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Région et Développement

n° 45-2017

www. regionetdeveloppement.org

La prolifération des communautés économiques


régionales constitue-t-elle une barrière aux
échanges pour les pays d’Afrique Centrale ?

Gislain Stéphane GANDJON FANKEM*

Résumé - Cet article examine l’impact de la prolifération des Communautés économiques


régionales sur le commerce interne de l’Afrique Centrale ainsi que sur les effets de création
et de détournement de commerce de la Communauté Économique des États de l’Afrique
Centrale (CEEAC). La méthodologie utilisée s’appuie sur le modèle de gravité et les tech-
niques récentes d’estimations en panel. Nos résultats montrent que la prolifération des
Communautés économiques régionales réduit les échanges commerciaux entre les pays de
l’Afrique Centrale. En outre, ils révèlent qu’il n’existe aucune création de commerce dans la
CEEAC suite à la multiplication des accords d’intégration. La prolifération semble plutôt
renforcer le détournement de commerce dans la CEEAC.

Classification JEL
C23, F15, O55

Mots-clés
Prolifération des communautés économiques régionales
Intégration économique
Modèle de gravité
Afrique Centrale

L’auteur remercie le rapporteur anonyme et le directeur éditorial de la revue pour leurs re-
marques et suggestions qui ont permis d’améliorer les versions antérieures de cet article.

* LAREA, CEREG-FSEG, Université de Yaoundé II ; [email protected]


60 Gislain Stéphane Gandjon Fankem

1. INTRODUCTION
Le régionalisme en Afrique Centrale est caractérisé par l’existence de trois
Communautés économiques régionales (CER) et par l’appartenance des pays à
plusieurs de ces entités à la fois. Ainsi, sur les 11 pays que compte la sous-région1,
4 sont membres de deux groupements régionaux, 4 appartiennent à trois groupe-
ments et 2 pays sont membres de quatre groupements. Seul 1 pays est membre
d’un groupement. Autrement dit, 90 % des États d’Afrique Centrale sont membres
d’au moins 2 CER.
Cette profusion d’arrangements et d’institutions ainsi que les appartenances
multiples à l’intérieur d’une même région brouillent-elles les objectifs d’inté-
gration commerciale sous-régionale ? C’est vraisemblablement le cas (Commission
Économique des Nations Unies pour l’Afrique, 2006, 2010). D’une part, les adhé-
sions multiples ne permettent pas à la plupart des États concernés de respecter
leurs obligations financières à l’égard des CER auxquelles ils appartiennent. En
conséquence, les pays sont lents à ratifier les traités et n’appliquent pas les pro-
grammes intégrateurs dont ils ont convenu. Or l’absence de mise en application de
ceux-ci entrave le développement des échanges intra-communautaires (Freund et
Rocha 2011 ; Portugal-Perez et Wilson, 2012). D’autre part, l’appartenance des
pays à plusieurs CER en même temps influence négativement le commerce intra-
zone via la multiplication des procédures d’agréments des produits, des modèles
de preuves documentaires de l’origine, des droits compensatoires et surtout des
règles d’origine (cf. infra). Pourtant, l’expansion du commerce intra-commu-
nautaire pourrait favoriser la croissance économique, ce qui contribuerait au déve-
loppement et à réduire la pauvreté en Afrique Centrale (Avom et Gandjon, 2014).
Depuis Viner (1950), les effets des accords commerciaux régionaux (ACR) sur
les flux commerciaux sont controversés. D’un côté, il existe un effet potentiel de
détournement de commerce. De l’autre, il y a un effet possible de création de
commerce. Une création de commerce apparaît quand une importation se substi-
tue à un bien d’origine nationale car, après la suppression du droit de douane, le
bien étranger devient moins cher que le bien domestique. Cette création de com-
merce est source d’efficacité économique. Le détournement de commerce repré-
sente le changement en termes de bien-être provenant de la substitution
d’importations provenant d’un pays à faible coût, situé en dehors de l’accord com-
mercial, par un flux d’importations provenant d’un pays à coût plus élevé apparte-
nant à la zone d’accord commercial. En d’autres termes, il y a détournement de
commerce quand la nouvelle importation en provenance d’un pays de l’Union
remplace une importation en provenance d’un pays tiers qui produit ce bien à un
coût inférieur. Dans ce cas, la réorientation de l’approvisionnement en faveur
d’une production à coût plus élevé est une source d’inefficacité.
Au départ, la majeure partie de la littérature s’est concentrée sur les effets de
création et de détournement de commerce des ACR à la fois sur les pays membres
et non membres d’un point de vue théorique [voir par exemple Kemp et Wan
(1976), Grossman et Helpman (1995), Krishna (1998) et Ornelas (2005)]. Plus
récemment, un nombre élevé d’études empiriques ont étudié les effets réels des
ACR sur le commerce [voir par exemple Trefler (2004), Carrère (2004, 2006,
2013), Lee et Shin (2006), Romalis (2007), Baier et Bergstrand (2007, 2009a),
Magee (2008), Martinez-Zarzoso, Nowak-Lehmann, et Horsewood (2009), Pomfret
et Sourdin (2009), Freund (2010), Vicard (2011), Foster, Poeschl et Stehrer
(2011), Geldi (2012), Fugazza et Nicita (2013), Ketterer, Bernhofen et Milner
(2014), Kohl (2014)].

1 Si l’on ajoute le Rwanda.


Région et Développement 45 (2017) 61

Bien que cette importante littérature empirique indique de manière générale


des effets positifs et importants des ACR sur les flux commerciaux entre les
membres (voir par exemple Baier et Bergstrand, 2007, 2009a, et Magee, 2008) il
n’y a pas de consensus en ce qui concerne les effets possibles de distorsions. Par
exemple, Clausing (2001) et Calvo-Pardo, Freund et Ornelas (2009) trouvent qu’il
y a création de commerce et absence de détournement de commerce pour l’accord
de libre-échange entre les États-Unis d’Amérique et le Canada et l’accord commer-
cial régional de l’Association des Nations d’Asie du Sud-Est (ANASE). De même, en
analysant six accords commerciaux en Amérique latine et en Europe, Freund
(2010) ne trouve pas de preuve de détournement de commerce. À l’inverse, plu-
sieurs études mettent en évidence à la fois des effets de création et de détourne-
ment de commerce. Par exemple, Trefler (2004) et Romalis (2007) constatent qu’il
y a détournement de commerce s’agissant respectivement de l’accord de libre-
échange entre les États-Unis d’Amérique et le Canada et l’Accord de Libre Échange
Nord-Américain (ALENA). En examinant les effets de sept accords commerciaux
régionaux, Carrère (2006) décèle aussi des détournements de commerce. En ana-
lysant les accords de libre-échange d’Asie de l’Est, Lee et Shin (2006) trouvent qu’il
y a des détournements de commerce bien que dépendant des caractéristiques des
pays membres. Cette hétérogénéité des résultats peut dépendre d’une différence
de méthodologie empirique (cf. infra).
De plus, cette littérature ne prend pas en compte explicitement l’influence du
cumul d’accords commerciaux par un même pays sur son commerce ainsi que la
concurrence de ceux-ci sur les effets de création et de détournement de com-
merce2. À notre connaissance, au niveau académique, seuls les travaux de Salazar-
Xirinachs (2002) et Carrère (2013) abordent spécifiquement cette question.
L’article du premier donne un aperçu de la réalité et des raisons de la prolifération
des ACR en Amérique latine et dans les Caraïbes et procède à une analyse des
questions analytiques et stratégiques clés soulevées par la prolifération dans la
région. Plus particulièrement, en ce qui concerne le commerce, l’auteur soutient
que, du fait en grande partie de la multiplication des règles d’origine, la proliféra-
tion influence négativement les échanges des pays d’Amérique latine et des Ca-
raïbes. Toutefois, comme le rapport de la Commission Économique des Nations
Unies pour l’Afrique (voir CEA, 2006), le travail de Salazar-Xirinachs (2002) est
descriptif et ne repose pas sur l’utilisation de méthodes économétriques qui per-
mettent de contrôler d’autres déterminants des échanges. En conséquence, il
n’établit pas une relation de causalité. À l’opposé, à l’aide d’un modèle de gravité
en panel, l’étude de Carrère (2013) cerne les performances en matière de com-
merce obtenues jusqu’alors au sein de l’UEMOA (Union Économique et Monétaire
Ouest-Africaine) et de la CEMAC (Communauté Économique et Monétaire de
l’Afrique Centrale). En contrôlant la prolifération des ACR le modèle présenté par
Carrère montre qu’en moyenne l’UEMOA et la CEMAC ont engendré un détourne-
ment de commerce ; un supplément de commerce intra-régional significatif appa-
raissant dans le cas de l’UEMOA mais pas dans celui de la CEMAC. Bien qu’utilisant
une méthodologie robuste, l’étude de Carrère (2013) semble incomplète, dans la
mesure où elle ne permet pas d’identifier si les effets de détournement ou de créa-
tion de commerce augmentent avec le nombre d’ACR auquel appartient un pays.

2 La littérature semble plutôt préoccupée à fournir des explications à la prolifération des


accords commerciaux régionaux [voir par exemple Baldwin (1997), Ibarra-Yunez (2003),
Aghion, Antràs et Helpman (2007)] et aux raisons qui poussent un pays à signer plusieurs
accords de libre échange [voir par exemple Xiaoyang et Joshi (2010), Freund (2010), Martin,
Mayer et Thoenig (2012), Vicard (2012), Baldwin et Jaimovich (2012)].
62 Gislain Stéphane Gandjon Fankem

Cet article essaye de remédier à ce manque en étudiant systématiquement


l’influence directe de la prolifération des CER sur le commerce interne de l’Afrique
Centrale ainsi que sur les effets de création et de détournement de commerce dans
la CEEAC en adoptant un cadre vinerien. Plus particulièrement, nous testons
l’hypothèse selon laquelle la prolifération des CER et les adhésions croisées entra-
vent les échanges commerciaux entre les pays d’Afrique Centrale.
Les travaux empiriques qui évaluent les effets des accords commerciaux régio-
naux sur les échanges entre pays membres, et entre pays membres et les pays
tiers, utilisent généralement deux types de méthodes. Les modèles relèvent soit
d’une approche ex ante, soit d’une approche ex post (Bair et Bergstrand, 2007,
2009a ; Magee, 2008 ; Kohl, 2014).
Dans les approches ex ante, les modèles cherchent à comparer une situation
avec intégration à une situation sans intégration. Ils sont par exemple utiles pour
évaluer l’opportunité d’aller plus loin dans l’intégration. Les études ex ante de
création et de détournement de commerce se subdivisent en deux catégories. La
première catégorie (voir par exemple Karemera et Ojah, 1998), estime des élastici-
tés de demande d’importation dans des industries avant la formation d’un accord
commercial. Ces élasticités sont par la suite utilisées pour prédire les effets
d’élimination des tarifs avec un partenaire commercial. Cette approche est sujette
à d’importantes critiques. Par exemple, Wylie (1995) soutient que ce procédé né-
glige l’importance des effets d’équilibre général des accords commerciaux : « le
changement de tarif et des élasticités de substitution, et leurs effets stimulateurs
macroéconomiques sont probablement potentiellement de moins d’importance
dans la stimulation du commerce et la croissance que la réduction de l’incertitude
de l’environnement politique » (Wylie, 1995, p. 81). La deuxième catégorie repose
sur l’emploi de modèles d’équilibre général calculable du commerce (voir par
exemple Kitwiwattanachaia, Nelson, et Reed, 2010). Mais comme le relèvent Clau-
sing (2001) et Wylie (1995), les estimations des modèles d’équilibre général calcu-
lable sont très sensibles aux hypothèses et aux paramètres du modèle.
Les modèles reposant sur une approche ex post comparent la situation après la
formation d’un accord commercial avec la situation qui aurait prévalu sans cet
accord. À l’inverse des modèles d’élasticités de demande d’importation et d’équi-
libre général calculable, les modèles de gravité utilisés sont des modèles empi-
riques stables et robustes (Head et Mayer, 2015). Cette approche n’est cependant
pas exempte de critiques. Par exemple, les coefficients des variables dummies
d’ACR captent d’autres éléments en plus des effets des accords (Carrère, 2006 ;
Bair et Bergstrand, 2007 ; Maggee, 2008). Il se peut aussi que « les niveaux élevés
du commerce intra-bloc peuvent être dus non à la formation des arrangements
commerciaux préférentiels mais plutôt à des relations historiques ou politiques
entre les membres du bloc » (Haveman et Hummels, 1998, p. 62). Bayoumi et Ei-
chengreen (1995) ont essayé de résoudre ce problème en estimant un modèle de
gravité en différences premières de sorte que les caractéristiques inobservables de
paires de pays qui sont constantes au cours du temps soient éliminées. Mais ainsi
que le relèvent Haveman et Hummels (1998), cette méthode ne contrôle pas les
variables omises qui ne varient pas dans le temps. Les estimations du modèle de
gravité des effets des ACR sont également sensibles à l’échantillon de pays inclus
dans l’analyse. Haveman et Hummels (1998) montrent que changer l’échantillon
de pays a pour conséquence des prédictions différentes du commerce en l’absence
d’un ACR.
Dans cet article, nous estimons l’effet de la prolifération des CER sur le com-
merce interne de l’Afrique Centrale ainsi que sur les effets de création et de dé-
tournement de commerce dans la CEEAC à l’aide d’un modèle de gravité inspiré de
Région et Développement 45 (2017) 63

celui de Anderson et van Wincoop (2003). D’après Head et Mayer (2015)3, ce der-
nier constitue le meilleur contrefactuel permettant d’identifier la part des flux
commerciaux expliquée par l’intégration régionale pour deux raisons. Première-
ment, si l’échantillon de pays est convenablement choisi, l’équation de gravité sug-
gère un niveau « normal » de commerce bilatéral. En conséquence, des variables
dummies peuvent être employées pour capter les niveaux « spécifiques » de com-
merce résultant d’un ACR. Deuxièmement, grâce à l’introduction des variables
dummies dans le modèle, on peut isoler les effets de création de commerce et de
détournement de commerce d’un ACR. Finalement, nous adoptons une spécifica-
tion de l’équation de gravité en panel et privilégions l’estimateur Poisson du pseu-
do-maximum de vraisemblance pour les estimations sur la période 1995-2010,
afin de pallier les problèmes méthodologiques rencontrés dans les études empi-
riques.
Notre étude apporte plusieurs contributions à la littérature. Nous trouvons une
concurrence4 contre-productive entre les schémas de préférence commerciale.
Nous constatons que cet effet de concurrence est plus fort sur les flux d’impor-
tations. En outre, nous ne trouvons aucune création de commerce dans la CEEAC
suite à une multiplication des schémas d’intégration. Nous constatons plutôt que
cette dernière ne renforce pas les relations commerciales entre les pays d’Afrique
Centrale d’une part et l’Union européenne, les États-Unis et la Chine d’autre part.
Nos résultats fournissent ainsi un éclairage sur les conséquences qui peuvent être
néfastes du régionalisme, notamment lorsqu’il y a multiplication des accords
commerciaux régionaux qui ne sont pas motivés par des considérations écono-
miques, telle que le relève par exemple la littérature récente sur le third country
effect5 [Xiaoyang et Joshi (2010), Freund (2010) ou Baldwin et Jaimovich (2012)].
L’article est organisé de la manière suivante. À partir des faits stylisés, nous
montrons dans la section 2 comment la prolifération des CER peut nuire à
l’expansion des échanges commerciaux entre les pays de l’Afrique Centrale. La
section 3 discute de la spécification empirique et de la stratégie d’estimation. La
section 4 analyse à partir des résultats du modèle l’effet de la prolifération des
CER. La section 5 conclut.
2. LA PROLIFÉRATION DES CER EN AFRIQUE CENTRALE : LE CONTEXTE
INSTITUTIONNEL ET ÉCONOMIQUE
2.1. Inefficience institutionnelle de la CEMAC, CEEAC et CEPLG
En Afrique Centrale coexistent trois Communautés économiques régionales : la
Communauté Économique et Monétaire de l’Afrique Centrale (CEMAC), la Commu-
nauté Économique des États de l’Afrique Centrale (CEEAC) et la Communauté
Économique des Pays des Grands Lacs (CEPLG).

3 Voir Head et Mayer (2015) pour une revue approfondie de la littérature sur le modèle de
gravité.
4 Par concurrence, on entend ici la coexistence non coordonnée de plusieurs CER, dont le
but ultime est la réalisation de l’intégration régionale. L’absence d’instruments
d’harmonisation signifie que chaque communauté a ses propres règles d’origine ou ses
propres procédures de certification.
5 « C’est-à-dire l’interdépendance des ACR » (Baldwin et Jaimovich, 2012, p. 1). Il s’agit d’une
théorie, explicative de la diffusion du régionalisme, selon laquelle les ACR sont contagieux
en ce sens qu’un nouvel ACR entre les nations A et B augmente la probabilité que la nation C
signe un nouvel ACR avec A ou B. D’après cette théorie la diffusion du régionalisme selon un
effet domino est en partie conduite par les ACR « défensifs », i.e. les ACR signés pour réduire
la discrimination créée par les ACR concernant les trois grandes puissances commerciales
que sont les États-Unis, l’Union européenne et le Japon.
64 Gislain Stéphane Gandjon Fankem

Si la CEEAC, la CEMAC et la CEPLG ne sont formées que des pays situés en


Afrique Centrale, l’ensemble des pays de la CEMAC et les deux tiers des pays de la
CEPLG (Burundi et République Démocratique du Congo) appartiennent aussi à la
CEEAC. Mais les adhésions des pays d’Afrique Centrale à des CER ne s’arrêtent pas
là. Le tableau 1 montre que 6 pays d’Afrique Centrale appartiennent également à
d’autres CER situées principalement en Afrique Australe et en Afrique de l’Est.
C’est précisément le cas de l’Angola et de la République Démocratique du Congo
qui appartiennent au Marché Commun de l’Afrique Orientale et Australe (COME-
SA) et à la Communauté de Développement de l’Afrique Australe (SADC), du Bu-
rundi et du Rwanda qui sont membres de la Communauté de l’Afrique de l’Est
(CAE) et de la COMESA, de la République Centrafricaine et du Tchad qui appar-
tiennent à la Communauté des États Sahélo-Sahariens (CEN-SAD). Ces adhésions
multiples ainsi que la coexistence en Afrique Centrale de trois CER peuvent induire
une inefficience institutionnelle affectant le commerce intra-zone pour au moins
deux raisons.
Tableau 1. Appartenance des pays d’Afrique Centrale à plusieurs CER
CER
Pays CEEAC CEMAC CEPLG COMESA CAE SEN-SAD SADC Total
Angola    3
Burundi     4
Cameroun   2
Congo   2
Gabon   2
Guinée Equatoriale   2
RCA    3
RDC     4
Rwanda    3
Sao Tomé et Principe  1
Tchad    3
Source : Auteur, à partir de CEA (2006).
La première concerne le dédoublement des programmes. Ce dédoublement est
surtout visible dans l’intégration des marchés, la facilitation des échanges, la libre
circulation des personnes, la paix et la sécurité. On observe également une simili-
tude au niveau des mandats, objectifs, organes de décision, programmes et activi-
tés des trois CER d’Afrique Centrale. Cette similitude s’étend aussi à la COMESA,
CAE, CEN-SAD et SADC (voir tableau 2) induisant une concurrence entre les CER.
La deuxième raison est sans doute la plus importante. Elle est liée au fonction-
nement des CER et à la réalisation de leurs programmes. Ces derniers dépendent
essentiellement des contributions financières des États membres. Ceux-ci sont
tenus de participer financièrement à toutes les CER auxquelles ils adhèrent. Il
s’ensuit que, plus un pays adhère à plusieurs CER, plus sa contribution financière
est élevée. Mais en Afrique Centrale, les adhésions multiples ont plutôt pour résul-
tat le non-paiement des contributions financières de la plupart des États vis-à-vis
des CER. En conséquence, les pays sont lents à ratifier les traités et n’appliquent
pas les programmes convenus (notamment en ce qui concerne les infrastructures,
la convergence des politiques macroéconomiques, la libre circulation des per-
sonnes et des biens, le droit d’établissement, l’énergie, la paix et la sécurité). Or
l’absence de mise en application de ces programmes entrave le développement des
échanges intra-communautaires (Freund et Rocha, 2011 ; Portugal-Perez et Wil-
son, 2012).
À titre d’illustration, en dépit de l’adoption de la taxe communautaire
d’intégration (TCI) dans la CEMAC et de la contribution communautaire d’inté-
Région et Développement 45 (2017) 65

gration (CCI) dans la CEEAC6, l’autonomisation du financement de l’intégration


reste encore un objectif à atteindre. En effet, du fait des adhésions multiples, dans
la plupart des États de la CEMAC les paramètres d’application de la TCI, notam-
ment le champ d’application matériel, la liste des exonérations, le schéma de re-
couvrement et la mise à disposition des recettes ne sont pas conformes aux
normes adoptées en décembre 2000. En conséquence, le rendement de la taxe s’en
trouve fortement affecté. De plus, le transfert des recettes dans le compte CEMAC
se fait sur la base du pouvoir discrétionnaire des administrations nationales. Ce
qui pourrait conforter l’opinion selon laquelle certains pays, tels que le Tchad et la
République Centrafricaine, utiliseraient les revenus de la TCI pour s’acquitter de
leur obligation financière à l’égard des autres CER auxquelles ils appartiennent.
Tableau 2. Similitude des objectifs et programmes des CER
CEEAC CEMAC CEPLG COMESA CAE SEN-SAD SADC
Objectifs, définitions générales       
Règles d’origine       
Barrières non tarifaires       
Convergence des pol. macro.  
Transit et facilités de transit       
Coopération douanière       
Fonds de compensation       
Libre circulation et droit       
d’établissement
Chambre de compensation       
Agriculture       
Industrie       
Transports et communications       
Sciences et technologies       
Énergie       
Ressources naturelles       
Éducation, formation et culture       
Tourisme       
Procédures et doc. commer-       
ciaux
Investissement     
Paix et sécurité      
Source : Auteur.
Cette analyse s’impose également à la CEEAC, où la CCI est encore très peu ap-
pliquée – 3 pays sur 10. Les fonds régionaux compensatoires et de développement,
qui ont vocation à être les premiers instruments d’intervention des deux commu-
nautés, connaissent également des évolutions semblables.
2.2. Inefficience économique de la CEMAC, CEEAC et CEPLG
Les statistiques récentes montrent que le commerce interne des CER d’Afrique
Centrale demeure très faible, tant en volume qu’en valeur. Entre 2000 et 2010, la
valeur du commerce intra-CEMAC est passée de 96 à 383 millions USD, soit un
accroissement de plus de 200 %. Toutefois, cette valeur est insignifiante par rap-
port à son commerce total sur l’ensemble de la période puisqu’elle ne représente
en moyenne que 1,1 % des exportations totales de la CEMAC. Il en va de même
pour le commerce intra-communautaire de la CEEAC et de la CEPLG. Sur la même
période, en effet, la valeur moyenne du commerce interne de la CEEAC est
d’environ 315 millions USD, soit près de 0,9 % de ses exportations, celle de la
CEPLG se situant en moyenne à 33 millions USD, soit 1,2 % de ses exportations.

6La TCI et la CCI représentent respectivement un prélèvement de 1 % et de 0,4 % des im-


portations en provenance des États tiers.
66 Gislain Stéphane Gandjon Fankem

Pourtant la formation d’une Communauté économique régionale est sensée ac-


croître substantiellement le commerce entre ses membres. Cet objectif, dans le cas
de l’Afrique Centrale, semble fortement contrarié par l’appartenance des pays à
plus d’une CER ainsi que la coexistence dans la sous-région de trois CER. En effet,
ceux-ci impactent négativement le commerce intra-communautaire à travers par
exemple la multiplication des procédures d’agrément des produits, des modèles de
preuves documentaires de l’origine, des droits compensatoires et surtout des
règles d’origine. Ces dernières sont importantes du fait que les droits et restric-
tions applicables dépendent dans bien des cas de la provenance des produits im-
portés, et cet aspect mérite d’être précisé pour étayer notre propos.
Les règles d’origine sont les critères permettant de déterminer le pays d’origine
d’un produit. Dans le cas de la zone de libre échange (ZLE), chacun des pays reste
maître de sa politique douanière avec les pays tiers. En conséquence, il y a un
risque que les produits en provenance des pays non membres ne pénètrent dans la
ZLE que par le pays où le tarif douanier est le plus faible, quitte à être réexportés
par la suite dans un autre pays membre aux conditions préférentielles de la ZLE.
C’est pour éviter ce scénario que la plupart des ZLE comprennent des règles
d’origine. Cependant, on constate une grande diversité dans la pratique des ZLE en
la matière. Si le critère de la transformation substantielle semble universellement
accepté, certaines ZLE appliquent le critère du changement de classification tari-
faire, d’autres le critère du pourcentage ad valorem et d’autres encore le critère de
l’opération de fabrication ou d’ouvraison. En Afrique Centrale, chacune des trois
CER a ses propres règles d’origine. Il en est de même des quatre autres – COMESA,
CAE, CEN-SAD et SADC – auxquelles adhèrent six États de la sous-région. Par
exemple, pour bénéficier du taux zéro, les exportateurs doivent justifier d’un taux
de valeur ajoutée de 30 % au moins dans la CEMAC contre 35 % dans la CEEAC.
Les règles d’origine se sont ainsi multipliées en Afrique Centrale avec la prolifé-
ration des CER et des adhésions multiples. Or les critères détaillés produit par
produit qui sont devenus la norme et le chevauchement des règles d’origine diffé-
rentes dans les pays qui sont membres de plusieurs CER peuvent être considérés
comme génératrices de distorsions (Cadot et de Melo, 2008). Par exemple, les ex-
portateurs d’Afrique Centrale doivent encourir beaucoup plus de coûts bureaucra-
tiques pour prouver que les exportations respectent les multiples règles d’origine.
En outre, ils peuvent vouloir changer les procédés de production seulement pour
respecter les conditions des règles d’origine créant ainsi des distorsions dans la
structure du commerce et même des flux d’investissement (Estevadeordal et Suo-
minen, 2005). Ceci pourrait être en partie à l’origine du faible niveau de commerce
interne des CER d’Afrique Centrale7.
Bien que les faits stylisés ci-dessus permettent de donner le contexte dans le-
quel se situe le commerce intra-CER, ils ne permettent pas d’évaluer l’effet des
CER. De nombreux facteurs influencent les évolutions de parts de commerce
comme le développement des infrastructures des pays membres, la croissance
économique des pays partenaires ou encore l’évolution de leur compétitivité prix
via les fluctuations du taux de change nominal. Il est donc nécessaire, à partir d’un
contrefactuel, de contrôler ces facteurs afin d’identifier l’impact propre de chaque
CER. C’est ce que nous proposons dans la section qui suit.

7 On peut d’ailleurs noter en ce sens que par exemple, entre 2000 et 2010, pour les CER
d’Afrique Centrale la part du commerce interne dans le commerce total en moyenne
n’atteint pas 2% alors que, dans les régions où les adhésions multiples sont plus limitées,
comme l’UE, l’ALENA et l’ANASE, la part du commerce interne est respectivement de 66,2%,
53,2% et 24,2%.
Région et Développement 45 (2017) 67

3. STRATÉGIE EMPIRIQUE
3.1. Spécification de l’équation de gravité en panel
Anderson et van Wincoop (2003) montrent que l’équation de gravité théorique,
spécifiée en logarithme, prend la forme suivante :
ln M ij  0  ln Yi  ln Yj  ln Pi1  ln Pj1  (1   ) ln tij , (1)
où Mij sont les importations8 du pays i en provenance du pays j, Yi et Yj leurs reve-
nus nationaux, tij le niveau des coûts de commerce, (σ1) l’élasticité de substitu-
tion constante entre les biens produits par le pays i et ceux produits par le pays, α0,
le terme constant. Enfin, Pi et Pj représentent les indices de résistance multilatérale
aux échanges des pays i et j respectivement.
En suivant Baier et Bergstrand (2009b), Carrère, de Melo et Wilson (2013) et
Carrère (2013), nous spécifions la fonction de coûts aux échanges comme suit :
tij   Dij    AM i    AM   exp  4 Bij  5 Lij  6CERij  .
1 2 3
j (2)

 Y   Y 
avec AM i   k CERik  et AM j   k CER jk  ,
 k Yw   k Yw 
où Yw représente le revenu mondial. Dans l’équation (2), ρk, avec k = 1,..,6, repré-
sentent des paramètres ; Dij est la distance géographique entre les pays i et j ; Lij la
variable muette de langue commune ; Bij la variable muette de contiguïté ; CERij
une variable muette égale à l’unité si les pays i et j appartiennent à une même
communauté économique régionale, et 0 sinon. Les termes multilatéraux AMi et
AMj ainsi introduits représentent nos variables d’intérêt. Ils captent l’influence sur
un accord donné de l’appartenance d’un pays à d’autres accords ainsi que la con-
currence entre les accords (Carrère, 2013). Ainsi le terme multilatéral propre à la
communauté économique régionale AM permet de tenir compte de la concurrence
existant entre les nombreux accords de préférences commerciales signés par un
même pays et qui vient réduire l’effet escompté de l’accord considéré.
Après substitution de (2) dans l’équation (1), la forme réduite à estimer est :
ln M ij  0  1 ln Yi   2 ln Y j  3 ln AM i   4 ln AM j  5 ln Dij
(3)
 6 Bij  7 Lij  8CERij  ln Pi1  ln Pj1   ij ,
où  ij est le terme d’erreur,  0 une constante et  k , avec k  1,...,8 , les paramètres
dont les signes anticipés sont :
1  0,  2  0, 3  2 (1   )  0,  4  3 (1   )  0, 5  1 (1   )  0,
6  4 (1   )  0,  7  5 (1   )  0, 8  6 (1   )  0.
Quelques explications supplémentaires sont nécessaires concernant l’éva-
luation des effets globaux des CER sur le commerce. Rappelons que des variables
dummies sont utilisées pour capter des niveaux de commerce qui sont "au-dessus
ou au-dessous de la normale" résultant d’un accord commercial régional. Ainsi, si
l’ensemble des variables dummies est correctement spécifié dans le modèle, les
effets de création et de détournement de commerce peuvent alors être isolés.

8Nous mesurons le commerce bilatéral par le montant des importations bilatérales de mar-
chandises, parce que les données d’importations bilatérales sont plus complètes que les
données d’exportations bilatérales.
68 Gislain Stéphane Gandjon Fankem

À cet effet, nous spécifions la création de commerce et le détournement de


commerce comme Carrère, Gourdon et Olarreaga (2012) et Carrère (2013). Tout
d’abord, nous décomposons la variable CERij de manière à distinguer le commerce
intra-CEEAC ; un coefficient positif révélant une augmentation de commerce intra-
régional. Ensuite, nous introduisons une variable muette prenant la valeur 1 lors-
que le pays importateur appartient à la CEEAC et le pays exportateur au reste du
monde ; un coefficient négatif mettant en évidence l’existence de détournement de
trafic.
Afin d’éviter les biais d’auto-sélection et de variables omises, nous adoptons
une spécification en panel (Wooldridge, 2010). En effet, étant donné la spécifica-
tion en coupe transversale de l’équation (2), l’introduction de la variable d’accord
commercial régional pose trois problèmes sérieux. Le premier, l’auto-sélection,
empêche de comparer directement les pays membres d’un accord avec les autres
pays de l’échantillon (Persson, 2001 ; Baier et Bergstrand, 2007 et 2009a). Le deu-
xième problème est l’existence de variables omises inobservables expliquant à la
fois l’appartenance de pays à un ACR et des liens commerciaux privilégiés (Vicard,
2011). Le troisième problème résulte de ce que les variables dummies d’ACR dans
les estimations en coupe captent tout ce qui est spécifique aux pays importateurs
ou exportateurs et qui n’est pas saisi par les autres covariantes (Matyas, 1997 ;
Carrère, 2006). Baier et Bergstrand (2007) montrent que la solution adéquate
pour résoudre ces difficultés réside dans l’utilisation de méthodes d’estimation en
panel. En outre, la « méthode de données de panel permet d’identifier les effets
spécifiques aux paires de pays et de les isoler » (Carrère, 2006, p. 230).
Toutefois, la difficulté en panel tient à l’estimation des termes de résistances
multilatérales, étant donné qu’ils sont variables dans le temps. Pour remédier à ce
problème, nous suivons la méthode originale proposée par Baier et Bergstrand
(2009b) que nous adaptons, comme Carrère et al. (2013), pour intégrer la dimen-
sion temporelle. Elle consiste à procéder à une log-linéarisation puis à un dévelop-
pement de Taylor de premier ordre du système d’équations composé des 2N équa-
tions définissant les termes multilatéraux 9 (N étant le nombre total de pays dans
l’échantillon). Cela permet alors de définir une forme réduite du modèle de gravité
qui a le mérite de pouvoir être estimée linéairement, et d’être conforme au modèle
théorique de Anderson et van Wincoop (2003) avec intégration des termes de
résistance multilatérale.
L’équation de gravité spécifiée pour les données de panel est la suivante :
ln M ijt   0  1 ln Yit   2 ln Y jt   3 ln AM it   4 ln AM jt
  5 ln RM it   6 ln RM jt   7 ln Dij   8intra-CEEACijt (4)
  9 extra-CEEACijt  t  ij   ijt .
 Ykt   Y 
où RM it   Y ln Dikt  et RM jt   kt ln D jkt  , sont les termes de résistance
 k wt   k Ywt 
multilatérale. Intuitivement, ils résument la résistance moyenne au commerce
entre un pays et l’ensemble de ses partenaires. Autrement dit, à la date t , RMit re-

9
1 1
1
N Y  tijt   1 N Y 1
 tijt   1
Pit       et Pjt    it 
jt

 j Ywt 
 
  Pjt    i Ywt  Pit  
Région et Développement 45 (2017) 69

présente l’ouverture du pays i à toutes les importations quel que soit le pays
d’origine et RMjt l’ouverture de tous les pays du monde aux exportations du pays j.
Ainsi, un pays est d’autant plus incité à commercer avec un partenaire bilatéral
donné que sa résistance au commerce avec tous les autres est élevée. Cet effet
de résistance multilatérale se traduit par des différences de prix entre les
pays. Comparé à un pays économiquement central, un pays périphérique re-
çoit une demande agrégée relativement plus faible pour sa production, ce qui
peut induire des prix plus faibles et accroître son commerce bilatéral avec un par-
tenaire donné.
La variable intra-CEEACijt = 1 si les pays i et j appartiennent à la CEEAC à la date
t, et 0 sinon, et la variable extra-CEEACijt = 1 si le pays i et non le pays j appartient à
la CEEAC à la date t, et 0 sinon. Le coefficient α8 mesure la création de commerce et
α9 le détournement de commerce. λij représente les effets fixes bilatéraux – ils
permettent de contrôler pour toutes les autres caractéristiques spécifiques aux
paires de pays et invariantes dans le temps, notamment la proximité des CER, le
partage d’une frontière ou d’une langue commune [Bair et Bergstrand (2007) ;
Maggee (2008) ; Carrère, Gourdon et Olarreaga (2012)]. λt et εijt sont respective-
ment les effets spécifiques années et le terme d’erreur.
3.2. Estimation Poisson du pseudo-maximum de vraisemblance en panel
La spécification en logarithme de la variable d’importation conduit à éliminer
les observations pour lesquelles le commerce a une valeur nulle, créant ainsi un
biais de sélection. En outre, l’estimation de la forme log-linéaire est biaisée,
puisque le terme d’erreur est héteroscédastique en niveau10.
C’est pour pallier ces problèmes que nous réalisons nos estimations en niveau,
à partir de l’estimateur de Poisson du pseudo-maximum de vraisemblance (PPML)
comme suggérés par Santos Silva et Tenreyro (2006, 2011). En conséquence,
l’équation à estimer est :
M ijt  exp  0  1 ln Yit   2 ln Y jt   3 ln AM it   4 ln AM jt 
 exp  5 ln RM it   6 ln RM jt   7 ln Dij  t  ij  (5)
 exp  8intra-CEEACijt   9extra-CEEACijt ijt ,
où la variable Mijt représente les importations du pays i en provenance du pays j à
l’année t mesurées en niveau et ijt  exp  ijt  le terme d’erreur.
 
Cependant, pour effectuer les estimations sur données de panel, nous devons
choisir entre l’estimateur Poisson à effets fixes et l’estimateur Poisson à effets aléa-
toires. Nous privilégions le second estimateur car, contrairement au premier, il
permet d’estimer à la fois l’effet de court et de long terme des variables variantes
et invariantes dans le temps11.
4. DONNÉES ET INTERPRÉTATION DES RÉSULTATS
En raison de l’indisponibilité des données, notre étude couvre une période de
seize ans (1995 à 2010). L’échantillon comprend 50 pays, et porte sur les flux

10 Les travaux de Carrère (2006), Egger et Larch (2008) et Baier et Bergstrand (2007,
2009a) ne tiennent pas compte de ces préoccupations.
11 Contrairement aux « matching econometrics » (voir Bair et Bergstrand, 2009a) qui per-
mettent de tenir compte uniquement de l’impact à long terme des variables et non de con-
trôler les flux d’importations nuls, cet estimateur prend en compte à la fois l’impact de court
et de long terme des variables et constitue un traitement efficace des flux nuls de commerce.
70 Gislain Stéphane Gandjon Fankem

agrégés d’importations annuelles bilatérales des 10 pays d’Afrique Centrale à des-


tination des autres pays membres et de 40 de leurs principaux partenaires com-
merciaux12. La description des variables utilisées ainsi que leur source figurent en
annexe 1. Pour toutes les estimations, les écarts-types sont robustes à l’hétéro-
scédasticité et corrigés des effets de cluster au niveau bilatéral.
Nous commençons par discuter des résultats des estimations de l’effet de la
prolifération des CER sur les échanges des pays d’Afrique Centrale. Afin de s'inté-
resser précisément à l'effet du cumul d'accords commerciaux par un même pays
sur son commerce, nous n’incluons pas, dans un premier temps, les variables de
création et de détournement de commerce dans l’équation (5). Nous procédons
ainsi en deux étapes. L’ensemble des résultats obtenus à l’aide de l’estimateur
PPML est présenté dans le tableau 3.
Tableau 3. Effet de la prolifération des CER sur le commerce de
l’Afrique Centrale (estimations du modèle en niveau)
Variable dépendante : Mijt

PPML effets fixes PPML effets aléatoires


(1) (2) (3) (4)
ln Yit 0,79*** 0, 93*** 0,79*** 0,92***
(0,00010) (0,00004) (0,00010) (0,00004)
ln Y jt 1,12*** 1,09*** 1,12*** 1,09***
(0,00004) (0,00002) (0,00004) (0,00002)
ln AM it - 0,71*** -0,82*** - 0,71*** -0,82***
(0,00031) (0,00047) (0,00031) (0,00047)
ln AM jt -0,55*** -0,50*** -0,55*** -0,50***
(0,00010) (0,00070) (0,00010) (0,00070)
ln RM it 2,38*** 2,70*** 2,38*** 2,70***
(0,00455) (0,00103) (0,00455) (0,00103)
ln RM jt 0,52*** 0,64*** 0,53*** 0,64***
(0,00080) (0,00044) (0,00080) (0,00044)
ln Dij -0,95*** -0,93***
(0,00009) (0,00006)
intra-CEEACijt
extra-CEEACijt
Effets bilatéraux ( ij ) Oui Oui Oui Oui
Nombre d’observations 4042 7486 4320 7840
Nombre de paires de pays 243 461 270 490
Test effets fixes bilatéraux 28,10*** 43,59***
Prob>F 0,0000 0,0000
Test effets aléatoires bilatéraux 7008,48*** 16602,01***
Prob>chi(2) 0,0000 0,0000
Note : *** représente la significativité à 1 %. Les chiffres entre parenthèses sont les écarts-
types corrigés de l’hétéroscédasticité et ajustés pour les effets de cluster au niveau de la paire
de pays. Le paramètre estimé de la constante n’est pas reporté.

12 Il s’agit des 40 principaux partenaires commerciaux des pays d’Afrique Centrale. Ces
derniers sont constitués de 17 pays africains (Algérie, Kenya, Nigéria, Tunisie, Côte d’Ivoire,
Égypte, Guinée, Mali, Maroc, Benin, Burkina Faso, Rwanda, Gambie, Mauritanie, Niger, Séné-
gal, Ghana), 16 pays de l’Union européenne (Allemagne, Autriche, Belgique, Espagne, Fin-
lande, France, Irlande, Italie, Luxembourg, Pays-Bas, Portugal, Grèce, Slovénie, Chypre,
Malte, Slovaquie et la Grande Bretagne), les États-Unis et les BRICS (Brésil, Russie, Inde,
Chine et Afrique du Sud).
Région et Développement 45 (2017) 71

 Premièrement, nous estimons l’effet de la prolifération des CER sur le com-


merce interne de l’Afrique Centrale. Les colonnes (1) et (3) du tableau 3 contien-
nent les résultats de l’estimation. Dans la colonne (1) nous utilisons l’estimateur de
Poisson à effets fixes. Les coefficients des variables traditionnelles, PIB et résis-
tance multilatérale, sont conformes aux effets attendus. S’agissant de nos variables
d’intérêt, toutes choses égales par ailleurs, les résultats montrent que la proliféra-
tion des CER influence négativement et significativement les échanges entre les
pays d’Afrique Centrale.
Tableau 4. Effet de la prolifération des CER sur la création et le
détournement de commerce dans la CEEAC (échantillon de pays africains)
Variable dépendante : Mijt
PPML effets fixes PPML effets aléatoires
(1) (2) (3) (4)

ln Yit 0,81*** 0,83*** 0,81*** 0,83***


(0,00033) (0,00053) (0,00033) (0,00053)
ln Y jt 1,42*** 1,50*** 1,43*** 1,50***
(0,00006) (0,00017) (0,00006) (0,00017)
- 0,78*** - 0,78***
ln AM it (0,00021) (0,00021)
-0,60*** -0,60***
ln AM jt (0,00012) (0,00012)
ln RM it 2,00*** 2,29*** 2,00*** 2,29***
(0,0040) (0,0039) (0,00402) (0,0039)
ln RM jt 0,63*** 0,54*** 0,633*** 0,54***
(0,00071) (0,00022) (0,00071) (0,00022)
ln Dij -0,92*** -0,97***
(0,00010) (0,00002)
intra-CEEACijt 0,54 0,28 0,54 0,28
(1,21278) (0,39178) (1,21278) (0,39178)
extra-CEEACijt -1,24*** -1,70*** -1,24*** -1,70***
(0,09042) (0,10003) (0,09042) (0,10003)
Effets bilatéraux ( ij ) Oui Oui Oui Oui
Nombre d’observations 4042 4042 4320 4320
Nombre de paires de pays 243 243 270 270
Test effets fixes bilatéraux 27,07*** 27,07***
Prob>F 0,0000 0,0000
Test effets aléatoires bilatéraux 50023,25*** 50023,25***
Prob>chi(2) 0,0000 0,0000

Note : *** représente la significativité à 1 %. Les chiffres entre parenthèses sont les écarts-
types corrigés de l’hétéroscédasticité et ajustés pour les effets de cluster au niveau de la paire
de pays. Le paramètre estimé de la constante n’est pas reporté.
Dans la colonne (3) nous utilisons l’estimateur de Poisson à effets aléatoires. Le
test du multiplicateur de Lagrange de Breusch-Pagan confirme la présence des
effets aléatoires bilatéraux. La statistique de ce test (chi-2=7008,48) montre, en
effet, que les effets aléatoires sont globalement significatifs au seuil de 1 %.
Les résultats sont semblables à ceux du modèle de Poisson à effets fixes. Ils
mettent en évidence l’impact négatif de la concurrence entre les schémas de préfé-
rence commerciale à la fois sur les importations et les exportations des pays
d’Afrique Centrale. En effet, le coefficient estimé de la variable de prolifération de
CER du pays importateur est négatif et statistiquement significatif ; ce qui implique
72 Gislain Stéphane Gandjon Fankem

qu’en Afrique Centrale, un pays importe d’autant moins en provenance d’un autre
qu’il est membre d’accords concurrents. Toutes choses égales par ailleurs, un ac-
croissement de 1 % de la pluralité de CER se traduit par une réduction des impor-
tations de plus de 0,7 %.
De même, le coefficient estimé pour la variable de prolifération de CER du pays
exportateur est négatif et significativement différent de zéro. Autrement dit, plus
un pays de la CEEAC est membre d’un accord concurrent moins il exporte vers un
autre pays d’Afrique Centrale. Ces résultats confortent la conclusion de l’analyse
descriptive de Salazar-Xirinachs (2002) selon laquelle l’adhésion d’un pays à plu-
sieurs accords commerciaux régionaux affecterait sa performance commerciale
dans lesdits accords. Ils sont également conformes à l’étude récente de Carrère
(2013) qui analyse les performances commerciales de l’UEMOA et de la CEMAC.
Tableau 5. Effet de la prolifération des CER sur la création et le
détournement de commerce dans la CEEAC (échantillon global)
Variable dépendante : Mijt
PPML effets fixes PPML effets aléatoires
(1) (2) (3) (4)
ln Yit 0, 95*** 0, 96*** 0, 95*** 0, 96***
(0,00006) (0,00005) (0,00006) (0,00005)
ln Y jt 1,01*** 1,14*** 1,01*** 1,14***
(0,00009) (0,00001) (0,00009) (0,00001)
-0,91*** -0,91***
ln AM it (0,00062) (0,00062)
-0,58*** -0,58***
ln AM jt (0,00041) (0,00041)
ln RM it 2,92*** 2,89*** 2,92*** 2,89***
(0,0022) (0,00200) (0,0022) (0,00200)
ln RM jt 0,72*** 0,59*** 0,72*** 0,59***
(0,00015) (0,00040) (0,00015) (0,00040)
ln Dij -0,91*** -0,92***
(0,00010) (0,00011)
intra-CEEACijt 0,53 0,29 0,53 0,29
(1,21368) (0,39188) (1,21368) (0,39188)
extra-CEEACijt -1,25*** -1,77*** -1,25*** -1,77***
(0,08010) (0,10001) (0,08010) (0,10001)

Effets bilatéraux ( ij ) Oui Oui Oui Oui


Nombre d’observations 7486 7486 7840 7840
Nombre de paires de pays 461 461 490 490
Test effets fixes bilatéraux 52,08*** 52,08***
Prob>F 0,0000 0,0000
Test effets aléatoires bilatéraux 15087,33*** 15087,33***
Prob>chi(2) 0,0000 0,0000
Note : voir tableau 4.
 Deuxièmement, nous estimons l’effet de la prolifération des CER sur les
échanges impliquant les pays de l’Afrique Centrale et leurs principaux partenaires
commerciaux. Les résultats, obtenus respectivement à l’aide des estimateurs de
Poisson à effets fixes et de Poisson à effets aléatoires, figurent dans les colonnes
(2) et (4) du tableau 3. Les coefficients estimés sont statistiquement significatifs et
ont les mêmes signes que dans les colonnes (1) et (3).
Région et Développement 45 (2017) 73

Nous évaluons ensuite l’effet de la prolifération des CER sur la création et le dé-
tournement de commerce dans la CEEAC. Nous estimons donc l’équation (5) sans
et avec les termes multilatéraux de prolifération des CER. Ce qu’il importe
d’analyser dans ces régressions est la variation des coefficients des variables de
création de commerce et de détournement de commerce suite à l’introduction des
variables multilatérales de prolifération des CER. Le tableau 4 reporte les résultats
des estimations PPML avec effets fixes dans les colonnes (1) et (2) et effets aléa-
toires dans les colonnes (3) et (4) obtenus à partir de l’échantillon incluant des
pays africains. À nouveau, les coefficients sont très proches dans les deux estima-
tions. Les colonnes (1) et (3) du tableau 4 reportent les résultats des estimations
sans les termes multilatéraux AMit et AMjt.
Ces résultats montrent que la CEEAC n’a pas permis de stimuler le commerce
intra-régional sur la période 1995-2010. En effet, le coefficient estimé de la va-
riable de création de commerce n’est pas statistiquement différent de zéro bien
que bénéficiant d’un signe positif. En revanche, le coefficient estimé de la variable
de détournement de commerce est négatif et statistiquement significatif au seuil
de 1 %. Il montre que les importations en provenance des pays hors de la CEEAC
sont inférieures de 71 % (=|exp(-1,241) - 1|) à celles prédites par le modèle.
Tableau 6. Variation du détournement de commerce avec
le nombre de CER auquel un pays appartient
Variable dépendante : M ijt
PPML effets fixes PPML effets aléatoires
(1) (2) (3) (4)
-1,23*** -1,30*** -1,23*** -1,30***
extra-CEEACijt
(0,30805) (0,21700) (0,30805) (0,21700)
-0,14** -0,15** -0,14** -0,15**
extra-CEEACijt  ln AM it (0,06995) (0,07045) (0,06995) (0,07045)
Effets bilatéraux ( ij ) Oui Oui Oui Oui
Nombre d’observations 4042 7486 4320 7840
Nombre de paires de pays 243 461 270 490
Test effets fixes bilatéraux 25,48*** 51,13***
Prob>F 0,0000 0,0000
Test effets aléatoires bilatéraux 50008,02*** 15045,14***
Prob>chi(2) 0,0000 0,0000
Note : *** et ** représentent respectivement la significativité à 1 % et 5%. Les chiffres entre
parenthèses sont les écarts-types corrigés de l’hétéroscédasticité et ajustés pour les effets de
cluster au niveau de la paire de pays. Seules les variables d’intérêt sont reportées, les autres
variables ayant des coefficients très proches de ceux donnés dans les tableaux 4 et 5.
Les colonnes (2) et (4) du tableau 4 reportent les résultats des estimations avec
les termes multilatéraux de prolifération des CER. Les signes et la significativité
des variables de création et de détournement de commerce sont identiques à ceux
obtenus précédemment. Cependant on note une augmentation sensible du détour-
nement de commerce dans la CEEAC. Cet effet est le même quel que soit
l’échantillon utilisé (voir le tableau 5 pour l’échantillon global). Ainsi contrôler le
niveau de prolifération conduit à une diminution des importations en provenance
des pays hors CEEAC. En considérant par exemple l’échantillon global, les importa-
74 Gislain Stéphane Gandjon Fankem

tions en provenance des pays hors de la CEEAC sont inférieures de 83 % (=|exp(-


1,776)-1|) à celles prédites par le modèle13.
Afin de savoir si les effets de détournement augmentent avec le nombre de CER
auquel appartient un pays, nous interagissons la variable muette de détournement
de commerce avec l’indicateur de prolifération de CER de chaque pays importa-
teur. Les résultats des estimations de l’équation 5 dans laquelle nous avons intro-
duit cette variable croisée sont présentés dans le tableau 6. Le coefficient associé à
la variable de détournement de commerce est significativement négatif et le para-
mètre estimé de la variable d’interaction du pays importateur est aussi négatif et
significativement différent de zéro. Autrement dit, plus un pays multiplie des ad-
hésions à des CER, plus il subit de détournement de commerce. Et nos résultats
semblent suggérer que la prolifération des CER ne renforce pas les relations com-
merciales qu’entretiennent les pays de la CEEAC avec leurs principaux partenaires
commerciaux que sont notamment l’Union européenne, les États-Unis et la Chine.
5. CONCLUSION
Cet article a analysé l’influence de la prolifération des Communautés écono-
miques régionales sur le commerce interne de l’Afrique Centrale ainsi que sur les
effets de création et de détournement de commerce de la CEEAC. Sur la base de
Carrère (2013), nous avons construit des indices originaux de prolifération de
CER. L’application empirique repose sur la spécification gravitaire de Anderson et
van Wincoop (2003) et utilise les développements récents de la littérature empi-
rique sur les effets des accords commerciaux régionaux sur le commerce. Les esti-
mations sont réalisées sur données de panel par la méthode du pseudo-maximum
de vraisemblance à effets fixes et à effets aléatoires.
Plusieurs résultats émergent de cette étude. Premièrement, nous trouvons une
concurrence contre-productive des diverses CER établissant des schémas de préfé-
rence commerciale : ceteris paribus, en Afrique Centrale, plus un pays est membre
d’accords concurrents, moins il exporte vers un autre pays. Cet effet de concur-
rence est encore plus fort sur les flux d’importations : toutes choses égales par
ailleurs, un accroissement de 10 % de la prolifération de CER se traduit par une
réduction des importations de plus de 7 %. Deuxièmement, nous ne trouvons au-
cune création de commerce dans la CEEAC suite à une multiplication des schémas
d’intégration. Les relations commerciales entre les pays d’Afrique Centrale d’une
part et l’Union européenne, les États-Unis et la Chine d’autre part ne sont pas ren-
forcées. Nos résultats invitent ainsi les pays d’Afrique Centrale à mettre fin aux
adhésions croisées et à rationaliser les CER afin d’améliorer les flux commerciaux
entre eux. La rationalisation consisterait à fusionner la CEEAC, la CEMAC et la
CEPLG pour former une seule Communauté économique régionale. Cette forme
d’accord est également soutenue par l’Union Africaine, car elle offre à l’Afrique la
meilleure perspective d’une intégration complète (CEA, 2006).

13 Pour les estimations effectuées à partir du modèle log-linéaire (voir annexe 2) nous re-
trouvons les mêmes résultats que précédemment mais avec des coefficients estimés plus
élevés en valeur absolue. Cela peut traduire l’importance du biais de sélection dû à
l’approximation des observations pour lesquelles le commerce a une valeur nulle.
Région et Développement 45 (2017) 75

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Annexe 1. Description des variables utilisées

Variable Description Source


A la date t, importations du pays i en prove- Base de données UNCTADSTAT
M ijt nance du pays j, en termes FOB et en dollars de la CNUCED disponible à
courants (USD) http://www.unctad.org
Yi ( j )t A la date t, produit intérieur brut du pays i ou World Development Indicators,
j, en dollars courants World Bank
Base de données “distance” du
Dij Distance géographique entre les pays i et j CEPII, disponible à
http://www.cepii.fr
intra-CEEACijt Variable muette égale à 1 si les pays i et j
appartiennent à la CEEAC à la date t, et 0 Construit par l’auteur
sinon
extra-CEEACijt Variable muette égale à 1 si le pays i et non le
pays j appartient à la CEEAC à la date t, et 0 Construit par l’auteur
sinon
Terme multilatéral capturant l’influence sur
un accord donné de l’appartenance d’un pays Construit par l’auteur sur la base
AM i (t )t i (j) à d’autres accords ainsi que la concur- de Carrère (2013)
rence entre les accords à la date t
Construit par l’auteur sur la base
A la date t, résistance multilatérale du pays i
RM i (t )t de Carrère, de Melo et Wilson
ou j
(2013)
78 Gislain Stéphane Gandjon Fankem

Annexe 2. Effet de la prolifération des CER sur la création et le


détournement de commerce dans la CEEAC (modèle log-linéaire)
Variable dépendante : ln( M ijt )
PPML effets fixes PPML effets aléatoires
(1) (2) (3) (4)
ln Yit 1,40*** 1,52*** 1,40*** 1,52***
(0,00100) (0,00082) (0,00101) (0,00082)
ln Y jt 1,80*** 1,80*** 1,79*** 1,80***
(0,00593) (0,00117) (0,0059) (0,00117)
- 1,99*** -2,42*** - 1,99*** -2,42***
ln AM it (0,01808) (0,00987) (0,0180) (0,00987)
-1,50*** -1,85*** -1,50*** -1,85***
ln AM jt (0,07610) (0,02712) (0,07610) (0,02712)
ln RM it 4,96*** 5,22*** 4,96*** 5,22***
(0,00071) (0,00010) (0,00071) (0,00010)
ln RM jt 2,67*** 3,08*** 2,67*** 2,67***
(0,00033) (0,00070) (0,00033) (0,00033)
ln Dij -1,84*** -1,73***
(0,00520) (0,00020)
intra-CEEACijt 0,95 1,40 0,95 1,40
(1,19000) (1,75501) (1,19000) (1,75501)
extra-CEEACijt -3,11** -3,37*** -3,11** -3,37***
(1,27265) (0,05934) (1,27265) (0,05934)
Effets bilatéraux (ij) Oui Oui Oui Oui
Nombre d’observations 4320 7840 4320 7840
Nombre de paires de pays 270 490 270 490
Test effets fixes bilatéraux 32,02*** 38,36***
Prob>F 0,0000 0,0000
Test effets aléatoires bilatéraux 11969,2*** 22500,7***
Prob>chi(2) 0,0000 0,0000
Note : *** et ** représentent respectivement la significativité à 1 % et 5%. Les chiffres entre
parenthèses sont les écarts-types corrigés de l’hétéroscédasticité et ajustés pour les effets de
cluster au niveau de la paire de pays. Le paramètre estimé de la constante n’est pas reporté.

Is the proliferation of regional economic communities a trade


barrier for Central Africa countries?

Abstract - This paper examines the impact of the proliferation of the Regional Economic
Communities on the Central Africa's internal trade like on trade creation and trade diver-
sion effects of the Economic Community of Central African States (ECCAS). Methodology
used is based on the gravity model and the recent techniques of estimates in panel data.
Our results show that the proliferation of the Regional Economic Communities reduces
trade flows between Central Africa countries. Moreover, they reveal that there is not any
trade creation within the ECCAS following a multiplication of economic integration agree-
ments. Rather, the proliferation seems to reinforce trade diversion within the ECCAS.

Key-words
Proliferation of regional economic communities
Economic integration
Gravity model
Central Africa

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