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Violence

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Rapport

mondial sur
la violence
et la santé

S Y N T H È S E

Organisation mondiale de la Sante´


`
Geneve
Ce rapport fait ressortir les différents aspects du phénomène de la violence,

depuis la souffrance « invisible » des plus vulnérables jusqu’à la tragédie bien

trop visible des sociétés plongées dans un conflit. Il nous permet de mieux

connaître les facteurs qui débouchent sur la violence, ainsi que les ripostes

possibles des différents secteurs de la société. Ce faisant, il nous rappelle que

sûreté et sécurité ne sont pas quelque chose qui va de soi : elles résultent

d’un consensus collectif et d’un investissement public.


Tiré de l’avant-propos de Nelson Mandela

Chaque année, la violence dans le monde fait plus de 1,6 million de morts. La
violence figure parmi les principales causes de décès des 15 à 44 ans dans le
monde ; elle est responsable d’environ 14 % des décès chez les hommes et de
7 % des décès chez les femmes. Et pour une personne qui meurt des suites
d’un acte de violence, beaucoup d’autres sont blessées ou confrontées à tout
un éventail de problèmes physiques, sexuels, génésiques ou mentaux. La vio-
lence constitue en outre une charge considérable pour l’économie des pays,
absorbant chaque année des milliards de dollars en soins de santé, frais liés à
l’application des lois et perte de productivité.

Le Rapport mondial sur la violence et la santé constitue la première étude por-


tant sur l’ensemble des aspects de la violence au niveau mondial ; il envisage la
nature du problème, ceux qu’elle touche et ce qu’il est possible de faire. Il est
le fruit de trois années d’efforts et de la participation de plus de 160 experts
du monde entier ; il a fait l’objet d’une lecture critique de la part de spécialis-
tes scientifiques et de contributions et d’observations de représentants de tou-
tes les régions de la planète.

2
POURQUOI UN gnants ou d’économistes. L’approche de la
RAPPORT SUR LA santé publique ne se substitue pas à la justi-
ce pénale ni aux interventions faisant appel
VIOLENCE ET LA
aux droits fondamentaux ; elle en complète
SANTÉ ?
les activités et leur offre des outils et des
moyens de collaboration supplémentaires.
La violence est souvent considérée comme un
aspect inéluctable de la condition humaine et
l’action préventive comme un problème rele-
vant du système de justice pénale, le rôle
DÉFINIR LA VIOLENCE
principal du secteur sanitaire étant de soigner L’une des raisons pour lesquelles la violence
les victimes et d’assurer leur réadaptation. a longtemps été quasiment oubliée en tant
Mais ces présupposés sont remis en question que problème de santé publique tient à l’ab-
aujourd’hui, car les succès remportés en sence de définition claire du phénomène.
matière de prévention de toute une série Du fait de la diversité des codes moraux à
d’autres problèmes de santé liés à l’environ- travers le monde, le thème de la violence est
nement et au comportement – comme les difficile à aborder dans une instance interna-
cardiopathies, le tabagisme ou le VIH/SIDA – tionale. Les idées sur ce qui constitue un
ont démontré ce que pouvait apporter une comportement acceptable et sur ce qu’est le
approche de santé publique face aux causes mal sont influencées par des facteurs cultu-
profondes de situations complexes. rels et constamment remises en cause à
Le Rapport mondial sur la violence et la mesure qu’évoluent les valeurs et les normes
santé vise à mieux faire ressortir ce qu’une sociales. Il existe de nombreuses façons de
telle approche peut apporter ainsi qu’à pré- définir la violence, selon la personne qui la
coniser un rôle beaucoup plus large et plus définit et selon le but visé. L’OMS définit la
complet pour la santé publique face à la vio- violence comme suit :
lence. Cette approche comporte les quatre L’usage délibéré ou la menace d’usage
étapes classiques de la santé publique, à délibéré de la force physique ou de la
savoir : puissance contre soi-même, contre une
définir et surveiller l’ampleur du problè- autre personne ou contre un groupe ou
me ; une communauté, qui entraîne ou risque
fort d’entraîner un traumatisme, un
identifier les causes du problème ; décès, un dommage moral, un maldéve-
formuler et expérimenter des moyens de loppement ou une carence.
le résoudre ; Cette définition comprend aussi bien la vio-
appliquer à large échelle les mesures qui lence interpersonnelle que les comporte-
s’avèrent efficaces. ments suicidaires et les conflits armés. Elle
couvre également toute une série d’actes
Selon le rapport, l’approche de la santé qui vont au-delà des actes de violence phy-
publique pour prévenir la violence doit être sique, incluant menaces et intimidation.
fondée sur de solides travaux de recherche Outre la mort et les traumatismes, elle
et étayée par des faits convaincants. La englobe la multiplicité des conséquences
riposte doit reposer sur la collaboration souvent moins évidentes des comportements
entre un large éventail de compétences pro- violents, comme les atteintes psychologiques
fessionnelles, qu’il s’agisse de médecins, d’é- et les problèmes de carence et de dévelop-
pidémiologistes et de psychologues, ou de pement affectifs qui compromettent le bien-
sociologues, de criminologistes, d’ensei- être individuel, familial et communautaire.

3
LES RACINES DE LA mes sociales qui créent un climat favorable
VIOLENCE ou défavorable à la violence. On tient égale-
ment compte des politiques sanitaires, éco-
Aucun facteur n’explique à lui seul pourquoi nomiques, éducatives et sociales qui font
telle personne et non telle autre a un com- perdurer les inégalités économiques ou
portement violent. Dans son analyse, le sociales entre groupes sociaux.
Rapport mondial sur la violence et la santé Outre qu’il aide à élucider les causes de la
se sert d’un modèle écologique tenant
violence et leurs interactions complexes, le
compte de l’ensemble des facteurs biolo-
modèle suggère également comment les
giques, sociaux, culturels, économiques et
autorités et la société doivent agir à diffé-
politiques qui influencent la violence. Ce
rents niveaux pour prévenir la violence.
modèle comprend quatre niveaux : ceux de
l’individu, des relations, de la communauté
et de la société.
LES FORMES ET LES
Au niveau de l’individu, le modèle envisage CONTEXTES DE
les facteurs biologiques et les antécédents
VIOLENCE
personnels qui augmentent la probabilité
que l’individu agisse avec violence ou en soit Le rapport utilise une typologie de la violen-
victime. Parmi les exemples de facteurs qui ce qui répartit le comportement violent en
peuvent être mesurés figurent les caractéris- catégories en fonction de l’auteur de l’acte,
tiques démographiques (âge, niveau d’édu- de la victime et de la forme de violence
cation, revenu), les troubles psychologiques qu’elle a subie.
ou les troubles de la personnalité, la toxico-
manie et les antécédents de comportement
agressif ou de maltraitance subis. Violence interpersonnelle

Au niveau des relations, le modèle envisage La violence interpersonnelle – la violence


comment les relations avec la famille, les infligée par un individu ou par un petit
amis, les partenaires et les pairs influencent groupe – comprend la violence des jeunes, la
le comportement violent en tenant compte violence entre partenaires, les autres formes
de facteurs comme les châtiments corporels de violence familiale comme la maltraitance
infligés aux enfants, le manque d’affection, des enfants et des personnes âgées, le viol
les dysfonctionnements familiaux, la fré- et les agressions sexuelles, et la violence
quentation de camarades délinquants et les dans des cadres institutionnels comme l’éco-
conflits avec le conjoint ou avec les parents. le, le lieu de travail, l’établissement de soins
et le milieu carcéral. La violence interperson-
Le troisième niveau est celui du contexte de nelle couvre un large éventail d’actes et de
la communauté dans laquelle s’insèrent les comportements qui vont de la violence phy-
relations sociales, par exemple école, lieu de sique, sexuelle et psychologique au manque
travail ou quartier, et s’efforce de repérer les de soins.
caractéristiques qui accroissent le risque de
violence – par exemple la pauvreté, la densi- En 2000, on estimait à 520 000 le nombre de
té de population, le changement fréquent décès dans le monde imputables à la violen-
de domicile, le capital social limité ou l’exis- ce interpersonnelle, ce qui correspond à un
tence d’un trafic de drogue local. taux de 8,8 pour 100 000. Beaucoup d’autres
victimes ont subi des actes très souvent répé-
Au quatrième niveau, on examine les fac- tés d’agression physique ou sexuelle qui
teurs de société plus larges comme les nor- n’ont pas eu une issue fatale.

4
Si la violence dans la communauté, en parti- sonnes âgées de 15 à 24 ans. Entre 15 à 44
culier la violence des jeunes, est très visible ans, les automutilations n’en représentent
et généralement qualifiée de « criminelle », pas moins la quatrième cause de décès et la
la violence dans le cadre familial (notam- sixième cause de mauvaise santé et d’incapa-
ment la maltraitance des enfants et des per- cité.
sonnes âgées et la violence entre partenai-
Presque partout dans le monde, le suicide
res) apparaît moins au grand jour. En outre,
est condamné – pour des raisons religieuses
bien souvent, la police et les tribunaux sont
ou culturelles – et, dans certains pays, le
moins enclins à s’en prendre à ces formes de
comportement suicidaire est un délit pénal
violence cachées ou à reconnaître la violence
sanctionné par la loi. Le suicide est donc un
sexuelle et à réagir contre elle.
acte secret, marqué par l’interdit, qui peut
Les différentes formes de violence interper- souvent être ignoré, classé de façon erronée
sonnelle présentent de nombreux facteurs ou délibérément occulté dans les registres
de risque communs. Il s’agit parfois de carac- officiels des décès.
téristiques psychologiques et comportemen-
Des circonstances ou des événements stres-
tales comme une maîtrise de soi ou une esti-
sants très divers peuvent exposer à un risque
me de soi insuffisantes, et des troubles de la
accru de comportement autodestructeur,
personnalité ou du comportement. D’autres
notamment la pauvreté, le chômage, la
sont liés à des expériences – comme le
perte d’un proche, une dispute avec des
manque d’affection et d’appui, une exposi-
parents ou des amis, la rupture d’une rela-
tion à la violence à domicile dès la petite
tion, ou encore des ennuis avec la justice ou
enfance (que ce soit en tant que victime ou
des problèmes d’ordre professionnel. Ces
en tant que simple témoin) et des antécé-
événements sont certes fréquents, mais
dents personnels ou familiaux marqués par
seule une minorité de gens est poussée au
le divorce ou la séparation. L’abus des dro-
suicide. Pour devenir des facteurs qui préci-
gues et de l’alcool est souvent associé à la
pitent ou “déclenchent” le suicide, ces évé-
violence interpersonnelle ; la pauvreté ainsi
nements doivent survenir chez des sujets
que les disparités de revenu et l’inégalité
prédisposés ou qui risquent particulièrement
entre les sexes constituent d’importants fac-
d’avoir un comportement autodestructeur.
teurs aux niveaux de la communauté et de
la société. Comme pour la violence interpersonnelle,
les facteurs de risque prédisposants com-
prennent l’alcoolisme et la toxicomanie, des
Suicide et violence contre soi-même antécédents de sévices corporels ou sexuels
On estime que 815 000 personnes se sont subis au cours de l’enfance ainsi que l’isole-
donné la mort en 2000, ce qui fait du suicide ment social. Des problèmes psychiatriques
la treizième cause de décès dans le monde. comme la dépression et les autres troubles
C’est dans les pays d’Europe orientale que de l’humeur, la schizophrénie ou le senti-
les taux sont les plus élevés, tandis que les ment général de désespoir jouent égale-
plus faibles sont enregistrés principalement ment un rôle.
en Amérique latine et dans certains pays
d’Asie.

D’une façon générale, les taux de suicide


augmentent avec l’âge : les taux parmi les
personnes de 75 ans et plus sont à peu près
trois fois plus importants que parmi les per-

5
Les autres facteurs importants sont notam- délibérée destinée à démoraliser la popula-
ment : tion et à détruire les structures sociales.
les maladies somatiques, en particulier Comme pour d’autres formes de violence,
celles qui s’accompagnent de douleurs une série de problèmes de santé notamment
ou d’un handicap ; la dépression et l’anxiété, le comportement
le fait d’avoir accès à un moyen de se suicidaire, l’abus d’alcool et le stress post-
donner la mort (le plus souvent armes à traumatique ont été liés aux conflits. Les
feu, médicaments ou poisons agricoles) ; conflits violents détruisent également les
une tentative de suicide antérieure, infrastructures, désorganisent les services
notamment dans les six mois qui précè- essentiels comme les soins médicaux et
dent. entravent gravement les échanges commer-
ciaux ainsi que la production et la distribu-
On a également lié les taux de suicide aux tion des vivres.
récessions économiques et aux périodes de
chômage important, à la désintégration Les nourrissons et les réfugiés comptent
sociale, à l’instabilité politique et à l’effon- parmi les groupes les plus exposés à la mal-
drement social. adie et à la mort en période de conflit. Les
taux de morbidité et de mortalité dans ces
deux groupes peuvent augmenter en flèche.
Violence collective
Les facteurs de risque de conflits violents
La violence collective est l’instrumentalisa- sont notamment les suivants :
tion de la violence par des gens qui s’identi-
l’absence de démocratie et l’inégalité
fient en tant que membres d’un groupe
d’accès au pouvoir ;
contre un autre groupe, afin de parvenir à
des objectifs politiques, économiques ou les inégalités sociales caractérisées par
sociaux. Elle peut prendre diverses formes : une répartition très inégale des ressour-
conflits armés entre États ou à l’intérieur ces et par l’inégalité d’accès aux ressour-
d’un État, génocide, répression ou autres ces ;
violations des droits fondamentaux, terroris-
la mainmise d’un seul groupe sur des res-
me ou criminalité organisée.
sources naturelles précieuses ;
Le XXe siècle a été l’une des périodes les plus
une évolution démographique rapide
violentes de l’histoire de l’humanité. On esti-
face à laquelle l’État n’est plus en mesure
me à 191 millions le nombre de personnes
d’assurer les services essentiels ni d’offrir
(dont bien plus de la moitié étaient des
des emplois.
civils) qui ont perdu la vie directement ou
indirectement à la suite d’un conflit. En Certains aspects de la mondialisation sem-
2000, quelque 310 000 décès – la majorité blent aussi contribuer aux conflits. Aucun de
dans des pays pauvres – ont été directement ces facteurs n’est sans doute suffisant à lui
imputables à des traumatismes liés à des seul mais, ensemble, ils peuvent créer une
conflits. situation favorable à l’éruption de la violence.

Aux milliers de personnes tuées chaque année


lors de conflits violents s’ajoutent tous les
blessés dont certains restent mutilés ou han-
dicapés à vie. D’autres sont victimes de viols
ou de tortures – dans le cadre d’une stratégie

6
COMMENT PRÉVENIR LA Le rapport passe en revue les différentes
VIOLENCE ? mesures préventives qu’on s’est efforcé de
prendre à ces niveaux et résume ce qu’on
En raison de son caractère multiforme, il n’y sait de leur efficacité. Il apparaît que les
a pas de solution simple ou unique au pro- interventions effectuées pendant l’enfance,
blème de la violence. Comme le fait bien comme les visites à domicile, ont effective-
ressortir le modèle écologique, il faut s’y ment permis de réduire la maltraitance des
attaquer simultanément à de multiples enfants et figurent aussi parmi les solutions
niveaux et dans de multiples secteurs de la les plus prometteuses pour réduire la violen-
société. Il faut par exemple : ce chez les jeunes à long terme. La forma-
tion au rôle de parents et les programmes
tenir compte des facteurs de risque indi-
de thérapie familiale sont d’autres appro-
viduels et prendre des mesures pour
ches qui présentent des effets positifs à long
encourager des attitudes et des compor-
terme en réduisant la violence et les com-
tements sains chez l’enfant et l’adoles-
portements délinquants, tout en se révélant
cent pendant la croissance et modifier les
à la longue moins coûteux que les autres
attitudes et comportements des individus
programmes de traitement.
qui sont déjà devenus violents ou ris-
quent d’être victimes de leur propre vio- Les programmes privilégiant les compéten-
lence ; ces sociales et relationnelles offrent égale-
ment des perspectives prometteuses du
influencer les relations personnelles
point de vue de la diminution de la violence
étroites, s’efforcer de créer un environ-
interpersonnelle, alors que le traitement des
nement familial sain et fournir une aide
troubles mentaux et les programmes de thé-
et un appui professionnels en cas de dys-
rapie comportementale permettent d’espé-
fonctionnements familiaux ;
rer une atténuation des comportements sui-
surveiller les lieux publics comme les éco- cidaires. D’autres mesures comme la
les, les lieux de travail et les quartiers et restriction de l’accès aux moyens de com-
prendre des mesures pour régler des pro- mettre des actes violents ont fait leurs preu-
blèmes susceptibles d’aboutir à des actes ves dans certains cas en abaissant les taux
de violence, ainsi que des mesures visant d’homicide et de suicide.
à sensibiliser l’opinion à la violence, à sti-
muler l’action communautaire et à s’oc- Le rapport montre cependant aussi que peu
cuper des victimes ; de programmes ont fait l’objet d’une éva-
luation rigoureuse. On observe également
faire face aux problèmes des inégalités
un déséquilibre dans l’orientation des pro-
entre les sexes et des attitudes et pra-
grammes – les stratégies communautaires et
tiques culturelles indésirables ;
sociétales restant en retrait par rapport aux
faire face aux facteurs culturels, sociaux programmes axés sur les facteurs individuels
et économiques plus larges qui contri- et relationnels.
buent à la violence et prendre des mesu-
res pour les modifier, notamment des
mesures visant à réduire l’écart entre
riches et pauvres et à garantir un accès
équitable aux biens et services ainsi que
l’égalité des chances.

7
ENSEIGNEMENTS À Les ressources doivent aller aux
TIRER groupes les plus vulnérables

Aucune classe sociale n’est épargnée par la


Bien que les connaissances restent lacunaires
violence, mais tous les travaux de recherche
et qu’il existe un besoin pressant d’entre-
montrent que ce sont les groupes économi-
prendre d’autres travaux de recherche, l’ex-
quement défavorisés qui sont le plus à
périence faite jusqu’à présent a livré d’im-
risque. Il faut dénoncer le manque d’intérêt
portants enseignements sur les moyens de
pour les besoins des pauvres – qui, dans la
prévenir la violence et d’en limiter les consé-
plupart des sociétés, sont généralement les
quences. En particulier :
moins bien desservis par les divers services
de protection et de soins assurés par l’État –
La violence est un phénomène si l’on veut prévenir la violence.
souvent prévisible et évitable

Comme le montre le Rapport mondial sur la La volonté politique de s’attaquer au


violence et la santé, certains facteurs sem- problème de la violence est essentielle
blent être de forts éléments prédictifs de la à l’action de santé publique.
violence, même s’il est parfois difficile d’éta-
Les organisations, les individus et les institu-
blir un lien de causalité direct. En dégageant
tions à la base peuvent certes faire beaucoup,
ces facteurs et en les mesurant, on peut
mais, en dernière analyse, c’est de l’engage-
avertir les décideurs à temps de la nécessité
ment des autorités politiques que dépend le
d’agir. De plus, l’éventail des outils d’action
succès de cette action. C’est tout aussi impor-
s’élargit sans cesse à mesure que progresse
tant au niveau national – où sont prises les
la recherche axée sur la santé publique.
décisions en matière de politique, de législa-
tion et de financement – qu’au niveau des
Investir en amont donne provinces, des districts et des municipalités,
des résultats en aval qui ont la responsabilité de la gestion cou-
rante des politiques et programmes.
Les autorités ont un peu partout tendance à
agir une fois que la violence s’est manifes-
tée. Or, investir dans la prévention – particu-
lièrement dans des activités de prévention
primaire qui agissent « en amont » des pro-
blèmes – pourrait bien être d’un meilleur
rapport coût/efficacité et avoir d’importan-
tes retombées à long terme.

8
R E C O M M A N D AT I O N S Recommendation 3
SUR LES MESURES À Définir les priorités et encourager
PRENDRE la recherche sur les causes, les
conséquences, les coûts et la
Vu le caractère multiforme de la violence,
prévention de la violence
les gouvernements et les parties prenantes
doivent s’engager à tous les niveaux déci- Au niveau national, la recherche peut être
sionnels – local, national et international. encouragée par des institutions publiques
Les recommandations qui suivent rendent ainsi que par le financement d’établisse-
compte de cette nécessité d’adopter des ments universitaires et de chercheurs indé-
approches collectives et multisectorielles. pendants. Parmi les nombreuses priorités de
la recherche, il est particulièrement impor-
Recommendation 1 tant de mettre au point ou d’adapter, d’é-
prouver et d’évaluer beaucoup plus de pro-
Élaborer et mettre en œuvre un plan grammes de prévention dans les pays en
d’action national pour la prévention de développement comme dans les pays déve-
la violence et en suivre l’application loppés. Au niveau mondial, l’effort de
recherche transnational doit notamment
Un plan national de prévention de la violen-
porter sur la relation entre la violence et dif-
ce doit être le fruit d’un consensus élaboré
férents aspects de la mondialisation, sur les
par tout un éventail d’acteurs gouvernemen-
facteurs de risque et de protection communs
taux et non gouvernementaux. Il doit égale-
aux différentes cultures et sociétés et sur les
ment comprendre un calendrier et un méca-
approches de prévention prometteuses
nisme d’évaluation et permettre aux divers
applicables dans différents contextes.
secteurs de collaborer à l’action de préven-
tion de la violence, par exemple justice
pénale, éducation, travail, santé et action Recommendation 4
sociale.
Promouvoir des mesures de prévention
primaire
Recommendation 2
L’importance de la prévention primaire est
Développer les moyens de collecte de un leitmotiv que l’on retrouve tout au long
données sur la violence du Rapport mondial sur la violence et la
santé – et il en va de même de l’absence de
Il est vital de disposer de données fiables sur
toute programmation à cet égard dans de
la violence non seulement pour fixer des prio-
nombreux pays. On mentionnera certaines
rités, orienter la conception des programmes
des principales mesures de prévention pri-
et suivre les progrès accomplis, mais aussi à
maire qui peuvent aider à combattre la vio-
des fins de sensibilisation. Sans une base d’in-
lence :
formations, personne n’est amené à reconnaî-
tre l’existence du problème ou à y faire face. soins prénatals et périnatals pour les

Non seulement faut-il recueillir des données à mères, et programmes d’initiation pré-

tous les niveaux, mais il est tout aussi impor- scolaire et de développement social pour

tant d’adopter des normes internationale- les enfants et les adolescents ;

ment acceptées de collecte de données afin formation au rôle de parent et à l’amé-


de disposer de données comparables entre les lioration du fonctionnement de la
pays et les cultures. famille ;

9
amélioration des infrastructures urbai- veiller à ce que les services de santé, la
nes, sur les plans tant matériel que socio- justice, la police et les services sociaux
économique ; évitent de harceler de nouveau les victi-
mesures destinées à prévenir les trauma- mes et empêchent les auteurs d’actes de
tismes par armes à feu et à améliorer la violence de récidiver ;
sécurité dans le contexte de l’utilisation
organiser des programmes d’aide sociale
de ces armes ;
et de prévention, ainsi que d’autres servi-
campagnes utilisant les médias pour ces pour protéger les familles exposées
modifier les mentalités, les comporte- au risque de violence et atténuer le stress
ments et les normes sociales. chez les personnes qui s’occupent des
enfants ;
Les deux premières interventions sont
inscrire dans les programmes d’études de
importantes pour lutter contre la
médecine et de soins infirmiers des
maltraitance et le manque de soins dont
modules sur la prévention de la violence.
sont victimes les enfants et contre la
violence pendant l’adolescence et l’âge Chacune de ces mesures peut aider à atté-
nuer l’impact de la violence sur les gens et
adulte. Les trois dernières peuvent avoir des
les familles et limiter les coûts pour les systè-
effets importants sur plusieurs formes de
mes de santé et les systèmes sociaux.
violence. Selon la situation à tel ou tel
endroit, la plupart des interventions de
Recommendation 6
prévention primaire peuvent avoir des
effets importants qui se renforcent les uns Intégrer la prévention de la violence
les autres. dans les politiques sociales et
éducatives et promouvoir ainsi
Recommendation 5 l’égalité entre les sexes et l’égalité
sociale
Renforcer les mesures en faveur des
victimes de la violence La violence a beaucoup à voir avec les inégali-
tés entre hommes et femmes et les inégalités
Les systèmes nationaux de santé devraient sociales, qui exposent d’importantes couches
avoir pour but d’assurer des soins de qualité de population à un risque accru. Un peu par-
aux victimes de toutes les formes de violence tout dans le monde, les politiques et program-
et d’offrir les services de réadaptation et mes de protection sociale sont sérieusement
d’appui nécessaires pour éviter des complica- mis à mal. De nombreux pays ont vu les salai-
tions ultérieures. Les priorités sont notam- res baisser en termes réels, l’infrastructure de
ment les suivantes : base se détériorer et les services se dégrader
améliorer les systèmes de secours d’ur- en qualité et en volume dans le domaine de la
gence et l’aptitude du secteur de la santé santé et de l’éducation et dans le secteur
à soigner les victimes et à les réadapter ; social. Ces phénomènes ayant un rapport avec
la violence, les gouvernements devraient faire
reconnaître les signes d’incidents violents tout en leur pouvoir pour préserver les services
ou de situations violentes et aiguiller les de protection sociale, le cas échéant en
victimes vers les organismes appropriés revoyant les priorités du budget national.
qui assureront suivi et appui ;

10
Recommendation 7 ce n’est cependant pas le cas pour tous. Là
où l’obstacle majeur est le manque de res-
Renforcer la collaboration et les sources ou d’information, la communauté
échanges d’informations en matière de internationale devrait faire davantage pour
prévention de la violence apporter de l’aide.
Il faut améliorer les relations de travail entre
institutions internationales, gouvernements, Recommendation 9
chercheurs, réseaux et organisations non
gouvernementales qui s’occupent de la pré- Rechercher sur la base d’accords
vention de la violence si l’on veut renforcer internationaux des ripostes concrètes
les échanges de connaissances, s’entendre au trafic mondial d’armes et de drogue
sur des buts en matière de prévention et Le trafic mondial d’armes et de drogue est
coordonner les mesures prises. Il faudrait indissociable de la violence dans les pays en
reconnaître et encourager le rôle des grou- développement comme dans les pays indus-
pes de sensibilisation – par exemple ceux qui trialisés. Des progrès même modestes sur
s’occupent de la violence à l’encontre des l’un ou l’autre de ces deux fronts aideront à
femmes, des violations des droits fondamen- faire reculer la violence dont sont victimes
taux, de la maltraitance des personnes âgées des millions de gens.
et de la prévention du suicide – par des
mesures pratiques comme leur conférer un
statut officiel dans les grandes conférences CONCLUSION
internationales et les inclure dans les grou-
pes de travail officiels. La violence n’est pas un problème social
insoluble ni une fatalité liée à la condition
Recommendation 8 humaine. On peut faire beaucoup pour s’at-
taquer au problème et le prévenir. Le
Promouvoir et surveiller l’application monde n’a pas encore mesuré l’ampleur de
des traités internationaux, des lois et la tâche et ne dispose pas encore de tous les
des mécanismes de protection des outils nécessaires. Mais la base de connais-
droits fondamentaux sances mondiales ne cesse de s’élargir et des
expériences très utiles ont déjà été faites.
Depuis 50 ans, les gouvernements ont signé
divers accords juridiques internationaux C’est à cette base de connaissances que le
intéressant directement la violence et la pré- Rapport mondial sur la violence et la santé
vention de la violence. Si les pays sont nom- se propose de contribuer. Il faut espérer
breux à avoir progressé dans l’harmonisation qu’il encouragera et facilitera la collabora-
de leur législation avec les obligations et les tion, l’innovation et la volonté de prévenir
engagements internationaux qu’ils ont pris, la violence dans le monde entier.

© Organisation mondiale de la Santé 2002

Tous droits réservés. Il est possible de se procurer les publications de l’Organisation mondiale de la Santé auprès de l’équipe
Marketing et diffusion, Organisation mondiale de la Santé, 20 avenue Appia, 1211 Genève 27 (Suisse) (téléphone : +41 22 791 24 76 ;
télécopie : +41 22 791 48 57 ; adresse électronique : [email protected]). Les demandes relatives à la permission de reproduire ou
de traduire des publications de l’OMS – que ce soit pour la vente ou une diffusion non commerciale – doivent être envoyées à l'unité
Publications, à l’adresse ci-dessus (télécopie : +41 22 791 48 06 ; adresse électronique : [email protected]).

Graphisme : Tushita Graphic Vision, Tushita Bosonet, Genève, Suisse

11
La violence écourte la vie de millions de personnes dans le monde chaque année et gâche celle de
millions d’autres. Elle ignore les frontières géographiques ou raciales ou encore celles de l’âge ou du
revenu. Elle frappe aussi bien les enfants et les adolescents que les femmes et les personnes âgées. Elle
s’insinue dans les foyers, dans les écoles et dans les lieux de travail. Les hommes et les femmes, où qu’ils
résident, ont le droit de vivre leur propre vie et d’élever leurs enfants à l’abri de la crainte de la violence.
Nous devons les aider à jouir de ce droit en faisant clairement comprendre que la violence est évitable et
en nous attachant ensemble à en définir les causes profondes et à prendre les mesures qui s’imposent.
Kofi Annan, Secrétaire général de l’Organisation des Nations Unies,
Lauréat du Prix Nobel de la Paix, 2001

Massacres, déplacements forcés de populations, accès discriminatoire aux soins de santé – dans les
contextes dans lesquels MSF intervient, la violence, surtout la violence politique, est souvent l’une des
principales causes de mortalité. Son absence dans les registres épidémiologiques reflète souvent la
position ambiguë des médecins et des experts face au pouvoir. Le rapport sur la violence vient briser
enfin le mur du silence.
Morten Rostrup, Président, Conseil international de Médecins sans Frontières (MSF),
Lauréat du Prix Nobel de la Paix, 1999

Il faut absolument s’engager davantage pour accroître les efforts mondiaux de prévention de la
violence. C’est pourquoi je me félicite particulièrement de la parution de ce rapport. Pour la première
fois, toutes les connaissances disponibles ont été réunies en une même publication. La société civile, les
organismes des Nations Unies et les gouvernements doivent conjuguer leurs efforts pour mettre en
œuvre les recommandations du rapport.
Jody Williams, Campagne internationale pour interdir les mines,
Lauréat du Prix Nobel de la Paix, 1997

Aussi longtemps que l’humanité continue de recourir à la violence pour résoudre les conflits, notre
planète ne connaîtra ni la paix ni la sécurité et la santé continuera à en pâtir. Le présent rapport nous
aide à regarder en face la réalité de la violence en tant que problème de santé publique, mais il nous
apporte aussi un message d’espoir pour l’avenir. Ce n’est peut-être que lorsque nous aurons compris que
la violence nous détruit corps et âme que nous commencerons collectivement à agir contre ses causes
profondes et ses conséquences. Ce rapport est un grand pas dans cette direction.
Oscar Arias, ancien Président du Costa Rica
Lauréat du Prix Nobel de la Paix, 1987

L’OMS a apporté une contribution substantielle en offrant une perspective mondiale sur toutes les
formes de violence. Le coût humain et social considérable de la violence n’a pas suffisamment retenu
l’attention jusqu’ici comme problème de santé publique. Le rapport favorisera un nouvel engagement
des agents de santé et des autres parties prenantes en faveur de la lutte contre la violence. Pendant plus
de 20 ans, l’Association internationale des Médecins pour la Prévention de la Guerre nucléaire a soutenu
que les armes et la guerre nucléaires constituent des expressions ultimes de la violence qui doivent être
éliminées si nous entendons léguer aux générations futures une planète sur laquelle la vie soit possible.
Anton Chazov et Bernard Lown, Association internationale des Médecins pour la Prévention de la Guerre nucléaire,
Lauréats du Prix Nobel de la Paix, 1985

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