Le devoir de mémoire
et les politiques du pardon.
MÉMOIRES
Afrique et Caraïbles
“Mémoire et politique
en Haïti.”
Laënnec HURBON
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[174]
Tratamiento de los abusos del pasado en Haití (2024) 2
[175]
En Haïti, chaque chef d'État est adulé au moment où il accède au
pouvoir, mais la plupart du temps il s'y accroche et tente de rester pré-
sident à vie ; aussi, à la fin de son mandat, est-il voué aux gémonies
comme despote et accapareur des biens publics. En règle générale, les
biens du président déchu sont mis sous séquestre et lui sont restitués
peu d'années après, comme si la mémoire dans la vie politique était
réduite à une peau de chagrin, au fur à mesure que les gouvernements
se succèdent. Les événements s'accumulent et paradoxalement ne
semblent guère laisser de traces. Une telle situation correspond à pre-
mière vue à un phénomène structurel et, à tout le moins, est caractéris-
tique du système politique haïtien. Je me propose ici de porter l'inter-
rogation sur cette défaillance de la mémoire dans la vie politique haï-
tienne en me référant à un double registre de l'histoire du pays : la pé-
riode allant de l'indépendance (1804) aux années 1960 – la longue du-
rée –, puis la période allant des années 1980 à nos jours – l'histoire
immédiate.
L'analyse sera conduite dans un premier temps sur la mémoire de
l'esclavage d'où l'État haïtien est sorti sur la base d'une rupture radi-
cale. Qu'en est-il de cette mémoire, de ses lieux, de sa prégnance dans
l'évolution politique du pays au cours des deux derniers siècles ? Dans
un second temps, on se demandera si la récurrence des dictatures n'est
pas tributaire d'une tendance à l'oubli des crimes politiques (assassinat
d'opposants pour rester le plus longtemps possible au pouvoir, dilapi-
dation des biens publics et absence de sanction véritable pour ces
crimes), par quoi toute idée de justice se trouve à l'avance ruinée dans
le système social haïtien. Comment expliquer une telle pente de la vie
politique ? Faudra-t-il se rabattre sur les séquelles nullement ou insuf-
fisamment instruites de l'esclavage dans les rapports sociaux ou, à l'in-
verse, sur un trop-plein de cette mémoire de l'esclavage, comme si le
temps demeurait immobile et que les générations qui se succèdent se
croyaient toutes contemporaines des événements ayant conduit à l'in-
dépendance de 1804 ?
Tratamiento de los abusos del pasado en Haití (2024) 3
[176]
LA MÉMOIRE DE L'ESCLAVAGE
Il est assez surprenant de constater, quand on parcourt l'histoire de
la littérature haïtienne des deux derniers siècles, le faible intérêt porté
à décrire la vie quotidienne des esclaves. Léon-François Hoffmann 1
fait justement remarquer que, hormis les romans de Marie Chauvet
(La danse sur le volcan, 1957), et de Jean-Claude Fignolé (Aube tran-
quille, 1990), l'attention des romanciers et des poètes reste focalisée la
plupart du temps sur les exploits des héros de l'indépendance. On peut
signaler également le roman écrit d'abord en créole de Frankétienne,
Dezafi, puis en français sous le titre Les affres d'un défi (1975), qui
raconte l'errance d'un zombi, qui n'est autre que l'idéal de l'esclave tel
que le maître le concevait, ce qui suppose une persistance des sé-
quelles de l'esclavage dans la vie quotidienne. Curieusement et Marie
Chauvet et Jean-Claude Fignolé ne cessent eux aussi d'évoquer la
cruauté des maîtres, sans doute pour mieux faire prendre conscience
de la violence dans l'actualité politique haïtienne.
La description – dans Aube tranquille – des scènes d'horreur dans
Port-au-Prince au temps de l'esclavage, ressemble étrangement aux
scènes vécues régulièrement depuis les années 1990 de l'interminable
transition démocratique :
1
Nous nous référons ici à l'article de Léon-François Hoffmann « Présence et
absence de l'esclave dans les lettres haïtienne » (2000), qui montre bien pour
la première fois comme il est difficile de trouver dans les romans haïtiens
une description claire de la vie quotidienne des esclaves, mais aussi com-
ment, dans la majorité de la population haïtienne qui demeure encore illet-
trée à 90 %, on aura de la peine à trouver des « notions claires sur l'époque
coloniale et sur l'esclavage » (p. 175). Ce n'est pas que le thème soit absent,
mais il y aurait une manière particulière pour la société haïtienne de le trai-
ter, qu'il convient de mettre au jour, étant donné le mode de sortie de l'escla-
vage, par l'insurrection et la guerre de l'indépendance, qui caractérise l'his-
toire d'Haïti. C'est à ce problème ou plus exactement à ce paradoxe que nous
prétendons nous atteler dans cet article.
Tratamiento de los abusos del pasado en Haití (2024) 4
[Un] pétard explose, aussitôt les gens s'affolent, s'empressent de ren-
trer chez eux, se barricadent, livrant les rues à la violence d'aventuriers
étrangers [...]
Des conflits d'intérêt entraînaient à un affrontement inévitable, le Port-
au-Prince déjà s'installait dans l'horreur, le soir de mon arrivée une pa-
trouille découvrait dans le bois de Delmas le cadavre mutilé et affreuse-
ment défiguré d'un mulâtre (Fignolé, 1990, p. 142).
Cette perspective semble en rupture avec le mode ordinaire de trai-
tement de l'esclavage dans la littérature haïtienne. Ce qui se passe
dans l'ordre de la littérature ne serait-il pas congruent aux traces
faibles, évanescentes de l'esclavage à travers des monuments, des mu-
sées ou les arts en général ? Après [177] l'insurrection générale de
1791 et la victoire sur les 50 000 soldats de l'expédition de Napoléon
en 1802, l'esclavage n'apparaît pas seulement comme une page tour-
née, on dirait qu'il est devenu un immense trou noir. Cette observation
n'enlève rien à la prodigieuse révolution haïtienne qui aura des effets
sur la chaîne des abolitions au XIXe siècle et sur les indépendances
latino-américaines, et bien plus dans l'histoire elle-même du droit et
de la liberté pour l'humanité universelle. Mais on ne saurait nier que
les nouveaux chefs d'État ont été d'abord préoccupés de construire des
palais, et la Citadelle de Christophe couronné roi est une œuvre char-
gée d'exprimer en tout premier lieu la grandeur du royaume plutôt que
de dissuader l'ennemi colonisateur et esclavagiste de retourner dans
l'île. Il est vrai qu'on attendait une telle efficacité essentiellement dans
les nombreux forts construits pendant les premières années de l'indé-
pendance. On peut se demander si la construction de la Citadelle 2
n'est pas dominée par la quête éperdue de reconnaissance au niveau
mondial pour effacer la tare de l'esclavage. Peut-être même qu'elle
exprime un sentiment de solitude profonde par rapport au monde occi-
dental « civilisé » qui, lui, évitait alors de reconnaître le crime de l'es-
clavage au Nouveau Monde.
2
Le roman célèbre d'Alejo Carpentier, Le royaume de ce monde (1983),
comme la pièce de théâtre d'Aimé Césaire, La tragédie du roi Christophe
(1970), rendent bien compte de la visée véritable de la Citadelle du roi
Christophe. Visée très bien exprimée par Jean Laplaine et Daniel Maragnes
(1996) dans un article où ils soulignent comment il y a chez Christophe l'im-
possibilité de coïncider avec son projet et qu'en cela consiste la condition de
la tragédie, « cette tentative désespérée de réaliser le versant nègre du cos-
mos » (p. 68-69).
Tratamiento de los abusos del pasado en Haití (2024) 5
En dehors des monuments représentant les principaux héros de l'in-
dépendance (Dessalines, Pétion, Christophe), sur la place du Champ
de Mars, près du palais national, on ne dispose pas, semble-t-il, d'évo-
cation significative de la période esclavagiste, du moins dans la capi-
tale. Certes, le monument au Marron inconnu érigé également sur la
place du Champ de Mars prétend exprimer une volonté de reconnais-
sance des luttes multiformes pour la liberté, mais il a été très souvent
compris par les masses haïtiennes de la capitale comme un moyen de
propagande politique du gouvernement en place. Il existe par exemple
plusieurs dizaines de ruines d'habitations sucrières du XVIII e siècle
dans le nord du pays et autour de la capitale, mais elles disparaissent
peu à peu et ne sont reconnues comme lieux de mémoire que depuis
environ six ans, grâce au projet UNESCO de la Route de l'esclave. Il a
fallu le travail patient et acharné de rares spécialistes (comme Jacques
de Cauna ([1987] 2003) et Michel-Philippe Lerebours (1999) pour
repérer ces habitations oubliées. En somme, tout se passe comme si la
mémoire de l'esclavage était sans cesse oblitérée dans l'espace public.
Serait-il possible de faire table rase du jour au lendemain d'un système
qui a duré environ trois [178] siècles et qui constitue la forme la plus
aiguë de dégradation de l'humanité chez un être humain ? Est-ce que
les réseaux symboliques et imaginaires de l'institution esclavagiste ne
peuvent pas survivre à la disparition du maître ? Certes l'extermina-
tion des colons « blancs » ordonnée par Dessalines, le premier chef
d'État, visait la sortie définitive du rapport maître/esclave. Mais peut-
on tourner le dos au passé à coups de baïonnette ? Disparaissant dans
l'espace public, le passé pourrait fort bien chercher à se réfugier dans
le corps même de l'ancien esclave. Effectivement on peut se demander
si ce n'est pas du côté du vaudou 3, culte de la transe et de la posses-
sion, qu'une mémoire de l'esclavage semble être sauvegardée ; car
dans la crise de possession, le corps fait place aux divinités ancestrales
à travers un certain nombre de rituels, de chants et de danses qui sont
obligatoirement surdéterminées par le contexte esclavagiste et qui
pour cela conservent les traces des luttes et des révoltes. En revanche,
si on interroge un vaudouisant sur cette mémoire, on sera surpris du
3
Nous avons essayé de revenir, bien qu'encore trop rapidement, sur le vau-
dou et la mémoire de l'esclavage dans deux articles récents sur « les
croyances aux "esprits" et la production du symbolique dans la Caraïbe »
(Hurbon, 2000), et « le statut du vaudou et l'histoire de l'anthropologie »
(Hurbon, 2005).
Tratamiento de los abusos del pasado en Haití (2024) 6
caractère lacunaire de ses réponses, qui contraste singulièrement avec
les nombreuses références à la Traite et à l'esclavage condensées dans
le rituel.
L’AMNÉSIE DANS
LE SYSTÈME POLITIQUE HAÏTIEN
Ce court rappel de l'état des traces et des lieux de mémoire de la
période esclavagiste devra nous aider à comprendre la tendance à
l'amnésie qui domine le système politique haïtien depuis deux siècles.
Je m'appuierai pour cela sur un ouvrage trop peu pris en compte dans
les critiques de la politique en Haïti : Quand la nation demande des
comptes, d'Alain Turnier (publié probablement en 1989), dont l'objec-
tif réussi consistait à montrer comment les crimes politiques des chefs
d'État renversés sont chaque fois reconnus pour tels et en même temps
rapidement oubliés, au point qu'on assiste régulièrement à la réhabili-
tation de ces chefs d'État peu d'années après leur chute.
Je reprendrai juste quelques exemples susceptibles d'étayer ma dé-
monstration. Tout d'abord, signalons avec Alain Turnier ce singulier
bilan politique 4 des deux derniers siècles : sur 36 chefs d'État haïtiens
ayant eu un mandat régulier, 26 ont été acculés à l'exil, alors qu'ils
prétendaient soit doubler [179] illégalement leur mandat, soit rester
présidents à vie. Par ailleurs, six chefs d'État meurent au pouvoir de
maladie ou d'accident, quatre sont tués en plein exercice de leur man-
dat. Nous disposons déjà d'un indice clair – qui ne trompe pas – d'un
4
Ce décompte de présidents morts au pouvoir ou exilés demeure tout à fait
partiel, Alain Turnier (1989, p. 315-316) n'inclut ni les présidents provi-
soires ni la période actuelle des années qui suivent la chute de Jean-Claude
Duvalier en 1986.
Tratamiento de los abusos del pasado en Haití (2024) 7
système politique marqué par une certaine pathologie 5 dont il convient
de connaître les ressorts profonds.
On peut énoncer ainsi ce qu'Alain Turnier présente comme une
règle générale du système politique haïtien : chaque président de la
République est accusé – souvent avec raison – d'avoir détourné les
fonds du Trésor public à sa guise et à ses fins personnelles, puis
d'avoir exercé une tyrannie par des pratiques d'exécution sommaire
des opposants. En réaction, un soulèvement se produit, puis un com-
mandant de district avec quelques centaines d'hommes armés venus
des campagnes et des villes de province parvient à chasser le pré-
sident, qui consent finalement à partir en exil. Il est banni, perd tous
ses biens, mais les sanctions ne sont pas exécutées et peu après le
même président retrouve ses biens et on oublie tous les griefs qui
avaient été adressés lors de sa chute. Quelques exemples vont suffire à
montrer l'application de cette règle.
Le président Boyer (1816-1843) est renversé en 1843 par un soulè-
vement général après une dictature qui a duré 25 ans. Ses biens sont
mis sous séquestre, mais en 1846 le nouveau pouvoir lui restitue ses
propriétés avec indemnités. Soulouque, président, se fait consacrer
empereur en 1849 et passe dix ans au pouvoir ; il est connu pour sa
cruauté et les exécutions de masse qu'il ordonnait contre ses oppo-
sants. À sa chute en 1859, la Chambre vote son bannissement à perpé-
tuité et met ses biens – innombrables – aux enchères. En 1861, tous
ses biens lui sont restitués et il revient triomphant de l'exil en 1867.
Quelques années plus tard, le président Geffrard, qui lui a succédé, est
renversé ; on lui reproche d'avoir pillé les biens publics. Mais dix ans
après on lui remet tous ses biens qui avaient été mis sous séquestre
lors de sa chute. En 1870, le tribunal condamne 70 personnes accusées
5
La pathologie du système politique haïtien est reconnue et décrite aujour-
d'hui par de nombreux sociologues, historiens et essayistes haïtiens et étran-
gers, autant que par les romanciers. On se reportera par exemple aux ou-
vrages de Mats Lundhal (1979 et 1993), sur les travaux d'André Corten
(2000) sur l'économie haïtienne et les dictatures récurrentes dans le système
politique. Les causes sont diverses ; nous n'abordons encore une fois le pro-
blème que sous l'angle de la mémoire, sans prétention à l'exhaustivité. Nous
ne nions pas non plus les difficultés rencontrées par l'État haïtien au XIX e
comme au XXe siècles pour donner des assises à son indépendance, étant
donné le contexte esclavagiste et colonial qui est même devenu plus rigou-
reux à cause de l'existence d'Haïti.
Tratamiento de los abusos del pasado en Haití (2024) 8
de pillage, d'incendies, de meurtres en complicité avec le président
Salnave, successeur de Geffrard, mais un arrêté de grâce libère tous
les prévenus quelques jours après.
[180]
Le plus remarquable est ce qu'on a appelé en 1904 « le procès de
consolidation ». Les troubles provoqués régulièrement par les change-
ments de régime ont placé le pays dans une situation permanente de
faillite économique. L'endettement de l'État devient chaque jour plus
préoccupant. Aussi le gouvernement décide-t-il de lancer des em-
prunts locaux garantis par des droits de douane remboursables en or
américain dans un délai de trois mois avec une prime de 40 %. Grâce
à ces avantages accordés aux porteurs de titres et de bons, un certain
nombre de hauts fonctionnaires du gouvernement, de grands commer-
çants et de directeurs de banque s'entendent pour se faire rembourser
sur la base de faux titres et de faux bons, ce qui contribue, bien enten-
du, à approfondir la crise financière. Un procès retentissant – le procès
de consolidation – a abouti à la condamnation des hautes personnalités
impliquées dans l'usage de faux titres aux travaux forcés et au rem-
boursement des fonds détournés. Les prévenus reconnaissent leurs
crimes, mais un an après, soit en novembre 1905, un arrêté de grâce
leur permet de ne pas purger les peines qu'ils ont encourues. On pou-
vait croire que dans tous les cas un exemple fort aurait été donné, en
vue de dissuader dorénavant le vol de biens publics. Or quatre des
condamnés célèbres sont devenus, chacun à son tour, dans un délai de
20 mois, présidents de la République dans l'oubli total de leurs for-
faits.
Si maintenant nous jetons un rapide coup d'œil sur l'histoire immé-
diate de 1986 à nos jours, nous nous rendons compte qu'une douzaine
de gouvernements se sont succédé en moins de 20 ans, mais, comme
par hasard se retrouvent sur la même scène politique anciens tontons
macoutes, militaires, attachés, chimères, les uns faisant oublier les
autres. On découvre que bourreaux et victimes ne cessent de se cô-
toyer. On est surtout frappé par la récurrence des mêmes pratiques
dites de dechoukaj (déracinement) qui se produisent lors de la chute
d'un président. Ces pratiques semblent se répondre en écho les unes
aux autres depuis la période révolutionnaire de 1791-1804 jusqu'à nos
jours, comme si le temps demeurait immobile. Encore quelques
exemples : au moment du suicide du roi Christophe en 1820 dans le
Tratamiento de los abusos del pasado en Haití (2024) 9
nord du pays, la foule organise un véritable dechoukaj avant la lettre
en pillant les châteaux, les meubles, les bijoux et les garde-robes de la
famille royale. En 1911, au moment de la chute du président Antoine
Simon, on assiste au pillage de ses nombreuses maisons, de ses
meubles, bibelots et livres de correspondance. En 1986, le même phé-
nomène se reproduit avec le départ forcé de Jean-Claude Duvalier :
même la tombe du dictateur François Duvalier n'est pas épargnée d'un
dechoukaj par la foule ivre de joie. En revanche, en dépit de la vio-
lence de ces pratiques, peu de procès ont pu être intentés contre les
crimes politiques. En 1986, le procès médiatisé de quelques tontons
macoutes connus comme des bourreaux notoires est rapidement stop-
pé ; les avoirs bancaires gelés de Jean-Claude Duvalier sont remis à sa
disposition dans la plus grande indifférence des gouvernements en
place des dix dernières [181] années. En 1993, une commission Jus-
tice et vérité est mise en place pour les victimes du coup d'État mili-
taire du 30 septembre 1991 et produit un document qui est mis très
vite à la trappe par le gouvernement d'Aristide lui-même, première
victime de ce coup d'État.
LE TROP-PLEIN DE MÉMOIRE
OU L'IMPOSSIBLE OUBLI
Ce qui nous frappe jusqu'ici dans l'observation de la vie politique
haïtienne, c'est la répétition des mêmes formes, des mêmes modalités
d'exercice du pouvoir et de renversement. Au pouvoir absolu 6 s'op-
6
Sur la facilité avec laquelle les présidents succombent à la tentation du pou-
voir absolu en Haïti, voir par exemple les propositions récentes d'explication
de Jacky Dahomay (2002), de Franklin Midy (2002), ou de Cary Hector
(1991), pour ne citer que quelques auteurs. Actuellement, plusieurs roman-
ciers abordent également cette question qui semble obsessionnelle en parti-
culier chez Hans Christoph Buch (1986), le romancier allemand d'origine
haïtienne dont l'œuvre romanesque s'évertue à scruter les causes des obs-
tacles rencontrées par Haïti pour sortir de la misère et de dictatures aussi
cruelles que l'esclavage des siècles précédant l'indépendance en 1804. Dans
son roman intitulé Le mariage de Port-au-Prince (dont le titre fait allusion à
l'ouvrage du poète allemand Heinrich von Kleist, Les fiançailles de St Do-
mingue ([1811]), on dirait que l'auteur ne cesse de méditer à chaque page et
dans chaque roman la phrase suivante : « Those who have not understood
Tratamiento de los abusos del pasado en Haití (2024) 10
posent régulièrement des scènes de dechoukaj, comme si tout pouvoir
absolu renvoyait automatiquement à une interprétation de type sorcel-
laire du pouvoir, laquelle implique une pratique de destruction pour
une re-fondation de la société à partir du degré zéro. Par là même, on
dirait que reparaissent les pratiques insurrectionnelles de l'année 1791,
au cours de laquelle les esclaves avaient décidé de piller et d'incendier
plantations, habitations et résidences des maîtres. Il est curieux que
chaque chute de gouvernement ou chaque instauration d'un nouveau
gouvernement porte le nom de « révolution » : il y a eu par exemple
« la révolution duvaliériste » en 1957, mais le fils de Duvalier dira en
1971 qu'il réalise « la révolution économique » ; en 1946, de nom-
breux hommes politiques et essayistes parlent de « la révolution de
1946 » qui porta un « Noir » au pouvoir après trente ans de présidents
« mulâtres ». En 1843, c'est une « révolution » qui renversa le pré-
sident Boyer. Bref tout se passe comme si Haïti avait une histoire po-
litique faite tout entière de révolutions. Les chimères d'Aristide re-
prennent allègrement le slogan du temps de Dessalines, [182] premier
chef d'État et exterminateur de colons blancs : koupé tèt, boulé kay
(« coupez les têtes, incendiez les maisons »), et ils coupent dans la
réalité les têtes de ceux qu'ils déclarent être des ennemis pour s'assurer
de faire à nouveau la révolution.
Tout se passe comme si la scène de la sortie de l'esclavage était
sans cesse – oniriquement – rejouée : on s'installerait dans le présent
du passé, dans une mémoire pleine jamais véritablement trouée par
l'oubli. Le cordon qui relie l'actualité au passé est si fort, si évident,
qu'on a l'impression d'être contemporain de la période révolutionnaire
de 1791-1804 7. Il faudra que le pouvoir soit absolu, c'est-à-dire qu'il
the past are condemned to repeat it » (p. 11). Sur le problème de la répéti-
tion continuelle du passé et de l'oubli facile des crimes, voir le travail de
Cécile Marotte et Hervé Rafimbahimi (1997) où ils s'interrogent sur « le
manque de reconnaissance publique » des crimes, sur l'absence d'espace
symbolique pour cette reconnaissance et sur la difficulté du deuil (p. 20).
7
Le problème de la mémoire bloquée sur 1804 a été déjà une intuition
d'Alain Turnier dans un ouvrage écrit en collaboration avec Alix Mathon,
intitulé La société des baïonnettes (1985) : « Pour presque la totalité des
Haïtiens qui ont voulu se pencher sur les annales du peuple haïtien, sa gran-
deur commence et finit avec 1804 » (p. 250). Je ne peux m'empêcher de
citer non plus un texte de Jacques de Cauna (2004) qui présente avec exacti-
tude ce que je cherche ici à soutenir et qu'il appelle une « mémoire omnipré-
sente » : « dans cette mémoire collective, écrit-il, n'importe quel observateur
Tratamiento de los abusos del pasado en Haití (2024) 11
soit haussé à celui du maître colon, pour qu'on soit convaincu d'être
sorti de l'esclavage ; ainsi en est-il également du côté des masses d'an-
ciens esclaves : il leur faut faire à tout instant table rase du passé d'es-
clave par le dechoukaj. Aussi le passé revient-il toujours comme
spectre, comme « revenant ». Telle est sans doute l'une des sources de
la pathologie de la mémoire courte des crimes des divers gouverne-
ments : ces crimes sont vite oubliés et deviennent ainsi d'autant plus
sujets à répétition.
Ne pourrait-on pas soutenir finalement que c'est faute de disposer
de représentants que le passé se transforme en « revenants » ? Autre-
ment dit la fonction de « représentance 8 » dans laquelle Paul Ricœur
aime à reconnaître la condition historique comme telle ne semble pas
vraiment assurée dans la manière de dire le passé qu'impliquent les
pratiques de dechoukaj et d'oubli à la fois des crimes exécrés. Il faut
cependant atténuer ce point de vue concernant cette défaillance de la
représentance ou de la « représentation-suppléance », censée renvoyer
le passé à sa condition d'avoir été grâce à sa représentation elle-même.
En effet, une certaine importance semble bien être [183] accordée à
l'histoire sur la scène politique haïtienne dans le vocabulaire politique
traditionnel, mais il s'agit de l'histoire héroïque qui, en mythifiant les
héros de l'indépendance, se transforme paradoxalement en négation de
l'histoire et produit ce qu'on pourrait appeler une clôture de la mé-
moire. La société haïtienne se serait enfermée depuis deux siècles
dans cette mémoire, en essayant – à répétition, mais sans succès – de
s'en sortir ; tel serait l'un des aspects de la tragédie que connaît le
pays. La figure du zombi 9 (comme idéal-type de l'esclave, correspon-
dant à l'imaginaire du maître), récurrente à chaque période de crise
[...] pourra constater immédiatement que seule une très courte période foca-
lise toutes les attentions, concentre l'essentiel du souvenir historique et des
interrogations présentes. Cette période privilégiée, c'est bien celle qui
s'ouvre en 1789 avec la Révolution française pour s'achever, 15 ans plus
tard, avec l'Indépendance. Objet de toutes les pensées, référence permanente
de tous les discours [...] sujet brûlant, passionnel parce qu'encore trop pré-
sent dans le quotidien, en un mot, vivant – éternellement ? – pour tout dire »
(p. 149).
8
Le concept de « représentance », pour Ricoeur (2000), permet de réfléchir
sur l'intention de représenter le passé et sur les opérations comme telles de
représentation de ce passé. Il n'y a pas en ce sens d'explication/compréhen-
sion du passé avant le mode même de narrativité, ou, si l'on veut, avant le
langage choisi (p. 359 et suiv.).
Tratamiento de los abusos del pasado en Haití (2024) 12
sociale et politique, pourrait bien être la métaphore de la difficulté de
sortir vraiment de l'ère esclavagiste. Il y aurait un écrasement et même
une cannibalisation de l'histoire par la mémoire dans la mesure où
l'histoire suppose, comme Ricœur le soutient après Hal-bwachs 10, un
rapport anonyme au passé, donc, implicitement, une vision critique du
passé qui rend possible un dépassement du passé et l'ouverture d'un
avenir, pendant que la mémoire renvoie à un lien générationnel qui
ramène sans cesse l'individu et la collectivité dans la plus grande
proximité avec l'événement traumatique.
En parlant de la traite et de l'esclavage au Nouveau Monde comme
d'un événement traumatique, nous indiquons que nous ne saurons as-
similer le problème du trop-plein de mémoire et de la mémoire courte
à une quelconque mauvaise foi, ou encore à une volonté expresse de
perpétuer l'exploitation et le despotisme. Nous cherchons plutôt à si-
gnaler la difficulté particulière 11 que rencontrent les survivants de l'es-
clavage et les descendants d'esclaves de penser et de transmettre le
témoignage d'une expérience qui concerne celle d'une inhumanité,
d'une horreur, tout à fait comparable, mutatis mutandis, à celle des
camps de concentration décrits par Primo Levi (1987). Il est intéres-
sant de noter que Primo Levi a eu tendance à parler de [184] l'expé-
rience des camps comme de celle de l'esclavage, dont il semble avoir
de très faibles informations. Le projet UNESCO de la Route de l'es-
9
Sur la figure du zombi dans la vie quotidienne en Haïti, voir les analyses
que nous proposons dans notre ouvrage Le barbare imaginaire (Hurbon,
1988).
10
Il se pourrait que la situation de l'histoire en Haïti confine à une aporie ;
c'est pour cela que le point de vue développé ici n'est pas moral et ne pré-
tend nullement s'engager dans une accusation, ni dans une déploration. La
littérature haïtienne (autant que celle de la Caraïbe) a plutôt une propension
à reconnaître le caractère tragique de l'évolution politique d'Haïti (de sa
naissance à nos jours), une problématique fort bien mise en valeur récem-
ment dans une thèse de doctorat remarquée sur Le tragique dans le roman et
le théâtre en Haïti, soutenue en 2003 à Paris et qui met au centre de ses ana-
lyses l'idée d'un tragique haïtien (Jean-Jacques, 2003).
11
Voir encore les analyses pénétrantes de Paul Ricœur (2000, p. 515 et suiv.)
sur les rapports entre mémoire et histoire que je reprends encore ici. Il fau-
drait sûrement réfléchir pour mieux saisir l'acuité de ces analyses se pencher
sur l'évidence du travail d'anamnèse dans lequel le rastafari à la Jamaïque et
dans d'autres îles de la Caraïbe s'est lancé de manière radicale. Voir notre
article « Religions et génération dans la Caraïbe » (Hurbon, 2004).
Tratamiento de los abusos del pasado en Haití (2024) 13
clave est sous ce rapport salutaire en soulevant depuis quelques an-
nées l'intérêt pour une reprise critique de la mémoire de la Traite et du
débat sur le problème de la mémoire en rapport avec la thématique de
la génération tel que l'étudie Pierre Nora (1992, pp. 931-971). Les
traces de l'esclavage étant éparpillées sur le territoire national comme
à travers les pratiques sociales, il est possible de trouver en Haïti des
relais, des appuis, des lieux de mémoire qui puissent rendre possible
une politique, un véritable travail de la mémoire (comme travail de
l'oubli en même temps), à partir de quoi la vie politique entrerait dans
une certaine historicisation ; c'est ce qui peut-être permettrait de ne
pas sauter par-dessus les crimes politiques et qui pourrait ouvrir la
voie à l'établissement d'un système de justice sans lequel l'accès au
politique apparaît de plus en plus improbable. Entre le trop-plein de
mémoire (non instruite) de l'esclavage et la mémoire courte des crimes
politiques pendant les deux derniers siècles, le pays devra accéder à
travers une nouvelle pratique historienne à ce que Ricœur appelle en-
core « une juste mémoire ».
[185]
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Tratamiento de los abusos del pasado en Haití (2024) 16
Le devoir de mémoire
et les politiques du pardon.
RÉSUMÉS / ABSTRACTS
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MÉMOIRE ET POLITIQUE EN HAÏTI
Memory and politics in Haiti
Laënnec Hurbon
Chaque chef d'État en Haïti est adulé au moment où il accède au
pouvoir, et voué aux gémonies au moment où il est contraint de laisser
le pouvoir. Ses biens sont en règle générale mis sous séquestre, mais
lui sont restitués quelques années après. Comme si la mémoire dans la
vie politique était facilement réduite à une peau de chagrin. Les évé-
nements se succèdent, mais ne s'accumulent pas et semblent laisser
peu de traces. Cette situation correspondrait à un phénomène structu-
rel, et en tout cas serait caractéristique du système politique haïtien.
Le texte porte sur l'interrogation sur cette défaillance de la mémoire
dans la vie politique haïtienne sur un double registre : sur l'histoire de
l'indépendance (1804) aux années 1980, donc sur la longue durée ; sur
l'histoire immédiate des années 1980 à nos jours.
L'analyse est conduite en particulier, dans un premier temps, au-
tour de la mémoire de l'institution esclavagiste d'où l'État haïtien est
sorti sur la base d'une rupture radicale. Qu'en est-il de cette mémoire,
de ses lieux, de sa prégnance dans l'évolution politique du pays pen-
dant les deux derniers siècles ? Dans un second temps, on se demande
si la récurrence des régimes dictatoriaux n'est pas tributaire d'une ten-
dance à l'oubli des crimes politiques (assassinat d'opposants, dilapida-
Tratamiento de los abusos del pasado en Haití (2024) 17
tion des biens publics, absence de sanction véritable, etc.), par quoi
toute idée de justice se trouve à l'avance ruinée dans le système social
haïtien. Comment expliquer une telle pente de la vie politique ? Fau-
dra-t-il se rabattre sur les séquelles non instruites de l'esclavage dans
les rapports sociaux ? Ou à l'inverse sur un trop-plein de cette mé-
moire, comme si en Haïti le temps s'était arrêté et que les générations
se croient toutes contemporaines des avènements de l'indépendance ?
Each Head of State in Haiti is adulated when in power, and vili-
fied when forced to step down. His accumulated wealth is generally
put under sequestration, but given back to him a few years later. It is
as if memory in political life were destined to shrink to irrelevance.
Events follow one another, but do not accumulate, and they seem to
leave almost no trace. This is a structural and characteristic aspect of
the Haitian political system. This text is a probe into the lapse of
memory in the Haitian political life, on a double register : on the his-
tory of independence, from 1804 until the years 1980, therefore over
the long duration ; and on the immediate history, from the years 1980
until the present time.
The analysis focuses specifically, at first, around the memory of
the institution of slavery, from which the Haitian State has emerged
on the basis of a radical shift. What happened to this memory, to the
locations where it is anchored, to its impact on the politics of the
country over the last two centuries ?
[432]
We then ask whether the récurrence of dictatorial regimes is not
due, in part, to a tendency to forget political crimes (assassination of
opposition figures, dilapidation of public goods, absence of real sanc-
tions, etc.), which ruins the very idea of justice in the Haitian political
system. How can we explain this degradation of political life ? Should
we resort to the unrecognized consequences of slavery in social rela-
tions ? Or, on the contrary, to a saturation of this memory, as if time
had corne to a stop in Haiti, and generations ail think of themselves
as contemporary to independence ?
* * *
Tratamiento de los abusos del pasado en Haití (2024) 18
[443]
Le devoir de mémoire
et les politiques du pardon.
NOTICES BIOGRAPHIQUES
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[445]
Laënnec Hurbon est directeur du Centre d'études interdiscipli-
naires des faits religieux (CNRS) de l'École des hautes études en
sciences sociales à Paris et professeur à l'Université Quisqueya de
Port-au-Prince, dont il est l'un des membres fondateurs. Laënnec Hur-
bon est spécialiste des rapports entre religion, culture et politique dans
la Caraïbe et auteur de plusieurs ouvrages. Parmi ses publications, il
faut noter Culture et dictature en Haïti (1979), Dieu dans le Vaudou
haïtien, (1987), Comprendre Haïti (1987), Le barbare imaginaire
(1988), sous sa direction, Le phénomène religieux dans la Caraïbe
(1989), Les mystères du Vaudou (1993), Les Transitions démocra-
tiques (1996), L'insurrection des esclaves (2000), Pour une sociologie
d'Haïti au XXIe siècle, Une démocratie introuvable (2002), et de nom-
breux articles scientifiques. Il est également directeur de la revue Che-
mins Critiques.
Fin du texte