3 Gandjon
3 Gandjon
n° 45-2017
www. regionetdeveloppement.org
Classification JEL
C23, F15, O55
Mots-clés
Prolifération des communautés économiques régionales
Intégration économique
Modèle de gravité
Afrique Centrale
L’auteur remercie le rapporteur anonyme et le directeur éditorial de la revue pour leurs re-
marques et suggestions qui ont permis d’améliorer les versions antérieures de cet article.
1. INTRODUCTION
Le régionalisme en Afrique Centrale est caractérisé par l’existence de trois
Communautés économiques régionales (CER) et par l’appartenance des pays à
plusieurs de ces entités à la fois. Ainsi, sur les 11 pays que compte la sous-région1,
4 sont membres de deux groupements régionaux, 4 appartiennent à trois groupe-
ments et 2 pays sont membres de quatre groupements. Seul 1 pays est membre
d’un groupement. Autrement dit, 90 % des États d’Afrique Centrale sont membres
d’au moins 2 CER.
Cette profusion d’arrangements et d’institutions ainsi que les appartenances
multiples à l’intérieur d’une même région brouillent-elles les objectifs d’inté-
gration commerciale sous-régionale ? C’est vraisemblablement le cas (Commission
Économique des Nations Unies pour l’Afrique, 2006, 2010). D’une part, les adhé-
sions multiples ne permettent pas à la plupart des États concernés de respecter
leurs obligations financières à l’égard des CER auxquelles ils appartiennent. En
conséquence, les pays sont lents à ratifier les traités et n’appliquent pas les pro-
grammes intégrateurs dont ils ont convenu. Or l’absence de mise en application de
ceux-ci entrave le développement des échanges intra-communautaires (Freund et
Rocha 2011 ; Portugal-Perez et Wilson, 2012). D’autre part, l’appartenance des
pays à plusieurs CER en même temps influence négativement le commerce intra-
zone via la multiplication des procédures d’agréments des produits, des modèles
de preuves documentaires de l’origine, des droits compensatoires et surtout des
règles d’origine (cf. infra). Pourtant, l’expansion du commerce intra-commu-
nautaire pourrait favoriser la croissance économique, ce qui contribuerait au déve-
loppement et à réduire la pauvreté en Afrique Centrale (Avom et Gandjon, 2014).
Depuis Viner (1950), les effets des accords commerciaux régionaux (ACR) sur
les flux commerciaux sont controversés. D’un côté, il existe un effet potentiel de
détournement de commerce. De l’autre, il y a un effet possible de création de
commerce. Une création de commerce apparaît quand une importation se substi-
tue à un bien d’origine nationale car, après la suppression du droit de douane, le
bien étranger devient moins cher que le bien domestique. Cette création de com-
merce est source d’efficacité économique. Le détournement de commerce repré-
sente le changement en termes de bien-être provenant de la substitution
d’importations provenant d’un pays à faible coût, situé en dehors de l’accord com-
mercial, par un flux d’importations provenant d’un pays à coût plus élevé apparte-
nant à la zone d’accord commercial. En d’autres termes, il y a détournement de
commerce quand la nouvelle importation en provenance d’un pays de l’Union
remplace une importation en provenance d’un pays tiers qui produit ce bien à un
coût inférieur. Dans ce cas, la réorientation de l’approvisionnement en faveur
d’une production à coût plus élevé est une source d’inefficacité.
Au départ, la majeure partie de la littérature s’est concentrée sur les effets de
création et de détournement de commerce des ACR à la fois sur les pays membres
et non membres d’un point de vue théorique [voir par exemple Kemp et Wan
(1976), Grossman et Helpman (1995), Krishna (1998) et Ornelas (2005)]. Plus
récemment, un nombre élevé d’études empiriques ont étudié les effets réels des
ACR sur le commerce [voir par exemple Trefler (2004), Carrère (2004, 2006,
2013), Lee et Shin (2006), Romalis (2007), Baier et Bergstrand (2007, 2009a),
Magee (2008), Martinez-Zarzoso, Nowak-Lehmann, et Horsewood (2009), Pomfret
et Sourdin (2009), Freund (2010), Vicard (2011), Foster, Poeschl et Stehrer
(2011), Geldi (2012), Fugazza et Nicita (2013), Ketterer, Bernhofen et Milner
(2014), Kohl (2014)].
celui de Anderson et van Wincoop (2003). D’après Head et Mayer (2015)3, ce der-
nier constitue le meilleur contrefactuel permettant d’identifier la part des flux
commerciaux expliquée par l’intégration régionale pour deux raisons. Première-
ment, si l’échantillon de pays est convenablement choisi, l’équation de gravité sug-
gère un niveau « normal » de commerce bilatéral. En conséquence, des variables
dummies peuvent être employées pour capter les niveaux « spécifiques » de com-
merce résultant d’un ACR. Deuxièmement, grâce à l’introduction des variables
dummies dans le modèle, on peut isoler les effets de création de commerce et de
détournement de commerce d’un ACR. Finalement, nous adoptons une spécifica-
tion de l’équation de gravité en panel et privilégions l’estimateur Poisson du pseu-
do-maximum de vraisemblance pour les estimations sur la période 1995-2010,
afin de pallier les problèmes méthodologiques rencontrés dans les études empi-
riques.
Notre étude apporte plusieurs contributions à la littérature. Nous trouvons une
concurrence4 contre-productive entre les schémas de préférence commerciale.
Nous constatons que cet effet de concurrence est plus fort sur les flux d’impor-
tations. En outre, nous ne trouvons aucune création de commerce dans la CEEAC
suite à une multiplication des schémas d’intégration. Nous constatons plutôt que
cette dernière ne renforce pas les relations commerciales entre les pays d’Afrique
Centrale d’une part et l’Union européenne, les États-Unis et la Chine d’autre part.
Nos résultats fournissent ainsi un éclairage sur les conséquences qui peuvent être
néfastes du régionalisme, notamment lorsqu’il y a multiplication des accords
commerciaux régionaux qui ne sont pas motivés par des considérations écono-
miques, telle que le relève par exemple la littérature récente sur le third country
effect5 [Xiaoyang et Joshi (2010), Freund (2010) ou Baldwin et Jaimovich (2012)].
L’article est organisé de la manière suivante. À partir des faits stylisés, nous
montrons dans la section 2 comment la prolifération des CER peut nuire à
l’expansion des échanges commerciaux entre les pays de l’Afrique Centrale. La
section 3 discute de la spécification empirique et de la stratégie d’estimation. La
section 4 analyse à partir des résultats du modèle l’effet de la prolifération des
CER. La section 5 conclut.
2. LA PROLIFÉRATION DES CER EN AFRIQUE CENTRALE : LE CONTEXTE
INSTITUTIONNEL ET ÉCONOMIQUE
2.1. Inefficience institutionnelle de la CEMAC, CEEAC et CEPLG
En Afrique Centrale coexistent trois Communautés économiques régionales : la
Communauté Économique et Monétaire de l’Afrique Centrale (CEMAC), la Commu-
nauté Économique des États de l’Afrique Centrale (CEEAC) et la Communauté
Économique des Pays des Grands Lacs (CEPLG).
3 Voir Head et Mayer (2015) pour une revue approfondie de la littérature sur le modèle de
gravité.
4 Par concurrence, on entend ici la coexistence non coordonnée de plusieurs CER, dont le
but ultime est la réalisation de l’intégration régionale. L’absence d’instruments
d’harmonisation signifie que chaque communauté a ses propres règles d’origine ou ses
propres procédures de certification.
5 « C’est-à-dire l’interdépendance des ACR » (Baldwin et Jaimovich, 2012, p. 1). Il s’agit d’une
théorie, explicative de la diffusion du régionalisme, selon laquelle les ACR sont contagieux
en ce sens qu’un nouvel ACR entre les nations A et B augmente la probabilité que la nation C
signe un nouvel ACR avec A ou B. D’après cette théorie la diffusion du régionalisme selon un
effet domino est en partie conduite par les ACR « défensifs », i.e. les ACR signés pour réduire
la discrimination créée par les ACR concernant les trois grandes puissances commerciales
que sont les États-Unis, l’Union européenne et le Japon.
64 Gislain Stéphane Gandjon Fankem
7 On peut d’ailleurs noter en ce sens que par exemple, entre 2000 et 2010, pour les CER
d’Afrique Centrale la part du commerce interne dans le commerce total en moyenne
n’atteint pas 2% alors que, dans les régions où les adhésions multiples sont plus limitées,
comme l’UE, l’ALENA et l’ANASE, la part du commerce interne est respectivement de 66,2%,
53,2% et 24,2%.
Région et Développement 45 (2017) 67
3. STRATÉGIE EMPIRIQUE
3.1. Spécification de l’équation de gravité en panel
Anderson et van Wincoop (2003) montrent que l’équation de gravité théorique,
spécifiée en logarithme, prend la forme suivante :
ln M ij 0 ln Yi ln Yj ln Pi1 ln Pj1 (1 ) ln tij , (1)
où Mij sont les importations8 du pays i en provenance du pays j, Yi et Yj leurs reve-
nus nationaux, tij le niveau des coûts de commerce, (σ1) l’élasticité de substitu-
tion constante entre les biens produits par le pays i et ceux produits par le pays, α0,
le terme constant. Enfin, Pi et Pj représentent les indices de résistance multilatérale
aux échanges des pays i et j respectivement.
En suivant Baier et Bergstrand (2009b), Carrère, de Melo et Wilson (2013) et
Carrère (2013), nous spécifions la fonction de coûts aux échanges comme suit :
tij Dij AM i AM exp 4 Bij 5 Lij 6CERij .
1 2 3
j (2)
Y Y
avec AM i k CERik et AM j k CER jk ,
k Yw k Yw
où Yw représente le revenu mondial. Dans l’équation (2), ρk, avec k = 1,..,6, repré-
sentent des paramètres ; Dij est la distance géographique entre les pays i et j ; Lij la
variable muette de langue commune ; Bij la variable muette de contiguïté ; CERij
une variable muette égale à l’unité si les pays i et j appartiennent à une même
communauté économique régionale, et 0 sinon. Les termes multilatéraux AMi et
AMj ainsi introduits représentent nos variables d’intérêt. Ils captent l’influence sur
un accord donné de l’appartenance d’un pays à d’autres accords ainsi que la con-
currence entre les accords (Carrère, 2013). Ainsi le terme multilatéral propre à la
communauté économique régionale AM permet de tenir compte de la concurrence
existant entre les nombreux accords de préférences commerciales signés par un
même pays et qui vient réduire l’effet escompté de l’accord considéré.
Après substitution de (2) dans l’équation (1), la forme réduite à estimer est :
ln M ij 0 1 ln Yi 2 ln Y j 3 ln AM i 4 ln AM j 5 ln Dij
(3)
6 Bij 7 Lij 8CERij ln Pi1 ln Pj1 ij ,
où ij est le terme d’erreur, 0 une constante et k , avec k 1,...,8 , les paramètres
dont les signes anticipés sont :
1 0, 2 0, 3 2 (1 ) 0, 4 3 (1 ) 0, 5 1 (1 ) 0,
6 4 (1 ) 0, 7 5 (1 ) 0, 8 6 (1 ) 0.
Quelques explications supplémentaires sont nécessaires concernant l’éva-
luation des effets globaux des CER sur le commerce. Rappelons que des variables
dummies sont utilisées pour capter des niveaux de commerce qui sont "au-dessus
ou au-dessous de la normale" résultant d’un accord commercial régional. Ainsi, si
l’ensemble des variables dummies est correctement spécifié dans le modèle, les
effets de création et de détournement de commerce peuvent alors être isolés.
8Nous mesurons le commerce bilatéral par le montant des importations bilatérales de mar-
chandises, parce que les données d’importations bilatérales sont plus complètes que les
données d’exportations bilatérales.
68 Gislain Stéphane Gandjon Fankem
9
1 1
1
N Y tijt 1 N Y 1
tijt 1
Pit et Pjt it
jt
j Ywt
Pjt i Ywt Pit
Région et Développement 45 (2017) 69
présente l’ouverture du pays i à toutes les importations quel que soit le pays
d’origine et RMjt l’ouverture de tous les pays du monde aux exportations du pays j.
Ainsi, un pays est d’autant plus incité à commercer avec un partenaire bilatéral
donné que sa résistance au commerce avec tous les autres est élevée. Cet effet
de résistance multilatérale se traduit par des différences de prix entre les
pays. Comparé à un pays économiquement central, un pays périphérique re-
çoit une demande agrégée relativement plus faible pour sa production, ce qui
peut induire des prix plus faibles et accroître son commerce bilatéral avec un par-
tenaire donné.
La variable intra-CEEACijt = 1 si les pays i et j appartiennent à la CEEAC à la date
t, et 0 sinon, et la variable extra-CEEACijt = 1 si le pays i et non le pays j appartient à
la CEEAC à la date t, et 0 sinon. Le coefficient α8 mesure la création de commerce et
α9 le détournement de commerce. λij représente les effets fixes bilatéraux – ils
permettent de contrôler pour toutes les autres caractéristiques spécifiques aux
paires de pays et invariantes dans le temps, notamment la proximité des CER, le
partage d’une frontière ou d’une langue commune [Bair et Bergstrand (2007) ;
Maggee (2008) ; Carrère, Gourdon et Olarreaga (2012)]. λt et εijt sont respective-
ment les effets spécifiques années et le terme d’erreur.
3.2. Estimation Poisson du pseudo-maximum de vraisemblance en panel
La spécification en logarithme de la variable d’importation conduit à éliminer
les observations pour lesquelles le commerce a une valeur nulle, créant ainsi un
biais de sélection. En outre, l’estimation de la forme log-linéaire est biaisée,
puisque le terme d’erreur est héteroscédastique en niveau10.
C’est pour pallier ces problèmes que nous réalisons nos estimations en niveau,
à partir de l’estimateur de Poisson du pseudo-maximum de vraisemblance (PPML)
comme suggérés par Santos Silva et Tenreyro (2006, 2011). En conséquence,
l’équation à estimer est :
M ijt exp 0 1 ln Yit 2 ln Y jt 3 ln AM it 4 ln AM jt
exp 5 ln RM it 6 ln RM jt 7 ln Dij t ij (5)
exp 8intra-CEEACijt 9extra-CEEACijt ijt ,
où la variable Mijt représente les importations du pays i en provenance du pays j à
l’année t mesurées en niveau et ijt exp ijt le terme d’erreur.
Cependant, pour effectuer les estimations sur données de panel, nous devons
choisir entre l’estimateur Poisson à effets fixes et l’estimateur Poisson à effets aléa-
toires. Nous privilégions le second estimateur car, contrairement au premier, il
permet d’estimer à la fois l’effet de court et de long terme des variables variantes
et invariantes dans le temps11.
4. DONNÉES ET INTERPRÉTATION DES RÉSULTATS
En raison de l’indisponibilité des données, notre étude couvre une période de
seize ans (1995 à 2010). L’échantillon comprend 50 pays, et porte sur les flux
10 Les travaux de Carrère (2006), Egger et Larch (2008) et Baier et Bergstrand (2007,
2009a) ne tiennent pas compte de ces préoccupations.
11 Contrairement aux « matching econometrics » (voir Bair et Bergstrand, 2009a) qui per-
mettent de tenir compte uniquement de l’impact à long terme des variables et non de con-
trôler les flux d’importations nuls, cet estimateur prend en compte à la fois l’impact de court
et de long terme des variables et constitue un traitement efficace des flux nuls de commerce.
70 Gislain Stéphane Gandjon Fankem
12 Il s’agit des 40 principaux partenaires commerciaux des pays d’Afrique Centrale. Ces
derniers sont constitués de 17 pays africains (Algérie, Kenya, Nigéria, Tunisie, Côte d’Ivoire,
Égypte, Guinée, Mali, Maroc, Benin, Burkina Faso, Rwanda, Gambie, Mauritanie, Niger, Séné-
gal, Ghana), 16 pays de l’Union européenne (Allemagne, Autriche, Belgique, Espagne, Fin-
lande, France, Irlande, Italie, Luxembourg, Pays-Bas, Portugal, Grèce, Slovénie, Chypre,
Malte, Slovaquie et la Grande Bretagne), les États-Unis et les BRICS (Brésil, Russie, Inde,
Chine et Afrique du Sud).
Région et Développement 45 (2017) 71
Note : *** représente la significativité à 1 %. Les chiffres entre parenthèses sont les écarts-
types corrigés de l’hétéroscédasticité et ajustés pour les effets de cluster au niveau de la paire
de pays. Le paramètre estimé de la constante n’est pas reporté.
Dans la colonne (3) nous utilisons l’estimateur de Poisson à effets aléatoires. Le
test du multiplicateur de Lagrange de Breusch-Pagan confirme la présence des
effets aléatoires bilatéraux. La statistique de ce test (chi-2=7008,48) montre, en
effet, que les effets aléatoires sont globalement significatifs au seuil de 1 %.
Les résultats sont semblables à ceux du modèle de Poisson à effets fixes. Ils
mettent en évidence l’impact négatif de la concurrence entre les schémas de préfé-
rence commerciale à la fois sur les importations et les exportations des pays
d’Afrique Centrale. En effet, le coefficient estimé de la variable de prolifération de
CER du pays importateur est négatif et statistiquement significatif ; ce qui implique
72 Gislain Stéphane Gandjon Fankem
qu’en Afrique Centrale, un pays importe d’autant moins en provenance d’un autre
qu’il est membre d’accords concurrents. Toutes choses égales par ailleurs, un ac-
croissement de 1 % de la pluralité de CER se traduit par une réduction des impor-
tations de plus de 0,7 %.
De même, le coefficient estimé pour la variable de prolifération de CER du pays
exportateur est négatif et significativement différent de zéro. Autrement dit, plus
un pays de la CEEAC est membre d’un accord concurrent moins il exporte vers un
autre pays d’Afrique Centrale. Ces résultats confortent la conclusion de l’analyse
descriptive de Salazar-Xirinachs (2002) selon laquelle l’adhésion d’un pays à plu-
sieurs accords commerciaux régionaux affecterait sa performance commerciale
dans lesdits accords. Ils sont également conformes à l’étude récente de Carrère
(2013) qui analyse les performances commerciales de l’UEMOA et de la CEMAC.
Tableau 5. Effet de la prolifération des CER sur la création et le
détournement de commerce dans la CEEAC (échantillon global)
Variable dépendante : Mijt
PPML effets fixes PPML effets aléatoires
(1) (2) (3) (4)
ln Yit 0, 95*** 0, 96*** 0, 95*** 0, 96***
(0,00006) (0,00005) (0,00006) (0,00005)
ln Y jt 1,01*** 1,14*** 1,01*** 1,14***
(0,00009) (0,00001) (0,00009) (0,00001)
-0,91*** -0,91***
ln AM it (0,00062) (0,00062)
-0,58*** -0,58***
ln AM jt (0,00041) (0,00041)
ln RM it 2,92*** 2,89*** 2,92*** 2,89***
(0,0022) (0,00200) (0,0022) (0,00200)
ln RM jt 0,72*** 0,59*** 0,72*** 0,59***
(0,00015) (0,00040) (0,00015) (0,00040)
ln Dij -0,91*** -0,92***
(0,00010) (0,00011)
intra-CEEACijt 0,53 0,29 0,53 0,29
(1,21368) (0,39188) (1,21368) (0,39188)
extra-CEEACijt -1,25*** -1,77*** -1,25*** -1,77***
(0,08010) (0,10001) (0,08010) (0,10001)
Nous évaluons ensuite l’effet de la prolifération des CER sur la création et le dé-
tournement de commerce dans la CEEAC. Nous estimons donc l’équation (5) sans
et avec les termes multilatéraux de prolifération des CER. Ce qu’il importe
d’analyser dans ces régressions est la variation des coefficients des variables de
création de commerce et de détournement de commerce suite à l’introduction des
variables multilatérales de prolifération des CER. Le tableau 4 reporte les résultats
des estimations PPML avec effets fixes dans les colonnes (1) et (2) et effets aléa-
toires dans les colonnes (3) et (4) obtenus à partir de l’échantillon incluant des
pays africains. À nouveau, les coefficients sont très proches dans les deux estima-
tions. Les colonnes (1) et (3) du tableau 4 reportent les résultats des estimations
sans les termes multilatéraux AMit et AMjt.
Ces résultats montrent que la CEEAC n’a pas permis de stimuler le commerce
intra-régional sur la période 1995-2010. En effet, le coefficient estimé de la va-
riable de création de commerce n’est pas statistiquement différent de zéro bien
que bénéficiant d’un signe positif. En revanche, le coefficient estimé de la variable
de détournement de commerce est négatif et statistiquement significatif au seuil
de 1 %. Il montre que les importations en provenance des pays hors de la CEEAC
sont inférieures de 71 % (=|exp(-1,241) - 1|) à celles prédites par le modèle.
Tableau 6. Variation du détournement de commerce avec
le nombre de CER auquel un pays appartient
Variable dépendante : M ijt
PPML effets fixes PPML effets aléatoires
(1) (2) (3) (4)
-1,23*** -1,30*** -1,23*** -1,30***
extra-CEEACijt
(0,30805) (0,21700) (0,30805) (0,21700)
-0,14** -0,15** -0,14** -0,15**
extra-CEEACijt ln AM it (0,06995) (0,07045) (0,06995) (0,07045)
Effets bilatéraux ( ij ) Oui Oui Oui Oui
Nombre d’observations 4042 7486 4320 7840
Nombre de paires de pays 243 461 270 490
Test effets fixes bilatéraux 25,48*** 51,13***
Prob>F 0,0000 0,0000
Test effets aléatoires bilatéraux 50008,02*** 15045,14***
Prob>chi(2) 0,0000 0,0000
Note : *** et ** représentent respectivement la significativité à 1 % et 5%. Les chiffres entre
parenthèses sont les écarts-types corrigés de l’hétéroscédasticité et ajustés pour les effets de
cluster au niveau de la paire de pays. Seules les variables d’intérêt sont reportées, les autres
variables ayant des coefficients très proches de ceux donnés dans les tableaux 4 et 5.
Les colonnes (2) et (4) du tableau 4 reportent les résultats des estimations avec
les termes multilatéraux de prolifération des CER. Les signes et la significativité
des variables de création et de détournement de commerce sont identiques à ceux
obtenus précédemment. Cependant on note une augmentation sensible du détour-
nement de commerce dans la CEEAC. Cet effet est le même quel que soit
l’échantillon utilisé (voir le tableau 5 pour l’échantillon global). Ainsi contrôler le
niveau de prolifération conduit à une diminution des importations en provenance
des pays hors CEEAC. En considérant par exemple l’échantillon global, les importa-
74 Gislain Stéphane Gandjon Fankem
13 Pour les estimations effectuées à partir du modèle log-linéaire (voir annexe 2) nous re-
trouvons les mêmes résultats que précédemment mais avec des coefficients estimés plus
élevés en valeur absolue. Cela peut traduire l’importance du biais de sélection dû à
l’approximation des observations pour lesquelles le commerce a une valeur nulle.
Région et Développement 45 (2017) 75
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Abstract - This paper examines the impact of the proliferation of the Regional Economic
Communities on the Central Africa's internal trade like on trade creation and trade diver-
sion effects of the Economic Community of Central African States (ECCAS). Methodology
used is based on the gravity model and the recent techniques of estimates in panel data.
Our results show that the proliferation of the Regional Economic Communities reduces
trade flows between Central Africa countries. Moreover, they reveal that there is not any
trade creation within the ECCAS following a multiplication of economic integration agree-
ments. Rather, the proliferation seems to reinforce trade diversion within the ECCAS.
Key-words
Proliferation of regional economic communities
Economic integration
Gravity model
Central Africa