CHAPITRE II : LE RELIEF DES BASSINS SEDIMENTAIRES
INTRODUCTION
Les bassins sédimentaires occupent des portions de socles recouvertes de sédiments. Leur
forme de cuvette favorise la concentration hydrographique. C’est pourquoi on donne souvent
comme nom au bassin, celui du grand fleuve qui le traverse. Par exemple, le bassin de
l’Amazone, ou le bassin du Congo. Mais cette concentration d’eau favorise aussi la naissance
de villes qui peuvent, elles aussi, donner leur nom au bassin : le bassin Parisien, le bassin de
Londres, le bassin de Taoudéni....
Les caractéristiques topographiques des bassins sédimentaires sont les suivantes : ils se
situent dans un secteur de plaines ou de plateaux. Ils deviennent souvent des régions
particulièrement humanisées, des lieux de développement de l’agriculture. D’autre part, ils
sont souvent entaillés par des vallées qui servent aux communications et qui sont parfois,
recouvertes de limons fluviatiles apportés par les décrues du fleuve. Les seuls accidents
topographiques sont des escarpements parfois précédés de buttes qui sont le résultat de la
structure géologique et des systèmes d’érosion présents.
I. LA STRUCTURE GEOLOGIQUE
A. La lithologie
Nous devons repérer la nature des roches, et donc, leur résistance à l’érosion. Le bassin
sédimentaire est composé d’un type de roche particulière : les roches sédimentaires, qui
proviennent de la destruction de la croûte continentale, ou de tout ce qui y vit. Le tout repose
sur du granite :
- du sable, lorsqu’il est d’un diamètre inférieur à 2 mm
- du gravier, lorsqu’il fait plus de 2 mm
- du limon, en dessous d’1 mm.
Il y a beaucoup de quartz et de la silice qui provient de la désagrégation des roches
préexistantes : le granite. Cette roche est détritique : son aspect de grains de sable nous
renseigne sur les types d’érosion :
- s’il est homogène, sans angles vifs, luisants, il a subi l’érosion marine
- s’il est hétérogène et anguleux, il a subi l’érosion fluviatile
- s’il est arrondi mais pas luisant, il a subi l’érosion éolienne.
C’est une roche non-cohérente mais qui peut être reliée par un ciment calcaire ou siliceux.
Elle est alors cohérente, c’est du grès.
Les argiles très pures de couleur blanche sont appelées kaolin. La couleur de l’argile dépend
des minéraux qui la compose et de la profondeur à laquelle le dépôt a été fait :
- elle est rouge dans les grandes profondeurs océaniques car l’oxygène de l’eau fait rouiller le
fer qu’elle contient ;
- elle est verte, grise ou bleutée à faible profondeur car le plancton en décomposition dans
l’eau est mangé par des bactéries qui utilisent l’oxygène de l’eau. Il n’y a donc plus assez
d’oxygène pour que le fer rouille ;
- elle est noire lorsqu’elle est chargée de nombreuses matières organiques.
L’argile peut aussi être un résidu de la dissolution du calcaire. Ce n’est alors plus une roche
sédimentaire, mais une argile de décalcification en dépôt superficiel. Elle comporte souvent
des rognons de silex.
C’est une roche imperméable. Elle fait partie de la catégorie des roches tendres mais elle
est cohérente. Par contre, quand elle est saturée d’eau, comme au Nicaragua, les particules
gonflent et glissent : on dit que l’argile soliflue, c’est-à-dire qu’il y a un glissement en masse
d’une roche imbibée d’eau.
Les marnes sont des mélanges d’argile et de carbonate de calcium. Elles peuvent être plus ou
moins sableuses, elles appartiennent donc à la catégorie des roches tendres, cohérentes, et
plutôt imperméables.
Les calcaires ne sont jamais purs, ils sont :
- plus ou moins compacts
- plus ou moins résistants
- d’origine chimique
- cohérents et perméables
- en s’agglomérant, ils forment du silex.
On peut classer les roches sédimentaires :
- selon leur origine :
détritique
organique
chimique
- selon leur composition minérale :
siliceuses
alumineuses
carbonatées
phosphatées ...
Les différences entre les différentes couches sont un élément important d’explication du
relief. Les roches sont disposées en couches : les strates, qui sont composées d’une base et
d’un toit. Les strates sédimentaires datent soit du secondaire, soit du tertiaire.
B. La stratigraphie
Pour établir l’ordre de succession des couches, on superpose les différentes couches, de telle
sorte que les plus récentes se situent en haut à gauche et les plus vieilles en bas à droite s’il y a
plusieurs colonnes.
La sédimentation dans les bassins sédimentaires peut :
- se faire sur les continents (débris de relief par désagrégation)
- s’effectuer au fond des mers (dépôts de fleuves, squelettes, ...). La décomposition est plus
longue quand les mers sont très profondes. Les particules sont très fines (inférieur à 2 mm)
(exemple : l’argile)
- se faire également au fond des lacs, qui se comblent de sédiments ou d’eau.
On note la présence de dépôts grossiers : les poudingues qui, lorsqu’ils sont constitués de
blocs de tailles variables aux angles arrondis, sont contenus dans un ciment. Quand les angles
sont vifs, ces blocs se nomment des brèches. Tous ces dépôts sont la signification d’une
érosion brutale, due aux changements de climats et à la tectonique.
Les conditions de la sédimentation sont variées et influencent la nature des roches qui se
décomposent. L’augmentation de la pression, plus l’augmentation du poids des sédiments,
chassent le gaz carbonique présent dans ces roches. La boue se transforme et devient une
roche : c’est la diagénèse. Lorsqu’elle est hors de l’eau, la roche va être soumise au travail de
l’érosion, elle va donc être altérée, fractionnée. Les débris ainsi formés vont être transportés et
en s’accumulant, ils vont à nouveau former une roche. Autrement dit, la diagénèse correspond
à un cycle qui se renouvelle perpétuellement : sédimentation diagénèse roche altération
transport sédimentation ...
L’épaisseur des couches varie en fonction des conditions de la sédimentation. Par
exemple, les séries marines sont plus minces. Les séries continentales sont souvent peu
épaisses, parfois même, elles ne sont localisées que dans des endroits très limités. On dit que
ces couches sont lenticulaires. C’est ainsi un dépôt de forme lenticulaire qui est responsable
de la présence du minerai de fer exploité en Lorraine.
Des couches déposées au même moment peuvent très bien ne pas avoir la même composition
minéralogique : en deux endroits différents, au même moment, les conditions de
sédimentation n’étaient pas les mêmes. Le changement de composition minéralogique de la
roche, s’appelle un changement de faciès. Ces changements de faciès sont indiqués dans la
notice géologique. Ils ont beaucoup d’importance sur l’élaboration des formes de relief et leur
attaque par l’érosion. Quand la sédimentation se développe sans interruption, les couches se
déposent régulièrement les unes au dessus des autres. Dans ce cas, on dit que les couches sont
concordantes (la même couche sédimentaire repose toujours sur la même couche plus
ancienne). La structure est donc concordante lorsque les couches reposent bien régulièrement
les unes sur les autres. Les strates sont donc parallèles entre elles, même si elles ne sont pas
horizontales.
Il peut arriver que l’on ait une interruption de la sédimentation : c’est ce qu’on appelle une
lacune.
Quand deux périodes de sédimentation ont été séparé par une période de mouvement
tectonique et un aplanissement, la série est discordante.
Exemples :
1°/ Discontinuité dans la sédimentation, entre deux séries concordantes.
2°/ Discontinuité entre une série concordante et un socle (correspond à des roches très
anciennes qui ont été très longuement aplani par le travail de l’érosion). La surface qui
apparaît d’un socle, est une surface de discordance.
Cette stratigraphie permet de faire apparaître l’épaisseur et la résistance des couches. Si la
pente est raide, cela signifie que la couche est résistante au travail de l’érosion. C’est
pourquoi, pour y voir plus clair dans la lecture de la stratigraphie, on a coutume de fabriquer
une échelle stratigraphique. Elle se présente sous la forme de deux colonnes juxtaposées. On
va superposer les couches sédimentaires dans l’ordre qui nous est donné par la coupe ou par la
notice géologique, c’est-à-dire que l’on va mettre la plus ancienne en-dessous et la plus
récente au-dessus.
On indiquera à côté du cartouche, le nom des couches géologiques.
ES : échelle stratigraphique.
ER : échelle des résistances à l’érosion différentielle. Elle fait apparaître les différences de
comportement, vis-à-vis de l’érosion. Grâce à l’échelle des résistances, on va pouvoir repérer
des ensembles plus importants. Elle va nous permettre de mettre en évidence les couples
de couches (couche dure reposant sur une couche tendre). C’est l’association couche dure sur
couche tendre qui va être susceptible de donner des formes de relief résultant du travail de
l’érosion.
L’analyse de la stratigraphie et l’établissement d’une échelle des résistances sont donc une
étape importante de l’observation des reliefs, notamment dans les bassins sédimentaires.
Parmi les potentialités du travail de l’érosion, il va falloir prendre en compte un troisième
élément (après la lithologie et la stratigraphie).
C. Les données de la tectonique dans les bassins sédimentaires
Dans le centre du bassin sédimentaire, les couches sont généralement peu déformées. Le
résultat, c’est que la structure y est horizontale (ou aclinale). Par contre, plus on va vers les
bords du bassin, et plus les couches ont subi des déformations. A la périphérie des bassins, les
couches sédimentaires sont d’avantage relevées. Elles sont inclinées dans un seul sens : on dit
que les couches ont une inclinaison monoclinale. Lorsque les couches sont inclinées dans une
direction, il n’y a pas forcément coïncidence entre la pente topographique et l’inclinaison des
couches (pendage).
Il peut arriver, puisqu’il y a des mouvements dans les bassins, que l’on ait localement une
accentuation du pendage, c’est-à-dire une flexure (section à pendage plus fort entre deux
sections à pendage plus faible). Une flexure a des répercussions importantes sur le travail de
l’érosion. Les mouvements du socle en profondeur, peuvent affecter la couverture
sédimentaire. Celle-ci peut même se casser ; dans ce cas là, on aura des failles. Mais le plus
souvent, elle se déforme en larges ondulations, tantôt de manière convexe (ondulations
anticlinales), tantôt de manière concave (ondulations synclinales). Ces larges courbures vont
compliquer la disposition tectonique des roches dans les bassins sédimentaires. Néanmoins, la
présence de ces ondulations ne permet pas de parler de reliefs plissés. Ce sont de simples
complications tectoniques des bassins sédimentaires.