CHAP 2 : LA TARIFICATION EN TRANSPORT
ROUTIER
Objectif Général :
L’objectif général de ce chapitre est de donner à l’apprenant les notions lui permettant
de comprendre la méthode d’établissement des prix dans le transport routier de marchandises.
Objectifs spécifiques
Il sera question dans ce chapitre de :
Identifier les différentes méthodes de détermination des prix ;
Comprendre la taxe au poids et la taxe forfaitaire ;
Comprendre le seuil de rentabilité dans une opération de transport routier.
I. INTRODUCTION
Le marché du transport routier de marchandises ne connaît pas la crise ! Avec la généralisation
des achats en ligne, et l’augmentation massive des demandes d’acheminement de
marchandises. Selon la BAD, l’évolution constante de l’activité de transport routier de colis
rime également avec hausse des prix.
Les transporteurs routiers se confrontent alors à un véritable défi : « se démarquer de la
concurrence en proposant des expéditions au meilleur prix tout en rentabilisant leurs offres
pour limiter le manque à gagner ».
Type de marchandise, mode d'envoi, destination de livraison, prix, poids des colis : le choix
d’un transporteur adapté varie en fonction de nombreux facteurs qui peuvent
significativement influencer le tarif final.
1
GLT 126 : Transport routier 2
Dans le transport routier, le tarif est fixé directement en fonction du poids, des précautions et
exigences que nécessitent les marchandises, ainsi que de la distance à parcourir. Il s’agit d’un
moyen de transport aux tarifs raisonnables et qui peut prendre en charge de nombreux types de
marchandises. Les risques d’accidents et la qualité des infrastructures routières peuvent parfois
ralentir les délais.
Le client de la prestation de transport, qu’il soit importateur ou exportateur, sera soumis à la
facturation du transporteur et à différentes charges annexes. Dans ce chapitre vous allez
découvrir les critères de tarification en transport routier et vous comprendrez mieux la démarche
de réduction des coûts.
II. LES METHODES DE DETERMINATION DES COUTS
Ils sont de deux ordres :
La taxe au poids
La taxe forfaitaire
2.1. La taxe au poids
C’est un mode de calcul consistant à calculer un poids fictif par un rapport entre le poids réel
(évalué à la tonne) et le volume (en mètre cube) occupé par les marchandises. On obtient
alors un « poids taxables » déterminant le tarif du transport.
Le tarif du transport routier dépend ainsi de ces deux données, mais intègre également les
notions de distance et d’exigences d’acheminement relatives à la nature même des
marchandises. Ce mode de tarif garantit des prix raisonnables pour toutes vos opérations de
transport routier et peut s’appliquer à une grande diversité de marchandises.
2.2. La Taxe forfaitaire
Les entreprises de transport routier peuvent également appliquer une taxe forfaitaire pour
déterminer le prix d’acheminement des marchandises. Ce mode de tarification est proposé pour
les marchandises déjà conditionnées en lot ou en palette.
Pour établir un calcul précis du prix du fret routier, le transporteur applique la taxe forfaitaire
pour tous les lots ou palettes à transporter.
2
GLT 126 : Transport routier 2
2.3. La formule du trinôme pour déterminer le prix du transport de
marchandises
En plus des diverses taxes, les entreprises de transport routier de marchandises intègrent des
coûts variables pour établir le prix total dont le destinataire devra s’acquitter. Le tarif repose
ainsi sur une formule, appelée la formule du trinôme.
Cette méthode de calcul consiste à additionner trois données abrégées en CK + CC + CJ :
le coût kilométrique (CK) prend en compte la distance parcourue, les frais de carburant
et de péage, mais également l’usure relative aux pneumatiques et les réparations à
apporter sur le camion mobilisé pour le transport ;
les charges journalières (CJ) incluent les taxes, notamment la taxe à l'essieu, les
assurances et amortissements multipliés par le nombre de jours d’utilisation du camion
le coût conducteur (CC) repose sur les heures de service réalisées par le conducteur en
incluant ses frais de déplacement, son salaire et ses cotisations salariales ;
Les coûts optionnels appliqués par le transporteur
Dans le cas de marchandises fragiles, dangereuses ou onéreuses, une taxe
supplémentaire peut-être appliquée par le transporteur du fait de leur spécificité de
manutention ou de conditionnement. À cela peut s’ajouter un coût additionnel pour l'expédition
et la livraison des marchandises, en particulier pour un envoi en express ou un transport
international.
Certains transporteurs peuvent également proposer des options à leurs clients, par exemple un
prêt d’équipements comme une grue, un transpalette ou un hayon. Enfin, une
commission, d’un prix variable, peut être appliquée par le transporteur, notamment en cas de
sous-traitance, que ce soit pour les opérations de transport, de livraison ou même de stockage
des colis et marchandises.
3
GLT 126 : Transport routier 2
III. LA CLASSIFICATION DES COÛTS
Dans le routier, l’entreprise a une activité de prestations de service et elle vend « des
kilomètres ». Pour réaliser ces kilomètres, il faut du temps. Ainsi toute entreprise pour assurer
sa profitabilité et sa pérennité doit être capable de maitriser ses coûts. Dans l’industrie du
transport comme dans toute autre industrie, la différence entre deux prestataires transport à
qualité de service égale se situe au niveau du coût de revient. La compétitivité de leurs tarifs
fixés par le marché réside donc dans leur capacité à optimiser le coût du process transport.
Le coût de gestion d’un camion se décompose en coûts fixes (qui ne dépendent pas directement
du nombre de kilomètres totaux parcourus par les camions de l’entreprise) et coûts variables
(liés à l’utilisation des véhicules). Pour chaque catégorie de charges, on utilise des unités
d’œuvre :
pour les charges variables, l’unité d’œuvre est le kilomètre
pour les charges fixes, l’unité d’œuvre est la journée
3.1. Les coûts variables
Les frais variables varient en proportion de l’augmentation ou de la diminution du volume de
kilomètres vendus. Ces frais sont habituellement identifiables et faciles à calculer. "Plus on
roule plus on consomme"
Dans le transport, on retrouve généralement dans cette catégorie :
Les matières premières (carburant);
l'entretien du véhicule (vidange, réparation, lavage, lubrifiants)
les pneumatiques
les péages
3.2. Les coûts fixes
Les coûts fixes, c’est-à-dire ceux qui ne sont pas identifiés comme variables, se retrouveront
dans les coûts fixes. Ils sont souvent périodiques et ne fluctuent pas, ou très peu, en fonction du
volume des ventes. Ils ne sont pas cependant fixes à 100 % puisqu’en dehors d’un certain niveau
d’activité, ils peuvent augmenter ou diminuer.
4
GLT 126 : Transport routier 2
3.2.1. Conducteur (tous les coûts liés à un conducteur attaché à un véhicule
désigné)
Le salaire du conducteur : temps de conduite journalière
le salaire du conducteur de remplacement, si vous utilisez le véhicule tous les jours
de l'année
Les charges sociales afférentes à ces salaires
Les frais de déplacement en fonction du nombre de jours travaillés
3.2.2. Véhicule (tous les coûts liés à un véhicule désigné)
l'amortissement (perte de valeur de véhicule en raison de son utilisation et du progrès
technique) annuel du véhicule (et de la remorque éventuellement) en valeur de
renouvellement
les visites techniques
les taxes (taxe à l'essieu pour les marchandises)
les assurances du véhicule (responsabilité civile véhicule, vol, incendie ...)
les assurances marchandises ou bagages
les coûts liés au financement du véhicule (et de la remorque)
3.2.3. Structure (tout ce qui concerne le fonctionnement de l'entreprise)
Frais administratif (salaire du chef d'entreprise, du personnel hors conducteurs sans
oublier les charges)
Frais commerciaux (commercial, publicité)
Impôts et taxes (Impôt sur les sociétés, taxe professionnelle)
le local commercial (bureau atelier : location ou amortissement)
les frais bancaires (agios, commissions)
les assurances (local, responsabilité civile du chef entreprise)
Les véhicules de service et du chef d'entreprise
5
GLT 126 : Transport routier 2
3.3. Le coût du transport
Le classement des charges en charges variables et charges fixes permet de présenter un compte
de résultat par variabilité (ou compte de résultat différentiel).
En dhs (euros) %
CA (1) 100,00%
Charges variables (2)
Marge sur coût variable
Charges fixes (4)
Résultat
Cette méthode est un outil d’aide à la décision car elle permet de faire apparaître distinctement
la marge sur coût variable qui permet la couverture de l’ensemble des charges fixes et de réaliser
un bénéfice
Note : La marge représente la part du chiffre d'affaires non consommée par les coûts variables et
contribue ainsi à la couverture des coûts fixes. Ce concept est l'un des éléments clés de l'analyse
du seuil de rentabilité.
On peut le formuler de différentes manières :
Le trinôme = coût variable par kilomètre + coût du conducteur par jour
+ coût fixe véhicule par jour incluant la quote part des charges de
structure
Exemple : calcul du prix de revient d’un transport sur 890 kms et 2 jours
• Variable : 0,30 €/ km
• Conducteur : 200 €/jour
• Véhicule : 150 € / jour
• Cout de revient = (0.30 * 890 kms) + (200 € * 2 jours) + (150 € * 2 jours) = 967 €
Le binôme : coût variable par kilomètre + cout fixe véhicule par jour
(conducteur par jour + cout véhicule + la quote part des charges de
structure)
6
GLT 126 : Transport routier 2
• Cout de revient = (0.30 € * 890) + (350 € * 2 jours)
• La part relative de chaque poste de coût est fluctuante dans le temps (en ce moment le
carburant a une importance relative particulièrement importante).
Le seuil de rentabilité
Le seuil de rentabilité (ou point mort) correspond au CA pour lequel on n'a ni perte, ni bénéfice.
Cela nous permet de connaître à partir de quel moment (en jours, en kilomètres, en rotations ou
en chiffre d'affaires) on a couvert tous les coûts fixes en tenant compte des coûts variables.
Le seuil de rentabilité ou chiffre d’affaires critique est le chiffre d’affaires pour lequel
l’entreprise ne réalise ni perte ni bénéfice. Lorsque le seuil de rentabilité est atteint, le résultat
est nul.
Seuil de rentabilité = charges fixes / taux de marge sur coût variable
Pour obtenir ce seuil, il convient de classer les charges selon 2 catégories (méthode binôme) :
Charges variables = "plus je produis (de km), plus je consomme..."
Charges fixes = Quelle que soit la distance parcourue, l'entreprise supporte les mêmes charges
(amortissement, location, téléphone...)
Le seuil de rentabilité se calcule sur une période définie (plus généralement l'année mais aussi
selon un nombre de rotations prévues) de façon à ce que les coûts fixes puissent être déterminées
en fonction de cette période. Le chiffres d'affaires réalisé: il peut être annuel ou au kilomètre
Les calculs qui permettent d'obtenir le seuil de rentabilité se font en 3 étapes :
La marge sur coût variable (MCV)
Le taux de marge sur coût variable. (= tx MCV)
Le seuil de rentabilité
1ère Méthode
• Chiffre d’affaires au km – coût variable au km = marge sur coût variable (MCV)
• Total des charges fixes / MCV = des kilomètres
7
GLT 126 : Transport routier 2
• Si le résultat obtenu est > au kilométrage prévu = perte
• Si le résultat est < kilométrage prévu = bénéfice
Exemple : CA : 150 000f /km, coût variable : 47 000f/ km, charges fixes pour 120 000 kms :
1000 000 f
Calculer le seuil de rentabilité en km et en CA
2ème Méthode
• Chiffre d’affaires – total des coûts variables = MCV
• Total des charges fixes / MCV = taux
• Si le taux > 1 = perte
• Si le taux = 1 = ni perte, ni bénéfice
• Si le taux < 1 = bénéfice
Exemple : CA : 15000 f /km, coût variable : 47 000f/ km, charges fixes pour 120 000 kms :
1000 000 f
3.4. Modèle de calcul de prix du transport routier de marchandises
Application : simulation prix de transport routier de marchandises
• Km parcourus : 793
• Durée du parcours : 1 H chargement, temps de transport : moyenne de 70 km par heure,
1 H déchargement
• Nombre d’heures par jour : 10
• Cout variable : 44000f /km
• Cout horaire : 21 740 f /h
• Cout fixe : 166.640f /j
8
GLT 126 : Transport routier 2
• Marge 4 % du cout de revient
• Calculer le cout de revient, ainsi que le prix de vente.
9
GLT 126 : Transport routier 2
IV. L’OPTIMISATION DE LA TARIFICATION
Pour définir le prix à facturer à ses clients, en plus des coûts évoqués précédemment, le
transporteur doit prendre en compte la notion de remplissage de son véhicule.
Exemple : un transporteur qui possède un camion capable de transporter 33 palettes de
marchandises. Ce transporteur a 2 clients à livrer à proximité l’un de l’autre :
le premier pour 10 palettes ;
le second pour 23 palettes.
Afin d’optimiser ses coûts, le transporteur a tout intérêt à grouper toutes ces palettes dans un
même envoi.
Ainsi, il réalisera une seule prestation au lieu de deux et il divisera la facture entre les clients.
Mais comment va-t-il définir la part à payer pour chaque client ?
Calcul de la tarification du transport routier
Pour définir la tarification appliquée à chaque client, le mode de transport routier peut se baser
sur trois critères :
le poids total que peut transporter le véhicule (qu’on appelle “charge utile”) ;
le mètre plancher linéaire (mpl), c’est-à-dire la surface de plancher allouée au
chargement du véhicule ;
le volume total que peut transporter le véhicule.
Afin de trancher sur le critère à utiliser, le transporteur routier devra définir celui qui lui est le
plus avantageux proportionnellement aux autres. Cette comparaison ne pourra se faire que si
les critères sont exprimés dans la même unité.
Exemple : vous disposez d’une semi-remorque et avez besoin de transporter une commande
composée de 25 palettes (palette mesurant 80 cm × 120 cm) entre Douala et Garoua-Boulaï,
Chaque palette de la commande
pèse 120 kg, soit 3 tonnes pour l’ensemble de la commande ;
a une dimension de 1,5 m3, soit 37,5 m3 pour l’ensemble de la commande ;
a un équivalent mètre plancher de 0,4, soit 10 mpl pour l’ensemble de la commande.
Voici votre grille tarifaire à la tonne transportée pour le trajet Douala- Garoua boulaï réalisé en
semi-remorque
10
GLT 126 : Transport routier 2
1 à 5,99 tonnes 6 – 12,99 tonnes 13 à 19,99 tonnes 20 tonnes et plus
365 000 335 000 300 000 250 000
Quelle que soit la quantité transportée, vous ajoutez à la tarification des frais fixes de gestion
de 15000.
Pour définir le tarif que votre client doit payer, vous devez définir les équivalents en poids :
du volume (ou poids volumique) ;
du mètre plancher (mpl).
Ainsi, vous pourrez comparer les différents critères entre eux dans une même unité (le poids en
kilogrammes).
Pour cela, vous pouvez appliquer les ratios suivants pour calculer les équivalences.
1 m3 équivaut à 330 kg.
Ici, on admet que si on multiplie le volume en m3 de la commande par 330, on obtient
l’équivalent du volume en poids kg (le poids volumique).
1 mpl équivaut à 1 760 kg.
Ici, on admet que si on multiplie le mpl de la commande par 1 760, on obtient l’équivalent du
mètre plancher linéaire en poids kg.
Ainsi, pour l’ensemble de la commande :
le poids volumique = 37,5 × 330 kg, soit 12,3 t ;
le poids équivalent mpl = 10 × 1 760 kg, soit 17,6 t ;
et pour rappel le poids réel est de 3 t.
Le transporteur routier basera sa tarification sur le critère le plus élevé, soit ici le mètre plancher
linéaire. La tarification à appliquer pour le client sera donc la suivante :
Tonnage du critère le plus élevé × Tarif à la tonne + Frais fixes = 17,6t * 300 000 + 15 000
Note :
1. chaque transporteur a son propre rapport poids/volume ou poids/mètre plancher. Les
informations ci-dessus sont données à titre indicatif
2. La tarification des transports urbains par taxi, péri urbains et interurbains par car et
autobus est harmonisé par le Ministre du commerce.
11
GLT 126 : Transport routier 2