0% ont trouvé ce document utile (0 vote)
50 vues13 pages

Décision sur l'inconstitutionnalité en Côte d'Ivoire

Transféré par

Bada Freddy
Copyright
© © All Rights Reserved
Nous prenons très au sérieux les droits relatifs au contenu. Si vous pensez qu’il s’agit de votre contenu, signalez une atteinte au droit d’auteur ici.
Formats disponibles
Téléchargez aux formats PDF, TXT ou lisez en ligne sur Scribd
0% ont trouvé ce document utile (0 vote)
50 vues13 pages

Décision sur l'inconstitutionnalité en Côte d'Ivoire

Transféré par

Bada Freddy
Copyright
© © All Rights Reserved
Nous prenons très au sérieux les droits relatifs au contenu. Si vous pensez qu’il s’agit de votre contenu, signalez une atteinte au droit d’auteur ici.
Formats disponibles
Téléchargez aux formats PDF, TXT ou lisez en ligne sur Scribd

REPUBLIQUE DE COTE D’IVOIRE

Union – Discipline – Travail


-------------

EXPEDITION

DECISION N° CI-2017-305/21-03/CC/SG
du 21 mars 2017 relative au recours en inconstitutionnalité des articles 5 et
22 de la loi organique n°2016-11 du 13 janvier 2016 portant modification
de la loi n°2014-424 du 14 juillet 2014 portant création, organisation et
fonctionnement des juridictions de commerce et des articles 5, 10 et 41 de
la loi n°2016-1110 du 08 décembre 2016 portant création, organisation et
fonctionnement des juridictions de commerce.

AU NOM DU PEUPLE DE COTE D’IVOIRE,

LE CONSEIL CONSTITUTIONNEL,

Vu la Constitution ;

Vu la Loi organique N°2001-303 du 05 juin 2001 déterminant


l’organisation et le fonctionnement du Conseil constitutionnel ;

Vu la requête de Madame BARRO Aminata épouse SOUMAHORO et


consorts, ayants droit de feu BARRO Bassabana en date du 06
mars 2017 enregistrée au Secrétariat général du Conseil
constitutionnel le 08 mars 2017 sous le numéro 002/2017 ;

Vu les pièces du dossier ;

Ouï le Conseiller-Rapporteur ;
I-Les faits

Considérant que par la requête susvisée, Madame BARRO Aminata


épouse SOUMAHORO et consorts, ayants droit de feu BARRO
Bassabana, demeurant à Abidjan-Cocody, quartier du lycée
technique, 01 BP. 10387 Abidjan 01, ayant pour Conseil Maître
TOURE Kadidia, Avocat au Barreau de Côte d’Ivoire, y
demeurant Abidjan-Cocody Riviera Allabra lot 128, 02 BP. 23
Abidjan 02, Tél. 22-47-68-75, Cel. 07-52-20-59, ont saisi le
Conseil constitutionnel d’un recours en inconstitutionnalité
des articles 5 et 22 de la loi organique n°2016-11 du 13 janvier
2016 portant modification de la loi organique n°2014-424 du
14 juillet 2014 portant création, organisation et
fonctionnement des juridictions de commerce, et des articles 5,
10 et 41 de la loi du 08 décembre 2016 portant création,
organisation et fonctionnement des juridictions de commerce,
sur la base de l’article 135 de la Constitution et des articles 26 à
30 de la loi organique sur le Conseil constitutionnel ;

Qu’au soutien de leur requête, amplifiée par l’exposé oral de leur


conseil, ils exposent que dans le cadre d’un litige les opposant à
la Banque Internationale pour l’Afrique de l’Ouest en
Côte d’Ivoire dite BIAO-CI, qu’ils avaient assignée en restitution
de sommes d’argent et en paiement de dommages et intérêts
devant le Tribunal de Commerce d’Abidjan, ils se sont entendus
ordonner par ledit tribunal, à la première audience d’évocation
de l’affaire, le 03 février 2017, de justifier, en application des
dispositions de la loi organique n°2016-11 du 13 janvier 2016
portant modification de la loi organique n°2014-424 du 14
juillet 2014 portant création, organisation et fonctionnement
des juridictions de commerce, les diligences qu’ils ont
accomplies en vue de la tentative de règlement à l’amiable,
préalablement à la saisine du tribunal ;

Que, poursuivent-ils, la cause a été renvoyée au 10 février 2017 à


cette fin ;

2
Qu’entre temps, disent-ils, la loi n°2016-1110 du 08 décembre 2016
portant création, organisation et fonctionnement des
juridictions de commerce, abrogeant, en son article 61, la loi
organique n°2014-424 du 14 juillet 2014, précitée, est entrée
en vigueur ;

Que, cependant, ajoutent-ils, avant l’audience du 10 février 2017, ils


ont pris des conclusions en date du 09 février 2017 pour
soulever l’exception d’inconstitutionnalité de la loi organique
n°2016-11 du 13 janvier 2016 modifiant la loi organique
n°2014-424 du 14 juillet 2014 portant création, organisation et
fonctionnement des juridictions de commerce en ses articles 5
et 22 ;

Que, poursuivent-ils, à la suite du dépôt desdites conclusions, le


tribunal a rendu, le 24 février 2017, une décision de sursis à
statuer, en leur impartissant un délai de quinze (15) jours pour
saisir le Conseil constitutionnel ;

Que, concluent-ils, au regard de l’abrogation de la loi organique


n°2016-11 du 13 janvier 2016 portant modification de la loi
organique n°2014-424 du 14 juillet 2014 portant création,
organisation et fonctionnement des juridictions de commerce
par la nouvelle loi organique n°2016-1110 du 08 décembre
2016 portant création, organisation et fonctionnement des
juridictions de commerce, reprenant en ses articles 5 et 41 les
dispositions incriminées des articles 5 et 22 de l’ancienne loi, il
plaira au Conseil constitutionnel, en application des articles 26
et suivants de la loi organique n°2001-303 du 05 juin 2001
déterminant son fonctionnement, d’une part, de les recevoir en
leur demande en déclaration d’inconstitutionnalité des
dispositions légales visées par eux, et, d’autre part, de les y dire
bien fondés et déclarer inconstitutionnelles les dispositions
légales incriminées ;

3
II- Sur la recevabilité

Considérant que les requérants ont saisi la juridiction


constitutionnelle de leur recours en inconstitutionnalité sur la
base, entre autres, de l’article 135 de la Constitution selon
lequel « tout plaideur peut, par voie d’exception, soulever
l’inconstitutionnalité d’une loi devant toute juridiction. La
juridiction devant laquelle la contestation de la loi est soulevée
sursoit à statuer et impartit au plaideur un délai de quinze (15)
jours pour saisir le Conseil constitutionnel. A l’expiration de ce
délai, si le requérant ne rapporte pas la preuve de la saisine du
Conseil, la juridiction statue » ;

Considérant que par leurs productions, notamment l’acte


d’assignation à comparaitre devant le tribunal de commerce
d’Abidjan délivrée à la BIAO-CI le 20 janvier 2017, les
conclusions en date du 09 février 2017 soulevant l’exception
d’inconstitutionnalité des articles 5 et 22 de la loi organique
n°2016-11 du 13 janvier 2016 susvisée, le jugement avant dire
droit du 24 février 2017 ordonnant le sursis à statuer et leur
impartissant un délai de quinze (15) jours pour saisir le
Conseil constitutionnel, les requérants justifient s’être
conformés aux dispositions de l’article 135 de la Constitution ;

Considérant, par ailleurs, qu’ils ont saisi le Conseil constitutionnel


par voie de requête, conformément aux dispositions de l’article
19 alinéa 3 de la loi organique sur ledit Conseil ;

Que la requête ayant respecté les conditions de forme et délai


prévues par les lois en vigueur, doit être déclarée régulière et
recevable ;

4
III- Sur le fond

Considérant que les requérants soulèvent l’exception


d’inconstitutionnalité, d’une part, des articles 5 et 22 de la loi
organique n°2016 du 13 janvier 2016, portant modification de
la loi n°2014-424 du 14 juillet 2014 portant création,
organisation et fonctionnement des juridictions de commerce
et, d’autre part, des articles 5, 10 et 41 de la loi n°2016-1110
du 08 décembre 2016 portant création, organisation et
fonctionnement des juridictions de commerce ;

A- Sur l’exception d’inconstitutionnalité des articles 5 et 22


de la loi organique n°2016-11 du 13 janvier 2016

Considérant que les requérants soulèvent l’exception


d’inconstitutionnalité des articles précités, en s’appuyant sur
deux (02) moyens tirés de la violation de deux (02) textes
respectifs, à savoir : l’article 20 de la n°2000-513 du 1er août
2000 portant Constitution de la Côte d’Ivoire, et les articles 1 et
3 de la loi n°72-033 du 21 décembre 1972 modifiées par les
lois n°78-663 du 05 août 1978, 93-670 du 09 août 1993, 96-
674 du 29 août 1996, 97-516 et 97-517 du 04 septembre 1999
portant code de procédure civile, commerciale et
administrative ;

1. Sur le moyen tiré de la violation de l’article 20 de la loi n°2000-


513 du 1er août 2000 portant Constitution de la Côte d’Ivoire

Considérant que, selon les requérants, les articles 5 et 22 de la loi


organique n°2016-11 du 13 janvier 2016 portent atteinte au
droit de libre et égale accès à la justice, garanti à toute
personne par l’article 20 de la loi n°2000-513 du 1er août 2000
portant Constitution de la Côte d’Ivoire ;

5
Considérant cependant que l’article 20 de la loi n°2000-513 du
1er août 2000 portant Constitution de la Côte d’Ivoire invoquée
comme ayant été violé par les articles 5 et 22 précités, n’a plus
cours, ladite Constitution ayant été abrogée par la Constitution
du 08 novembre 2016, entrée en vigueur, conformément à son
article 184, à compter du jour de sa promulgation par le
Président de la République, soit le 08 novembre 2016, et
publiée au Journal Officiel du mercredi 09 novembre 2016,
donc antérieurement à la procédure engagée par les
requérants devant le juge judiciaire le 20 janvier 2017 ;

Considérant que le Conseil constitutionnel ne peut contrôler la


constitutionnalité d’une loi qu’aux regards des dispositions
constitutionnelles en vigueur ;

Que tel n’est pas le cas en l’espèce ;

Qu’il en résulte que le moyen n’est pas fondé ;

2. Sur le moyen tiré de la violation des articles 1er et 3 de la loi


n°72-033 du 20 décembre 1972 et ses diverses modifications,
portant code de procédure civile, commerciale et administrative

Considérant que, selon les requérants, l’article 22 de la loi du 13


janvier 2016 viole les articles 1 et 3 du code de procédure
civile, commerciale et administrative, en ce que ledit article
sanctionne d’irrecevabilité l’action des parties en cas de défaut
de tentative de transaction préalable à la saisine du tribunal de
commerce, ajoutant ainsi à l’article 3 dudit code, une condition
supplémentaire de recevabilité de l’action en justice ;

Considérant cependant que le Conseil constitutionnel est


compétent pour contrôler la conformité d’une loi à la
Constitution ;

Considérant que les articles 1 et 3 du code de procédure civile,


commerciale et administrative n’étant pas des dispositions
constitutionnelles, mais législatives, ne peuvent servir de base
de contrôle de l’article 22 de la loi du 13 janvier 2016 ;
6
Qu’il en résulte que le moyen n’est pas fondé ;

B- Sur l’exception d’inconstitutionnalité des articles 5 et 41


de la loi n°2016-1110 du 08 décembre 2016

Considérant que, les requérants soulèvent l’exception


d’inconstitutionnalité des articles 5 et 41 de la loi du 08
décembre 2016 en s’appuyant sur deux (02) moyens tirés de la
violation de deux (02) textes respectifs, à savoir : l’article 6 de
la Constitution et les articles 2 et 7-1 de la Charte Africaine des
Droits de l’Homme et des Peuples ;

Considérant que l’article 6 de la Constitution dispose que : « le


droit de toute personne à un libre et égal accès à la justice est
protégé et garanti » ;

Considérant qu’il résulte de l’article 2 de la Charte Africaine des


Droits de l’Homme et des Peuples que « toute personne a droit
à la jouissance des droits et libertés reconnus par la présente
Charte sans distinction aucune… », et de l’article 7-1 que
« toute personne a droit à ce que sa cause soit entendue. Ce
droit comprend : le droit de saisir les juridictions compétentes
nationales de tout acte violant les droits fondamentaux qui lui
sont reconnus et garantis par les conventions, les lois, les
règlements et coutumes en vigueur… » ;

Considérant que dans son préambule, la Constitution se réfère,


entre autres, à la Charte Africaine des Droits de l’Homme et des
Peuples de 1981 ; que le préambule étant intégré à la
Constitution et ayant la même valeur juridique, les deux (02)
moyens susvisés des requérants peuvent être regroupés pour
faire l’objet d’un seul et même examen, les deux (02) textes
régissant l’accès à la justice ;

Considérant, selon les requérants, que les articles 5 et 41


incriminés, prévoyant une tentative de règlement à l’amiable
obligatoire, avant toute saisine du tribunal de commerce, sous
peine d’irrecevabilité de l’action intentée, violent les articles
7
visés au moyen, en ce qu’ils imposent à certains justiciables,
notamment ceux du tribunal de commerce, en plus des
conditions générales de recevabilité de l’action en justice, qui
conditionnent l’accès à la justice, énoncées à l’article 3 du code
de procédure civile, commerciale et administrative, à savoir :
l’intérêt, la qualité et la capacité à agir, une condition
particulière, en l’occurrence l’obligation préalable de tentative
de règlement à l’amiable, non prévue devant le tribunal de
première instance, statuant en matière commerciale, créant
ainsi, selon eux, une inégalité de traitement entre justiciables
du tribunal de commerce et justiciables du tribunal de
première instance, relativement à l’accès à la justice ; que, de
même, lesdits articles, toujours selon les requérants, sont de
nature à entraver le droit de libre accès à la justice des
justiciables du tribunal de commerce, notamment en cas de
difficulté rendant impossible toute communication entre les
parties, et donc l’entreprise d’une tentative de règlement
amiable ; que, par ailleurs, les dispositions légales incriminées,
selon eux, ne déterminent pas les modes d’administration de la
preuve de cette procédure amiable, ce qui peut être une source
de difficulté d’accès à la justice pour les mêmes justiciables,
alors que les articles visés au moyen, notamment l’article 6 de
la Constitution, garantissent et protègent le droit de toute
personne à un libre et égal accès à la justice ;

Considérant, cependant, que les requérants n’ont pas soulevé


devant le juge judiciaire l’inconstitutionnalité des articles 5 et
41 de la loi du 08 décembre 2016 qu’ils incriminent devant le
Conseil constitutionnel, ce qu’ils ne contestent pas, justifiant
cela par le fait que ladite loi a été votée, promulguée et publiée
après la loi n°2016-886 du 08 novembre 2016 portant
Constitution de la République de Côte d’Ivoire ;

Que, par contre, ils ont soulevé devant ledit juge


l’inconstitutionnalité des articles 5 et 22 de la loi du 13 janvier
2016 susvisée, sur la base de l’article 20 de la Constitution de
2000 disposant que « toute personne a droit à un libre et égal
accès à la justice » ;

8
Considérant que les articles 5 et 22 de la loi du 13 janvier 2016
sont ainsi libellés :
 article 5 : « la tentative de règlement amiable est obligatoire
avant toute saisine du tribunal de commerce et se tient entre
les parties elles-mêmes, ou avec l’intervention d’un tiers dans
le cadre d’une médiation ou d’une conciliation » ;
 article 22 :
- « au jour fixé par l’audience, si les parties
comparaissent ou sont régulièrement représentées, le
tribunal de commerce s’assure que les parties ont
entrepris des diligences en vue de parvenir à une
résolution amiable de leur litige ;
- si les parties ont rempli ces diligences, mais n’ont pu
s’accorder, et que l’affaire est en état d’être jugée, le
tribunal délibère, dans les meilleurs délais, sur rapport
d’un de ses membres ;
- ce délai ne peut excéder quinze (15) jours ;
- si l’affaire n’est pas en état d’être jugée, le tribunal la
renvoie à une prochaine audience et confie à l’un de ses
membres le soin de l’instruire en qualité de juge
rapporteur ;
- si les parties n’ont entrepris aucune diligence en vue de
parvenir à un règlement amiable, le tribunal déclare
l’action irrecevable » ;

Considérant que les dispositions des articles 5 et 22 ont été repris


à l’identique par les articles 5 et 41 de la loi du 08 décembre
2016, déférés par les requérants en contrôle de
constitutionnalité sur la base de l’article 6 susvisé de la
Constitution ;

9
Considérant, cependant, que les articles 5 et 22 ont déjà été
contrôlés par voie d’action, sur saisine du Président de la
République, et déclarés conformes à la Constitution de 2000,
dont l’article 20 est une reprise de l’article 6 de la Constitution
de 2016, par la décision n°CI-2016-165/26-01/CC/SG ;

Qu’ainsi, la conformité à la Constitution des articles 5 et 41


incriminés de la loi 08 décembre 2016, qui ont repris dans les
mêmes termes, les dispositions susvisées des articles 5 et 22,
est établie par ladite décision ;

Que, même intervenue dans un cadre différent de celui de la


requête, procédant par voie d’exception, et non par voie
d’action, comme sus indiqué, cette décision a autorité de la
chose jugée, à partir du moment où les dispositions législatives
contestées ont déjà fait l’objet d’un contrôle général et abstrait
de conformité à la Constitution et déclarée, par le Conseil
constitutionnel, conforme à celle-ci, à l’issue de ce contrôle ;

Que le caractère général et abstrait dudit contrôle, qui s’opère


identiquement, quel que soit le cadre d’intervention et la
personne des requérants, confère à cette décision un effet erga
omnes, qui s’impose à tous, et donc aux requérants, en vertu de
l’article 138 de la Constitution ;

Que l’autorité de la chose jugée attachée à ladite décision par


l’article 138 susvisé de la Constitution interdit que des
dispositions législatives déjà contrôlées et déclarées conformes
à la Constitution fassent l’objet d’un nouvel examen de la
juridiction constitutionnelle ;

Qu’il s’ensuit que le moyen n’est pas fondé et doit être rejeté ;
C- Sur l’exception d’inconstitutionnalité de l’article 10 de la
loi du 08 décembre 2016

10
Considérant que les requérants soulèvent l’exception
d’inconstitutionnalité de l’article 10 susvisé, en ce qu’il institue,
en vue de la procédure d’appel, un taux de ressort différent de
celui de l’article 6 du code de procédure civile, commerciale et
administrative, applicable également en matière commerciale
devant le tribunal de première instance, créant ainsi, selon eux,
une inégalité d’accès à la justice d’appel, contraire, toujours
selon eux, aux dispositions de l’article 6 de la Constitution ;

Considérant qu’il résulte dudit article 10 que les tribunaux de


commerce statuent :

- en premier ressort, sur toutes les demandes dont


l’intérêt du litige est supérieur à vingt-cinq millions de
francs (25.000.000 f) ou est indéterminé ;

- en premier et dernier ressort sur toutes les demandes


dont l’intérêt du litige n’excède pas vingt-cinq millions
de francs (25.000.000 f) ;

Considérant cependant que les requérants n’ont pas soulevé


devant le juge judiciaire l’inconstitutionnalité de l’article qu’ils
incriminent devant le Conseil constitutionnel ;

Considérant que l’article 135 de la Constitution disposant, d’une


part, que tout plaideur peut, par voie d’exception, soulever
l’inconstitutionnalité d’une loi devant toute juridiction, et,
d’autre part, que la juridiction devant laquelle la contestation
est soulevée sursoit à statuer et impartit au plaideur un délai
de quinze (15) jours pour saisir le Conseil constitutionnel,
implique que ledit plaideur soumette à la juridiction
constitutionnelle la loi contestée devant le juge judiciaire ;

Qu’en l’espèce, l’article 10 incriminé n’est pas impliqué au litige


qui se déroule devant le tribunal de commerce entre les
parties, cet article étant uniquement relatif à la procédure
d’appel ;

11
Considérant, selon l’article 3 du code de procédure civile,
commerciale, et administrative, que l’action en justice n’est
recevable, entre autres, que si le demandeur justifie d’un
intérêt légitime juridiquement protégé direct et personnel ;

Que l’intérêt à agir des requérants, et donc à saisir le Conseil


constitutionnel, d’une telle exception n’apparait pas ;

Qu’en tout état de cause, la loi du 08 décembre 2016 dont l’article


10 est incriminé a abrogé en son article 61 la loi organique
n°2014-424 du 14 juillet 2014 portant création, organisation et
fonctionnement des juridictions de commerce, qui comportait
en son article 20, une disposition relative à un taux de ressort
différent de celui de l’article 6 du code de procédure civile,
commerciale et administrative, d’ailleurs supérieur à celui de
l’article 10 susvisé ;

Considérant que la loi du 14 juillet 2014 a déjà été contrôlée par


voie d’action, sur saisine du Président de la République, et
déclarée conforme en toutes ses dispositions à la Constitution,
par la décision n°CI-2016-165/26-01/CC/SG ;

Qu’ainsi, la conformité à la Constitution de l’article 10 incriminé de


la loi 08 décembre 2016, qui a repris dans les mêmes termes
les dispositions de l’article 20, aux montants près, de la loi
susvisée du 14 juillet 2014, est établie par la décision précitée
du Conseil constitutionnel ;

Que l’autorité de la chose jugée attachée à sa décision par l’article


138 de la Constitution interdit de saisir le Conseil
constitutionnel de lois ou de dispositions législatives déjà
contrôlées, soit par voie d’action, soit par voie d’exception, et
déclarées conformes à la Constitution ;

Que tel est le cas en espèce ;

Qu’il en résulte que le moyen n’est pas fondé et doit être rejeté ;

12
Décide :

Article premier : Déclare la requête recevable ;

Article 2 : La déclare mal fondée et la rejette ;

Article 3 : Dit que la présente décision sera notifiée aux requérants


et publiée au Journal Officiel de la République de Côte
d’Ivoire ;

Décision délibérée par le Conseil constitutionnel en sa séance du


21 mars 2017 ;

Où siégeaient :
Mesdames et Messieurs
Mamadou KONE, Président
Hyacinthe SARASSORO, Conseiller
François GUEI, Conseiller
Emmanuel TANO Kouadio, Conseiller
Loma CISSE épouse MATTO, Conseiller
Geneviève Affoué KOFFI épouse KOUAME, Conseiller
Emmanuel ASSI, Conseiller
Assistés de Monsieur COULIBALY-KUIBIERT Ibrahime, Secrétaire
Général du Conseil constitutionnel, qui a signé avec le Président.
Le Secrétaire Général Le Président

COULIBALY-KUIBIERT Ibrahime Mamadou KONE

POUR EXPEDITION CERTIFIEE CONFORME A LA MINUTE

Abidjan, le

Le Secrétaire Général

COULIBALY-KUIBIERT Ibrahime
13

Vous aimerez peut-être aussi