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Âme de guerrière
Si je dois choisir
Mortelle rencontre
Double vie
Jane Hunter
Les envoyés
Brad et Cassie
Espérance
Le prix du bonheur
L’île
No Choice (saga)
NOT ALLOWED
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Je vous souhaite une très agréable lecture de cette romance au goût d’interdit.
Sharon Kena
Table des matières
Prologue
Chapitre 1
Chapitre 2
Chapitre 3
Chapitre 4
Chapitre 5
Chapitre 6
Chapitre 7
Chapitre 8
Chapitre 9
Chapitre 10
Chapitre 11
Chapitre 12
Chapitre 13
Chapitre 14
Chapitre 15
Chapitre 16
Chapitre 17
Chapitre 18
Chapitre 19
Chapitre 20
Chapitre 21
Chapitre 22
Chapitre 23
Chapitre 24
Chapitre 25
Chapitre 26
Chapitre 27
Chapitre 28
Chapitre 29
Chapitre 30
Chapitre 31
Épilogue
Prologue
Je regarde le paysage défiler à vive allure à travers la vitre, calée dans mon
siège ; je suis dans le TGV en direction de Paris. Quand ma mère le saura, elle
me tuera ! À n’en pas douter.
Je viens de fêter mes dix-sept ans et j’ai besoin de retrouver mon père, de
renouer avec lui. Sur mon certificat de naissance, le nom de Mathieu Serbat me
nargue depuis des années.
C’est lui que j’appelais papa, à une époque lointaine, lui qui me portait sur ses
épaules, alors que j’avais trois ans et que je riais aux éclats, lui aussi qui
m’embrassait avant de me border, le soir dans mon lit, lui encore qui faisait
sourire maman.
Il nous a quittées du jour au lendemain, sans espoir de retour, alors que j’avais
six ans.
Je suis la foule et me retrouve dans la grande gare, bien plus étendue que celle
de Metz, d’où je viens. Je mets plusieurs minutes à repérer l’entrée du métro.
Louise et moi avons cherché tous les renseignements sur internet pour préparer
mon itinéraire. J’ai tout noté sur un papier. Je dois prendre la ligne 4 et
descendre à son terminus.
Bien sûr, elle ne se contente pas de mes mots et tente de me joindre à nouveau.
Je laisse sonner l’appareil ; il est sur vibreur, il ne dérange personne... Je sais
pertinemment que, si je lui dis ce que je suis en train d’entreprendre, elle sera
fâchée. Je préfère donc la laisser dans l’ignorance et je la mettrai devant le fait
accompli plus tard.
Pour l’instant, ma priorité est de retrouver mon père afin de savoir ce qui s’est
passé. Ma mère n’a jamais voulu répondre à mes questions à son sujet. Il est
parti, c’est tout ce que je sais. Pourquoi ? Je l’ignore. Et ce n’est plus possible.
J’ai besoin de lui et de la vérité pour me construire.
J’arrive dans la rue que je cherchais. Il ne me reste plus qu’à trouver le bon
numéro. Je marche plus lentement, tirant ma valise derrière moi, telle une
touriste dans cette grande ville inconnue, le cœur battant la chamade dans ma
poitrine.
Je voulais y être et j’y suis. Il n’est plus temps de tergiverser à présent, mais
bien d’agir en appuyant sur cette foutue sonnette.
Sauf qu’un mardi, à presque onze heures vingt, je doute que mon père soit
chez lui. Peut-être devrais-je revenir plus tard ?
Non, je n’ai pas fait tout ce chemin pour repartir maintenant, sans même avoir
tenté quoi que ce soit. Je m’en irai s’il ne veut pas de moi, mais avant tout, je
dois me présenter à lui.
Alors j’inspire un bon coup et pose mon doigt sur le bouton. Mon cœur
tambourine à m’en faire mal... j’ai tellement peur de la suite des événements.
Mon avenir est scellé, je n’ai plus qu’à attendre et espérer qu’un homme d’une
cinquantaine d’années m’ouvre la porte… et m’accueille à bras ouverts – ce
serait pas mal ! Surtout que je n’ai pas envisagé d’autres scénarios.
J’entends des pas se rapprocher de l’autre côté, puis la clé qui se tourne dans
la serrure. Il est là. Je vais enfin le revoir.
Mon papa.
Chapitre 1
Alors que je m’attends à faire face à un homme d’âge mûr, c’est un jeune
homme qui se plante devant moi. Plutôt grand, beau garçon, de mon point de
vue, brun, une barbe de trois jours et une tenue plutôt légère puisqu’il ne porte
qu’un caleçon.
Le scénario que je redoutais se produit. Mon père n’est pas chez lui. Dois-je
repasser ? Je suis totalement perdue. En plus, je ne connais absolument pas cette
grande ville.
– Pourquoi tu traînes cette valise derrière toi ? Tu lui veux quoi, au paternel ?
Paternel ? Est-ce son père ? Il me paraît pourtant plus âgé que moi.
– Ouais.
Le sol est recouvert d’un tapis épais, la pièce est remplie de cadres photo et de
fleurs. Mon père a sans doute une femme dans sa vie. La mère de ce beau jeune
homme, sûrement. Mon demi-frère ? Impossible, il est plus vieux que moi. Sans
doute le fils de la compagne de mon père, qu’il considère comme le sien. Et moi,
alors ? N’ai-je plus ma place dans sa vie ?
– Caleb.
– Clémence.
– Écoute, je ne savais pas que mon père avait une fille quelque part. C’est
assez glauque comme situation. Il est en voyage d’affaires et je ne sais pas gérer
ça.
– Il ne doit pas rentrer avant une semaine, et ma mère est avec lui. Ils
travaillent dans le même cabinet d’avocats et sont sur une affaire.
Caleb prend son téléphone, pianote dessus et le colle à son oreille. Mon cœur
s’accélère, j’appréhende. Et si mon père ne se souvenait pas de moi ? Quelle
drôle d’idée j’ai eue de venir ici !
– Une certaine Clémence vient de débarquer à la maison. Elle dit que tu es son
père.
Et il coupe la communication.
Son regard brun plonge dans le mien. Qu’a-t-il dit ? L’attente est
insupportable. Je transpire, mes mains sont moites, je ne supporte plus le silence
de Caleb.
Je plisse les yeux d’étonnement. J’ai déjà essayé de discuter avec elle, sauf
qu’elle ne veut rien me dire. Toutefois, il l’ignore et je ne rétablis pas la vérité.
– Il n’a rien dit de tel. Il a même reconnu être ton père. Il veut juste que tu
parles à ta mère.
Je suis perdue, j’ignore quoi faire. Je devrais peut-être rentrer chez moi et
revenir quand mon père sera de retour chez lui. Sauf que maman ne me laissera
jamais remettre un pied ici après ma fugue.
– Pourquoi ?
Je croise les bras sur ma poitrine et attends son analyse avec anxiété.
– Tu es dans une ville que tu ne connais pas, pour y retrouver un père qui n’est
même pas là. Ce ne serait pas cool de ma part de te mettre à la porte. En plus, on
a de la place. Et t’es plutôt jolie !
– T’as le choix entre une chambre avec un lit double ou une autre avec deux
lits simples, me propose-t-il en s’emparant déjà de ma valise.
Je lui emboîte le pas jusqu’à la première chambre qu’il me présente, celle avec
le lit double, dans les tons crème. La pièce est très chaleureuse et joliment
décorée.
Caleb garde le silence, mais je suis certaine qu’il m’écoute avec attention.
Sans doute analyse-t-il aussi mes propos.
J’ignore depuis combien de temps il vit avec mon géniteur, je ne veux pas
l’assommer de questions alors que je ne le connais pas. Je vais patienter un peu.
– Tu vas devoir attendre que papa rentre pour avoir les réponses à tes
questions ! lance-t-il en se levant de ce qui sera mon lit pour les nuits prochaines.
Elle est excitée comme une puce, je l’entends, ce qui me fait sourire.
Je commence mon récit à mon arrivée dans la capitale, passe rapidement sur
les détails de mon trajet, pour m’attarder davantage sur ma venue dans la maison
de mon père. Sur Caleb, surtout. Je crois que je m’extasie comme une midinette
en relatant à Louise à quel point il est craquant. D’ailleurs, elle me rabroue
immédiatement.
– Louise ! Bien sûr ! Il ne m’aurait pas dit que j’étais jolie si ça avait été le
cas.
– Euh… oui.
– Craquant, je te dis !
Nous partons dans un fou rire exagéré. Je m’allonge sur le lit vraiment très
confortable en tentant de me calmer, ce qui n’est pas facile avec mon amie qui
n’arrête pas de caqueter en riant à l’autre bout.
– Si ce beau gosse bien membré n’est pas ton frère, tu pourras te faire
dépuceler !
Je n’avais pas pensé à lui de cette façon… Et puis, il doit avoir une copine. Vu
son physique, toutes les filles doivent se battre pour lui. Sans compter que je ne
suis pas venue dans cette ville pour ça.
Le grand salon blanc où j’ai été accueillie est sobrement décoré, une grande
salle à manger est ouverte sur lui, avec une table pouvant facilement accueillir
dix convives. En face, de l’autre côté de la maison, une cuisine donne accès à
une terrasse.
La cuisine est très spacieuse, avec un comptoir de forme arrondie, dont une
partie est en verre. Cette pièce ouverte donne accès à un petit salon très cosy
avec un écran plat qui trône contre le mur.
J’ouvre la baie vitrée pour aller sur la terrasse en bois ; un grand salon de
jardin s’étend sous un parasol géant, ainsi que plusieurs chaises longues. De
l’intérieur et par une autre baie vitrée, j’aperçois une piscine. Je m’approche de
ce havre de paix avec une terrible envie de me baigner. Malheureusement, je n’ai
pas pris de maillot de bain ; seulement de quoi pouvoir me changer pendant
plusieurs jours et prendre soin de moi.
– Tentant, hein ?
Je fronce les sourcils en jetant un coup d’œil à ma robe évasée rose pâle.
Caleb attrape ma main et m’entraîne dans les couloirs jusqu’à ce qu’on entre
dans la pièce où se trouve l’étendue d’eau. Là, il me lâche et me laisse admirer
les lieux. Une grande piscine rectangulaire s’étend à mes pieds, avec une échelle
pour y descendre. Du carrelage clair recouvre tout le sol.
Je me tourne vers Caleb et prends le temps de bien le détailler, cette fois-ci. Il
porte un débardeur qui moule parfaitement son torse, faisant ressortir ses
muscles et les tatouages de ses bras auxquels je n’avais pas prêté attention en
arrivant – peut-être trop occupée à ne pas le regarder ! Son short lui arrive au-
dessous des genoux, lui tombant bas sur les hanches. Il sent divinement bon et
ses cheveux sont coiffés négligemment avec du gel.
Comme si j’allais me baigner en sous-vêtements, alors qu’il est ici, avec moi.
Il regarde sa montre.
Caleb rigole.
– On va aller à la cuisine.
J’ai le nez sur mon pain et mon jambon, affamée que je suis, mais je lance
quelques coups d’œil en direction de mon voisin, qui est sur son téléphone
portable. Il sourit par moment, ce qui creuse deux fossettes adorables dans ses
joues ; il est vraiment séduisant. Apparemment, il est occupé à échanger des
SMS.
– T’inquiète.
Je devrais peut-être m’en aller. Rentrer chez moi. Je refuse d’être un poids
pour lui. Qu’est-ce qui m’a pris de venir dans cette maison sans m’annoncer ?
Je soupire bruyamment.
– Tu habites où ?
– À Metz.
– C’est où ça ?
– Dans l’est.
– C’est sûr que ce n’est pas ce que t’avais prévu en venant ici. Mais le
paternel n’est pas là. Je ne vais pas te laisser à la rue jusqu’à son retour.
Je m’en doute. Personne ne sait que je suis ici, à part Louise, et elle ne risque
pas de débarquer dans cette maison.
J’attrape une éponge sur l’évier et nettoie consciencieusement les miettes sur
le plan de travail. J’ignore ce que je vais bien pouvoir faire pour m’occuper.
L’idée de venir chez mon père était stupide. J’aurais dû appeler avant.
Des gloussements me font lever la tête. Caleb revient dans la cuisine, avec une
jeune fille blonde à son bras.
– T’es qui, toi ? m’agresse-t-elle en plantant son regard bleu dans le mien.
Certes, elle est jolie. Très jolie même. Elle porte une robe moulante, blanche,
qui met son bronzage très en valeur ; ses ongles sont manucurés, elle est
parfaitement coiffée et maquillée.
Je constate que la garce porte bien son prénom ; j’ai connu deux Tiffany, dans
mon existence, et elles étaient de véritables pestes. Elle m’ignore superbement,
avant de se jeter sur son mec pour lui rouler une pelle monumentale. Essaye-t-
elle de me faire passer un message ? Apparemment, oui.
Sauf que je me fous royalement de son copain ! OK, il est mignon, même plus
que ça. Il est très gentil, également. Mais sortir avec le fils de ma belle-mère, ce
serait carrément glauque, même si on n’a pas de lien sanguin.
– C’est exact.
– Alors, si je suis également son fils, tu n’en déduis pas qu’on a le même
sang ?
Je dois être livide, parce que Tiffany éclate de rire. Je voulais lui donner une
leçon et c’est moi qui m’en prends une.
C’en est trop pour moi, je pars m’isoler dans ma chambre. Je viens de me
prendre la plus grosse honte de ma vie ! Au-delà de ça, je réalise que j’ai un frère
et qu’il croit maintenant, à cause de sa greluche de copine, que je le voyais en
petit ami potentiel. Quelle horreur !
Je voudrais juste disparaître… N’être jamais venue.
Mais ce ne sera pas top non plus de me retrouver face à Caleb après la bombe
qu’elle a lâchée à mon sujet. Devrons-nous en discuter ?
J’ai passé l’après-midi à jouer sur mon téléphone, à refuser les appels de ma
mère et à broyer du noir. Pourquoi suis-je ici, sérieusement ? Peut-être que je
pourrais me faufiler hors de la maison, cette nuit. Ainsi, je ne croiserai personne.
Deux coups sont frappés à ma porte, me faisant sursauter. Mon esprit carbure
à toute allure. Je me demande qui ça peut être, mais, au fond, je le sais
parfaitement, c’est le seul habitant légitime des lieux !
– Ouais.
Je ne veux pas qu’il croie que je puisse être jalouse. Mais ma bouche n’a pas
décidé de la fermer et l’interroge.
– J’arrive.
Pourquoi j’ai l’impression de porter tout le poids du monde sur mes épaules ?
Il met la friteuse en route, tandis que je pars en quête d’une salade dans le
réfrigérateur. Caleb me donne ce dont j’ai besoin et je m’installe pour la
préparer.
– Tu sembles plus âgé que moi. Et, comme mon père est parti quand j’avais
six ans, j’avoue que ça n’a pas de sens, sinon.
– Ils ont connu pas mal de hauts et de bas, dans leur couple. Ils se sont séparés
plusieurs années, quand j’étais petit. Mon père… notre père n’avait pas la fibre
paternelle.
Je l’écoute avec attention. Ainsi, lui aussi a été abandonné durant son enfance.
Il a sans doute quitté sa mère pour la mienne, puis il a fait l’inverse, des
années plus tard. Je me surprends à me demander s’il le refera. S’il va les laisser
encore une fois, pour nous, ma mère et moi.
Il m’en donne un, m’autorisant à fouiller dans les placards pour les autres
ustensiles manquants. Après tout, je suis chez mon père, c’est donc un peu chez
moi. Mais je ne sais pas si je suis d’accord avec sa façon de penser.
Nous mangeons ensuite dans le silence. Tout ce que je veux, c’est qu’il ne
revienne pas sur la remarque de sa petite amie.
Tu veux dire que tu vas me laisser seule toute la soirée, après que j’ai passé
l’après-midi isolée dans ma chambre ? Pourquoi est-ce que ça devrait me gêner ?
C’est exactement ce qui se produit, une dizaine de minutes plus tard, quand je
lui relate les faits.
Il faut toujours qu’elle soit dans l’abus. Je n’ai jamais fantasmé sur lui. Mais
on peut dire de son frère qu’il est craquant, non ? Même si toutes mes amies qui
ont un frère le trouvent moche, alors que ce n’est clairement pas le cas. OK, c’est
sans doute pas sain.
– Je suis là pour voir mon père, je te rappelle. D’ailleurs, Caleb l’a appelé et il
a bien confirmé qu’il avait eu une fille hors mariage.
Je lui raconte la suite, quand Caleb et moi avons partagé nos expériences de
vie avec cet homme qui nous a tous les deux abandonnés.
– OK.
Et il disparaît. J’ai juste eu le temps de remarquer qu’il porte une veste en cuir.
Tout chez lui respire la sensualité. Mais qu’est-ce que je raconte ?
Après une claque mentale magistrale, je décide d’aller calmer mes ardeurs
dans la piscine. Puisque je suis seule, je suis les conseils de l’habitant des lieux
et me glisse dans l’eau délicieuse en sous-vêtements. Elle est si spacieuse que je
peux faire quelques brasses.
Sauf que, pour me réveiller, il faudrait déjà que je m’endorme ! Ce qui est
impossible avec les gloussements incessants de Tiffany. Je crois que la chambre
de Caleb est juste à côté de la mienne et je les entends un peu trop bien à mon
goût. Inutile de me faire un dessin pour comprendre ce qu’ils sont en train de
faire...
C’est l’idée, en effet, même si, personnellement, je ne l’aurais pas dit aussi
crûment. J’ai eu le réflexe de cacher mes parties intimes, mais il a eu le temps de
me voir, je le sais, et je suis mortifiée à cette idée.
– Sa copine aussi ?
Si encore elle était sympa, j’aurais relativisé, mais ce n’est qu’une vipère. Je
ne me suis jamais entendue avec ce genre de nanas qui se la jouent.
– Tu les entends ?
Je souhaite une bonne nuit à Louise et raccroche, puis me laisse aller dans un
sommeil réparateur, quand le silence règne enfin.
***
Bon, eh bien, on peut dire que ce n’était pas un mauvais rêve. Je suis bien
dans un lit qui ne m’appartient pas. Dans une ville que je ne connais pas.
Je quitte mon cocon douillet pour aller me préparer dans la salle de bains.
Ensuite, j’entrouvre la porte et tends l’oreille. Aucun bruit ne filtre dans le
couloir. Je présume que le couple dort encore.
Je vais bien, maman. Je dois juste faire quelque chose seule. Je serai de
retour bientôt.
Je pose mon téléphone sur le comptoir et feins de ne pas être indisposée par sa
présence.
– Je ne sais pas d’où tu sors, mais dis-toi bien que tu n’auras pas mon mec !
OK, c’est donc ça, son souci. Elle a peur que je me tape mon frère. Elle se
rend compte du ridicule de la situation ou pas ?
J’avoue que ce n’était pas aussi clair dans ma tête hier, mais maintenant, ça
l’est. Les émotions sont retombées, j’ai bien assimilé que Caleb est mon demi-
frère.
Je m’apprête à lui balancer une pique bien sentie, quand son compagnon entre
dans la pièce, vêtu d’un caleçon uniquement, le visage encore ensommeillé. Sa
tenue ne semble pas le déranger, même lorsqu’il constate que je suis présente.
Ai-je le droit de penser qu’il est sexy ? Je n’en suis pas certaine… Mais il
l’est, c’est indéniable. Je devrais le prendre en photo pour le montrer à Louise,
qui comprendrait bien mieux mon désarroi. Je n’ai pas grandi avec lui, je ne le
connais ni d’Adam ni d’Ève et on me dit qu’il est de ma famille ! C’est tout de
même perturbant... Voilà que j’ai à nouveau de drôles de pensées concernant ce
trop beau jeune homme !
Pour au moins la centième fois depuis hier, je me demande ce que je fiche ici.
Ce serait tellement plus simple de rentrer chez moi et de revenir au retour de
mon père. Sauf que ma mère ne me laissera jamais faire. Je ne peux pas rentrer
chez moi sans finir emprisonnée et je n’ai pas assez d’argent pour me payer
l’hôtel dans cette grande ville. Je n’ai malheureusement pas d’autre choix que de
rester dans cette maison. J’étais si près du but. Pourquoi a-t-il fallu que mon père
ne soit pas chez lui ?
N’ayant rien d’autre à faire, je décide de m’installer sur mon lit, regrettant de
ne pas avoir emporté au moins un livre. Le temps serait passé bien plus vite.
Peut-être que je pourrais aller en acheter ? Il me suffirait de trouver une librairie,
ce qui ne doit pas être compliqué, dans une ville aussi grande.
Une fois décidée, je quitte mon refuge. Caleb et Tiffany sont encore dans la
cuisine, ce qui m’évitera d’aller frapper à la porte de sa chambre.
Je textote un peu avec Louise, qui me parle d’Andy, le mec sur lequel elle a
flashé depuis le début de l’année.
Une heure après, j’entends toujours les piaillements de Tiffany, qui n’a pas
décidé de partir, apparemment. En même temps, à quoi aurais-je dû m’attendre
de sa part ? Cette fille a tellement peur que je lui pique son copain, mon frère,
que c’en est pathétique. Pour moi aussi, d’ailleurs… parce qu’il me plaît bien et
qu’il m’est interdit. La vie est si injuste, parfois.
Je m’ennuie une heure de plus sur les jeux de mon téléphone, avant que
quelques coups soient frappés à ma porte. Caleb la pousse.
– Tu es prête ?
– Oui.
Je glisse mon téléphone dans la poche arrière de mon jean et j’emboîte le pas
du jeune homme. Nous quittons la maison, qui est finalement très calme lorsque
la voix criarde de Tiffany n’en brise pas la sérénité.
– Envie d’un livre, alors ? me demande-t-il.
Nous marchons côte à côte sur le trottoir et je décide d’être franche avec lui en
lui confiant mon ennui. Il comprend bien que je suis venue ici sans en parler
auparavant avec notre père, une erreur, évidemment. Je m’en veux également de
perturber son quotidien. Il m’assure que non, mais je ne suis pas dupe.
Mon sésame en main, nous quittons l’endroit. J’ai de quoi combler plusieurs
heures d’ennui, et, maintenant que je sais où est la boutique, je pourrai revenir si
j’en ai envie.
J’accepte avec plaisir ; ça nous permettra sans doute de faire plus ample
connaissance. Il connaît un restaurant sympathique à quelques mètres et nous y
allons. Nous prenons place l’un en face de l’autre. J’attrape la carte pour me
donner une contenance ; ce mec m’intimide. Et il ne le devrait pas.
– On en a mangé hier !
Il esquisse un sourire divin qui creuse deux fossettes dans ses joues. Je fonds
littéralement. Je commence à avoir très chaud. Qu’est-ce qu’il est canon, ma
parole !
Je le suis et commande la même chose que lui : un bifteck avec des frites.
Dit ainsi, je me sens vraiment très gamine. Après tout, je viens seulement de
souffler mes dix-sept bougies.
– Quel âge tu as ?
Lui est à l’université, il a des projets d’homme, alors que moi, je suis encore
au lycée. J’aimerais me cacher sous la minuscule table qui nous sépare.
La serveuse apporte nos plats et nous commençons à manger. Les frites sont
divines ; il avait raison et ne se gêne pas pour me le faire remarquer. Le repas est
succulent.
Les mecs ne me plaisent jamais, d’habitude. Au lycée, ils sont bien trop bêtes
pour parvenir à retenir mon attention plus de deux minutes. Et je ne fréquente
aucun garçon plus âgé que moi. Caleb est le premier à me plaire vraiment. Et
pourtant, il est le seul qui me soit interdit.
– OK.
Je laisse mon roman sur le plan de travail et vais à l’extérieur. Le soleil brille,
c’est très agréable d’avoir ce petit coin de paradis en plein milieu de Paris. Caleb
me rejoint et me tend un verre. La boisson est fraîche et délicieuse.
Hier soir ? Moi, nue devant lui ? Oui, je vois très bien. Est-on vraiment obligé
d’en parler ?
Je sens son souffle sur ma nuque. S’est-il rapproché ? Il n’est pas trop près,
là ? N’y a-t-il pas de distance de sécurité entre frère et sœur ? Non, bien sûr.
Parce qu’une sœur n’est pas censée désirer son frère.
Je déglutis.
– Alors ? insiste-t-il.
Ce n’est pas le moment de me dégonfler. Je retire alors mon top bleu et mon
jean, et les laisse s’échouer sur le sol carrelé.
Nous chahutons plusieurs minutes avant qu’il ne me fasse remarquer que j’ai
perdu, puisque je ne l’ai pas jeté à l’eau.
Puis tout s’arrête net quand il s’immobilise et plante son regard dans le mien.
Il est trop proche et je sens quelque chose qui ne devrait pas exister entre nous.
Son corps réagit au mien.
Il a une érection.
Chapitre 3
Je suis dans ma chambre depuis que j’ai quitté la piscine, mortifiée telle une
vierge effarouchée. J’ai senti une dureté contre mon pubis, j’ai repoussé Caleb et
je suis sortie de l’eau en courant. Depuis, je végète entre ces quatre murs, ne
sachant pas quoi faire.
J’ignore comment interpréter ce qui s’est passé. Est-ce que Caleb ressent du
désir pour moi ?
Je grogne.
Une chose est sûre, ce n’était pas normal. Si cela s’était produit avec un autre
garçon, j’aurais parfaitement analysé la situation, en déduisant que je lui plaisais.
Mais là, il s’agit de mon frère, un homme dont j’ignorais l’existence, il y a
quelques jours encore, certes, mais un homme quand même.
Louise semble penser la même chose que moi. La situation aurait été cocasse
et très explicite avec tous les garçons du monde, sauf avec lui.
Je lui ai dit que Caleb est parti et que je suis seule à la maison. Comment dois-
je interpréter son départ ? Je vais devenir dingue à tout vouloir expliquer...
À tel point que je n’entends pas la porte d’entrée ni les pas dans les couloirs.
C’est un cri d’extase qui me fait sortir de mon cocon. Je regarde autour de moi
quand j’aperçois Caleb et Tiffany dans la cuisine, à travers la baie vitrée à moitié
ouverte. Elle est accolée au comptoir et il lui embrasse la gorge.
Je lève les yeux au ciel, avec toutefois un pincement au cœur. J’aimerais qu’ils
disparaissent ; j’étais bien ici, seule avec mon livre.
Maintenant, je suis mal à l’aise. Je ne sais pas quelle attitude adopter. Dois-je
partir ? Rester ?
Caleb relève la robe de sa copine avant d’ouvrir son jean. Non, mais, je rêve !
Ils ne vont quand même pas faire ça au milieu de la cuisine ! Je distingue mal
d’où je suis, mais je vois très bien le jeune homme enfiler un préservatif avant de
pénétrer sa copine qui gémit bruyamment. N’a-t-il donc aucune pudeur ?
Je voudrais tellement disparaître, alors que lui la pilonne jusqu’à la faire jouir.
J’espère qu’aucun des deux ne me repérera ! Je ne pense pas être en état de
recevoir les piques de Tiffany après avoir été témoin de cette scène intime.
Pourquoi ce garçon, qui était si proche de moi il y a quelques heures à peine,
est avec une autre, maintenant ? Mais surtout, pourquoi est-ce que je me pose ce
genre de questions ?
Le couple disparaît dans le couloir, sans doute pour aller dans la chambre.
La porte d’entrée claque quelques minutes plus tard ; les tourtereaux sont
repartis. Je vais prendre une douche et me couche.
***
J’erre comme une âme en peine dans la cuisine après avoir pris mon petit-
déjeuner. Une longue journée s’annonce. Je ne sais pas si Caleb est rentré, je n’ai
rien entendu cette nuit. Toutefois, j’imagine qu’il dort, enroulé autour de sa
copine.
Il est en caleçon, comme à chaque fois qu’il se lève, et, quand il remarque que
mon regard s’attarde sur son entrejambe, il m’annonce qu’il va s’habiller. Je me
traite d’idiote. Néanmoins, je ne peux rien y faire. Je décide de lui préparer un
café, j’imagine qu’il en a bien besoin.
Il revient avec un débardeur sur le dos et un jean. Je me demande s’il est seul
ou si l’autre folle risque de débarquer d’un instant à l’autre.
– Merci.
Il s’assoit sur l’un des tabourets du comptoir et je dépose une tasse fumante
devant lui. Le plan de travail nous sépare, instaurant ainsi une distance de
sécurité entre nous.
J’aimerais que tout redevienne comme avant, quand je n’avais pas peur d’être
en sa présence et de lui parler. J’ai l’impression que tout s’est brisé entre nous,
hier.
Je fronce les sourcils ; je ne crois pas me tromper en affirmant que Caleb n’est
pas un buveur d’alcool. Je ne l’ai d’ailleurs pas vu en consommer depuis que je
suis là. Au restaurant, il avait pris de l’eau avec le repas.
Il trempe les lèvres dans son café avant de me demander un sucre. J’en attrape
un dans le distributeur et le laisse tomber dans sa tasse avant de lui tendre une
cuillère.
A-t-il des ennuis avec sa copine qui justifient qu’il se mette dans cet état ?
– Non.
Ne souhaitant en aucun cas faire office de plante verte pendant qu’il avale son
café, je décide de quitter la pièce. Toutefois, ça ne semble pas être l’avis de
Caleb qui me rappelle.
– Attends, Clémence.
– Je voudrais m’excuser pour hier. Je crois que j’ai dépassé les bornes.
– Je ne suis pas douée pour ce genre de relation. J’ai grandi en étant fille
unique.
– Moi aussi. Pourtant, je sais qu’un mec ne bande pas lorsqu’il est avec sa
sœur, même si elle est bandante !
Ses lèvres fondent sur les miennes tandis que je m’agrippe à son cou. Au
diable le reste !
Je gémis contre sa bouche tendre, je me frotte un peu plus contre lui, je suis en
ébullition.
Et là, j’ouvre les yeux. Je suis dans mon lit. Je me redresse hâtivement. Ce
n’était qu’un rêve, punaise ! Je suis transpirante, mes draps et ma nuisette me
collent à la peau. J’ai besoin d’une douche. Je vais me préparer en essayant de
baisser la température de mon corps.
C’était quoi, ce rêve ? Je ne peux pas fantasmer sur Caleb ! C’est impur.
Totalement inconvenant.
C’est en frôlant les murs que je me rends à la cuisine pour prendre mon petit-
déjeuner. J’ignore si je suis seule ou non.
– Salut, lance-t-il.
– Salut.
Je suis surprise par l’invitation. Je pensais qu’on s’éviterait pour ne pas avoir à
affronter l’épisode gênant d’hier.
Caleb quitte la pièce. J’en fais autant pour aller me changer. Je troque ma robe
légère contre un jean moulant, des sandales à talons, un top décolleté et une
veste en jean. Je me coiffe rapidement, glissant mes cheveux dans une queue de
cheval. Puis je me rends dans le grand salon. Le jeune homme est déjà là.
– Tu voudrais ?
Est-ce que je peux passer outre le sang qui coule dans nos veines ? On ne se
connaît même pas. On n’a pas été élevés ensemble.
Son bonheur me fait mal ; j’ai perdu mon père, dans l’histoire. Je découvre
qu’il travaille beaucoup et voyage davantage ; il est peu à la maison. Caleb a
appris à vivre seul depuis plusieurs années.
Sa mère, Alice, voyage également énormément pour son travail. Les deux
parents sont donc avocats spécialisés en droit des affaires internationales. Ils se
trouvent aux États-Unis, en ce moment, à Seattle. Finalement, la vie de Caleb
n’a pas été rose tous les jours. Moi, j’avais ma mère avec moi, lui n’avait
personne.
Après le plat, on opte pour une coupe de glace avec une montagne de
chantilly. C’est au moment où nous la mangeons de bon appétit que le téléphone
de Caleb se met à sonner. Il est posé sur la table ; je vois très bien le prénom de
Tiffany s’afficher. Pourtant, il refuse l’appel. Je me retiens de l’interroger. Ses
histoires ne me regardent pas.
Caleb règle une nouvelle fois l’addition et nous partons en direction du métro.
On doit faire un changement pour arriver à la tour Eiffel.
Le monument est si énorme que je me sens toute petite à côté ; c’en est
impressionnant.
Oh, sans aucun doute ! Mais ici aussi, c’est pas mal.
– T’es sûr ?
Il paye deux places et nous prenons l’ascenseur, sans qu’il ne lâche mes
doigts. Quelque part, ça me rassure. Je ne suis pas une froussarde, je suis même
plutôt du genre à ne pas avoir froid aux yeux pour les manèges à sensation, mais
c’est pas vraiment comparable, là.
Nos mains semblent être faites pour s’unir et c’est ainsi qu’on déambule dans
l’édifice. Caleb avait raison, c’est juste magique. Et je suis contente de partager
ce moment avec lui. Ne voulant pas m’effrayer davantage, il ne m’oblige pas à
monter plus haut et je lui en suis reconnaissante.
Quand je suis à nouveau sur la terre ferme, je suis finalement ravie d’avoir
suivi Caleb. Je me sens vide quand il lâche mes doigts et nous marchons en
direction de la station de métropolitain. Ma visite nocturne s’arrête donc
maintenant.
Nous finissons la soirée chez lui, sur la terrasse, avec un verre de limonade.
Nous sommes chacun sur une chaise longue, je suis bien.
Pour la première fois depuis que je suis arrivée, je ne m’interroge pas sur ma
présence dans cette maison. J’ai l’impression d’être là où je dois être.
– Merci pour la soirée, lui dis-je au bout d’un certain temps, brisant le silence.
– C’est le cas.
Il m’adresse un clin d’œil tout en souriant. Il est diablement beau, éclairé par
la lune.
– C’est cool d’avoir une sœur. J’aurais aimé te connaître plus tôt.
Il n’y a aucune ambiguïté entre nous, c’est juste dans ma tête. Il agit en grand
frère avec moi.
Maman, je n’ai pas fugué, je vais bien. Je serai de retour dans moins d’une
semaine.
Mon téléphone ne tarde pas à sonner, je choisis une nouvelle fois d’ignorer
l’appel. Je veux bien comprendre qu’elle s’inquiète, mais je la rassure comme je
peux. Si seulement elle pouvait me faire confiance et arrêter de me surprotéger...
Quand je pénètre dans la cuisine, Caleb est déjà là. Il s’attelle à préparer le
petit-déjeuner.
– Gaufres ? me propose-t-il.
Nous partons dès que nous avons rempli notre estomac. Caleb sait exactement
où aller, alors je le suis. Nous parlons de ce que je vais voir. Lui vit ici, il a déjà
visité les richesses de la capitale.
Une fois installés dans le car à deux niveaux – en haut, bien sûr –, nous
faisons le tour de la ville. Ma visite débute. Pas besoin d’écouter le guide quand
Caleb me fait son topo sur chaque monument. C’est très agréable et ce petit
moment en tête à tête s’écoule vraiment trop rapidement à mon goût. Tout autant
que le restaurant qui suit.
La journée file super vite. Trop vite. J’ai l’impression d’être dans un rêve avec
lui, même s’il n’a pas de geste déplacé envers moi. C’est très différent des
songes que je fais avec lui, ces dernières nuits. Songes qui tournent forcément à
l’érotique et je m’en veux d’avoir de telles pensées. Toutefois, je n’y peux rien ;
je ne commande pas mes fantasmes.
L’après-midi, nous allons au cinéma voir l’un des derniers films sortis en salle.
Encore un moment agréable.
Oui. Toi.
J’acquiesce d’un hochement de tête. Demain, nous serons samedi, je n’ai plus
longtemps à attendre.
Il m’est difficile d’imaginer que mon père n’ait rien dit de mon existence à sa
compagne alors qu’il est avec elle depuis onze ans, maintenant. Elle a forcément
dû lui poser des questions sur ses années loin d’elle et leur fils ; il a dû lui parler
de ma mère et de moi.
Il retourne à l’intérieur avec son portable en main. Je le suis, les assiettes vides
sur un plateau pour les rapporter à l’intérieur.
Ce dernier mot me fait l’effet d’un coup de poignard tellement il est vrai. Je
ferme la baie vitrée.
***
Je replonge dans mon histoire, jusqu’à ce que Caleb vienne s’asseoir sur la
chaise longue à côté de moi.
– Tiens.
Je lève les yeux pour voir qu’il me tend une clé. Je ne comprends pas.
Je rigole, mais il est possible qu’il ait raison. Je l’enregistre dans mon
téléphone sous le prénom de Caleb et lui envoie un SMS vide pour qu’il ait le
mien. Au cas où, bien évidemment.
– OK.
Caleb part un peu avant midi et, moi, je me prépare rapidement une salade
composée que je mange sur la terrasse avant d’appeler Louise, je peux en
profiter pour me confier à elle.
– Y’a rien, lui affirmé-je. Je me fais des films avec lui. Il me plaît, c’est clair,
mais lui n’a d’yeux que pour sa copine.
– Jalouse ?
– J’ai même pas le droit, soupiré-je, dépitée.
De toute façon, tout sera bientôt terminé, mon père rentre dans deux jours.
Cette nouvelle ne semble pas ravir mon amie qui m’imaginait déjà en couple
avec le jeune homme. N’importe quoi !
– Ouais, ça craint !
Lundi, mon père sera là, je n’aurai plus besoin de lecture pour me distraire.
Une fois que je l’ai envoyé, j’espère que mon intention ne le dérangera pas,
qu’il ne va pas regretter de m’avoir donné son numéro. De toute façon, je ne
peux plus rien y changer, maintenant.
Tiffany se presse contre son copain pour me faire comprendre qu’il est temps
pour moi d’aller voir ailleurs. Caleb ne la repousse pas, au contraire, il accueille
ses caresses avec plaisir. Je vais donc rapidement dans ma chambre pour ne pas
assister à ça.
Ma vie serait quand même plus simple si je ne fantasmais pas sur mon demi-
frère, non ?
Je retourne dans la cuisine un peu plus tard, espérant que le couple n’est plus
au salon. L’endroit semble vide, tant mieux. Je me prépare un sandwich que je
décide de manger dans ma chambre, tout en jouant sur mon téléphone.
Il n’y a aucun bruit lorsque je vais mettre l’assiette dans le lave-vaisselle ; j’en
déduis que je suis seule à la maison.
Pour un samedi soir, c’est vraiment déprimant. Caleb pourrait organiser une
fête avec des amis mais n’en fait rien. Est-il sérieux à ce point ? Dès que les
parents sont absents, la plupart des jeunes que je connais s’empressent de
s’amuser.
***
Les jours défilent et se ressemblent... Dimanche matin, je suis encore une fois
à l’extérieur, sur une chaise longue, en train de lire. Paris semble déprimant, de
mon point de vue. Heureusement que mon chez-moi provisoire est accueillant.
Et Caleb également.
Mon père doit arriver demain ; j’ai tellement hâte qu’il soit là. De le revoir. En
même temps, je suis anxieuse. Je crains sa réaction. Pourquoi voulait-il que je
parle avec ma mère ? Sans doute a-t-il deviné qu’elle n’est pas au courant de ma
venue. Cependant, je ne veux rien lui dire pour le moment.
– Tu pars quand ?
La voix de Tiffany me fait sursauter, tandis que j’étais perdue dans mes
pensées. Elle se tient debout à côté de la chaise longue. Parfaitement maquillée,
coiffée et habillée. J’ajouterai même bien bronzée.
Tout s’explique. Elle n’a pas eu le temps de déverser son venin sur moi.
– Salut.
Encore une journée qui s’écoule rapidement. Je ne vois presque pas Caleb, qui
passe tout son temps avec sa copine. Je m’en veux de penser qu’il me manque,
que j’aimerais être avec lui. Quand elle est là, on échange à peine deux mots et
ça m’indispose. J’aimerais qu’il reste avec moi. Qu’il la laisse.
Ce n’est que le soir, après dîner, que je peux avoir le jeune homme sexy pour
moi toute seule. Il me rejoint sur le canapé, alors que je lis. Encore.
– Tout ? Vraiment ?
– Dis-moi, réclame-t-il.
– Je ne crois pas.
– Il n’y a rien, je t’assure. Je voudrais juste parler avec mon père et j’ai hâte.
– Je comprends.
Je hoche la tête.
– Tu sors, ce soir ? lui demandé-je.
– Trouves-en un sympa.
Je pose enfin mon livre sur la table basse et me réinstalle plus près de lui. Il
sent divinement bon, j’adore son parfum.
– Un policier, ça te dit ?
– OK.
En fait, je dirais oui à n’importe quoi, du moment que nous sommes ensemble.
Finalement, le film n’est pas transcendant, mais l’histoire n’est pas mal.
Ensuite, il me propose une comédie. Je commence à fatiguer, n’ayant pas
l’habitude de me coucher aussi tard, mais j’accepte. Sauf que ce n’est pas
commencé depuis trente minutes que mes yeux se ferment déjà. Je tente de
garder le contrôle, mais c’est difficile et je finis par laisser tomber ma tête trop
lourde sur l’épaule de Caleb…
Une sensation de froid sur mes jambes me réveille. Je veux tirer sur la
couverture pour me couvrir, mais je ne la trouve pas. Mon oreiller semble dur,
j’ai du mal à lever la tête. Quand j’ouvre les yeux, je vois la télévision qui
diffuse une émission débile. Je me redresse pour constater que je suis allongée
sur Caleb, lui-même couché sur le canapé. Il semble profondément endormi. Bon
sang, je rougis en souriant quand je réalise où je me trouve.
Je savoure l’instant. Je laisse ma tête reposer sur son torse et laisse ma main
glisser sous son tee-shirt pour caresser la peau de son bas-ventre. Et je me
rendors instantanément...
– Clém’ ?
– Clém’ ?
Je bouge ma main.
Quoi ?
Je la retire rapidement et me redresse pour planter mes yeux dans les siens.
Dans le même ?
Je me tais, évidemment.
– Porte-moi, alors.
– T’es sérieuse ?
– Chut. Dors.
Il se contorsionne tant bien que mal pour s’extirper du canapé sans me faire
chuter. Quand il y parvient, il éteint la télévision et m’attrape dans ses bras. Un
sous la tête, l’autre sous les jambes.
Quand il tente de se relever, je le tire avec moi et il s’étale sur mon corps.
Douce promiscuité. Il se décale toutefois, pour se retrouver sur le matelas.
La soirée de la veille me revient : le film, moi endormie sur lui, lui qui me
conduit dans ma chambre. Il n’est pas parti et j’en suis contente.
Je suis tellement bien contre lui que je n’ai aucune envie de bouger, mais j’ai
vraiment besoin d’aller au petit coin. Alors je repousse son bras et me faufile
hors du lit.
Je passe aux toilettes, puis je prends une douche rapide dans la salle de bains,
je me coiffe et me maquille sommairement, avant de retourner dans la chambre,
une simple serviette enroulée autour de mon corps.
Caleb étant toujours endormi, je n’aurai pas de mal à attraper une robe dans
mon placard. Sauf que le lit est vide. Il a dû profiter de mon absence pour filer.
Une pointe de déception me gagne, mais je la chasse rapidement. Aujourd’hui, je
vais enfin revoir mon père. Rien ne pourra gâcher ma journée !
Finalement, j’opte pour une jupe noire, ample, et un débardeur blanc moulant.
Je passe mes tongs et je vais à la cuisine où mon hôte fait des crêpes.
Je fronce les sourcils. Que va-t-il m’annoncer ? Sans doute va-t-il me dire que
nous sommes allés trop loin, cette nuit. Pourtant, nous n’avons rien fait de mal.
Caleb est face à moi ; seul le comptoir nous sépare. Il prend mes mains entre
les siennes. Là, je panique.
– Ma mère m’a laissé un message. Ils ne rentreront pas aujourd’hui, ils ont
encore besoin de quelques jours. Je suis désolé.
La déception est grande. Moi qui me faisais une joie de revoir mon père. Sans
compter que je dois prolonger mon séjour à Paris. Ma mère va me punir de sortie
à vie, à ce rythme.
– Ma mère va me tuer.
Je suis perdue. Je ne sais pas quelle décision prendre. Caleb sait que ma mère
ignore où je me trouve, même s’il n’approuve pas que je lui cache une chose
aussi importante. Il tente encore une fois de me convaincre de lui dire la vérité
pour la rassurer et, accessoirement, pour qu’elle ne m’assassine pas. Il me fait
sourire, mais je me sens terriblement mal.
– Maman, murmuré-je.
– Je t’ai appelée pour que tu ne t’inquiètes pas. Je vais devoir prolonger mon
séjour.
– Où es-tu, chérie ?
– À Paris ?
– Non, tu vas me dire maintenant ce que tu fais à Paris ! Avec qui es-tu ?
Avec mon demi-frère n’est pas une réponse acceptable. Je choisis de mentir.
Légèrement.
– Personne.
Et je coupe aussitôt.
– Très. C’est pour ça que j’ai préféré raccrocher après avoir lâché la bombe.
Mon téléphone sonne aussitôt. Je ne décroche pas.
Caleb me serre dans ses bras pour me réconforter. Je reçois un SMS ensuite.
De ma mère, évidemment. J’hésite à le lire mais je finis par l’ouvrir.
– C’est parti.
Je savais qu’il ne fallait rien dire à ma mère. Maintenant, elle exige mon
retour. Je ne suis pas prête, je n’ai pas encore vu mon père.
Nous arrivons bientôt devant l’édifice où je suis Caleb. Quatre tours en forme
de L se font face, simulant quatre livres posés sur un grand jardin carré. Chaque
tour compte une vingtaine d’étages au moins. Je suis impressionnée : le site
François Mitterrand est magnifique.
Caleb me fait visiter le site, les nombreux étages. Je flâne dans les allées et
caresse délicatement les tranches des livres. Je me sens à ma place.
Parfois, je lis des quatrièmes ou admire les illustrations des couvertures. Je ne
sais pas ce que je cherche, peut-être un coup de cœur.
Nous sommes dans une nouvelle allée et je lis un résumé, lorsque Caleb
s’approche de moi pour me parler à l’oreille.
– Je crois que t’as tapé dans l’œil du blond, au bout de l’allée. Il n’arrête pas
de te regarder.
Je lève les yeux sans discrétion, pour voir de qui il parle. Il y a bien un jeune
homme aux cheveux blonds dans les parages, mais je ne le vois pas me lancer
des œillades.
– Le Kamasutra ? Sérieux ?
Il regarde s’il trouve une indication sur le rayon dans lequel nous nous
trouvons et ne tarde pas à trouver « érotique ».
– OK.
Caleb déambule donc dans le rayon avec le livre qu’il feuillette, puis il
m’interpelle d’une voix forte.
– Hey, bébé ! On devrait essayer cette position. Regarde ! En plus, t’es super
souple.
Mes yeux s’écarquillent. Il n’a pas osé ? Je vois tous les regards outrés
braqués sur nous, même celui du blond.
– C’est toi qui m’as dit que tu voulais qu’il nous croie en couple. Je n’ai fait
que jouer le jeu.
Nous prenons un sandwich dans un fast food, à quelques pas de là, et nous
installons sur un banc dans un espace vert pour le manger. Caleb m’interroge
alors sur mes goûts en matière de mecs.
Il découvre donc que j’aime les bruns, que les garçons de mon âge ne
m’intéressent pas, qu’en fait, je suis plutôt pudique. Je n’ai eu que deux copains,
jusqu’à présent, et ça n’a jamais duré longtemps. Je ne vais pas jusqu’à me
confier sur mon absence d’expérience sexuelle. Il n’a pas besoin de connaître
cette information.
Après quelques minutes, il m’annonce que son copain viendra faire un tour
dans l’après-midi, à la maison.
– Tu verras.
Très bavard !
Nous attendons le prochain métro sur le quai et j’en profite pour essayer de lui
tirer les vers du nez, mais il a décidé de garder le mystère. Je n’ai rien à savoir de
plus, à part le prénom de son ami. Je n’insiste donc plus.
Quand le métro freine trop brusquement, je me retrouve dans les bras de mon
demi-frère. Il me retient souvent, pour que je ne vacille pas. Et je ne compte pas
m’en plaindre !
Dès que nous arrivons à destination, il pose ses mains sur mes épaules et me
guide hors du wagon. Nous marchons jusqu’à la maison, ensuite.
J’ai un petit pincement au cœur en réalisant que je ne verrai pas mon père
aujourd’hui, comme c’était prévu. J’aurais pu rentrer chez moi ce soir. Au lieu
de ça, je dois rester encore dans cette ville. Non pas que ça me déplaise, au
contraire, j’apprécie de passer du temps avec Caleb. J’ai l’impression qu’une
complicité se développe entre nous.
Ma respiration s’accélère.
– De quoi tu parles ?
– Je suis un mec et tu es une jolie nana. Mon corps se fout que tu sois ma
demi-sœur, tu comprends ? Si tu lui plais, il réagit. Ce que je veux dire… c’est
que…
Il me fait pivoter pour que nous nous retrouvions face à face et garde ses
mains sur mes épaules.
– Tu ne me vois pas comme un obsédé, alors ? Même si c’est vrai que j’aime
le sexe, je ne ferai rien de déplacé avec toi. Tu es ma petite sœur.
Mise au point absolument inutile, je m’en étais rendu compte. Il n’y a que de
mon côté qu’il y a de l’ambiguïté.
– Super !
Nous sommes interrompus par la sonnerie du téléphone de Caleb. Il retire ses
mains de mes épaules et répond.
– Oui, ma puce ?
Il m’annonce sans surprise que sa petite amie vient lui rendre visite. Il se
réjouit déjà de passer un après-midi à quatre. Moi moins. Je pense que Tiffany le
rendra invivable. Pour moi, en tout cas.
C’est une heure et demie plus tard que ça sonne à nouveau à la porte d’entrée.
Je pense que l’ami de Caleb est arrivé. La batterie de mon téléphone n’est plus
qu’à vingt pour cent, j’ai l’impression d’avoir attendu mon cavalier durant une
éternité.
Caleb délaisse sa petite amie pour aller ouvrir. Tiffany se tourne alors vers
moi.
– La vieille excuse !
– Ai-je tort ?
Elle est vraiment sérieuse ?
Le dire à haute voix rend la chose tellement vraie. Néanmoins, ça n’efface pas
mon attirance pour lui.
Elle balaie ma remarque de la main, comme si elle n’y croyait pas du tout.
Caleb arrive sur la terrasse avec son ami Jonathan. Il est blond, alors que je lui
ai dit préférer les bruns. Étrange qu’il ait pensé que son ami puisse me plaire.
C’est vrai qu’il est plutôt mignon et il a l’air sympa. Il a les cheveux blonds
assez courts, de grands yeux bleus, un visage poupin empli de gentillesse.
– Salut, lancé-je.
Maintenant que les présentations sont faites, Caleb propose qu’on boive un
coup ensemble. Je le suis à la cuisine, alors que les deux invités prennent place
autour de la table du salon de jardin.
Je pose quatre gobelets dessus, tandis qu’il attrape une bouteille de soda au
réfrigérateur. Il jette un coup d’œil par la baie vitrée, avant de s’approcher de
moi.
– Alors ?
– Alors quoi ?
– Comment tu le trouves ?
Je file à l’extérieur et pose le plateau avec les quatre verres vides sur la table.
Je m’assois à côté de Jonathan, qui est en face de Tiffany. Quand Caleb arrive, il
remplit les verres et les distribue avant de s’installer en face de moi. J’ai le droit
à un clin d’œil.
– C’est dingue, poursuit-il en se tournant vers moi. Caleb a une petite sœur !
Non, parce qu’elle est vraiment fatigante quand elle s’y met !
Nous discutons beaucoup de moi ; Jonathan me pose pas mal de questions sur
ma vie à Metz, mes amis, le lycée. Tiffany pouffe quand elle comprend que
j’entre en classe de terminale. J’aimerais bien savoir ce qu’elle fait, elle.
Le temps file sans que je m’en rende compte tellement Jo est sympathique et
je ris beaucoup avec Caleb également. Sa copine, je l’ignore, c’est plus simple
comme ça.
Chapitre 6
Dès que Jo est parti, Caleb m’attire dans la cuisine pour m’interroger sur mes
sentiments à son égard.
Je jette un coup d’œil à Tiffany, seule sur la terrasse. Elle ne décolle jamais,
elle !
– Tu veux le revoir ?
Bon, visiblement, il n’a pas compris mon allusion, tout à l’heure. Ou alors, il
n’imagine pas une seule seconde qu’il puisse me plaire. C’est vrai que c’est
carrément impur d’avoir ce genre de pensées. Mais je ne les contrôle pas.
– Ben…
Là, je ne sais pas quoi lui répondre. Je ne veux pas non plus le vexer. Il
m’offre l’hospitalité, s’occupe de moi, je ne peux pas être malpolie en retour.
– OK.
Lorsque mes yeux se ferment malgré moi, je décide d’aller me coucher, même
si l’histoire que je lis est captivante. Je bâille à m’en décrocher la mâchoire et
vais dans ma chambre où je me laisse tomber sur le lit. Je n’ai même pas la force
de me changer et me glisser sous la couette. Je crois que je m’endors
instantanément.
***
– Allô ?
Midi déjà ? Elle sait que je ne suis pas du genre à faire la grasse matinée,
mais, pour ma défense, j’ai lu longtemps, hier soir.
– Et avec Caleb ?
– On s’entend bien.
Je soupire d’extase.
– Oui !!
Je lui raconte le déroulement des derniers jours, ainsi que ma rencontre avec
Jonathan.
Je fronce les sourcils. Je ne comprends pas ce qu’elle entend par là. Je trouve
l’attention plutôt sympa, même si je ne compte pas sortir avec lui.
– Juste sympa ?
Nous discutons encore un moment. Mon amie est vraiment navrée pour le lien
sanguin qui m’unit à Caleb. Étant donné qu’on n’y peut rien, autant s’y faire. Je
prends de ses nouvelles – elle en est toujours au même point avec Andy –, avant
de couper la communication.
Le jeune homme me rejoint sur les coups de quinze heures. Il porte encore ses
vêtements de la veille, j’en déduis qu’il a passé la nuit avec sa copine.
– Je m’occupe.
– Du genre ?
– Courses en ligne.
Je pose mon livre, tandis qu’il me désigne la place à côté de lui, sur la chaise
longue. Je me rapproche donc et nous passons commande de la nourriture qu’il
nous faudra pour les prochains jours. Je trouve ça très gentil qu’il m’intègre à
l’activité et me demande ce qui me ferait plaisir.
Déception. Maman m’a toujours dit que papa était fils unique, mais, un court
instant, j’avais espéré que peut-être…
Il semble intrigué.
J’éclate de rire.
– Non, je voudrais pouvoir laver mon linge. Je n’ai plus rien à me mettre.
– Suis-moi.
– On ne sait jamais !
Je cours jusqu’à la piscine, Caleb sur les talons. On dirait deux gosses en train
de s’amuser. Je m’éloigne le plus possible du bord pour ne pas finir à l’eau
d’entrée de jeu et mon demi-frère se précipite sur moi. Il essaie de m’attraper,
mais je me débats.
Il retire son tee-shirt collant qu’il envoie sur le bord de la piscine, puis fait de
même avec son jean et ses chaussettes. Il a eu le temps de retirer ses chaussures
avant de m’attraper, tandis que je vois mes tongs flotter à la surface.
Caleb fait quelques brasses, alors que je réalise que mes derniers vêtements
propres sont désormais trempés. Il revient vers moi et nous chahutons dans l’eau.
C’est la sonnerie de la porte d’entrée qui nous ramène à la réalité.
Caleb sort de l’eau en caleçon, il est vraiment trop sexy ! Il attrape une
serviette dans l’un des placards sur le côté. Quand je pense que je n’ai jamais
pensé à regarder à l’intérieur. Si je l’avais fait, ça m’aurait évité de me retrouver
nue devant lui... et sa copine.
J’ai envie de lui lancer une pique bien sentie, mais il a déjà quitté la pièce.
Je sors de l’eau, imaginant que c’est son oncle qui apporte les courses. Je me
débarrasse de mes vêtements humides et m’enroule dans une serviette de bain
moelleuse, mes sous-vêtements toujours sur moi.
– Oh ! Bonjour !
– Oncle Steph, je te présente Clémence, une amie. Clém, c’est mon oncle.
– Oh, non. On était dans la piscine, répond mon hôte, l’air de rien.
– J’ai plutôt l’impression que vous sortez de la douche.
Ce qui sous-entend que nous aurions fait l’amour juste avant. J’ai soudain très
chaud.
– Aucun risque, on n’est pas ensemble, affirme Caleb. Je suis avec Tiff et, tu
me connais, je suis réglo.
Son oncle hoche la tête, comme si, soudainement, il trouvait l’idée de Caleb et
moi dans un lit complètement ridicule. Les deux garçons repartent chercher les
derniers sacs de courses. Je vide alors ceux qui sont déjà dans la cuisine.
Les dernières provisions déposées, Caleb propose une boisson fraîche à son
oncle, qui s’installe sur un tabouret. Après lui avoir servi une bière, il discute
avec lui, tout en m’aidant à ranger les aliments. J’apprends donc que le jeune
frère de la compagne de mon père est pilote de course. Il est actuellement blessé
au bras et ne peut plus courir, ce qui ne l’empêche visiblement pas de conduire
en ville.
Une fois la corvée terminée, je vais dans la buanderie pour mettre mon linge à
sécher. J’aimerais me débarrasser de cette serviette, mais je ne peux pas me
promener en lingerie devant l’oncle Steph.
Sans doute pour que je n’en dise pas trop devant son oncle. Je le suis jusqu’à
sa chambre et reste sur le seuil.
– Choisis, me dit-il.
– Très drôle ! Et me retrouver à poil dessous, avec ton oncle ici ? T’en as
d’autres comme ça ?
J’enfile le débardeur. Et là, je sens les mains du jeune homme sur ma nuque. Il
attrape mes cheveux pour les mettre en place et s’abaisse pour susurrer à mon
oreille.
– Parce qu’avec moi, cela ne te dérangerait pas ? Hum… c’est bon à savoir.
Je me liquéfie sur place. Je ne suis pas la seule à être ambiguë, je m’en rends
compte à cet instant. Je pivote pour lui faire face, mais il n’est déjà plus dans la
pièce.
Je me mets une claque mentale pour recouvrer mes esprits. Une fois que je
m’en sens capable, je rejoins les hommes sur la terrasse. L’oncle de Caleb fume
une cigarette.
Caleb m’attrape par la taille, quand je passe à proximité, et m’attire contre lui.
– Tu vas aussi me dire que Tiffany est une amie et que tu ne lui ferais jamais
ça ? me demande oncle Steph.
– Euh… non, pas vraiment. J’ai eu la chance de croiser Tiffany, mais on n’est
pas amies. En fait, cette fille m’insupporte.
Je ressens une douleur dans ma fesse droite, mon charmant hôte vient de me
pincer. Je réalise que j’ai dit ça à haute voix, devant lui. Mon Dieu !
– Aïe, râlé-je en m’éloignant de lui. Ta copine n’est pas agréable avec moi, je
ne vais pas, en plus, devoir l’aimer !
– Je ne savais pas, me dit-il, l’air sincère. Elle ne m’a jamais dit de mal de toi.
Quand j’entends la porte d’entrée, je suppose que l’oncle Steph est parti.
Aussitôt après, on frappe à ma porte et Caleb entre avant même que je ne l’y
autorise.
– Et si j’avais été nue ? l’interrogé-je.
– Raconte-moi.
– De quoi tu parles ?
Je ne vais pas lui rapporter chacune de ses paroles, je ne m’en souviens plus,
d’ailleurs. Je préfère lui dire clairement qu’elle me craint, me soupçonnant de
vouloir lui prendre son copain.
– Pas spécialement.
– Trop adorable !
– Tu veux jouer à ça ?
Je n’ai pas eu le temps de réagir qu’il est déjà sur moi, le coussin en main, et
se met à me frapper. Je me dirige vers mon lit pour l’éviter et m’apprête à passer
de l’autre côté, à quatre pattes, quand Caleb m’attrape par les pieds pour mettre
fin à ma progression. Il me retourne et m’assomme à coups de coussin. Je tente
de me couvrir le visage tout en riant.
Quand je parviens à le désarmer, j’envoie l’objet du délit le plus loin possible
de lui. C’est là que je me rends compte de notre position assez inconvenante. Je
suis allongée sur le lit, les jambes écartées, Caleb entre elles, presque allongé sur
moi. Son regard se plante dans le mien. On dirait que lui aussi vient de réaliser
notre situation.
– La réciproque est vraie, répliqué-je en sentant une raideur contre mon pubis.
Il ne quitte pas mes yeux ; j’ai l’impression qu’il lit au plus profond de moi. À
moins qu’il ne se batte avec ses démons qui lui soufflent de me prendre ici et
maintenant. Le mien apprécierait assez l’idée.
J’écarquille les yeux. Il a bien dit ce que j’ai entendu ? Je remarque que son
débardeur me servant de robe est remonté sur mon ventre. C’est en petite culotte
que je me trouve sous lui. La position pourrait être très érotique, si la situation
n’était pas interdite.
Je me mettrais des baffes quand je réalise que j’ai parlé à haute voix. Mais
Caleb semble vraiment sur la même longueur que moi, dans cette situation
d’ambiguïté absolue, se battant contre lui-même pour garder le contrôle.
– Je sais.
Je n’ai pas quitté la chambre depuis qu’il est parti. Toutefois, il va bien falloir
que je bouge. Mon linge doit être sec, je compte le récupérer et me changer.
J’attrape mon sac de voyage pour me rendre à la buanderie et, là, je sors toutes
mes fringues sèches et encore chaudes de l’appareil pour les mettre dans ma
valise.
– Tu pars ?
J’écarquille les yeux, ne comprenant pas tout de suite que me voir avec mon
sac peut lui donner une fausse impression de départ.
– Écoute, je suis désolé d’avoir dépassé les bornes. C’est juste que… j’ai du
mal à contrôler mon corps en ta présence. Je ne veux pas que tu t’en ailles parce
que je suis un pervers. Ce n’est pas moi, ça. Je garderai mes distances avec toi
dorénavant. Je te présente mes excuses.
Je laisse tomber mon sac et me précipite dans ses bras. J’ai été touchée par ses
mots. Et, même si notre attirance est réciproque, elle est malsaine, alors on va
fermer cette porte et se comporter en frère et sœur.
– C’est sûr que, si tu n’étais pas aussi sexy, je ne serais pas dans cet état.
Techniquement, c’est ta faute !
Il a retrouvé son humour, je suis contente. J’espère que notre complicité n’en
pâtira pas.
– Je n’avais pas l’intention de partir. J’ai seulement récupéré mes affaires dans
le sèche-linge.
– On se fait quoi ?
– Non.
– Tu veux goûter ?
Une chose est sûre : je ne suis pas fan de poisson ; alors j’espère qu’il n’en
prendra pas.
Nous prenons place sur une chaise longue, l’un face à l’autre.
J’ai envie de disparaître. Pourquoi veut-il que nous ayons cette conversation ?
Notre discussion est interrompue par son téléphone qui sonne, et je dois dire
que cela tombe à point nommé. Je file pour le laisser répondre plus
tranquillement.
J’en profite pour appeler Louise. J’ai besoin de ses conseils, parce que, là, je
suis perdue. Je ne lui épargne rien et elle pousse des cris bizarres à l’autre bout
du fil, avant de brailler :
– Oh, mais alors, faites un test ADN pour en avoir le cœur net !
Je repousse sa remarque d’un geste de la main. Elle ne m’est pas d’une très
grande aide. Mon amie adore les romances impossibles, et là, pour le coup, elle
est impossible ! Elle se régale encore plus que devant un bon livre.
Nous finissons avec un biscuit qu’il faut briser pour lire ce qui se trouve à
l’intérieur. Je déplie mon papier et lis :
Si seulement je le pouvais !
Caleb pousse son papier dans ma direction en prenant le mien pour le lire. Je
jette un œil au sien :
« Gardez espoir. »
– Alors, verdict ?
– Ce serait super.
J’ignore si nous en aurons le temps. Mon père devrait bientôt rentrer et, moi,
je partirai ensuite.
***
– Pas de console ?
Personnellement, j’en ai une chez moi, et j’y joue en ligne avec mes amis
quand le temps n’est pas au beau fixe, comme aujourd’hui.
– J’y jouais pas mal, avant, mais ma nana n’aime pas, alors j’ai arrêté.
– Ah, quand même ! m’exclamé-je en m’asseyant sur son lit, à côté de lui.
Il a une PS4, comme moi. Et je connais un bon nombre des jeux qu’il possède.
Nous reprenons notre partie, d’abord crispés, puis la bonne humeur ne tarde
pas à revenir. Nous essayons plusieurs jeux, nous dépassons même l’heure du
dîner, tellement nous prenons plaisir à ce que nous faisons.
– Pour dîner ?
Si danser signifie être dans ses bras toute la soirée, je ne suis pas certaine que
l’idée soit bonne. Néanmoins, elle est terriblement tentante.
– Oui.
– Danser, oui.
– Alors, on le fait !
Tiffany nous dérange encore une fois, au moment où nous débarrassons. Cette
fois-ci, il lui répond.
– Ouais, ma puce.
Je rêve ou il est en train de lui mentir ? N’a-t-il donc pas peur de tomber sur
elle, en boîte de nuit ? À moins que ce ne soit pas son truc. N’empêche qu’il lui
raconte des salades pour passer la soirée seul avec moi. Ambiguïté quand tu nous
tiens !
Et il raccroche.
– Elle n’a pas compris que je suis la seule fille avec qui il ne se passera jamais
rien ?
Je finis par choisir ma jupe noire ample, que j’assortis avec un top à paillettes
de la même couleur. Je coiffe mes longs cheveux bruns en une queue de cheval
haute et me maquille discrètement le visage, mettant l’accent sur mes yeux. Pour
finir, je mets des bijoux : plusieurs bracelets au bras gauche, des boucles
d’oreilles pendantes, un collier et des bagues.
– Ouais.
Je regarde dans les fringues que j’ai emportées, mais ne trouve rien qui fasse
l’affaire. Je n’ai que deux vestes et aucune à capuche. Tant pis. J’opte pour celle
en cuir, celle qui va le mieux avec ma tenue.
Il porte un jean très près du corps, un débardeur noir et une veste en cuir qui
transpire la sensualité. Une casquette sombre parfait sa tenue.
Nous décidons de partir. Sur le trottoir, je me rends compte qu’il fait un peu
plus frais que je ne le pensais. J’aurais peut-être dû opter pour un pantalon, mais
j’avoue que ça ne m’a même pas effleuré l’esprit.
Jaloux ?
– Deux smoothies banane, kiwi, coco, s’il vous plaît ! Tu verras, c’est
délicieux, me glisse-t-il à l’oreille quand la serveuse est partie.
Elle ne tarde pas à revenir avec nos boissons et encaisse tout de suite.
– Nan.
Je trempe mes lèvres dans la boisson et en avale une gorgée. Elle est
délicieuse.
– Bon choix, approuvé-je en souriant.
– Bois, on ira danser après. On ne laisse jamais les verres sans surveillance.
Ça, je le sais !
Je sirote donc rapidement mon délicieux cocktail, Caleb en fait autant. Puis
nous allons danser, laissant nos vestes sur le canapé. Les musiques entraînantes
passent les unes après les autres, je m’éclate et lui aussi.
Je constate qu’il aime se détendre sur des sons tout aussi éclectiques que les
livres que je lis. Nous prenons beaucoup de plaisir et nous nous amusons
énormément. Aucun de nous n’a de gestes déplacés, du moins, je ne crois pas
qu’on puisse le dire. Nous ne dansons pas collés l’un contre l’autre, bien que son
corps m’attire. Nous gardons une distance de sécurité. Du moins, tant qu’il y a
des musiques qui bougent.
Lorsque les slows démarrent, je m’apprête à regagner notre place, mais Caleb
me retient et m’attire dans ses bras.
J’accepte et passe mes mains autour de son cou. Au plus proche de lui, je
respire son parfum. J’apprécie notre rapprochement. Même s’il ne se passe rien
de plus que ses mains qui glissent le long de mon dos.
En fait, je ne sais pas exactement quoi lui dire, parce que je n’y ai pas réfléchi.
Tout ce que je voulais, c’était le voir, pouvoir avoir une relation père-fille avec
lui. Caleb m’interroge sur mon enfance, on n’en a jamais vraiment parlé non
plus. On a plutôt abordé le sujet de la sienne. Je lui raconte donc que mon père –
notre père – est parti alors que j’avais six ans, que je ne l’ai plus jamais revu
ensuite. Onze ans sans nouvelles. Onze ans pendant lesquels ma mère n’avait
aucune réponse à mes questions.
Il m’attire dans ses bras et dépose un baiser sur mon front en guise de
réconfort.
Il est presque deux heures quand nous décidons de rentrer. Le trajet en métro
m’épuise, je suis crevée et, en plus, j’ai super froid. Heureusement, il ne pleut
pas.
– T’as froid ?
– Ah, on ne peut pas être une bombe en jupe et, en plus, avoir chaud, se
moque-t-il.
– Tu te sens mieux ?
– Tu mettras un jean.
Je souris contre la peau douce de son cou. Nous restons ainsi un long moment,
avant qu’il ne me souffle à l’oreille.
– Tu dors ?
– Tu devrais te changer.
Je lui laisse la couverture dans les mains et vais dans la salle de bains où
j’enlève mes bijoux, ma queue de cheval et mon maquillage. Quand je retourne
dans la chambre, je vois un pantalon de jogging et un pull posés sur le lit. Je
regarde Caleb pour qu’il s’explique.
– Ça te tiendra chaud.
Je prononce les mêmes mots et me change dès que je suis seule. J’apprécie de
porter les vêtements de Caleb, même trop grands pour moi. C’est avec son
parfum que je m’endors, cette odeur qui m’enivre et me fait perdre davantage la
tête jour après jour.
Chapitre 8
Mauvaise nouvelle. Quand je prends mon petit-déjeuner, en début d’après-
midi, Caleb m’annonce que le retour de ses parents est prévu pour lundi. Nous
sommes jeudi et je n’en peux plus d’attendre. Certes, c’est très agréable de
passer du temps avec le fruit défendu, mais dangereux aussi. La tentation n’en
est que plus grande.
Il hausse les épaules et quitte son tabouret pour me prendre dans ses bras. Ce
rapprochement me fait du bien.
– Je ne sais pas quoi te dire. Je peux juste te rassurer en te certifiant qu’ils ont
souvent des imprévus durant leurs voyages d’affaires.
J’espère qu’il a raison. Je ne supporterai pas de savoir que mon père ne veut
pas me voir.
Il brise l’étreinte et s’en va. Une fois la porte d’entrée fermée, je m’effondre et
laisse couler mes larmes.
Mon père ne veut-il vraiment pas me voir ?
Je me réfugie dans ma chambre et appelle Louise pour lui faire part de mes
doutes. Comme je le supposais, elle me parle de Caleb, veut savoir ce qui se
passe, ne m’écoute pas vraiment quand je lui dis que mon père n’est toujours pas
là. J’ai envie de hurler mon désespoir, mais je préfère me taire et je mets fin à la
communication après lui avoir raconté que nous sommes allés danser la veille.
Je m’étale sur le lit et fixe le plafond en me demandant ce que je fais ici. C’est
la première fois, depuis mes premiers jours à Paris, que je me pose à nouveau
cette question. Je ne vais pas pouvoir m’incruster indéfiniment, même si ça ne
semble pas déranger Caleb.
Les vêtements qu’il m’a prêtés, cette nuit, pour dormir, sont toujours sur mon
lit. Je les attrape et les serre contre moi pour respirer leur délicieuse odeur. Je
crois que je ne vais pas bien. Pour la première fois depuis que je suis arrivée, je
me sens terriblement mal, pas à ma place. Je n’ai rien à faire dans la maison de
mon père et de sa nouvelle famille, alors qu’il ne m’a pas accueillie.
Je ne sais pas pourquoi je me fais cette réflexion, alors que je devrais trouver
l’attention adorable.
– C’est cool.
Et il raccroche.
Je me console en me disant que Tiffany était sans doute en train d’écouter le
moindre de ses mots. Néanmoins, je suis blessée par sa froideur. Ça ne lui
ressemble tellement pas. Mais dès qu’il y a une tierce personne, l’un de ses amis
ou sa copine, il change du tout au tout avec moi.
Je ne sais plus quoi penser de lui. Pourquoi est-ce que j’en suis arrivée à
respirer ses vêtements ? Pathétique. Je suis pathétique.
Je marche jusqu’à la chambre de Caleb et les dépose sur son lit. Quand je
veux m’en aller, la curiosité prend le dessus et je regarde dans ses affaires. Juste
un peu.
Son bureau est très bien rangé. Il y trône plusieurs livres de médecine, rien de
surprenant pour un futur chirurgien. Je tombe sur ses notes de cours et je
constate qu’il écrit vraiment bien pour un mec.
Je vois ensuite une boîte dépasser de sous son lit ; je m’interdis d’y toucher et
décide de sortir de cette pièce, mais mes pieds ne m’obéissent pas. Je
m’accroupis pour la ramasser et l’ouvre. Il y a des photos de lui et Tiffany. Elle
est souriante, rien à voir avec la peste que je connais. Je les regarde. Il y en a où
ils s’embrassent au cinéma, d’autres devant la tour Eiffel, dans les rues de Paris,
au restaurant, dans le métro. Tout y passe.
La suivante me met mal à l’aise, c’est elle nue. Pour lui, sans doute. Les autres
aussi. Jusqu’à ce que je tombe sur l’une d’eux, nus tous les deux, l’un à côté de
l’autre. Je ne peux m’empêcher de poser mes yeux sur le sexe fièrement
dressé de Caleb ; il est magnifique.
Une larme roule sur ma joue, me voilà jalouse. C’est n’importe quoi !
J’imagine que la blonde plantureuse va passer la nuit ici. Cette simple pensée
m’insupporte.
– Non, merci.
Comme s’il avait senti ma présence, Caleb tourne la tête dans ma direction,
alors que Tiffany fait disparaître son membre dans sa bouche. Nos yeux
s’accrochent un instant, puis je m’arrache à ma contemplation et file m’enfermer
dans ma chambre.
Mon cœur bat la chamade, alors que je me laisse tomber sur mon lit.
Je ferme les yeux et me concentre sur ses cris de plaisir. Mes mains caressent
mes seins, tandis que je vois distinctement la queue ferme de celui qui hante mes
rêves. Une de mes mains descend plus bas, jusqu’à glisser dans ma culotte. Je
suis trempée en pensant à lui. J’ai envie de lui, qu’il me prenne, qu’il me fasse ce
qu’il veut. Tout ce qu’il désire.
Bon sang !
Ce n’est pas moi, ça. Je ne suis pas une fille qui fait ce genre de chose, qui se
donne du plaisir. C’était la première fois. Et en pensant à mon demi-frère, en
plus !
Tant pis si je n’ai pas pu voir mon père. Je le contacterai plus tard. Je ferai les
choses différemment.
Je mets toutes mes affaires dans ma valise, laisse la clé de la maison sur la
commode et je pars. Je dois mettre le plus de distance possible entre Caleb et
moi, avant de perdre complètement la tête.
J’essuie les larmes qui coulent sur mes joues en marchant aussi vite que je le
peux jusqu’au métro. J’ai fait ce chemin à l’aller, dans le sens inverse, j’y
parviendrai pour le retour.
La Gare de l’Est me tend les bras quelques minutes plus tard. Je cherche un
train en direction de Metz sur le tableau des départs. Je n’en trouve pas. Je me
dirige donc vers le guichet automatique pour prendre un billet, espérant ne pas
devoir attendre trop longtemps ici. Il est presque minuit et je déteste traîner
dehors la nuit.
7 h 40.
Je prends tout de même mon billet. Je n’ai pas d’autres choix, puisque je ne
compte pas retourner chez Caleb. Ensuite, je regarde autour de moi, la gare est
presque déserte à cette heure tardive. Aucune personne ne m’inspire confiance.
Il faut que je trouve un hôtel pour y passer la nuit.
La pièce n’est pas très grande, elle est simple et fonctionnelle. La décoration
est absente. Un lit trône au milieu de la pièce, des planches sont accrochées au
mur, de chaque côté, en guise de tables de chevet. Il y a seulement un petit
placard pour ranger les vêtements, mais je ne m’en sers pas. Je pleure encore. Je
ne sais même pas pourquoi. Mes nerfs lâchent, c’est certain.
Rien ne s’est passé comme prévu, comme je l’aurais voulu en venant ici. Je
devais y trouver mon père. Au lieu de ça, je suis tombée sur un mec qui m’a fait
chavirer, un mec qui m’a perdue. Je ne suis plus moi-même depuis que je le
connais. J’ai la sensation de l’avoir dans la peau et je refuse de tomber dans les
bras d’un homme, quel qu’il soit. Surtout pas mon frère !
J’ai des difficultés à trouver le sommeil cette nuit. Je pleure beaucoup, sans
même en connaître la raison, sans doute une combinaison d’une multitude de
choses.
Mon réveil sonne à 6 h 15, j’ai mal à la tête, mal au ventre, je suis fatiguée.
Cependant, je quitte mon lit et vais prendre une douche qui, j’espère, sera
revitalisante. Je me prépare rapidement et enfile un jean et un sweat ; je n’ai pas
envie de plaire. Je veux juste me fondre dans la masse et disparaître. Rentrer
chez moi.
J’envoie un SMS à Louise pour lui annoncer mon retour, même si je sais
qu’elle dort probablement encore. J’arriverai à 9 h à Metz, et j’aurais aimé
passer un moment avec elle avant de rentrer chez moi. J’ai besoin de ma
meilleure amie.
Je patiente dans la gare, bien plus peuplée qu’à minuit. La plupart des gens se
pressent pour attraper leur train. Moi, j’ai encore largement le temps. Je vais
composter mon billet et monte sur le quai où il est annoncé. J’attends encore.
Une demi-heure plus tard, le TGV entre en gare. Les passagers en descendent
et je monte dans le wagon indiqué sur mon ticket, m’installe sur le siège au
numéro mentionné. Juste en face de ma valise.
Je joue sur mon téléphone, malgré mes yeux ensommeillés, quand je reçois
une réponse de Louise :
Tu as vu ton père ?
Non. Je t’expliquerai.
9 h.
Je viens te récupérer. Biz.
Je souris. Bien contente de pouvoir compter sur elle, alors que je ne lui ai rien
demandé. Elle doit sentir que quelque chose cloche. Je lui envoie un smiley en
réponse et me cale contre la vitre en espérant dormir un peu.
J’y parviens quand le train a enfin quitté la gare, bercée par son rythme. Je me
réveille plusieurs fois, mais me rendors rapidement, et ce, jusqu’à 8 h 50. Je
m’interdis de replonger dans le sommeil ensuite. Je ne veux pas prendre le risque
de manquer ma destination. J’envoie un message à ma mère pour l’informer que
je rentre ce matin, sans lui donner d’indication sur l’horaire.
À un peu plus de neuf heures, je sors du train et retrouve Louise dans le hall
de gare. On se serre l’une contre l’autre, heureuses de nous retrouver.
Me voilà de retour à Metz, ma ville natale. Je préfère cette petite gare que je
connais à celle, trop grande, de Paris.
Je m’attarde sur mes découvertes dans sa chambre, lorsque j’ai joué les
indiscrètes, de ma conclusion quant au fait que le garçon est très porté sur le
sexe. J’enchaîne avec l’épisode qui a armé la bombe : Caleb nu dans sa chambre,
avec sa copine.
Louise ouvre la bouche en grand, abasourdie par ce que je lui raconte.
Pourtant, elle n’est pas au bout de ses peines.
J’ai honte de moi quand j’y repense, quand je le formule à haute voix. Il m’a,
durant un temps, fait perdre la tête.
Louise comprend mon malaise et elle ne peut rien dire pour me consoler. J’ai
fauté. Je suis responsable de ma propre déchéance.
Louise me parle d’Andy, ensuite, pour me changer les idées. Elle me raconte
qu’ils sont allés au cinéma et boire un verre ensemble. Je constate que c’est bien
parti pour elle et je suis heureuse de son bonheur.
Je préfère ne pas y prêter attention, pour l’instant. J’aurai une discussion avec
elle dès que je serai rentrée. Elle est professeure de mathématiques dans un
collège, donc elle profite de ses vacances et doit m’attendre de pied ferme.
Nous marchons côte à côte, Louise et moi, ma valise traînant derrière moi. Je
pense encore à Caleb, la maison de mon père. Je suis partie tellement
précipitamment. J’aurais peut-être dû laisser un mot. Je me souviens de mon
short et mon top mouillés, restés au bord de la piscine. Je les imagine perdus à
jamais.
J’habite juste en face du lycée Georges de la Tour. Louise vit dans ce quartier,
elle aussi. Nous nous saluons et je pars affronter ma mère. Il va falloir que je lui
explique pourquoi je suis partie sans rien dire et ce que j’ai fait à Paris alors que
mon père n’y était pas. Elle ne saura, bien sûr, rien de mon désir pour Caleb…
sauf si je craque et pleure devant elle.
Afin qu’elle comprenne à quel point c’est important pour moi, je lui explique
ce que je ressens, même si c’est confus et difficile à décrire. Je lui parle de ce
manque dans mon cœur, de mon désintérêt pour mon avenir. Une pièce maîtresse
est absente de ma vie depuis bien trop longtemps.
– Tu as vu Mathieu ?
– Non. Quand je suis arrivée chez lui, j’ai été accueillie par son fils…
– Caleb, me coupe-t-elle.
– Tu le connais ?
Donc ma mère savait que j’avais un demi-frère quelque part et n’a pas jugé
bon de m’en parler. Je suis furieuse, sur le coup.
Je constate qu’une fois de plus elle fuit. Moi qui croyais que j’allais enfin
comprendre, je présume que j’avais tort. Je soupire et lui raconte comment les
choses se sont passées, la gentillesse de Caleb, surtout, qui m’a laissée rester
chez lui en attendant le retour de mon père.
Je ne peux pas donner les vraies raisons de mon départ à ma mère, alors
j’invente une excuse, prétextant que le voyage de mon père s’était prolongé et
que je ne voulais pas abuser de l’hospitalité de Caleb.
Elle ne me pose aucune question et c’est tant mieux. Elle garde le silence,
longtemps ; je pense même que nous en avons fini, mais je comprends que non,
quand elle ouvre la bouche.
– Pendant trois ans, j’ai vécu une belle histoire avec Thierry.
Je fronce les sourcils, ne comprenant pas pourquoi elle me raconte son passé.
– Enceinte ? m’exclamé-je.
– Je suis arrivée dans cette ville où je ne connaissais personne, j’ai trouvé une
chambre chez un couple de retraités et je travaillais comme serveuse pour me
faire de l’argent, en attendant ma mutation.
Elle marque une pause, je ne comprends plus rien. Dois-je en déduire que j’ai
encore un frère ou une sœur dans la nature ? Qu’elle a perdu le bébé ?
Pas de fratrie dans la nature, alors ? C’est moi qui étais dans son ventre, je le
crains.
– Le droit civil n’était pas sa spécialité, mais il m’a aidé, nous avons
sympathisé et nous sommes devenus amants rapidement. Puisque j’allais avoir
un bébé, il était normal pour lui que j’aie un appartement. Nous en avons donc
trouvé un, j’ai eu ma mutation ensuite. Tout allait bien.
– Et tu es née.
La seule chose que je retiens de cette histoire, c’est qu’elle m’a toujours
menti.
– Il t’a élevée comme si tu étais sa fille. Mais non, il n’est pas ton père
biologique. J’ai préféré ne rien te dire sur l’alcoolique dépressif violent qu’est
ton géniteur.
Ce qui peut se comprendre. Elle ne voulait que me protéger de la triste vérité.
Je suis pendue aux lèvres de ma mère, pour connaître enfin la vérité qui m’a
tant fait défaut jusqu’à présent.
– Il est allé à Paris pour discuter avec son ex et n’est jamais revenu. Ils avaient
trouvé un terrain d’entente.
– Lequel ?
– Mathieu ne devait plus nous voir ni nous contacter. Il l’a fait une seule fois
pour m’annoncer sa décision. C’était le prix à payer pour retrouver son fils.
– Et moi ?
– Je suis désolée, chérie. Cette décision a été très dure à prendre pour lui. Mais
Alice avait été claire, c’était toi ou Caleb.
Et voilà comment j’ai perdu celui que je considérais comme mon père. C’est
encore pire que ce que je croyais. Il m’a trahie. Que je sois sa fille biologique ou
pas ne compte pas finalement ; seul son abandon fait foi.
Je comprends mieux pourquoi il a dit à son fils que je devais parler à ma mère,
quand Caleb l’a informé de ma présence chez eux. Il voulait que je sache la
vérité, se doutant de mon ignorance. Et je pense même qu’Alice et lui ont
repoussé leur retour au maximum pour ne pas me croiser. Après tout, elle n’a
jamais voulu de moi dans la vie de son compagnon. Cette femme doit me haïr. Je
ne reverrai sûrement jamais mon père.
Ce n’est pas à elle que j’en veux. Mais à Mathieu, celui qui m’a élevée, que
j’appelais papa et qui m’a abandonnée pour son vrai fils. N’étais-je pas assez
bien pour lui, parce que je n’étais pas sa « vraie » fille ?
Je laisse ma valise dans le couloir, je m’en occuperai plus tard. J’ai juste
besoin de me reposer, de digérer la nouvelle. Les nouvelles.
Et aussi tout ce que cela implique… Caleb n’est finalement pas mon demi-
frère. Pour ce que ça change, maintenant !
J’écoute le message sur mon répondeur. Il ne mérite pas que je lui tourne le
dos sans un mot, il a été tellement gentil avec moi.
– Chez moi.
– À Metz.
Je grimace à ce souvenir.
– Parle-moi, me supplie-t-il.
Sa voix me fait fondre, alors je décide d’être honnête. Ça mettra un point final
à notre drôle de relation. De toute façon, je ne le reverrai jamais.
– Très bien. Tu veux savoir ce qui se passe ? Je vais te le dire. Je fantasme sur
toi, je me suis caressée en pensant à toi, et ça, ce n’est pas possible.
Une petite voix me souffle que si ! Maintenant que je connais la vérité sur
mon père biologique, ça l’est.
Mais je la repousse.
Quelle importance ?
– Tiff te déteste parce que j’ai laissé échapper ton prénom, une fois, quand on
a… Tu n’étais pas la seule à fantasmer.
Je me laisse tomber sur mon lit et je pleure toutes les larmes de mon corps.
***
Je retrouve donc Louise sur la place, devant chez moi. Elle est avec Andy, qui
est en train de fumer une cigarette. Toute la bande avec qui je traîne fume, ou
presque. Ma meilleure amie n’y touche pas, elle. Moi non plus.
Nous nous serrons l’une contre l’autre. Elle sait que ça ne va pas fort pour
moi, en ce moment. Je lui ai parlé de ma discussion avec ma mère et du fait que
je ne sois pas la fille biologique de Mathieu, que je n’ai aucun lien de sang avec
Caleb.
– Bien.
Si son copain s’éloigne avec Andy, Lizon, elle, reste avec nous et m’interroge
sur mon absence des derniers jours. Il faut dire que depuis que je suis partie à
Paris et revenue, je ne suis pas sortie de chez moi, donc on ne s’est pas vus
depuis presque trois semaines.
Par contre, ma copine m’interroge sur les garçons que j’ai pu rencontrer, là où
je me retrouvais. Forcément, je repense à celui que j’essaie d’oublier depuis des
jours. Il me manque, c’est indéniable.
Lizon veut des détails que je suis incapable de lui donner. Je ne veux pas
songer à Caleb, à son torse musclé, à ses tatouages sur les bras, à son parfum
enivrant, à son visage souriant, à son sexe fier. Je veux juste l’oublier. Faire
comme si je ne l’avais jamais rencontré, comme si rien n’avait jamais existé
entre nous.
Je saute sur l’occasion qu’elle m’offre pour accepter, et nous partons toutes les
trois vers Andy et Antonin.
Louise me lance un regard pour s’assurer que je vais bien. J’esquisse un léger
sourire. Je me suis forcée à sortir, aujourd’hui, même si je n’en avais aucune
envie, pour que ma mère arrête de me surveiller du coin de l’œil. Elle croit que
je déprime à cause de mon père. Bien sûr, je suis affectée par ses révélations.
Cependant, c’est le manque de Caleb qui me fait le plus mal.
– Où t’étais partie ?
– Non.
– Tu sais ce que je pense, Clém, que ton attachement, comme tu dis, est en fait
bien plus profond.
Je fronce les sourcils, ne voyant pas où elle veut venir. À moins que j’aie peur
de ce qu’elle va clamer. Ça fait plusieurs jours que je refuse de voir la vérité en
face en me disant que ça va passer. Mais Louise n’a pas décidé de me regarder
dépérir.
– Tu es amoureuse.
– Non.
Elle semble désolée pour moi, alors qu’il n’y a vraiment aucune raison.
J’esquisse un sourire.
***
J’ai fait l’effort d’aller au café avec ma bande d’amis, mais je ne me sentais
pas à ma place. Je broie encore trop de noir pour parvenir à reprendre ma vie. Je
feins d’aller bien, de m’amuser, mais ça s’arrête là.
Je suis encore dans ma chambre, je joue sur mon téléphone pour passer le
temps, tout en écoutant de la musique déprimante, je l’avoue.
Ça fait une semaine que je suis rentrée chez moi et j’ai l’impression de n’en
être jamais partie. J’aurais aimé que Paris ne soit qu’un doux rêve. Mais c’est
bien réel et je dois vivre avec ce souvenir, à présent.
Amoureuse ?
Ou pas.
Mon téléphone me tire de mes pensées. Il sonne alors que je fixais le jeu sans
même le voir. C’est un numéro que je ne connais pas, il ne figure pas dans mon
répertoire. J’ai envie de l’envoyer sur la messagerie. Au lieu de ça, je réponds.
– Allô ?
Je suis abasourdie. Que me veut-il ? Comment a-t-il obtenu mon numéro ? Par
Caleb ? Il n’y a qu’un moyen de le savoir, c’est en l’écoutant.
– Caleb m’a dit que tu étais venue à Paris pour me voir. Je suis désolé de
t’avoir manquée, mais mon affaire a pris plus de temps que prévu.
Il veut savoir si je suis au courant qu’il n’est pas mon père biologique et qu’il
ne me doit rien. Sans doute pour se donner bonne conscience. La rage monte en
moi. Je lui en veux de m’avoir laissée et de recommencer.
– Oui.
– Je suis désolé.
– J’ai discuté avec Alice, ma compagne, et nous avons décidé qu’il serait bien
qu’on se parle, toi et moi.
– Oui.
– Est-ce que tu accepterais de venir passer quelques jours chez moi, à Paris ?
– Elle a mûri, depuis, et elle est d’accord avec moi. Elle a même hâte de te
connaître.
Et Caleb ?
Le revoir… ? C’est trop tôt. Ce sera trop dur. Toutefois, puis-je renoncer à
mon père à cause d’un garçon ? Non. Et puis, il sera sans doute souvent absent.
Et nous ne serons jamais seuls. Les choses seront très différentes de ma première
visite.
– Je dois en parler à maman, lui dis-je, afin d’éviter de donner une réponse
sans avoir pris le temps de réfléchir.
– OK.
Il est temps d’avoir une discussion avec ma mère pour savoir ce qu’elle en
pense.
Chapitre 10
Eh bien, voilà. Je suis à nouveau assise dans le TGV en direction de Paris. Ma
mère était ravie pour moi quand je lui ai parlé de la proposition de Mathieu. Mon
père. C’est difficile de savoir comment le nommer autrement. Je sens que je vais
être mal à l’aise, une fois face à lui.
J’ai préféré ne rien dire et partir. Cette fois-ci, ma valise est bien plus remplie
et maman m’a accompagnée à la gare.
Quand j’ai annoncé la nouvelle à Louise, elle a sauté de joie pour moi. Mais
j’ai bien compris qu’elle voyait là une nouvelle chance pour Caleb et moi. Sauf
qu’il n’y en a pas. Il reste le fils de Mathieu. L’homme qui m’a élevée durant
mon enfance. Il est son père et, à mes yeux, il est le mien également.
Fin de l’histoire.
J’ai beau m’imaginer la scène de nos retrouvailles, je sais que je suis loin de la
vérité. Mon père a tenu à venir me chercher, même si je lui ai assuré que ce
n’était pas utile, que je savais exactement quoi faire une fois à la gare de l’Est.
Je dois bien avouer que son attention me touche, et puis je n’aurai pas à me
promener dans le métro avec ma grosse valise. J’ai même pensé à emporter des
livres. Au cas où. Même si j’imagine que je n’aurai pas le temps de m’ennuyer.
Je vais retrouver mon père et apprendre à connaître Alice.
J’ai tellement hâte.
Caleb sait-il que je viens ? Nous ne nous sommes pas parlé au téléphone
depuis nos confidences. Que m’a-t-il pris de lui avouer que je m’étais masturbée
en pensant à lui ? Il va falloir assumer, maintenant. J’imagine qu’il doit être dans
le même état que moi, puisqu’il a fauté, lui aussi. Tiffany aura sûrement envie de
m’arracher les yeux quand elle me verra !
L’arrivée en gare est annoncée. Mon cœur bat la chamade. J’ai rendez-vous
avec mon père devant l’édifice. Le reconnaîtrai-je ? Et lui ?
C’est mon deuxième séjour dans la capitale. J’avais adoré le premier. J’espère
que je repartirai d’ici des étoiles plein les yeux et le cœur débordant d’amour.
J’ai décidé de rester quinze jours. Je n’ai toutefois pas pris mon billet de
retour, au cas où je veuille rentrer plus tôt. On ne sait jamais ! Ma mère m’a donc
donné l’argent pour le payer.
Quand je suis devant la gare, mon regard est aussitôt attiré par un homme
d’âge mûr. Nos yeux s’observent. Il ressemble tellement à Caleb que c’en est
perturbant.
Des larmes de joie coulent sur mes joues. J’avais besoin de lui.
Il me relâche et pose ses mains sur mes joues pour me regarder. Il essuie mes
larmes de ses pouces.
– Oui.
J’aimerais plutôt savoir ce qu’il en est de Caleb. Sait-il que je viens ? Est-il en
vacances ?
– Moi aussi.
Mon père met ma valise dans le coffre d’une Dodge blanche. La voiture est
magnifique. Si je n’avais pas vu sa maison, j’en aurais tout de suite déduit qu’il
gagne très bien sa vie.
Je prends place côté passager et nous roulons dans Paris en discutant de moi.
Je lui parle du lycée, de mes amis, de l’appartement où je vis avec maman. Je ne
lui cache pas que je ne sais pas quoi faire de ma vie. Il m’assure que je finirai par
trouver. J’espère.
Il rentre la voiture dans le garage accolé à la maison et nous en sortons. Il
attrape ma valise et nous passons la porte qui nous amène dans la cuisine. Cette
grande cuisine que j’aime beaucoup. Me revoilà !
Alice s’approche de moi, un beau sourire sur les lèvres. Elle est grande et a de
longs cheveux roux. C’est une très jolie femme.
– Bonjour, Clémence !
– D’accord.
Il me laisse seule. Mon regard est attiré par la clé posée sur la commode,
laissée exactement là où je l’avais mise. Je la prends et l’accroche à mon
trousseau, en cas de besoin.
J’en profite pour ranger mes affaires dans le placard et la salle de bains. Dans
l’une des étagères, il y a déjà mon short et mon débardeur, oubliés au bord de la
piscine. Ils sentent bon la lessive.
J’envoie un rapide message à ma mère pour lui annoncer que je suis bien
arrivée. Elle m’a fait promettre de lui donner des nouvelles assez souvent et de
répondre à ses appels.
Je rejoins Alice et mon père sur la terrasse ; la table est dressée pour trois, j’en
déduis que Caleb n’est pas là. Comment réagira-t-il en me voyant ici ?
– Oui.
– Alors, installe-toi.
Quand elle apprend que j’ignore quel métier exercer par la suite, elle me parle
naturellement du droit. C’est leur passion, à papa et elle. Pas la mienne,
visiblement, car, malgré son beau discours, elle ne parvient pas à me donner
envie.
– Oui.
Je n’ai jamais pensé que mon amour des livres pourrait devenir mon métier. Il
faut que je réfléchisse à cette possibilité.
Mon père me conseille de faire un stage dans l’une d’elles, afin de savoir si ça
me plaît ; l’idée me séduit, il faudra que j’y songe.
Quand on a fait le tour de tous les points de ma vie, je me décide à poser la
question qui me brûle les lèvres depuis que je suis arrivée.
Justement non, je l’ignore. C’est vrai qu’il sortait souvent, mais il restait
malgré tout beaucoup avec moi.
J’espère qu’il n’y a pas de sous-entendus, que Caleb n’a rien confié à sa mère
sur notre attirance mutuelle.
– Clémence, je veux que tu saches que je respecte le fait que Mathieu soit ton
père à tes yeux, tout comme tu es sa fille aux siens. J’ai mal agi par le passé,
mais tu as ma parole que je ne me mettrai plus entre vous. Ce qui fait que, dans
l’équation, tu as gagné une belle-mère et un grand frère.
J’esquisse un sourire, touchée par ses paroles.
– Entre, Clémence.
– Oui, je t’attendais.
Le bureau en impose et mon père, assis sur son gros fauteuil en cuir,
également. Il me désigne une chaise en face de lui.
– Comme quoi ?
– C’est gentil, mais maman m’a donné un peu d’argent, je pense parvenir à me
débrouiller. Et il y a le métro, pour le reste.
– Bien sûr. Je veux juste que tu le saches. Je n’ai pas été présent pour toi
comme je l’aurais voulu, ces dernières années. J’ai pris une mauvaise décision,
pour retrouver mon fils.
Il est triste de l’apprendre. Mais c’est ainsi, il n’y peut rien. Ma mère sort
parfois, elle a des amies, mais elle ne m’a jamais présenté d’hommes.
Quand on en a fini avec maman, je me renseigne sur Caleb, pour savoir à quoi
m’attendre.
– Oui. Il a hâte de te revoir. Il m’a dit qu’il était content d’avoir fait ta
connaissance.
– Moi aussi.
Tant mieux s’il a hâte, sauf si c’est seulement une façade pour ses parents.
***
Je lis, installée sur une chaise longue, sur la terrasse. Mon père est encore dans
son bureau, il avait un dossier à boucler. L’histoire d’une heure, a-t-il dit. Alice
est à la cuisine, elle prépare une tarte aux abricots.
– De retour, on dirait ?
Je pose mon livre et me lève pour lui faire face. Caleb est là, devant moi,
souriant, toujours aussi beau. Je suis en train de fondre.
– Vous pouvez vous embrasser ! nous lance Alice. Ça se fait entre frère et
sœur.
Je souris jaune. Si elle savait la façon dont j’ai envie d’embrasser son fils, je
ne suis pas certaine qu’elle m’en donnerait la permission.
– C’est clair.
– Encore en train de lire ? Tu sais que tu es à Paris et que tu peux faire tout ce
que tu veux !
– Vraiment ?
– Pas sûr…, insiste-t-il à voix basse. Tu veux boire un truc ? ajoute-t-il plus
fort.
– Inutile de jouer les gentlemen, mon fils. Clémence peut se servir si elle
désire quelque chose. Tu fais comme chez toi, ma chérie !
– Merci, Alice.
Caleb disparaît après m’avoir adressé un clin d’œil. Je suis contente de nos
retrouvailles. J’espère qu’elles seront aussi chaleureuses dans l’intimité. J’ai
besoin de savoir qu’il ne m’en veut pas et qu’on peut retrouver notre relation.
Elle souhaite que je connaisse son histoire, alors elle me la raconte à partir du
moment où elle a rencontré Mathieu. Je crois qu’elle a peur que je la voie
comme une mégère égoïste, ce qu’elle n’est pas, assurément.
C’est papa qui nous interrompt avec la tarte et de la citronnade fraîche. Nous
en mangeons un morceau ensemble.
Caleb n’est apparemment plus là. J’imagine qu’il est reparti, qu’il était
seulement passé pour me saluer.
Qu’importe ! Nous passons un bon moment. Je suis contente d’être venue. Je
m’entends très bien avec Alice et mon père. Certes, il a changé en onze ans, mais
je retrouve toujours cet amour en lui. Il est celui qui me bordait, qui me berçait
quand je n’étais qu’une gamine. Et il m’a manqué.
Chapitre 11
Le lundi matin, je me retrouve seule dans la cuisine après un merveilleux
week-end passé en famille. J’y songe encore, je suis perdue dans mes pensées.
Samedi soir, nous sommes allés manger au restaurant, tous les trois. Pour la
première fois, j’ai goûté à la cuisine indienne – la préférée de mon père et de ma
belle-mère. Nous avons beaucoup ri et discuté. Je me suis découvert plusieurs
points communs avec Alice, qui aime le shopping, les parfums et la lecture. Elle
m’a promis une virée dans les magasins, prochainement.
Dimanche, nous avons fait une longue promenade sur les bords de Seine,
avant de dîner sur un bateau-mouche. C’était la première fois que je mangeais
sur l’eau. Même si, au début, les remous m’incommodaient, je m’y suis vite
habituée.
Du moins, c’était mon programme avant que je voie Caleb entrer dans la
pièce. Je ne l’ai pas revu depuis samedi où il est seulement passé me saluer. Il
n’a pas changé, il ne porte qu’un caleçon, comme à chaque saut du lit.
– On doit parler.
– OK.
Il semble chercher ses mots. Il m’inquiète. Il avale une gorgée de son café,
puis une autre.
Je ne suis même plus perturbée par sa présence, son odeur envoûtante ou son
torse musclé. Je plonge mes yeux dans les siens, me demandant ce qui va me
tomber dessus.
Il hausse les épaules en guise de réponse. Je le frappe sur le torse, ce qui le fait
rire davantage.
Il devient livide, je tiens ma revanche. Il veut jouer ? Moi aussi, je sais jouer !
Il pose sa main contre mes lèvres pour me faire taire et murmure à mon
oreille.
– Elle était en train de me sucer, mais je m’imaginais que c’était toi, et pouf,
j’ai lâché ton prénom.
Il retire sa main et plante son regard dans le mien. Il est sincère. C’est difficile
à croire, mais apparemment il l’est.
– Mais on ne se fait pas sucer par sa sœur, pas vrai ? Alors on va en rester là et
garder nos désirs à l’état de fantasmes.
Il semble y réfléchir.
– On va dire qu’on s’en fout. On est les seuls à savoir, de toute façon.
– Et maintenant ?
– Tu te couvres ou pas ?
Je le fusille du regard, tandis qu’il garde celle qui m’est destinée en main.
– Non, je dis ça, parce que je sais que tu aimes te balader nue. Et ça ne me
dérange pas le moins du monde, donc…
Son autre main s’enroule autour de mes hanches et il m’attire contre lui.
– Sûr ? Parce que, si tu continues comme ça, ton corps réagira forcément au
mien.
C’est bon, il est trop fort, je m’écarte. À ces mots, j’ai visualisé son sexe en
érection et, dès lors, il m’est impossible de poursuivre ce jeu dangereux avec lui.
Je lui donne un coup de serviette, ce qui le fait rire, et nous allons chacun dans
notre chambre.
Je prends rapidement une douche et passe une robe blanche, ample en bas et
moulante en haut. Je mets des sandales à talons assorties et me recoiffe. Puisqu’il
fait chaud, j’opte pour une queue de cheval haute. Je me maquille légèrement,
me pare de bijoux sobres et je retrouve Caleb dans le salon, quarante minutes
plus tard.
– Tu t’es fait désirer ! me dit-il quand je suis devant lui. Mais ouah ! Tu vas
me rendre dingue.
Nous sortons tous les deux et nous rendons à pied dans un restaurant thaï.
Je lui fais confiance et le laisse choisir le plat. Il opte pour du Som Tam. Une
salade de papaye. C’est rafraîchissant et délicieux.
Nous parlons de la Thaïlande ; Caleb y est allé, il y a quatre ans, avec ses
parents. Il en profite pour me raconter qu’il a beaucoup voyagé. Tous les ans, ils
font plusieurs séjours en famille. En avril, cette année, ils sont allés passer une
semaine au Portugal. En août, il est prévu qu’ils aillent à Hawaï.
– Combien de temps ?
– Quelques mois.
Une fois de plus, je me suis régalée avec cette cuisine dont je ne connaissais
rien avant ce jour.
Je veux régler la note, mais mon compagnon ne me laisse pas faire. Il estime
que je n’ai pas à payer. La blague !
Nous prenons ensuite le métro pour nous rendre sur les Champs-Elysées et
nous nous promenons sur le trottoir de cette longue avenue. Je regarde les
magasins des plus grands créateurs, émerveillée. Ce qui amuse Caleb.
Nous reprenons notre balade, main dans la main. Il essaie bien de me faire
entrer chez Séphora ou Dior, mais je ne le suis pas. Il serait encore capable de
dépenser son argent pour moi.
– C’est important ?
Il ne répond sciemment pas à ma première question. Tant pis. J’en ai une autre
pour lui.
Donc sa copine pense que nous avons vraiment un lien de parenté. Ce qui est
un peu le cas, en somme. Mais il ne va pas au-delà de la famille recomposée.
Caleb m’explique que sa copine se sent plus rassurée en sachant que nous
sommes liés par le sang. Et comme lui ne supporte pas les filles à problèmes –
bon à savoir, j’en prends note –, c’est plus sympa comme ça.
Je sens son regard sur moi, alors que je vais payer la note. Quand je pivote, il
est derrière moi.
– Ça se pourrait bien !
– Comment ?
Il s’esclaffe.
Sur le quai, il y a une bande de gars de notre âge à quelques mètres. Je sais
que je suis le centre de leur attention, car ils n’arrêtent pas de regarder dans ma
direction. Caleb aussi le remarque et ça l’agace.
Caleb m’attire dans ses bras qu’il noue dans mon dos.
Mes yeux plongés dans les siens, je m’apprête à lui répondre qu’il doit leur en
falloir davantage, quand le métro arrive sur le quai. Dommage !
– Je joue très bien, je le sais. Et pour ce qui est de tenir debout, je me pensais
en sécurité dans tes bras.
Je pose ma tête sur son torse, je le sens frémir. J’approche ma bouche de son
cou pour y déposer un baiser.
Nous descendons du métro à l’arrêt suivant, pour changer de ligne. Là, plus
aucun mateur dans les parages. Mon compagnon de balade est plus détendu.
Pour une fois, nous pouvons nous asseoir côte à côte.
Je lui donne un coup dans les côtes, il râle. Il n’avait pas besoin de poser son
bras sur le dossier de mon siège. J’en profite pour me rapprocher de lui et poser
ma tête sur son épaule. Il referme l’étreinte en mettant sa main sur mon bras et
dépose un baiser sur mon crâne.
– Tu es très confortable.
Je me laisse aller contre lui tout le restant du trajet. Puis nous marchons pour
rentrer à la maison. Dès qu’on a passé le seuil, je retire mes chaussures.
Ses yeux brillent de désir. Je suis certaine que les miens aussi. Ne voulant pas
détruire notre complicité, je tourne les talons et vais dans ma chambre. Je laisse
mes chaussures sur le sol et déballe le cadeau de Caleb, avant de le glisser dans
le placard. J’enfile des tongs, bien plus confortables, et pars à la recherche de
mon compagnon pour la journée.
– Moi aussi.
Il retire son caleçon sans gêne, me montrant ses fesses magnifiques, puis
pivote pour me montrer son profil de face, le plus beau, une main cachant son
sexe.
– Je l’ai déjà vu !
Il avance encore jusqu’à me faire reculer, me coinçant ainsi entre le mur et lui.
Il est contre moi, je sens ses parties intimes me frôler. Je dois me faire violence
pour garder mon sang-froid.
Je connais parfaitement la question. Je pose mes deux mains à plat sur son
torse, le caresse un instant, avant de les nouer derrière sa nuque. Il enlace ma
taille et me rapproche au plus près de lui.
– Tu vas pouvoir juger encore une fois. On dirait bien que tu excites mon
corps.
Je ne sais pas comment m’en sortir, parce que j’ai envie de lui, c’est
indéniable, mais il a une copine et la société ne nous autorise pas à nous aimer
de cette façon. Nous appartenons à la même famille, même si elle est
recomposée.
C’était ma seule manière de m’en tirer. De toute façon, c’est ce qu’il voulait
entendre ; et c’est la vérité.
Je suis amoureuse.
Caleb l’ignore, il hausse les épaules. Je me concentre à nouveau sur mon jeu,
espérant que le temps passe plus vite. D’ailleurs, je n’ai même pas eu cinq
minutes pour appeler ma mère et Louise. Je le ferai demain.
– Où ? Avec qui ?
– Boire un verre dans une salle de jeux, j’en connais une super. Avec moi,
évidemment.
Son regard ne quitte pas le mien et, bien sûr, je ne compte pas baisser les
yeux. Je suis devenue très forte aux petits jeux de Caleb.
– Tu pourrais être plus précise ? Parce que, là, je ne vois pas du tout.
– Eh bien, tu auras une queue et des boules dans les mains, ça, c’est une
certitude !
– Va pour le billard.
Nos parents viennent de rentrer. Je les entends dans la cuisine. Caleb se baisse
vers moi pour que personne ne nous entende.
Je rejoins tout le monde dans la cuisine pour saluer mon père et sa compagne.
Caleb annonce qu’on a préparé le repas, ce qui, a priori, n’est pas une habitude,
ici. Nous passons donc à table sur la terrasse.
Je suis assise à côté de Caleb et en face de mon père. Ils nous interrogent sur
notre journée, alors mon demi-frère leur raconte qu’il m’a fait découvrir les
Champs-Elysées.
– Parce que, pour aller se balader, elle ne trouve rien de mieux que de mettre
des pompes à talons !
– Peut-être que si tu m’avais prévenue qu’on irait faire dix mille kilomètres,
j’y aurais pensé !
On rigole et nos parents avec nous. L’entente est au beau fixe, ce soir ; je suis
comblée.
J’aide à desservir la table, alors que mon père s’isole dans son bureau. Alice
remplit le lave-vaisselle, Caleb n’est plus visible. Sans doute dans sa chambre.
Elle rigole, contente que son fils et moi nous entendions aussi bien. Elle me
confie qu’il a très peu d’amis, parce qu’il a du mal à se lier avec les gens. Je suis
surprise, ça semble si naturel, pour lui, d’établir le contact.
– Je pense qu’avec toi c’est différent parce que tu es sa sœur… Je veux dire,
quelque part, c’est un peu ce que vous êtes, non ?
– Oui, je suppose.
D’un côté, je ne suis pas d’accord avec son point de vue, parce qu’il me
dérange. De l’autre, je sais qu’aux yeux de la société, c’est ce que nous sommes.
Elle a parfaitement raison.
Il me fait rire.
– Toi aussi.
Et il part.
Je rentre dans ma chambre, file à la fenêtre et l’observe sur le trottoir, une fois
qu’il a quitté la maison. Quelle idiote je fais !
J’ai envie d’appeler Louise, mais j’ai peur qu’Alice m’entende, alors je
contacte ma mère. Je ne lui dévoilerai aucun de mes secrets. Ainsi, aucun danger
si on surprend ma conversation.
Ma mère est contente que je m’adapte bien, que les choses s’arrangent avec
mon père, qu’Alice soit gentille avec moi et que Caleb me traite comme une
sœur. Je discute plusieurs minutes avec elle, avant de raccrocher.
– Il a bientôt terminé.
– Bonne nuit, lui souhaité-je en retour. Tu pourras souhaiter une bonne nuit à
papa de ma part ?
– Bien sûr.
Je retourne dans ma chambre et me glisse sous une douche bien chaude, avant
d’entrer dans mon lit. J’appellerai Louise demain, quand les parents
travailleront. Que Caleb surprenne ma conversation avec mon amie me dérange
moins que si c’est Alice ou mon père.
Jo a envie de te voir.
Bien sûr ! C’est peut-être vrai, cela dit, mais mon petit doigt me dit qu’il n’est
pas le seul dans ce cas.
Suis au lit.
Je ne tarde pas à recevoir une nouvelle réponse.
Nan. Bye.
Je souris quand le message est parti. J’espère que le smiley avec les bisous
l’amusera.
Pas cap.
Je ne parviens pas à m’endormir tout de suite. Sans doute parce que je pense
trop à Caleb et ce jeu, stupide mais tellement excitant, entre nous. Certes, c’est
risqué, mais on ne dépasse aucune limite. Encore faut-il savoir où elles se
situent.
– Tu m’expliques ?
– OK, j’avoue. T’as réussi. Tu peux retourner à ta p’tite fête ou aller dans ton
lit, maintenant.
– Éteins la lumière.
– Quoi ? Non !
– Avec toi ?
– Raconte.
Puisque j’ai commencé, autant poursuivre et voir s’il est réellement capable de
passer la nuit avec moi. J’éteins donc la lumière et me tourne vers lui. Nous
sommes face à face, sans nous voir, cachés par les ténèbres.
Je lui raconte alors que l’héroïne a fait une fellation à son homme, prenant
bien le temps d’expliquer qu’elle glissait sa langue sur toute la hauteur de son
membre. Je continue en lui disant qu’il lui a fait l’amour avec une infinie
tendresse, qu’il se perdait en elle, dans l’humidité de son désir.
– Ou quoi ?
– Je ne suis pas certain que t’aies envie de le savoir.
– T’es une sacrée diablesse ! Je me tirerais bien de ton lit, mais tu m’as fait
bander !
Je pars dans un fou rire que je tente de réprimer pour qu’on ne m’entende pas,
mais c’est très difficile.
Caleb m’attire contre lui et je me laisse aller dans ses bras, je pose ma tête sur
son épaule, ma main sur son torse, faisant bien attention à ne pas frôler son
érection avec ma jambe.
Je souris contre sa peau avant d’y déposer un baiser. Ensuite, j’obéis. Je dors
et je reste sage. Sauf dans mes rêves…
***
Je quitte donc mon cocon douillet pour me rendre dans la pièce à côté. Je
lance un coup d’œil dans le miroir pour m’assurer d’être présentable. J’ai les
cheveux en pétard, mais on fera avec.
Quand je reviens dans ma chambre, je constate que Caleb est réveillé. Sa tête
appuyée sur son coude, il attendait que je sorte de la salle de bains.
– Enfin ! râle-t-il.
– J’ai déjà tout vu de toi, Clém ! D’ailleurs, tes seins sont magnifiques.
Il me semble nerveux.
– Je viens de recevoir un message de Tiff. Elle sera là dans une heure et je n’ai
pas envie de la voir.
– Oui.
– Dépêche, me dit-il.
Je fais de mon mieux. Je ne vais quand même pas sortir sans un minimum de
maquillage. Surtout avec lui !
– Très perspicace !
Je dois m’habiller dans la salle de bains, parce qu’il n’a pas l’intention de
sortir de ma chambre. Je me hâte car je le sais pressé et, quelque part, je suis très
contente qu’il préfère passer la journée avec moi plutôt qu’avec sa petite amie.
Moins de dix minutes plus tard, nous voilà assis dans le métro. Si vous êtes
pressés, comptez sur Caleb pour ne surtout pas vous mettre en retard ! Il m’a
presque fait courir dans la rue.
Sur les coups de treize heures, nous allons manger des pâtes au pesto dans un
restaurant italien qu’il apprécie.
Puis nous revoilà à arpenter les rues parisiennes. Alors que je m’imprègne du
paysage, mon compagnon a l’idée stupide de suggérer un massage. Il me vante
les mérites du salon de massage qu’il connaît bien, sans que je sache qu’il est en
train de m’y conduire.
Heureusement pour moi, leur carnet de rendez-vous est plein pour cet après-
midi. Néanmoins, cela ne suffit pas à freiner Caleb. Il décide d’acheter des huiles
et de m’en faire un dès que nous serons rentrés. Je lève les yeux au ciel, je ne
compte pas le laisser me toucher.
Caleb fait tout son possible pour traîner lors de notre retour à la maison. Il est
pourtant presque dix-sept heures. Je suis épuisée, même si j’ai moins mal au pied
que la veille, grâce à mes baskets.
Il esquisse un sourire et passe son bras autour de mes épaules pour m’attirer
contre lui. Nous avançons ainsi. Comme un couple.
Il ne répond pas. J’en déduis qu’elle n’appréciera pas qu’il ait passé la journée
avec moi.
Il n’a fait qu’oublier son téléphone… lui a-t-il dit pour avoir la paix.
C’est vrai qu’il nous appartient d’en décider. Je suppose qu’on se contentera
de ce que la société autorise pour que notre relation ne soit pas trop ambiguë. Je
l’ignore, en fait.
À peine ai-je raccroché, le sourire aux lèvres, que Caleb s’invite dans ma
chambre, des serviettes de toilette dans les mains.
– Alors... ce massage !
Sauf qu’il n’a pas oublié que j’ai, en quelque sorte, accepté sa proposition sur
le chemin du retour.
– Lève-toi, réclame-t-il.
Je bouge donc du lit sur lequel j’étais assise. Caleb y étale une grande
serviette. Il m’en lance une autre ensuite.
– Allonge-toi, me dit-il.
Je constate qu’il a trouvé les produits récemment achetés dans mon placard.
– Allez !
Il obéit. J’en profite pour descendre la serviette qui me couvre sur mes
hanches et m’allonge, le dos nu, sur mon lit.
– Détends-toi.
– Tu as kiffé à ce point ?
Il m’explique qu’il doit partir tôt, ce soir, et qu’il n’a pas l’intention d’attendre
les parents pour manger, s’ils ne sont pas là à dix-neuf heures tapantes. Il n’a
même pas l’intention de préparer le dîner, dans ce cas.
– Ouais, m’man, je sors ce soir, je partirai tôt. Vous rentrez pour quelle heure ?
Je suppose qu’il a des projets avec sa copine pour se faire pardonner son
absence de la journée. Je suis dépitée.
– OK. On va faire à manger, alors. Mais, si vous n’êtes pas là, on mangera
sans vous.
Quand il raccroche, il m’annonce sans surprise que les parents seront là pour
dîner avec nous.
– Toi !
– De quoi tu parles ?
– Non, refusé-je.
– Pourquoi ?
Je râle pour la forme, mais, au fond de moi, l’idée me plaît assez. Je me fiche
que Jo soit présent, bien que ce soit mieux qu’il vienne, lui aussi. Mais j’avoue
que faire capoter la soirée de Tiffany me réjouit.
Caleb n’attend pas que j’accepte son invitation, il appelle son ami pour
l’inviter, l’assurant de ma présence. Jonathan est gentil, mais ça s’arrête là ; je
n’ai pas envie de sortir avec lui.
Bien sûr, quand il en a terminé, c’est fièrement qu’il m’annonce que son ami a
hâte de me revoir.
– Oui.
– Parfait.
– T’as une demi-heure grand max pour te préparer, me dit-il quand le plat est
au four. On décolle après manger.
Je me hâte donc de prendre ma douche et d’enfiler un jean moulant avec un
débardeur noir plutôt transparent. Je défais ma tresse et laisse mes cheveux
longs ; ils sont légèrement ondulés ainsi. Je rafraîchis mon maquillage et me
voilà prête.
J’ai mis moins des trente minutes autorisées par Caleb – OK, j’en ai mis
vingt-huit ! – et je le retrouve dans la cuisine où il sort du meuble haut la
vaisselle pour notre repas.
– Mets la table, s’il te plaît. Il va être dix-neuf heures et y’a toujours personne.
Par contre, toi, t’es canon.
Moi qui m’apprêtais à prendre les assiettes en main, j’ai failli tout laisser
tomber. Je les dispose sur la petite table de la cuisine que nous n’avons encore
jamais utilisée, depuis que je suis arrivée. Caleb me bloque le passage quand je
veux prendre les verres. Il m’enlace sans ma permission, je me blottis contre son
corps, ses mains plaquées dans le bas de mon dos. Il niche son visage dans mes
cheveux et me souffle que je sens bon. Je profite de l’instant, bien que j’aie peur
qu’on nous surprenne.
Quand nous nous détachons l’un de l’autre, nos regards s’aimantent. J’ai la
sensation d’être enfin complète, enfin à ma place. Un puissant désir de
l’embrasser me gagne. Toutefois, si plus rien n’existait autour de nous il y a dix
secondes encore, je suis parfaitement ancrée dans la réalité, maintenant.
– Un ciné entre potes, élude Caleb. Le boulot, ça a été ? Bouclez tout avant le
départ pour Hawaï.
Il ne laisse pas le temps aux parents de répondre qu’il enchaîne déjà.
Alice hoche lentement la tête, alors que mon père s’éclaircit la voix pour
pouvoir prendre la parole.
– Non.
L’espoir renaît.
– Bien sûr, acquiesce mon père. Mais, quelle que soit ta décision, j’aimerais
que tu passes à notre bureau demain pour les formalités.
Ce dernier me presse d’ailleurs, parce que je ne mange pas assez vite à son
goût. Il me rappelle que nous avons rendez-vous dans moins d’une heure devant
le cinéma. Je rouspète pour la forme, mais accélère tout de même.
Après le dîner, nos parents nous souhaitent une bonne soirée et nous partons
rejoindre Tiffany et Jonathan. Je me demande quelle tête elle fera en me voyant,
puisqu’elle n’est pas au courant que je les accompagne, ce soir.
– Ta mère acceptera ?
– Je l’appellerai demain.
Je pouffe.
Je lève les yeux au ciel. Il est vrai que j’ai mis des hauts talons, mais ils sont
confortables.
– Tu me mets au défi ?
Un jeune homme qui passe à côté de moi me siffle, ce qui fait enrager Caleb.
– Je vais lui faire bouffer sa casquette !
– Et si on y allait ?
Je tire sur son avant-bras pour qu’il me suive. Ce qu’il fait, finalement.
– Par là.
J’ai l’impression que Caleb a perdu sa bonne humeur. Il n’a aucune envie
d’être en retard et le fait de savoir qu’on l’est le rend irritable. Il ne décroche
plus un mot pendant le reste du trajet, passant son temps à regarder sa montre.
Puis il s’arrête brusquement.
Nous avons rendez-vous dans le hall. J’imagine que ses deux amis sont déjà
sur place, puisque, d’après Caleb, nous avons cinq minutes de retard.
– Eh bien, allons-y !
J’esquisse un sourire ; lui aussi sait que sa copine ne va pas du tout approuver
le changement de programme.
Surprise !
Nous nous retrouvons tous les quatre au milieu du hall. La blonde me fusille
du regard, puis fixe méchamment Caleb.
Je tique au mot employé, mais je sais bien qu’il l’utilise pour que Tiffany ne
me perçoive pas comme une menace.
Jonathan serre la main de Caleb, fait la bise à son amie, puis à moi, avant de
se poster à mon côté. Ça commence bien.
Nous prenons d’abord nos tickets, puis allons nous ravitailler en confiseries.
Tiffany n’arrête pas de pester, d’autant plus que son copain ne l’a pas encore
embrassée. À sa place, moi aussi je serais verte de rage.
La salle est ouverte. Nous nous asseyons bien au milieu. Je me retrouve entre
Caleb et Jo, sans surprise. Durant les pubs, on discute à trois, parce que la blonde
plantureuse préfère regarder ses ongles, toujours boudeuse. On rigole beaucoup,
aussi, ce qui l’énerve davantage, j’en suis certaine.
Quand le film commence, plus un bruit ne filtre de notre côté. J’en profite
pour manger mes pop-corn. Nous avons choisi un film d’horreur sur l’invasion
de mutants qui déciment la Terre. Le héros est plutôt beau gosse, mais je ne suis
pas certaine qu’il sauve le monde. Je sursaute plusieurs fois dans mon siège, ce
qui fait rire Caleb, que je frappe souvent dans les côtes, et agace Tiffany.
– J’aimerais juste qu’il se magne, je ne veux pas être punie à cause de lui.
Ouais, c’est ça. Sauf que celui qui me rend toute chose depuis quelques
semaines tient une autre fille dans ses bras.
Maintenant, il se penche vers elle et l’embrasse sur les lèvres. La jalousie qui
s’insinue dans mes veines est telle une vipère déversant son venin. La douleur
est atroce, j’ai l’impression de ne plus parvenir à respirer, de suffoquer.
Le mal qui me ronge est puissant, mais je ne dois rien laisser paraître. Je ne
dois pas laisser échapper les larmes qui me brûlent les yeux. Je ne peux que
détourner le regard en espérant que Jo ne remarque rien, mais surtout que la
douleur disparaisse. S’efface.
Je ne peux même pas lui répondre. Ma gorge est nouée. Paralysée. Comme
moi. Par le désespoir.
– On y va ! lance Caleb.
Il claque des doigts devant mon visage pour me sortir de ma torpeur. J’ai
l’impression d’émerger du brouillard.
Je hoche la tête et lui emboîte le pas. Nous marchons en silence jusqu’au quai
du métro. Là, il semble réaliser que je ne suis pas dans mon assiette.
– Tout va bien, lui affirmé-je, avec toute la conviction dont je suis capable.
Lui et moi ne faisons que nous taquiner, nous amuser. Je ne suis pas supposée
être jalouse et il ne doit surtout rien soupçonner.
– Ouais.
Je n’aurai pas droit aux détails. C’est peut-être mieux comme ça.
Je suis distante et lointaine durant tout le trajet, que ce soit en métro ou à pied
ensuite. J’ai la sensation qu’on m’a enfoncé une lame en plein cœur et je dois le
cacher.
Alors je suis bien contente quand je suis enfin arrivée à la maison. Cependant,
Caleb ne me laisse pas regagner ma chambre sans me suivre.
– Dis-moi ce qui se passe ! Je vois bien que t’es pas comme d’habitude.
Caleb fait de gros yeux ronds, comme s’il ne s’attendait pas à ce genre de
réponse de ma part.
Il s’approche de moi et pose ses mains sur mes épaules. Nos regards
s’accrochent.
Je hoche la tête.
Il m’attire contre lui. J’aurais pu être bien. Pourtant, il tenait une autre fille
contre lui, il n’y a encore pas si longtemps. Je peux presque sentir son parfum. Je
suis écœurée.
Je brise rapidement l’étreinte ; c’est trop insupportable.
Ce soir, j’ai réalisé que Caleb ne sera jamais à moi, qu’il appartient à Tiffany,
qu’il l’aime, que lui et moi ne faisons rien d’autre que jouer à un jeu dangereux.
Je décide de lui cacher mon mal-être. Je ne vais pas mieux qu’à notre retour
du cinéma, mais que puis-je y faire ? Une baisse de moral ou une prise de
conscience douloureuse.
Je me fais une tartine sans trop de conviction, alors que lui semble en pleine
forme, ce matin.
Je hoche la tête. Je suis déjà habillée, mais je n’ai pas encore discuté avec ma
mère. Je préfère lui parler avant de prendre une quelconque décision.
Et puis, hier soir, j’avais décidé qu’il serait mieux pour moi de ne pas y aller.
Je ne sais plus quoi faire. Je suis complètement perdue.
Caleb me parle d’Hawaï, où il est déjà allé plusieurs fois, sans doute pour me
convaincre. Ses longues plages de sable fin. L’océan bleu turquoise. Le paysage
à couper le souffle.
Dès qu’il a quitté la pièce, je m’isole dans le petit salon, m’installe sur le
canapé et contacte maman. Elle répond à la deuxième sonnerie. Nous discutons
pas mal de ma vie à Paris.
En disant cela, j’ai l’impression que je tente de la convaincre par mes paroles,
sans trop savoir si j’ai vraiment envie de partir avec eux.
Caleb revient dès que j’ai raccroché, j’espère qu’il n’a rien entendu.
Ma mère a accepté, certes, mais je n’ai pas pris ma propre décision ; je veux
pouvoir me protéger, en cas de besoin. Je veux me donner le choix. Celui de
refuser.
– Elle y réfléchit.
– OK, ben c’est déjà bien. Elle n’a pas dit non. T’es prête ?
– Oui.
Je passe rapidement par ma chambre pour me brosser les dents et prendre une
veste avant de rejoindre Caleb qui m’attend devant l’entrée.
Nous marchons en direction du métro, je ne suis pas très bavarde et, bien sûr,
le jeune homme le remarque.
Caleb se rapproche de moi pour mettre son bras autour de mes épaules. La
promiscuité est agréable, bien que mon cœur saigne toujours.
– Ça va passer, affirmé-je.
Il me garde contre lui durant tout le trajet à pied, mais aussi dans le métro, où
il nous déniche des places assises. Je me sens bien, même si la réalité s’impose
souvent à moi.
Caleb se sent à l’aise, dans le bâtiment ; il y déambule comme s’il avait passé
un temps infini dans cet endroit.
Quelques minutes plus tard, nous sommes devant notre père. Nous nous
embrassons avant que je prenne la parole.
– Maman a besoin d’y réfléchir, mais elle est d’accord pour que je fasse une
demande de passeport.
Ce n’est pas totalement la vérité, mais je ne peux pas la lui dire devant Caleb.
Je me tairais même s’il n’était pas là ; il ne comprendrait pas mon besoin de
garder le contrôle sur les événements à cause de son fils. Il ne doit rien savoir.
***
Là, c’est plus compliqué, j’ignore quelle ligne prendre ! Je dois me résoudre à
appeler Caleb à l a rescousse. Je soupire. Je voulais me débrouiller toute seule.
C’est raté !
La réponse ne tarde pas, tandis que j’essaie toujours de me repérer sur le plan
affiché.
Tu es où ? J’arrive.
Je remarque que nous ne prenons pas le même chemin qu’à l’aller. Je fronce
les sourcils et fixe Caleb en m’immobilisant au milieu de l’avenue.
– On est perdus ?
– Je vis à Paris depuis que je suis né, donc ouais, on peut dire ça.
Je pense qu’il a beaucoup de chance, tout de même. Parce que, moi aussi, je
vis à Metz depuis ma naissance. La ville est moins imposante, certes, mais je n’y
connais pas les bonnes adresses. Maman et moi sortons rarement.
Caleb commande deux assiettes de rôti de bœuf avec des frites au serveur,
puis nous discutons d’Hawaï. Il me donne vraiment envie d’y aller. Avec lui.
Mais ne dois-je pas préserver mon cœur ?
Je retrouve ma bonne humeur, grâce à lui. Il se renseigne sur mon mal de tête
qui a disparu, je le lui assure. Je me sens mieux, moins triste, moins morose.
Quand nous rentrons, il est presque dix-sept heures. J’ai du temps pour
appeler ma meilleure amie. Je me dirige toutefois en priorité vers la cuisine pour
prendre une petite bouteille d’eau ; je meurs de soif. Je vais sur la terrasse et
commence à boire quelques gorgées. Je pense être seule, mais ce n’est pas le cas.
Caleb se poste devant moi.
– Tu as aimé ta journée ?
Je hoche la tête.
Je dois trouver une réplique convaincante, afin qu’il se sorte cette idée de la
tête.
– Ah oui ? râlé-je.
Il s’avance encore, tandis que je fronce les sourcils, surprise par ce nouveau
rapprochement. Ses yeux ne quittent pas ma poitrine exposée par le débardeur
humide. J’ai même l’impression qu’ils sont emplis de désir. Je me sens scrutée,
examinée et mal à l’aise ; si bien que les battements de mon cœur s’accélèrent.
Je dois absolument me sortir de cette situation.
Je n’attends pas sa réponse, je file dans ma chambre. Dès que j’en passe la
porte, je me sens mieux, je respire plus calmement. J’attrape un haut dans le
placard que je pose sur le lit, le temps de retirer l’autre, qui est mouillé.
Je déglutis alors qu’il lève sa main pour la poser sur mon sein droit. Je ferme
les yeux pour savourer le contact. Ma peau me brûle sous ses doigts, j’ai envie
de plus.
Je ne peux pas réfléchir, je n’y parviens plus. Mon cerveau est totalement
déconnecté. Mon corps lui obéit dans la seconde, prêt à tout pour lui plaire.
Une fois que je suis étendue sur mon lit, Caleb retire son tee-shirt et me
recouvre de son corps, tout en douceur. J’ai terriblement envie de lui, mais je
suis incapable de prononcer le moindre mot ou d’esquisser le moindre geste,
comme si tout en moi était anesthésié par mon désir impérieux.
Il glisse ses mains derrière mon dos pour dégrafer mon soutien-gorge, puis me
le retire, révélant mes seins. Ils sont plutôt de taille normale, ni trop gros ni
petits. Caleb les prend dans ses mains, je ferme les yeux pour savourer le
contact. Les battements de mon cœur mènent une danse frénétique que je suis
incapable de contrôler.
Les lèvres du jeune homme se posent dans mon cou, qu’il parsème de baisers
tendres, lentement. Je crois que je vais exploser sous le plaisir que je ressens.
J’ai la sensation d’être dans un rêve. Suis-je encore en train de fantasmer sur
lui ? Cependant, les sensations sont tellement fortes que je suis certaine d’être
bien réveillée.
Sa bouche quitte mon cou pour se retrouver sur mon sein droit. Il enroule sa
langue autour de mon téton, le suçote. Il offre le même traitement à l’autre. Je
suis au bord de l’extase, je commence à lâcher des gémissements que je ne
parviens pas à retenir. Je sens ses lèvres sur mon ventre, puis il remonte jusqu’à
mon cou ; mon corps n’est plus qu’un brasier incandescent.
Caleb dépose un baiser sur mon menton, sur ma joue, sur ma bouche. Il plante
son regard dans le mien, comme s’il me demandait la permission de
m’embrasser, avant de fondre sur mes lèvres. Il est tendre et lent pour me laisser
le temps de refuser, de le repousser. Mais, je n’en ai pas la moindre envie.
Lorsque sa langue tente de se frayer un passage, je l’accueille avec plaisir
avec la mienne. Elles dansent toutes deux en un long ballet sensuel.
Instinctivement, j’écarte les jambes pour le sentir au plus près de moi. Caleb
commence à bouger, mimant l’acte sexuel sans quitter mes lèvres. Je ne suis que
lave en fusion.
Nous nous abandonnons totalement l’un à l’autre, sans qu’il n’y ait de rapport
intime pour autant. Je n’ai jamais été aussi proche d’un garçon. Je ne me suis
jamais sentie aussi bien. J’approche de la jouissance, doucement, jusqu’à
l’atteindre finalement, en poussant un gémissement d’extase, étouffé par les
lèvres du jeune homme. La seconde d’après, il niche sa tête dans mon cou et se
laisse aller à son tour, dans son pantalon.
J’imagine que nous devons en parler, mais aucun mot ne sort de ma bouche ni
de la sienne. Il dépose un baiser sur mon crâne et me serre davantage, me faisant
me sentir spéciale pour lui.
Il sort de ma chambre quand il décroche. Je suis sûre que c’est Tiffany, sinon
il aurait répondu ici, avec moi. Que va-t-il se passer entre nous, maintenant ?
J’ai besoin d’un moment, ensuite, pour remettre mes idées en place, essayer
de comprendre ce qui vient de se passer et décider de la marche à suivre.
Je ne quitte mon antre que vers dix-neuf heures, quand j’entends que les
parents sont rentrés. Je rejoins Alice dans la cuisine, me reprochant mentalement
de ne pas avoir préparé le dîner.
– Caleb ne t’a rien dit ? Je l’ai appelé pour l’informer que nous rapportions de
quoi manger.
Non, il n’a pas jugé utile de m’en informer, visiblement. Dois-je en déduire
qu’il me fuit, maintenant ?
Mon père passe la porte entre le garage et la cuisine, des sacs en plastique
dans les mains.
Alice fouille rapidement dans les meubles et attrape de quoi dresser la table.
– Oui.
– Caleb ?
Il n’est pas dans la pièce, je suis surprise. Je n’ai pourtant pas entendu la porte
d’entrée.
– Ouais !
Il sort de la salle de bains attenante aussitôt. Il est changé, il est toujours aussi
séduisant. Mes joues s’empourprent au souvenir de notre rapprochement.
– Génial ! J’arrive.
– Oui.
Mon cœur vole en éclats à ce simple mot. Je ne sais pas ce que je m’étais
imaginé. Mais pas ça.
En fait, si. Je le voyais déjà célibataire, prêt à s’investir avec moi. Néanmoins,
c’est loin d’être le cas. Il est toujours avec sa copine. Comment ai-je pu être
aussi bête ?
Caleb salue les parents et s’en va. Sans un regard en arrière. Sans remords.
Je ne sais pas quoi penser. Ma seule certitude est que je suis malheureuse.
Terriblement malheureuse. Je retiens mes larmes depuis trop longtemps, j’ai
envie d’exploser, mais, avec mon père et Alice dans le salon, j’évite de crier ma
rage et mon désespoir.
Mais, puisque je suis là, autant regarder qui s’invite si tard dans la journée.
Je suis surprise de faire face à Jonathan. Si j’avais encore l’ombre d’un doute
sur l’identité de la personne avec qui Caleb passe la soirée, il vient de s’envoler.
– Salut, lancé-je.
– Salut, Clém.
J’ai envie de refuser, mais l’idée me tente bien, en réalité. Sortir me permettra
de ne pas me morfondre, d’oublier et de passer à autre chose. Peut-être.
– Euh… OK. Je vais juste prévenir mon père et prendre une veste.
– Je t’attends.
Il me sourit.
Nous discutons durant le trajet à pied. J’ignore pourquoi il vient ici avec ses
amis, alors qu’il n’habite pas cet arrondissement. Peut-être que l’un d’eux vit
dans le coin. Nous ne marchons que quelques minutes, avant d’arriver à
destination. Jonathan sait exactement où aller. Il rejoint deux garçons, assis l’un
à côté de l’autre sur une banquette.
Lorsque nos verres sont vides, nous allons jouer au baby-foot. Je fais équipe
avec Jo. Les garçons se débrouillent très bien, alors que moi, qui n’ai jamais
aimé ce jeu, je m’en sors plutôt mal.
Nous retournons à table, après la victoire des jumeaux ; Jo rit en assurant qu’il
ne jouera plus en équipe avec moi.
Enzo décide de payer une tournée et choisit des bières pour tout le monde. Je
n’en ai jamais bu, mais je le garde pour moi. J’en avale quelques gorgées sans
grimacer. C’est amer, mais pas mauvais.
J’ai du mal à tenir debout, moi qui n’ai jamais bu d’alcool de ma vie. Je vois
trouble, par moment, et je commence à avoir mal à la tête. Toutefois, je ne songe
plus à Caleb.
Jonathan parle de son ex – Evy –, avec qui il est sorti plusieurs semaines. Il l’a
quittée récemment, parce qu’elle ne voulait pas aller plus loin avec lui. Je suis
choquée par cette vérité, mais n’en montre rien. Enzo et Jérôme sont bien
contents que leurs copines respectives ne soient pas aussi prudes.
Je suis choquée par son audace et le sujet me fait penser à Caleb et notre
moment si particulier. Puis j’en viens à me demander ce que je fais ici.
– Tu t’es déjà fait prendre par deux mecs en même temps ? enchaîne Jérôme.
Je crois rêver !
Je veux m’en aller ! Je n’aurais jamais dû venir. C’était une très mauvaise
idée.
– Non, répliqué-je.
– Tu es intéressée ?
Jérôme me fait un clin d’œil avant de jouer avec sa langue. Un vrai porc.
– Non !
– Je vais me mettre à côté de toi. Jo, échange de place avec moi, Clém me
désire.
Jonathan cède sa place à Enzo. J’aurais préféré qu’il refuse. Voilà que le jeune
homme à côté de moi pose son bras sur le dos de la banquette et me fixe comme
s’il allait faire de moi son quatre heures. J’ai juste envie de disparaître.
Pourquoi je suis venue, déjà ? J’aurais été tellement mieux dans ma chambre,
dans mon lit avec mon téléphone. Je pensais que sortir me ferait oublier Caleb.
Je n’imaginais pas que Jonathan fréquentait des pervers obsédés sexuels.
Quelque chose me dit que, si je décide de rentrer, ils ne me laisseront pas filer.
Eux aussi ont bu, et pas que de la bière. Ils sont rapidement passés au whisky.
Il pose sa main sur mon épaule et m’attire contre lui ; j’ai envie de vomir. Son
eau de toilette me donne la nausée. À moins que ce ne soit l’alcool que j’ai bu.
– Non. Je… j’ai un copain, balancé-je soudain, pour qu’il me laisse tranquille.
Il attrape ma main et la pose sur son entrejambe gonflé avant que j’aie pu
réagir et la retirer. Quelle horreur !
Cette fois, c’est trop, je ne veux pas rester près de lui. Je dois m’éloigner. J’ai
peur de ce que cet individu pourrait me faire. Il ne doit pas aimer les filles qui lui
disent non.
Il me laisse m’y rendre, me libérant de son étreinte après avoir susurré à mon
oreille.
– Clém ?
Caleb est surpris de m’entendre, mais je suis contente qu’il réponde. Pendant
un instant, je craignais qu’il ne soit trop occupé avec sa copine.
– Caleb, tu dois m’aider. Je suis… je sais pas où avec Jo et deux gars. Y’en a
un qui veut m’emmener pour… Ils m’ont fait boire, débité-je de façon assez
confuse.
– Clém, calme-toi. Où es-tu ?
– J’en sais rien. C’est un café. On y est allé à pied. Y’a un baby-foot et des
fléchettes. La devanture est bleue.
J’ai mal à la tête. Je me regarde dans le miroir et je me fais peur. Mes yeux
sont rougis, vitreux. Ce n’est pas moi, ça.
J’en ai marre de subir cet interrogatoire. Il ne peut pas juste venir et me sortir
de là ? Me sauver.
– Enzo et Jérôme.
– OK.
C’est beaucoup trop long ! D’ici une minute, ils vont débarquer pour savoir ce
que je fais. Je coupe la communication, désespérée.
Je vais faire pipi pour soulager ma vessie qui devient douloureuse, puis je me
lave les mains et passe de l’eau sur mon visage. Il s’est passé trois minutes
depuis que j’ai raccroché. Je ne peux pas rester ici indéfiniment. Pourtant, c’est
ce que je compte faire. Je m’y sens en sécurité.
Sauf que moins de deux minutes plus tard, Enzo pousse la porte des toilettes
des femmes. Je suis devant le lavabo, les mains posées de chaque côté.
Visiblement, il ne réfléchit plus avec son cerveau, alors que moi-même je m’y
efforce, afin de rester lucide.
Caleb, dépêche-toi !
Ma canette n’est pas vide, mais je suis incapable de boire encore. Pourtant, ça
me permettrait de retarder l’échéance. Eux ont tous fini leur boisson. Ma tête
tourne, je commence à entendre bourdonner mes oreilles.
– Non ! crié-je.
Il resserre la poigne, refusant catégoriquement de me laisser partir. Je suis en
panique totale.
Mais voilà que soudainement Enzo est tiré en arrière, me lâchant au passage.
Je vacille.
Caleb est là. Il est en train de lui mettre son poing dans la figure. Je suis
abasourdie. Et tellement heureuse.
Je me rends compte que c’est la première fois que je le vois hors de lui. Il
m’attrape par l’avant-bras et me place derrière lui pour me protéger.
– Cal…
– Dégagez ! Barrez-vous !
Les trois garçons nous tournent le dos et s’en vont. Caleb me fixe, je sens la
rage émaner de chaque pore de sa peau. Il est hors de lui, j’ai l’impression qu’il
va exploser.
– Ça va…
Il m’attire contre lui et me serre dans ses bras. Je l’enlace aussi, le remerciant
silencieusement d’avoir volé à mon secours.
Il passe son bras dans mon dos et me soutient le temps que nous rentrions à la
maison. Le trajet est difficile pour moi ; je vois trouble et j’ai mal au ventre.
***
Tout est calme chez nous. Les parents doivent être couchés depuis un moment.
Une fois que je me sens mieux, Caleb m’aide à me redresser et me brosser les
dents. Il attrape un gant humide qu’il me pose sur la nuque et m’essuie le visage
ensuite.
Caleb m’aide à retirer mes vêtements et, s’il me désire, il n’en montre rien. Je
suis très maladroite en mettant ma chemise de nuit, je dois offrir un pitoyable
spectacle à ce garçon qui me plaît tant.
– Pourquoi tu as bu ?
– Écoute, Clém…
– Non, laisse tomber. Je sais que tu l’aimes et que nous ne faisons que jouer.
Je ne réponds pas. J’ai trop mal à ma tête qui tourne pour réfléchir à ne pas
dire de bêtises.
Les lèvres de Caleb se posent sur les miennes et il me donne un tendre baiser.
Je ne veux pas qu’il recule. Je l’attire sur moi jusqu’à ce qu’il se laisse aller et
s’allonge sur le lit. Nos langues se cherchent et se trouvent rapidement ; je refuse
qu’il me laisse.
Nous nous reculons de temps à autre pour reprendre notre respiration, avant
de mieux nous retrouver. C’est lors d’un de ces moments que je lâche quelque
chose de stupide.
Mes mots obligent Caleb à se reculer et planter son regard dans le mien.
– Caleb…
Caleb se redresse, alors que je voulais qu’il reste. J’ai froid. Je me sens
abandonnée. Je ne sais pas ce qui se passe en moi, mais les larmes commencent
à rouler sur mes joues.
– Clém, souffle-t-il.
– Je t’aime, Caleb.
***
Je revois les canettes de bière que me payaient les garçons. Moi qui les buvais
pour oublier le fait que celui que j’aime soit avec une autre.
– Ça va, assuré-je.
Je m’approche du matelas alors que le jeune homme est adossé à la tête de lit.
Je me place face à lui et le prends dans mes bras pour le remercier.
– J’ai cru devenir fou quand tu m’as appelé. J’étais terrifié à l’idée de ne pas
arriver à temps.
J’ignore si ce sera positif ou négatif pour moi. Je ne sais pas ce qu’il me dira,
mais j’ai peur de l’entendre. Peur de le perdre, alors qu’il ne m’appartient même
pas.
– Je vais me préparer. On se retrouvera dans la cuisine.
Il sort de mon lit après ces mots et je crains que le ciel ne me tombe sur la tête,
que ma vie s’écroule. Je refuse de le perdre. Pas maintenant qu’on est si proches.
Chapitre 16
C’est avec anxiété que je rejoins Caleb dans la cuisine. Il est déjà dans la pièce
et y fait les cent pas. Quand il m’aperçoit, il s’immobilise et nos regards
s’accrochent. Je suis toujours dans le flou concernant les confidences qu’il
s’apprête à me faire. Mon estomac est noué, je n’ai pas faim, je ne pourrai rien
avaler.
Toutefois, ce n’est pas qu’à cause de l’angoisse, mais également de mon abus
d’alcool de la veille.
Il me tend un verre d’eau, d’une drôle de couleur blanche, posé sur le plan de
travail.
– Oui.
Je lui relate ce que je me rappelle depuis que j’ai suivi Jo au café, jusqu’à
l’arrivée d’un Caleb furieux. Je ne suis pas fière de moi, surtout de m’être laissée
tenter par de l’alcool. Je me sens carrément minable.
– Et après ?
– Tu as vomi.
La classe ! Je grimace.
– Désolée… bredouillé-je.
– Je ne me souviens de rien…
J’ai honte.
– Non.
Je me sens rassurée.
Il refait les cent pas. J’ai l’impression que mes émotions font le yoyo en moi.
À un moment, je me sens bien, à l’autre, je suis angoissée.
– J’étais avec Tiffany, hier. J’avais besoin de savoir où j’en étais avec elle.
– Et alors ?
Je le prends comme une bonne nouvelle pour moi. Ai-je tort de retrouver de
l’espoir pour nous ?
– J’ai beaucoup de mal avec elle, depuis que tu es entrée dans ma vie. Mais
c’est compliqué.
– Je sais. Sinon les choses ne seraient jamais allées aussi loin entre nous. Mais
tu es quand même la belle-fille de mon père.
– Ça te dérange ?
– Non. Mais je ne suis pas certain que nos parents prendraient bien cet état de
fait. Et toi ?
– Je pense comme toi, ça risquerait de leur faire un choc. Mais on n’a pas
grandi ensemble. Ils pourraient comprendre.
– Tu es bien optimiste.
Il enlace ma taille et m’attire contre lui. Je plaque mes mains sur son torse.
– Je ressens la même chose. Mais je pense différemment en ce qui concerne
les parents.
– Dis-moi.
– On n’est pas obligé de leur dire. On peut juste voir comment les choses
évoluent.
– J’adopte l’idée.
– Tiff, souffle-t-il.
Je comprends qu’il a pris la décision de mettre fin à sa relation avec elle. Pour
moi. Je suis émue et contente.
Je me blottis dans les bras de Caleb. Il sera bientôt à moi et rien ne pouvait me
faire plus plaisir.
***
Ça fait plus de deux heures que Caleb est parti, me laissant seule à la maison.
Il est temps de déjeuner, mais je n’ai pas faim. Mon estomac est toujours noué.
J’ai bien essayé de lire, mais je ne parviens pas à me concentrer sur mon
roman. Alors, depuis maintenant soixante minutes, j’erre comme une âme en
peine. Je n’ai même pas envie d’appeler Louise, je veux juste que Caleb
revienne. Il me manque.
Je suis ravie que nous puissions enfin être ensemble. Je suis pourtant triste
qu’il passe autant de temps avec Tiffany. Et si elle parvenait à le convaincre de
rester avec elle ?
Toute la crainte emmagasinée depuis son départ disparaît. Il n’y a plus que lui
et moi dans ma bulle. Dans notre bulle.
Nous restons l’un contre l’autre, même après notre baiser. Je viens de prendre
une décision : je partirai avec lui et nos parents à Hawaï. Je ne veux plus le
quitter. Jamais.
Il attrape la crème solaire dans le sac que nous avons apporté et m’en étale sur
le dos. Sentir ses mains sur mon corps me procure un très grand sentiment de
bien-être. Il offre le même traitement à mon ventre et mon décolleté, je ne m’en
plains pas. Pour m’amuser, je le tartine également de crème, mais on sait tous les
deux qu’il n’en a pas besoin.
– Tu t’ennuies ?
– Non. Je te regarde.
Ses doigts frôlent mon ventre pour remonter jusqu’à mes seins qu’il évite
soigneusement. Je sens le feu intérieur me consumer au fur et à mesure que ses
caresses durent. Il veut me rendre folle et y parviendra sans mal.
– Tu crois que tu vas bronzer ? Il vaudrait peut-être mieux que tu mettes de
l’autobronzant ! se moque-t-il.
Certes, je suis plutôt blanche et, en général, je prends facilement des coups de
soleil, mais ce n’est pas une raison pour me taquiner. Je le pousse sur le torse, ce
qui le fait perdre son équilibre, et il se retrouve sur le dos.
– Idiot ! lancé-je.
Et il insiste, en plus !
– Non.
Je rigole face à sa franchise. En même temps, j’ai passé pas mal d’après-midi
sur sa terrasse à prendre le soleil, sans aucun résultat satisfaisant.
Caleb dépose un bisou sur mon nez. Puis, il se relève pour se rallonger à côté
de moi. Il continue de plaisanter avec l’inutilité du bronzage, dans mon cas.
– Si tu prends tout le soleil, c’est sûr que je n’aurai rien ! lui lancé-je.
Je lève les yeux au ciel. Du soleil en tube ? Je me retrouverais avec des traces
informes sur tout le corps ; j’ai déjà essayé et le résultat fut catastrophique. J’en
informe mon petit ami. Je souris intérieurement en pensant que c’est ce qu’il est,
maintenant.
Je sais bien que je pourrai refuser autant de fois que je le veux, s’il a décidé
que nous irions, je ne parviendrai pas à lutter. Cependant, comme il n’insiste pas,
je pense avoir gagné.
Nous prenons le métro, mais je suis quasiment certaine que ce n’est pas le
même qu’à l’aller ; je commence à parvenir à me repérer dans cette grande ville.
Je comprends mieux ce que Caleb mijote quand nous nous retrouvons devant
l’enseigne dont nous parlions plus tôt.
C’est main dans la main que nous pénétrons dans le bâtiment. D’abord, nous
faisons un tour dans le rayon "homme" ; effectivement, mon copain a besoin de
plusieurs produits. Ensuite, il me conduit dans celui des femmes, plus
précisément aux autobronzants. Comme si cela ne lui suffisait pas, il hèle une
vendeuse afin qu’elle me conseille pour mon achat. La petite blonde sur talons
aiguilles regarde ma peau avant de dénicher, soi-disant, la solution miracle. Puis
elle reporte son attention sur Caleb qu’elle drague sans même qu’il ne s’en rende
compte. Elle le complimente sur son bronzage et moi, je fulmine de l’intérieur.
– Jalouse !
Bon, c’est vrai que j’étais jalouse, mais qui ne le serait pas, quand un canon de
beauté se met à séduire votre mec ? Parce que, oui, Caleb est mon mec. Ça met
fait sourire d’y penser.
Caleb entre dans ma chambre dès qu’il s’est débarrassé de ses achats. Il
m’attire dans ses bras et m’embrasse comme si sa vie en dépendait. Mes jambes
ont beaucoup de mal à me soutenir sous le plaisir que je ressens. Rapidement,
mon copain nous fait basculer sur le lit jusqu’à se retrouver entre mes cuisses.
Position très érotique.
J’en oublie l’heure et la possibilité qu’on nous surprenne ; je ne pense qu’à lui
et moi dans notre bulle de bien-être. Caleb bouge sur moi, mimant l’acte sexuel,
ce qui me fait fondre totalement. Ses mains s’enhardissent et parcourent mes
courbes. J’ai terriblement envie de lui. Maintenant. Je murmure son prénom dans
un soupir quand il quitte ma bouche pour parsemer mon cou de baisers. Je le
désire, j’ai besoin qu’il me fasse sienne au plus vite.
J’acquiesce d’un hochement de tête, alors que je ne suis pas certaine de penser
comme lui.
– Où comptes-tu m’emmener ?
– OK.
– Toi aussi.
Il pose sa main dans le creux de mes reins et nous partons. J’espère qu’il a
pensé à prévenir nos parents.
Chapitre 17
Caleb et moi commençons notre soirée par un restaurant où j’opte pour un
bifteck et des frites avant de choisir une glace pour le dessert. Nous passons un
très agréable moment dans notre alcôve.
– Pas encore.
Maintenant, j’ai peur de ne pas avoir mon passeport à temps, même si Alice
m’a assuré que si. Je crois que je me sentirai bien uniquement lorsque je serai
assise dans l’avion, à côté de Caleb. Quoique, n’ayant jamais pris ce moyen de
transport, je risque de paniquer avant le départ.
– À quoi tu penses ?
– Non.
Nous terminons notre soirée dans la même discothèque que la dernière fois,
où j’entre sans problème. Soit le videur fait mal son travail, soit il décide de ne
pas contrôler les jolies filles. À moins que... Et s’il pensait que j’ai plus de dix-
huit ans ? Est-ce que j’ai l’air plus vieille que mon âge ?
Caleb nous déniche une table dans un coin tranquille, même si la musique est
très forte. Nous prenons un cocktail sans alcool que nous sirotons l’un contre
l’autre. Il me parle des délicieuses boissons qu’on peut déguster sur l’île de
Maui. J’ai soudain l’impression que le jour du départ est bien loin.
Puis, nous allons danser. Cette fois, je peux me lâcher et ça me fait du bien. Je
m’amuse à me frotter contre mon copain qui est plus que réceptif, je le vois dans
ses yeux. Je pense qu’il a autant envie de moi que moi de lui.
Quand le DJ passe un slow, nous restons sur la piste. Caleb me prend dans ses
bras, je pose ma tête contre son torse et ondule au rythme de la musique. Nous
nous embrassons à plusieurs reprises, désireux de nous cacher de personne,
seulement de nos parents. Pour le moment.
Nous sommes tellement bien, ici, que nous y passons une bonne partie de la
nuit.
Nous sommes tellement proches, ce soir, que j’ai envie de tout lui donner.
Il n’en fallait pas plus pour faire péter les plombs à Caleb qui veut se lever.
– Eh bien, je suis avec toi, pas avec eux. Et c’est encore avec toi que je rentre.
Il fronce les sourcils. Je suis contente d’avoir réussi à capter son attention.
– Je te détendrai...
Encore ce petit nom qui sonne comme une caresse à mes oreilles.
– Carrément, affirmé-je.
– Concentre-toi sur moi. Laisse ces crétins bavasser pour ne rien dire.
– Et après ?
– Dis-m’en plus...
– Je veux te sucer.
Son expression vaut le détour. Il est à la fois étonné et excité. Je suis certaine
qu’il imagine la scène ; pour ma part, c’est déjà fait depuis des semaines.
Je ne lui réponds pas. Par contre, une fois qu’il est descendu avec sa bande de
crétins de copains et que le métro a fermé ses portes, prêt à repartir, je lui fais un
beau doigt d’honneur.
Mon petit ami m’emmène directement dans sa chambre et ferme la porte à clé,
avant de se ruer sur mes lèvres. Il me plaque contre le mur derrière moi et se
meut lascivement contre mon corps. Sa langue contre la mienne m’excite autant
que ses mouvements obscènes. J’ai terriblement envie de lui. Mais, ce soir, je
veux le faire jouir.
Je plaque mes mains sur ses pectoraux et l’oblige à reculer. Il a le regard d’un
drogué en manque, tant il me désire. Je lui retire sa veste en cuir et son
débardeur pour caresser son torse, tandis qu’il reprend mes lèvres d’assaut, tout
en empoignant mes seins de ses deux mains. Je gémis contre sa bouche, j’ai
envie de tellement plus.
Je le sais. Mais j’en ai envie. Alors, je descends son pantalon qu’il retire
ensuite, puis je fais la même chose avec son caleçon. Une fois nu devant moi,
Caleb lève mon menton pour planter son regard dans le mien. J’y lis du désir
contenu depuis trop longtemps ; il en va de même pour moi.
Il me retire mon dos nu, mes chaussures et me fait m’allonger sur son lit. Ma
jupe se retrouve rapidement sur le sol et Caleb me recouvre de son corps.
J’écarte mes jambes pour le sentir contre moi. Mes sous-vêtements me gênent, je
voudrais les retirer.
C’est là que je me dis qu’il est temps de l’informer d’un détail avant d’aller
plus loin.
– Je ferai attention.
Je ne comprends pas tout de suite ce qu’il veut dire, pensant qu’il sera doux.
Mais, lorsque je sens ses doigts sur mon clitoris et caresser l’entrée de mon
vagin, je réalise qu’il ne compte pas me faire femme cette nuit. La déception est
grande, je me sens soudain vide à l’intérieur.
Caleb quitte mes lèvres, passe une nouvelle fois sur chacun de mes seins
jusqu’à lécher mon ventre. J’en oublie ma désillusion, repartie pour un aller
simple vers le plaisir. Il attrape ma culotte de chaque côté et la fait glisser le long
de mes jambes. La seconde d’après, je sens sa langue sur ma féminité. Il s’amuse
à suçoter mon clitoris, me faisant gémir, puis il glisse sa langue en moi.
Je ne sais pas combien de temps dure cette délicieuse torture, mais, quand
j’atteins l’extase, j’ai la sensation de voir des étoiles. C’est encore plus fort que
lorsque je me caressais en pensant à lui. En fait, ça n’a carrément rien à voir.
C’est dans les bras du garçon que j’aime éperdument que je m’endors, collée
contre lui, une main sur son bas-ventre, que je rêve de glisser dans son caleçon.
***
Je suis réveillée par des baisers dans mon cou. J’émerge tout doucement,
sortant de ma douce torpeur, pour admirer Caleb au réveil, les cheveux en
pagaille.
– Salut, souffle-t-il.
– Salut.
– Tu as bien dormi ?
Je me glisse sous une douche bien chaude, me disant que j’aurais dû rejoindre
mon copain sous la sienne. Elle aurait sans doute été plus agréable.
– Vendu, bébé.
Ce que Caleb et moi avons partagé, cette nuit, était juste divin, mais j’ai
besoin de plus. Je veux qu’il soit entièrement à moi et être entièrement à lui.
– Toi aussi.
Je le regarde terminer les gaufres, il en a fait une dizaine. Il les dépose sur un
plateau, puis ajoute son bol de café, le mien avec du chocolat chaud, le pot de
confiture, celui de pâte à tartiner, des couverts, et il apporte le tout sur la terrasse.
Nous prenons donc notre petit-déjeuner dans le salon extérieur, le soleil nous
faisant de l’œil.
Les pâtisseries sont délicieuses. Décidément, Caleb sait tout faire de ses
mains. Il sera un chirurgien de renommée mondiale, j’en suis certaine. Je préfère
ne pas penser qu’il va rentrer en seconde année de médecine, tandis que je ne
serai qu’en terminale.
– Si tu veux bronzer, il faut enlever tout ça. Ou mettre ton soleil en tube.
Je rigole.
– Non, avoué-je en haussant les épaules. Mais il n’y a que toi et moi, ici.
Il se lève pour venir s’asseoir sur mon siège, poussant mes jambes au passage.
Mais soudain, son téléphone sonne, nous obligeant à nous écarter. Il l’attrape
dans sa poche et, dans le mouvement, je distingue le nom de l’appelant en même
temps que lui le fixe : Jo.
Je ne sais pas si les deux garçons ont discuté depuis la soirée au bar, mais j’en
doute. Je n’ai rien remarqué.
Son ton n’est en rien agréable, mais je suppose qu’il est toujours fâché.
– Tu déconnes, j’espère ? Il se serait passé quoi, si je n’étais pas venu ?
Caleb crie.
– Évidemment qu’elle m’a appelé ! Tu croyais quoi ? Qu’elle allait laisser tes
obsédés de copains l’amener chez eux ?
Je me lève, bien décidée à aller réconforter l’homme que j’aime et qui est en
train de perdre son calme. Cette situation le touche. Il a vraiment eu peur pour
moi.
Je me glisse dans les bras de Caleb, qui me serre contre lui et dépose un baiser
sur ma tête.
– Ne m’appelle plus.
Il hausse les sourcils. J’espère qu’il a vraiment retrouvé son humeur coquine
et qu’il ne tente pas de masquer sa tristesse.
– Tu me proposais de te jeter dans l’eau, non ?
Il éclate de rire.
Ce n’est pas vraiment comme ça que j’avais prévu de débuter ma journée avec
lui, mais pourquoi pas ?
– Non.
Il attrape ma main et nous conduit près de l’eau. Cette fois, il ne plonge pas
directement dedans, me laissant tout de même une petite chance de parvenir à le
pousser.
J’hésite entre retirer ma robe et jouer le tout pour le tout, habillée. Finalement,
j’opte pour l’effeuillage, imaginant que c’est ma seule chance ; je pourrai retenir
toute son attention de cette façon.
J’éclate de rire.
– Rejoins-moi.
Il retire son bermuda trempé et ses tongs qu’il pose sur le rebord de la piscine,
juste devant moi. Je m’accroupis pour m’asseoir sur le rebord et me laisse glisser
dans l’eau délicieusement chaude. Je fais quelques brasses sous le regard de mon
petit copain. Il se joint à moi, puis me bloque dans l’un des coins de la piscine.
Nous avons pied. Il relève mes jambes pour que je les noue autour de sa taille.
J’ai envie de me laisser aller, de me donner à lui. Toutefois, il n’est pas décidé
à franchir le pas. Je pense qu’il veut d’abord me rendre folle... de désir.
Chapitre 18
Caleb ne se contente pas de me rendre dingue dans la piscine, il continue tout
au long de la journée.
Ensuite, je l’entends bouger et je sens ses mains sur mon corps. Sur mon
ventre nu, sur mes cuisses, sur mes bras, mes épaules et même sur le galbe de
mes seins.
– Tu t’ennuies, Caleb ?
– Oui.
J’ouvre les yeux, derrière mes lunettes de soleil, pour le voir sourire. Afin de
s’installer sur la même chaise que moi, il écarte mes jambes et en attrape une
pour la poser sur ses genoux. Ses doigts parcourent toute la longueur de mes
cuisses, m’excitant de plus en plus.
Je ne comprends pas ces mots, jusqu’à ce qu’il retire mon haut de maillot de
bain. Il n’y a aucun vis-à-vis avec les voisins, alors je le laisse faire ; je me
retrouve seins nus devant lui. Sa bouche s’empare de l’un de mes tétons, pour le
mordiller et le sucer, puis il fait de même avec l’autre.
En même temps, je sens ses doigts se faufiler sous ma culotte. Caleb caresse
ma féminité humide et glisse son doigt en moi, lentement, sans profondeur. Il en
ajoute un deuxième, je gémis de plaisir. Il capture ma bouche pour étouffer mes
cris, tout en poursuivant ses va-et-vient. Son pouce se pose alors sur mon point
sensible et je ne tarde pas à exploser devant lui.
– Tu es belle quand tu jouis pour moi.
Je me perds dans ses yeux bruns, égarée dans les affres du plaisir. Je l’aime
tellement que ces trois petits mots veulent franchir la barrière de mes lèvres.
Toutefois, je ne dis rien. Il met ses doigts dans sa bouche pour les sucer. Je crois
qu’il m’a perdue, là. Il pose ensuite ses lèvres sur les miennes et nous nous
embrassons à en perdre haleine, nos langues dansant fiévreusement ensemble.
C’est la sonnerie de la porte d’entrée qui nous oblige à reprendre notre souffle.
Caleb appose son front contre le mien.
J’acquiesce d’un hochement de tête et me lève après lui. J’étais bien, ici.
Pourquoi faut-il qu’un importun s’invite maintenant ?
– Laisse-moi me racheter !
– Non.
– Je suis désolé.
– Je m’en fous, putain ! Si elle vous avait suivis ou que je n’étais pas arrivé à
temps, vous l’auriez violée !
Le silence plane dans la pièce. Caleb sait qu’il a raison, son ancien meilleur
ami ne peut plus rien dire pour sa défense. J’ai envie de vomir. Moi qui croyais
que je devais me méfier des jumeaux, je constate que Jo n’est pas plus digne de
confiance qu’eux. Du moins, plus maintenant.
Quand la porte est close, je me montre à Caleb, qui m’attire dans ses bras pour
me serrer fort contre lui.
– Le voir me fait repenser à cette soirée. J’ai vraiment eu peur, tu sais. Il aurait
pu t’arriver n’importe quoi.
– Avant, oui. Mais ça fait quelques semaines qu’il traîne avec des gars peu
fréquentables qui passent leurs soirées à boire. Je ne suis pas comme ça. Je ne
veux plus rien avoir à faire avec lui.
Je suis rassurée de savoir que ce n’est pas moi qui ai brisé leur amitié. Certes,
je suis peut-être la goutte d’eau qui a fait déborder le vase, mais Caleb
n’appréciait déjà plus les fréquentations et occupations de son ami.
Nous allons sur la chaise longue et reprenons la même position qu’avant que
nous soyons dérangés. Je veux bien plus que de simples baisers et
attouchements. J’espère qu’il le comprendra.
– Tu veux boire quelque chose ? Il fait chaud et je ne t’ai même pas proposé
une boisson fraîche.
Mon amoureux pose nos verres à moitié vides sur le sol en bois. Il attrape un
glaçon dans le sien et le pose entre mes seins.
– À quoi tu joues ? l’interrogé-je.
Il le prend ensuite entre ses dents et s’amuse à dessiner sur mon corps avec le
petit cube glacé, laissant des sillons d’eau partout sur son passage. Ce froid
contraste avec la chaleur de mon corps. C’est agréable. Il passe sur chacun de
mes tétons, plusieurs fois, sur mon ventre, dans mon cou, pour finir dans ma
culotte. Je pousse un cri lorsqu’il rencontre mon clitoris, un autre lorsque Caleb
l’enfonce en moi.
Une pensée me vient sans même que je ne sache pourquoi, je me souviens que
mon amoureux est très porté sur le sexe, il me l’a déjà avoué. Le glaçon fond en
moi, alors que je brûle tout autour de lui. Les yeux de Caleb ne quittent pas mon
visage pour percevoir mes réactions. S’il pouvait y lire à quel point j’ai envie de
lui !
Je vois la bosse qui déforme son short quand il se redresse. Il attrape nos
verres et me tend le mien. Je me désaltère.
Je pense qu’on a assez fait de préliminaires pour passer aux choses sérieuses,
non ? C’était pour ça que je voulais rester ici aujourd’hui : pour faire l’amour
avec lui.
– Caleb, susurré-je.
– D’accord.
Il ne perd pas de temps et se lève pour aller vers la cuisine. J’en profite pour le
suivre.
Je suis complètement nue devant lui et je me sens bien, dans mon plus simple
appareil. Lui, par contre, porte trop de vêtements à mon goût. Il referme le
congélateur et s’approche de moi d’un pas nonchalant.
Il entre dans mon jeu et je trouve ça très érotique. Il s’approche de moi, sans
pour autant m’effleurer.
Je me colle contre lui pour l’embrasser. Il noue ses bras autour de mes
hanches. Je sais qu’il a compris ce que je lui demande. Je l’attire sur le lit et le
laisse se nicher naturellement entre mes cuisses, à sa place.
Ses lèvres s’écrasent sur les miennes. Notre baiser prend rapidement de
l’ampleur, nos langues jouent l’une avec l’autre, sensuellement.
Caleb glisse sa main entre nos corps pour s’assurer que je sois prête, ce que je
suis incontestablement.
– Tu veux bien qu’il n’y ait rien entre nous pour notre première fois ?
– Oui.
La réponse fuse, alors que je n’ai même pas pris le temps de réfléchir. Mais je
me sens bien. Je ressens quelques légers picotements, seulement.
Soudain, il pousse plus fort et j’enfonce mes ongles dans ses bras avant de me
figer.
Je l’aime et j’ai envie de le lui dire, mais je retiens mes mots. C’est trop tôt.
– C’était génial pour moi, bébé, souffle-t-il à mon oreille, son sexe toujours en
moi.
Caleb se retire, sans pour autant me quitter. Il roule sur le côté, m’emportant
dans son sillage, pour me serrer contre lui.
– Nan. Je veux juste profiter de mes dernières minutes seul avec toi.
Je tente quand même de lui faire entendre raison. Ce serait gentil de notre part
de préparer le repas pour les parents. Cependant, il ne l’entend pas de cette
oreille.
– Tu vois ?
– Je suis du genre très gourmand. Et comme ma copine est une bombe, il est
clair que j’ai envie de me perdre en toi encore une fois. Plein de fois.
Je suis touchée par sa gentillesse. C’est le bruit d’un moteur bien trop proche
qui nous oblige à nous reculer.
Je souris, sans avoir le temps de lui donner une réponse. Alice et mon père
pénètrent dans la cuisine. Je ne les ai pas vus depuis jeudi soir. Je vais les
embrasser, Caleb fait de même.
Ils vont à l’extérieur profiter du beau temps, alors que je reste avec lui dans la
cuisine. Je l’aide à préparer quatre cocktails sans alcool et quelques biscuits
apéritifs.
– Si tu veux.
– On passera un bon moment, je te le promets.
Mon père m’en parle en bien, il y est déjà allé plusieurs fois ; j’ignorais qu’il
aimait les manèges.
Alice rigole et mon père finalise la réservation. Les parents pensent que je
dois au moins passer deux jours dans le parc pour en voir un minimum.
– Et si ! Désolé !
Nous éclatons de rire, pressés de nous rendre au parc pour notre week-end de
folie. Et passer la nuit avec lui dans ce lieu magique est un véritable bonus que
j’apprécie d’avance.
***
Le samedi matin, nous partons avant neuf heures pour être devant le parc à
l’ouverture. Nous prenons la même voiture que les parents, bien que je découvre
que Caleb a son permis de conduire et qu’il en possède une à lui. Mais il préfère
les transports en commun pour circuler dans la capitale.
Le voyage est plutôt rapide, Marne-la-Vallée pointe rapidement son nez. Une
fois sur le parking, nous constatons qu’il y a beaucoup de monde, nous allons
devoir faire la queue. En même temps, pour un samedi de fin juillet, c’était sûr !
Heureusement, il ne fait pas aussi chaud qu’hier et, avec les pitreries de mon
amoureux, l’attente passe plus vite.
Nous nous retrouvons enfin dans Disney village, avec beaucoup de boutiques
et restaurants où je ne compte pas flâner pour le moment.
Il m’émoustille déjà.
L’aventure commence.
Bien que nous n’ayons pas les grosses chaleurs de la veille, il fait tout de
même lourd ; et tout ce monde est assez pesant, aussi. Nous nous arrêtons
souvent pour boire ou manger une glace.
Mon seul regret est de ne pas pouvoir donner la main à mon amoureux quand
nous marchons dans les allées, mais je me rattrape dans les manèges, quand
personne ne peut nous voir, ou quand nous sommes dans une attraction à
sensations. Je feins alors d’avoir peur et de devoir m’accrocher à mon voisin.
Le dîner est divin. Toutefois, ce que j’attends, c’est le dessert. Dans l’intimité
de ma chambre…
Caleb est déjà venu avec ses parents, alors il ne s’extasie plus sur la beauté des
lieux, mais moi, je fais de nombreuses photos pour les montrer à ma mère et
Louise.
Un peu plus tard, nous quittons les parents et nous nous donnons rendez-vous
pour demain matin à neuf heures pour prendre notre petit-déjeuner. Puis, nous
filons à notre étage.
Je sors mes affaires de mon sac à dos. J’en ai pris très peu, parce que, demain,
je devrai le porter toute la journée dans le parc. Je vais dans la salle de bains, qui
me charme autant que le reste de la chambre. La douche est grande et
magnifique.
– Caleb, regarde.
– Je ne serai pas sage sous la douche... et je ne compte pas l’être dans le lit,
non plus. Penses-tu pouvoir suivre le rythme ?
– Assurément.
Je prends réellement mon dessert dans notre chambre. Nous sommes encore
mouillés quand nous nous allongeons, nus, sur l’un des lits.
Mon copain caresse mon corps religieusement, tandis que je fais de même
avec son sexe dur entre mes doigts. Il ne m’en faut pas beaucoup pour
m’approcher du point de rupture. Mais Caleb ne me laisse pas atteindre la
délivrance, pas avant qu’il ne soit en moi et qu’il ne me pilonne de plusieurs va-
et-vient.
Je finis par exploser en criant son prénom. Caleb me rejoint peu après. Il
s’affale sur moi, ensuite, sans pour autant m’écraser.
– Tu m’as épuisé.
Caleb m’embrasse longuement, puis nous allons nous coucher dans le lit qui
n’a pas été témoin de notre amour. Dans les bras l’un de l’autre.
***
Caleb et moi prenons notre petit-déjeuner avec nos parents, puis nous
retournons dans le parc explorer la partie que je ne connais pas encore. Entre
attractions à sensations et promenades, je passe de bons moments. Contrairement
à la veille, je ne monte pas qu’avec mon copain dans les manèges, mais aussi
avec mon père, ce qui me permet de me rapprocher de lui. Nous rions beaucoup.
Malheureusement, toutes les bonnes choses ont une fin. Cette belle journée
familiale se clôture dans les boutiques que j’ai repérées en arrivant ; je fais
quelques folies. J’ai pris beaucoup de photos, ce week-end, pour ne rien oublier.
Néanmoins, j’ai également besoin de souvenirs matériels.
C’est à regret que je quitte le parc. Caleb me promet qu’on reviendra, si j’en ai
envie. Plutôt deux fois qu’une !
Et moi, je m’en veux un peu de leur avoir menti. Elle a accepté depuis
plusieurs jours, déjà. C’est moi qui avais besoin d’être sûre. Alice m’assure
qu’elle contactera son ami dès demain pour avoir des nouvelles de mon
passeport ; il le lui a promis avant jeudi. C’est la seule ombre au tableau,
maintenant : que je ne l’aie pas à temps.
– Je n’y ai pas pensé, mais tu aurais pu lui dire de venir avec nous, ce week-
end.
Je crois rêver. Pourquoi il n’annonce pas leur rupture aux parents ? Je compte
aborder le sujet avec lui dès que nous serons seuls.
Mon amoureux est dans son lit, en train de regarder son téléphone portable en
souriant. Il n’est même pas surpris de me voir et m’invite à le rejoindre en
ouvrant la couette. Je me précipite contre lui et pose ma tête sur son épaule pour
voir ce qui le fait sourire. Il est en train de visionner les photos qu’il a prises ce
week-end. Je constate qu’il en a même fait de moi en train de dormir. C’est trop
chou.
– Pourquoi tu n’as pas dit aux parents que tu avais quitté Tiffany ?
La réponse me satisfait.
Nous discutons un moment de notre week-end. Je suis encore sur mon petit
nuage. Puis Caleb m’allonge sur le lit pour me faire l’amour avec une grande
tendresse, me menant à l’orgasme en prenant son temps.
***
Le lundi matin, j’ouvre les yeux dans les bras de mon petit ami ; je suis
comblée et ne compte pas quitter cette étreinte réconfortante. Je ne me suis
jamais sentie aussi bien avec un garçon. Il me fait éprouver des sensations
complètement nouvelles.
Je me sens un peu seule, quand il quitte le lit, quelques minutes plus tard. Sa
présence me manque déjà.
Mon sourire s’élargit et je bondis hors du lit. Il a trouvé un bon moyen pour
m’en faire sortir !
Nous prenons donc notre douche ensemble, une douche coquine bien
évidemment, où je suis plaquée contre la paroi pendant que mon amoureux me
pénètre. Mes cris de plaisir emplissent la pièce et même la maison.
Heureusement que nous sommes seuls.
Une fois prête, je retrouve mon amoureux qui a préparé le petit-déjeuner sur la
terrasse. Il fait beau encore, aujourd’hui. Je m’assois à côté de lui et nous rions
en mangeant.
Puis Caleb m’annonce qu’il doit s’absenter un moment. Je fronce les sourcils,
surprise. Une envie de l’interroger me démange, mais j’essaie de la retenir. Ça ne
fonctionne que deux minutes, avant que je ne lâche la question qui me brûle les
lèvres.
– Tu vas où ?
Il pose ses mains sur mes hanches, tandis que j’attends d’en savoir plus.
– Je dois faire une IRM du cœur. Je me suis fait opérer, il y a trois mois. C’est
un contrôle.
Je tombe des nues quand j’apprends la nouvelle. Pourquoi ne m’a-t-il rien dit
plus tôt ?
Caleb recule de quelques centimètres et passe une main dans ses cheveux,
semblant réfléchir.
– J’avais un myxome.
– C’est une tumeur bénigne qui s’était logée dans l’oreillette gauche. Elle
empêchait le sang de passer dans mon cœur. J’ai donc subi une opération à cœur
ouvert.
– La tumeur a été retirée. Je dois juste faire des contrôles durant plusieurs
mois.
Il franchit la distance qui nous sépare et me serre dans ses bras pour me
réconforter.
Caleb pose ses lèvres sur les miennes un long moment, approfondissant le
baiser qui m’excite aussitôt.
Je suis atterrée par ce que je viens d’apprendre. J’espère que tout ira bien pour
lui.
– Carrément, je te le confirme.
Je lui raconte qu’il a rompu avec son ex pour être avec moi et que je suis la
plus heureuse sur Terre, en cet instant. Je lui raconte notre week-end à
Disneyland, mon rapprochement avec mon père et, pour finir, mon entrée dans la
cour des grands : je ne suis plus vierge !
Elle hurle de joie à l’autre bout de la ligne. Ma meilleure amie, désespérée que
je trouve un mec à mon goût. Finalement, c’est chose faite. Nous nous étendons
sur le sujet, avant qu’elle ne m’annonce qu’avec Andy tout va bien. Elle pense
être amoureuse et le jeune homme se montre très prévenant avec elle ; elle aussi
est comblée.
– Parce que tu crois sans doute que j’ai besoin de ta permission pour voir mon
copain ? C’est la meilleure, celle-là !
Mais de quoi elle parle ? Caleb a rompu avec elle ! Alors qu’elle ne vienne
pas me raconter de salades.
– Je suis venue prendre de ses nouvelles. Je sais qu’il avait rendez-vous
aujourd’hui.
J’ai l’impression qu’on m’enfonce une lame en plein cœur. Pourquoi Caleb
m’a-t-il menti en prétendant avoir rompu avec cette garce ? Pour coucher avec
moi ?
– Je l’ignore, bafouillé-je.
Je n’arrive pas à croire que Caleb se soit servi de moi ; il a l’air d’un mec
bien, pourtant. Comme quoi, les apparences sont souvent trompeuses.
Je veux que Tiffany parte. J’ai besoin d’être seule pour digérer la nouvelle.
Pour savoir ce que je dois faire, prendre une décision concernant mon avenir.
Elle s’en va, exauçant enfin mon souhait. Et moi, je fonds en larmes.
Comment a-t-il pu me faire une chose aussi cruelle ?
Chapitre 20
Il est plus de quinze heures quand Caleb rentre à la maison. Il est parti à onze
heures, ce matin. Sans doute s’est-il arrêté chez sa copine en chemin. Je croyais
naïvement que c’était moi, sa copine… Quelle belle erreur !
J’hésite entre lui hurler dessus tout de suite ou attendre. J’ai aussi envie de
savoir comment il va. Mon inquiétude pour lui n’a pas disparu.
– Tant mieux.
Bien sûr ! Et pas moi ! Je ressens un pincement dans mon cœur. Alors que
cette jalousie est mal placée.
Je vois à son regard qu’il ne s’y attendait pas. Sans doute pensait-il à parvenir
à me cacher leur relation.
– Tu sais quoi ?
Je me lève du canapé, je ne veux plus être près de lui. J’ai besoin de mettre le
plus de distance possible entre nous.
– Oh, ça va ! Ce n’est pas la peine de me prendre pour une cruche, alors que je
sais tout. Tout ce que tu voulais, c’était coucher avec moi ! Elle ne te suffit pas ?
Le pire, dans cette sordide histoire, c’est que je l’aime et que je vais souffrir.
Et, pour bien faire, j’ai annoncé à tout le monde ma venue à Hawaï. Je dois être
maudite.
J’aimerais appeler Louise pour me confier à elle. Cependant, après lui avoir
conté mon bonheur quelques heures plus tôt, ce serait une véritable douche
froide.
Et puis, je ne parviens pas à parler ; ma gorge est nouée et mes sanglots encore
trop présents.
***
Caleb n’est pas là, je suis surprise. Ou pas, finalement. L’appel de Tiffany a dû
être plus fort que tout.
Alice a apporté des pizzas. Excellente idée ! J’adore ce plat, même si je n’ai
pas vraiment faim. Je me force quand même un peu. Je ne pose aucune question
sur Caleb et les parents non plus. Mon père m’informe que sa compagne
récupérera mon passeport jeudi. Cette nouvelle devrait être un soulagement.
Pourtant, ce n’est pas le cas. Je ne sais plus quoi faire. D’un côté, il y a mon
envie de me rapprocher de mon père, de découvrir un nouveau pays, de l’autre, il
y a Caleb.
Je n’épargne rien à ma meilleure amie. Elle sait, à présent, que Caleb s’est
joué de moi, qu’il n’a jamais cessé d’être en couple avec Tiffany.
Pour le moment, j’en doute, mais le temps fera son œuvre, pas vrai ? C’est de
cette façon qu’on guérit d’un chagrin d’amour, non ?
Je suis démoralisée...
Toutefois, elle ne m’oublie pas pour autant, car elle revient rapidement sur le
sujet « Caleb ». Je soupire, je voudrais juste l’oublier.
– Il a joué avec toi. Il t’a menti pour te sauter. Et tu ne vas rien faire ?
– Clém, t’es folle ou quoi ? Tu dois lui donner une bonne leçon !
– De quelle façon ?
Elle est très drôle, parce que je n’en connais pas, dans cette ville, et je ne me
vois pas accoster le premier que je croise dans la rue.
– Tu sais bien que je ne fréquente personne.
– Ce n’est plus le cas. Et puis, je t’ai raconté ma soirée pourrie à cause de lui.
– Je sais, Clém. Mais, avoue que la vengeance n’en serait que meilleure !
Je dois bien admettre que Caleb n’apprécierait pas vraiment de me voir sortir
avec Jonathan. Mais, je raconte n’importe quoi. Tout ce qui l’intéressait, c’était
de coucher avec moi. Alors, en quoi serait-il jaloux ou fâché de me voir avec son
ex-ami ?
Cependant, Louise ne me lâche pas et me convainc par tous les moyens. Une
fois que j’en ai vraiment marre de l’écouter, je lui promets de voir ce que je peux
faire.
Je trouve Tiffany, Caleb, les jumeaux et plein d’autres que je ne connais pas.
Je regarde les photos de Tiffany ; elle en poste beaucoup, que ce soit avec ses
amies ou Caleb. Son statut est : en couple avec Caleb Serbat. Je clique sur le
profil de Caleb qui ne poste quasiment rien, à part des partages de citations ou
images humoristiques. Par contre, il est identifié sur beaucoup de clichés, avec
Tiffany. Il a le même statut qu’elle : en couple avec Tiffany de Brossard. Mon
cœur vole en éclats. Si j’avais encore un doute, il vient de disparaître.
Salut,
J’aimerais qu’on se voie pour parler de l’autre soir. Tu veux bien qu’on
prenne un verre, tous les deux ?
Clém.
Satisfaite de mon message, je le lui envoie, même s’il n’est pas en ligne.
Je ne sais pas ce que j’espère... Qu’il me réponde, sans doute. Je n’y crois pas
trop. Caleb et lui se sont disputés à cause de moi. Alors, si Jonathan tient
sincèrement à son amitié, il ne s’approchera plus jamais de moi.
***
Salut, miss.
À plus.
Jo.
Eh bien, voilà ! Le train est en marche, comme dirait Louise. Je lui envoie un
message aussitôt, pendant qu’il est connecté.
Super !
Comme je m’en doutais, l’appareil dans ma main sonne très vite. Je prends
une grande inspiration et décroche.
– Allô ?
– Oui.
– Tu peux venir.
Ce serait même génial si Caleb le voyait ! Sauf s’il s’en fout, me souffle une
petite voix intérieure.
Nous nous donnons rendez-vous chez moi pour quinze heures et coupons la
communication. Je vais dans ma chambre que je verrouille et appelle Louise afin
de lui raconter mes dernières aventures.
Je passe un peu de temps devant le miroir, parce que Louise m’a intimé
l’ordre de me mettre sur mon trente-et-un, en mode « bombasse ». J’en profite
donc pour me changer et mettre un jean. Hors de question qu’il s’imagine avoir
une quelconque ouverture avec moi. Mon haut est moulant, mais pas décolleté. Il
est parsemé de strass, il est classe, à mon goût.
Sans surprise, c’est Jo qui se tient devant moi. Mon cœur ne s’emballe pas. Je
ne ressens rien. Si ce n’est l’envie que Caleb me voie en sa compagnie et que
cela le fasse enrager, bien sûr.
Jonathan est souriant et bien habillé. Il veut me faire la bise, alors j’accepte et
nous partons. Lorsque nous sommes côte à côte sur le trottoir, j’espère de tout
mon cœur qu’on me regarde. Qu’on nous regarde.
Nous n’échangeons pas un seul mot sur le trajet et c’est tant mieux. Je choisis
d’attendre d’être assise pour qu’on règle nos comptes, ce qui ne tarde pas. Jo
voulait qu’on prenne le métro, j’ai refusé. Je préfère qu’on traîne dans un café
proche de chez mon père. Histoire d’être rassurée, peut-être, de ne pas être loin
de la maison, au cas où ça tournerait mal.
Nous sommes face à face, chacun un verre à la main. J’ai choisi un soda, lui
une bière.
– Je t’écoute. Pourquoi tu m’as invitée dans un bar, l’autre soir, avec des mecs
peu commodes ? Pour me soûler ?
– Tu m’en veux ?
Drôle de question !
– Je suis désolé.
Ma bouche s’ouvre en grand, mais aucun son n’en sort. Je suis abasourdie par
ce qu’il me raconte. Il a vraiment une drôle de façon de se faire des amis.
– Et j’avais quel rôle, dans ton histoire ? l’interrogé-je avant d’avaler une
gorgée de mon soda.
– Si je n’étais pas allé dans leur sens, ils se seraient tirés et ne m’auraient plus
parlé.
Je suis choquée par ce qu’il me dit. Ne se rend-il pas compte à quel point il est
malsain ?
Je me lève sans finir ma boisson et quitte le café. Je me sens plus légère, mais
pas d’humeur joyeuse pour autant. Jo n’est qu’un nuisible. Comment Caleb a-t-il
pu me présenter à ce mec ?
– Attends !
Je pivote pour lui faire face. Il me rattrape à petites foulées. Je l’ai laissé payer
la note, il l’a bien mérité !
Il ne réplique pas et je m’en vais. Je rentre chez moi. Certes, je ne suis pas
partie longtemps. Toutefois, j’espère que ça aura suffi pour énerver Caleb.
La maison est silencieuse quand j’y pénètre. Je me demande encore une fois si
j’y suis seule. Je ne peux pas aller frapper à la porte de celui qui m’a brisé le
cœur. Il ne mérite pas que je m’intéresse encore à lui ou que je me pose des
questions sur ce qu’il fait. Bien que j’en aie une petite idée, s’il n’est pas ici.
J’attends dans mon antre jusqu’à ce que j’entende le retour des parents. Je les
rejoins dans la cuisine et les embrasse. Alice a rapporté le dîner : chinois. Je
dresse la table et tressaille quand j’entends la porte d’entrée.
Ils lui répondent en chœur. Et je réalise soudain que j’étais seule tout l’après-
midi, seule quand Jo est venu me chercher et que je suis partie avec lui. Caleb
ignore tout. Et ça, c’est juste hors de question. J’enrage. D’autant plus qu’il était
sans doute avec Tiffany...
Lorsque le repas est terminé, j’aide à débarrasser. Mon père s’installe dans son
bureau avec un dossier – visiblement, il a rapporté du travail à la maison.
Alice essaie d’en apprendre plus sur mon rendez-vous, maintenant que nous
sommes entre filles. Elle s’imagine sans doute que je sors avec le meilleur ami
de son fils – parce qu’elle n’est pas au courant de leur dispute – ou qu’il me
plaît. Ce n’est ni l’un ni l’autre, mais je préfère laisser planer le doute, lui disant
que je tiens à garder mon jardin secret. Elle n’insiste pas.
Bilan sur le dîner : Alice imagine que je sors avec un garçon, tandis que Caleb
se fout éperdument que ce soit le cas.
– Tu es sortie avec Jo ?
– T’as quoi dans la tête ? aboie-t-il. Tu as déjà oublié la soirée qui a failli
déraper à cause de lui ?
– On s’est expliqué.
Il lève les yeux au ciel, exaspéré par mon attitude. C’est la jalousie qui me
guide et j’avoue que je ne me reconnais pas. Je ne mens jamais, habituellement.
Je devrais lui dire la vérité. Lui avouer que j’ai mal de savoir qu’il n’a pas rompu
avec Tiffany. Pourtant, aucun mot ne franchit la barrière de mes lèvres. C’est
comme si mon corps jouait contre moi.
– La prochaine fois que tu te retrouveras dans ce genre de situation...
Je n’ai toujours pas pris de décision pour Maui, alors que le départ est prévu
dans trois jours. Alice et mon père doivent récupérer mon passeport demain.
Je suis dépitée...
Quand je pénètre dans la cuisine, je suis seule. Je suppose que ce sera le cas
toute la journée. Je devrais partir, faire quelque chose, m’occuper. Je suis ici
pour renouer avec mon père et il est toujours au travail. Certes, il est en congé
vendredi soir pour un peu plus de deux semaines. Cependant, j’ignore si j’aurai
la force d’attendre, la force de prendre l’avion avec eux. Je crois qu’il serait plus
sage que je rentre chez moi, à Metz.
Je prépare mon petit-déjeuner sans grande conviction. Je n’ai pas faim, j’ai
une boule dans la gorge et le ventre. Je ne vais pas bien, c’est une certitude. Est-
ce ça qu’on appelle un chagrin d’amour ?
Après tout, je n’ai rien à me faire pardonner. Je n’ai pas joué avec lui, moi.
Caleb suspend son geste pour planter son regard dans le mien. Il semble triste.
Je ne sais pas comment agir, mais une chose est sûre : je ne pourrai plus rien
avaler. Je repousse la tartine que je me forçais à manger.
Que dois-je faire, maintenant ? Aller m’excuser alors qu’il n’a fait que me
mentir ? Je suis perdue. J’ai besoin d’aide.
Je retourne dans ma chambre pour panser mes blessures, espérant que j’irai
rapidement mieux. Je n’en peux plus de souffrir ainsi. Être amoureuse fait mal.
Je n’aurais jamais dû craquer sur cet homme. D’autant plus qu’il m’est interdit.
Je fixe mon téléphone portable sans vraiment le voir. Je n’ai envie de parler à
personne, pas même à Louise. Je crois qu’aucune amie ne sera capable de me
consoler. Pas à ce stade de tristesse.
Forte de mes bonnes résolutions, je me rends sur la terrasse d’un pas décidé. Il
est toujours installé dans le salon de jardin.
– Quoi donc ?
Il fronce les sourcils, comme s’il ne comprenait pas à quoi je fais allusion.
Une stupide pensée me soufflant qu’il est très sexy me traverse l’esprit, j’essaie
de ne pas y accorder de crédit. Mais c’est vrai qu’il est canon !
– Oui, confirmé-je.
Sauf que ce n’était pas la chose à faire, visiblement. Caleb se lève pour me
faire face. Il ne sourit pas du tout, je dirais même qu’il est fâché.
– Ce n’est pas à moi de réparer tes conneries parce que tu as peur de l’opinion
des parents.
C’est mon tour de froncer les sourcils, ne saisissant pas où il veut en venir. Où
ai-je bien pu faire des bêtises ?
– Hey ! le rappelé-je.
Oui. Là, tout de suite, j’ai bien envie de te traiter de connard arrogant. Mais je
me retiens.
– Quand tu en auras fini avec ton attitude de gamine, peut-être qu’on pourra
vraiment parler !
– Quoi ? m’énervé-je.
Eh bien, je priais de toutes mes forces pour que tu sois jaloux. Je rêvais de te
faire du mal. Échec total, je l’ai bien compris. Je me garde bien de le lui dire,
ceci dit. Il aurait réellement raison de me traiter d’immature. Et ce n’est pas moi,
ça. Je n’agis pas de cette façon.
Peut-être que si je lui avoue la vérité au sujet de mon rendez-vous avec Jo, il
sera plus clément avec moi. Je suis perdue. Je l’ai perdu. Et c’est ce qui fait le
plus mal, dans cette histoire.
Je n’ai pas besoin d’en dire plus. Caleb sait parfaitement où je veux en venir.
Je veux enterrer la hache de guerre, alors je lui raconte que nous sommes allés
dans un café. Je lui confie même les mots que nous avons échangés.
Est-ce que je dois lui souhaiter tout le bonheur du monde avec Tiffany ?
Là, j’ai fait mouche. Il semble moins pressé de filer, d’un coup. Il parcourt la
distance entre nous, ses yeux m’envoyant des éclairs de rage. Oups ! J’ai peut-
être dépassé les limites.
– Écoute-moi bien, parce que je ne te le dirai pas deux fois. Je ne peux pas me
mettre en retard, parce que je vais voir mon médecin avec les résultats de mon
IRM...
Il n’est plus avec Tiffany ? Elle m’a pourtant affirmé le contraire... Pourquoi
je l’ai crue ?
***
Je fais les cent pas dans la pièce, impatiente, mais aussi terrifiée. Je vais
devoir présenter des excuses à l’homme que j’aime. Et là, je me souviens :
« Pour moi, une erreur de jugement, c’est une connerie. » Les mots de Caleb.
La sonnerie de la porte d’entrée me fait sursauter. Je sais très bien que ce n’est
pas celui que j’attends, il a les clés, il se serait contenté d’entrer.
Je ne veux pas qu’il entre, parce que je ne suis pas certaine de parvenir à le
mettre dehors quand j’en aurai assez de le voir. Donc je m’avance sur le seuil, lui
bloquant l’accès à la maison.
– Qu’est-ce que tu fais là ?
– Salut, Clémence.
– Non.
Il craint sans doute Caleb et il a raison. Toutefois, je ne lui dirai pas qu’il n’est
pas ici. Je ne veux pas qu’il s’imagine des choses.
– Je suis désolé. Je ne veux pas que cette histoire mette un terme à notre
relation.
Euh... minute, papillon. On s’est vu deux ou trois fois, ce n’est pas ce que
j’appelle une relation.
Mes yeux s’écarquillent. Fait-il partie des garçons qui ne comprennent rien à
ce que leur dit une fille ? J’en ai bien l’impression.
Je mens pour qu’il me laisse et s’en aille. Mais ce n’est pas ce qui se produit.
Au contraire. Il réduit la distance qu’il y a entre nous et pose, par surprise, ses
lèvres sur les miennes. Je suis sous le choc et le repousse dès que l’effarement
est passé.
Abasourdie, je ne trouve pas mes mots quand il me fixe. Il sourit, fier de lui,
sans doute, et s’en va. Il traverse la rue, ce que je trouve étrange, pour se
retrouver sur le trottoir d’en face.
– Tu n’as pas pu t’en empêcher ! Dire que j’ai cru à tes conneries de tout à
l’heure.
– De quoi tu parles ?
Je veux dissiper tout malentendu, mais il ne m’en laisse pas l’occasion et part
dans sa chambre.
Mais que croit-il ? Que je sors avec son ancien ami ? N’a-t-il pas vu le baiser
forcé ? Je dois lui expliquer les choses.
– Pourquoi tu m’appelles ?
Mon cœur tambourine dans ma poitrine. J’ai peur d’être prise sur le fait, en
train d’écouter derrière la porte.
Elle l’invite ?
– Laisse tomber...
Je bous. Je suis en train de m’imaginer le garçon que j’aime discuter avec son
ex ; c’est intolérable. Je pousse donc la porte pour m’annoncer. Le regard de
Caleb croise le mien. Il doit comprendre que je désire quelque chose, sinon, que
pourrais-je bien faire ici ?
– Tiffany ?
– Tu voulais qu’on parle avant que tu partes à ton rendez-vous ? Je suis là.
C’est vrai que j’aurais pu commencer par là. Je m’en veux pour ma
maladresse.
– Et maintenant que tu sors avec Jo, je n’ai plus rien à te dire.
Mes yeux s’ouvrent telles des soucoupes. Je n’ai pas dû bien entendre.
Ce n’est pas croyable que tout tourne toujours en drame entre nous, depuis ces
derniers jours. Je vais finir par devenir dingue !
Je suis scotchée en entendant sa requête. Il me met dehors ? Mon seul désir est
de passer du temps avec lui. Malheureusement, les problèmes s’enchaînent entre
nous. C’est trop dur. Je ne suis pas faite pour les conflits.
J’ignore de quelle manière apaiser les tensions, je ne sais pas non plus
comment calmer sa colère et ma jalousie.
Je décide de lui dire la vérité sur ce qui s’est passé. Il en fera ce qu’il voudra.
Au moins, j’aurai la conscience tranquille, j’aurai fait tout ce que je pouvais.
Je me réfugie donc dans ma chambre, il est presque midi. Je n’ai même pas
faim. Toutes ces histoires m’ont coupé l’appétit.
J’ai envie de hurler pour laisser sortir le trop-plein d’émotions. Je n’en peux
plus. Cette vie n’est pas faite pour moi qui aime la simplicité.
Chapitre 22
C’est dans le courant de l’après-midi que je décide de sortir de ma chambre.
Je ne peux pas y rester éternellement, et puis mon ventre réclame de la
nourriture. Je suis seule dans la cuisine, mais pas pour longtemps. Comme si
Caleb m’avait entendue, il vient aussi. J’attrape une tranche de jambon dans le
paquet et commence à la grignoter. Visiblement, le jeune homme n’est pas là
pour manger.
– Si tu m’avais laissé parler, quand je suis revenu de l’IRM, je t’aurais dit que
Tiffany et moi, nous ne nous voyons plus, qu’elle était au courant pour mon
rendez-vous et qu’elle y a vu le moment idéal pour s’immiscer à nouveau dans
ma vie pour retenter sa chance.
Plus il parle et plus mon cœur se serre. Je ne parviens même plus à mâcher,
tellement ma gorge se noue.
– Je t’aurais dit aussi que j’étais très bien avec toi et que je ne suis jamais sorti
avec deux nanas en même temps. Mais tu m’as jugé et condamné sans même me
laisser en placer une.
Ses reproches sont légitimes, je les ai mérités. Je me suis laissée emporter par
ma jalousie, j’ai l’impression que je ne pourrai jamais réparer ce que j’ai brisé.
Caleb me fixe sans rien ajouter. Peut-être attend-il une explication sur mon
attitude.
– Je suis désolée.
– Elle a agi comme si elle sortait toujours avec toi et j’ai mal réagi. Je t’ai
accusé, c’est vrai. J’en suis désolé. Pour ma défense...
– Toi.
Je suis morte de peur quant à la suite des événements. Puis-je espérer une
réconciliation ?
Je sais que je ne finirai pas la tranche de jambon que je tiens encore entre mes
doigts, alors je la mets à la poubelle. Je me lave les mains ensuite. J’ai envie de
pleurer, je dois me donner une contenance. Je ne sais pas quoi répondre à Caleb.
J’ai été idiote de croire Tiffany, alors que c’est exactement ce qu’elle voulait.
Elle a toujours soupçonné qu’il se passait quelque chose entre Caleb et moi. Elle
avait raison et elle a voulu tout détruire, par vengeance.
Comme je le regrette.
Il n’y a de toute façon plus rien que je puisse dire. Peut-être que je peux faire
quelque chose, par contre... Sans réfléchir à la bonne idée de ce que je m’apprête
à réaliser, je m’approche de Caleb. Je me colle contre lui en même temps que
j’entoure son cou de mes bras. J’ai besoin qu’il me réconforte, qu’il me serre
contre lui.
Notre étreinte s’éternise pour mon plus grand plaisir. J’ai besoin de retrouver
Caleb, besoin de lui. Alors, quand il s’écarte légèrement de moi, je ne réfléchis
plus et agis. Je pose mes lèvres sur les siennes, espérant qu’il ne me repoussera
pas. Il n’esquisse aucun geste de ce genre. Il resserre même l’accolade et me
laisse approfondir le baiser. Nos langues se retrouvent, comme si elles ne
s’étaient jamais quittées. Et moi, j’ai terriblement envie de lui, des papillons
dans mon bas-ventre. Je bouge lascivement contre lui afin qu’il comprenne mon
désir. Mon corps est en feu, je veux des retrouvailles explosives. Je sens qu’il est
dans le même état, à la dureté dans son pantalon. Je m’appuie dessus, le faisant
gémir contre ma bouche.
Caleb pose ses mains sur mes hanches pour me hisser sur le plan de travail et
se niche entre mes cuisses, sans arrêter de m’embrasser. Il a soif de moi autant
que j’ai soif de lui.
Il répond à mon invitation sensuelle en sortant son sexe enflé de son bermuda
pour le glisser en moi une fois qu’il a repoussé le tissu de ma culotte. Je pousse
un gémissement de bien-être lorsqu’il me remplit complètement. Caleb va et
vient en moi, me faisant crier de plaisir. Il va de plus en plus vite. Je m’agrippe à
sa nuque, les yeux révulsés par le plaisir qui m’emporte quelques minutes après.
Je reste dans ses bras, contre l’homme que j’aime, jusqu’à ce qu’il se rhabille.
Encore dans les affres du plaisir, je ne comprends pas ce qui se passe. Caleb
quitte la pièce, me laissant à moitié dévêtue sur le plan de travail où nous venons
de faire l’amour ; ça ne lui ressemble tellement pas...
Pour oublier son rejet qui me blesse, je choisis d’écouter de la musique triste.
Je m’installe sur mon lit, en position fœtale, tournée vers la fenêtre, et glisse mes
écouteurs branchés dans mon portable, dans mes oreilles. Si les larmes roulent
parfois sur mes joues, je ne m’en rends pas compte.
***
J’ai dû m’endormir, parce que je sursaute quand une main se pose sur mon
épaule. Je croise le regard inquiet d’Alice. Mince, que va-t-elle penser ?
Elle n’a pas l’air convaincue, mais n’insiste plus. Je lui en suis reconnaissante.
– Ton papa prépare un barbecue pour ce soir. Tu veux bien m’aider pour les
salades ?
Surprise, je regarde l’heure sur mon portable, il est un peu plus de dix-huit
heures et mon ventre se met à grogner.
– J’arrive, réponds-je.
Je retrouve ensuite Alice dans la cuisine. Mon père est avec elle. Je le salue,
contente de le voir. Voilà pour quoi je reste ici : pour me rapprocher de lui. Ces
derniers temps, j’ai plus pensé à Caleb, mais ça va changer.
– OK.
Alice sort la viande, qu’elle tend à son compagnon. Leur fils est sur la
terrasse.
Je me sens mal à l’aise. A-t-il brisé quelque chose en moi ? Son attitude, son
rejet, même, m’ont terriblement blessée.
Je reste dans la cuisine avec ma salade et mes croûtons, alors que les trois
habitants légitimes de la maison sont dehors. Je me sens comme une étrangère,
ici. Plus à ma place.
Alice me rejoint quand j’ai terminé de préparer la salade qui accompagnera les
grillades.
– Tu as quoi ?
Elle me propose un soda ou quelque chose de plus fort que je pourrais couper
avec un jus de fruits. L’idée est rapidement adoptée. Peut-être qu’un peu d’alcool
me permettra de me détendre.
Nous apportons les verres au salon de jardin. Je tiens celui de Caleb – un soda
– parce que sa mère me l’a donné, mais ne lui remets pas. Je me contente de le
poser sur la table sans lui adresser le moindre mot. Lui aussi semble fuir mon
regard. Qu’il se rassure, je veux juste en finir avec ce repas, moi aussi !
Les parents parlent d’Hawaï ; ils ont hâte. Pour ma part, je n’irai pas. Hors de
question de me retrouver coincée sur une île à des milliers de kilomètres avec
Caleb. J’ai bien compris que tout ce qu’il veut, finalement, c’est me sauter. C’est
vulgaire, oui, mais c’est ce que je ressens au plus profond de moi. Et comme je
suis amoureuse de ce mec, ça fait encore plus mal.
Je garde encore le silence sur ma décision, je n’ai rien trouvé pour la justifier.
Je dois réfléchir à une excuse valable. Alice m’annonce qu’elle et mon père iront
chercher mon passeport demain matin, en allant à leur travail ; il est arrivé. C’est
bien ma veine ! Je fais semblant de me réjouir pour donner le change.
L’alcool ne me monte pas vraiment à la tête, il faut dire que ma belle-mère n’a
pas hésité à ajouter une grosse rasade de jus d’orange. Adieu, espoir de
détente…
Je ne me mêle pas aux discussions, mais je les écoute et les ponctue de
hochements de tête ou d’onomatopées.
Nous passons à table dès que la viande est cuite. Je vais chercher la salade en
rapportant deux verres de l’apéritif. Évidemment, Caleb m’emboîte le pas avec
les deux autres verres.
Il tente de le cacher, mais il est sur les nerfs. Je le vois à son poing qui se serre
et se desserre sous la table.
Je prends une douche rapide, sans me laver les cheveux. Je mets un pantalon,
plus sage pour une promenade en solitaire. Quand je suis prête, je file. Personne
ne me demande rien et c’est mieux comme ça.
Une fois sur le trottoir, je me sens agressée par l’ampleur de la capitale. Je suis
perdue. Je prends le chemin que j’avais pris l’habitude d’emprunter avec Caleb.
– Je t’ai dit qu’on devait parler et je n’attendrai pas une minute de plus pour
qu’on ait cette discussion.
– Je suis désolé, me dit-il. Vraiment. Je sais pas ce qui m’a pris. Je n’agis
jamais comme ça, d’habitude.
Il veut qu’on en parle ? Soit. Mais on n’est pas à la maison avec les parents
dans les parages, alors il va comprendre à quel point il m’a fait mal, à quel point
je suis en colère contre lui. Ici, au milieu de la rue, je peux hurler, si ça me
chante. Et lui ne pourra pas me calmer en m’embrassant.
Il me regarde avec des yeux exorbités. Que croyait-il ? Que j’allais accepter
ses excuses minables ?
– Que veux-tu ?
– Que tu disparaisses !
Mes mots sont sortis un peu vite de ma bouche, je ne les pensais pas. Quand je
le vois blêmir, je regrette.
– Je ne sais pas ce que j’ai pu te trouver. Je ne sais même pas pourquoi tu m’as
fait tourner la tête aussi vite. J’ai quitté ma copine pour toi. Et, visiblement, tu ne
le méritais pas.
Je suis abasourdie par ses mots. Comment ose-t-il proférer de telles choses ?
Voilà qu’il hurle, maintenant. Et, en l’écoutant, je me rends compte qu’il n’a
pas tout à fait tort. Pas tort du tout, même. Il a raison.
Mes nerfs lâchent, je sens que je vais pleurer. Mais pas devant lui, non ! Je me
dois d’être forte.
– Oui, je regrettais.
Salaud ! Une larme roule sur ma joue sans que je puisse la retenir. Elle est
belle, la femme forte, en cet instant.
– Je regrettais la manière dont je m’y étais pris. Ce n’est pas mon genre de
faire l’amour avec une fille au milieu de la cuisine, à la va-vite.
Il mérite mon pardon, parce que, honnêtement, je n’en peux plus de me fâcher
avec lui.
Je me jette dans ses bras au beau milieu de la rue et le laisse me serrer contre
lui. C’est une manière de faire la paix entre nous. Néanmoins, ça ne résout pas le
problème de notre relation. Je pense malgré tout qu’elle est terminée.
J’ai besoin de me retrouver. Dimanche, j’étais encore avec lui, nous étions
heureux, puis lundi, tout a basculé et, trois jours après, je suis encore en plein
cauchemar.
Quand nous nous écartons l’un de l’autre, Caleb m’invite à aller boire un
verre. Je décline son invitation, j’ai besoin d’être seule.
Je le laisse planté sur le trottoir et je vais marcher dans les rues de Paris. Je
fais mon possible pour mettre mes idées au clair. Prendre une décision à laquelle
je me tiendrai.
Je marche sans savoir où je vais, mais, comme j’avance droit devant moi, je
ne devrais pas me perdre. Je ne m’éloigne pas très longtemps, finalement. Je
déteste cette ville une fois la nuit tombée. Alors, je m’arrange pour être rentrée
quand le soleil décline.
J’ignore si je suis parvenue à mettre mes idées au clair. J’ai fait de mon mieux
pour me vider l’esprit et décider de ce que j’allais faire, à présent.
Je suis venue dans cette ville dans le seul but de renouer avec mon père. J’ai
besoin de lui dans ma vie pour savoir qui je suis et ce que je veux. Il doit me
guider vers mon avenir. Sans lui, je sais que je resterai incomplète.
Or, j’ai été détournée de mon objectif par l’amour, en la personne de Caleb.
Cependant, notre histoire ne s’est pas très bien passée. Certes, le jeune homme
n’est pas indigne de confiance comme je le pensais ; il est même droit et fidèle.
Mais notre amour est interdit. Je ne sais même pas ce qu’il éprouve réellement
pour moi...
Il est assis sur son lit en train de jouer à la console. Il semble surpris de me
voir ici.
Il met son jeu sur pause et me désigne la place sur le lit, à côté de lui. Je ferme
la porte, afin que nos parents ne nous entendent pas, et m’exécute, pensant que
ce sera plus facile de lui dire ce que j’ai sur le cœur sans le regarder.
– Je ne suis pas venue ici pour avoir une relation. Je ne cherchais pas de
copain, en arrivant.
– Je sais, souffle-t-il.
– On a essayé et ça n’a pas marché... J’ai même été détournée de mon objectif,
car tu comptais plus que lui.
Je marque une pause avant de continuer.
– Je vais donc faire ce pour quoi je suis venue. Et tu n’as pas de place dans
mon futur.
– Je comprends…
Il baisse la tête, comme s’il était accablé par ma décision. Pourtant, je sais
bien que ce n’est pas le cas. Tout sera plus facile, comme ça.
Il est temps que je pense à moi. Et mon avenir passe par mon père.
Je me lève, ne sachant pas quoi ajouter. C’est le moment de quitter la pièce, ce
que je fais, sans qu’il me retienne. Je ressens une douleur sourde dans mon cœur,
mais je la chasse.
C’est ma décision.
Chapitre 23
Les deux jours qui suivent se ressemblent, ou presque.
Jeudi, je ne vois pas Caleb. Je passe la journée seule, à lire sur la terrasse. Je
récupère mon passeport le soir ; bientôt le grand départ.
Quand mes affaires sont prêtes, j’appelle Louise pour lui raconter les derniers
événements. Elle est triste pour moi, mais je lui assure que je vais bien, et je fais
en sorte qu’elle y croie. Elle me souhaite de bonnes vacances, 'espère qu’elles le
seront.
Je contacte aussi ma mère, pour discuter avec elle avant de ne plus pouvoir ;
mon forfait ne me permettra pas de l’appeler sans frais supplémentaires. Elle est
contente pour moi. J’espère qu’elle a raison de se réjouir.
Deux valises sont grandes ouvertes sur son lit et des fringues éparpillées
partout. Il est pire qu’une fille, ma parole ! Je me contente d’un seul bagage,
moi.
Il esquisse un léger sourire sans joie. J’espère que ce n’est pas moi – ou ma
décision de rompre notre relation – qui le rend si morose. Ça me fait mal, à moi
aussi. Toutefois, je dois surmonter cette rupture.
– Je me demandais quel temps il fera, là-bas.
Il suspend son geste, puis laisse tomber le débardeur qu’il a en main dans la
valise.
– Non, affirme-t-il.
– Tu as pris la bonne décision. Tu es ici pour ton père, pas pour moi.
Pincement au cœur.
– Je sais.
Caleb n’a décidément pas le comportement du gars qui s’en fout. Je crois que
je lui ai vraiment fait de la peine.
– Ça va, m’assure-t-il. J’ai juste besoin d’un peu de temps, comme je te l’ai
dit.
Je compte bien lui en laisser, mais j’aimerais retrouver très vite notre
complicité.
– Tu es sûr que tu ne veux pas que je t’aide ? J’ai fini mon sac et je m’ennuie.
Je souris, ravie qu’il accepte, et je regarde les affaires qu’il a mises dans sa
première valise.
– Ouais.
Il accepte d’en retirer six de son sac. Il a également pris trop de bermudas,
trop de pantalons, de pulls…, alors qu’il dit lui-même qu’il fera chaud sur l’île.
Finalement, ses deux valises se transforment en une seule.
– Ce fut un plaisir !
Je vais à la cuisine où je rejoins Alice qui prépare le dîner, je lui raconte que
son fils voulait prendre deux sacs. Grâce à moi, il n’en aura qu’un seul, comme
chacun de nous.
***
Nous nous levons très tôt, le lendemain matin, et prenons des forces pour le
marathon qui nous attend. Plusieurs heures de vol, des escales, de l’attente…
– Impressionnée ? m’interroge-t-il.
– Clairement.
– Oui, sauf que je n’ai pas tout retenu. J’en ai surtout déduit que ce sera long.
Nous passons le contrôle de sécurité avec succès puis je fais mes premiers pas
dans l’avion, quelques dizaines de minutes plus tard. Tout va bien, tant qu’il ne
bouge pas. Je prends place à côté de Caleb une fois que j’ai rangé mon sac à
main.
Alice nous rappelle que nous aurons une escale de deux heures à Los Angeles.
Pour le moment, je m’en moque, d’autant que nous n’aurons pas la possibilité
d’y faire du shopping. Je discute avec mon voisin, qui tente de me faire oublier
mon stress, jusqu’à ce que l’hôtesse annonce le décollage. Je déglutis en
attachant ma ceinture de sécurité.
Je peux le faire.
– Caleb...
Je lui tends ma main qu’il prend dans la sienne, comprenant tout de suite où je
veux en venir.
– Ça va aller, m’assure-t-il.
Je le serre autant que je peux, alors que l’avion s’incline. Il prend son envol.
Je vois le ciel par le hublot, je suis bien contente de ne pas être de ce côté.
Je lui broie les doigts encore quelques secondes et reprends une respiration
plus calme quand je constate que l’avion a pris son rythme de croisière.
Papa et Alice s’enquièrent de mon état ; je n’ai toujours pas lâché Caleb.
– Désolée…
Caleb a lui aussi abaissé son fauteuil. Il me regarde de ses grands yeux bruns.
– T’es chou, murmuré-je en posant rapidement mes doigts sur sa joue. Le sang
circule à nouveau dans ta main ?
Il rigole.
Je lui souris, puis referme les yeux pour repartir au pays des rêves.
Les parents décident d’aller prendre un café dans l’aéroport ; ils ont l’air de
connaître l’endroit. Caleb m’informe être venu plusieurs fois, ici, avec eux. Nous
n’avons malheureusement pas la possibilité de nous promener dans les rues de
Los Angeles, alors Caleb se contente de me montrer la ville de loin. Elle s’étend
devant moi et je ne peux même pas y faire un tour, parce que sortir de l’aéroport
prend déjà du temps, tant il est immense.
Je suis très honnête. Je veux bien le retrouver, je le désire, même, mais plus
tard. Pour le moment, c’est ma relation avec mon père qui compte.
Je me colle contre lui en posant mes lèvres sur les siennes. Nous nous
enlaçons et nous embrassons. Je me sens complète, à cet instant. Comblée dans
ses bras.
Il m’attendra. Je serai là. Mais est-ce bien ? Il reste mon demi-frère aux yeux
de nos parents, de la société. Il ne m’est pas moins interdit. J’ai peur qu’on ne
s’en sorte pas. En plus, je ne suis même pas majeure.
J’ai tellement dormi dans l’avion que je suis certaine de ne pas fermer l’œil,
cette nuit.
Nous prenons possession de notre chambre. Papa en a réservé trois : une pour
Alice et lui, une pour Caleb et une dernière pour moi. La mienne est petite, elle
ne comporte qu’un lit simple et un placard ; mais ça ira pour une nuit. Elle est
décorée dans des tons verts et jaunes, un avant-goût des vacances.
Quand nous sommes sommairement installés, nous allons nous promener dans
la ville pour dénicher un restaurant où nous dînons. Le temps est magnifique, je
me sens très bien.
Puis nous embarquons. Le vol dure moins d’une heure et nous atterrissons
déjà à Kahului, pour une escale. Je crois que ce voyage m’a épuisée.
Nous avons un peu plus de quatre heures de liberté, alors je pars naturellement
avec Caleb pour une balade. L’aéroport est bien moins impressionnant que celui
de Los Angeles et on en sort beaucoup plus vite. L’océan n’est pas loin.
– Le paradis ? Carrément ?
Mon cœur tambourine dans ma poitrine à ces mots. Je sais qu’il y aura un
avenir pour nous deux. Du moins, je l’espère.
Il se redresse ensuite et se met sur ses deux jambes. Il me tend sa main pour
m’aider à me relever et retire le sable de son pantalon. Je l’imite.
Je lui vole un autre baiser et nous repartons à l’aéroport retrouver nos parents.
Nous mangeons sur le pouce, tous les quatre, avant de reprendre l’avion.
Direction Hana.
– Je vais dormir pendant des jours entiers, dis-je à Caleb, dans le bus.
– Ce serait dommage.
– Ouais, c’est vrai ! Je dois te noyer, d’abord.
Il éclate de rire et moi avec lui. Je ne veux pas m’avancer, mais je crois que
notre complicité est de retour. Nous nous sommes retrouvés.
En arrivant devant le nôtre, je découvre que c’est carrément une maison sur
deux étages. Trois chambres, deux salles de bains, un grand salon, une terrasse
avec salon de jardin, chaises longues. L’océan se tient juste face à moi, longé par
de nombreux palmiers.
Alice nous suggère de vider notre valise rapidement, afin qu’on puisse profiter
de l’après-midi tout de suite. Je me hâte de remplir mon armoire et ma
commode. Ma chambre est magnifique, j’ai l’impression d’être dans un rêve et
la vue sur l’océan est un délice. Je n’ai qu’à ouvrir la porte-fenêtre pour m’y
rendre. Un grand lit à baldaquin est au centre de la pièce, entouré par deux tables
de chevet. Une grande armoire avec miroir est disposée sur sa droite, juste à côté
de la porte, et un long meuble avec une télé trône sur la gauche.
– Magique.
Il me sourit.
– Fais ce pour quoi tu es là, parce que je n’ai pas envie de passer mon temps
loin de toi.
Une idée germe dans mon esprit : et si je faisais les deux ? Je la chasse. Je
dois m’en tenir à mes priorités. Cependant... je suis terriblement amoureuse de
ce garçon qui est juste là, en face de moi.
– Ouais.
– Chéri ?
Mon père pénètre doucement dans ma chambre. Après une rapide discussion,
nous enfilons nos maillots de bain et partons en direction de l’océan.
– Man', pa', vous trouveriez bizarre que je mette de la crème solaire à Clém
avant qu’elle crame ?
Je lève les yeux au ciel et le laisse faire, bienheureuse. Sentir ses mains sur
moi me rappelle tous les moments intimes qu’on a passés ensemble. Ces
souvenirs me donnent envie de lui. Je constate que je ne parviens pas à me
concentrer sur ce qu’est en train de dire mon père. J’ai Caleb dans la peau.
– T’es sérieux ?
J’attrape le tube et lui étale de la crème dans le dos. Après tout, il n’y a rien de
mal à ça. Pas vrai ?
J’aimerais essayer de bronzer pour que ma peau soit moins blanche, mais
Caleb ne semble pas de cet avis. Il m’attire rapidement à l’eau où nous
chahutons. Elle est chaude, c’est très agréable. J’ai l’impression d’être dans la
piscine, à la maison de Paris, sauf que l’étendue n’en finit pas, ici.
Je feins de réfléchir et lui lance de l’eau, avant de filer le plus vite possible en
direction du bord. Mais Caleb est malin. Il s’élance sur moi et parvient à me
faire tomber. Quand j’arrive à remonter à la surface, il rigole.
– Andouille ! lancé-je.
– Mais tu m’aimes !
Je me sens en danger. Je ne sais pas quoi répondre. Il est hors de question que
je réfute ce qui est vrai ; cela ne ferait qu’envenimer les choses entre nous.
Néanmoins, je ne peux pas le confirmer.
J’en profite aussi pour lui parler de Caleb. Je veux tâter le terrain, comme on
dit. Alors qu’on choisit une paire de chaussures, je l’interroge, mine de rien.
– Ou moi ?
– Tu vois. Caleb était tout désigné. C’est comme avoir un ami à la maison.
C’est ce que mes parents disaient toujours.
Puis-je tomber amoureuse de cet ami ? Parce que c’est bien là tout le
problème, à ce stade.
Ensuite, nous organisons ma journée avec mon père pour demain. Ma belle-
mère s’occupe des réservations et je n’aurai plus qu’à faire la surprise à Mathieu.
J’ai hâte.
Mon père enlace sa compagne dès que nous passons la porte. Caleb vient
prendre mes paquets, j’espère que ça ne fait trop prévenant.
J’attrape mes achats, en coupe les étiquettes et les range dans l’armoire,
pendant qu’il me parle de son après-midi entre hommes. Apparemment, ils sont
allés jouer au golf.
– Ça m’arrive.
Je suis curieuse de le voir pratiquer ce sport, qui n’en est pas un, à mon sens.
– Tu me montreras ?
– Tu veux qu’on aille jouer au golf ?
– Pourquoi pas ?
– Demain ?
Il me questionne du regard.
– Opération rapprochement.
Je n’ai pas besoin d’en dire plus, il comprend où je veux en venir. Il approuve
également.
C’est à l’heure du dîner, alors que nous venons d’être livrés et que nous
sommes installés sur la terrasse, dans le salon de jardin, que je me lance.
Je ne lui dis rien, lui demandant seulement d’être prêt à partir, demain matin à
dix heures trente. Il est intrigué et comprend rapidement que sa compagne est
dans la confidence. Il est heureux de voir que nous nous entendons si bien.
Le soir, je me promène seule sur la plage. Je prends des photos pour les
montrer plus tard à ma mère, à Louise, à tous mes amis. J’ai tellement de chance
d’être ici. Quand je pense que je ne voulais pas venir…
***
À dix heures trente, papa et moi partons pour notre journée. D’abord, il nous
conduit à Makena, selon mes directives, où nous allons manger au restaurant.
Nous parlons de nos vacances en attendant notre repas. Je lui avoue être
heureuse d’être venue, même si j’ai douté jusqu’à la dernière minute. Il n’est pas
surpris.
Une fois nos plats devant nous, il se réjouit de mon entente avec Alice et
Caleb. J’en profite pour avoir la même discussion avec lui, concernant ma
relation avec son fils biologique. Je lui avoue avoir peur de dépasser les limites,
parfois, ne pas savoir comment agir, n’ayant jamais eu de frère.
– Je trouve que tu t’en sors pas mal. Vous vous entendez très bien, tous les
deux.
Pour qu’Alice et lui le pensent, je suppose que ça doit sauter aux yeux. Tant
qu’on ne les choque pas, je suis rassurée.
Le repas est délicieux. Nous dégustons une spécialité locale : le poulet Huli
Huli – c’est un morceau de poulet mariné cuit au barbecue, servi avec deux
boules de riz. Un vrai délice.
Nous reprenons la voiture de location pour nous rendre sur le lieu de notre
escapade de l’après-midi : à Mãkena State Park. De là, nous nous rendons à
l’agence Padi qui nous prépare. Mon père a compris ce que nous venions faire
ici. Nous allons plonger au cratère de Molokini.
Une fois équipés, nous prenons un bateau – une première, pour moi – pour
arriver sur les lieux. Nous plongerons jusqu’à vingt et un mètres. Si mon père est
un plongeur chevronné, ce n’est pas mon cas. C’est une véritable découverte
pour l’adolescente que je suis.
Néanmoins, j’en prends plein les yeux. Je nage parmi des poissons très
colorés, des tortues. C’est magique, il n’y a pas d’autres mots. Je découvre les
coraux roses et blancs, un spectacle divin pour les yeux. Je crois que je n’ai
jamais rien vu de plus beau, jamais rien vécu d’aussi intense. Tout de suite, je
songe qu’il faudra que je revienne avec Caleb ; je veux qu’il partage cet instant
avec moi.
Je suis heureuse, en tout cas, de le découvrir avec mon père, qui n’est jamais
venu nager à cet endroit.
C’est même avec un pincement au cœur que je retourne sur le bateau, quand la
plongée est terminée. Je m’émerveille en discutant avec Mathieu, partageant
notre expérience. Le retour sur la terre ferme est difficile ; j’ai tellement envie
d’y retourner.
– Caleb n’est pas intéressé. Mais Alice l’a déjà fait quelques fois avec moi.
Je suis déçue de savoir que le jeune homme n’est pas captivé par ce genre
d’activités. Il ne sait pas ce qu’il rate. Peut-être que j’arriverai à le faire changer
d’avis.
Je vais dans ma chambre et espère qu’il rentrera bientôt. Je n’ai pas longtemps
à attendre. Il passe ma porte moins d’une demi-heure plus tard.
– J’ai amené papa au cratère de je sais plus quoi pour faire de la plongée sous-
marine, c’était génial !
Il paraît aussi emballé que moi, quand je lui raconte mon après-midi.
– Où ça ?
– Plonger. Je veux que tu voies ça.
Il grimace.
– Tu aimes ?
Là, je me demande si nous irons seuls tous les deux ou avec nos parents.
– Je sais, minaudé-je.
– Oui.
Mon cœur s’emballe. Surtout que nos parents sont sans doute dans la pièce à
côté et ma porte n’est pas complètement fermée.
Il m’enlace et pose ses lèvres sur les miennes pour me donner un baiser qui
me fait tourner la tête. Je caresse sa nuque, je veux que ça ne s’arrête jamais.
Mais mon amoureux y met malheureusement fin.
– Je suis bien, avec toi. Tu m’apportes quelque chose que je n’ai jamais trouvé
chez une nana, avant. Combien de temps encore vas-tu me faire attendre ?
Il sourit.
Je suis consciente qu’on est en train de jouer à un jeu dangereux. D’autant que
je voulais d’abord m’occuper de ma relation avec mon père. Mais qui a dit que je
ne pouvais pas faire les deux en même temps ?
Caleb reprend mes lèvres d’assaut, mais se contrôle pour ne pas craquer,
même s’il en a envie. Il s’écarte, faisant preuve d’une maîtrise exceptionnelle.
– Je sais.
Je souris et acquiesce.
Caleb sort de ma chambre, le temps d’aller mettre son maillot. J’en fais autant,
et nous marchons vers la plage. Je ne cherche pas les parents, je veux seulement
être avec lui. On se passe mutuellement de la crème solaire dans le dos, puis
nous chahutons dans l’eau sans dépasser aucune limite décente. On pourrait nous
voir.
***
Je suis debout à côté de Caleb. Je le regarde avec son club dans la main, en
train de viser avant de frapper dans la balle. C’est le quatrième trou et je ne
comprends toujours rien à ce sport, ce qui fait rire mon compagnon.
Je ne sais pas exactement où nous en sommes, tous les deux. Si les choses
s’arrangent indéniablement, on n’est pas en couple pour autant. Je sais que je lui
ai fait du mal, lui aussi m’en a fait. Tout ce que je veux, à présent, c’est effacer le
passé et recommencer.
J’ai besoin qu’on discute de mes sentiments pour lui, puisque j’ai lâché l’info
quand j’étais ivre. Je veux savoir ce qu’il en pense.
Quand le parcours est terminé, nous allons au café-restaurant pour manger une
glace. C’est appréciable avec cette chaleur, elle est agréable, contrairement à
celle, étouffante, de Paris.
Il rigole.
Tout juste.
– Non, réfuté-je. J’étais avec toi. Que dirais-tu de venir plonger avec moi dans
les prochains jours ?
Nous quittons l’endroit quand nous avons terminé de manger notre glace.
Caleb me propose une balade à la plage. Mais je n’ai pas mon maillot, je veux
qu’on repasse au cottage. Je sais que nos parents n’y seront pas, ils sont allés au
SPA, aujourd’hui.
Une fois dans ma chambre, je me hâte donc d’enfiler mon maillot de bain et
de prendre mes affaires. Je retrouve un Caleb changé dans le salon.
– On va en face ?
Nous prenons donc la voiture de location pour nous y rendre. Caleb a opté
pour une décapotable, alors que les parents ont pris un 4x4.
Nous nous installons sur le sable fin et chacun étale de la crème sur le dos de
l’autre. Comme nous sommes seuls, je le laisse m’en mettre sur le cou, sur le
ventre ; je tartine son torse, ensuite.
Je décide de bronzer, espérant que ma peau prendra des couleurs. Elle est
moins pâle qu’à l’arrivée. Caleb, lui, est déjà bien mat. Il s’allonge à côté de moi
et prend le soleil.
Tout est calme. On est bercé par le bruit des vagues. Je suis tellement heureuse
d’être venue... Je regrette juste de ne pas pouvoir envoyer des photos à ma mère.
Elle devra attendre mon retour pour les voir.
Après un bon moment de repos, nous allons nous baigner et chahutons dans
l’eau, comme à notre habitude. Puis nous prenons quelques clichés de nous et du
paysage.
Nous rentrons pour l’heure du dîner, que nous prenons avec nos parents sur la
terrasse. Mon père s’intéresse à mon après-midi au golf. Je lui avoue ne pas
avoir aimé et n’avoir rien compris. Heureusement que seul mon compagnon
jouait. J’en aurais été incapable. On y serait peut-être même encore. Eux deux
ont passé un moment agréable au SPA. Nous parlons ensuite de l’excursion de
demain. J’ai la réponse à ma question : nos parents nous accompagnent.
Clin d’œil à toutes les balades dans Paris que j’ai effectuées en talons.
– Oui.
Il rigole.
Notre soirée se termine en face de notre cottage, dans l’océan, par un bain de
minuit, juste Caleb et moi, même s’il n’est pas si tard et si nous sommes vêtus.
Nous sommes cachés par la pénombre, mais nous ne faisons rien de réprobateur.
On s’amuse comme deux enfants innocents.
***
Nous partons en autocar pour notre aventure sur la deuxième plus grande des
îles hawaïennes. J’admire le paysage, collée à la fenêtre, et fais plusieurs clichés.
Le bus monte à plus de trois mille mètres sur une route précaire, limite flippante.
La vue est sublime, si je fais abstraction de la voie tortueuse. Nous roulons ainsi
sur une soixantaine de kilomètres.
Au sommet du Mont Haleakala, nous faisons un arrêt pour prendre des photos.
Nous sommes devant l’immense cratère d’un volcan endormi. J’en profite pour
immortaliser l’instant et la beauté des lieux. Il fait un peu frais, mais je n’y fais
pas attention.
– Trouillarde ! lance-t-il.
Je ne relève pas. Nos parents sont plus loin, main dans la main, en visite.
Nous remontons dans le car pour descendre à la vallée d’Iao. Le paysage n’a
plus rien d’aride et de volcanique. Devant moi se tient une forêt pluviale, couleur
émeraude et parsemée de cascades, de bassins et de paysages de montagne
dentelés. C’est magnifique. Je suis émerveillée, sous le charme des lieux. Mon
téléphone ne cesse de capturer tout ce que je vois.
C’est à cet endroit que nous décidons de pique-niquer ; l’hôtel nous a fait des
sandwichs. Caleb me photographie en train de manger ; je rouspète pour la
forme.
Nous reprenons la visite après avoir pris des forces. Je m’approche d’une
cascade sublime avec laquelle je fais un selfie. Je suis contente de savoir que
nous resterons plusieurs heures ici. Alice et papa suivent le guide et les autres
passagers pour une promenade en forêt. Moi, je reste à la cascade. Caleb m’y
rejoint et je constate qu’une fille aux longs cheveux roux est là, également. Elle
ne porte pas de chaussures de marche, j’imagine qu’elle doit avoir mal aux
pieds.
Caleb accepte, alors que je râle intérieurement. Elle se prend pour qui ?
Elle lui tient la grappe pendant presque une heure à lui raconter sa vie à Los
Angeles – parce qu’il fallait que cette fille y habite ! Caleb parle parfaitement
anglais, moi moins, mais je comprends ce qu’ils se racontent dans les grandes
lignes. Et je suis à la limite de péter les plombs quand elle lui propose de venir
chez elle.
– Tu veux t’asseoir à côté de moi ? lui demande la rousse. Ça ne doit pas être
marrant d’être tout le temps avec ta sœur !
J’ai envie de lui arracher les yeux pour avoir prononcé ce mot.
– C’est gentil, mais non.
Le prochain arrêt, c’est dans la ville de Wailuku – ville pittoresque avec une
église historique. Je la prends en photo sous plusieurs angles. Quand je me
retourne pour rejoindre Caleb, je constate qu’il discute avec sa nouvelle amie.
J’enrage. Je suis horriblement jalouse.
Nous remontons dans le bus pour rentrer, cette magnifique visite va prendre
fin. Je m’installe à ma place, où Caleb ne tarde pas à me rejoindre. Je ne dis rien.
Je préfère ne pas faire de scène. D’ailleurs, je n’en ai aucun droit, on n’est pas
ensemble.
La rousse passe à côté de nous et adresse un clin d’œil à mon voisin qui sourit.
Quand le bus se gare, mon voisin range enfin son téléphone. Au lieu
d’échanger par SMS avec la rousse, il n’avait qu’à la rejoindre au fond du bus !
J’attrape mon sac à dos et quitte ma place après Caleb.
Je retrouve les parents sur le parking, devant le 4x4 qu’ils ont loué sur l’île. Ils
discutent avec beaucoup d’excitation de l’excursion qu’ils ont adorée. J’ai pris
une tonne de photos, pour ma part, j’en hâte de pouvoir les montrer à mes amis
quand on sera rentrés.
Mon père déverrouille les portes et nous prenons place dans le véhicule. Je
m’installe derrière lui.
Qu’elle ne s’inquiète pas ! Je suis certaine qu’il est avec sa nouvelle amie. Il
daigne se joindre à nous trois minutes plus tard – oui, j’ai surveillé ma montre !
Le repas sera bientôt servi, alors je me dépêche d’aller prendre une douche ; je
partage la salle de bains avec Alice et les hommes ont l’autre. J’approuve le
choix, même si ce n’était pas le cas à notre arrivée.
Tout le monde est sur la terrasse, je les rejoins. Ils sirotent un soda pris dans le
réfrigérateur que nous remplit régulièrement l’hôtel.
Mon père pose une bouteille et un verre devant moi ; je le remercie. Je verse
ma boisson dans le gobelet et j’en avale rapidement plusieurs gorgées. J’étais
complètement assoiffée.
Les parents discutent de ce que nous pourrions faire pendant le reste de nos
vacances. Franchement, je n’en ai aucune idée. Je pensais même que nous
passerions nos journées à la plage ; j’ignorais qu’il y avait d’aussi belles choses à
visiter sur cette île.
Le repas du soir est rapidement livré, mais je n’ai pas faim. L’imbécile à côté
de moi me donne la nausée. Je picore tout de même pour donner le change.
Après mon maigre dîner, je m’éclipse seule sur la plage. Papa et Alice iront à
l’office du tourisme, demain matin, pour prendre des brochures. Ainsi, nous
pourrons établir notre programme des prochains jours.
Elle est bien bonne, celle-là ! C’est lui qui est toujours occupé ailleurs.
Il soupire d’agacement.
– Rien du tout.
Je ne peux quand même pas lui dire que je suis jalouse de Brandy. Caleb
n’aime pas les filles à problèmes et la jalousie en est clairement un.
– Je ne suis pas dupe, tu sais. Je suis certain que quelque chose ne va pas. Je
peux même te dire quoi.
Je lui fais signe de parler, puisqu’il semble y tenir. Cela dit, je ne suis pas
certaine de supporter ce que je vais entendre.
– OK.
– Elle a voulu qu’on échange nos numéros et je ne suis pas du genre à envoyer
chier les filles, alors j’ai accepté. Ensuite, elle m’a demandé de la prendre en
photo pour l’ajouter sur sa fiche contact dans mon téléphone.
Il se relève et j’ai envie de me mettre des baffes pour ce que j’ai dit, parce que
c’est totalement faux. Et si mon mensonge le poussait dans les bras de l’autre
fille ?
– Je ne m’en fous pas. Ça m’énerve même carrément, lui avoué-je sans oser le
regarder.
Caleb s’accroupit devant moi. Il m’oblige à relever le visage, de son doigt
sous mon menton.
– Ça te ferait du mal ?
– Alors, non.
J’ai envie de me jeter dans ses bras, mais j’ignore si on nous observe. Caleb
libère mon menton.
– Elle est du genre extravagante et très collante. Je n’ai pas pu lui échapper et
j’en suis désolé. J’aurais préféré mille fois être avec toi, tu sais.
J’ai tiré des conclusions hâtives et j’en suis bien heureuse. Je lui souris.
Elle est aussi spacieuse que la mienne. Tout ici n’est que merveille. D’une
beauté à couper le souffle.
Il fronce les sourcils. Alors je lui rappelle qu’il avait des choses à dire sur ma
déclaration du soir où j’avais trop bu. Il hoche la tête, voyant très bien où je veux
en venir.
Très bonne question. Sauf que je l’ignore. Je le désire. Je l’aime. Je veux être
en couple avec lui. Toutefois, il n’en demeure pas moins qu’il m’est interdit par
la bonne société bien pensante. Et je ne sais pas ce qu’il en pense, lui, de notre
histoire.
Mais, soudain, son téléphone sonne, mettant un frein à nos ardeurs. Quand je
vois le nom de Brandy sur l’écran, je ressens un immense froid m’envahir.
Pourquoi a-t-il pris son portable dans sa poche ? Il aurait très bien pu l’ignorer.
Elle a clairement envie de passer aux choses sérieuses avec lui. Je bous
intérieurement, j’ai envie de hurler, mais je reste stoïque. C’est la réaction de
Caleb qui m’intéresse, dans cette histoire. Il lui répond. Je rêve.
Pas ce soir...
Là, c’est pire que tout. Ça signifie que, pour un autre soir, il accepterait sa
proposition ?
– Clém ? m’appelle-t-il.
Je ne réponds pas. Il essaie de pénétrer dans mon antre, mais se heurte à une
porte close. Il frappe contre le battant en prononçant mon prénom à plusieurs
reprises.
Je suis en train de pleurer. J’en ai marre d’être aussi faible à cause de lui.
Jamais aucun mec ne m’a mise dans cet état.
La porte d’entrée claque quelques minutes plus tard. Visiblement, il veut que
je sache qu’il est parti. Le moteur de sa voiture ronfle ensuite. Je sais qu’il va la
rejoindre et je ne peux pas le supporter.
J’ai envie de hurler de rage, ce que je ne me prive pas de faire, vu que je suis
seule dans le cottage. J’extériorise toute ma colère. Mais rien ne me calme. Je
décide d’agir, au lieu de bouillir. J’envoie un message à Caleb. Tant pis pour le
dépassement de forfait.
Si tu vas la retrouver, tu peux tirer un trait sur moi.
Il faut absolument que je remette mes idées en place. Je ne dois pas me laisser
submerger par la jalousie. Je dois lui faire confiance.
De toute façon, il n’y a aucun garçon qui se balade ; ils ont sans doute bien
mieux à faire ailleurs. Et je devrais peut-être faire pareil, me trouver une
occupation.
Je rentre, espérant qu’il est parti se coucher, mais il m’attend de pied ferme
dans le salon.
– C’est quoi, ça ?
Bon. Il est vrai qu’il n’était pas impossible qu’il aille seulement faire un tour
pour se calmer. J’ai immédiatement pensé au pire, sur ce coup-là. Et j’ai eu tort.
On se dispute comme un vieux couple, alors qu’on n’en forme même pas un.
Je me sens mal, j’ai vraiment l’impression de lui faire une crise absurde, qui n’a
pas lieu d’être. Mais c’est plus fort que moi et c’est ce qui est le plus horrible
dans l’histoire : je ne parviens pas à me raisonner.
– Sauf que ce n’est pas ton fort, la confiance, ajoute-t-il. Tu crois n’importe
qui et n’importe quoi. Tu tires des conclusions hâtives et tu maintiens tes
positions, même si tu as tort.
– Je n’ai jamais dit ça. Seulement qu’on a un problème, tous les deux.
– Ma jalousie te déplaît ?
Tout de suite, il va dans l’abus. S’il me voit comme une folle, comment
pourrons-nous recoller les morceaux ?
– Je suis désolée, soufflé-je. J’éprouve des sentiments forts pour toi. On n’est
même pas officiellement ensemble et une autre te tourne autour, ça me rend
dingue. Tu pourrais faire n’importe quoi avec elle ! En plus, tu ne la repousses
même pas ! Je suis supposée me taire et regarder ?
– Prouve-le.
Ses yeux s’écarquillent. J’ai l’impression d’avoir dit une connerie, mais ce
n’est pas le cas. Si Brandy n’a vraiment pas d’importance pour lui, il n’aura
aucun mal à me le démontrer.
Il soupire. Je l’agace.
Je suis abasourdie. Il ne nie pas. Il va vraiment passer du temps avec elle, ici.
C’est le choc. Je n’avais pas l’impression d’être aussi invivable qu’il le dit. Je
ne trouve rien à répondre, alors que je voudrais lui envoyer une bonne pique.
Je retiens mes larmes, refusant qu’elles coulent devant lui ; il n’aura pas cette
satisfaction.
Les parents sont de retour. Si Caleb ne se décompose pas, c’est mon cas. J’ai
l’impression d’avoir été prise la main dans le sac. Je lance la première chose qui
me passe par l’esprit.
J’ai trois paires d’yeux ahuris braqués sur moi, puis ceux des parents se
tournent vers Caleb, qui secoue la tête.
Il disparaît quelques secondes après, me laissant seule avec nos parents. J’ai
l’impression de devoir me justifier, alors j’invente que Tiffany est devenue ma
copine et qu’elle tient encore à Caleb. Je leur raconte que je voulais éviter à ce
dernier de tout gâcher, mais que, visiblement, il n’en a cure.
Je ne peux rien promettre de plus que d’essayer, pour sauver nos vacances.
Seule dans ma chambre, je ne sais pas quoi faire. Je sens qu’il me file entre les
doigts. Peut-être, même, l’ai-je déjà perdu.
Je lui envoie alors un texto qui, j’espère, remettra les choses en ordre entre
nous.
Je t’aime.
Chapitre 26
Le lendemain, en sortant de ma chambre, j’ai peur de ce qui va se passer. J’ai
promis aux parents de me réconcilier avec Caleb, mais je ne sais pas si j’en aurai
la force.
Le petit-déjeuner est servi sur la terrasse. Deux personnes l’ont déjà pris,
Alice et Mathieu, je suppose, avant qu’ils partent faire un tour à l’office du
tourisme. J’en déduis que Caleb n’est pas encore levé. Je n’ai pas faim, je me
contente d’un verre de jus de fruits.
Je fixe l’océan durant ce qui me semble être une éternité. Il est calme et
paisible, tout l’opposé de moi, en cet instant. J’ai envie de hurler.
– Clém...
Je ferme les yeux en entendant Caleb m’appeler. Je crains pour la suite des
événements. Je me retourne pour lui faire face, sans prononcer le moindre mot.
– Je suis d’accord.
Il me tend la main pour certifier notre accord. Je n’ai pas envie d’être son
amie. Toutefois, je m’en contenterai si je ne peux avoir plus. Je prends donc sa
main dans la mienne.
Notre échange dure quelques secondes à peine. Caleb tourne déjà les talons et
va s’asseoir à table pour manger. Moi, je brûle d’envie de lui poser une tonne de
questions, ce qui serait idiot, vu qu’on vient de faire la paix.
Alice décide qu’il est assez grand pour s’occuper, en notre absence, et que
nous irons à trois. Je suis dépitée. Ma jalousie me démange ; je ne veux pas que
Caleb reste seul. Il ne m’a toujours rien dit sur ma déclaration de la veille, par
texto ; je ne sais pas quoi penser.
Quand Mathieu m’interroge, j’accepte de les suivre ; l’idée de voir les fonds
sous-marins, les poissons, les coraux me plaît bien, de toute façon.
Je suis allongée sur mon lit, les genoux relevés, le regard fixant le plafond. Je
ferme les yeux et respire lentement, je dois absolument me maîtriser. Ne pas tout
détruire. Maui est sublime, mais ma relation avec l’homme que j’aime se
détériore à vue d’œil. Comment est-ce possible, dans ce paradis ?
– Les parents sont partis à l’accueil de l’hôtel pour réserver votre après-midi.
– Non.
– J’ai l’impression qu’on est dans une impasse, tous les deux.
– Pourquoi ?
Parce que, maintenant, il en veut une autre, c’est logique. Néanmoins, il doit
entendre ce dont moi j’ai envie.
– Moi, je ne veux que toi.
– Dis-moi, insisté-je.
Cependant, elle sera loin de l’être, puisque je crée des problèmes à tout bout
de champ. C’est très clair.
Je m’avance encore, attirée par lui comme un aimant. Et je pose mes lèvres
sur les siennes. Il m’embrasse et m’enlace presque aussitôt. Je sais, à cet instant,
que je suis toujours dans son cœur. Il a fait un pas vers moi, il ne tient qu’à moi
de le garder.
– Tu l’es, m’affirme-t-il.
– Caleb...
Le jeune homme me lâche complètement et fait les cent pas dans la pièce. Je
n’aime pas ça du tout.
Je suis surprise qu’il n’y ait rien de répréhensible dans ce qu’il me raconte. Il
avait juste besoin de se calmer et je m’imaginais le pire. Encore !
– Tu m’as vraiment pris la tête, tu sais. Mais je ne suis pas le genre de gars à
aller baiser n’importe qui. Je n’ai eu que deux relations sérieuses, dans ma vie.
Tiffany, récemment, et Julie, quand j’avais seize ans ; je suis resté presque deux
ans avec elle avant qu’elle me largue pour un autre. Tu en déduiras que je n’ai
couché qu’avec trois filles dans ma vie. Alors, arrête de me prendre pour le
salaud que je ne suis pas. Le sexe ne m’intéresse pas s’il n’y a pas de sentiments.
– Je suis désolée.
Je le prends dans mes bras, il m’enlace. J’ai enfin la sensation que tout se
passe bien pour moi. Pour nous. J’ai envie de plus, j’ai besoin de plus. Mais
heureusement, aucun de nous ne bouge.
Je retrouve les parents sur la terrasse, Caleb m’emboîte le pas. Alice me dit
avoir réservé la visite en sous-marin pour seize heures. Je suis déçue que mon
amoureux ne se joigne pas à nous, mais je ne peux rien y faire.
***
Notre relation, bien que secrète, se renforce davantage, jour après jour. Je suis
plus qu’heureuse, d’autant que Brandy ne contacte plus mon chéri. Nous passons
beaucoup de temps avec nos parents, à visiter, nous promener, nous baigner. Je
fais des tonnes de photos et des selfies de Caleb et moi, quand nous sommes à
l’abri des regards.
Nous sommes jeudi, le départ approche. J’en suis triste, mais tellement
heureuse de ces vacances magiques. Caleb réunit tout le monde dans le salon
vers dix-sept heures. Il informe nos parents qu’il a une surprise pour eux. Il leur
demande d’être prêts d’ici une heure. Alice et Mathieu essaient d’en savoir plus,
mais le jeune homme ne dira rien. Ils vont donc se préparer.
Ça fait une semaine que nous avons recommencé à nous fréquenter plus
sérieusement. J’essaie de lui faire confiance, bien que je n’aie pas de raison de
douter de lui. Maintenant que je connais son passé, je sais qu’il est un homme
bien.
Je vais lire un peu sur la terrasse, après avoir mis de la crème solaire sur ma
peau. J’ai bronzé et j’en suis bien contente. Ce teint me va comme un gant, je me
verrais bien vivre ici.
– Papa ? Maman ?
Caleb cherche nos parents, qui sont fin prêts pour leur surprise. Je les rejoins
tous dans le salon.
Son fils ne répond pas. Il ouvre la porte et je suis surprise de voir une
limousine garée juste devant. Le chauffeur attend à côté de la portière arrière
ouverte.
Nos parents, l’air à la fois inquiets et surpris, sortent du cottage. Ils montent à
bord de la longue voiture et le chauffeur les emporte loin de nous.
– OK.
C’est main dans la main que nous marchons sur le sable, c’est très agréable.
Notre avant-dernière journée sur cette île paradisiaque. On en profite pour faire
un bilan.
Je m’entends très bien avec Alice, et mon père se comporte comme tel avec
moi. En plus, j’ai retrouvé mon amoureux. Rien ne pourrait me faire plus plaisir.
Ces vacances sont un vrai bonheur. Même si je n’ai pas réussi à traîner mon
copain à la plongée sous-marine.
Leur absence me donne des idées. J’espère qu’il a les mêmes que moi.
À toi en moi...
– Oh… à rien.
Il rigole.
Lorsque nous avons terminé notre repas, Caleb remet les restes dans le panier
et le pose devant la porte pour que le livreur le récupère demain matin. J’en
profite pour aller prendre une douche. Je retrouve mon amoureux dans sa
chambre, dans une petite nuisette noire légèrement transparente.
– Très bandante.
Lui aussi a pris une douche, il ne porte qu’une serviette autour de la taille. Je
la dénoue et la laisse tomber sur le sol.
– Pressée ? s’amuse-t-il.
Ses mains passent sous ma nuisette pour caresser mes fesses par-dessus ma
culotte.
– Voilà pourquoi j’ai éloigné les parents. J’en peux plus d’être loin de toi.
Sa bouche s’écrase sur la mienne dans un long baiser, tandis que mes mains
redécouvrent son corps sensuel. Je me presse contre mon amant complètement
nu, je n’en peux plus d’attendre. Je le veux en moi. Maintenant.
Sa bouche se promène sur l’arête de mon menton, dans mon cou, et je sens ses
mains retirer ma culotte ; je suis trempée. Ses doigts parcourent mon corps,
tandis que sa bouche se referme sur l’un de mes tétons, me faisant gémir de
plaisir. Puis sur l’autre. Je suis déjà au bord du précipice. Je geins alors que sa
langue trace un sillon brûlant sur mon ventre, avant de s’enfoncer dans mon
intimité. Il me lèche, me goûte, me dévore. Je me cambre sous lui, sous le plaisir
qu’il me donne. Deux doigts s’ajoutent au délice et je jouis rapidement dans sa
bouche.
J’écarte les jambes davantage, pour qu’il se loge entre mes cuisses et, quand je
sens son sexe dur presser contre le mien, je gémis en me mordant les lèvres.
– Laisse-toi aller...
Il s’enfonce en moi d’un coup de reins puissant, va et vient d’abord lentement,
puis de plus en plus vite. Mes gémissements trouvent écho à ses pénétrations. Je
crie mon plaisir tout en plongeant mes ongles dans sa peau. Nous jouissons
ensemble, dans un concert d’extase parfait.
Caleb se laisse tomber sur moi, sans se retirer. Je l’entoure de mes bras pour
qu’il ne parte pas.
Le jeune homme se redresse, pour planter ses yeux dans les miens.
– Redis-le.
– Je t’aime, Caleb.
– Je t’aime, Clémence.
Mon cœur se gonfle de joie. Je sais que plus rien ne pourra briser notre
relation.
***
C’est tristement que je dis au revoir à Maui. J’y ai passé de très bons
moments, que ce soit avec mon père, avec Alice ou avec Caleb.
Il est 17 h 35 quand notre avion décolle pour se poser à Kahului vingt minutes
plus tard. Nous allons passer la nuit sur cette île.
Après nous être installés à l’hôtel, nous allons manger au restaurant. Puis
Caleb et moi décidons d’aller nous promener, alors que les parents vont se
coucher.
C’est main dans la main que nous arpentons les rues de la ville pour passer du
temps tous les deux. Ce sont nos derniers jours ensemble. Nous serons en France
lundi matin et je rentrerai chez ma mère dans l’après-midi, déjà.
Nous regagnons l’hôtel plus tard dans la soirée, je passe la nuit dans la
chambre de mon amoureux où j’ai apporté toutes mes affaires. Cet interlude
nous permet un rapprochement intime qui calme ma morosité.
Mais déjà, le lendemain, nous devons faire comme si nous étions frère et sœur.
Le vol nous conduit à Honolulu, où nous devons attendre pour avoir notre
correspondance.
Quand je me réveille, je regarde la vidéo qui passe. Mon vol est fait de
sommeil et de parties de films que je regarde. Puis, nous faisons une escale à
Chicago ; je suis bien contente que ce ne soit pas L.A.
Encore des films et quelques sommes avant d’arriver à Paris, lundi matin à
9 h 30. Ça sonne le glas de mes vacances.
***
Il est presque midi quand nous rentrons à la maison. J’ai un gros pincement au
cœur. Alors que Caleb, Alice et Mathieu défont leurs bagages, je remplis ma
valise avec les affaires que j’avais laissées dans ma chambre. Mon train partira à
dix-huit heures quarante. Je suis dégoûtée.
– Tu en auras ?
Il grimace.
C’est difficile de faire des projets ; on ne sait même pas quand on pourra être à
nouveau ensemble. Au lieu de déprimer, en y songeant, je capture ses lèvres dans
un tendre baiser.
Nous allons déjeuner quand Alice nous appelle, l’heure du départ se rapproche
inexorablement. J’aborde donc le sujet de ma prochaine visite. Mon père s’en
réjouit d’avance, même s’il ne me garantit pas de pouvoir poser des congés.
Il me suggère la même chose que Caleb. J’accepte, je n’ai pas mieux, de toute
façon.
– Oui.
Je soupire. Je n’ai pas envie de partir, mais j’ai déjà passé tellement de temps
chez mon père qu’il serait bon de profiter des derniers jours d’été avec ma mère.
Et Louise viendra me chercher, si je ne rentre pas, tellement je lui manque.
– Nous avons été très contents de t’avoir parmi nous et tu pourras revenir
quand tu voudras. Paris n’est qu’à une heure vingt de TGV de Metz. Même pour
un week-end tu pourras venir.
Le trajet en voiture se fait dans le silence, puis, une fois sur le quai de la gare,
Mathieu me remercie pour ma visite.
– Je suis très content de t’avoir retrouvée.
Quelques minutes plus tard, après un signe de la main l’un à l’autre, le train
quitte la gare. Je retourne à mon quotidien. Mais comment vivre comme avant,
maintenant que j’ai rencontré l’amour de ma vie ? Je ne pourrai jamais plus me
passer de Caleb.
Je ne sais pas comment sera mon existence, à présent, fade sans doute. Je vais
devoir survivre loin de celui que j’aime. La douleur me serre la poitrine et ma
gorge se noue.
– Caleb.
Je feins d’être offusquée, pour qu’elle croie que je ne songe pas à lui
autrement que de cette façon. Elle semble rassurée. Encore une qui n’acceptera
pas notre histoire. A-t-on un avenir, de toute façon ?
Interdit.
J’ajoute des smileys bisous. Quand je pense que, hier encore, j’étais avec
lui… Ça me semble tellement loin, maintenant. Sa réponse ne tarde pas à arriver.
Je souris avant d’éteindre mon téléphone pour me reposer. C’est à Caleb que
je songe en fermant les yeux.
***
Je passe la fin de l’été avec Louise, qui a rompu avec Andy. Elle ne se laisse
pas abattre et veut tout savoir sur mon histoire avec Caleb. Elle est bien contente
de le revoir en photo, elle le trouve très mignon.
Les vacances se terminent rapidement. Je n’ai pas vu filer les semaines, j’étais
trop bien pour m’en préoccuper. Et le jour de la rentrée se pointe à une vitesse
hallucinante.
Je garde le contact avec mon chéri. On s’écrit plusieurs fois par jour et on
s’appelle dès qu’on le peut. L’entendre me donne la force de tenir ; il me manque
tellement.
Je lui parle de mes cours et lui des siens. Il est épuisé par la charge de travail
de cette année. Autant il trouvait la première année gérable, autant celle-ci l’est
moins. Mais j’ai foi en lui, il parviendra à s’organiser.
Il ne me reste plus qu’à retrouver Caleb à la gare dès le samedi, vers midi. Je
l’attends sur le quai, trépignant d’impatience et, quand je le vois descendre du
train, beau comme un dieu, avec son sac à dos sur l’épaule, je me jette dans ses
bras. Il ne me fait pas tourner, comme dans les films, mais capture mes lèvres
dans un long baiser. Nous avons beaucoup de mal à y mettre fin, j’ai besoin de le
toucher et c’est réciproque.
– J’ai trouvé le temps long, me taquine-t-il. Je voulais tellement être avec toi.
Le soir, nous nous faisons livrer deux pizzas que nous mangeons dans le lit.
Caleb ne voit rien de ma ville natale. Nous passons tout notre temps dans
notre chambre, l’un dans l’autre, à rattraper le temps perdu.
Le dimanche matin, je suis heureuse de me réveiller dans ses bras, mais triste
de savoir qu’il va reprendre le train d’ici deux heures.
– Bien. Et toi ?
– Tu comptes arrêter ?
Il y réfléchit un instant.
Je souris, parce qu’il s’imagine assez bon pour avoir plusieurs propositions
d’embauche à la fin de son internat – c’est tout ce que je lui souhaite –, mais
également parce qu’il parle de faire sa vie avec moi.
– Pour les vacances, on ira où tu voudras. Mais je préfère exercer mon métier
en France. Et toi, que veux-tu faire, plus tard ?
– Aucune idée...
– Regarde sur internet, il y a des tests en ligne qui peuvent te donner des idées.
Je lui promets de m’en occuper très vite. J’ai vraiment l’impression de ne pas
avoir d’ambition. La vie professionnelle de Caleb est toute tracée, alors que la
mienne est au point mort.
Il quitte le lit pour aller prendre une douche, sous laquelle je le rejoins pour un
rapide câlin matinal. Puis il est déjà l’heure de partir.
Sur le chemin, on fait un arrêt dans une boulangerie pour prendre des
croissants qu’on mange sur le quai en attendant le train.
Bien que j’aie passé plusieurs heures magiques avec le garçon qui fait battre
mon cœur, c’est difficile de le laisser s’en aller. Tout autant de rentrer chez moi.
Je me connecte sur internet pour essayer de faire ce qu’il m’a dit. Je fais
plusieurs des tests que je trouve, espérant qu’ils me donneront des idées pour
mon avenir.
J’en parle à ma mère pour connaître son opinion ; elle trouve que c’est une
bonne idée. Elle est même d’accord pour me payer le concours d’entrée à l’école
d’infirmière. Tout de suite, ça me semble compliqué. Cependant, je songe à
Caleb qui parvient à surmonter les difficultés qu’il rencontre ; je devrais y
parvenir, moi aussi, si je m’en donne les moyens.
Je décide alors de l’appeler. Je sais qu’il est arrivé à Paris. Il répond
rapidement.
– Je t’aime aussi.
Un léger silence s’installe avant que je ne lui fasse part de l’objet de mon
appel. Je lui raconte avoir suivi son conseil. Mon amoureux est plongé dans ses
études et n’a pas beaucoup de temps à me consacrer. Alors, je me dis qu’avec un
projet professionnel, je le serai également, je passerai ainsi moins de temps à me
morfondre.
– Les tests me suggèrent d’être infirmière. J’en ai fait trois différents et j’ai la
même réponse à chaque fois.
– Très sexy.
Je souris.
– L’idée te plaît ?
– Je crois que oui. Caleb, tu n’es plus le seul à avoir un projet d’avenir.
Je ne veux pas faire de plans sur la comète, mais je pense que ce serait un
plus, pour moi, s’il me parlait de ses cours, pour le côté médical ; alors je lui en
touche deux mots.
– Tu sais, je ne voudrais pas te faire peur. Mais mon cursus est bien plus
compliqué que celui que tu suivras.
– Je sais. C’est juste pour me mettre dans le bain.
– Je voudrais aller chez papa, cet automne. Tu penses que je peux partir
quand ?
J’irais bien les quinze jours, mais elle risque de ne pas apprécier.
– Je te laisse choisir.
Dans ce cas, la première me tente bien, comme ça, je retrouverai Caleb plus
vite et, si je veux déborder sur la suivante… de quelques jours… ce sera
possible.
***
Caleb n’est pas très disponible, au début de mes vacances. Toutefois, il prend
du temps pour moi dès que nos parents sont au travail. Nous passons nos
journées au lit, nous avons tellement de temps à rattraper. Il me montre
également ses cours, ce qui confirme mon désir d’entrer à l’école d’infirmière. Je
passe d’agréables moments avec lui, chez lui, des moments qui prennent fin trop
tôt à mon goût.
Notre petite vie se poursuit ainsi après les vacances. Caleb vient me voir une à
deux fois durant les périodes où je suis à l’école, et moi, je le retrouve à Paris
pendant une semaine complète à chaque période de vacances : au Nouvel An,
que nous passons ensemble, rien que tous les deux dans un hôtel, alors que nous
avons dit à nos parents que nous serions à une fête avec des amis de Caleb, puis
en février où nous partons au ski dans les Alpes ; c’était la première fois, pour
moi, mais je m’en suis très bien sortie.
Je pars ensuite pour dix jours à Paris ; ce sont les vacances de Pâques.
En mai, c’est Caleb qui vient à Metz, pour fêter mon anniversaire avec mes
amis. J’ai organisé une petite fête en discothèque, avec Louise et sa nouvelle
conquête : Rodolphe. Nous passons une très bonne soirée, puis une nuit
magique, qui se solde par mon cadeau : une bague. Si je suis surprise, je tente de
le cacher. Caleb m’assure que ce n’est pas une demande en mariage – je n’ai que
dix-huit ans –, seulement une promesse d’amour.
Je me love dans ses bras une fois que le bijou est à mon annulaire. Il va falloir
expliquer ça à ma mère.
Elle ne la remarque pas tout de suite, mais plusieurs heures après mon retour
seulement. J’avais déjà réfléchi à ce que je lui dirais. Elle apprend donc que je
fréquente un garçon depuis plusieurs mois. Mais elle n’en saura pas plus, ni
même son prénom ; je n’ai pas envie de mentir en lui en donnant un au hasard.
Début juin, je passe l’oral de mon concours – ayant été reçue à l’écrit – et prie
de toutes mes forces pour le réussir. Je reste au téléphone pendant des heures
avec Caleb pour tout lui raconter. Il croit en moi et ça me réchauffe le cœur.
Pourtant, j’ai terriblement envie de le voir, il me manque. Toutefois,
maintenant, j’ai les épreuves du Bac à préparer. Après, je partirai un week-end à
Paris pour fêter l’anniversaire de mon amoureux.
Mais d’abord, je dois me concentrer sur mes révisions. Je les fais avec Louise,
même si elle a carrément raté son année et n’y met pas de bonne volonté, sachant
qu’elle va redoubler. Nous travaillons dur – moi nettement plus qu’elle – durant
les jours suivants.
Le temps passe vite et je suis déjà au week-end tant attendu. C’est papa qui
vient me chercher à la gare et me ramène à la maison. Cette année, pour l’été,
nous avons décidé que je passerai un mois chez eux, de mi-juillet à mi-août. Je
suis impatiente.
En attendant, ce soir, Caleb est censé faire une grande fête dans l’un des
bowlings de la capitale avant de finir la soirée en discothèque ; ça, c’est la
version officielle. En réalité, nous passerons la soirée rien que tous les deux.
Nous ne dînons pas avec nos parents, prétextant une sortie au fast-food avec
des amis. Nous passons une soirée magique au restaurant, avant de la terminer
dans une chambre d’hôtel avec du champagne et des fraises. Je porte fièrement
ma bague et offre un bracelet à mon amoureux. Un bracelet où se rejoignent
deux menottes, ce qui est assez symbolique : il m’appartient.
Notre soirée est des plus torrides. C’est très difficile de le quitter, le lendemain
matin, pour rentrer à la maison avant que les parents se réveillent. Hors de
question que je dorme seule, je l’attire dans mon lit pour finir notre nuit.
Nous filons le parfait amour, tout au long du week-end. Puis, je retourne chez
moi le dimanche soir.
Je passe mon Bac, dès le jeudi, passant par des moments de réflexion et
d’angoisse. Je pense avoir plutôt bien réussi, mais je ne peux m’empêcher de
douter. Si jamais je n’ai pas réussi, je ne pourrai pas entrer en école d’infirmière.
J’attends donc les résultats avec impatience. Caleb me conseille de ne pas me
faire de souci ; de toute façon ça ne sert plus à rien, les dés sont jetés.
Mon amoureux est le premier au courant, je suis tellement heureuse que je lui
en fais part à la seconde où je l’apprends moi-même.
Ensuite, je l’annonce à ma mère, puis à mon père et Alice. Enfin, à mes amis.
Je me sens à ma place, ici. C’est horrible à dire, mais je m’y sens bien mieux
que chez ma mère… parce qu’il y a Caleb.
Il rigole et me fait la bise devant nos parents. Je vais devoir attendre pour
notre baiser.
Nous parlons du voyage que nous allons faire, tous ensemble. Samedi, nous
nous envolerons pour deux semaines à Santa Cruz, aux Canaries. J’ai tellement
hâte. D’autant plus que nous aurons moins d’heures d’avion que l’an passé pour
aller à Hawaï.
J’aide Alice à débarrasser la table, alors que Caleb se rend dans sa chambre.
Mon père nous prête main-forte.
***
Les jours suivants, nos parents travaillent. Caleb et moi, nous sommes donc
seuls à la maison, pour notre plus grand plaisir. Il étudie beaucoup, ses études de
médecine étant très importantes pour lui, et j’apprends de lui, également. Ainsi,
je serai fin prête pour mon entrée à l’IFSI.
L’après-midi s’écoule trop rapidement, à notre goût. Sur les coups de seize
heures, nous décidons de faire une pause. Caleb va nous chercher des
rafraîchissements que nous avalons en moins d’une minute, puis nous nous
embrassons plusieurs fois avant de nous remettre au travail.
J’apprécie le moment complice que nous partageons. Je suis comblée avec lui.
Je souris en posant le gros livre sur l’autre chaise longue et mes mains sur les
joues de mon amoureux.
Ce qui ne tarde pas : mes lèvres capturent les siennes et ma langue caresse la
sienne. Comme à chaque fois qu’on s’embrasse, le désir naît instantanément
dans mon bas-ventre. Je me colle au maximum contre lui, me plongeant corps et
âme dans ce baiser qui me transporte, me fait gémir de bien-être.
Nous nous écartons aussitôt l’un de l’autre, surpris et un peu effrayés par
l’arrivée subite et surtout silencieuse des parents.
Ma belle-mère nous regarde comme si nous étions coupables d’une atrocité.
Nous ne faisons que nous aimer, après tout.
– Mathieu !
Alice fonce chercher son mari. Caleb et moi nous jetons un coup d’œil
inquiet ; toute la misère du monde semble s’être abattue sur nos épaules en une
fraction de seconde.
Il nous fixe l’un après l’autre comme si nous avions commis un crime.
Mon père est hors de lui, il ne comprend pas et n’accepte surtout pas ce qui se
passe.
– C’est MA fille !
Et là, je sais que c’est perdu. Ils ne voudront jamais entendre raison. Ils ne
seront jamais d’accord avec notre façon de voir les choses.
C’est le ciel qui vient de leur tomber sur la tête ; les parents sont hors d’eux.
Ils se regardent, espérant trouver une réponse dans les yeux de l’autre ; ils ne
voient pas comment ils vont pouvoir gérer cette situation qui les dépasse.
– Pourquoi tu ne veux pas comprendre ? Elle n’a aucun lien de sang avec
moi ! Je suis libre de l’aimer, si je le veux.
Mon père hurle contre son fils qui ne veut rien entendre et ce dernier crie de
plus belle pour défendre notre relation. Mais il comprend rapidement qu’il
n’aura pas le dessus, que la décision a été prise et qu’on n’a plus qu’à s’y plier.
Avant de dire des choses qu’il regrettera ensuite, il préfère quitter la maison
pour se calmer. Ma vie vient de s’écrouler, je n’ai plus d’autre choix que d’aller
faire mon sac.
Puis mon père me conduit à la gare, sans perdre un instant. Alice n’était pas
dans la cuisine, je n’ai pas pu lui dire au revoir ni même tenter de m’expliquer.
Durant le trajet, c’est un long silence lourd qui s’installe et qui me met mal à
l’aise. Je pleure en silence.
Manque de chance pour moi : un train part dans vingt minutes ! Mon père
prend un billet et me le tend une fois qu’il est composté. Aucun retour en arrière
possible.
– C’est ton frère, bon sang ! Tu n’avais pas le droit ! Vous n’aviez pas le
droit ! hurle-t-il sur le quai.
– On n’a pas grandi ensemble ! On n’est même pas du même sang. Comment
tu peux réagir ainsi ?
La discussion est close, alors je file dans le wagon sans un au revoir, mais en
lui lançant un regard dur et empli de reproches.
Mathieu attend que le train soit parti pour s’en aller ; sans doute craignait-il
que j’en sorte.
– Dans le train.
Il est fâché contre ses parents, mais il tente de s’adoucir. Il me promet que la
situation va s’arranger, qu’ils ont seulement besoin de temps pour digérer la
nouvelle.
J’essaie de faire le vide dans ma tête tout le long du trajet, mais mon esprit
revient sans cesse à l’instant où Caleb et moi nous sommes faits prendre. Les
parents étaient rentrés plus tôt que d’habitude.
***
Il est un peu plus de dix-neuf heures quand le train entre en gare de Metz. Je
tire le trolley jusqu’à chez moi : une dizaine de minutes à pied et je me prépare à
affronter ma mère.
Quand je passe la porte, je m’effondre dans ses bras. Elle ignore ce qui me
tourmente, mais fait de son mieux pour me calmer.
Une fois que mes larmes se sont taries, je renifle plusieurs fois et décide de lui
raconter ce qui se passe.
Elle a la même réaction que ma belle-mère quand elle nous a vus nous
embrasser. Ses yeux exorbités lui sortent presque de la tête.
– Le fils de Mathieu ?
Encore le même discours. Je lui répète tout ce que Caleb a dit à son père pour
nous défendre, que nous n’avons aucun lien familial, que Mathieu n’est pas mon
père biologique. Toutefois, rien n’y fait. Elle crache le même mot qu’Alice :
– C’est de l’inceste !
Elle ne me demande pas pourquoi je suis rentrée plus tôt, elle imagine bien
que Mathieu m’a mise à la porte, elle l’aurait fait aussi, si la situation avait été
inversée.
Je devrais être avec Caleb, à cet instant, et, au lieu de ça, nous avons été
séparés de force. Mon cœur a volé en éclats. La douleur au fond de mon être est
indescriptible.
***
Caleb et moi gardons le contact, malgré toute cette furie autour de nous. Il
m’appelle tous les jours, toujours aussi furibond à cause de la situation et la
réaction de nos parents. Il n’a pas non plus apprécié celle de ma mère ; personne
n’est de notre côté.
Le vendredi, il m’annonce que ses parents ne sont toujours pas calmés. Lui
qui espérait pouvoir discuter avec eux et leur faire entendre raison a eu tort. Le
voyage aux Canaries se fera sans moi.
Il a raison, mais moi, j’ai besoin de lui et le lui dis. Il me promet d’y réfléchir.
Ma meilleure amie ne sait pas que je suis revenue. Je vais l’appeler ; peut-être
que ça me fera du bien de discuter avec elle. Je lui envoie un message pour
savoir ce qu’elle fait. Mon téléphone sonne quelques minutes plus tard, affichant
Louise.
– Non.
Elle veut tout savoir, mais je n’ai aucune envie de lui expliquer la situation par
téléphone, alors on convient de se retrouver au café à côté du parking en bas de
chez moi dans un quart d’heure. J’ai à peine le temps de me rendre présentable.
Depuis que je suis rentrée, je ne fais plus l’effort de me coiffer ni de me
maquiller. Je fais ainsi encore une fois l’impasse sur le maquillage. En revanche,
je me lave les cheveux et les attache dans un chignon, encore mouillés.
Puis je troque mon jogging contre une petite robe et je me rends au café.
Je dois avoir une tête à faire peur. Je pleure depuis plusieurs jours et je n’ai
même pas pris la peine de cacher mes yeux rouges.
– On a essayé de s’expliquer, mais ils n’ont rien voulu entendre et mon père
m’a conduite immédiatement à la gare.
– J’ai tout raconté à ma mère et, pas de chance, elle pense comme eux.
– Ça va. Il est énervé, il n’a aucun contrôle sur la situation. Ses parents partent
demain en vacances et il a décidé de ne pas les accompagner. Il essaiera de venir
à Metz une journée.
– C’est super !
Pourquoi ne puis-je pas vivre une relation simple avec le garçon que j’aime ?
Notre avenir se brouille, je ne vois plus toutes les belles choses que j’imaginais
pour nous.
Je souris. Elle a sans doute raison. Je me sens mieux en posant les yeux sur le
bijou que je porte à mon annulaire.
***
C’est une semaine plus tard que Caleb vient dans ma ville. Je l’accueille le
matin sur le quai de la gare et le serre dans mes bras de toutes mes forces. Les
larmes coulent sur mes joues mais ce sont des larmes de joie, aujourd’hui.
Pour cette occasion tant attendue, j’ai voulu être très jolie ; j’ai pris soin de me
maquiller et de me coiffer correctement, après avoir enfilé une jupe et le dos nu
blanc qu’il aime, celui qu’Alice m’a offert à Maui.
C’est bras dessus bras dessous que nous sortons de la gare pour nous rendre au
plan d’eau où nous passerons la journée. Il fait beau et il y a du monde, mais
nous trouvons un coin tranquille pour nous installer. J’ai pris un sac avec moi,
ayant raconté à ma mère que je passerais la journée avec Louise.
J’en sors une couverture que j’étale pour que nous nous allongions dessus. Je
me blottis dans les bras de Caleb qui capture mes lèvres dans un nouveau baiser.
Parfois, je me dis qu’on aurait dû aller à l’hôtel...
Après nos retrouvailles, il nous faut discuter de ce que nous allons faire. Nous
nous asseyons face à face et mangeons les sandwichs que j’ai confectionnés avec
amour, tout en parlant du futur.
Pour le moment, tout est obstrué. Nous ne savons pas comment agir. Tout
réside dans l’espoir de Caleb que ses parents se soient calmés à leur retour.
– Je ne sais pas.
– Je n’arrête pas d’y penser, tu sais. C’est le pire scénario qui pourrait se
produire. Pourtant, je dois être prudent. Mes parents financent l’école de
médecine, je ne veux pas devoir me tirer de la maison et prendre un taf pourri
pour survivre. Ni abandonner mon rêve pour autant.
– Je ne le veux pas non plus, lui assuré-je en posant ma main sur la sienne.
– Mais on y viendra, s’ils ne l’acceptent pas. Je refuserai d’arrêter de te voir.
Ce n’est pas négociable.
Ses mots me rassurent, mais l’avenir qu’il me décrit pour lui me fait peur.
– On va arrêter de parler de ça. De toute façon, on n’a aucun pouvoir sur leur
décision.
Il repousse la bouteille d’eau qui est entre nous et m’allonge pour s’installer à
moitié sur moi et m’embrasser.
Je tourne dans ma chambre comme un lion en cage. Je sais que leur avion
atterrira à quinze heures. Je devrai encore attendre qu’ils rentrent et que Caleb
leur parle, avant de savoir à quoi m’attendre. Je n’en peux plus ! J’espère
sincèrement qu’ils auront pris de la distance avec cette histoire et auront compris
que nous ne faisons rien de mal. Ce sera trop dur, sinon...
Je n’ai pas parlé à mon père depuis qu’il m’a mise dans le train, je suis très
fâchée contre lui. Peut-être que j’aurais dû essayer de lui expliquer mon point de
vue. Néanmoins, je pense que ça n’aurait pas changé grand-chose. Il avait besoin
de le digérer.
Nous mangeons également une glace sur le chemin du retour. C’est à partir de
là que je ne cesse de fixer ma montre.
Louise éclate de rire et me demande de ne pas être aussi stressée. Sauf que
c’est plus facile à dire qu’à faire.
Je rentre chez moi après notre shopping, espérant que le téléphone sonne
enfin. Mais le temps file et je ne reçois aucune nouvelle. Je vérifie plusieurs fois
que j’ai bien du réseau et de la batterie.
Je ne comprends pas.
J’ai peur d’appeler Caleb et de mal tomber. Peut-être que le vol a été retardé et
qu’ils sont en pleine discussion depuis peu. Peut-être que ses parents ont besoin
de temps pour être convaincus.
Je prends mon mal en patience, me disant que je n’ai pas le choix, de toute
façon.
Louise m’envoie plusieurs messages pour avoir des nouvelles, je lui réponds
toujours la même chose.
Je désespère à l’heure du dîner ; je mange sans faim. Soit Caleb n’a pas pu
leur parler, soit ils ne veulent rien entendre. Je ronge mon frein, je n’en peux
plus. Ma patience est mise à rude épreuve.
Le stresse me gagne. J’ai peur qu’il ne soit arrivé quelque chose de grave.
Je m’endors, les larmes aux yeux, la boule au ventre. Je passe la nuit la plus
abominable de ma courte existence. J’ai peur de tout perdre, moi qui avais enfin
trouvé ma voie.
***
– Caleb…
Il n’a pas l’air décidé à parler et, moi, je vais devenir dingue, si ça continue.
– J’ai essayé de leur parler... de leur expliquer notre point de vue. Mon père
n’en démord pas. Tu es sa fille au même titre que je suis son fils. Je peux
comprendre que ça le choque, mais j’espérais qu’il pourrait finir par voir les
choses de notre manière.
Je suis assise à côté du garçon que j’aime. Pourtant, j’ai l’impression qu’il est
terriblement loin de moi, que je suis la seule à être touchée par la situation, à être
ravagée.
Au final, c’est tout ce qui compte. Ce que lui et moi pensons et décidons pour
la suite.
Il passe son bras autour de mes épaules pour m’attirer contre lui. J’entoure son
corps de mes bras ; j’ai besoin de sentir qu’il est là, qu’il n’a pas renoncé, qu’il
m’aime toujours.
– Qu’allons-nous faire ?
– Je suis désolé, me dit-il. Tu sais ce que je ressens pour toi, mais c’est ma
carrière qui est en jeu. Je t’ai déjà dit que je ne voulais pas avoir à trouver un
travail pourri pour payer un loyer et les factures. Ce sont mes parents qui
financent mes études. Sans leur argent, je peux dire adieu à mon rêve.
– Dois-je en déduire que tes études sont plus importantes que moi ?
– Parce que c’est à ça que notre histoire se résume finalement : moi ou tes
études de médecine ?
– Je crois que si, au contraire. Je n’aurais jamais choisi mes études à ton
détriment, parce que je t’aime et que tu as la première place dans mon cœur et
dans ma vie.
– Clém...
Mon cœur vole en éclats à ces mots. Je suffoque, j’ai du mal à respirer tant j’ai
mal.
– Je t’aime et tu le sais, mais il n’y a pas que notre histoire qui est en jeu...
– Mes parents finiront par me couper les vivres, parce que j’ai désobéi ! Je me
retrouverai à la rue, obligé de prendre le premier travail que je trouverai pour
survivre. Et après ? Tu me rejoindras ? Tu prendras un job de serveuse ? On se
déchirera parce qu’on aura raté nos vies ? C’est ça que tu veux ?
C’est l’idée la plus stupide que j’aie jamais eue, mais ça pourrait marcher,
puisqu’on le fait déjà.
C’est fini.
– Clém...
Nous restons de longues minutes ainsi. Je sais qu’il a mal, lui aussi ; je
l’entends renifler. Quelque part, ça me rassure, ça prouve qu’il tient sincèrement
à moi.
Puisse-t-il dire vrai. Mais ça n’a plus d’importance, parce qu’il va partir et que
nous ne nous reverrons sans doute jamais.
Il pose un dernier baiser humide sur mes lèvres et tourne les talons pour
retourner dans la gare. J’ignore s’il a un train dans les prochaines minutes. Plus
rien n’a d’importance. Je m’assois sur les marches, parce que je n’arrive plus à
rester debout. Je mets ma tête dans mes mains et laisse couler mes larmes.
***
Les jours passent et se ressemblent, désormais. Moi, par contre, je ne
ressemble plus à rien, me laissant porter par la vie. Je passe la fin de mes
vacances dans ma chambre, à broyer du noir en écoutant des musiques tristes.
Ma mélancolie me colle à la peau.
Elle est triste pour moi, mais je sais que la situation la réjouit ; elle aussi
trouvait notre relation malsaine. Pourtant, nous ne faisions que nous aimer.
Ma mère connaît à présent toute l’histoire. Je ne lui épargne pas non plus les
raisons de notre rupture. Quelque part, même s’il le nie, Caleb m’a fait passer
après ses études. Je lui en ai voulu longtemps, mais plus maintenant. Je sais qu’il
devait penser à lui avant tout, même si c’était dur.
Je sais aussi qu’il avait raison, quand il parlait de nous, vivant ensemble et
exerçant un métier qui ne nous plairait pas pour payer nos factures, s’il arrêtait
ses études. On finirait par se déchirer et se quitter. Notre vie ne serait qu’un beau
gâchis.
Je le pense tout de même, parce que, sans lui, je suis malheureuse comme les
pierres. Je n’ai envie de rien, à part pleurer, mais les larmes ne coulent plus de
les avoir trop laissées s’échapper.
– Je l’aime, maman.
– Je sais.
Il a fallu toutes ces épreuves difficiles pour moi pour qu’elle se rende compte
que ce garçon n’était pas qu’une passade ? Que je l’ai sincèrement dans la peau ?
Et que je ne peux pas accepter qu’il me laisse ?
Mais son réconfort s’arrête ici, elle ne m’encouragera pas à aller vers lui. Par
contre, quand elle quitte ma chambre, j’appelle celui qui reste l’homme de ma
vie, ayant besoin d’entendre sa voix.
– Et tu vas cartonner !
Je l’entends soupirer.
– Dis-moi ?
– C’est déjà assez dur comme ça, je ne veux pas en rajouter. Si on doit se
retrouver, ça se fera sans qu’on se fasse de promesse.
Je sais qu’il a raison, mais ça ne me rend pas moins triste. Et puis, nos parents
ne seront pas d’accord pour qu’on se fréquente. Pas plus dans dix ans
qu’aujourd’hui. C’est ce qui me déprime le plus.
– Est-ce que... est-ce qu’on peut se parler, de temps en temps ? Se raconter nos
vies comme des amis ?
– On peut essayer.
Alors nous commençons dès à présent en parlant de mes futurs cours à l’école
d’infirmière. Il enchaîne sur les siens qui reprennent bientôt et où il alternera
cours et formation à l’hôpital.
***
Tout va bien ; les premiers mois, Caleb et moi échangeons beaucoup, même si
nous ne sommes plus en couple. J’ai de bons résultats, je me reprends en main et
j’ai même un début de vie sociale avec mes nouvelles amies.
Mais ensuite, il me dit que ça le fait trop souffrir et qu’il préfère espacer nos
appels. Au lieu d’une fois par semaine, on passe à une fois par mois. Ça me brise
le cœur. Cependant, je n’ai pas le choix, je sais qu’il a raison. Alors, je m’adapte.
Sauf que ça ne va plus. Je n’arrive plus à supporter l’éloignement. Je glisse
doucement vers la dépression, je suis souvent seule, délaisse mes amies, je ne
sors plus, je mange moins. Il paraît que j’ai maigri. Je refuse même les sorties
avec Louise que je vois de moins en moins, prétextant une trop grande charge de
travail.
Ma mère s’inquiète, mais ne peut rien faire. Je lui affirme que ce n’est qu’une
mauvaise passe ; j’ignore si elle y croit.
Pour moi, en tout cas, plus rien ne va. Mes notes sont en chute libre, je ne fais
pas mes devoirs et manque souvent les cours.
Comme à mon habitude, je balance mon sac sur mon lit et ne fais rien. Je
trouvais le programme génial en début d’année, je cartonnais même. Et puis,
Caleb a voulu mettre de la distance entre nous – plus qu’il n’y en avait déjà –, et
tout a dégénéré.
Je clique sur son prénom dans ma liste de contacts, le cœur serré, espérant ne
pas le déranger. Au pire, je laisserai un message sur son répondeur et je
retenterai plus tard. Mais aucune sonnerie ne retentit. Immédiatement une voix
enregistrée et féminine m’annonce que le numéro n’est plus attribué.
Le choc !
Terrible choc !
– Bonjour, papa.
Vraiment ? Me serais-je fait des idées à son sujet en pensant qu’il voulait me
rayer de sa vie ?
– Et Caleb ?
– En Amérique ?
– Oui.
Mon père ne répond pas tout de suite, pesant sans doute le pour et le contre de
sa ou ses révélations.
– C’était devenu trop difficile pour lui, ici. Il savait que tu étais à moins d’une
heure et demie de TGV. Il aurait fini par craquer. Le mieux était qu’il prenne de
la distance.
– Parce qu’il m’aime. Que nous nous aimons ! Et qu’Alice et toi, vous avez
tout détruit.
– Tu peux le voir ainsi, Clémence. Mais nous avons, avant tout, voulu vous
préserver d’une amourette qui prenait trop d’ampleur dans un cadre interdit.
Je ne verrai jamais les choses comme lui. Alice et mon père sont responsables
de mon malheur.
La vie me souriait, tout aurait pu durer. Au lieu de ça, ils ont tout brisé.
– Adieu, papa.
– Clémen…
Finalement, lui parler et envisager de le revoir était une très mauvaise idée. Je
n’irai donc pas à Paris.
***
J’avoue que l’idée fait son chemin dans mon esprit, mais jamais je ne pourrai
me payer même un aller simple pour cette ville. En plus, je devrais obtenir un
visa pour séjourner en Amérique. C’est sans doute impossible, je ne saurai pas
comment faire. Je suis découragée rien qu’en y songeant.
Je sens un bras sur mon épaule. Rodolphe nous rejoint et, sans gêne, se mêle à
notre conversation.
Là, il a toute mon attention. Pour autant, je n’ai droit à aucune précision, il me
demande juste de le retrouver devant les Galeries Lafayette, samedi soir à vingt-
deux heures. J’accepte et le petit ami de Louise retourne à ses occupations.
– De quoi il parle ?
Pour sortir, ce soir-là, je parle d’un ciné entre amies à ma mère et le tour est
joué. Nous prenons d’abord un verre au café, avant de nous rendre devant les
Galeries, pile à l’heure. Rodolphe nous attendait, il n’est pas seul. Il embrasse sa
petite amie, puis fait signe à son ami d’approcher.
– Clém, voici Cédric. Cédric, c’est la nana dont je t’ai parlé. Clém.
Le jeune homme est vêtu de noir, il porte une casquette ; son air n’est en rien
amical. Je me demande soudain dans quel guêpier je me suis fourrée.
Je ne suis pas certaine que ce sera moins difficile… que me prostituer, mais
j’accepte. Je me ferai bien plus d’argent de cette façon qu’en me trouvant un job
d’été. Et plus vite, surtout.
Quand nous sommes à nouveau seules, Louise s’assure que c’est vraiment ce
que je veux, elle s’inquiète pour moi. Mais, au final, ai-je le choix ?
– Je veux retrouver Caleb. J’ai besoin d’argent pour aller à Seattle. Fin de
l’histoire.
Pour ma première soirée en tant que trafiquante illicite, je suis mal à l’aise.
Louise m’accompagne durant plusieurs heures, pendant lesquelles nous
arpentons les sorties des discothèques, cinémas ou cafés, dans l’espoir de vendre
de la drogue. J’ai mis une tenue très provocatrice – une jupe en cuir noir avec un
bustier – pour attirer au maximum l’attention de mes clients potentiels.
Durant les semaines suivantes, je fais mon possible pour gagner un maximum
d’argent. Je dois réunir au moins deux mille euros. En même temps, je fais ma
demande de passeport en tant que personne majeure.
J’ai complètement délaissé mes études d’infirmière ; sans Caleb, mon objectif
ne m’intéresse plus, de toute façon. Ma mère crie souvent en voyant mes
résultats, alors je finis par lui répondre que je me fous de l’IFSI. Elle a bien
remarqué que j’ai changé, même si elle n’en comprend pas la raison, pensant
sans doute que je suis passée à autre chose, que j’ai oublié mon ex-copain, ce qui
est absolument faux.
L’ambiance chez nous n’est donc pas au beau fixe ! Elle me reproche d’avoir
gâché son argent ; je l’écoute sans l’entendre, j’en ai marre de cette vie.
Lorsque j’ai enfin assez d’argent pour me payer un aller-retour pour Seattle,
j’en parle à Louise. Elle est triste, je le vois bien. Moi, par contre, je suis
surexcitée de savoir que je pourrai partir bientôt.
– Tu devrais essayer d’en avoir un peu plus. Comment tu vas vivre, là-bas ?
Tu ne trouveras peut-être pas Caleb le premier jour. Il faudra que tu ailles à
l’hôtel.
Elle a raison, elle est bien plus sensée que moi. Heureusement que je l’ai. Elle
me manquera, quand j’aurai quitté le pays.
Je supporte ma mère, qui râle parce que j’ai raté ma première année à
l’institut ; mais je m’en moque. Ce n’est pas une surprise. Elle ne sait pas quoi
faire de moi à la prochaine rentrée et j’avoue que c’est le cadet de mes soucis,
puisque je ne serai pas là en septembre. Mais, ça, bien évidemment, elle ne le
sait pas.
Pendant ce temps, j’amasse encore beaucoup d’argent ; j’en aurai bientôt plus
qu’il ne m’en faudra.
Je m’ouvre un compte dans une banque où n’est pas ma mère et dépose tout le
liquide que j’ai sur moi. Mes économies depuis mon enfance, dis-je au
conseiller.
Ma carte bancaire arrive dans la boîte aux lettres quelques jours plus tard ; une
carte internationale, que je peux utiliser dans le monde entier.
***
La veille de mon escapade, j’en informe Louise et lui dis au revoir. Je vais
également voir Cédric pour lui rendre la drogue qu’il me reste et récupérer mes
derniers billets.
Ça fait plusieurs mois que je galère pour amasser de l’argent et régler les
formalités. Maintenant, c’est bon, je peux partir en paix.
Le lendemain matin, après son départ pour le collège où elle travaille, je file à
mon tour et prends le TGV jusqu’à Paris. Je suis très heureuse de retourner dans
cette ville où j’ai trouvé l’amour, mais le voyage est encore long. Je me rends à
l’aéroport Charles-de-Gaulle en métro et, comme ce n’est pas ma première
venue ici, je sais à peu près où aller et comment faire.
Deux heures plus tard, je m’envole pour Seattle.
Je passe devant plusieurs hôtels. J’ai bien envie de prendre une chambre pour
me reposer. Mais je ne dois pas dévier de mon objectif. Il y a trois hôpitaux dans
le secteur et je veux leur rendre visite avant ce soir.
Je lui explique tant bien que mal que c’est un étudiant en médecine, que je
suis sa sœur et que je sais qu’il est ici. Je me retrouve dans le bureau du directeur
de l’internat qui épluche la liste de ses étudiants, mais Caleb Serbat n’y figure
pas.
Je retiens une chambre d’hôtel dans la zone des cliniques suivantes et passe
ma première nuit sur le sol américain. J’ai du mal à m’endormir, alors je pense à
ma mère qui a dû trouver la lettre depuis bien longtemps, maintenant. Elle a sans
doute essayé de m’appeler, mais je n’ai pas de forfait pour ce pays, alors j’ai tout
simplement éteint mon téléphone.
***
Plus que trois… Et si j’avais raté quelque chose ? S’il n’était pas ici et que
Mathieu m’avait menti ?
Caleb, où es-tu ?
Je passe une nouvelle nuit, seule, dans l’état de Washington, en proie aux
doutes et à l’incertitude.
Je dors très mal et, le lendemain, je pars faire le tour des trois autres hôpitaux.
C’est au Northwest Hospital que je me rends en avant-dernier ; le dernier sur ma
liste étant un hôpital psychiatrique, je vois mal mon amoureux là-bas.
Quand j’entre dans le hall d’accueil, je me dirige vers la secrétaire et lui donne
le nom de la personne que je cherche. Je ne finis pas chez le directeur de
l’internat, parce que la demoiselle sait de qui je parle. Aurais-je enfin trouvé ?
Mon cœur tambourine dans ma poitrine tant l’espoir renait en moi.
Quelques minutes plus tard, je vois un mec très séduisant dans sa tenue bleue
de médecin, surmontée d’une longue blouse blanche, un calot sur la tête,
s’approcher de la secrétaire, une tablette numérique à la main. Puis, il me voit et
semble surpris. Il pose la tablette sur le comptoir et avance timidement vers moi.
J’ai l’impression que la scène se déroule au ralenti, comme dans les films, et
qu’il met une heure à me rejoindre.
Là, je me jette dans ses bras ; il me serre contre lui. Mon inquiétude des
derniers jours et mes déboires des derniers mois disparaissent. La sérénité me
gagne et j’espère qu’elle ne me quittera plus, je crois que je ne le supportais pas.
Lorsque nous nous écartons l’un de l’autre, Caleb m’observe, comme s’il ne
croyait pas vraiment à ma présence, là, en face de lui.
– Pourquoi tu dis ça ?
– Parce que tu refuses les avances de toutes les filles, ici. On pensait que tu
préférais les hommes !
Je souris à mon tour, très contente d’apprendre qu’il est toujours célibataire. Je
n’y avais pas pensé, avant de venir, mais il aurait très bien pu avoir refait sa vie
avec une étudiante en médecine, comme lui.
– C’est parce que j’ai une fille dans mon cœur, dit-il en me prenant par le cou.
Mon cœur se gonfle de joie quand je me blottis contre lui. Je suis enfin
entière. Enfin moi.
Caleb s’éloigne du comptoir en m’attirant dans son sillage, sans doute pour
que la secrétaire ne nous entende pas. Il me parle en français.
– Je vais te donner mes clés. Tu iras chez moi et je t’y rejoindrai ce soir.
J’arrive pas à croire que t’es là !
Il pose ses mains sur mes joues pour s’assurer que je suis bien devant lui, qu’il
ne rêve pas.
– Tu me manquais trop.
– Tu peux demander à Clay de lui donner mes clés dans mon casier ?
– Bien sûr.
Elle s’empare du téléphone, alors que mon amoureux prend une feuille et un
crayon pour me noter son adresse, le code d’entrée de l’établissement, et me
faire un plan pour que je m’y retrouve. Il habite à cinq minutes de l’hôpital,
heureusement.
Je passe mes bras autour de son cou et me mets sur la pointe des pieds,
désirant qu’il m’embrasse. Il m’a trop manqué. Nos yeux s’accrochent, plus rien
autour de nous n’existe.
Nous sommes dans une bulle, tous les deux, comme si personne ne nous avait
séparés. Comme si nous ne venions pas de nous retrouver après tant de mois
éloignés, mais que nous ne nous étions jamais quittés.
Caleb pose ses lèvres sur les miennes un court instant, sans approfondir le
baiser.
Simplement moi.
Chapitre 31
C’est en milieu d’après-midi que j’arrive chez Caleb. Je me sers des clés qu’il
m’a données pour entrer et découvre un joli appartement au second étage d’un
immeuble. La rue semble calme ; elle est étroite et il y a peu de circulation. Des
restaurants et magasins sont alignés de chaque côté.
Je ne résiste pas et ouvre la porte. Un grand lit trône à ma droite, avec une
table de chevet de chaque côté, et un long placard occupe toute la longueur du
mur d’en face. Je jette un œil dans l’armoire et respire l’odeur des vêtements de
celui que j’aime. Je l’ai enfin retrouvé.
Finalement, je m’endors.
Je suis réveillée par des caresses sur mon bras. J’ouvre les yeux pour me
retrouver face à Caleb. Douce vision.
Mon hôte se rend à la cuisine, alors que je me redresse pour m’asseoir sur le
canapé. Un sachet est posé sur la table basse. Caleb apporte deux verres et une
bouteille d’eau, s’excusant parce qu’il n’a rien d’autre à boire.
Nous mangeons un hamburger et des frites en discutant du travail du jeune
homme. Il m’apprend qu’il est payé, mais pas assez pour vivre. Ses parents
prennent en charge la location de l’appartement et lui versent un surplus pour ses
besoins vitaux.
– Tu n’appelais plus, alors, un jour, j’ai essayé de te joindre et j’ai appris que
tu avais changé de numéro. C’est là que je me suis décidée à appeler Mathieu,
qui m’a dit que tu étais à Seattle.
– Il a raison. C’était trop dur pour moi de savoir qu’on n’était pas loin l’un de
l’autre, que je n’avais qu’à prendre le train pour te serrer dans mes bras. J’ai
expliqué ça à mes parents et mon désir de partir pour t’oublier. Ils m’ont
soutenu.
– Ça a été compliqué, en réalité. Je n’avais pas les années de fac requises pour
accéder au programme, mais mes parents connaissent le directeur, puisqu’ils
travaillent pour lui, de temps en temps. Ils font partie du cabinet d’avocats
internationaux de la clinique.
– On peut dire que j’ai été pistonné. Mais je travaille dur pour y arriver et je
m’en sors plutôt bien. Et toi ? C’est bientôt la rentrée, non ?
– J’ai raté mon année, lui avoué-je. Je n’arrivais pas à supporter notre
séparation. Ta distance.
Il prend ma main dans la sienne en guise de soutien.
– Non. Je me suis inscrite en fac d’éco pour faire taire ma mère, mais je ne
compte pas y aller, non plus.
– Je n’en sais rien. Tout ce que je voulais, c’était te retrouver. Je n’ai pas pensé
au reste.
Il me sourit tendrement.
– Moi.
Il fronce les sourcils, s’imaginant sans doute que c’était ma mère. Alors je lui
raconte tout ce que j’ai fait pour pouvoir venir. Il pâlit au fur et à mesure de mon
récit et je réalise le risque que j’ai pris en acceptant de travailler pour Cédric
pendant plusieurs mois.
– Caleb…
Je recule un peu, les larmes aux yeux. Son regard se plante dans le mien et sa
bouche fond sur la mienne pour me donner un vrai baiser. Un baiser exprimant
tout son amour, mais aussi son désespoir, son inquiétude pour moi. Il ignorait
que j’allais aussi mal, pensant que je m’en sortais sans lui, comme lui s’évertuait
à le faire sans moi.
Ses mains s’aventurent sur mon corps, s’approprient mes seins, sans que sa
bouche ne quitte la mienne. Nous commençons quelques préliminaires sur le
canapé, avant d’aller dans la chambre.
Nous sommes nus quand nous arrivons sur le lit de Caleb. Des lèvres
parcourent mon corps, jusqu’à rejoindre mon point sensible ; il sait exactement
comment me faire jouir. Je me sens pleinement moi lorsqu’il me remplit
complètement, lorsqu’enfin nous ne faisons qu’un, après une année de
séparation.
***
Quand j’ouvre les yeux le lendemain matin, je suis seule dans le lit moelleux.
Je cherche Caleb du regard, mais il n’est pas dans la pièce. Je me lève et attrape
une chemise dans son placard pour me couvrir.
Je t’embrasse.
Caleb.
Son petit mot me touche, même s’il n’y a pas ajouté qu’il m’aime. Je
comprends qu’on ait besoin de parler ! Hier, nous avons été emportés par nos
retrouvailles.
Je prépare même le dîner du soir et, quand Caleb arrive, je suis heureuse de le
retrouver. Je le prends dans mes bras et lui souhaite la bienvenue.
– Ça sent bon.
Nous passons donc à table, chacun assis sur un haut tabouret devant le bar. Le
jeune homme me raconte sa journée ; j’ai la ferme intuition qu’il a vraiment
trouvé sa voie. Il découvre chaque service de chirurgie depuis plusieurs mois et
m’annonce joyeusement qu’il est comme un enfant dans un magasin de jouets.
Il sait maintenant comment j’ai financé mon voyage, mais il ignore que ma
mère n’a pas été informée de mon départ, du moins pas de vive voix ni depuis
l’autre bout de l’océan Atlantique. Il est surpris de l’apprendre.
– Pourquoi ?
– Parce qu’elle n’est pas de mon côté, en ce qui concerne notre histoire.
– Je sais.
– Tu devrais l’appeler.
– Le mien, si.
Il sort son téléphone de sa poche et appuie sur le bouton pour l’allumer, mais
il ne se passe rien. Il constate que la batterie est vide et le met à charger.
– Je n’ai jamais de bol, avec ça ! Tout le temps à plat. Laisse-moi une heure et
tu pourras appeler. Ah non, faut faire gaffe au décalage horaire.
Je grimace. Il est un peu tôt pour contacter ma mère. Surtout qu’elle doit être
très en colère contre moi.
– Ça me fait plaisir.
– Tu en avais besoin.
Je reste dans le lit pendant qu’il va chercher son téléphone dans la cuisine. Il
revient moins d’une minute plus tard, les yeux fixés sur l’écran.
– Non. Elle va rester un peu chez moi, le temps qu’on y voie plus clair. Si tu
veux me couper les vivres, soit. J’estime avoir assez souffert de son absence. Je
suis désolé si maman et toi le prenez mal, mais je ne commettrai pas deux fois la
même erreur.
Je suis surprise et touchée par sa tirade. J’entrevois un vrai avenir pour nous
deux, cette fois-ci.
– Ta mère a contacté mon père et elle a appris que j’étudiais à Seattle. Elle est
furax. Il veut que tu l’appelles.
– Super !
Je compose son numéro, que je connais par cœur, sur l’écran tactile.
Normalement, je ne devrais pas la réveiller. Ma mère décroche et lâche un
« allô » méfiant en ne reconnaissant pas le numéro.
– Non, maman. J’en ai assez bavé, cette année. Je ne rentrerai pas. Pas avant
de savoir si Caleb et moi avons un avenir ensemble.
– Tu peux arrêter avec ça. On sait aussi bien l’une que l’autre qu’on n’a aucun
lien de ce genre. Je t’appellerai une autre fois.
– Au revoir, maman.
Je rends son téléphone à mon copain, tout en lui racontant la discussion. Il est
navré pour moi.
– C’est le tien aussi… Je sais que t’es fâchée avec lui, mais ça ne change rien
au fait qu’il t’a élevée.
Comme je le pensais, Caleb est ravi et n’a rien contre le fait de poursuivre
notre colocation. J’intègre donc la formation rapidement, avec un nouveau visa
en poche.
***
Caleb choisit la chirurgie esthétique comme spécialité, alors que je reçois mon
diplôme et une proposition pour exercer dans le même hôpital que lui.
Si mon amoureux continue de parler avec ses parents, qui ne sont pas
spécialement ravis d’apprendre que nous sommes toujours ensemble malgré le
temps qui passe, je préfère garder mes distances avec mon père et j’appelle
rarement ma mère.
Notre belle vie prend un nouveau tournant quand Caleb me demande de
l’épouser et que j’accepte.
Nous n’étions peut-être pas faits pour nous rencontrer. Certes, notre relation
peut être mal perçue quand on connaît les détails de nos vies. Mais Caleb et moi
n’avons aucun lien sanguin, alors pourquoi aurions-nous dû renoncer à notre
amour ? Et, si nous l’avions fait, nous aurions été malheureux chacun de notre
côté. Un beau gâchis !
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N° ISBN : 978-2-8191-0274-8
Photographie de couverture : 123rf