100% ont trouvé ce document utile (1 vote)
78 vues7 pages

LInsoutenable Lourdeur

Transféré par

khaled meslek
Copyright
© © All Rights Reserved
Nous prenons très au sérieux les droits relatifs au contenu. Si vous pensez qu’il s’agit de votre contenu, signalez une atteinte au droit d’auteur ici.
Formats disponibles
Téléchargez aux formats PDF, TXT ou lisez en ligne sur Scribd
100% ont trouvé ce document utile (1 vote)
78 vues7 pages

LInsoutenable Lourdeur

Transféré par

khaled meslek
Copyright
© © All Rights Reserved
Nous prenons très au sérieux les droits relatifs au contenu. Si vous pensez qu’il s’agit de votre contenu, signalez une atteinte au droit d’auteur ici.
Formats disponibles
Téléchargez aux formats PDF, TXT ou lisez en ligne sur Scribd

Théâtre

L’insoutenable lourdeur du
confinement du couple

Piécette en 2 actes de Jean-Charles COUGNY

1
Sujet :
Ce qui m’a frappé dans la perception du confinement du printemps 2020 causé par « la »
Covid 19, c’est que j’ai eu le sentiment que les gens qui, au début, étaient contre ce confine-
ment, étaient les mêmes qui au moment du déconfinement semblaient les plus rétifs.
De plus, dès le début du confinement, les chinois qui avaient deux mois d’avance sur nous
sur ce plan, nous avertirent que le nombre de divorces était monté en flèche après cette
nouvelle forme de claustration forcée.
Il est encore tôt pour avoir des chiffres dans notre beau pays…mais l’auteur de théâtre ne
peux qu’imaginer le pire…

Le décor :
Très sommaire. Une table et deux chaises pour le second acte : je n’oublie pas la crise éco-
nomique qui touchera probablement le monde du spectacle au moins autant que les fonda-
tions des couples les plus solides.

Les personnages :

Jean : Prénom courant et passe-partout dans un monde d’après qui se doit d’être économe, y
compris en encre. Jean travaille dans une banque, car après cette pandémie, il devient diffi-
cile de se moquer des personnels soignants, des éboueurs, des caissières de supermarché,
des paysans…j’en passe et des meilleurs !
Anne : Prénom écologiquement plus acceptable qu’Annette (par exemple). Elle travaille dans
l’enseignement donc pourrait faire partie des bienfaiteurs nationaux…mais vu qu’elle a es-
sentiellement télétravaillé, on peut se permettre quelques blagues quand-même !

2
ACTE I
Le 16 mars au soir :

Le rideau s’ouvre sur Anne, une femme d’âge moyen qui travaille dans l’éducation. Nous
sommes le 16 mars 2020. Elle a les bras croisés et fixe en coin la télévision d’où sort la voix du
Président de la République (passer la bande son de l’annonce ?) qui annonce le confinement
obligatoire pour une durée minimale de 15 jours. Elle est souriante. Entre alors son mari Jean,
qui travaille dans une banque et rentre du boulot, une valisette à la main…
Jean (énervé) : Tu as entendu ?
Anne (plus calme) : Il fallait s’en douter. Après la Chine et l’Italie…
Jean : Mais tu te rends compte ? Quinze jours sans sortir !!!
Anne : Quinze jours ? Probablement plus d’après les scientifiques !
Jean : Quoi ? Un mois ? Et pourquoi pas deux ?
Anne : Mais on pourra quand-même sortir pour faire les courses et acheter à manger.
Jean : TU…pourras sortir. Tu me vois aller faire les courses ? Avec un grand cabas ou un… cha-
riot à roulettes !
Anne : Si c’est le ridicule qui te fait peur, tu n’auras qu’à mettre un masque pour que les voi-
sins ne te reconnaissent pas ! Cela est très tendance, tu sais !
Jean : Tu es désopilante !
Anne : Ne te plaint pas. Tu travailles dans une banque, tu vas pouvoir télétravailler.
Jean : Mais…Ce n’est pas pareil. Moi j’ai l’habitude de recevoir les gens… de discuter avec eux,
d’aller chez eux étudier le financement de leur appartement ou… leur voiture. On ne peut
pas tout faire par ordinateur. Le contact c’est important dans mon métier… Et puis…quand
j’aurais passé 3 heures sur mon ordinateur, j’aurais bien fait tout ce que je faisais en 8 heures
avant.
Anne : Donc, si je comprends bien, être employé de banque, ce n’est pas les travaux forcés.
Plutôt peinard. Glandage ordinaire !
Jean : Je t’en prie ! Ne remets pas cela sur le tapis ! Je sais que ton métier d’enseignante est
un calvaire. Si pénible que l’Etat est obligé de vous octroyer plus de trois mois de vacances
par an, pour un salaire de misère…lequel vous pousse à vous mettre en grève une bonne
partie du reste de l’année…
Anne : Bien sûr !
Jean : D’ailleurs… Toi, tu vas pouvoir télétravailler avec tes élèves ?
Anne : Naturellement ! C’est prévu. Si tu me laisses un peu l’ordinateur. Mais vu que tu n’as
que 3 heures par jour… On pourra s’arranger. Sinon, on en rachètera un !
Jean : Pourquoi pas ! Au diable l’avarice ! Vu le prix de l’essence, on aura de l’argent de reste !
Anne : Surtout si on ne roule pas.
Jean : Mais… Tes élèves ne vont pas te manquer ?
Anne : Pas du tout ! Cela fait quinze jours qu’ils étaient rentrés, énervés comme pas possible
après les vacances de février, et je ne les supporte déjà plus. Cela va me faire des vacances.

3
Jean : Des vacances ? Et qu’est-ce que tu comptes faire pendant ce que tu appelles des va-
cances ? Qu’est-ce qu’ON va faire ?
Anne (s’approchant tendrement de son mari) : Eh bien…on va se retrouver…Si on pensait un
peu à nous ? Comme chantait Sardou !
Jean (se dégageant un peu de l’étreinte) : Sardou ??? Oui…Euh… Tu ne penses pas que cela
risque…d’être un peu…long ? Un mois !
Anne : Quel rabat-joie ! Toujours aussi romantique !
Jean : Tu sais, on n’a plus 20 ans ! Une partie de jambes en l’air…par semaine…et à condition
de ne pas dépasser la demi-heure… C’est déjà bien ! Cela ne nous dit pas ce qu’on va faire le
reste du temps.
Anne : On va jouer !
Jean : Jouer ? A qui ? A quoi ?
Anne : Je ne sais pas moi… Au Scrabble, par exemple !
Jean : Non, mais…c’est tout ? Et pourquoi pas au Monopoly, aux petits chevaux, au nain
jaune ou à la bataille ?
Anne : Peu importe ! Je te laisse le choix. Et puis le matin je te cuisinerai de bons petits
plats…
Jean : Ah non !
Anne : Comment ça « ah non ! » ?
Jean : Mais ! Je vais prendre 10 kilos, moi ! Tu me connais.
Anne : Eh bien, tu reprendras le vélo d’appartement.
Jean : Le vélo d’appartement ? Mais…on l’a toujours ?
Anne : Parbleu ! Il est dans le fond du garage. Il faudra sans doute enlever les toiles
d’araignée et mettre un peu d’huile sur la chaine, mais…il devrait fonctionner. Je te rappelle
que l’an passé, c’est toi qui n’as pas voulu que je le donne à Emmaüs.
Jean : Evidemment ! Tu imagines l’abbé Pierre sur un vélo d’appartement… avec sa soutane ?
(A lui-même) : Et pourquoi j’ai gardé ce truc-là, moi ?
Anne : Justement : Dieu et toi seuls le savent ! Ma grand-mère disait qu’elle gardait son vélo
pour se déplacer au cas où il y aurait la guerre. Macron vient de dire qu’on était en guerre.
Maintenant, avec le vélo d’appartement, on ne risque pas d’aller bien loin.
Jean : Amusant !
Anne : Eh puis à la télé, il parait qu’ils vont passer plein de grands films !
Jean : Bien sûr ! « La grande vadrouille », « Les bronzés », « la septième compagnie »… Il y a
si longtemps qu’on ne les a pas vus. On va s’éclater ! … Et nos petits-enfants ? On pourra les
voir ?
Anne : Surtout pas. Ils risqueraient de nous contaminer. Les médecins ont bien expliqué qu’il
ne fallait surtout pas mélanger les générations pour arrêter la diffusion du virus.
Jean : Et nos enfants ? C’est pareil ?
Anne : Pareil ! Et puis tu connais ta belle-fille, cela fait déjà trois semaines qu’elle ne sort plus
de chez elle, elle a anticipé le confinement, elle désinfecte tout ce qu’elle achète…et même le
courrier que le facteur lui apporte.

4
Jean (se prenant la tête à deux mains) : Mon Dieu ! Quel cataclysme !
Anne : Chacun chez soi !
Jean : Eh ben ! Enfin… (Soudain joyeux) Du coup, on va être un moment sa voir Belle-Maman !
Anne : Oui...Mais là… c’est différent…
Jean : Comment ça c’est différent ?
Anne : Oui… Elle est âgée…
Jean : On peut même dire « vieille » !
Anne : Si tu veux ! Je ne la vois pas rester seule… toute la journée… dans son appartement…
au deuxième étage…avec sa canne…Qui va faire ses courses ?
Jean (rigolard) : Ah non ! Ce n’est pas une raison. Tu as entendu ce qu’a dit le Président. Ne
pas mélanger les générations ! Halte au virus ! C’est la guerre ! Non ! Ce n’est pas possible. Et
puis… on risque de la contaminer.
Anne : Mais…
Jean : Y’a pas de mais ! Je ne veux surtout pas avoir la mort de ma belle-mère sur la cons-
cience. Une si brave femme. Si aimable !
Anne : C’est embêtant !
Jean : Comment ça, c’est embêtant ?
Anne : Eh bien… je viens de l’avoir au téléphone…et je lui ai presque promis de l’accueillir.
Jean (surjouant) : Mais tu veux vraiment sa mort ? Et la nôtre par-dessus le marché !
Anne : Mais, on ne peut pas laisser une femme de cet âge… toute seule…si longtemps !
Jean : Ecoute-moi bien ! Puisque nous n’avons pas le choix, que c’est un ordre qui vient du
sommet de l’Etat, que les circonstances sanitaires MONDIALES l’obligent, je veux bien rester
confiné quinze jours, un mois, voire plus en ta compagnie, télétravailler puisque mon patron
le demande, jouer avec toi au Scrabble, aux petits chevaux et à la rigueur à la bataille, regar-
der pour la vingtième fois « les bronzés font du ski », faire un quart d’heure de vélo
d’appartement pour effacer les calories que les bons petits plats que tu vas me confectionner
avec amour m’auront fait prendre…et s’il me reste encore un peu d’énergie, de calories à
perdre et un minimum de libido chaque samedi soir, tenter d’accomplir mon devoir conjugal,
mais il est totalement exclu que je passe plus de trois jours dans cet appartement avec une
femme acariâtre qui critiquera tout ce que je fais, te donnera des conseils jour et nuit, nous
parlera de son défunt mari comme d’un saint alors qu’elle n’a jamais pu le supporter et
qu’elle passait son temps à la tromper à tel point que ces amis l’appelait « le grand cerf »,
nous racontera toujours les même histoires, dont celle du facteur qui avait peur de son hor-
rible Chiwawa et qu’elle nous a racontée plus de cent fois, monopolisera la télécommande de
la télévision pour nous imposer ses feuilletons débiles et en un mot… nous pourrira la vie.
Voilà ça, c’est dit.
Anne (en pleurs) : Tu es méchant !
Jean : Je suis surtout réaliste.
Anne (se reprenant) : Bien sûr, tu préfèrerais être confiné avec ta secrétaire.
Jean : Qu’est-ce que tu veux dire ?
Anne : Tu sais très bien ce que je veux dire.

5
Jean : Je t’en prie. Ne remets pas ça sur le tapis. Mme Dubois est une collègue de travail très
efficace…
Anne : J’en n’ai jamais douté !
Jean : Je ne vois pas ce que tu imagines. Elle est mariée…
Anne : Ah ben alors ! Je suis tranquille. De quoi je m’inquiète ?
Jean : Je t’en supplie. Arrête tout de suite ce genre de discussion ! La situation est grave. Le
Président l’a dit : « Nous sommes en guerre ».
Anne : Et ???
Jean : Il va falloir se serrer les coudes.
Anne (fixant son mari en écarquillant des yeux) : O KEY !!!!!
Jean : Les semaines que nous allons vivre vont être difficiles…et cruciales…
Anne (au public) : Voilà qu’il se prend pour Macron !
Jean : Il va falloir faire preuve de courage, de tolérance, de solidarité…
Anne : AMEN !!!
Jean (visiblement en colère prend sa valisette et se dirige vers l’intérieur de la maison) : Ça
commence fort ! (Il sort).
Anne : C’est peu de le dire ! (Elle sort à son tour)

Rideau

6
ACTE II
Scène 1 (Huit semaines plus tard, le 11 mai) :

Le rideau s’ouvre sur Jean et Anne au petit déjeuner le matin du 11 mai. La radio annonce que
c’est aujourd’hui le début du déconfinement. Jean éteint la radio, visiblement pas en forme
contrairement à sa femme qui rayonne…
Anne : Mais enfin ! Ne fais pas cette tête-là ! Tu devrais être content, après huit semaines de
confinement, nous voilà à nouveau en liberté !
Jean : Bof !
Anne : Comment ça bof ? Tu te souviens la tête que tu faisais au début du confinement ?
Jean : Je sais. Mais c’est comme ça. Je commençais à m’habituer. Mais toi tu as l’air de péter
le feu. Je croyais que tes élèves te saoulaient ?
Anne : C’est vrai. Mais avec le confinement, je me suis aperçu à quel point ils me manquaient.
Tu te rends compte, il y en a plusieurs qui m’ont envoyé un dessin avec des petits cœurs. Et il
y en a même un qui m’a écrit un poème. Et qui me dit qu’il me trouve belle !!!
Jean : Celui-là, où il est au fond de la classe ou il faut qu’il aille chez l’ophtalmo au plus vite.
Je te préviens, s’ils ont profité de leur temps libre pour te confectionner un collier de nouilles,
je n’en veux pas à la maison.
Anne : Idiot ! Et toi tu n’es pas heureux de revoir tes clients ou tes collègues ?
Jean : Bof ! La sale gueule de mon supérieur. Quand elle apparaissait sur l’écran de mon or-
dinateur, soit je floutais, soit je lui mettais un nez rouge et des oreilles de Mickey. Ça passait
mieux. La revoir en vrai… Quant à mes clients, avec la crise économique, plus encore
qu’avant, il va falloir que je trouve le moyen de leur expliquer que s’ils veulent nous emprun-
ter de l’argent pour acheter une voiture, il faudra d’abord qu’on soit certain qu’ils pourraient
la payer comptant ! On ne prenait déjà pas de risque avant, alors maintenant !
Anne : Et tu n’es même pas content de revoir ta collègue, Mme Dubois ?
Jean : Pauvre femme !
…..

Vous aimerez peut-être aussi