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Résumé des lectures au Lycée Carriat

Cour de fr
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RECAPITULATIF DES LECTURES ET DES TEXTES

étudiés, SESSION 2024

Etablissement : Lycée Carriat Bourg en Bresse

Classe : 1ère 5

Situation(s) particulière(s) :

Une élève a obtenu un aménagement de la liste des textes ainsi ramenés à 17.
Trois élèves de la classe bénéficient d’un tiers temps.

OBJET D’ETUDE : Littérature d’idée du XVI au XVIIIème siècle


Intitulé du parcours :
Œuvre intégrale : Parcours
Les Caractères, La Bruyère La Comédie sociale

TEXTES POUR L’EXPLICATION LINEAIRE- Choix collectifs


Texte 1: Arrias, ou les mésaventures d’un vantard Texte 4 : Fable Les animaux malades de la peste, La
(V,9) Fontaine
Texte 2 : Pamphile, portrait d’un vaniteux, (IX, 50) Texte 5 : La Princesse de Clèves (description de la cour),
Mme de Lafayette

FACULTATIF- TEXTE(S) SUPPLEMENTAIRE(S) POUR L’EXPLICATION LINEAIRE – Choix individuels


Texte - Nombre d’élève(s) concerné(s) : Aucun Texte – Nombre d’élève(s) concerné(s) : Aucun
LECTURE(S) CURSIVE(S) proposées aux élèves
Titre(s) : Zadig, Voltaire
Les Lettres persanes, Montesquieu

1
RECAPITULATIF DES LECTURES ET DES TEXTES
étudiés, SESSION 2024

Etablissement : Lycée Carriat Bourg en Bresse

Classe : 1ère 5

Situation(s) particulière(s) :

OBJET D’ETUDE : Le roman et le récit du Moyen-Âge au XXIème siècle


Intitulé du parcours :
Œuvre intégrale : Parcours
Manon, L’Abbé Prévost Personnage en marge, plaisir du romanesque

TEXTES POUR L’EXPLICATION LINEAIRE- Choix collectifs


Texte 1 : La rencontre Texte 4 : L’entrée en scène de Nana, chap.1, Zola
Texte 2 : La lettre Texte 5 : Les Liaisons dangereuses, Lettre LXXXI, Laclos

FACULTATIF- TEXTE(S) SUPPLEMENTAIRE(S) POUR L’EXPLICATION LINEAIRE – Choix individuels


Texte - Nombre d’élève(s) concerné(s) : Aucun Texte – Nombre d’élève(s) concerné(s) : Aucun
LECTURE(S) CURSIVE(S) proposées aux élèves
Titre(s) :
Salina, Laurent Gaudé
La Dame aux Camélias, Alexandre Dumas
Ourika, Marguerite de Duras
Nana, Zola
Noire, la vie méconnue de Claudette Chauvin, Tania de Montaigne

2
RECAPITULATIF DES LECTURES ET DES TEXTES
étudiés, SESSION 2024

Etablissement : Lycée Carriat Bourg en Bresse

Classe : 1ère5

Situation(s) particulière(s) :

Trois élèves de la classe bénéficient d’un tiers temps.

OBJET D’ETUDE : Le théâtre du XVIIème au XXIe siècle


Intitulé du parcours :
Œuvre intégrale : Parcours
Juste la fin du monde, Jean-Luc Lagarde Crise familiale, crise personnelle

TEXTES POUR L’EXPLICATION LINEAIRE- Choix collectifs


Texte 1: Le prologue Texte 4 : Monologue de Rodrigue, Le Cid, act. 1, sc.6
Texte 2: Part.I, sc.10 : « Au début, ce que l’on croit … Corneille
Texte 5 : Phèdre, Acte I, sc.3, Racine
On est bien. Je suis bien. »

Texte 3 : [Link], sc.2 : « Elle ne te dit rien de mal… Je


crois aussi. »

FACULTATIF- TEXTE(S) SUPPLEMENTAIRE(S) POUR L’EXPLICATION LINEAIRE – Choix individuels


Texte - Nombre d’élève(s) concerné(s) : Aucun Texte – Nombre d’élève(s) concerné(s) : Aucun
LECTURE(S) CURSIVE(S) proposées aux élèves
Titre(s) : La Machine infernale, Cocteau
Incendie, Wajdi Mouawad
Le Dieu du carnage, Yasmina Réza

3
RECAPITULATIF DES LECTURES ET DES TEXTES
étudiés, SESSION 2024

Etablissement : Lycée Carriat Bourg en Bresse

Classe : 1ère5

Situation(s) particulière(s) :

Trois élèves de la classe bénéficient d’un tiers temps.

OBJET D’ETUDE : La poésie du XIXème au XXIe siècle


Intitulé du parcours :
Œuvre intégrale : Parcours
Les Cahiers de Douai, Arthur Rimbaud Emancipations créatrices

TEXTES POUR L’EXPLICATION LINEAIRE- Choix collectifs


Texte 1: La Vénus Anadyomène Texte 3 : L’Alchimie de la douleur, Baudelaire, les Fleurs
du mal
Texte 2 : Le Mal

Texte 3 : Les Effarés

FACULTATIF- TEXTE(S) SUPPLEMENTAIRE(S) POUR L’EXPLICATION LINEAIRE – Choix individuels


Texte - Nombre d’élève(s) concerné(s) : Aucun Texte – Nombre d’élève(s) concerné(s) : Aucun
LECTURE(S) CURSIVE(S) proposées aux élèves
Titre(s) :
Les Amours jaunes, Corbière
Les Complaintes, Jules Laforgue

4
RECAPITULATIF DES LECTURES CHOISIES PAR LES ELEVES DE LA CLASSE POUR L’ENTRETIEN

Choix personnel des élèves


Titre des ouvrages Nombre d’élèves concernés par ce choix
Zadig, Voltaire Salina, Laurent Gaudé
1 9
Les Lettres persanes, Montesquieu Ourika, De Duras
2 19
Manon Lescaut, L’Abbé Prévost Nana, Zola
1 4

5
RECAPITULATIF DES LECTURES ET DES TEXTES
étudiés, SESSION 2024

Etablissement : Lycée Carriat Bourg en Bresse

Classe : 1ère 7

Situation(s) particulière(s) :

Une élève a obtenu un aménagement de la liste des textes ainsi ramenés à 17.

OBJET D’ETUDE : Littérature d’idée du XVI au XVIIIème siècle


Intitulé du parcours :
Œuvre intégrale : Parcours
Les Caractères, La Bruyère La Comédie sociale

TEXTES POUR L’EXPLICATION LINEAIRE- Choix collectifs


Texte 1: Arrias, ou les mésaventures d’un vantard Texte 4 : Fable Les animaux malades de la peste, La
(V,9) Fontaine
Texte 2 : Pamphile, portrait d’un vaniteux, (IX, 50) Texte 5 : La Princesse de Clèves (description de la cour),
Mme de Lafayette

FACULTATIF- TEXTE(S) SUPPLEMENTAIRE(S) POUR L’EXPLICATION LINEAIRE – Choix individuels


Texte - Nombre d’élève(s) concerné(s) : Aucun Texte – Nombre d’élève(s) concerné(s) : Aucun
LECTURE(S) CURSIVE(S) proposées aux élèves
Titre(s) : Zadig, Voltaire
Les Lettres persanes, Montesquieu

6
Explication linéaire

Arrias

Arrias a tout lu, a tout vu, il veut le persuader ainsi ; c’est un homme universel, et il se donne

pour tel : il aime mieux mentir que de se taire ou de paraître ignorer quelque chose. On

parle à la table d’un grand d’une cour du Nord : il prend la parole, et l’ôte à ceux qui allaient

dire ce qu’ils en savent ; il s’oriente dans cette région lointaine comme s’il en était

originaire ; il discourt des mœurs de cette cour, des femmes du pays, de ses lois et de ses

coutumes ; il récite des historiettes qui y sont arrivées ; il les trouve plaisantes, et il en rit le

premier jusqu’à éclater. Quelqu’un se hasarde de le contredire, et lui prouve nettement qu’il

dit des choses qui ne sont pas vraies. Arrias ne se trouble point, prend feu au contraire

contre l’interrupteur : « Je n’avance, lui dit-il, je ne raconte rien que je ne sache d’original : je

l’ai appris de Sethon, ambassadeur de France dans cette cour, revenu à Paris depuis

quelques jours, que je connais familièrement, que j’ai fort interrogé, et qui ne m’a caché

aucune circonstance. » Il reprenait le fil de sa narration avec plus de confiance qu’il ne l’avait

commencée, lorsque l’un des conviés lui dit : « C’est Sethon à qui vous parlez, lui-même, et

qui arrive fraîchement de son ambassade. »

La Bruyère, Les Caractères, 1688.

7
Pamphile

Pamphile ne s'entretient pas avec les gens qu'il rencontre dans les salles ou dans les cours : si l'on
en croit sa gravité et l'élévation de sa voix, il les reçoit, leur donne audience, les congédie ; il a des
termes tout à la fois civils et hautains, une honnêteté impérieuse et qu'il emploie sans
discernement ; il a une fausse grandeur qui l'abaisse, et qui embarrasse fort ceux qui sont ses amis,
et qui ne veulent pas le mépriser.

Un Pamphile est plein de lui-même, ne se perd pas de vue, ne sort point de l'idée de sa grandeur,
de ses alliances, de sa charge, de sa dignité ; il ramasse, pour ainsi dire, toutes ses pièces, s'en
enveloppe pour se faire valoir ; il dit : Mon ordre, mon cordon bleu ; il l'étale ou il le cache par
ostentation. Un Pamphile en un mot veut être grand, il croit l'être ; il ne l'est pas, il est d'après un
grand. Si quelquefois il sourit à un homme du dernier ordre, à un homme d'esprit, il choisit son
temps si juste, qu'il n'est jamais pris sur le fait : aussi la rougeur lui monterait-elle au visage s'il était
malheureusement surpris dans la moindre familiarité avec quelqu'un qui n'est ni opulent, ni puissant,
ni ami d'un ministre, ni son allié, ni son domestique. Il est sévère et inexorable à qui n'a point encore
fait sa fortune. Il vous aperçoit un jour dans une galerie, et il vous fuit ; et le lendemain, s'il vous
trouve en un endroit moins public, ou s'il est public, en la compagnie d'un grand, il prend courage, il
vient à vous, et il vous dit : Vous ne faisiez pas hier semblant de nous voir. Tantôt il vous quitte
brusquement pour joindre un seigneur ou un premier commis ; et tantôt s'il les trouve avec vous en
conversation, il vous coupe et vous les enlève. Vous l'abordez une autre fois, et il ne s'arrête pas ; il
se fait suivre, vous parle si haut que c'est une scène pour ceux qui passent. Aussi les Pamphiles sont-
ils toujours comme sur un théâtre : gens nourris dans le faux, et qui ne haïssent rien tant que d'être
naturels ; vrais personnages de comédie, des Floridors, des Mondoris.

Les Caractères, Chapitre IX, « Des Grands », La Bruyère, (1688-1696)

8
Lecture analytique : Les Animaux malades de la peste

LA FONTAINE, Fables, VII,

Un mal qui répand la terreur,


Mal que le Ciel en sa fureur
Inventa pour punir les crimes de la terre,
La peste (puisqu'il faut l'appeler par son nom),
Capable d'enrichir en un jour l'Achéron,
Faisait aux animaux la guerre.
Ils ne mouraient pas tous, mais tous étaient frappés ;
On n'en voyait point d'occupés
A chercher le soutien d'une mourante vie ;
Nul mets n'excitait leur envie,
Ni loups ni renards n'épiaient
La douce et l'innocente proie ;
Les tourterelles se fuyaient :
Plus d'amour, partant plus de joie.

Le lion tint conseil, et dit : " Mes chers amis,


Je crois que le Ciel a permis
Pour nos péchés cette infortune.
Que le plus coupable de nous
Se sacrifie aux traits du céleste courroux ;
Peut-être il obtiendra la guérison commune.
L'histoire nous apprend qu'en de tels accidents
On fait de pareils dévouements.
Ne nous flattons donc point ; voyons sans indulgence
L'état de notre conscience.
Pour moi, satisfaisant mes appétits gloutons,
J'ai dévoré force moutons.
Que m'avaient-ils fait ? Nulle offense ;
Même il m'est arrivé quelquefois de manger
Le berger.
Je me dévouerai donc, s'il le faut : mais je pense
Qu'il est bon que chacun s'accuse ainsi que moi :
Car on doit souhaiter, selon toute justice,
Que le plus coupable périsse.
- Sire, dit le renard, vous êtes trop bon roi ;
Vos scrupules font voir trop de délicatesse.
Eh bien ! manger moutons, canaille, sotte espèce,
Est-ce un péché ? Non, non. Vous leur fîtes, Seigneur,
En les croquant, beaucoup d'honneur ;
Et quand au berger, l'on peut dire
Qu'il était digne de tous maux,
Étant de ces gens-là qui sur les animaux
Se font un chimérique empire. "
Ainsi dit le renard ; et flatteurs d'applaudir.
On n'osa trop approfondir
Du tigre, ni de l'ours, ni des autres puissances,

9
Les moins pardonnables offenses :
Tous les gens querelleurs, jusqu'aux simples mâtins,
Au dire de chacun, étaient de petits saints.
L'âne vint à son tour, et dit : " J'ai souvenance
Qu'en un pré de moines passant,
La faim, l'occasion, l'herbe tendre, et, je pense,
Quelque diable aussi me poussant,
Je tondis de ce pré la largeur de ma langue.
Je n'en avais nul droit, puisqu'il faut parler net. "
A ces mots on cria haro sur le baudet.
Un loup, quelque peu clerc, prouva par sa harangue
Qu'il fallait dévouer ce maudit animal,
Ce pelé, ce galeux, d'où venait tout leur mal.
Sa peccadille fut jugée un cas pendable.
Manger l'herbe d'autrui ! quel crime abominable !
Rien que la mort n'était capable
D'expier son forfait : on le lui fit bien voir.

Selon que vous serez puissant ou misérable,


Les jugements de cour vous rendront blanc ou noir.

La Fontaine, Fables, VII, 2, 1694

10
Lecture linéaire

La Cour d’Henri II

Madame de La Fayette

L’ambition et la galanterie étaient l’âme de cette cour, et occupaient également les hommes
et les femmes. Il y avait tant d’intérêts et tant de cabales différentes et les dames y avaient tant de
part que l’amour était toujours mêlé aux affaires et les affaires à l’amour. Personne n’était tranquille
ni indifférent, on songeait à s’élever, à plaire, à servir ou à nuire, on ne connaissait ni l’ennui, ni
l’oisiveté et on était toujours occupé des plaisirs ou des intrigues. Les dames avaient des
attachements particuliers pour la reine, pour la reine dauphine, pour la reine de Navarre, pour
Madame sœur du roi, ou pour la duchesse de Valentinois. Les inclinations, les raisons de la
bienséance ou le rapport d’humeur faisaient ces différents attachements. Celles qui avaient passé la
première jeunesse et qui faisaient profession d’une vertu austère, étaient attachées à la reine. Celles
qui étaient plus jeunes, et qui cherchaient la joie et la galanterie faisaient leur cour à la reine
dauphine. La reine de Navarre avait ses favorites : elle était jeune, et elle avait du pouvoir sur le roi
son mari ; il était joint au connétable, et avait par-là beaucoup de crédit. Madame, sœur du roi,
conservait encore de la beauté, et attirait plusieurs dames auprès d’elle. La Duchesse de Valentinois
avait toutes celles qu’elle daignait regarder ; mais peu de femmes lui étaient agréables ; excepté
quelques-unes qui avaient sa familiarité et sa confiance, et dont l’humeur avait du rapport avec la
sienne, elle n’en recevait chez elle que les jours où elle prenait plaisir à avoir une cour comme celle
de la reine.

Toutes ses différentes cabales avaient de l’émulation et de l’envie les unes contre les autres ;
les dames qui les composaient avaient aussi de la jalousie entre elles, ou par la faveur, ou pour les
amants ; les intérêts de grandeur et d’élévation se trouvaient souvent joints à ces autres intérêts
moins importants, mais qui n’étaient pas moins sensibles. Ainsi il y avait une sorte d’agitation sans
désordre dans cette cour, qui la rendait très agréable, mais aussi très dangereuse pour une jeune
personne.

Madame de La Fayette, la Princesse de Clèves, 1678

Galanterie : aventures amoureuses

Il était joint au connétable : il était allié au connétable de Montmorency

Crédit : influence et prestige

Qui avaient sa familiarité : qui étaient dans son intimité

Chez elle : dans ses appartements

11
RECAPITULATIF DES LECTURES ET DES TEXTES
étudiés, SESSION 2024

Etablissement : Lycée Carriat Bourg en Bresse

Classe : 1ère 5

Situation(s) particulière(s) :

OBJET D’ETUDE : Le roman et le récit du Moyen-Âge au XXIème siècle


Intitulé du parcours :
Œuvre intégrale : Parcours
Manon, L’Abbé Prévost Personnage en marge, plaisir du romanesque

TEXTES POUR L’EXPLICATION LINEAIRE- Choix collectifs


Texte 1 : La rencontre Texte 4 : L’entrée en scène de Nana, chap.1
Texte 2 : La lettre Texte 5 : Les Liaisons dangereuses, Lettre LXXXI

FACULTATIF- TEXTE(S) SUPPLEMENTAIRE(S) POUR L’EXPLICATION LINEAIRE – Choix individuels


Texte - Nombre d’élève(s) concerné(s) : Aucun Texte – Nombre d’élève(s) concerné(s) : Aucun
LECTURE(S) CURSIVE(S) proposées aux élèves
Titre(s) :
Salina, Laurent Gaudé
La Dame aux Camélias, Alexandre Dumas
Ourika, Marguerite de Duras
Nana, Zola
Noire, la vie méconnue de Claudette Chauvin, Tania de Montaigne

12
Explication linéaire

La Rencontre

J'avais marqué le temps de mon départ d'Amiens. Hélas ! que ne le marquais-je un jour plus tôt !
j'aurais porté chez mon père toute mon innocence. La veille même de celui que je devais quitter
cette ville, étant à me promener avec mon ami, qui s'appelait Tiberge, nous vîmes arriver le coche
d'Arras, et nous le suivîmes jusqu'à l'hôtellerie où ces voitures descendent. Nous n'avions pas d'autre
motif que la curiosité. Il en sortit quelques femmes, qui se retirèrent aussitôt. Mais il en resta une,
fort jeune, qui s'arrêta seule dans la cour, pendant qu'un homme d'un âge avancé, qui paraissait lui
servir de conducteur, s'empressait pour faire tirer son équipage des paniers. Elle me parut si
charmante que moi, qui n'avais jamais pensé à la différence des sexes, ni regardé une fille avec un
peu d'attention, moi, dis-je, dont tout le monde admirait la sagesse et la retenue, je me trouvai
enflammé tout d'un coup jusqu'au transport. J'avais le défaut d'être excessivement timide et facile à
déconcerter ; mais loin d'être arrêté alors par cette faiblesse, je m'avançai vers la maîtresse de mon
cœur. Quoiqu'elle fût encore moins âgée que moi, elle reçut mes politesses sans paraître
embarrassée. Je lui demandai ce qui l'amenait à Amiens et si elle y avait quelques personnes de
connaissance. Elle me répondit ingénument qu'elle y était envoyée par ses parents pour être
religieuse. L'amour me rendait déjà si éclairé, depuis un moment qu'il était dans mon cœur, que je
regardai ce dessein comme un coup mortel pour mes désirs. Je lui parlai d'une manière qui lui fit
comprendre mes sentiments, car elle était bien plus expérimentée que moi. C'était malgré elle qu'on
l'envoyait au couvent, pour arrêter sans doute son penchant au plaisir, qui s'était déjà déclaré et qui
a causé, dans la suite, tous ses malheurs et les miens.

Extrait de la première partie de Manon Lescaut - L'abbé Prévost

13
Explication linéaire

La Lettre de Manon

Enfin, n'étant plus le maître de mon inquiétude, je me promenai à grands pas dans nos
appartements. J'aperçus, dans celui de Manon, une lettre cachetée qui était sur sa table. L'adresse
était à moi, et l'écriture de sa main. Je l'ouvris avec un frisson mortel ; elle était dans ces termes :

Je te jure, mon cher Chevalier, que tu es l'idole de mon cœur, et qu'il n'y a que toi au monde que je
puisse aimer de la façon dont je t'aime ; mais ne vois-tu pas, ma pauvre chère âme, que, dans l'état
où nous sommes réduits, c'est une sotte vertu que la fidélité ? Crois-tu qu'on puisse être bien tendre
lorsqu'on manque de pain ? La faim me causerait quelque méprise fatale ; je rendrais quelque jour le
dernier soupir, en croyant en pousser un d'amour. Je t'adore, compte là-dessus ; mais laisse-moi,
pour quelque temps, le ménagement de notre fortune. Malheur à qui va tomber dans mes filets ! Je
travaille pour rendre mon Chevalier riche et heureux. Mon frère t'apprendra des nouvelles de ta
Manon, et qu'elle a pleuré de la nécessité de te quitter.

Je demeurai, après cette lecture, dans un état qui me serait difficile à décrire car j'ignore encore
aujourd'hui par quelle espèce de sentiments je fus alors agité. Ce fut une de ces situations uniques
auxquelles on n'a rien éprouvé qui soit semblable. On ne saurait les expliquer aux autres, parce qu'ils
n'en ont pas l'idée ; et l'on a peine à se les bien démêler à soi-même, parce qu'étant seules de leur
espèce, cela ne se lie à rien dans la mémoire, et ne peut même être rapproché d'aucun sentiment
connu. Cependant, de quelque nature que fussent les miens, il est certain qu'il devait y entrer de la
douleur, du dépit, de la jalousie et de la honte. Heureux s'il n'y fût pas entré encore plus d'amour !
Elle m'aime, je le veux croire ; mais ne faudrait-il pas, m'écriai-je, qu'elle fût un monstre pour me
haïr ? Quels droits eut-on jamais sur un cœur que je n'aie pas sur le sien ? Que me reste-t-il à faire
pour elle, après tout ce que je lui ai sacrifié ? Cependant elle m'abandonne ! et l'ingrate se croit à
couvert de mes reproches en me disant qu'elle ne cesse pas de m'aimer ! Elle appréhende la faim.
Dieu d'amour ! quelle grossièreté de sentiments ! et que c'est répondre mal à ma délicatesse ! Je ne
l'ai pas appréhendée, moi qui m'y expose si volontiers pour elle en renonçant à ma fortune et aux
douceurs de la maison de mon père ; moi qui me suis retranché jusqu'au nécessaire pour satisfaire
ses petites humeurs et ses caprices. Elle m'adore, dit-elle. Si tu m'adorais, ingrate, je sais bien de qui
tu aurais pris des conseils ; tu ne m'aurais pas quitté, du moins, sans me dire adieu. C'est à moi qu'il
faut demander quelles peines cruelles on sent à se séparer de ce qu'on adore. Il faudrait avoir perdu
l'esprit pour s'y exposer volontairement.

Manon Lescaut, L’abbé Prévost, 1731

14
Explication linéaire

Nana

Chapitre 1

Zola

À ce moment, les nuées, au fond, s’écartèrent, et Vénus parut. Nana, très grande, très forte
pour ses dix-huit ans, dans sa tunique blanche de déesse, ses longs cheveux blonds simplement
dénoués sur les épaules, descendit vers la rampe avec un aplomb tranquille, en riant au public.
Et elle entama son grand air :
Lorsque Vénus rôde le soir…

Dès le second vers, on se regardait dans la salle. Était-ce une plaisanterie, quelque
gageure de Bordenave ? Jamais on n’avait entendu une voix aussi fausse, menée avec moins de
méthode. Son directeur la jugeait bien, elle chantait comme une seringue. Et elle ne savait même
pas se tenir en scène, elle jetait les mains en avant, dans un balancement de tout son corps,
qu’on trouva peu convenable et disgracieux. Des oh ! oh ! s’élevaient déjà du parterre et des
petites places, on sifflotait, lorsqu’une voix de jeune coq en train de muer, aux fauteuils
d’orchestre, lança avec conviction :
— Très chic !
Toute la salle regarda. C’était le chérubin, l’échappé de collège, ses beaux yeux écarquillés,
sa face blonde enflammée par la vue de Nana. Quand il vit le monde se tourner vers lui, il devint
très rouge d’avoir ainsi parlé haut, sans le vouloir. Daguenet, son voisin, l’examinait avec un
sourire, le public riait, comme désarmé et ne songeant plus à siffler ; tandis que les jeunes
messieurs en gants blancs, empoignés eux aussi par le galbe de Nana, se pâmaient,
applaudissaient.
— C’est ça, très bien ! bravo !
Nana, cependant, en voyant rire la salle, s’était mise à rire. La gaieté redoubla. Elle était
drôle tout de même, cette belle fille. Son rire lui creusait un amour de petit trou dans le menton.
Elle attendait, pas gênée, familière, entrant tout de suite de plain-pied avec le public, ayant l’air
de dire elle-même d’un clignement d’yeux qu’elle n’avait pas de talent pour deux liards, mais que
ça ne faisait rien, qu’elle avait autre chose. Et, après avoir adressé au chef d’orchestre un geste
qui signifiait : « Allons-y, mon bonhomme ! » elle commença le second couplet :
À minuit, c’est Vénus qui passe…

(…) Alors, sans s’inquiéter, elle donna un coup de hanche qui dessina une rondeur sous la
mince tunique, tandis que, la taille pliée, la gorge renversée, elle tendait les bras. Des
applaudissements éclatèrent. Tout de suite, elle s’était tournée, remontant, faisant voir sa nuque
où des cheveux roux mettaient comme une toison de bête ; et les applaudissements devinrent
furieux.

Nana, Emile Zola, 1880

15
Explication linéaire

Lettre LXXXI

Les Liaisons dangereuses

Choderlos de Laclos

Mais moi, qu’ai-je de commun avec ces femmes inconsidérées ? Quand m’avez-vous vue
m’écarter des règles que je me suis prescrites, et manquer à mes principes ? je dis mes principes, et
je le dis à dessein : car ils ne sont pas, comme ceux des autres femmes, donnés au hasard, reçus sans
examen et suivis par habitude ; ils sont le fruit de mes profondes réflexions ; je les ai créés, et je puis
dire que je suis mon ouvrage.

Entrée dans le monde dans le temps où, fille encore, j’étais vouée par état au silence et à
l’inaction, j’ai su en profiter pour observer et réfléchir. Tandis qu’on me croyait étourdie ou distraite,
écoutant peu à la vérité les discours qu’on s’empressait de me tenir, je recueillais avec soin ceux
qu’on cherchait à me cacher.

Cette utile curiosité, en servant à m’instruire, m’apprit encore à dissimuler ; forcée souvent de
cacher les objets de mon attention aux yeux qui m’entouraient, j’essayai de guider les miens à mon
gré : j’obtins dès lors de prendre à volonté ce regard distrait que vous avez loué si souvent.
Encouragée par ce premier succès, je tâchai de régler de même les divers mouvements de ma figure.
Ressentais-je quelque chagrin, je m’étudiais à prendre l’air de la sérénité, même celui de la joie ; j’ai
porté le zèle jusqu’à me causer des douleurs volontaires, pour chercher pendant ce temps
l’expression du plaisir. Je me suis travaillée avec le même soin et plus de peine, pour réprimer les
symptômes d’une joie inattendue. C’est ainsi que j’ai su prendre sur ma physionomie, cette
puissance dont je vous ai vu quelquefois si étonné.

J’étais bien jeune encore, et presque sans intérêt ; mais je n’avais à moi que ma pensée, et je
m’indignais qu’on pût me la ravir ou me la surprendre contre ma volonté. Munie de ces premières
armes, j’en essayai l’usage : non contente de ne plus me laisser pénétrer, je m’amusais à me montrer
sous des formes différentes ; sûre de mes gestes, j’observais mes discours ; je réglais les uns et les
autres, suivant les circonstances, ou même seulement suivant mes fantaisies : dès ce moment, ma
façon de penser fut pour moi seule, et je ne montrai plus que celle qu’il m’était utile de laisser voir.

16
RECAPITULATIF DES LECTURES ET DES TEXTES
étudiés, SESSION 2024

Etablissement : Lycée Carriat Bourg en Bresse

Classe : 1ère5

Situation(s) particulière(s) :

Trois élèves de la classe bénéficient d’un tiers temps.

OBJET D’ETUDE : Le théâtre du XVIIème au XXIe siècle


Intitulé du parcours :
Œuvre intégrale : Parcours
Juste la fin du monde, Jean-Luc Lagarde Crise familiale, crise personnelle

TEXTES POUR L’EXPLICATION LINEAIRE- Choix collectifs


Texte 1: Le prologue Texte 4 : Monologue de Rodrigue, Le Cid, act. 1, sc.6
Texte 2: Part.I, sc.10 : « Au début, ce que l’on croit … Corneille
Texte 5 : Phèdre, acte I, sc.3
On est bien. Je suis bien. »

Texte 3 : [Link], sc.2 : « Elle ne te dit rien de mal… Je


crois aussi. »

FACULTATIF- TEXTE(S) SUPPLEMENTAIRE(S) POUR L’EXPLICATION LINEAIRE – Choix individuels


Texte - Nombre d’élève(s) concerné(s) : Aucun Texte – Nombre d’élève(s) concerné(s) : Aucun
LECTURE(S) CURSIVE(S) proposées aux élèves
Titre(s) : La Machine infernale, Cocteau
Phèdre, Racine

17
Prologue

Juste la Fin du Monde

Jean-Luc Lagarde

LOUIS. – Plus tard‚ l’année d’après


– j’allais mourir à mon tour –
j’ai près de trente-quatre ans maintenant et c’est à cet âge que je mourrai‚
l’année d’après‚
de nombreux mois déjà que j’attendais à ne rien faire‚ à tricher‚ à ne plus savoir‚
de nombreux mois que j’attendais d’en avoir fini‚
l’année d’après‚
comme on ose bouger parfois‚
à peine‚
devant un danger extrême‚ imperceptiblement‚ sans vouloir faire de bruit ou commettre un geste
trop violent qui réveillerait l’ennemi et vous détruirait aussitôt‚
l’année d’après‚
malgré tout‚
la peur‚
prenant ce risque et sans espoir jamais de survivre‚
malgré tout‚
l’année d’après‚
je décidai de retourner les voir‚ revenir sur mes pas‚ aller sur mes traces et faire le voyage‚ pour
annoncer‚ lentement‚ avec soin‚ avec soin et précision
– ce que je crois –
lentement‚ calmement‚ d’une manière posée
– et n’ai-je pas toujours été pour les autres et eux‚ tout précisément‚ n’ai-je pas toujours été un
homme posé ?‚
pour annoncer‚
dire‚
seulement dire‚
ma mort prochaine et irrémédiable‚
l’annoncer moi-même‚ en être l’unique messager‚
et paraître
– peut-être ce que j’ai toujours voulu‚ voulu et décidé‚ en toutes circonstances et depuis le plus
loin que j’ose me souvenir –
et paraître pouvoir là encore décider‚
me donner et donner aux autres‚ et à eux‚ tout précisément‚ toi‚ vous‚ elle‚ ceux-là encore que je
ne connais pas (trop tard et tant pis)‚
me donner et donner aux autres une dernière fois l’illusion d’être responsable de moi-même et
d’être‚ jusqu’à cette extrémité‚ mon propre maître.

Jean-Luc Lagarce, Juste la Fin du monde, 1990.

18
Première partie, scène 10

Juste la fin du monde


Jean-Luc Lagarce

Louis

— Au début, ce que l’on croit

— j’ai cru cela —

ce qu’on croit toujours, je l’imagine,

c’est rassurant, c’est pour avoir moins peur,

on se répète à soi-même cette solution comme aux enfants

qu’on endort,

ce qu’on croit un instant,

on l’espère,

c’est que le reste du monde disparaîtra avec soi,

que le reste du monde pourrait disparaître avec soi,

s’éteindre, s’engloutir et ne plus me survivre.

Tous partir avec moi et m’accompagner et ne plus jamais revenir.

Que je les emporte et que je ne sois pas seul.

Ensuite, mais c’est plus tard

— l’ironie est revenue, elle me rassure et me conduit à nouveau –

ensuite on songe, je songeai,

19
on songe à voir les autres, le reste du monde, après la mort.

On les jugera.

On les imagine à la parade, on les regarde, ils sont à nous maintenant, on les observe et on ne les

aime pas beaucoup,

les aimer trop rendrait triste et amer et ce ne doit pas être la règle.

On les devine par avance,

on s’amuse, je m’amusais,

on les organise et on fait et refait l’ordre de leurs vies.

On se voit aussi, allongé, les regardant des nuages, je ne sais pas, comme dans les livres d’enfants,

c’est une idée que j’ai.

Que feront-ils de moi lorsque je ne serai plus là ?

On voudrait commander, régir, profiter médiocrement de leur désarroi et les mener encore un peu.

On voudrait les entendre, je ne les entends pas,

leur faire dire des bêtises définitives

et savoir enfin ce qu’ils pensent.

On pleure.

On est bien.

Je suis bien.

Jean-Luc Lagarce, Juste la Fin du monde, 1990.

20
Juste la Fin du monde

J-L Lagarce

[Link], sc.2

Catherine. -Elle ne te dit rien de mal,


Tu es juste un peu brutal, on ne peut rien te dire,
Tu ne te rends pas compte,
Parfois tu es un peu brutal,
Elle voulait juste te faire remarquer.

Antoine. -Je suis un peu brutal ?


Pourquoi tu dis ça ?
Non.
Je ne suis pas brutal.
Vous êtes terribles avec moi.

Louis. -Non, il n’a pas été brutal, je ne comprends pas ce que vous voulez dire.
Antoine. -Oh, toi, ça va, « la Bonté même » !
Catherine. -Antoine.
Antoine. – Je n’ai rien, ne me touche pas !
Faites comme vous voulez, je ne voulais rien de mal, je ne voulais rien faire faire de mal,
Il faut toujours que je fasse mal,
Je disais seulement,
Cela me semblait bien, ce que je voulais dire
-toi, non, plus, ne me touche pas !-
Je n’ai rien dit de mal,
Je disais juste qu’on pouvait l’accompagner, et là, maintenant,
Vous êtes à me regarder comme une bête curieuse,
Il n’y avait rien de mauvais dans ce que j’ai dit, ce n’est pas bien,
Ce n’est pas juste, ce n’est pas bien d’oser penser cela,

Arrêtez tout le temps de me prendre pour un imbécile !

21
Il fait comme il veut, je ne veux plus rien,
Je voulais rendre service, mais je me suis trompé,
Il dit qu’il veut partir et cela va être de ma faute,
Cela va encore être de ma faute,
Ce ne peut pas toujours être comme ça,
Ce n’est pas une chose juste,
Vous ne pouvez pas toujours avoir raison contre moi,
Cela ne se peut pas,
Je disais seulement,
Je voulais dire
Et ce n’était pas en pensant mal,
Je disais seulement,
Je voulais juste dire…

Louis. -Ne pleure pas.


Antoine. -Tu me touches : je te tue.
La mère. -Laisse-le, Louis,
Laisse-le maintenant.
Catherine. - Je voudrais que vous partiez.
Je vous prie de m’excuser, je ne vous veux aucun mal,
Mais vous devez partir.
Louis. -Je crois aussi.

Jean-Luc Lagarce, Juste la Fin du monde, 1990.

22
Monologue de Rodrigue
Le Cid

Acte 1 scène 6

291 Percé jusques au fond du cœur


D'une atteinte imprévue aussi bien que mortelle,
Misérable vengeur d'une juste querelle,
Et malheureux objet d'une injuste rigueur,

295 Je demeure immobile, et mon âme abattue


Cède au coup qui me tue.
Si près de voir mon feu récompensé,
O Dieu, l'étrange peine !
En cet affront mon père est l'offensé,

300 Et l'offenseur le père de Chimène !


Que je sens de rudes combats !
Contre mon propre honneur mon amour s'intéresse :
Il faut venger un père, et perdre une maîtresse :
L'un m'anime le cœur, l'autre retient mon bras.

305 Réduit au triste choix ou de trahir ma flamme,


Ou de vivre en infâme,
Des deux côtés mon mal est infini.
Dieu, l'étrange peine !
Faut-il laisser un affront impuni ?

310 Faut-il punir le père de Chimène ?


Père, maîtresse, honneur, amour,
Noble et dure contrainte, aimable tyrannie,
Tous mes plaisirs sont morts, ou ma gloire ternie.
L'un me rend malheureux, l'autre indigne du jour.

315 Cher et cruel espoir d'une âme généreuse


Mais ensemble amoureuse,
Digne ennemi de mon plus grand bonheur,
Fer qui causes ma peine,
M'es-tu donné pour venger mon honneur ?

23
320 M'es-tu donné pour perdre ma Chimène ?
Il vaut mieux courir au trépas.
Je dois à ma maîtresse aussi bien qu'à mon père :
J'attire en me vengeant sa haine et sa colère ;
J'attire ses mépris en ne me vengeant pas.

325 A mon plus doux espoir l'un me rend infidèle,


Et l'autre, indigne d'elle.
Mon mal augmente à le vouloir guérir,
Tout redouble ma peine.
Allons, mon âme ; et puisqu'il faut mourir,

330 Mourons du moins sans offenser Chimène.


Mourir sans tirer ma raison !
Rechercher un trépas si mortel à ma gloire !
Endurer que l'Espagne impute à ma mémoire
D'avoir mal soutenu l'honneur de ma maison !

335 Respecter un amour dont mon âme égarée


Voit la perte assurée !
N'écoutons plus ce penser suborneur,
Qui ne sert qu'à ma peine.
Allons, mon bras, sauvons du moins l'honneur,

340 Puisqu'après tout il faut perdre Chimène.


Oui, mon esprit s'était déçu.
Je dois tout à mon père avant qu'à ma maîtresse.
Que je meure au combat, ou meure de tristesse,
Je rendrai mon sang pur comme je l'ai reçu.

345 Je m'accuse déjà de trop de négligence :


Courons à la vengeance ;
Et tout honteux d'avoir tant balancé,
Ne soyons plus en peine,
Puisqu'aujourd'hui mon père est l'offensé,

350 Si l'offenseur est père de Chimène.

Le Cid (1636), Corneille, Acte I, scène 6.

24
RECAPITULATIF DES LECTURES ET DES TEXTES
étudiés, SESSION 2024

Etablissement : Lycée Carriat Bourg en Bresse

Classe : 1ère 5

Situation(s) particulière(s) :

OBJET D’ETUDE : La poésie du XIXau XXIème siècle

Intitulé du parcours :
Œuvre intégrale : Parcours
Les Cahiers de Douai, Arthur Rimbaud Emancipations créatrices

TEXTES POUR L’EXPLICATION LINEAIRE- Choix collectifs


Texte 1 : Vénus anadyomène Texte 4 : Alchimie de la douleur, Baudelaire
Texte 2 : Les Effarés
Texte 3 : Le Mal

FACULTATIF- TEXTE(S) SUPPLEMENTAIRE(S) POUR L’EXPLICATION LINEAIRE – Choix individuels


Texte - Nombre d’élève(s) concerné(s) : Aucun Texte – Nombre d’élève(s) concerné(s) : Aucun
LECTURE(S) CURSIVE(S) proposées aux élèves
Titre(s) :
Les Amours jaunes, Corbière
Les Complaintes, Jules Laforgue

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Texte n°1

Vénus Anadyomène

Comme d’un cercueil vert en fer blanc, une tête


De femme à cheveux bruns fortement pommadés
D’une vieille baignoire émerge, lente et bête,
Avec des déficits assez mal ravaudés ;

Puis le col gras et gris, les larges omoplates


Qui saillent ; le dos court qui rentre et qui ressort ;
Puis les rondeurs des reins semblent prendre l’essor ;
La graisse sous la peau paraît en feuilles plates ;

L’échine est un peu rouge, et le tout sent un goût


Horrible étrangement ; on remarque surtout
Des singularités qu’il faut voir à la loupe…

Les reins portent deux mots gravés : Clara Venus ;


– Et tout ce corps remue et tend sa large croupe
Belle hideusement d’un ulcère à l’anus.

Les Cahiers de Douai, Arthur Rimbaud, 27 juillet 1870

26
Le mal

Arthur Rimbaud

Tandis que les crachats rouges de la mitraille

Sifflent tout le jour par l’infini du ciel bleu ;

Qu’écarlates ou verts, près du Roi qui les raille,

Croulent les bataillons en masse dans le feu ;

Tandis qu’une folie épouvantable broie

Et fait de cent milliers d’hommes un tas fumant ;

– Pauvres morts ! dans l’été, dans l’herbe, dans ta joie,

Nature ! ô toi qui fis ces hommes saintement !…

– Il est un Dieu, qui rit aux nappes damassées

Des autels, à l’encens, aux grands calices d’or ;

Qui dans le bercement des hosannah s’endort,

Et se réveille, quand des mères, ramassées

Dans l’angoisse, et pleurant sous leur vieux bonnet noir,

Lui donnent un gros sou lié dans leur mouchoir !

Arthur Rimbaud

27
Les Effarés

Arthur Rimbaud

Noirs dans la neige et dans la brume,

Au grand soupirail qui s’allume,

Leurs culs en rond

A genoux, cinq petits, -misère!-

Regardent le boulanger faire

Le lourd pain blond…

Ils voient le fort bras blanc qui tourne

La pâte grise, et qui l’enfourne

Dans un trou clair.

Ils écoutent le bon pain cuire.

Le boulanger au gras sourire

Chante un vieil air.

Ils sont blottis, pas un ne bouge

Au souffle du soupirail rouge

Chaud comme un sein.

28
Et quand, pendant que minuit sonne,

Façonné, pétillant et jaune,

On sort le pain,

Quand, sous les poutres enfumées

Chantent les croûtes parfumées

Et les grillons,

Quand ce trou chaud souffle la vie;

Ils ont leur âme si ravie

Sous leurs haillons,

Ils se ressentent si bien vivre,

Les pauvres petits pleins de givre,

-Qu’ils sont là, tous,

Collant leurs petits museaux roses

Au grillage, chantant des choses,

Entre les trous,

Mais bien bas, -comme une prière…

Repliés vers cette lumière

Du ciel rouvert,

29
-Si fort, qu’ils crèvent leur culotte

-Et que leur lange blanc tremblotte

Au vent d’hiver…

Arthur Rimbaud, Recueil de Douai, 1870

30
Explication linéaire

Alchimie de la Douleur, LXXXI

Baudelaire

L'un t'éclaire avec son ardeur,


L'autre en toi met son deuil, Nature !
Ce qui dit à l'un : Sépulture !
Dit à l'autre : Vie et splendeur !

Hermès inconnu qui m'assistes


Et qui toujours m'intimidas,
Tu me rends l'égal de Midas,
Le plus triste des alchimistes ;

Par toi je change l'or en fer


Et le paradis en enfer ;
Dans le suaire des nuages

Je découvre un cadavre cher,


Et sur les célestes rivages
Je bâtis de grands sarcophages.

Baudelaire, Les Fleurs du mal, 1857

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