elle avoir la même fonction que la philosophie ? La religion est-
elle aliénation ?
III- Histoire de la philosophie
Faire l’histoire de la philosophie revient à étudier les différentes doctrines
philosophiques. L’histoire de la philosophie consiste à reconstruire, comprendre,
interpréter et critiquer les positions et thèses des penseurs comme Platon,
Aristote, Descartes, Kant, Hegel etc. Nombre de penseurs en appellent aux
philosophies antérieures pour les appuyer, pour s'en inspirer ou encore pour les
critiquer. L’histoire de la philosophie peut être divisée en trois époques : la
philosophie antique, la philosophie médiévale et la philosophie moderne.
-La philosophie antique
La question fondamentale qui occupait les philosophes de l’antiquité était celle du
principe de toute chose. Cette époque a rendu célèbres des philosophes dits
présocratiques comme Thalès qui tenait l'eau pour le principe de toute chose et
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Anaximandre qui soutenait que le principe premier dont dérive toute chose est une
substance infinie qu'il appelait apeiron. Anaximène, désignait l'air comme
l'élément dont est composée toute chose. Héraclite affirma que le feu constitue
l'élément fondamental de l'Univers. Empédocle estime que toute chose est composée
de quatre éléments irréductibles : l'air, l'eau, la terre et le feu. Pythagore
enseignait que l'âme est prisonnière du corps, qu'elle sera délivrée de celui-ci
après la mort et réincarnée dans une nouvelle forme de vie. C’est cette même
théorie que Platon, maître d’Aristote, a développée. Mais le philosophe le plus
célèbre est incontestablement Socrate pour qui philosopher ce n’est pas savoir
beaucoup de choses mais se conduire d’une manière vertueuse. L’antiquité grecque
est également marquée par des écoles philosophiques comme l’épicurisme fondé par
Epicure, le stoïcisme fondé par Zénon et le scepticisme fondé par Pyrrhon. Ces
écoles s’intéressaient à la question « comment bien vivre ? ». Pour elles, la
philosophie doit être comprise comme un mode de vie, non pas uniquement comme une
réflexion théorique.
- La philosophie médiévale
La philosophie médiévale est constituée de penseurs musulmans et chrétiens qui, en
cherchant des arguments convaincants, ont fait appel à la philosophie antique. Les
ouvrages de Platon, d'Aristote et d'autres penseurs grecs furent traduits ou
commentés par des érudits arabes comme Ibn Sinâ (Averroès), Ibn Rushd (Averroès) et
Ghazali. En plus de ces penseurs arabes, il y a eu des penseurs occidentaux qui
étaient à la fois philosophes et théologiens à l’instar de Saint Augustin, Saint
Thomas d’Aquin et Saint Anselme. Ces philosophes musulmans et chrétiens ont tenté
concilier la philosophie et la religion dans le but de fournir des fondements
rationnels à leurs convictions religieuses.
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- La philosophie moderne et contemporaine
Cette ère est marquée par les 18ème 19ème et 20ème siècles. Au 18ème siècle, la
philosophie s’est libérée de la théologie et les philosophes n’avaient plus à
craindre des représailles. La théologie n’avait plus de pouvoir sur la philosophie
après plusieurs siècles de domination. Les philosophes les plus connus de cette
époque sont Descartes, Spinoza, Kant, Hegel, Nietzsche, Rousseau, Jean Paul Sartre
etc.
IV- Les écoles philosophiques de l’antiquité grecque
La philosophie doit être comprise comme une manière de vivre, non pas seulement
comme une réflexion théorique. Autrement dit, être philosophe c’est vivre et agir
d’une certaine façon. L’idée que la philosophie est un art de vivre a ainsi amené
certains philosophes à imaginer qu’ils devaient guider les hommes et les aider à
vivre correctement. Ceci explique la naissance, dans l’antiquité, d’écoles
philosophiques comme le stoïcisme, l’épicurisme et le scepticisme.
- L’épicurisme fondé par Epicure soutient que le but de la vie est d'atteindre le
maximum de plaisirs et d’éviter le maximum de douleur, c'est-à-dire chercher le
plaisir et fuir la douleur. Pour Epicure, le plaisir résulte de la satisfaction des
besoins qui sont de trois types : les besoins naturels et nécessaires (manger,
boire et dormir), les plaisirs naturels et non nécessaires (les plaisirs sexuels
par exemple) et les besoins ni naturels ni nécessaires (fumer, se droguer etc.).
Les épicuriens disent que l’homme doit chercher la satisfaction des besoins
naturels et nécessaires et éviter les excès. Ils estiment que « vivre heureux,
c’est vivre caché », c'est-à-dire fuir la gloire, la richesse, le pouvoir etc. qui
peuvent être source de souffrance. En sommes, pour les épicuriens, tout ce dont la
possession engendre plus de douleur que de plaisir (pas au sens d’érotisme mais
d’ataraxie) est à éviter. Ils recommandent de vivre loin des excès, de la luxure et
d’adopter
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une conduite sobre. « Un peu d’eau, un de pain, un peu de paille pour dormir, une
peu d’amitié suffisent pour être heureux », disent-ils.
- Le stoïcismefondé par Zénon rejette les biens matériels. Les stoïciens
enseignaient qu’on ne peut atteindre la liberté et la tranquillité qu'en étant
insensible au confort matériel et à la fortune. Ils enseignent que chaque être
humain est une partie de Dieu et que tous les hommes constituent une famille
universelle. Les stoïciens font également la différence entre ce qui dépend de nous
(nos pensées) et ce qui ne dépend pas de nous (les décrets de Dieu). Ils
recommandent à l’homme d’accepter courageusement ce qui lui arrive et qui ne dépend
pas de lui. Parmi leurs slogans, on peut retenir celui-ci : « Supporte et abstiens-
toi » et ce n’est qu’à cette condition que l’homme vivra heureux. L’homme doit
savoir souffrir en silence et accepter tout ce qui ne dépend pas de lui. C’est ce
que les stoïciens résument en ces mots : « Le destin mène celui qui veut et traîne
ce qui ne veut pas ».
- Le scepticisme fondé par Pyrrhon considère que l’homme ne peut atteindre ni la
vérité ni la connaissance ni la sagesse. Pour les sceptiques, le chemin du bonheur
passe par une suspension complète du jugement. Leur philosophie, c’est que rien
n’est vrai. Contrairement au doute méthodique de Descartes qui est
Sujets
* La philosophie peut-elle aider à mieux vivre ?
* La philosophie est plutôt une façon d’être qu’un savoir. Qu’en pensez-vous ?
provisoire, le doute des sceptiques est permanent, ils doutent pour le plaisir de
douter.
V- Caractéristiques de la réflexion philosophique
La réflexion philosophique est caractérisée par la critique. L’esprit critique est
un esprit d’analyse et d’examen ; il s’oppose au sens commun. Philosopher,
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c’est se poser des questions en permanence et Karl Jaspers l’a résumé en ces termes
: « Les questions en philosophie sont plus essentielles que les réponses et chaque
réponse devient une nouvelle question ». En philosophie, les questions ne sont pas
posées, elles se posent; mieux, elles s’imposent. Parler des caractéristiques de la
réflexion philosophie revient à dire ce qu’est la philosophie et à l’opposer au
mythe, à la religion et à la science.
1- Philosophie et mythe
Le mythe est un récit imaginaire où interviennent des êtres surnaturels dont
l’action serait à l’origine du monde. Le récit mythique est cru de façon dogmatique
par les membres du groupe social, on ne le critique pas : on y croit sans chercher
à avoir des preuves. Exemple de mythe, on peut citer l’histoire d’Adam et d’Eve. En
effet, d’après les religions révélées, Adam et Eve ont été chassés du paradis pour
avoir désobéi à Dieu. Ensuite, ils ont été envoyés sur terre où ils seront obligés
de travailler pour vivre. Ce récit a pour fonction de justifier l’origine du
travail. Mais, il ne faut pas croire que le mythe est irrationnel. Au contraire,
elle témoigne d’une « rationalité » certes différente de la pensée philosophique.
En fait, à l’instar de la philosophie, le mythe aussi cherche à fournir une
explication du monde, des phénomènes divers pour apaiser la curiosité humaine.
Fondamentalement, la différence réside dans le fait que là où la philosophie se
pose des questions, le mythe apporte des réponses. Au demeurant, la philosophie et
le mythe sont deux domaines de la raison, mais différents par la démarche. Ils
s’efforcent d’apaiser la curiosité insatiable de l’homme.
Le mythe a pour fonction de justifier ce qui existe, de dire comment les choses
sont ce qu’elles sont et pourquoi les hommes doivent adopter tels comportements. Il
est irrationnel alors que la philosophie est rationnelle. Là où la philosophie se
pose des questions sans prétendre les solutionner, le mythe lui,
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apporte des réponses à toutes les questions de l’homme pour apaiser sa curiosité.
Dès l’avènement de la philosophie, le mythe devait être dépassé. Pourquoi est-il
toujours présent dans l’œuvre de Platon ? Quelle place occupe-t-il dans sa
philosophie ? Dans l’œuvre de Platon, le mythe a une fonction pédagogique. Pour
expliquer quelque chose, Platon part de ce que les Athéniens connaissent. Autrement
dit, il les retrouve dans leurs croyances pour leur expliquer des vérités a priori
inaccessibles par la raison. En bref, la philosophie se sert du mythe comme moyen
d’illustration d’un argument.
2- Philosophie et religion
Les rapports entre la philosophie et la religion ont souvent été difficiles. Un
conflit existe entre elles : le philosophe est perçu comme un athée tandis que le
religieux est vu comme un borné ou comme quelqu’un qui ne réfléchit pas. Tiré du
latin religare, la religion signifie lien que l’homme entretient avec une force
extérieure nommée Dieu et qui exige une soumission à lui. La religion est censée
dire une vérité absolue, incontestable, indiscutable pour le croyant. Ce dernier
considère comme vrai tout ce que disent les textes sacrés et il interprète toutes
choses en fonction de la religion. La religion est fondée sur la foi et repose sur
des dogmes, c’est à dire des vérités absolues. A l’opposé, le discours
philosophique est humain, libre et critique. Ce n’est plus Dieu qui parle aux
hommes, mais c’est un homme qui s’adresse à ses semblables. Pour toutes ces
raisons, la religion s’oppose à la philosophie qui, elle, est fondée sur l’esprit
critique alors pour le croyant, le doute n’est pas permis. Le philosophe doit avoir
un esprit de doute et de remise en question. Avec son esprit libre et critique, il
s’attaque à tout, même à la religion. Cette dernière va ainsi subir des critiques
de la part de philosophes comme Karl Marx qui la considère comme « l’opium du
peuple ». Pour lui, c’est l’homme qui a inventé Dieu. Nietzsche, pour sa part,
proclame la mort de Dieu, tandis que Sartre fera de l’existence de Dieu une
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présence sans incidence sur le monde. A travers ces philosophes athées, il est aisé
de constater que philosophie et religion ont eu des rapports complexes depuis leur
origine, mais il serait exagéré d’y voir une opposition radicale. Loin de
s’exclure, elles entretiennent une relation réciproque.
Certes, elles n’ont pas le même fondement, car la philosophie repose sur la raison
et la religion sur la foi. Mais à bien des égards, elles traitent des mêmes
questions. En effet, toutes les questions que soulèvent la métaphysique comme
celles qui sont liées à Dieu, à l’âme, au destin etc. trouvent leur réponse dans la
religion, de sorte qu’on a pu dire que la philosophie pose des questions et la
religion y apporte des réponses. C’est ce que montre Blaise Pascal selon qui la
religion et la philosophie sont deux genres distincts. A son avis, l’homme est
raison et cœur et il peut atteindre la vérité soit par le cœur soit par la raison.
Mais Pascal précise qu’il y a des choses que la raison ne peut pas savoir à
l’exemple de Dieu, et c’est au cœur de le sentir. C’est pourquoi il dit que « Dieu
ne se prouve pas, il s’éprouve ». Poursuivant cette même idée, il affirme dans sa
Pensée 277 : « Le cœur a ses raisons que la raison ne connaît pas ». Saint Augustin
parle d’une ressemblance entre religion et philosophie. Pour lui, il y a une
similitude entre les textes bibliques et ceux de Platon. Il sera amené à conclure
que la philosophie ne peut nous permettre d’atteindre la vérité et qu’elle doit se
subordonner (soumettre) à la religion. Saint Thomas d’Aquin pense lui aussi que foi
et raison peuvent atteindre la vérité, mais il accorde la supériorité à la foi.
Spinoza soutient que entre la philosophie et la religion, il n’y a pas de parenté.
Il dit : « Ni la théologie ne doit être servante de la raison, ni la raison celle
de la théologie, mais l’une et l’autre ont leur royaume propre ».
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Texte : Y a-t-il conflit entre philosophie et religion ?
La philosophie entre en conflit avec la religion, du fait que celle-ci se veut
l’autorité absolue tant dans le domaine de la vérité que dans celui de la pratique.
Mais la vérité de la religion se présente comme un donné extérieur en présence
duquel on s’est trouvé. Cela est particulièrement net dans les religions dites
révélées ; celles dont la vérité a été annoncée par quelque prophète, quelque
envoyé de Dieu. Ainsi dans la religion « le contenu est donné, il est considéré
comme au-dessus ou au-delà de la raison ». La religion conçoit l’esprit humain
comme borné, limité et ayant donc besoin que les vérités essentielles pour l’homme,
que sa raison infirme serait incapable de découvrir par elle-même, lui soient
révélées d’une façon surnaturelle et mystérieuse. Mais l’idée d’une vérité au-delà
de la raison, inaccessible naturellement à l’esprit humain, est absolument
inconcevable par la philosophie qui repose sur le principe diamétralement opposé
selon lequel la pensée ne doit rien admettre comme vrai qui n’ait été saisi comme
tel par la pensée. L’homme est certes un être borné, fini - sauf du côté où il est
esprit. « Le fini concerne les autres modes de son existence (...) ; mais quand,
comme esprit, il est esprit alors il ne connaît pas de limites. Les bornes de la
raison ne sont que les bornes de la raison de ce sujet-la, mais s’il se comporte
raisonnablement l’homme est sans bornes, infini.
Marcien Towa : Essai sur la problématique philosophique dans l’Afrique actuelle
Sujet
Est-il légitime d’opposer philosophie et religion ?
3- Philosophie et science
a- L’histoire d’une rupture
Etudier le rapport entre philosophie et science revient à cerner étroitement leur
relation dialectique depuis leur apparition jusqu’à nos jours. Elles sont nées au
6ème siècle avant Jésus Christ à partir d’une rupture avec les premières approches
du réel. Insatisfaits des explications données par le mythe, la magie et la
religion, les premiers penseurs vont expliquer le cosmos en faisant appel à la
17
raison. On assiste, dès lors, à la naissance de la pensée rationnelle. Ces premiers
penseurs étaient en même temps des philosophes et des savants à l’instar de Thalès,
de Pythagore, d’Euclide, d’Archimède etc. Philosophie et science ont donc cheminé
ensemble pendant longtemps. Cependant, même s’il est incontestable que philosophie
et science étaient quasi indissociables, force est de constater que chacune a pris
son autonomie à partir de la seconde moitié du 17é siecle. Les sciences se sont
progressivement libérées de l’impérialisme philosophique grâce à l’intervention des
Mathématiques. En effet, les mathématiques vont servir de langage aux autres
sciences (sciences expérimentales et scienecs humaines) en leur offrant leur
méthode, leur précision, leur raisonnement formel, leur calcul et leur
vérification.
A l’origine, la philosophie était présentée comme la mère de toutes les sciences.
Elle était une discipline encyclopédique, répondant au vœu d’Aristote qui la
définissait comme le « savoir de la totalité ou la totalité du savoir ». Au fil des
siècles, les progrès des sciences finissent par prendre le dessus en rendant
impossible la maîtrise du savoir total par un seul homme. La philosophie comme
savoir encyclopédique devient ainsi chimérique (fictif ; imaginaire). La science
prit alors son autonomie avec Francis Bacon qui, au début du 17ème siècle, inaugure
la rupture en introduisant la méthode expérimentale. Dans le même siècle, suivirent
la physique avec Newton et Galilée, l’astronomie de Kepler. Au 18ème siècle, la
biologie fera de même avec Claude Bernard et les sciences sociales (la sociologie,
la psychologie) au 20ème siècle conclurent définitivement la séparation entre la
philosophie et la science. Il ne sera désormais laissé à la philosophie que la
logique et la métaphysique. Ainsi, de la pensée encyclopédique du philosophe
comprenant tous les domaines du savoir, émerge la pensée du scientifique qui porte
sur un objet particulier avec une méthode d’étude particulière.
b- Différence de méthodes, d’orientations et de préoccupations
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La science est caractérisée par son objectivité alors que la philosophie est
marquée par la subjectivité. Lorsque les philosophes posent la même question, ils y
apportent des réponses différentes, subjectives. C’est parce que chaque philosophie
exprime les sentiments de son auteur, ses convictions personnelles, ses croyances.
Il y a une pluralité en philosophie alors que dans les sciences il y a une unité.
La science est caractérisée par son exactitude parce qu’elle produit les
instruments de vérification de ses théories. La procédure de la science est
particulière: elle passe par l’observation,l’hypothèse, l’expérimentation, la
vérification et l’élaboration d’une loi universelle. La science dit ce qui est en
se posant le « comment », mais la philosophie s’intéresse à ce qui devrait être et
se pose le « pourquoi ». Quand le savant se demande comment les choses se
produisent, le philosophe, par la spéculation, se demande le pourquoi des choses.
La science va du sujet vers l’objet : elle est cosmocentrique alors que la
philosophie va du sujet vers le sujet : elle est humaniste.
La philosophie et la science ne s’opposent pas radicalement. Elles sont, à bien des
égards, complémentaires. Car la philosophie réfléchit sur la science et c’est ce
qui fonde l’épistémologie. La philosophie redevient une conscience de la science et
non une concurrence pour celle-ci. Elle s’érige en gardienne face aux dangers
multiples que l’usage des découvertes scientifiques fait courir à l’humanité.
Pierre Fougeyrollas écartait toute compétition entre la science et la philosophie
en affirmant : « Toute compétition entre la science et la philosophie serait
ruineuse pour celle-ci ».
Par ailleurs, même si la science est une connaissance exacte, elle a cependant des
limites internes et des limites externes. Les limites externes concernent toutes
les questions qui sont hors de son domaine d’investigation, ce sont les questions
métaphysiques ou éthiques. Ces préoccupations sont prises en compte par la
philosophie. Les limites internes se rapportent à la connaissance scientifique qui
n’est pas figée, immuable : elle progresse, ce qui explique le
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progrès scientifique. Il faut souligner, enfin, que la science peut avoir sur
l’homme un impact positif comme négatif (les armes, les manipulations génétiques,
la pollution de l’air etc.). Et c’est précisément à ce niveau que la philosophie
intervient pour réfléchir sur la science. Cette réflexion est appelée
épistémologie.
Texte
Pour quiconque croit à la science, le pire est que la philosophie ne fournit pas de
résultats apodictiques, un savoir qu’on puisse posséder. Les sciences ont conquis
des connaissances certaines, qui s’imposent à tous ; la philosophie, elle, malgré
l’effort des millénaires, n’y a pas réussi. On ne saurait le contester : en
philosophie il n’y a pas d’unanimité établissant un savoir définitif. Dès qu’une
connaissance s’impose à chacun pour des raisons apodictiques, elle devient aussitôt
scientifique, elle cesse d’être philosophie et appartient à un domaine particulier
du connaissable.
A l’opposé des sciences, la pensée philosophique ne parait pas non plus progresser.
Nous en savons plus certes, qu’Hippocrate, mais nous ne pouvons guère prétendre
avoir dépassé Platon. C’est seulement son bagage scientifique qui est inférieur au
nôtre. Pour ce qui est chez lui à proprement parler recherche philosophique, à
peine l’avons-nous rattrapé.
Karl Jaspers, Introduction à la philosophie.
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Notes
La philosophie refuse toute définition et toute délimitation
Pythagore enseignait que l'âme est prisonnière du corps, qu'elle sera délivrée de
celui-ci après la mort et réincarnée dans une nouvelle forme de vie, supérieure ou
inférieure selon le degré de vertu auquel elle est parvenue. La fin suprême de
l'homme serait de purifier son âme en cultivant les vertus intellectuelles, en
s'abstenant des plaisirs sensuels et en accomplissant divers rites religieux. Il
dit : « La vie des hommes est semblable à ces grandes assemblées qui se réunissent
à l’occasion des grands jeux publics de la Grèce où les uns se rendent pour vendre
et acheter, d’autres pour gagner des couronnes, d’autres enfin pour être simples
spectateurs. De la même manière, les hommes venus dans ce monde recherchent les uns
de la gloire, d’autres les biens matériels et d’autres, un petit nombre, se livrent
à la contemplation, à l’étude de la nature des choses : ce sont les philosophes »
Autre version : celle de (Diogène Laërce : Vies des philosophes). Pythagore compare
la vie à une foire et dit : « Dans la foule qui y assiste, il y a trois groupes
distincts : les premiers viennent pour lutter, les autres pour faire du commerce et
les autres encore qui sont des sages se contentent de regarder. De même dans la
vie, les uns sont nés pour être esclaves de la gloire ou de l’appât du gain, les
autres qui sont des sages ne visent que le savoir. »
La philosophie serait née de l’échec des premiers modes de connaissance à
satisfaire la curiosité des hommes. Il s’agit du mythe, de la magie et de la
religion.
Calliclès a adressé à Socrate une critique en lui reprochant de toujours se
consacrer à la réflexion philosophique et il prétend que le plus important c’est la
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recherche des richesses matérielles et du pouvoir. Cette priorité accordée aux
biens mondains peut être résumée dans cette célèbre formule : « Vivre d’abord,
philosopher ensuite ».
Karl Jaspers : « La philosophie se trahit elle-même lorsqu’elle dégénère en
dogmatisme, c'est-à-dire en un savoir, ni en formule définitive, ni complète » «
L’étonnement engendre l’interrogation et la connaissance ».
Gaston Bachelard: Deux hommes, s’ils veulent s’entendre, ont du se contredire ; la
vérité est fille de discussion, non pas fille de sympathie »
L’histoire de la philosophie présente une multiplicité de systèmes philosophiques
au point que l’on se demande si cette diversité ne serait pas un argument contre la
philosophie. Chaque philosophe vante sa conception, prétendant qu’elle vaille
mieux. Mais aucune philosophie n’a pu enterrer l’autre, et c’est ce que dit Georges
Gusdorf dans Traité de métaphysique : « Aucune philosophie n’a pu mettre fin à la
philosophie bien que ce soit le vœu secret de toute philosophie ». Cette diversité
de points de vue n’est pas pour autant un handicap pour la philosophie. Au
contraire, elle lu permet de s’enrichir de nouvelles idées.
Différences entre science et philosophie
Différences de préoccupation : La philosophie se caractérise par ce désir
d’expliquer l’homme tant du côté de son comportement (psychologie), du côté de son
milieu social (sociologie, anthropologie) que du côté de ses relations avec
d’autres êtres supérieurs (métaphysique). Elle place l’homme au cœur de ses
préoccupations, ce qui n’est pas le cas de la science qui se limite à expliquer les
phénomènes de la nature, considérant l’homme absent de ses analyses, d’où son
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objectivité. Conséquence, la science est cosmocentrique alors que la philosophie
est humaniste.
Différence d’orientation : La science va du sujet vers l’objet alors que la
philosophie va du sujet vers le sujet. Philosopher revient à se placer du point de
vue axiologique, c'est-à-dire s’interroger sur la valeur de la connaissance, de
l’intérêt de l’existence etc. Où va l’homme ? D’où vient-il ? Que lui est-il permis
d’espérer ? Quelle est sa destinée ? Là sont des questions intrinsèques à la
philosophie. Quand le savant se demande comment les choses se produisent, le
philosophe, par la spéculation, se demande le pourquoi des choses. Par exemple,
pourquoi y a-t-il de monde plutôt que rien ? Pourquoi l’homme existe- t-il pour
mourir ?
Platon dit dans la République ce qu’il faut pour qu’une société soit bien
gouvernée. Pour lui, chaque classe sociale doit respecter sa place et que les
philosophes soient rois ou bien que les rois soient des philosophes.
Pierre Fougeyrollas exposant la conception du sens commun de la philosophie
L’activité scientifique, selon Pierre Fougeyrollas, nous conduit de victoire en
victoire pendant que la philosophie paraît une activité oiseuse. Fougeyrollas met
l’accent sur l’inutilité et l’inefficacité de la philosophie devant les progrès
scientifiques spectaculaire dans les domaines de l’automobile, de l’audiovisuel, de
la téléphonie, de l’astronomie, de l’ordinateur, de la conquête de l’espace etc. Il
ajoute : « Comparée aux techniques, l’activité philosophique semble inefficace,
inutile, parasitaire ». Fougeyrollas expose ici la conception que l’homme du sens
commun a de la philosophie. Il utilise les verbes paraître et sembler pour montrer
que c’est l’homme du sens commun qui voit ainsi la
philosophie.
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Aristote (Métaphysique) «Tous les hommes ont, par nature, le désir de connaître »
Kant Critique de la raison pure : « on ne peut apprendre aucune philosophie...on ne
peut qu’apprendre à philosopher. »
Gusdorf « aucune philosophie n’a pu mettre fin à la philosophie bien que ce soit le
vœu secret de toute philosophie. » (Traité de métaphysique).
En réalité, chaque point de vue enrichit le débat philosophique car comme le montre
Hegel « quelle que soit la diversité des philosophies, elles ont ce trait commun
d’être de la philosophie. » (Phénoménologie de l’esprit).
Kant « Aie le courage de te servir de ton propre entendement » (Réponse à la
question : qu’est-ce les Lumières?)
Deschoux : « Ce que la raison ne peut expliquer, le mythe permet au moins de le
dire » (Platon ou le jeu philosophique).
Karl Jaspers « L’homme ne peut se passer de la philosophie...Aussi est-elle
présente partout et toujours. »
Même si elles semblent divergentes, la philosophie et la science sont
complémentaires, car les faiblesses de l’une sont la force de l’autre et vice
versa.
La philosophie est née de la critique du mythe. Elle est née du mythe mais contre
le mythe, pour parler comme Jean Pierre Vernant. Dans les mythes, on invoque des
êtres surnaturels pour donner un sens à la réalité. Or, les premiers philosophes
vont partir plutôt de la réalité elle-même pour chercher à connaître
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le monde. Au lieu de se limiter à la simple imagination, ils utilisent la raison
comme principal instrument et donnent une explication rationnelle de la réalité.
Jean Jacques Rousseau affirme que les philosophes sont des charlatans dangereux qui
n’ont produit que des « ouvrages (...) d’où s’exhale la corruption des mœurs » ?
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