TB SANTOS Patricia
TB SANTOS Patricia
Remerciements
Si ce travail de Bachelor est publié aujourd’hui, c’est grâce aux nombreuses personnes qui
ont cru en moi et que je tiens à remercier tout particulièrement :
Ma directrice de TB, Madame Angélique Wüthrich, pour sa grande disponibilité,
son excellent suivi et coaching, la transmission de son savoir, ainsi que pour ses
nombreux et précieux conseils donnés tout au long de cette recherche.
Ma professeure de méthodologie, Madame Sarah Jurisch Praz, pour l’apport
théorique durant les cours de méthodologie et pour m’avoir guidée et conseillée tout
au long de la rédaction de ce travail.
Ma chère amie, Jenny Balet, pour ses nombreuses relectures, corrections apportées à
mon travail mais également pour ses remarques constructives et précieux conseils.
Mon compagnon, Dany Fonseca, qui a été présent à mes côtés, tout au long de ma
formation et qui m’a toujours encouragée et soutenue dans les bons comme les
mauvais moments.
Ma famille, mes proches et mes ami·e·s pour leur soutien et leurs encouragements.
Aux directions des crèches qui m’ont accueillies, aux professionnelles qui ont
accepté d’être observées et interrogées ainsi que toutes les personnes-ressources qui,
de près ou de loin, m’ont permis d’enrichir ma réflexion au travers de leurs
témoignages.
Patricia Santos
Patricia Santos
HES·SO // Valais – Wallis Bachelor of Arts in Travail social
Résumé de la recherche
Ce travail de Bachelor porte sur les stéréotypes de genre dans les structures d’accueil de la
petite enfance. Les stéréotypes impactent la pratique professionnelle et soutiennent un
processus de reproduction des rôles dans les activités proposées aux enfants. Cette
recherche propose de questionner la pratique des éducateurs et éducatrices et de voir dans
quelle mesure il est possible de limiter l’impact des stéréotypes de genre. La première
partie du travail présente les notions clés de cette recherche : le rôle des éducateurs et
éducatrices de l’enfance, le jeu libre et les stéréotypes de genre.
La seconde partie utilise une méthodologie qui est double. Des observations sur
l’interaction entre les professionnel·le·s et les enfants ont été réalisées, dans le but de
percevoir l’impact des stéréotypes. En outre, des entretiens complémentaires ont été
menées avec les éducateurs et éducatrices de l’enfance afin de questionner et de
comprendre leur pratique. En réponse aux hypothèses, l’ensemble des données récoltées
ont été regroupées et traitées par thématiques : les jeux, l’aménagement de l’espace et les
différents éléments émergeant des observations et entretiens.
De manière générale, cette recherche a mis en évidence certains éléments quant à
l’influence des professionnel·le·s concernant les jeux des enfants, l’aménagement de
l’espace et le conditionnement de la société et du marketing, permettant de limiter
l’impact des stéréotypes de genre. De ce fait, un certain nombre de pistes de réflexion et
d’actions pouvant être mises en place ont découlé de l’analyse des résultats.
Mots-clés
Agencement ou aménagement – conditionnement – éducateurs et éducatrices de l’enfance
– enfants – genre – jeux libres – stéréotypes – structures d’accueil
Patricia Santos
HES·SO // Valais – Wallis Bachelor of Arts in Travail social
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1.1. Motivations
Plusieurs motivations me poussent à traiter la thématique des stéréotypes genrés dans les
structures de la petite enfance. Le thème de l’enfance m’intéresse particulièrement car
c’est la population avec laquelle j’aimerais travailler dans mon avenir professionnel. Lors
de mes précédents stages, j’ai été confrontée à différentes situations, comme l’exemple du
petit garçon qui voulait porter une robe, et je pense que cela va encore se reproduire. De
plus, traiter ce thème me permettra de comprendre l’impact des stéréotypes sur ma
manière de travailler et sur les réactions des enfants, afin de trouver des réponses aux
diverses questions dont je me pose. Finalement, ce travail de recherche me permettra de
me positionner professionnellement ainsi que personnellement vis-à-vis de la thématique.
Durant mes stages, j’ai été confrontée à des stéréotypes de genre sans vraiment m’en
rendre compte. Dans la crèche où j’ai travaillé durant ma Formation Pratique (FP), les
éducateurs et éducatrices ont reçu une invitation à participer à une conférence, ainsi qu’à
deux jours de cours sur la thématique suivante : « La poupée de Timothée et le camion de
Lison ». C’était encore au début de mon stage et cela ne m’a pas tout de suite questionnée.
C’est seulement en fin de formation, après avoir longuement réfléchi à un thème de travail
de Bachelor, que j’ai décidé d’observer les enfants de plus près, pour me trouver une
thématique à traiter.
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L’idée de travailler sur les stéréotypes de genre m’est venue un jour alors que les enfants
jouaient en jeu libre. Elles et ils nous avaient demandé de sortir la caisse des
déguisements. Ce jour-là, un garçon est venu vers l’éducatrice assise à côté de moi et lui a
demandé de l’aide pour mettre une robe. À ce moment-là, j’ai observé la réaction de
l’éducatrice. Elle a été un peu surprise de la demande du petit garçon mais elle la lui a
mise sans poser de question. Après coup, je lui ai demandé son ressenti personnel – qu’un
garçon lui demande d’enfiler une robe – ainsi que son point de vue sur les stéréotypes de
genre. Elle m’a répondu qu’au début ça lui a fait bizarre qu’un garçon lui fasse ce genre
de demande mais qu’elle n’a jamais eu de problème avec cela et qu’au fil du temps elle
s’y est habituée. Ensuite, elle m’a raconté la première fois où elle a eu affaire à ce genre
de situation. Elle m’a expliqué qu’elle a été très étonnée et un peu perplexe mais qu’elle
l’a finalement habillé. Nous avons discuté un temps de cet épisode et je lui ai expliqué
mon point de vue à ce sujet. La première fois que j’ai vu un garçon venir à la crèche avec
une petite queue-de-cheval, cela m’a surprise mais au fil du temps je m’y suis habituée.
Cette discussion a eu un impact sur ma propre réaction lorsqu’un garçon m’a demandé de
lui mettre une robe. Je me souviens de la lui avoir mise sans me poser de questions.
J’ai ensuite voulu connaître l’avis des autres éducatrices à propos de ce garçon qui voulait
mettre une robe. Deux éducatrices qui ont participé à la conférence « Jolie fille, brave
garçon », qui traite de la thématique des stéréotypes de genre, m’ont raconté ce qu’elles
ont appris. L’intervenante leur a expliqué que l’éducation des filles et des garçons est
inconsciemment influencée par les attitudes des adultes envers les enfants, selon qu’elles
ou ils s’adressent aux filles et aux garçons (Office cantonal de l'égalité et de la famille,
s.d.). Elles ont trouvé cette conférence intéressante et instructive pour leur pratique
professionnelle et m’ont également affirmé que leur regard avait changé à la suite de cette
conférence. Comme nous en avons discuté et que c’est un problème qui m’intéresse, j’ai
eu envie de participer à la formation aussi. Je me suis donc renseignée sur le site de
l’Office cantonal de l’égalité et de la famille, sur les deux jours de formation s’intitulant :
« La poupée de Timothée et le camion de Lison », du même nom que le guide
d’observation des comportements des professionnel·le·s envers les filles et les
garçons. J’ai écrit à la responsable mais, malheureusement, le cours était déjà complet.
Elle m’a aussi expliqué qu’ils allaient sûrement renouveler l’expérience car il y a eu
beaucoup de demandes. J’ai également trouvé sur le site le guide d’observation sur les
comportements des professionnel·le·s de la petite enfance envers les filles et les garçons,
qui m’a apporté passablement d’informations et de bibliographies intéressantes.
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1.2. Réflexions
Durant mon stage, j’ai été à diverses reprises confrontées à des situations relatives aux
stéréotypes de genre, comme celle du garçon qui souhaite porter une robe. Une fois, une
éducatrice a proposé un atelier coiffure aux enfants qui le souhaitaient. Plusieurs filles
sont venues vers elle pour se faire coiffer et comme la première a fait des couettes, toutes
les autres ont voulu faire de même. Puis, lorsque presque toutes les filles étaient coiffées,
un garçon est venu demander qu’on lui fasse une couette aussi. L’éducatrice lui a alors
expliqué qu’il n’avait pas la même longueur de cheveux que les filles mais qu’elle allait
tout de même essayer de lui en faire une. Elle la lui a faite et il est reparti jouer. À ce
moment-là, diverses questions me sont venues à l’esprit : lorsque la maman va arriver,
comment va-t-elle réagir ? Est-ce que ça la dérange ? Est-ce qu’elle accepte qu’on fasse
des couettes à son enfant ? Est-elle ouverte à l’idée qu’il a juste eu envie de faire comme
les filles ? J’ai tenté d’avoir quelques réponses à mes questions auprès des éducatrices, en
leur demandant ce que pourrait dire la maman en arrivant. Elles ont pensé que ça ne
devrait pas la déranger, parce qu’elles la trouvent assez ouverte d’esprit. Aucune n’était
tout à fait sûre que la mère le prenne bien. Cependant, pour connaître la réponse, il
faudrait attendre son arrivée pour connaître sa réaction. Malheureusement, le garçon avait
défait sa couette avant que sa mère arrive, parce qu’il n’en voulait plus. Par conséquent,
nous n’avons pas pu connaître la réaction de sa mère. Suite à cela, une éducatrice m’a
raconté, qu’une fois, un papa est venu chercher son fils à la crèche. Comme il ne voyait
pas son enfant, il a demandé où il était. L’éducatrice un peu gênée que le parent n’ait pas
reconnu son fils désigna un enfant déguisé en princesse. Le père n’a pas du tout apprécié
de voir son garçon habillé en robe et lui a demandé de l’enlever le plus vite possible. Cette
histoire m’a posé un bon nombre de questions : comment réagir face à un garçon qui veut
mettre une robe de princesse ? Comment faire avec un parent qui n’accepte pas que son
garçon puisse se déguiser en fille ? Comment anticiper les réactions des parents ?
Comment combiner le bien-être de l’enfant et la volonté du parent ?
Dernièrement, je discutais avec la mère de deux garçons chez qui j’ai fait du babysitting
durant près de 5 ans. Elle m’a raconté qu’une fois, son mari avait été au magasin avec ses
deux fils pour leur offrir un cadeau. Quand ils sont arrivés aux rayons jeux, le plus grand
s’est mis à choisir un jeu, alors que le plus petit s’est dirigé vers le rayon fille. Le père
était déconcerté mais il a tout de même laissé ses enfants choisir ce qu’ils voulaient. La
mère m’a dit qu’au début son mari avait eu de la peine à accepter de voir que l’un de ses
fils jouait avec « des jouets de filles », comme il le disait. Il a finalement accepté que son
enfant puisse jouer avec ce qu’il lui plaît, pour autant qu’il soit heureux et que cela ne
signifie pas qu’il développera une personnalité plutôt féminine pour un homme. À
nouveau, cette situation m’a fait réfléchir : comment favoriser le bien-être de l’enfant, tout
en lui évitant les moqueries ? Comment agir avec un parent qui ne peut concevoir que son
enfant joue avec des jeux de l’autre sexe ? Comment expliquer et faire comprendre aux
parents que jouer avec des jeux du sexe opposé, ne porte pas nécessairement à
conséquence ?
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Dans les crèches, on peut déjà agir. Le fond du problème est que les enfants intériorisent
tôt ces divisions de genre parce qu’elles sont fortement liées à la pression sociale et qu’on
le veuille ou non, tout adulte ou personne a nécessairement une influence sur les enfants
qu’elles et ils côtoient. Même si c’est inconscient ou involontaire, du simple fait qu’elles
et ils soient présents et interagissent avec les enfants. L’influence n’est pas forcément
forte ou positive ou négative mais elle y est c’est certain. De nos jours, l’impact de la
société peut parfois blesser les personnes, qu’on apprend aux enfants à se comporter
comme « de vrais garçons » qui aiment le football, s’habillent comme un homme, ne
pleurent pas, etc., ou « de vraies filles » qui aiment la tranquillité, s’habillent bien, savent
tenir un ménage, cuisiner, etc. Alors, comment les éducateurs et éducatrices de l’enfance
peuvent contribuer à diminuer ces stéréotypes de genre dans les structures d’accueil ?
À la suite des différentes situations vécues, plusieurs thématiques vont être explorées au
travers de ma problématique sur les stéréotypes de genre : les problèmes liés au choix des
jeux pour les enfants et leur gestion par les éducateurs et éducatrices, l’influence de la
société, du marketing et des parents dans les stéréotypes, l’importance de l’aménagement
de l’espace dans les crèches. À travers mon travail de Bachelor, je vais tenter de répondre
aux nombreuses questions que je me pose.
Avec ce travail de recherche, j’aimerais également réfléchir sur ma pratique
professionnelle pour trouver des pistes d’action et pouvoir mieux gérer ces situations tout
en tenant compte de mes propres valeurs. En effet, je pense qu’un travailleur ou qu’une
travailleuse sociale doit constamment se remettre en question dans sa pratique, afin
d’évoluer et développer son savoir théorique, son savoir-faire et son savoir-être.
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De nombreux auteur·e·s (Baudelot & Establet, 2007 ; Dafflon Novelle, 2006 ; Hauwelle,
Rubio, & Rayna, 2014) démontrent qu’une éducation précoce non genrée aurait, à moyen
terme, des effets différents sur le développement des individus et permettrait donc une
société plus équitable. Ainsi, lutter contre ces inégalités, dès le plus jeune âge, permettrait
à chacun·e, fille ou garçon de développer des qualités et des compétences, sans être
influencé par des représentations ou des stéréotypes véhiculés par la société.
La mission du travailleur et de la travailleuse sociale, dans le cas des stéréotypes, est donc
de se battre pour limiter leurs impacts, qui ont pour conséquence de renforcer les
inégalités sociales. Le but est de permettre à chacun·e d’être un·e citoyen·ne pouvant
exercer ses droits et devoirs, aussi bien que de vivre la vie qu’elle ou il souhaite. En effet,
les travailleurs et travailleuses sociaux militent en permanence pour faire avancer le débat,
remettre en question les mœurs et faire évoluer les représentations genrées que la société
actuelle impose. Elles et ils œuvrent dans toutes sortes de domaines pour tenter de limiter
ses inégalités, telles que : l’inégalité salariale, la restriction de certaines professions pour
les femmes ainsi que les hommes, notamment dans les structures de la petite enfance,
l’inégalité de traitement et l’accessibilité à certains droits des humains (logement, travail,
revenus, etc.). La place de la femme dans la société est constamment remise en question
pour qu’elle puisse être reconnue à sa juste valeur. Par ailleurs, le congé paternité accordé
aux pères de famille pour qu’ils puissent aussi s’occuper de leurs enfants et passer plus de
temps avec eux est encore au cœur de toutes les discussions et peine à être accepté.
Objectifs personnels
Pour commencer, je souhaite améliorer ma capacité à rédiger des travaux professionnels.
Je pense que grâce à la lecture de nombreux ouvrages et à la rédaction de ce travail de
recherche, je vais m’exercer et ainsi développer mon écriture professionnelle.
J’aimerai également rendre un travail de qualité, soigné et à la hauteur de mes attentes.
Étant parfois un peu trop perfectionniste, j’ai souvent de la peine à reconnaître la qualité
de mes travaux. J’espère donc aussi que cette expérience me permette de progresser dans
mon estime de soi.
Objectifs professionnels
Étant donné que je me forme pour devenir éducatrice de l’enfance, je veux acquérir des
connaissances supplémentaires dans ce domaine, grâce à ce travail de Bachelor.
Je voudrai aussi, au travers de mes recherches, d’apports théoriques et pratiques, pouvoir
trouver des pistes d’action ou des stratégies professionnelles, que je pourrais adopter dans
ma future profession.
Je veux faire en sorte que les différents résultats et conseils dont j’ai pu bénéficier au fil
de mes recherches me permettent de réfléchir et de remettre en question ma pratique
professionnelle, afin de l’ajuster au mieux.
Objectifs théoriques
Comme premier objectif théorique, je souhaite comprendre ce qu’est le concept de genre,
afin de cerner tous les aspects du sujet, au travers de recherches et de lectures.
Je veux également comprendre comment se construit un stéréotype, comment il se
transmet, s’intègre et l’impact qu’il a au niveau de la société en général.
Pour conclure, je souhaite découvrir et me familiariser avec la méthodologie de recherche,
que je connais peu. Je pourrais ainsi apprendre davantage sur les différentes méthodes que
l’on peut utiliser.
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1.6. Hypothèses
Pour rappel, la question de recherche posée, dans ce travail, est la suivante : « Comment
les professionnel·le·s de l’enfance peuvent agir pour limiter l’impact des stéréotypes
de genre pendant les activités de jeux libres dans les structures de la petite
enfance ? ».
En réponse à cette question, deux hypothèses sont avancées. La première propose de
valoriser l’intérêt des enfants pour de nouvelles activités non genrées, en leur proposant
une diversité de jeux qui peuvent convenir autant aux filles qu’aux garçons et ainsi limiter
l’impact des stéréotypes genrés. L’hypothèse est la suivante : Les professionnel·le·s
peuvent contribuer à réduire l’impact des stéréotypes de genre en permettant aux enfants
d’expérimenter de nouveaux jeux et en leur proposant des activités variées et sans
connotation genrée.
La seconde hypothèse consiste à considérer l’aménagement de l’espace de jeux, qui
favorise l’émergence et l’impact des stéréotypes de genre, dans les structures de la petite
enfance. L’hypothèse est ainsi formulée : Les professionnel·le·s peuvent contribuer à
réduire l’impact du stéréotype en aménageant l’espace de jeux de manière à ne pas cliver
les activités. Ainsi, cet aménagement de l’espace peut contribuer à ce que chaque enfant
puisse jouer selon son envie et donc dépasser la séparation des activités « filles –
garçons ».
Ces deux postulats seront vérifiés dans la partie pratique du document, au travers
d’observations ainsi que d’entretiens effectués avec des professionnel·le·s de l’enfance.
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Historique de la profession
C’est vers le milieu du 19ème siècle que les premières crèches voient le jour en Suisse et
partout en Europe. Ce développement est le résultat d’une industrialisation croissante de
la société, de l’entrée des femmes dans les usines et d’une nécessité de faire garder leurs
enfants. En effet, à cette époque-là, beaucoup d’enfants sont encore très peu scolarisé·e·s
parce qu’elles et ils travaillent aussi dans les usines. Les durées des années scolaires sont
alors plus courtes que pour les enfants d’aujourd’hui afin de pouvoir aider au travail dans
les champs. Les premiers jardins d’enfants sont créés par le pédagogue Friedrich Froebel
en 1837. Au début, ces espaces sont aménagés sous forme de jardins entretenus et cultivés
par les enfants, pour leur permettre l’apprentissage et la découverte de la nature. La mise
en place de ces structures est gérée par des associations caritatives ou par des femmes
bourgeoises. L’objectif premier des crèches n’est pas seulement la garde des enfants mais
également d’apprendre l’art d’être mère. Puis, influencer par l’« école nouvelle », les
jardins d’enfants évoluent vers des espaces plus fermés et introduisent peu à peu le jeu.
Dès la moitié du 20ème siècle, la mission des structures d’accueil s’oriente plutôt vers une
fonction plus éducative et pédagogique pour favoriser davantage l’épanouissement et
l’éveil du jeune enfant. En 1848, Froebel puis Montessori conçoivent les premières
« salles d’asile » en France « […] pour lutter contre les mauvaises conditions d’accueil
des nourrices de l’époque » (Degenaers, 2010, p. 17). Les principaux objectifs éducatifs
que la ou le professionnel·le doit apprendre à l’enfant sont le développement du langage et
les compétences perceptives. L’année 1902 marque l’apparition des premiers jardins
d’enfants en France. Suite aux succès de ces établissements, le développement de ces
jardins d’enfants se fait progressivement un peu partout. Finalement, l’éducation se base
sur l’accroissement de l’autonomie, la socialisation et sur les apprentissages élémentaires
(Chatelain-Gobron, 2015 ; Degenaers, 2010).
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Espaces de vie enfantine, crèches, nurseries ou garderies, jardins d’enfants privés, crèches familiales, services
éducatifs itinérants, institutions d’éducation spécialisées accueillant de jeunes enfants, lieux d’accueil parents et
enfants et établissement hospitalier.
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J’ai choisi d’utiliser le terme « crèche » car c’est le nom porté par les différentes structures où j’ai effectué mes
observations.
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Unité d’accueil pour écoliers.
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Petits et grands : appellation que j’ai donnée pour différencier les deux groupes.
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De plus, elles et ils doivent faire attention d’éviter de leur donner des surnoms, de mettre
des étiquettes aux enfants, d’aménager à hauteur des enfants les jouets et leurs doudous,
leur consacrer la même attention et la même écoute à tous. Elles et ils doivent être
vigilant·e·s à toujours s’adresser à eux à leur hauteur, garder un regard objectif sur chaque
enfant et sa famille et éviter les jugements, proposer des activités innovantes pour stimuler
leur imagination, élaborer un suivi individualisé pour chaque enfant prenant en compte
leurs besoins, accompagner chaque parent et répondre à leurs besoins et attentes et faire
participer les parents à la vie de la structure (Degenaers, 2010).
Au sein de la structure, les professionnel·le·s doivent pouvoir donner des repères stables
et sécurisants à chacun·e pour qu’elle ou il se sente en confiance et en sécurité. En outre,
il est également important de poser des limites aux enfants pour leur sécurité personnelle
(Meunier & Chétoui, 2002).
Diverses notions importantes définissent l’intervention des professionnel·le·s de l’enfance
auprès des enfants. Ces concepts sont : l’éducation, l’aide, l’accompagnement,
l’animation, la communication et la stimulation, qui sont détaillés ci-après.
L’éducation et l’enseignement
Le mot en français éduquer a plusieurs origines en latin. Berger, Héroux et Shéridan
(2005, p. 70) donnent la définition du mot « éduquer », du latin educare, qui signifie
« élever un enfant ». Elles reprennent ensuite la définition de Magda Gerber (1987) qui
« […] a inventé le terme anglais educarer, une combinaison des mots educator
(éducateur) et care (prendre soin) ». Dans cette continuité, Anzou-riandey et Moussy
rajoutent : « Éduquer vient du latin educare qui signifie prendre soin. C’est aussi educere,
conduire hors de ». (Anzou-riandey & Moussy, 2016, p. 65). Le stade enfance est souvent
considéré par les antiques comme un stade imparfait. D’où la volonté de sortir l’enfant de
cette imperfection. De plus, il s’agit d’un stade où celle-ci ou celui-ci ne peut rien faire
seul, d’où le fait d’en prendre soin. Enfin, élever un·e enfant c’est aussi le faire sortir de
son imperfection et de son incapacité à se débrouiller seul pour devenir autonome et
parfait (Grunder, 1998-2017).
L’étymologie du terme éduquer renvoie à un mouvement, une volonté de conduire vers,
de faire sortir de. Il se rapproche du mot accompagner qui signifie ouvrir la route, investir
un rôle moteur, semblable à celui d’un guide (Degenaers, 2010).
L’éducation sert aussi d’apprentissage de la vie en collectivité, en communauté avec
d’autres enfants pour ainsi apprendre à vivre ensemble, à se sociabiliser (Meunier &
Chétoui, 2002). En somme, les enfants sont éduqué·e·s aux règles de politesse et de
bienséance, aux bonnes manières, etc. Elles et ils s’enrichissent par l’expérience de leurs
facultés et compétences, par l’apprentissage et la stimulation de leur autonomie et par les
adultes au travers de transmission de savoirs (Degenaers, 2010). Finalement, l’éducation
des enfants se fait aussi beaucoup par imitation des adultes et de leur environnement.
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L’aide
Éduquer c’est aussi aider l’enfant à apprendre. Degenaers (2010, p. 30) définit le terme
d’aide ainsi : « Aider est défini traditionnellement comme « l’action d’intervenir en faveur
d’une personne, en joignant ses efforts aux siens ». ». En effet, aider est le fait d’intervenir
pour une personne, sans complètement faire à sa place mais faire l’action ensemble. C’est-
à-dire, faire avec la personne et non pour la personne. Ainsi, la personne se sent incluse et
participe à l’action.
L’éducateur ou l’éducatrice a pour mission d’aider les enfants à grandir dans divers
domaines : la pédagogie (en apprenant ou réapprenant à faire), la stimulation (proposer de
faire, encourager à faire, montrer l’intérêt), l’assistance (aider en cas de besoin, faire avec
et non pour), la coopération (faire ensemble), le soutien (rassurer, encourager), la
guidance (montrer comment faire). L’adulte doit alors pouvoir s’ajuster à la fois aux
besoins de l’enfant, à ses capacités et à ses désirs. En effet, l’enjeu fondamental du travail
du professionnel·le est de toujours mettre l’enfant au centre, de la ou le mettre en valeur,
d’être à l’écoute de ses besoins et désirs, et de veiller à laisser le choix à l’enfant de
pouvoir garder une certaine maîtrise sur sa vie (Degenaers, 2010)
L’accompagnement
Aider c’est aussi accompagner l’enfant tout au long de son développement. De ce fait,
l’étymologie du terme accompagner est tirée du latin ad cum panis, qui signifie « « […]
du partage du pain » (con pane) » (Degenaers, 2010, p. 32), soit celui qui mange du pain
avec. L’importance est placée sur le fait qu’il y a une action, un mouvement qui va vers
l’autre. L’accompagnement c’est faire quelque chose ensemble, c’est partager et une
volonté d’aider autrui. L’éducateur ou l’éducatrice accompagne donc l’enfant au
quotidien, dans diverses circonstances telles que : lever, repas, soins, démarches, travail,
jeux, rencontres, sorties, séparation, maladie, etc. (Degenaers, 2010).
Au niveau de l’accompagnement, les professionnel·le·s de l’enfance se soucient de la
qualité de l’accueil proposé aux parents et à leurs enfants. La crèche est un lieu d’accueil
collectif, où les éducateurs et éducatrices de l’enfance doivent veiller à accueillir chaque
enfant de façon bienveillante et à favoriser un accueil individualisé à chacun·e.
L’accompagnement sert de suivi personnalisé où professionnel·le·s, enfant et parents
peuvent construire des liens permettant à l’enfant de s’épanouir et vivre au mieux une
séparation en douceur avec ses parents. Ainsi, les professionnel·le·s doivent assurer la
régularité, la stabilité, la sécurité pour que chacun·e se sente reconnu et accepté dans son
intégrité. Le but étant de favoriser le bien-être et l’épanouissement personnel de l’enfant
pour permettre à chacun·e d’évoluer dans un climat serein et de confiance pour qu’elle ou
il puisse s’épanouir et prendre du plaisir (Bosse-Platière & al., 2011 ; Meunier & Chétoui,
2002 ; Copt, 2006). Pour bien accompagner, il faut savoir animer et communiquer.
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L’animation
L’étymologie latine vient de animare, Degenaers (2010, p. 33) affirme qu’: « Animer,
c’est donner à voir, donner à faire », ce qui signifie l’action d’animer, le fait de se mettre
à faire quelque chose et de faire découvrir dans ce cas. L’un des rôles de l’éducateur ou de
l’éducatrice est de préparer, proposer et animer des activités pour les enfants. Ainsi, au
travers d’animations, les enfants peuvent apprendre en étant aidé·e·s, guidé·e·s,
stimulé·e·s, encouragé·e·s et peuvent se trouver de nouveaux intérêts. Elles et ils
apprennent aussi les éléments de temps et d’espace, de changement et de coupure de la
routine du quotidien, d’adaptation aux changements de lieu, de personnes, de pratiques.
Mais encore, elles et ils apprennent à extérioriser leur énergie, leurs émotions, à participer,
s’amuser, à créer, à expérimenter, à confectionner par soi-même, à développer et accroitre
leurs compétences et à leur tour à développer leur propre créativité.
Les professionnel·le·s de l’enfance sont très souvent amené·e·s à user de leur créativité en
proposant aux enfants des animations et activités d’éveil, artistiques (peintures, dessins,
etc.), artisanales (bricolage, décoration, etc.), sportives (individuels, collectifs, interne,
externe, etc.), sociales (jeux de société, loisirs, etc.), socioculturelles (visites, sorties, etc.)
(Degenaers, 2010).
Pour la ou le professionnel·le, faire preuve de créativité signifie pouvoir s’adapter, avoir
une certaine souplesse, se détacher des routines des journées, en prenant des initiatives et
proposer des activités. Pour organiser des activités et les animer, il faut de la
communication entre les différent·e·s éducateurs et éducatrices de l’enfance.
La communication
L’étymologie de communiquer vient du verbe latin communicare, qui signifie mettre en
commun, faire partager, transmettre, exprimer, collaborer, partager, sous la forme verbale
ou non verbale des informations, des observations, des réflexions et des émotions. Il est
également dérivé du terme communis, ce qui est commun à tous. Communiquer indique
ainsi accepter le mode d’expression d’autrui, son rythme, ses difficultés, sa propre logique
et surtout pouvoir adapter son langage en fonction à qui l’on s’adresse (enfants, parents,
professionnel·le·s) (Degenaers, 2010).
De plus, les éducateurs et éducatrices doivent également être capables d’écouter. C’est
cette capacité que tout individu a de se décentrer et d'écouter l’autre que ce soit verbal ou
non verbal. Ainsi, l’écoute permet de déceler certains aspects et détails invisibles à l’œil.
Degenaers (2010, p. 26) énonce que : « Écouter l’enfant, c’est accueillir sa singularité
toujours, contenir sa souffrance parfois ». L’usage de l’écoute permet alors à l’enfant de
se sentir unique, important et entendu par l’adulte. Mais l’écoute permet également de
comprendre que parfois ce qui ne peut pas être montré peut s’exprimer par la parole. Si
un·e enfant est triste car son parent lui manque, il ne va pas forcément se mettre à pleurer
mais plutôt rester dans son coin jusqu’à ce que l’adulte l’interpelle et lui demande ce qui
lui arrive. À ce moment-là, l’enfant pourra exprimer sa tristesse par le langage
(Degenaers, 2010).
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La stimulation
La communication amène à de la stimulation des enfants. L’étymologie latine vient de
stimulare, qui signifie, stimuler, exciter et piquer la curiosité. Les éducateurs et
éducatrices doivent non seulement transmettre leurs connaissances et leurs savoirs aux
enfants mais également stimuler leur curiosité d’apprendre, d’essayer, d’expérimenter.
Stimuler un·e enfant c’est lui donner à voir, à faire, à dire, en lui laissant faire ses propres
expériences comme elle ou il le sent, l’entend et le souhaite. À la différence de l’enfant,
stimuler pour l’éducateur ou l’éducatrice est d’être capable de proposer une solution, une
alternative, de proposer une occupation, d’animer une activité (Degenaers, 2010).
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des termes appropriés, sans juger ou offenser l’autre et lui dire qu’elle ou il fait faux et a
tort (Copt, 2006). Être capable de se remettre en question, dans sa pratique, dans ses
manières de faire, d’agir, de réfléchir, de penser et accepter qu’il y ait d’autres manières
d’agir que celle que l’on utilise et à laquelle on pense.
La collaboration avec les familles
Le travail de collaboration avec les familles peut se faire à plusieurs niveaux. Avant
l’entrée en crèche, les parents ainsi que l’enfant rencontrent la direction, puis l’éducateur
ou éducatrice référent·e, pour discuter ensemble et apprendre davantage sur l’enfant (ses
frères et/ou sœurs, ses craintes, ses peurs, ses envies, ses hobbies, ses besoins, ses
habitudes, etc.). Ensuite, une adaptation personnelle, aux particularités, aux envies et au
rythme de chaque enfant est faite (veille, sommeil, repas). Durant la période d’adaptation,
les professionnel·le·s vont d’abord proposer aux parents d’amener et laisser l’enfant 30
minutes en crèche pour voir comment cela se passe, s’il ou elle s’adapte, se sent bien et
trouve son compte. Petit à petit, au rythme de l’enfant, les éducateurs et éducatrices vont
proposer d’augmenter le temps. Puis, si elle ou lui est inscrit·e une journée entière, elle ou
il se verra proposer un repas, une sieste, jusqu’à ce que l’enfant se sente bien et
l’adaptation se termine.
Des rencontres peuvent également se faire entre parents et professionnel·le·s autour d’un
questionnement, voire d’une problématique qui touche à l’enfant. Par exemple, il arrive
que les éducateurs et éducatrices remarquent des particularités chez les enfants, comme
des dysfonctionnements, des retards, des manques, des lacunes, etc. Elles et ils vont alors
les observer pour tenter de comprendre le comportement de l’enfant, dans le but d’en
discuter avec les parents et trouver ensemble des solutions ou des manières d’agir pour
aider l’enfant.
Les professionnel·le·s doivent s’adapter aux parents du mieux possible et répondre à leurs
exigences, sans attendre de réciprocité de leur part (Bosse-Platière & al., 2011). D’ailleurs
certains parents se sentent quelquefois débordés avec leurs enfants et viennent demander
conseils auprès des éducateurs et éducatrices. Il est alors dans leurs devoirs d’apporter de
l’aide aux parents démunis pour ainsi travailler ensemble et conjointement à
« l’éducation » du jeune enfant. Parfois, en fin de journée, la ou le professionnel·le doit
annoncer au parent que son enfant a, par exemple, mordu un camarade et donc été puni.
Ces communications ne sont pas toujours bien accueillies par le parent. L’éducateur ou
éducatrice doit alors faire preuve de tact lorsqu’elle ou il communique ces informations
aux parents, pour ne pas les faire culpabiliser ou remettre en cause leur manière d’éduquer
mais plutôt valoriser et soutenir les compétences parentales.
Patricia Santos
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Autour de l’éthique
L’éthique oriente les choix des éducateurs et éducatrices lorsque plusieurs valeurs morales
entrent en conflit comme : la distance et la proximité, la liberté ou la sécurité, etc.
(Degenaers, 2010). En fonction des attentes de la société, des interprétations que les
professionnel·le·s font de ce qui est attendu de la société et des valeurs qu’elles ou ils
partagent, tous les résultats divergents. Par exemple, la société attend des garçons qu’ils
soient forts, ne pleurent pas et travaillent dur pour leur famille. En tant qu’éducateur ou
éducatrice, elles et ils vont interpréter ce que la société attend des garçons pour les forger
à ce rôle « d’hommes forts et travailleurs », en leur apprenant à ne pas pleurer, à se
défendre, à être actifs, à plus développer leur côté pratique et manuel, etc. De même pour
une fille, on va attendre d’elle qu’elle ait un comportement adéquat et acceptable, qu’elle
soit bien éduquée, calme, patiente, etc., et on aura de mal à supporter qu’une fille nous
réponde, qu’elle dérange ou soit hyperactive.
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Dans un premier temps, il faut comprendre que tous et toutes, adultes, professionnel·le·s,
citoyen·ne·s, sont imprégné·e·s par leur propre culture et leur représentation du monde.
Elles et ils leur arrivent de véhiculer des valeurs en désaccord avec leurs propres pensées.
Il existe des schémas inscrits à l’intérieur de chacun·e, qui nous régissent tous et toutes de
manières inconscientes (Daréoux, 2007). Les valeurs d’un éducateur ou d’une éducatrice
ou d’un·e adulte peuvent jouer un rôle important et influencer leurs réactions face aux
enfants. L’éducateur ou éducatrice qui, au fond de lui, n’accepte pas qu’un garçon puisse
mettre une robe de princesse, aura de la peine à accepter de l’habiller et l’encouragera
plutôt à choisir un autre déguisement correspondant à son identité sexuelle. Si l’enfant
persiste à vouloir mettre cette robe, l’adulte peut alors l’envoyer vers un·e autre
professionnel·le. Mais si cela va à l’encontre de ses valeurs, elle ou il insistera pour que le
petit garçon choisisse autre chose ou essayera de le faire changer d’avis avec des paroles
blessantes comme : « t’es sûr de vouloir mettre cette robe ? Tu vas ressembler à une fille,
etc., ». Ces actes et paroles, qui pourraient réellement blesser l’enfant et qui la ou lui fera
automatiquement changer d’avis, pourraient beaucoup influencer l’enfant, même sur le
long terme. Sans s’en rendre compte, les adultes peuvent jouer un rôle décisif dans
l’affirmation du genre de l’enfant.
Certain·e·s professionnel·le·s ont parfois des attentes différentes selon qu’elles ou ils
s’adressent à une fille ou à un garçon. Dans son article, Cresson (2010, p. 28) affirme
que : « Les écarts aux codes sexués que commettent les enfants sont corrigés, par le geste
ou la parole » des adultes. Souvent ces écarts sont également rappelés à l’ordre par les
enfants eux-mêmes, lorsqu’elles ou ils disent : « c’est un jouet pour garçons ça ! Le rose
c’est pour les filles ! Non, les garçons, ça joue pas à la poupée ! Les filles, ça joue pas
aux voitures mais aux poupées ! etc. ». En effet, elles et ils ont intégré la connotation
sexuée des objets et les attribuent donc en fonction du sexe de l’enfant.
Dans l’urgence de la situation, l’éducateur ou l’éducatrice va réagir d’une manière sans
même y réfléchir et se laisser complètement guider par les stéréotypes de genre malgré
elle ou lui. Par exemple, si une fille et un garçon se bagarrent pour le même jouet, comme
un camion de pompier, la ou le professionnel·le va alors intervenir « dans l’urgence » de
la situation et sans réfléchir va donner le camion au garçon. Pourtant, le plus juste dans
cette situation serait de chercher à comprendre quel enfant jouait avec le camion en
premier ou que les enfants trouvent un compromis et partagent le camion.
Les professionnel·le·s de l’enfance doivent également apprendre et faire attention à garder
une certaine distance professionnelle avec les enfants. Elles ou ils ne doivent pas faire de
favoritisme ou, au contraire blâmer, constamment certain·e·s d’entre eux, pour ainsi être
le plus neutre et juste possible avec les enfants.
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Elles ou ils doivent aussi être dotés d’un solide équilibre psychologique pour pouvoir
s’exposer à des problématiques humaines et sociales qui peuvent être difficiles à gérer
émotionnellement car elles les rendent mal à l’aise, les affectent personnellement ou
peuvent aller à l’encontre de leurs valeurs. C’est pourquoi il est important d’avoir des
ressources et de pouvoir compter sur les autres professionnel·le·s – déléguer quand une
tâche devient trop difficile, discuter et débattre au colloque, etc. – afin de tenir
psychologiquement et physiquement. (Degenaers, 2010)
Les éducateurs et éducatrices doivent faire attention à ne pas émettre de jugements de
valeur sur les parents tant au niveau de la propreté de leur enfant, la nourriture, le
sommeil, etc., que de leur manière d’éduquer. Parfois, il est difficile de s’empêcher de
juger comme lorsqu’un parent dépose son enfant deux jours par semaine en crèche alors
que l’on sait que ce parent est mère ou père au foyer. Il faut donc être vigilent·e à ne pas
juger les pratiques des autres, ce qui reste souvent très compliqué, lorsqu’il y a de
l’incompréhension et surtout lorsque les valeurs entrent en compte. Parfois, les manières
d’éduquer les enfants de certains parents ne sont pas appréciées par les éducateurs et
éducatrices de l’enfance, à l’image des parents appliquant une éducation libre, qui laisse
l’enfant faire ce qu’elle ou il veut pour favoriser l’autonomie et l’apprentissage par soi-
même. Ce type d’éducation peut parfois poser problème à la crèche, entre autres, au
niveau de la sécurité car l’enfant qui essaie d’attraper un jouet seul va monter sur un
meuble ou va prendre des ciseaux sans demander la permission à l’adulte, etc. La
thématique suivante traite du moment de jeux libres en crèche qui permet de comprendre
l’importance du jeu dans le développement de l’enfant.
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L’activité dirigée est souvent proposée aux enfants, comme autre type d’activité, en
parallèle du jeu libre. Elle consiste à proposer un jeu ou une activité à un groupe
d’enfants, sous la supervision d’un·e professionnel·le. L’activité dirigée offre la
possibilité aux éducateurs et aux éducatrices de faire des activités avec un plus petit
groupe d’enfants. Ainsi, elle sert à diversifier les interactions entre les enfants, en
choisissant certain·e·s et surtout en séparant les duos. En particulier, il s’agit de donner
l’opportunité aux enfants d’entrer en relation avec d’autres camarades, avec lesquel ·le·s
elles et ils n’ont pas l’habitude de jouer. Pour les plus jeunes, l’activité dirigée permet de
se familiariser avec les couleurs, les nombres, les formes, etc. Et pour les plus grands, les
jeux de société peuvent leur apprendre le fair-play, à attendre son tour, à compter sur les
dés, etc. Tous ses jeux, en quelque sorte, peuvent préparer les enfants pour l’école, non
seulement pour l’apprentissage des compétences mais aussi pour les interactions avec les
autres élèves dans leur future classe et peut-être aussi le rapport avec l’autorité comme
avec la ou le professeur·e.
En définitive, la différence entre ces deux types d’activités est que le jeu libre permet à
l’enfant de choisir librement et pleinement son jeu alors que l’activité dirigée est, en
quelque sorte, choisie et imposée par l’équipe éducative. En effet, c’est à l’éducateur ou à
l’éducatrice que revient le choix de l’activité qu’elle ou il va proposer aux enfants. Par
conséquent, la marche de manœuvre est beaucoup plus grande pour les enfants, en jeu
libre.
Mais parfois, durant les moments de jeux libres, les professionnel·le·s peuvent
inconsciemment influencer le choix des enfants, dans leurs jeux. Si nous reprenons
l’exemple du garçon désirant vêtir une robe, détaillé dans mes motivations, imaginons que
l’éducatrice ait réagi d’une autre manière en répondant : « es-tu sûr de vouloir mettre cette
robe ? », comment aurait réagi l’enfant d’après vous ? On suppose qu’il aurait répondu
« non » et qu’il serait directement parti jouer à un autre jeu, en intériorisant le fait qu’un
garçon ne peut pas porter de robe. De même que si on répète à longueur de journée, que
les voitures c’est seulement pour les garçons, l’enfant va alors assimiler les paroles de
l’adulte, comme une vérité absolue. Et le jour, où la petite fille souhaite jouer aux
voitures, elle s’interdira d’y aller, en se rappelant que l’adulte avait dit une fois, que les
voitures c’est seulement pour les garçons. Daréoux (2007, p. 93) cite Michèle Babillot :
« les garçons et les filles s’interdisent certaines activités, certains jeux sans qu’il n’y ait
jamais rien de dit mais (cela est dit) de manière complètement implicite ».5
5
Daréoux s’appuie sur les propos de Michèle Babillot, provenant d’un enregistrement d’une cassette vidéo :
« Elle & Il, L’école de la mixité », académie de Lille.
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Alors que les jeux proposés aux garçons offrent davantage de possibilités et de choix dans
les domaines suivants :
la guerre : avec toute l’artillerie d’armes (pistolet, révolver, fusils-mitrailleurs,
carabine, tank et canon miniature, épées, sabres, arcs et flèches, etc.) qui se
différencie des objets réels seulement parce qu’ils sont moins dangereux. D’autres
jeux de guerre, d’aventure s’ajoutent à cela, les décors de châteaux, chevaliers,
armées prêtes au combat, dragons, dinosaures, etc.
la construction : avec tous types de jeux qui permettent de construire (gros et petits
Lego®, plots, blocs et bâtons métalliques, blocs à piques, etc.) permettant ainsi de
développer le sens de l’action, de la pratique et de la découverte.
les moyens de transport : avec tous les moyens de transport par terre (voitures,
camions, motos, trains, vélos, bus, taxis, etc.), par mer (bateaux, paquebots, cargos,
navires, sous-marins, canoés, etc.) et par air (hélicoptères, montgolfières, avions,
porte-avions, missiles nucléaires, vaisseaux spatiaux, fusées, etc.) de tous genres et de
toutes dimensions.
les superhéros : avec différents costumes d’héros, par exemple, Batman®, Superman®,
Spider-Man®, Iron Man®, Zorro®, Robin des Bois®, etc., et d’autres déguisements
s’inspirant d’histoire : costumes de cowboys, indiens, pirates, ninjas, chevaliers,
dragons, etc.
le sport : avec les équipements sportifs et tous les jeux de balles et de ballons
proposés comme le foot, le basket, le hockey, le rugby, etc. Bien que ces différents
sports s’ouvrent petit à petit aux filles, ils restent néanmoins très virils et masculins
(Daréoux, 2007 ; Étude du Conseil du statut de la femme, 2010 ; Gianini Belotti,
2001).
On remarque donc qu’il existe un plus large choix de jouets mis à disposition pour les
garçons, alors que les jeux apparentés aux filles sont limités en nombre et réduits aux
champs de la maternité, du domestique et de la beauté. Ceux-ci renvoient davantage aux
jeux symboliques – jeux de faire semblant – et aux jeux de rôle qui amènent plutôt les
filles à acquérir des compétences verbales. Alors qu’au contraire, les jeux de constructions
et d’emboîtement proposés aux garçons encouragent davantage à la manipulation et
l’exploration, leur permettant ainsi d’acquérir des compétences d’orientation dans
l’espace, de logique et d’analyse. On peut également remarquer que les jouets attribués
aux garçons – la guerre, la construction, les moyens de transport, les superhéros et le sport
– sont beaucoup plus nombreux et centrés sur des activités plus diversifiées. Par
conséquent, les jeux de garçons offrent plus de possibilités d’interventions et d’actions et
aident à la manipulation, en dépit des jeux de filles qui incitent davantage à l’imitation et
fournissent ainsi moins d’occasions d’innover (Baudelot & Establet, 2007 ; Grésy, 2014).
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attrayant ou la combinaison y est plus facile ou que le jeu y est plus attrayant ? De
même, si les enfants détournent constamment l’usage d’un jouet, pour le rendre plus
intéressant, c’est peut-être l’occasion pour les adultes d’en reprendre l’idée ?
En somme, si on laisse la possibilité aux enfants de choisir pleinement les jeux, les objets
et les activités, on remarque qu’instinctivement, filles et garçons se dirigent vers les jouets
qu’elles et ils préfèrent. Or, on pourrait être agréablement surpris d’observer des petites
filles sortir et jouer aux voitures, camions, avions, bateaux, petits trains, en les alignant et
en les déplaçant avec la même concentration et le même plaisir que les garçons. De la
même manière qu’on peut voir des petits garçons jouer au marchand, préparer le dîner à la
cuisinière, promener un bébé, etc. (Gianini Belotti, 2001).
Le marketing
La société actuelle ne cesse d’accentuer les différences entre les filles et les garçons. Par
conséquent, le marketing en profite en incitant les enfants à choisir des jeux de leur sexe
en leur proposant « des jouets pour filles » roses et « des jouets pour garçons » bleus.
Les productions industrielles de l’enfance indiquent aux enfants, garçons et filles
comment elles et ils doivent se comporter, comment doit être un « homme », une
« femme » et comment respecter leurs rôles sociaux. Les stéréotypes de genre sont encore
énormément véhiculés par les médias, les livres, les jeux, les jouets, les vêtements, etc.
Pour le marketing, la séparation des sexes est bénéfique pour eux. Le fait d’avoir créé et
séparé les rayons en fonction des sexes pousse la société à acheter et consommer
davantage. Notamment, le fait de ne plus pouvoir, comme auparavant, transmettre les
jouets, les habits des grands frères aux petites sœurs et inversement – car les objets
deviennent trop stéréotypés (vélos roses ou bleus, vêtements avec héros comme Cars ®,
Spiderman®, Batman® et la Reine des Neiges®, Hello Kitty®, Cendrillon®, etc.) – obligent
donc les gens à acheter et racheter pour leurs enfants. Ainsi, le marketing fournit des
indicateurs aux enfants qui leur permettent de savoir exactement quels jeux leur sont
destinés et si elles ou s’ils peuvent ou non les utiliser ou si les jeux sont exclusivement
« réservés » à l’autre sexe (Zegaï, 2014).
Au niveau du marketing toujours, la couleur joue un rôle considérable dans le choix du jeu
de l’enfant. Le rose définit exclusivement le sexe féminin et donc réservé aux filles, à
l’inverse le bleu peut être autant convenir aux filles qu’aux garçons. Ainsi, la moindre
trace de rose identifiée sur un jeu, un livre ou un vêtement sera bani par les garçons qui
exprimeront spontanément : « c’est pour les filles ! » et n’en voudront pas. Le rose
marque donc cette différence féminine que les autres couleurs n’engendrent pas et donc,
elles sont neutres (Baudelot & Establet, 2007 ; Zegaï, 2014).
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Sur le plan de la conception des jeux du point de vue du marketing, certains sont censés ne
s’adresser qu’aux filles ou qu’aux garçons. On peut retrouver cela dans les rayons des
magasins qui sont aménagés d’un côté « jeux pour filles » et de l’autre « jeux pour
garçons ». De plus, parfois ces rayons sont explicitement précisés par des panneaux dans
les magasins et par des rubriques dans les catalogues de jeux. C’est pourquoi pour vendre
leurs jouets, les enseignes n’hésitent pas à mettre en scène des enfants jouant à des jeux de
leur sexe et les photographier pour ensuite les publier dans leurs catalogues pour ainsi
inciter à acheter (Zegaï, 2014).
Les personnages que l’on retrouve notamment dans les livres pour enfants sont
majoritairement des garçons et souvent, lorsqu’il s’agit d’un animal qui est le héros
principal du livre, il est directement associé au masculin. Les personnages féminins sont
rarement des héroïnes principales. Elles sont souvent représentées en second plan
comme maman, femme de ménage, à la cuisine, dans les soins, etc., adossant leur rôle
courant (Brugeilles & al., 2002 ; Dafflon Novelle, 2006 ; Zegaï, 2014).
Pour conclure, les parents jouent également un rôle important dans l’apprentissage du
genre et la déconstruction des stéréotypes genrés. En effet, « Les adultes tendent à offrir
aux filles des jouets étiquetés comme féminins (poupées) et des jouets étiquetés comme
masculins aux garçons » (Baudelot & Establet, 2007, p. 43). Par conséquent, ils ne se
contentent pas seulement d’acheter aux enfants le produit mais ils participent activement à
l’apprentissage de ces stéréotypes en les encourageant, de manière involontaire et
inconsciente, à s’approprier les jeux et jouets conformes à leur identité sexuelle. Si,
généralement, les parents essaient d’encourager les enfants à adopter des comportements,
des attitudes et à se diriger vers des jeux, des vêtements stéréotypés, ils tentent, à
l’inverse, de décourager les contre-stéréotypes. Ainsi les enfants sont donc plus
contraint·e·s d’adopter des comportements adéquats selon leur identité sexuelle (jouets,
activités, émotions, caractère, etc.). Il en va de même pour les parents les plus attentifs aux
désirs et volonté de leur enfant en matière de jouets. Ils ne consentiraient jamais d’acheter
un pistolet pour leur petite fille ou une dînette à leur petit garçon car pour eux : « Ça leur
est impossible, ou alors, ils le vivent comme un sacrilège » (Gianini Belotti, 2001, p. 95 ;
Boisson-Cohen & Wisnia-Weill, 2014 ; Zegaï, 2014). Dans le chapitre suivant, les termes
de genre et de stéréotypes sont traités séparément afin de les assembler en dernière partie
pour comprendre la notion de sétérotype genré.
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La catégorisation
La notion biologique a été inventée pour séparer les deux sexes de manière distincte afin
de leur attribuer des fonctions différentes à respecter. « En même temps, le genre renvoie
aussi au système social global qui crée et légitime la catégorisation en masculin et
féminin » (Pfefferkorn, 2012, p. 66). En effet, dès la naissance, les bébés sont reconnu·e·s
comme fille ou garçon, en fonction de leur partie génitale. Dès lors et tout au long de leur
vie, les humains doivent apprendre à vivre avec leurs particularités biologiques et
respecter la différence de l’autre sexe pour correspondre à leur sexe et être ainsi reconnus
en tant que femme ou homme.
Les enfants passent par différentes étapes avant de comprendre que le sexe est déterminé
biologiquement et stable au travers du temps et des situations. Dès le plus jeune âge, elles
et ils apprennent à catégoriser les objets et personnes en féminin et masculin. À partir de 2
ans, les enfants sont capables d’identifier le sexe des personnes qui les entourent en se
basant sur des distinctions comme la coiffure, les vêtements, etc. Puis vers 3-4 ans, elles et
ils apprennent et comprennent que le sexe d’une personne est un critère stable au fil du
temps. Les filles vont devenir des femmes et les garçons des hommes. Les enfants n’ont
pas encore saisi que le sexe est stable en fonction des situations car pour eux, une
personne qui adopte les caractéristiques du sexe opposé peut changer de sexe. Ce n’est
qu’à partir de 5-7 ans que l’apprentissage du genre s’établit chez les enfants. Elles et ils
comprennent que le sexe est une donnée immuable au cours du temps et invariable dans
les situations, c’est pourquoi adopter des attitudes et des comportements du sexe opposé
ne changera pas le sexe de la personne (Dafflon Novelle, 2006 ; Zegaï, 2014).
Le genre est également proposé comme une catégorisation pour distinguer les femmes et
les hommes en les associant « […] de manière « naturelle » à des caractéristiques
« féminines » et « masculines ». » (Buscatto, 2014, p. 12). Dès la petite enfance, les
enfants apprennent qu’il y a des critères à suivre et à respecter pour correspondre à son
identité sexuelle. De ce fait, elles et ils intériorisent ces caractéristiques qui sont propres à
leur sexe et ne prennent même pas l’initiative de remettre en question cette idée, qu’elles
et ils pensent intangible. Le genre indique ainsi comment en tant que femme et homme,
les personnes doivent se comporter dans la société. Hauwelle, Rubio et Rayna (2014, p.
33) viennent confirmer en complétant que :
« […] les comportements, les rôles, les attitudes des filles et des garçons, des
femmes et des hommes sont appris, intériorisés pendant l’éducation, avec un
processus d’apprentissage classique : observation, identification,
intériorisation, imitation, et ne sont pas dépendants des lois biologiques ».
Donc dès la naissance, les enfants apprennent les comportements, attitudes et rôles à
adopter en observant les pratiques de leur entourage. Les filles vont imiter leur maman en
jouant à la dînette, en s’occupant de leur bébé, alors que les petits garçons voudront
bricoler comme leur papa. Le simple fait que les tâches domestiques soient réparties ou
non à la maison va alors enseigner à l’enfant que chacun des sexes a un rôle à jouer (les
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mères s’occupent de tenir le ménage et les pères de faire vivre la famille). Par conséquent,
« À travers l’usage constant de discours et la mise en action de pratiques genrées, chaque
personne intègre les comportements et les attitudes physiques correspondant à son
genre » (Parini, 2006, p. 26). En effet, les enfants vont intégrer les comportements qui
sont socialement acceptés par leur entourage, en investissant des jeux correspondant à leur
sexe et en négligeant ceux du sexe opposé. De même au travers des discours qu’elles et ils
entendent, les enfants vont adhérer au fait qu’une fille ne peut pas jouer à des « jeux de
garçons », au même titre qu’un garçon ne peut pas jouer à des « jeux de filles ».
Dès lors que les individus ont intériorisé les attributs correspondant à leur identité
sexuelle, elles et ils n’ont plus le « choix » de se comporter comme tel. En revanche, les
personnes peuvent se différencier en s’assumant autrement – être un homme avec des
attributs féminins –, au détriment de moqueries et de comportements discriminants. Parini
(2006, p. 26) reprend le discours de deux auteurs et rajoute que :
« Les corps sont sexués par le fait de « jouer » le genre tout au long de la vie.
Comme l’écrivent Jackson et Scoot (2002), être féminine c’est jouer la
féminité. Par « jouer » il ne faut pas entendre faire semblant mais se
comporter de façon à faire concorder son appartenance sexuelle avec les
attentes sociales de son genre (habillement, attitude corporelle, langage,
etc.) ».
La société conditionne donc les êtres humains à jouer et à respecter leur rôle en fonction
des attentes sociétales. Un garçon doit se comporter comme un homme, il doit donc être
grand, fort, tonique, habile, courageux et son insolence ou agressivité sera plus facilement
tolérable que chez une fille. Alors que la fille doit être belle, mignonne, douce, sage,
sensible, appliquée, compréhensive et savoir s’occuper du foyer familial et des enfants.
Par conséquent, filles et garçons prennent un malin plaisir, d’une part, à se conditionner et
se conformer aux rôles attendus par la société et d’autre part, à se dénigrer
réciproquement, sous prétexte que les filles seraient des peureuses et les garçons des
brutes. Souvent, ces caractéristiques psychologiques de chaque sexe sont aussi reportées
par les individus sur des éléments dits naturels (la maternité ou les hormones). Comme si,
chaque caractéristique de l’humain était expliquée par une cause naturelle, par exemple,
on va davantage trouver cela normal qu’une femme pleure car elle est plus sensible que l’
homme à cause des hormones (Boisson-Cohen & Wisnia-Weill, 2014 ; Caffari-Viallon,
2017 ; Parini, 2006).
Différenciation du genre et du sexe
Le terme sexe renvoie à la nature biologique de la personne soit être une femme ou un
homme, alors que le genre renvoie à la culture, à des caractéristiques, des classifications
sociales, des catégorisations du masculin et du féminin avec de possibles variations, selon
les cultures et les différentes sociétés. La notion de sexe : « […] ne signifie pas
uniquement la biologie ou l’anatomie des personnes mais également la sexualité » (Parini,
2006, pp. 29-30 ; Pfefferkorn, 2012).
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Concept de genre
Pfefferkorn (2012, p. 51) cite dans son ouvrage John Money, qui d’une constatation faite,
a introduit le concept de genre en observant des enfants : « […] intersexes (ou
hermaphrodites) dont les attributs physiques ne correspondent ni à la définition du sexe
mâle ni à celle du sexe femme ». Il a ainsi « […] créé l’expression gender roles pour
nommer l’écart entre les assignations biologiques et le rôle sexuel vécu ». L’émergence
du concept de genre est donc liée à un changement de paradigme qui engendre une
coupure entre le sexe biologique et le genre. « L’idée centrale à retenir consiste à affirmer
que les rôles sexués ne découlent pas « naturellement » des différentes biologiques mais
sont le résultat de constructions sociales » (Parini, 2006, p. 23). C’est-à-dire que les
différences qui existent entre les sexes ne sont pas naturelles et ont été intériorisées,
influencées et conditionnées par la société dès l’enfance. Le fait qu’une fille ait des
cheveux longs, mette des accessoires, des bijoux, porte des vêtements roses, des robes, des
jupes, etc., et qu’un garçon ait les cheveux courts, portent des jeans, des t-shirts, des
baskets, sont en réalité des constructions sociales. Pour conclure, c’est grâce à
l’introduction du concept de genre que :
« Le féminin ou le masculin ne sont plus vus comme le fruit « naturel » d’une
appartenance à un sexe biologique mais comme le résultat d’un processus de
« formation », ou de « déformation », des personnes par l’ensemble des
actions réciproques, à travers notamment l’éducation et les attentes de
l’organisation sociale » (Pfefferkorn, 2012, p. 54).
Afin d’être au plus proche de la définition d’un stéréotype de genre, il est à présent
indispensable d’aborder la notion de stéréotype.
Le stéréotype
La notion de stéréotype fut introduite pour la première fois dans les sciences sociales en
1922 par Lippmann. Le terme de stéréotypes fait « […] en référence aux clichés
typographiques obtenus par coulage de plomb dans un flan ou une empreinte utilisé en
imprimerie » (Sales-Wuillemin, 2006, p. 6). Lippmann les décrivait « […] comme
des images dans nos têtes […] des catégories descriptives simplifiées par lesquelles nous
cherchons à situer autrui ou des groupes d’individus » (Légal & Delouvée, 2015, p. 9).
Les stéréotypes sont en quelque sorte des impressions, des opinions « […]
simplificatrices, relativement rigides, et pas toujours de bonne qualité… qui
fonctionneraient comme des filtres entre la réalité objective et l’idée que l’on s’en fait »
(2015, p. 13). Par conséquent, ils fournissent aux individus une représentation partielle,
voire erronée, de la réalité dont la complexité et la perpétuelle évolution ne peuvent se
résoudre par une construction aussi simpliste et figée (Étude du Conseil du statut de la
femme, 2010). Mais, les stéréotypes sont indispensables car ils servent comme schémas
de pensée qui permettent de simplifier la réalité pour traiter les informations provenant de
l’environnement (Sales-Wuillemin, 2006).
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Il existe plusieurs caractéristiques qui peuvent se dégager des stéréotypes : ceux-ci sont
consensuels, c’est-à-dire qu’ils sont socialement partagés par un grand nombre
d’individus. Ils réduisent le groupe ou la personne visée à une série de traits, sans tenir
compte des disparités. Ils sont également opérants, c’est-à-dire qu’en quelques traits ils
dressent un portrait du groupe ou de la personne et permettent de comprendre comment se
comporter face à eux. Les stéréotypes sont rigides car ils résistent à tout, même aux
preuves du contraire, ils sont des généralisations excessives, faux et souvent mal fondé.
Par ailleurs, le contenu des stéréotypes est souvent considéré comme erroné ce qui affecte
le traitement de l’information et donc conduit à de la discrimination (Étude du Conseil du
statut de la femme, 2010 ; Légal & Delouvée, 2015 ; Sales-Wuillemin, 2006).
Définition du stéréotype
Si donner un exemple de stéréotype est facile, saisir le concept l’est moins. Baudelot et
Establet (2007, p. 19) donnent la définition suivante :
« Un stéréotype est une opinion toute faite, une représentation figée, une
image fixe, qui paraît sortir d’un moule, insensible aux modifications de la
réalité qu’il est censé décrire et expliquer. Cette caricature de la réalité est
d’autant plus efficace qu’elle se présente sous la forme aveuglante et
simplifiée d’une évidence naturelle ».
Les stéréotypes proviennent d’opinions et de représentations toutes faites qui paraissent
naturelles car elles ne sont pas remises en cause par les individus. Légal et Delouvée
(2015, p. 9) apportent une précision supplémentaire : « Les stéréotypes sont généralement
socialement partagés en ce sens qu’ils sont véhiculés et entretenus par l’environnement
social (famille, amis, médias, société) ». L’apprentissage des stéréotypes se fait donc par
l’environnement social qui entoure l’individu car ils sont transmis et véhiculés par la
société toute entière au travers de la famille, des amis, de l’école, des médias, du
marketing, etc.
Badad (1983) cité par Légal et Delouvée (2015, p. 15) affirme que : « […] beaucoup de
stéréotypes peuvent avoir un fond de vérité et un noyau de vérité ». Donc, tous les
stéréotypes ne sont pas des jugements ou des opinions fausses parce qu'ils peuvent
posséder une part de vérité mais ils sont aussi construits sur une base erronée transmise
par la société. Légal et Delouvée (2015, p. 19) finissent par attester que : « Quel que soit
leur degré de « vérité », les stéréotypes restent des simplifications de la réalité et
s’accompagnent d’une tendance à exagérer les ressemblances entre les membres de la
catégorie qui fait l’objet du stéréotype ». En dépit du fait que les stéréotypes puissent
posséder une part de vérité, ils restent des simplificateurs de la réalité car ils ont souvent
tendance à accentuer et à exagérer les similarités entre les individus.
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« C’est par ce processus que les filles et garçons apprennent les normes de
comportement qu’elles et ils doivent adopter et intériorisent l’idée que « sans
cette adéquation entre son sexe biologique et le stéréotype qui lui correspond,
on n’est pas un « vrai homme » ou une « vraie femme », et l’on s’expose à des
coûts sociaux ».
À nouveau, cet énoncé sous-entend qu’il y a des comportements qui ne sont pas tolérés
par la société. Par conséquent, s’ils ne sont pas respectés, cela peut engendrer des coûts
sociaux, tel que la discrimination. De même que la norme du masculin qui est vu comme
une référence aux comportements et attributs « masculins » qu’un garçon doit avoir et
être, doit être respectée pour que le garçon soit accepté dans la société. Cette conformité
est tellement encrée et partagée par les individus, que le fait qu’un garçon se rapproche
trop des attributs « féminins » est alors vu comme transgression à la norme. Cependant, le
garçon « efféminé » peine davantage à être accepté que la fille « garçon manqué » (Étude
du Conseil du statut de la femme, 2010). Ces écarts aux codes sexués ou ces
transgressions à la norme que peuvent commettre les enfants sont instantanément
rappelé·e·s à l’ordre et corrigés par le geste ou la parole, par les professionnel·le·s, les
parents, les amis, la famille, l’école, la société tout entière (Cresson, 2010).
La classification
Chaque individu possède la capacité de catégoriser son environnement, c’est-à-dire que
l’esprit classe les choses que les personnes voient. Dans sa tête, chacun·e a et se fait
différentes représentations d’une fille ou d’un garçon. Par exemple, on sait qu’une fille a
les cheveux longs, porte des robes, se maquille, porte des accessoires, etc., et qu’un
garçon a les cheveux courts, porte des jeans, ne se maquille pas, ne porte pas
d’accessoires. Or, les humains doivent également accepter et garder à l’idée qu’une fille
puisse avoir les cheveux courts, porter des jeans, ne pas se maquiller et porter des
accessoires, autant qu’un garçon puisse avoir les cheveux longs, porter des shorts, se
maquiller, avoir des accessoires (sac, collier, bracelet, bague, écharpe, bonnet, etc.).
Comme vu auparavant, la problématique du stéréotype c’est qu’il donne une caricature,
une vision erronée de la réalité et qu’il enferme les individus dans une représentation figée
de la réalité, qu’elles ou ils pensent et estiment être vrais. Ces représentations que la
personne se fait ont été transmises par les médias, la famille, les amis, l’école, le travail,
etc. intériorisées et amènent l’individu à croire qu’il y a qu’une seule et vérité absolue
d’une pensée. Notamment, par exemple, une fille doit être belle, sage, sensible, appliquée,
bien se tenir, compréhensive, porter des bijoux, avoir les cheveux longs, ne pas jouer au
foot, etc. Et un garçon doit être grand, fort, tonique, habile, courageux, débrouillard, ne
pas porter de bijoux, avoir les cheveux courts, jouer au foot, etc. Si la représentation de la
réalité que se fait une personne se rigidifie trop souvent, le risque c’est que celle-ci aura
tendance à imposer sa propre vision aux autres.
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Par contre, le fait que ces initiatives d’interventions ne ciblent qu’un milieu de
socialisation à la fois (famille, école, travail, loisirs, médias, etc.) tend à réduire leur
efficacité (Étude du Conseil du statut de la femme, 2010).
Pour lutter contre les stéréotypes de genre, quelques petits changements suffisent pour
faire évoluer les représentations et ainsi améliorer la société. Selon Grésy (2014, p. 198),
d’autres pistes d’action peuvent être envisagées. Tout d’abord, il serait bien de
commencer par faciliter, aux filles et aux garçons, une orientation et un accès plus
diversifiés et adaptés au monde de l’emploi. En outre, promouvoir « […] les femmes vers
des métiers majoritairement occupés par des hommes, et les hommes vers des métiers
majoritairement occupés par les femmes […] », pour ainsi faire progresser la mixité dans
les divers métiers. Il serait également intéressant de proposer à tous les professionnel·le·s
du social de suivre une formation spécifique sur les enjeux de l’égalité, afin de leur faire
prendre conscience des enjeux qui se jouent. Il serait non seulement bien d’accorder
davantage d’attention à la parentalité, en renégociant une nouvelle organisation du travail
et du temps accord à la vie familiale. Mais encore d’établir un partage des tâches et des
responsabilités parentales, notamment en accordant des congés de paternité dès la
naissance. Pour terminer, il serait important de promouvoir une reconnaissance
professionnelle pour les femmes comme pour les hommes et une réévaluation équitable
des salaires (Grésy, 2014).
Pour conclure ce chapitre, j’ai suivi la conférence « Jolie fille, brave garçon » toujours
proposée par l’Office cantonal de l’égalité et de la famille mais cette fois-ci aux parents.
Lors de cette soirée, l’animatrice de la conférence a présenté le guide d’observation
intitulé « La poupée de Timothée et le camion de Lison ». En fin de conférence, un temps
de discussion a été ouvert pour que les parents, professionnel·le·s de l’enfance et d’autres
personnes intéressées puissent poser des questions et partager leurs opinions et vécus.
J’ai trouvé ce moment très enrichissant pour mon travail de Bachelor car j’ai pu entendre
différents discours et avis des parents et professionnel·le·s. Lors de cette conférence, une
maman a expliqué que son garçon subissait des moqueries à l’école par ses camarades car
il était « un peu trop efféminé ». Elle a été très touchée d’apprendre cela et a eu de la
compassion pour son enfant. Elle s’est même remise en question, en se demandant si elle
agissait de la bonne façon ou si elle devait commencer à lui interdire « les jeux de filles »,
la couleur rose, etc. L’animatrice de la soirée a rebondi en affirmant que c’est bien de
laisser choisir les enfants. Elles et ils savent ce qu’elles et ils veulent et qu’en leur laissant
le choix, c’est leur donner des armes pour pouvoir affirmer leurs positions et leurs choix
plus tard. En effet, ces enfants vont se forger leur propre opinion de la situation et auront
ainsi les outils nécessaires pour réagir face aux autres lors de situations similaires.
L’animatrice a également expliqué qu’offrir la possibilité aux filles comme aux garçons
d’expérimenter les jouets, les habits, les activités, les loisirs, le sport, etc., du sexe opposé,
permet une meilleure ouverture d’esprit sur les différents aspects de la vie
(l’homosexualité, la bisexualité, l’intersexuation, les hermaphrodites, les transgenres, les
couples homosexuels, les mariages homosexuels, les couples homoparentaux, etc.).
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3. Méthodologie
3.1. Outils de récoltes de données
Pour mes récoltes de données, j’ai choisi de faire des observations dans les crèches et des
entretiens avec des professionnel·le·s. J’ai choisi de procéder de cette manière car je veux
observer, d’une part l’agencement des jeux au sein de la structure et d’autre part, comment
se manifestent les stéréotypes de genre et l’impact qu’ils ont sur la pratique des
professionnel·le·s. Peneff (1992, p. 233, cité par Arborio et Fournier (2008, p. 20) reprend
que : « […] l’observation directe est particulièrement adaptée pour enquêter sur « les
comportements qui ne sont pas facilement verbalisés, ou qui le sont trop ». ». Je me suis
donc rendue sur le terrain pour observer les pratiques sociales des éducatrices. La méthode
d’observation m’a servi à regarder « […] les postures, les mouvements, les déplacements,
les actions et interactions, les pratiques langagières dans un environnement ou un
contexte précis » (Cadière, 2013, p. 90).
J’ai au préalable construit une grille d’observation6 et d’entretien7, que j’ai fait relire et
tester par une personne-ressource. Avant de débuter les entretiens, j’ai fait lire et signer un
formulaire de consentement éclairé aux différentes professionnelles8. J’ai ensuite mené
des entretiens avec les différentes éducatrices que j’ai observées. L’entretien « […] vise à
amener l’interlocuteur à exprimer son vécu ou la perception qu’il a du problème auquel
le chercheur s’intéresse » (Quivy & Van Campenhoudt, 2006, p. 66). Ces entretiens
m’ont permis de faire appel aux différents points de vue des acteurs et actrices afin
d’échanger sur la problématique des stéréotypes genrés. J’ai alors amené chaque
éducatrice à se rapporter à son expérience et se questionner sur le sens qu’elle donne à sa
pratique professionnelle. En outre, les entretiens m’ont servi à chercher et analyser « […]
les conceptions, les représentations, les mentalités, les valeurs, les croyances qui
déterminent culturellement les pratiques » (Cadière, 2013, p. 97). Ainsi, mon choix
d’effectuer des entretiens à la suite des observations m’a permis d’enrichir et de compléter
ce que j’ai pu observer. C’est ce qu’affirment Blanchet et Gotman (2010, p. 43) :
« Selon qu’elle est postérieure, parallèle ou corrélative à d’autres moyens
d’enquête, l’enquête par entretien ne remplit pas la même fonction. Soit elle
enrichit la compréhension des données, soit elle les complète, ou bien encore
elle contribue à leur construction et à leur interprétation ».
6
Annexe A
7
Annexe B
8
Annexe C
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De plus, le fait d’avoir mis en corrélation les observations et les entretiens m’a offert
l’opportunité de rebondir sur des éléments d’observation et de propos énoncés par les
éducatrices. En effet, ils ont été repris pendant les entretiens et m’ont servi à comprendre
l’univers social de la société (Blanchet & Gotman, 2010).
Cependant, si je n’avais réalisé que des entretiens, j’encourais le risque que les
professionnelles ne me donnent que des réponses convenables et socialement attendues
(Arborio & Fournier, 2008). Je n’aurai alors pas eu un échantillon de données
suffisamment représentatif des conditions réelles pour tirer des conclusions pertinentes
dans mon étude.
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3.3. Échantillon
Le profil des éducatrices rencontrées est le suivant :
9
Prénoms d’emprunt
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Yaëlle 40-50 ans Assistante CFC de vendeuse 3 ans CFC vendeuse Maman
socio- dans les jouets 15 ans dans un magasin
éducative éducatifs et laboratoire de
CFC d’ASE photographies
2 ans dans la vente
d’habits
6 ans comme auxiliaire
en crèche
3 ans de formation en
emploi à l’EPASC à
Châteauneuf-Sion
1 an de fonction dans la
crèche actuelle
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10
Ces listes ne sont pas exhaustives
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Analyse
On remarque à travers ces témoignages que les filles sont davantage attirées par les
poupées et les garçons par les voitures. Ce n’est pas étonnant au vu des jeux et des
domaines qui sont proposés aux filles et aux garçons, qui sont décrits dans la partie
théorique de ce travail. En effet, les jeux de garçons mobilisent davantage les jeux de
guerre, de construction, les moyens de transport, les superhéros et le sport alors que les
jeux de filles sont particulièrement conçus et réduits aux champs de la maternité, du
domestique et de la beauté (cf. 2.2.2). De ce fait, filles et garçons se dirigent plus
naturellement vers des jeux auxquels elles et ils privilégient ou accordent une préférence
particulière dans leur environnement.
À première vue, il n’y a pas d’influence dans le choix du jeu de la part des
professionnelles, dans ce que j’ai pu observer et dans ce qu’elles disent au cours des
entretiens. Il y a cependant, une influence possible dans la composition du groupe
d’enfants sur le choix des jeux, par exemple, s’il y plus de garçons dans le groupe, les
voitures seront plus facilement proposées que d’autres jeux. Des exceptions se présentent
toutefois : le garçon qui joue avec la maison de poupées, les deux filles qui jouent aux
Lego®, les garçons qui jouent à la cuisine et aux bébés ainsi que le petit garçon qui veut se
déguiser en princesse mais qui change finalement d’avis en voyant la cape rouge. En
outre, les jeux destinés aux petites filles tendent à reproduire le monde des adultes et leur
apprend à se comporter comme de réelles petites mamans alors que les garçons ont plus
de possibilités de développer diverses compétences grâce à la diversité des jeux qui leur
sont proposés. Les enfants reproduisent donc de manière « naturelle » les comportements
socialement attendus.
Dans le prochain chapitre, nous verrons les différentes interventions dans la pratique des
éducatrices qui peuvent parfois influencer le cours du jeu libre des enfants.
L’intervention des professionnelles dans le jeu libre des enfants
Durant les moments de jeux libres, les enfants ont la possibilité de choisir les jeux selon
leurs envies. Ainsi, elles et ils peuvent jouer à ce qu’elles et ils veulent et cela ne dérange
pas les professionnelles. Si les enfants n’ont pas d’idées ou s’ennuient, les éducatrices
vont leur demander à quoi elles et ils veulent jouer ou vont leur proposer des activités.
Mais il arrive que parfois les équipes éducatives influencent le cours du jeu de l’enfant.
Notamment, certaines éducatrices ne laissent pas les enfants choisir leurs jouets et leur
imposent des jeux lors de moments tranquilles. Il arrive également que certains jeux
auxquels les enfants jouent soient retirés pour une question de sécurité ou parce que cela
dérange le reste du groupe d’enfants ou l’équipe éducative. Enfin, il peut aussi arriver que
certaines professionnelles de la petite enfance incitent les enfants à changer de jeux, en
leur proposant des activités plus attractives.
Ce chapitre a été séparé en deux parties dans le but d’articuler en premier lieu, les
pratiques communes aux éducatrices dans les jeux des enfants et en deuxième lieu, les
influences observées dans les choix des jeux des enfants.
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4.1.2.1. Les pratiques des professionnelles concernant les jeux des enfants
Ce début de chapitre abordera les pratiques communes des éducatrices concernant le jeu
libre : en laissant les enfants choisir les jeux, en ne faisant pas de remarques concernant
les jeux auxquels les enfants jouent, en demandant aux enfants à quoi elles et ils veulent
jouer et finalement, en proposant des jeux aux enfants si elles et s’ils n’ont pas d’idées.
a. Les professionnelles laissent les enfants choisir les jeux
Dans les deux crèches où j’ai eu la possibilité d’effectuer mes observations et entretiens,
j’ai constaté que les éducatrices n’ont pas utilisé les mêmes pratiques professionnelles. En
effet, l’équipe éducative de la première structure fonctionne avec un système de « deux
caisses à choix » qu’elle laisse à disposition des enfants, qui peuvent choisir eux-mêmes
leur jeu. Par exemple, elles et ils demandent de jouer aux poupées et aux voitures. Dès
lors, les éducatrices vont installer les jeux dans deux coins bien distincts. Dans la seconde
crèche, les professionnelles offrent la possibilité aux enfants de jouer à ceux qu’elles et ils
veulent, en leur laissant sortir les jouets au fur et à mesure de leurs envies.
De ce fait, j’ai constaté que les enfants choisissent leurs jouets tout au long de la période
de jeux libres. J’ai également remarqué qu’elles et ils ont tendance à changer de jeux
régulièrement et jonglent parfois entre plusieurs activités. Souvent, durant les moments de
jeux, elles et ils demandent ou vont prendre des objets d’autres caisses qui ne sont pas
sorties pour jouer avec. J’ai ainsi pu observer des enfants faire des puzzles à table, jouer à
la cuisine, lire des livres au coin tranquille, faire des constructions avec des plots, des
cubes, des blocs, des cubes de motricités, se déguiser, jouer au Lego®, au docteur et
doctoresse, au sable cinétique et faire de la peinture. Je me suis aussi rendue compte que
les enfants aiment parfois rester tranquilles, tourner en rond dans la salle avec divers jeux
en mains (avion, voiture, poussette, valise et jouer à cache-cache derrière les meubles).
Parfois même, certain·e·s enfants s’emportent dans leur jeu et s’amusent à courir et crier
dans la salle.
Dans les deux structures, les enfants peuvent décider à quoi elles et ils veulent jouer,
comment et où mais choisissent également quand elles et ils veulent arrêter et changer
d’activité. Dans la majorité de mes observations, je peux relever une fois de plus que les
petites filles adorent jouer à la maison de poupées, aux Barbies®, aux bébés et s’occupent
de leurs poupées (les habillent, les soignent, les nourrissent, les bercent, les baladent, les
changent, etc.). En outre, les garçons restent fidèles à eux-mêmes en jouant avec le garage
aux voitures, camions, hélicoptères, tracteurs ou bricolent à l’atelier bricolage.
Les deux éducatrices interrogées dans la première crèche, avec le système des deux
caisses, relèvent que les enfants demandent souvent les mêmes types de jeux : « Mais
c’est vrai qu’on fonctionne… ouais ça tourne toujours, à peu près toujours au niveau des
mêmes caisses… » (Annie, entretien 2). En effet, durant mes observations j’ai pu constater
que les enfants sont très demandeurs et demandeuses des poupées et des voitures.
Cependant, cela peut changer selon la dynamique de groupe ou le nombre de filles ou de
garçons :
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« Bah… euh… quand eux ils demandent mais c’est ça, souvent, par exemple,
en tout cas sur le groupe du vendredi c’est qu’il y a souvent les mêmes jeux, ils
me demandent quasiment tout le temps les déguisements. Et puis… les
accessoires qui vont avec les sacs à mains, voilà. Ça sur le vendredi s’est
quasiment une constante, après je sors pas tout le temps les déguisements »
(Inès, entretien 3).
Dans la seconde structure, une éducatrice soulève l’importance de donner la possibilité
aux enfants de choisir les jeux en fonction de leurs envies et besoins : « En fait
normalement l’enfant, il est censé choisir par lui-même le jeu avec lequel il veut jouer. Ça
peut déprendre pendant 5 minutes il va jouer au Lego, puis il va plus vouloir jouer au
Lego, il va partir sur autre chose » (Anaïs, entretien 4). Elle continue par affirmer que
l’équipe éducative laisse les enfants décider des jeux et que souvent elles et ils choisissent
d’eux-mêmes les jouets.
Enfin, la dernière éducatrice interrogée affirme que les jeux sont entièrement mis à
disposition des enfants. Ainsi, elles et ils ont la possibilité de choisir leurs activités selon
leurs envies mais elle leur explique néanmoins qu’il n’est pas possible de sortir
l’ensemble des jouets : « […] en général, c'est vrai qu'on propose nous en jeux libres
mais en fait on leur met en général à disposition mais on leur dit qu’on peut pas tout
sortir en même temps » (Chloé, entretien 5).
Analyse
Les éducatrices de l’enfance n’interviennent pas énormément dans le choix du jeu des
enfants. De ce fait, j’ai observé qu’elles n’influencent pas non plus les enfants quant à leur
décision de jeux. En effet, elles et ils ont le choix de pouvoir sortir les jeux qu’elles et ils
souhaitent, pour autant que les enfants ne sortent pas l’entier des jouets, dans le seul but
de les sortir. Dans le cadre théorique aux chapitres 2.2 et 2.2.1, les auteures relèvent que le
jeu libre constitue un élément important dans le développement de l’enfant et c’est au
travers d’activités initiées par les enfants eux-mêmes, qu’elles et ils apprennent. Ainsi, les
enfants ont l’opportunité de faire émerger leur imagination et leur créativité en jouant de
manière symbolique (jouer au papa et à la maman, faire la cuisine, téléphoner, conduire
une voiture, aller se promener, faire les courses, etc.). De plus, elles et ils ont la possibilité
d’assembler certains jeux (poussette et cuisinière pour faire les courses, plots que les
enfants mettent dans leurs sacs à main pour les transporter, etc.) ou peuvent également
détourner l’usage habituel d’un objet (Kapla® comme instruments de bricolage, tapis de
gymnastique comme cloison, etc.). En définitive, les professionnelles réduisent les
stéréotypes de genre dans les activités en laissant les enfants choisir leurs propres jeux.
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b. Les professionnelles ne font pas de remarques concernant les jeux auxquels les
enfants jouent
Durant les observations, j’ai constaté que les filles ne s’occupent pas seulement de leurs
poupées et que les garçons ne jouent pas qu’aux voitures. En effet, j’ai vu des petites filles
s’approcher timidement des voitures pour y jouer, des garçons changer d’activité pour
jouer à la maison de poupée ou faire la cuisine. Lors de ces constats, j’ai été attentive aux
réactions des professionnelles de l’enfance afin d’analyser leur comportement ainsi que
leurs réponses. Dès lors, je n’ai ni vu, ni entendu une éducatrice influencer ou dire à un·e
enfant de ne pas jouer avec tel ou tel type de jeux.
Lors des entretiens, j’ai été étonnée de voir que les professionnelles abordent de manière
naturelle la problématique des « jeux pour filles » ou « jeux pour garçons ». Notamment,
elles expliquent que cela ne les dérange pas que les enfants jouent avec des jeux
spécifiques au sexe opposé. En outre, la première éducatrice interrogée affirme qu’il est
dans le droit des enfants de pouvoir jouer à ce qu’elles et ils veulent : « Mais non moi je
suis partie sur le fait que voilà, ils peuvent… ils ont droit de jouer à ce qu’ils veulent,
sans… voilà. […] Mais moi si je vois un petit garçon avec une poussette euh… ça va pas
du tout me déranger » (Sarah, entretien 1). Une autre éducatrice de la première structure
fait également allusion aux poussettes en expliquant qu’il n’y a pas de jouets spécialement
conçus pour les filles ou pour les garçons : « Après je pense que… Et puis d’ailleurs les
poussettes dehors aussi, je sais que… on est… je suis assez euh… ouais y a pas de jeux
qui sont spécifiques aux filles ou aux garçons » (Inès, entretien 3).
Dans la seconde crèche, une professionnelle certifie que les enfants, lorsqu’elles et ils sont
petit·e·s ne font pas de différences avec les jeux : « J'ai toujours laissé dans le jeu libre
parce qu'en fait, moi j'trouve que c'est important, dans la vie de tous les jours. Et puis je
pense que tu as pu voir que les enfants ils se mélangent avec n'importe quel jeu. Mais
nous en tout cas ils jouent à tout et n'importe quoi » (Anaïs, entretien 4). Enfin, la dernière
éducatrice interrogée confirme qu’il est important que les garçons puissent expérimenter
les jeux adressés principalement aux filles afin d’éviter de les conditionner dès la petite
enfance :
« Oui dans le sens aussi que... en fait je trouve que... c'est bien que les garçons
ils jouent aux poupées, enfin moi je suis plutôt pour les laisser faire. Donc oui,
dans le sens que oui, moi je suis plutôt pour laisser… pour que ça influence
pas dans leur vie future, quoi que ce soit » (Yaëlle, entretien 6).
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Analyse
De ce que j’ai pu observer et selon les dires des éducatrices, celles-ci n’accordent pas
tellement d’importance aux jeux auxquels les enfants jouent. En effet, l’équipe éducative
laisse les enfants sortir et jouer à ce qu’elles et ils veulent et n’influence pas leur choix. En
outre, lorsque des garçons jouent avec des poupées ou des poussettes ou que les filles avec
des voitures, les professionnelles tentent plutôt d’encourager ces comportements, en leur
offrant la possibilité d’y jouer et d’expérimenter plutôt que de les en dissuader.
Finalement, si nous nous rapportons au chapitre 2.2 évoquant le jeu libre en crèche,
l’auteur affirme que les enfants jusqu’à l’âge de 4 ans environ, n’ont pas de préférence
particulière pour les jouets. C’est pourquoi elles et ils ont cette facilité à jouer à tous types
de jeux avec différent·e·s partenaires, filles ou garçons. Ce n’est qu’à partir de 4 ans que
les enfants commencent à différencier et connoter les jouets en les catégorisant « jeux
pour filles » ou « jeux pour garçons ». De ce fait, le rôle des éducatrices est d’autant plus
important, car c’est à cette période que les enfants font l’apprentissage de la
catégorisation. Par conséquent, elles doivent être le plus neutre possible en terme de
stéréotypes de genre concernant les jeux, dans le but de montrer l’exemple aux enfants et
de les rendre attentifs et attentives.
c. Les professionnelles demandent aux enfants à quoi elles et ils veulent jouer
Durant les demi-journées passées dans les structures d’accueil de la petite enfance, j’ai
remarqué que les éducatrices demandent aux enfants, de manière instinctive à quoi elles et
ils veulent jouer, lorsqu’elles et ils arrivent ou se lèvent de sieste. J’ai ainsi pu observer
que les professionnelles agissent de diverses façons pour demander aux enfants avec quels
jeux elles et ils veulent jouer.
Dans la première crèche, j’ai pu constater qu’une des professionnelles demande aux
enfants à quoi elles et ils ont joué avant son arrivée, pour qu’elles et ils puissent découvrir
et expérimenter différents jeux. Pour ce faire, elle s’est renseignée auparavant auprès de
ses collègues en leur posant la question. Lors de mon dernier passage, la stagiaire m’a
demandé ce que je souhaitais observer. J’ai alors proposé les déguisements afin de
rejoindre ma problématique de départ et avoir des éléments supplémentaires pour ce
travail de recherche. Dès lors, la stagiaire a énuméré divers jeux présents dans la salle :
trains, Lego®, déguisements, voitures, poupées, cuisine, etc. Les enfants ont fini par
choisir les déguisements et les Lego®.
Dans la seconde structure où j’ai fait mes observations, les éducatrices laissent les enfants
choisir et sortir les jeux selon leurs envies. Elles leur donnent la possibilité de commencer
et d’arrêter leur activité à tout moment. De plus, lorsque les enfants débutent ou terminent
leur sieste, les professionnelles leur demandent à quoi elles et ils veulent jouer. Elles
appellent les enfants par leur prénom et leur proposent individuellement plusieurs jeux et
activités à faire (Lego®, poupées, plots, sable cinétique, histoire, ballon, chanson, etc.).
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L’ensemble des éducatrices que j’ai interviewées ont toutes déclaré laisser les enfants
jouer de manière totalement libre et ne leur proposent des jeux ou activités que si les
enfants s’ennuient. La première affirme qu’en principe elle demande aux enfants à quoi
elles et ils ont joué avant son arrivée afin de varier les jouets qui leur sont proposés :
« Le choix, euh… donc moi quand j’arrive à 09h, je demande toujours à quoi
ils ont joué avant, avant que j’arrive, avant l’accueil. C’est souvent les
poupées et les voitures et ils pourraient jouer à ça… tout le temps. Mais voilà,
je leur demande au goûter comme j’ai fait ce matin, je leur demande, voilà… à
quoi vous avez joué et… à quoi vous voulez jouer ? Mais je laisse quand même
choisir à eux… en premier, voilà mais faut être à l’écoute des enfants et puis
voilà » (Sarah, entretien 1).
De plus, selon une autre éducatrice de l’enfance, il est important d’offrir la possibilité aux
enfants de pouvoir jouer à d’autres jeux auxquels elles et ils ne sont pas habitué·e·s, pour
changer des poupées et des voitures, qui sont leurs activités préférées. Pour cette
professionnelle, cette problématique se rapporte aussi aux déguisements que les enfants ne
cessent de lui demander :
« Ben... euh... quand eux ils demandent mais c'est ça, souvent, par exemple, en
tout cas sur le groupe du vendredi c'est qu'il y a souvent les mêmes jeux, ils me
demandent quasiment tout le temps les déguisements. Et puis... les accessoires
qui vont avec les sacs à mains, voilà. Ça sur le vendredi c'est quasiment une
constante, après je sors pas tout le temps les déguisements. Mais sur le
vendredi c'est assez constant les déguisements. […] Si on leur laisse le choix,
c’est vraiment ça ouais. En tout cas pour le vendredi » (Inès, entretien 3).
Finalement, une assistante socio-éducative témoigne que les professionnelles tentent de
favoriser au maximum l’autonomie des enfants, en les laissant choisir le plus possible par
eux-mêmes. Or, certain·e·s sont plus timides et ont parfois plus de difficulté à faire un
choix concernant les jouets. Les professionnelles leur proposent alors des jeux afin
qu’elles et ils puissent se socialiser et s’ouvrir davantage aux autres : « Mais euh… fin en
tout cas, du mieux qu’on fait c’est de lui laisser vraiment dans le choix du jeu. Mais
d’habitude ils vont par eux-mêmes » (Anaïs, entretien 4).
Analyse
J’ai constaté que les professionnelles ne font pas de différences, selon la constitution du
groupe d’enfants (majorité ou minorité de filles ou de garçons), lorsqu’elles proposent des
jeux aux enfants. Ainsi, cela n’influence pas leur choix, ni leur décision quant à leur
proposition de jouets. Les équipes éducatives offrent la possibilité aux enfants
d’expérimenter différents jeux et activités, en les variant, afin qu’elles et ils ne jouent pas
constamment avec les mêmes jeux (les poupées et les voitures) ou comme énoncé plus
haut par une éducatrice les déguisements pour le groupe du vendredi. En outre, je me suis
rendue compte que les éducatrices laissent les enfants dans le jeu libre et n’interviennent
que pour leur proposer des jouets, si elles et ils s’ennuient, ou en cas de conflit.
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La capacité d’autonomie dont font preuve les enfants au travers du jeu libre ainsi que
l’exercice des relations sociales ont été abordés dans la partie théorique de ce travail (cf.
2.2). En effet, ces périodes de jeux libres permettent aux enfants de déterminer librement
le lieu, l’activité et leur partenaire de jeux. Il n’y a donc aucun jeu imposé et elles et ils
ont l’opportunité de choisir eux-mêmes leurs jouets. De plus, le jeu offre la possibilité aux
enfants de créer des interactions sociales avec les autres camarades présent·e·s à la crèche.
Ainsi, elles et ils apprennent la socialisation avec leurs pairs et peuvent expérimenter leur
positionnement au sein du groupe (leader, suiveur, passeur, neutre, etc.). Le fait que les
professionnelles n’accordent pas d’importance à la constitution du groupe d’enfants – en
proposant des voitures s’il y a plus de garçons ou des poupées si la majorité est des filles –
cela contribue à diminuer les stéréotypes de genre dans le jeu libre des enfants.
d. Les professionnelles proposent des jeux aux enfants si elles et s’ils n’ont pas d’idées
Durant ma phase d’observation, j’ai regardé agir l’ensemble de l’équipe éducative et
écouté leurs propositions de jeux faites aux enfants. Notamment, j’ai vu une éducatrice
ouvrir les armoires pour leur montrer la densité des jeux et leur proposer des activités
diversifiées (schtroumpfs, puzzle, graine, plots, toupies, etc.). J’ai aussi observé les
professionnelles participer aux jeux des enfants et leur proposer des idées, telles que :
faire une tour avec des Lego®, associer un bonhomme à une voiture, construire une
maison avec des blocs de motricité, etc. Enfin, j’ai aussi constaté que lorsque les enfants
désirent changer de jeux, l’équipe éducative leur propose souvent une autre activité ou un
jeu alternatif.
Tout au long de mes observations, j’ai constaté que les différentes professionnelles et
stagiaires proposaient des histoires à raconter aux enfants, qui étaient rapidement
intéressé·e·s. Dès lors, l’éducatrice ou la stagiaire leur laisse la possibilité de choisir le
livre mais parfois ce sont elles qui proposent une histoire. J’ai remarqué qu’elles
verbalisent énormément les faits et gestes des enfants pour démontrer leur intérêt envers
eux. De ce fait, j’ai été attentive aux réactions des professionnelles qui ont demandé à
deux filles qui jouent avec des bébés, si elles leur avaient donné à manger ou les avaient
changés. De même, j’ai vu une enfant jouer avec du sable cinétique et écouter les
éducatrices lui poser des questions concernant son activité : « Tu fais une glace à quoi ? »,
« au chocolat ? », « un gâteau à quoi ? », « au chocolat ? ».
Patricia Santos
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Pendant ces périodes de jeux libres, il est également possible, pour les enfants qui le
souhaitent, de réaliser des bricolages. J’ai ainsi pu observer des professionnelles ou des
stagiaires leur proposer de bricoler ou tout simplement de faire de la peinture. J’ai vu une
éducatrice fabriquer une maison en carton et proposer à une enfant de la décorer, si elle le
désirait. En outre, j’ai aussi observé deux autres enfants qui souhaitaient également faire
de la peinture. De ce fait, elle leur a proposé de peindre des sapins en carton que la
stagiaire découpait. Finalement, selon les envies et les besoins des enfants, les
professionnelles se sont adaptées à leurs envies. En effet, lors d’une phase d’observation,
l’éducatrice a sorti les déguisements selon le bon vouloir des enfants et elles et ils se sont
amusé·e·s à faire des rondes et à chahuter. Elle a alors immédiatement su que les enfants
avaient besoin de bouger, par conséquent, elle leur a proposé de se déplacer en salle de
motricité – une salle plus adaptée car elle ne contient aucun meuble – afin qu’elles et ils
puissent se dépenser physiquement.
J’ai questionné les éducatrices concernant les jeux choisis par les enfants durant les
moments de jeux libres et j’ai eu des réponses très diversifiées. La première
professionnelle de l’enfance interrogée m’a avoué avoir proposé les graines (un mélange
de graines de maïs, de haricots, des pâtes, etc.) en jeu libre, alors qu’elle ne l’avait jamais
fait auparavant. En effet, en ouvrant l’armoire pour montrer les différentes possibilités de
jeux aux enfants, celle-ci leur a proposé les graines :
« Et des fois ils ont pas d’idée, des fois j’ouvre les armoires pour qu’ils voient
les jeux aussi, euh… concrètement. Et là ce matin, bah, c’était les graines.
Alors on avait jamais fait ça parterre, c’était plutôt dirigé quand on fait et tout
mais voilà j’ai dit on va tester, tester ça… Mais des fois voilà ça sort pas… ils
savent pas trop, alors je leur ai proposé et après voilà, oui » (Sarah, entretien
1).
Durant les périodes de jeux libres, il est toujours possible pour les professionnelles
d’adapter les activités selon les besoins et envies des enfants. C’est ce qu’affirme une
éducatrice, qui a changé d’activité et en a proposé une nouvelle en dépit de la dynamique
du groupe d’enfants : « Euh… et puis après, bah typiquement ce matin, euh... voilà quoi,
ils ont commencé à faire des rondes, ils avaient envie de bouger, je me suis dit bon, ok ça
reste du jeu libre mais je leur ai dit bah venez on peut aller faire des mouvements dans la
salle d'à-côté quoi » (Inès, entretien 3).
Or, il arrive que certain·e·s enfants soient plus timides que d’autres et ont parfois plus de
difficultés à faire un choix concernant les jouets ou les activités. Ainsi, les
professionnelles peuvent leur proposer des jeux afin qu’elles et ils puissent se socialiser et
s’ouvrir davantage aux autres : « Après par rapport aux enfants qui ont plus de timidité,
plus de gêne et plus de peine à rentrer en rapport avec les autres enfants, on va essayer
de leur proposer un jeu, pour qu’il puisse le faire » (Anaïs, entretien 4).
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Analyse
Ce que je peux retirer de ces observations et entretiens, c’est que les professionnelles
accordent une importance au jeu libre des enfants en leur laissant le plus possible choisir
leurs jeux, comme énoncé dans le thème précédent. Cependant, elles sont soucieuses de
proposer des jeux variés aux enfants ainsi que d’adapter leurs activités selon la dynamique
du groupe et selon la personnalité de chacun·e. Dans la partie théorique aux chapitres 2.2
et 2.2.2, le jeu libre offre d’une part la possibilité aux enfants de pouvoir choisir librement
leurs jeux et d’autre part, permet aux éducatrices de les observer agir. Ainsi, il est
bénéfique pour les enfants de les laisser jouer avec tous types de jeux (pour filles, pour
garçons, mixtes ou neutres) qu’elles et ils n’ont peut-être pas eu encore la chance
d’essayer. Par ailleurs, les moments de jeux libres permettent à l’équipe éducative
d’observer les enfants sur leur manière d’être, de faire, d’agir, de se comporter et d’entrer
ou non en interaction avec autrui. De ce fait, les professionnelles vont repérer les diverses
personnalités des enfants pour ainsi ajuster au mieux leur accompagnement et favoriser au
maximum leur épanouissement et leur développement.
De plus, les éducatrices offrent la possibilité aux enfants de faire du bricolage durant les
moments de jeux libres, ce qui diversifie d’autant plus les activités proposées aux enfants.
Elles leur permettent ainsi de développer de nombreuses compétences, telles que : la
motricité, l’imagination, la créativité, la réflexion, etc. Enfin, le fait que les équipes
éducatives alternent les périodes de jeux libres avec les activités dirigées apporte une
certaine dynamique à la journée des enfants en structure d’accueil. L’activité dirigée a été
avancée dans la partie théorique (cf. 2.2), en parallèle du jeu libre. En effet, dans les
moments de jeu libre ce sont les enfants qui décident de leurs jeux, alors que l’activité
dirigée est proposée et encadrée par une professionnelle. De ce fait, les enfants ont d’une
part, l’opportunité de se familiariser avec de nouveaux jeux et d’autre part, d’entrer en
relation avec d’autres camarades, avec lesquel·le·s elles et ils n’ont pas l’habitude de
jouer. En conclusion, les éducatrices tendent à réduire l’impact des stéréotypes de genre
dans le jeu libre, en proposant des jeux variés aux enfants ainsi qu’en adaptant leurs
activités selon la dynamique du groupe et selon la personnalité de chacun·e.
Dans cette première partie sur l’intervention des professionnelles dans le jeu libre des
enfants, il était question d’aborder les pratiques similaires des deux crèches. Il y a
cependant une nuance dans la pratique des professionnelles qui les pousse parfois à
imposer des contraintes aux enfants, que nous verrons par la suite.
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4.1.2.2. Les influences observées dans les choix des jeux des enfants
Cette seconde partie évoquera l’influence des éducatrices dans les périodes de jeux libres
des enfants : en ne laissant pas les enfants choisir leurs jeux, en retirant le jeu des enfants
et en incitant les enfants à changer de jeux.
e. Les professionnelles ne laissent pas les enfants choisir leurs jeux
Dans ce chapitre, j’analyse les différentes interprétations que j’ai pu faire sur les
observations et entretiens, concernant les contraintes dans les jeux choisis par les
éducatrices. J’ai observé les diverses pratiques des éducatrices lors du jeu libre. J’ai
décidé de les regrouper sous ce même thème, afin d’expliquer les raisons qui poussent
parfois les professionnelles à choisir elles-mêmes les jeux.
Lorsque j’ai débuté mes observations dans la première crèche, j’ai pu faire plusieurs
constatations. Une première contrainte intervient dans le jeu des enfants lorsqu’une
éducatrice propose une activité. D’abord, l’éducatrice a demandé aux enfants à quoi elles
et ils ont envie de jouer, mis à part les poupées et les voitures, elles et ils ont répondu ne
vouloir jouer à rien. Étonnée et amusée, la professionnelle de l’enfance a affirmé qu’elles
et ils ont le droit de ne rien faire. En fin d’activité, lorsqu’il a fallu ranger, elle a demandé
aux enfants de l’aider à remettre en ordre les jeux et a sorti des puzzles sur la table pour
occuper celles et ceux qui avaient déjà fini de ranger. Durant cette période, j’ai remarqué
que certain·e·s enfants ont continué à jouer et à sortir du matériel. Par exemple, j’ai vu
une fille chercher dans les bacs une Barbie® et un petit garçon s’amuser avec une voiture
qu’il a trouvée par terre, alors que la consigne était de ranger et une fois cela fait, d’aller
faire des jeux à table. Par conséquent, l’éducatrice leur a demandé sur un ton agacé,
d’aller chacun·e ranger leurs jouets. Parfois certaines professionnelles utilisent cette
méthode, proposer une nouvelle activité, pour d’une part, canaliser les enfants et d’autre
part, pour qu’elles et ils passent un moment plus tranquille assis à table à faire des jeux.
Mais cette méthode peut constituer une contrainte pour les enfants qui souhaitent
poursuivre leur activité précédente ou qui ne sont pas forcément intéressé·e·s par la
nouvelle activité proposée par l’éducatrice. De plus, les moments de rangement peuvent
plus facilement être perçus comme astreignants pour les enfants.
Lors de ma seconde observation, l’éducatrice a sorti les poupées et les voitures, pour le
plus grand bonheur des enfants. Elle a ensuite pris sa pause et a demandé à la stagiaire de
mettre en place le matériel. Elle a donc installé le tapis, le garage et la caisse de voitures
au centre de la salle et a sorti les deux bacs de poupées dans un autre espace. Le groupe
d’enfants était composé de 5 garçons et 2 filles. Dès lors, pendant l’aménagement des
jeux, je m’attendais à voir les garçons se jeter sur les voitures et les filles se ruer sur les
poupées. À ma grande surprise, une enfant s’est déplacée vers les voitures pour y jouer,
alors que la seconde est restée en retrait des jeux à observer les autres enfants. J’ai donc
remarqué que les enfants ne sont pas nécessairement attiré·e·s par les jeux proposés en
fonction de leur sexe.
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Enfin et toujours dans la première structure, j’ai observé l’éducatrice scinder le groupe
d’enfants en deux afin de proposer une activité yoga. Elle a donc choisi 5 enfants pour les
emmener à la salle de motricité alors que le second groupe est resté avec la stagiaire dans
l’autre pièce. Une petite fille n’a pas voulu participer à l’activité, alors la professionnelle
lui a expliqué que tous les enfants vont aller faire du yoga. Puis, une autre enfant a
demandé à l’éducatrice si elle pouvait venir dans la salle. L’éducatrice lui a expliqué
qu’une fois qu’elle aurait terminé avec le premier groupe, ce serait à leur tour.
L’éducatrice a enclenché le CD et parlait à voix basse. Elle utilisait un livre afin de
montrer les mouvements aux enfants. Puis, elle a échangé le groupe d’enfants et a appelé
les cinq suivant·e·s. Parmi eux, un garçon n’a pas voulu non plus participer et l’éducatrice
lui a alors répété ce qu’elle avait dit à l’enfant précédemment. L’activité yoga proposée
par l’éducatrice n’a donc pas plu à tous les enfants mais elles et ils ont finalement tous et
toutes accepté d’y participer car l’éducatrice leur a expliqué qu’elles et ils devaient tous et
toutes le faire.
Dans la seconde crèche, j’ai pu observer une activité qui s’est déroulée en salle de
gymnastique. Avant d’y entrer, les enfants ont retiré leurs chaussures et chaussettes sous
la consigne de l’éducatrice. Celle-ci les a laissés courir un moment dans la salle et les a
ensuite appelés afin de faire un jeu collectif. La professionnelle a donné les consignes aux
enfants, en expliquant qu’un camarade allait sortir de la salle et que sous la couverture
qu’elle a apportée, elle allait cacher un·e autre enfant. Elle a ensuite rappelé celui ou celle
qui était à l’extérieur pour qu’elle ou il devine qui a disparu sous la couverture. Elle a
ensuite proposé de faire le jeu des statues, qui consiste à danser, courir, sauter sur la
musique et que lorsqu’un adulte arrête la musique, les enfants ne doivent plus bouger. En
l’occurrence, ce jour-là la musique n’a pas fonctionné, par conséquent, la professionnelle
a utilisé un tambourin. Le fait d’avoir proposé des jeux aux enfants en leur expliquant les
consignes permet d’intéresser les enfants aux activités choisies par les éducatrices. Les
enfants se sentent ainsi concerné·e·s par le jeu et acceptent plus facilement d’y jouer.
Durant les entretiens, à la question : « Pensez-vous que les professionnel·le·s de l’enfance
peuvent parfois influencer le choix du jeu de l’enfant ? », « Comment ? Pourquoi ? » et
« Avez-vous un exemple concret d’une situation ? », les éducatrices ont répondu qu’elles
peuvent avoir une influence sur les jeux des enfants en ne leur laissant pas choisir. La
première professionnelle interviewée me parle de ce fameux système « à deux caisses ».
Elle m’explique que certes, les bacs sont tous à la hauteur des enfants mais que l’équipe
éducative ne sort que deux caisses de jeux, afin de favoriser au mieux le jeu libre.
Cependant, elle avance la volonté de changer cette manière de faire :
« Et on sort souvent deux… deux caisses, pour qu’ils aient le choix en fait et
pas… pas les autres choses, c’est vrai que c’est tout à portée ils ont qu’à tirer
la caisse et… on va changer un petit peu ça d’ailleurs… euh. Mais on peut
vraiment influencer, parce que si je dis ce matin voilà : on va sortir ça et ça, je
leur laisse pas du tout le choix et puis, euh… voilà » (Sarah, entretien 1).
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De plus, elle continue par dire au travers du « on », que les professionnelles peuvent
influencer en choisissant elles-mêmes les jeux qui sont mis à disposition des enfants. Dans
le second entretien que j’ai effectué, l’éducatrice a confirmé les dires de la précédente en
affirmant ne pas avoir laissé le choix aux enfants, en sortant les poupées et les voitures :
« Là t’as vu... on a mis les deux, j’ai fait exprès... poupées, coin poupées et puis euh...
voiture. Bah, là aujourd'hui c'est moi qui ai... j'ai pas laissé le choix... par exemple.
Maintenant oui je pense qu'on a quand même une influence effectivement » (Annie,
entretien 2).
Enfin, la dernière assistante socio-éducative interrogée ajoute que parfois, lorsque les
enfants réclament constamment les mêmes jeux, elle leur propose d’autres activités pour
varier et leur faire découvrir de nouveaux jouets : « Des fois je leur dis qu'on peut pas
faire ça, je propose autre chose […] » (Inès, entretien 3).
Analyse
On se rend compte que lorsque les éducatrices ne laissent pas les enfants choisir leurs
jeux, ce n’est pas pour les sanctionner ou les empêcher de faire ce qu’elles ou ils aiment
mais plutôt pour leur proposer d’autres activités tout aussi amusantes et enrichissantes.
Elles et ils ont ainsi la possibilité de découvrir et d’expérimenter d’autres jeux. Cependant,
dans les propositions des professionnelles, les enfants ont toujours la possibilité de choisir
si elles et ils veulent participer ou non à l’activité. En effet, elles et ils ont tout de même le
droit de décider librement de leur participation ou non.
De plus, on remarque que les éducatrices animent parfois des activités collectives pour
développer des compétences, favoriser une cohésion dans le groupe et apprendre le
savoir-vivre comme laisser à chacun·e un temps de parole, être patient·e, attendre son
tour, etc. Enfin, comme expliqué dans le chapitre sur l’aménagement de l’espace (cf.
2.2.1), l’intérêt d’agencer à hauteur des enfants leur permet d’utiliser toutes leurs
compétences et potentialités dans leurs envies et choix de jeux. Ainsi, elles et ils peuvent
accéder facilement aux jouets et peuvent se servir à tout moment dans les différentes
caisses de jeux. Or, les équipes éducatives préfèrent parfois limiter à quelques bacs, afin
de ne pas avoir l’entier des jouets dehors. De ce fait, cela facilite le rangement au moment
venu et apprend également le respect du matériel aux enfants, en remettant en ordre les
affaires pour son prochain. D’ailleurs, les enfants ne construisent pas leur jeu de la même
façon lorsque tout est par terre en désordre ou lorsqu’elles et ils ont seulement une partie
des jouets à disposition. En somme, les professionnelles tendent à renforcer les
stéréotypes de genre dans les jeux et les activités des enfants en ne leur laissant parfois pas
choisir leurs jouets. Or, le but premier étant de leur offrir la possibilité de découvrir et
d’expérimenter d’autres jeux auxquels elles et ils n’ont pas l’habitude d’y jouer. Par
conséquent, les éducatrices contribuent à limiter l’impact des stéréotypes en élargissant les
opportunités de jeux aux enfants.
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Analyse
On remarque que les équipes éducatives peuvent en quelque sorte influencer le choix des
enfants concernant les jeux. En effet, lorsque les professionnelles demandent aux enfants
de cesser leur activité ou leur retirent certains jouets, elles et ils se voient contraint·e·s
d’abandonner leurs jeux et de trouver une activité alternative. Cependant, comme nous
venons de le voir dans les exemples cités plus haut, souvent les éducatrices procèdent de
cette manière afin de prévenir les éventuels conflits et blessures. En effet, les équipes
éducatives interdisent les jeux de guerres, afin d’éviter que les enfants ne reproduisent des
mouvements ou actions violentes envers leurs camarades, qui pourraient avoir de graves
conséquences. Encore une fois, la manière d’agir des éducatrices tend à accentuer l’impact
des stéréotypes de genre en interdisant certaines activités ou en retirant certains jeux aux
enfants. Toutefois, de bonnes raisons les poussent à réagir de la sorte afin d’éviter les
éventuels conflits et blessures.
g. Les professionnelles incitent les enfants à changer de jeux
Dans ces paragraphes, j’ai à nouveau sélectionné certains points dans les observations et
entretiens que j’ai effectués, afin qu’ils correspondent à cette thématique de changements
de jeux. Lorsque j’ai débuté ma première observation en crèche, l’éducatrice a sorti des
tapis et disposé les différents pots de graines. Dans un autre coin, elle a disposé des plots
ainsi que des puzzles. Les enfants se sont précipité·e·s vers les tapis de graines pour jouer
et la professionnelle de l’enfance a déclaré que s’il y avait trop d’enfants aux graines,
certain·e·s pouvaient aller aux plots et aux puzzles. Elles et ils n’ont pas répondu et elle a
complété en demandant à l’ensemble du groupe si certain·e·s voulaient l’accompagner
pour faire des constructions aux plots. Puis, elle a appelé deux enfants en leur expliquant
que dans un moment ils allaient devoir échanger et certains l’ont rejoint. La
professionnelle a aperçu une enfant qui s’ennuyait en suçant son pouce et lui a proposé de
faire un jeu ou de prendre son doudou pendant un laps de temps. Aussitôt, une autre fille a
également demandé sa peluche. Quelques instants plus tard, des places se sont libérées au
jeu des graines et l’éducatrice a proposé aux enfants qui jouaient à ses côtés, s’ils
voulaient y aller. Elle a ensuite terminé par avertir que ce serait bientôt l’heure de ranger.
Lors d’une autre observation, j’ai regardé une petite fille qui jouait aux voitures avec les
garçons. L’éducatrice est alors revenue de pause et s’est exclamée que personne ne jouait
aux Barbies®. Elle a ensuite demandé aux enfants, qui jouaient aux voitures, ce qu’elles et
ils faisaient et si elles et s’ils réalisaient des travaux. Puis, elle s’est tournée vers une fille
et lui a proposé de venir jouer aux poupées. L’enfant s’est donc levée de l’espace voiture
et s’est approchée de l’adulte assise à côté des poupées. Elle a pris une poupée dans la
caisse et la professionnelle lui a demandé si elle voulait l’habiller. Elle lui a répondu
positivement et a choisi différents habits. L’éducatrice a ensuite à nouveau proposé à
l’ensemble du groupe d’enfants, si d’autres voulaient venir y jouer mais personne n’a
répondu. Celle-ci a continué à discuter avec l’enfant et s’est constamment trompée sur le
terme de bébé en disant les Barbies®. La petite fille l’a reprise inlassablement en
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expliquant que ce n’était pas des Barbies® mais bien des bébés. La professionnelle lui a
donc proposé de sortir les Barbies® durant l’après-midi et l’enfant lui a répondu
positivement avec enthousiasme. Quelques minutes plus tard, je l’ai entendu reposer la
question concernant les poupées, à la seconde fille du groupe, qui n’a pas donné de
réponse.
Dans la seconde structure, les enfants ont construit une cabane avec des blocs de
motricité. Elles et ils ont déposé à l’intérieur de celle-ci des poupées avec des vêtements.
L’auxiliaire est entrée dans la cabane et les a aidés à habiller les poupées. Une fille les a
regardé jouer et elle lui a demandé si elle préférait jouer avec les voitures ou si elle voulait
se joindre à eux dans la cabane. L’enfant lui a répondu positivement et les a rejoints à
l’intérieur.
Les professionnelles que j’ai interrogées m’ont confirmé que les adultes peuvent induire
les enfants à changer de jeux, selon leurs propos. En effet, les éducatrices peuvent, d’une
part, leur dire de ne pas jouer à tel ou tel jeu et d’autre part, leur proposer d’autres
activités plus intéressantes que celles que les enfants sont en train de faire :
« L'enfant il est à l'écoute de l'adulte, nous on est un exemple pour eux, donc
euh... quand ils arrivent, euh... ils sont influencés. Si nous on va… si moi je
vais dire à un enfant : mais non arrête de faire ce jeu et tout, viens faire celui-
là il est beaucoup plus cool, on vient de le recevoir, l'enfant il va tout de
suite… stopper le jeu qu'il était en train de faire pour venir avec nous » (Anaïs,
entretien 4).
En outre, une autre éducatrice poursuit sur la même idée en expliquant que les
professionnelles peuvent aussi influencer les enfants dans le jeu, en proposant des idées ou
en dictant les faits et gestes qu’elles et ils peuvent faire :
« Ben... si nous on se retrouve à-côté d'un jeu, par exemple, on prend une
poupée, puis un enfant qui vient vers nous, on va peut-être lui dire : ah
regarde le bébé, il a peut-être faim ou il faut peut-être le changer et puis...
Ainsi on l'influence un petit peu dans le jeu » (Chloé, entretien 5).
Analyse
Ce que je relève de mes observations et entretiens ce sont les manières parfois subtiles que
les professionnelles ont utilisées pour faire des propositions de jeux aux enfants. En effet,
on constate que certain·e·s ont changé d’activité car ce que leur propose l’adulte parait
plus intéressant. Par conséquent, elles et ils ont directement abandonné leur activité pour
se diriger vers la nouvelle proposition. Cependant, les éducatrices n’agissent pas de la
sorte, dans le seul but d’influencer les enfants dans leur choix de jeux mais plutôt pour
leur proposer d’autres activités autant divertissantes les unes que les autres.
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Finalement, on peut constater dans la seconde observation qu’une petite fille est en train
de jouer aux voitures avec des garçons. Si nous nous référons au chapitre 2.3 évoquant les
stéréotypes de genre, les auteurs relèvent que l’enfant dès son plus jeune âge, est capable
de reconnaître la connotation plutôt féminine ou masculine d’un jeu. Cet exemple montre
une exception, une petite fille qui choisit un jeu ayant une connotation plutôt masculine.
La question de savoir si cela est un choix conscient peut être soulevée mais sans pouvoir y
apporter une réponse définitive. Toutefois, cet exemple met en évidence la difficulté
d’intégration dans un groupe si le choix se porte sur un jeu ayant une connotation du sexe
opposé. Il relève ainsi l’impact important du stéréotype dans l’activité de socialisation.
Synthèse
Pour conclure ce chapitre sur l’intervention des professionnelles de l’enfance dans le jeu
libre des enfants, il est important de retenir qu’elles n’interviennent pas beaucoup dans
leurs choix des jeux et de ce fait, celles-ci n’influencent pas non plus les enfants quant à
leurs envies et décisions d’activités. En outre, elles n’accordent pas non plus d’importance
aux jeux auxquels les enfants jouent et leur laissent sortir et jouer à ce qu’elles et ils
veulent. Elles font l’effort de leur demander ce qui leur plairait comme jeux et ne font pas
de différences selon la constitution du groupe d’enfants lorsqu’elles leur proposent des
jeux. Elles sont également soucieuses de proposer des activités diversifiées aux enfants en
leur offrant la possibilité d’expérimenter et d’apprécier un nouveau jouet. Cependant, les
éducatrices peuvent influencer les jeux des enfants de plusieurs manières. Notamment, en
ne leur laissant pas choisir les jouets, non pas pour les sanctionner ou les empêcher
d’effectuer des activités qu’elles et ils aiment, mais dans le but de leur faire découvrir
d’autres activités aussi enrichissantes qu’ amusantes. Elles peuvent aussi demander aux
enfants de cesser leur activité ou leur retirer certains jouets afin d’éviter les éventuels
conflits et blessures. Finalement, elles peuvent parfois influencer les enfants à changer de
jeux en leur proposant des activités plus intéressantes ou attractives.
Le chapitre suivant abordera les remarques et les commentaires souvent évoqués par les
enfants eux-mêmes en matière de jeux. Notamment, les différents propos qui débutent ce
travail nous donne des exemples : « le rose c’est pour les filles, le bleu c’est pour les
garçons », « les filles ça joue pas aux voitures, les garçons ça joue pas aux poupées ».
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Intervention des professionnelles dans les commentaires des enfants sur les
jeux de filles ou de garçons
Dans les observations, j’ai espéré entendre les enfants faire des remarques concernant les
jeux que les autres camarades ont faits ou alors les voir repousser certain·e·s une activité
qui ne correspond pas à leur sexe. Cependant, parmi les situations que j’ai observées, j’ai
vu, des filles jouer aux voitures, un garçon qui souhaitait se déguiser en princesse mais qui
a finalement changé d’avis en enfilant une cape rouge, un enfant s’approcher de la maison
de poupées pour y jouer. J’ai également remarqué la fille qui jouait avec des gobelets
bleus et jaunes et le garçon avec deux verres roses dans sa main, les filles qui jouaient aux
Lego®, les garçons qui s’occupaient des poupées et le garçon qui a choisi de s’asseoir dans
un pouf rose pour lire une histoire. Malheureusement, je n’ai distingué que très peu de
commentaires des enfants entre eux ou à leur égard. Par conséquent, cette thématique sera
davantage complétée par les entretiens.
Les seules remarques que j’ai pu entendre ont été faites à deux reprises par des enfants
dans la première crèche. Lors du goûter, les éducatrices ont proposé à deux garçons de
distribuer les verres d’eau. De ce fait, ils ont tous les deux donné un gobelet rose à deux
autres garçons, qui leur ont tous deux répondu de la même manière : « Je veux pas le
rose. » et le second a complété sa phrase par dire : « Je veux bleu ». L’éducatrice de ma
première observation est alors intervenue en disant à l’enfant de donner le verre rose à une
fille. Alors que la seconde professionnelle n’a émis aucun commentaire à ce sujet.
L’enfant a donc donné le gobelet à un autre garçon qui n’a cette fois-ci rien dit.
Par la suite, j’ai repris cette observation en entretien avec la première éducatrice. Celle-ci
m’a alors confirmé que sur le moment elle n’a pas imaginé dire autre chose. Elle continue
par expliquer qu’elle a suivi une conférence qui traité de ce sujet :
« Oui, c’est vrai, tu vois, j’ai dit donne le à… bah, c’était une fille et j’aurai
pu… j’aurai pas pensé là sur le moment à dire donne le… donne-le à un
garçon. Et là dans ce cours justement, on doit faire attention, nous aussi à… à
pas euh… influencer voilà, c’est vrai que là j’aurai pas… j’aurai pas dit euh…
j’aurai peut-être posé, dû poser la question : bah qui c’est qui veut le rose ?
Tu vois… simplement » (Sarah, entretien 1).
En effet, lors de la conférence – dont la thématique est abordée au point 4.3 – les
professionnelles, qui ont animé la soirée, ont expliqué qu’en général, les personnes ont
tendance à répondre « dans l’urgence de la situation » de la manière la plus naturelle et
connue pour elles. Depuis toujours le bleu est associé aux garçons et le rose aux filles,
c’est donc une notion que l’individu a intériorisée de manière inconsciente au fond de lui.
De ce fait l’éducatrice atteste que :
« […] Oui, puis pour nous c’est… voilà… rose et bleu, c’est sûr. Oui
exactement c’était un bon exemple pour… [rires]. C’est bien de s’en rendre
compte aussi ouais. Je me suis dite, ouais il veut pas le bleu parce qu’il aime…
euh il veut pas le rose parce que c’est un garçon et puis qui… c’est vrai que
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c’est un vrai petit garçon, tu vois… mais euh… je l’ai proposé oui à la petite
fille à-côté. Voilà, ça, c’est des stéréotypes qu’on a… puis que… voilà c’est
trop encré, je pense, en nous… » (Sarah, entretien 1).
On remarque aussi qu’elle relève le fait que l’enfant n’a pas voulu le verre rose, parce
qu’il se considère comme un réel petit garçon, fort, viril et agile, et qui ne veut pas être
associé à la couleur rose qui représente pour lui, la féminité.
Comme cette thématique m’intéresse fortement pour mon travail de recherche, j’ai décidé
de poser les questions suivantes lors des entretiens : « Avez-vous déjà entendu un·e enfant
dire à un·e autre que ce jeu n’est pas pour elle ou lui ? » et « Qu’en pensez-vous ? ». J’ai
alors eu des réponses assez similaires de la part des éducatrices interrogées.
Ainsi, lors de mon premier entretien, la professionnelle m’a expliqué que souvent elle dit
aux enfants que les jouets sont à portée de tous et toutes. Puis, elle est revenue sur la
situation que j’ai observée le matin même, en me racontant que parfois elle laisse les
enfants choisir leur couleur de verre mais que par moment ce n’est pas possible. Par
conséquent, elle donne au hasard les gobelets aux enfants :
« Alors euh… alors, moi j’explique que c’est un jeu et puis que tout le monde
peut… peut y jouer, que c’est à portée… puis que… y’a pas de problème. Que
les filles elles peuvent euh… c’est comme ce matin avec le gobelet, y’avait un
garçon qui voulait pas un gobelet rose, bah… j’ai pas… pas fait des théories
pour lui expliquer que le rose c’est… mais si y’a… si une fille veut un gobelet
bleu, j’vais voilà, j’vais… lui donner un gobelet bleu. Après on peut pas
toujours choisir la couleur du gobelet… hein… voilà… » (Sarah, entretien 1).
La seconde éducatrice interrogée, m’a raconté un peu gênée une ancienne histoire d’un
enfant qui se déguisait souvent en fille en mettant une robe. Elle m’a dit que les autres
enfants lui avaient fait constamment des remarques mais que pour lui cela n’avait pas eu
d’importance :
« Bah, dans les costumes, souvent on sortait tu sais la halle des costumes, et
puis euh... et c'était drôle, l'année passée… il mettait toujours… un petit
garçon, bah, voilà lui il était en robe, et euh, souvent les autres garçons lui
disaient : « non ça c'est plus pour une fille, t'as pas à mettre ça… ». » (Annie,
entretien 2).
Je lui ai donc demandé si elle intervenait ou non, lorsqu’elle entendait les autres enfants
commenter le comportement ou les vêtements des autres. Elle a poursuivi en disant
qu’elle en discutait avec eux si ce comportement devenait trop récurrent et qu’elle tentait
de relativiser la situation : « Si ça devenait trop récurrent oui. Je disais ben non
maintenant on peut jouer, on peut tous se mettre, par exemple, en fille. Tu vois, des...
démystifier tout ça » (Annie, entretien 2).
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Analyse
Finalement, je constate que les enfants n’ont pas émis énormément de commentaires ce
qui est plutôt positif. En effet, cela démontre que les professionnelles font bien leur travail
au niveau des stéréotypes et que les enfants sont en quelque sorte habitué·e·s à voir leurs
camarades jouer avec toutes sortes de jeux. Cela va de même pour les professionnelles
que j’ai observées et questionnées en entretien. Dès lors, je ne les ai jamais vues agir ou
entendues faire des remarques concernant les activités des enfants, en les obligeant, par
exemple, à changer de jeux ou à utiliser seulement des jouets de leur sexe. Cependant, le
chapitre 2.1.4 évoquant l’urgence de la situation démontre que parfois les professionnelles
réagissent de manière inconsciente. De ce fait, elles peuvent se laisser complètement
submerger par les stéréotypes de genre et par conséquent, faire des remarques qui leur
échappent.
En outre, dans la partie théorique au point 2.3, les stéréotypes de genre conditionnent les
individus à intérioriser les caractéristiques ainsi que les normes propres à leur sexe et à les
reproduire. Ceux-ci vont également influencer les enfants dans leur jugement des jeux en
les attribuant aux différents sexes. C’est pourquoi il est parfois inconcevable pour eux que
les filles puissent jouer aux voitures et les garçons aux poupées. Par conséquent, les
enfants émettent des commentaires à ce sujet. Pour conclure cette partie thématique, je me
suis rendue compte lors de mes observations et entretiens que les éducatrices sont plus
sensibles aux stéréotypes de genre, que ce que l’on pourrait imaginer. Certes, il arrive que
quelquefois certaines fassent des remarques à l’égard des enfants et des jeux, qui peuvent
paraître ambigus mais qui n’ont aucune intention particulière de les influencer
volontairement. De ce fait, je trouve que les professionnelles actuelles font plus attention à
leurs gestes et leurs paroles quand elles s’adressent aux enfants, qu’autrefois. En
définitive, le fait que les éducatrices de l’enfance soient davantage sensibilisées et
attentives aux stéréotypes aujourd’hui, cela tend à réduire leur impact dans les structures
d’accueil de la petite enfance.
Le prochain thème aborde la notion de jeux neutres ou mixtes, désignant les jouets sans
connotation sexuée, que l’on peut retrouver de différentes manières dans les crèches.
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Ces listes ne sont pas exhaustives
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Analyse
L’influence des livres évoquée dans la partie théorique au point 2.3.3 met en évidence que
ceux-ci peuvent également avoir une connotation sexuée selon l’histoire contée. En effet,
les personnages qui y sont représentés peuvent jouer différents rôles, par exemple, la mère
est femme au foyer, c’est elle qui s’occupe de la maison et des enfants, alors que le père
travaille et n’a ainsi pas beaucoup de temps à consacrer à ses enfants. De plus, la question
des couleurs abordée dans ce même chapitre (cf. 2.2.3) relate le fait que celles-ci peuvent
jouer un rôle considérable dans le choix du jeu des enfants. Les couleurs qui sont utilisées
et associées aux différents objets ou personnages peuvent aussi avoir une influence sur les
enfants, par exemple, lorsqu’il s’agit de mettre en évidence une personne, le rose est
souvent majoritaire pour les filles, alors que le bleu est attribué aux garçons. De même
que très souvent le rose ou le bleu domine si le livre s’adresse aux filles ou aux garçons.
Il est vrai que les catalogues de jeux et de mobiliers proposés aux crèches viennent
d’enseignes qui vendent des jeux de toutes sortes. Leurs catalogues proposent donc
beaucoup de jouets à connotation genrée. Il n’est donc pas toujours évident pour les
structures de choisir des jeux mixtes ou neutres, parmi tant de jouets à connotation genrée.
Dans la théorie, les jeux neutres ou mixtes sont évoqués au chapitre 2.2.2 en donnant
l’exemple de Lego® qui a sorti depuis peu une gamme pour filles. Cet exemple met en
évidence que les jeux sont souvent destinés aux filles ou aux garçons que ce soit par leurs
couleurs ou par leurs emballages. Alors qui est responsable du peu de jeux mixtes présents
dans les crèches ? Est-ce les équipes éducatives qui choisissent les jouets connotés ou les
grandes enseignes qui vendent des jouets à connotation genrée ? Je pense que la faute est
partagée entre l’éducation que les professionnelles ont reçue et l’influence de la société et
du marketing qui pousse les fabricants à vendre des jouets stéréotypés dans le but d’en
écouler davantage. Par conséquent, tout ceci s’influence mutuellement et cause des
répercussions sur l’ensemble dans les différents secteurs et acteurs. Néanmoins, les
éducatrices peuvent diminuer l’impact de ces stéréotypes de genre dans les crèches, en
proposant des activités variées et en mettant à disposition des jeux diversifiés à tendance
neutres ou mixtes.
Dans le prochain chapitre, nous revenons sur la thématique de l’influence du marketing et
de la société afin de les mettre en corrélation avec les éléments théoriques et pratiques.
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travailler dans un garage, travailler avec le bois. Moi j'trouve que c'est
important, dans la vie de tous les jours, maintenant c'est tout mélanger quoi.
Faut accepter les changements » (Anaïs, entretien 4).
Elle continue par ajouter que c’est la société qui pousse les individus à se conditionner
pour correspondre à la norme et marginalise celles et ceux qui osent être en décalage ou
les rappellent à l’ordre :
« J'pense vraiment c'est des visions que les gens ils ont et puis ils ont ça en
tête, c'est comme ça, dans la vie ça doit être comme ça sinon c'est... tu peux
pas avoir un pull rouge tu dois avoir bleu, si fin... c'est comme les gens y
décident que c'est. Tu dois suivre en fait tout ce que les autres disent pour être
à la mode sinon t'es pas à la mode, voilà. C'est comme pour tout… » (Anaïs,
entretien 4).
Analyse
En feuilletant des catalogues de jouets et en visitant des magasins de jeux, je me suis
rendue compte que les enseignes essaient davantage de faire attention à ne plus mettre en
avant sur leurs boîtes et emballages de jeux des garçons jouant aux voitures ou des filles
s’occupant de leurs poupées. Le marketing tente de faire des efforts en mettant en
évidence des enfants jouant et se partageant les mêmes activités ou essaie d’inverser la
tendance en montrant des garçons faire la cuisine et des filles conduire des petites voitures
afin de démontrer que cela est accessible à tout le monde. Malheureusement, on retrouve
encore bien trop souvent des filles qui font du repassage et des garçons qui fabriquent des
constructions. Comme énoncé dans les recherches théoriques au point 2.2.3, le marketing
a une influence prépondérante sur les enfants. Par conséquent, il ne cesse d’accentuer les
différences entre les filles et les garçons en les incitant d’une part à acheter des jouets
correspondant à leur identité sexuelle et d’autre part, en les conditionnant à reproduire les
inégalités et stéréotypes de ce monde.
Pour conclure, dans l’une de mes observations, j’ai vu une fille jouer avec un bébé et dire
que c’est un garçon car il a un « zizi ». La notion de catégorisation des stéréotypes de
genre abordée au point 2.3, démontre que vers l’âge de 2 ans, les enfants apprennent à
reconnaître les caractéristiques qui définissent une fille ou un garçon. En outre, à partir de
cet âge, elles et ils sont capables de catégoriser en féminin ou masculin les personnes ainsi
que les objets. C’est également dès le plus jeune âge que les enfants intériorisent les
stéréotypes de genre, en observant leur entourage et en étant encouragés ou dissuadés par
eux. De ce fait, le rôle des éducatrices est de déconstruire ces stéréotypes en démontrant
aux enfants qu’elles et ils ont la possibilité de jouer et d’expérimenter l’entier des jeux.
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Synthèse
En regard des éléments présentés au cours de ce chapitre, il ressort que les éducatrices, de
manière générale, sont attentives à ne pas influencer les enfants dans leur choix de jeux.
Elles sont conscientes de l’évolution de la société, de l’influence du marketing et sont
davantage sensibilisées et attentives aux stéréotypes de genre qu’autrefois. Par
conséquent, le rôle des éducatrices de l’enfance est de déconstruire ces stéréotypes autour
du jeu libre afin de limiter leur impact dans les structures de la petite enfance. Pour ce
faire, elles peuvent proposer une multitude d’activités diversifiées, mettre à disposition
des jeux neutres ou mixtes et laisser les enfants faire leurs propres expériences en terme
de jouets.
Ce prochain chapitre nous amène à réfléchir sur l’aménagement en crèche et nous relève
comment celui-ci peut avoir une influence sur le choix des jeux des enfants.
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Annexe D
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C’est là que les éducatrices préparent les goûters des enfants. Au centre de la salle, on
retrouve trois petites tables collées et entourées de chaises. Dans la salle de motricité, il y
a des étagères et une armoire constituée d’accessoires de motricité (tapis, blocs, chevalet,
cerceaux, ronds, coquilles, etc.) et dans un coin se trouve un grand bac à sagex. Je n’ai
malheureusement pas pris de photos de cette pièce.
Dans la seconde crèche, lorsque l’on rentre, on se retrouve dans la première partie de la
pièce, qui est aménagée de tables, de chaises et d’une partie cuisine, pour préparer les
goûters. On passe la porte et on arrive dans la salle de jeux. À l’entrée se trouve un petit
bureau pour les professionnelles et un peu plus loin deux portes. La première mène aux
toilettes et à la table à langer et l’autre à la seconde salle de jeux. Au fond de la pièce, du
côté gauche du mur il y a des armoires fermées avec du matériel de bricolage. Dans le
coin on retrouve un jeu en bois avec des perles et un atelier de bricolage. Dans la
continuité du mur, des ronds et des blocs de motricité sont empilés. Dans le coin, une
radio et quatre grands tapis sont disposés au sol. Une séparation est faite avec cet espace
de motricité et les meubles de jeux. On a aussi au centre de la pièce, deux meubles en bois
avec différents étages de bacs à jouets qui entourent un théâtre de marionnettes. Dans les
deux meubles il y a des bacs composés de : Lego®, plots, habits de bébés, foulards,
différentes boîtes de récupération, Barbies® et de jeux de construction. L’autre meuble en
bois est organisé de bacs à : Lego®, voitures et au-dessus est placé un garage de voitures.
À l’arrière et le long de la vitre se trouvent des jeux pour les poupées : une chaise haute,
une table à langer et un berceau. Longeant la vitre et dans ce coin, on retrouve un pouf
vert, un second rose et un grand bac de livres. Puis, il y a des armoires à nouveau fermées
avec des livres, des jeux de société, des puzzles, des jeux de construction, des nappes de
protection pour la table qui se trouve devant et les différentes boîtes des enfants.
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Dans la seconde salle, il y a : à l’entrée à droite des armoires, devant une petite maison
pour marchander avec à l’intérieur une poussette et différentes marchandises. Contre le
mur se trouvent un carton, une cuisinière et cinq petits meubles de cuisine avec des
accessoires pour cuisiner. À la suite, on retrouve un meuble en bois composé de bacs de
jeux, un téléphone est posé au-dessus. Puis, dans le coin on voit une table à repasser avec
un fer, un porte-habits avec des sacs et des chapeaux accrochés. À côté se trouve une
coiffeuse composée d’un miroir avec une chaise et un autre meuble en bois avec
également un miroir. Toujours le long du mur, on retrouve une commode avec des
déguisements et des bijoux dans un panier en osier et un bac à roulette. Dans le coin, il y a
un espace tranquille composé d’un canapé d’angle et une petite étagère. À nouveau, un
carton dessiné par les enfants est disposé au sol avec un cheval à bascule. Du côté gauche,
un passage ouvert qui mène aux toilettes et à la salle de change. Contre le mur se trouve
une étagère et deux petits bacs en plastique remplient de différents bacs de bricolages,
aux-côtés d’une chaise à roulette, d’une ferme en bois et d’un meuble en bois composé de
bacs comportant des voitures, des animaux et des Kapla®. Au-dessus, on retrouve un
second garage de voitures. Au centre de la salle est disposé une table avec des chaises.
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Lors des entretiens, j’ai profité pour poser des questions sur l’aménagement des salles
ainsi que sur la réflexion que les professionnelles de l’enfance ont eu là autour. De ce fait,
dans la première crèche, l’éducatrice m’a expliqué que le mobilier choisi n’a jamais
changé et qu’à présent, l’équipe éducative d’un autre groupe a tenté de changer la
disposition afin de proposer davantage de jeux à hauteur des enfants. Par conséquent, les
professionnelles du groupe se posent désormais la question du changement de
l’agencement et du système des deux caisses à choix :
« Mais en fait, c’est que… On a… on a toujours vécu ça en fait, ces meubles
IKEA, moi à ***** je travaillais avec ça aussi et… et c’est une habitude. Les
petits ils ont changé, ils ont mis des jeux à portée de mains mais, autrement ils
ont tout enlevé. Mais après ils sortent une caisse mais qui est pas à portée.
Mais ils ont quand même des petits jeux qui sont… Et puis nous on s’était posé
la question, on aura d’autres meubles et sera pas tout à porter non plus…
euh… voilà » (Sarah, entretien 1).
Lors des entretiens, j’ai posé la question concernant l’influence de l’aménagement de la
salle sur le choix des enfants, la seconde éducatrice m’a répondu qu’il est préférable de
mettre les jeux à hauteur et à disposition des enfants, sinon elles et ils se retrouvent
dépendants des adultes et doivent à la fois demander leur aide et leur autorisation : « Bah
si on met... on met en hauteur les jeux, bah voilà. Je veux dire, ils peuvent demander,
aussi ça peut être pas mal mais c'est bien que ce soit à leur niveau » (Annie, entretien 2).
En fin d’entretien, nous sommes revenues sur le sujet et elle m’a posé des
questions concernant mes recherches théoriques. Elle est intéressée à savoir s’il y a une
manière préférable d’aménager la salle et nous avons débattu sur la thématique.
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« Bah par rapport déjà ce qu'il y a dans la salle. Des fois ça limite un petit peu
parce que là, je sais pas si t'as remarqué on a deux salles de jeux. Donc... bon
déjà par rapport à ce qui est proposé… […] Euh... ben, le fait que... tout soit
pas mis à disposition, que l'enfant doive chercher le jeu, peut-être ça peut
aussi le freiner, le fait qu'il doive euh... qu'ils doivent tirer les caisses pour
voir ce qu'il y a dans les caisses. Certains enfants vont peut-être pas le faire et
puis d'autres vont être très curieux puis commencer à tout ouvrir et puis
trouver leur bonheur mais certains enfants si c'est pas dehors, ils vont peut-
être pas forcément aller à la recherche » (Chloé, entretien 5).
Analyse
Dans les deux structures, le mobilier est à hauteur des enfants (tables, chaises, jouets,
meubles et étagères de jeux, etc.). Ainsi, elles et ils ont la possibilité de se servir librement
des jeux. Le but étant de favoriser au maximum leur autonomie et leur accessibilité aux
différents jouets et objets. Toutefois, il arrive que l’aménagement de la structure puisse
avoir une influence sur le choix des jeux des enfants, sans que les professionnelles le
veuillent ou s’en rendent compte. Si nous nous référons au chapitre 2.2.1 de ce travail
évoquant l’aménagement de l’espace de jeux, l’auteure relève que certains problèmes et
restrictions peuvent apparaître au cours de l’agencement des salles. Par conséquent, cela
ne dépend pas toujours de l’équipe éducative mais bien de la superficie, la place, le
nombre de pièces, la composition du groupe d’enfants, etc. En outre, il n’est parfois pas
possible de mettre l’entier des jeux à disposition des enfants, selon la place et la superficie
de la crèche. De ce fait, cela a également une influence dans les choix des enfants dans les
jeux puisque d’une part, elles et ils doivent chercher, ouvrir et tirer les caisses pour
trouver les jouets qui les intéressent et d’autre part, elles et ils doivent parfois demander
de l’aide aux professionnelles, ce qui les limite donc dans leur autonomie.
Je me rends compte que, dans les deux structures d’accueil que j’ai visitées, les jouets sont
disposés en divers coins ou espaces de jeux. Dans la première crèche, les jeux sont rangés
dans différents bacs et sont répartis à différents endroits dans la salle. De plus, ils sont en
quelque sorte disposés par thèmes, qui permettent aux enfants d’associer les jeux entre
eux. À l’inverse, la seconde structure propose deux aménagements différents. Dans la
première salle, les jeux sont rangés dans des meubles au centre de la pièce afin de faciliter
l’accès aux différentes caisses de jeux et d'un espace de jeux autour, dont bénéficient les
enfants alors que la seconde salle est aménagée par thèmes et coins de jeux. Ainsi, la
manière d’aménager peut influencer le choix du jeu des enfants. Dès lors, dans la partie
théorique (cf. 2.2.1), nous avons vu que les différents espaces de jeux pouvaient créer un
clivage des sexes. En effet, certains coins de jeux sont parfois agencés de sorte à attirer
plutôt un sexe que l’autre et peuvent par conséquent, donner lieu à des activités
différenciées selon le sexe des enfants. En définitive, les éducatrices peuvent diminuer
l’impact des stéréotypes de genre dans les crèches en aménageant d’une part, à hauteur
des enfants de sorte à ne pas limiter leur autonomie et leurs choix des jouets et d’autre
part, en proposant des espaces de jeux variés et accessibles à tous et toutes.
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Présence de l’adulte
Les professionnelles représentent la sécurité pour les enfants
Durant mes observations, j’ai constaté que les enfants jouent très souvent proche des
éducatrices. De ce fait, lorsque celles-ci se déplacent dans la salle, soit les enfants
délaissent leurs jouets et commencent une autre activité, soit elles et ils les emportent avec
eux pour se rapprocher des adultes.
Je me suis également rendue compte que les éducatrices accompagnent énormément les
enfants dans leurs jeux, en verbalisant leurs faits et gestes, en leur posant des questions et
en abordant des thèmes qui les intéressent. De plus, j’ai noté que les enfants sollicitent
beaucoup les professionnelles pour des demandes particulières, telles que : les aider à
sortir des jeux, leur lire des histoires, leur proposer des activités (leur faire faire la
brouette, mettre de la musique pour danser, les aider à habiller les poupées, leur gonfler un
ballon, etc.).
Lors des entretiens que j’ai menés, deux éducatrices m’ont naturellement parlé du besoin
de sécurité pour les enfants. Dès lors, celles-ci m’ont raconté que certain·e·s enfants ont
besoin de la présence de l’adulte à leur côté car cela représente une sécurité pour eux mais
que pour d’autres cela ne les dérange pas :
« Parce que pendant les jeux libres on peut aussi être euh… préparer la
suite… moi je suis pas toujours assise avec les enfants mais… là oui parce que
ça demander mais autrement ça peut aussi être un moment où ils jouent
librement et on prépare le bricolage qui arrive après… on est pas toujours…
il faudrait être toujours assis avec eux, on est la sécurité, on est là pour… tout
en les laissant jouer librement mais… j’aimerai pouvoir être tout le temps
assise mais on prépare la suite… La sécurité dehors… moi je me promène
souvent et des fois il y a des enfants qui nous suivent, parce que voilà… euh…
ils ont besoin d’être à proximité de l’adulte » (Sarah, entretien 1).
« Et puis, je pense que tu as pu voir que les enfants ils se mélangent avec
n'importe quel jeu et que où il y a l'adulte ils y vont quoi. […] Y'en a deux,
trois qui ont pas besoin de toi, parce qu'ils sont dans leur monde à eux
complètement et c'est toi, des fois, tu viens vers eux. Mais y'en a d'autres qui
sont tout le temps collés à toi. [...] Ouais, ils étaient tous... tous tout autour et
puis après, une fois que tu te lèves et tout, certains ça leur dérange pas alors
que d'autres ça leur dérange » (Anaïs, entretien 4).
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Analyse
Dans les recherches théoriques au chapitre 2.2.1, nous pouvons lire l’importance de
l’aménagement de sorte que les enfants puissent voir les professionnelles depuis l’endroit
où elles et ils sont. En effet, durant les moments de jeux libres, les éducatrices
représentent la sécurité pour les enfants. C’est pourquoi certain·e·s ont besoin d’être à
proximité de l’adulte pour savoir qu’elles et ils peuvent jouer en toute sérénité, découvrir,
expérimenter et apprendre car elle ou il est là en cas de problème.
Synthèse
Les éléments exposés dans ce chapitre démontrent que l’aménagement de l’espace peut
influencer les enfants dans leur choix des jeux. Cependant, les professionnelles de
l’enfance sont sensibles au rôle et à la place qu’elles occupent lorsque les enfants jouent.
C’est pourquoi elles peuvent contribuer à réduire l’impact des stéréotypes de genre dans
les activités de jeu libre des enfants en utilisant des stratégies qui ne limitent pas leur
capacité et leur autonomie dans les choix des jouets ainsi qu’en proposant des espaces de
jeux variés qui ne clivent pas les sexes et accessibles pour tous et toutes.
À la suite de ces thèmes, certains éléments n’ont pas pu être traités durant les
observations, ni même dans la théorie et ont seulement fait l’objet de questions durant les
entretiens. De plus, certaines thématiques que je trouve intéressantes n’ont pas été
développées dans les passages précédents, c’est pourquoi j’ai choisi de les regrouper dans
ce prochain chapitre.
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Elle poursuit en expliquant que le soir, lorsque les parents viennent chercher leurs enfants,
elle n’hésite pas à leur dire que leur fils a joué aux poupées. Cela a étonné les mères qui
ont réagi de la manière suivante :
« Mais moi, si je vois un petit garçon avec une poussette euh… ça va pas du
tout me déranger et je vais dire aux parents mais naturellement quoi… il a
joué aux poupées, voilà, il a bien aimé. Des fois j’ai même des mamans qui
m’ont dit : « ah mais euh… je vais lui offrir une poupée pour Noël, j’avais pas
pensé… » mais voilà… Après faut qu’elle regarde avec son mari comment…
[Rires]. Parce que je pense qu’on a déjà l’image… de plus grand… qu’il va se
faire peut-être embêter et ou… voilà… c’est peut-être ça qui pose problème »
(Sarah, entretien 1).
Elle relate ensuite un nouvel exemple qu’elle a vécu avec des photos d’un enfant déguisé
en princesse. Sur le moment, malgré les remarques des personnes âgées qui sont présentes
ce jour-là, cela n’a pas posé de problème. Néanmoins, son seul souci n’a pas été de faire
des photos de cet enfant habillé en robe mais plutôt la réaction des parents lors de
l’affichage des images :
« Ça me rappelle un garçon qui voulait… et on avait fait des photos… et
j’avais un p’tit peu… soucis de faire des photos, c’était euh… mardi gras.
Enfin je me disais : « mais qu’est-ce que vont penser les parents ». Oui parce
qu’après on les met dans le corridor et je pense ça pourrait ne pas plaire à
tout le monde, si on affiche un garçon avec une robe. Alors que sur le moment
ça pose pas de problèmes, parce que voilà… On était au home en plus et il y
avait des grands-mamans… des grands-parents qui disaient… « ah mais le
petit garçon il a une robe… », parce que voilà, eux ils sont d’une autre
génération… aussi. Mais sur le moment présent ça me dérange pas. Mais
après d’afficher, pour voilà… j’aurai… j’aurai peur que les parents soient
fâchés de ça. Pas une poupée… qui joue aux poupées… ça y a pas de
problème mais déguisé en princesse… j’aurai plus de peine à afficher la
photo. Mais par peur des… des parents, des autres parents, parce que on est
dans un village et tout… mais euh… c’est vrai que les parents… on doit faire
attention aussi… » (Sarah, entretien 1).
Dans ces propos, elle soulève une problématique encore taboue dans la société actuelle.
En effet, cela pose moins de problème aux personnes de voir un garçon jouer à la poupée
qu’un garçon déguisé en robe. De ce fait, elle souhaite anticiper et éviter les remarques
désagréables des parents concernant les photos. Elle savait pertinemment que certains
allaient imaginer que plus tard leurs fils pourraient se faire embêter par les autres enfants
ou devenir gay et ont, par conséquent, énormément de peine à concevoir cela.
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Une autre professionnelle m’a expliqué que jusqu’à aujourd’hui elle n’a jamais entendu
des parents faire des commentaires sur un jeu auquel leurs enfants auraient joué. Pourtant,
il lui est déjà arrivé qu’un parent lui fasse une remarque :
« […] puis j'ai jamais, en tout cas, jusqu'à maintenant, entendu un parent dire
: « ah bon mon fils il a joué à la poupée toute la journée ? C'est pas à toi de
jouer à la poupée, ça c'est aux filles ! » Moi j'ai jamais entendu ça donc euh...
[…] à ***** j'avais déjà entendu. J'avais un petit garçon souvent il s'habillait
en princesse et sa maman était pas très contente. […] Et puis, moi
j'dis : « bah... bah écouter, il adore s'habiller en princesse, c'est pas le seul
garçon à vouloir s'habiller en princesse, il y a en a plein, puis c'est des
déguisements, ils jouent aux déguisements. » [Elle l'a bien pris ?] ça va, hum,
hum. Mouais, ça a passé, non elle a rien dit mais elle a fait la remarque »
(Anaïs, entretien 4).
Finalement, une assistante socio-éducative de la seconde crèche m’a dit la même histoire
que l’éducatrice précédente, en ajoutant que c’est souvent une crainte pour les parents.
Elle tente toujours de leur expliquer que les enfants ont la possibilité de jouer librement à
ce qu’elles et ils veulent. Par conséquent, l’équipe éducative ne peut leur interdire un jeu
qui ne correspond pas à leur sexe :
« […] après on a quand même eu des parents où... un garçon une fois était
déguisé en princesse, la maman elle l'a engueulé parce qu'elle trouvait pas ça
normal. Alors après ça dépend de chacun mais je pense que c'est plus une
crainte d'autres choses que... […] Nous on lui a expliqué que nous on laissait
faire… hein les jeux… il faisait… le jeu libre, on laisse faire. S'il veut se
déguiser, s'il veut jouer à la poupée on le laisse faire, on interdit pas… aux
garçons… ni aux filles, vice-versa » (Yaëlle, entretien 6).
Dans ce nouvel exemple, on constate que c’est la mère qui n’apprécie pas de voir son fils
se déguiser en princesse, alors que précédemment, c’est un père. Par conséquent, cela
démontre que tout parent confondu peut être perturbé ou sensible aux stéréotypes de
genre.
Analyse
On remarque que les professionnelles ne comprennent pas certaines réactions des parents
concernant les choix des jeux des enfants. En effet, certains parents réagissent de manière
spontanée et affirment ne pas trouver cela normal, que leurs enfants puissent jouer avec
des jouets du sexe opposé. Cependant, cela ne dérange pas les éducatrices qui, à l’inverse
encouragent les enfants à expérimenter davantage l’ensemble des jeux et n’ont pas de
peine à l’expliquer aux parents. En outre, cela offre de nouvelles possibilités aux enfants,
comme dans l’exemple du parent qui aborde l’idée d’acheter une poupée à son fils.
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En écoutant ces entretiens, j’ai également eu l’impression que les parents sont abasourdis
d’entendre que les équipes éducatives n’interviennent ou n’interdisent pas certains jeux
aux enfants. Néanmoins, pour le bien-être des enfants, certaines professionnelles de
l’enfance usent d’astuces et de stratagèmes. Elles laissent, par exemple, les enfants
profiter des jeux durant la journée et lorsque celle-ci touche à sa fin, elles leur annoncent
qu’il faut ranger et cela évite ainsi un conflit avec les parents.
Dans le cadre théorique au chapitre 2.2.3, il est mentionné que les parents jouent un rôle
prépondérant dans l’apprentissage du genre et la construction des stéréotypes genrés. En
effet, ils participent activement à l’intériorisation des stéréotypes parfois de manière
involontaire et inconsciente. Ainsi, les adultes encouragent les enfants à s’approprier des
jeux conformes à leur identité sexuelle et les contraignent à adopter des comportements en
décalage avec les normes. Pour terminer, la société d’aujourd’hui évolue, cependant, les
mœurs ainsi que les mentalités des personnes continuent de persister selon les
représentations et l’éducation reçue. De ce fait, les éducatrices peuvent contribuer à
diminuer les stéréotypes de genre dans les crèches en sensibilisant les enfants, dès le plus
jeune âge, et en leur apprenant à déconstruire ces stéréotypes qui paraissent naturels à
leurs yeux.
La sphère privée
Étant petit·e, nous avons tous et toutes vécu·e·s des évènements ainsi que fait des
expériences, qui nous ont beaucoup appris sur la vie, sur nous-mêmes et qui ont forgé la
personne que nous sommes actuellement. Très souvent, tout ceci ainsi que l’éducation
reçue ont une influence sur notre manière d’être, de nous comporter, d’agir et de répondre.
Durant les entretiens, plusieurs éducatrices m’ont exprimé leurs ressentis, raconter leurs
vécus et histoires personnelles. La plus jeune professionnelle interviewée me confie son
enfance :
« Mais moi c'est vrai que depuis toute petite, […] on a toujours vécu ici et y
avait que mes deux cousins garçons. Ce qui fait que moi, j'ai eu les vêtements
de temps en temps de mes cousins. J'ai eu les voitures, j'ai eu les jeux de
garçons. Alors qu'ici, on avait... à la maison des mélanges entre les poupées,
puis les voitures de garçons, puis que mes parents ont jamais dit : « ah non ça
tu donnes, euh… ta tata elle a rien à te donner ça parce que c'est pas pour toi,
c'est pour les garçons ». » (Anaïs, entretien 4).
Ainsi, ce qu’elle a vécu durant son enfance fait qu’aujourd’hui elle n’a pas de problèmes
particuliers avec les stéréotypes de genre. En outre, elle-même a joué aux voitures et porté
des vêtements destinés aux garçons mais cela n’a pas fait d’elle un « garçon manqué ».
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Une autre éducatrice me raconte être sensible aux stéréotypes genrés et influencée par son
rôle de mère. En effet, l’une de ses filles préfère les jeux qui s’adressent aux garçons et
cela ne l’a jamais dérangée. Néanmoins, elle soulève le fait qu’elle a tout de même peur
vis-à-vis de son identité et de son affirmation en tant que fille :
« En plus, bon moi je suis influencée par ma… mon rôle de maman avec deux
filles. ***** qui aime que les choses de garçons, hein, presque et puis c’est
vrai que je suis sensibilisé à ça. D’ailleurs […] elle va aller aux jouets de
garçons… tu vois… tu vas dire voilà… mais… moi j’ai ***** qui adore le
bleu, ça me pose pas de problème, du tout. Tandis que moi, mon mari… là pas
de soucis. Non franchement non, moi j’avais juste peur que voilà… qu’elle…
qu’elle arrive pas à s’exprimer en tant que fille, tu vois » (Sarah, entretien 1).
Finalement, lorsque j’ai posé les questions : « Avez-vous déjà entendu un enfant dire à
un·e autre que ce jeu n’est pas pour elle ou lui ? et « Est-ce que cela vous interpelle ? »
lors des entretiens. La dernière éducatrice m’a donné un exemple de sa vie privée
concernant ses enfants :
« Euh... oui, j'étais en train de réfléchir justement si j’avais euh... mais oui, j'ai
un exemple en plus à la maison. Plutôt dans mon privé mais euh… parce que
ma fille, enfin mon fils il est arrivé avec un petit bracelet et ma fille, elle lui a
dit… (elle a 3 ans et lui une année) et elle lui a dit : « mais non ça c'est des
jeux de filles » et je lui ai dit : « mais non », bah j’ai dit : « s’il a envie de
mettre un bracelet, il a aussi le droit de mettre un bracelet, c’est pas que
réservé aux filles ». Et ça s'est passé comme ça » (Inès, entretien 3).
Cet exemple démontre bien le rôle considérable des parents dans l’apprentissage et la
déconstruction des stéréotypes de genre chez les enfants. En effet, si elle n’avait pas réagi
de cette façon envers sa fille, son fils aurait retenu et intériorisé qu’il ne peut pas porter de
bracelet car ils sont réservés aux filles. Par conséquent, il aurait intégré ce
conditionnement et n’oserait plus jamais le refaire.
Analyse
La question de l’influence sociale et du conditionnement des enfants est abordée dans les
recherches théoriques sur les stéréotypes de genre aux chapitres 2.3.1 et 2.3.3. Les
professionnelles peuvent conditionner les enfants de par l’éducation qu’elles ont reçue et
des expériences qu’elles ont vécues. En effet, ce que les éducatrices de l’enfance ont
appris et retenu des inégalités de ce monde peut avoir une influence sur leurs réponses et
leurs réactions involontaires envers les enfants. De plus, les enfants apprennent par
imitation et intériorisent ainsi les manières d’être une femme ou un homme, qui sont
socialement attendues et acceptées par la société selon leur sexe et s’interdisent ainsi
d’être eux-mêmes en reproduisant à la perfection les stéréotypes genrés. En conclusion,
les professionnelles doivent être impartiales et se détacher le plus possible des stéréotypes
dans le but de ne pas influencer, ni conditionner les enfants aux manières d’être, de se
comporter et de faire qui sont imposées par la société.
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Une autre professionnelle me raconte qu’il est important dès le plus jeune âge de ne pas
conditionner les enfants aux « jeux de filles » et aux « jeux de garçons » mais plutôt de
leur laisser découvrir et faire leurs propres expériences du genre : « Moi je pense que ça
peut être... ça peut être bien ouais, de pas enfermer les enfants déjà petits dans les cases,
les jeux pour les filles, les jeux pour garçons, vraiment leur laisser l'ouverture de la
découverte de tout en fait, pas les mettre déjà cet âge-là dans des cases » (Chloé, entretien
5).
Enfin la dernière éducatrice questionnée et ayant participé à la conférence précise que les
professionnel·le·s actuel·le·s sont plus sensibles qu’autrefois aux stéréotypes de genre.
Par conséquent, il serait judicieux pour ces personnes plus âgées ou de l’ancienne
génération d’y participer afin de les rendre attentives :
« Donc euh… je me dirais que ça serait bien que... peut-être des personnes
plus âgées le fassent, qui sont encore peut-être dans l'ancienne époque [rire]
ou l'ancienne génération, ils ont plus de peine. Mais quoiqu'aujourd'hui, je
pense qu’il y a aussi des personnes plus âgées qui sont aussi plus ouvertes
mais oui ça serait bien » (Yaëlle, entretien 6).
Analyse
En résumé, il est primordial de sensibiliser et de rendre attentives les professionnelles au
travers de diverses formations et conférences, afin qu’elles prennent conscience de
l’influence ainsi que des conséquences que peuvent avoir leurs comportements et discours
sur les enfants. Néanmoins, l’erreur est humaine, c’est pourquoi il arrive que parfois
certaines paroles ou certains actes échappent involontairement aux éducatrices. Par
conséquent, elles doivent être impartiales avec les enfants et tendre le plus possible vers
l’égalité des sexes. Les recherches théoriques de ce travail permettent de comprendre la
notion de stéréotypes de genre ainsi que leur influence dans la société et les crèches (cf.
2.3). En outre, celles-ci démontrent l’importance du rôle des éducatrices dans
l’apprentissage et la déconstruction de ces stéréotypes. Pour ce faire, les professionnelles
doivent donner la possibilité aux filles comme aux garçons de pouvoir expérimenter les
jouets, les habits, les activités, les loisirs, les sports, etc., pour leur permettre de se forger
leur propre opinion sur les stéréotypes de genre et leur offrir une meilleure ouverture
d’esprit sur la société d’aujourd’hui. En guise de conclusion, la formation est une base
importante dans la pratique des professionnelles car celle-ci les sensibilise, les rend
attentives aux stéréotypes de genre et leur fait prendre conscience de leur impact.
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Synthèse
En regard des éléments évoqués tout au long de ce chapitre, on constate que les
éducatrices de l’enfance peuvent contribuer à limiter l’impact des stéréotypes de genre
dans les structures d’accueil. Pour ce faire, elles peuvent sensibiliser les enfants, dès le
plus jeune âge, en déconstruisant les stéréotypes de genre ainsi qu’être le plus neutre et
juste possible en terme d’égalité des sexes, dans le but de ne pas influencer et conditionner
les enfants aux comportements et attitudes, qui sont attendus d’eux par la société. Pour
terminer, les formations, les conférences et les cours sont prépondérants dans la pratique
des professionnelles, car ceux-ci leur permettent une prise de conscience, une
sensibilisation et une attention particulière de leur impact et influencent dans la société.
Les différentes thématiques traitées au cours de cette analyse des données amènent à
présent aux hypothèses de départ, qui seront soumises dans le prochain chapitre.
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Suite aux analyses effectuées, je peux aisément valider cette hypothèse en m’appuyant sur
l’analyse faite au cours de travail. En effet, les professionnelles observées offrent les
mêmes possibilités et égalités aux enfants, quel que soit leur sexe. De ce fait, elles leur
proposent des jeux variés et leur laissent l’opportunité de jouer avec l’entier des jouets.
Elles leur laissent également expérimenter les jeux et n’émettent aucun commentaire ou
remarque à leur égard et sur leurs choix. En outre, les jeux proposés dans les structures
sont diversifiés ce qui permet aux enfants de découvrir et ainsi d’adhérer à un jouet
qu’elles ou ils n’auraient pas chez elles ou chez eux. Enfin, lors des entretiens, les
éducatrices ont démontré être sensibles aux stéréotypes de genre et n’accordent pas
d’importance aux jeux qualifiés pour filles ou pour garçons.
Au terme de cette recherche, je peux confirmer cette hypothèse sur la base des données
récoltées. Les observations menées dans les deux crèches démontrent que l’aménagement
de l’espace de jeux peut influencer les enfants. Dès lors, les éducatrices peuvent réduire
cet impact en réfléchissant à différents agencements de leur structure. De ce fait, elles
peuvent disposer les jeux de sorte à ne pas cliver les sexes ou les activités en donnant
l’envie aux filles et aux garçons d’y jouer. Lors des entretiens, elles ont toutes parlé du fait
d’aménager l’espace, les meubles ainsi que les jeux à hauteur des enfants, pour favoriser
l’accès aux jeux et leur autonomie et les influencer le moins possible dans leurs choix.
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7. Bilan et apprentissages
Ce chapitre a pour objectif d’établir un bilan quant à la recherche et aux apprentissages
effectués. Dans un premier temps, les objectifs que je me suis fixés en début de ce travail
de Bachelor seront abordés. Le bilan de la méthodologie choisie, les limites de la
recherche et les éventuels réajustements seront développés. Pour terminer, un bilan
personnel et un bref positionnement professionnel seront présentés.
7.1. Objectifs de la recherche
Au début de ce document, je me suis fixée des objectifs à réaliser au cours de ma
recherche. Le temps est venu de vérifier s’ils ont été atteints.
Je peux commencer par affirmer que mes deux objectifs personnels ont été atteints. En
effet, ma capacité à écrire des travaux s’est énormément améliorée depuis mon entrée à la
HES, au travers des diverses lectures d’ouvrages et d’articles effectuées ainsi que de
nombreux rapports et documents rédigés. En outre, en relisant l’entier de mon travail de
Bachelor, je suis fière de la qualité rendue, qui est à la hauteur de mes attentes.
Concernant les objectifs professionnels, mes objectifs ont également été atteints. Ce
travail de recherche m’a permis d’acquérir des connaissances supplémentaires dans le
domaine de la petite enfance, dans lequel je souhaite davantage me former. De plus, mes
recherches m’ont donné la possibilité de mieux saisir les enjeux de cette problématique et
m’ont rendue attentive à plusieurs éléments. En effet, cela m’a également permis de me
situer dans ma position de professionnelle en tant que future éducatrice dans ce domaine.
Enfin, les différents résultats et pistes d’action qui ressortent de cette recherche me seront
utiles pour ma propre pratique professionnelle dans mon futur métier.
Pour terminer, les objectifs théoriques ont tous été atteints. En effet, les nombreuses
connaissances théoriques que j’ai pu acquérir au travers de mes recherches et lectures
m’ont servi à comprendre le concept de genre, la construction d’un stéréotype ainsi que
son impact dans la société en général. Enfin, la découverte d’outils méthodologiques m’a
permis de me familiariser davantage avec ces différentes méthodes de travail.
7.2. Bilan méthodologique
La méthodologie choisie sur le terrain m’a permis de regrouper l’ensemble de ma
problématique sur les stéréotypes de genre dans les structures d’accueil de la petite
enfance. De ce fait et au vu de la thématique choisie, il a été judicieux d’effectuer des
observations et des entretiens. Les directions contactées m’étaient déjà connues, par
conséquent, la prise de contact a été relativement simple pour moi. Lors des observations
mes différentes expériences dans le domaine m’ont été d’une grande utilité. En effet, sans
que je m’en rende compte, cela m’a préparée à effectuer ces observations de la meilleure
manière possible. En outre, la retranscription des entretiens n’a pas été trop astreignante
car elle complète mes observations et de ce fait est de courte durée. Par conséquent, cela
ne m’a pas pris énormément de temps en comparaison à d’autres chapitres de mon travail
de Bachelor.
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8. Conclusion
La réalisation de ce travail de recherche a été une expérience enrichissante et bénéfique
pour moi. Le choix de la thématique m’a tenue en haleine tout au long de ma rédaction.
En effet, j’étais satisfaite et enthousiaste à l’idée de commencer. Cependant, quelques
éléments m’ont parfois découragée : la synthèse de la rédaction, la création d’une grille
d’observations, d’entretiens et un formulaire de consentement éclairé, la contrainte de ne
pas trouver une seconde crèche, l’écriture professionnelle, le langage épicène, etc.
Néanmoins, j’ai su rebondir et me remotiver au travers d’encouragements de mes proches.
J’ai très vite débuté mes recherches théoriques et mes lectures concernant la
problématique. Les observations et entretiens se sont également rapidement réalisés sur le
terrain. Hélas, mon envie de terminer ce travail de Bachelor avant ma dernière formation
pratique n’a pas pu être accomplie parce que la rédaction de certaines parties m’a pris plus
de temps que prévu. Par conséquent, j’ai dû réajuster à plusieurs reprises mon planning.
Le choix de la méthode basée sur des observations et des entretiens a été évident pour
traiter cette problématique. En effet, les observations ont permis d’étayer et d’illustrer la
théorique par des exemples concrets. De même que les entretiens ont servi d’une part à
éclaircir certaines situations observées et d’autre part à compléter les observations. Enfin,
le langage épicène était judicieux au vu de la thématique. Dès lors, la rédaction n’a pas
toujours été évidente pour moi, cependant cela n’aurait pas eu de sens d’y renoncer,
d’autant plus que l’ensemble des professionnelles interrogées étaient des femmes.
L’analyse des données récoltées a confirmé mes hypothèses de départ en démontrant que
l’aménagement de l’espace peut influencer les enfants sur le choix des jeux. Cependant,
les professionnel·le·s peuvent réduire cet impact en mettant en pratique certaines pistes
d’action. Les éducateurs et éducatrices de l’enfance peuvent également contribuer à
réduire l’impact des stéréotypes de genre. Ainsi, elles et ils peuvent proposer des activités
variées et offrir la possibilité aux enfants d’expérimenter les jouets. Finalement, m’initier
à la recherche m’a permis de développer ma capacité de synthèse et ma pratique réflexive.
En réponse à ma question de recherche : « Comment les professionnel·le·s de l’enfance
peuvent agir pour limiter l’impact des stéréotypes de genre pendant les activités de jeux
libres dans les structures de la petite enfance ? », un certain nombre de pistes d’action ont
été énumérées dans le but de réduire l’impact des stéréotypes genrés.
Arrivant au terme de ce travail de Bachelor, je me rends compte de la masse de travail
fournie et je suis fière du résultat ainsi que du document produit. Celui-ci m’a permis de
m’aiguiller sur ma propre pratique professionnelle.
Bien que ce travail de recherche ait donné lieu à certaines réponses, il m’amène à me
poser une nouvelle question concernant la thématique : « Comment sensibiliser les
professionnel·le·s sur leur rôle et leurs valeurs, en les rendant plus conscient·e·s de ce qui
se joue, afin de réduire l’impact des stéréotypes de genre ? ». Cette problématique
pourrait faire l’objet d’un nouveau travail de recherche.
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10. Annexes
A. Grille d’observation
B. Grille d’entretien
C. Formulaire de consentement éclairé
D. Demande d’autorisation concernant les photos
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Annexe A
Grille d’observation
Institution : ________________________________ Date : ______________________
Prénom éducatrice : _________________________ Heure : de ________ à _________
Groupe d’âge des enfants : ____________________ Durée : _____________________
Nbr. d’enfants : ______ Filles ______ Garçons
Contexte : (nbr. professionnel·le·s, sexe)
______________________________________________________________________________________________________________________________
Aménagement de la structure H1
Comment est aménagée la salle ?
1. Photos de l’emplacement des jeux dans A.
la salle (prendre photos pendant le
goûter)
B.
Interactions et liens entre l’enfant et
l’aménagement de l’espace
A. Aménagement à hauteur des enfants C.
qui lui permet de faire lui-même un
choix (accès facilité)
D.
B. Disposition des coins spécifique
garçons-filles
C. Agencement de coins favorisant la E.
combinaison de plusieurs jeux
D. Espaces dédiés aux différents jeux
E. Autres
Patricia Santos
II
HES·SO // Valais – Wallis Bachelor of Arts in Travail social
3. Intervention de l’éducatrice
d. Dans le choix du jeu, dans le
changement de jeu, etc.
e.
4. e. Autres
Patricia Santos
III
HES·SO // Valais – Wallis Bachelor of Arts in Travail social
Descriptions des interactions et des actions des enfants et des professionnel·le·s de manière large Liens H1 / H2
Patricia Santos
IV
HES·SO // Valais – Wallis Bachelor of Arts in Travail social
Descriptions des interactions et des actions des enfants et des professionnel·le·s de manière large Liens H1 / H2
Patricia Santos
V
HES·SO // Valais – Wallis Bachelor of Arts in Travail social
Annexe B
Grille d’entretien
Prénom éducatrice : __________ Sexe : F M Âge : -30 30-40 40-50 +50
Heure : de ______ à ______ Durée : _____ Date de l’entretien :
________________
Questions Réponses
Identité de la personne
Quelle est votre fonction ?
(EDE, ASE, AUX)
Patricia Santos
VI
HES·SO // Valais – Wallis Bachelor of Arts in Travail social
Questions Réponses
Le jeu libre
Comment se passe le choix du jeu
de l’enfant durant le moment de
jeu libre ?
Avez-vous en tête un exemple
concret d’une fois où l’enfant a
choisi un jeu durant le jeu libre ?
Le jeu est-il proposé par
l’éducatrice ou l’enfant a le choix ?
Qu’est-ce qui fait que peut-être
l’enfant peut changer de jeu ?
Pensez-vous que l’aménagement Oui
de la salle peut influencer le choix Non
du jeu de l’enfant ? (H1)
Comment ?
Pouvez-vous donner un exemple
concret en lien avec
l’aménagement de l’espace et le
choix du jeu ?
Pensez-vous que les Oui
professionnel·le·s de l’enfance Non
peuvent parfois influencer le choix
du jeu de l’enfant ?
Comment ? Pourquoi ?
Avez-vous un exemple concret
d’une situation ? (Valeurs)
Les stéréotypes de genre
Êtes-vous sensible aux stéréotypes Oui
de genre ? Non
Pourquoi ?
Avez-vous déjà entendu un enfant Oui
dire à un autre que ce jeu n’est pas Non
pour lui
(les poupées = filles,
les voitures = garçons)
Qu’en pensez-vous ?
Est-ce que cela vous interpelle ? Oui
Si oui… Non
Pourquoi, en quoi cela vous
interpelle ?
Et comment réagissez-vous dans
votre pratique ?
Patricia Santos
VII
HES·SO // Valais – Wallis Bachelor of Arts in Travail social
PS : Il y a possibilité que je vous envoie (par mail) mon travail de Bachelor final, si vous
désirez le lire.
Patricia Santos
VIII
HES·SO // Valais – Wallis Bachelor of Arts in Travail social
Annexe C
Formulaire de consentement éclairé
Accord de confidentialité et de non divulgation
Thème de la recherche :
Observer le travail de l’éducatrice durant les moments de jeu libre des enfants et surtout les
interactions entre les professionnel·le·s et les enfants et entre les enfants eux-mêmes :
Comment se passent ces interactions entre professionnel·le·s et enfants ?
Comment se font ces échanges ?
Comment le lien se crée-t-il ?
Comment se passe le choix du jeu de l’enfant durant le jeu libre ?
Qu’est-ce qui fait que peut-être l’enfant peut changer de jeu ?
Quelles attitudes manifeste l’enfant à ce moment-là ?
Consentement :
Je soussignée ________, confirme :
a. Participer de manière volontaire à cette recherche.
b. Accepter que les données récoltées soient utilisées dans le cadre du travail de
Bachelor de Patricia Santos.
c. Accepter que des informations personnelles la concernant (profession, formations,
expériences) soient exploitées mais de manière tout à fait anonyme.
d. Avoir eu suffisamment de temps pour réfléchir quant à sa participation à cette étude
et avoir eu toutes les réponses à ses questions.
e. Avoir pris connaissance du cadre prévu pour l’observation (durée, informations
utilisées, anonymat, etc.) et des conditions de l’entretien (enregistré, données
utilisées, anonymat, etc.)
1. Conditions cadres pour l’observation :
a. L’observation est prévue sur une demi-journée.
b. Durant l’observation, l’observatrice n’entre pas en interaction avec le groupe.
c. Les informations relevées dans la grille d’observation seront exploitées dans le cadre
de mon travail de recherche. Elles pourront être utilisées pour illustrer l’analyse mais
ne mentionneront aucun détail ou aucune information permettant de reconnaitre un
enfant, un·e professionnel·le ou l’institution.
Patricia Santos
IX
HES·SO // Valais – Wallis Bachelor of Arts in Travail social
Date : Signatures :
Patricia Santos
X
HES·SO // Valais – Wallis Bachelor of Arts in Travail social
Annexe D
Bonjour,
pour mon travail de Bachelor, je souhaiterais faire des photos de l'aménagement des jeux du
groupe des 3-4 ans.
Je certifie qu'aucun enfant, ni professionnel·le·s n'apparaîtront sur les photos car c'est
uniquement l'aménagement de l'espace qui sera photographié. Si des éléments permettant
d'identifier l'institution devaient apparaître en arrière-plan de ces photos (affiche, dessin,
etc.), ces éléments seraient floutés ou retirés de la photo.
Je pense que les photos peuvent être bénéfiques et être un plus pour mon travail car elles
pourraient m'aider à illustrer des exemples que je cite.
Patricia Santos
Patricia Santos
XI