Cash Flow
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L’UTILISATION DE L’AMIANTE
CHRYSOTILE AU QUÉBEC
JUIN 2005
AUTEURS
Louise De Guire
Institut national de santé publique du Québec
France Labrèche
Institut national de santé publique du Québec
Maurice Poulin
Institut national de santé publique du Québec
Marc Dionne
Institut national de santé publique du Québec
Professeur Marcel Goldberg, Institut national de la santé et de la recherche médicale, Unité 687, Santé
publique et épidémiologie des déterminants professionnels et sociaux de la santé, France
Monsieur Steve Clarkson, Ph.D., Directeur, Bureau des contaminants, Santé Canada, Direction générale,
Santé environnementale et sécurité des consommateurs
Monsieur Richard Gallagher, Head, Cancer Control Research Program, British Columbia Cancer Agency
Ce document est disponible en version intégrale sur le site Web de l’Institut national de santé publique du Québec :
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CONCEPTION GRAPHIQUE
MARIE PIER ROY
1 INTRODUCTION ............................................................................................................................ 1
2 SUR LE PLAN DE LA SANTÉ....................................................................................................... 3
3 SUR LE PLAN DE L’EXPOSITION À L’AMIANTE ................................................................. 5
3.1 LES MILIEUX DE TRAVAIL ...................................................................................................5
3.2 LES MILIEUX PUBLICS ET RÉSIDENTIELS ..................................................................................... 6
4 SUR LES RECOMMANDATIONS DU COMITÉ AVISEUR .................................................... 7
5 SUR LE CHRYSOTILE .................................................................................................................. 9
6 SUR LA GESTION DES RISQUES RELIÉS À L’AMIANTE ................................................. 11
7 CONCLUSION ............................................................................................................................... 13
8 RÉFÉRENCES ............................................................................................................................... 15
ANNEXE : RECOMMANDATIONS DU COMITÉ AVISEUR SUR L’AMIANTE................... 19
1 INTRODUCTION
En 1997, un Comité aviseur sur l’amiante a été mis sur pied par le ministère de la Santé et des
Services sociaux du Québec compte tenu des développements internationaux dans le dossier de
l’amiante. L’objectif de ce Comité était de faire des recommandations concernant les mesures
appropriées d’information de la population et de protection de la santé publique à mettre en œuvre en
rapport avec la situation de l’amiante au Québec. De nombreux travaux ont été effectués pour
répondre à ce mandat. Ils ont été synthétisés dans trois documents qui peuvent être consultés sur le site
Internet de l’Institut national de santé publique du Québec (INSPQ) (De Guire et al., 2003; Lajoie
et al., 2003; De Guire et Lajoie, 2003).
Depuis la publication des rapports de l’INSPQ, des messages contradictoires sur l’amiante et sur sa
gestion sécuritaire circulent dans les médias et dans la population. C’est pourquoi l’INSPQ a décidé de
préparer un avis sur l’utilisation de l’amiante chrysotile au Québec. L’objectif de cet avis est de faire
le point sur ces sujets.
Les maladies reliées à l’amiante apparaissent en général de 20 à 40 ans après le début de l’exposition à
ce produit (INSERM, 1997). Les maladies dont nous allons parler dans les paragraphes qui suivent
résultent donc d’expositions qui remontent à plusieurs années dans le passé, soit à une époque où les
normes d’exposition étaient plus élevées que présentement.
Les travaux du Comité aviseur ont décrit l’épidémiologie des principales maladies de l’amiante au
Québec : le mésothéliome de la plèvre et du péritoine, l’amiantose et le cancer du poumon. D’autres
maladies sont aussi associées à l’exposition à l’amiante, mais elles n’ont pas fait l’objet d’études par le
Comité aviseur.
Plusieurs études ont montré la présence de maladies reliées à l’amiante dans la population québécoise.
Les données d’une étude des mésothéliomes de la plèvre dans la population générale du Québec
montrent une augmentation de ce cancer entre 1982 et 1996. Le taux annuel moyen d’augmentation
durant cette période est de 5 % chez les hommes (statistiquement significatif) et de 3 % chez les
femmes (non significatif). Au total, 832 Québécois et Québécoises ont souffert de ce cancer durant la
période d’observation (Lebel et al., 2001a). Une autre étude montre que le plafonnement de cette
augmentation pourrait se produire vers 2010 (Camus, 2001a). Les mésothéliomes du péritoine sont
rares au Québec. De ce fait, ils ne sont pas inclus dans cet avis. Le lecteur intéressé pourra consulter
la référence De Guire et al., 2003, pour en savoir plus.
Les résultats issus d’une étude sur l’amiantose montrent que 116 Québécois et Québécoises sont
décédés de cette maladie entre 1981 et 1996. Durant la période s’étendant de 1987 à 1996,
1 386 Québécois et Québécoises ont été hospitalisés une première fois avec un diagnostic principal ou
secondaire d’amiantose (Lebel et al., 2001a).
Les résultats d’une autre étude montrent qu’entre 1988 et 1997, 691 travailleurs et travailleuses
québécois ont été reconnus atteints d’une maladie pulmonaire professionnelle reliée à l’amiante, dont
378 personnes avec un diagnostic d’amiantose, 209 avec un diagnostic de cancer du poumon et
191 avec un diagnostic de mésothéliome. L’analyse de ces données nous apprend que le milieu de
travail le plus fréquemment associé à ces maladies est celui des mines (35 % du total des 691 cas;
32 % des amiantoses et 62 % des cancers du poumon). Cependant, si on considère ensemble les
travailleurs et les travailleuses exposés à l’amiante dans le secteur de la construction (17 % des cas) et
dans celui de la réparation et de l’entretien de produits et de structures contenant de l’amiante
(25 % des cas), ces deux milieux de travail réunis regroupent 42 % de l’ensemble des 691 cas et 53 %
des cas de mésothéliome, surpassant ainsi le secteur minier (Provencher et De Guire, 2001). Bien que
les maladies de l’amiante découlent d’expositions qui remontent à 20 à 40 ans dans le passé (HEI-AR,
1991), certaines de ces maladies sont apparues au Québec chez les travailleurs atteints d’un
mésothéliome et exposés à l’amiante dans les usines de transformation de ce produit après un plus
court laps de temps que prévu (16 ans en moyenne au lieu de 27 ans) ou à un âge plus jeune, chez les
travailleurs de la construction souffrant du même cancer (60 ans en moyenne au lieu de 65 ans). Cette
étude a aussi montré que des mésothéliomes ont été observés chez des travailleurs exposés par le
travail de leurs collègues avec de l’amiante, ce qui laisse supposer une exposition plus faible que celle
des personnes travaillant directement avec de l’amiante (Provencher et De Guire, 2001).
Les études du comité aviseur ont aussi permis d’établir que seulement 22 % des Québécois et
Québécoises souffrant de mésothéliome et 0,3 % de ceux et celles qui ont un cancer du poumon ont
fait une demande d’indemnisation à la Commission de la santé et de la sécurité du travail (CSST)
durant la période de l’étude (Lebel et al., 2001b). Or, la plupart des études internationales montrent
que la proportion de cas de mésothéliome associés à l’exposition professionnelle à l’amiante fluctue
entre 70 % et 90 % (HEI-AR, 1991). De la même façon, le pourcentage de cancer du poumon
attribuable à l’exposition à l’amiante chez les hommes varie entre 0,5 % et 15 % selon la prévalence
de l’exposition dans les populations étudiées (INSERM, 1997). Une comparaison grossière montre que
le nombre d’amiantoses diagnostiquées chez des Québécois et des Québécoises lors de leur
hospitalisation est presque quatre fois plus élevé que le nombre d’amiantoses reconnues d’origine
professionnelle, durant les mêmes années, par les comités d’experts mis sur pied à cette fin par la
CSST (De Guire et al., 2003). Ces constats soulèvent entre autres, l’hypothèse d’une sous réclamation
à la CSST par la méconnaissance d’une exposition antérieure à l’amiante de la part des travailleurs et
travailleuses et des médecins qui les traitent.
Les données sur l’exposition à l’amiante au Québec sont parcellaires et elles sont difficiles à obtenir.
L’état de situation de l’exposition à l’amiante dans les mines du Québec montre d’une part qu’en
général la norme a été respectée depuis les 20 dernières années. Les résultats hors norme se rapportent
souvent à des tâches précises de certains travailleurs, comme par exemple la réparation de tamis, le
déblocage de lignes de fibre ou encore le forage souterrain. L’état de situation montre d’autre part que
le nombre de travailleurs échantillonnés ne correspondait pas à ce qui est prescrit dans le guide prévu à
cette fin par l’Institut de recherche Robert-Sauvé en santé et sécurité du travail. L’application du guide
d’échantillonnage semble représenter un problème de faisabilité important dans les industries
concernées (Lajoie et al., 2003).
L’exposition à l’amiante dans la construction est difficile à documenter à cause de la nature même du
travail dans ce secteur. Les données sur les maladies dont souffrent ces travailleurs présentées plus
haut montrent qu’il y a eu une forte exposition à l’amiante dans le passé. Mais il y a lieu de croire que
les conditions d’exposition perdurent comme en font foi les avis de dérogation au Code de sécurité sur
les travaux de construction émis par la CSST (Auger, 2001), sans parler des appels que reçoivent les
Directions de santé publique et le travail au noir, par définition difficile à quantifier. Une démarche de
dépistage de l’amiantose menée auprès de travailleurs de la construction à la fin des années 1990
montre que 23 % d’entre eux présentent des anomalies pleurales à la radiographie pulmonaire,
témoignant ainsi d’une exposition antérieure à l’amiante. Ces travailleurs ont aussi rapporté une
exposition actuelle importante à l’amiante (De Guire et al., 2000). Le programme d’intervention mis
sur pied auprès des travailleurs de la construction (Programme, 1998) pour circonscrire ce problème
rencontre des difficultés pour rejoindre les travailleurs et pour identifier les chantiers. Mais la
principale difficulté rencontrée dans ce milieu est la méconnaissance de la présence d’amiante dans les
édifices publics et privés où des travaux doivent être effectués. Le Comité technique mis sur pied par
la CSST pour pallier à cette difficulté n’est pas encore parvenu à proposer une réglementation
permettant d’identifier ces milieux de travail à risque. Du côté des ouvrages de génie civil faisant aussi
l’objet de travaux de construction, seule la traçabilité des autoroutes pavées à l’amiante-asphalte est en
voie d’organisation. Les routes en milieu urbain ne sont pas touchées par cette proposition.
Une étude menée dans 23 usines de transformation de l’amiante de Montréal montre de fortes
possibilités de dépassement de normes dans 7 (30 %) de ces établissements durant les années 1990
(Simard, 1998). Des usines de ce type existent aussi dans d’autres régions du Québec, mais leur
nombre est inconnu. Un programme d’intervention dans ces milieux sera toutefois mis sur pied en
2005 pour mieux documenter la situation et la suivre.
Pour les autres milieux, les informations disponibles sont anecdotiques. Elles proviennent de
demandes d’intervention ponctuelles ou de plaintes de la part de travailleurs ou des citoyens. A titre
d’exemple, mentionnons les édifices gouvernementaux, les milieux d’enseignement autres que
primaire et secondaire, les églises, les centres d’achats, les tours à bureaux, les transports publics,
etc. La problématique de la vermiculite contaminée à l’amiante et installée dans les résidences
privées du Québec est un autre exemple. La diversité de ces milieux pose la question de l’ampleur de
ce problème, de l’impossibilité de la documenter et de l’absence de « mémoire » sur les lieux où ce
matériau a été installé dans le passé.
Suite à ses travaux, le Comité aviseur sur l’amiante a émis des recommandations qui sont reproduites
en annexe. Elles visaient les bâtiments publics, le milieu de travail, le milieu extérieur et la santé.
Sans vouloir toutes les revoir, notons que les recommandations visant à identifier les édifices publics
et privés contenant de l’amiante, à entreprendre une démarche préventive visant la gestion sécuritaire
de l’amiante dans les établissements d’enseignement, de santé et dans les édifices publics municipaux
n’ont eu aucune suite à ce jour; que les recommandations visant à examiner la pertinence de réviser à
la baisse les normes d’exposition en milieu de travail et à évaluer l’exposition dans les mines n’ont pas
été amorcées; qu’il n’y a pas de programme de surveillance de l’amiante dans l’air ambiant des villes
québécoises; que l’évaluation de l’impact de l’amiante-asphalte sur l’exposition de la population et le
risque à la santé en milieu urbain n’a pas encore été réalisée.
Cependant, les recommandations visant l’instauration d’un programme de suivi des usines de
transformation de l’amiante, ainsi que le suivi de l’opération dans les écoles primaires et secondaires
du Québec et la réalisation d’études permettant de mieux documenter l’exposition à l’amiante dans la
construction sont en voie de réalisation. Dans le domaine de la santé, la mise sur pied d’un système de
surveillance des maladies de l’amiante et des expositions est en préparation et les maladies de
l’amiante sont devenues à déclaration obligatoire aux directeurs de santé publique des différentes
régions administratives du Québec.
5 SUR LE CHRYSOTILE
L’Organisation mondiale de la santé définit l’amiante comme un terme recouvrant plusieurs minéraux
de silicate dont les formes cristallines sont fibreuses. On distingue deux familles d’amiante : les
serpentines et les amphiboles. Les serpentines comprennent essentiellement le chrysotile, la forme
d’amiante que le Québec extrait de ses mines. Les amphiboles comprennent plusieurs types d’amiante,
comme la crocidolite, l’amosite, l’anthophyllite et la trémolite. Les divers types d’amiante partagent
des propriétés communes de structure cristalline, d’apparence fibreuse et de résistance à la chaleur,
aux bases fortes, à la traction et à la flexion qui les distinguent des autres minéraux (Camus, 2001b).
Les effets de l’amiante sur la santé ont été démontrés d’abord par des études épidémiologiques menées
chez des travailleurs. Par la suite, ils ont été observés expérimentalement à des doses élevées sur des
animaux de laboratoire. Les sources d’information concordent sur l’identification des risques. Les
divergences portent sur la quantification des risques. De façon générale, les chercheurs s’entendent
pour dire que le risque de développer un mésothéliome est plus élevé lorsque les travailleurs ont été
exposés à des amphiboles qu’à du chrysotile. L’existence ou non d’un différentiel de risque en
fonction du type d’amiante pour le cancer du poumon demeure controversée dans la communauté
scientifique (Camus, 2001b).
Des études récentes montrent que le chrysotile québécois persiste moins longtemps que les amphiboles
dans les poumons de rats exposés (Bernstein et al., 2003; Bernstein et al., 2005). La moindre
biopersistance de l’amiante est rapportée dans la littérature depuis de nombreuses années (Wagner
et al., 1974). Cette observation est parfois reprise pour dire que le chrysotile ne cause pas le cancer. Il
faut savoir que l’on ne connaît pas encore les mécanismes exacts de cancérogénicité de l’amiante,
soulevant parfois un mécanisme d’action directe, parfois un mécanisme d’action indirecte (Pitot et
Dragan, 1995). Ces mécanismes sont tributaires de plusieurs facteurs autres que la seule
biopersistance, comme la longueur et le diamètre des fibres, leur potentiel d’interférence avec la
division cellulaire (mitose), leur influence sur la prolifération cellulaire, leur effet inducteur d’enzymes
microsomiques, leur cytotoxicité (associée possiblement au contenu en magnésium) et leur influence
sur l’apoptose (mort cellulaire) (Jaurand, 1997; Lauwerys, 1999). L’attribution d’un lien de causalité
entre l’exposition à l’amiante chrysotile et le cancer repose sur plusieurs critères en plus de celui de la
plausibilité biologique évoquée dans la phrase précédente, comme la force de l’association, la
consistance des résultats, la séquence temporelle, la relation dose-réponse, la cohérence avec l’histoire
naturelle et la biologie et la preuve expérimentale (Rothman et Greenland, 1998)
Dans l’état actuel des connaissances, tous ces éléments montrent que l’amiante chrysotile est
cancérigène.
Finalement, des messages sont véhiculés relatant que les maladies de l’amiante actuellement observées
chez les travailleurs de la construction et de la rénovation sont dues à l’exposition passée aux
amphiboles et que l’amiante chrysotile est absent des édifices publics. Nous avons peu d’information
sur la composition des produits d’amiante dans les édifices du Québec. La seule information que nous
avons pu retrouver provient de la démarche d’évaluation des flocages des écoles du Québec. Dans la
région de Montréal, 69 % des échantillons prélevés étaient constitués uniquement de chrysotile, le
reste étant un mélange d’amphiboles et de chrysotile (29 %) ou uniquement des amphiboles (2 %)
(Forest et al., 2000).
Rappelons d’entrée de jeu que l’INSPQ a, entre autres mandats, celui de soutenir le ministre de la
Santé dans sa mission de santé publique et d’informer la population sur les risques à la santé et sur la
façon de les prévenir. L’INSPQ a aussi à réaliser des travaux de soutien à la prise de décision. Dans
cette optique, l’INSPQ a publié en 2003 un document sur la gestion des risques considéré par le
Directeur national de santé publique du Ministère comme l’outil de référence dans l’évaluation et la
gestion des risques (Ricard et al., 2003).
Bien qu’il ne soit pas du ressort de l’INSPQ de gérer les risques, le document peut être utilisé comme
un outil d’aide à la gestion. En effet, en revoyant les sept principes directeurs qui y sont énoncés,
divers constats émergent quant à la gestion de l’amiante. Les principes sont les suivants :
l’appropriation de leurs pouvoirs par les individus et par les collectivités quant aux risques qui les
concernent, l’équité ou dit autrement, la juste répartition des bénéfices et des inconvénients des
risques au sein des communautés, l’ouverture et la primauté de la protection de la santé humaine.
Vient ensuite le principe de prudence qui consiste à prôner le réduction et l’élimination des risques,
chaque fois qu’il est possible de le faire et l’adoption d’une attitude vigilante afin d’agir de manière à
éviter tout risque inutile. Cette attitude s’exerce tant dans un contexte de relative certitude (prévention)
que d’incertitude scientifique (précaution). La gestion des risques par la santé publique repose aussi
sur la rigueur scientifique, donc sur les meilleures connaissances disponibles et sur des avis
scientifiques d’experts issus de toutes les disciplines pertinentes. Finalement, la transparence est
définie par l’accès facile et rapide à l’information critique et aux explications pertinentes.
Les trois derniers principes (la prudence, la rigueur scientifique et la transparence) nous guideront
dans cet avis. Le principe de prudence est peut-être le plus important quant on parle d’amiante. En
effet, les pouvoirs cancérigène et fibrogène de l’amiante aussi bien que de l’amiante chrysotile revus
plus haut sont connus depuis de nombreuses années et ont été corroborés par de nombreuses études
dans plusieurs pays et milieux. L’attitude à adopter dans ce contexte est de réduire et d’éliminer les
risques. Nous sommes ici dans le domaine de la certitude scientifique et non dans celui de
l’incertitude. Quant au deuxième critère, les études utilisées pour produire cet avis ont été faites avec
rigueur en recourant aux spécialistes du domaine de l’amiante qu’ils soient de la santé publique ou
non. Les différents experts impliqués sont arrivés à s’entendre sur les éléments contenus dans les
rapports scientifiques publiés par l’INSPQ malgré certaines différences de points de vue. Le dernier
critère, la transparence consiste ici à diffuser l’information dont nous disposons, qui repose sur des
bases solides, même si elle rend inconfortables les parties concernées par le sujet de l’amiante.
Le concept de l’utilisation sécuritaire de l’amiante a-t-il encore sa place en 2005? Ce concept aurait
été adopté par les gouvernements québécois et canadien suite à un symposium sur l’amiante tenu à
Montréal en 1982 et suite aux conclusions de l’Ontario Royal Commission on Asbestos (Asbestos
Institute). Il est maintenant contesté dans sa faisabilité par des organismes réglementaires européens
qui soulignent les difficultés d’identifier les matériaux contenant de l’amiante dans les milieux de
travail même si un système de notification est en place. Ces mêmes organismes rapportent également
des problèmes reliés au port d’équipements de protection personnelle (Comité, 2000). Au Québec,
nous l’avons vu dans les sections précédentes, l’utilisation sécuritaire de l’amiante est difficile, voire
impossible, dans les secteurs tels que la construction, la rénovation et la transformation de l’amiante.
7 CONCLUSION
parce que les travailleurs et la population sont exposés à de l’amiante (chrysotile et amphiboles) déjà
en place, l’INSPQ est d’avis :
• qu’il faut d’abord gérer cet amiante, notamment dans les écoles, les hôpitaux, les cégeps, les
universités, les édifices publics et privés, les milieux de travail, etc.;
• que toutes les mesures de protection édictées doivent être appliquées pour protéger les travailleurs,
notamment dans les secteurs de la construction, de la rénovation et de la transformation de
l’amiante;
• qu’aucune des réglementations ou normes actuellement en vigueur ne doivent être atténuées
(notamment le code de sécurité pour les travaux de construction et les normes d’exposition à
l’amiante du Règlement sur la santé et la sécurité du travail);
• que la norme d’exposition à l’amiante chrysotile en milieu de travail doit être révisée à la baisse;
• que le Règlement sur les déchets solides doit être révisé pour avoir un nouveau règlement sur
l’élimination des matières résiduelles respectant les éléments précédents;
• que les travailleurs et la population doivent être mieux protégés en identifiant les produits
contenant de l’amiante (chrysotile et amphiboles) et que cette information doit être conservée et
qu’elle doit être accessible;
• qu’il faut continuer à développer un système de surveillance de l’exposition à l’amiante et des
maladies reliées à l’amiante;
parce que l’amiante chrysotile est un cancérigène prouvé chez l’homme et qu’il cause l’amiantose, et
parce que son utilisation sécuritaire est en pratique difficile à réaliser, notamment dans les secteurs de
la construction, de la rénovation et de la transformation de l’amiante, l’INSPQ est d’avis que la
promotion et l’utilisation accrue de l’amiante chrysotile dans ses formes traditionnelles ne devraient
pas être soutenues par le ministère de la Santé et des Services sociaux.
Par ailleurs, considérant les particularités des produits contenant de l’amiante (dont l’amiante-ciment
et les enrobés bitumineux) qu’entend promouvoir la Politique d’utilisation accrue et sécuritaire de
l’amiante chrysotile, un rapport complémentaire sera préparé pour mieux revoir l’impact de
l’utilisation de ces produits. Il serait cependant prudent d’en encadrer l’utilisation tant que l’évaluation
des risques à la santé et des précautions nécessaires à leur usage n’aura pas été complétée.
8 RÉFÉRENCES
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RECOMMANDATIONS DU COMITÉ
AVISEUR SUR L’AMIANTE
L’utilisation de l’amiante chrysotile au Québec
Déchets d'amiante
Que le Gouvernement du Québec adopte dans les meilleurs délais, le Règlement sur l’élimination des
matières résiduelles1 (sous la responsabilité du ministère de l’Environnement), révisé en ce qui
concerne les matériaux contenant de l’amiante.
Amiante-asphalte
Que le ministère de la Santé et des Services sociaux demande que soit réalisée une étude d'impacts sur
l’environnement et la santé, avant l’utilisation à grande échelle du mélange amiante-asphalte pour le
pavage des routes, étude sous la responsabilité du ministère des Transports. Une évaluation de
l’impact de l’amiante-asphalte à long terme, sur l’exposition de la population et le risque à la santé en
milieu urbain devrait être incluse.
1
Le projet de règlement sur l’élimination des matières résiduelles a été publié dans la Gazette officielle du
Québec en octobre 2000 mais n’a pas encore été adopté. Il créera l’obligation aux gestionnaires de sites
d’enfouissement techniques d’accepter les matériaux contenant plus de 1 % d’amiante, et obligera le
recouvrement avant compaction des résidus d’amiante. Il interdira donc désormais l’enfouissement dans les
dépôts de matériaux secs.
Dans le but de pouvoir étudier les tendances des mésothéliomes au Québec depuis 1990 :
• Que les données du Fichier des tumeurs du Québec sur les mésothéliomes de la plèvre et du
péritoine enregistrés depuis 1990 soient validées et harmonisées avec le système de surveillance
prospectif, notamment sur le plan de l’exhaustivité des cas recueillis et sur la précision du
diagnostic.
• Que le ministère de la Santé et des Services sociaux envisage de considérer le mésothéliome de la
plèvre et du péritoine comme une maladie à déclaration obligatoire, permettant ainsi de réaliser
des enquêtes épidémiologiques sur les caractéristiques de l’exposition des cas2.
Surveillance de l’amiantose
Afin de mettre en place un système de surveillance de l’amiantose au Québec :
• Que le ministère de la Santé et des Services sociaux, en accord avec la Commission de la santé et
de la sécurité du travail, voie à la réalisation de l’appariement des cas d’amiantose enregistrés dans
le fichier des hospitalisations MED-ECHO et des cas d’amiantose reconnus d’origine
professionnelle par le Comité spécial des présidents.
• En fonction des résultats issus de la proposition précédente, que le ministère de la Santé et des
Services sociaux voie à la réalisation d’une étude des dossiers d’hospitalisation pour amiantose au
Québec pour déterminer les critères sur lesquels ce diagnostic est basé en distinguant les
diagnostics principaux des diagnostics secondaires.
2
Le mésothéliome, l’amiantose et le cancer pulmonaire relié à l’exposition à l’amiante ont été ajoutés à la liste
des maladies à déclaration obligatoire au Québec dans la Gazette officielle du 5 novembre 2003.
• Que le ministère de la Santé et des Services sociaux envisage de considérer l’amiantose comme
une maladie à déclaration obligatoire, permettant ainsi de réaliser des enquêtes épidémiologiques
sur les caractéristiques de l’exposition des cas2.
Formation et prévention
• Que le ministère de la Santé et des Services sociaux insiste auprès des facultés de médecine des
universités québécoises sur l’importance de bien documenter l’histoire professionnelle dans
l’anamnèse, tant au niveau de la formation continue que de la formation des nouveaux médecins.
• Que le ministère de la Santé et des Services sociaux, avec les instances de formation continue,
utilise les sessions d’éducation médicale continue ou tout autre mécanisme qu’il jugera approprié
pour habiliter les médecins à reconnaître les métiers et les milieux de travail où il peut y avoir une
exposition à l’amiante au Québec.
• Que la même démarche soit entreprise auprès des autres professionnels de la santé susceptibles de
participer à la reconnaissance du lien entre l’exposition à l’amiante et le développement des
maladies de l’amiante, avec les instances de formation continue.
• Que le ministère de la Santé et des Services sociaux, de concert avec des partenaires comme la
Commission de la santé et de la sécurité du travail, les associations sectorielles paritaires, etc.,
prenne les moyens pour habiliter les travailleurs et les employeurs à reconnaître les métiers et les
milieux de travail où il peut y avoir une exposition à l’amiante, à connaître les risques associés à
l’exposition à l’amiante et la façon de gérer l’amiante de façon sécuritaire.
3
Le mésothéliome, l’amiantose et le cancer pulmonaire relié à l’exposition à l’amiante ont été ajoutés à
la liste des maladies à déclaration obligatoire au Québec dans la Gazette officielle du 5 novembre
2003.
Recherche
• Que le ministère de la Santé et des Services sociaux voie à l’évaluation des méthodes de
transmission de l’information aux médecins et aux autres professionnels de la santé concernés sur
l’importance de recueillir des renseignements sur l’occupation et les expositions professionnelles
dans l’anamnèse. De plus, que cette recherche documente aussi les outils et les mécanismes les
plus appropriés pour recueillir une telle information.
• Que le ministère de la Santé et des Services sociaux voie à la réalisation d’une étude de la
prévalence de l’amiantose chez les travailleurs exposés professionnellement à l’amiante au
Québec.
• Que le ministère de la Santé et des Services sociaux évalue les nouvelles retombées qu’il pourrait
être intéressant d’obtenir en combinant les résultats des activités de dépistage de l’amiantose
menées auprès des travailleurs des mines, aux niveaux documentés d’exposition à l’amiante dans
ces milieux.
• Qu’une étude des dossiers de mésothéliome soumis au Comité spécial des présidents et non
reconnus comme maladie professionnelle pulmonaire soit entreprise afin de décrire les
caractéristiques de ces cas et de guider les mesures de prévention.