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Les Cahiers de droit
Du domicile
Charles Cimon
Volume 2, numéro 1, décembre 1955
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Faculté de droit de l’Université Laval
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0007-974X (imprimé)
1918-8218 (numérique)
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Cimon, C. (1955). Du domicile. Les Cahiers de droit, 2(1), 20–35.
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Du domicile
1. Un des éléments essentiels à l'accomplissement de l'activité juri-
dique des individus entre eux, c'est le domicile.
On ne peut concevoir, en effet, en droit, la possibilité d'une société
bien ordonnée, sans connaître au préalable l'endroit où tout individu
puisse être atteint.
Une société ne peut exister sans rapports constants entre ses mem-
bres ; or,si onnepeut établir lelieustable oùvit légalement une person-
ne, jamais on ne pourra établir cerapport essentiel.
Voilà pourquoi le législateur a voulu que le centre des activités
juridiques civiles d'une personne soit déterminé par le domicile.
2. L'importance du domicile, dans notre droit, contrairement
au droit français, n'a subi aucune diminution ; —en;droit français, la
révolution de 1789 a unifié la législation civile. Dans cette unification,
leslégislateurs ontrattaché,danslamatièredesconflits internationaux, le
statut personnel à la nationalité et non au domicile. Voilà pourquoi, en
France, le domicile à diminué d'importance.
3. Mais cen'.est pas lefait, ici, puisque nous n'avons pas eu à subir
les contre-chocs de cette révolution. Nous, ainsi que les Anglo-Saxons,
en effet, avons conservé comme base de la personnalité juridique ou du
statut personnel de chacun, dansledomaine desdroits civils,ledomicile.
4. Ainsi, quiconque a son domicile dans notre province, qu'il soit
sujet britannique ou non, qu'il désire le devenir ou pas, est considéré
comme un «habitant » de la province, et, par conséquent, possède le
même statut personnel, c'est-à-dire a lemêmeétat et la même capacité
qu'un canadien d'origine ou d'adoption (cf. art. 6 c e ) .
5. Certes,,à ces heures où les continents peuvent être franchis avec
une rapidité presque inconcevable; oùles barrières de races et de nations
sont devenues illusoires, où bientôt peutrêtre seront vaincues les dis-
tances nous séparant des autres mondes, le domicile doit s'imposer plus
que jamais pour assurer la stabilité des relations entre les hommes.
6. Voilà pourquoi nous nous appliquerons, ici, à développer et à
approfondir, sur le domicile, les principales dispositions contenues dans
notre Code.
Mon travail se divisera en deux points principaux-: le Domicile réel
dans lequel setrouvent lesdomiciles «d'origine », < acquis » et «légal » ;
et leDomicile fictif, opposéau domicileréel.
LES CARTERS DE DROIT, Québec.
DU DOMICILE 21
A. DOMICILE RÉEL
L'article 79 de notre Code dit que
«ledomicile de toute personne, quant à l'exercice de ses droits civils, est au
lieu où ellea sonprincipal établissement ».
Le Code ne définit pas le domicile proprement dit, mais il établit un
rapport juridique, rapport s'établissant entre la personne et le lieu, lieu
où elle a son principal établissement.
Anciennement, le mot domicile venant de domus, maison, et de
colère, habiter, nos vieux auteurs le définissaient :
«le lieu où une personne a établi le siège principal de sa demeure et de ses
affaires, où elle a ses papiers, qu'elle ne quitte que pour une cause particu-
lière, d'où, quand elle est absente, on dit qu'elle voyage, et où, quand elle
revient, on dit qu'elle est de retour ».
Dans notre Code, ce n'est plus purement une définition qu'on en a
donnée, sinon une définition très abstraite puisqu'elle n'implique plus
qu'une relation entre une personne et un lieu ; elle n'est plus qu'un
simple effet de droit.
Plusieurs auteurs, avides de définitions abstraites, ont voulu rempla-
cer l'idée matérielle du domicile que suggérait l'ancienne définition, par
la pure idée juridique de l'effet de droit. Ainsi Demolombe, Duranton,
Aubry et Rau et plusieurs autres l'ont défini :
«une relation légale et purement intellectuelle entre une personne et le lieu
où ellea son principal établissement ».
Que devons-nous penser de cette abstraction, de cette relation
légale ? Disparaître de son domicile ou faire un commandement à domi-
cile, sera-ce disparaître de sa «relation légale », ou faire un commande-
ment à «relation légale », comme semble spirituellement dire Monsieur
Ortolan? En fait, puisqu'elle ne dit pas ce qu'elle est, en quoi elle
consiste, cette définition ne veut rien dire.
L'article 79 ne définit pas, mais ne fait que déterminer le domi-
cile. Pour ma part, je dis qu'il est regrettable qu'une telle omission
volontaire ait été faite par nos législateurs ; le fait d'avoir abandonné la
définition pour la détermination est une erreur, car il est beaucoup plus
essentiel, à mon avis, d'avoir une conception claire de la nature d'une
chose avant d'en avoir sa détermination !
Ortolan dit très justement que le domicile
aest lesiègelégald'unepersonneoùelleest censéetoujours être aux yeuxdu
droit et pour l'application du droit, soit que corporellement elle s'y trouve.
. soitqu'elle nec'y trouvepas ».
Vol. II, n° 1,décembre1955.
22 LES CAHIERS DE DROIT
Cette définition, Beaudry-Lacantinerie l'a reprise avec raison, car
celle-ci donne bien ce qu'est la véritable nature du domicile. Malheu-
reusement, le Code nela reproduit plus ou pas.
Conséquemment, nous sommes obligés de nous plier à ce fait (au
moins pour le moment) et tâcher d'en saisir parfaitement sa détermina-
tion telle que l'article 79nous la donne.
Hyaun grand danger en parlant de domicile, c'est dele confondre
avec la résidence d'une personne ou son habitation ; c'est un écueil
commun en droit et c'est pourquoi nous devons bien les distinguer.
On ne peut avoir qu'un domicile (puisqu'au moment oùonle perd,
onen trouve un autre parle fait même ; nous pouvons assimiler ce prin-
cipeà celui dela succession royale : « leroiest mort, vive leroi — oula
reine — !» Ilya permanence totale de possession d'un domicile pour
une personne ; nous en reparlerons.)
On peut avoir plusieurs,résidences. Le domicile estle siège légal ;
la résidence estle siège réel, le siège de fait dela personne.
La résidence, dans son sens propre et rigoureux, estle lieu oul'onse
trouve généralement sinon actuellement ; elles'acquiert par l'habitation
(relativement prolongée) et se perd avec elle. « Je réside là oùje suis
et tant quej'y suis », nous dit Mignault.
Le domicile, au contraire, est indépendant de la résidence ou de
l'habitation puisque l'on peut être domicilié dans un lieu où l'on n'a
jamais résidé ou habité, qu'on ne connaît même pas... Prenons le cas,
par exemple, d'une femme mariée domiciliée à Québec et qui accouche à
Toronto où elle laisse son rejeton ; cet enfant, âgé de dix-huit ans a
toujours résidé à Toronto, chez la personne à laquelle ilaété confié ; ila
donc domicile chez son père à Québec, (art. 83, c e ) .
Un individu peut avoir plusieurs résidences ; une résidence d'été,
une résidence d'hiver, par exemple, et plus, sises moyens le permettent.
Son domicile,dans le sens concret du mot, sera généralement l'endroit où
ilsera le plussouvent, oùil vivra le pluslongtemps, oùil aura bien voulu
en somme établir son siège légal. L'habitation, enfin, est le siège acci-
dentel de la personne ; elle est, dit Beaudry-Lacantinerie, partout où
l'on sefixe, mêmepourun tempstrès court, un voyage,parexemple, dans
toutes ivJ lo.alités oùl'on s'arrête.
La résidence et l'habitation, àla différence du domicile, n'ont point
d'effets juridiques, sinon dans quelques exceptions oùlaloi leur attache
certains-effets . . . Si,par exemple, le domicile d'une personne est incon-
nu, l'article 128du Code de procédure déclare quel'on pourra l'assigner
au lieu desa résidence ; l'on pourra même assigner un étranger ouune
personne d'une autre localité, au moment deson passage en notre ville,
LES CAHIERS DE DROIT, Québec.
DU DOMICILE 23
soit à son habitation, soit par l'intermédiaire des journaux, soit de quel-
qu'autre manière dont nous nous abstiendrons de traiter pour le moment.
Domicile d ' o r i g i n e
Il est nécessaire que toute personne ait un domicile dedroit ; lelégis-
lateur l'a voulu ainsi et avec raison. Il est essentiel, en effet, pour le plus
grand bien de la société, que toute personne ait un lieu déterminé où
l'on puissefacilement communiquer avec elle. Nous en avons déjà parlé.
Toute personne reçoit donc à sa naissance un domicile qu'elle con-
serve en permanence à moins qu'elle n'en manifeste l'intention contraire
conformément à l'article 80 de notre Code. Ce domicile que l'on nomme
d'origine sera celui du père et de la mère ou du tuteur (article 83 c e ) .
Ce principe est pourtant contesté par plusieurs auteurs, et sans
aucune raison. Ainsi Planiol, dans son Traité de droit civil, prétend que
dans des cas exceptionnels, on peut ne pas avoir de domicile. Il cite,
comme exemple, le cas des bohémiens qui vivent à l'état nomade depuis
un temps immémorial ; ce simple fait, dit-il, doit exclure toute espèce
de domicile.
Pour ma part, en m'appuyant sur l'opinion de Aubry et Rau, de
Laurent et de Beaudry-Lacantinerie, je crois que cette théorie est'
inadmissible car, même si les parents n'ont pas de résidence fixe, le
domicile n'est pas (pour le moins) exclu ; ils ont celui de leur père et
mère, et ainsi de suite.
Nous admettons, par ce fait, que le domicile soit une « fiction », une
abstraction, mais, dit Laurent,
«c'est la loi qui le veut ainsi et nous devons accepter cette «fiction», car
elle a sa raison d'être. Il est nécessaire en effet que toute personne ait un
domicileen droit ».
Nous pouvons donc conclure à l'existence permanente du domicile
pour toute personne.
La Jurisprudence canadienne, dans la cause de lrwin vs Gagnon, à
elle-même décidé en ce sens :
«toute personne a un domicile, même si elleprétend ne pas en avoir, et.ee
domicile est une question de fait, de circonstances, et d'intention laissée"à
l'appréciation du tribunal. » (C.S., 1916.Irwin vsGagnon, 23R. L. n.s. 47.)
U N I T É DU DOMICILE
On ne peut avoir qu'un seul domicile ; nous y avons fait allusion
au moment où nous l'avons distingué de la résidence et de l'habitation
Vol. II, n" 1,décembre 1955.
24 LES CAHIERS DE DROIT
L'article 79est formel à cesujet : ledomicile,yest-il dit, est au lieu
où l'on a son principal établissement ; or, l'établissement principal étant
celui qui est le plus important, qui domine tous les autres, personne ne
peut en avoir deux. Onne peut avoir deux domiciles (Mignault).
Que pourrait-il arriver, en ce cas,si une personne résidait alternati-
vement dans deux villes différentes, autant dans l'une que dans l'autre ;
si elle avait, dans chacune d'elle, des intérêts aussi graves, le même
nombre d'affaires . . . en sorte que l'on ne puisse découvrir où est son
principal établissement? Mignault juge que, son domicile étant alors
absolument inconnu, les tiers qui ne doivent pas souffrir l'état d'incerti-
tude dans laquelle elle s'est placée volontairement, peuvent valablement
l'assigner devant letribunal de l'une ou de l'autre résidence.
L'on peut opposer à l'unité du domicile le cas du mineur commer-
çant qui est majeur pour tous les actes relatifs au commerce qu'il a ou a
acquis (article 323 c e ) .
Etant ainsi majeur, il peut donc avoir un domicile distinct de son
domicile d'origine pour l'exercice des droits relatifs à son commerce.
En matière civile, il a son domicile chezses père et mère ou tuteur ; en
matière commerciale,ilasonpropredomicile,oudu moins,ilpeut l'avoir.
Je crois que cette exception, si nous faisons la distinction entre
matière purement commerciale, matière politique, et matière civile, ne
détruit point le principe de l'unité de domicile ; car nos législateurs ont
voulu signifier par cette expression «quant à l'exercice de ses droits
civils » qu'ils n'entendaient s'occuper du domicile que sous le rapport
des droits civils afin de laisser aux lois spéciales le règlement des domi-
ciles politiques et commerciaux. Les trois domiciles sont très souvent
dans le même lieu ; mais ils peuvent être séparés.
S A DÉTERMINATION
Nous avons déjà traité de la détermination du domicile, mais dans
un cas très spécial. Il reste un problème très important à élucider, le
cas des enfants illégitimes ou naturels.
L'enfant légitime a son domicile chez son père, et à défaut du père,
.chez la mère, ou bien chez son tuteur.
La loiest très précise dans lecas de la détermination du domicile de
mfant légitime, mais beaucoup moins dans le cas de l'enfant naturel.
.Si cet enfant, dit Laurent, n'est reconnu ni par le père, ni par
la mère/ il n'a pas de domicile légal, puisque, légalement, il n'a ni père
ni mère. Si un seul de ses père et mère le reconnaît, la difficulté dispa-
raît ; il aura son domicile chez celui-ci. Si, cependant, il est reconnu
par les deux et que ceux-ci n'ont pas même domicile, il y a une difficulté
L E S C A H I E R S DE D R O I T , Québec.
DU DOMICILE 25
qui se pose ; sera-t-il domicilié chez son père ou chezsa mère? Si l'on
applique analogiquement à l'enfant naturel les lois du domicile de l'enfant
légitime (comme il est logique de le faire puisqu'il n'y pas de loi expresse
qui détermine le domicile de l'enfant naturel), nous pouvons prétendre
qu'il aura le domicile de son père dont il porte le nom et sous l'autorité
duquel il est placé.
S'il n'a pas été reconnu, il aura domicile chez son tuteur, si on lui en
a donné un, ou dans l'hospice où on l'aura recueilli, ou bien chez la
personne qui l'aura adopté. (Voir à ce sujet la «Loi de l'adoption »,
S.R.Q. 1941.)
Domicile a c q u i s
Toute personne qui a le libre exercice de ses droits et la faculté de se
fixer où elle le désire, peut changer de domicile à son gré, si elle se con-
forme aux règles énoncées à l'article 80 de notre Code. Cet article
établit deux conditions essentielles et inséparables pour l'accomplisse-
ment d'une telle opération : «lefait d'une habitation réelle dans un autre
lieu, joint à l'intention d'y faire son principal établissement ».
Donc, l'habitation réelle sans intention, tout comme l'intention sans
habitation réelle, ne suffit point pour qu'il y ait changement réel de
domicile.
La règle de l'ancien droit est formellement consacrée : Corpore et
animo, neque per se corpore, neque per se animo.
. 1. Mais qu'a voulu entendre le législateur par «habitation réelle » ?
Suffira-t-il qu'une personne ayant au préalable manifesté explicitement
son intention de changer de domicile, ait installé sa famille, transféré ses
meubles, ses valeurs au lieu de son nouvel établissement, pour que cette
condition de changement soit appliquée ?
Si l'on se base sur la doctrine française dont l'autorité n'a pas été
mise en doute, l'on constatera que tous sont d'accord pour déclarer que
l'habitation réelle de la personne elle-même est requise pour qu'il y ait
changement véritable.
Ainsi Pothier déclare dans son Introduction générale aux coutumes
(n° 14) :
«Quelque signe qu'ait donné une personne de la volonté qu'elle a de
transférer son domicile dans un autre endroit, et quelque raison qu'elle ait
del'y transférer, elledemeuresujette à la loidesonanciendomicilejusqu'à ce
qu'elle soit effectivement transportée sur le lieu où elle veut en-établir un
nouveau, et qu'elle l'y ait effectivement établi. »
Vol.IL n° 1,décembre1955.
26 LES CAHIERS DE DROIT
Demolombe :
«il faut d'abord le fait même, c'est-à-dire non pas seulement letransport des
meubles c despréparatifs quelconques d'installation, mais bien la prise de
possession effective du nouveau heu ».
•Boileux (article 103, page 217) :
«letransport des meubles nesuffit pas, ilfaut habiter réellement le lieu ».
Nous pourrions ainsi puiser encore longtemps dans la doctrine pour
reconnaître que tous les auteurs sont d'accord sur ce point.
Si l'habitation réelle de la personne elle-même est requise, la loi
exige-t-elle cependant un certain laps de temps d'habitation pour complé-
ter cet élément de.changement? La disposition de l'article 173 de la
Coutume de Paris, qui exigeait résidence de l'an et jour, n'a pas été
reproduite ni dans notre droit, ni dans le droit français moderne. Consé-
quemment il ne suffit que d'une réelle acquisition, ne serait-ce que
quelques secondes, pour satisfaire à,cette condition du changement.
De même, l'intervalle de temps qu'il pourrait se passer entre l'aban-
don du premier domicile et l'acquisition du nouveau n'a aucun effet dans
le changement lui-même. Ainsi donc, la succession d'une personne
domiciliant à Québec, qui a manifesté l'intention explicite d'établir son
principal établissement à Montréal et d'en faire son domicile, s'ouvrira
à Québec, s'il meurt en chemin sans avoir pu, ne fut-ce que pour une
seconde, habiter sa demeure nouvelle, même si sa famille, ses meubles, ses
valeurs y sont installés depuis longtemps
Comme nous pouvons le constater, la loi est formelle au sujet de
l'habitation réelle dans un lieu autre que le domicile réel et cet élément
au changement est facile à vérifier.
2. Il n'en est pas de même, cependant, lorsque vient le problème de
prouver l'intention ; la difficulté se fait souvent très grande. C'est
presqu'uniquement sur lapreuved'intention, d'ailleurs, queroulent toutes;
les contestations relatives au changement de domicile. La question
d'habitation, en effet, en est une qui s'impose ; celle de l'intention, au
contraire, est une question de fait dont l'appréciation pour le juge,
dépend de mille et une circonstances-qui varient avec chaque cas.
La loi dit (article 81) :
«lapreuve d'intention résulte des déclarations de la personne et descircons-
tances ».
LES CAHIERS DE DROIT, Québec
DU DOMICILE 27
Qu'entendons-nous par « déclaration de la personne ? » Sic'est par
une déclaration expresse que la personne manifeste sonintention, celle-ci
sera bien vue et aura sûrement des effets positifs. Dans le code Napo-
léon,une disposition spéciale oblige lespersonnes changeant de domicile,
à faire certaines déclarations officielles à la mairie du lieu qu'elle quitte
et une deuxième à la mairie du lieu où elle veut établir son nouveau
domicile. Ces déclarations constituent une preuve formelle d'in-
tention.
Ici, nous n'avons pas ce procédé ; mais il serait toutefois possible
d'agir à peu près dela même façon. Un individu pourrait, par exemple,
déclarer dans un acte qu'il a son domicile à un certain endroit, ou bien,
cela revient au même, qu'il a l'intention d'y demeurer en permanence.
Pour constituer une déclaration expresse facile à démontrer par la suite,
il suffirait aussi qu'une personne déclare à son entourage son intention
définitive de s'établir en permanence à tel autre endroit.
Quelles qu'elles soient, ces déclarations sont, cependant, laissées à
l'approbation du tribunal. Àmoinsde circonstances aggravantes, celui-,
ci n'aura aucune raison particulière de se montrer rigide lorsqu'il s'agira
d'un changement, dans un même pays, d'une place à une autre ; ou
encore lorsqu'il s'agira d'un changement d'habitation dans une même
ville. Il se montrera plus réticent, par contre, s'il s'agit d'apprécier des
faits dont on prétend induire une translation de domicile à l'étranger ;
ilenserademêmedanslecasdechangement d'un paysciviliséà un autre
qui l'est moins ou encore, d'une région du même pays à une autre moins
policée. Cette intention de changement devra être manifestée avec une
intensité et une évidence irréfutables pour que «l'esprit de retour » ne
milite point contre celle-ci.
Il en a été décidé ainsi dans la cause Connolly vs Woolrich, jugée
par la Cour supérieure en 1869 et confirmée par la Cour d'appel
(1R.L.,253).
Voici les faits : William Connolly, natif du Bas-Canada où il était
domicilié, quitta son pays vers 1802 ou 1803,âgé de 16ou 17ans, pour
aller tenter fortune au Nord-Ouest. Après y être demeuré jusqu'en
1831, il revint à son domicile d'origine. Pendant son séjour là-bas,il se
mariaà « l'indienne » avecunesauvagesse. Àson retour ici,il contracta
un second mariage et légua tous ses biens à sa seconde femme. Un
enfant de la savvagesse, sa première femme, attaqua letestament, récla-
mant la part de communauté lui revenant par sa mère .. . L'argumen-
tation était la suivante : par lefait que son père avait toujours conservé
son domicile dans leBas-Canada, ilexistait entre cedernier et sa femme,
mèredu demandeur, communauté debiens, puisqu'il n'y avait pas eu de
contrat de mariage.
Vol. I I , n ° 1. décembre 1955.
28 LES CAHIERS DE DROIT
Le juge Monk, qui avait cette cause en main, décida que Connolly
n'avait jamais perdu son domicile dans le Bas-Canada puisqu'il avait
toujours eu l'intention de «retour » :
« It will be remembered that the laps of time does not alter the case,
when there is a constant, a persistant intention to return and no intention
.to remain. »
Connolly fut donc obligé de payer à son enfant du premier mariage
la somme réclamée.
Examinons maintenant quelles pourront être les circonstances les
plus aptes à servir de preuve d'intention, à défaut de déclaration expresse.
La loi n'établit aucune règle stricte à ce sujet ; elles sont laissées,
elles aussi, à l'approbation du juge. Certaines circonstances, pourtant,
sont reconnues comme particulièrement efficaces ; si une personne a joui
d'un droit de commune, réservé uniquement à ceux qui ont domicile
dans cette localité, par exemple ; ou si la personne, sans contestation, a
payé des taxes, lesquelles ne sont dues que dans l'endroit du domicile
réel ; ou encore si la personne a comparu sans demander de renvoi au
tribunal de son ancien domicile, devant le tribunal du lieu où elle prétend
être nouvellement domiciliée. Ces circonstances particulières sont consi-
dérées dans notre jurisprudence comme des arguments convaincants
pour une preuve d'intention, de même que plusieurs autres circonstances
dont il serait trop long d'en faire ici l'énumération.
Nous concluons donc que pour effectuer un changement de domicile
deux éléments sont essentiels et font partie intégrante du changement :
l'habitation réelle dans un autre lieu, jointe à l'intention d'y faire son
principal établissement. Naturellement cette loi souffre comme excep-
tion tous les domiciles établis par la loi ; c'est ce dont nous allons immé-
diatement traiter.
DOMICILE LÉGAL
Les articles 82 à 84 de notre Code fixent à certaines catégories de
personnes des domiciles dont ils ne peuvent déroger, que dans des cas
exceptionnels, établis par la loi ; tels sont : 1° les fonctionnaires ;
2° les femmes mariées ; 3° les mineurs, les interdits ; 5° les serviteurs.
Du fonctionnaire
Celui quiest appelé à une fonction publique temporaire ou révocable,
nous dit Vajjticle 82, conserve son domicile, s'il ne manifeste l'intention
contraire.
L E S C A H I E R S DE D R O I T , Québec.
DU DOMICILE 29
Cet article ne doit pas être pris de façon absolue dans ses termes,
si l'on veut le considérer ici en égard à nos coutumes. Les fonctions
organisées par notre droit public peuvent être"temporaires, c'est-à-dire
conférées pour un temps limité ; perpétuelles, c'est-à-dire sans terme
limité, à partir duquel elles cessent de plein droit ; révocables ou sujettes
à destitution par le gouvernement ; irrévocables ou inamovibles. L'ac-
ceptation d'une fonction publique temporaire quoique irrévocable comme
la fonction de député, par exemple, ou permanente quoique révocable,
n'entraîne pas, par le fait même, changement de domicile, si la personne
n'en manifeste point l'intention contraire.
Mais^l'acceptation d'une fonction perpétuelle et irrévocable compor-
te, au contraire, translation de domicile.
C'est la règle générale. Nous devons toutefois considérer la loi eu
égard à nos coutumes ; les juges, par exemple, quoique révocables, sont
considérés, chez nous, comme ayant une fonction permanente, à vie ;
et, par conséquent, doivent élire domicile à l'endroit où ils ont été
nommés. Il y a quelques autres cas semblables dont nous ne traiterons
point ici vu le trop grand développement que cela entraînerait ; j'ai
voulu souligner simplement le fait.
De lafemme mariée
La femme mariée acquiert le domicile de son mari par le seul fait
de son mariage et dès l'instant même de sa célébration. Elle peut
résider à un autre endroit que son mari mais ne peut avoir d'autre domi-
cile que celui de son mari ; c'est un principe formel, en droit, dont on ne
peut déroger que par séparation de corps «approuvée », c'est-à-dire
établie par jugement.
J'ai dit plus haut que la femme mariée peut résider à unautre endroit,
mais ceci, dans le cas de non-séparation par jugement, est temporaire et
relatif car l'article 175de notre Codeest strict à ce sujet et démontre bien
le fait du principe «qui prend mari prend pays ». Et c'est de cet article
que découle l'article 83, car il met en relief le motif et la véritable pensée
de la loi : la femme a son domicile chez son mari parce qu'elle est obligée
d'habiter avec lui, parce qu'il ne lui est pas permis d'avoir une résidence
particulière et indépendante. Cette communauté d'habitation a naturel-
lement amené la communauté de domicile, conclut Mignault.
Du mineur
Le 2 e alinéa de l'article 83 de notre Code dit que
< lemineur non émancipé a son domicile chez sespère et mère ou tuteur ».
Vol. II, n° 1,décembre1955.
30 LES CAHIERS DE DROIT
Ce qui n'exclut pas, naturellement, le mineur émancipé n'ayant pas
manifesté l'intention de changer de domicile, ni le mineur commerçant
(article 373) qui peut avoir domicile propre, étant considéré majeur
pour tous les actes relatifs à son commerce ; nous en avons d'ailleurs
parlé plus haut.
Cet article semble donner de préférence, au mineur non émancipé,
ledomicile desesparents (pèreetpère) plutôt queledomiciledu tuteur,
et ceci est très normal, je crois, et découle naturellement du principe
énoncé à l'article 243 que l'enfant est soumis à la puissance paternelle
jusqu'à majorité etnedoit quitter lamaison paternelle sansla permission
deson père (cf. article 244c.c.) ; il est donc logique qu'il ait son domi-
cilelà où vivent légalement sespère et mère.
Latutelleestgénéralement conférée àl'enfant mineurlorsquecelui-ci
a un patrimoine qui demande administration. Ses parents, contraire-
ment au droit français, n'ayant aucun droit au patrimoine de l'enfant
sinon celui de jouissance légale sur les biens de celui-ci, il doit lui être
nommé un tuteur quipourra être le père ou, s'il est interdit, incapable,
ou décédé, la mère (si elle le veut), ou, à défaut de la mère, toute autre
personne qui aura été légalement approuvée (cf. article 282). Si le
tuteur est autre que le père ou la mère, l'enfant mineur aura domicile
chez celui-ci.
De l'interdit
L'esprit delaloiest dedonner à ceuxquin'ont pasl'exercice de leur
droit, le domicile de la personne qui les représente dans l'administration
de leurs biens.
Lemajeur interdit pour ivrognerie, prodigalité ounarcomanie, étant
réputénepasavoir perdu totalement l'usage desesfacultés, conserveson
propre domicile. Seul, le majeur interdit pour démence perd le sien
propre pour prendre celui de son curateur. Conséquemment, lorsque la
femme mariée est interdite pour démence et que le mari se fait excuser
dela curatelle, celle-cidevraquitter ledomicile desonmari (ausenslégal
du mot bien entendu !) pour prendre celui du curateur qui lui aura été
donné. Si c'est le mari qui subit cette interdiction, on peut lui donner
commecurateurun étranger,sonfilsmajeur (336°) ousafemme (342c.c.)
où il aura son domicile (83,3 al., c.c). Dans les deux premiers cas,
là femme devra suivre son mari et domicilier chez l'étranger ou chez son
fils majeur ; dans le troisième, le mari sera domicilié chez sa propre
femme.
Ce troisième cas, cependant, nous met devant une situation assez
cocasse. Comment la femme mariée, qui accepte cette fonction de
.curatrice, peut-elleen mêmetempssatisfaire àl'article 83, qui dit qu'elle
L E S C A H I E R S DE D R O I T , Québec.
DU DOMICILE 31
ne peut avoir d'autre domicile que celui de son mari, et satisfaire à cette
autre règle contenue dans le même article, à savoir que le mari a son
domicile chez son curateur ?
Voici comment le problème pourrait se poser :
Primus, le mari, par le fait qu'il devient un interdit pour démence,
perd son propre domicile et acquiert celui deson curateur (article 83,3al.);
or son curateur est Prima, sa femme, qui n'a pas de domicile propre puis-
qu'elle n'a pas «d'autre domicile que celui de son mari » (article 83,1 al.);
donc Primus est dans l'impossibilité d'aoquérir le domicile de son cura-
teur, puisque celui-ci n'est autre que Prima, sa femme, qui ne peut avoir
un autre domicile que celui de son mari, Primus.
Comment sortir de ce cercle vicieux ? Nous pouvons en sortir si la
loi permet à Prima, au moment où elle accepte cette charge, de quitter
(légalement) le domicile de son mari pour en acquérir un qui lui soit
propre, même si en fait ce domicile qu'elle acquerra est celui que Primus
avait avant son interdiction. De cette façon, si après quelques années
par exemple, Prima, lasse de soigner seule un homme aussi malade, vou-
lait transférer le domicile conjoint à Toronto où ses parents l'attendent,
elle en aura la capacité légale.
Cette solution que je propose, est-elle conforme aux règles du Code1
Je me vois contraint de répondre dans la négative puisque rien dans
celui-ci ne donne ce droit à la femme mariée, sauf le cas de séparation de
corps par jugement (207 c e ) . Le Code ne permet même pas qu'elle
quitte le domicile de son mari dans le cas où une action en séparation de
corps est par lui ou par elle intentée ; la seule faveur que lui accorde la
loi sur ce sujet, est celle de résider ailleurs avec la permission du
juge.
Sur quoi donc appuyer la solution que je viens de proposer? Sur
les principes mêmes qui ont servi de base à l'élaboration de la règle
énoncée dans le premier alinéa de 83 c.c.
Cette règle, à l'effet que la femme mariée n'a pas d'autre domicile
que celui de son mari, découle des grands principes germaniques qui
conçoivent que la femme et le mari ne doivent faire qu'un. Si par
conséquent, la femme est considérée civilement ne faire qu'un avec son
mari, il est bien normal qu'il y ait pour eux identité de résidence et,
partant, identité de domicile.
Tous considèrent, également, que l'autorité est la base même de
toute société bien organisée ; or la famille est la première cellule sociale ;
voilà pourquoi elle a un chef qui est la mari, le père. Mais pourquoi le
mari plus que la femme ? Parce que le mari de par sa nature même, est
un chef, un protecteur. La femme, au contraire, a soif de délicatesse,
d'affection, de sécurité et de protection ; c'est ce contraste d'ailleurs,
Vol. I I , n " 1, décembre 1955.
32 LES CAHIERS DE DROIT
qui existe entre l'homme et la femme, c'est ce besoin chez l'homme de
conquérir et de protéger et chez la femme d'être conquise et protégée,
qui a pour conséquence de créer cette si puissante unité dans le lien du
mariage.
Voilà en vertu de quel principe le législateur a dû choisir la règle
de la puissance paternelle et de l'autorité maritale. Toutes les autres
règles qui en découlent et qui obligent la femme mariée à se soumettre
à cette autorité, n'en sont que des conséquences logiques.
Ilserait donctout àfait normal, qu'en vertu decesmêmesprincipes,
la femme mariée puisse acquérir, pour ainsi dire,^autorité maritale dans
le cas où le mari est totalement incapable de l'exercer. La femme qui
accepte la charge de curatrice à son mari, prend, en fait, les rênes du
pouvoir dans cettesociétéfamiliale ; ilest doncjuste que non seulement
elleobtienne la capacité civiled'avoir sonpropredomicilepour y recevoir
ses enfants et son mari malade, mais aussi d'exercer tous les pouvoirs
conférés par la puissance paternelle et maritale.
Qu'il me soit donc permis de conclure qu'il est non seulement
possible, mais certain que le législateur avait en son esprit ces grands
principes de droit lorsquela règle del'article 342c e , qui permettait à la
femme mariée d'être curatrice à son mari interdit pour démence, a été
édictée . . . Ceque je lui reproche, c'est de ne pas l'avoir dit !
Desserviteurs
Les majeurs qui servent ou travaillent habituellement chez autrui,
nous dit l'article 84, ont lemême domicile que la personne qu'ils servent
ou chez laquelle ils travaillent lorsqu'ils demeurent avec elle dans la
même maison.
Trois conditions concourantes sont essentielles pour l'acquisition
d'un tel domicile ; il faut, en premier lieu, être majeur, c'est-à-dire être
capabledechoisirdomicile ; nous yreviendrons. Il faut, ensecond lieu,
faire untravail habituel chezautrui (travailsoit manuel soit intellectuel,
l'article ne précise pas) ce qui exclue le travail accidentel. Enfin il faut
résider dans la même maison.
L'expression « les majeurs »est tout à la fois trop restreinte et trop
étendue puisqu'elle sembleexclurelesmineurs émancipés, qui sont consi-
déréscommelibresdechangerde domicile, etinclurelafemmemariéequi
ne peut avoir d'autre domicile que celui de son mari (article 83). Cette
expression, en effet, devrait être remplacée par « toute personne capable
.de choisir domicile . . . » cequi donnerait une plus grande précision.
L E S CAHIERS DE DROIT. Québec.
DU DOMICILE 33
Annexe: DOMICILE MATRIMONIAL
L'on entend sisouvent parler du domicile matrimonial qu'il convient,
ici, en passant, d'en donner quelques explications.
Par domicile matrimonial, dit Mignault, l'on entend l'endroit dont
les lois régissent les droits matrimoniaux des époux ; c'est le domicile du
mariage et les effets de ce domicile durent autant que le mariage lui-
même.
Il peut être soit réel, soit d'élection ; réel lorsque c'est celui que les
époux avaient lors de leur mariage ; d'élection, celui où les époux sont
convenus de transporter le siège de leur association conjugale.
C'est à l'article 6de notre Code que nous devons nous rapporter pour
l'étude de ce domicile spécial.
B. DOMICILE FICTIF
Planiol définit le" domicile d'élection
«domicile fictif et spécial, indépendant et distinct du domicile réel et choisi
par unepersonnepour l'exécution d'un acte ou d'une convention.»
C'est donc une dérogation à la juridiction des tribunaux, juridiction
ratione personœ seulement, remarquons bien ; on ne peut en effet déro-
ger, par une convention, à une juridiction ratione materise parce que
d'ordre public (cf. article 13 c e ) .
Cette dérogation à une juridiction ratione personx a été permise par
nos législateurs pour des raisons d'un intérêt très pratique.
Selon le droit commun, le créancier qui poursuit son débiteur est
.obligé de l'assigner devant le tribunal de son domicile réel ; c'est là aussi
qu'il doit lui signifier l'exploit d'assignation ; or ce domicile peut être
très éloigné et de là les complications amenées par la lenteur, le coût, et
souvent même l'inutilité des déplacements. Conséquemment il peut
résulter de moins nombreuses relations contractuelles entre les membres
d'une société, ce qui serait un mal.
Le 1 er alinéa de l'article 85 comble cette lacune en permettant l'éta-
blissement d'un domicile fictif.
Il faut bien noter, toutefois, que le tribunal du domicile élu n'a juri-
diction que sur l'exécution de l'acte pour lequel les parties y ont fail
élection ; non sur les autres, ceci est très important D'ailleurs, l'article
85 est formel à ce sujet :
«lorsque lesparties à un acte y ont fait pour son exécution élection dedomi-
cile, les...qui y sont relativespeuvent... ».
Vol. I I , n» 1, décembre 1955.
(3)
34 LES CAHIERS DE DROIT
Le caractère facultatif déterminé par cette expression «peuvent»
n'est donné qu'à la partie en faveur duquel l'élection de domicile a ev
lieu.
On peut donc poursuivre soit au domicile réel du débiteur, soit au
domicile élu par convention.
Le deuxième alinéa de l'article 85 qui, à mon avis, manque quelque
peu de clarté, veut exprimer, ce me semble, que la convention doit
refléter^clairement l'intention des parties de choisir un autre domicile
que celui où le contrat devrait avoir normalement juridiction : un
endroit précis, déterminé, ou susceptible d'être déterminé pour les signi-
fications, demandes et poursuites ;
«lesimplefait dedaterunbilletouécritquelconqued'un endroitoude
lefairepayableàunendroitautre . . . »
na suffit point.
Dy a exception, cependant, à la faculté d'élire un domicile ; c'est le
casdu non-commerçant qui, dans leslimites du district où ila son domi-
cile réel, signerait uiie telle élection ; celle-ci serait sans valeur si elle
n'était faite dans un acte notarié ou en dehors des limites du district où
il a sondomicile.
Les circonstances qui ont apporté cet amendement.à l'article 85,
furent le 'développement, dans la province, des ventes par corres-
pondance.
Dans ces ventes, la compagnie insérait une clause stipulant élection
dedomicile au lieu oùla compagniesetrouvait ; siun citoyen de Gaspé,
par exemple, avait commandé quelque chose d'une compagnie montréa-
laise dont il n'était pas satisfait, il se trouvait dans l'obligation, vu la
clause signée (le plus souvent sans en connaître les conséquences),
d'inscrire sa poursuite à Montréal, à plusieurs centaines demilles du lieu
où il était domicilié.
On a voulu frapper cette clause de nullité et voilà pourquoi cet
amendement fut créé.
Différence entre domicile réel et d'élection
Le domicile réel est général ; le domicile d'élection est spécial à
l'affaire pourlaquelleilaétéchoisi. Lepremiern'est point transmissible
aux héritiers ; il s'éteint par la mort de la personne à qui il appartient ;
lesecond,au contraire, est héréditaire. Onnepeut avoir qu'un domicile
réel,mais on peut avoir autant dedomiciles élus qu'on a d'affaires diffé-
rentes. On peut, à volonté, changer de domicile réel ; le débiteur ne
L E S CAHIERS DE DROIT, Québec.
DU DOMICILE 35
peut changer son domicile d'élection que s'il a été établi dans son intérêt
exclusif.
Nous le constatons, le domicile fictif est essentiellement différent du
domicile réel. Il n'a pour but que de favoriser les relations entre les
membres d'une société, relations qui seraient souvent impossibles sans
lui.
• Il faut l'admettre, un si court travail ne peut être que très imparfait.
Nous avons tout de même essayé de couvrir tous les cas, mentionnés par
notre loi, se rapportant au domicile. Malheureusement bien des choses
doivent être omises dans un travail si condensé.
Même si nous avons essayé de couvrir les principaux principes et
problèmes relatifs au domicile, combien nombreux encore ceux que nous
n'avons pu qu'effleurer et même omis.
Ceci, cependant, nous fait constater que le domicile, dans notre
droit, est un élément-essentiel, d'une importance appelée continuellement
à augmenter dans les siècles présent et à venir, siècles de vitesse et de
puissance où les frontières s'écrouleront entre les différentes nations, où
l'espace et le temps seront vaincus ; il deviendra donc de plus en plus
nécessaire d'assigner à chacun le lieu fixe et connu dont on puisse dire
avec Gérin-Lajoie : quelque soit l'étoile sous laquelle vous voguiez, en ce
moment, c'est ici que vous serez toujours légalement ; c'est ici le lieu
fixe où l'on peut toujours vous trouver.
Charles CIMON,
Droit III.
Jurisprudence
McMuller vsWadsworth (1889) 14A.C.631.
Trottier vsRajotte (1940) S.C.R. 203.
Fisher va Holland (1951) B.R. 118.
Gauvin vsRancourt (1953) R.L. 517.
Gaudreau vsLavergne (1927) 43B.R. 60.
Bélanger vsCarrier (1954) B.R. 125
Moore va Hunt (1934) 38R.P.205.
Vol. II, n° 1,décembre 1955.