Introduction-WPS Office
Introduction-WPS Office
Les technologies de l’information et de la communication (TIC) sont, depuis le début des années 1990,
un secteur en forte croissance dans de nombreux pays européens. Il est aujourd’hui communément
admis que les TIC sont des facteurs stratégiques améliorant la compétitivité d’un pays (Souter, 2004).
Même l’explosion de « la bulle Internet » en 2000 n’a pas affecté cette tendance générale. En France, en
2004, l’INSEE a constaté un nombre toujours croissant d’entreprises dans le secteur des TIC (Rieg, 2004)
et la contribution des TIC au PIB a été évaluée à 5 % (IDATE, 2004). La France reste particulièrement
dynamique, puisque le secteur des TIC figure parmi les secteurs les plus entrepreneuriaux en termes de
nombre de création d’entreprises (Meri, 2007).
Sur le plan de la recherche, l’entrepreneuriat TIC est le plus souvent inclus dans un cadre plus large qui
est celui de l’entrepreneuriat de haute technologie (Roberts, 1991). Des travaux de plus en plus
nombreux étudient ce type d’entrepreneuriat dans toutes ses dimensions (Siegel, 2006). Toutefois, si
certains secteurs de haute technologie, comme celui des biotechnologies, sont très étudiés, les
recherches centrées spécifiquement sur les firmes et les entrepreneurs TIC restent peu nombreuses
(Lasch, Le Roy et Yami, 2005a, 2005b).
Le profil de l’entrepreneur TIC est ainsi l’objet de peu de recherche et reste encore mal connu. Certaines
« success story », comme celles de Bill Gates ou de Steve Jobs, conduisent à se représenter cet
entrepreneur TIC, au moment de la création de l’entreprise, comme un jeune ingénieur, qui vient de
terminer ses études et qui est en train de mettre au point une nouvelle technologie dont la vocation est
de devenir un nouveau standard mondial. Est-ce bien le profil unique de l’entrepreneur TIC ? Au
contraire, peut-on identifier des types d’entrepreneurs TIC différents les uns des autres et qui
s’éloignent de ce profil médiatique ?
Cette question est d’importance notamment pour les politiques publiques d’accompagnement à la
création d’entreprises TIC. Ces structures doivent-elles concevoir leur accompagnement en fonction
d’un profil type unique ? Au contraire, doivent-elles s’attendre à des profils très contrastés et prévoir
ainsi des accompagnements différenciés et adaptés à chaque profil ?
1. Fondements théoriques
Ces premiers travaux sur les typologies d’entrepreneurs sont fondateurs et seront rapidement enrichis.
Laufer (1975) a, par exemple, établi une typologie d’entrepreneurs au sein de laquelle quatre catégories
sont relevées : le « manager », « l’entrepreneur orienté vers la croissance », « l’entrepreneur orienté
vers l’efficacité » et « l’artisan ».
Miles et al. (1978) définissent une typologie différente en mettant en évidence l’existence de quatre
types d’entrepreneur : les « prospectors », les « defenders », les « analysers » et les « reactors ». Établie
à partir d’études dans différents secteurs d’activité comme l’édition, l’électronique, la transformation
d’aliments et le milieu hospitalier, cette typologie est fondée sur les comportements stratégiques des
entrepreneurs. Miles et al. (1978) montrent à quel point l’innovation est cruciale pour les entrepreneurs
puisqu’elle apparaît dans les quatre types.
Les « prospectors » sont des opportunistes qui scrutent leur environnement et qui sont agressifs afin de
maximiser les gains de leur présence sur les marchés. À l’inverse, les « defenders » sont plus
conservateurs et réfléchis. Ils interviennent dans des secteurs plus stables et n’hésitent pas à prendre le
temps nécessaire à la décision. Les « analysers », du fait de leur présence dans des domaines d’activité
diversifiés, pratiquent la planification et agissent tantôt comme des « defenders », tantôt comme des «
prospectors ». Enfin, les « reactors » n’ont pas de stratégie spécifique et sont plutôt passifs. Ils
réagissent généralement défensivement aux opportunités et aux menaces.
Julien et Marchesnay (1988, 1992, 1996) proposent une classification considérée comme majeure au
sein de l’entrepreneuriat francophone en se fondant sur le classement hiérarchique des aspirations de
l’entrepreneur à l’égard de son entreprise. Ces auteurs distinguent les entrepreneurs « PIC » qui ont,
dans l’ordre, des aspirations à la pérennité, à l’indépendance et à la croissance, des entrepreneurs « CAP
» qui ont, dans l’ordre, des aspirations à la croissance, à l’autonomie et à la pérennité. L’entrepreneur
PIC aura toujours à coeur de protéger la pérennité de l’entreprise, sera réticent à l’entrée d’investisseurs
au sein du capital de son entreprise et ne poursuivra pas à n’importe quel prix la croissance.
L’entrepreneur CAP, quant à lui, est présenté comme plus opportuniste. Il sera plus à même de « faire
des coups » pour rechercher un profit élevé et rapide malgré les risques liés à ce comportement.
Toutefois, il souhaite conserver son autonomie managériale. Cette vision, comme la plupart des
typologies d’entrepreneurs, est bien évidemment caricaturale. On ne retrouvera que dans de rares
exceptions les profils qui correspondent exactement à ceux décrits dans les typologies.
Lafuente et Salas (1989) établissent une typologie dans laquelle ils distinguent « l’artisan », «
l’entrepreneur orienté vers le risque », « l’entrepreneur orienté vers la famille » et le « manager ».
Miner (1990, 1997) a également distingué « l’entrepreneur », le « manager » et « l’entrepreneur à forte
croissance », tandis que Filion (1997) a différencié les « opérateurs » des « visionnaires ».
Ces multiples points de vue montrent qu’il existe plusieurs typologies d’entrepreneurs. Ces typologies
diffèrent souvent en fonction du secteur, mais aussi en fonction de la manière dont on définit
l’entrepreneur lui-même. Par exemple, Marchesnay (1998) complète son modèle du PIC et du CAP en
introduisant de nouveaux types d’entrepreneurs : les « isolés », les « nomades », les « notables » et les «
entreprenants ».
Plus récemment, Vega et Kidwell (2007) ont proposé une typologie d’entrepreneurs qui s’appuie
simultanément sur la conduite entrepreneuriale et sur les bénéfices attendus de l’expérience
entrepreneuriale. Ils ont alors identifié les « incubateurs » et les « bienfaiteurs », d’un côté, et les «
entreprenants » et « intéressés » de l’autre. Enfin, Jaouen (2008) définit une typologie dans laquelle elle
distingue les entrepreneurs « carriéristes », « hédonistes », « paternalistes » et « alimentaires ».
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Michel Bernasconi
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DOI
Construire son Business Plan, Catherine Léger-Jarniou et Georges Kalousis Paris, Dunod, 2006, 241 p.
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Résumés
Résumé
Il est aujourd’hui largement reconnu que le processus de création d’une entreprise technologique n’est
pas linéaire, mais qu’il est fait de cheminements et que les écarts entre les prévisions et les réalisations
sont la règle plutôt que l’exception. Pourtant, malgré des avancées, la littérature ne semble pas avoir été
aussi loin que nécessaire pour prendre en compte cet état de fait. Ce travail propose donc un modèle
adapté à ces situations. Il considère le processus de création d’une entreprise technologique comme la
réalisation successive de trois projets : le projet d’affaires, le projet d’entreprendre et le projet
d’entreprise. Chaque projet est constitué d’un système, c’est-à-dire d’éléments en interaction que
l’entrepreneur doit piloter. L’approche de l’objet de recherche est de type constructiviste. Le modèle a
été bâti par une confrontation de la littérature avec le matériel d’une étude de cas d’une jeune
entreprise dans l’édition de logiciel en création. L’ambition de ce travail est d’offrir une représentation
de l’entreprise technologique en création qui permette aux entrepreneurs et aux acteurs de
l’accompagnement de mieux communiquer sur le processus de création afin d’en améliorer la
réalisation.
Mots clés: Création d’entreprises de haute technologie, Projet d’entreprise Modélisation du processus
entrepreneurial
Abstract
Nowadays it is widely acknowledged that the creation process of a technological enterprise is not linear ;
but that it is made of evolutions and that the gap between anticipations and accomplishment is more a
convention than an exception. Yet, in spite of some progress, the literature does not seem to have been
as far as needed to take into account this reality. Therefore, this study put forward a pattern that fits
these situations. It deems the creation process of a technological enterprise as the successive execution
of three projects : the business project, the entrepreneurial project and the enterprise project. Each
project comprises a system, i.e. interacting elements the entrepreneur needs to manage. The approach
of the research object is of a constructivist type. The pattern is based on a confrontation between the
literature and the case study material of a young enterprise in software editing, currently in the creation
phase. The ambition of this study is to give a representation of the technological enterprise in the
creation phase that allows the entrepreneurs and the accompanying actors to better communicate on
the creation process, in order to improve its execution.
Resumen
Hoy en día es ampliamente reconocido que el proceso de creación de una empresa tecnológica no es
lineal, sino que se lleva a cabo a través de diferentes vías y que las diferencias entre las previsiones y las
realizaciones constituyen más la regla que la excepción. Sin embargo, a pesar de los avances, la
literatura no parece haber profundizado lo suficiente para tener en cuenta este hecho. Este trabajo
propone entonces un modelo adaptado a este tipo de situaciones. Este modelo considera el proceso de
creación de una empresa tecnológica como la realización sucesiva de tres proyectos : el plan de
negocios, el proyecto de emprender y el proyecto de la empresa. Cada proyecto consta de un sistema,
es decir, de elementos en interacción, que el emprendedor debe manejar. El enfoque del objeto de la
investigación es de tipo constructivista. El modelo ha sido construído a través de un enfrentamiento de
la literatura con el material de un estudio de caso de una empresa joven en la edición de un software en
creación. La ambición de este trabajo es ofrecer una representación de la empresa tecnológica en
creación que permita a los empresarios y a los actores del acompañamiento de comunicar mejor acerca
del proceso creativo, con el fin de mejorar la realización.
Zusammenfassung
Es ist heute weithin anerkannt, dass die Gründung von technologischen Unternehmen kein linearer
Prozess, sondern das Wandern auf einem Kriechweg ist, auf dem Abweichungen zwischen der Planung
und der Realisation eher die Regel als die Ausnahme sind. Trotzdem scheint es, als ob sich die Literatur
auf diesem Gebiet noch nicht so weit entwickelt hat. Diese Arbeit schlägt ein Modell vor, welches diese
Entwicklungen berücksichtigt. Die Realisierung der technologischen Unternehmensgründung wird als
drei aufeinander folgende Projekte betrachtet: Das Geschäftsprojekt, das unternehmerische Projekt und
das Unternehmensprojekt. Jedes dieser Projekte kann in dem Sinne als System angesehen werden, als
der Unternehmer die Wechselwirkung seiner Aktionen steuern muss. Das Modell wurde aufgrund der
Unterschiede in der Literatur und einer Fallstudie einer jungen Software-Entwicklungsfirma erstellt. Das
Ziel der Arbeit besteht darin, ein Hightech-Unternehmen in der Gründungsphase vorzustellen, um
Unternehmern und Personen die Unternehmen begleiten, den Prozess der Unternehmensgründung
besser zu kommunizieren und schlussendlich die Realisation besser vollziehen zu können.
Corps de l’article
Introduction
Les chercheurs ont exploré à fond le processus entrepreneurial dont les approches ont été analysées et
mises en perspective (Saporta, 1994 ; Hernandez, 2001 ; Verstraete, 2001 ; Fayolle, 2004). Pour prendre
en compte plus particulièrement l’évolution, le processus entrepreneurial a été qualifié de chemin
faisant, d’interactif avec des allers et retours (Marchesnay, 2002), ou avec des boucles rétroactives
(Garnsey, 1996). Ces qualificatifs s’appliquent particulièrement à la jeune entreprise technologique qui
se développe dans un contexte d’incertitude (Monsted, 2000). Toutefois, les différentes approches
semblent insuffisantes pour restituer l’ampleur de l’évolution que connaissent les projets dans la haute
technologie et il paraît intéressant de considérer que l’évolution et la recomposition du projet sont la
règle plutôt que l’exception. D’ailleurs, dès 1984, Massacrier et Rigaud mettaient en évidence les écarts
entre les prévisions et les réalisations et soulignaient la nécessité d’approches qui permettraient aux
entrepreneurs de simuler leur projet. Ce besoin de simulation reste d’actualité, si l’on accepte l’idée que
les modèles et approches proposés ne semblent pas adaptés pour éclairer les praticiens.
L’objectif de ce travail est donc de proposer une approche globale de la création de la jeune entreprise
technologique qui rende mieux compte de ses évolutions et de son cheminement. Son ambition est de
constituer une représentation commune aux entrepreneurs et aux acteurs de l’accompagnement, leur
permettant ainsi d’anticiper et de suivre le développement des jeunes entreprises technologiques. Il
s’agit en fait de définir un métamodèle qui pourra ensuite s’adapter à la particularité de chaque création
d’entreprise.
Le travail s’appuie sur les théories existantes, pour les compléter dans une démarche de recherche
constructiviste. Une représentation composite a été bâtie à partir des approches processuelle,
systémique et projet. Elle considère les premières années de la jeune entreprise technologique comme
une succession de trois projets, qui seront plus ou moins proches les uns des autres. Chacun des projets
étant par ailleurs défini comme un système ouvert dont les entrepreneurs doivent assurer le pilotage.
Amener les entrepreneurs à envisager que leur enjeu est de réussir successivement trois projets brise la
représentation mentale d’une évolution basée sur le passage plus ou moins linéaire d’un état à un autre.
La dimension projective du modèle facilite l’acceptation de reformulation du projet comme une
situation naturelle et les amène à accepter l’idée que la réussite de leur projet réside plus dans leur
capacité à gérer l’évolution que dans la pertinence de la stratégie initiale décrite dans le plan d’affaires.
Dans une première partie, la littérature sera rapidement parcourue pour en extraire les éléments
constitutifs du modèle proposé. Dans une deuxième partie, la méthodologie de l’étude du cas unique
sera justifiée et celui-ci décrit. Enfin, la troisième partie proposera un modèle en s’appuyant sur l’étude
de cas.
Les jeunes entreprises technologiques ne sont pas nécessairement aisées à définir si l’on se réfère aux
nombreuses appellations de la littérature : firmes de hautes technologies, entreprises de technologies
avancées, entreprises innovantes, mais aussi « new technology based firms » ou encore « knowledge
based-firms ». De nombreux critères ont été proposés pour qualifier l’entreprise technologique (Cooper,
1986 ; Albert et Mougenot, 1998). Baruch (1997) propose de retenir trois critères principaux pour
différencier une entreprise de haute technologie des autres entreprises : 1) le niveau d’éducation du
personnel, 2) l’investissement en R-D, 3) le secteur industriel de l’entreprise.
De plus, les jeunes entreprises technologiques innovantes ont quelques caractéristiques singulières.
Elles sont situées dans des secteurs naissants et instables dont elles tirent parti. Elles ont des relations
étroites avec les milieux scientifiques dont les entrepreneurs sont fréquemment issus. Elles ont des
difficultés à identifier et capter les premiers marchés. Les besoins en investissement sont élevés, en
augmentation au cours du développement et sont assumés par des investisseurs spécialisés. Pour toutes
ces raisons, les auteurs insistent sur l’incertitude et le risque qui caractérisent ces entreprises (Monsted,
2000). Avec toutes ces incertitudes, il existe le plus souvent un écart entre les prévisions et les
réalisations (Massacrier et Rigaud, 1984), en particulier dans l’offre et dans la mise en oeuvre
(Bernasconi et Moreau, 2003).
Au-delà de ces critères, la dimension temporelle pose également des difficultés pour définir l’entreprise
de haute technologie. La période au cours de laquelle on considère qu’une entreprise est en période de
création, ou de démarrage, mérite à ce titre également d’être précisée. On peut considérer avec Tesfaye
(1997) que la période de création s’achève avec la vente du premier produit. On peut également
prendre l’atteinte du seuil de rentabilité comme l’étape du passage de la création au développement.
Les observations de Twaalfhoven et Kugi (2003) sur 200 entreprises technologiques montrent que le
seuil de rentabilité est atteint en moyenne au bout de 60 mois, alors que les plans d’affaires faisaient
apparaître un délai moyen de 30 mois, soit un rapport de 1 à 2. Sammut (2001), dont le champ
d’observation n’était pas la technologie, considère que la phase de démarrage se termine lorsque le
dirigeant fait preuve d’une conscience stratégique, c’est-à-dire adopte une gestion systémique, engage
un transfert organisationnel et est en mesure d’atteindre ou de dépasser le seuil de rentabilité. Cette
approche a sans doute pour effet d’allonger le nombre d’années nécessaire. En retenant l’atteinte du
seuil de rentabilité, nous pouvons donc considérer que la période de création d’une entreprise
technologique se situe entre trois à sept ans.
Les jeunes entreprises de haute technologie en création ayant été définies, la partie suivante se propose
de parcourir les différentes approches de l’entrepreneuriat en mettant en évidence leur pertinence pour
ce type de création d’entreprises.
Inspiré par l’analogie avec la biologie, un fort courant de recherche historique s’est intéressé à identifier
les phases par lesquelles passe une entreprise à partir de la création. Les premiers travaux de Greiner
(1972), de Quinn et Cameron (1983) et de Churchill et Lewis (1983) ont identifié des étapes
séquentielles auxquelles on peut associer des logiques d’organisation. Des critiques ont été faites,
remettant en cause le déterminisme et la séquentialité des phases (Eggers, Leahy et Churchill, 1994 ;
Albert, Fayolle et Marion, 1994 ; Churchill, 1998) ainsi que la sous-conceptualisation du développement
(Garnsey, 1996). Dans la haute technologie, des modèles de cycle de vie concentrés sur les phases
initiales ont été déterminés (Gordon-Bell et McNamara, 1991 ; Tesfaye, 1997 ; Klofsten, 1997). À titre
d’exemple, celui de Gordon-Bell et McNamara (1991) propose des phases (concept, faisabilité,
développement du produit, développement du marché, croissance) couplées avec une évolution des
compétences de l’organisation. Ces modèles plus spécifiques demeurent encore trop séquentiels et
simplificateurs et ne permettent pas de rendre compte de la redéfinition de l’activité et de la
reconfiguration des ressources au cours de la vie de l’entreprise.
L’approche processuelle qui s’est beaucoup développée au cours des 20 dernières années tente de
répondre à la question suivante : comment naissent les organisations ? Pour Gartner (1985), un
entrepreneur est celui qui crée une organisation et la focalisation se fait donc sur l’émergence
organisationnelle. Pour décrire le processus de la création d’une nouvelle activité, Gartner a proposé un
modèle interactionniste qui comporte quatre dimensions (environnement, individu, processus et
organisation). Pour Bygrave et Hofer (1991), le processus entrepreneurial implique toutes les fonctions,
activités et actions orientées vers la perception d’opportunités et la création d’organisations pour les
atteindre. Ils proposent d’ailleurs de décrire ce processus entrepreneurial comme la succession de trois
phases : la reconnaissance d’une opportunité, l’exploitation de l’opportunité et la création de valeur. De
nombreuses propositions complémentaires ont été faites ultérieurement sur la même logique.
L’approche processuelle identifie les fonctions ou dimensions du modèle et décrit les interactions à
différents moments de la vie de l’entreprise. Toutefois, elle ne met pas suffisamment l’accent sur les
retours en arrière et les redéfinitions du projet, c’est-à-dire les discontinuités.
De ces nombreuses approches, nous retiendrons plus particulièrement, pour le modèle proposé, que le
développement de la nouvelle entreprise se fait en trois phases, comme celles définies par Bygrave et
Hofer : reconnaissance d’une opportunité, exploitation de l’opportunité et création de valeur.
Le paradigme systémique (Le Moigne, 1977) considère qu’il est inutile d’examiner une organisation
comme une unité discrète, isolée des forces sociales, de la culture et des institutions qui facilitent et
affectent son activité économique. Dans l’approche systémique, l’attention se porte sur la gestion des
interactions entre les éléments constitutifs du système. Dès lors, elle permet d’appréhender l’évolution
de l’entreprise plutôt comme un processus de mise en oeuvre que comme un processus de décision,
mettant en évidence le caractère émergent de la stratégie. L’approche systémique est aussi par essence
téléologique et, par conséquent, elle induit une représentation de la création d’entreprise comme une
succession de réorganisation de la relation entre la fin et les moyens, c’est-à-dire entre les objectifs et la
mise en oeuvre.
Les auteurs, qui ont défini la création d’entreprise comme un système, ont identifié les éléments
constitutifs du système, encore appelés dimensions ou attributs. Bruyat (1994) rappelle le consensus de
la communauté scientifique sur quatre dimensions nécessaires pour l’étude de la création d’entreprise :
le créateur, le processus de création, l’environnement et l’entreprise nouvelle. Sammut (2001) propose
d’observer le processus de création en prenant en compte simultanément cinq variables clés qui sont :
l’entrepreneur, les ressources financières, l’environnement, l’organisation et l’activité. Nous avons
retenu ces cinq variables, que nous appellerons éléments du système. Ils vont être présentés
successivement en mettant en évidence leurs singularités dans la création des jeunes entreprises
technologiques.
L’entreprise peut être observée comme un projet. Cet usage n’est pas naturel, car un projet est
traditionnellement défini comme une unité organisationnelle vouée à l’atteinte d’un but, dans le cadre
d’un budget et en conformité avec des spécifications de performance prédéterminées (Gaddis, 1959).
Toutefois, certains auteurs considèrent que la firme basée sur le projet (project-based firm) est une
nouvelle manière de penser les organisations et leur management (De Fillippi et Arthur, 1998) ou encore
que la théorie générale du management de projet peut être appliquée à tout projet, y compris une
organisation (Söderlund, 2004). Knights et Mueller (2004) proposent de considérer la stratégie comme
un projet sans fin qui permet de prendre en compte simultanément la formulation et la mise en oeuvre,
dans un processus continuel d’autoformation et de reconstruction. L’approche de Bréchet (1994)
relative à la transformation du projet d’entreprendre en projet d’entreprise est particulièrement
intéressante dans le domaine de la création et du développement des jeunes entreprises. Bréchet
considère qu’au cours de cette transformation ce n’est pas l’organisation qui est permanente mais les
attributs du projet, eux-mêmes évoluant au cours de la vie du projet. Ces attributs évolutifs sont : les
objectifs du porteur de projet, le triplet technologie-produit-marché et la mise en oeuvre.
Les trois grands courants de travaux pris en compte apportent chacun des éléments pertinents pour la
tentative de modélisation. Les approches traditionnelles ont identifié des phases différentes de la vie de
la jeune entreprise dont le modèle s’inspirera. De l’approche systémique, nous retiendrons les cinq
éléments et leurs interactions dynamiques. Enfin, l’approche projet vient enrichir l’approche systémique
avec les attributs évolutifs et le passage d’un projet à un autre.
Après avoir présenté les principales approches de la création d’entreprise dans la littérature, relevé les
limites en ce qui concerne les jeunes entreprises technologiques et indiqué les éléments qui seront
repris dans le modèle proposé, nous allons maintenant présenter la méthodologie de recherche.
Lorsqu’on souhaite modéliser la création d’entreprise, il est nécessaire de disposer d’information sur la
durée du processus. De ce fait, un cas longitudinal apparaît comme adapté. Dans cette partie, ce choix
méthodologique va être justifié, puis le cas Mockup sera présenté.
La méthodologie s’appuie sur une étude cas unique. L’utilisation d’un seul cas est l’objet de controverse.
Toutefois, Yin (1989) estime que le cas unique peut être assimilé à une expérimentation et qu’il peut se
justifier dans certaines situations. Stake (1994) considère que le cas unique permet la mise au jour de
phénomène d’un processus dont la compréhension enrichit la théorie. Il recommande de choisir les cas
susceptibles d’enseignement les plus riches, qui ont le plus fort potentiel d’apprentissage. La validité
externe d’un cas unique ne vise pas la généralisation statistique, mais une généralisation analytique.
L’entreprise Mockup qui a été choisie correspond bien au type de cas recommandé par Stake. Elle a
toutes les caractéristiques d’une entreprise de haute technologie, elle intervient dans un secteur très
innovant, tels qu’ils ont été décrits précédemment. Elle a connu un processus de création
particulièrement heurté et évolutif et, à ce titre, porteur d’enseignement. Le choix de cette entreprise
est lié à la possibilité qui a été donnée au chercheur de disposer d’un accès privilégié à l’information.
Observateur de la genèse du projet avant sa création de 1998 à 2000, il a ensuite été investisseur
minoritaire et passif au cours de la période 2000-2004. L’étude de cas a donc été menée de manière
longitudinale sur une période de six ans (1998-2004). L’observation s’est faite de manière ouverte, avec
l’accord de l’entrepreneur. L’implication du chercheur en tant qu’investisseur pose la question du «
paradoxe de l’intimité » (Mitchell, 1993). L’intimité a permis d’obtenir une information abondante, en
continu et de première main. La distance a été rendue possible par la multiplicité des relations avec
d’autres acteurs du projet tels que les employés et les investisseurs. Le temps et les difficultés
rencontrés ont constamment amené le chercheur à analyser les actions menées et à développer une
attitude critique. Au cours des années la prise de note a été continuelle, soit lors d’entretiens en face à
face, soit lors d’entretiens téléphoniques.
L’analyse des données dans un cas longitudinal nécessite de prendre des précautions. À partir d’une
matrice chronologique, l’analyse des données consistait à observer la création d’entreprise en portant
attention à l’évolution des différents composants du système, puis à apprécier à partir de quelle
intensité de changement on pouvait considérer qu’il y avait une évolution d’un projet à un autre.
L’entrepreneur qui a créé Mockup avait déjà été le créateur d’une société devenue le leader mondial
des logiciels de conception assistée par ordinateur (CAO) pour architectes, dans les années 1980. À
partir de 1996, habitant à Nice, il est à la recherche d’opportunités d’affaires dans le domaine de la 3D. Il
identifie un modeleur[2] 3D et s’associe avec son concepteur pour fonder un éditeur de logiciel. La
société Mockup est créée en janvier 2000 avec l’aide de capital de proximité. Le siège est localisé à
Montréal et l’équipe de développement à Nice. Afin de ne pas entrer en concurrence frontale avec les
puissants éditeurs qui tiennent déjà le marché des modeleurs 3D, le produit est rapidement
repositionné comme une visionneuse d’objets 3D. Les visionneuses existantes sont couplées aux
modeleurs et permettent de visualiser les objets créés dans la continuité de l’environnement technique.
La visionneuse de Mockup innove en permettant de rendre visible l’objet 3D par Internet, sur un
ordinateur du marché et avec des fonctions de manipulation aisées et intuitives.
Le couple produit-marché retenu est donc une visionneuse 3D destinée aux architectes qui souhaitent
réaliser des maquettes virtuelles pour leurs clients. La distribution du logiciel est prévue par
téléchargement sur Internet. Une équipe chevronnée, disposant d’une expérience dans la 3D et le
marché des architectes est constituée et répartie entre Montréal et Nice. Un financement de 1,7 million
de dollars canadiens fournis par un fonds de capital-risque français en janvier 2001 permet le
déploiement de l’entreprise. Une politique de partenariat avec des sites portails spécialisés et des
actions de communication ciblées vers les architectes est mise en place. Le modèle économique est basé
sur un coût faible du logiciel (100 $) dans le but de créer une base de clients. La vente ultérieure de
versions plus élaborées doit générer des ventes récurrentes et de la marge. Malgré une mise en oeuvre
maîtrisée de la stratégie choisie, les résultats sont très décevants : quelques dizaines de ventes alors que
plusieurs dizaines de milliers de téléchargement du logiciel de démonstration ont été faits. Ce mauvais
résultat s’explique par la nouveauté de l’offre et l’absence de besoin des architectes.
Un changement stratégique majeur est alors engagé au cours de l’été 2001 avec un repositionnement
du couple produit-marché. À partir de la même technologie, un nouveau produit est développé. Il est
positionné comme un composant de visualisation 3D pour les applications logicielles de gestion du cycle
de vie des usines ou des produits. Il permet aux équipes de conception de produits complexes ou
d’usines d’échanger des images 3D des projets en cours de réalisation. Cette évolution du segment de
marché des architectes vers celui des entreprises industrielles, ou d’ingénierie, induit des changements
profonds dans les caractéristiques du projet. Le nouveau produit demande de très gros développements
pour pouvoir être compatible avec les outils de CAO 3D du marché et s’intégrer dans les
environnements informatiques des utilisateurs. Les ressources financières initiales épuisées, les effectifs
doivent être réduits et l’équipe de direction est revue en fonction des nouvelles priorités. La stratégie
commerciale évolue d’une distribution par Internet à la mise en place de partenariat avec des
distributeurs et des contacts directs avec des clients de référence. Les moyens financiers nécessaires
pour mener cette nouvelle stratégie sont estimés à 10 millions de dollars canadiens. En mars 2002, un
investisseur de Montréal fournit deux millions de dollars canadiens. Le développement des nouveaux
produits est plus long et plus coûteux que prévu. Une évolution de la force de vente est nécessaire
compte tenu des caractéristiques des nouveaux clients. Du fait des retards du produit et des longs cycles
de décisions des clients, les premières ventes ne se font qu’au début 2004. Entre-temps, les effectifs
passent d’une vingtaine de personnes à moins de six personnes et la filiale française est mise en
sommeil. Les capitaux levés au deuxième tour sont à nouveau consommés. Début 2004, le dirigeant de
Mockup continue à mener des actions commerciales et des partenariats stratégiques avec très peu de
moyens afin d’obtenir les preuves marché suffisantes pour une nouvelle collecte de fonds. La trésorerie
est faite au coup par coup par les capitaux-risqueurs et le capital de proximité.
Comme il a été rappelé dans la première partie, les modèles d’émergence des jeunes entreprises
technologiques n’ont pas suffisamment pris en compte l’évolution et la complexité dans un contexte
d’incertitude. Nous avons indiqué les emprunts qui ont été faits aux théories et modèles préexistants. À
partir de ces éléments, la proposition faite considère que les phases par lesquelles passe la création sont
en réalité des projets en eux-mêmes et que réussir une création d’entreprise, c’est réussir
successivement trois projets, chaque projet étant considéré comme un système entrepreneurial.
2.2.1. Piloter un système entrepreneurial
Le processus de création d’une nouvelle entreprise consiste à piloter un système entrepreneurial. Les
éléments du système sont l’entrepreneur, l’activité, l’organisation, l’environnement et les ressources
financières qui ont été présentés et qui reprennent les propositions de Sammut. Certains ont été
redéfinis, comme l’activité, qui est décrite par le triplet technologie-produit-marché, et
l’environnement, qui a été décliné en trois sous-éléments : le milieu innovant, l’environnement
personnel et l’environnement compétitif et réglementaire. La figure 1 représente le système
entrepreneurial dont les éléments sont en interaction. En raison des particularités de la haute
technologie, les changements dans les éléments sont fréquents et souvent de forte intensité,
provoquant ainsi des interactions fortes entre les éléments, ce qui a pour effet de le rendre
particulièrement instable.
Figure 1
Le nuage comme forme de contenant a été préféré à une ellipse ou un rond qui délimiterait trop
précisément le dedans et le dehors. Le nuage doit être interprété comme un contour flou et poreux. La
représentation fait cependant le choix de situer les variables sur lesquelles les entrepreneurs ont un
certain contrôle à l’intérieur du nuage. Les trois types d’environnements qui seront précisés
ultérieurement, situés par convention à l’extérieur du nuage, sont individualisés pour souligner leur
singularité. Les différents éléments vont être présentés et illustrés à partir du cas.
Le rôle de l’entrepreneur est central dans le processus de création d’entreprise. Dans les entreprises
technologiques, de nombreuses études ont montré que l’entrepreneur est rarement seul, mais qu’il
existe des équipes entrepreneuriales constituées de deux ou trois personnes. De plus, l’importance des
équipes de fondateurs dans la construction de projets ambitieux à croissance rapide a été clairement
mise en évidence (Cooper et Dailly, 1997 ; Cooney, 1999).
La relation étroite entre l’entrepreneur et l’entreprise en création a été qualifiée de dialogique (Bruyat,
1994), de dialectique (Verstraete, 2001) ou encore de situation entrepreneuriale par Fayolle (2004). Ces
auteurs insistent sur l’évolution conjointe de l’entrepreneur et de son projet. Par conséquent, si l’on
reconnaît l’existence d’équipes entrepreneuriales, il convient d’étendre la situation entrepreneuriale de
l’individu à l’équipe. Cela signifie que l’on prend en compte son émergence et ses recompositions. Dans
le cas de Mockup, l’équipe est initialement constituée autour du fondateur et de son associé
développeur. L’historique du fondateur dans la CAO pour les architectes a largement conditionné le
choix de l’activité et donc du projet. L’équipe va ensuite profondément évoluer au fur et à mesure des
changements de l’activité et de l’état des ressources financières. Les entrées et les sorties des membres
de l’équipe dirigeante auront finalement pour effet que le seul personnage pérenne sera le fondateur
principal. Ces changementsfréquents au sein de l’équipe auront de multiples effets sur les autres
éléments du système.
Nous avons choisi de définir l’activité par le triplet technologie-produit-marché. L’activité de la jeune
entreprise technologique est délicate à saisir car elle est évolutive et se construit chemin faisant. Millier
(1999) a particulièrement bien montré que la définition de l’activité passe par des étapes de
foisonnement, de segmentation et de focalisation et que l’atteinte de l’activité porteuse du
développement de l’entreprise est un long processus.
L’activité initiale de Mockup peut être définie comme la fourniture d’une visionneuse d’objet 3D pour
les architectes à partir d’une technologie propriétaire. Cette première activité a une incidence majeure
sur les autres choix du système comme le recrutement d’un architecte et de collaborateurs de
l’entreprise précédente ou encore la mise en place d’une commercialisation sur Internet. À la suite de
l’échec de la première activité, la nouvelle activité devient un composant 3D de visualisation pour les
applications logicielles de gestion du cycle de vie des usines ou des produits, à partir de la même
technologie. Cette nouvelle activité bouleverse tout le système. Il s’avère de plus que la technologie
n’est plus la même, puisque d’un produit autonome conçu pour les architectes, il faut désormais évoluer
vers une solution compatible avec les outils du marché et s’intégrer dans les environnements
informatiques des utilisateurs. Par rapport à la première activité, ce sont donc les trois composants, le
produit, le marché et la technologie, qui ont été modifiés. Cette nouvelle activité nécessite de nouvelles
ressources financières ainsi qu’une commerciale différente. Les besoins de développement techniques
sont très importants et la localisation à Montréal devient moins judicieuse puisque les équipes de R-D
sont en réalité restées en France.
Le rôle de l’organisation et son évolution ont été abondamment traités dans la littérature, en particulier
en établissant les phases par lesquelles passent les entreprises. Dans le cas des jeunes entreprises
technologiques, Blais et Toulouse (1992) ont constaté des degrés de formalisation différents des
principales compétences de gestion en fonction des phases (intensité de la structuration, importance
des systèmes de gestion et des procédures de planification). Julien (2001) met en évidence la nécessité
de l’organisation de s’adapter par des pratiques d’autoréorganisation et une capacité à gérer
l’improvisation. C’est ce que va faire Mockup. L’organisation va connaître des modifications majeures et
parfois brutales. En 2001, l’équipe qui avait atteint 20 personnes revient à 7 personnes. Comme nous
l’avons déjà indiqué, les évolutions dans les compétences sont importantes. Les besoins en expertise et
les modes de fonctionnement ne sont pas en phase avec les changements de l’activité. Étant donné la
double implantation, une double organisation se met en place sans une véritable répartition des tâches
et un mode de coordination adapté. L’entrepreneur homme-orchestre s’épuise d’une localisation à
l’autre sans régler ces dysfonctionnements.
L’environnement personnel de l’entrepreneur est un élément capital. L’entrepreneur, homme social, est
un produit de son milieu (Fillion, 1997) et il dispose d’un capital social (Bourdieu 1981). C’est dans
l’environnement personnel que les entrepreneurs vont puiser ressources, soutiens et crédibilité.
L’environnement personnel du créateur de Mockup a joué un rôle important dans le projet. Il va aussi
utiliser son capital social pour pourvoir le projet en ressources humaines. Nous l’avons déjà dit, plusieurs
personnes de la première entreprise vont rejoindre Mockup, d’ailleurs peut-être plus pour des raisons
de confiance que de compétences. Ce sera sans doute une force du projet, mais aussi une faiblesse. Par
ailleurs, les parents du fondateur constituent des soutiens essentiels dans des moments difficiles, de
même que quelques business angels qui ont établi des relations d’amitié avec l’entrepreneur.
À ces deux types d’environnements il faut ajouter le territoire ou, plus précisément, le milieu innovant
tel qu’il a été proposé par Aydalot (1986) et le GREMI[3]. En effet, depuis Marshall (1920), sous des
approches et des vocables différents, économistes, géographes et sociologues ont exploré les
caractéristiques tangibles et intangibles des territoires et les avantages offerts aux entreprises. En effet,
nous avons vu que le développement s’est fait sur une double localisation : Nice et Montréal. Justifié
principalement pour des raisons fiscales de la R-D, ce choix a eu une incidence certaine sur les difficultés
qu’a posées le projet. Outre les aspects organisationnels déjà cités, ces deux localisations ne vont pas
permettre à l’entrepreneur et à l’entreprise de profiter pleinement des avantages des territoires. Ainsi,
le siège étant à Montréal, le projet, considéré comme canadien, ne trouvera pas tous les soutiens du
système d’innovation français et ceux du territoire de Sophia-Antipolis. Ainsi, l’ANVAR ne financera pas
les développements technologiques du projet. C’est d’autant plus regrettable que la R-D qui aurait dû
être à Montréal restera finalement à Nice pour des raisons de choix de mode de vie des personnes
concernées ! Ainsi, le projet n’aura finalement ni les effets bénéfiques de la fiscalité du Québec, ni ceux
du soutien de l’ANVAR.
Le dernier élément du système entrepreneurial est constitué par les ressources financières. Celles-ci
sont importantes du fait des spécificités des jeunes entreprises technologiques, d’une part, et du temps
consacré par le dirigeant pour les mobiliser, d’autre part. Les spécificités sont le décalage entre les
dépenses et les recettes, l’impact des décisions rapides sur la structure financière, l’importance des
actifs immatériels et le besoin permanent d’évaluation de l’entreprise (Gasiglia, Gueye et Pistre, 2000).
La multiplicité des acteurs du financement, leur spécialisation par phase et par secteur ainsi que la
complexité des négociations expliquent le temps important consacré par le dirigeant.
Dans le cas de Mockup, on peut simplifier les observations en notant que l’entreprise a fait deux
collectes de fonds. Mais ces collectes ont été longues et finalement les ressources financières n’ont pas
été en phase avec les autres éléments du système. La première collecte de fonds a été entièrement
consommée par une activité qui n’a pas trouvé son marché. La deuxième collecte de fonds sera
consommée dans la transition entre les deux activités, mais n’a pas été mise à profit pour faire
déboucher la nouvelle activité.
Appuyée sur les éléments du cas, la description du système entrepreneurial et de ses composantes
permet d’identifier et d’analyser les évolutions de la jeune entreprise innovante. Mais cette
représentation par un système n’est pas suffisante pour singulariser des moments critiques de la vie
d’une jeune entreprise, ni pour mettre l’accent sur des modifications majeures du système. C’est pour
cette raison que le système entrepreneurial est complété par la proposition des trois projets. En effet,
comme indiqué précédemment, les évolutions majeures du système peuvent amener à une
reconfiguration importante du projet d’entreprise. Ce n’est pas seulement le passage d’une phase à une
autre, c’est le passage d’un projet à un autre. C’est la raison pour laquelle nous proposons de considérer
que le système entrepreneurial passe par plusieurs projets différents.
En s’inspirant des trois phases de Bygrave et Hofer (1991) et de leurs variantes, nous proposons de
considérer qu’une jeune entreprise en création passe nécessairement par trois projets précis : le projet
d’affaires, le projet d’entreprendre et le projet d’entreprise. Le passage des trois phases au trois projets
n’est pas une tentative de réappropriation de l’existant. C’est une avancée qui permet de rendre plus
explicites les enjeux de chacune des étapes et qui met l’accent sur l’éventuelle absence de continuité
naturelle entre elles. Les termes projet d’affaires, projet d’entreprendre et projet d’entreprise peuvent
prêter à confusion avec des usages existants. En particulier, le terme projet d’entreprise ici ne fait pas
référence à l’existence juridique du projet, mais à un état du système adapté au développement de
l’activité économique.
À l’origine d’une démarche entrepreneuriale, il y a l’identification d’une opportunité d’affaires par des
individus qui deviennent potentiellement des entrepreneurs. À l’issue d’un processus de création d’une
occasion d’affaires, ils structurent une proposition que nous appellerons projet d’affaires. À ce stade, ils
disposent fréquemment d’un plan d’affaires, mais pas nécessairement. Le système entrepreneurial
comprend les éléments, mais ils sont incomplets et les interactions entre eux sont faibles et souvent mal
identifiées.
S’ils décident d’aller de l’avant, ces entrepreneurs vont s’engager dans le projet d’entreprendre pour
tenter de transformer l’opportunité d’affaires en activité économique. Le système entrepreneurial se
renforce. Les éléments sont mieux mobilisés et les interactions se mettent progressivement en place et
se complexifient. Le projet d’entreprendre s’adapte et se transforme pour tenir compte des faits et des
apprentissages. Si le modèle économique n’est pas trouvé ou la gestion du système déficiente, le projet
sera vendu ou disparaîtra et n’atteindra jamais le projet d’entreprise. Si ces évolutions sont favorables,
l’opportunité d’affaires devient une activité économique validée par l’atteinte d’un modèle économique
prouvé.
Les entrepreneurs peuvent alors passer au projet d’entreprise qui a pour objet de bâtir l’entreprise qui
convient à l’activité réelle de l’entreprise. Comme on sait que les premières années sont souvent l’objet
de tâtonnements, voire de répétition, le projet d’entreprise sera proche ou significativement distinct du
projet d’entreprendre dont il est issu. Les principaux risques ont été éliminés, les orientations sont
mieux affirmées et les routines professionnelles et organisationnelles commencent à être maîtrisées.
Dans ce projet, les interrelations des éléments du système entrepreneurial sont mobilisées et
coordonnées en fonction de l’activité. Une fois le projet d’entreprise maîtrisé, son analyse rentre dans
des cadres balisés par la stratégie d’entreprise et la littérature sur les organisations.
Nous pensons que les trois projets présentés dans ce travail sont identifiables dans toutes les créations
d’entreprises technologiques. Ce qui va considérablement varier d’une entreprise à l’autre, c’est le
niveau de similarité entre les trois projets et les modalités de passage de l’un à l’autre. On peut
représenter la création comme un projet par une juxtaposition de nuages (figure 2), chaque nuage étant
lui-même un système entrepreneurial. La position relative des nuages constitue une appréciation de la
proximité entre les différents projets. Cette représentation limite la détermination séquentielle des
modèles processuels et permet de prendre en compte des situations très différentes dans lesquelles les
écarts entre les projets peuvent être importants ou plus limités, comme le montrent les différentes
configurations théoriques de la figure 2.
Figure 2
Dans le cas de Mockup, le projet d’affaires a été long à se dessiner. L’entrepreneur n’était pas à l’origine
de la technologie, mais le projet d’affaires a bénéficié de son expérience préalable dans ce domaine de
la conception assistée par ordinateur. Cette expérience préalable a constitué un atout dans la
structuration de l’opportunité d’affaires et dans la capacité à bâtir un plan d’affaires convaincant. On
peut considérer que l’entrepreneur a mobilisé progressivement et efficacement les éléments du
système dans cette phase.
On observe également que le projet d’entreprendre a été engagé presque en même temps que le projet
d’affaires puisque la décision d’entreprendre était prise avant même la phase d’analyse et qu’une partie
des éléments du projet d’entreprendre avaient déjà été mis en oeuvre, comme, par exemple, le
prérecrutement de l’équipe, formée principalement de collaborateurs de la première entreprise. Notons
que cet engagement simultané des deux projets est fréquent. Il ne préjuge en rien de la réussite ou de
l’échec du projet, mais il peut entraîner une précipitation en négligeant l’analyse de l’opportunité. La
fréquence de l’existence simultanée du double projet rend d’autant plus nécessaire l’identification de
leurs caractéristiques respectives. Dans le cas de Mockup, la confusion des deux projets peut être
considérée comme une erreur, trop d’éléments clés du système ayant été mis en place avant une
validation de la cohérence du projet d’affaires. L’expérience préalable l’a emporté sur l’analyse et les
moyens mobilisés n’ont pas été suffisamment adaptés à la situation. Le développement simultané ou
légèrement différé des deux projets est aisément pris en compte par le modèle, soit analytiquement,
comme cela vient d’être fait, soit par la représentation graphique ci-contre (figure 3).
Figure 3
Le cas Mockup représenté selon le modèle des trois projets
L’échec de l’offre initiale pour les architectes n’a pas permis de transformer le projet d’entreprendre en
projet d’entreprise. Il a été nécessaire de redéfinir une nouvelle activité, c’est-à-dire une nouvelle
combinatoire technologie-produit-marché en repositionnant le produit comme un composant 3D de
visualisation pour les applications logicielles du cycle de vie des usines ou des produits. C’est en réalité
un deuxième projet d’entreprendre qui a été redéfini, du fait de changements importants ou très
importants dans les éléments. Le passage du premier au second projet d’entreprendre se fait dans une
certaine discontinuité qui remet fortement en cause les interactions entre les éléments qui
préexistaient. Cette situation illustre bien les allers et retours et les boucles rétroactives signalés par la
littérature. Encore une fois, le modèle restitue aisément cette situation qui est représentée par deux
nuages distanciés. Courant 2004, le projet d’entreprise reste toujours en devenir et dépendra de la
confirmation des premières ventes en cours.
Le cas Mockup peut être représenté par le modèle des trois projets. Le processus de création de
Mockup est décrit tout d’abord comme une relative confusion du projet d’affaires et du projet
d’entreprendre, puis par la réalisation d’un deuxième projet d’entreprendre. L’intérêt d’avoir considéré
le processus de création comme trois projets et non pas comme un seul projet évolutif apparaît justifié :
il montre en effet que chaque projet est en enjeu en soi, que le passage de l’un à l’autre n’a rien de
naturel et qu’il n’a rien de linéaire.
Conclusion
L’objectif de ce travail était de proposer aux entrepreneurs et aux acteurs de l’accompagnement une
représentation de la création d’entreprise technologique qui permette de mieux prendre en compte un
phénomène complexe, particulièrement évolutif et non linéaire, trois caractéristiques inhérentes à
l’innovation technologique.
Le modèle permet de bien prendre en compte la particularité du cheminement du projet sans chercher
à l’enfermer dans un cadre prédéfini. Au contraire, il peut s’adapter à une situation particulière. Même
parfois concomitants ou répétés, les trois projets apparaissent comme pertinents pour décrire la
situation. Le choix des trois projets et des cinq éléments du système entrepreneurial peut naturellement
être discuté. Les trois projets sont largement inspirés des étapes du processus entrepreneurial
proposées par de nombreux auteurs et les cinq éléments sont également directement extraits de la
littérature. L’originalité de la démarche tient donc à la construction d’un modèle composite qui
emprunte à différentes approches. Les apports de l’approche processuelle tiennent aux phases et aux
interactions et ceux de l’approche systémique, à la conception même du modèle. L’approche par le
projet vient donner son sens à l’ensemble, en particulier en identifiant trois projets distincts au lieu d’un
seul évolutif.
Le modèle favorise l’apprentissage des entrepreneurs. Proposer trois projets rompt avec la
représentation commune d’une évolution basée sur le passage plus ou moins linéaire d’un état à un
autre. Définir chaque projet comme un système permet en outre d’engager des réflexions et analyses
sur les éléments, leurs interactions et le sens de la dynamique. Ces réflexions constituent une base de
départ d’une acquisition de connaissance qui ne se fait pas de manière fonctionnelle mais de manière
transactionnelle, les composants du système de gestion n’étant pas seulement abordés pour eux-
mêmes mais en relation dynamique avec les autres. Cette représentation présente également la vertu
de faciliter la communication entre les entrepreneurs et les accompagnateurs. En effet, son caractère
stratégique, projectif et évolutif permet d’engager un dialogue sur l’essentiel : identifier conjointement
l’état dans lequel est le projet à un moment donné et anticiper ses évolutions.
Un modèle est une représentation simplifiée d’un processus ou d’un système, destinée à expliquer ou à
simuler une situation réelle. Le modèle des trois projets ne propose pas d’établir de relations causales
entre les variables du système. Il doit plutôt être considéré comme un modèle de type descriptif, voire
de simulation. Il permet à la fois d’analyser une situation ex-post, et de simuler ex-ante des scénarios
d’évolution de la création d’entreprise. Dans cette fonction de simulation, on peut en effet, à partir de
l’évolution d’une des variables du système, réfléchir sur l’évolution des autres variables et sur le projet
dans son ensemble.
On peut s’interroger sur la pertinence d’un modèle qui emprunte à plusieurs approches. Comme Koenig
(1993), nous pensons qu’au contraire leur pluralité est une opportunité d’enrichissement de la
connaissance. Il faut d’ailleurs noter à ce propos que les différentes démarches présentées séparément
ne le sont pas nécessairement et qu’en réalité, avec le temps, les approches les plus récentes se sont
déjà enrichies des précédentes.
Si ce modèle semble utile par rapport à son objectif, on peut s’interroger sur sa validité. Dans le cadre de
la démarche constructiviste, l’approche est à finalité interprétative et la nature de la connaissance
produite est subjective et contextuelle. La validité doit être jugée par rapport à l’intention. Ce modèle
n’est bien entendu pas exempt de limites. Des travaux complémentaires devront porter sur la
pertinence du découpage en trois projets et sur le passage d’un projet à l’autre. Enfin, la dynamique des
éléments de chaque projet devrait être mieux analysée et conceptualisée.
Le modèle proposé devrait trouver un usage dans la formation des entrepreneurs. À ce titre, il
répondrait en partie aux suggestions de Massacrier et Rigaud qui appelaient de leurs voeux des
représentations permettant aux entrepreneurs de prendre conscience des sources probables d’écart
entre leurs premières estimations et les réalisations effectives, en les aidant à tester eux-mêmes leurs
projets.
Parties annexes
Note biographique
Michel Bernasconi
Michel Bernasconi est professeur de management et d’entrepreneuriat au CERAM Business School, situé
au coeur du technopole de Sophia-Antipolis, France. Il travaille dans le champ de l’entrepreneuriat
technologique depuis une quinzaine d’années. Il dirige le centre « entrepreneuriat technologique » du
CERAM qui mène des actions dans les domaines de l’incubation, des méthodes d’accompagnement des
créations d’entreprises. Adresse : CERAM Sophia-Antipolis, 60, rue Dostoïevski, B.P. 085, 06902 Sophia-
Antipolis, France. Courriel : <[email protected]>.
Notes
[2]Un modeleur est une application logicielle permettant de concevoir des objets virtuels. Ils sont utilisés
dans tous les secteurs de l’industrie pour la conception de produits simples ou complexes.
[3]GREMI, Groupe de recherche européen sur les milieux innovateurs. Les travaux GREMI 1 et GREMI 2
ont défini le concept de milieu et analysé les relations entre la firme innovante et le milieu.
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Repérer les compétences pour mieux comprendre le processus d’innovation : le cas d’une TPE
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La théorie de l’« entreprise à internationalisation rapide et précoce » à l’épreuve des faits : évaluation
de l’apport des travaux empiriques à ce champ de recherche
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Résumés
Résumé
Malgré la forte croissance du secteur des TIC, les recherches concernant ses spécificités
entrepreneuriales sont peu nombreuses. Or, les entrepreneurs ne constituent pas une entité homogène
et il est nécessaire d’élaborer des typologies pour montrer leurs différentes caractéristiques. Nous
cherchons donc à déterminer si les entrepreneurs TIC sont similaires à ceux des autres secteurs et si ces
derniers possèdent des profils différenciés. Un échantillon composé de 469 entreprises nous a permis de
relever quatre profils d’entrepreneurs TIC dénommés respectivement « cadres d’expérience », « jeunes
diplômés », « prévoyants » et « risque-tout ».
Abstract
The information and communication technology sector is strategic to stakeholders in most countries,
but little research exists focusing specifically on entrepreneurship in this growth industry. In particular,
few findings describe the high-tech entrepreneur of this industry despite a claim for more research into
specificities of and differences between entrepreneurs. This study intends to fill this gap and analyses if
ICT entrepreneurs constitute rather a homogeneous entity or a type of entrepreneur displaying multiple
facets and differences. To answer this questions, survey data of 469 ICT firms of the “first generation”
(1993-2001) were analysed and four profiles were identified : expert, freshman, well prepared
“provident”, and “risque-tout”.
Resumen
A pesar del fuerte crecimiento del sector de las Tecnologías de información y de Comunicación (TIC), las
investigaciones sobre las especificadas empresariales son pocas numerosas. Ahora bien, los empresarios
no constituyen una entidad homogénea y es necesario identificar las topologías para ensenar sus
diferentes características. Pues, intentamos determinar si los empresarios TIC son similares a los de
otros sectores y si poseen perfiles diferenciados. Una muestra compuesta de 486 empresas nos permito
identificar cuatro perfiles de empresarios TIC denominados respectivamente « ejecutivos de experiencia
», « previsores », « recién titulados sin experiencia » y « risque-tout ».
Zusammenfassung
Corps de l’article
Introduction
Les technologies de l’information et de la communication (TIC) sont, depuis le début des années 1990,
un secteur en forte croissance dans de nombreux pays européens. Il est aujourd’hui communément
admis que les TIC sont des facteurs stratégiques améliorant la compétitivité d’un pays (Souter, 2004).
Même l’explosion de « la bulle Internet » en 2000 n’a pas affecté cette tendance générale. En France, en
2004, l’INSEE a constaté un nombre toujours croissant d’entreprises dans le secteur des TIC (Rieg, 2004)
et la contribution des TIC au PIB a été évaluée à 5 % (IDATE, 2004). La France reste particulièrement
dynamique, puisque le secteur des TIC figure parmi les secteurs les plus entrepreneuriaux en termes de
nombre de création d’entreprises (Meri, 2007).
Sur le plan de la recherche, l’entrepreneuriat TIC est le plus souvent inclus dans un cadre plus large qui
est celui de l’entrepreneuriat de haute technologie (Roberts, 1991). Des travaux de plus en plus
nombreux étudient ce type d’entrepreneuriat dans toutes ses dimensions (Siegel, 2006). Toutefois, si
certains secteurs de haute technologie, comme celui des biotechnologies, sont très étudiés, les
recherches centrées spécifiquement sur les firmes et les entrepreneurs TIC restent peu nombreuses
(Lasch, Le Roy et Yami, 2005a, 2005b).
Le profil de l’entrepreneur TIC est ainsi l’objet de peu de recherche et reste encore mal connu. Certaines
« success story », comme celles de Bill Gates ou de Steve Jobs, conduisent à se représenter cet
entrepreneur TIC, au moment de la création de l’entreprise, comme un jeune ingénieur, qui vient de
terminer ses études et qui est en train de mettre au point une nouvelle technologie dont la vocation est
de devenir un nouveau standard mondial. Est-ce bien le profil unique de l’entrepreneur TIC ? Au
contraire, peut-on identifier des types d’entrepreneurs TIC différents les uns des autres et qui
s’éloignent de ce profil médiatique ?
Cette question est d’importance notamment pour les politiques publiques d’accompagnement à la
création d’entreprises TIC. Ces structures doivent-elles concevoir leur accompagnement en fonction
d’un profil type unique ? Au contraire, doivent-elles s’attendre à des profils très contrastés et prévoir
ainsi des accompagnements différenciés et adaptés à chaque profil ?
L’objectif de cette recherche est donc de déterminer s’il est possible d’identifier des profils
d’entrepreneurs TIC significativement différents les uns des autres. À cette fin, une base de données
française construite par l’INSEE et nommée « Enquête SINE » est utilisée. Un travail statistique sur un
échantillon comprenant 469 entreprises TIC françaises permet de relever quatre types d’entrepreneur
dénommés « cadre d’expérience », « jeune diplômé », « prévoyant » et « risque-tout ». Cette typologie
apparaît comme différente des typologies antérieures et, donc, spécifique à l’entrepreneuriat TIC.
1. Fondements théoriques
Pour Ucbasaran, Westhead et Wright (2001), les entrepreneurs ne constituent pas une entité homogène
et il est nécessaire d’élaborer des typologies pour mettre en évidence leurs différences. Dans cette
perspective, de nombreux auteurs se sont attachés à discerner les caractéristiques des entrepreneurs et
la problématique de définition d’un profil d’entrepreneur a été l’un des principaux axes de recherche de
l’entrepreneuriat. Dès 1967, Smith différencie les entrepreneurs « artisans » des entrepreneurs «
opportunistes », tandis que Collins et Moore (1970) distinguent les entrepreneurs « administratifs » des
entrepreneurs « indépendants ».
Ces premiers travaux sur les typologies d’entrepreneurs sont fondateurs et seront rapidement enrichis.
Laufer (1975) a, par exemple, établi une typologie d’entrepreneurs au sein de laquelle quatre catégories
sont relevées : le « manager », « l’entrepreneur orienté vers la croissance », « l’entrepreneur orienté
vers l’efficacité » et « l’artisan ».
Miles et al. (1978) définissent une typologie différente en mettant en évidence l’existence de quatre
types d’entrepreneur : les « prospectors », les « defenders », les « analysers » et les « reactors ». Établie
à partir d’études dans différents secteurs d’activité comme l’édition, l’électronique, la transformation
d’aliments et le milieu hospitalier, cette typologie est fondée sur les comportements stratégiques des
entrepreneurs. Miles et al. (1978) montrent à quel point l’innovation est cruciale pour les entrepreneurs
puisqu’elle apparaît dans les quatre types.
Les « prospectors » sont des opportunistes qui scrutent leur environnement et qui sont agressifs afin de
maximiser les gains de leur présence sur les marchés. À l’inverse, les « defenders » sont plus
conservateurs et réfléchis. Ils interviennent dans des secteurs plus stables et n’hésitent pas à prendre le
temps nécessaire à la décision. Les « analysers », du fait de leur présence dans des domaines d’activité
diversifiés, pratiquent la planification et agissent tantôt comme des « defenders », tantôt comme des «
prospectors ». Enfin, les « reactors » n’ont pas de stratégie spécifique et sont plutôt passifs. Ils
réagissent généralement défensivement aux opportunités et aux menaces.
Julien et Marchesnay (1988, 1992, 1996) proposent une classification considérée comme majeure au
sein de l’entrepreneuriat francophone en se fondant sur le classement hiérarchique des aspirations de
l’entrepreneur à l’égard de son entreprise. Ces auteurs distinguent les entrepreneurs « PIC » qui ont,
dans l’ordre, des aspirations à la pérennité, à l’indépendance et à la croissance, des entrepreneurs « CAP
» qui ont, dans l’ordre, des aspirations à la croissance, à l’autonomie et à la pérennité. L’entrepreneur
PIC aura toujours à coeur de protéger la pérennité de l’entreprise, sera réticent à l’entrée d’investisseurs
au sein du capital de son entreprise et ne poursuivra pas à n’importe quel prix la croissance.
L’entrepreneur CAP, quant à lui, est présenté comme plus opportuniste. Il sera plus à même de « faire
des coups » pour rechercher un profit élevé et rapide malgré les risques liés à ce comportement.
Toutefois, il souhaite conserver son autonomie managériale. Cette vision, comme la plupart des
typologies d’entrepreneurs, est bien évidemment caricaturale. On ne retrouvera que dans de rares
exceptions les profils qui correspondent exactement à ceux décrits dans les typologies.
Lafuente et Salas (1989) établissent une typologie dans laquelle ils distinguent « l’artisan », «
l’entrepreneur orienté vers le risque », « l’entrepreneur orienté vers la famille » et le « manager ».
Miner (1990, 1997) a également distingué « l’entrepreneur », le « manager » et « l’entrepreneur à forte
croissance », tandis que Filion (1997) a différencié les « opérateurs » des « visionnaires ».
Ces multiples points de vue montrent qu’il existe plusieurs typologies d’entrepreneurs. Ces typologies
diffèrent souvent en fonction du secteur, mais aussi en fonction de la manière dont on définit
l’entrepreneur lui-même. Par exemple, Marchesnay (1998) complète son modèle du PIC et du CAP en
introduisant de nouveaux types d’entrepreneurs : les « isolés », les « nomades », les « notables » et les «
entreprenants ».
Plus récemment, Vega et Kidwell (2007) ont proposé une typologie d’entrepreneurs qui s’appuie
simultanément sur la conduite entrepreneuriale et sur les bénéfices attendus de l’expérience
entrepreneuriale. Ils ont alors identifié les « incubateurs » et les « bienfaiteurs », d’un côté, et les «
entreprenants » et « intéressés » de l’autre. Enfin, Jaouen (2008) définit une typologie dans laquelle elle
distingue les entrepreneurs « carriéristes », « hédonistes », « paternalistes » et « alimentaires ».
Tableau 1
Auteurs
Années
Nombre de types
Typologies
Smith
1967
2
Entrepreneur artisan et entrepreneur opportuniste
Collins et Moore
1970
Laufer
1975
Manager, entrepreneur orienté vers la croissance, entrepreneur orienté vers l’efficacité et artisan
Miles et al.
1978
PIC et CAP
Lafuente et Salas
1989
Miner
1990 et 1997
Personal achiever, real manager, expert idea generator, super sales person
Filion
1997
Opérateur, visionnaire
Vega et Kidwell
2007
Jaouen
2008
Rares sont les travaux qui traitent des entrepreneurs dans les industries de haute technologie et encore
moins dans les TIC. Parmi ces quelques travaux, Marvel et al. (2007) ont étudié l’expérience, l’éducation
et les connaissances originales en matière de technologie des entrepreneurs high-tech. Ces auteurs
considèrent que le capital humain et le capital spécifique, notamment l’éducation et la connaissance de
la technologie, sont deux atouts cruciaux concernant l’innovation. Marvel et al. (2007) concluent que le
capital humain des « entrepreneurs technologiques » leur confère des avantages uniques. De la même
façon, Wright et al. (2007) montrent l’influence positive des caractéristiques du capital humain sur la
réussite de l’entrepreneuriat technologique.
Plusieurs facteurs expliquent le fait qu’il y ait si peu de recherches sur l’entrepreneuriat TIC. D’abord,
définir le secteur et identifier les entreprises et, donc, les entrepreneurs, qui le composent constitue
déjà un grand défi. En effet, dans les classifications officielles, les activités dans les TIC sont largement
dispersées en sous-sections d’autres secteurs. Ensuite, les firmes adaptent sans cesse leurs produits
pour les faire évoluer avec le marché. Cela réduit, de fait, les possibilités de regrouper dans la durée les
activités des entreprises au sein de classifications spécifiques.
Un deuxième facteur explicatif du faible nombre de recherches sur l’entrepreneuriat TIC réside dans le
fait que les entreprises high-tech sont rarement similaires et que de grosses différences existent entre
les subdivisions de la classification standard. Par exemple, ce sont les services qui sont le principal
moteur de cette croissance et, particulièrement, les services liés à l’informatique, tandis que d’autres
subdivisions, comme l’industrie TIC, y contribuent plus modestement. Cette hétérogénéité est
également marquée par des différences très fortes en matière de taille moyenne des firmes.
Dans une troisième explication, dans de nombreux pays, la disponibilité de données s’avère limitée et
constitue un obstacle majeur (Chandler et Lyon, 2001). Cette difficulté peut alors expliquer
l’hétérogénéité des recherches et des résultats constatés dans la littérature.
Enfin, il est primordial de préciser que les résultats issus de la recherche et un corpus littéraire
significatif apparaissent généralement avec un certain temps de retard par rapport à l’apparition de
l’objet de recherche. Cela est particulièrement vérifié à propos des secteurs émergents. De manière
générale, le défi posé par la définition d’un secteur émergent et structurellement hétérogène, comme
peut l’être celui du secteur des TIC, s’inscrit dans la durée, surtout si l’on considère le temps de mesure
et de collecte des données, ainsi que le laps de temps qui existe entre la conduite des recherches et leur
publication. Cet état de fait aboutit alors à une connaissance insuffisante des spécificités des
entrepreneurs dans le secteur des TIC.
Afin de construire une typologie des entrepreneurs TIC, il convient de relever les variables
discriminantes utilisées dans la littérature. Les cinq variables les plus discriminantes, tant dans la
littérature théorique que dans les études empiriques, sont les suivantes : le capital humain général
(Brüderl, Preisendörfer et Ziegler, 1992 ; Cooper, Gimeno-Gascon et Woo, 1994 ; Marvel, 2007 ;
Thompson, 2007 ; Wiklund et Shepherd, 2001 ; Wright et al., 2007), l’expérience de l’entrepreneur
(Agarwal et al., 2004 ; Filion, 1997 ; Schutjens et Wever, 2000), les activités préparatrices à la création
(Brüderl, Preisendörfer et Ziegler, 1992 ; Castrogiovanni, 1996 ; Hansen, 1995 ; Lussier et Pfeifer, 2000),
la motivation de l’entrepreneur (Laufer, 1975 ; Lumpkin et Dess, 1996 ; Miles et al., 1978 ; Miner, 1990 ;
Sternberg, 2004 ; Wicklund, 1999) et son implantation géographique (Lasch, Le Roy et Yami, 2005a ;
Kangasharju, 2000 ; Marchesnay, 1998 ; Tödtling et Wanzenböck, 2003). Nous avons donc décidé
d’utiliser ces cinq variables pour tenter de construire une typologie des entrepreneurs dans les TIC.
Le capital humain général est composé de variables comme l’âge, le sexe, la nationalité et la situation
professionnelle du créateur avant de débuter son activité (Brüderl, Preisendörfer et Ziegler, 1992 ;
Cooper, Gimeno-Gascon et Woo, 1994 ; Marvel et al., 2007 ; Wiklund et Shepherd, 2001 ; Wright et al.,
2007). Ces caractéristiques de l’entrepreneur ont été très fréquemment utilisées par les auteurs des
typologies existantes. Par exemple, dès les années 1960, Smith (1967) considère le niveau d’éducation
et l’âge comme des déterminants importants des types d’entrepreneurs. De même, le genre et la
nationalité sont aujourd’hui au coeur des développements les plus récents qui analysent, par exemple,
le rôle de l’entrepreneuriat féminin ou, encore, les caractéristiques des entrepreneurs d’un même pays.
L’expérience de l’entrepreneur est également une variable très fréquemment retenue (Agarwal et al.,
2004 ; Filion, 1997 ; Schutjens et Wever, 2000). Elle regroupe la qualification de l’entrepreneur (Cooper,
Gimeno-Gascon et Woo, 1994), ses expériences professionnelles antérieures (Brüderl, Preisendörfer et
Ziegler, 1992), son expérience dans la branche d’activité au sein de laquelle il crée (Praag, 2003) et son
passé entrepreneurial (Cooper, Gimeno-Gascon et Woo, 1994). L’enjeu lié à cette variable consiste à
mettre en évidence le passé de l’entrepreneur et à le mettre en relation avec la réussite de l’entreprise.
Savoir si un entrepreneur expérimenté a plus de chance de réussite que les autres est une question
cruciale, notamment pour les financeurs et les pouvoirs publics.
Les activités préparatrices à la création sont également déterminantes (Brüderl, Preisendörfer et Ziegler,
1992 ; Castrogiovanni, 1996 ; Hansen, 1995 ; Lussier et Pfeifer, 2000). Elles concernent toutes les
démarches entreprises par le créateur afin de se lancer dans son projet. Que celui-ci réalise des études
techniques ou financières, qu’il se fasse conseiller, qu’il se forme ou qu’il débute, le fait de se préparer
semble être une des étapes nécessaires, voire indispensables, à sa réussite.
Enfin, l’implantation territoriale apparaît aujourd’hui comme une variable incontournable pour
appréhender l’entrepreneur (Kangasharju, 2000 ; Marchesnay, 1998 ; Tödtling et Wanzenböck, 2003).
Celui-ci, souvent fortement ancré à son territoire, semble réellement lié à la dynamique de création
d’entreprises de la zone dans laquelle il s’implante.
2. Méthode
La définition que nous utilisons (cf. annexe I) est similaire à celle qui est majoritairement utilisée dans les
publications les plus récentes en France (Lasch, 2003 ; Lasch, Le Roy et Yami, 2004, 2005a, 2005b). Elle
exclut le secteur national des télécommunications (France Télécom), les industries aéronautiques et
spatiales, ainsi que les industries pharmaceutiques. Les entreprises qui exercent des activités dans ces
secteurs, qui sont fondamentalement de contenu TIC, ne sont pas prises en compte, essentiellement
parce que les classifications françaises ne permettent pas de distinction claire entre leurs activités TIC et
leurs autres activités.
Conformément à cette définition, le secteur TIC est composé de trois branches principales : la haute
technologie industrielle, les services TIC (services informatiques/logiciels et télécommunications, R-D
non universitaire) et les autres services à forte intensité de connaissances (études techniques, analyses,
tests et inspections).
La définition du champ TIC retenue dans cette recherche regroupe 20 sous-secteurs avec 87 200
établissements et 710 000 emplois au 1er janvier 2002 en France métropolitaine (voir annexe II). Leur
part dans le stock global (tous les établissements ICS) est de 3,2 % (5,0 % pour l’emploi).
L’étude empirique est fondée sur l’utilisation d’une base de données française construite par l’INSEE
nommée « Enquête SINE ». Les données utilisées correspondent à des cohortes de firmes nouvellement
créées depuis 1994. Une entreprise sur cinq a été observée durant cinq ans, ce qui correspond en
moyenne à trois vagues de questionnaires. Nous utiliserons volontairement la première vague afin
d’observer les caractéristiques principales des entrepreneurs lors de la phase d’émergence du secteur
TIC. Dans cette base sont disponibles les questionnaires de 24 191 entreprises, tous secteurs confondus.
Nous focaliserons notre analyse sur le secteur TIC, soit sur 469 entreprises.
Les variables utilisées sont celles de la base SINE (cf. tableau 2).
Tableau 2
Caractéristiques générales
Variables
Âge
Sexe
Niveau d’étude
Nationalité
Expérience
Exemple entrepreneurial
Durée du conseil
Études de la concurrence
Études financières
Région d’implantation
Dans une première étape, une analyse des entrepreneurs TIC aura pour objectif de regrouper les
entrepreneurs en classes ou groupes, dans lesquels les créateurs d’entreprises tendent à être similaires
entre eux et différents de ceux des autres groupes. Comme cela est généralement le cas, nous
utiliserons deux algorithmes de classification, la méthode « polythétique hiérarchique ascendante » et la
méthode des « nuées dynamiques ». Pour ce faire, nous réaliserons, tout d’abord, une analyse
descriptive des entrepreneurs. À la suite de cette analyse descriptive, nous réalisons, dans une deuxième
étape, une analyse typologique afin de déterminer s’il est possible de distinguer des groupes différents
au sein des entrepreneurs TIC.
3. Résultats
Les créations d’entreprises dans le secteur TIC se font à 8,7 % dans les hautes technologies industrielles,
à 48,5 %, dans les services informatiques et de télécommunications, et à 42,8 %, dans les autres services
à forte intensité de connaissances.
L’analyse des caractéristiques plus personnelles des créateurs TIC montre que cette population est
majoritairement masculine, à 82,7 %, et que 70 % des entrepreneurs TIC sont dans une tranche d’âge de
30 à 49 ans. L’âge semble jouer un rôle déterminant lors de la prise de décision de création d’une
entreprise TIC. En effet, les entrepreneurs de moins de 25 ans ne représentent que 3,6 % de la
population et ceux de plus de 50 ans n’en représentent que 10,9 %. Les entrepreneurs attendent d’avoir
un certain âge avant de lancer leur projet de création. Ce qui conduit à étudier le degré de qualification
et l’expérience professionnelle acquise avant la création.
Une part importante des créateurs ont un niveau de qualification élevé puisque un peu moins de 60 %
d’entre eux ont un niveau d’étude supérieur à Bac +2 (tableau 3). Toutefois, le secteur TIC, bien qu’étant
un secteur où le niveau de qualification est élevé, n’est pas réservé aux seuls entrepreneurs qualifiés. En
effet, ce qui est constaté au plan du secteur ne doit pas cacher certaines spécificités des sous-secteurs.
Dans la haute technologie industrielle, seulement 19 % des entrepreneurs possèdent un niveau de
formation Bac +3, diplômes d’ingénieurs et plus. En revanche, dans les deux autres sous-secteurs
(services informatiques et télécommunications, services à fortes connaissances), les fondateurs TIC
hautement diplômés sont deux fois plus nombreux.
Tableau 3
Niveau d’étude
( %)
Pourcentage cumulé
Pas de diplôme
5,1
5,1
CEP/BEPC/CAP/BEP
18,8
23,9
17,5
41,4
Bac + 2
26,2
67,6
Bac + 3 et plus
32,4
100,0
Total
100,0
-
3.1.2. L’expérience
L’expérience spécifique réalisée au sein du même secteur est le plus souvent mesurée par trois variables
: l’expérience professionnelle antérieure dans un secteur en lien avec l’activité, la durée de cette
expérience et la taille de l’entreprise où elle a été acquise (tableau 4). Les entrepreneurs TIC ont
principalement une expérience antérieure dans le même secteur ou un secteur proche. La durée de
cette expérience est, pour un tiers des entrepreneurs, de trois à dix ans et, pour deux tiers, de plus de
dix ans.
Tableau 4
Expériences antérieures
( %)
8,7
Pas d’expérience
24,7
Même secteur
59,9
8,3
Secteur proche
17,1
Différent
8,3
33,7
6,0
Total
100,0
Total
100,0
-> Voir la liste des tableaux
Les activités préparatrices à la création d’entreprise peuvent jouer un rôle important dans son succès. La
littérature distingue différents types d’activités préparatrices : les études de la concurrence, les études
techniques et financières, les formations spécifiques à la création, le conseil auprès de consultants. Ces
activités préparatrices peuvent être importantes dans le succès de la création des firmes nouvellement
fondées. Pourtant, seulement 45,5 % des entrepreneurs effectuent une réelle étude technique pour
préparer leur démarrage. Les entrepreneurs TIC semblent plus préoccupés par l’aspect financier de leur
projet que par l’étude à proprement parler de la concurrence. Près de 70 % d’entre eux ont réalisé une
étude technique alors que seulement 37,5 % ont effectué une analyse des futurs concurrents du
marché.
Concernant le conseil auprès des professionnels, l’analyse des résultats montre qu’une part importante
des entrepreneurs TIC a recours au service de conseil. Toutefois, le temps passé avec les consultants est
limité à trois jours dans 36 % des cas, seuls 13,9 % des entrepreneurs ont une durée du conseil supérieur
à trois jours.
Un résultat intéressant doit être noté : 77,6 % des entrepreneurs ne suivent aucune formation
spécifique à la création. Cela explique sans doute la demande importante en termes de conseil.
Les études techniques présentent des disparités importantes dans le secteur TIC et n’ont donc pas été
conservées. Parmi les études réalisées, 11 % le sont dans le secteur des hautes technologies contre 47,8
%, dans les services informatiques et de télécommunication, et 37 %, dans les services à forte intensité
de connaissance.
En effet, un saut important est constaté entre une classification à six groupes et à cinq groupes, et un
saut similaire, en passant de cinq à quatre groupes. Ces groupes sont constitués de 175 entrepreneurs
pour le premier, de 40 pour le deuxième, de 95 pour le troisième et de 159 pour le quatrième. Cela nous
a donc conduits à retenir une typologie composée de quatre groupes.
Cette méthode regroupée sous l’intitulé de classification non hiérarchique affecte les entrepreneurs des
quatre groupes préalablement définis par la classification hiérarchique. La qualité de la typologie est
vérifiée par une analyse de la variance (cf. tableau 5), qui présente les tests de Fischer comme
significatifs pour l’ensemble des variables au seuil de 1 % ; donc, la validité statistique de la typologie est
vérifiée.
Tableau 5
Variables
Signification
Tranche d’âge
12,814
0,000**
14,360
0,000**
Exemple entrepreneurial
6,231
0,000**
47,592
0,000**
0,000**
Expérience entrepreneuriale
4,547
0,004**
545,413
0,000**
109,978
0,000**
0,000**
1415,016
0,000**
11,068
0,000**
Durée du conseil
16,464
0,000**
3,384
0,018**
6,238
0,000**
5,432
0,001**
**significatif à 1 % ;
*significatif à 5 %.
L’étude des fréquences pour l’ensemble des groupes permet de définir quel type d’entrepreneur
compose le secteur TIC français. Pour chaque variable, la comparaison des fréquences avec celle de la
population permettra d’affecter un nom aux quatre groupes d’entrepreneurs. Lorsque l’écart est positif,
cela signifie que le groupe a une proportion d’entrepreneurs supérieure (en pourcentage) pour cette
variable à la fréquence de la population des entrepreneurs TIC. L’inverse se vérifie pour un écart négatif
(voir annexe III). L’analyse typologique est suivie par une étude plus détaillée des quatre groupes
d’entrepreneurs.
Groupe 1. Ce sont des cadres biens formés avec une expérience dans le secteur et ayant préalablement
travaillé dans les grandes entreprises. Ce groupe est composé d’entrepreneurs de moins de 39 ans. Il
existe une proportion plus importante de jeunes entrepreneurs de 25-29 ans que dans la population
totale des entrepreneurs TIC (21,4 % de plus). Il y a une faible proportion des entrepreneurs de plus de
40 ans. Le niveau de formation de ces entrepreneurs est élevé, avec une part importante de bac + 3 et
plus. Ce sont des managers ayant une expérience de cadre dans le secteur concerné. La plupart d’entre
eux ont ainsi eu une expérience supérieure à 10 ans. Cette expérience est acquise dans des entreprises
de plus de 500 employés. Ils ont tendance à peu se former à la création d’entreprises.
Groupe 2. Ce groupe est composé d’entrepreneurs plus jeunes (moins de 25 ans) que dans la population
globale. Ils ont un entourage entrepreneurial très présent, en particulier familial. Ces entrepreneurs ont
principalement un statut d’étudiant ou de personne sans activité. Ils ont une faible expérience
professionnelle dans le secteur. De façon générale, ils ont une expérience de cadre et de manager
inférieure à celle des entrepreneurs dans le secteur TIC. La taille de l’entreprise dans laquelle elle a été
acquise est très différente de celle des entrepreneurs TIC.
Groupe 3. Ce sont des entrepreneurs bien préparés et conseillés à la création d’entreprise. Ils ont eu une
fonction d’agent de maîtrise comme expérience professionnelle préalable. La proportion
d’entrepreneurs sans expérience dans la création d’entreprise dans ce groupe est nettement supérieure
à celle de la population des entrepreneurs TIC. Ils suivent majoritairement des formations spécifiques à
la création. Ils sont donc très demandeurs d’études financières et concurrentielles dans la phase
précédant la création. Dans l’ensemble, ils sont caractérisés par un niveau de préparation à la création
plus important que celui des autres entrepreneurs du secteur.
Groupe 4. Ce type d’entrepreneurs est caractérisé par un faible niveau d’instruction. Ce sont
principalement des employés et des ouvriers sans expérience de création et ayant travaillé dans des
petites entreprises. Leur niveau d’activité précédant la création est supérieur à celui des entrepreneurs
TIC. Malgré cela, la durée de leur expérience TIC est inférieure à celle constatée dans le secteur. En
revanche, la durée de l’expérience acquise dans des secteurs différents est supérieure à celle constatée
dans le secteur TIC. Ces entrepreneurs sont peu préparés à la création d’entreprise et ne suivent que
très peu les formations en ce sens.
4. Discussion
Le premier groupe est nommé les « cadres d’expérience ». Il est caractérisé par un niveau élevé de
formation. Ces entrepreneurs possèdent également une forte expérience professionnelle acquise dans
des entreprises de tailles moyenne et élevée, entreprises dans lesquelles ils occupaient des postes de
manager.
Le deuxième est nommé les « jeunes diplômés ». Ces entrepreneurs sont des jeunes étudiants ou
chômeurs de moins de 25 ans, inactifs avant la création de leur entreprise. Ils sont sans véritable
expérience professionnelle mais possèdent un haut niveau de formation. Leur situation d’inactivité et
leur niveau élevé de formation leur permettent de se lancer dans la création d’entreprise. Ce sont des
jeunes entrepreneurs formés durant les années 1990 aux technologies de l’information et de la
communication.
Le troisième groupe d’entrepreneurs peut être nommé les « prévoyants ». Ces entrepreneurs sont
majoritairement des employés qui se sont bien formés avant la création de leur entreprise. Ils ont une
bonne expérience du secteur et ont connu pour la plupart une période de chômage inférieur à un an.
N’ayant pas d’expérience antérieure dans la création d’entreprise, ils ont suivi des formations
spécifiques. Nous constatons également une importante demande de conseils. Ces entrepreneurs sont
beaucoup mieux préparés à la création d’entreprise que les trois autres types d’entrepreneurs.
Le dernier groupe est composé principalement d’anciens employés, ouvriers, travaillant dans des
entreprises de petite taille. Ils ont acquis leur expérience professionnelle dans des secteurs différents de
celui des TIC et présentent un niveau de formation plus faible que celui des autres groupes
d’entrepreneurs. Ils sont peu préparés à la création d’entreprise et semblent peu intéressés par des
formations spécifiques. Cela pourrait s’expliquer par une expérience managériale développée au sein
des petites entreprises où les responsabilités sont plus importantes que dans les grandes compagnies.
Par conséquent, nous nommerons ce groupe d’entrepreneurs les « risque-tout ».
4.2. Une typologie différente de celle des recherches antérieures
Cette typologie est assez différente de celles qui sont exposées dans les recherches antérieures. Les
typologies qui ne retiennent que deux types sont ainsi assez éloignées des résultats obtenus ici. Dans la
typologie de Smith (1967), aucun des deux types, artisan ou opportuniste, ne peut être confondu avec
les quatre groupes obtenus dans cette recherche. L’entrepreneur opportuniste se rapproche du premier
et du deuxième groupe tout en restant bien distinct. De la même façon, l’entrepreneur artisan se
rapproche peu ou prou du troisième groupe, voire du quatrième groupe, mais sans se confondre. Il en
est de même pour la typologie de Collins et Moore (1970), puisque la distinction entre l’entrepreneur
administratif et l’entrepreneur indépendant recoupe très imparfaitement les quatre types
d’entrepreneur trouvés dans cette recherche. Ce constat peut également être fait pour les typologies de
Julien et Marchesnay (1988) et de Filion (1997).
Si les typologies qui montrent deux profils d’entrepreneurs sont différentes de celle obtenue ici, il est
tentant de la rapprocher de celles qui distinguent quatre types d’entrepreneurs. Il faut alors constater
qu’elles sont également assez différentes. Il en est ainsi de la typologie de Laufer (1975), qui distingue le
manager, l’entrepreneur orienté vers la croissance, l’entrepreneur orienté vers l’efficacité et l’artisan.
Seul le premier type, le manager, correspond plus ou moins au « cadre d’expérience » ; les trois autres
sont assez différents. De la même façon, la typologie de Miles et al. (1978) n’est pas vraiment semblable
à celle qui a été relevée ici, essentiellement parce que Miles et al. (1978) mettent surtout l’accent sur les
attitudes et comportements relatifs aux marchés alors que les critères retenus ici sont plus larges.
Il est encore plus difficile d’assimiler les quatre groupes d’entrepreneurs TIC identifiés ici aux quatre
types de Miner (1990, 1997), qui sont « personal achiever », « real manager », « expert idea generator »
et « super sales person ». De même, il est peu pertinent de les rapprocher des quatre types de ceux de
Vega et Kidwell (2007), que sont « l’incubateur », « l’entreprenant », le « bienfaiteur » et « l’intéressé »,
ainsi qu’aux quatre types de Jaouen (2008), qui sont « le carriériste », « l’hédoniste », le « paternaliste »
et « l’alimentaire ».
Plusieurs explications peuvent être proposées à ces différences. Dans une première explication, il faut
signaler que la plupart des travaux de nature typologique sur l’entrepreneur aboutissent à des
typologies différentes. Cela s’explique essentiellement par les différences de méthode, à la fois en
termes de variables retenues et en termes de terrain d’étude (secteurs d’activité différents, nationalités
différentes, etc.). Ce sont précisément ces difficultés méthodologiques qui conduisent à proposer des
typologies reliées à une industrie.
Dans une deuxième explication, la plupart des recherches antérieures tentent de définir des types
d’entrepreneurs en place dans une industrie alors que, dans cette recherche, l’entrepreneur est étudié
au moment de la création. Les spécificités de cette phase expliquent sans doute en grande partie la
spécificité des résultats. Nombre d’entrepreneurs ne survivront pas à moyen terme et la typologie
obtenue cinq ans après la création, sur les entreprises pérennes, serait sans doute différente.
Dans une troisième explication, qui est à notre sens la plus convaincante, ce sont les spécificités de
l’entrepreneuriat TIC qui sont déterminantes. Le secteur TIC est très « intensif en connaissances ». Il
implique une formation et des qualifications qui ne se retrouvent pas dans tous les secteurs. Le niveau
de formation et de qualification moyen des entrepreneurs mis en évidence dans cette étude atteste de
cette spécificité. Dans cette perspective, il n’est finalement pas étonnant que cette étude établisse des
types d’entrepreneurs TIC différents de ceux mis en évidence dans d’autres industries, moins intensives
en connaissances, ou dans des études multi-industries.
Il est donc possible de considérer, du fait des spécificités de l’industrie TIC, qu’il y a bien une spécificité
des entrepreneurs TIC en général, sous la forme d’une plus forte qualification et formation et, par suite,
qu’il y a bien une spécificité des types d’entrepreneurs TIC. L’identification de cette typologie spécifique
peut alors être considérée comme un apport à la connaissance sur l’entrepreneuriat TIC. Elle peut
s’avérer très utile, notamment pour l’accompagnement des entrepreneurs TIC.
La mise en évidence d’une typologie des entrepreneurs TIC permet de nuancer une représentation
parfois caricaturale du profil des entrepreneurs dans les nouvelles technologies. L’image simpliste de la
start-up technologique fondée par un jeune ingénieur visionnaire, à la façon de Microsoft par Bill Gates,
s’efface devant des résultats beaucoup plus contrastés. Si, dans l’ensemble, l’entrepreneur TIC a un haut
niveau de formation, une bonne connaissance du secteur et de l’expérience, les profils des
entrepreneurs dans le secteur sont très différents. Il y a finalement peu de lien entre les entrepreneurs
du groupe 1, que nous avons dénommés les « cadres d’expérience », et les entrepreneurs du groupe 4,
que nous avons dénommés les « risque-tout ».
Gérer cette diversité observée dans l’échantillon des entrepreneurs TIC devient alors un enjeu important
pour les dispositifs d’accompagnement en termes de formation, de conseil et de financement des start-
ups TIC. Nos résultats laissent apparaître quelques premières pistes pour une prise en compte de la
diversité dans l’accompagnement des entrepreneurs TIC.
Le « cadre d’expérience », par exemple, a été distingué des autres par une plus grande expérience
professionnelle dans des grandes entreprises et par une activité de préparation à la création
relativement faible. Ce type de personne devient entrepreneur en capitalisant sur un réseau
professionnel et personnel qui facilite l’entrée sur le marché et l’obtention du capital. Ces créateurs
d’entreprise ont une forte connaissance du secteur et du fonctionnement organisationnel des grandes
entreprises. Ils sont habitués à prendre des décisions stratégiques et ont une bonne expérience
managériale. En revanche, ils ont un manque d’expérience entrepreneuriale. Le passage d’un
environnement de grande entreprise, dans une position managériale, vers l’environnement
entrepreneurial de la start-up, peut présenter des risques inattendus. Un accompagnement spécifique
pour ce type d’entrepreneur pourrait donc privilégier la formation à la création d’entreprises et aux
compétences managériales d’entrepreneurs en situation de start-up.
Le « prévoyant » dispose de connaissances techniques mais son niveau de diplôme est inférieur au «
jeune diplômé ». Ses motivations semblent plus fondées sur des contraintes, comme une situation de
perte d’emploi avant la création ou des difficultés à progresser dans la carrière. Les dispositifs
d’accompagnement pourraient lui fournir des leviers similaires au « jeune diplômé », comme la mise en
réseau ou les aides à la recherche de financements, mais avec un accent particulier mis sur l’aspect
formation et conseil. Très préoccupé par l’idée de préparer la création, ce type d’entrepreneur pourrait
bénéficier de conseil, de coaching et de formation axés sur la création d’entreprise et ses « technicités »,
le management d’une entreprise et l’entrée sur le marché.
Les résultats soulignent enfin une certaine a-typicité de l’entrepreneur de type « risque-tout ». Son
profil correspond probablement peu à l’image qu’un accompagnateur peut avoir d’un entrepreneur
dans un secteur de connaissance et d’innovation. Ces entrepreneurs sont caractérisés par un faible
niveau de diplôme, peu d’expérience professionnelle, une faible connaissance du secteur, peu
d’expériences managériales et, surtout, par une faible importance accordée à la préparation à la
création d’entreprise. Pour l’accompagnement, un levier privilégié est sans doute sa forte motivation
pour créer une start-up dans un environnement peu familier. C’est probablement sa motivation qui peut
représenter un critère important pour les dispositifs d’accompagnement dans la décision de lui accorder
une aide ou, a contrario, de l’orienter vers d’autres secteurs. Faciliter le retour à l’emploi, le diriger vers
des structures d’accompagnement centrées sur d’autres secteurs ou construire un parcours individualisé
avec un accent fort sur la préparation de la création (coaching individualisé) sont des éléments
essentiels de l’accompagnement dans ce cas.
Conclusion
L’objectif de cette recherche était de caractériser l’entrepreneuriat dans le secteur TIC. Plus
précisément, la question était la suivante : peut-on identifier des types d’entrepreneurs
significativement différents les uns des autres dans le secteur TIC ? Pour répondre à cette question, une
étude empirique a été menée sur un échantillon de 469 entreprises issues de la base de données «
Enquête SINE » construite par l’INSEE.
Les résultats montrent, tout d’abord, que l’entrepreneuriat TIC est différent de l’entrepreneuriat
classique, notamment du fait d’un niveau de formation supérieur. Les résultats montrent ensuite qu’il
existe quatre groupes différents d’entrepreneurs dans le secteur TIC que nous avons nommés « les
cadres d’expérience », les « jeunes diplômés », les « prévoyants » et les « risque-tout ». Ces quatre types
d’entrepreneurs, malgré des proximités apparentes, sont assez différents des types relevés dans les
recherches antérieures. Il est donc possible de considérer qu’il y a une relative spécificité de
l’entrepreneuriat TIC, à la fois dans sa globalité et dans les sous-catégories qu’il est possible d’établir.
Ces résultats apparaissent importants, notamment pour les politiques d’accompagnement de
l’entrepreneuriat TIC.
Bien entendu, ces résultats ne peuvent être compris que relativement aux limites de l’étude. Comme
pour toute étude empirique traitée de façon quantitative, il existe des biais liés à la collecte et au
traitement de données. Il serait alors intéressant de tester la portée des résultats obtenus en utilisant
d’autres données sur la création d’entreprises dans le secteur TIC français, notamment en utilisant des
données issues d’une période plus récente. Cette nouvelle analyse permettrait, d’une part, de confirmer
ou non les résultats obtenus et, d’autre part, de mettre en évidence une éventuelle évolution des
catégories d’entrepreneurs après l’explosion de la bulle spéculative Internet des années 2000.
De la même façon, les données utilisées ici ne portent que sur un seul pays, à savoir la France. Il est donc
possible de se demander si l’on obtiendrait les mêmes résultats dans d’autres pays, notamment dans les
pays anglo-saxons. Si ces recherches futures font apparaître des résultats différents, il conviendrait alors
de mener de nouveaux travaux pour expliquer l’origine de ces différences en établissant des
comparaisons internationales. Ces travaux permettront d’établir si on peut mettre en évidence une
seule typologie des entrepreneurs TIC, quel que soit le pays, ou s’il existe des différences culturelles en
matière d’entrepreneuriat TIC.
Il serait également intéressant de tester la portée des résultats obtenus en reproduisant l’analyse au
niveau des sous-secteurs (hautes technologies, services informatiques et télécommunications et les
autres services à forte intensité de connaissances). Cette nouvelle analyse permettrait de comparer les
différentes typologies obtenues et de mettre en évidence d’éventuelles spécificités au sein même des
sous-secteurs.
Enfin, une des voies de recherche futures parmi les plus prometteuses consiste à tenter de mettre en
évidence les liens entre les types d’entrepreneurs TIC obtenus ici et la performance de leurs firmes,
notamment en termes de survie et de croissance. A priori, le groupe 1, composé des « cadres
d’expérience » devrait connaître de bien meilleures performances que le groupe 4, composé des «
risque-tout ». Seules de nouvelles recherches permettront de valider ou de réfuter cette hypothèse,
alors qu’elle peut être fondamentale pour des investisseurs publics ou privés.
Parties annexes
Annexes
Annexe I
Figure
Tableau
Codes NAF700
Intitulé
246J
300A
300C
321A
322A
322B
323Z
642B
713E
722Z
Réalisation de logiciels.
723Z
Traitement de données.
724Z
725Z
726Z
731Z
R-D en sciences physiques et naturelles.
732Z
742C
743B
Annexe III
Tableau
Tableau (suite)
Analyse des écarts
Notes biographiques
Frank Robert
Pierre Marquès
Pierre Marquès est doctorant en sciences de gestion au sein de l’Institut des sciences de l’entreprise et
du management de l’Université Montpellier I (France). Sous la direction du professeur Frédéric Le Roy,
son travail doctoral concerne les stratégies relationnelles dans le football professionnel européen. Il
s’intéresse également aux liens qui existent entre entrepreneuriat et innovation.
Frank Lasch
Frédéric Le Roy
Frédéric Le Roy est professeur à l’Université Montpellier I (ISEM) et au Groupe Sup de Co Montpellier. Il
est directeur de l’ERFI. Ses recherches portent, d’une part, sur le management des relations de
concurrence et, d’autre part, sur l’entrepreneuriat de haute technologie. Il a publié de nombreux articles
scientifiques et plusieurs ouvrages dont Stratégies Collectives, chez EMS, en 2007, avec Saïd Yami et
Management stratégique de la concurrence, chez Dunod, en 2009, également avec Saïd Yami. Adresse :
ERFI, Université de Montpellier I et Groupe Sup de Co Montpellier, Espace Richter, Bât. E, rue
Vendémiaire, CS 19519, 34960 Montpellier, Cédex 2, France.
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Figure
Tableau 1
Auteurs
Années
Nombre de types
Typologies
Smith
1967
Collins et Moore
1970
Laufer
1975
4
Manager, entrepreneur orienté vers la croissance, entrepreneur orienté vers l’efficacité et artisan
Miles et al.
1978
Julien et Marchesnay
PIC et CAP
Lafuente et Salas
1989
4
Artisan, orienté vers le risque, orienté vers la famille, managérial
Miner
1990 et 1997
Personal achiever, real manager, expert idea generator, super sales person
Filion
1997
Opérateur, visionnaire
Vega et Kidwell
2007
2008
Tableau 2
Caractéristiques générales
Variables
Âge
Sexe
Niveau d’étude
Nationalité
Expérience
Exemple entrepreneurial
Durée du conseil
Études de la concurrence
Études financières
Implantation
Région d’implantation
Tableau 3
Niveau d’étude
( %)
Pourcentage cumulé
Pas de diplôme
5,1
5,1
CEP/BEPC/CAP/BEP
18,8
23,9
17,5
41,4
Bac + 2
26,2
67,6
Bac + 3 et plus
32,4
100,0
Total
100,0
Tableau 4
Expériences antérieures
( %)
( %)
Pas d’expérience
24,7
Même secteur
59,9
8,3
Secteur proche
17,1
33,3
Différent
8,3
33,7
6,0
Total
100,0
Total
100,0
Tableau 5
Analyse de la variance (ANOVA)
Variables
Signification
Tranche d’âge
12,814
0,000**
14,360
0,000**
Exemple entrepreneurial
6,231
0,000**
Qualification professionnelle préalable avant création
47,592
0,000**
174,839
0,000**
Expérience entrepreneuriale
4,547
0,004**
545,413
0,000**
Durée de l’expérience professionnelle dans l’activité antérieure
109,978
0,000**
170,932
0,000**
1415,016
0,000**
11,068
0,000**
Durée du conseil
16,464
0,000**
3,384
0,018**
6,238
0,000**
5,432
0,001**
**significatif à 1 % ;
*significatif à 5 %.
Tableau
Codes NAF700
Intitulé
246J
300A
300C
321A
322A
322B
323Z
642B
713E
721Z
Conseil en systèmes informatiques.
722Z
Réalisation de logiciels.
723Z
Traitement de données.
724Z
725Z
726Z
731Z
R-D en sciences physiques et naturelles.
732Z
742C
743B
Tableau
Tableau (suite)
À propos
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Logo de Revue internationale P.M.E.
URI
DOI
Repérer les compétences pour mieux comprendre le processus d’innovation : le cas d’une TPE
touristique
La théorie de l’« entreprise à internationalisation rapide et précoce » à l’épreuve des faits : évaluation
de l’apport des travaux empiriques à ce champ de recherche
Boîte à outils
Résumés
Résumé
Malgré la forte croissance du secteur des TIC, les recherches concernant ses spécificités
entrepreneuriales sont peu nombreuses. Or, les entrepreneurs ne constituent pas une entité homogène
et il est nécessaire d’élaborer des typologies pour montrer leurs différentes caractéristiques. Nous
cherchons donc à déterminer si les entrepreneurs TIC sont similaires à ceux des autres secteurs et si ces
derniers possèdent des profils différenciés. Un échantillon composé de 469 entreprises nous a permis de
relever quatre profils d’entrepreneurs TIC dénommés respectivement « cadres d’expérience », « jeunes
diplômés », « prévoyants » et « risque-tout ».
Abstract
The information and communication technology sector is strategic to stakeholders in most countries,
but little research exists focusing specifically on entrepreneurship in this growth industry. In particular,
few findings describe the high-tech entrepreneur of this industry despite a claim for more research into
specificities of and differences between entrepreneurs. This study intends to fill this gap and analyses if
ICT entrepreneurs constitute rather a homogeneous entity or a type of entrepreneur displaying multiple
facets and differences. To answer this questions, survey data of 469 ICT firms of the “first generation”
(1993-2001) were analysed and four profiles were identified : expert, freshman, well prepared
“provident”, and “risque-tout”.
Resumen
A pesar del fuerte crecimiento del sector de las Tecnologías de información y de Comunicación (TIC), las
investigaciones sobre las especificadas empresariales son pocas numerosas. Ahora bien, los empresarios
no constituyen una entidad homogénea y es necesario identificar las topologías para ensenar sus
diferentes características. Pues, intentamos determinar si los empresarios TIC son similares a los de
otros sectores y si poseen perfiles diferenciados. Una muestra compuesta de 486 empresas nos permito
identificar cuatro perfiles de empresarios TIC denominados respectivamente « ejecutivos de experiencia
», « previsores », « recién titulados sin experiencia » y « risque-tout ».
Zusammenfassung
Corps de l’article
Introduction
Les technologies de l’information et de la communication (TIC) sont, depuis le début des années 1990,
un secteur en forte croissance dans de nombreux pays européens. Il est aujourd’hui communément
admis que les TIC sont des facteurs stratégiques améliorant la compétitivité d’un pays (Souter, 2004).
Même l’explosion de « la bulle Internet » en 2000 n’a pas affecté cette tendance générale. En France, en
2004, l’INSEE a constaté un nombre toujours croissant d’entreprises dans le secteur des TIC (Rieg, 2004)
et la contribution des TIC au PIB a été évaluée à 5 % (IDATE, 2004). La France reste particulièrement
dynamique, puisque le secteur des TIC figure parmi les secteurs les plus entrepreneuriaux en termes de
nombre de création d’entreprises (Meri, 2007).
Sur le plan de la recherche, l’entrepreneuriat TIC est le plus souvent inclus dans un cadre plus large qui
est celui de l’entrepreneuriat de haute technologie (Roberts, 1991). Des travaux de plus en plus
nombreux étudient ce type d’entrepreneuriat dans toutes ses dimensions (Siegel, 2006). Toutefois, si
certains secteurs de haute technologie, comme celui des biotechnologies, sont très étudiés, les
recherches centrées spécifiquement sur les firmes et les entrepreneurs TIC restent peu nombreuses
(Lasch, Le Roy et Yami, 2005a, 2005b).
Le profil de l’entrepreneur TIC est ainsi l’objet de peu de recherche et reste encore mal connu. Certaines
« success story », comme celles de Bill Gates ou de Steve Jobs, conduisent à se représenter cet
entrepreneur TIC, au moment de la création de l’entreprise, comme un jeune ingénieur, qui vient de
terminer ses études et qui est en train de mettre au point une nouvelle technologie dont la vocation est
de devenir un nouveau standard mondial. Est-ce bien le profil unique de l’entrepreneur TIC ? Au
contraire, peut-on identifier des types d’entrepreneurs TIC différents les uns des autres et qui
s’éloignent de ce profil médiatique ?
Cette question est d’importance notamment pour les politiques publiques d’accompagnement à la
création d’entreprises TIC. Ces structures doivent-elles concevoir leur accompagnement en fonction
d’un profil type unique ? Au contraire, doivent-elles s’attendre à des profils très contrastés et prévoir
ainsi des accompagnements différenciés et adaptés à chaque profil ?
L’objectif de cette recherche est donc de déterminer s’il est possible d’identifier des profils
d’entrepreneurs TIC significativement différents les uns des autres. À cette fin, une base de données
française construite par l’INSEE et nommée « Enquête SINE » est utilisée. Un travail statistique sur un
échantillon comprenant 469 entreprises TIC françaises permet de relever quatre types d’entrepreneur
dénommés « cadre d’expérience », « jeune diplômé », « prévoyant » et « risque-tout ». Cette typologie
apparaît comme différente des typologies antérieures et, donc, spécifique à l’entrepreneuriat TIC.
1. Fondements théoriques
Pour Ucbasaran, Westhead et Wright (2001), les entrepreneurs ne constituent pas une entité homogène
et il est nécessaire d’élaborer des typologies pour mettre en évidence leurs différences. Dans cette
perspective, de nombreux auteurs se sont attachés à discerner les caractéristiques des entrepreneurs et
la problématique de définition d’un profil d’entrepreneur a été l’un des principaux axes de recherche de
l’entrepreneuriat. Dès 1967, Smith différencie les entrepreneurs « artisans » des entrepreneurs «
opportunistes », tandis que Collins et Moore (1970) distinguent les entrepreneurs « administratifs » des
entrepreneurs « indépendants ».
Ces premiers travaux sur les typologies d’entrepreneurs sont fondateurs et seront rapidement enrichis.
Laufer (1975) a, par exemple, établi une typologie d’entrepreneurs au sein de laquelle quatre catégories
sont relevées : le « manager », « l’entrepreneur orienté vers la croissance », « l’entrepreneur orienté
vers l’efficacité » et « l’artisan ».
Miles et al. (1978) définissent une typologie différente en mettant en évidence l’existence de quatre
types d’entrepreneur : les « prospectors », les « defenders », les « analysers » et les « reactors ». Établie
à partir d’études dans différents secteurs d’activité comme l’édition, l’électronique, la transformation
d’aliments et le milieu hospitalier, cette typologie est fondée sur les comportements stratégiques des
entrepreneurs. Miles et al. (1978) montrent à quel point l’innovation est cruciale pour les entrepreneurs
puisqu’elle apparaît dans les quatre types.
Les « prospectors » sont des opportunistes qui scrutent leur environnement et qui sont agressifs afin de
maximiser les gains de leur présence sur les marchés. À l’inverse, les « defenders » sont plus
conservateurs et réfléchis. Ils interviennent dans des secteurs plus stables et n’hésitent pas à prendre le
temps nécessaire à la décision. Les « analysers », du fait de leur présence dans des domaines d’activité
diversifiés, pratiquent la planification et agissent tantôt comme des « defenders », tantôt comme des «
prospectors ». Enfin, les « reactors » n’ont pas de stratégie spécifique et sont plutôt passifs. Ils
réagissent généralement défensivement aux opportunités et aux menaces.
Julien et Marchesnay (1988, 1992, 1996) proposent une classification considérée comme majeure au
sein de l’entrepreneuriat francophone en se fondant sur le classement hiérarchique des aspirations de
l’entrepreneur à l’égard de son entreprise. Ces auteurs distinguent les entrepreneurs « PIC » qui ont,
dans l’ordre, des aspirations à la pérennité, à l’indépendance et à la croissance, des entrepreneurs « CAP
» qui ont, dans l’ordre, des aspirations à la croissance, à l’autonomie et à la pérennité. L’entrepreneur
PIC aura toujours à coeur de protéger la pérennité de l’entreprise, sera réticent à l’entrée d’investisseurs
au sein du capital de son entreprise et ne poursuivra pas à n’importe quel prix la croissance.
L’entrepreneur CAP, quant à lui, est présenté comme plus opportuniste. Il sera plus à même de « faire
des coups » pour rechercher un profit élevé et rapide malgré les risques liés à ce comportement.
Toutefois, il souhaite conserver son autonomie managériale. Cette vision, comme la plupart des
typologies d’entrepreneurs, est bien évidemment caricaturale. On ne retrouvera que dans de rares
exceptions les profils qui correspondent exactement à ceux décrits dans les typologies.
Lafuente et Salas (1989) établissent une typologie dans laquelle ils distinguent « l’artisan », «
l’entrepreneur orienté vers le risque », « l’entrepreneur orienté vers la famille » et le « manager ».
Miner (1990, 1997) a également distingué « l’entrepreneur », le « manager » et « l’entrepreneur à forte
croissance », tandis que Filion (1997) a différencié les « opérateurs » des « visionnaires ».
Ces multiples points de vue montrent qu’il existe plusieurs typologies d’entrepreneurs. Ces typologies
diffèrent souvent en fonction du secteur, mais aussi en fonction de la manière dont on définit
l’entrepreneur lui-même. Par exemple, Marchesnay (1998) complète son modèle du PIC et du CAP en
introduisant de nouveaux types d’entrepreneurs : les « isolés », les « nomades », les « notables » et les «
entreprenants ».
Plus récemment, Vega et Kidwell (2007) ont proposé une typologie d’entrepreneurs qui s’appuie
simultanément sur la conduite entrepreneuriale et sur les bénéfices attendus de l’expérience
entrepreneuriale. Ils ont alors identifié les « incubateurs » et les « bienfaiteurs », d’un côté, et les «
entreprenants » et « intéressés » de l’autre. Enfin, Jaouen (2008) définit une typologie dans laquelle elle
distingue les entrepreneurs « carriéristes », « hédonistes », « paternalistes » et « alimentaires ».
Tableau 1
Auteurs
Années
Nombre de types
Typologies
Smith
1967
2
Entrepreneur artisan et entrepreneur opportuniste
Collins et Moore
1970
Laufer
1975
Manager, entrepreneur orienté vers la croissance, entrepreneur orienté vers l’efficacité et artisan
Miles et al.
1978
4
Prospector, defender, analyser, reactor
Julien et Marchesnay
PIC et CAP
Lafuente et Salas
1989
Miner
1990 et 1997
Personal achiever, real manager, expert idea generator, super sales person
Filion
1997
Opérateur, visionnaire
Vega et Kidwell
2007
Jaouen
2008
La multiplicité des résultats obtenus sur les typologies conduit à ne plus tenter d’identifier des
typologies « générales » d’entrepreneurs. Dans les développements les plus récents, les recherches
tentent de plus en plus d’établir des typologies d’entrepreneurs relatives à un secteur déterminé. Nous
nous inscrivons clairement dans ce courant en abordant le cas des entrepreneurs dans les TIC.
Rares sont les travaux qui traitent des entrepreneurs dans les industries de haute technologie et encore
moins dans les TIC. Parmi ces quelques travaux, Marvel et al. (2007) ont étudié l’expérience, l’éducation
et les connaissances originales en matière de technologie des entrepreneurs high-tech. Ces auteurs
considèrent que le capital humain et le capital spécifique, notamment l’éducation et la connaissance de
la technologie, sont deux atouts cruciaux concernant l’innovation. Marvel et al. (2007) concluent que le
capital humain des « entrepreneurs technologiques » leur confère des avantages uniques. De la même
façon, Wright et al. (2007) montrent l’influence positive des caractéristiques du capital humain sur la
réussite de l’entrepreneuriat technologique.
Plusieurs facteurs expliquent le fait qu’il y ait si peu de recherches sur l’entrepreneuriat TIC. D’abord,
définir le secteur et identifier les entreprises et, donc, les entrepreneurs, qui le composent constitue
déjà un grand défi. En effet, dans les classifications officielles, les activités dans les TIC sont largement
dispersées en sous-sections d’autres secteurs. Ensuite, les firmes adaptent sans cesse leurs produits
pour les faire évoluer avec le marché. Cela réduit, de fait, les possibilités de regrouper dans la durée les
activités des entreprises au sein de classifications spécifiques.
Un deuxième facteur explicatif du faible nombre de recherches sur l’entrepreneuriat TIC réside dans le
fait que les entreprises high-tech sont rarement similaires et que de grosses différences existent entre
les subdivisions de la classification standard. Par exemple, ce sont les services qui sont le principal
moteur de cette croissance et, particulièrement, les services liés à l’informatique, tandis que d’autres
subdivisions, comme l’industrie TIC, y contribuent plus modestement. Cette hétérogénéité est
également marquée par des différences très fortes en matière de taille moyenne des firmes.
Dans une troisième explication, dans de nombreux pays, la disponibilité de données s’avère limitée et
constitue un obstacle majeur (Chandler et Lyon, 2001). Cette difficulté peut alors expliquer
l’hétérogénéité des recherches et des résultats constatés dans la littérature.
Enfin, il est primordial de préciser que les résultats issus de la recherche et un corpus littéraire
significatif apparaissent généralement avec un certain temps de retard par rapport à l’apparition de
l’objet de recherche. Cela est particulièrement vérifié à propos des secteurs émergents. De manière
générale, le défi posé par la définition d’un secteur émergent et structurellement hétérogène, comme
peut l’être celui du secteur des TIC, s’inscrit dans la durée, surtout si l’on considère le temps de mesure
et de collecte des données, ainsi que le laps de temps qui existe entre la conduite des recherches et leur
publication. Cet état de fait aboutit alors à une connaissance insuffisante des spécificités des
entrepreneurs dans le secteur des TIC.
Afin de construire une typologie des entrepreneurs TIC, il convient de relever les variables
discriminantes utilisées dans la littérature. Les cinq variables les plus discriminantes, tant dans la
littérature théorique que dans les études empiriques, sont les suivantes : le capital humain général
(Brüderl, Preisendörfer et Ziegler, 1992 ; Cooper, Gimeno-Gascon et Woo, 1994 ; Marvel, 2007 ;
Thompson, 2007 ; Wiklund et Shepherd, 2001 ; Wright et al., 2007), l’expérience de l’entrepreneur
(Agarwal et al., 2004 ; Filion, 1997 ; Schutjens et Wever, 2000), les activités préparatrices à la création
(Brüderl, Preisendörfer et Ziegler, 1992 ; Castrogiovanni, 1996 ; Hansen, 1995 ; Lussier et Pfeifer, 2000),
la motivation de l’entrepreneur (Laufer, 1975 ; Lumpkin et Dess, 1996 ; Miles et al., 1978 ; Miner, 1990 ;
Sternberg, 2004 ; Wicklund, 1999) et son implantation géographique (Lasch, Le Roy et Yami, 2005a ;
Kangasharju, 2000 ; Marchesnay, 1998 ; Tödtling et Wanzenböck, 2003). Nous avons donc décidé
d’utiliser ces cinq variables pour tenter de construire une typologie des entrepreneurs dans les TIC.
Le capital humain général est composé de variables comme l’âge, le sexe, la nationalité et la situation
professionnelle du créateur avant de débuter son activité (Brüderl, Preisendörfer et Ziegler, 1992 ;
Cooper, Gimeno-Gascon et Woo, 1994 ; Marvel et al., 2007 ; Wiklund et Shepherd, 2001 ; Wright et al.,
2007). Ces caractéristiques de l’entrepreneur ont été très fréquemment utilisées par les auteurs des
typologies existantes. Par exemple, dès les années 1960, Smith (1967) considère le niveau d’éducation
et l’âge comme des déterminants importants des types d’entrepreneurs. De même, le genre et la
nationalité sont aujourd’hui au coeur des développements les plus récents qui analysent, par exemple,
le rôle de l’entrepreneuriat féminin ou, encore, les caractéristiques des entrepreneurs d’un même pays.
L’expérience de l’entrepreneur est également une variable très fréquemment retenue (Agarwal et al.,
2004 ; Filion, 1997 ; Schutjens et Wever, 2000). Elle regroupe la qualification de l’entrepreneur (Cooper,
Gimeno-Gascon et Woo, 1994), ses expériences professionnelles antérieures (Brüderl, Preisendörfer et
Ziegler, 1992), son expérience dans la branche d’activité au sein de laquelle il crée (Praag, 2003) et son
passé entrepreneurial (Cooper, Gimeno-Gascon et Woo, 1994). L’enjeu lié à cette variable consiste à
mettre en évidence le passé de l’entrepreneur et à le mettre en relation avec la réussite de l’entreprise.
Savoir si un entrepreneur expérimenté a plus de chance de réussite que les autres est une question
cruciale, notamment pour les financeurs et les pouvoirs publics.
Les activités préparatrices à la création sont également déterminantes (Brüderl, Preisendörfer et Ziegler,
1992 ; Castrogiovanni, 1996 ; Hansen, 1995 ; Lussier et Pfeifer, 2000). Elles concernent toutes les
démarches entreprises par le créateur afin de se lancer dans son projet. Que celui-ci réalise des études
techniques ou financières, qu’il se fasse conseiller, qu’il se forme ou qu’il débute, le fait de se préparer
semble être une des étapes nécessaires, voire indispensables, à sa réussite.
Enfin, l’implantation territoriale apparaît aujourd’hui comme une variable incontournable pour
appréhender l’entrepreneur (Kangasharju, 2000 ; Marchesnay, 1998 ; Tödtling et Wanzenböck, 2003).
Celui-ci, souvent fortement ancré à son territoire, semble réellement lié à la dynamique de création
d’entreprises de la zone dans laquelle il s’implante.
2. Méthode
2.1. Définition du secteur TIC
La définition du secteur TIC est fondée sur la NAF 700. Trouver une délimitation commune de ce secteur
reste un problème très important. Toutefois, il existe quelques délimitations standards utilisées comme
référence en recherche, par exemple la classification de l’OCDE (MEFI et SESSI, 2001).
La définition que nous utilisons (cf. annexe I) est similaire à celle qui est majoritairement utilisée dans les
publications les plus récentes en France (Lasch, 2003 ; Lasch, Le Roy et Yami, 2004, 2005a, 2005b). Elle
exclut le secteur national des télécommunications (France Télécom), les industries aéronautiques et
spatiales, ainsi que les industries pharmaceutiques. Les entreprises qui exercent des activités dans ces
secteurs, qui sont fondamentalement de contenu TIC, ne sont pas prises en compte, essentiellement
parce que les classifications françaises ne permettent pas de distinction claire entre leurs activités TIC et
leurs autres activités.
Conformément à cette définition, le secteur TIC est composé de trois branches principales : la haute
technologie industrielle, les services TIC (services informatiques/logiciels et télécommunications, R-D
non universitaire) et les autres services à forte intensité de connaissances (études techniques, analyses,
tests et inspections).
La définition du champ TIC retenue dans cette recherche regroupe 20 sous-secteurs avec 87 200
établissements et 710 000 emplois au 1er janvier 2002 en France métropolitaine (voir annexe II). Leur
part dans le stock global (tous les établissements ICS) est de 3,2 % (5,0 % pour l’emploi).
L’étude empirique est fondée sur l’utilisation d’une base de données française construite par l’INSEE
nommée « Enquête SINE ». Les données utilisées correspondent à des cohortes de firmes nouvellement
créées depuis 1994. Une entreprise sur cinq a été observée durant cinq ans, ce qui correspond en
moyenne à trois vagues de questionnaires. Nous utiliserons volontairement la première vague afin
d’observer les caractéristiques principales des entrepreneurs lors de la phase d’émergence du secteur
TIC. Dans cette base sont disponibles les questionnaires de 24 191 entreprises, tous secteurs confondus.
Nous focaliserons notre analyse sur le secteur TIC, soit sur 469 entreprises.
Les variables utilisées sont celles de la base SINE (cf. tableau 2).
Tableau 2
Caractéristiques générales
Variables
Âge
Sexe
Niveau d’étude
Nationalité
Expérience
Exemple entrepreneurial
Qualification passée du créateur
Durée du conseil
Études de la concurrence
Études financières
Région d’implantation
Dans une première étape, une analyse des entrepreneurs TIC aura pour objectif de regrouper les
entrepreneurs en classes ou groupes, dans lesquels les créateurs d’entreprises tendent à être similaires
entre eux et différents de ceux des autres groupes. Comme cela est généralement le cas, nous
utiliserons deux algorithmes de classification, la méthode « polythétique hiérarchique ascendante » et la
méthode des « nuées dynamiques ». Pour ce faire, nous réaliserons, tout d’abord, une analyse
descriptive des entrepreneurs. À la suite de cette analyse descriptive, nous réalisons, dans une deuxième
étape, une analyse typologique afin de déterminer s’il est possible de distinguer des groupes différents
au sein des entrepreneurs TIC.
3. Résultats
Les créations d’entreprises dans le secteur TIC se font à 8,7 % dans les hautes technologies industrielles,
à 48,5 %, dans les services informatiques et de télécommunications, et à 42,8 %, dans les autres services
à forte intensité de connaissances.
L’analyse des caractéristiques plus personnelles des créateurs TIC montre que cette population est
majoritairement masculine, à 82,7 %, et que 70 % des entrepreneurs TIC sont dans une tranche d’âge de
30 à 49 ans. L’âge semble jouer un rôle déterminant lors de la prise de décision de création d’une
entreprise TIC. En effet, les entrepreneurs de moins de 25 ans ne représentent que 3,6 % de la
population et ceux de plus de 50 ans n’en représentent que 10,9 %. Les entrepreneurs attendent d’avoir
un certain âge avant de lancer leur projet de création. Ce qui conduit à étudier le degré de qualification
et l’expérience professionnelle acquise avant la création.
Une part importante des créateurs ont un niveau de qualification élevé puisque un peu moins de 60 %
d’entre eux ont un niveau d’étude supérieur à Bac +2 (tableau 3). Toutefois, le secteur TIC, bien qu’étant
un secteur où le niveau de qualification est élevé, n’est pas réservé aux seuls entrepreneurs qualifiés. En
effet, ce qui est constaté au plan du secteur ne doit pas cacher certaines spécificités des sous-secteurs.
Dans la haute technologie industrielle, seulement 19 % des entrepreneurs possèdent un niveau de
formation Bac +3, diplômes d’ingénieurs et plus. En revanche, dans les deux autres sous-secteurs
(services informatiques et télécommunications, services à fortes connaissances), les fondateurs TIC
hautement diplômés sont deux fois plus nombreux.
Tableau 3
Niveau d’étude
( %)
Pourcentage cumulé
Pas de diplôme
5,1
5,1
CEP/BEPC/CAP/BEP
18,8
23,9
17,5
41,4
Bac + 2
26,2
67,6
Bac + 3 et plus
32,4
100,0
Total
100,0
-
3.1.2. L’expérience
L’expérience spécifique réalisée au sein du même secteur est le plus souvent mesurée par trois variables
: l’expérience professionnelle antérieure dans un secteur en lien avec l’activité, la durée de cette
expérience et la taille de l’entreprise où elle a été acquise (tableau 4). Les entrepreneurs TIC ont
principalement une expérience antérieure dans le même secteur ou un secteur proche. La durée de
cette expérience est, pour un tiers des entrepreneurs, de trois à dix ans et, pour deux tiers, de plus de
dix ans.
Tableau 4
Expériences antérieures
( %)
Durée d’expérience professionnelle antérieure
( %)
8,7
Pas d’expérience
24,7
Même secteur
59,9
8,3
Secteur proche
17,1
Différent
8,3
33,7
6,0
Total
100,0
Total
100,0
Les activités préparatrices à la création d’entreprise peuvent jouer un rôle important dans son succès. La
littérature distingue différents types d’activités préparatrices : les études de la concurrence, les études
techniques et financières, les formations spécifiques à la création, le conseil auprès de consultants. Ces
activités préparatrices peuvent être importantes dans le succès de la création des firmes nouvellement
fondées. Pourtant, seulement 45,5 % des entrepreneurs effectuent une réelle étude technique pour
préparer leur démarrage. Les entrepreneurs TIC semblent plus préoccupés par l’aspect financier de leur
projet que par l’étude à proprement parler de la concurrence. Près de 70 % d’entre eux ont réalisé une
étude technique alors que seulement 37,5 % ont effectué une analyse des futurs concurrents du
marché.
Concernant le conseil auprès des professionnels, l’analyse des résultats montre qu’une part importante
des entrepreneurs TIC a recours au service de conseil. Toutefois, le temps passé avec les consultants est
limité à trois jours dans 36 % des cas, seuls 13,9 % des entrepreneurs ont une durée du conseil supérieur
à trois jours.
Un résultat intéressant doit être noté : 77,6 % des entrepreneurs ne suivent aucune formation
spécifique à la création. Cela explique sans doute la demande importante en termes de conseil.
En effet, un saut important est constaté entre une classification à six groupes et à cinq groupes, et un
saut similaire, en passant de cinq à quatre groupes. Ces groupes sont constitués de 175 entrepreneurs
pour le premier, de 40 pour le deuxième, de 95 pour le troisième et de 159 pour le quatrième. Cela nous
a donc conduits à retenir une typologie composée de quatre groupes.
Cette méthode regroupée sous l’intitulé de classification non hiérarchique affecte les entrepreneurs des
quatre groupes préalablement définis par la classification hiérarchique. La qualité de la typologie est
vérifiée par une analyse de la variance (cf. tableau 5), qui présente les tests de Fischer comme
significatifs pour l’ensemble des variables au seuil de 1 % ; donc, la validité statistique de la typologie est
vérifiée.
Tableau 5
Variables
Signification
Tranche d’âge
12,814
0,000**
14,360
0,000**
Exemple entrepreneurial
6,231
0,000**
47,592
0,000**
Activité préalable du créateur
174,839
0,000**
Expérience entrepreneuriale
4,547
0,004**
545,413
0,000**
109,978
0,000**
0,000**
1415,016
0,000**
11,068
0,000**
Durée du conseil
16,464
0,000**
0,018**
6,238
0,000**
5,432
0,001**
**significatif à 1 % ;
*significatif à 5 %.
L’étude des fréquences pour l’ensemble des groupes permet de définir quel type d’entrepreneur
compose le secteur TIC français. Pour chaque variable, la comparaison des fréquences avec celle de la
population permettra d’affecter un nom aux quatre groupes d’entrepreneurs. Lorsque l’écart est positif,
cela signifie que le groupe a une proportion d’entrepreneurs supérieure (en pourcentage) pour cette
variable à la fréquence de la population des entrepreneurs TIC. L’inverse se vérifie pour un écart négatif
(voir annexe III). L’analyse typologique est suivie par une étude plus détaillée des quatre groupes
d’entrepreneurs.
Groupe 1. Ce sont des cadres biens formés avec une expérience dans le secteur et ayant préalablement
travaillé dans les grandes entreprises. Ce groupe est composé d’entrepreneurs de moins de 39 ans. Il
existe une proportion plus importante de jeunes entrepreneurs de 25-29 ans que dans la population
totale des entrepreneurs TIC (21,4 % de plus). Il y a une faible proportion des entrepreneurs de plus de
40 ans. Le niveau de formation de ces entrepreneurs est élevé, avec une part importante de bac + 3 et
plus. Ce sont des managers ayant une expérience de cadre dans le secteur concerné. La plupart d’entre
eux ont ainsi eu une expérience supérieure à 10 ans. Cette expérience est acquise dans des entreprises
de plus de 500 employés. Ils ont tendance à peu se former à la création d’entreprises.
Groupe 2. Ce groupe est composé d’entrepreneurs plus jeunes (moins de 25 ans) que dans la population
globale. Ils ont un entourage entrepreneurial très présent, en particulier familial. Ces entrepreneurs ont
principalement un statut d’étudiant ou de personne sans activité. Ils ont une faible expérience
professionnelle dans le secteur. De façon générale, ils ont une expérience de cadre et de manager
inférieure à celle des entrepreneurs dans le secteur TIC. La taille de l’entreprise dans laquelle elle a été
acquise est très différente de celle des entrepreneurs TIC.
Groupe 3. Ce sont des entrepreneurs bien préparés et conseillés à la création d’entreprise. Ils ont eu une
fonction d’agent de maîtrise comme expérience professionnelle préalable. La proportion
d’entrepreneurs sans expérience dans la création d’entreprise dans ce groupe est nettement supérieure
à celle de la population des entrepreneurs TIC. Ils suivent majoritairement des formations spécifiques à
la création. Ils sont donc très demandeurs d’études financières et concurrentielles dans la phase
précédant la création. Dans l’ensemble, ils sont caractérisés par un niveau de préparation à la création
plus important que celui des autres entrepreneurs du secteur.
Groupe 4. Ce type d’entrepreneurs est caractérisé par un faible niveau d’instruction. Ce sont
principalement des employés et des ouvriers sans expérience de création et ayant travaillé dans des
petites entreprises. Leur niveau d’activité précédant la création est supérieur à celui des entrepreneurs
TIC. Malgré cela, la durée de leur expérience TIC est inférieure à celle constatée dans le secteur. En
revanche, la durée de l’expérience acquise dans des secteurs différents est supérieure à celle constatée
dans le secteur TIC. Ces entrepreneurs sont peu préparés à la création d’entreprise et ne suivent que
très peu les formations en ce sens.
4. Discussion
Le premier groupe est nommé les « cadres d’expérience ». Il est caractérisé par un niveau élevé de
formation. Ces entrepreneurs possèdent également une forte expérience professionnelle acquise dans
des entreprises de tailles moyenne et élevée, entreprises dans lesquelles ils occupaient des postes de
manager.
Le deuxième est nommé les « jeunes diplômés ». Ces entrepreneurs sont des jeunes étudiants ou
chômeurs de moins de 25 ans, inactifs avant la création de leur entreprise. Ils sont sans véritable
expérience professionnelle mais possèdent un haut niveau de formation. Leur situation d’inactivité et
leur niveau élevé de formation leur permettent de se lancer dans la création d’entreprise. Ce sont des
jeunes entrepreneurs formés durant les années 1990 aux technologies de l’information et de la
communication.
Le troisième groupe d’entrepreneurs peut être nommé les « prévoyants ». Ces entrepreneurs sont
majoritairement des employés qui se sont bien formés avant la création de leur entreprise. Ils ont une
bonne expérience du secteur et ont connu pour la plupart une période de chômage inférieur à un an.
N’ayant pas d’expérience antérieure dans la création d’entreprise, ils ont suivi des formations
spécifiques. Nous constatons également une importante demande de conseils. Ces entrepreneurs sont
beaucoup mieux préparés à la création d’entreprise que les trois autres types d’entrepreneurs.
Le dernier groupe est composé principalement d’anciens employés, ouvriers, travaillant dans des
entreprises de petite taille. Ils ont acquis leur expérience professionnelle dans des secteurs différents de
celui des TIC et présentent un niveau de formation plus faible que celui des autres groupes
d’entrepreneurs. Ils sont peu préparés à la création d’entreprise et semblent peu intéressés par des
formations spécifiques. Cela pourrait s’expliquer par une expérience managériale développée au sein
des petites entreprises où les responsabilités sont plus importantes que dans les grandes compagnies.
Par conséquent, nous nommerons ce groupe d’entrepreneurs les « risque-tout ».
4.2. Une typologie différente de celle des recherches antérieures
Cette typologie est assez différente de celles qui sont exposées dans les recherches antérieures. Les
typologies qui ne retiennent que deux types sont ainsi assez éloignées des résultats obtenus ici. Dans la
typologie de Smith (1967), aucun des deux types, artisan ou opportuniste, ne peut être confondu avec
les quatre groupes obtenus dans cette recherche. L’entrepreneur opportuniste se rapproche du premier
et du deuxième groupe tout en restant bien distinct. De la même façon, l’entrepreneur artisan se
rapproche peu ou prou du troisième groupe, voire du quatrième groupe, mais sans se confondre. Il en
est de même pour la typologie de Collins et Moore (1970), puisque la distinction entre l’entrepreneur
administratif et l’entrepreneur indépendant recoupe très imparfaitement les quatre types
d’entrepreneur trouvés dans cette recherche. Ce constat peut également être fait pour les typologies de
Julien et Marchesnay (1988) et de Filion (1997).
Si les typologies qui montrent deux profils d’entrepreneurs sont différentes de celle obtenue ici, il est
tentant de la rapprocher de celles qui distinguent quatre types d’entrepreneurs. Il faut alors constater
qu’elles sont également assez différentes. Il en est ainsi de la typologie de Laufer (1975), qui distingue le
manager, l’entrepreneur orienté vers la croissance, l’entrepreneur orienté vers l’efficacité et l’artisan.
Seul le premier type, le manager, correspond plus ou moins au « cadre d’expérience » ; les trois autres
sont assez différents. De la même façon, la typologie de Miles et al. (1978) n’est pas vraiment semblable
à celle qui a été relevée ici, essentiellement parce que Miles et al. (1978) mettent surtout l’accent sur les
attitudes et comportements relatifs aux marchés alors que les critères retenus ici sont plus larges.
Il est encore plus difficile d’assimiler les quatre groupes d’entrepreneurs TIC identifiés ici aux quatre
types de Miner (1990, 1997), qui sont « personal achiever », « real manager », « expert idea generator »
et « super sales person ». De même, il est peu pertinent de les rapprocher des quatre types de ceux de
Vega et Kidwell (2007), que sont « l’incubateur », « l’entreprenant », le « bienfaiteur » et « l’intéressé »,
ainsi qu’aux quatre types de Jaouen (2008), qui sont « le carriériste », « l’hédoniste », le « paternaliste »
et « l’alimentaire ».
Plusieurs explications peuvent être proposées à ces différences. Dans une première explication, il faut
signaler que la plupart des travaux de nature typologique sur l’entrepreneur aboutissent à des
typologies différentes. Cela s’explique essentiellement par les différences de méthode, à la fois en
termes de variables retenues et en termes de terrain d’étude (secteurs d’activité différents, nationalités
différentes, etc.). Ce sont précisément ces difficultés méthodologiques qui conduisent à proposer des
typologies reliées à une industrie.
Dans une deuxième explication, la plupart des recherches antérieures tentent de définir des types
d’entrepreneurs en place dans une industrie alors que, dans cette recherche, l’entrepreneur est étudié
au moment de la création. Les spécificités de cette phase expliquent sans doute en grande partie la
spécificité des résultats. Nombre d’entrepreneurs ne survivront pas à moyen terme et la typologie
obtenue cinq ans après la création, sur les entreprises pérennes, serait sans doute différente.
Dans une troisième explication, qui est à notre sens la plus convaincante, ce sont les spécificités de
l’entrepreneuriat TIC qui sont déterminantes. Le secteur TIC est très « intensif en connaissances ». Il
implique une formation et des qualifications qui ne se retrouvent pas dans tous les secteurs. Le niveau
de formation et de qualification moyen des entrepreneurs mis en évidence dans cette étude atteste de
cette spécificité. Dans cette perspective, il n’est finalement pas étonnant que cette étude établisse des
types d’entrepreneurs TIC différents de ceux mis en évidence dans d’autres industries, moins intensives
en connaissances, ou dans des études multi-industries.
Il est donc possible de considérer, du fait des spécificités de l’industrie TIC, qu’il y a bien une spécificité
des entrepreneurs TIC en général, sous la forme d’une plus forte qualification et formation et, par suite,
qu’il y a bien une spécificité des types d’entrepreneurs TIC. L’identification de cette typologie spécifique
peut alors être considérée comme un apport à la connaissance sur l’entrepreneuriat TIC. Elle peut
s’avérer très utile, notamment pour l’accompagnement des entrepreneurs TIC.
La mise en évidence d’une typologie des entrepreneurs TIC permet de nuancer une représentation
parfois caricaturale du profil des entrepreneurs dans les nouvelles technologies. L’image simpliste de la
start-up technologique fondée par un jeune ingénieur visionnaire, à la façon de Microsoft par Bill Gates,
s’efface devant des résultats beaucoup plus contrastés. Si, dans l’ensemble, l’entrepreneur TIC a un haut
niveau de formation, une bonne connaissance du secteur et de l’expérience, les profils des
entrepreneurs dans le secteur sont très différents. Il y a finalement peu de lien entre les entrepreneurs
du groupe 1, que nous avons dénommés les « cadres d’expérience », et les entrepreneurs du groupe 4,
que nous avons dénommés les « risque-tout ».
Gérer cette diversité observée dans l’échantillon des entrepreneurs TIC devient alors un enjeu important
pour les dispositifs d’accompagnement en termes de formation, de conseil et de financement des start-
ups TIC. Nos résultats laissent apparaître quelques premières pistes pour une prise en compte de la
diversité dans l’accompagnement des entrepreneurs TIC.
Le « cadre d’expérience », par exemple, a été distingué des autres par une plus grande expérience
professionnelle dans des grandes entreprises et par une activité de préparation à la création
relativement faible. Ce type de personne devient entrepreneur en capitalisant sur un réseau
professionnel et personnel qui facilite l’entrée sur le marché et l’obtention du capital. Ces créateurs
d’entreprise ont une forte connaissance du secteur et du fonctionnement organisationnel des grandes
entreprises. Ils sont habitués à prendre des décisions stratégiques et ont une bonne expérience
managériale. En revanche, ils ont un manque d’expérience entrepreneuriale. Le passage d’un
environnement de grande entreprise, dans une position managériale, vers l’environnement
entrepreneurial de la start-up, peut présenter des risques inattendus. Un accompagnement spécifique
pour ce type d’entrepreneur pourrait donc privilégier la formation à la création d’entreprises et aux
compétences managériales d’entrepreneurs en situation de start-up.
Le « prévoyant » dispose de connaissances techniques mais son niveau de diplôme est inférieur au «
jeune diplômé ». Ses motivations semblent plus fondées sur des contraintes, comme une situation de
perte d’emploi avant la création ou des difficultés à progresser dans la carrière. Les dispositifs
d’accompagnement pourraient lui fournir des leviers similaires au « jeune diplômé », comme la mise en
réseau ou les aides à la recherche de financements, mais avec un accent particulier mis sur l’aspect
formation et conseil. Très préoccupé par l’idée de préparer la création, ce type d’entrepreneur pourrait
bénéficier de conseil, de coaching et de formation axés sur la création d’entreprise et ses « technicités »,
le management d’une entreprise et l’entrée sur le marché.
Les résultats soulignent enfin une certaine a-typicité de l’entrepreneur de type « risque-tout ». Son
profil correspond probablement peu à l’image qu’un accompagnateur peut avoir d’un entrepreneur
dans un secteur de connaissance et d’innovation. Ces entrepreneurs sont caractérisés par un faible
niveau de diplôme, peu d’expérience professionnelle, une faible connaissance du secteur, peu
d’expériences managériales et, surtout, par une faible importance accordée à la préparation à la
création d’entreprise. Pour l’accompagnement, un levier privilégié est sans doute sa forte motivation
pour créer une start-up dans un environnement peu familier. C’est probablement sa motivation qui peut
représenter un critère important pour les dispositifs d’accompagnement dans la décision de lui accorder
une aide ou, a contrario, de l’orienter vers d’autres secteurs. Faciliter le retour à l’emploi, le diriger vers
des structures d’accompagnement centrées sur d’autres secteurs ou construire un parcours individualisé
avec un accent fort sur la préparation de la création (coaching individualisé) sont des éléments
essentiels de l’accompagnement dans ce cas.
Conclusion
L’objectif de cette recherche était de caractériser l’entrepreneuriat dans le secteur TIC. Plus
précisément, la question était la suivante : peut-on identifier des types d’entrepreneurs
significativement différents les uns des autres dans le secteur TIC ? Pour répondre à cette question, une
étude empirique a été menée sur un échantillon de 469 entreprises issues de la base de données «
Enquête SINE » construite par l’INSEE.
Les résultats montrent, tout d’abord, que l’entrepreneuriat TIC est différent de l’entrepreneuriat
classique, notamment du fait d’un niveau de formation supérieur. Les résultats montrent ensuite qu’il
existe quatre groupes différents d’entrepreneurs dans le secteur TIC que nous avons nommés « les
cadres d’expérience », les « jeunes diplômés », les « prévoyants » et les « risque-tout ». Ces quatre types
d’entrepreneurs, malgré des proximités apparentes, sont assez différents des types relevés dans les
recherches antérieures. Il est donc possible de considérer qu’il y a une relative spécificité de
l’entrepreneuriat TIC, à la fois dans sa globalité et dans les sous-catégories qu’il est possible d’établir.
Ces résultats apparaissent importants, notamment pour les politiques d’accompagnement de
l’entrepreneuriat TIC.
Bien entendu, ces résultats ne peuvent être compris que relativement aux limites de l’étude. Comme
pour toute étude empirique traitée de façon quantitative, il existe des biais liés à la collecte et au
traitement de données. Il serait alors intéressant de tester la portée des résultats obtenus en utilisant
d’autres données sur la création d’entreprises dans le secteur TIC français, notamment en utilisant des
données issues d’une période plus récente. Cette nouvelle analyse permettrait, d’une part, de confirmer
ou non les résultats obtenus et, d’autre part, de mettre en évidence une éventuelle évolution des
catégories d’entrepreneurs après l’explosion de la bulle spéculative Internet des années 2000.
De la même façon, les données utilisées ici ne portent que sur un seul pays, à savoir la France. Il est donc
possible de se demander si l’on obtiendrait les mêmes résultats dans d’autres pays, notamment dans les
pays anglo-saxons. Si ces recherches futures font apparaître des résultats différents, il conviendrait alors
de mener de nouveaux travaux pour expliquer l’origine de ces différences en établissant des
comparaisons internationales. Ces travaux permettront d’établir si on peut mettre en évidence une
seule typologie des entrepreneurs TIC, quel que soit le pays, ou s’il existe des différences culturelles en
matière d’entrepreneuriat TIC.
Il serait également intéressant de tester la portée des résultats obtenus en reproduisant l’analyse au
niveau des sous-secteurs (hautes technologies, services informatiques et télécommunications et les
autres services à forte intensité de connaissances). Cette nouvelle analyse permettrait de comparer les
différentes typologies obtenues et de mettre en évidence d’éventuelles spécificités au sein même des
sous-secteurs.
Enfin, une des voies de recherche futures parmi les plus prometteuses consiste à tenter de mettre en
évidence les liens entre les types d’entrepreneurs TIC obtenus ici et la performance de leurs firmes,
notamment en termes de survie et de croissance. A priori, le groupe 1, composé des « cadres
d’expérience » devrait connaître de bien meilleures performances que le groupe 4, composé des «
risque-tout ». Seules de nouvelles recherches permettront de valider ou de réfuter cette hypothèse,
alors qu’elle peut être fondamentale pour des investisseurs publics ou privés.
Parties annexes
Annexes
Annexe I
Figure
Tableau
Codes NAF700
Intitulé
246J
300A
300C
321A
322A
322B
323Z
642B
713E
722Z
Réalisation de logiciels.
723Z
Traitement de données.
724Z
725Z
726Z
731Z
R-D en sciences physiques et naturelles.
732Z
742C
743B
Annexe III
Tableau
Tableau (suite)
Analyse des écarts
Notes biographiques
Frank Robert
Pierre Marquès
Pierre Marquès est doctorant en sciences de gestion au sein de l’Institut des sciences de l’entreprise et
du management de l’Université Montpellier I (France). Sous la direction du professeur Frédéric Le Roy,
son travail doctoral concerne les stratégies relationnelles dans le football professionnel européen. Il
s’intéresse également aux liens qui existent entre entrepreneuriat et innovation.
Frank Lasch
Frédéric Le Roy
Frédéric Le Roy est professeur à l’Université Montpellier I (ISEM) et au Groupe Sup de Co Montpellier. Il
est directeur de l’ERFI. Ses recherches portent, d’une part, sur le management des relations de
concurrence et, d’autre part, sur l’entrepreneuriat de haute technologie. Il a publié de nombreux articles
scientifiques et plusieurs ouvrages dont Stratégies Collectives, chez EMS, en 2007, avec Saïd Yami et
Management stratégique de la concurrence, chez Dunod, en 2009, également avec Saïd Yami. Adresse :
ERFI, Université de Montpellier I et Groupe Sup de Co Montpellier, Espace Richter, Bât. E, rue
Vendémiaire, CS 19519, 34960 Montpellier, Cédex 2, France.
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Figure
Tableau 1
Auteurs
Années
Nombre de types
Typologies
Smith
1967
Collins et Moore
1970
Laufer
1975
4
Manager, entrepreneur orienté vers la croissance, entrepreneur orienté vers l’efficacité et artisan
Miles et al.
1978
Julien et Marchesnay
PIC et CAP
Lafuente et Salas
1989
4
Artisan, orienté vers le risque, orienté vers la famille, managérial
Miner
1990 et 1997
Personal achiever, real manager, expert idea generator, super sales person
Filion
1997
Opérateur, visionnaire
Vega et Kidwell
2007
2008
Tableau 2
Caractéristiques générales
Variables
Âge
Sexe
Niveau d’étude
Nationalité
Expérience
Exemple entrepreneurial
Durée du conseil
Études de la concurrence
Études financières
Implantation
Région d’implantation
Tableau 3
Niveau d’étude
( %)
Pourcentage cumulé
Pas de diplôme
5,1
5,1
CEP/BEPC/CAP/BEP
18,8
23,9
17,5
41,4
Bac + 2
26,2
67,6
Bac + 3 et plus
32,4
100,0
Total
100,0
Tableau 4
Expériences antérieures
( %)
( %)
Pas d’expérience
24,7
Même secteur
59,9
8,3
Secteur proche
17,1
33,3
Différent
8,3
33,7
6,0
Total
100,0
Total
100,0
Tableau 5
Analyse de la variance (ANOVA)
Variables
Signification
Tranche d’âge
12,814
0,000**
14,360
0,000**
Exemple entrepreneurial
6,231
0,000**
Qualification professionnelle préalable avant création
47,592
0,000**
174,839
0,000**
Expérience entrepreneuriale
4,547
0,004**
545,413
0,000**
Durée de l’expérience professionnelle dans l’activité antérieure
109,978
0,000**
170,932
0,000**
1415,016
0,000**
11,068
0,000**
Durée du conseil
16,464
0,000**
3,384
0,018**
6,238
0,000**
5,432
0,001**
**significatif à 1 % ;
*significatif à 5 %.
Tableau
Codes NAF700
Intitulé
246J
300A
300C
321A
322A
322B
323Z
642B
713E
721Z
Conseil en systèmes informatiques.
722Z
Réalisation de logiciels.
723Z
Traitement de données.
724Z
725Z
726Z
731Z
R-D en sciences physiques et naturelles.
732Z
742C
743B
Tableau
Tableau (suite)
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