L’EUROPE ET LA TRAITE ATLANTIQUE
La traite négrière atlantique
Pieter EMMER
RÉSUMÉ
La traite atlantique des esclaves, de l’Afrique au Nouveau Monde, pourrait bien voir été la plus importante
migration maritime de l’histoire. Organisée par les colons européens à partir du XVIe siècle, elle s’explique par la
recherche de main-d’œuvre alors que la population indigène du Nouveau Monde a diminué rapidement en raison
du manque d’immunité contre les maladies importées de l’Ancien Monde. Sur un total d’environ 12 millions
d’Africains embarqués de force, environ 10 millions sont débarqués, du fait de la forte mortalité à bord. Ils arrivent
au Brésil (45 %), dans les Caraïbes britanniques, françaises, néerlandaises et danoises (37 %), en Amérique
espagnole (11 %), et en Amérique du Nord (4 %). Malgré la demande croissante d’esclaves, et bien que florissante,
la traite atlantique est abolie au cours des premières décennies du XIXe siècle, sous la pression des considérations
humanitaires.
Aperçu de la traite d’esclaves en provenance d’Afrique.
Nombre d’esclaves débarqués, classés par destination et par siècle, 1500-1900.
Source : www.slavevoyages.org
Les origines géographiques des esclaves africains.
Source : www.slavevoyages.org
À partir du XVIe siècle, l’expansion européenne n’est pas possible sans les esclaves, dans la mesure où les
Européens redoutent d’émigrer vers les régions tropicales où leur taux de mortalité est fort élevé. C’est ainsi qu’en
Afrique et en Asie, les colonisateurs européens achètent sur place des esclaves. Dans le Nouveau Monde, toutefois,
l’approvisionnement local en esclaves est insuffisant, alors qu’il constitue pour les puissances coloniales la
première région de production de cultures tropicales destinées à l’exportation comme le sucre et le café. La
demande grandissante pour ces produits en Europe incite un grand nombre de compagnies maritimes à acheter
des esclaves sur la côte ouest de l’Afrique, à les faire traverser l’Atlantique sur des navires, et à les vendre à des
propriétaires d’esclaves dans le Nouveau Monde. Ainsi, entre 1500 et 1870, le commerce transatlantique des
esclaves représente l’une des principales migrations humaines de l’histoire, et modifie considérablement la
composition ethnique de la population du Nouveau Monde. Au total, sur environ 12 millions d’Africains embarqués
de force, environ 10 millions sont débarqués, en raison de la forte mortalité à bord : au Brésil (45 %) ; dans les
Caraïbes britanniques, françaises, néerlandaises et danoises (37 %) ; en Amérique espagnole (10,7 %) ; et en
Amérique du Nord (3,6 %). Les bateaux négriers proviennent du Portugal et du Brésil portugais (47,6 %), de
Grande-Bretagne (25,5 %), de France (10,8 %), d’Espagne et d’Amérique espagnole (8,2 %), des Pays-Bas (4,4 %),
des colonies d’Amérique du Nord/États-Unis (2,3 %), du Danemark et des États baltes (0,8 %).
Les fondements culturels, démographiques et économiques de la traite atlantique
Trois raisons – chacune propre à un continent – expliquent le développement du commerce des esclaves de part et
d’autre de l’Atlantique. La première est la forte demande de main-d’œuvre dans le Nouveau Monde, où la
population amérindienne a rapidement décliné après l’arrivée des premiers explorateurs européens. En effet, les
Amérindiens n’étaient pas immunisés contre les maladies communes importées de l’Ancien Monde, telles que la
grippe, la scarlatine ou même un simple rhume. Selon certaines estimations, le déclin de la population
amérindienne aurait ainsi atteint 40 %. Si ce phénomène a permis aux envahisseurs européens de conquérir
d’importantes étendues de terres sans grande résistance, les colonies du Nouveau Monde ne peuvent cependant
générer des profits qu’avec une main-d’œuvre en quantité suffisante. Or, en ces terres tropicales, la culture de
produits d’exportation comme le sucre et le tabac, destinés aux marchés européen et nord-américain, nécessite un
nombre considérable de travailleurs. Pour cela, les Espagnols et les Portugais réduisent en esclavage une partie
des Amérindiens, mais ils font aussi venir des esclaves de leur pays d’origine – les esclaves africains sont monnaie
courante en Espagne et au Portugal. Toutefois, leur nombre est insuffisant, alors que des pays comme la France,
l’Angleterre et les Pays-Bas, qui commencent au XVIIe siècle à y installer eux aussi des colonies, n’en comptent
aucun.
La deuxième raison tient à ce que les Européens ne s’asservissent pas les uns les autres, malgré les conflits
violents, les multiples guerres civiles, la grande pauvreté, et la persécutions de minorités telles que les Irlandais ou
les Huguenots. Certes, des captifs de la conquête de l’Irlande par les Anglais, de la guerre civile anglaise et des
guerres de religion en France sont envoyés de force en Amérique, mais en nombre insuffisant ; en outre, leurs
enfants – s’ils en ont – naissent libres et ne peuvent être longtemps contraints au travail forcé.
Au début des colonies anglaises, françaises et néerlandaises, il n’apparaît pas nécessaire de chercher de la main-
d’œuvre hors d’Europe, dès lors qu’on en trouve par des contrats d’engagement. Dans les ports d’Angleterre, de
France et des Pays-Bas, de jeunes hommes à l’esprit aventureux signent de leur plein gré un contrat par lequel ils
s’engagent à travailler quelques années en échange de la gratuité du voyage vers les colonies, de nourriture et
d’un logement sur place. Entre 1625 et 1660, au moins 60 000 travailleurs migrent ainsi vers les Antilles,
principalement à la Barbade. Cette petite île des Caraïbes devient d’ailleurs en peu de temps la zone la plus
densément peuplée du Nouveau Monde avec 77 colons par kilomètre carré alors que, durant la période précédente
de la colonisation espagnole, la région des Caraïbes ne comptait pas plus d’un colon pour cent kilomètres carrés. À
partir des années 1650, le nombre d’engagés décline rapidement, quand les premiers volontaires rentrent au pays
et témoignent des conditions de travail et de vie abominables, du dur labeur et de la mortalité élevée dans les
sociétés de plantations par ailleurs exclusivement masculines. Or il n’est guère possible pour les gouvernements
européens de contraindre leurs sujets à émigrer en ces terres.
La troisième explication est à chercher en Afrique, où l’esclavage et la traite se pratiquent depuis plusieurs siècles.
Ce commerce prospère est déjà bien organisé, avec des marchés, des courtiers et une longue expérience du
transfert d’esclaves d’une région à l’autre. Les Européens naviguant sur la côte occidentale de l’Afrique n’ont donc
qu’à offrir davantage que les négriers africains et arabes pour obtenir autant d’esclaves qu’ils le souhaitent. Ces
trafics ne se concurrencent d’ailleurs qu’assez peu entre eux : les acheteurs européens recherchent des esclaves
masculins, tandis que les propriétaires d’esclaves en Afrique et au Proche-Orient préfèrent acquérir des femmes,
parce qu’elles peuvent être employées pour une grande variété de tâches et parce qu’elles sont à même de fournir
à leurs maîtres une descendance.
Les premiers négriers transatlantiques sont les Portugais, qui manquent cruellement de main-d’œuvre dans leur
colonie. Les Espagnols sont confrontés à la même pénurie, mais ne peuvent acheter des esclaves en Afrique en
raison du traité de Tordesillas. Établi sous l’égide du pape en 1494, ce traité partage le monde extra-européen en
deux : l’Afrique, ainsi qu’une partie de l’Amérique latine et de l’Asie sont octroyées à la couronne portugaise ; le
reste – les Amériques essentiellement, à cette date partiellement découvertes – à l’Espagne. Par conséquent,
l’Espagne dépend des marchands étrangers pour approvisionner l’Amérique espagnole en esclaves. Soulignons
que le Portugal n’envahit pas l’Afrique – à l’exception de certaines parties de l’Angola – mais il érige une série de
forts le long de la côte pour y pratiquer le commerce ; les produits y sont entreposés et les esclaves rassemblés
avant de prendre la mer.
Après 1600, les Anglais, les Français et les Néerlandais brisent le monopole ibérique dans l’Atlantique et
établissent des colonies dans les zones tropicales et modérées du Nouveau Monde. Durant les premières
décennies, le recours aux esclaves africains demeure nettement plus faible que dans les colonies ibériques en
raison du nombre suffisant de travailleurs sous contrat. Parmi ce deuxième groupe d’envahisseurs, les Néerlandais
se tournent les premiers vers l’esclavage après avoir conquis une partie du Brésil en 1630. Les Français et les
Anglais suivent le mouvement, et chacun concentre le commerce d’esclaves sur une partie distincte de la côte
africaine. Après 1650, les colons anglais passent de la culture du tabac à celle de la canne à sucre, dévoreuse de
main-d’œuvre – en plus de l’achat de moulins coûteux–, alors qu’il devient difficile de trouver des travailleurs sous
contrat. Pendant quelques années, les planteurs peuvent compter sur l’arrivée de prisonniers de guerre irlandais et
royalistes, envoyés aux Antilles comme travailleurs forcés, mais l’offre se tarit après la fin de la guerre civile en
1660. Ils n’ont d’autre choix que de se tourner vers l’Afrique pour se procurer des esclaves.
En réalité, pour les Anglais comme pour les Français, le trafic d’esclaves a commencé un peu plus tôt. Si l’Acte de
navigation votée par le Parlement d’Angleterre en 1651 interdit aux négriers étrangers le commerce dans les
colonies anglaises, c’est parce que les négriers britanniques fournissent déjà aux plantations sucrières des
Caraïbes des esclaves originaires d’Afrique. De leur côté, les planteurs français s’en remettent aux esclavagistes
néerlandais, qui ne peuvent plus vendre d’esclaves au Brésil après la perte de ce dernier au profit des Portugais en
1654. C’est en 1658 qu’une première compagnie française de traite des esclaves est constituée, la Compagnie du
Cap-Vert et du Sénégal. Les Anglais créent en 1672 la Royal African Company, une compagnie bien organisée
disposant du monopole sur la traite. Les Néerlandais fondent la Compagnie des Indes occidentales dès 1621.
Cependant, dans l’Atlantique, les grandes compagnies monopolistiques ne sont pas nécessairement plus efficaces
que les plus petites ou que les simples marchands. Si la grande Compagnie hollandaise des Indes occidentales a
les moyens de s’attaquer au Brésil portugais, l’entreprise se solde néanmoins par la faillite. Les Anglais et les
Français, avec leurs sociétés plus petites, financées par des marchands ou des compagnies de transport,
paraissent plus efficaces et conduisent à des résultats plus durables.
Deux circuits de traite négrière transatlantique coexistent. Les navires en provenance du Portugal et du Brésil
portugais dominent le premier, dirigé vers l’Atlantique sud, même si certains navires venus d’Angleterre, de France
et des Pays-Bas y participent en faisant entrer clandestinement des esclaves en Amérique espagnole. Le second
circuit, vers les Caraïbes, est constitué de bateaux négriers originaires d’Angleterre, de France, des Pays-Bas, mais
aussi de Suède, du Brandebourg et même de Lituanie. Ces deux circuits de traite sont essentiellement séparés,
mais peuvent parfois se croiser sur la côte africaine. Le second circuit connaît son apogée au XVIIIe siècle, avec trois
millions d’esclaves débarqués, tandis que le Brésil et l’Amérique espagnole en reçoivent en nombre similaire au
siècle suivant. Ce décalage quant au besoin de main-d’œuvre résulte d’un développement différencié de
l’agriculture de plantation. Dans les Caraïbes, l’expansion des plantations en nombre et en taille est plus rapide
e
qu’au Brésil et à Cuba, où ce régime agricole n’atteint son apogée qu’au XIX siècle. Non seulement les
importations d’esclaves favorisent ce développement, mais encore elles permettent de compenser le déclin
naturel dû à la forte mortalité dans ces terres de plantation. L’Amérique du Nord constitue une exception : la
population d’esclaves y connaît une forte croissance démographique, similaire à celle de la population libre. Vers
1800, environ 30 % de l’ensemble des esclaves du Nouveau Monde vivent aux États-Unis, alors que ce territoire
n’a accueilli que 3,6 % du total d’esclaves débarqués outre-Atlantique.
D’où viennent les esclaves ?
Les esclaves proviennent de toutes les régions des côtes occidentales de l’Afrique, avec des disparités au fil du
temps. La seule région à exporter constamment des esclaves est l’Afrique du Centre-Ouest, qui fournit environ
40 % du nombre total d’esclaves embarqués. La côte sud-est de l’Afrique ne commence à procurer un nombre
important d’esclaves pour la traite transatlantique qu’après 1800 : d’une part, parce que des navires à voiles plus
rapides permettent alors de réduire le temps nécessaire pour parcourir la distance supplémentaire jusqu’au cap de
Bonne-Espérance et, d’autre part, parce que des patrouilles navales anti-esclavagistes contrôlent désormais les
zones traditionnelles d’exportation le long de la côte ouest de l’Afrique.
La région la plus proche du Nouveau Monde, la Sénégambie, ne fournit qu’un nombre relativement faible
d’esclaves, ce qui tient au fonctionnement du marché des esclaves en Afrique : les Africains décident du nombre
d’esclaves qu’ils souhaitaient vendre, de l’endroit où ils veulent le faire, ainsi que des catégories d’âge et de sexe.
Les Européens préfèrent acquérir des hommes adultes à même de travailler dans le Nouveau Monde, mais doivent
se conformer aux normes et aux valeurs africaines les obligeant à acheter davantage de femmes et d’enfants. Leur
nombre est donc proportionnellement plus important que celui des femmes et enfants chez les migrants libres du
Nouveau Monde. Environ 70 % des femmes et 90 % des enfants qui entrent dans le Nouveau Monde entre 1500 et
1800 sont ainsi originaires d’Afrique et sont réduits en esclavage.
La mortalité parmi les captifs à travers l’Atlantique est élevée, mais elle diminue avec le temps, en particulier sur
les navires en provenance d’Angleterre. Elle varie aussi selon le port d’embarquement sur la côte africaine, ce qui
suggère que la condition physique des esclaves est très variable. Avec la hausse des prix, étendre la zone de
capture devient rentable. Or, quand les esclaves arrivent de régions plus éloignées à l’intérieur des terres, le
nombre de jours à pied jusqu’à la côte augmente, et leur condition physique s’en trouve considérablement
affectée. De plus, en période de sécheresse et de disette, les propriétaires d’esclaves sont amenés à en vendre
certains, ceux dont la condition physique est plus mauvaise. La présence à bord d’un médecin réduit quelque peu
la mortalité, dont le taux remonte néanmoins au cours du XIXe siècle ; une grande part des esclaves est désormais
transportée par des négriers clandestins sans sélection physique préalable et sans les services d’un médecin
pendant le voyage.
L’achat d’esclaves sur la côte africaine
L’achat des esclaves se fait de plusieurs façons. Lorsqu’un navire négrier d’Europe, du Brésil ou bien d’Amérique
du Nord arrive sur la côte africaine, il peut naviguer vers l’un des forts de la côte, de préférence sous le même
pavillon. Le commandant du fort, de même que les marchands africains à proximité, détiennent généralement un
lot d’esclaves permettant au capitaine du navire de se procurer rapidement la quantité souhaitée. Toutefois, la
méthode est coûteuse car une part importante des marchandises apportées depuis l’Europe sont versées en guise
de commission à ces intermédiaires. Une seconde méthode consiste à louer au souverain local un terrain sur la
rive pour y construire une sorte d’entrepôt temporaire, qui sert d’une part au stockage des marchandises
commerciales, et d’autre part au marché où les négociants africains conduisent leurs esclaves. À la fin de chaque
journée, les esclaves achetés sont transportés sur le bateau et logés dans la cale. La méthode la plus utilisée par
les navires européens est de naviguer le long de la côte et d’inviter les négociants à monter à bord avec leurs
esclaves. Les transactions se déroulent généralement sur le pont, où le négociant choisit parmi un assortiment de
marchandises telles que des armes, des textiles, des boissons alcoolisées et des articles ménagers, tandis que le
médecin du navire inspecte l’état physique des esclaves en examinant leurs dents, leur peau, leur couleur de
cheveux et leur condition générale. Le plus souvent, les négociants africains ne montent qu’avec quelques
esclaves, si bien qu’il faut au capitaine plus d’une année sur la côte pour rentabiliser la traversée avec un nombre
suffisant d’esclaves.
Comme ces derniers ne sont pas des passagers consentants, environ une expédition sur dix connaît une rébellion
majeure, qui se produit habituellement lorsque le bateau est encore à proximité de la côte africaine. C’est
d’ailleurs pour cette raison que les bateaux négriers transportent un équipage plus nombreux et davantage
d’armes que pour d’autres activités de commerce. Le développement de la traite négrière en est ralentit, puisque
ces coûts plus élevés signifient aussi des prix plus élevés et donc moins d’acheteurs. En outre, ces soulèvements
influent sur la composition ethnique des esclaves, dès lors que les navires négriers de la côte de Sénégambie, de
la Côte-au-Vent et du Sierra Leone connaissent davantage de rébellions que les navires provenant d’autres régions
africaines.
Le « passage du milieu »
Dans une grande partie de la littérature ancienne, le trajet de l’Afrique vers le Nouveau Monde est généralement
décrit comme la partie la plus mortelle du voyage. Les esclaves sont détenus dans des conditions insalubres dans
la cale du navire et ne peuvent passer qu’une courte période sur le pont, enchaînés et si le temps le permet.
L’expédition transatlantique, appelée « passage du milieu », peut prendre six à huit semaines. Les esclaves les
plus faibles couraient un risque élevé de mourir, comme les femmes enceintes, les enfants, et les nourrissons. Pour
autant, le passage du milieu n’est qu’une étape d’une épreuve beaucoup plus longue. En effet, la plupart des
esclaves doivent d’abord marcher jusqu’à la côte, sur une distance qui s’allonge au fil du temps. Le taux de
mortalité augmente d’autant, et l’état des esclaves à leur arrivée à bord se détériore. De la même manière, la
mortalité de l’équipage s’aggrave, car les bateaux négriers naviguent de plus en plus longtemps le long des côtes,
ce qui accroît l’exposition aux maladies tropicales. Finalement, la faible condition physique des esclaves et de
l’équipage explique le fait qu’il n’y ait pas eu davantage de rébellions à bord des navires.
Mettre un terme à la traite atlantique
À la fin du XVIIIesiècle, les arguments abolitionnistes se font entendre, en particulier en Grande-Bretagne et aux
États-Unis, où de nouvelles communautés religieuses telles que les quakers, les baptistes et les méthodistes
militent pour interdire la traite et l’esclavage. Malgré les avantages économiques de la traite des esclaves, leur
combat aboutit en 1806, lorsque la majorité des deux chambres du Parlement britannique vote en faveur d’une loi
visant à rendre la traite illégale pour les sujets de la Couronne à partir du 1er mars 1808. Cependant la traite des
esclaves se poursuit jusqu’à la fin du XIXe siècle sous le drapeau de pays qui ne l’ont pas interdite ou en
contournant son interdiction. Afin de mettre fin à la traite illégale des esclaves, la Grande-Bretagne, la France et
les États-Unis déploient des unités navales au large des côtes africaines, mais seul un faible pourcentage des
navires négriers illégaux est intercepté. En raison de l’expansion de l’agriculture de plantation, notamment au
Brésil et à Cuba, le prix des esclaves continue même d’augmenter dans le Nouveau Monde, ce qui, en offrant des
profits plus élevés, incite les marchands d’esclaves à prendre de plus grands risques et à investir dans des navires
à voiles plus rapides. Le commerce des esclaves s’intensifie également en Afrique, où l’abolition du commerce
atlantique fait baisser le prix des esclaves et permet à un plus grand nombre d’Africains d’en devenir propriétaires.
Le dernier voyage transatlantique d’esclaves est probablement effectué en 1867, en direction de l’île de Cuba.
En définitive, les considérations humanitaires finissent par l’emporter sur les intérêts économiques. Les Européens
ne considèrent toujours pas les Asiatiques et les Africains comme leurs égaux, mais ils acceptent qu’il ne soit plus
permis de commercer ni de posséder des esclaves. Ainsi, la fin de la traite négrière et l’abolition de l’esclavage
marquent le début de la fin de l’expansion hégémonique de l’Europe à travers le monde.
BIBLIOGRAPHIE
Slavevoyages.org
Eltis, David, RICHARDSON, David, Atlas of the Transatlantic Slave Trade, New Haven/London, 2010.
PÉTRÉ-GRENOUILLEAU, Olivier, Les traites négrières. Essai d’histoire globale, Paris, Gallimard, 2004.
KLEIN, Herbert S., The Atlantic Slave Trade, Cambridge/New York, Cambridge University Press 2010.
Source URL:
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