PLAN DU TRAVAIL
INTRODUCTION
I. POLITIQUE LINGUISTIQUE
1. Les composantes de la politique linguistique
2. Les différentes catégories de la politique linguistique
3. Les objectifs de la politique linguistique
II. LES PRINCIPES DE LA POLITIQUE LINGUISTIQUE
1. Les principes de territorialité ou de personnalité.
2. Les principes d’individualité
3. Les principes politiques
4. Les principes juridiques
a) la constitution
b) les lois spécifiques
III. METHODE DE LA POLITIQUE LINGUISTIQUE
1. L’analyse de la situation
a) Les langues en présence
b) L’état de leur description
c) La situation démolinguistique et le statut réel des langues
2. La détermination des besoins
a) La demande sociale
b) La demande politique
c) Le marché linguistique (national, infranational, régional, international)
IV. CAS PRATIQUE
1. Substitution ou institutionnalisation d’une langue
2. Cas Du Cameroun: Français et de L’anglais
CONCLUSION
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INTRODUCTION
De manière générale, on entend par politique linguistique, toute forme de décision prise
par un Etat, par un gouvernement ou par un acteur social reconnu ou faisant autorité, destinée à
orienter l’utilisation d’une ou plusieurs langues sur un territoire donné ou en régler l’usage. C’est
une politique conduite par un État ou une organisation internationale, à propos d'une ou plusieurs
langues parlées sur son territoire, pour modifier trois composantes de leur évolution : leur statut,
leur corpus et leur acquisition. On peut adopter une politique linguistique pour de protéger la
valeur patrimoniale d'une langue ou pour redonner une préséance à une langue dominée. Ainsi,
pour mieux appréhender notre sujet, il sera questions pour nous d’abord de présente les principes
de la politique linguistique ensuite ses méthodes et enfin nous prendrons un cas pratique sur les
langues officielles du Cameroun.
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I. LA POLITIQUE LINGUISTIQUE
Le concept de « politique linguistique » est très large et très englobant. Il renvoie à toute
forme de décision prise par un acteur social pour orienter l’usage d’une ou de plusieurs langues
concurrentes dans une situation donnée. La politique linguistique se situe au niveau de la
détermination des objectifs généraux visés et elle peut couvrir toutes les catégories d’activité ou
de situations de communication existant dans une société. Une politique linguistique peut être
implicite, lorsque les forces sociales jouent librement tout en étant soumises à diverses influences.
Toutefois, la politique linguistique est le plus souvent formulée dans des textes officiels. Il s’agit
alors d’une intervention affirmée visant à modifier l’orientation des forces sociales, le plus
souvent en faveur de l’une ou de l’autre langue ou de certaines langues choisies parmi les
langues en usage. Par ailleurs, il importe de distinguer les notions de « politique linguistique » et
de « législation linguistique », car il peut exister des politiques linguistiques sans intervention
législative. Dans de nombreux cas, en effet, la politique linguistique découle tout simplement des
pratiques linguistiques existantes.
1. L'objectif de la politique linguistique
L’objectif principal d’une politique linguistique est de planifier le statut d'une langue en
attribuant des fonctions particulières à une langue donnée, par exemple en la déclarant langue
officielle ou en en faisant la langue unique de l'administration et de la justice, ou bien au
contraire, en lui enlevant ces rôles. Il y a plusieurs manières explicites ou implicites de
règlementer le statut relatif des langues.
Elle peut également consister à planifier le corpus d’une langue en adoptant un système
d’écriture, en fixant le vocabulaire par l’établissement des lexiques ou des dictionnaires, en
arrêtant des règles grammaticales et orthographiques, en favorisant ou non la création
terminologique pour limiter ou non les emprunts aux langues étrangères.
Elle peut encore consister à modifier le nom d’une langue, en le calquant sur le nom de la
région ou de l’État que l’on veut distinguer ou sur des références historiques culturelles et
linguistiques différentes.
Enfin, elle peut même aller jusqu’à recréer une langue dont l’usage s’était perdu. Il y a
alors modification du statut, du corpus et de l’acquisition.
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2. Les composantes d’une politique linguistique
Une politique linguistique peut comprendre des éléments relatifs au statut des langues
visées c’est-à-dire à leur reconnaissance comme langues officielles, langues nationales, etc., et à
leur usage respectif dans différents champs (administration publique, commerce, affaires, travail,
enseignement) ou, de manière plus large, aux droits linguistiques fondamentaux des citoyens ou
des communautés de locuteurs (droits collectifs d’une minorité de locuteurs, par exemple). Une
politique linguistique peut également comprendre des éléments touchant le code de la langue,
c’est-à-dire son développement interne (norme, modernisation du vocabulaire, ou réforme de
l’orthographe par exemple). Dans de nombreux cas, il peut y avoir interdépendance entre le
statut et le code d’une langue. Pour atteindre un statut déterminé, une langue doit être outillée
afin d’être apte à remplir les fonctions que l’on souhaite lui assigner. C’est la raison pour
laquelle il existe de nombreux cas de politiques linguistiques incluant les deux volets.
3. Les différentes catégories de politiques linguistiques
Il est possible de catégoriser les politiques linguistiques de différents points de vue. Nous
retiendrons ici deux grandes catégories de politiques linguistiques :
• les politiques linguistiques à caractère incitatif ;
• les politiques linguistiques à caractère contraignant.
Dans le premier cas, on appuiera l’autorégulation naturelle des pratiques ou des
comportements des locuteurs en mettant de l’avant, par exemple, des mesures de soutien et des
campagnes de promotion, ou encore des mesures législatives dépourvues de sanctions. Dans le
second cas, on aura de plus recours à des mesures législatives et réglementaires assorties
éventuellement de sanctions. Le type de politique sera déterminé en fonction des caractéristiques
propres à la situation. Pour le linguiste Jacques Leclerc (2007), qui a étudié les politiques
linguistiques d’un grand nombre de pays et les décrit de façon exhaustive sur Internet les
différentes politiques possibles sont les suivantes :
politiques d’assimilation ;
politiques de non-intervention ;
politique de valorisation de la langue officielle ;
politiques sectorielles ;
politique de statut juridique différencié ;
politiques de bilinguisme ou de trilinguisme ;
politiques de multilinguisme stratégique ;
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II. LES PRINCIPES DE LA POLITIQUE LINGUISTIQUE
1. Les principes de territorialité ou de personnalité.
On parle de principe de territorialité quand les droits imposés par les législations
linguistiques s'appliquent à un territoire donné, délimité par des frontières politiques ou
administratives intérieures. Il ne concerne que la vie publique des locuteurs et définit l'usage
de telle ou telle langue dans les domaines administratif, juridique, scolaire et le monde
du travail. Les politiques linguistiques ne légifèrent que sur l'usage public des langues.
Concernant cet usage officiel, aucun droit de choisir la langue ne découle des libertés
fondamentales ou du droit à l'égalité. Au contraire, dans ce domaine, les citoyens peuvent se
voir imposer l'usage d'une langue déterminée (principe de territorialité). En outre, pour que
les individus puissent exercer un libre choix linguistique dans leurs rapports avec l'Etat, il faut
que celui-ci mette à leur disposition des services bilingues ou multilingues, c'est-à-dire qu'il
crée les conditions nécessaires à l'exercice d'un tel droit (principe de personnalité
2. Les principes d’individualité
Les politiques linguistiques basées sur le principe d’individualité, selon lequel l’État
reconnait sur l’ensemble de son territoire plusieurs langues officielles qui sont toutes utilisées par
l’administration, chaque citoyen étant en principe libre de faire usage et d’être pris en charge par
les institutions dans la langue de son choix. L’utilisation de la langue est rattachée à la personne
dans cas (d’où le principe d’individualité)
3. Les fondements politiques
Plusieurs raisons justifient l’interventionnisme en matière de langue. On peut ainsi
adopter une politique linguistique afin de protéger la valeur patrimoniale d’une langue ou pour
redonner préséance à une langue dominée. Plusieurs langues sont ainsi passées au second rang à
cause du prestige rattaché à la langue du conquérant, de l’occupant, du colonisateur, donc au
pouvoir, ou encore parce que certaines langues ont été associées à la promotion sociale ou à la
conduite des affaires. Redresser la situation demande une intervention systématique.
La politique linguistique peut également apporter des solutions fonctionnelles à des
situations de langues en concurrence, ou servir à officialiser les usages issus de l’autorégulation
des pratiques linguistiques. Il s’agit alors de constater et d’endosser une « Élaboration et mise en
œuvre des politiques linguistique ».
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4. Les principes juridiques
Nous retiendrons ici la législation linguistique comprend l’ensemble des textes juridiques
(lois, règlements, décrets, directives, etc.) qui décrivent les droits, les devoirs et les obligations
linguistiques régissant l’usage des langues dans les divers secteurs de la vie sociale au sein d’un
territoire.
En général, la loi définit le statut des langues et précise leur emploi dans les domaines et
circonstances où il y a possibilité de conflit ou d’injustice. De nombreux États et gouvernements
ont opté pour une politique linguistique par le biais de la législation. On estime actuellement
qu’une majorité des pays membres des Nations Unies ont une politique linguistique, ainsi qu’un
grand nombre de gouvernements non souverains.
Le droit linguistique n’a généralement pas pour objet la codification ou la modification
du système linguistique ou de la langue elle-même, même si certaines lois ont cet effet en
donnant à des organismes des pouvoirs d’intervention sur le code de la langue. Cette pratique est
risquée et les linguistes aménagistes devraient être particulièrement attentifs à cette tendance. Tôt
ou tard, on peut se rendre compte que la loi n’a pas prévu tous les mécanismes nécessaires pour
soutenir les interventions souhaitées en matière d’aménagement du code de la langue et cette
partie de l’aménagement peut en souffrir, d’autant plus que la mise en œuvre de la législation
linguistique ne sera pas nécessairement confiée à des linguistes. Le droit linguistique a le plus
souvent pour objectifs de fixer les règles qui déterminent le choix des langues dans certains
domaines de la vie sociale et de déterminer les circonstances qui peuvent garantir l’usage de la
langue, notamment la protection à laquelle aspirent les minorités linguistiques. Ainsi, par des
textes officiels et réglementaires, le droit sanctionne les droits linguistiques des personnes et des
communautés linguistiques. Ces textes officiels peuvent prendre plusieurs formes :
a) La constitution
Certaines constitutions comportent des dispositions linguistiques. Il s’agit la plupart du
temps de considérations générales qui peuvent inclure le statut d’une ou de plusieurs langues. Par
exemple, en France : « La langue de la République est le français » (RÉPUBLIQUE
FRANÇAISE 2007). En Haïti, la constitution de 1987 stipule que « tous les Haïtiens sont unis
par une langue commune : le créole. Le créole et le français sont les langues officielles de la
République » (RÉPUBLIQUE D’HAÏTI 2007). À Madagascar, la constitution déclare que « le
malagasy est la langue nationale. Le malagasy, le français et l’anglais sont les langues officielles
», au Cameroun le français et l'anglais sont aussi des langues officielles. Une constitution peut
également statuer sur les droites linguistiques fondamentales des citoyens.
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b) Lois spécifiques
L’explicitation de ces déclarations générales se fait généralement dans une ou plusieurs
lois particulières ou dans une loi spécifique à la politique linguistique. C’est le cas, par exemple,
du Québec, qui a adopté une Charte de la langue française, laquelle, en plus de définir le français
comme langue officielle, inclut toute une série de dispositions dans différents champs et
comprend des modifications d’autres lois préexistantes.
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III. METHODE DE LA POLITIQUE LINGUISTIQUE
Une politique linguistique peut consister à planifier le statut d’une langue en attribuant
des fonctions particulières à une langue donnée, par exemple en déclarant langue officielle ou en
faisant la langue unique de l’administration et de la justice, ou bien au contraire en lui enlevant
ces rôles.
1. L’analyse de la situation
La définition et la mise en œuvre d’une politique linguistique ne peuvent se faire à
l’improviste, car ce processus a des conséquences considérables sur la vie collective et il
implique des investissements majeurs qui ne portent fruit qu’à long terme. Il conviendra
d’utiliser toutes les sources formelles et informelles d’information de manière à décrire de la
façon la plus complète possible la situation linguistique de la société visée. L’analyse porte ainsi
sur des éléments précis.
a) Les langues en présence
La première étape consistera à dresser un inventaire complet des langues en présence. Il
est question ici non seulement des langues nationales ou infranationales, mais également des
langues en partage avec les pays voisins, et, bien entendu, dans le cas des pays colonisés, des
langues occidentales, qui sont souvent les langues officielles ou à tout le moins la langue de
grande communication utilisée par ces pays.
b) L’état de leur description
L’inventaire des langues en présence doit être complété par la description de l’état
de chacune d’elles. Sont-elles décrites ? Quel est l’état de leur normalisation et de leur
développement interne (grammaire, lexique, terminologie, système d’écriture, etc.) ? Ce
tableau permettra de déterminer ce qui resterait à faire relativement au code de chacune de ces
langues dans l’hypothèse où il serait décidé de les retenir dans le futur plan
d’aménagement. Ce travail relève des linguistes spécialistes des langues visées et dotés des
moyens de réaliser cette enquête, qui peut être particulièrement longue et difficile à
conduire dans le cas du lexique et du vocabulaire.
c) La situation démolinguistique et le statut réel des langues
L’étude de la situation démolinguistique est particulièrement importante. Elle permettra
d’évaluer le nombre de locuteurs de chacune des langues considérées, le degré et la nature du bi-
ou multilinguisme de la population, le degré de connaissance des langues (niveau
d’alphabétisation, degré de littératie, habitudes linguistiques, analyse des usages par types de
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situations de communication (par exemple, en famille, au travail, etc.), corrélations entre l’usage
des langues et le statut social et économique des locuteurs. Le portrait démolinguistique
d’un pays permet déjà de comprendre les tendances et les conflits linguistiques, d’anticiper
les résistances aux changements que l’on se propose d’introduire mais aussi des pistes de
solutions pour le plan d’aménagement. Toutefois, l’accumulation de données statistiques sur
l’usage des langues ne suffit pas à bien comprendre les enjeux. Il faut mesurer quel est le statut
réel des langues, au-delà du statut juridique défini dans les textes officiels. On doit noter quels
sont, dans les différentes sphères d’activité, les rapports entre les langues, quelles sont les
langues dominantes et quelles sont les langues dominées ou les langues minorées, quelles sont
les langues de prestige, quelles sont les langues de la réussite sociale et économique, quelles sont
les langues véhiculaires, sur le plan national comme sur le plan transnational. De plus, on doit
s’intéresser non seulement aux faits observés, mais également aux perceptions des acteurs
sociaux et aux représentations. Cette analyse donne des pistes pour identifier quelles seront les
langues à inclure dans le plan d’aménagement et quelles sont les chances de succès dans le
programme d’aménagement qui sera mis de l’avant.
2. La détermination des besoins
Il faut donner ici au concept de « besoins » sa plus grande extension. Il s’agira de décrire
non seulement les besoins manifestés par les acteurs sociaux, par différentes catégories
sociales ou différentes communautés nationales, mais également les besoins non formulés
découlant d’une politique de développement durable. Ainsi, des besoins d’alphabétisation dans
une langue donnée peuvent découler d’objectifs éducationnels dans le cadre d’une politique de
développement économique et social d’une communauté linguistique donnée.
La dynamique des échanges commerciaux et technologiques (intérieurs ou extérieurs)
peut également commander des interventions de nature linguistique afin de favoriser, par
exemple, le transfert de technologies et le transfert de connaissances.
a) La demande sociale
Ici encore, la demande peut être formulée ou manifestée de façon indirecte. Cette
demande sociale peut être manifestée dans le cadre des besoins éducatifs, mais elle peut
également s’exprimer dans un contexte plus large de recherche de reconnaissance sociopolitique
et de recherche identitaire des communautés linguistiques. La demande peut être également
manifestée de façon très pragmatique par la recherche de l’efficacité de la communication entre
les communautés. Il s’agit alors du phénomène naturel d’autorégulation des pratiques
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linguistiques dans lesquelles se fait le choix des langues véhiculaires qu’il faut finalement
officialiser et développer de façon concertée. La demande sociale s’exprime également dans le
cadre du marché économique qui amène chaque citoyen à rechercher pour lui-même ou pour ses
enfants la maîtrise de la langue de promotion sociale et économique. Cette demande
sociale peut également naître des conflits linguistiques existant entre différentes communautés
linguistiques ou entre différentes catégories de citoyens. En fait, tous les acteurs sociaux
participent à la formulation de la demande sociale en matière de langue, de contact
interlinguistique, de régulation des pratiques linguistiques.
b) La demande politique
La demande politique est souvent la réponse à la demande sociale ou la transformation de
cette demande par la classe politique. Il s’agira le plus souvent de situer la place des langues
dans l’organisation de la société, dans la vie de l’État, dans les échanges à l’échelle nationale où
l’on recherche en quelque sorte la « paix linguistique » ou, à tout le moins,
l’amenuisement des conflits linguistiques réels ou potentiels et à l’échelle internationale, où les
États veulent occuper la place qui leur revient et où les grands circuits de communication
induisent les choix linguistiques des États, induisent les choix linguistiques des États.
Pour la réussite d’une politique linguistique, le meilleur cas de figure est celui où
la demande sociale et la demande politique coïncident. Une politique linguistique fondée sur une
demande politique qui ne serait pas soutenue par une demande sociale est vouée à l’échec parce
que, en définitive, ce sont les locuteurs qui sont également des électeurs qui ont le dernier mot.
L’histoire récente fournit de nombreux exemples d’échec de politiques linguistiques qui ont
été imposées à des communautés linguistiques sans leur consentement ou sans leur soutien.
c) Le marché linguistique (national, infranational, régional, international)
Le marché linguistique peut se définir comme étant la somme des forces qui s’exercent
dans une société en matière d’usage linguistique. Nous avons donc :
Les tendances et les forces en présence
Il s’agit ici dans un premier temps de mettre en relief les situations linguistiques
conflictuelles, les aspirations contradictoires et multiples des différents groupes, les zones
d’entente possible, les équilibres à chercher, notamment entre les droits individuels et les droits
collectifs, etc. Ce travail d’enquête permet de dégager des pistes que les travaux
d’aménagement pourront emprunter dans la recherche de solutions adaptées aux différentes
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situations que l’on souhaite modifier. Il est évident que l’on doit rechercher ici les voies de la
coexistence pacifique des langues et surtout des locuteurs, en n’oubliant pas que la liberté des
uns s’arrête là où commence celle des autres.
Les ressources existantes
L’inventaire des ressources existantes est fondamental. Il s’agit ici de dresser la liste des
organismes, experts, acteurs, moyens existants et susceptibles d’être mis à contribution dans
l’application de la politique linguistique, qu’il s’agisse de l’aménagement du statut ou de
l’aménagement du code. Dans ce dernier cas, il s’agira de dresser, pour chacune des langues en
présence, l’inventaire des ressources linguistiques existantes, d’en vérifier l’adéquation aux
objectifs recherchés et de les rendre disponibles. Ce double inventaire devrait permettre de savoir
sur qui et sur quoi on peut compter et d’évaluer ce qui manque et qui reste à réaliser, en évitant
de refaire ce qui existe déjà, pour la mise en œuvre de la politique linguistique.
Les acteurs
Les acteurs sociaux qui influent sur l’aménagement linguistique sont nombreux et, parmi
ces acteurs, les organisations à vocation linguistique n’ont pas toujours le rôle ni le pouvoir
d’influence que l’on croit, pas plus en ce qui concerne le statut réel des langues, qu’en matière de
norme linguistique. Sur ce dernier plan, ces organisations jouent un double rôle de consignataires
et de producteurs de données linguistiques et terminologiques, c’est à dire qu’ils doivent, d’une
part, enregistrer et traiter les usages véhiculés dans le discours officiel des autres acteurs et,
d’autre part, proposer des données linguistiques et terminologiques qui cherchent à
influencer les pratiques langagières (orientation de l’usage) des locuteurs. Ils exercent une
fonction régulatrice des usages et participent au développement des langues. Ils sont les
accompagnateurs obligés de la mise en œuvre de la politique linguistique. Sur le plan du
statut, ils peuvent assurer la mise en œuvre des mesures prévues et en effectuer la
vérification et l’évaluation.
Par ailleurs, en face des organismes à vocation linguistique, on retrouve l’ensemble des
catégories d’acteurs officiels dans la société. Ces acteurs, nous les connaissons bien puisque ce
sont souvent nos partenaires dans l’aménagement [Link] société en matière d’usage
linguistique.
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IV. CAS PRATIQUE
1. Substitution ou institutionnalisation d’une langue
La substitution est le processus par lequel une personne ou un groupe linguistique, est
conduit, plus ou moins rapidement, à remplacer sa langue première par une autre langue en usage
à l’intérieur d’un espace social donne. Les phénomènes de substitution de langue peuvent
s’observer à l’intérieur de divers espaces sociaux (famille, institutions éducatives, milieux de
travail…).
2. Cas Du Cameroun: Français et de L’anglais
Pour des personnes côtoyant plusieurs univers linguistiques, la langue parlée à la maison
peut être la langue transmise à la naissance ou une autre langue, en général celle majoritairement
utilisée à l’extérieur. Le Cameroun est un pays intéressant dans ce contexte en raison de son
bilinguisme officiel Français/Anglais et de la présence des communautés linguistiques plus ou
moins importants selon les régions.
D’emblée, il faut noter que les langues camerounaises et les langues occidentales ont
entretenu des rapports divers avant, pendant et après la colonisation. La problématique de la
substitution d’une langue à une autre est généralement abordée à l’intérieur d’une même aire
territoriale dans les relations qui peuvent lier des langues en compétition. Le modèle à l’œuvre
est celui du dédoublement des systèmes linguistiques, c’est-à-dire une réduplication des systèmes
en usage par une autre langue dont elle épouse les fonctions. Ainsi, le français et l’anglais vont
progressivement devenir les langues de l’administration publique, implantés par les institutions
scolaires. Les langues nationales peuvent être admises sous certaines conditions comme langues
d’enseignement, mais le français et l’anglais occupent une place plus nettement affirmée dans un
programme commun qui s’impose à l’ensemble des écoles. Les doctrines françaises et anglaises
en matière de développement de l’enseignement sont clairement affirmées. Les textes officiels,
les arrêtés organisant l’enseignement officiel au Cameroun sont clairs. Bien au-delà de ce
qu’exigent leurs intérêts, les populations camerounaises opèrent un véritable effacement de leurs
langues au profit du français et de l’anglais.
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CONCLUSION
En sommes, nous pouvons dire que la politique linguistique est un processus continu qui
doit être basé sur le consensus et l’interaction entre les parties concernées. La politique
linguistique n’est pas seulement une affaire d’Etat, mais beaucoup plus que cela: la société civile
dans son ensemble, les organisations civiques et pour la défense des droits de l’homme, les
enseignants, les activistes et d’autres encore doivent (ou devraient) jouer un rôle déterminant
dans ce processus.
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BIBLIOGRAPHIE
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Beacco Jean-Claude Langues et répertoire de langues: le plurilinguisme comme « manière d’être
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Breidbach Stephan Le plurilinguisme, la citoyenneté démocratique en Europe et le rôle de
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Huhta Marjatta Outils pour la planification de la formation linguistique
Johnstone Richard A propos du « facteur de l'âge »: quelques implications pour les politiques
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