0% ont trouvé ce document utile (0 vote)
120 vues399 pages

NA

Transféré par

louiseduffour09
Copyright
© © All Rights Reserved
Nous prenons très au sérieux les droits relatifs au contenu. Si vous pensez qu’il s’agit de votre contenu, signalez une atteinte au droit d’auteur ici.
Formats disponibles
Téléchargez aux formats PDF, TXT ou lisez en ligne sur Scribd
0% ont trouvé ce document utile (0 vote)
120 vues399 pages

NA

Transféré par

louiseduffour09
Copyright
© © All Rights Reserved
Nous prenons très au sérieux les droits relatifs au contenu. Si vous pensez qu’il s’agit de votre contenu, signalez une atteinte au droit d’auteur ici.
Formats disponibles
Téléchargez aux formats PDF, TXT ou lisez en ligne sur Scribd

couverture

Table des matières


Prologue
Chapitre 1
Chapitre 2
Chapitre 3
Chapitre 4
Chapitre 5
Chapitre 6
Chapitre 7
Chapitre 8
Chapitre 9
Chapitre 10
Chapitre 11
Chapitre 12
Chapitre 13
Chapitre 14
Chapitre 15
Chapitre 16
Chapitre 17
Chapitre 18
Chapitre 19
Chapitre 20
Chapitre 21
Chapitre 22
Chapitre 23
Chapitre 24
Chapitre 25
Chapitre 26
Chapitre 27
Chapitre 28
Chapitre 29
Chapitre 30
Chapitre 31
Épilogue
NOT ALLOWED
Du même auteur aux Editions Sharon Kena

Les déboires d’une star

Âme de guerrière

Si je dois choisir

Béverly, sur un piédestal

Les guerriers de l’ombre (la saga)

Morsures nocturnes (la saga)

Les tourments d’une passion

Totale dévotion (la trilogie)

Mortelle rencontre

Dans les coulisses d’IWA (la saga)

Double vie

Jane Hunter

Au-delà des apparences

Les envoyés

Possédés (la saga)

Brad et Cassie
Espérance

Le prix du bonheur

Chasseurs de démons (saga)

L’île

Jeux Malsains (saga)

No Choice (saga)

Histoires croustillantes tome 1


Sharon Kena

NOT ALLOWED
« Le Code de la propriété intellectuelle et artistique n’autorisant, aux termes des alinéas 2 et 3 de
l’article L.122-5, d’une part, que les « copies ou reproductions strictement réservées à l’usage privé du
copiste et non destinées à une utilisation collective » et, d’autre part, que les analyses et les courtes citations
dans un but d’exemple et d’illustration, « toute représentation ou reproduction intégrale, ou partielle, faite
sans le consentement de l’auteur ou de ses ayants droit ou ayants cause, est illicite » (alinéa 1er de l’article
L. 122-4). « Cette représentation ou reproduction, par quelque procédé que ce soit, constituerait donc une
contrefaçon sanctionnée par les articles 425 et suivants du Code pénal. »

© 2018 Les Editions Sharon Kena

www.leseditionssharonkena.com
Je vous souhaite une très agréable lecture de cette romance au goût d’interdit.

Sharon Kena
Table des matières
Prologue

Chapitre 1

Chapitre 2

Chapitre 3

Chapitre 4

Chapitre 5

Chapitre 6

Chapitre 7

Chapitre 8

Chapitre 9

Chapitre 10

Chapitre 11

Chapitre 12

Chapitre 13

Chapitre 14

Chapitre 15

Chapitre 16

Chapitre 17

Chapitre 18

Chapitre 19

Chapitre 20

Chapitre 21
Chapitre 22

Chapitre 23

Chapitre 24

Chapitre 25

Chapitre 26

Chapitre 27

Chapitre 28

Chapitre 29

Chapitre 30

Chapitre 31

Épilogue
Prologue
Je regarde le paysage défiler à vive allure à travers la vitre, calée dans mon
siège ; je suis dans le TGV en direction de Paris. Quand ma mère le saura, elle
me tuera ! À n’en pas douter.

En ce début de vacances d’été, je n’ai pas réfléchi ; j’ai seulement mis


plusieurs affaires dans une valise et je suis partie sans rien dire.

Je viens de fêter mes dix-sept ans et j’ai besoin de retrouver mon père, de
renouer avec lui. Sur mon certificat de naissance, le nom de Mathieu Serbat me
nargue depuis des années.

C’est lui que j’appelais papa, à une époque lointaine, lui qui me portait sur ses
épaules, alors que j’avais trois ans et que je riais aux éclats, lui aussi qui
m’embrassait avant de me border, le soir dans mon lit, lui encore qui faisait
sourire maman.

J’ai de magnifiques souvenirs de mon enfance. Des moments heureux, de


bonheur, un papa présent, une maman aimante.

Et puis plus rien.

Il nous a quittées du jour au lendemain, sans espoir de retour, alors que j’avais
six ans.

Je compte le retrouver et le mettre face à ses responsabilités. Il me manque.


Toutefois, le doute m’assaille. Se souviendra-t-il de moi ? Après onze ans ?
Comment m’accueillera-t-il ? J’imagine qu’il a refait sa vie, qu’il a une femme,
peut-être d’autres enfants. Si c’est le cas, connaissent-ils mon existence ?

Louise, ma meilleure amie, m’a encouragée à entreprendre ce voyage, à


discuter avec mon père. J’ai besoin de comprendre pourquoi il est parti, alors
que je n’étais qu’une gamine et que j’avais besoin de lui.

Le trajet dure une heure et vingt minutes, et me voilà à Paris, à la gare de


l’Est. Je quitte mon siège, attrape ma valise et suis les passagers pour sortir du
wagon.
Une fois sur le quai, je regarde autour de moi ; c’est la première fois que je
viens dans cette ville immense, je me sens totalement perdue. Les gens marchent
rapidement, se pressent, se bousculent pour se frayer un chemin ; ils semblent
tous savoir où ils vont.

Je suis la foule et me retrouve dans la grande gare, bien plus étendue que celle
de Metz, d’où je viens. Je mets plusieurs minutes à repérer l’entrée du métro.
Louise et moi avons cherché tous les renseignements sur internet pour préparer
mon itinéraire. J’ai tout noté sur un papier. Je dois prendre la ligne 4 et
descendre à son terminus.

J’achète plusieurs tickets avant de m’engager dans la zone du métropolitain et


je suis la foule, descends les quelques marches qui me guident vers les entrailles
de la Terre, prenant bien garde à ne pas me tromper de destination. Lorsque la
rame arrive, j’y monte et me tiens à la barre métallique, au milieu du wagon ; il y
a trop de mondes pour que je puisse m’asseoir. Je suis plusieurs fois secouée
dans tous les sens, le véhicule ayant des freins très puissants.

L’anxiété monte au fur et à mesure que je me rapproche du 18e


arrondissement, de mon père. Sera-t-il au moins là ? Je n’y ai même pas pensé et
j’avoue ne pas être très tentée par l’idée de faire le pied de grue devant chez lui.

C’est à la station Porte de Clignancourt que je descends et suis encore les


Parisiens qui m’entourent pour regagner la surface de la Terre. Je n’ai plus que
quelques minutes à marcher avant d’arriver à destination ; la panique me gagne
davantage. Je me repère grâce à mes notes et me dirige vers la droite.

La sonnerie de mon portable m’immobilise soudain. Je suppose que c’est ma


mère. Un coup d’œil à l’appareil me le confirme. Je refuse l’appel, même si je
sais qu’elle sera furieuse. Il est presque onze heures. En voyant que je ne me
levais pas, maman a dû entrer dans ma chambre et la découvrir vide. Je
l’imagine en panique, alors je lui envoie un SMS pour la rassurer :

Tout va bien, maman. Besoin de m’évader. Je t’appellerai bientôt.

Bien sûr, elle ne se contente pas de mes mots et tente de me joindre à nouveau.
Je laisse sonner l’appareil ; il est sur vibreur, il ne dérange personne... Je sais
pertinemment que, si je lui dis ce que je suis en train d’entreprendre, elle sera
fâchée. Je préfère donc la laisser dans l’ignorance et je la mettrai devant le fait
accompli plus tard.

Pour l’instant, ma priorité est de retrouver mon père afin de savoir ce qui s’est
passé. Ma mère n’a jamais voulu répondre à mes questions à son sujet. Il est
parti, c’est tout ce que je sais. Pourquoi ? Je l’ignore. Et ce n’est plus possible.
J’ai besoin de lui et de la vérité pour me construire.

Mon téléphone cesse enfin de vibrer et je reprends ma route vers ma destinée,


traversant sur les passages piétons, au milieu des voitures qui me refusent
souvent la priorité.

J’arrive dans la rue que je cherchais. Il ne me reste plus qu’à trouver le bon
numéro. Je marche plus lentement, tirant ma valise derrière moi, telle une
touriste dans cette grande ville inconnue, le cœur battant la chamade dans ma
poitrine.

Je ne tarde pas à localiser la maison. Je suis devant le numéro 13. Je le fixe


pendant plusieurs minutes sans trop savoir quoi faire. Sur la sonnette est inscrit
le nom « Serbat ». Mais sans indication supplémentaire, il m’est impossible de
savoir s’il s’agit seulement de « monsieur » ou de « monsieur et madame ».

Moi, je ne porte pas ce nom, mais celui de ma mère – Tellia – ; encore un


mystère qu’elle ne veut pas éclaircir, estimant que je n’ai pas à savoir, sans
doute, pourquoi mon père ne m’a pas donné son nom.

De l’extérieur, l’endroit n’est pas vraiment austère. La rue est entièrement


faite de bâtiments collés les uns aux autres. Celui devant lequel je me trouve
semble plus long, il est bâti sur deux étages, mais globalement, ils ont tous la
même allure. Je dois quand même souligner que l’architecture est très jolie ;
c’est un édifice ancien, à n’en pas douter.

Je voulais y être et j’y suis. Il n’est plus temps de tergiverser à présent, mais
bien d’agir en appuyant sur cette foutue sonnette.

Sauf qu’un mardi, à presque onze heures vingt, je doute que mon père soit
chez lui. Peut-être devrais-je revenir plus tard ?
Non, je n’ai pas fait tout ce chemin pour repartir maintenant, sans même avoir
tenté quoi que ce soit. Je m’en irai s’il ne veut pas de moi, mais avant tout, je
dois me présenter à lui.

Alors j’inspire un bon coup et pose mon doigt sur le bouton. Mon cœur
tambourine à m’en faire mal... j’ai tellement peur de la suite des événements.

Mon avenir est scellé, je n’ai plus qu’à attendre et espérer qu’un homme d’une
cinquantaine d’années m’ouvre la porte… et m’accueille à bras ouverts – ce
serait pas mal ! Surtout que je n’ai pas envisagé d’autres scénarios.

J’entends des pas se rapprocher de l’autre côté, puis la clé qui se tourne dans
la serrure. Il est là. Je vais enfin le revoir.

Mon papa.
Chapitre 1
Alors que je m’attends à faire face à un homme d’âge mûr, c’est un jeune
homme qui se plante devant moi. Plutôt grand, beau garçon, de mon point de
vue, brun, une barbe de trois jours et une tenue plutôt légère puisqu’il ne porte
qu’un caleçon.

Je détourne rapidement le regard, plutôt gênée.

– Ouais ? C’est pour quoi ?

La réalité s’impose à moi : je le réveille. Mince. Je n’avais pas vraiment pensé


qu’une autre personne que mon père pourrait m’ouvrir. Visiblement, j’avais tort.
Où avais-je la tête ?

– Je suis désolée de vous déranger. Je suis venue voir Mathieu Serbat.

Il semble surpris par ma demande, mais ne me questionne pas.

– Il n’est pas là.

Le scénario que je redoutais se produit. Mon père n’est pas chez lui. Dois-je
repasser ? Je suis totalement perdue. En plus, je ne connais absolument pas cette
grande ville.

– Pourquoi tu traînes cette valise derrière toi ? Tu lui veux quoi, au paternel ?

Paternel ? Est-ce son père ? Il me paraît pourtant plus âgé que moi.

– C’est ton père ? l’interrogé-je avant même d’y réfléchir.

– Ouais.

Puisqu’on en est aux confidences…

– C’est le mien aussi.

Ses yeux bruns s’écarquillent un instant, puis il se pousse et m’invite à entrer.


Je ne me fais pas prier, je déteste discuter sur le trottoir.
L’intérieur est beaucoup plus joli que l’extérieur, spacieux et décoré avec
beaucoup de goût dans un style contemporain. Un grand canapé blanc se tient en
face de moi, une table basse l’accompagne et des fauteuils sont installés autour.

Le sol est recouvert d’un tapis épais, la pièce est remplie de cadres photo et de
fleurs. Mon père a sans doute une femme dans sa vie. La mère de ce beau jeune
homme, sûrement. Mon demi-frère ? Impossible, il est plus vieux que moi. Sans
doute le fils de la compagne de mon père, qu’il considère comme le sien. Et moi,
alors ? N’ai-je plus ma place dans sa vie ?

Dès qu’il a refermé la porte, il me tend la main en se présentant.

– Caleb.

Je la lui serre rapidement.

– Clémence.

– Écoute, je ne savais pas que mon père avait une fille quelque part. C’est
assez glauque comme situation. Il est en voyage d’affaires et je ne sais pas gérer
ça.

Aïe ! En voyage, carrément ! Je n’avais pas songé à cette éventualité.

– Pour combien de temps ?

– Il ne doit pas rentrer avant une semaine, et ma mère est avec lui. Ils
travaillent dans le même cabinet d’avocats et sont sur une affaire.

Je hoche la tête en l’écoutant me parler. Je me sens de plus en plus perdue. Je


me demande même ce que je fais ici. Je devrais repartir immédiatement. Il est
clair que je n’ai rien à faire dans cette maison.

– Je vais l’appeler, ce sera plus simple.

Caleb prend son téléphone, pianote dessus et le colle à son oreille. Mon cœur
s’accélère, j’appréhende. Et si mon père ne se souvenait pas de moi ? Quelle
drôle d’idée j’ai eue de venir ici !

– Salut, pa’ ! Désolé de te déranger, mais j’ai… une surprise.


Je fronce les sourcils. Une surprise ? Vraiment ? Au moins, il ne m’a pas
appelée « problème » !

– Une certaine Clémence vient de débarquer à la maison. Elle dit que tu es son
père.

J’observe Caleb qui vient de lâcher la bombe et écoute la réaction de l’homme


avec lequel il habite depuis je ne sais combien d’années. Je devrais peut-être
l’interroger sur sa vie pour en savoir plus sur mon géniteur.

– OK, lâche-t-il. À bientôt.

Et il coupe la communication.

Son regard brun plonge dans le mien. Qu’a-t-il dit ? L’attente est
insupportable. Je transpire, mes mains sont moites, je ne supporte plus le silence
de Caleb.

– Il a dit que tu devrais parler à ta mère.

Je plisse les yeux d’étonnement. J’ai déjà essayé de discuter avec elle, sauf
qu’elle ne veut rien me dire. Toutefois, il l’ignore et je ne rétablis pas la vérité.

– Il veut que je parte ? lui demandé-je timidement.

– Il n’a rien dit de tel. Il a même reconnu être ton père. Il veut juste que tu
parles à ta mère.

Je ressens un grand soulagement.

– Je l’appellerai plus tard, éludé-je.

Il approuve d’un hochement de tête. Au moins, maintenant, ce jeune homme


sait que je dis la vérité, que je ne suis pas une menteuse débarquée de nulle part
dans un but inavouable.

– Je ne connais rien de ton histoire. Tu me raconteras si tu veux… ou pas.

Je suis perdue, j’ignore quoi faire. Je devrais peut-être rentrer chez moi et
revenir quand mon père sera de retour chez lui. Sauf que maman ne me laissera
jamais remettre un pied ici après ma fugue.

– Je devrais peut-être m’en aller.

– Pourquoi ?

– Tu as dit qu’il ne serait pas de retour avant une semaine…

– Tu sais ce que je vois, Clémence ?

Je croise les bras sur ma poitrine et attends son analyse avec anxiété.

– Tu es dans une ville que tu ne connais pas, pour y retrouver un père qui n’est
même pas là. Ce ne serait pas cool de ma part de te mettre à la porte. En plus, on
a de la place. Et t’es plutôt jolie !

Mes yeux s’écarquillent au compliment. J’espère que je ne rougis pas. C’est


sûr qu’il n’est pas le fils de sang de mon père ; il ne se serait pas permis, sinon.
Je suis rassurée, parce que lui aussi est plutôt mignon... carrément canon, même !

– T’as le choix entre une chambre avec un lit double ou une autre avec deux
lits simples, me propose-t-il en s’emparant déjà de ma valise.

Je lui emboîte le pas jusqu’à la première chambre qu’il me présente, celle avec
le lit double, dans les tons crème. La pièce est très chaleureuse et joliment
décorée.

– C’est bon ou tu veux voir l’autre ?

– C’est parfait. Merci.

Caleb pose ma valise sur le lit et me désigne le placard, sur la droite, où je


peux ranger mes affaires.

– Bon, allez, raconte-moi.

Sans gêne, il s’assoit sur le bord du matelas. Visiblement, se retrouver en


caleçon devant moi ne le dérange pas le moins du monde. En même temps, il est
plutôt bien foutu… Pourquoi s’en priver ?
J’ouvre la glissière de mon sac posé à côté de Caleb et me laisse aller à ce
qu’il me demande, tout en investissant les lieux. Je lui parle de ma mère qui
ignore que je suis à Paris, de mon père qui nous a abandonnées quand j’avais six
ans, de mon besoin de comprendre et de peut-être renouer avec lui.

Caleb garde le silence, mais je suis certaine qu’il m’écoute avec attention.
Sans doute analyse-t-il aussi mes propos.

J’ignore depuis combien de temps il vit avec mon géniteur, je ne veux pas
l’assommer de questions alors que je ne le connais pas. Je vais patienter un peu.

– Tu vas devoir attendre que papa rentre pour avoir les réponses à tes
questions ! lance-t-il en se levant de ce qui sera mon lit pour les nuits prochaines.

J’acquiesce d’un hochement de tête, me demandant ce que je pourrai faire


durant les jours à venir.

– Je vais prendre une douche et m’habiller. Si tu as besoin de quelque chose,


tu me demandes et, pour le reste, fais comme chez toi.

– Merci, bredouillé-je, tandis que Caleb sort de ma chambre.

Mes affaires rangées, ma valise au fond du placard, je décide d’appeler Louise


pour l’informer de mon arrivée à Paris. Ma meilleure amie ne tarde pas à
décrocher.

– Clém’ ! Raconte-moi tout !

Elle est excitée comme une puce, je l’entends, ce qui me fait sourire.

Je commence mon récit à mon arrivée dans la capitale, passe rapidement sur
les détails de mon trajet, pour m’attarder davantage sur ma venue dans la maison
de mon père. Sur Caleb, surtout. Je crois que je m’extasie comme une midinette
en relatant à Louise à quel point il est craquant. D’ailleurs, elle me rabroue
immédiatement.

– Tu parles de ton demi-frère ! Merde, tu as un demi-frère !

– Pas de sang. Mon père est son beau-père.


– T’es sûre ?

– Louise ! Bien sûr ! Il ne m’aurait pas dit que j’étais jolie si ça avait été le
cas.

Mon amie ne semble pas considérer mon argument comme irréfutable.


Néanmoins, je suis certaine de moi, il ne se serait pas promené en caleçon devant
sa sœur ! Si ?

Je me dépêche d’en faire part à Louise qui rigole.

– Sérieux ? Tu l’as vu à moitié à poil ?

– Euh… oui.

– Et alors ? Il est comment ?

– Craquant, je te dis !

– Et… dans son caleçon ?

Je dois virer au rouge aussitôt. M’a-t-elle bien demandé ce que je crois ?

– J’ai essayé de ne pas regarder, gloussé-je malgré moi.

Nous partons dans un fou rire exagéré. Je m’allonge sur le lit vraiment très
confortable en tentant de me calmer, ce qui n’est pas facile avec mon amie qui
n’arrête pas de caqueter en riant à l’autre bout.

– Si ce beau gosse bien membré n’est pas ton frère, tu pourras te faire
dépuceler !

– Tais-toi ! la rabroué-je gentiment.

Je n’avais pas pensé à lui de cette façon… Et puis, il doit avoir une copine. Vu
son physique, toutes les filles doivent se battre pour lui. Sans compter que je ne
suis pas venue dans cette ville pour ça.

Je discute encore un moment avec Louise, avant de décider de visiter la


maison. Si, de l’extérieur, elle est plutôt pas mal, de l’intérieur, elle semble
vraiment magnifique. Je pars rapidement découvrir les autres pièces.

Le grand salon blanc où j’ai été accueillie est sobrement décoré, une grande
salle à manger est ouverte sur lui, avec une table pouvant facilement accueillir
dix convives. En face, de l’autre côté de la maison, une cuisine donne accès à
une terrasse.

La cuisine est très spacieuse, avec un comptoir de forme arrondie, dont une
partie est en verre. Cette pièce ouverte donne accès à un petit salon très cosy
avec un écran plat qui trône contre le mur.

J’ouvre la baie vitrée pour aller sur la terrasse en bois ; un grand salon de
jardin s’étend sous un parasol géant, ainsi que plusieurs chaises longues. De
l’intérieur et par une autre baie vitrée, j’aperçois une piscine. Je m’approche de
ce havre de paix avec une terrible envie de me baigner. Malheureusement, je n’ai
pas pris de maillot de bain ; seulement de quoi pouvoir me changer pendant
plusieurs jours et prendre soin de moi.

Peut-être que je pourrais demander à Caleb…

– Tentant, hein ?

Je sursaute. Je n’avais pas entendu le jeune homme arriver derrière moi. Je me


croyais toujours seule.

– Je n’ai pas de tenue pour me baigner.

– Tu ne vas pas me dire que tu ne portes rien sous ta robe ?

Je fronce les sourcils en jetant un coup d’œil à ma robe évasée rose pâle.

– Euh… si, bien sûr.

– Alors, baigne-toi en sous-vêtements.

Caleb attrape ma main et m’entraîne dans les couloirs jusqu’à ce qu’on entre
dans la pièce où se trouve l’étendue d’eau. Là, il me lâche et me laisse admirer
les lieux. Une grande piscine rectangulaire s’étend à mes pieds, avec une échelle
pour y descendre. Du carrelage clair recouvre tout le sol.
Je me tourne vers Caleb et prends le temps de bien le détailler, cette fois-ci. Il
porte un débardeur qui moule parfaitement son torse, faisant ressortir ses
muscles et les tatouages de ses bras auxquels je n’avais pas prêté attention en
arrivant – peut-être trop occupée à ne pas le regarder ! Son short lui arrive au-
dessous des genoux, lui tombant bas sur les hanches. Il sent divinement bon et
ses cheveux sont coiffés négligemment avec du gel.

– Je peux te trouver une serviette, si tu veux.

Comme si j’allais me baigner en sous-vêtements, alors qu’il est ici, avec moi.

– Plus tard, peut-être, éludé-je.

Il regarde sa montre.

– Je vais grignoter un morceau. Tu veux manger ?

Comme s’il avait décidé de répondre à ma place, mon estomac gronde.

Caleb rigole.

– On va aller à la cuisine.

Je lui emboîte donc le pas jusqu’à la grande pièce où il semble se sentir


parfaitement à l’aise. Il ouvre le réfrigérateur et en sort de quoi faire des
sandwichs. Chacun prépare le sien et on mange dans le silence.

J’ai le nez sur mon pain et mon jambon, affamée que je suis, mais je lance
quelques coups d’œil en direction de mon voisin, qui est sur son téléphone
portable. Il sourit par moment, ce qui creuse deux fossettes adorables dans ses
joues ; il est vraiment séduisant. Apparemment, il est occupé à échanger des
SMS.

Ensuite, je me concentre sur la décoration de la pièce. Les meubles sont en


bois et les poignées en métal brossé, c’est très classe. Une petite table se trouve
en face du grand comptoir arrondi, avec quatre chaises autour. La vue sur
l’arrière de la maison est juste parfaite.

– Je devais sortir, mais je ne peux pas te laisser toute seule.


Est-il en train de sous-entendre que je dois avoir une baby-sitter ? Parce que
j’ai passé l’âge ! À moins qu’il ne me fasse pas confiance, ce qui paraît plus
plausible. Je débarque quand même de nulle part, avec une histoire somme toute
banale, mais qui risque de perturber un peu sa routine. Mon père semble avoir
réussi sa vie, je pourrais être intéressée par son argent. Caleb le pense-t-il ?

– Je ne veux pas t’empêcher de sortir…

– T’inquiète.

Je devrais peut-être m’en aller. Rentrer chez moi. Je refuse d’être un poids
pour lui. Qu’est-ce qui m’a pris de venir dans cette maison sans m’annoncer ?

Je soupire bruyamment.

– C’est quoi ton souci ? me demande-t-il.

– Je vois bien que je débarque comme un cheveu sur la soupe. Je devrais


retourner chez moi.

– Tu habites où ?

– À Metz.

– C’est où ça ?

– Dans l’est.

Il acquiesce d’un hochement de tête.

– C’est sûr que ce n’est pas ce que t’avais prévu en venant ici. Mais le
paternel n’est pas là. Je ne vais pas te laisser à la rue jusqu’à son retour.

– Je ne veux pas te déranger.

Il doit changer ses projets à cause de moi, mais, bien évidemment, je ne


voulais pas ça. Je vais devenir une charge pour lui, alors qu’il n’a rien demandé à
personne.

– C’est bon, m’assure-t-il. Je suis tout seul, de toute façon. Y a de la place


pour toi.

– Mais tu t’obliges à rester avec moi.

La sonnerie de la porte d’entrée nous interrompt.

– C’est pour moi, me dit-il avant de disparaître de la pièce.

Je m’en doute. Personne ne sait que je suis ici, à part Louise, et elle ne risque
pas de débarquer dans cette maison.

J’attrape une éponge sur l’évier et nettoie consciencieusement les miettes sur
le plan de travail. J’ignore ce que je vais bien pouvoir faire pour m’occuper.
L’idée de venir chez mon père était stupide. J’aurais dû appeler avant.

Des gloussements me font lever la tête. Caleb revient dans la cuisine, avec une
jeune fille blonde à son bras.

– T’es qui, toi ? m’agresse-t-elle en plantant son regard bleu dans le mien.

Certes, elle est jolie. Très jolie même. Elle porte une robe moulante, blanche,
qui met son bronzage très en valeur ; ses ongles sont manucurés, elle est
parfaitement coiffée et maquillée.

– C’est Clémence, me présente Caleb. Apparemment, c’est ma petite sœur.

Petite sœur ? Sérieusement ? On n’a même pas le même père biologique.

– Clémence, voici Tiffany, ma copine.

Je constate que la garce porte bien son prénom ; j’ai connu deux Tiffany, dans
mon existence, et elles étaient de véritables pestes. Elle m’ignore superbement,
avant de se jeter sur son mec pour lui rouler une pelle monumentale. Essaye-t-
elle de me faire passer un message ? Apparemment, oui.

Sauf que je me fous royalement de son copain ! OK, il est mignon, même plus
que ça. Il est très gentil, également. Mais sortir avec le fils de ma belle-mère, ce
serait carrément glauque, même si on n’a pas de lien sanguin.

Et là, je décide de rabattre son caquet à la blonde plantureuse en formulant


mes pensées à haute voix.

– On n’a pas le même sang, donc je ne suis pas vraiment ta sœur !

Ma pique a mis fin à leur baiser. Tiffany me fusille du regard, comme si je


venais de lui déclarer la guerre, sauf que je n’ai rien fait de mal. Je lui souris en
réponse. Caleb fronce les sourcils, sans me lâcher des yeux ; son regard est
empreint de doutes.

– Qu’est-ce que tu racontes ?

Je m’apprête à répliquer, mais il ne m’en laisse pas le temps et enchaîne.

– Tu m’as dit que tu es la fille de Mathieu Serbat, ce qu’il a confirmé.

– C’est exact.

– Alors, si je suis également son fils, tu n’en déduis pas qu’on a le même
sang ?

Une incertitude m’assaille soudainement. Il a pourtant dit que j’étais jolie. On


ne dit pas ça de sa sœur. Bon sang ! Et si j’avais tort ?

– Tu es son fils biologique ? réussis-je à articuler.

– Oui, me répond-il tout en hochant la tête.

Mince ! Alors, on est vraiment des demis ? On a le même sang ? Et je


m’extasie sur lui depuis ce matin ? Quelle idiote !

Je dois être livide, parce que Tiffany éclate de rire. Je voulais lui donner une
leçon et c’est moi qui m’en prends une.

– Elle voulait te pécho, Cal’ ! se moque-t-elle.

C’en est trop pour moi, je pars m’isoler dans ma chambre. Je viens de me
prendre la plus grosse honte de ma vie ! Au-delà de ça, je réalise que j’ai un frère
et qu’il croit maintenant, à cause de sa greluche de copine, que je le voyais en
petit ami potentiel. Quelle horreur !
Je voudrais juste disparaître… N’être jamais venue.

Où avais-je la tête en montant dans le train, ce matin ?


Chapitre 2
Ça fait des lustres que je suis dans ma chambre. Il est bientôt dix-neuf heures
et il va bien falloir que j’en sorte. J’ignore si Tiffany est encore là ; j’aimerais ne
plus la croiser. Cette fille est trop moqueuse. Je ne m’entendrai jamais avec elle,
c’est certain.

Mais ce ne sera pas top non plus de me retrouver face à Caleb après la bombe
qu’elle a lâchée à mon sujet. Devrons-nous en discuter ?

J’ai passé l’après-midi à jouer sur mon téléphone, à refuser les appels de ma
mère et à broyer du noir. Pourquoi suis-je ici, sérieusement ? Peut-être que je
pourrais me faufiler hors de la maison, cette nuit. Ainsi, je ne croiserai personne.

Deux coups sont frappés à ma porte, me faisant sursauter. Mon esprit carbure
à toute allure. Je me demande qui ça peut être, mais, au fond, je le sais
parfaitement, c’est le seul habitant légitime des lieux !

– Oui, bafouillé-je en me redressant pour m’appuyer contre la tête de lit.

La porte s’ouvre et, sans surprise, Caleb entre.

– Je viens voir si tu veux dîner.

Vraiment ? Rien d’autre ? On n’est donc pas obligés de parler de ma gêne de


cet après-midi ? Génial !

– Ta copine est partie ?

Oups ! Ce n’était peut-être pas la question à poser.

– Ouais.

Je ne veux pas qu’il croie que je puisse être jalouse. Mais ma bouche n’a pas
décidé de la fermer et l’interroge.

– Ça fait longtemps que tu sors avec elle ?

– Quelques mois. Et pour le repas ?


Clairement, il ne veut pas en discuter. Je ne vais donc pas insister.

– J’arrive.

Pourquoi j’ai l’impression de porter tout le poids du monde sur mes épaules ?

Je le suis jusqu’à la cuisine en me demandant s’il va encore me donner de


quoi me faire un casse-croûte. Mais ce n’est pas le cas. Il sort des steaks hachés
et les met dans une poêle avec de la margarine.

– Tu veux un coup de main ? lui proposé-je.

– Tu peux faire une salade, si tu veux.

Il met la friteuse en route, tandis que je pars en quête d’une salade dans le
réfrigérateur. Caleb me donne ce dont j’ai besoin et je m’installe pour la
préparer.

– T’as vraiment cru que je n’étais pas ton demi-frère ?

Aïe ! On dirait bien qu’il va falloir qu’on aborde le sujet, finalement.

– Tu sembles plus âgé que moi. Et, comme mon père est parti quand j’avais
six ans, j’avoue que ça n’a pas de sens, sinon.

– J’ai dix-neuf ans.

– Je pensais que mon père était seulement le compagnon de ta mère.

Il met les frites à cuire et se tourne vers moi.

– Ils ont connu pas mal de hauts et de bas, dans leur couple. Ils se sont séparés
plusieurs années, quand j’étais petit. Mon père… notre père n’avait pas la fibre
paternelle.

Je l’écoute avec attention. Ainsi, lui aussi a été abandonné durant son enfance.

– Mais il est revenu vers toi, visiblement.

Ma voix est teintée d’amertume. Il n’est jamais revenu pour moi.


– Oui, quand j’avais huit ans. Lorsqu’il est parti, je marchais à peine.

Il a sans doute quitté sa mère pour la mienne, puis il a fait l’inverse, des
années plus tard. Je me surprends à me demander s’il le refera. S’il va les laisser
encore une fois, pour nous, ma mère et moi.

– Donc, tu vois, on a le même père, petite sœur.

Je grimace. C’est horrible de ne pas être contente à cette idée. Je devrais me


réjouir d’avoir un demi-frère. Pourtant, au lieu de ça, je suis attristée. Caleb est
tellement craquant. Il ne se passera jamais rien entre nous. Et puis, je ne devrais
même pas avoir ce genre de pensées impures.

– Tu as un saladier ? réclamé-je pour changer de sujet.

Il m’en donne un, m’autorisant à fouiller dans les placards pour les autres
ustensiles manquants. Après tout, je suis chez mon père, c’est donc un peu chez
moi. Mais je ne sais pas si je suis d’accord avec sa façon de penser.

Nous mangeons ensuite dans le silence. Tout ce que je veux, c’est qu’il ne
revienne pas sur la remarque de sa petite amie.

J’aimerais bien discuter avec lui, apprendre à le connaître, savoir ce qu’il


aime, ce qu’il fait dans la vie. Ce ne serait pas sordide, si ?

Je suis fille unique, du moins le pensais-je avant de découvrir l’existence de


Caleb. J’ignore donc comment se comporter avec sa fratrie.

Nous débarrassons chacun notre assiette. Il remplit le lave-vaisselle, moi, je


nettoie le comptoir où nous avons dîné.

– Ça t’ennuie si je sors ? me demande-t-il soudain.

Tu veux dire que tu vas me laisser seule toute la soirée, après que j’ai passé
l’après-midi isolée dans ma chambre ? Pourquoi est-ce que ça devrait me gêner ?

– Non, bien sûr. Tu as le droit de vivre comme tu en as l’habitude.

Je me dirige vers le couloir et rejoins mon antre. Peut-être que je devrais


appeler Louise pour lui raconter mes mésaventures. Elle rigolera bien quand je
lui dirai que finalement Caleb est réellement mon frère.

C’est exactement ce qui se produit, une dizaine de minutes plus tard, quand je
lui relate les faits.

– Tu fantasmais sur ton frère ?

Il faut toujours qu’elle soit dans l’abus. Je n’ai jamais fantasmé sur lui. Mais
on peut dire de son frère qu’il est craquant, non ? Même si toutes mes amies qui
ont un frère le trouvent moche, alors que ce n’est clairement pas le cas. OK, c’est
sans doute pas sain.

– Je suis là pour voir mon père, je te rappelle. D’ailleurs, Caleb l’a appelé et il
a bien confirmé qu’il avait eu une fille hors mariage.

Je lui raconte la suite, quand Caleb et moi avons partagé nos expériences de
vie avec cet homme qui nous a tous les deux abandonnés.

Je viens de raccrocher, quand on frappe contre ma porte, qui s’ouvre aussitôt.

– J’y vais, me dit-il. Fais comme chez toi, OK ? Ne te gêne pas.

– OK.

Et il disparaît. J’ai juste eu le temps de remarquer qu’il porte une veste en cuir.
Tout chez lui respire la sensualité. Mais qu’est-ce que je raconte ?

Je me poste derrière la fenêtre quand j’entends la porte d’entrée claquer et


regarde, malgré moi, Caleb s’en aller.

Après une claque mentale magistrale, je décide d’aller calmer mes ardeurs
dans la piscine. Puisque je suis seule, je suis les conseils de l’habitant des lieux
et me glisse dans l’eau délicieuse en sous-vêtements. Elle est si spacieuse que je
peux faire quelques brasses.

Nager me fait du bien, ça me vide la tête. Je décide de ne plus penser à rien.


Ni à mon père absent, ni à ma mère qui me harcèle de coups de fil, ni à ma
meilleure amie qui m’impute des désirs obscènes, ni à Caleb qui est sans doute
parti retrouver sa copine.
Il n’y a que moi dans cette grande maison vide, dans cette étendue d’eau
chauffée où je panse mes blessures.

J’ignore combien de temps je reste ici. Ma peau commence à ramollir lorsque


je sors. Là, je me rends compte que je n’ai pas prévu de serviette. Je ne peux pas
traverser toute la maison trempée et salir le couloir... Décidément, je ne pense à
rien.

Étant donné qu’il n’y a personne, je décide de me déshabiller. Je laisse mes


sous-vêtements mouillés sur le sol carrelé et me dirige vers ma chambre.

Mais là, c’est le drame ! Je me retrouve face à Caleb ! Instinctivement, je


place une main devant mes seins et l’autre devant mon sexe. Je vire rouge
pivoine et ne parviens pas à esquisser le moindre mouvement.

– Non, mais, je rêve !

La voix de Tiffany me fait sortir de ma torpeur et je réalise que je suis à poil


devant mon frère et sa copine. Je file jusqu’à mon antre et m’y enferme à double
tour, avant de m’enrouler dans une serviette disposée dans la salle de bains
attenante. La honte !

J’ai terriblement envie de pleurer, je me sens humiliée. Et encore une fois, je


pense que jamais je n’aurais dû venir à Paris.

J’ignore combien de temps je reste enfermée dans ma chambre, enroulée dans


la serviette blanche. Une chose est sûre, c’est que je ne veux plus jamais en
sortir. Je finis tout de même par passer une chemise de nuit et me sécher les
cheveux, avant de me glisser dans le lit. Tant pis s’il est encore tôt. La journée a
été longue, j’ai besoin de sommeil. Peut-être que, demain, je me réveillerai dans
mon lit, chez ma maman, et que tout ça n’aura été qu’un mauvais rêve.

Sauf que, pour me réveiller, il faudrait déjà que je m’endorme ! Ce qui est
impossible avec les gloussements incessants de Tiffany. Je crois que la chambre
de Caleb est juste à côté de la mienne et je les entends un peu trop bien à mon
goût. Inutile de me faire un dessin pour comprendre ce qu’ils sont en train de
faire...

Puisque je ne peux pas me plonger dans les bras de Morphée, je décide


d’appeler Louise. Encore ! Trois fois en une journée, je vais finir par battre mon
record ! Je lui parle de ma dernière humiliation en date. Si elle a la décence de ne
pas rire au téléphone, je sais bien qu’elle est amusée.

– Il t’a vue à poil ?

C’est l’idée, en effet, même si, personnellement, je ne l’aurais pas dit aussi
crûment. J’ai eu le réflexe de cacher mes parties intimes, mais il a eu le temps de
me voir, je le sais, et je suis mortifiée à cette idée.

– Sa copine aussi ?

Si encore elle était sympa, j’aurais relativisé, mais ce n’est qu’une vipère. Je
ne me suis jamais entendue avec ce genre de nanas qui se la jouent.

– Et maintenant ? Il se passe quoi ?

– Oh… eh bien, il se trouve que la chambre de Caleb est accolée à la mienne


et qu’ils… enfin, je ne vais pas te faire un dessin.

Elle éclate de rire. Ça lui ressemble bien de tout prendre à la légère.

– Tu les entends ?

– Surtout elle, à vrai dire.

– Pose le téléphone contre le mur, réclame mon amie.

– Quoi ? Ça va pas, non ? m’offusqué-je.

Finalement, je le fais. Je ne sais pas si Louise entend les cris de plaisir de


Tiffany. Moi, ils me donnent envie de vomir. J’ai juste besoin de dormir.

Je souhaite une bonne nuit à Louise et raccroche, puis me laisse aller dans un
sommeil réparateur, quand le silence règne enfin.

***
Bon, eh bien, on peut dire que ce n’était pas un mauvais rêve. Je suis bien
dans un lit qui ne m’appartient pas. Dans une ville que je ne connais pas.

Je sens que la journée va être longue !

Je quitte mon cocon douillet pour aller me préparer dans la salle de bains.
Ensuite, j’entrouvre la porte et tends l’oreille. Aucun bruit ne filtre dans le
couloir. Je présume que le couple dort encore.

Je gagne silencieusement la cuisine où je constate que je suis seule. Je fouille


dans les meubles à la recherche d’un bol, puis je me prépare du chocolat chaud
et des tartines. Je prends mon petit-déjeuner en compagnie de mon téléphone ; je
flâne sur les réseaux sociaux. J’ai encore des appels en absence de ma mère, car
j’ai préféré couper la sonnerie pour ne plus l’entendre. Je décide de lui envoyer
un second SMS pour la rassurer, même si je sais que ce ne sera pas le cas et
qu’elle tentera indéfiniment d’établir le contact.

Je vais bien, maman. Je dois juste faire quelque chose seule. Je serai de
retour bientôt.

– Tiens, tu es habillée, aujourd’hui ! grince la voix de Tiffany.

Je pose mon téléphone sur le comptoir et feins de ne pas être indisposée par sa
présence.

– Je me croyais seule, dis-je pour ma défense.

La blondinette se prépare du café comme si elle était chez elle. J’aimerais


beaucoup savoir depuis combien de temps elle fréquente Caleb, mais je ne
demande rien. Je me concentre sur mon repas.

– Je ne sais pas d’où tu sors, mais dis-toi bien que tu n’auras pas mon mec !

OK, c’est donc ça, son souci. Elle a peur que je me tape mon frère. Elle se
rend compte du ridicule de la situation ou pas ?
J’avoue que ce n’était pas aussi clair dans ma tête hier, mais maintenant, ça
l’est. Les émotions sont retombées, j’ai bien assimilé que Caleb est mon demi-
frère.

Je m’apprête à lui balancer une pique bien sentie, quand son compagnon entre
dans la pièce, vêtu d’un caleçon uniquement, le visage encore ensommeillé. Sa
tenue ne semble pas le déranger, même lorsqu’il constate que je suis présente.

Ai-je le droit de penser qu’il est sexy ? Je n’en suis pas certaine… Mais il
l’est, c’est indéniable. Je devrais le prendre en photo pour le montrer à Louise,
qui comprendrait bien mieux mon désarroi. Je n’ai pas grandi avec lui, je ne le
connais ni d’Adam ni d’Ève et on me dit qu’il est de ma famille ! C’est tout de
même perturbant... Voilà que j’ai à nouveau de drôles de pensées concernant ce
trop beau jeune homme !

– Salut. Bien dormi ? me demande-t-il.

Si on oublie le boucan que tu as fait avec ta greluche, oui. Tiffany se pend au


cou de Caleb, avant même que je lui réponde. Elle est sérieuse ?

Je débarrasse ma table et vais à la piscine pour récupérer mes sous-vêtements


laissés la veille. Je suis surprise de ne pas les trouver sur le carrelage, là où je les
avais mis. Ils sont posés sur l’échelle plongeant dans l’eau, comme si quelqu’un
avait voulu les faire sécher. Caleb. Je rougis violemment en m’emparant de mon
soutien-gorge noir à dentelle et de ma culotte assortie.

Je retourne dans ma chambre, entendant encore les gloussements de Tiffany


en traversant le couloir. Si Caleb décide de rester ici avec elle, je ne vais pas
sortir de mes quatre murs.

Pour au moins la centième fois depuis hier, je me demande ce que je fiche ici.
Ce serait tellement plus simple de rentrer chez moi et de revenir au retour de
mon père. Sauf que ma mère ne me laissera jamais faire. Je ne peux pas rentrer
chez moi sans finir emprisonnée et je n’ai pas assez d’argent pour me payer
l’hôtel dans cette grande ville. Je n’ai malheureusement pas d’autre choix que de
rester dans cette maison. J’étais si près du but. Pourquoi a-t-il fallu que mon père
ne soit pas chez lui ?

N’ayant rien d’autre à faire, je décide de m’installer sur mon lit, regrettant de
ne pas avoir emporté au moins un livre. Le temps serait passé bien plus vite.
Peut-être que je pourrais aller en acheter ? Il me suffirait de trouver une librairie,
ce qui ne doit pas être compliqué, dans une ville aussi grande.

Une fois décidée, je quitte mon refuge. Caleb et Tiffany sont encore dans la
cuisine, ce qui m’évitera d’aller frapper à la porte de sa chambre.

– Caleb, tu peux me dire où se trouve la librairie la plus proche ?

Sa petite amie me fusille du regard pour avoir posé une question. Je ne


comprends pas son animosité envers moi. Je ne suis pas une rivale potentielle.
Même si j’aurais bien aimé.

– Donne-moi une heure et je t’y emmène. Tiff va s’en aller.

L’intéressée me foudroie sur place, avant de minauder avec son copain. Ne


voulant pas m’attarder, je décide d’attendre dans ma chambre qu’il soit prêt.

Je textote un peu avec Louise, qui me parle d’Andy, le mec sur lequel elle a
flashé depuis le début de l’année.

Une heure après, j’entends toujours les piaillements de Tiffany, qui n’a pas
décidé de partir, apparemment. En même temps, à quoi aurais-je dû m’attendre
de sa part ? Cette fille a tellement peur que je lui pique son copain, mon frère,
que c’en est pathétique. Pour moi aussi, d’ailleurs… parce qu’il me plaît bien et
qu’il m’est interdit. La vie est si injuste, parfois.

Je m’ennuie une heure de plus sur les jeux de mon téléphone, avant que
quelques coups soient frappés à ma porte. Caleb la pousse.

– Tu es prête ?

Je le détaille rapidement. Il porte un jean moulant à faire baver n’importe qui


et un débardeur dévoilant ses muscles, ses tatouages et son bronzage. Ce mec est
juste divin.

– Oui.

Je glisse mon téléphone dans la poche arrière de mon jean et j’emboîte le pas
du jeune homme. Nous quittons la maison, qui est finalement très calme lorsque
la voix criarde de Tiffany n’en brise pas la sérénité.
– Envie d’un livre, alors ? me demande-t-il.

Nous marchons côte à côte sur le trottoir et je décide d’être franche avec lui en
lui confiant mon ennui. Il comprend bien que je suis venue ici sans en parler
auparavant avec notre père, une erreur, évidemment. Je m’en veux également de
perturber son quotidien. Il m’assure que non, mais je ne suis pas dupe.

La librairie se trouve à même pas un kilomètre de la maison. Caleb


m’accompagne à l’intérieur et me suis sagement dans les rayons, alors que
j’examine les livres. Il se renseigne sur mes goûts qui sont plutôt éclectiques.

Mon sésame en main, nous quittons l’endroit. J’ai de quoi combler plusieurs
heures d’ennui, et, maintenant que je sais où est la boutique, je pourrai revenir si
j’en ai envie.

– Tu veux qu’on aille manger ? me propose-t-il.

J’accepte avec plaisir ; ça nous permettra sans doute de faire plus ample
connaissance. Il connaît un restaurant sympathique à quelques mètres et nous y
allons. Nous prenons place l’un en face de l’autre. J’attrape la carte pour me
donner une contenance ; ce mec m’intimide. Et il ne le devrait pas.

– Les frites sont excellentes, me conseille-t-il.

– On en a mangé hier !

Il esquisse un sourire divin qui creuse deux fossettes dans ses joues. Je fonds
littéralement. Je commence à avoir très chaud. Qu’est-ce qu’il est canon, ma
parole !

– J’adore les frites. Fais-moi confiance.

Je le suis et commande la même chose que lui : un bifteck avec des frites.

– Alors… me lancé-je. Qu’est-ce que tu fais dans la vie ?

– Pour le moment, je me repose. J’entre en seconde année de médecine à la


rentrée.

– Médecine ? Avec des parents avocats ?


Je suis plutôt surprise par son choix de carrière.

– Il y a assez de représentants de la loi, à la maison.

Il rigole, creusant à nouveau les fossettes dans ses joues.

– Et toi ? Tu fais quoi ?

– Je serai en terminale, à la rentrée.

Dit ainsi, je me sens vraiment très gamine. Après tout, je viens seulement de
souffler mes dix-sept bougies.

– Quel âge tu as ?

– Dix-sept ans, avoué-je dans un soupir.

Lui est à l’université, il a des projets d’homme, alors que moi, je suis encore
au lycée. J’aimerais me cacher sous la minuscule table qui nous sépare.

– Tu veux faire quoi, après ?

– J’en sais rien…

J’avoue que rien ne me plaît, pour l’instant, rien ne me donne envie. Je me


sens incomplète. C’est pour ça que je suis venue à Paris, que je veux renouer
avec mon père. Il me manque quelque chose. Caleb semble comprendre ce que
je lui explique. Sa sollicitude me touche. Il n’a que des qualités, si on excepte sa
copine.

La serveuse apporte nos plats et nous commençons à manger. Les frites sont
divines ; il avait raison et ne se gêne pas pour me le faire remarquer. Le repas est
succulent.

Nous discutons ensuite de son désir d’être chirurgien. Il ignore encore sa


spécialité, il veut opérer, il sait qu’il est fait pour ça. En le voyant, musclé et
tatoué, on a du mal à l’imaginer en blouse dans un hôpital. Mais il n’empêche
qu’il fera un docteur sacrément sexy. Les infirmières se pâmeront devant lui et
l’appelleront « Docteur Mamour », comme Derek dans Grey’s Anatomy{1}.
Nous ne prenons pas de dessert, je n’ai plus faim. Caleb m’invite, il règle la
note et nous partons.

Nous marchons tranquillement jusqu’à la maison. Je me demande s’il a des


projets. Il me parle de la ville dans laquelle il vit, où il a grandi, des monuments
à voir, et me propose même d’être mon guide, si je veux visiter la capitale.

Si l’idée me plaît, je n’approuve toutefois pas sa proposition. Il m’attire bien


trop pour que je puisse accepter. Plus je resterai loin de lui, mieux je me porterai.
Papa rentrera, nous discuterons et j’irai retrouver maman. Plus jamais je n’aurai
à voir Caleb.

Pourquoi faut-il que je sois attirée par mon frère ?

Les mecs ne me plaisent jamais, d’habitude. Au lycée, ils sont bien trop bêtes
pour parvenir à retenir mon attention plus de deux minutes. Et je ne fréquente
aucun garçon plus âgé que moi. Caleb est le premier à me plaire vraiment. Et
pourtant, il est le seul qui me soit interdit.

Lorsque nous sommes entrés dans le salon, je le remercie pour la balade et le


déjeuner. Je suppose que je vais aller m’installer sur mon lit avec mon livre.
Néanmoins, ce n’est pas le cas.

– Je te serre une limonade fraîche et on va sur la terrasse ?

– OK.

Je laisse mon roman sur le plan de travail et vais à l’extérieur. Le soleil brille,
c’est très agréable d’avoir ce petit coin de paradis en plein milieu de Paris. Caleb
me rejoint et me tend un verre. La boisson est fraîche et délicieuse.

– Je suis désolé pour hier soir.

Hier soir ? Moi, nue devant lui ? Oui, je vois très bien. Est-on vraiment obligé
d’en parler ?

– C’est moi. Je pensais être seule.

Je sens son souffle sur ma nuque. S’est-il rapproché ? Il n’est pas trop près,
là ? N’y a-t-il pas de distance de sécurité entre frère et sœur ? Non, bien sûr.
Parce qu’une sœur n’est pas censée désirer son frère.

– En tout cas, tu es très jolie.

J’ai très chaud, soudain. Je ne me sens vraiment pas bien. Je me consume.


Caleb s’éloigne de moi. Toutefois, les battements de mon cœur refusent de se
calmer. Je suis dans de beaux draps !

J’avale ma boisson pour me donner une contenance et réfléchis à un sujet de


discussion.

– Tu sembles avoir chaud. Tu veux te rafraîchir dans la piscine ? me propose-


t-il.

– C’est toi que je vais jeter dedans, si tu continues…

– Si je continue quoi ? demande-t-il en capturant mon regard dans le sien.

Je déglutis.

Est-il sérieux ? Ne ressent-il pas la tension électrique entre nous ?

Je choisis de ne pas répondre.

– Alors ? insiste-t-il.

– Quoi ? Tu veux que je te pousse dans l’eau ? blagué-je.

Il hausse nonchalamment les épaules et me met au défi d’y parvenir. Je me


dirige alors vers la pièce abritant la piscine, Caleb sur mes talons.

Ce n’est pas le moment de me dégonfler. Je retire alors mon top bleu et mon
jean, et les laisse s’échouer sur le sol carrelé.

Je suis en sous-vêtements rose bonbon quand je m’approche de lui, dans le


seul but de le pousser dans l’eau. Cependant, il ne se laisse pas faire et c’est moi
qui finis mouillée. Caleb éclate de rire, très fier de lui. Lorsque je remonte à la
surface, je le vois se déshabiller. Mon cœur rate un battement et je crois que
j’oublie de respirer.
Il est en caleçon quand il plonge pour venir me retrouver et s’amuser à me
couler.

Nous chahutons plusieurs minutes avant qu’il ne me fasse remarquer que j’ai
perdu, puisque je ne l’ai pas jeté à l’eau.

– Ce n’est que partie remise, affirmé-je.

Il m’accule contre le bord de la piscine et s’amuse à me chatouiller. Je ris aux


éclats et il m’imite aussitôt.

Puis tout s’arrête net quand il s’immobilise et plante son regard dans le mien.
Il est trop proche et je sens quelque chose qui ne devrait pas exister entre nous.
Son corps réagit au mien.

Il a une érection.
Chapitre 3
Je suis dans ma chambre depuis que j’ai quitté la piscine, mortifiée telle une
vierge effarouchée. J’ai senti une dureté contre mon pubis, j’ai repoussé Caleb et
je suis sortie de l’eau en courant. Depuis, je végète entre ces quatre murs, ne
sachant pas quoi faire.

J’ignore comment interpréter ce qui s’est passé. Est-ce que Caleb ressent du
désir pour moi ?

C’est juste hallucinant. Je ne sais pas quoi penser ni quoi faire.

Comment les choses vont-elles se passer entre nous, maintenant ? Dois-je


l’ignorer ? Faire comme si de rien n’était ?

Soudain, j’entends la porte d’entrée claquer. Je me précipite à la fenêtre pour


regarder à l’extérieur. Caleb est sur le trottoir, il s’en va.

Je grogne.

Et je décide de discuter avec la seule personne qui pourra m’aider, même si


elle rira bien quand je lui raconterai les derniers événements. Évidemment,
Louise éclate de rire lorsque j’évoque notre étrange promiscuité dans la piscine.

Une chose est sûre, ce n’était pas normal. Si cela s’était produit avec un autre
garçon, j’aurais parfaitement analysé la situation, en déduisant que je lui plaisais.
Mais là, il s’agit de mon frère, un homme dont j’ignorais l’existence, il y a
quelques jours encore, certes, mais un homme quand même.

Louise semble penser la même chose que moi. La situation aurait été cocasse
et très explicite avec tous les garçons du monde, sauf avec lui.

– Qu’est-ce que je dois faire, maintenant ? demandé-je à ma meilleure amie,


d’une voix suppliante.

Je lui ai dit que Caleb est parti et que je suis seule à la maison. Comment dois-
je interpréter son départ ? Je vais devenir dingue à tout vouloir expliquer...

– Fais comme si ça n’avait pas eu lieu, me conseille-t-elle.


Il est certain que je ne souhaite pas en discuter avec lui, alors le plus simple
est de faire comme si l’épisode dans la piscine n’avait jamais existé. Louise a
raison.

Parler avec ma meilleure amie m’a fait du bien. Je choisis de ne plus me


torturer l’esprit avec Caleb. Me sachant seule, je vais à la cuisine et me prépare
une salade verte pour le dîner. J’y ajoute une tomate et de la mozzarella. Je n’ai
pas très faim, alors manger léger me fera du bien. Puisqu’il fait beau dehors, je
m’installe sur la terrasse pour prendre mon repas – un petit coin de campagne
dans la grande ville qu’est Paris. Vu de l’extérieur, on ne s’attend pas à ce qu’il y
ait un si bel espace sous le soleil.

Je débarrasse la table et prends mon livre que je décide de commencer,


confortablement installée sur une chaise longue. Je plonge rapidement dans
l’histoire d’amour du motard et de la belle institutrice, tant et si bien que les
pages se tournent les unes après les autres sans que je ne m’en rende compte. Je
suis littéralement captivée par ma lecture.

À tel point que je n’entends pas la porte d’entrée ni les pas dans les couloirs.
C’est un cri d’extase qui me fait sortir de mon cocon. Je regarde autour de moi
quand j’aperçois Caleb et Tiffany dans la cuisine, à travers la baie vitrée à moitié
ouverte. Elle est accolée au comptoir et il lui embrasse la gorge.

Je lève les yeux au ciel, avec toutefois un pincement au cœur. J’aimerais qu’ils
disparaissent ; j’étais bien ici, seule avec mon livre.

Maintenant, je suis mal à l’aise. Je ne sais pas quelle attitude adopter. Dois-je
partir ? Rester ?

Pourquoi suis-je venue à Paris, déjà ?

Caleb relève la robe de sa copine avant d’ouvrir son jean. Non, mais, je rêve !
Ils ne vont quand même pas faire ça au milieu de la cuisine ! Je distingue mal
d’où je suis, mais je vois très bien le jeune homme enfiler un préservatif avant de
pénétrer sa copine qui gémit bruyamment. N’a-t-il donc aucune pudeur ?

Je voudrais tellement disparaître, alors que lui la pilonne jusqu’à la faire jouir.
J’espère qu’aucun des deux ne me repérera ! Je ne pense pas être en état de
recevoir les piques de Tiffany après avoir été témoin de cette scène intime.
Pourquoi ce garçon, qui était si proche de moi il y a quelques heures à peine,
est avec une autre, maintenant ? Mais surtout, pourquoi est-ce que je me pose ce
genre de questions ?

C’est mon frère. Caleb est mon demi-frère.

Ces mots font mal. Très mal.

Il me plaît, c’est indéniable. Et pas uniquement physiquement. Je me sens bien


avec lui. Il est intelligent et a de l’ambition. Il faut croire que je ne suis pas faite
pour l’amour...

Le couple disparaît dans le couloir, sans doute pour aller dans la chambre.

Je respire longuement, me demandant l’attitude à avoir, maintenant. Est-il


temps d’aller dormir ? Je risque de les entendre et je n’en ai pas du tout envie.
Pourtant, je ne peux pas rester là ; et je refuse de les croiser une nouvelle fois.
Alors, je me faufile jusqu’à ma chambre, mon livre en main.

La porte d’entrée claque quelques minutes plus tard ; les tourtereaux sont
repartis. Je vais prendre une douche et me couche.

Ma seconde journée à Paris s’achève. Encore quelques jours à tenir et mon


père sera rentré de son voyage. Il sait que je suis ici, j’imagine qu’il fera au plus
vite. Cette simple pensée me réconforte.

***

J’erre comme une âme en peine dans la cuisine après avoir pris mon petit-
déjeuner. Une longue journée s’annonce. Je ne sais pas si Caleb est rentré, je n’ai
rien entendu cette nuit. Toutefois, j’imagine qu’il dort, enroulé autour de sa
copine.

Je vais sur la terrasse où le soleil brille légèrement. On dirait que le temps se


couvre aujourd’hui. Il fait moins chaud que les jours précédents. Je retourne à
l’intérieur et sursaute quand je me retrouve face à un Caleb aux yeux vitreux.
– Salut, me décroche-t-il.

– Salut, lui dis-je seulement, mal à l’aise.

Il est en caleçon, comme à chaque fois qu’il se lève, et, quand il remarque que
mon regard s’attarde sur son entrejambe, il m’annonce qu’il va s’habiller. Je me
traite d’idiote. Néanmoins, je ne peux rien y faire. Je décide de lui préparer un
café, j’imagine qu’il en a bien besoin.

Il revient avec un débardeur sur le dos et un jean. Je me demande s’il est seul
ou si l’autre folle risque de débarquer d’un instant à l’autre.

– Café ? lui proposé-je.

– Merci.

Il s’assoit sur l’un des tabourets du comptoir et je dépose une tasse fumante
devant lui. Le plan de travail nous sépare, instaurant ainsi une distance de
sécurité entre nous.

– Mauvaise nuit ? l’interrogé-je.

J’aimerais que tout redevienne comme avant, quand je n’avais pas peur d’être
en sa présence et de lui parler. J’ai l’impression que tout s’est brisé entre nous,
hier.

– J’ai un peu trop bu.

Je fronce les sourcils ; je ne crois pas me tromper en affirmant que Caleb n’est
pas un buveur d’alcool. Je ne l’ai d’ailleurs pas vu en consommer depuis que je
suis là. Au restaurant, il avait pris de l’eau avec le repas.

Il trempe les lèvres dans son café avant de me demander un sucre. J’en attrape
un dans le distributeur et le laisse tomber dans sa tasse avant de lui tendre une
cuillère.

A-t-il des ennuis avec sa copine qui justifient qu’il se mette dans cet état ?

Il a l’air tellement vulnérable. Je craque davantage.


– Tu veux manger quelque chose ?

– Non.

Avec des réponses si brèves, on ne va pas pouvoir beaucoup discuter.

Ne souhaitant en aucun cas faire office de plante verte pendant qu’il avale son
café, je décide de quitter la pièce. Toutefois, ça ne semble pas être l’avis de
Caleb qui me rappelle.

– Attends, Clémence.

Je pivote. Il en fait autant. Nos regards s’ancrent l’un à l’autre.

– Je voudrais m’excuser pour hier. Je crois que j’ai dépassé les bornes.

La piscine, bien sûr. La réaction de son corps contre le mien.

– C’est physique, pas de problème, lui assuré-je, feignant l’indifférence. Tu ne


peux pas toujours contrôler…

Je lance un regard vers le bas.

Il esquisse un sourire et se lève pour marcher dans ma direction.

– Tu avoueras que c’était quand même super inconvenant de ma part. Tu es


ma demi-sœur et…

Il s’arrête. Pourtant, j’aurais aimé savoir ce qu’il avait à ajouter.

– Je ne suis pas douée pour ce genre de relation. J’ai grandi en étant fille
unique.

Il éclate d’un léger rire. Il est trop sexy.

– Moi aussi. Pourtant, je sais qu’un mec ne bande pas lorsqu’il est avec sa
sœur, même si elle est bandante !

Je manque d’air, je suffoque.


Caleb s’approche de moi, je sens son souffle sur ma peau. Il m’attire contre
lui, je perçois à nouveau le renflement dans son jean.

– J’ai envie de toi à en crever.

Ses lèvres fondent sur les miennes tandis que je m’agrippe à son cou. Au
diable le reste !

Je gémis contre sa bouche tendre, je me frotte un peu plus contre lui, je suis en
ébullition.

Et là, j’ouvre les yeux. Je suis dans mon lit. Je me redresse hâtivement. Ce
n’était qu’un rêve, punaise ! Je suis transpirante, mes draps et ma nuisette me
collent à la peau. J’ai besoin d’une douche. Je vais me préparer en essayant de
baisser la température de mon corps.

C’était quoi, ce rêve ? Je ne peux pas fantasmer sur Caleb ! C’est impur.
Totalement inconvenant.

Qu’est-ce qui m’arrive ?

C’est en frôlant les murs que je me rends à la cuisine pour prendre mon petit-
déjeuner. J’ignore si je suis seule ou non.

Une demi-heure plus tard, je m’installe dans le petit salon attenant à la


cuisine, avec mon livre, et poursuis ma lecture en me disant qu’il faudra bientôt
que je retourne à la librairie, à cette allure. Je n’aurai rapidement plus rien pour
me distraire, pendant les quelques jours qu’il me reste à attendre mon père.

La journée défile rapidement ; je constate que je suis effectivement seule dans


la maison.

Du moins jusqu’en fin d’après-midi, quand Caleb rentre et qu’il me trouve en


pleine lecture dans le salon.

– Salut, lance-t-il.

– Salut.

Mon rêve me revient en mémoire et je rougis légèrement. Mon demi-frère est


canon. Il ne semble heureusement pas avoir passé sa soirée à ingurgiter de
l’alcool.

– Tu veux sortir manger avec moi ?

Je suis surprise par l’invitation. Je pensais qu’on s’éviterait pour ne pas avoir à
affronter l’épisode gênant d’hier.

– Oui, je veux bien.

– Tu devrais mettre un pantalon, dit-il en regardant ma robe. Il fait frais.

J’approuve d’un hochement de tête.

Caleb quitte la pièce. J’en fais autant pour aller me changer. Je troque ma robe
légère contre un jean moulant, des sandales à talons, un top décolleté et une
veste en jean. Je me coiffe rapidement, glissant mes cheveux dans une queue de
cheval. Puis je me rends dans le grand salon. Le jeune homme est déjà là.

Il me parle de la tour Eiffel, allumée dès que la nuit tombe, et me propose


d’aller la voir après dîner. J’accepte volontiers ; j’espère que tout redeviendra
comme avant entre nous.

– Je suis désolé de te laisser tout le temps seule. Je devrais m’occuper de mon


invitée.

– Je n’en suis pas une. J’ai même l’impression de m’être incrustée.

– Pas faux, rit-il. Mais j’aurais pu te laisser à la rue.

– Dois-je en conclure que tu vas m’accorder un peu de temps ?

– Tu voudrais ?

Il me lance une œillade curieuse. Me teste-t-il ?

– Ce serait plus agréable que de regarder les heures défiler.

Il m’adresse un clin d’œil, avant de me désigner le restaurant où nous allons.


La décoration est très sommaire et les tables sont quasiment collées les unes
contre les autres, pour en mettre le plus possible. Nous sommes installés près des
vitres et je regarde le menu en me demandant s’il n’y aurait pas une quelconque
ambiguïté entre nous.

Bon sang ! Pourquoi fallait-il qu’il soit le fils de mon père ?

Est-ce que je peux passer outre le sang qui coule dans nos veines ? On ne se
connaît même pas. On n’a pas été élevés ensemble.

– Tu me conseilles quoi, ici ?

– Le filet mignon à l’ananas. Un délice.

Je lui fais confiance et commande ce plat ; Caleb m’imite. Nous discutons de


mon père, puis de sa mère. J’apprends qu’ils ne se sont jamais mariés. Il ne
s’était pas marié non plus avec la mienne. Et, a priori, ils s’entendent très bien
depuis qu’il est revenu vivre avec eux.

Son bonheur me fait mal ; j’ai perdu mon père, dans l’histoire. Je découvre
qu’il travaille beaucoup et voyage davantage ; il est peu à la maison. Caleb a
appris à vivre seul depuis plusieurs années.

Sa mère, Alice, voyage également énormément pour son travail. Les deux
parents sont donc avocats spécialisés en droit des affaires internationales. Ils se
trouvent aux États-Unis, en ce moment, à Seattle. Finalement, la vie de Caleb
n’a pas été rose tous les jours. Moi, j’avais ma mère avec moi, lui n’avait
personne.

Après le plat, on opte pour une coupe de glace avec une montagne de
chantilly. C’est au moment où nous la mangeons de bon appétit que le téléphone
de Caleb se met à sonner. Il est posé sur la table ; je vois très bien le prénom de
Tiffany s’afficher. Pourtant, il refuse l’appel. Je me retiens de l’interroger. Ses
histoires ne me regardent pas.

La sonnerie reprend de plus belle, pendant plusieurs minutes, à quelques


secondes d’intervalles. Jamais il ne décroche.

Puis, Tiffany se lasse et nous laisse tranquilles.

Caleb règle une nouvelle fois l’addition et nous partons en direction du métro.
On doit faire un changement pour arriver à la tour Eiffel.

Et là, je la découvre avec ravissement. Elle est illuminée, c’est un magnifique


spectacle. J’ai l’impression d’être une gamine qui découvre la capitale.

– Tu veux monter ? me propose-t-il.

Le monument est si énorme que je me sens toute petite à côté ; c’en est
impressionnant.

– Tu l’as déjà fait ?

– Plusieurs fois. Paris est magnifique, vue de là-haut.

Oh, sans aucun doute ! Mais ici aussi, c’est pas mal.

Finalement, il me prend la main ; je ressens des picotements sur ma peau. Et il


m’attire vers les caisses ouvertes en nocturne.

– Tu fais quoi ? lui demandé-je, un peu paniquée.

– Je vais te montrer quelque chose.

– T’es sûr ?

Il paye deux places et nous prenons l’ascenseur, sans qu’il ne lâche mes
doigts. Quelque part, ça me rassure. Je ne suis pas une froussarde, je suis même
plutôt du genre à ne pas avoir froid aux yeux pour les manèges à sensation, mais
c’est pas vraiment comparable, là.

Au premier étage, je m’approche du bord, parce que j’y suis obligée, et


j’admire la vue. Paris est à mes pieds. Illuminée.

Nos mains semblent être faites pour s’unir et c’est ainsi qu’on déambule dans
l’édifice. Caleb avait raison, c’est juste magique. Et je suis contente de partager
ce moment avec lui. Ne voulant pas m’effrayer davantage, il ne m’oblige pas à
monter plus haut et je lui en suis reconnaissante.

Quand je suis à nouveau sur la terre ferme, je suis finalement ravie d’avoir
suivi Caleb. Je me sens vide quand il lâche mes doigts et nous marchons en
direction de la station de métropolitain. Ma visite nocturne s’arrête donc
maintenant.

Nous reprenons le métro pour rentrer. Même à cette heure tardive, il y a


beaucoup de monde sur le quai et dans les rames. Et les Parisiens semblent
toujours aussi pressés.

Nous finissons la soirée chez lui, sur la terrasse, avec un verre de limonade.
Nous sommes chacun sur une chaise longue, je suis bien.

Pour la première fois depuis que je suis arrivée, je ne m’interroge pas sur ma
présence dans cette maison. J’ai l’impression d’être là où je dois être.

– Merci pour la soirée, lui dis-je au bout d’un certain temps, brisant le silence.

– Je suis content si tu as passé un bon moment.

– C’est le cas.

Il m’adresse un clin d’œil tout en souriant. Il est diablement beau, éclairé par
la lune.

– C’est cool d’avoir une sœur. J’aurais aimé te connaître plus tôt.

Douche froide. Pardon ? Une sœur ?

Évidemment. Une sœur. Quoi d’autre ?

Il n’y a aucune ambiguïté entre nous, c’est juste dans ma tête. Il agit en grand
frère avec moi.

Ce qu’il est en vérité. À mon plus grand dam.


Chapitre 4
Un nouveau réveil sur la grande ville de Paris.

Je me prépare avant de jeter un œil à mon portable, réglé sur silencieux.


Encore des appels en absence de ma mère et des messages vocaux. Je préfère ne
pas les écouter, sachant qu’elle doit hurler en m’ordonnant de rentrer. Elle m’a
aussi envoyé un SMS que j’hésite à lire un instant, mais je finis par cliquer
dessus.

Je vais prévenir la police de ta fugue.

Quoi ? Je le relis à plusieurs reprises, abasourdie. S’ils enquêtent, ils me


retrouveront forcément. C’est trop tôt, je n’ai pas revu mon père.

Je décide donc de lui répondre.

Maman, je n’ai pas fugué, je vais bien. Je serai de retour dans moins d’une
semaine.

Mon téléphone ne tarde pas à sonner, je choisis une nouvelle fois d’ignorer
l’appel. Je veux bien comprendre qu’elle s’inquiète, mais je la rassure comme je
peux. Si seulement elle pouvait me faire confiance et arrêter de me surprotéger...

Quand je pénètre dans la cuisine, Caleb est déjà là. Il s’attelle à préparer le
petit-déjeuner.

– Gaufres ? me propose-t-il.

– Parce qu’en plus, tu cuisines ? le taquiné-je.


– Qu’est-ce que tu croyais ?

– Un homme bon à marier ! C’est Tiffany qui doit être ravie.

Il se contente d’un léger sourire. Je me demande encore s’il a des problèmes


avec sa copine. Néanmoins, je me tais. Je prends place et nous mangeons
ensemble.

Apparemment, il a décidé de me faire visiter Paris, aujourd’hui. Il me propose


de le faire en bus touristique qui me ferait découvrir tous les monuments de la
ville. Idée adoptée. Je préfère cette idée plutôt que la marche.

Nous partons dès que nous avons rempli notre estomac. Caleb sait exactement
où aller, alors je le suis. Nous parlons de ce que je vais voir. Lui vit ici, il a déjà
visité les richesses de la capitale.

– Tu habites ici depuis longtemps ? lui demandé-je.

– Depuis toujours. Je suis né à Neuilly.

Une fois installés dans le car à deux niveaux – en haut, bien sûr –, nous
faisons le tour de la ville. Ma visite débute. Pas besoin d’écouter le guide quand
Caleb me fait son topo sur chaque monument. C’est très agréable et ce petit
moment en tête à tête s’écoule vraiment trop rapidement à mon goût. Tout autant
que le restaurant qui suit.

J’apprécie de passer du temps avec lui. Il est vraiment d’une agréable


compagnie. Et le connaître davantage ne me fait que l’apprécier plus. Il me plaît,
c’est indéniable. Et invivable, aussi.

La journée file super vite. Trop vite. J’ai l’impression d’être dans un rêve avec
lui, même s’il n’a pas de geste déplacé envers moi. C’est très différent des
songes que je fais avec lui, ces dernières nuits. Songes qui tournent forcément à
l’érotique et je m’en veux d’avoir de telles pensées. Toutefois, je n’y peux rien ;
je ne commande pas mes fantasmes.

L’après-midi, nous allons au cinéma voir l’un des derniers films sortis en salle.
Encore un moment agréable.

Nous finissons la journée devant une pizza, sur la terrasse de la maison. Je me


sens à ma place. Je ne doute plus de la bonne idée de ma venue, désormais.

– Tu veux quelque chose ? me propose-t-il.

Oui. Toi.

– Non, merci. Je ne pourrais plus rien avaler.

Encore une belle journée qui se termine.

– Tu sais quand rentre mon père ? Notre père, rectifié-je rapidement.

– C’est prévu pour lundi, normalement.

J’acquiesce d’un hochement de tête. Demain, nous serons samedi, je n’ai plus
longtemps à attendre.

– Tu crois que ta mère est au courant, pour moi ?

– J’en sais rien.

Il m’est difficile d’imaginer que mon père n’ait rien dit de mon existence à sa
compagne alors qu’il est avec elle depuis onze ans, maintenant. Elle a forcément
dû lui poser des questions sur ses années loin d’elle et leur fils ; il a dû lui parler
de ma mère et de moi.

Le téléphone de Caleb sonne pour la millième fois de la journée. Il jure.

– Quelque chose ne va pas ?

J’ai l’impression d’avoir parlé un peu trop vite.

– Non, c’est bon. Je vais me coucher.

Il retourne à l’intérieur avec son portable en main. Je le suis, les assiettes vides
sur un plateau pour les rapporter à l’intérieur.

Alors que je dépose la vaisselle dans la cuisine, je l’entends parler avec


quelqu’un, sans doute au téléphone.
– Tu veux quoi encore ? Je t’ai dit que je passais du temps avec ma sœur.

Ce dernier mot me fait l’effet d’un coup de poignard tellement il est vrai. Je
ferme la baie vitrée.

– On se verra demain soir !

Il ferme la porte de sa chambre et je ne l’entends plus. Il s’agit de Tiffany, à


n’en pas douter. Lui fait-elle une crise de jalousie ? C’en est pathétique, parce
que son copain et moi sommes de la même famille, mais davantage parce que lui
ne s’intéresse pas à moi de cette façon.

Il y a bien eu l’érection dans la piscine, ce qui a déclenché mes premiers rêves


érotiques, mais ce n’était qu’une réaction physique. Je suis consciente qu’il n’y
aura rien avec lui et j’aimerais que mon subconscient le sache également afin
qu’il arrête de me montrer des images impures chaque nuit.

***

En cette belle journée de samedi, je poursuis la lecture de mon livre, installée


sur une chaise longue, sur la terrasse. Je compte aller m’en acheter un autre dans
l’après-midi. Sur le trajet, j’appellerai Louise pour lui raconter les derniers
potins.

– Salut ! me lance Caleb.

Je lui réponds en me tordant le cou pour le regarder ; il est installé à la table


avec un café et des tartines. Divinement beau, bien sûr, et torse nu.

Je replonge dans mon histoire, jusqu’à ce que Caleb vienne s’asseoir sur la
chaise longue à côté de moi.

– Je vais te laisser un peu de répit, aujourd’hui. Je vais voir ma copine.

– OK. J’irai faire un tour à la librairie, lui dis-je.


– Tu veux que je t’accompagne ?

– C’est gentil, mais je retrouverai mon chemin.

Il se lève et retourne à l’intérieur pour revenir quelques minutes plus tard,


alors que je n’ai lu que deux pages de plus.

– Tiens.

Je lève les yeux pour voir qu’il me tend une clé. Je ne comprends pas.

– Ce sera plus pratique pour toi, pour sortir et rentrer à ta guise.

Je le remercie pour son attention en m’emparant du précieux sésame.

– Je vais aussi te donner mon numéro, pour le cas où tu te perdrais, on ne sait


jamais.

Je rigole, mais il est possible qu’il ait raison. Je l’enregistre dans mon
téléphone sous le prénom de Caleb et lui envoie un SMS vide pour qu’il ait le
mien. Au cas où, bien évidemment.

– Je me prépare et j’y vais. Si tu as besoin, tu m’appelles.

– OK.

Dès que je suis seule, je retourne dans ma lecture.

Caleb part un peu avant midi et, moi, je me prépare rapidement une salade
composée que je mange sur la terrasse avant d’appeler Louise, je peux en
profiter pour me confier à elle.

Je lui raconte la visite de la tour Eiffel et celle des monuments parisiens,


découverts en bus. Mais tout ce qui l’intéresse, c’est de savoir comment les
choses se passent avec Caleb, pas que j’aie vu le Louvre.

– Y’a rien, lui affirmé-je. Je me fais des films avec lui. Il me plaît, c’est clair,
mais lui n’a d’yeux que pour sa copine.

– Jalouse ?
– J’ai même pas le droit, soupiré-je, dépitée.

De toute façon, tout sera bientôt terminé, mon père rentre dans deux jours.
Cette nouvelle ne semble pas ravir mon amie qui m’imaginait déjà en couple
avec le jeune homme. N’importe quoi !

– N’oublie pas que c’est mon demi-frère, je te rappelle.

– Ouais, ça craint !

Je rigole. C’est ainsi.

Après avoir raccroché, je pars en direction de la librairie. Je me souviens que


c’est tout droit et qu’il faut tourner à gauche devant le bar à la devanture bleue.
J’arrive à destination sans me perdre. Je flâne dans les rayons et choisis un
nouveau livre que je débuterai ce soir. Je compte finir l’autre cet après-midi.

Lundi, mon père sera là, je n’aurai plus besoin de lecture pour me distraire.

Je parviens à retourner chez moi sans problème. Fière de mon exploit,


j’envoie un SMS à Caleb et efface les derniers appels en absence de ma mère.

J’ai trouvé mon chemin sans souci

Une fois que je l’ai envoyé, j’espère que mon intention ne le dérangera pas,
qu’il ne va pas regretter de m’avoir donné son numéro. De toute façon, je ne
peux plus rien y changer, maintenant.

Je retourne m’installer à l’extérieur et termine ma lecture. Plongée dans mon


histoire, je n’ai même pas entendu Caleb et Tiffany arriver. Je les découvre
installés sur le canapé du petit salon, devant un film.

– Ah, t’es là ! me dit la jeune fille.

Mon demi-frère est plus joyeux.


– Tu vas finir par devenir une vraie Parisienne !

Pourquoi ? Parce que j’ai retrouvé mon chemin ?

– J’ai seulement un bon sens de l’orientation. Et puis, ce n’était pas vraiment


compliqué.

Tiffany se presse contre son copain pour me faire comprendre qu’il est temps
pour moi d’aller voir ailleurs. Caleb ne la repousse pas, au contraire, il accueille
ses caresses avec plaisir. Je vais donc rapidement dans ma chambre pour ne pas
assister à ça.

Ma vie serait quand même plus simple si je ne fantasmais pas sur mon demi-
frère, non ?

Je retourne dans la cuisine un peu plus tard, espérant que le couple n’est plus
au salon. L’endroit semble vide, tant mieux. Je me prépare un sandwich que je
décide de manger dans ma chambre, tout en jouant sur mon téléphone.

Il n’y a aucun bruit lorsque je vais mettre l’assiette dans le lave-vaisselle ; j’en
déduis que je suis seule à la maison.

Pour un samedi soir, c’est vraiment déprimant. Caleb pourrait organiser une
fête avec des amis mais n’en fait rien. Est-il sérieux à ce point ? Dès que les
parents sont absents, la plupart des jeunes que je connais s’empressent de
s’amuser.

Je m’installe alors dans le canapé et regarde un film pour passer le temps.

***

Les jours défilent et se ressemblent... Dimanche matin, je suis encore une fois
à l’extérieur, sur une chaise longue, en train de lire. Paris semble déprimant, de
mon point de vue. Heureusement que mon chez-moi provisoire est accueillant.
Et Caleb également.
Mon père doit arriver demain ; j’ai tellement hâte qu’il soit là. De le revoir. En
même temps, je suis anxieuse. Je crains sa réaction. Pourquoi voulait-il que je
parle avec ma mère ? Sans doute a-t-il deviné qu’elle n’est pas au courant de ma
venue. Cependant, je ne veux rien lui dire pour le moment.

– Tu pars quand ?

La voix de Tiffany me fait sursauter, tandis que j’étais perdue dans mes
pensées. Elle se tient debout à côté de la chaise longue. Parfaitement maquillée,
coiffée et habillée. J’ajouterai même bien bronzée.

– Dès que j’aurai parlé à mon père ! Je suis venue pour ça !

Je ne lui dois aucune explication, mais je tente d’être courtoise.

Elle ne réplique pas. Étrange. Je m’attendais à une pique.

– Salut, lance Caleb.

Tout s’explique. Elle n’a pas eu le temps de déverser son venin sur moi.

– Salut.

Le couple prend son petit-déjeuner également sur la terrasse. Tiffany ne cesse


de glousser ; je me demande si elle le fait exprès pour m’embêter ou si c’est
naturel chez elle. Bien sûr, je n’ai aucun droit d’être jalouse, mais elle m’énerve
au plus haut point.

Je ne parviens plus à me concentrer sur ma lecture, alors j’abandonne le temps


de leur présence qui ne s’éternise pas. Heureusement.

Encore une journée qui s’écoule rapidement. Je ne vois presque pas Caleb, qui
passe tout son temps avec sa copine. Je m’en veux de penser qu’il me manque,
que j’aimerais être avec lui. Quand elle est là, on échange à peine deux mots et
ça m’indispose. J’aimerais qu’il reste avec moi. Qu’il la laisse.

Ce n’est que le soir, après dîner, que je peux avoir le jeune homme sexy pour
moi toute seule. Il me rejoint sur le canapé, alors que je lis. Encore.

– T’en as pas marre de passer tes journées à lire ?


– Je ne savais pas quoi faire d’autre… lui dis-je, le plus simplement du
monde. Et je ne connais pas assez Paris. Cette ville m’impressionne. Je n’ai pas
envie de m’y aventurer seule et risquer de m’y perdre.

– Tu pourrais te baigner, bronzer ou que sais-je ? On est à Paris ! Tout est


possible.

Je fronce les sourcils, dubitative.

– Tout ? Vraiment ?

Toi et moi dans un lit, aussi ?

Je chasse cette pensée, pour me concentrer sur l’instant présent en énonçant


mon nouveau mantra dans ma tête : je ne fantasme pas sur mon frère.

– Je ne sais pas à quoi tu penses. Mais ouais, c’est sûrement possible.

Je ricane. Me donnerait-il la même réponse s’il connaissait mes pensées ?

– Dis-moi, réclame-t-il.

– Je ne crois pas.

En fait, c’est carrément impossible que je les lui divulgue.

– Tu ne vas pas m’obliger à te supplier, tout de même ?

Ah, ça pourrait être drôle, finalement ! S’il savait !

– Il n’y a rien, je t’assure. Je voudrais juste parler avec mon père et j’ai hâte.

– Je comprends.

Il pose un instant sa main sur ma cuisse en guise de soutien.

– Je n’ai toujours pas reçu la confirmation de ma mère sur l’heure de leur


retour, mais je te tiens au courant.

Je hoche la tête.
– Tu sors, ce soir ? lui demandé-je.

– Nan. Tu veux qu’on regarde un film ?

Et comment ! J’attrape la télécommande que je lui tends en guise de réponse.

– Trouves-en un sympa.

Je termine la lecture de mon chapitre, pendant que Caleb cherche le


programme de la soirée. Je m’en réjouis d’avance.

Je pose enfin mon livre sur la table basse et me réinstalle plus près de lui. Il
sent divinement bon, j’adore son parfum.

– Tu aimes quel genre de films ?

– Un peu tout. Je ne suis pas difficile.

– C’est comme pour la lecture ?

Je souris en constatant qu’il m’a écoutée et qu’il se souvient de mes paroles.

– Un policier, ça te dit ?

– OK.

En fait, je dirais oui à n’importe quoi, du moment que nous sommes ensemble.

Finalement, le film n’est pas transcendant, mais l’histoire n’est pas mal.
Ensuite, il me propose une comédie. Je commence à fatiguer, n’ayant pas
l’habitude de me coucher aussi tard, mais j’accepte. Sauf que ce n’est pas
commencé depuis trente minutes que mes yeux se ferment déjà. Je tente de
garder le contrôle, mais c’est difficile et je finis par laisser tomber ma tête trop
lourde sur l’épaule de Caleb…

Une sensation de froid sur mes jambes me réveille. Je veux tirer sur la
couverture pour me couvrir, mais je ne la trouve pas. Mon oreiller semble dur,
j’ai du mal à lever la tête. Quand j’ouvre les yeux, je vois la télévision qui
diffuse une émission débile. Je me redresse pour constater que je suis allongée
sur Caleb, lui-même couché sur le canapé. Il semble profondément endormi. Bon
sang, je rougis en souriant quand je réalise où je me trouve.

Je savoure l’instant. Je laisse ma tête reposer sur son torse et laisse ma main
glisser sous son tee-shirt pour caresser la peau de son bas-ventre. Et je me
rendors instantanément...

– Clém’ ?

On prononce mon prénom. On me caresse le bras. J’ai du mal à émerger.

– Clém’ ?

Je bouge ma main.

– Pas là, non.

Quoi ?

J’ouvre les yeux. La télévision diffuse toujours les programmes de la nuit. Et


je suis encore allongée sur Caleb, ma main posée juste à côté de son sexe, sur
son pantalon. Décidément, je pourrais difficilement faire mieux – euh, pire, bien
sûr !

Je la retire rapidement et me redresse pour planter mes yeux dans les siens.

– On dirait qu’on s’est endormis.

– Il est quelle heure ? l’interrogé-je.

Il regarde la montre à son poignet.

– Trois heures trente.

Je me laisse retomber sur sa poitrine, épuisée.

– Viens, on va au lit, me dit-il, sans toutefois esquisser le moindre


mouvement.

Dans le même ?
Je me tais, évidemment.

– Pas sûre de trouver le courage de me lever, bafouillé-je.

– Il faudra bien, sinon, je ne pourrai pas bouger.

– Porte-moi, alors.

J’ai vraiment dit ça ?

– T’es sérieuse ?

– Chut. Dors.

Il se contorsionne tant bien que mal pour s’extirper du canapé sans me faire
chuter. Quand il y parvient, il éteint la télévision et m’attrape dans ses bras. Un
sous la tête, l’autre sous les jambes.

– T’es fou ! dis-je en riant. J’étais pas sérieuse !

– Tais-toi et laisse-toi faire !

Je m’agrippe à son cou pour qu’il ne me laisse pas tomber. Et je tente de


contenir le fou rire qui m’assaille. Caleb me conduit dans ma chambre, ouvre la
porte avec son coude, puis son pied et me pose sur le lit.

Quand il tente de se relever, je le tire avec moi et il s’étale sur mon corps.
Douce promiscuité. Il se décale toutefois, pour se retrouver sur le matelas.

– T’as tout gagné, je bouge plus.

Parfait, ça me va. Son bras repose en travers de mon ventre et sa respiration se


fait plus lente.

Je pense qu’il s’est endormi et je ne tarde pas à l’imiter.


Chapitre 5
Lorsque je me réveille, je sens un poids sur moi. J’ouvre difficilement les
yeux, pour me rendre compte que Caleb est toujours près de moi. Il a son bras
sur mon ventre et sa jambe sur la mienne.

La soirée de la veille me revient : le film, moi endormie sur lui, lui qui me
conduit dans ma chambre. Il n’est pas parti et j’en suis contente.

Je suis tellement bien contre lui que je n’ai aucune envie de bouger, mais j’ai
vraiment besoin d’aller au petit coin. Alors je repousse son bras et me faufile
hors du lit.

Je passe aux toilettes, puis je prends une douche rapide dans la salle de bains,
je me coiffe et me maquille sommairement, avant de retourner dans la chambre,
une simple serviette enroulée autour de mon corps.

Caleb étant toujours endormi, je n’aurai pas de mal à attraper une robe dans
mon placard. Sauf que le lit est vide. Il a dû profiter de mon absence pour filer.
Une pointe de déception me gagne, mais je la chasse rapidement. Aujourd’hui, je
vais enfin revoir mon père. Rien ne pourra gâcher ma journée !

Finalement, j’opte pour une jupe noire, ample, et un débardeur blanc moulant.
Je passe mes tongs et je vais à la cuisine où mon hôte fait des crêpes.

– Rien ne t’arrête ! lui lancé-je.

Il lève les yeux sur moi ; il est divinement beau.

– C’est pour faire passer la mauvaise nouvelle.

Je fronce les sourcils. Que va-t-il m’annoncer ? Sans doute va-t-il me dire que
nous sommes allés trop loin, cette nuit. Pourtant, nous n’avons rien fait de mal.

– Dis-moi, réclamé-je en m’installant sur un haut tabouret.

Caleb est face à moi ; seul le comptoir nous sépare. Il prend mes mains entre
les siennes. Là, je panique.
– Ma mère m’a laissé un message. Ils ne rentreront pas aujourd’hui, ils ont
encore besoin de quelques jours. Je suis désolé.

La déception est grande. Moi qui me faisais une joie de revoir mon père. Sans
compter que je dois prolonger mon séjour à Paris. Ma mère va me punir de sortie
à vie, à ce rythme.

– Tu peux encore rester ici, s’empresse-t-il d’ajouter. Ça ne me dérange pas.

– Ma mère va me tuer.

Je suis perdue. Je ne sais pas quelle décision prendre. Caleb sait que ma mère
ignore où je me trouve, même s’il n’approuve pas que je lui cache une chose
aussi importante. Il tente encore une fois de me convaincre de lui dire la vérité
pour la rassurer et, accessoirement, pour qu’elle ne m’assassine pas. Il me fait
sourire, mais je me sens terriblement mal.

– Toi, t’as besoin d’une crêpe au Nutella.

Il lâche mes mains et m’en prépare une délicieusement fumante ; je le regarde


faire, pensive.

Quand il me la tend, dégoulinante de chocolat, je souris. Je mords dedans en


espérant qu’elle me fasse tout oublier. Néanmoins, ce n’est pas le cas. Je suis
surprise que Caleb me prépare ensuite un chocolat chaud ; il a donc été attentif à
ce que je bois le matin, depuis que je suis chez lui.

– Je sais que tu adores les livres, alors je vais t’emmener à la Bibliothèque


nationale. Ça te dit ?

Je secoue la tête, touchée malgré moi.

– Tu n’es pas obligé.

– Je sais. Mais j’en ai envie.

– Merci, lui dis-je simplement.

Pendant ce court repas, il parvient à me convaincre de dire à ma mère où je


me trouve. Alors, je finis par taper mon message :
Maman, je serai absente plus longtemps que prévu. J’ai besoin de retrouver
mon père. Ne t’inquiète pas pour moi.

Je le montre à Caleb, qui approuve. Seulement, moi, je doute encore.

– J’aurais préféré qu’elle l’apprenne de vive voix, à mon retour.

– Mets-toi à sa place, elle doit être morte d’inquiétude. Et dis-toi que ce ne


sont pas deux ou trois pauvres messages qui la rassureront. Je pense même que
tu devrais l’appeler. Entendre ta voix la calmerait sans doute.

J’efface le message et suis son conseil.

– Elle va me hurler dessus, soufflé-je, tandis que la première sonnerie retentit


déjà.

Caleb fait le tour de comptoir pour se retrouver derrière moi. Il m’enlace au


moment où ma mère répond. Mon cœur s’emballe, je ne trouve plus mes mots.

– Clémence ? C’est toi, ma chérie ?

Je perçois l’inquiétude dans sa voix. Là, je réalise ma stupidité. Elle a


vraiment pu croire que j’avais été kidnappée ou que sais-je ?

– Maman, murmuré-je.

– Clémence, où es-tu ? Tu vas bien ?

– Oui, maman. Tout va bien.

Est-ce que je dois vraiment lui dire la vérité ? Le doute m’assaille.

– Je t’ai appelée pour que tu ne t’inquiètes pas. Je vais devoir prolonger mon
séjour.

– Où es-tu, chérie ?
– À Paris ?

– Paris ? s’exclame-t-elle. Mais que fais-tu là-bas ?

– On en discutera à mon retour, d’accord ?

– Tu ne vas pas t’en tirer comme ça, ma fille !

Une fois son inquiétude dissipée, ma mère est maintenant en colère.

Je laisse ma tête se poser sur le torse de Caleb, derrière moi, afin de me


donner un peu de courage. Il dépose un baiser sur mon crâne et caresse mon
ventre, sa manière à lui de me soutenir, j’imagine.

– On ne va pas se disputer, maman. Je te raconterai tout à mon retour.

– Non, tu vas me dire maintenant ce que tu fais à Paris ! Avec qui es-tu ?

Avec mon demi-frère n’est pas une réponse acceptable. Je choisis de mentir.
Légèrement.

– Personne.

– Que me caches-tu ? Je veux savoir.

– Et moi, je ne veux pas que tu te fâches !

– C’est un peu tard pour ça !

Je décide de lui balancer la vérité et de couper la communication pour ne pas


avoir à affronter sa fureur ensuite.

– Je suis venue ici pour retrouver mon père. Au revoir, maman.

Et je coupe aussitôt.

– Elle est fâchée ? demande Caleb.

– Très. C’est pour ça que j’ai préféré raccrocher après avoir lâché la bombe.
Mon téléphone sonne aussitôt. Je ne décroche pas.

– Elle ne va rien lâcher, soufflé-je.

Caleb me serre dans ses bras pour me réconforter. Je reçois un SMS ensuite.
De ma mère, évidemment. J’hésite à le lire mais je finis par l’ouvrir.

Je veux que tu rentres immédiatement, Clémence. Nous devons parler.

– On parlera à mon retour, dis-je à haute voix en guise de réponse. On y va ?


demandé-je à Caleb.

– C’est parti.

Il me lâche et je passe rapidement par ma chambre pour attraper une veste


légère. Je constate que je n’ai plus beaucoup de vêtements propres.

Je retrouve Caleb au salon et nous partons à la Bibliothèque nationale. Durant


le trajet, il me parle d’un tas de choses sympas pour me changer les idées ; je lui
en suis reconnaissante, même s’il n’y parvient que partiellement.

Je savais qu’il ne fallait rien dire à ma mère. Maintenant, elle exige mon
retour. Je ne suis pas prête, je n’ai pas encore vu mon père.

Nous arrivons bientôt devant l’édifice où je suis Caleb. Quatre tours en forme
de L se font face, simulant quatre livres posés sur un grand jardin carré. Chaque
tour compte une vingtaine d’étages au moins. Je suis impressionnée : le site
François Mitterrand est magnifique.

J’emboîte le pas de Caleb jusqu’à l’entrée de l’une des tours. Je suis


rapidement sous le charme lorsque nous sommes dans une grande salle ronde,
entourés de livres. Il y en a des milliers, c’est impressionnant.

Caleb me fait visiter le site, les nombreux étages. Je flâne dans les allées et
caresse délicatement les tranches des livres. Je me sens à ma place.
Parfois, je lis des quatrièmes ou admire les illustrations des couvertures. Je ne
sais pas ce que je cherche, peut-être un coup de cœur.

Nous sommes dans une nouvelle allée et je lis un résumé, lorsque Caleb
s’approche de moi pour me parler à l’oreille.

– Je crois que t’as tapé dans l’œil du blond, au bout de l’allée. Il n’arrête pas
de te regarder.

Je lève les yeux sans discrétion, pour voir de qui il parle. Il y a bien un jeune
homme aux cheveux blonds dans les parages, mais je ne le vois pas me lancer
des œillades.

– Il doit penser qu’on est en couple, lui lancé-je.

– Pas forcément. Tu préfères qu’il le pense ?

Je jette un nouveau regard en direction de la personne dont il parle, quand je le


vois m’observer. OK, Caleb a raison.

Nous marchons un peu pour gagner un autre rayon et j’attrape un nouveau


livre.

– Il nous suit, murmure le jeune homme à mon oreille.

Cette situation parait beaucoup l’amuser.

– Il semble super, ce livre, déclaré-je en le lui tendant.

Caleb y jette un coup d’œil avant d’éclater de rire.

– Le Kamasutra ? Sérieux ?

Il regarde s’il trouve une indication sur le rayon dans lequel nous nous
trouvons et ne tarde pas à trouver « érotique ».

– Je préfère qu’il nous prenne pour un couple, dis-je.

– T’es pas intéressée ?


– J’aime pas les blonds, éludé-je.

– Sûre ? Aucun regret ?

Je jette un regard à la dérobée au garçon plus loin dans l’allée avant de


confirmer ma sentence.

– OK.

Caleb déambule donc dans le rayon avec le livre qu’il feuillette, puis il
m’interpelle d’une voix forte.

– Hey, bébé ! On devrait essayer cette position. Regarde ! En plus, t’es super
souple.

Mes yeux s’écarquillent. Il n’a pas osé ? Je vois tous les regards outrés
braqués sur nous, même celui du blond.

Caleb marche dans ma direction et me montre un dessin, je ne sais vraiment


plus où me mettre. Il repose le livre et prend ma main pour nous conduire dans
une autre allée.

– T’es complètement fou ! lâché-je.

– C’est toi qui m’as dit que tu voulais qu’il nous croie en couple. Je n’ai fait
que jouer le jeu.

Il n’a pas tort.

Je récupère ma main. Nous restons encore un moment à la bibliothèque, puis


nous partons.

Nous prenons un sandwich dans un fast food, à quelques pas de là, et nous
installons sur un banc dans un espace vert pour le manger. Caleb m’interroge
alors sur mes goûts en matière de mecs.

Il découvre donc que j’aime les bruns, que les garçons de mon âge ne
m’intéressent pas, qu’en fait, je suis plutôt pudique. Je n’ai eu que deux copains,
jusqu’à présent, et ça n’a jamais duré longtemps. Je ne vais pas jusqu’à me
confier sur mon absence d’expérience sexuelle. Il n’a pas besoin de connaître
cette information.

Caleb me propose de me présenter son meilleur ami : Jonathan. J’accepte, me


disant que ce ne peut qu’être bénéfique pour moi. Il l’appelle déjà quand nous
sommes sur le chemin du retour, en route vers la station de métro.

Après quelques minutes, il m’annonce que son copain viendra faire un tour
dans l’après-midi, à la maison.

– Il est comment ? me renseigné-je.

– Tu verras.

Très bavard !

Nous attendons le prochain métro sur le quai et j’en profite pour essayer de lui
tirer les vers du nez, mais il a décidé de garder le mystère. Je n’ai rien à savoir de
plus, à part le prénom de son ami. Je n’insiste donc plus.

Nous montons dans le wagon qui s’arrête devant nous ; il y a beaucoup de


monde. On se retrouve entassés les uns contre les autres ; nous sommes contre la
porte opposée. J’apprécie malgré tout la promiscuité avec lui. Je respire son
délicieux parfum ; j’aimerais beaucoup en connaître le nom.

Quand le métro freine trop brusquement, je me retrouve dans les bras de mon
demi-frère. Il me retient souvent, pour que je ne vacille pas. Et je ne compte pas
m’en plaindre !

Dès que nous arrivons à destination, il pose ses mains sur mes épaules et me
guide hors du wagon. Nous marchons jusqu’à la maison, ensuite.

J’ai un petit pincement au cœur en réalisant que je ne verrai pas mon père
aujourd’hui, comme c’était prévu. J’aurais pu rentrer chez moi ce soir. Au lieu
de ça, je dois rester encore dans cette ville. Non pas que ça me déplaise, au
contraire, j’apprécie de passer du temps avec Caleb. J’ai l’impression qu’une
complicité se développe entre nous.

– Tu veux boire un truc ? me propose-t-il en se dirigeant vers la cuisine.

– Ouais, dis-je seulement, en allant sur la terrasse.


Il fait décidément un temps magnifique, en ce moment. J’ai beaucoup de
chance, moi qui déteste la pluie.

Caleb revient avec deux verres de limonade. Je me désaltère rapidement et


pose mon gobelet vide sur la table. Mon demi-frère se glisse derrière mon dos et
noue ses bras autour de mon ventre. Que fait-il ? Mon cœur s’emballe à cette
délicieuse promiscuité.

– J’ai besoin de mettre une chose au clair avec toi.

Ma respiration s’accélère.

– Je ne veux pas que tu aies une mauvaise image de moi.

Je fronce les sourcils, ne comprenant pas ce qu’il me raconte.

– De quoi tu parles ?

– De ma… réaction dans la piscine.

Je vois exactement à quoi il fait allusion, maintenant.

– Je suis un mec et tu es une jolie nana. Mon corps se fout que tu sois ma
demi-sœur, tu comprends ? Si tu lui plais, il réagit. Ce que je veux dire… c’est
que…

– C’était physique, le coupé-je. J’avais compris.

Il me fait pivoter pour que nous nous retrouvions face à face et garde ses
mains sur mes épaules.

– Tu ne me vois pas comme un obsédé, alors ? Même si c’est vrai que j’aime
le sexe, je ne ferai rien de déplacé avec toi. Tu es ma petite sœur.

Mise au point absolument inutile, je m’en étais rendu compte. Il n’y a que de
mon côté qu’il y a de l’ambiguïté.

– Rassure-toi, je ne te vois pas comme ça.

– Super !
Nous sommes interrompus par la sonnerie du téléphone de Caleb. Il retire ses
mains de mes épaules et répond.

– Oui, ma puce ?

Tiffany. Je soupire d’agacement.

– OK, je t’attends. Bisous.

Il m’annonce sans surprise que sa petite amie vient lui rendre visite. Il se
réjouit déjà de passer un après-midi à quatre. Moi moins. Je pense que Tiffany le
rendra invivable. Pour moi, en tout cas.

Elle est la première à arriver. Du coup, je tiens la chandelle à l’extérieur. Je


passe le temps sur mon téléphone, où je n’ai reçu aucun nouvel appel de ma
mère, tandis que le couple se bécote sur la chaise longue à côté de la mienne.
Y’a plus sympa que de voir le mec qui me plaît embrasser une autre fille. En
l’occurrence, sa copine.

C’est une heure et demie plus tard que ça sonne à nouveau à la porte d’entrée.
Je pense que l’ami de Caleb est arrivé. La batterie de mon téléphone n’est plus
qu’à vingt pour cent, j’ai l’impression d’avoir attendu mon cavalier durant une
éternité.

Caleb délaisse sa petite amie pour aller ouvrir. Tiffany se tourne alors vers
moi.

– Tu comptes squatter encore longtemps ?

Visiblement, je la dérange. Je me demande bien pourquoi.

– J’attends mon père qui a repoussé son retour.

– La vieille excuse !

Là, elle m’énerve.

– Tu t’imagines quoi ? Que je veux me faire Caleb, comme tu dis ?

– Ai-je tort ?
Elle est vraiment sérieuse ?

– Franchement, oui ! C’est mon demi-frère, punaise !

Le dire à haute voix rend la chose tellement vraie. Néanmoins, ça n’efface pas
mon attirance pour lui.

Elle balaie ma remarque de la main, comme si elle n’y croyait pas du tout.

Caleb arrive sur la terrasse avec son ami Jonathan. Il est blond, alors que je lui
ai dit préférer les bruns. Étrange qu’il ait pensé que son ami puisse me plaire.

– Jo, je te présente Clémence, ma demi-sœur.

Tiffany fait une grimace quand il prononce ce dernier mot. Je ne comprends


vraiment pas son attitude vis-à-vis de moi.

– Clém, c’est mon ami Jo.

C’est vrai qu’il est plutôt mignon et il a l’air sympa. Il a les cheveux blonds
assez courts, de grands yeux bleus, un visage poupin empli de gentillesse.

– Salut, lancé-je.

Le dénommé Jo s’approche de moi pour me faire la bise. Il fait de même avec


Tiffany que, j’imagine, il connaît déjà.

Maintenant que les présentations sont faites, Caleb propose qu’on boive un
coup ensemble. Je le suis à la cuisine, alors que les deux invités prennent place
autour de la table du salon de jardin.

– Je prends les verres, dis-je en attrapant un plateau.

Je pose quatre gobelets dessus, tandis qu’il attrape une bouteille de soda au
réfrigérateur. Il jette un coup d’œil par la baie vitrée, avant de s’approcher de
moi.

– Alors ?

– Alors quoi ?
– Comment tu le trouves ?

Je suppose qu’il me demande mon avis sur le physique de son copain.

J’approche ma bouche de son oreille pour y murmurer :

– Je préfère les bruns.

À lui de capter le sous-entendu.

Je file à l’extérieur et pose le plateau avec les quatre verres vides sur la table.
Je m’assois à côté de Jonathan, qui est en face de Tiffany. Quand Caleb arrive, il
remplit les verres et les distribue avant de s’installer en face de moi. J’ai le droit
à un clin d’œil.

– Ils rentrent quand, tes vieux ? l’interroge Jonathan.

– Dans quelques jours, mais je sais pas exactement.

– C’est dingue, poursuit-il en se tournant vers moi. Caleb a une petite sœur !

Je lève les bras de façon théâtrale en souriant.

– Eh ouais ! Dingue, grommelle Tiffany.

J’ai comme l’impression qu’elle ne me croit pas. S’imagine-t-elle que j’ai


menti pour m’installer provisoirement ici et lui piquer son mec ? J’en ai bien
l’impression.

Non, parce qu’elle est vraiment fatigante quand elle s’y met !

Nous discutons beaucoup de moi ; Jonathan me pose pas mal de questions sur
ma vie à Metz, mes amis, le lycée. Tiffany pouffe quand elle comprend que
j’entre en classe de terminale. J’aimerais bien savoir ce qu’elle fait, elle.

– Tu iras où, toi, à la rentrée ? lui demandé-je, du coup.

– En BTS d’esthétique cosmétique.

Je ne sais pas pourquoi, mais ça ne me surprend pas. Mademoiselle est accro à


la beauté, ça me semble normal qu’elle en fasse son métier. Je ne me tartine pas
de maquillage comme elle, moi, je suis jolie au naturel.

Le temps file sans que je m’en rende compte tellement Jo est sympathique et
je ris beaucoup avec Caleb également. Sa copine, je l’ignore, c’est plus simple
comme ça.
Chapitre 6
Dès que Jo est parti, Caleb m’attire dans la cuisine pour m’interroger sur mes
sentiments à son égard.

– Il est gentil, en effet, lui dis-je.

Je jette un coup d’œil à Tiffany, seule sur la terrasse. Elle ne décolle jamais,
elle !

– Tu veux le revoir ?

Bon, visiblement, il n’a pas compris mon allusion, tout à l’heure. Ou alors, il
n’imagine pas une seule seconde qu’il puisse me plaire. C’est vrai que c’est
carrément impur d’avoir ce genre de pensées. Mais je ne les contrôle pas.

Je hausse les épaules en guise de réponse.

– Mais encore ? insiste-t-il.

– Ben…

Là, je ne sais pas quoi lui répondre. Je ne veux pas non plus le vexer. Il
m’offre l’hospitalité, s’occupe de moi, je ne peux pas être malpolie en retour.

– Oui, pourquoi pas.

Son visage s’illumine ; il semble ravi de la tournure des événements. Moi


moins.

– Chéri, tu fais quoi ?

Tiffany semble impatiente.

– J’arrive ! On va y aller, ma puce.

Ah bon ? Ils s’en vont ? Il ne m’avait pas prévenue qu’il ressortait.

Tout compte fait, cela m’arrange, je vais profiter de ma solitude pour


commencer le livre que je suis allée acheter toute seule.

– Je sors, me dit Caleb.

– OK.

Et il s’en va avec sa petite amie accrochée fièrement à son bras.

Je me prépare une omelette aux champignons et la mange rapidement, avant


de m’installer dans le canapé pour lire. Je nous revois, Caleb et moi, endormis à
ce même endroit, la nuit dernière. J’esquisse un sourire.

Lorsque mes yeux se ferment malgré moi, je décide d’aller me coucher, même
si l’histoire que je lis est captivante. Je bâille à m’en décrocher la mâchoire et
vais dans ma chambre où je me laisse tomber sur le lit. Je n’ai même pas la force
de me changer et me glisser sous la couette. Je crois que je m’endors
instantanément.

***

Je suis réveillée à cause de la sonnerie stridente de mon téléphone. Puisque ma


mère a arrêté de m’assaillir d’appels, j’ai remis le son. Visiblement, c’était une
belle erreur.

J’attrape l’objet si bruyant et regarde qui m’appelle : Louise !

Je décroche de ma voix ensommeillée.

– Allô ?

– Clém, ne me dis pas que je te réveille ? Il est midi !

Midi déjà ? Elle sait que je ne suis pas du genre à faire la grasse matinée,
mais, pour ma défense, j’ai lu longtemps, hier soir.

– J’avais besoin de sommeil, éludé-je.


– Comment ça se passe ? Tu ne me dis plus rien !

Je me frotte les yeux et me redresse pour m’adosser contre la tête de lit. Je


constate qu’une couverture est posée sur moi. Pourtant, je n’ai pas le souvenir
d’en avoir pris une, hier soir.

– Mon père a repoussé son retour, je reste encore un moment.

– Et avec Caleb ?

Clairement, il n’y a que ça qui l’intéresse ?

– On s’entend bien.

– Il est toujours craquant ?

Je soupire d’extase.

– Oui !!

Je lui raconte le déroulement des derniers jours, ainsi que ma rencontre avec
Jonathan.

– Il t’a présenté un ami ? C’est pas bon, ça !

Je fronce les sourcils. Je ne comprends pas ce qu’elle entend par là. Je trouve
l’attention plutôt sympa, même si je ne compte pas sortir avec lui.

– Pourquoi ? Jo est sympa.

– Juste sympa ?

– Oui. Il ne m’attire pas.

– Mais Caleb, si. Et en te présentant un pote, ça signifie qu’il n’a pas


l’intention de te garder pour lui.

Vu comme ça… De toute façon, il ne peut rien y avoir entre nous.

Nous discutons encore un moment. Mon amie est vraiment navrée pour le lien
sanguin qui m’unit à Caleb. Étant donné qu’on n’y peut rien, autant s’y faire. Je
prends de ses nouvelles – elle en est toujours au même point avec Andy –, avant
de couper la communication.

Je me dirige dans la salle de bains et me prépare pour la journée. Je décide de


mettre le short en jean que j’avais emporté – je n’ai plus que ça, de toute façon –
et un dos nu rose.

Ensuite, je me rends à la cuisine et prépare mon petit-déjeuner. Caleb n’est pas


levé ou n’a pas dormi ici. Je vais m’installer sur la terrasse avec mon livre ; mon
quotidien.

Le jeune homme me rejoint sur les coups de quinze heures. Il porte encore ses
vêtements de la veille, j’en déduis qu’il a passé la nuit avec sa copine.

– Encore à lire ! lance-t-il en guise de salutations.

– Je m’occupe.

Il s’assoit sur la chaise longue à côté de la mienne.

– J’ai une occupation peu intéressante à te proposer.

Je fronce les sourcils.

– Du genre ?

Il me montre son portable sur une application de magasin.

– Courses en ligne.

– OK, lui dis-je.

Je pose mon livre, tandis qu’il me désigne la place à côté de lui, sur la chaise
longue. Je me rapproche donc et nous passons commande de la nourriture qu’il
nous faudra pour les prochains jours. Je trouve ça très gentil qu’il m’intègre à
l’activité et me demande ce qui me ferait plaisir.

– Mon oncle ira les récupérer d’ici une heure.


– Tu as un oncle ?

Mon père aurait-il un frère ?

– Le frère de ma mère, me répond-il.

Déception. Maman m’a toujours dit que papa était fils unique, mais, un court
instant, j’avais espéré que peut-être…

– Caleb, je peux te demander un service ?

Il semble intrigué.

– Tu veux que j’invite Jo ?

J’éclate de rire.

– Non, je voudrais pouvoir laver mon linge. Je n’ai plus rien à me mettre.

Il pose sa main sur ma cuisse pour se lever.

– Suis-moi.

Il me conduit dans le couloir du rez-de-chaussée, la dernière porte au fond à


gauche : la buanderie. Il me désigne l’étagère où sa mère range la lessive,
l’assouplissant, les lingettes absorbant les couleurs qui déteignent et tout ce dont
je pourrais avoir besoin. La pièce est spacieuse et lumineuse, contrairement au
cagibi, chez ma mère, sombre et trop étroit.

Il me montre le programme à choisir et me laisse me débrouiller. Je vais dans


ma chambre pour prendre mon linge sale et reviens dans la buanderie. J’enfonce
mes vêtements dans le tambour avant d’appuyer sur le bouton Marche. Il y a un
sèche-linge à côté, je n’aurai plus qu’à y transférer le tout, une fois le cycle
terminé. Voilà une bonne chose de faite !

Je retrouve Caleb à la cuisine.

– Tu as des nouvelles de tes parents ?

– Non. Ma mère me dira quand ils rentreront.


– Tu comptes dire quoi à ton oncle à mon sujet ?

– Que je trompe Tiffany, lâche-t-il en haussant les sourcils.

Je lève les yeux au ciel.

– Mais non, je lui dirai que t’es une amie.

J’approuve d’un hochement de tête.

– On va dans la piscine ? lui proposé-je.

– T’espères encore pouvoir me foutre à l’eau ? rit-il.

– On ne sait jamais !

Je cours jusqu’à la piscine, Caleb sur les talons. On dirait deux gosses en train
de s’amuser. Je m’éloigne le plus possible du bord pour ne pas finir à l’eau
d’entrée de jeu et mon demi-frère se précipite sur moi. Il essaie de m’attraper,
mais je me débats.

– Tu triches ! l’accusé-je aussitôt, alors qu’il parvient à me prendre dans ses


bras.

Il me soulève avec facilité et court jusqu’à sauter à l’eau, tandis que je


m’agrippe à son cou pour ne pas tomber. Notre plongeon est magistral. Il me
lâche une fois que nous sommes dans la piscine et j’enlève mes cheveux trempés
de mon visage. Il reste planté devant moi, riant.

– Je ne triche pas, je ruse !

– Comme si tu en avais besoin ! Moi, je suis bien incapable de te soulever.

– Chacun ses atouts, très chère !

Il retire son tee-shirt collant qu’il envoie sur le bord de la piscine, puis fait de
même avec son jean et ses chaussettes. Il a eu le temps de retirer ses chaussures
avant de m’attraper, tandis que je vois mes tongs flotter à la surface.

Caleb fait quelques brasses, alors que je réalise que mes derniers vêtements
propres sont désormais trempés. Il revient vers moi et nous chahutons dans l’eau.
C’est la sonnerie de la porte d’entrée qui nous ramène à la réalité.

Caleb sort de l’eau en caleçon, il est vraiment trop sexy ! Il attrape une
serviette dans l’un des placards sur le côté. Quand je pense que je n’ai jamais
pensé à regarder à l’intérieur. Si je l’avais fait, ça m’aurait évité de me retrouver
nue devant lui... et sa copine.

– Les serviettes sont ici, sauf si tu préfères le naturisme ! Auquel cas, ça me va


aussi.

J’ai envie de lui lancer une pique bien sentie, mais il a déjà quitté la pièce.

Je sors de l’eau, imaginant que c’est son oncle qui apporte les courses. Je me
débarrasse de mes vêtements humides et m’enroule dans une serviette de bain
moelleuse, mes sous-vêtements toujours sur moi.

Je me rends dans la cuisine où Caleb pose deux sachets de courses, la serviette


nouée à sa taille.

– Tu veux un coup de main ?

– Tu peux vider les sacs, si tu veux bien. Je vais chercher la suite.

J’acquiesce et m’attelle à la tâche, quand un homme d’une trentaine d’années


entre dans la pièce.

– Oh ! Bonjour !

Il semble surpris de me voir, surtout dans cette tenue.

– Bonjour, lui dis-je timidement.

Caleb revient avec d’autres provisions.

– Oncle Steph, je te présente Clémence, une amie. Clém, c’est mon oncle.

– J’arrive au mauvais moment ?

– Oh, non. On était dans la piscine, répond mon hôte, l’air de rien.
– J’ai plutôt l’impression que vous sortez de la douche.

Ce qui sous-entend que nous aurions fait l’amour juste avant. J’ai soudain très
chaud.

– Aucun risque, on n’est pas ensemble, affirme Caleb. Je suis avec Tiff et, tu
me connais, je suis réglo.

Son oncle hoche la tête, comme si, soudainement, il trouvait l’idée de Caleb et
moi dans un lit complètement ridicule. Les deux garçons repartent chercher les
derniers sacs de courses. Je vide alors ceux qui sont déjà dans la cuisine.

Les dernières provisions déposées, Caleb propose une boisson fraîche à son
oncle, qui s’installe sur un tabouret. Après lui avoir servi une bière, il discute
avec lui, tout en m’aidant à ranger les aliments. J’apprends donc que le jeune
frère de la compagne de mon père est pilote de course. Il est actuellement blessé
au bras et ne peut plus courir, ce qui ne l’empêche visiblement pas de conduire
en ville.

Une fois la corvée terminée, je vais dans la buanderie pour mettre mon linge à
sécher. J’aimerais me débarrasser de cette serviette, mais je ne peux pas me
promener en lingerie devant l’oncle Steph.

Quand je reviens dans la cuisine, je constate que mon demi-frère a passé un


bermuda.

– Tu n’aurais pas un long tee-shirt à me prêter ? Mes vêtements sont trempés


et le…

– Si, bien sûr, me coupe-t-il.

Sans doute pour que je n’en dise pas trop devant son oncle. Je le suis jusqu’à
sa chambre et reste sur le seuil.

– Tu peux t’approcher, je ne mords pas.

J’esquisse un sourire et le rejoins à l’intérieur. La pièce est bien rangée et


joliment décorée. Elle est dans les tons dégradés de gris. Il y a un grand lit au
milieu, un bureau sur sa gauche, un meuble télé en face et l’armoire à côté.
Caleb n’a décidément aucun défaut. Peut-être un vice caché ? Ce n’est pas
possible d’être un mec aussi beau et irréprochable.

Il déplie plusieurs tee-shirts qu’il pose sur son lit.

– Choisis, me dit-il.

J’opte pour un débardeur à l’effigie de la NBA, celui qui me semble le plus


long pour faire office de robe. Je laisse tomber la serviette et me retrouve en
sous-vêtements devant lui, sans pudeur. Bon, il m’a déjà vue ainsi, même nue,
alors je n’ai plus rien à lui cacher.

– Tu devrais tout enlever, me suggère-t-il quand je m’apprête à enfiler son


haut.

– Très drôle ! Et me retrouver à poil dessous, avec ton oncle ici ? T’en as
d’autres comme ça ?

Caleb rigole à ma remarque.

J’enfile le débardeur. Et là, je sens les mains du jeune homme sur ma nuque. Il
attrape mes cheveux pour les mettre en place et s’abaisse pour susurrer à mon
oreille.

– Parce qu’avec moi, cela ne te dérangerait pas ? Hum… c’est bon à savoir.

Je me liquéfie sur place. Je ne suis pas la seule à être ambiguë, je m’en rends
compte à cet instant. Je pivote pour lui faire face, mais il n’est déjà plus dans la
pièce.

Je me mets une claque mentale pour recouvrer mes esprits. Une fois que je
m’en sens capable, je rejoins les hommes sur la terrasse. L’oncle de Caleb fume
une cigarette.

– Je viens juste récupérer mon livre, dis-je en le désignant sur la chaise


longue, ne voulant pas les déranger.

Caleb m’attrape par la taille, quand je passe à proximité, et m’attire contre lui.

– Mon oncle vient de me faire un sermon sur l’infidélité.


Je suppose qu’il croit encore que nous avons une liaison. Comme il se
trompe ! Et pourtant… j’aimerais tant qu’il ait vu juste.

– Caleb et moi, on n’est pas amants, lui affirmé-je.

– Tu vas aussi me dire que Tiffany est une amie et que tu ne lui ferais jamais
ça ? me demande oncle Steph.

– Euh… non, pas vraiment. J’ai eu la chance de croiser Tiffany, mais on n’est
pas amies. En fait, cette fille m’insupporte.

Je ressens une douleur dans ma fesse droite, mon charmant hôte vient de me
pincer. Je réalise que j’ai dit ça à haute voix, devant lui. Mon Dieu !

– Aïe, râlé-je en m’éloignant de lui. Ta copine n’est pas agréable avec moi, je
ne vais pas, en plus, devoir l’aimer !

– Je ne savais pas, me dit-il, l’air sincère. Elle ne m’a jamais dit de mal de toi.

Évidemment ! Quel intérêt ? Elle préfère agir en douce.

– Vous êtes donc vraiment amis ?

L’oncle Steph semble surpris.

– Ouais, affirme Caleb sans me lâcher du regard.

Me défie-t-il de rétablir la vérité sur notre lien familial ou de prétendre le


contraire parce qu’il me plaît ? Quoi qu’il en soit, je garde le silence.

Je décide de récupérer mon livre et de m’éclipser dans ma chambre. Ma robe


improvisée me donne vraiment une allure négligée, mais je n’ai rien d’autre à me
mettre pour le moment. Et puis, le vêtement me renvoie l’odeur de Caleb, c’est
divin.

Je joue sur mon téléphone pour passer le temps.

Quand j’entends la porte d’entrée, je suppose que l’oncle Steph est parti.
Aussitôt après, on frappe à ma porte et Caleb entre avant même que je ne l’y
autorise.
– Et si j’avais été nue ? l’interrogé-je.

– Déjà vu. Tu n’as plus rien à me cacher !

Il s’installe sur le lit, à côté de moi, s’adossant contre la tête du lit.

– Raconte-moi.

Je fronce les sourcils en posant mon téléphone sur la table de chevet.

– De quoi tu parles ?

– De Tiff. Je veux savoir ce qu’elle t’a dit.

Je ne vais pas lui rapporter chacune de ses paroles, je ne m’en souviens plus,
d’ailleurs. Je préfère lui dire clairement qu’elle me craint, me soupçonnant de
vouloir lui prendre son copain.

– C’est ridicule ! rigole-t-il.

Visiblement, la situation l’amuse.

– Eh bien, dis-lui. Parce qu’elle n’a pas l’air au courant.

– Comme si tu pouvais avoir envie de moi !

– C’est vrai que c’est totalement absurde !

Il rit de plus belle.

– Pourquoi ? Tu ne me trouves pas beau garçon ?

Il est sérieux, là ? Mieux vaut rester prudente. Je ne franchirai pas la barrière


de l’inceste. Rien que le mot me donne des haut-le-cœur. Certes, je fantasme sur
lui, mais de là à ce que ça devienne réalité, il y a un pas que je ne sauterai
jamais.

– Pas spécialement.

– Là, tu m’offusques, Clém. Moi, je te trouve canon.


– Tu sais bien qu’entre frère et sœur on doit se trouver moche.

– Mais ce n’est pas le cas, pas vrai ?

– OK, j’avoue. Tu es hyper sexy. Tu donnerais des sueurs à une mémé.

– Oh… je n’en espérais pas tant.

J’éclate de rire et lui aussi.

– Ce qui m’intéresse, douce Clém, c’est de savoir si je t’en donne, à toi.

Terrain glissant. Et je suis certaine de ne pas rêver, donc on va se calmer illico.

– Hum… eh bien… Je ne suis pas une mémé.

Je ris de plus belle et quitte ce lit trop tentant.

– T’es maligne, je te l’accorde.

– Trop adorable !

– Je dirai à Tiff de te foutre la paix, m’assure-t-il en se levant à son tour.

– Surtout pas ! Elle va croire que je me suis plainte à toi.

– C’est un peu ça, non ?

Il hausse un sourcil, diablement séduisant.

J’attrape un coussin et lui balance dessus. Il l’évite sans mal.

– Tu veux jouer à ça ?

Je n’ai pas eu le temps de réagir qu’il est déjà sur moi, le coussin en main, et
se met à me frapper. Je me dirige vers mon lit pour l’éviter et m’apprête à passer
de l’autre côté, à quatre pattes, quand Caleb m’attrape par les pieds pour mettre
fin à ma progression. Il me retourne et m’assomme à coups de coussin. Je tente
de me couvrir le visage tout en riant.
Quand je parviens à le désarmer, j’envoie l’objet du délit le plus loin possible
de lui. C’est là que je me rends compte de notre position assez inconvenante. Je
suis allongée sur le lit, les jambes écartées, Caleb entre elles, presque allongé sur
moi. Son regard se plante dans le mien. On dirait que lui aussi vient de réaliser
notre situation.

J’ai terriblement chaud, mon cœur rate un battement. Il semble s’amuser de la


situation, en se pressant davantage contre moi. Je ne vais plus répondre de rien
dans quelques secondes.

– Tu n’es pas une mémé, pourtant, je te trouble.

– La réciproque est vraie, répliqué-je en sentant une raideur contre mon pubis.

Il ne quitte pas mes yeux ; j’ai l’impression qu’il lit au plus profond de moi. À
moins qu’il ne se batte avec ses démons qui lui soufflent de me prendre ici et
maintenant. Le mien apprécierait assez l’idée.

– Il faut dire que tu es bandante.

J’écarquille les yeux. Il a bien dit ce que j’ai entendu ? Je remarque que son
débardeur me servant de robe est remonté sur mon ventre. C’est en petite culotte
que je me trouve sous lui. La position pourrait être très érotique, si la situation
n’était pas interdite.

– Mais on ne peut pas, soufflé-je.

Je me mettrais des baffes quand je réalise que j’ai parlé à haute voix. Mais
Caleb semble vraiment sur la même longueur que moi, dans cette situation
d’ambiguïté absolue, se battant contre lui-même pour garder le contrôle.

– Je sais.

Ces mots sonnent plus comme une déception.

Il se redresse et s’éloigne de moi. J’ai froid, soudain. Si froid, maintenant


seule dans ma chambre.
Chapitre 7
Est-ce que les choses vont changer entre Caleb et moi, maintenant ? J’ai bien
peur que ce soit indéniable, même si j’aimerais que non.

Je n’ai pas quitté la chambre depuis qu’il est parti. Toutefois, il va bien falloir
que je bouge. Mon linge doit être sec, je compte le récupérer et me changer.

J’attrape mon sac de voyage pour me rendre à la buanderie et, là, je sors toutes
mes fringues sèches et encore chaudes de l’appareil pour les mettre dans ma
valise.

Dans le couloir, je croise mon demi-frère, qui semble surpris.

– Tu pars ?

J’écarquille les yeux, ne comprenant pas tout de suite que me voir avec mon
sac peut lui donner une fausse impression de départ.

– Écoute, je suis désolé d’avoir dépassé les bornes. C’est juste que… j’ai du
mal à contrôler mon corps en ta présence. Je ne veux pas que tu t’en ailles parce
que je suis un pervers. Ce n’est pas moi, ça. Je garderai mes distances avec toi
dorénavant. Je te présente mes excuses.

Il semble vraiment désolé, ennuyé, et se sent responsable de tout ce qui se


passe, alors qu’il n’est pas responsable.

Je laisse tomber mon sac et me précipite dans ses bras. J’ai été touchée par ses
mots. Et, même si notre attirance est réciproque, elle est malsaine, alors on va
fermer cette porte et se comporter en frère et sœur.

– Je te demande de m’excuser aussi, parce que tout n’est pas entièrement ta


faute.

Il plante son regard dans le mien.

– C’est sûr que, si tu n’étais pas aussi sexy, je ne serais pas dans cet état.
Techniquement, c’est ta faute !
Il a retrouvé son humour, je suis contente. J’espère que notre complicité n’en
pâtira pas.

– Tu veux bien rester ?

– Je n’avais pas l’intention de partir. J’ai seulement récupéré mes affaires dans
le sèche-linge.

– OK, je passe pour un con, là. Tu t’en rends compte ?

Je quitte ses bras en haussant les épaules.

– On n’a qu’à se faire pardonner mutuellement, en faisant le dîner ensemble.

– Vendu. Rendez-vous dans la cuisine.

Je rapporte le sac dans ma chambre et troque le débardeur de Caleb contre une


robe ample. Je laisse dans la salle de bains mes sous-vêtements quasiment secs,
maintenant.

Je retrouve donc mon nouvel ami dans la cuisine.

– On se fait quoi ?

– Tu as déjà mangé chinois ? me demande-t-il.

– Non.

– Tu veux goûter ?

– J’en sais rien. C’est bon ?

– Un délice. Fais-moi confiance. Je vais nous commander un repas succulent.

– OK, acquiescé-je, pas très sûre de moi.

Une chose est sûre : je ne suis pas fan de poisson ; alors j’espère qu’il n’en
prendra pas.

Caleb passe la commande par téléphone, avant de me prendre la main pour me


conduire sur la terrasse. Je suis contente de constater que notre relation n’a en
rien changé, il est toujours très tactile et naturel avec moi.

– On a une demi-heure, je voudrais qu’on discute sérieusement et, après, on


passera à autre chose.

J’ai déjà peur de ce dont il veut me parler.

Nous prenons place sur une chaise longue, l’un face à l’autre.

– Je t’écoute, dis-je en triturant le bas de ma robe.

– Je t’apprécie beaucoup et je ne veux pas que mes derniers agissements


brisent notre relation.

– C’est bon, je t’assure. Je ne le veux pas non plus.

– Ce qui m’inquiète, c’est qu’on ne devrait pas être si proches. On ne devrait


pas éprouver de désir l’un pour l’autre.

J’ai envie de disparaître. Pourquoi veut-il que nous ayons cette conversation ?

– Écoute, Caleb, t’es beau gosse et on ne se connaît pas vraiment. Alors,


forcément qu’il y a quelque chose, mais c’est juste parce qu’on n’a pas été
élevés ensemble. On a du mal à trouver nos limites. Ça viendra avec le temps.

Il pose son doigt sous mon menton pour m’obliger à le regarder.

– Et si on n’y parvient pas ?

Notre discussion est interrompue par son téléphone qui sonne, et je dois dire
que cela tombe à point nommé. Je file pour le laisser répondre plus
tranquillement.

J’en profite pour appeler Louise. J’ai besoin de ses conseils, parce que, là, je
suis perdue. Je ne lui épargne rien et elle pousse des cris bizarres à l’autre bout
du fil, avant de brailler :

– Je le savais ! Tu lui plais !


Là n’est pas la question ! Elle n’écoute vraiment pas ce que je lui dis.

– Louise ! Bon sang ! C’est mon demi-frère !

– Oh, mais alors, faites un test ADN pour en avoir le cœur net !

Je repousse sa remarque d’un geste de la main. Elle ne m’est pas d’une très
grande aide. Mon amie adore les romances impossibles, et là, pour le coup, elle
est impossible ! Elle se régale encore plus que devant un bon livre.

La porte de ma chambre s’ouvre brutalement. Je suis surprise que Caleb se


permette d’entrer sans s’annoncer, mais après tout, pourquoi pas ?

– Le repas est servi. Tu viens ?

Je hoche la tête et salue Louise avant de raccrocher.

Je retrouve le jeune homme sur la terrasse où il a dressé la table. Les plats


semblent appétissants et je suis ses conseils pour la dégustation. Je me régale.

Nous finissons avec un biscuit qu’il faut briser pour lire ce qui se trouve à
l’intérieur. Je déplie mon papier et lis :

« Il ne faut jamais baisser les bras. »

Si seulement je le pouvais !

Caleb pousse son papier dans ma direction en prenant le mien pour le lire. Je
jette un œil au sien :

« Gardez espoir. »

On sourit en mangeant notre biscuit.

– Alors, verdict ?

– C’était très bon.

– Il existe plusieurs cuisines que je pourrais te faire goûter, si tu veux.

– Ce serait super.
J’ignore si nous en aurons le temps. Mon père devrait bientôt rentrer et, moi,
je partirai ensuite.

***

Ma première journée pluvieuse depuis que je suis arrivée, il y a plus d’une


semaine. Nous sommes mercredi et j’attends toujours de savoir si mon père sera
bientôt de retour. Caleb n’a pas encore de nouvelles de ses parents.

– Tu fais quoi, quand il pleut ? l’interrogé-je.

– La même chose que quand il fait beau, me répond-il, la casquette et la


capuche de ma veste sur ma tête en plus.

– Concrètement, tu t’occupes comment ?

– Je vais chez Tiff, je vois des potes, je me balade.

– Pas de console ?

Personnellement, j’en ai une chez moi, et j’y joue en ligne avec mes amis
quand le temps n’est pas au beau fixe, comme aujourd’hui.

– J’y jouais pas mal, avant, mais ma nana n’aime pas, alors j’ai arrêté.

– Sauf qu’elle n’est pas là. Tu as quoi comme jeux ?

Il esquisse un sourire malicieux, avant de me dire de le suivre. Nous allons


dans sa chambre, où il allume les appareils, avant de me donner deux piles de
jeux.

– Ah, quand même ! m’exclamé-je en m’asseyant sur son lit, à côté de lui.

Il a une PS4, comme moi. Et je connais un bon nombre des jeux qu’il possède.

– On se fait une course ? lui proposé-je en lui tendant un jeu de voitures.


Il le met dans la console et me tend une manette.

Je roule très bien. Lui aussi.

Il gagne souvent, mais je le talonne à chaque fois. Nous nous amusons


beaucoup, rions souvent. On passe un agréable après-midi, du moins jusqu’à ce
que Tiffany appelle son copain. Il fixe l’écran de son téléphone sans répondre.

Puis il refuse l’appel.

– Je peux te laisser, si tu veux lui parler.

– Non. Je la rappellerai plus tard.

Nous reprenons notre partie, d’abord crispés, puis la bonne humeur ne tarde
pas à revenir. Nous essayons plusieurs jeux, nous dépassons même l’heure du
dîner, tellement nous prenons plaisir à ce que nous faisons.

– Déjà vingt heures ! me fait-il remarquer.

– Le temps passe vite.

Il remballe les jeux et la console, mettant fin à cet après-midi agréable.

– Tu veux sortir, ce soir ? me propose-t-il.

– Pour dîner ?

– Pas spécialement. On peut manger ici et je t’emmène danser après. Tu aimes


danser ?

Si danser signifie être dans ses bras toute la soirée, je ne suis pas certaine que
l’idée soit bonne. Néanmoins, elle est terriblement tentante.

– Oui.

– Ça se fait, entre frère et sœur, non ?

– Danser, oui.
– Alors, on le fait !

Caleb prépare le dîner, je le regarde faire. Il fait mijoter des morceaux de


poulet avec des champignons et du riz blanc pour une recette dont lui seul a le
secret. En tout cas, le résultat est délicieux.

Tiffany nous dérange encore une fois, au moment où nous débarrassons. Cette
fois-ci, il lui répond.

– Ouais, ma puce.

Je tarde à nettoyer le plan de cuisine pour avoir la possibilité de l’écouter.

– Non, pas ce soir. Je suis KO. On se verra demain.

Je rêve ou il est en train de lui mentir ? N’a-t-il donc pas peur de tomber sur
elle, en boîte de nuit ? À moins que ce ne soit pas son truc. N’empêche qu’il lui
raconte des salades pour passer la soirée seul avec moi. Ambiguïté quand tu nous
tiens !

– Arrête de dire des conneries, t’es ridicule ! Salut.

Et il raccroche.

Cette fois, je ne me retiens pas, je l’interroge.

– Des soucis avec ta copine ?

– Elle m’accuse de vouloir baiser avec toi.

J’ouvre de grands yeux ronds. Cette fille est folle.

– Elle n’a pas compris que je suis la seule fille avec qui il ne se passera jamais
rien ?

Il me lance un regard triste. Je me demande si c’est l’accusation de sa copine


qui le mine ou notre situation.

– Tu vas te changer ? On part dans une heure, c’est bon ?


– Je serai prête, affirmé-je.

Je me dépêche de regagner ma chambre et je prends une douche. Choisir ma


tenue est compliqué. Je ne veux pas être trop provocante, il y aura quand même
pas mal de mecs, mais je veux être sexy.

Je finis par choisir ma jupe noire ample, que j’assortis avec un top à paillettes
de la même couleur. Je coiffe mes longs cheveux bruns en une queue de cheval
haute et me maquille discrètement le visage, mettant l’accent sur mes yeux. Pour
finir, je mets des bijoux : plusieurs bracelets au bras gauche, des boucles
d’oreilles pendantes, un collier et des bagues.

Lorsque je suis enfin satisfaite du résultat, je pars en quête de mes sandales


noires à talons. Je me trouve très jolie.

J’ouvre la porte pour héler Caleb qui ne tarde pas à me rejoindre.

– Ouah ! Tu veux me tuer, c’est ça ?

Je ne me retiens pas de rire.

– Tu crois que je dois mettre une veste ?

– Il a flotté toute la journée, alors, tu en penses quoi ?

– Ouais.

Je regarde dans les fringues que j’ai emportées, mais ne trouve rien qui fasse
l’affaire. Je n’ai que deux vestes et aucune à capuche. Tant pis. J’opte pour celle
en cuir, celle qui va le mieux avec ma tenue.

– Aucun faux pas, m’affirme mon cavalier pour la soirée.

– T’es pas mal non plus.

Il porte un jean très près du corps, un débardeur noir et une veste en cuir qui
transpire la sensualité. Une casquette sombre parfait sa tenue.

Nous décidons de partir. Sur le trottoir, je me rends compte qu’il fait un peu
plus frais que je ne le pensais. J’aurais peut-être dû opter pour un pantalon, mais
j’avoue que ça ne m’a même pas effleuré l’esprit.

Nous nous engouffrons rapidement dans l’entrée de métro. Je suis observée de


haut en bas par les mecs qu’on croise, ce qui me dérange. Je ne semble pas être
la seule indisposée par ce comportement. Caleb prend ma main et m’attire près
de lui.

– Au diable les convenances ! Je préfère qu’ils croient que tu es ma copine.

Jaloux ?

Nous prenons plusieurs lignes avant d’arriver à destination. Il est presque


minuit, le temps file rapidement.

J’ai peur de ne pas pouvoir entrer là où il m’emmène ; je ne suis pas majeure.


Mais l’agent de sécurité ne nous demande pas nos cartes d’identité. Caleb paye
nos entrées et, rapidement, j’ai trop chaud.

Le changement de température est impressionnant. Nous prenons une table


dans un coin isolé, côte à côte sur un canapé, puis mon cavalier fait signe à une
serveuse et passe notre commande.

– Deux smoothies banane, kiwi, coco, s’il vous plaît ! Tu verras, c’est
délicieux, me glisse-t-il à l’oreille quand la serveuse est partie.

Elle ne tarde pas à revenir avec nos boissons et encaisse tout de suite.

– Y’a de l’alcool ? lui demandé-je.

– Nan.

– Tu n’en bois jamais ?

– Ça ne sert à rien, si ce n’est se détruire la santé.

Il n’a pas tort.

Je trempe mes lèvres dans la boisson et en avale une gorgée. Elle est
délicieuse.
– Bon choix, approuvé-je en souriant.

– Bois, on ira danser après. On ne laisse jamais les verres sans surveillance.

Ça, je le sais !

Je sirote donc rapidement mon délicieux cocktail, Caleb en fait autant. Puis
nous allons danser, laissant nos vestes sur le canapé. Les musiques entraînantes
passent les unes après les autres, je m’éclate et lui aussi.

Je constate qu’il aime se détendre sur des sons tout aussi éclectiques que les
livres que je lis. Nous prenons beaucoup de plaisir et nous nous amusons
énormément. Aucun de nous n’a de gestes déplacés, du moins, je ne crois pas
qu’on puisse le dire. Nous ne dansons pas collés l’un contre l’autre, bien que son
corps m’attire. Nous gardons une distance de sécurité. Du moins, tant qu’il y a
des musiques qui bougent.

Lorsque les slows démarrent, je m’apprête à regagner notre place, mais Caleb
me retient et m’attire dans ses bras.

– Une danse, souffle-t-il à mon oreille.

J’accepte et passe mes mains autour de son cou. Au plus proche de lui, je
respire son parfum. J’apprécie notre rapprochement. Même s’il ne se passe rien
de plus que ses mains qui glissent le long de mon dos.

Nous retournons à table et reprenons un cocktail. Nous discutons de ce que je


compte raconter à notre père lorsqu’il reviendra de son voyage d’affaires.

En fait, je ne sais pas exactement quoi lui dire, parce que je n’y ai pas réfléchi.
Tout ce que je voulais, c’était le voir, pouvoir avoir une relation père-fille avec
lui. Caleb m’interroge sur mon enfance, on n’en a jamais vraiment parlé non
plus. On a plutôt abordé le sujet de la sienne. Je lui raconte donc que mon père –
notre père – est parti alors que j’avais six ans, que je ne l’ai plus jamais revu
ensuite. Onze ans sans nouvelles. Onze ans pendant lesquels ma mère n’avait
aucune réponse à mes questions.

Il m’attire dans ses bras et dépose un baiser sur mon front en guise de
réconfort.
Il est presque deux heures quand nous décidons de rentrer. Le trajet en métro
m’épuise, je suis crevée et, en plus, j’ai super froid. Heureusement, il ne pleut
pas.

Quand on pénètre dans la maison, je tente de me réchauffer en me frictionnant


avec mes bras.

– T’as froid ?

– Non, si peu, le taquiné-je.

– Ah, on ne peut pas être une bombe en jupe et, en plus, avoir chaud, se
moque-t-il.

Je le frappe dans l’épaule alors qu’il s’esclaffe. Je me hâte de gagner ma


chambre et attrape la couverture posée sur le fauteuil à côté de la porte, pour me
réchauffer.

Caleb apparaît dans l’embrasure de la porte.

– Tu te sens mieux ?

Je lui tire la langue en me frictionnant les bras. Il s’approche de moi et


m’enlace pour me tenir chaud.

– La prochaine fois qu’on sortira, rappelle-moi de ne pas jouer la bombe, lui


dis-je en reprenant ses mots.

– Tu mettras un jean.

Je souris contre la peau douce de son cou. Nous restons ainsi un long moment,
avant qu’il ne me souffle à l’oreille.

– Tu dors ?

– Non, mais ça va venir.

– Tu devrais te changer.

– Et mettre un gros pyjama tout moche ? Je n’en ai pas, dis-je en m’écartant


de lui à regret.

Je lui laisse la couverture dans les mains et vais dans la salle de bains où
j’enlève mes bijoux, ma queue de cheval et mon maquillage. Quand je retourne
dans la chambre, je vois un pantalon de jogging et un pull posés sur le lit. Je
regarde Caleb pour qu’il s’explique.

– Ça te tiendra chaud.

Je suis touchée par l’attention et le remercie dans un sourire.

– Bonne nuit, me lance-t-il.

Je prononce les mêmes mots et me change dès que je suis seule. J’apprécie de
porter les vêtements de Caleb, même trop grands pour moi. C’est avec son
parfum que je m’endors, cette odeur qui m’enivre et me fait perdre davantage la
tête jour après jour.
Chapitre 8
Mauvaise nouvelle. Quand je prends mon petit-déjeuner, en début d’après-
midi, Caleb m’annonce que le retour de ses parents est prévu pour lundi. Nous
sommes jeudi et je n’en peux plus d’attendre. Certes, c’est très agréable de
passer du temps avec le fruit défendu, mais dangereux aussi. La tentation n’en
est que plus grande.

– Te fais pas de bile, tu peux rester.

– Tu crois vraiment qu’ils finiront par rentrer ?

Si moi je désespère de revoir mon père, lui, il éclate de rire.

– Rassure-toi, ils repoussent souvent leur retour, mais reviennent à chaque


fois.

– Tu crois que c’est parce qu’il sait que je suis là ?

Il hausse les épaules et quitte son tabouret pour me prendre dans ses bras. Ce
rapprochement me fait du bien.

– Je ne sais pas quoi te dire. Je peux juste te rassurer en te certifiant qu’ils ont
souvent des imprévus durant leurs voyages d’affaires.

J’espère qu’il a raison. Je ne supporterai pas de savoir que mon père ne veut
pas me voir.

Me voilà donc ici pour cinq jours de plus !

– Je dois partir, m’annonce-t-il. Ça va aller ?

J’avais presque oublié qu’il a dit à sa copine qu’il la verrait aujourd’hui.

– Oui, affirmé-je en souriant exagérément.

Il brise l’étreinte et s’en va. Une fois la porte d’entrée fermée, je m’effondre et
laisse couler mes larmes.
Mon père ne veut-il vraiment pas me voir ?

Je ne sais plus quoi penser. Je suis totalement désemparée.

Je me réfugie dans ma chambre et appelle Louise pour lui faire part de mes
doutes. Comme je le supposais, elle me parle de Caleb, veut savoir ce qui se
passe, ne m’écoute pas vraiment quand je lui dis que mon père n’est toujours pas
là. J’ai envie de hurler mon désespoir, mais je préfère me taire et je mets fin à la
communication après lui avoir raconté que nous sommes allés danser la veille.

Je m’étale sur le lit et fixe le plafond en me demandant ce que je fais ici. C’est
la première fois, depuis mes premiers jours à Paris, que je me pose à nouveau
cette question. Je ne vais pas pouvoir m’incruster indéfiniment, même si ça ne
semble pas déranger Caleb.

Les vêtements qu’il m’a prêtés, cette nuit, pour dormir, sont toujours sur mon
lit. Je les attrape et les serre contre moi pour respirer leur délicieuse odeur. Je
crois que je ne vais pas bien. Pour la première fois depuis que je suis arrivée, je
me sens terriblement mal, pas à ma place. Je n’ai rien à faire dans la maison de
mon père et de sa nouvelle famille, alors qu’il ne m’a pas accueillie.

Un appel me tire de mes sombres pensées. Je décroche, voyant que c’est


Caleb.

– Oui ? demandé-je prudemment.

– Avec mes potes, on parle d’aller à Disneyland samedi. Ça te dit ? Jo veut


que tu viennes.

Jo. Pas lui...

Je ne sais pas pourquoi je me fais cette réflexion, alors que je devrais trouver
l’attention adorable.

– Si Jo réclame ma présence, je ne peux pas refuser.

– C’est cool.

Et il raccroche.
Je me console en me disant que Tiffany était sans doute en train d’écouter le
moindre de ses mots. Néanmoins, je suis blessée par sa froideur. Ça ne lui
ressemble tellement pas. Mais dès qu’il y a une tierce personne, l’un de ses amis
ou sa copine, il change du tout au tout avec moi.

Je ne sais plus quoi penser de lui. Pourquoi est-ce que j’en suis arrivée à
respirer ses vêtements ? Pathétique. Je suis pathétique.

Je me lève et décide qu’il est temps de me reprendre en main.

Première chose : me débarrasser des fringues à l’odeur alléchante !

Je marche jusqu’à la chambre de Caleb et les dépose sur son lit. Quand je
veux m’en aller, la curiosité prend le dessus et je regarde dans ses affaires. Juste
un peu.

Son bureau est très bien rangé. Il y trône plusieurs livres de médecine, rien de
surprenant pour un futur chirurgien. Je tombe sur ses notes de cours et je
constate qu’il écrit vraiment bien pour un mec.

Indiscrète jusqu’au bout, je regarde dans le tiroir de sa table de chevet. Je


n’aurais peut-être pas dû. J’y trouve une boîte de capotes ordinaires et une autre
en version parfumée. Des magazines pornos, aussi. Finalement, il n’est pas aussi
parfait que je le pensais, il aime reluquer les filles à poil. Comme tous les mecs,
en somme.

Il y a également du gel anal. Je referme le tiroir en me disant que je n’aurais


vraiment pas dû jouer à l’indiscrète. Je n’ai pas le droit d’entrer dans son
intimité. Intimité avec Tiffany.

Je vois ensuite une boîte dépasser de sous son lit ; je m’interdis d’y toucher et
décide de sortir de cette pièce, mais mes pieds ne m’obéissent pas. Je
m’accroupis pour la ramasser et l’ouvre. Il y a des photos de lui et Tiffany. Elle
est souriante, rien à voir avec la peste que je connais. Je les regarde. Il y en a où
ils s’embrassent au cinéma, d’autres devant la tour Eiffel, dans les rues de Paris,
au restaurant, dans le métro. Tout y passe.

La suivante me met mal à l’aise, c’est elle nue. Pour lui, sans doute. Les autres
aussi. Jusqu’à ce que je tombe sur l’une d’eux, nus tous les deux, l’un à côté de
l’autre. Je ne peux m’empêcher de poser mes yeux sur le sexe fièrement
dressé de Caleb ; il est magnifique.

Une larme roule sur ma joue, me voilà jalouse. C’est n’importe quoi !

Je remets les photos en place, sans m’intéresser au reste du contenu de la boîte


et la pousse sous le lit. Je quitte la pièce à grande vitesse et vais me réfugier dans
ma chambre.

Qu’est-ce qui m’arrive ?

Après un long après-midi de remise en question et de lecture, je vais me


préparer à manger et grignote mon repas devant la télévision. Je me laisse tenter
par un film.

Je ne reste pas seule longtemps. Caleb rentre avant vingt-deux heures,


accompagné de Tiffany.

Bonheur et joie, me voilà comblée.

J’imagine que la blonde plantureuse va passer la nuit ici. Cette simple pensée
m’insupporte.

– Tu veux un truc ? me propose Caleb en se dirigeant vers la cuisine.

– Non, merci.

Le couple boit un verre à plusieurs mètres de moi. J’entends les gloussements


de Tiffany qui m’insupportent ; j’ai juste envie d’éteindre la télévision et d’aller
me coucher.

Heureusement, les amoureux ne s’attardent pas et vont dans la chambre de


Caleb. Je retrouve le calme pour suivre la fin du film.

Puis, je file dans ma chambre, espérant pouvoir dormir. Le manque de


sommeil de la nuit dernière se ressent. Je cherche ma nuisette dans le placard et
la lance sur mon lit pour partir à la recherche de mes grosses chaussettes en
bouclettes. J’en trouve une, mais pas l’autre. Je suppose que je l’ai oubliée dans
la buanderie. Pourvu que ce soit dans le sèche-linge et non dans la machine à
laver.
Je vais donc voir dans l’autre pièce et retrouve ma chaussette perdue
abandonnée dans le séchoir. Tant mieux. En repassant dans le couloir, je me
rends compte que la porte de la chambre de Caleb est entrouverte. J’entends
Tiffany rire, lui aussi. Il l’appelle « ma puce ».

L’indiscrète que je suis s’approche pour regarder ce qu’ils font. Finalement,


j’aurais mieux fait de m’abstenir. Tiffany est assise sur le bord du lit et Caleb se
tient debout devant elle, son pantalon baissé sur ses genoux, son sexe dressé
fièrement. Je ne peux détourner mes yeux de la vision que j’ai, captivée par cette
queue en érection.

Comme s’il avait senti ma présence, Caleb tourne la tête dans ma direction,
alors que Tiffany fait disparaître son membre dans sa bouche. Nos yeux
s’accrochent un instant, puis je m’arrache à ma contemplation et file m’enfermer
dans ma chambre.

Mon cœur bat la chamade, alors que je me laisse tomber sur mon lit.

Je suis dingue ou quoi ?

Je n’oserai plus jamais le regarder en face après ça.

D’abord, je m’auto-fustige, me traitant de tous les noms et surtout d’obsédée.


Puis la vision de ce sexe fort me revient à l’esprit et ne me quitte pas. Le plaisir
dans les yeux de Caleb, quand il a senti la bouche de sa copine se refermer sur
son membre. Je commence à avoir très chaud, rien qu’à ces souvenirs. Je le
désire. C’est vraiment n’importe quoi, mais je suis excitée. Comme jamais
auparavant. Par un mec qui n’est même pas le mien et qui est dans la pièce d’à
côté en train de prendre son plaisir avec une autre. Je l’entends gémir.

Je ferme les yeux et me concentre sur ses cris de plaisir. Mes mains caressent
mes seins, tandis que je vois distinctement la queue ferme de celui qui hante mes
rêves. Une de mes mains descend plus bas, jusqu’à glisser dans ma culotte. Je
suis trempée en pensant à lui. J’ai envie de lui, qu’il me prenne, qu’il me fasse ce
qu’il veut. Tout ce qu’il désire.

Mon doigt s’enfonce facilement en moi. Je me sens totalement déconnectée de


la réalité, visualisant son sexe comme s’il glissait en moi, comme s’il me
remplissait. Je me mords les lèvres pour retenir mes cris, tandis que je me donne
du plaisir en pensant à Caleb. J’ai la sensation qu’il me possède tout entière, je le
sens en moi, je le vois se mouvoir sur moi. Je ne tarde pas à atteindre la
jouissance en laissant échapper le prénom de Caleb.

Bon sang !

J’ai l’impression de recevoir une claque monumentale en ouvrant mes yeux.


Je suis pathétique, à fantasmer sur un mec qui ne m’appartient pas. Un mec qui
est avec une autre, à une autre. Un mec qui est mon demi-frère.

Je pète complètement les plombs. Je perds pied.

C’est du grand n’importe quoi.

Ce n’est pas moi, ça. Je ne suis pas une fille qui fait ce genre de chose, qui se
donne du plaisir. C’était la première fois. Et en pensant à mon demi-frère, en
plus !

Tout cela doit cesser.

Je me rends dans la salle de bains et je me lave les mains consciencieusement.


Je prends ma décision en une fraction de seconde. Pour mon bien-être et ma
santé mentale, je dois partir !

Tant pis si je n’ai pas pu voir mon père. Je le contacterai plus tard. Je ferai les
choses différemment.

Je mets toutes mes affaires dans ma valise, laisse la clé de la maison sur la
commode et je pars. Je dois mettre le plus de distance possible entre Caleb et
moi, avant de perdre complètement la tête.

J’essuie les larmes qui coulent sur mes joues en marchant aussi vite que je le
peux jusqu’au métro. J’ai fait ce chemin à l’aller, dans le sens inverse, j’y
parviendrai pour le retour.

La Gare de l’Est me tend les bras quelques minutes plus tard. Je cherche un
train en direction de Metz sur le tableau des départs. Je n’en trouve pas. Je me
dirige donc vers le guichet automatique pour prendre un billet, espérant ne pas
devoir attendre trop longtemps ici. Il est presque minuit et je déteste traîner
dehors la nuit.
7 h 40.

Pas de train avant 7 h 40. Je suis abasourdie.

Qu’est-ce que je vais faire, en attendant ?

Je prends tout de même mon billet. Je n’ai pas d’autres choix, puisque je ne
compte pas retourner chez Caleb. Ensuite, je regarde autour de moi, la gare est
presque déserte à cette heure tardive. Aucune personne ne m’inspire confiance.
Il faut que je trouve un hôtel pour y passer la nuit.

Je sors donc de la gare et me dirige vers le premier établissement que


j’aperçois. J’y retiens une chambre et vais m’y réfugier.

La pièce n’est pas très grande, elle est simple et fonctionnelle. La décoration
est absente. Un lit trône au milieu de la pièce, des planches sont accrochées au
mur, de chaque côté, en guise de tables de chevet. Il y a seulement un petit
placard pour ranger les vêtements, mais je ne m’en sers pas. Je pleure encore. Je
ne sais même pas pourquoi. Mes nerfs lâchent, c’est certain.

Rien ne s’est passé comme prévu, comme je l’aurais voulu en venant ici. Je
devais y trouver mon père. Au lieu de ça, je suis tombée sur un mec qui m’a fait
chavirer, un mec qui m’a perdue. Je ne suis plus moi-même depuis que je le
connais. J’ai la sensation de l’avoir dans la peau et je refuse de tomber dans les
bras d’un homme, quel qu’il soit. Surtout pas mon frère !

Bon sang ! Quand je pense que je me suis masturbée en pensant à lui, en


m’imaginant avec lui. C’est totalement… abject.

J’ai des difficultés à trouver le sommeil cette nuit. Je pleure beaucoup, sans
même en connaître la raison, sans doute une combinaison d’une multitude de
choses.

Mon réveil sonne à 6 h 15, j’ai mal à la tête, mal au ventre, je suis fatiguée.
Cependant, je quitte mon lit et vais prendre une douche qui, j’espère, sera
revitalisante. Je me prépare rapidement et enfile un jean et un sweat ; je n’ai pas
envie de plaire. Je veux juste me fondre dans la masse et disparaître. Rentrer
chez moi.

Je ne prends pas de petit-déjeuner, je n’ai pas faim, mon ventre souffre et


régurgitera la moindre chose que j’avalerai.

Je me rends à la gare, il est un peu plus de 7 h. Je réalise que j’ai encore du


temps. J’aurais pu en profiter pour dormir davantage. Le train n’est pas encore à
quai, je dois être maudite.

J’envoie un SMS à Louise pour lui annoncer mon retour, même si je sais
qu’elle dort probablement encore. J’arriverai à 9 h à Metz, et j’aurais aimé
passer un moment avec elle avant de rentrer chez moi. J’ai besoin de ma
meilleure amie.

Je patiente dans la gare, bien plus peuplée qu’à minuit. La plupart des gens se
pressent pour attraper leur train. Moi, j’ai encore largement le temps. Je vais
composter mon billet et monte sur le quai où il est annoncé. J’attends encore.

Une demi-heure plus tard, le TGV entre en gare. Les passagers en descendent
et je monte dans le wagon indiqué sur mon ticket, m’installe sur le siège au
numéro mentionné. Juste en face de ma valise.

Je joue sur mon téléphone, malgré mes yeux ensommeillés, quand je reçois
une réponse de Louise :

Tu as vu ton père ?

Non. Je t’expliquerai.

Tu arrives à quelle heure ?

9 h.
Je viens te récupérer. Biz.

Je souris. Bien contente de pouvoir compter sur elle, alors que je ne lui ai rien
demandé. Elle doit sentir que quelque chose cloche. Je lui envoie un smiley en
réponse et me cale contre la vitre en espérant dormir un peu.

J’y parviens quand le train a enfin quitté la gare, bercée par son rythme. Je me
réveille plusieurs fois, mais me rendors rapidement, et ce, jusqu’à 8 h 50. Je
m’interdis de replonger dans le sommeil ensuite. Je ne veux pas prendre le risque
de manquer ma destination. J’envoie un message à ma mère pour l’informer que
je rentre ce matin, sans lui donner d’indication sur l’horaire.

À un peu plus de neuf heures, je sors du train et retrouve Louise dans le hall
de gare. On se serre l’une contre l’autre, heureuses de nous retrouver.

Me voilà de retour à Metz, ma ville natale. Je préfère cette petite gare que je
connais à celle, trop grande, de Paris.

– Alors, la Parisienne ! Tu n’as pas bonne mine !

– J’ai passé une sale nuit.

Nous sortons de la gare et marchons en direction du café, en face. Il est


spacieux, les tables sont assez éloignées les unes des autres ; rien à voir avec les
cafés ou restaurants de la capitale où tout y est entassé. Nous nous installons et
commandons deux chocolats chauds ; je ne suis toutefois pas certaine de
parvenir à le boire.

– Allez, vide ton sac ! me dit-elle.

Je me lance et je lui parle de ce qui s’est passé avec Caleb. De l’ambiguïté


qu’il a reconnue, de son désir pour moi, réciproque au mien, de la détresse dans
sa voix en reconnaissant que rien n’est possible entre nous.

Je m’attarde sur mes découvertes dans sa chambre, lorsque j’ai joué les
indiscrètes, de ma conclusion quant au fait que le garçon est très porté sur le
sexe. J’enchaîne avec l’épisode qui a armé la bombe : Caleb nu dans sa chambre,
avec sa copine.
Louise ouvre la bouche en grand, abasourdie par ce que je lui raconte.
Pourtant, elle n’est pas au bout de ses peines.

– Il m’a vue. Et je n’ai pas bougé. Je l’ai regardé.

J’ai honte de moi quand j’y repense, quand je le formule à haute voix. Il m’a,
durant un temps, fait perdre la tête.

J’enchaîne avec mon enfermement dans ma chambre, ma première


masturbation en m’imaginant avec lui. Ma jouissance en prononçant son
prénom, celui de mon demi-frère…

Louise comprend mon malaise et elle ne peut rien dire pour me consoler. J’ai
fauté. Je suis responsable de ma propre déchéance.

– J’ai donc pris la décision de partir. Et me voilà.

– Comment tu te sens, maintenant ?

C’est la grande question !

Toujours aussi sale. Aussi pathétique. Néanmoins, ça ira mieux loin de la


tentation permanente, j’en suis consciente.

– Je vais aller mieux.

Louise me parle d’Andy, ensuite, pour me changer les idées. Elle me raconte
qu’ils sont allés au cinéma et boire un verre ensemble. Je constate que c’est bien
parti pour elle et je suis heureuse de son bonheur.

Ne pouvant rester indéfiniment dans ce café, ma meilleure amie et moi


décidons de partir. Je dois rentrer chez moi. Ma mère m’a envoyé plusieurs
textos et a essayé de m’appeler.

Je préfère ne pas y prêter attention, pour l’instant. J’aurai une discussion avec
elle dès que je serai rentrée. Elle est professeure de mathématiques dans un
collège, donc elle profite de ses vacances et doit m’attendre de pied ferme.

Nous marchons côte à côte, Louise et moi, ma valise traînant derrière moi. Je
pense encore à Caleb, la maison de mon père. Je suis partie tellement
précipitamment. J’aurais peut-être dû laisser un mot. Je me souviens de mon
short et mon top mouillés, restés au bord de la piscine. Je les imagine perdus à
jamais.

J’habite juste en face du lycée Georges de la Tour. Louise vit dans ce quartier,
elle aussi. Nous nous saluons et je pars affronter ma mère. Il va falloir que je lui
explique pourquoi je suis partie sans rien dire et ce que j’ai fait à Paris alors que
mon père n’y était pas. Elle ne saura, bien sûr, rien de mon désir pour Caleb…
sauf si je craque et pleure devant elle.

Elle comprendra. Une mère sait tout.


Chapitre 9
Je suis très anxieuse en poussant la porte de l’appartement que je partage avec
ma mère depuis ma naissance. Elle doit être horriblement furieuse et elle aurait
de bonnes raisons.

– Maman ? appelé-je en refermant derrière moi.

Je laisse ma valise dans le couloir de l’entrée et vais directement à la cuisine,


sur la droite, où je suis sûre de la trouver. Elle se précipite vers moi et me prend
dans ses bras, soulagée que je sois enfin de retour. Puis elle s’éloigne de moi et
me reproche mon attitude.

Je l’ai bien mérité.

– Je voulais retrouver mon père, dis-je pour ma défense.

Afin qu’elle comprenne à quel point c’est important pour moi, je lui explique
ce que je ressens, même si c’est confus et difficile à décrire. Je lui parle de ce
manque dans mon cœur, de mon désintérêt pour mon avenir. Une pièce maîtresse
est absente de ma vie depuis bien trop longtemps.

– Il faut que nous parlions, décide ma mère en s’asseyant.

Je prends place en face d’elle, convaincue qu’elle va enfin me dire la vérité.

– Tu as vu Mathieu ?

– Non. Quand je suis arrivée chez lui, j’ai été accueillie par son fils…

– Caleb, me coupe-t-elle.

J’écarquille les yeux.

– Tu le connais ?

– Mathieu m’a parlé de lui, quand on s’est rencontrés.

Donc ma mère savait que j’avais un demi-frère quelque part et n’a pas jugé
bon de m’en parler. Je suis furieuse, sur le coup.

– Et tu ne m’as rien dit ?

– Que voulais-tu que je te dise ?

– La vérité ! Celle que je te demande depuis si longtemps.

– Bon, Caleb t’a accueillie. Et que s’est-il passé, ensuite ? élude-t-elle.

Je constate qu’une fois de plus elle fuit. Moi qui croyais que j’allais enfin
comprendre, je présume que j’avais tort. Je soupire et lui raconte comment les
choses se sont passées, la gentillesse de Caleb, surtout, qui m’a laissée rester
chez lui en attendant le retour de mon père.

Je ne peux pas donner les vraies raisons de mon départ à ma mère, alors
j’invente une excuse, prétextant que le voyage de mon père s’était prolongé et
que je ne voulais pas abuser de l’hospitalité de Caleb.

Elle ne me pose aucune question et c’est tant mieux. Elle garde le silence,
longtemps ; je pense même que nous en avons fini, mais je comprends que non,
quand elle ouvre la bouche.

– J’habitais à Lyon, avant de venir m’installer ici.

Je l’ignorais. Je pensais que ma mère était née à Metz. En réalité, je ne me


suis jamais intéressée à ça.

– Pendant trois ans, j’ai vécu une belle histoire avec Thierry.

Je fronce les sourcils, ne comprenant pas pourquoi elle me raconte son passé.

– Lorsqu’il a perdu son emploi de mécanicien, il s’est senti minable et s’est


mis à boire. Je pensais que ce n’était qu’une mauvaise passe, mais ça a duré et il
a commencé à devenir violent avec moi. Là encore, je croyais que ce n’était
qu’une phase. Je l’aimais, alors je lui trouvais des excuses.

Je suis triste en entendant cette histoire ; ma mère a souffert et je n’en savais


rien.
– Puis, j’ai découvert que j’étais enceinte. Je devais protéger mon bébé, alors
je suis partie pendant qu’il était à son rendez-vous à l’ANPE.

– Enceinte ? m’exclamé-je.

Qu’est-ce que cela signifie ?

– Je suis arrivée dans cette ville où je ne connaissais personne, j’ai trouvé une
chambre chez un couple de retraités et je travaillais comme serveuse pour me
faire de l’argent, en attendant ma mutation.

Elle marque une pause, je ne comprends plus rien. Dois-je en déduire que j’ai
encore un frère ou une sœur dans la nature ? Qu’elle a perdu le bébé ?

Mon esprit est en totale confusion.

– J’avais besoin des conseils d’un avocat, concernant ma situation. Alors je


suis allée à l’aide judiciaire, c’est là que j’ai rencontré Mathieu.

Pas de fratrie dans la nature, alors ? C’est moi qui étais dans son ventre, je le
crains.

– Le droit civil n’était pas sa spécialité, mais il m’a aidé, nous avons
sympathisé et nous sommes devenus amants rapidement. Puisque j’allais avoir
un bébé, il était normal pour lui que j’aie un appartement. Nous en avons donc
trouvé un, j’ai eu ma mutation ensuite. Tout allait bien.

Je devine à ses yeux brillants que cette époque lui manque.

– Et tu es née.

La seule chose que je retiens de cette histoire, c’est qu’elle m’a toujours
menti.

– Mathieu n’est pas mon père ?

– Il t’a élevée comme si tu étais sa fille. Mais non, il n’est pas ton père
biologique. J’ai préféré ne rien te dire sur l’alcoolique dépressif violent qu’est
ton géniteur.
Ce qui peut se comprendre. Elle ne voulait que me protéger de la triste vérité.

– Pourtant… il est parti.

Elle acquiesce d’un hochement de tête.

– Quand on a commencé à sortir ensemble, il m’a parlé d’Alice et Caleb, sa


compagne et son fils très jeune, qu’il avait quittés parce qu’il n’avait pas la fibre
paternelle, selon lui. Puis, un jour, il a réalisé qu’il l’avait, avec toi. Alors il m’a
dit qu’il voulait revoir son enfant.

Je suis pendue aux lèvres de ma mère, pour connaître enfin la vérité qui m’a
tant fait défaut jusqu’à présent.

– Il est allé à Paris pour discuter avec son ex et n’est jamais revenu. Ils avaient
trouvé un terrain d’entente.

– Lequel ?

– Mathieu ne devait plus nous voir ni nous contacter. Il l’a fait une seule fois
pour m’annoncer sa décision. C’était le prix à payer pour retrouver son fils.

– Et moi ?

– Je suis désolée, chérie. Cette décision a été très dure à prendre pour lui. Mais
Alice avait été claire, c’était toi ou Caleb.

Et voilà comment j’ai perdu celui que je considérais comme mon père. C’est
encore pire que ce que je croyais. Il m’a trahie. Que je sois sa fille biologique ou
pas ne compte pas finalement ; seul son abandon fait foi.

Je comprends mieux pourquoi il a dit à son fils que je devais parler à ma mère,
quand Caleb l’a informé de ma présence chez eux. Il voulait que je sache la
vérité, se doutant de mon ignorance. Et je pense même qu’Alice et lui ont
repoussé leur retour au maximum pour ne pas me croiser. Après tout, elle n’a
jamais voulu de moi dans la vie de son compagnon. Cette femme doit me haïr. Je
ne reverrai sûrement jamais mon père.

Ma mère répond également à une question que je me posais : pourquoi je ne


porte pas le nom de mon père. Elle m’explique qu’elle a voulu que je garde le
sien, tout simplement.

Je suis abasourdie par toutes ces révélations.

La sonnerie de mon téléphone me sort de ma torpeur : je vois le prénom de


Caleb affiché sur mon écran. Il a dû comprendre que je suis partie.

Je l’envoie sur mon répondeur, en espérant toutefois qu’il ne me laisse pas de


message.

– J’espère que tu pourras me pardonner, me dit ma mère.

Ce n’est pas à elle que j’en veux. Mais à Mathieu, celui qui m’a élevée, que
j’appelais papa et qui m’a abandonnée pour son vrai fils. N’étais-je pas assez
bien pour lui, parce que je n’étais pas sa « vraie » fille ?

– Ça va, maman, je t’assure.

Retour à la case départ. Je me sens toujours aussi mal, mais je refuse


désormais d’aller voir mon père pour qu’il comble le manque. C’est trop tard. Il
a laissé passer sa chance quand j’avais six ans. Finalement, heureusement que
Caleb lui a dit que j’étais chez eux, ça m’a permis de ne pas me retrouver en face
de ce vil individu.

Mon téléphone m’indique un message vocal.

– Je vais dans ma chambre, soufflé-je.

Je laisse ma valise dans le couloir, je m’en occuperai plus tard. J’ai juste
besoin de me reposer, de digérer la nouvelle. Les nouvelles.

Et aussi tout ce que cela implique… Caleb n’est finalement pas mon demi-
frère. Pour ce que ça change, maintenant !

J’écoute le message sur mon répondeur. Il ne mérite pas que je lui tourne le
dos sans un mot, il a été tellement gentil avec moi.

« Clém, réponds-moi ! Où est-ce que tu es ? Qu’est-ce qui se passe ? »

Il a l’air inquiet. Je ne sais pas pourquoi je fais ça, mais je le rappelle. Il


décroche à la deuxième sonnerie.

– Clém, merde ! T’es où ?

– Chez moi.

– Comment ça, chez toi ?

– À Metz.

J’imagine sa stupeur. Il ne devait pas s’y attendre.

– Là, il faut que tu m’expliques, réclame-t-il, agacé.

– Il n’y a rien à dire, Caleb.

– Tu ne me feras pas croire ça, surtout après ce que tu as vu hier.

Je grimace à ce souvenir.

– Parle-moi, me supplie-t-il.

Sa voix me fait fondre, alors je décide d’être honnête. Ça mettra un point final
à notre drôle de relation. De toute façon, je ne le reverrai jamais.

– Très bien. Tu veux savoir ce qui se passe ? Je vais te le dire. Je fantasme sur
toi, je me suis caressée en pensant à toi, et ça, ce n’est pas possible.

Une petite voix me souffle que si ! Maintenant que je connais la vérité sur
mon père biologique, ça l’est.

Mais je la repousse.

Quelle importance ?

– Tiff te déteste parce que j’ai laissé échapper ton prénom, une fois, quand on
a… Tu n’étais pas la seule à fantasmer.

Je ferme les yeux à cette révélation.


– Prends soin de toi, Caleb. Et merci pour tout.

– Raccroche pas, me supplie-t-il.

J’en ai mal dans le ventre. Mon cœur se brise.

Tout est fini, je mets fin à la communication.

Je me laisse tomber sur mon lit et je pleure toutes les larmes de mon corps.

***

Après plusieurs jours à rester enfermée dans ma chambre à broyer du noir, je


décide de sortir. Ma mère est inquiète pour moi, je le vois bien.

Je retrouve donc Louise sur la place, devant chez moi. Elle est avec Andy, qui
est en train de fumer une cigarette. Toute la bande avec qui je traîne fume, ou
presque. Ma meilleure amie n’y touche pas, elle. Moi non plus.

– Oh ! Une revenante ! lance-t-elle en me voyant approcher.

Nous nous serrons l’une contre l’autre. Elle sait que ça ne va pas fort pour
moi, en ce moment. Je lui ai parlé de ma discussion avec ma mère et du fait que
je ne sois pas la fille biologique de Mathieu, que je n’ai aucun lien de sang avec
Caleb.

Cependant, ça ne change plus rien, à présent.

– Comment tu vas ? s’enquiert-elle.

– Bien.

J’espère être assez convaincante.

Je salue Andy et commence à discuter avec eux en me demandant s’ils sont


déjà en couple. Louise ne m’a rien dit à ce sujet. Je les trouve pourtant très
proches.
Nous passons un après-midi agréable. Lizon et Antoine nous rejoignent.

Si son copain s’éloigne avec Andy, Lizon, elle, reste avec nous et m’interroge
sur mon absence des derniers jours. Il faut dire que depuis que je suis partie à
Paris et revenue, je ne suis pas sortie de chez moi, donc on ne s’est pas vus
depuis presque trois semaines.

J’élude en lui disant que j’étais en vacances dans ma famille. Heureusement,


elle ne cherche pas à en savoir plus. Car, en fait, je n’ai que ma mère, qui est fille
unique.

Par contre, ma copine m’interroge sur les garçons que j’ai pu rencontrer, là où
je me retrouvais. Forcément, je repense à celui que j’essaie d’oublier depuis des
jours. Il me manque, c’est indéniable.

– Les garçons étaient plutôt mignons, je le reconnais.

Lizon veut des détails que je suis incapable de lui donner. Je ne veux pas
songer à Caleb, à son torse musclé, à ses tatouages sur les bras, à son parfum
enivrant, à son visage souriant, à son sexe fier. Je veux juste l’oublier. Faire
comme si je ne l’avais jamais rencontré, comme si rien n’avait jamais existé
entre nous.

Il a prononcé mon prénom en pleine action avec sa copine… Je comprends


pourquoi elle me hait autant. Mais tout cela ne change plus rien non plus. Il est
en couple avec elle et cette réalité me fait trop mal.

– Je ne suis sortie avec personne, lui dis-je pour qu’elle me lâche.

Je la sens prête à repartir à l’assaut quand elle ouvre la bouche. Heureusement,


Louise l’interrompt.

– Je me demande ce que fichent les garçons. Ça vous dit d’aller voir ?

Je saute sur l’occasion qu’elle m’offre pour accepter, et nous partons toutes les
trois vers Andy et Antonin.

Ils fument un joint, maintenant. Génial !

Je n’ai jamais supporté l’odeur de ce truc dégueu. Je m’éloigne donc un peu


d’eux. Lizon s’installe sur les genoux de son copain, apparemment pas du tout
incommodée par l’arôme d’herbe.

Louise me lance un regard pour s’assurer que je vais bien. J’esquisse un léger
sourire. Je me suis forcée à sortir, aujourd’hui, même si je n’en avais aucune
envie, pour que ma mère arrête de me surveiller du coin de l’œil. Elle croit que
je déprime à cause de mon père. Bien sûr, je suis affectée par ses révélations.
Cependant, c’est le manque de Caleb qui me fait le plus mal.

En quelques jours à peine, il a su rendre sa présence indispensable. Je m’étais


profondément attachée à lui.

Louise s’approche de moi.

– Où t’étais partie ?

– Je suis là, lui affirmé-je.

Elle me fait la tête de celle qui n’y croit pas.

– Tu penses encore à lui ?

– Non.

J’ai répondu un peu trop hâtivement pour qu’elle me croie.

– Tu sais ce que je pense, Clém, que ton attachement, comme tu dis, est en fait
bien plus profond.

Je fronce les sourcils, ne voyant pas où elle veut venir. À moins que j’aie peur
de ce qu’elle va clamer. Ça fait plusieurs jours que je refuse de voir la vérité en
face en me disant que ça va passer. Mais Louise n’a pas décidé de me regarder
dépérir.

– Tu es amoureuse.

– Non ! réfuté-je aussitôt. Ce n’est qu’un béguin sans importance.

Elle me montre son œil, ne croyant pas ce que j’affirme.


– Qui essaies-tu de convaincre ? Moi ? Ou toi ?

La garce ! Pourquoi insiste-t-elle autant ? Je veux oublier. Ce n’est quand


même pas compliqué. De toute façon, il n’y a rien eu entre nous et il n’y aura
jamais rien, parce que je ne le reverrai plus. Il file le parfait amour avec Tiffany
– que mon départ doit ravir – et il en sera ainsi encore longtemps.

– Toi, puisque je suis certaine de moi.

Louise n’y croit pas.

– Je ne le reverrai jamais, Louise. Inutile d’insister ou de se prendre la tête.


C’est fini.

– Il essaie encore de t’appeler ?

Je lui ai raconté qu’on avait eu une conversation au téléphone. Caleb a tenté


de me joindre plusieurs fois, ensuite. Mais, depuis trois jours, c’est le calme plat.
Il est passé à autre chose, à moi d’en faire autant.

– Non.

Elle semble désolée pour moi, alors qu’il n’y a vraiment aucune raison.

– On se fait un ciné, ce soir ? Ou on pourrait aller dans un café… Il te faut un


mec !

J’esquisse un sourire.

– Et toi, avec Andy ?

– Oh, eh bien, ça suit son cours !

***

J’ai fait l’effort d’aller au café avec ma bande d’amis, mais je ne me sentais
pas à ma place. Je broie encore trop de noir pour parvenir à reprendre ma vie. Je
feins d’aller bien, de m’amuser, mais ça s’arrête là.

Je suis encore dans ma chambre, je joue sur mon téléphone pour passer le
temps, tout en écoutant de la musique déprimante, je l’avoue.

Ça fait une semaine que je suis rentrée chez moi et j’ai l’impression de n’en
être jamais partie. J’aurais aimé que Paris ne soit qu’un doux rêve. Mais c’est
bien réel et je dois vivre avec ce souvenir, à présent.

Amoureuse ?

Louise est folle.

Ou pas.

Mon téléphone me tire de mes pensées. Il sonne alors que je fixais le jeu sans
même le voir. C’est un numéro que je ne connais pas, il ne figure pas dans mon
répertoire. J’ai envie de l’envoyer sur la messagerie. Au lieu de ça, je réponds.

– Allô ?

– Bonjour, Clémence, c’est Mathieu Serbat. Est-ce qu’on peut se parler ?

Je suis abasourdie. Que me veut-il ? Comment a-t-il obtenu mon numéro ? Par
Caleb ? Il n’y a qu’un moyen de le savoir, c’est en l’écoutant.

– Bonjour… Oui, on peut.

– Caleb m’a dit que tu étais venue à Paris pour me voir. Je suis désolé de
t’avoir manquée, mais mon affaire a pris plus de temps que prévu.

Ça me fait bizarre d’entendre sa voix après tant d’années de silence.

– Est-ce que tu as pu parler avec ta mère ?

Il veut savoir si je suis au courant qu’il n’est pas mon père biologique et qu’il
ne me doit rien. Sans doute pour se donner bonne conscience. La rage monte en
moi. Je lui en veux de m’avoir laissée et de recommencer.
– Oui.

– Tu sais donc que toi et moi n’avons aucun lien sanguin.

– Je sais que mon vrai père est un alcoolique violent, oui.

Je réponds froidement, je ne parviens pas à me calmer.

– Je suis désolé.

Je sens que la conversation touche à sa fin, qu’il a fait sa bonne action et va


me souhaiter tout le bonheur du monde, ou seulement de prendre soin de moi.

– J’ai discuté avec Alice, ma compagne, et nous avons décidé qu’il serait bien
qu’on se parle, toi et moi.

Quoi ? Il ne va pas raccrocher et regarder du côté de sa famille ?

– Comment ça ? Je ne comprends pas.

– Tu sais, Clémence, j’aurais vraiment aimé te voir quand tu étais à Paris.


Alice et moi avons bouclé le dossier au plus vite pour rentrer, mais tu n’étais
plus là.

– J’imagine que c’est Caleb qui t’a donné mon numéro.

C’est étrange de le tutoyer, il me paraît être un étranger, mais ça l’aurait été


encore plus si je l’avais vouvoyé.

– Oui.

Je ne sais pas si je dois le remercier ou lui en vouloir. Il a voulu bien faire, je


suppose. Néanmoins, c’est trop tôt pour que je sache si c’est une bonne chose.

– Est-ce que tu accepterais de venir passer quelques jours chez moi, à Paris ?

Mes yeux s’écarquillent. Ai-je bien entendu ? Il m’invite chez lui ?

– On pourrait discuter et mettre les choses au clair, afin de repartir sur de


bonnes bases, si tu le souhaites.
– Alice est d’accord ? Maman m’a dit qu’elle avait exigé que tu ne nous voies
plus.

Il est hors de question que je retourne chez eux si Alice me déteste.

– Elle a mûri, depuis, et elle est d’accord avec moi. Elle a même hâte de te
connaître.

Et Caleb ?

Je ne sais pas pourquoi je pense à lui, alors qu’il s’agit uniquement de ma


relation avec mon père.

Le revoir… ? C’est trop tôt. Ce sera trop dur. Toutefois, puis-je renoncer à
mon père à cause d’un garçon ? Non. Et puis, il sera sans doute souvent absent.
Et nous ne serons jamais seuls. Les choses seront très différentes de ma première
visite.

– Je dois en parler à maman, lui dis-je, afin d’éviter de donner une réponse
sans avoir pris le temps de réfléchir.

– Bien sûr. Tu m’appelles quand c’est fait ?

– OK.

Nous nous saluons et j’enregistre son numéro, avant de le perdre. Je reste un


moment sur mon lit pour digérer ce qui vient de se passer.

Que vais-je faire ?

Il est temps d’avoir une discussion avec ma mère pour savoir ce qu’elle en
pense.
Chapitre 10
Eh bien, voilà. Je suis à nouveau assise dans le TGV en direction de Paris. Ma
mère était ravie pour moi quand je lui ai parlé de la proposition de Mathieu. Mon
père. C’est difficile de savoir comment le nommer autrement. Je sens que je vais
être mal à l’aise, une fois face à lui.

Maman a eu l’air tellement heureuse de ce rapprochement qu’il m’a été


impossible de lui parler de mes doutes quant à ce nouveau voyage. D’autant
qu’elle sait que je veux revoir mon père. Comment aurais-je pu lui dire que je
n’étais pas certaine que ce soit vraiment une bonne idée ? Elle aurait posé des
questions et aurait fini par comprendre que mon incertitude n’avait rien à voir
avec Mathieu. Mais bien avec son fils, Caleb, sur qui, soyons honnêtes, j’ai
complètement craqué.

J’ai préféré ne rien dire et partir. Cette fois-ci, ma valise est bien plus remplie
et maman m’a accompagnée à la gare.

Quand j’ai annoncé la nouvelle à Louise, elle a sauté de joie pour moi. Mais
j’ai bien compris qu’elle voyait là une nouvelle chance pour Caleb et moi. Sauf
qu’il n’y en a pas. Il reste le fils de Mathieu. L’homme qui m’a élevée durant
mon enfance. Il est son père et, à mes yeux, il est le mien également.

Fin de l’histoire.

Caleb reste mon demi-frère.

Quand je vois l’heure, je commence à être anxieuse. J’arriverai en gare dans


vingt minutes ; le stress est à son comble.

J’ai beau m’imaginer la scène de nos retrouvailles, je sais que je suis loin de la
vérité. Mon père a tenu à venir me chercher, même si je lui ai assuré que ce
n’était pas utile, que je savais exactement quoi faire une fois à la gare de l’Est.

Je dois bien avouer que son attention me touche, et puis je n’aurai pas à me
promener dans le métro avec ma grosse valise. J’ai même pensé à emporter des
livres. Au cas où. Même si j’imagine que je n’aurai pas le temps de m’ennuyer.
Je vais retrouver mon père et apprendre à connaître Alice.
J’ai tellement hâte.

Mais en même temps, j’ai tout de même un peu peur.

Caleb sait-il que je viens ? Nous ne nous sommes pas parlé au téléphone
depuis nos confidences. Que m’a-t-il pris de lui avouer que je m’étais masturbée
en pensant à lui ? Il va falloir assumer, maintenant. J’imagine qu’il doit être dans
le même état que moi, puisqu’il a fauté, lui aussi. Tiffany aura sûrement envie de
m’arracher les yeux quand elle me verra !

L’arrivée en gare est annoncée. Mon cœur bat la chamade. J’ai rendez-vous
avec mon père devant l’édifice. Le reconnaîtrai-je ? Et lui ?

Lorsque le train est à l’arrêt, j’attrape ma valise et descends.

Hello, Paris ! Me revoilà !

C’est mon deuxième séjour dans la capitale. J’avais adoré le premier. J’espère
que je repartirai d’ici des étoiles plein les yeux et le cœur débordant d’amour.

J’ai décidé de rester quinze jours. Je n’ai toutefois pas pris mon billet de
retour, au cas où je veuille rentrer plus tôt. On ne sait jamais ! Ma mère m’a donc
donné l’argent pour le payer.

Une fois dans la gare, je regarde autour de moi. Il y a énormément de monde ;


nous sommes samedi. Mon père a voulu que je vienne pour le week-end, pour
qu’il puisse passer du temps avec moi. La semaine, bien qu’il ne soit pas en
déplacement, il travaille, mais il m’a promis d’être disponible le plus souvent
possible.

Je marche vers mon destin.

Quand je suis devant la gare, mon regard est aussitôt attiré par un homme
d’âge mûr. Nos yeux s’observent. Il ressemble tellement à Caleb que c’en est
perturbant.

Je n’ai aucun doute sur son identité.

J’avance dans sa direction et il fait de même. À deux mètres de lui, je lâche


ma valise et me jette dans ses bras. J’y suis merveilleusement bien accueillie.
Mon père me serre contre lui ; il m’a manqué. Tellement.

– Ma petite fille…, murmure-t-il.

Des larmes de joie coulent sur mes joues. J’avais besoin de lui.

– Papa, dis-je seulement, la gorge nouée.

Moi qui me posais la question de savoir comment le nommer, la réponse s’est


imposée comme une évidence.

Il me relâche et pose ses mains sur mes joues pour me regarder. Il essuie mes
larmes de ses pouces.

– Tu as bien grandi, Clémence.

Je souris. Trop heureuse.

Il me serre à nouveau contre lui, puis prend ma valise et nous partons en


direction du parking.

– Tu as fait bon voyage ?

– Oui.

– Alice est impatiente de te rencontrer.

J’aimerais plutôt savoir ce qu’il en est de Caleb. Sait-il que je viens ? Est-il en
vacances ?

– Moi aussi.

Mon père met ma valise dans le coffre d’une Dodge blanche. La voiture est
magnifique. Si je n’avais pas vu sa maison, j’en aurais tout de suite déduit qu’il
gagne très bien sa vie.

Je prends place côté passager et nous roulons dans Paris en discutant de moi.
Je lui parle du lycée, de mes amis, de l’appartement où je vis avec maman. Je ne
lui cache pas que je ne sais pas quoi faire de ma vie. Il m’assure que je finirai par
trouver. J’espère.
Il rentre la voiture dans le garage accolé à la maison et nous en sortons. Il
attrape ma valise et nous passons la porte qui nous amène dans la cuisine. Cette
grande cuisine que j’aime beaucoup. Me revoilà !

Alice s’approche de moi, un beau sourire sur les lèvres. Elle est grande et a de
longs cheveux roux. C’est une très jolie femme.

– Bonjour, Clémence !

Je lui réponds et l’embrasse poliment.

– Je t’ai préparé la chambre que tu avais choisie, la dernière fois. Ça ira ?

– Bien sûr. Merci.

Mon père y apporte ma valise, ce qui fait sourire sa compagne.

– Je te laisse t’installer et tu nous retrouveras dehors pour déjeuner.

– D’accord.

Je me rends donc dans la chambre que j’affectionne tant et constate qu’Alice a


refait la déco. Elle n’est plus aussi impersonnelle, elle est même carrément
chaleureuse. Elle y a ajouté des photos de mon père, une d’elle et une autre de
Caleb.

– Alice voulait que tu te sentes comme chez toi, m’explique papa.

– C’est très gentil.

Il me laisse seule. Mon regard est attiré par la clé posée sur la commode,
laissée exactement là où je l’avais mise. Je la prends et l’accroche à mon
trousseau, en cas de besoin.

J’en profite pour ranger mes affaires dans le placard et la salle de bains. Dans
l’une des étagères, il y a déjà mon short et mon débardeur, oubliés au bord de la
piscine. Ils sentent bon la lessive.

J’envoie un rapide message à ma mère pour lui annoncer que je suis bien
arrivée. Elle m’a fait promettre de lui donner des nouvelles assez souvent et de
répondre à ses appels.

Je rejoins Alice et mon père sur la terrasse ; la table est dressée pour trois, j’en
déduis que Caleb n’est pas là. Comment réagira-t-il en me voyant ici ?

– Votre maison est vraiment magnifique, lancé-je.

– Merci, me répond Alice. Tu aimes le taboulé ?

– Oui.

– Alors, installe-toi.

J’en ai passé de bons moments sur cette terrasse ! S’ils savaient !

Je m’exécute et commence à manger. Alice me pose une tonne de questions


sur ma vie à Metz, mes fréquentations, mes études. Un peu comme papa dans la
voiture. Je réponds de bon cœur.

Quand elle apprend que j’ignore quel métier exercer par la suite, elle me parle
naturellement du droit. C’est leur passion, à papa et elle. Pas la mienne,
visiblement, car, malgré son beau discours, elle ne parvient pas à me donner
envie.

– Qu’est-ce que tu aimes ?

– Lire. J’adore les livres.

– Tu fais une terminale littéraire ?

– Oui.

– Pourquoi ne pas t’orienter vers le métier de libraire ?

Je n’ai jamais pensé que mon amour des livres pourrait devenir mon métier. Il
faut que je réfléchisse à cette possibilité.

Mon père me conseille de faire un stage dans l’une d’elles, afin de savoir si ça
me plaît ; l’idée me séduit, il faudra que j’y songe.
Quand on a fait le tour de tous les points de ma vie, je me décide à poser la
question qui me brûle les lèvres depuis que je suis arrivée.

– Caleb n’est pas là ?

– Tu sais, mon fils est un véritable courant d’air.

Justement non, je l’ignore. C’est vrai qu’il sortait souvent, mais il restait
malgré tout beaucoup avec moi.

Je hoche simplement la tête.

– Vous vous êtes bien entendus ?

J’espère qu’il n’y a pas de sous-entendus, que Caleb n’a rien confié à sa mère
sur notre attirance mutuelle.

– Oui. C’est un garçon très gentil. Il a même eu la délicatesse de me faire


visiter Paris.

Je leur raconte ma découverte de la ville, à l’étage d’un bus touristique. Ça me


permet de me souvenir à quel point on était bien, à l’époque. Tout était facile et
simple entre nous.

– On dirait que tu as su apprivoiser ton frère, me lance Alice.

Je laisse ma fourchette en suspens, surprise par sa réplique.

Elle m’explique qu’elle est désolée de m’avoir privée de mon père si


longtemps. Elle était jeune, seule, dépassée et malheureuse. Je peux la
comprendre. Si Caleb revenait vers moi après avoir quitté Tiffany, je
l’agripperais pour qu’il ne reparte jamais.

Non, mais, qu’est-ce que je raconte ?

– Clémence, je veux que tu saches que je respecte le fait que Mathieu soit ton
père à tes yeux, tout comme tu es sa fille aux siens. J’ai mal agi par le passé,
mais tu as ma parole que je ne me mettrai plus entre vous. Ce qui fait que, dans
l’équation, tu as gagné une belle-mère et un grand frère.
J’esquisse un sourire, touchée par ses paroles.

J’aide Alice à débarrasser la table, puis elle m’indique où se trouve le bureau


de son compagnon à l’étage – je n’y ai jamais mis les pieds – en me proposant
de le rejoindre. Ce que je fais. Je prends les escaliers et frappe à la première
porte sur la gauche. Je me dis que j’aurais peut-être dû demander à dormir à
l’étage, cette fois, afin de ne pas être aussi proche de Caleb.

– Entre, Clémence.

Je m’exécute et referme la porte derrière moi.

– Alice m’a dit de monter te voir.

– Oui, je t’attendais.

Le bureau en impose et mon père, assis sur son gros fauteuil en cuir,
également. Il me désigne une chaise en face de lui.

– Je sais qu’on vient à peine de se retrouver et j’espère que tu te plairas, dans


cette maison. Mais je veux que tu saches que si tu as besoin de quelque chose, tu
peux me demander.

Je m’assois, ne comprenant pas exactement où il veut en venir.

– Comme quoi ?

– N’importe quoi. De te conduire en voiture quelque part, d’argent, de


vêtements, ou que sais-je.

– C’est gentil, mais maman m’a donné un peu d’argent, je pense parvenir à me
débrouiller. Et il y a le métro, pour le reste.

– Bien sûr. Je veux juste que tu le saches. Je n’ai pas été présent pour toi
comme je l’aurais voulu, ces dernières années. J’ai pris une mauvaise décision,
pour retrouver mon fils.

– Maman m’a raconté.

Il me donne sa version des faits, comme si ça pouvait changer quelque chose.


Ça ne fait que confirmer que ma mère n’a pas menti.

Je suis toutefois contente d’apprendre qu’il l’a aimée sincèrement. Il me


demande de ses nouvelles, alors je lui dis qu’elle travaille comme professeur de
mathématiques dans un collège et qu’elle n’a pas refait sa vie.

Il est triste de l’apprendre. Mais c’est ainsi, il n’y peut rien. Ma mère sort
parfois, elle a des amies, mais elle ne m’a jamais présenté d’hommes.

Quand on en a fini avec maman, je me renseigne sur Caleb, pour savoir à quoi
m’attendre.

– Caleb sait que je suis là ?

– Oui. Il a hâte de te revoir. Il m’a dit qu’il était content d’avoir fait ta
connaissance.

– Moi aussi.

Tant mieux s’il a hâte, sauf si c’est seulement une façade pour ses parents.

– Est-ce qu’il sait que tu n’es pas mon père biologique ?

Il fronce les sourcils. C’est certain que ma question porte à confusion. Je


décide alors de m’expliquer.

– Je lui ai raconté ma vie, en arrivant ici, la dernière fois. Et, à ce moment-là,


je croyais que tu étais vraiment mon père et je le lui ai dit.

– Je sais. C’est pour ça que je t’ai conseillé de parler à ta mère.

L’idiote que je suis n’avait rien compris, ce jour-là.

– Et pour répondre à ta question : oui, il le sait lui aussi, maintenant.

***
Je lis, installée sur une chaise longue, sur la terrasse. Mon père est encore dans
son bureau, il avait un dossier à boucler. L’histoire d’une heure, a-t-il dit. Alice
est à la cuisine, elle prépare une tarte aux abricots.

J’ai lu une quinzaine de pages quand j’entends mon père descendre.


Apparemment, il a terminé son travail plus tôt que prévu et discute avec sa
compagne. Je me replonge dans ma lecture jusqu’à ce que mon cœur batte la
chamade.

– De retour, on dirait ?

Cette voix. Elle me donne des frissons.

Je pose mon livre et me lève pour lui faire face. Caleb est là, devant moi,
souriant, toujours aussi beau. Je suis en train de fondre.

– On dirait bien, lui dis-je.

Je suis mal à l’aise, j’ignore comment me comporter. Tout mon corps le


réclame, mais je tente de garder la tête froide.

– Vous pouvez vous embrasser ! nous lance Alice. Ça se fait entre frère et
sœur.

Je souris jaune. Si elle savait la façon dont j’ai envie d’embrasser son fils, je
ne suis pas certaine qu’elle m’en donnerait la permission.

Caleb s’approche et on se fait la bise.

– Trop bizarre, murmure-t-il.

– C’est clair.

– Encore en train de lire ? Tu sais que tu es à Paris et que tu peux faire tout ce
que tu veux !

– Vraiment ?

– D’ailleurs, tu me dois une journée à Disneyland.


Il est vrai que j’avais accepté la sortie et que je suis partie avant.

– Dans mon souvenir, je crois bien que c’était à Jo que je la devais.

Nous éclatons de rire. C’est comme si on ne s’était jamais quittés. Notre


complicité est intacte.

– Pas sûr…, insiste-t-il à voix basse. Tu veux boire un truc ? ajoute-t-il plus
fort.

– Inutile de jouer les gentlemen, mon fils. Clémence peut se servir si elle
désire quelque chose. Tu fais comme chez toi, ma chérie !

– Merci, Alice.

– Dans ce cas, je ne sers plus à rien ! s’offusque faussement Caleb.

Il s’apprête à retourner à l’intérieur quand il pivote.

– T’as pris ton maillot de bain, cette fois ?

Je rigole en répondant par l’affirmative.

Caleb disparaît après m’avoir adressé un clin d’œil. Je suis contente de nos
retrouvailles. J’espère qu’elles seront aussi chaleureuses dans l’intimité. J’ai
besoin de savoir qu’il ne m’en veut pas et qu’on peut retrouver notre relation.

Je me rassois sur la chaise longue, mais ne reprends pas ma lecture. Alice me


tient compagnie et nous discutons.

Elle souhaite que je connaisse son histoire, alors elle me la raconte à partir du
moment où elle a rencontré Mathieu. Je crois qu’elle a peur que je la voie
comme une mégère égoïste, ce qu’elle n’est pas, assurément.

C’est papa qui nous interrompt avec la tarte et de la citronnade fraîche. Nous
en mangeons un morceau ensemble.

Caleb n’est apparemment plus là. J’imagine qu’il est reparti, qu’il était
seulement passé pour me saluer.
Qu’importe ! Nous passons un bon moment. Je suis contente d’être venue. Je
m’entends très bien avec Alice et mon père. Certes, il a changé en onze ans, mais
je retrouve toujours cet amour en lui. Il est celui qui me bordait, qui me berçait
quand je n’étais qu’une gamine. Et il m’a manqué.
Chapitre 11
Le lundi matin, je me retrouve seule dans la cuisine après un merveilleux
week-end passé en famille. J’y songe encore, je suis perdue dans mes pensées.

Samedi soir, nous sommes allés manger au restaurant, tous les trois. Pour la
première fois, j’ai goûté à la cuisine indienne – la préférée de mon père et de ma
belle-mère. Nous avons beaucoup ri et discuté. Je me suis découvert plusieurs
points communs avec Alice, qui aime le shopping, les parfums et la lecture. Elle
m’a promis une virée dans les magasins, prochainement.

Dimanche, nous avons fait une longue promenade sur les bords de Seine,
avant de dîner sur un bateau-mouche. C’était la première fois que je mangeais
sur l’eau. Même si, au début, les remous m’incommodaient, je m’y suis vite
habituée.

Aujourd’hui, mon père et Alice travaillent. Je vais en profiter pour appeler ma


mère et Louise, et me reposer.

Du moins, c’était mon programme avant que je voie Caleb entrer dans la
pièce. Je ne l’ai pas revu depuis samedi où il est seulement passé me saluer. Il
n’a pas changé, il ne porte qu’un caleçon, comme à chaque saut du lit.

– Enfin seuls, lance-t-il.

Je le fixe pour essayer de comprendre ce qu’il veut me dire.

– On doit parler.

– Je t’écoute, répliqué-je simplement.

Il se prépare un café et s’installe face à moi. Je tente de respirer calmement,


mais c’est peine perdue.

– Tu veux quelque chose ? me propose-t-il.

– Que tu dises ce que tu as à me dire.

– OK.
Il semble chercher ses mots. Il m’inquiète. Il avale une gorgée de son café,
puis une autre.

– Caleb ! C’est si horrible ?

Je ne suis même plus perturbée par sa présence, son odeur envoûtante ou son
torse musclé. Je plonge mes yeux dans les siens, me demandant ce qui va me
tomber dessus.

Et là, cet abruti éclate de rire.

Je le fixe avec deux grands yeux ronds, surprise.

– Comment t’as flippé, Clém ! Hallucinant ! Je suis content que tu sois de


retour.

– Tu te foutais de moi ? râlé-je.

Il hausse les épaules en guise de réponse. Je le frappe sur le torse, ce qui le fait
rire davantage.

– Tu aurais voulu que je te questionne sur ta séance de doigtage en pensant à


moi ?

Il est sérieux ? Il a osé ?

– En fait, je pensais que tu me raconterais dans quelle circonstance


exactement tu as prononcé mon prénom.

Il devient livide, je tiens ma revanche. Il veut jouer ? Moi aussi, je sais jouer !

– Tu étais proche de l’extase ou elle t’avait dans sa bouche ?

Il pose sa main contre mes lèvres pour me faire taire et murmure à mon
oreille.

– Elle était en train de me sucer, mais je m’imaginais que c’était toi, et pouf,
j’ai lâché ton prénom.

Il retire sa main et plante son regard dans le mien. Il est sincère. C’est difficile
à croire, mais apparemment il l’est.

– Mais on ne se fait pas sucer par sa sœur, pas vrai ? Alors on va en rester là et
garder nos désirs à l’état de fantasmes.

Je me serais bien passé de cette mise au point.

– Tu crois vraiment que le fantasme est autorisé ?

Il semble y réfléchir.

– On va dire qu’on s’en fout. On est les seuls à savoir, de toute façon.

– Et maintenant ?

Il attrape sa tasse et avale plusieurs gorgées de café avant de me répondre.

– Piscine ? Balade ? Cuisine exotique à midi ? On peut faire ce qu’on veut, en


fait. Tu as juste à me donner le menu.

Si c’est à moi de faire le programme de notre journée, je crois que je vais


opter pour toutes les activités qui pourront nous rapprocher.

– La piscine, pour commencer, ça me plaît bien.

– Va mettre ton maillot.

Je vais me changer dans ma chambre et retrouve Caleb dans la grande pièce. Il


est déjà dans l’eau.

– Tu ne pouvais pas attendre que je t’y jette ?

Il me détaille un instant. Je porte un deux-pièces noir et blanc.

– Je préférais les sous-vêtements.

Tu m’étonnes ! Je lève les yeux au ciel avant de le rejoindre dans l’eau à


température idéale. Comme à chaque fois, il tente de me couler ; mes cheveux ne
restent jamais secs longtemps quand il est dans les parages. Nous chahutons
comme des gosses et rions beaucoup. Nous n’avons aucun geste déplacé.
Toutefois, j’apprécie les moments qu’on passe dans l’eau.

Il me taquine à propos des serviettes en sortant. Il ne me laissera plus jamais


tranquille à ce sujet.

– Tu te couvres ou pas ?

Je le fusille du regard, tandis qu’il garde celle qui m’est destinée en main.

– Non, je dis ça, parce que je sais que tu aimes te balader nue. Et ça ne me
dérange pas le moins du monde, donc…

– Donc, donne-moi ça ou je t’assomme !

– Commence par aller faire de la musculation !

Il lève le bras pour éloigner la serviette de moi quand je tente de l’attraper.


Qu’à cela ne tienne ! Je ne m’avoue pas vaincue pour autant ! Je me mets sur la
pointe des pieds, mais c’est peine perdue. Cet idiot est plus grand que moi. Je
choisis une autre tactique.

– Tu sens bon, dis-je en espérant le faire lâcher prise.

Son autre main s’enroule autour de mes hanches et il m’attire contre lui.

– Bien joué, mais non.

– Sûr ? Parce que, si tu continues comme ça, ton corps réagira forcément au
mien.

Je noue mes mains derrière sa nuque, me plaquant exagérément contre lui. Si


le but premier est qu’il me rende la serviette, j’apprécie grandement aussi la
situation et la proximité.

– Je sais. Mais toi, es-tu prête à le sentir ?

C’est bon, il est trop fort, je m’écarte. À ces mots, j’ai visualisé son sexe en
érection et, dès lors, il m’est impossible de poursuivre ce jeu dangereux avec lui.

Il me donne enfin l’objet convoité et je me sèche.


– Rendez-vous "habillée" dans une demi-heure pour aller manger. Je dis
"habillée" parce que je préfère que tu ne sortes pas nue.

Je lui donne un coup de serviette, ce qui le fait rire, et nous allons chacun dans
notre chambre.

Je prends rapidement une douche et passe une robe blanche, ample en bas et
moulante en haut. Je mets des sandales à talons assorties et me recoiffe. Puisqu’il
fait chaud, j’opte pour une queue de cheval haute. Je me maquille légèrement,
me pare de bijoux sobres et je retrouve Caleb dans le salon, quarante minutes
plus tard.

– Tu t’es fait désirer ! me dit-il quand je suis devant lui. Mais ouah ! Tu vas
me rendre dingue.

J’esquisse un sourire en le détaillant. Il porte un bermuda en jean et un


débardeur gris.

– T’es pas trop mal non plus.

– Tu vas voir, toi !

Nous sortons tous les deux et nous rendons à pied dans un restaurant thaï.

– Tu as déjà mangé ici ?

– Souvent. C’est très bon.

Je lui fais confiance et le laisse choisir le plat. Il opte pour du Som Tam. Une
salade de papaye. C’est rafraîchissant et délicieux.

Nous parlons de la Thaïlande ; Caleb y est allé, il y a quatre ans, avec ses
parents. Il en profite pour me raconter qu’il a beaucoup voyagé. Tous les ans, ils
font plusieurs séjours en famille. En avril, cette année, ils sont allés passer une
semaine au Portugal. En août, il est prévu qu’ils aillent à Hawaï.

Une question me taraude, alors je la lui pose.

– Tiffany t’y accompagnera ?


– Non. Elle n’a jamais voulu prendre l’avion.

J’en déduis qu’il le lui a sans doute déjà proposé.

– Et puis, on n’est pas ensemble depuis des années, non plus.

– Combien de temps ?

Il faut que je sache, c’est une information qui me manque.

– Quelques mois.

– Je suis sûre que tu peux faire mieux.

Il esquisse un sourire en appelant la serveuse à qui il réclame la carte des


desserts.

– Ça fera un an en octobre. Satisfaite ?

Je les imaginais ensemble depuis plus longtemps ; j’aurais toutefois préféré


que ce soit moins.

La serveuse nous apporte la carte demandée. Je me plonge dans cette nouvelle


lecture gourmande pour ne pas répondre à Caleb.

– Je vais te faire goûter une crêpe au lait de coco.

J’acquiesce. Il en commande deux.

Une fois de plus, je me suis régalée avec cette cuisine dont je ne connaissais
rien avant ce jour.

Je veux régler la note, mais mon compagnon ne me laisse pas faire. Il estime
que je n’ai pas à payer. La blague !

Nous prenons ensuite le métro pour nous rendre sur les Champs-Elysées et
nous nous promenons sur le trottoir de cette longue avenue. Je regarde les
magasins des plus grands créateurs, émerveillée. Ce qui amuse Caleb.

– Qu’est-ce qui te plaît ? Le parfum ? Le maquillage ? Les fringues ? Les


chaussures ?

– Un peu de tout, avoué-je avec sincérité.

Il attrape ma main et m’oblige à traverser la rue pour nous rendre de l’autre


côté. Il me fait entrer chez Guerlain. Comme tout le monde, je connais le nom de
cette parfumerie.

Il me conduit au rayon femme et lâche enfin ma main pour s’emparer d’un


parfum « Mon Guerlain ». Je le connais pour l’avoir déjà vu dans les publicités
télévisées.

– Donne-moi ton poignet.

Il en vaporise quelques gouttes et j’ai le réflexe d’en humer l’odeur. C’est


divin. Je le tends à Caleb ensuite, pour qu’il sente, lui aussi, cette merveille.

– Ça sent super bon !

Ah ben, pour le prix, il peut !

Caleb repose le flacon ouvert pour en reprendre un dans son emballage.

– Qu’est-ce que tu fais ? lui demandé-je en le suivant.

Il avance vers les caisses et j’ai un mauvais pressentiment.

– Caleb ! l’appelé-je à voix basse.

Il feint de ne pas m’entendre et règle la note avant de récupérer son achat.

Une fois hors de la boutique, je décide de le charrier un peu.

– Je ne savais pas que tu mettais ce parfum ! J’ai l’habitude que tu portes


quelque chose de plus musqué.

– Tu aimes mon parfum ?

– Oui, avoué-je sans honte.


– Celui-là est pour toi, bécasse ! Un cadeau de bienvenue.

Je lève les yeux au ciel.

– T’étais pas obligé.

– Contente-toi d’un merci.

Il m’adresse un clin d’œil en me tendant le sachet. Je le prends en le


remerciant et lui fais une bise sur la joue. Il m’adresse un grand sourire.

Nous reprenons notre balade, main dans la main. Il essaie bien de me faire
entrer chez Séphora ou Dior, mais je ne le suis pas. Il serait encore capable de
dépenser son argent pour moi.

– Tu veux une glace ? me propose-t-il en passant devant un café.

– Non, merci, c’est gentil.

– Ça fait des heures qu’on marche. Tu ne veux pas boire un coup et te


reposer ?

– Seulement si c’est moi qui t’invite.

– Tu me fais quoi, là, Clém ? Ne m’enlève pas ma galanterie !

Il me tire à l’intérieur d’un café où nous nous installons à une table. Il


commande un thé glacé et j’opte pour un soda.

– Les parents rentrent à quelle heure généralement, le soir ?

– Entre dix-huit et vingt heures.

Je regarde ma montre, il est presque dix-sept heures.

– Ils te manquent déjà ? me taquine-t-il.

Je ne réponds même pas.

Par contre, je décide de le questionner sur sa copine. J’aimerais en savoir plus


sur eux. Je commence donc en douceur.

– Tiffany sait que tu es avec moi aujourd’hui ?

– C’est important ?

– Je me demande juste si elle sait que je suis revenue à Paris.

– Oui, mais je lui ai dit que tu étais là pour ton père.

Il ne répond sciemment pas à ma première question. Tant pis. J’en ai une autre
pour lui.

– Tu lui as dit qu’il n’était pas mon géniteur ?

– Pour me faire fliquer toute la journée ? Nan.

Donc sa copine pense que nous avons vraiment un lien de parenté. Ce qui est
un peu le cas, en somme. Mais il ne va pas au-delà de la famille recomposée.

Caleb m’explique que sa copine se sent plus rassurée en sachant que nous
sommes liés par le sang. Et comme lui ne supporte pas les filles à problèmes –
bon à savoir, j’en prends note –, c’est plus sympa comme ça.

Ce que je peux comprendre. Visiblement, il tient à elle et à leur relation.

– Du coup, j’imagine qu’on a le droit de se voir.

– Du moment qu’on reste habillés et à bonne distance, oui.

Je secoue la tête en riant.

– T’es conscient qu’on ne le fait pas ?

– À quel moment tu t’es mise à poil ? J’ai raté ça ?

– Mon cher Caleb, t’es irrécupérable !

– Je crois plutôt que c’est toi qui me rends dingue.


Je me lève parce que je compte aller payer au bar et m’abaisse quand je suis à
côté de lui pour me mettre à sa hauteur.

– Et tu aimes ça, lui susurré-je à l’oreille.

Je sens son regard sur moi, alors que je vais payer la note. Quand je pivote, il
est derrière moi.

– T’as pas pu t’en empêcher !

– Tu vas me punir ? m’amusé-je en haussant les sourcils.

– Ça se pourrait bien !

Il me tend mon sac Guerlain, attrape ma main et nous sortons du café. Je


continue dans son jeu, parce que j’adore le charrier.

– Comment ?

– Tu ne crois tout de même pas que je vais te le dire ?

– Je me doute bien que non, vu que tu n’en as pas la moindre idée !

Il s’esclaffe.

– C’est ce que tu crois !

Nous continuons de nous chercher en avançant en direction de l’entrée de


métro. Je crois que j’ai assez marché pour la journée, peut-être même pour la
semaine entière. J’aurais dû mettre des chaussures plates.

Sur le quai, il y a une bande de gars de notre âge à quelques mètres. Je sais
que je suis le centre de leur attention, car ils n’arrêtent pas de regarder dans ma
direction. Caleb aussi le remarque et ça l’agace.

– Ils ont quoi, eux ?

– Je pense qu’ils me trouvent jolie.

– Ouais, ben, qu’ils mettent leurs yeux ailleurs !


– Jaloux ?

– Tu parles ! Je les calme en dix secondes, si je veux.

– Tiens donc ! le taquiné-je. Je demande à voir.

Caleb m’attire dans ses bras qu’il noue dans mon dos.

– Tu penses que ça suffit ou je dois être plus explicite ?

Mes yeux plongés dans les siens, je m’apprête à lui répondre qu’il doit leur en
falloir davantage, quand le métro arrive sur le quai. Dommage !

Caleb me lâche et prend ma main dans la sienne. Nous montons dans le


wagon. Il peste en voyant que la bande de gars nous suit. Il se plaque contre la
paroi et m’enlace à nouveau. Je suis aux anges. Je noue mes mains derrière sa
nuque, sans lâcher mon parfum.

– S’ils te regardent encore avec leurs regards de pervers, je les dégomme.

– Que des paroles ! me moqué-je.

La rame démarre. Caleb me retient pour que je ne vacille pas.

– Tiens déjà debout, avant de jouer les provocatrices !

– Je joue très bien, je le sais. Et pour ce qui est de tenir debout, je me pensais
en sécurité dans tes bras.

– Continue de faire la maligne…

Je pose ma tête sur son torse, je le sens frémir. J’approche ma bouche de son
cou pour y déposer un baiser.

Il baisse la tête pour me murmurer à l’oreille.

– Ne joue pas à ce jeu dangereux avec moi.

– Trop tard. Je crois qu’on est en plein dedans.


Il niche son visage dans mes cheveux et me serre contre lui. Je savoure
l’étreinte, en oubliant que j’ai commencé à me rapprocher pour qu’il arrête de
fulminer à cause des autres gars.

Nous descendons du métro à l’arrêt suivant, pour changer de ligne. Là, plus
aucun mateur dans les parages. Mon compagnon de balade est plus détendu.
Pour une fois, nous pouvons nous asseoir côte à côte.

– Je suis épuisée, lui dis-je.

– Quelques kilomètres et t’en peux déjà plus ? Petite nature !

Je lui donne un coup dans les côtes, il râle. Il n’avait pas besoin de poser son
bras sur le dossier de mon siège. J’en profite pour me rapprocher de lui et poser
ma tête sur son épaule. Il referme l’étreinte en mettant sa main sur mon bras et
dépose un baiser sur mon crâne.

– Tu comptes faire une sieste ?

– Tu es très confortable.

– Et tu sais de quoi tu parles !

Je nous revois enlacés sur le canapé, une nuit, il y a quelques semaines de


cela, moi endormie sur lui. Je souris à ce tendre souvenir.

Je me laisse aller contre lui tout le restant du trajet. Puis nous marchons pour
rentrer à la maison. Dès qu’on a passé le seuil, je retire mes chaussures.

– Prends des baskets, la prochaine fois !

– Pourquoi ? Tu comptes me faire encore marcher beaucoup dans Paris ?

– Je ne sais pas. Tu parles trop !

– Fais-moi taire ! lancé-je sans réfléchir.

Ses yeux brillent de désir. Je suis certaine que les miens aussi. Ne voulant pas
détruire notre complicité, je tourne les talons et vais dans ma chambre. Je laisse
mes chaussures sur le sol et déballe le cadeau de Caleb, avant de le glisser dans
le placard. J’enfile des tongs, bien plus confortables, et pars à la recherche de
mon compagnon pour la journée.

Je vais directement à sa chambre. La porte n’est pas fermée. Mais soudain, je


le revois avec Tiffany, debout devant le lit, son sexe dressé.

J’efface cette image qui m’excite dangereusement et pousse la porte, comme il


a pris l’habitude de le faire avec moi.

Il est en caleçon. Visiblement, il se changeait.

– Oups ! dis-je pour m’annoncer.

– On frappe avant d’entrer !

– C’est ce que je te disais aussi, tu te souviens ?

– Mais moi, je t’ai déjà vue nue.

– Moi aussi.

– Pas faux. Je vais prendre une douche.

Il retire son caleçon sans gêne, me montrant ses fesses magnifiques, puis
pivote pour me montrer son profil de face, le plus beau, une main cachant son
sexe.

– Je l’ai déjà vu !

Je lève les yeux au ciel devant son cinéma.

– Et alors ? Qu’en as-tu pensé ? Tu ne m’as pas dit si la marchandise te plaît.

– J’aurais peut-être besoin de revoir pour te répondre.

Il s’approche de moi et retire sa main, mais j’ai le réflexe de ne pas regarder


en bas.

– Ça joue les allumeuses, mais ça reste prude.


Pique bien envoyée ! Et méritée.

– Je venais juste te chercher pour qu’on prépare le dîner.

Il avance encore jusqu’à me faire reculer, me coinçant ainsi entre le mur et lui.
Il est contre moi, je sens ses parties intimes me frôler. Je dois me faire violence
pour garder mon sang-froid.

– Je vais venir. D’abord, je vais me doucher, mais avant, j’attends une


réponse.

Je connais parfaitement la question. Je pose mes deux mains à plat sur son
torse, le caresse un instant, avant de les nouer derrière sa nuque. Il enlace ma
taille et me rapproche au plus près de lui.

– Tu vas pouvoir juger encore une fois. On dirait bien que tu excites mon
corps.

Je ne sais pas comment m’en sortir, parce que j’ai envie de lui, c’est
indéniable, mais il a une copine et la société ne nous autorise pas à nous aimer
de cette façon. Nous appartenons à la même famille, même si elle est
recomposée.

– J’ai aimé ce que j’ai vu, lui confié-je.

C’était ma seule manière de m’en tirer. De toute façon, c’est ce qu’il voulait
entendre ; et c’est la vérité.

– Moi aussi, souffle-t-il à mon oreille.

Il me libère, j’en fais autant. Et s’éloigne pour rejoindre sa salle de bains


privée, ses deux mains sur son sexe, une ne suffisant plus.

Je souris. Je crois que Louise a raison.

Je suis amoureuse.

Et j’ignore comment je vais pouvoir m’en sortir.


Chapitre 12
Caleb et moi avons préparé le dîner et nous sommes à présent installés sur la
terrasse en attendant les parents. Il est presque vingt heures et je meurs de faim.
Heureusement, sachant qu’ils seraient sans doute en retard, nous avons fait un
repas froid.

– On peut manger sans eux, si tu veux.

– Ils ne devraient plus tarder, non ?

Je tente de m’en convaincre en même temps que je pose la question.

Caleb l’ignore, il hausse les épaules. Je me concentre à nouveau sur mon jeu,
espérant que le temps passe plus vite. D’ailleurs, je n’ai même pas eu cinq
minutes pour appeler ma mère et Louise. Je le ferai demain.

– Ça te dit de sortir, un soir ?

Je lève la tête pour regarder le jeune homme.

– Où ? Avec qui ?

– Boire un verre dans une salle de jeux, j’en connais une super. Avec moi,
évidemment.

Je fais une grimace exagérée.

– Je sais pas… L’idée n’est pas si excitante que ça.

Il comprend tout de suite que je le charrie.

– Dans ce cas, dis-moi ce qui t’exciterait.

Son regard ne quitte pas le mien et, bien sûr, je ne compte pas baisser les
yeux. Je suis devenue très forte aux petits jeux de Caleb.

– Il me faudrait des sensations vraiment très fortes à la clé.


Il fait mine de réfléchir.

– Tu pourrais être plus précise ? Parce que, là, je ne vois pas du tout.

– Vraiment ? Dommage… Je devrai me contenter de jeux, alors. Quel genre ?

– Eh bien, tu auras une queue et des boules dans les mains, ça, c’est une
certitude !

Ne pouvant me retenir plus longtemps, j’éclate de rire au sous-entendu


grossier.

– Va pour le billard.

Nos parents viennent de rentrer. Je les entends dans la cuisine. Caleb se baisse
vers moi pour que personne ne nous entende.

– Qui a dit que je parlais de billard ?

Il file aussitôt saluer notre père et sa mère.

Je respire lentement pour tenter de calmer les battements frénétiques de mon


cœur. On joue à un jeu dangereux, lui et moi, j’en ai bien conscience.
Néanmoins, je n’y renoncerai pas. Il est plutôt innocent. Enfin, je l’espère.

Je rejoins tout le monde dans la cuisine pour saluer mon père et sa compagne.
Caleb annonce qu’on a préparé le repas, ce qui, a priori, n’est pas une habitude,
ici. Nous passons donc à table sur la terrasse.

Je suis assise à côté de Caleb et en face de mon père. Ils nous interrogent sur
notre journée, alors mon demi-frère leur raconte qu’il m’a fait découvrir les
Champs-Elysées.

– Je n’ai plus de pieds ! commenté-je.

– Caleb, tu aurais pu lui montrer les magasins en bus ! dit Alice.

Je lance un regard au jeune homme en fronçant les sourcils.

– C’était tellement marrant de te faire marcher, avec tes talons !


Il rit, avant de reprendre pour sa mère :

– Parce que, pour aller se balader, elle ne trouve rien de mieux que de mettre
des pompes à talons !

Je le pousse du coude, pour qu’il arrête de se moquer.

– Peut-être que si tu m’avais prévenue qu’on irait faire dix mille kilomètres,
j’y aurais pensé !

On rigole et nos parents avec nous. L’entente est au beau fixe, ce soir ; je suis
comblée.

J’aide à desservir la table, alors que mon père s’isole dans son bureau. Alice
remplit le lave-vaisselle, Caleb n’est plus visible. Sans doute dans sa chambre.

– Je suis désolée que Caleb s’amuse avec toi.

– Ce n’est pas grave, je me vengerai ! affirmé-je.

Elle rigole, contente que son fils et moi nous entendions aussi bien. Elle me
confie qu’il a très peu d’amis, parce qu’il a du mal à se lier avec les gens. Je suis
surprise, ça semble si naturel, pour lui, d’établir le contact.

– Je pense qu’avec toi c’est différent parce que tu es sa sœur… Je veux dire,
quelque part, c’est un peu ce que vous êtes, non ?

– Oui, je suppose.

D’un côté, je ne suis pas d’accord avec son point de vue, parce qu’il me
dérange. De l’autre, je sais qu’aux yeux de la société, c’est ce que nous sommes.
Elle a parfaitement raison.

Quand la cuisine est rangée, je décide de prendre quelques minutes pour


appeler ma meilleure amie et lui raconter ma journée. Je me rends donc dans ma
chambre. Au même moment, je vois Caleb sortir de la sienne. Il porte sa veste en
cuir qui le rend diablement sexy et il a évidemment troqué son bermuda contre
un jean.

Je suppose qu’il sort. Il va rejoindre Tiffany et ça me rend dingue, même si je


n’ai pas le droit d’éprouver de la jalousie.

– Tu t’en vas, lui dis-je un peu brutalement.

Ce n’est pas une interrogation, parce que j’en suis certaine.

– Je vais boire un coup avec Jo. D’ailleurs, tu ne voulais pas le revoir ? Il te


plaisait, si je me souviens bien !

Je lève les yeux au ciel.

– T’écoutes pas quand je te parle. Je n’aime pas les blonds !

– Il pourrait se teindre les cheveux, si y’a que ça !

Il me fait rire.

– Bonne soirée, lui souhaité-je, espérant qu’il se limitera à Jonathan.

– Toi aussi.

Et il part.

Je rentre dans ma chambre, file à la fenêtre et l’observe sur le trottoir, une fois
qu’il a quitté la maison. Quelle idiote je fais !

J’ai envie d’appeler Louise, mais j’ai peur qu’Alice m’entende, alors je
contacte ma mère. Je ne lui dévoilerai aucun de mes secrets. Ainsi, aucun danger
si on surprend ma conversation.

Maman est contente de m’entendre. Je lui raconte ma journée, comme Caleb


et moi l’avons fait avec nos parents. Aucun détail croustillant, tout cela reste
privé. C’est un secret entre lui et moi.

Ma mère est contente que je m’adapte bien, que les choses s’arrangent avec
mon père, qu’Alice soit gentille avec moi et que Caleb me traite comme une
sœur. Je discute plusieurs minutes avec elle, avant de raccrocher.

Je retourne dans la cuisine dans l’intention de souhaiter une bonne nuit à


Alice. Je la trouve devant la télévision, dans le petit salon.
– Papa travaille encore ?

– Il a bientôt terminé.

– Je vais aller me coucher.

– Tu peux regarder le film avec moi, si tu veux.

– C’est gentil, mais je suis fatiguée. La balade a été longue.

Elle me sourit aimablement. Compatissante.

– Alors, bonne nuit !

– Bonne nuit, lui souhaité-je en retour. Tu pourras souhaiter une bonne nuit à
papa de ma part ?

– Bien sûr.

Je retourne dans ma chambre et me glisse sous une douche bien chaude, avant
d’entrer dans mon lit. J’appellerai Louise demain, quand les parents
travailleront. Que Caleb surprenne ma conversation avec mon amie me dérange
moins que si c’est Alice ou mon père.

Je joue sur mon téléphone, quand celui-ci m’indique un message. Je regarde


qui en est l’auteur : Caleb. Je fronce les sourcils, me demandant à quelle sauce il
va me manger.

Jo a envie de te voir.

Bien sûr ! C’est peut-être vrai, cela dit, mais mon petit doigt me dit qu’il n’est
pas le seul dans ce cas.

Suis au lit.
Je ne tarde pas à recevoir une nouvelle réponse.

Ça te prend 5 min de te rhabiller.

Il est sérieux ? Comme si j’allais me coiffer et me maquiller pour aller voir un


mec qui ne me plaît même pas.

Nan. Bye.

Évidemment, je ne me débarrasse pas de lui comme ça.

Allez, Clém. Je viens te chercher.

Rien à foutre, je serai dans mon lit

Je souris quand le message est parti. J’espère que le smiley avec les bisous
l’amusera.

Si c’est le cas, je m’y glisserai avec toi.

Je relis le message à plusieurs reprises. Il est complètement fou ! Si les parents


nous surprennent dans le même lit, on est morts. Toutefois, c’est tellement
tentant de le mettre au défi.

Pas cap.

Je bâille. Il est presque vingt-deux heures et j’ai envie de dormir. Je coupe le


son de mon téléphone en voyant qu’il ne me répond plus et le pose sur la table
de chevet.

Je ne parviens pas à m’endormir tout de suite. Sans doute parce que je pense
trop à Caleb et ce jeu, stupide mais tellement excitant, entre nous. Certes, c’est
risqué, mais on ne dépasse aucune limite. Encore faut-il savoir où elles se
situent.

J’entends tout à coup la porte de ma chambre s’ouvrir, puis se refermer,


j’imagine que c’est Alice qui vient s’assurer que je suis bien couchée, avant
d’aller dormir. Je réalise que j’ai tout faux quand j’entends des bruits de
vêtements. Je sors de mon cocon pour appuyer sur l’interrupteur de ma lampe de
chevet. Et la lumière dévoile un Caleb en caleçon !

– Tu m’expliques ?

– Tu vas voir si je ne suis pas cap.

Il lève la couette du côté vide et se glisse dans le lit avec moi.

– OK, j’avoue. T’as réussi. Tu peux retourner à ta p’tite fête ou aller dans ton
lit, maintenant.

– Éteins la lumière.

– Quoi ? Non !

Il s’installe pour dormir. Il est dingue, ma parole !

– Et si on nous trouve ensemble ?


– Ma mère ne se permettra jamais d’entrer dans ta chambre et le père encore
moins. Ni dans la mienne pour vérifier que j’y suis. Pas d’inquiétude. Tu peux
dormir tranquille.

– Avec toi ?

– Je ne te toucherai pas, si c’est ça qui t’inquiète.

Je lève les yeux au ciel.

– En réalité, c’est plutôt de moi que j’ai peur.

– Qu’est-ce que tu racontes ?

– J’ai un mec en caleçon juste à côté de moi et je viens de finir de lire un


chapitre méga érotique.

– Raconte.

Moi qui pensais le faire fuir, c’est raté.

Puisque j’ai commencé, autant poursuivre et voir s’il est réellement capable de
passer la nuit avec moi. J’éteins donc la lumière et me tourne vers lui. Nous
sommes face à face, sans nous voir, cachés par les ténèbres.

Je lui raconte alors que l’héroïne a fait une fellation à son homme, prenant
bien le temps d’expliquer qu’elle glissait sa langue sur toute la hauteur de son
membre. Je continue en lui disant qu’il lui a fait l’amour avec une infinie
tendresse, qu’il se perdait en elle, dans l’humidité de son désir.

Et là, je sens un doigt sur ma bouche.

– Si tu la fermes pas, je te fais taire, chuchote-t-il.

– C’est toi qui as voulu savoir.

– Maintenant, je veux que tu te taises.

– Ou quoi ?
– Je ne suis pas certain que t’aies envie de le savoir.

– Moi je crois que si.

Mon cœur tambourine dans ma cage thoracique ; j’ai l’impression qu’il va


exploser.

– T’es une sacrée diablesse ! Je me tirerais bien de ton lit, mais tu m’as fait
bander !

Je pars dans un fou rire que je tente de réprimer pour qu’on ne m’entende pas,
mais c’est très difficile.

Caleb m’attire contre lui et je me laisse aller dans ses bras, je pose ma tête sur
son épaule, ma main sur son torse, faisant bien attention à ne pas frôler son
érection avec ma jambe.

– Dors, maintenant. Et reste sage.

Je souris contre sa peau avant d’y déposer un baiser. Ensuite, j’obéis. Je dors
et je reste sage. Sauf dans mes rêves…

***

C’est étrange de me réveiller dans les bras de Caleb. J’ai l’impression de ne


pas avoir bougé de la nuit pour rester blottie contre lui. Je n’ai aucune envie de
me mouvoir, mais il va bien falloir. Je dois me rendre aux toilettes.

Je quitte donc mon cocon douillet pour me rendre dans la pièce à côté. Je
lance un coup d’œil dans le miroir pour m’assurer d’être présentable. J’ai les
cheveux en pétard, mais on fera avec.

Quand je reviens dans ma chambre, je constate que Caleb est réveillé. Sa tête
appuyée sur son coude, il attendait que je sorte de la salle de bains.

– Alors ? Cap ou pas cap ? lance-t-il, fier de lui.


Je secoue la tête et ne réponds même pas.

– Je vais me doucher. Je te rejoins à la cuisine, lui dis-je.

– OK, je prépare le petit-déj’ de madame !

Je souris et il m’imite en sortant de mon lit.

Je me dépêche de prendre une douche et me lave les cheveux. Quand j’ouvre


la porte de la cabine pour en sortir, je sursaute en voyant Caleb dans la salle de
bains, ma serviette à la main.

– Enfin ! râle-t-il.

J’ai le réflexe de me cacher derrière la porte vitrée.

– J’ai déjà tout vu de toi, Clém ! D’ailleurs, tes seins sont magnifiques.

Il s’approche pour me donner ma serviette dans laquelle je m’enroule avant de


sortir de la cabine.

– On n’avait pas rendez-vous dans la cuisine ?

– Changement de programme. Ça te dit un p’tit-déj' dans un salon de thé ?

Je le fixe sans comprendre pourquoi il me fait cette drôle de proposition. On a


tout ce qu’il faut, ici.

– Après, on se baladera dans Paris.

– On pourrait aussi le faire après avoir mangé chez toi.

Je m’approche du miroir et commence à me coiffer.

– Tu peux être prête en combien de temps ?

Il me semble nerveux.

– Si tu me disais ce qui se passe.

– Je viens de recevoir un message de Tiff. Elle sera là dans une heure et je n’ai
pas envie de la voir.

Je comprends mieux pourquoi il veut aller manger dehors.

– Donc, tu peux être prête en moins de trente minutes ?

– Oui.

– Génial ! Je te prépare tes vêtements, ça te fera gagner du temps.

La seconde suivante, il file. Je secoue la tête, espérant qu’il ne me sorte pas


n’importe quoi. Je me fais une tresse pour ne pas perdre de temps à me sécher et
me lisser les cheveux. Je mets mes boucles d’oreille pendantes, ma montre et je
commence à me maquiller.

Caleb revient déjà, changé. Visiblement prêt pour la journée.

– Dépêche, me dit-il.

Je fais de mon mieux. Je ne vais quand même pas sortir sans un minimum de
maquillage. Surtout avec lui !

Il se place derrière moi et me regarde dans le miroir.

– Tu es parfaite. Tu fais quoi avec tout ça ?

Je continue de me mettre du mascara sans relever sa remarque.

– Hey, mais t’es nue, là-dessous.

– Très perspicace !

– Je te donne encore deux minutes. Après, je te retire ta serviette.

Ses bras enlacent ma taille et il se plaque contre mon dos.

– Si tu veux que je me dépêche, il faudrait peut-être me laisser un peu


d’espace, réclamé-je.

– Ce ne serait pas drôle sinon... murmure-t-il à mon oreille.


Il dépose un baiser sur ma joue, me faisant faire des bêtises quand je mets du
gloss.

Il ricane et me regarde recommencer.

Quand je suis prête, il consent à me libérer et je peux enfin aller m’habiller. Il


a mis un short en jean et un débardeur sur mon lit. Le haut est blanc et
transparent sur le milieu ; mais j’imagine que ce n’est pas fait exprès. Il m’a
même préparé des sous-vêtements blancs et ma paire de baskets. Clin d’œil à la
veille, je suppose.

Je dois m’habiller dans la salle de bains, parce qu’il n’a pas l’intention de
sortir de ma chambre. Je me hâte car je le sais pressé et, quelque part, je suis très
contente qu’il préfère passer la journée avec moi plutôt qu’avec sa petite amie.

Moins de dix minutes plus tard, nous voilà assis dans le métro. Si vous êtes
pressés, comptez sur Caleb pour ne surtout pas vous mettre en retard ! Il m’a
presque fait courir dans la rue.

Nous commençons donc notre journée à deux par un petit-déjeuner dans un


salon de thé. Bien sûr, Tiffany appelle Caleb, mais il ne répond pas, décidant
qu’il a oublié son portable à la maison. Il le met sur silencieux pour ne plus être
dérangé.

Nous enchaînons avec une visite du Louvre. À part la Joconde, je ne connais


absolument rien ! Et l’art n’est décidément pas mon truc, même si j’avoue que
j’ai beaucoup aimé les trésors que j’ai pu admirer dans toutes ces salles
gigantesques.

Sur les coups de treize heures, nous allons manger des pâtes au pesto dans un
restaurant italien qu’il apprécie.

Puis nous revoilà à arpenter les rues parisiennes. Alors que je m’imprègne du
paysage, mon compagnon a l’idée stupide de suggérer un massage. Il me vante
les mérites du salon de massage qu’il connaît bien, sans que je sache qu’il est en
train de m’y conduire.

Heureusement pour moi, leur carnet de rendez-vous est plein pour cet après-
midi. Néanmoins, cela ne suffit pas à freiner Caleb. Il décide d’acheter des huiles
et de m’en faire un dès que nous serons rentrés. Je lève les yeux au ciel, je ne
compte pas le laisser me toucher.

Caleb fait tout son possible pour traîner lors de notre retour à la maison. Il est
pourtant presque dix-sept heures. Je suis épuisée, même si j’ai moins mal au pied
que la veille, grâce à mes baskets.

– Tu n’es pas pressé de me masser ? lancé-je pour essayer de savoir ce qui le


taraude.

Il esquisse un sourire et passe son bras autour de mes épaules pour m’attirer
contre lui. Nous avançons ainsi. Comme un couple.

– Imagine que Tiff ait fait le pied de grue devant la porte !

C’est donc sa copine qui le tracasse.

– Tu crois qu’elle en est capable ?

– Nan. Elle a mieux à faire. Mais je vais me prendre un sacré savon.

– Juste parce que tu as oublié ton téléphone ?

Il ne répond pas. J’en déduis qu’elle n’appréciera pas qu’il ait passé la journée
avec moi.

Lui dira-t-il seulement ?


Chapitre 13
Bien sûr, Tiffany n’est pas devant la maison, mais Caleb ne retrouve pas sa
bonne humeur pour autant, surtout lorsqu’il regarde son téléphone et qu’il
constate qu’il a vingt-sept appels en absence, de sa copine, et cinq SMS où elle
l’engueule.

Il n’a fait qu’oublier son téléphone… lui a-t-il dit pour avoir la paix.

– Souhaite-moi bonne chance. Je vais la rappeler ! Tu peux mettre ça dans ta


chambre ?

Je prends le sachet des huiles de massage en hochant la tête. Il marche en


direction de son antre pour avoir de l’intimité, je le suis pour regagner le mien.

Je profite de ma solitude pour appeler Louise et lui raconter ce qui se passe.


Elle est ravie d’apprendre que Caleb et moi nous rapprochons sans cesse, déçue
toutefois que rien de concret ne se soit encore passé entre nous. J’ai beau lui
affirmer que nous ne franchirons aucune limite, elle ne me croit pas. Et me pose
d’ailleurs une question très pertinente :

– Vous les fixez où, vos limites ?

C’est vrai qu’il nous appartient d’en décider. Je suppose qu’on se contentera
de ce que la société autorise pour que notre relation ne soit pas trop ambiguë. Je
l’ignore, en fait.

Ma meilleure amie aimerait que je ne me pose pas autant de questions, que je


profite du moment présent et fonce si une occasion se présente. Ça me fait
sourire parce qu’en réalité, j’en ai eu des tas, mais n’en ai saisi aucune. Ce ne
serait pas bien.

Je ne lui avoue pas encore que je pense qu’elle a raison en me pensant


amoureuse de Caleb ; je préfère attendre. Quoi ? Je l’ignore. Mais c’est mieux
comme ça.

À peine ai-je raccroché, le sourire aux lèvres, que Caleb s’invite dans ma
chambre, des serviettes de toilette dans les mains.
– Alors... ce massage !

– Quel massage ? demandé-je, feignant l’ignorance.

Sauf qu’il n’a pas oublié que j’ai, en quelque sorte, accepté sa proposition sur
le chemin du retour.

– Lève-toi, réclame-t-il.

Je bouge donc du lit sur lequel j’étais assise. Caleb y étale une grande
serviette. Il m’en lance une autre ensuite.

– Pour mettre autour de ton corps.

– T’as vraiment cru que j’étais sérieuse ? objecté-je.

– Ne te fais pas prier.

Il me fait une moue adorable et je fonds. Je me rends dans la salle de bains


pour me déshabiller, ne gardant que ma culotte, et je m’enroule dans le moelleux
de la serviette. Je prends une pince pour relever ma tresse, afin que mes cheveux
ne traînent pas sur ma nuque.

Je respire un bon coup avant de retourner dans ma chambre.

– Allonge-toi, me dit-il.

Je constate qu’il a trouvé les produits récemment achetés dans mon placard.

Je sais parfaitement que, si je me couche avec la serviette m’entourant le


corps, il ne parviendra pas à masser mon dos. Il aura sans doute l’idée stupide de
me la retirer. Je préfère prendre les devants.

– Tourne-toi, lui intimé-je.

– T’es sérieuse ? se moque-t-il.

– Allez !

Il obéit. J’en profite pour descendre la serviette qui me couvre sur mes
hanches et m’allonge, le dos nu, sur mon lit.

– C’est bon, Caleb.

Il me regarde d’un air satisfait et attrape un flacon d’huile avant de venir


s’installer à califourchon sur mes cuisses. La position a quelque chose
d’érotique, mais je me force à ne pas y penser.

Quand je sens un liquide froid couler dans mon dos, je me crispe.

– Détends-toi.

Les mains de Caleb se posent sur ma peau et commencent à me caresser, me


malaxer les épaules. J’avoue que je ne pensais pas qu’il s’en sortirait aussi bien.
J’ignorais qu’il avait ce talent caché. Le massage est très agréable et me relaxe
au plus haut point.

Je gémis même de désespoir quand il s’arrête, ce qui le fait rire.

– Tu as kiffé à ce point ?

Je me redresse, avec la seconde serviette sur ma poitrine, quand Caleb n’est


plus sur moi.

– Je suis obligée d’avouer.

Il sourit, fier de lui.

– Va te rhabiller et on va voir ce qu’on fait pour dîner.

J’obéis et retourne dans la pièce attenante pour remettre mes vêtements.


L’huile ne colle pas, c’est très agréable, et elle sent véritablement bon.

Je retrouve Caleb dans la cuisine où il tourne en rond. Je me demande


comment s’est passée sa discussion avec Tiffany. Il ne m’a rien dit à ce sujet.

– Je vais appeler ma mère pour savoir à quelle heure ils rentrent.

Il m’explique qu’il doit partir tôt, ce soir, et qu’il n’a pas l’intention d’attendre
les parents pour manger, s’ils ne sont pas là à dix-neuf heures tapantes. Il n’a
même pas l’intention de préparer le dîner, dans ce cas.

Il n’attend pas que je réplique et contacte sa mère. Je l’écoute parler.

– Ouais, m’man, je sors ce soir, je partirai tôt. Vous rentrez pour quelle heure ?

Je suppose qu’il a des projets avec sa copine pour se faire pardonner son
absence de la journée. Je suis dépitée.

– OK. On va faire à manger, alors. Mais, si vous n’êtes pas là, on mangera
sans vous.

Il rigole à la réponse de sa mère en plantant son regard dans le mien.

– Il se pourrait bien que je l’embarque avec moi !

Je fronce les sourcils. De qui parle-t-il ?

Quand il raccroche, il m’annonce sans surprise que les parents seront là pour
dîner avec nous.

– Et sinon, tu comptes embarquer qui ? l’interrogé-je.

– Toi !

Il contourne le comptoir et ouvre le réfrigérateur pour en regarder son


contenu.

– De quoi tu parles ?

– On peut faire un gratin de pâtes au jambon vite fait.

Je le rejoins et me poste devant lui jusqu’à ce qu’il se décide à parler.

– Ça te dirait de venir avec moi au ciné, ce soir ?

– Tu veux dire : avec toi et Tiffany ?

– Je me mettrai entre vous deux.

J’ai envie de rire en m’imaginant la tête de sa copine si je débarque avec


Caleb, ce soir, à leur rendez-vous en amoureux.

– Non, refusé-je.

– Pourquoi ?

– Parce que tu crois franchement que ta copine va apprécier l’idée ?

– Je pourrais aussi demander à Jo de venir.

Et le rendez-vous des tourtereaux se transformera en sortie à quatre !

Je râle pour la forme, mais, au fond de moi, l’idée me plaît assez. Je me fiche
que Jo soit présent, bien que ce soit mieux qu’il vienne, lui aussi. Mais j’avoue
que faire capoter la soirée de Tiffany me réjouit.

Caleb n’attend pas que j’accepte son invitation, il appelle son ami pour
l’inviter, l’assurant de ma présence. Jonathan est gentil, mais ça s’arrête là ; je
n’ai pas envie de sortir avec lui.

Bien sûr, quand il en a terminé, c’est fièrement qu’il m’annonce que son ami a
hâte de me revoir.

– Alors, tu viendras ? me demande-t-il en posant ses mains sur mes hanches.

Je fonds à son contact.

– Oui.

– Parfait.

Il approche son visage du mien. J’ai la sensation qu’il va m’embrasser. Ce


qu’il fait : sur le front. Déception…

Il relance son idée de gratin de pâtes au jambon, que j’adopte, et nous


préparons le plat.

– T’as une demi-heure grand max pour te préparer, me dit-il quand le plat est
au four. On décolle après manger.
Je me hâte donc de prendre ma douche et d’enfiler un jean moulant avec un
débardeur noir plutôt transparent. Je défais ma tresse et laisse mes cheveux
longs ; ils sont légèrement ondulés ainsi. Je rafraîchis mon maquillage et me
voilà prête.

J’ai mis moins des trente minutes autorisées par Caleb – OK, j’en ai mis
vingt-huit ! – et je le retrouve dans la cuisine où il sort du meuble haut la
vaisselle pour notre repas.

– Mets la table, s’il te plaît. Il va être dix-neuf heures et y’a toujours personne.
Par contre, toi, t’es canon.

Moi qui m’apprêtais à prendre les assiettes en main, j’ai failli tout laisser
tomber. Je les dispose sur la petite table de la cuisine que nous n’avons encore
jamais utilisée, depuis que je suis arrivée. Caleb me bloque le passage quand je
veux prendre les verres. Il m’enlace sans ma permission, je me blottis contre son
corps, ses mains plaquées dans le bas de mon dos. Il niche son visage dans mes
cheveux et me souffle que je sens bon. Je profite de l’instant, bien que j’aie peur
qu’on nous surprenne.

Quand nous nous détachons l’un de l’autre, nos regards s’aimantent. J’ai la
sensation d’être enfin complète, enfin à ma place. Un puissant désir de
l’embrasser me gagne. Toutefois, si plus rien n’existait autour de nous il y a dix
secondes encore, je suis parfaitement ancrée dans la réalité, maintenant.

J’entends soudain un bruit de moteur qui m’oblige à m’écarter vivement de


Caleb. Je me sens légèrement mal à l’aise. On aurait pu se faire surprendre.

Le jeune homme termine de mettre la table, comme si de rien n’était. Et nos


parents passent par la porte.

– Pile à l’heure, lance Caleb.

J’embrasse Alice et papa et nous nous mettons à table.

– Alors, comme ça, vous sortez ? s’enquiert ma belle-mère.

– Un ciné entre potes, élude Caleb. Le boulot, ça a été ? Bouclez tout avant le
départ pour Hawaï.
Il ne laisse pas le temps aux parents de répondre qu’il enchaîne déjà.

– J’ai dit à Clém qu’on allait à Maui, cette année.

Alice hoche lentement la tête, alors que mon père s’éclaircit la voix pour
pouvoir prendre la parole.

– Justement, à ce sujet... Alice et moi aimerions te proposer de te joindre à


nous pour ces quinze jours, Clémence.

Je tombe des nues. Je ne m’y attendais pas du tout.

– Tu as un passeport ? enchaîne mon père.

Mes espoirs s’envolent avant même que j’aie pu réaliser l’ampleur de la


proposition.

– Non.

Il lance un regard à Alice, qui poursuit à sa place.

– Ce n’est pas un problème. On peut en faire la demande demain. J’ai un ami


à la préfecture qui s’en occupera en priorité.

L’espoir renaît.

– Il faut que j’en discute avec maman.

– Bien sûr, acquiesce mon père. Mais, quelle que soit ta décision, j’aimerais
que tu passes à notre bureau demain pour les formalités.

– Je l’y conduirai, intervient Caleb, tandis que je hoche la tête.

Maintenant, je ne fais que penser à Hawaï. L’océan Pacifique ! Est-ce que ma


mère acceptera ? Rien n’est moins sûr. Mais moi, j’adorerais passer des vacances
avec mon père. Et Caleb !

Ce dernier me presse d’ailleurs, parce que je ne mange pas assez vite à son
goût. Il me rappelle que nous avons rendez-vous dans moins d’une heure devant
le cinéma. Je rouspète pour la forme, mais accélère tout de même.
Après le dîner, nos parents nous souhaitent une bonne soirée et nous partons
rejoindre Tiffany et Jonathan. Je me demande quelle tête elle fera en me voyant,
puisqu’elle n’est pas au courant que je les accompagne, ce soir.

Durant notre trajet à pied, Caleb se réjouit de la possibilité que je parte en


vacances avec eux. Moi aussi.

– Ta mère acceptera ?

Je hausse les épaules.

– Je l’appellerai demain.

Dans le métro, il se fait un malin plaisir de me coller. Il passe son temps à me


taquiner si bien qu’il en oublie notre arrêt et grogne quand il s’en rend compte.

– C’est de ta faute si on est en retard, lâché-je.

– Euh... non. T’as pas besoin de retenir toute mon attention.

Je pouffe.

Nous descendons à l’arrêt suivant. Je propose à Caleb qu’on rejoigne notre


point de rendez-vous à pied, mais il préfère qu’on prenne le métro dans l’autre
sens.

– Sérieux ? On va le prendre pour une seule station ?

– Je pense à toi. Tu ne peux pas marcher longtemps, avec tes chaussures.

Je lève les yeux au ciel. Il est vrai que j’ai mis des hauts talons, mais ils sont
confortables.

– Tu me mets au défi ?

– On sera en retard si on ne prend pas l’autre rame. Et tu me retardes


davantage avec tes discussions.

Un jeune homme qui passe à côté de moi me siffle, ce qui fait enrager Caleb.
– Je vais lui faire bouffer sa casquette !

– Et si on y allait ?

Je tire sur son avant-bras pour qu’il me suive. Ce qu’il fait, finalement.

– C’est où ? demandé-je, une fois sur le trottoir.

– Par là.

J’ai l’impression que Caleb a perdu sa bonne humeur. Il n’a aucune envie
d’être en retard et le fait de savoir qu’on l’est le rend irritable. Il ne décroche
plus un mot pendant le reste du trajet, passant son temps à regarder sa montre.
Puis il s’arrête brusquement.

– Qu’est-ce que tu fais ? l’interrogé-je.

– C’est juste là, dit-il en me montrant le complexe.

Nous avons rendez-vous dans le hall. J’imagine que ses deux amis sont déjà
sur place, puisque, d’après Caleb, nous avons cinq minutes de retard.

– Eh bien, allons-y !

Sauf qu’il ne semble pas vouloir me suivre.

– Tu ne veux plus y aller ?

– Si. Je me prépare juste à la tornade qui va suivre.

J’esquisse un sourire ; lui aussi sait que sa copine ne va pas du tout approuver
le changement de programme.

– Tout se passera bien, lui affirmé-je.

Nous nous remettons en marche jusqu’au cinéma. Caleb me tient la porte et


j’entre. Il me suit. Nous repérons rapidement Tiffany. Elle est seule et fixe sa
montre, passablement énervée.

– Tu t’assois à côté de moi, me dit-il rapidement.


Il s’approche de sa petite amie, tandis que je reçois sa phrase comme un ordre.
Jonathan vient justement dans notre direction, lui aussi, mais c’est nous que la
jolie blonde remarque en premier. Ses yeux s’écarquillent et sa bouche forme un
O.

Surprise !

Nous nous retrouvons tous les quatre au milieu du hall. La blonde me fusille
du regard, puis fixe méchamment Caleb.

– J’ai invité ma sœur et Jo.

Je tique au mot employé, mais je sais bien qu’il l’utilise pour que Tiffany ne
me perçoive pas comme une menace.

– Je vois ça ! lâche-t-elle, les lèvres pincées.

Jonathan serre la main de Caleb, fait la bise à son amie, puis à moi, avant de
se poster à mon côté. Ça commence bien.

– Pop corn ! propose Caleb.

Nous prenons d’abord nos tickets, puis allons nous ravitailler en confiseries.
Tiffany n’arrête pas de pester, d’autant plus que son copain ne l’a pas encore
embrassée. À sa place, moi aussi je serais verte de rage.

La salle est ouverte. Nous nous asseyons bien au milieu. Je me retrouve entre
Caleb et Jo, sans surprise. Durant les pubs, on discute à trois, parce que la blonde
plantureuse préfère regarder ses ongles, toujours boudeuse. On rigole beaucoup,
aussi, ce qui l’énerve davantage, j’en suis certaine.

Quand le film commence, plus un bruit ne filtre de notre côté. J’en profite
pour manger mes pop-corn. Nous avons choisi un film d’horreur sur l’invasion
de mutants qui déciment la Terre. Le héros est plutôt beau gosse, mais je ne suis
pas certaine qu’il sauve le monde. Je sursaute plusieurs fois dans mon siège, ce
qui fait rire Caleb, que je frappe souvent dans les côtes, et agace Tiffany.

Finalement, nous quittons le complexe dans la bonne humeur, si on ne compte


pas miss grincheuse.
– On va boire un verre ? propose Jo.

Caleb regarde sa montre, alors que sa petite amie boude clairement.

– Pas le temps. Je dois raccompagner Cendrillon avant vingt-trois heures.

– C’est minuit, objecté-je.

– Cendrillon peut-être, mais pas toi.

Et il m’adresse un clin d’œil. Je comprends qu’il ne veut pas s’éterniser avec


les deux autres. Ça me va très bien.

– Dommage, répond Jo. J’espère qu’on se reverra.

– Sans doute, lui assuré-je. Je n’ai pas encore décidé de rentrer.

Je fais la bise au meilleur ami de Caleb et ignore royalement Tiffany, qui me


le rend bien.

– Tu m’accordes deux minutes ? me réclame Caleb.

Je comprends ce qu’il veut dire quand je le vois se mettre à l’écart avec sa


copine. Il aurait dû essayer de la calmer en début de séance. Quoique… Ça aurait
pu me rendre jalouse. Ce que je ressens en ce moment en les regardant.

Jonathan discute avec moi, mais je me fous royalement de ce qu’il me raconte.


Je fixe Caleb sans même m’en rendre compte.

– T’en fais pas, il ne va pas s’évaporer !

Je ris jaune à sa blague stupide. Je réplique la première connerie qui me passe


par la tête.

– J’aimerais juste qu’il se magne, je ne veux pas être punie à cause de lui.

Punie ? J’aurais franchement pu trouver mieux. Il va me prendre pour une


gamine avec un couvre-feu, comme l’a sous-entendu Caleb, alors que c’est
totalement faux.
– T’en fais pas.

Ouais, c’est ça. Sauf que celui qui me rend toute chose depuis quelques
semaines tient une autre fille dans ses bras.

Maintenant, il se penche vers elle et l’embrasse sur les lèvres. La jalousie qui
s’insinue dans mes veines est telle une vipère déversant son venin. La douleur
est atroce, j’ai l’impression de ne plus parvenir à respirer, de suffoquer.

Le mal qui me ronge est puissant, mais je ne dois rien laisser paraître. Je ne
dois pas laisser échapper les larmes qui me brûlent les yeux. Je ne peux que
détourner le regard en espérant que Jo ne remarque rien, mais surtout que la
douleur disparaisse. S’efface.

– Je peux te ramener, si tu veux, me propose l’ami de mon chaperon.

Je ne peux même pas lui répondre. Ma gorge est nouée. Paralysée. Comme
moi. Par le désespoir.

– On y va ! lance Caleb.

Il serre la main de son ami et s’éloigne. Je suis incapable de le suivre, mes


pieds sont ancrés dans le sol. Quand il se rend compte que je ne bouge pas, il
revient sur ses pas.

– Tu rêves ? m’interroge-t-il, moqueur.

Il claque des doigts devant mon visage pour me sortir de ma torpeur. J’ai
l’impression d’émerger du brouillard.

– Tu viens ? me demande-t-il, inquiet.

Je hoche la tête et lui emboîte le pas. Nous marchons en silence jusqu’au quai
du métro. Là, il semble réaliser que je ne suis pas dans mon assiette.

– Ça ne va pas ? Jo t’a dit un truc qu’il...

– Tout va bien, lui affirmé-je, avec toute la conviction dont je suis capable.

Lui et moi ne faisons que nous taquiner, nous amuser. Je ne suis pas supposée
être jalouse et il ne doit surtout rien soupçonner.

– Tout s’est arrangé, avec Tiffany ? l’interrogé-je.

– Ouais.

Je n’aurai pas droit aux détails. C’est peut-être mieux comme ça.

Je suis distante et lointaine durant tout le trajet, que ce soit en métro ou à pied
ensuite. J’ai la sensation qu’on m’a enfoncé une lame en plein cœur et je dois le
cacher.

Alors je suis bien contente quand je suis enfin arrivée à la maison. Cependant,
Caleb ne me laisse pas regagner ma chambre sans me suivre.

– Dis-moi ce qui se passe ! Je vois bien que t’es pas comme d’habitude.

Il va falloir inventer une connerie et être très crédible, il ne doit rien


soupçonner de mes tourments.

– Jo a dit qu’il aimerait me revoir et je ne sais pas si j’en ai envie.

Minable. Mais c’est la vérité. Je n’ai rien inventé.

Caleb fait de gros yeux ronds, comme s’il ne s’attendait pas à ce genre de
réponse de ma part.

– Tu vois, ce n’est rien. Je suis fatiguée, en plus.

Il s’approche de moi et pose ses mains sur mes épaules. Nos regards
s’accrochent.

– Tu n’es pas obligée de le revoir, si tu ne le veux pas, tu sais.

Je hoche la tête.

Il m’attire contre lui. J’aurais pu être bien. Pourtant, il tenait une autre fille
contre lui, il n’y a encore pas si longtemps. Je peux presque sentir son parfum. Je
suis écœurée.
Je brise rapidement l’étreinte ; c’est trop insupportable.

Ce soir, j’ai réalisé que Caleb ne sera jamais à moi, qu’il appartient à Tiffany,
qu’il l’aime, que lui et moi ne faisons rien d’autre que jouer à un jeu dangereux.

Pour protéger mon cœur, je devrais y mettre fin sur-le-champ.

Pour protéger mon cœur, je ne devrais pas aller à Hawaï.


Chapitre 14
Ce matin, j’espérais être seule pour prendre mon petit-déjeuner, mais Caleb
me rejoint au moment où mon chocolat chaud est prêt. Je suis assise sur l’un des
hauts tabourets, les yeux dans le vague.

– Tu ne manges pas ? me demande-t-il.

Je décide de lui cacher mon mal-être. Je ne vais pas mieux qu’à notre retour
du cinéma, mais que puis-je y faire ? Une baisse de moral ou une prise de
conscience douloureuse.

– Tu n’as rien préparé ! le taquiné-je.

Il esquisse un sourire en se servant un café.

– Je me rattraperai demain. En attendant, il y a de la brioche et de la confiture,


réplique-t-il en les sortant du meuble.

Je me fais une tartine sans trop de conviction, alors que lui semble en pleine
forme, ce matin.

– Je t’emmène au bureau des parents dès que tu es prête.

Je hoche la tête. Je suis déjà habillée, mais je n’ai pas encore discuté avec ma
mère. Je préfère lui parler avant de prendre une quelconque décision.

Et puis, hier soir, j’avais décidé qu’il serait mieux pour moi de ne pas y aller.
Je ne sais plus quoi faire. Je suis complètement perdue.

Caleb me parle d’Hawaï, où il est déjà allé plusieurs fois, sans doute pour me
convaincre. Ses longues plages de sable fin. L’océan bleu turquoise. Le paysage
à couper le souffle.

– Je vais appeler ma mère, lancé-je.

– OK, j’en profite pour me préparer.

Dès qu’il a quitté la pièce, je m’isole dans le petit salon, m’installe sur le
canapé et contacte maman. Elle répond à la deuxième sonnerie. Nous discutons
pas mal de ma vie à Paris.

Ensuite, j’aborde le sujet qui m’intéresse.

– Papa et Alice me proposent de partir avec eux à Hawaï en août.

C’est la stupeur au bout de la ligne.

– Ça me permettrait de passer du temps avec papa. Il travaille beaucoup


pendant la semaine, je ne le vois qu’au dîner, argumenté-je.

En disant cela, j’ai l’impression que je tente de la convaincre par mes paroles,
sans trop savoir si j’ai vraiment envie de partir avec eux.

Finalement, ma mère accepte de me laisser y aller. Elle est consciente que je


souhaite me rapprocher de mon père, même si ça veut dire être éloignée d’elle
plus longtemps. Je la remercie.

Caleb revient dès que j’ai raccroché, j’espère qu’il n’a rien entendu.

– Alors ? lance-t-il en venant s’asseoir à côté de moi.

Ma mère a accepté, certes, mais je n’ai pas pris ma propre décision ; je veux
pouvoir me protéger, en cas de besoin. Je veux me donner le choix. Celui de
refuser.

– Elle y réfléchit.

– OK, ben c’est déjà bien. Elle n’a pas dit non. T’es prête ?

– Oui.

Je passe rapidement par ma chambre pour me brosser les dents et prendre une
veste avant de rejoindre Caleb qui m’attend devant l’entrée.

Nous marchons en direction du métro, je ne suis pas très bavarde et, bien sûr,
le jeune homme le remarque.

– Quelque chose ne va pas ? Je te sens distante.


Je n’ai aucune envie qu’il tire des conclusions hâtives sur ma morosité, alors
j’invente une excuse.

– J’ai mal à la tête, ça passera.

Caleb se rapproche de moi pour mettre son bras autour de mes épaules. La
promiscuité est agréable, bien que mon cœur saigne toujours.

– Tu aurais dû me le dire, je t’aurais donné un comprimé d’aspirine.

– Ça va passer, affirmé-je.

Il me garde contre lui durant tout le trajet à pied, mais aussi dans le métro, où
il nous déniche des places assises. Je me sens bien, même si la réalité s’impose
souvent à moi.

Je suis impressionnée lorsque nous arrivons devant le cabinet où travaillent


nos parents. Le bâtiment est haut, en verre, très moderne. Je me sens toute petite
quand nous y pénétrons.

Nous saluons la jeune femme à l’accueil. Apparemment, elle connaît mon


demi-frère. Il m’explique que le cabinet se situe sur les étages sept à dix, sa mère
étant au neuf et mon père au dix. Nous nous rendons directement à ce dernier
pour voir Mathieu.

Caleb se sent à l’aise, dans le bâtiment ; il y déambule comme s’il avait passé
un temps infini dans cet endroit.

Quelques minutes plus tard, nous sommes devant notre père. Nous nous
embrassons avant que je prenne la parole.

– Maman a besoin d’y réfléchir, mais elle est d’accord pour que je fasse une
demande de passeport.

Ce n’est pas totalement la vérité, mais je ne peux pas la lui dire devant Caleb.
Je me tairais même s’il n’était pas là ; il ne comprendrait pas mon besoin de
garder le contrôle sur les événements à cause de son fils. Il ne doit rien savoir.

– Parfait. Allons chercher Alice et on y va.


Nous descendons d’un étage pour annoncer notre présence à ma belle-mère.
Puis nous prenons l’ascenseur jusqu’au parking souterrain. Caleb s’arrête au rez-
de-chaussée ; il ne nous accompagne pas à la préfecture. Je me demande
pourquoi ; je pensais que nous resterions ensemble.

– Tu m’appelles quand t’as fini, je viendrai te chercher, me dit-il.

La jalousie me gagne quand je l’imagine aller rejoindre Tiffany. Néanmoins,


je garde mon sourire factice en approuvant.

C’est donc à trois que nous partons faire ma demande de passeport.

***

Alice et papa me ramènent à leur lieu de travail en fin de matinée et je


m’éclipse hors du bâtiment. Je ne suis pas certaine de parvenir à me repérer dans
cette grande ville, mais je me souviens d’où Caleb et moi venions, ce matin.
Alors je prends ce chemin en sens inverse pour tomber rapidement sur l’entrée
du métro.

Là, c’est plus compliqué, j’ignore quelle ligne prendre ! Je dois me résoudre à
appeler Caleb à l a rescousse. Je soupire. Je voulais me débrouiller toute seule.
C’est raté !

J’opte pour un message, espérant qu’il y répondra rapidement.

Je vais rentrer seule. Quelle ligne et quel arrêt s’il te plaît ?

La réponse ne tarde pas, tandis que j’essaie toujours de me repérer sur le plan
affiché.
Tu es où ? J’arrive.

Évidemment. J’aurais dû m’en douter.

Je lui indique l’endroit où je me trouve et attends un quart d’heure avant de


voir le jeune homme débarquer.

– Pourquoi tu ne m’as pas appelé ?

– Je pensais pouvoir me débrouiller seule et ne pas te déranger.

– Tu ne m’as pas dérangé, j’étais chez Jo.

Un beau sourire étire mes lèvres.

– Viens, je te montre le chemin, lance-t-il.

Nous discutons de ma demande de passeport. Alice connaît en effet l’une des


personnes qui s’en occupent et celle-ci traitera mon dossier en priorité. Je suis
contente. Ça me permettra de partir à l’autre bout du monde, si je le désire.

Je remarque que nous ne prenons pas le même chemin qu’à l’aller. Je fronce
les sourcils et fixe Caleb en m’immobilisant au milieu de l’avenue.

– On est perdus ?

– Moi ? Me perdre dans Paris ? Je t’emmène déjeuner.

L’attention me touche, je le suis. Nous entrons rapidement dans un petit


restaurant très cosy. Le serveur nous installe et nous donne le menu.

– Je te conseille le rôti de bœuf, un délice.

– En fait, tu connais tout et t’as mangé partout !

– Je vis à Paris depuis que je suis né, donc ouais, on peut dire ça.

Je pense qu’il a beaucoup de chance, tout de même. Parce que, moi aussi, je
vis à Metz depuis ma naissance. La ville est moins imposante, certes, mais je n’y
connais pas les bonnes adresses. Maman et moi sortons rarement.

Caleb commande deux assiettes de rôti de bœuf avec des frites au serveur,
puis nous discutons d’Hawaï. Il me donne vraiment envie d’y aller. Avec lui.
Mais ne dois-je pas préserver mon cœur ?

Je retrouve ma bonne humeur, grâce à lui. Il se renseigne sur mon mal de tête
qui a disparu, je le lui assure. Je me sens mieux, moins triste, moins morose.

Après le déjeuner au restaurant, Caleb m’amène sur le Champ-de-Mars où


nous mangeons une glace. Nous nous amusons à faire quelques selfies avec la
tour Eiffel derrière nous, comme les touristes, avec son téléphone et le mien. Je
suis contente, parce que je vais pouvoir montrer à Louise à quoi ressemble le
jeune homme qui hante mes fantasmes.

Quand nous rentrons, il est presque dix-sept heures. J’ai du temps pour
appeler ma meilleure amie. Je me dirige toutefois en priorité vers la cuisine pour
prendre une petite bouteille d’eau ; je meurs de soif. Je vais sur la terrasse et
commence à boire quelques gorgées. Je pense être seule, mais ce n’est pas le cas.
Caleb se poste devant moi.

– Tu as aimé ta journée ?

Je hoche la tête.

– Pourtant, je te trouve… tristounette.

Je dois trouver une réplique convaincante, afin qu’il se sorte cette idée de la
tête.

– Je suis un peu fatiguée et j’avais mal au crâne, ce matin.

– À moins que tu aies besoin que je te déride un peu ?

Je fronce les sourcils, ne comprenant pas où il veut en venir. Caleb attrape ma


bouteille et s’amuse à m’asperger avec l’eau qui reste. Je crie en mettant mes
mains devant moi pour me protéger. C’est peine perdue, je suis trempée. Mon
débardeur couleur ciel me colle à la peau.
Je veux attraper l’objet des mains du traître, mais il ne se laisse pas faire et me
vide le contenu dessus. Je pousse un gémissement désespéré avec l’envie de me
venger.

– Ça y est, t’es détendue ! me taquine-t-il.

Il éclate de rire en me libérant et recule de quelques centimètres pour admirer


le résultat.

– Tu me le payeras ! Je finirai par te jeter dans la piscine.

Son hilarité ne se tarit pas.

– Au moins, tu ne boudes plus !

– Je ne boudais pas ! Je t’ai dit que j’étais fatiguée.

Il se rapproche de moi et plante son regard dans le mien, avant de le baisser


sur mon top.

– Je ne t’ai pas loupée, hein… ? Je trouve que ça te va bien.

– Ah oui ? râlé-je.

– Ouais, super bien.

Il s’avance encore, tandis que je fronce les sourcils, surprise par ce nouveau
rapprochement. Ses yeux ne quittent pas ma poitrine exposée par le débardeur
humide. J’ai même l’impression qu’ils sont emplis de désir. Je me sens scrutée,
examinée et mal à l’aise ; si bien que les battements de mon cœur s’accélèrent.
Je dois absolument me sortir de cette situation.

– Je vais me changer, bafouillé-je.

Je n’attends pas sa réponse, je file dans ma chambre. Dès que j’en passe la
porte, je me sens mieux, je respire plus calmement. J’attrape un haut dans le
placard que je pose sur le lit, le temps de retirer l’autre, qui est mouillé.

Quand je m’apprête à me couvrir, une main se saisit de la mienne et éloigne le


vêtement de moi. Je pivote pour faire face à Caleb.
– Tu es très jolie, articule-t-il lentement en fixant ma poitrine enveloppée dans
un soutien-gorge en dentelle.

Je déglutis alors qu’il lève sa main pour la poser sur mon sein droit. Je ferme
les yeux pour savourer le contact. Ma peau me brûle sous ses doigts, j’ai envie
de plus.

– Allonge-toi, réclame-t-il de sa voix soudain rauque.

Je ne peux pas réfléchir, je n’y parviens plus. Mon cerveau est totalement
déconnecté. Mon corps lui obéit dans la seconde, prêt à tout pour lui plaire.

Une fois que je suis étendue sur mon lit, Caleb retire son tee-shirt et me
recouvre de son corps, tout en douceur. J’ai terriblement envie de lui, mais je
suis incapable de prononcer le moindre mot ou d’esquisser le moindre geste,
comme si tout en moi était anesthésié par mon désir impérieux.

Il glisse ses mains derrière mon dos pour dégrafer mon soutien-gorge, puis me
le retire, révélant mes seins. Ils sont plutôt de taille normale, ni trop gros ni
petits. Caleb les prend dans ses mains, je ferme les yeux pour savourer le
contact. Les battements de mon cœur mènent une danse frénétique que je suis
incapable de contrôler.

Les lèvres du jeune homme se posent dans mon cou, qu’il parsème de baisers
tendres, lentement. Je crois que je vais exploser sous le plaisir que je ressens.

J’ai la sensation d’être dans un rêve. Suis-je encore en train de fantasmer sur
lui ? Cependant, les sensations sont tellement fortes que je suis certaine d’être
bien réveillée.

Sa bouche quitte mon cou pour se retrouver sur mon sein droit. Il enroule sa
langue autour de mon téton, le suçote. Il offre le même traitement à l’autre. Je
suis au bord de l’extase, je commence à lâcher des gémissements que je ne
parviens pas à retenir. Je sens ses lèvres sur mon ventre, puis il remonte jusqu’à
mon cou ; mon corps n’est plus qu’un brasier incandescent.

Caleb dépose un baiser sur mon menton, sur ma joue, sur ma bouche. Il plante
son regard dans le mien, comme s’il me demandait la permission de
m’embrasser, avant de fondre sur mes lèvres. Il est tendre et lent pour me laisser
le temps de refuser, de le repousser. Mais, je n’en ai pas la moindre envie.
Lorsque sa langue tente de se frayer un passage, je l’accueille avec plaisir
avec la mienne. Elles dansent toutes deux en un long ballet sensuel.
Instinctivement, j’écarte les jambes pour le sentir au plus près de moi. Caleb
commence à bouger, mimant l’acte sexuel sans quitter mes lèvres. Je ne suis que
lave en fusion.

Nous nous abandonnons totalement l’un à l’autre, sans qu’il n’y ait de rapport
intime pour autant. Je n’ai jamais été aussi proche d’un garçon. Je ne me suis
jamais sentie aussi bien. J’approche de la jouissance, doucement, jusqu’à
l’atteindre finalement, en poussant un gémissement d’extase, étouffé par les
lèvres du jeune homme. La seconde d’après, il niche sa tête dans mon cou et se
laisse aller à son tour, dans son pantalon.

Je ne sais pas comment me comporter ; alors je ne bouge pas. Caleb s’allonge


à côté de moi, m’entraînant dans son sillage pour que je sois dans ses bras.

J’imagine que nous devons en parler, mais aucun mot ne sort de ma bouche ni
de la sienne. Il dépose un baiser sur mon crâne et me serre davantage, me faisant
me sentir spéciale pour lui.

L’instant de plénitude est brutalement rompu par la sonnerie de téléphone de


Caleb. Il s’excuse et me lâche avant d’attraper l’appareil dans sa poche.

Il sort de ma chambre quand il décroche. Je suis sûre que c’est Tiffany, sinon
il aurait répondu ici, avec moi. Que va-t-il se passer entre nous, maintenant ?

Je quitte mon lit et attrape mon soutien-gorge et le débardeur sec abandonné


sur le sol par Caleb. Je vais dans la salle de bains pour les enfiler et me recoiffer.

J’ai besoin d’un moment, ensuite, pour remettre mes idées en place, essayer
de comprendre ce qui vient de se passer et décider de la marche à suivre.

Je ne quitte mon antre que vers dix-neuf heures, quand j’entends que les
parents sont rentrés. Je rejoins Alice dans la cuisine, me reprochant mentalement
de ne pas avoir préparé le dîner.

– Je suis désolée. On n’a rien fait…, bredouillé-je.

– Caleb ne t’a rien dit ? Je l’ai appelé pour l’informer que nous rapportions de
quoi manger.
Non, il n’a pas jugé utile de m’en informer, visiblement. Dois-je en déduire
qu’il me fuit, maintenant ?

Mon père passe la porte entre le garage et la cuisine, des sacs en plastique
dans les mains.

Alice fouille rapidement dans les meubles et attrape de quoi dresser la table.

– Tu peux aller chercher Caleb ? me demande-t-elle.

– Oui.

Je me dirige vers sa chambre, mal à l’aise, ne sachant pas comment me


comporter avec lui. Va-t-il quitter Tiffany ? L’a-t-il déjà fait ? C’est peut-être
pour cette raison qu’il a pris l’appel dans sa chambre, un peu plus tôt. Je me sens
mieux, soudainement.

Je frappe deux coups contre la porte de sa chambre et l’ouvre, comme il le fait


tout le temps avec moi.

– Caleb ?

Il n’est pas dans la pièce, je suis surprise. Je n’ai pourtant pas entendu la porte
d’entrée.

– Ouais !

Il sort de la salle de bains attenante aussitôt. Il est changé, il est toujours aussi
séduisant. Mes joues s’empourprent au souvenir de notre rapprochement.

– Les parents sont là, avec le dîner.

– Génial ! J’arrive.

Je lui souris avant de quitter sa chambre.

Ce soir, nous mangeons japonais ; je me régale. Je m’apprête à aider Alice à


débarrasser, alors que Caleb annonce qu’il sort. Je suis surprise.

– Tu rejoins Tiffany ? l’interrogé-je sans même y réfléchir.


Je l’observe et il plante son regard dans le mien, me sonde quelques secondes
avant de me répondre.

– Oui.

Mon cœur vole en éclats à ce simple mot. Je ne sais pas ce que je m’étais
imaginé. Mais pas ça.

En fait, si. Je le voyais déjà célibataire, prêt à s’investir avec moi. Néanmoins,
c’est loin d’être le cas. Il est toujours avec sa copine. Comment ai-je pu être
aussi bête ?

Caleb salue les parents et s’en va. Sans un regard en arrière. Sans remords.

Il me laisse là. Seule. Désemparée. Perdue.

À quoi joue-t-il avec moi, bon sang ?


Chapitre 15
Je suis dans ma chambre, à broyer du noir, en pensant à Caleb qui passe du
temps – du bon temps – avec sa petite amie, alors qu’il y a quelques heures à
peine nous étions en train de partager un moment intime.

Je ne sais pas quoi penser. Ma seule certitude est que je suis malheureuse.
Terriblement malheureuse. Je retiens mes larmes depuis trop longtemps, j’ai
envie d’exploser, mais, avec mon père et Alice dans le salon, j’évite de crier ma
rage et mon désespoir.

J’entends la sonnerie de la porte d’entrée et m’interroge sur l’identité du


visiteur. Je me précipite au salon pour ouvrir, quand je réalise que ce ne sera pas
pour moi.

Mais, puisque je suis là, autant regarder qui s’invite si tard dans la journée.

Je suis surprise de faire face à Jonathan. Si j’avais encore l’ombre d’un doute
sur l’identité de la personne avec qui Caleb passe la soirée, il vient de s’envoler.

– Salut, lancé-je.

– Salut, Clém.

– Caleb n’est pas là, lui dis-je.

– Je sais, il est avec Tiff.

Plus l’ombre de l’ombre d’un doute…

Je me force à sourire pour qu’il ne réalise pas qu’il me fait de la peine en


abordant ce sujet.

– Je vais rejoindre des potes, on va boire un verre. Est-ce que ça te dit de te


joindre à nous ?

J’ai envie de refuser, mais l’idée me tente bien, en réalité. Sortir me permettra
de ne pas me morfondre, d’oublier et de passer à autre chose. Peut-être.
– Euh… OK. Je vais juste prévenir mon père et prendre une veste.

– Je t’attends.

Je referme la porte, laissant l’ami de Caleb sur le trottoir, et je vais prévenir


les parents que je sors boire un verre.

– Amuse-toi bien ! me lancent-ils en chœur.

Je passe rapidement par ma chambre pour prendre une veste et me passer un


coup de brosse rapide avant de retrouver Jo devant la maison.

Il me sourit.

Nous discutons durant le trajet à pied. J’ignore pourquoi il vient ici avec ses
amis, alors qu’il n’habite pas cet arrondissement. Peut-être que l’un d’eux vit
dans le coin. Nous ne marchons que quelques minutes, avant d’arriver à
destination. Jonathan sait exactement où aller. Il rejoint deux garçons, assis l’un
à côté de l’autre sur une banquette.

Je me retrouve donc à côté de lui. Puis, il fait les présentations. Je dévisage


Enzo et Jérôme, les jumeaux ; je ne parviens vraiment pas à les différencier.

Je prends un soda et nous faisons tous connaissance. Je n’ai jamais vraiment


discuté avec Jonathan. J’apprends qu’il étudie la finance à l’université. Les deux
autres suivent le même cursus, dans le commerce. Je leur avoue que je ne suis
qu’au lycée, en terminale à la rentrée. Je me sens petite et idiote, au milieu de
trois garçons. Ça manque de filles ! Jamais je n’avais imaginé être seule parmi
plusieurs représentants du sexe fort, quand j’ai accepté l’invitation qui devait me
changer les idées.

Lorsque nos verres sont vides, nous allons jouer au baby-foot. Je fais équipe
avec Jo. Les garçons se débrouillent très bien, alors que moi, qui n’ai jamais
aimé ce jeu, je m’en sors plutôt mal.

Nous retournons à table, après la victoire des jumeaux ; Jo rit en assurant qu’il
ne jouera plus en équipe avec moi.

Enzo décide de payer une tournée et choisit des bières pour tout le monde. Je
n’en ai jamais bu, mais je le garde pour moi. J’en avale quelques gorgées sans
grimacer. C’est amer, mais pas mauvais.

Je pense à Caleb, qui se trouve avec sa copine en cet instant ; la jalousie me


rend dingue. Une idée stupide passe dans mon esprit : peut-être que l’alcool me
fera oublier ce garçon. Alors j’accepte volontiers une autre bière. Une partie de
fléchettes – que je gagne, car j’imagine le visage de Tiffany à la place de la cible.
Une nouvelle bière. Un baby-foot – nouvel échec.

J’ai du mal à tenir debout, moi qui n’ai jamais bu d’alcool de ma vie. Je vois
trouble, par moment, et je commence à avoir mal à la tête. Toutefois, je ne songe
plus à Caleb.

Jonathan parle de son ex – Evy –, avec qui il est sorti plusieurs semaines. Il l’a
quittée récemment, parce qu’elle ne voulait pas aller plus loin avec lui. Je suis
choquée par cette vérité, mais n’en montre rien. Enzo et Jérôme sont bien
contents que leurs copines respectives ne soient pas aussi prudes.

La conversation dévie donc rapidement sur le sexe. Je me sens mal à l’aise,


mais feins d’être bien, en avalant une nouvelle gorgée de bière.

– Et toi, jolie Clém, à quand remonte ta dernière relation intime ? me


questionne Enzo.

Je suis choquée par son audace et le sujet me fait penser à Caleb et notre
moment si particulier. Puis j’en viens à me demander ce que je fais ici.

– C’est privé, rétorqué-je.

– Tu t’es déjà fait prendre par deux mecs en même temps ? enchaîne Jérôme.

Je crois rêver !

Au lieu de me défendre, Jo éclate de rire.

Je veux m’en aller ! Je n’aurais jamais dû venir. C’était une très mauvaise
idée.

– Non, répliqué-je.

– Tu es intéressée ?
Jérôme me fait un clin d’œil avant de jouer avec sa langue. Un vrai porc.

– Non !

– Allez ! Fais pas ta prude, lance Enzo. Les nanas adorent ça !

Je hoche simplement la tête.

– Je vais me mettre à côté de toi. Jo, échange de place avec moi, Clém me
désire.

Il est en plein rêve, lui !

Jonathan cède sa place à Enzo. J’aurais préféré qu’il refuse. Voilà que le jeune
homme à côté de moi pose son bras sur le dos de la banquette et me fixe comme
s’il allait faire de moi son quatre heures. J’ai juste envie de disparaître.

Pourquoi je suis venue, déjà ? J’aurais été tellement mieux dans ma chambre,
dans mon lit avec mon téléphone. Je pensais que sortir me ferait oublier Caleb.
Je n’imaginais pas que Jonathan fréquentait des pervers obsédés sexuels.

– Alors, chérie, raconte-moi tout ce que tu veux que je te fasse.

Quelque chose me dit que, si je décide de rentrer, ils ne me laisseront pas filer.
Eux aussi ont bu, et pas que de la bière. Ils sont rapidement passés au whisky.

Enzo approche son visage du mien pour murmurer à mon oreille.

– Tu m’excites, beauté. J’ai très envie de toi.

Il pose sa main sur mon épaule et m’attire contre lui ; j’ai envie de vomir. Son
eau de toilette me donne la nausée. À moins que ce ne soit l’alcool que j’ai bu.

– Tu veux qu’on aille chez moi ?

Il ne lâche jamais l’affaire, lui ?

– Non. Je… j’ai un copain, balancé-je soudain, pour qu’il me laisse tranquille.

– Mais il n’est pas là.


Il n’est pas croyable ! Comment vais-je m’en débarrasser ?

– Moi, si, ajoute-t-il. Et regarde ça.

Il attrape ma main et la pose sur son entrejambe gonflé avant que j’aie pu
réagir et la retirer. Quelle horreur !

– Ce soir, je te baiserai. Et, si tu es sage, on pourra peut-être demander à mon


frère de nous rejoindre.

Cette fois, c’est trop, je ne veux pas rester près de lui. Je dois m’éloigner. J’ai
peur de ce que cet individu pourrait me faire. Il ne doit pas aimer les filles qui lui
disent non.

– Il faut que j’aille aux toilettes.

Il me laisse m’y rendre, me libérant de son étreinte après avoir susurré à mon
oreille.

– Dépêche-toi, trésor. Ne laisse pas se dégonfler le colosse. On va chez moi


dès que tu reviens.

Il me donne envie de vomir le contenu de mon estomac. Je me rue vers les


toilettes, le sol semble se dérober sous mes pieds, je tangue.

Une fois seule, je ne réfléchis pas plus longtemps. L’unique personne


susceptible de m’aider ici, sans que ça ne me retombe dessus, c’est Caleb. Alors
je l’appelle.

Si je contactais Alice ou mon père, il y aurait des représailles, je serais punie


pour avoir bu de l’alcool alors que je suis mineure.

– Clém ?

Caleb est surpris de m’entendre, mais je suis contente qu’il réponde. Pendant
un instant, je craignais qu’il ne soit trop occupé avec sa copine.

– Caleb, tu dois m’aider. Je suis… je sais pas où avec Jo et deux gars. Y’en a
un qui veut m’emmener pour… Ils m’ont fait boire, débité-je de façon assez
confuse.
– Clém, calme-toi. Où es-tu ?

– J’en sais rien. C’est un café. On y est allé à pied. Y’a un baby-foot et des
fléchettes. La devanture est bleue.

J’ai mal à la tête. Je me regarde dans le miroir et je me fais peur. Mes yeux
sont rougis, vitreux. Ce n’est pas moi, ça.

– Dis-moi qui est avec Jo.

J’en ai marre de subir cet interrogatoire. Il ne peut pas juste venir et me sortir
de là ? Me sauver.

– Enzo et Jérôme.

– OK.

Je perçois l’inquiétude dans sa voix.

– Caleb, aide-moi, je t’en supplie.

– Je suis en chemin. Donne-moi dix minutes.

C’est beaucoup trop long ! D’ici une minute, ils vont débarquer pour savoir ce
que je fais. Je coupe la communication, désespérée.

Je vais faire pipi pour soulager ma vessie qui devient douloureuse, puis je me
lave les mains et passe de l’eau sur mon visage. Il s’est passé trois minutes
depuis que j’ai raccroché. Je ne peux pas rester ici indéfiniment. Pourtant, c’est
ce que je compte faire. Je m’y sens en sécurité.

Sauf que moins de deux minutes plus tard, Enzo pousse la porte des toilettes
des femmes. Je suis devant le lavabo, les mains posées de chaque côté.

– Tu veux que je te baise ici ?

Quel gros con !

J’opte pour un mensonge, pas si faux que ça, d’ailleurs.


– J’ai envie de vomir. J’attends que ça passe.

– Ça passera quand tu auras ma queue dans la bouche !

Visiblement, il ne réfléchit plus avec son cerveau, alors que moi-même je m’y
efforce, afin de rester lucide.

Caleb, dépêche-toi !

– Donne-moi deux minutes, j’arrive.

– On peut baiser ici, chérie.

Il s’approche de moi et commence à me tripoter. Je le repousse et sors des


toilettes pour rejoindre la table. Bien sûr, les garçons n’ont pas échangé leur
place, je me retrouve encore à côté d’Enzo dès qu’il revient.

Ma canette n’est pas vide, mais je suis incapable de boire encore. Pourtant, ça
me permettrait de retarder l’échéance. Eux ont tous fini leur boisson. Ma tête
tourne, je commence à entendre bourdonner mes oreilles.

– Tu finis ? me demande Enzo en me désignant ma bouteille.

– Non, dis-je sans réfléchir.

Il l’attrape et la vide en deux secondes. Je ne suis pas impressionnée, je suis


écœurée.

– C’est parti ! décide-t-il.

Les garçons se lèvent. Je les imite en me demandant ce qui va m’arriver. Il


faut que je rentre chez moi. Nous sortons de l’établissement.

– Je dois rentrer, il est tard, tenté-je.

Enzo passe son bras autour de mes épaules.

– On va d’abord baiser, ma salope ! Après, je te ramènerai chez toi.

– Non ! crié-je.
Il resserre la poigne, refusant catégoriquement de me laisser partir. Je suis en
panique totale.

– Tu ne sais pas ce que tu dis. Tu me veux en toi et tu vas me sentir !

C’est la fin… Jamais je ne parviendrai à lui échapper.

Mais voilà que soudainement Enzo est tiré en arrière, me lâchant au passage.
Je vacille.

Caleb est là. Il est en train de lui mettre son poing dans la figure. Je suis
abasourdie. Et tellement heureuse.

– À quoi vous jouez, putain ? s’énerve-t-il.

Je me rends compte que c’est la première fois que je le vois hors de lui. Il
m’attrape par l’avant-bras et me place derrière lui pour me protéger.

– Celui qui la touche, je le tue ! C’est clair ?

– C’est bon, Cal, intervient Jonathan.

– Ferme ta gueule, toi ! Je pensais pouvoir te faire confiance. Tu as soulé ma


sœur pour que tes potes puissent lui passer dessus ! Ça va pas dans ta tête ou
quoi ?

– Cal…

– Dégagez ! Barrez-vous !

Les trois garçons nous tournent le dos et s’en vont. Caleb me fixe, je sens la
rage émaner de chaque pore de sa peau. Il est hors de lui, j’ai l’impression qu’il
va exploser.

– Tu vas bien ? s’enquiert-il en m’examinant sous toutes les coutures.

– Ça va…

Il m’attire contre lui et me serre dans ses bras. Je l’enlace aussi, le remerciant
silencieusement d’avoir volé à mon secours.
Il passe son bras dans mon dos et me soutient le temps que nous rentrions à la
maison. Le trajet est difficile pour moi ; je vois trouble et j’ai mal au ventre.

***

Tout est calme chez nous. Les parents doivent être couchés depuis un moment.

Caleb me conduit dans ma chambre, m’aide à m’asseoir sur mon lit et me


retire mes chaussures. Je me laisse tomber en arrière et ressens une furieuse
envie de vomir.

Je me redresse, la main sur la bouche, et me précipite dans la salle de bains,


avant de finir la tête dans la cuvette des toilettes. Je rends mon dîner et tout
l’alcool que j’ai ingurgité. Je sens une main dans mon dos qui me tient ensuite
les cheveux. Je suis mortifiée, je ne voulais pas qu’il assiste à ça.

Une fois que je me sens mieux, Caleb m’aide à me redresser et me brosser les
dents. Il attrape un gant humide qu’il me pose sur la nuque et m’essuie le visage
ensuite.

– Je vais t’aider à te mettre au lit.

Il me reconduit dans ma chambre et cherche ma chemise de nuit dans mon


placard. Il me questionne sur ma soirée. Je la lui raconte plus calmement qu’au
téléphone, en commençant par le début : Jo qui vient pour me proposer de boire
un verre.

Caleb m’aide à retirer mes vêtements et, s’il me désire, il n’en montre rien. Je
suis très maladroite en mettant ma chemise de nuit, je dois offrir un pitoyable
spectacle à ce garçon qui me plaît tant.

Quand il sait tout, il m’interroge.

– Pourquoi tu as bu ?

Très bonne question !


Caleb soulève la couette pour que je me glisse dans le lit. Je décide d’être
franche avec lui. De toute façon, demain, j’aurai tout oublié.

– Pour oublier que tu étais avec Tiffany.

Je le vois froncer les sourcils en m’emmitouflant dans mon lit.

– Pourquoi tu voulais oublier ça ?

– Parce que tu me plais.

– Écoute, Clém…

– Non, laisse tomber. Je sais que tu l’aimes et que nous ne faisons que jouer.

– Jouer ? Parce que tu crois franchement que je joue avec toi ?

Je ne réponds pas. J’ai trop mal à ma tête qui tourne pour réfléchir à ne pas
dire de bêtises.

Les lèvres de Caleb se posent sur les miennes et il me donne un tendre baiser.
Je ne veux pas qu’il recule. Je l’attire sur moi jusqu’à ce qu’il se laisse aller et
s’allonge sur le lit. Nos langues se cherchent et se trouvent rapidement ; je refuse
qu’il me laisse.

Nous nous reculons de temps à autre pour reprendre notre respiration, avant
de mieux nous retrouver. C’est lors d’un de ces moments que je lâche quelque
chose de stupide.

– J’ai envie de toi.

Mes mots obligent Caleb à se reculer et planter son regard dans le mien.

– Caleb…

Ma voix se fait suppliante.

– Pas comme ça, Clém. Tu as bu et… Non. Pas comme ça.

Caleb se redresse, alors que je voulais qu’il reste. J’ai froid. Je me sens
abandonnée. Je ne sais pas ce qui se passe en moi, mais les larmes commencent
à rouler sur mes joues.

– Clém, souffle-t-il.

– Me laisse pas, murmuré-je.

Caleb semble réfléchir, pris entre le bien et le mal.

Finalement, il retire ses vêtements, ne gardant que son caleçon, et se glisse


dans le lit avec moi. La seconde suivante, je suis dans ses bras. Son parfum
m’envoûte quand je me blottis contre lui.

– Je t’aime, Caleb.

La tête me tourne encore un instant et je m’endors avec un sourire sur les


lèvres.

***

Quand je me réveille, je ne sais pas où je suis. J’ai l’impression qu’un rouleau


compresseur m’est passé dessus. J’ai mal au crâne et mon estomac est
douloureux. Je bouge un peu, mais je réalise immédiatement que je ne suis pas
seule.

Je me force à ouvrir les yeux pour regarder où je me trouve. Je suis dans ma


chambre. Caleb est à côté de moi, endormi. J’essaie de me souvenir de la veille,
de savoir comment il a atterri dans mon lit, mais rien ne me vient. Je me rappelle
seulement avoir pris un verre avec Jo et deux de ses amis. Du baby-foot. Des
fléchettes. De la bière. Je ne sais rien de plus.

Je sors difficilement de mon lit. Comment se fait-il que je me sente aussi


mal ? Je me rends dans la salle de bains et prends une douche pour me réveiller
et faire partir les douleurs.

Je retourne dans ma chambre, la serviette nouée autour de moi.


– Tu te sens mieux ? m’interroge Caleb.

Je ne comprends pas de quoi il parle.

– Tu as bu, hier soir.

Je revois les canettes de bière que me payaient les garçons. Moi qui les buvais
pour oublier le fait que celui que j’aime soit avec une autre.

– Ça va, assuré-je.

Je revois enfin Enzo me faire du rentre-dedans. J’entends ses obscénités. Il


m’aurait violée si Caleb n’était pas intervenu.

Je m’approche du matelas alors que le jeune homme est adossé à la tête de lit.
Je me place face à lui et le prends dans mes bras pour le remercier.

– Je suis désolée pour hier.

– Tu rigoles ? Tu as bien fait de m’appeler.

Il me serre contre lui, nichant son visage dans mon cou.

– J’ai cru devenir fou quand tu m’as appelé. J’étais terrifié à l’idée de ne pas
arriver à temps.

– Merci, murmuré-je simplement.

Nos lèvres se cherchent naturellement. Notre baiser s’approfondit rapidement.


Sa langue contre la mienne me fait complètement fondre. J’ai envie de lui.

– Il va falloir qu’on discute sérieusement, me dit-il après avoir mis fin au


baiser.

J’en suis consciente.

J’ignore si ce sera positif ou négatif pour moi. Je ne sais pas ce qu’il me dira,
mais j’ai peur de l’entendre. Peur de le perdre, alors qu’il ne m’appartient même
pas.
– Je vais me préparer. On se retrouvera dans la cuisine.

Il sort de mon lit après ces mots et je crains que le ciel ne me tombe sur la tête,
que ma vie s’écroule. Je refuse de le perdre. Pas maintenant qu’on est si proches.
Chapitre 16
C’est avec anxiété que je rejoins Caleb dans la cuisine. Il est déjà dans la pièce
et y fait les cent pas. Quand il m’aperçoit, il s’immobilise et nos regards
s’accrochent. Je suis toujours dans le flou concernant les confidences qu’il
s’apprête à me faire. Mon estomac est noué, je n’ai pas faim, je ne pourrai rien
avaler.

Toutefois, ce n’est pas qu’à cause de l’angoisse, mais également de mon abus
d’alcool de la veille.

– Maintenant que tu as les idées claires, on va pouvoir discuter.

Il me tend un verre d’eau, d’une drôle de couleur blanche, posé sur le plan de
travail.

– Bois ça, c’est de l’aspirine pour ta tête.

Je le remercie pour sa gentille attention et avale le contenu du verre.

– Est-ce que tu te souviens de ce qui s’est passé, hier soir ?

– Oui.

Je lui relate ce que je me rappelle depuis que j’ai suivi Jo au café, jusqu’à
l’arrivée d’un Caleb furieux. Je ne suis pas fière de moi, surtout de m’être laissée
tenter par de l’alcool. Je me sens carrément minable.

– Et après ?

Après ? Je fronce les sourcils.

– Tu m’as ramenée. Je… j’ai oublié la suite.

J’ai honte de l’avouer et j’espère ne pas avoir commis de bêtises.

– Tu as vomi.

La classe ! Je grimace.
– Désolée… bredouillé-je.

– Ce n’est pas ta faute, m’affirme-t-il. Tu étais malade.

Je hoche la tête. Je me justifie en lui expliquant que je n’avais jamais bu


d’alcool de ma vie et que la bière m’est vite montée à la tête, d’autant que les
garçons m’en ont payé plusieurs.

– Je t’ai mise au lit, quand tu t’es sentie mieux, et on s’est embrassés.

Comment ai-je pu oublier ça ?

– Tu as voulu que je reste avec toi, ce que j’ai fait.

– Je ne me souviens de rien…

J’ai honte.

– T’en fais pas.

– J’espère que je n’ai rien dit ou fait de mal.

Il se tait un instant. J’ai l’impression qu’il y réfléchit. Je recommence à avoir


peur de ce qu’il va me dire.

– Non.

Je me sens rassurée.

Il refait les cent pas. J’ai l’impression que mes émotions font le yoyo en moi.
À un moment, je me sens bien, à l’autre, je suis angoissée.

– J’étais avec Tiffany, hier. J’avais besoin de savoir où j’en étais avec elle.

C’est la conclusion qui m’intéresse le plus, dans cet aveu.

– Et alors ?

– Elle a voulu qu’on soit intimes… Je n’ai pas pu.

Je le prends comme une bonne nouvelle pour moi. Ai-je tort de retrouver de
l’espoir pour nous ?

– J’ai beaucoup de mal avec elle, depuis que tu es entrée dans ma vie. Mais
c’est compliqué.

– Parce que tu es en couple ?

– Ça et notre lien familial.

– On n’est pas du même sang ! objecté-je.

– Je sais. Sinon les choses ne seraient jamais allées aussi loin entre nous. Mais
tu es quand même la belle-fille de mon père.

Il s’appuie sur le plan de travail.

– Ça te dérange ?

– Non. Mais je ne suis pas certain que nos parents prendraient bien cet état de
fait. Et toi ?

Je pense la même chose que lui, malheureusement. Cependant, nous pourrions


avoir tort.

– Je pense comme toi, ça risquerait de leur faire un choc. Mais on n’a pas
grandi ensemble. Ils pourraient comprendre.

Il sourit en s’approchant de moi.

– Tu es bien optimiste.

– Si tu me laisses une chance, je te prouverai que j’ai raison.

Je regrette aussitôt mes mots. Qu’est-ce que je raconte ?

– Tu me plais. Tu m’attires. Et je pense que tu l’as compris. Mais je ne suis


pas certain que nous mettre les parents à dos trop tôt soit une bonne idée.

Il enlace ma taille et m’attire contre lui. Je plaque mes mains sur son torse.
– Je ressens la même chose. Mais je pense différemment en ce qui concerne
les parents.

– Dis-moi.

– On n’est pas obligé de leur dire. On peut juste voir comment les choses
évoluent.

– J’adopte l’idée.

Ai-je bien entendu ? Je suis si heureuse.

– Il va falloir que je règle une chose avant.

Je le fixe avec interrogation.

– Tiff, souffle-t-il.

Je comprends qu’il a pris la décision de mettre fin à sa relation avec elle. Pour
moi. Je suis émue et contente.

Je me blottis dans les bras de Caleb. Il sera bientôt à moi et rien ne pouvait me
faire plus plaisir.

***

Ça fait plus de deux heures que Caleb est parti, me laissant seule à la maison.
Il est temps de déjeuner, mais je n’ai pas faim. Mon estomac est toujours noué.

J’ai bien essayé de lire, mais je ne parviens pas à me concentrer sur mon
roman. Alors, depuis maintenant soixante minutes, j’erre comme une âme en
peine. Je n’ai même pas envie d’appeler Louise, je veux juste que Caleb
revienne. Il me manque.

Je suis ravie que nous puissions enfin être ensemble. Je suis pourtant triste
qu’il passe autant de temps avec Tiffany. Et si elle parvenait à le convaincre de
rester avec elle ?

L’angoisse est à son apogée en début d’après-midi. Je n’en peux plus, je


prends mon téléphone en main et me demande si je dois contacter le jeune
homme.

Heureusement, juste à ce moment, il rentre. Son sourire est chaleureux quand


il croise mon regard et je fonds. Je me jette littéralement dans ses bras pour qu’il
me serre contre lui ; j’ai besoin qu’il me rassure. Nous restons plusieurs minutes
ainsi, avant qu’il ne recule pour planter ses yeux bruns dans les miens.

– Je suis célibataire ! m’annonce-t-il.

Toute la crainte emmagasinée depuis son départ disparaît. Il n’y a plus que lui
et moi dans ma bulle. Dans notre bulle.

– Plus maintenant, lui annoncé-je, avant de capturer ses lèvres.

Nos langues se cherchent et se trouvent, pour ne plus se quitter. Mon cœur


s’emballe quand je suis dans les bras de l’homme que j’aime. Je n’ai plus aucun
doute sur mes sentiments pour lui.

Nous restons l’un contre l’autre, même après notre baiser. Je viens de prendre
une décision : je partirai avec lui et nos parents à Hawaï. Je ne veux plus le
quitter. Jamais.

– Qu’est-ce que tu veux qu’on fasse, aujourd’hui ? m’interroge-t-il, la bouche


contre mes cheveux.

Tout me va, du moment que je suis en sa compagnie. Je le suivrais au bout du


monde. Néanmoins, je ne le lui dirai pas tout de suite.

– Fais-moi des propositions.

Caleb brise l’étreinte pour prendre l’une de mes mains et il m’emmène au


petit salon où nous prenons place sur le canapé. Lui est assis et moi à genoux à
côté à lui.

– On peut faire des tas de trucs, comme nous embrasser ici.


Ce qu’il me démontre sans plus tarder. L’une de ses mains se pose sur ma
nuque en même temps que sa bouche s’empare de la mienne. Je me laisse aller
jusqu’à me retrouver sur ses genoux, mes mains enlaçant sa nuque, dévorant ses
lèvres.

Son idée de se bécoter sur le canapé me convient parfaitement. C’est


d’ailleurs ainsi que nous occupons la première partie de l’après-midi.

Ensuite, nous sortons.

Il fait très chaud et Caleb pense qu’une balade à Paris-plage s’impose. Je le


suis et nous nous trouvons une place sur un carré de sable.

On est loin du paysage paradisiaque des vacances, de la plage face à la mer et


des palmiers. Mais, à défaut de mieux pour le moment, on s’en contentera. Je
retire ma robe pour rester en maillot de bain, j’ai décidé de bronzer. Caleb n’en a
pas besoin, il a déjà la peau mate. Je le soupçonne d’avoir un bronzage de rêve
tous les étés.

Il attrape la crème solaire dans le sac que nous avons apporté et m’en étale sur
le dos. Sentir ses mains sur mon corps me procure un très grand sentiment de
bien-être. Il offre le même traitement à mon ventre et mon décolleté, je ne m’en
plains pas. Pour m’amuser, je le tartine également de crème, mais on sait tous les
deux qu’il n’en a pas besoin.

Mes lunettes de soleil sur le nez et ma casquette sur la tête, je décide de


prendre le soleil. Allongée sur ma serviette, je fixe le magnifique ciel bleu,
laissant la chaleur caresser mon corps. À cette dernière s’ajoutent rapidement les
doigts de Caleb. Il est installé sur le côté, sa tête reposant sur sa main accoudée.

– Tu t’ennuies ?

– Non. Je te regarde.

Je ne peux retenir un sourire.

Ses doigts frôlent mon ventre pour remonter jusqu’à mes seins qu’il évite
soigneusement. Je sens le feu intérieur me consumer au fur et à mesure que ses
caresses durent. Il veut me rendre folle et y parviendra sans mal.
– Tu crois que tu vas bronzer ? Il vaudrait peut-être mieux que tu mettes de
l’autobronzant ! se moque-t-il.

Certes, je suis plutôt blanche et, en général, je prends facilement des coups de
soleil, mais ce n’est pas une raison pour me taquiner. Je le pousse sur le torse, ce
qui le fait perdre son équilibre, et il se retrouve sur le dos.

– Idiot ! lancé-je.

Caleb rigole et se place sur moi en un quart de seconde, à croire qu’il


n’attendait que ça pour se rapprocher au maximum. Il pose un court instant ses
lèvres sur les miennes. J’ai envie de plus.

– Je ne suis pas un idiot, juste prévenant !

Et il insiste, en plus !

– D’après toi, je ne bronzerai pas ?

Il me fait une grimace.

– Non.

Je rigole face à sa franchise. En même temps, j’ai passé pas mal d’après-midi
sur sa terrasse à prendre le soleil, sans aucun résultat satisfaisant.

Caleb dépose un bisou sur mon nez. Puis, il se relève pour se rallonger à côté
de moi. Il continue de plaisanter avec l’inutilité du bronzage, dans mon cas.

– Si tu prends tout le soleil, c’est sûr que je n’aurai rien ! lui lancé-je.

– Je peux t’en payer un en tube.

Je lève les yeux au ciel. Du soleil en tube ? Je me retrouverais avec des traces
informes sur tout le corps ; j’ai déjà essayé et le résultat fut catastrophique. J’en
informe mon petit ami. Je souris intérieurement en pensant que c’est ce qu’il est,
maintenant.

– Peut-être que tu n’as pas pris la bonne marque.


– Je l’avais acheté au supermarché.

– On peut passer chez L’Oréal en rentrant.

Il me surplombe pour me voir quand nous parlons.

– Non, c’est bon.

– Quoi ? Tu le vaux bien, non ?

Je rigole en pensant à la publicité prononçant ces mots.

Je sais bien que je pourrai refuser autant de fois que je le veux, s’il a décidé
que nous irions, je ne parviendrai pas à lutter. Cependant, comme il n’insiste pas,
je pense avoir gagné.

Nous passons encore un moment sur la plage avant de décider de rentrer. La


piscine installée donne envie, mais il y a beaucoup trop de monde ; je me
contenterai de celle que nous avons chez nous.

Nous prenons le métro, mais je suis quasiment certaine que ce n’est pas le
même qu’à l’aller ; je commence à parvenir à me repérer dans cette grande ville.
Je comprends mieux ce que Caleb mijote quand nous nous retrouvons devant
l’enseigne dont nous parlions plus tôt.

– Tu as besoin de produits de beauté ? le taquiné-je.

– Un corps comme ça s’entretient, ma belle !

C’est main dans la main que nous pénétrons dans le bâtiment. D’abord, nous
faisons un tour dans le rayon "homme" ; effectivement, mon copain a besoin de
plusieurs produits. Ensuite, il me conduit dans celui des femmes, plus
précisément aux autobronzants. Comme si cela ne lui suffisait pas, il hèle une
vendeuse afin qu’elle me conseille pour mon achat. La petite blonde sur talons
aiguilles regarde ma peau avant de dénicher, soi-disant, la solution miracle. Puis
elle reporte son attention sur Caleb qu’elle drague sans même qu’il ne s’en rende
compte. Elle le complimente sur son bronzage et moi, je fulmine de l’intérieur.

– Je prends celui-ci, décidé-je. On y va, chéri ?


J’insiste bien sur le dernier mot pour que la vendeuse comprenne que c’est
chasse gardée. D’ailleurs, elle s’en va.

Caleb plante son regard dans le mien et rigole.

– Quoi ? lâché-je en râlant.

– Jalouse !

– N’importe quoi, réfuté-je.

Il attrape ma main et nous allons payer nos achats à la caisse.

Bon, c’est vrai que j’étais jalouse, mais qui ne le serait pas, quand un canon de
beauté se met à séduire votre mec ? Parce que, oui, Caleb est mon mec. Ça met
fait sourire d’y penser.

Cette fois, nous rentrons à la maison.

L’après-midi est passé plutôt vite, malheureusement. Il est déjà dix-huit


heures.

– Tiens, Clém, n’oublie pas ton soleil en tube ! me dit-il en me tendant ce


dernier.

Je le prends et vais le poser dans ma chambre. Je ne sais pas si je l’essaierai, je


n’ai pas envie d’avoir des traces brunes mal unifiées partout sur le corps. Et puis,
j’imagine que le soleil d’Hawaï parviendra à améliorer la couleur de ma peau, le
mois prochain.

Caleb entre dans ma chambre dès qu’il s’est débarrassé de ses achats. Il
m’attire dans ses bras et m’embrasse comme si sa vie en dépendait. Mes jambes
ont beaucoup de mal à me soutenir sous le plaisir que je ressens. Rapidement,
mon copain nous fait basculer sur le lit jusqu’à se retrouver entre mes cuisses.
Position très érotique.

J’en oublie l’heure et la possibilité qu’on nous surprenne ; je ne pense qu’à lui
et moi dans notre bulle de bien-être. Caleb bouge sur moi, mimant l’acte sexuel,
ce qui me fait fondre totalement. Ses mains s’enhardissent et parcourent mes
courbes. J’ai terriblement envie de lui. Maintenant. Je murmure son prénom dans
un soupir quand il quitte ma bouche pour parsemer mon cou de baisers. Je le
désire, j’ai besoin qu’il me fasse sienne au plus vite.

Néanmoins, ce n’est pas son attention. Pas maintenant. Il se redresse et me


fixe comme s’il tentait de reprendre ses esprits. Pourtant, il en a envie aussi, je le
sens à la bosse dans son bermuda.

– On va essayer de ne pas trop brusquer les choses.

J’acquiesce d’un hochement de tête, alors que je ne suis pas certaine de penser
comme lui.

Il dépose un léger baiser sur mes lèvres et se redresse avant de me tendre sa


main pour que j’en fasse autant.

– Ça te dit qu’on sorte, ce soir ?

– Où comptes-tu m’emmener ?

Il fait mine de réfléchir.

– De quoi as-tu envie, maintenant qu’on est ensemble ? Un ciné ? Danser ?


Prendre un verre ?

– D’aller prendre un verre et danser après un ciné.

Il sourit en m’attirant contre lui. Il capture immédiatement mes lèvres dans un


doux baiser passionné.

– D’accord, accepte-t-il. Je peux même t’emmener dîner si tu te prépares en


quelques minutes.

C’est à mon tour de sourire.

– OK.

Un dernier baiser et Caleb sort de ma chambre. Je me précipite dans la salle de


bains en retirant mes vêtements. Je me glisse sous la douche, espérant qu’elle
parviendra aussi à me calmer ; Caleb m’excite au plus haut point.
Il me faut une demi-heure pour être présentable. Je porte une petite jupe
patineuse noire avec un dos nu de la même couleur. J’ai tressé mes cheveux et
mis un maquillage léger ainsi que quelques bijoux.

Je me trouve très jolie et j’espère faire fondre Caleb, ce soir. Je le retrouve


dans le salon, il porte un jean près du corps, un débardeur à motif et une veste en
cuir.

– T’es canon, bébé, susurre-t-il de sa voix rauque, avant d’embrasser mes


lèvres.

– Toi aussi.

Le petit nom qu’il me donne me fait sourire et me touche beaucoup.

Il pose sa main dans le creux de mes reins et nous partons. J’espère qu’il a
pensé à prévenir nos parents.
Chapitre 17
Caleb et moi commençons notre soirée par un restaurant où j’opte pour un
bifteck et des frites avant de choisir une glace pour le dessert. Nous passons un
très agréable moment dans notre alcôve.

Nous discutons beaucoup d’Hawaï. Mon amoureux veut savoir si j’en ai


reparlé avec ma mère, puisque je lui ai dit qu’elle y réfléchissait. Le départ est
prévu dans une semaine, je suppose que je peux lui annoncer que je viendrai.

– Elle est d’accord.

Son visage s’illumine à mes mots. Il pose sa main sur la mienne en me


promettant que je passerai les plus belles vacances de ma vie. J’y compte bien !
En même temps, je n’ai aucun doute à ce sujet.

– Tu l’as déjà annoncé aux parents ?

– Pas encore.

Maintenant, j’ai peur de ne pas avoir mon passeport à temps, même si Alice
m’a assuré que si. Je crois que je me sentirai bien uniquement lorsque je serai
assise dans l’avion, à côté de Caleb. Quoique, n’ayant jamais pris ce moyen de
transport, je risque de paniquer avant le départ.

– À quoi tu penses ?

– À moi assise dans un avion...

– Tu ne l’as jamais pris ?

– Non.

– T’inquiète, ce n’est rien.

Il me raconte ce qu’on ressent dans l’oiseau de fer, le plaisir du décollage tant


la vitesse est impressionnante. Je suis à la fois impatiente et craintive. Mais
j’essayerai, je n’ai pas le choix, si je veux mes vacances de rêve avec l’homme
que j’aime.
Je choisis donc de le croire et de lui faire confiance.

Après le restaurant, nous allons au cinéma, juste à côté. Caleb me laisse


choisir le film, j’opte pour une comédie romantique. Pendant toute la durée du
long-métrage, il se moque des héros trop mielleux à son goût. Nous rions
beaucoup, même si nous devons être discrets. Et je passe un merveilleux
moment dans ses bras. Ses doigts s’amusent souvent avec le bord du tissu de
mon dos nu, s’approchant dangereusement de mon sein sans jamais le toucher. Il
sait y faire quand il s’agit de me rendre complètement folle de désir.

Il pose également sa main à plusieurs reprises sur ma cuisse dénudée, bien


plus haut que le veut la bienséance. Je frissonne, je ne suis plus que lave en
fusion contre lui.

Nous terminons notre soirée dans la même discothèque que la dernière fois,
où j’entre sans problème. Soit le videur fait mal son travail, soit il décide de ne
pas contrôler les jolies filles. À moins que... Et s’il pensait que j’ai plus de dix-
huit ans ? Est-ce que j’ai l’air plus vieille que mon âge ?

Caleb nous déniche une table dans un coin tranquille, même si la musique est
très forte. Nous prenons un cocktail sans alcool que nous sirotons l’un contre
l’autre. Il me parle des délicieuses boissons qu’on peut déguster sur l’île de
Maui. J’ai soudain l’impression que le jour du départ est bien loin.

Puis, nous allons danser. Cette fois, je peux me lâcher et ça me fait du bien. Je
m’amuse à me frotter contre mon copain qui est plus que réceptif, je le vois dans
ses yeux. Je pense qu’il a autant envie de moi que moi de lui.

Quand le DJ passe un slow, nous restons sur la piste. Caleb me prend dans ses
bras, je pose ma tête contre son torse et ondule au rythme de la musique. Nous
nous embrassons à plusieurs reprises, désireux de nous cacher de personne,
seulement de nos parents. Pour le moment.

Nous sommes tellement bien, ici, que nous y passons une bonne partie de la
nuit.

Nous sommes tellement proches, ce soir, que j’ai envie de tout lui donner.

Le retour en métro ne m’inspire pas confiance. Je déteste me balader si tard


dans la nuit dans ce souterrain. Il n’y a que des personnes peu fréquentables. On
croise souvent des bandes de garçons qui me reluquent de la tête au pied ; je suis
terriblement mal à l’aise et je sais que Caleb fulmine. Tout ce que je veux, c’est
qu’on rentre vite à la maison.

Je n’écoute pas les gars qui me hèlent ou me sifflent, voulant partir


rapidement. Dans le wagon, nous sommes assis. Mon copain est agité en sentant
la présence d’une bande d’imbéciles, près de nous. Je lui souffle de penser à
autre chose, ne voulant pas qu’une bagarre éclate – ils sont quand même cinq –,
mais je sais que ça ne suffit pas à le calmer. Je vais devoir faire preuve
d’imagination, sur ce coup-là. Je prends ses mains dans les miennes et les serre.

– On est bientôt arrivé ? lui demandé-je.

– Encore trois arrêts.

Rien d’insurmontable, sauf si les gars proches de nous décident de continuer


de jouer avec les nerfs de mon copain.

– Hey, poupée, tu finis la nuit avec nous ? me propose l’un d’eux.

Il n’en fallait pas plus pour faire péter les plombs à Caleb qui veut se lever.

– Non ! dis-je clairement.

J’entends leurs murmures et je sens la rage de mon amoureux.

– Ne les écoute pas, soufflé-je à son oreille.

– Donne-moi une bonne raison de les ignorer.

– Eh bien, je suis avec toi, pas avec eux. Et c’est encore avec toi que je rentre.

Il esquisse un sourire et dépose un baiser à la commissure de mes lèvres. Mais


je vois bien, dans ses yeux, que ça ne suffira pas, il a envie de leur faire ravaler
leurs mots, même s’il doit se faire tabasser après.

– Si tu y tiens, je pourrais faire quelque chose pour toi.

Il fronce les sourcils. Je suis contente d’avoir réussi à capter son attention.
– Je te détendrai...

– Es-tu en train de m’allumer, bébé ?

Encore ce petit nom qui sonne comme une caresse à mes oreilles.

– Carrément, affirmé-je.

Son sourire s’élargit et ses yeux brillent.

– Concentre-toi sur moi. Laisse ces crétins bavasser pour ne rien dire.

– Et après ?

Je hausse les sourcils, aguicheuse.

– Il faut vite qu’on rentre pour que je te montre.

– Dis-m’en plus...

J’ai commencé à jouer pour le distraire et je continue, sans pudeur. Je


m’approche de son oreille pour être certaine que personne dans le wagon
n’entendra ce que je vais lui dire.

– Je veux te sucer.

Son expression vaut le détour. Il est à la fois étonné et excité. Je suis certaine
qu’il imagine la scène ; pour ma part, c’est déjà fait depuis des semaines.

– Hey, poupée ! On descend, tu viens ?

Il ne comprend pas le blond ou quoi ?

Je ne lui réponds pas. Par contre, une fois qu’il est descendu avec sa bande de
crétins de copains et que le métro a fermé ses portes, prêt à repartir, je lui fais un
beau doigt d’honneur.

À l’arrêt suivant, Caleb et moi descendons, et nous marchons jusqu’à la


maison, main dans la main. La tension est électrique. Sexuelle. Nous
n’échangeons aucun mot. Pressés l’un comme l’autre d’arriver.
Nous passons la porte d’entrée. Le silence règne dans la maison. Il est si tard
que nos parents doivent être couchés depuis longtemps.

Mon petit ami m’emmène directement dans sa chambre et ferme la porte à clé,
avant de se ruer sur mes lèvres. Il me plaque contre le mur derrière moi et se
meut lascivement contre mon corps. Sa langue contre la mienne m’excite autant
que ses mouvements obscènes. J’ai terriblement envie de lui. Mais, ce soir, je
veux le faire jouir.

Je plaque mes mains sur ses pectoraux et l’oblige à reculer. Il a le regard d’un
drogué en manque, tant il me désire. Je lui retire sa veste en cuir et son
débardeur pour caresser son torse, tandis qu’il reprend mes lèvres d’assaut, tout
en empoignant mes seins de ses deux mains. Je gémis contre sa bouche, j’ai
envie de tellement plus.

Je m’attaque à sa ceinture que je défais et ouvre le bouton de son pantalon. Je


sens son désir près de ma main, j’ai envie de le voir, de le prendre dans ma
bouche.

Je me décolle du mur, même si c’est difficile, pour me diriger vers le lit. Je


laisse les lèvres de Caleb pour m’accroupir devant lui, tandis que je descends la
fermeture de son jean.

– T’es pas obligée, me dit-il.

Je le sais. Mais j’en ai envie. Alors, je descends son pantalon qu’il retire
ensuite, puis je fais la même chose avec son caleçon. Une fois nu devant moi,
Caleb lève mon menton pour planter son regard dans le mien. J’y lis du désir
contenu depuis trop longtemps ; il en va de même pour moi.

Quand il laisse retomber sa main, je prends son sexe dans ma bouche, le


faisant soupirer d’extase. Il est aussi beau que dans mon souvenir, mais, cette
fois, il m’appartient. Caleb est à moi.

Je fais glisser ma langue sur toute la longueur de son membre avant de le


reprendre dans ma bouche. Mes mains découvrent ses fesses et ses testicules. Je
vais de plus en plus vite, jusqu’à le rendre dingue. J’entends ses gémissements,
je m’en repais.

– Je vais jouir, souffle-t-il de sa voix rauque.


Je m’applique donc, le léchant, le suçant, jusqu’à ce qu’il se laisse aller dans
ma gorge. J’avale sans me poser de question. Caleb s’abaisse devant moi pour
m’embrasser avidement. Il en veut encore et je suis disposée à lui donner tout de
moi.

Il me retire mon dos nu, mes chaussures et me fait m’allonger sur son lit. Ma
jupe se retrouve rapidement sur le sol et Caleb me recouvre de son corps.
J’écarte mes jambes pour le sentir contre moi. Mes sous-vêtements me gênent, je
voudrais les retirer.

Mon amoureux m’embrasse dans le cou, puis dégrafe mon soutien-gorge,


réalisant mon souhait. Il me l’enlève et embrasse mes seins avant d’enrouler sa
langue autour de l’un de mes tétons. Il le suçote, le mordille et passe à l’autre. Je
suis complètement trempée et emplie d’un désir brûlant. Je ne peux plus
attendre.

– Caleb, soufflé-je, espérant qu’il comprenne que je le veux en moi.

Son entrejambe se frotte contre le mien. Il est dur. Terriblement excitant.

Caleb délaisse mes seins pour retrouver ma bouche, ma langue. Je


m’abandonne à son baiser alors que sa main gauche se glisse entre mes cuisses,
je sens ses doigts sur le tissu de ma culotte, puis dessous.

– T’es trempée, bébé...

Il caresse mon clitoris.

C’est là que je me dis qu’il est temps de l’informer d’un détail avant d’aller
plus loin.

– Tu sais, je ne t’ai pas dit, mais… je suis vierge.

Sa main reste en place et il continue de m’embrasser tout en me soufflant :

– Je ferai attention.

Je ne comprends pas tout de suite ce qu’il veut dire, pensant qu’il sera doux.
Mais, lorsque je sens ses doigts sur mon clitoris et caresser l’entrée de mon
vagin, je réalise qu’il ne compte pas me faire femme cette nuit. La déception est
grande, je me sens soudain vide à l’intérieur.

Caleb quitte mes lèvres, passe une nouvelle fois sur chacun de mes seins
jusqu’à lécher mon ventre. J’en oublie ma désillusion, repartie pour un aller
simple vers le plaisir. Il attrape ma culotte de chaque côté et la fait glisser le long
de mes jambes. La seconde d’après, je sens sa langue sur ma féminité. Il s’amuse
à suçoter mon clitoris, me faisant gémir, puis il glisse sa langue en moi.

Je ne sais pas combien de temps dure cette délicieuse torture, mais, quand
j’atteins l’extase, j’ai la sensation de voir des étoiles. C’est encore plus fort que
lorsque je me caressais en pensant à lui. En fait, ça n’a carrément rien à voir.

Il retrouve mes lèvres pour un nouveau baiser passionné et me demande de


passer la nuit avec lui, ce que j’accepte avec plaisir. Avant, j’ai besoin de
quelques minutes dans la salle de bains pour reprendre mes esprits et faire une
petite toilette intime.

C’est dans les bras du garçon que j’aime éperdument que je m’endors, collée
contre lui, une main sur son bas-ventre, que je rêve de glisser dans son caleçon.

***

Je suis réveillée par des baisers dans mon cou. J’émerge tout doucement,
sortant de ma douce torpeur, pour admirer Caleb au réveil, les cheveux en
pagaille.

– Salut, souffle-t-il.

– Salut.

– Tu as bien dormi ?

– Divinement..., avoué-je en m’étirant.

Il dépose un tendre baiser sur ma bouche avant de sortir du lit. Il est


complètement nu et je l’admire sans gêne quand il pénètre dans la salle de bains.
Je n’ai aucune envie de bouger, mais il va bien falloir. Je quitte donc le lit
douillet, nue également, et vais rapidement dans ma chambre après avoir
ramassé mes vêtements éparpillés sur le sol.

Je me glisse sous une douche bien chaude, me disant que j’aurais dû rejoindre
mon copain sous la sienne. Elle aurait sans doute été plus agréable.

Une fois lavée, enroulée dans ma serviette, je me maquille devant le grand


miroir. Caleb entre sans frapper et m’enlace par-derrière, déposant un baiser sur
ma clavicule.

– T’as quitté mon lit comme une voleuse.

– Pas du tout. Il fallait bien que je me prépare.

– Pourquoi ? Tu sors ? me taquine-t-il.

Je fais mine d’y réfléchir, alors il se met à me chatouiller et je me tortille dans


ses bras.

– Qu’est-ce que tu veux faire, aujourd’hui ? s’enquiert-il.

Je recommence à me maquiller tout en réfléchissant.

On passe notre temps à sortir et nous promener ou visiter. Ça me plaît, mais


j’aimerais aussi être seule avec lui, d’autant que demain et dimanche nos parents
ne travailleront pas.

– Je voudrais qu’on reste ici et qu’on profite, simplement.

Un sourire s’étire sur sa jolie bouche.

– Vendu, bébé.

Il embrasse mon cou.

– Je vais faire le petit-déj !

Ce mec est le plus parfait que je connaisse.


Je le laisse filer et me dépêche de me préparer. Aujourd’hui, j’attache mes
cheveux dans une haute queue de cheval. Je mets des anneaux à mes oreilles. Le
plus long est de trouver la tenue adéquate. Je veux quelque chose de sexy et
facile à retirer.

Ce que Caleb et moi avons partagé, cette nuit, était juste divin, mais j’ai
besoin de plus. Je veux qu’il soit entièrement à moi et être entièrement à lui.

Je choisis une robe blanche, moulante en haut et évasée en bas, qui se


boutonne sur le devant. J’enfile mes tongs et me rends dans la cuisine. Caleb est
en train de préparer des gaufres.

– En fait, tu veux qu’on reste ici pour me mettre à l’épreuve !

– Je suis outrée que tu puisses penser à ce genre de chose.

Je contourne le comptoir pour le retrouver et lui voler un baiser.

– T’es super jolie.

– Toi aussi.

Il porte un bermuda et un débardeur. Rien de nouveau à l’horizon, c’est sa


tenue de prédilection quand il fait beau.

Je le regarde terminer les gaufres, il en a fait une dizaine. Il les dépose sur un
plateau, puis ajoute son bol de café, le mien avec du chocolat chaud, le pot de
confiture, celui de pâte à tartiner, des couverts, et il apporte le tout sur la terrasse.

Nous prenons donc notre petit-déjeuner dans le salon extérieur, le soleil nous
faisant de l’œil.

Les pâtisseries sont délicieuses. Décidément, Caleb sait tout faire de ses
mains. Il sera un chirurgien de renommée mondiale, j’en suis certaine. Je préfère
ne pas penser qu’il va rentrer en seconde année de médecine, tandis que je ne
serai qu’en terminale.

Quand nous avons terminé, il débarrasse même la table. C’est un homme à


marier, comme je le pense souvent depuis que je le connais.
Je vais m’allonger sur une chaise longue, mais ne reste pas seule longtemps.
Caleb s’assoit sur celle à côté après l’avoir rapprochée de la mienne. Il pose ses
mains sur mes cuisses et les fait glisser jusque sous le tissu de ma robe. J’ai très
chaud, soudain.

– Si tu veux bronzer, il faut enlever tout ça. Ou mettre ton soleil en tube.

Je rigole.

– Tu veux m’y aider ?

– Tu as mis un maillot, dessous ?

– Non, avoué-je en haussant les épaules. Mais il n’y a que toi et moi, ici.

Il se lève pour venir s’asseoir sur mon siège, poussant mes jambes au passage.

– Tu aurais dû. On aurait pu se baigner. Tu dois toujours essayer de me


pousser dans l’eau.

Je le bouscule en riant. Je suis parfaitement consciente que je n’y parviendrai


jamais. Il s’approche de moi pour capturer mes lèvres dans un doux baiser. Je
m’agrippe à sa nuque pour qu’il ne m’échappe pas.

Mais soudain, son téléphone sonne, nous obligeant à nous écarter. Il l’attrape
dans sa poche et, dans le mouvement, je distingue le nom de l’appelant en même
temps que lui le fixe : Jo.

Je ne sais pas si les deux garçons ont discuté depuis la soirée au bar, mais j’en
doute. Je n’ai rien remarqué.

– Il faut que je lui parle, me dit-il.

Je le comprends très bien.

Caleb répond et s’éloigne.

– Qu’est-ce que tu veux ?

Son ton n’est en rien agréable, mais je suppose qu’il est toujours fâché.
– Tu déconnes, j’espère ? Il se serait passé quoi, si je n’étais pas venu ?

Je n’entends pas la réponse de Jonathan. Néanmoins, j’imagine qu’il tente de


se justifier. Pour moi, il n’a aucune excuse. À aucun moment il n’a tenté de
m’aider.

– Je t’ai déjà prévenu que tes fréquentations laissaient à désirer ! Tu peux


remercier Clém de m’avoir appelé, ce soir-là, parce que je t’aurais tué, s’il lui
était arrivé quelque chose.

Caleb crie.

– Évidemment qu’elle m’a appelé ! Tu croyais quoi ? Qu’elle allait laisser tes
obsédés de copains l’amener chez eux ?

Je me lève, bien décidée à aller réconforter l’homme que j’aime et qui est en
train de perdre son calme. Cette situation le touche. Il a vraiment eu peur pour
moi.

– Non ! Ta... Putain, ta gueule !

Je me glisse dans les bras de Caleb, qui me serre contre lui et dépose un baiser
sur ma tête.

– Ne m’appelle plus.

Il coupe la communication et m’enlace de ses deux bras.

Je ne sais pas quoi dire ; alors, je garde le silence et me contente de le consoler


avec un câlin.

– On ne va pas laisser cet abruti gâcher notre journée, me dit-il.

J’esquisse un sourire en me reculant pour le regarder.

– On en était où, déjà ?

Il hausse les sourcils. J’espère qu’il a vraiment retrouvé son humeur coquine
et qu’il ne tente pas de masquer sa tristesse.
– Tu me proposais de te jeter dans l’eau, non ?

Il éclate de rire.

– Quoi ? Tu te dégonfles ? J’en étais sûre.

– D’accord. Allons à la piscine.

Ce n’est pas vraiment comme ça que j’avais prévu de débuter ma journée avec
lui, mais pourquoi pas ?

– Tu me laisses le temps d’enfiler un maillot ?

– Non.

Il attrape ma main et nous conduit près de l’eau. Cette fois, il ne plonge pas
directement dedans, me laissant tout de même une petite chance de parvenir à le
pousser.

J’hésite entre retirer ma robe et jouer le tout pour le tout, habillée. Finalement,
j’opte pour l’effeuillage, imaginant que c’est ma seule chance ; je pourrai retenir
toute son attention de cette façon.

Alors je déboutonne ma robe, en commençant par le haut et en regardant


Caleb qui ne rigole plus, soudainement concentré. Lentement, j’écarte les deux
pans de mon vêtement et le retire pour qu’il ne finisse pas trempé. Je porte des
sous-vêtements en coton gris clair, plutôt jolis.

Mon amoureux me couve du regard en baissant les yeux. Il est si mignon. Je


m’approche de lui et lui retire son débardeur, avant de poser mes mains sur ses
pectoraux. Je reste concentrée, je ne voudrais pas finir à l’eau. Et là, je le pousse
de toutes mes forces. Étant donné qu’il est surpris, il n’émet pas beaucoup de
résistance et finit dans la piscine. Je suis fière de moi.

– Manipulatrice ! me lance-t-il en remontant à la surface.

– Tu n’avais pas l’air de te plaindre !

J’éclate de rire.
– Rejoins-moi.

Il retire son bermuda trempé et ses tongs qu’il pose sur le rebord de la piscine,
juste devant moi. Je m’accroupis pour m’asseoir sur le rebord et me laisse glisser
dans l’eau délicieusement chaude. Je fais quelques brasses sous le regard de mon
petit copain. Il se joint à moi, puis me bloque dans l’un des coins de la piscine.
Nous avons pied. Il relève mes jambes pour que je les noue autour de sa taille.

L’instant d’après, il capture mes lèvres dans un long baiser langoureux,


caressant mes courbes de ses mains.

J’ai envie de me laisser aller, de me donner à lui. Toutefois, il n’est pas décidé
à franchir le pas. Je pense qu’il veut d’abord me rendre folle... de désir.
Chapitre 18
Caleb ne se contente pas de me rendre dingue dans la piscine, il continue tout
au long de la journée.

Après notre baignade, nous décidons de prendre le soleil. Nous sommes


allongés sur une chaise longue chacun et nous nous reposons. Du moins, les
deux premières minutes.

Ensuite, je l’entends bouger et je sens ses mains sur mon corps. Sur mon
ventre nu, sur mes cuisses, sur mes bras, mes épaules et même sur le galbe de
mes seins.

– Tu t’ennuies, Caleb ?

– J’ai trop à m’occuper, là, pour m’ennuyer. Tu me laisses faire ?

L’espace d’un instant, je me demande à quoi il pense. Je sais pourtant que je


vais apprécier ses intentions.

– Oui.

J’ouvre les yeux, derrière mes lunettes de soleil, pour le voir sourire. Afin de
s’installer sur la même chaise que moi, il écarte mes jambes et en attrape une
pour la poser sur ses genoux. Ses doigts parcourent toute la longueur de mes
cuisses, m’excitant de plus en plus.

– Attention aux marques de bronzage.

Je ne comprends pas ces mots, jusqu’à ce qu’il retire mon haut de maillot de
bain. Il n’y a aucun vis-à-vis avec les voisins, alors je le laisse faire ; je me
retrouve seins nus devant lui. Sa bouche s’empare de l’un de mes tétons, pour le
mordiller et le sucer, puis il fait de même avec l’autre.

En même temps, je sens ses doigts se faufiler sous ma culotte. Caleb caresse
ma féminité humide et glisse son doigt en moi, lentement, sans profondeur. Il en
ajoute un deuxième, je gémis de plaisir. Il capture ma bouche pour étouffer mes
cris, tout en poursuivant ses va-et-vient. Son pouce se pose alors sur mon point
sensible et je ne tarde pas à exploser devant lui.
– Tu es belle quand tu jouis pour moi.

Sa main quitte ma zone sensible. J’aurais tellement aimé qu’elle y reste.

Je me perds dans ses yeux bruns, égarée dans les affres du plaisir. Je l’aime
tellement que ces trois petits mots veulent franchir la barrière de mes lèvres.
Toutefois, je ne dis rien. Il met ses doigts dans sa bouche pour les sucer. Je crois
qu’il m’a perdue, là. Il pose ensuite ses lèvres sur les miennes et nous nous
embrassons à en perdre haleine, nos langues dansant fiévreusement ensemble.

C’est la sonnerie de la porte d’entrée qui nous oblige à reprendre notre souffle.
Caleb appose son front contre le mien.

– Tu devrais remettre ta robe, au cas où. Je vais voir qui c’est.

J’acquiesce d’un hochement de tête et me lève après lui. J’étais bien, ici.
Pourquoi faut-il qu’un importun s’invite maintenant ?

J’attrape ma robe, alors que mon copain va ouvrir, et je l’enfile rapidement. Je


suis trempée et incroyablement excitée. Je maudis la personne qui a mis fin à
notre séance torride. Je me dirige au grand salon pour voir qui est là et suis
surprise de voir Jo. Je reste discrète pour qu’il ne me voie pas et pouvoir ainsi les
écouter.

– Je t’ai dit de ne plus m’appeler et tu te pointes ! s’énerve Caleb.

– Je veux que tu m’écoutes. Je suis désolé.

– Mais je m’en fous ! Il aurait pu lui arriver n’importe quoi, merde !

– Je sais que c’est ta sœur et que j’ai merdé...

Ce mot dans la bouche de Jonathan me dérange. Je ne suis pas la sœur de


Caleb !

– Laisse-moi me racheter !

– Non.

Sa décision est sans appel.


– Il ne s’est rien passé, Cal. T’es arrivé à temps.

– Et heureusement ! Mais ça ne t’a pas empêché de la faire boire, alors qu’elle


n’avait jamais bu d’alcool de sa vie !

– Quoi ? Je... je savais pas.

– Elle a été malade toute la nuit, avec vos conneries.

– Je suis désolé.

– Je m’en fous, putain ! Si elle vous avait suivis ou que je n’étais pas arrivé à
temps, vous l’auriez violée !

Le silence plane dans la pièce. Caleb sait qu’il a raison, son ancien meilleur
ami ne peut plus rien dire pour sa défense. J’ai envie de vomir. Moi qui croyais
que je devais me méfier des jumeaux, je constate que Jo n’est pas plus digne de
confiance qu’eux. Du moins, plus maintenant.

– Retourne avec tes nouveaux potes et ne t’approche plus d’elle ou de moi !

Jonathan n’insiste pas et s’en va.

Quand la porte est close, je me montre à Caleb, qui m’attire dans ses bras pour
me serrer fort contre lui.

– Le voir me fait repenser à cette soirée. J’ai vraiment eu peur, tu sais. Il aurait
pu t’arriver n’importe quoi.

– Je vais bien, soufflé-je. Tu m’as sauvée.

Il esquisse un sourire sans joie.

– Plus jamais je ne pourrai lui faire confiance.

– C’était ton ami, pourtant.

– Avant, oui. Mais ça fait quelques semaines qu’il traîne avec des gars peu
fréquentables qui passent leurs soirées à boire. Je ne suis pas comme ça. Je ne
veux plus rien avoir à faire avec lui.
Je suis rassurée de savoir que ce n’est pas moi qui ai brisé leur amitié. Certes,
je suis peut-être la goutte d’eau qui a fait déborder le vase, mais Caleb
n’appréciait déjà plus les fréquentations et occupations de son ami.

– Tu veux qu’on aille se détendre ? lui proposé-je.

J’aimerais reprendre là où nous en étions.

Caleb attrape ma main et nous conduit sur la terrasse. Il déboutonne ma robe


et me la retire, surpris de voir que je n’ai pas remis mon soutien-gorge. Il prend
mes seins en coupe dans ses mains, avant de fondre sur ma bouche pour
m’embrasser longuement. Ses mains se posent sur mon dos, descendent sur mes
fesses et se glissent sous le tissu pour en toucher ma peau. Je me presse contre
lui ; il parvient à rallumer le feu en quelques secondes seulement. Je sens son
érection ; on dirait que j’ai le même effet sur lui.

– On peut aussi aller à l’intérieur, si tu veux, lancé-je, mine de rien.

– On est très bien, ici, répond-il en s’écartant de moi.

Nous allons sur la chaise longue et reprenons la même position qu’avant que
nous soyons dérangés. Je veux bien plus que de simples baisers et
attouchements. J’espère qu’il le comprendra.

– Tu veux boire quelque chose ? Il fait chaud et je ne t’ai même pas proposé
une boisson fraîche.

Il s’apprête à se lever quand je le retiens.

– C’est inutile. Je n’ai pas soif.

– Tu dis ça pour que je reste ?

Il sourit, mais s’éloigne tout de même. Je soupire d’agacement. Caleb revient


rapidement avec deux verres de citronnade bien fraîche. J’en prends un en le
remerciant ; c’est vrai que ça fait du bien.

Mon amoureux pose nos verres à moitié vides sur le sol en bois. Il attrape un
glaçon dans le sien et le pose entre mes seins.
– À quoi tu joues ? l’interrogé-je.

Il le prend ensuite entre ses dents et s’amuse à dessiner sur mon corps avec le
petit cube glacé, laissant des sillons d’eau partout sur son passage. Ce froid
contraste avec la chaleur de mon corps. C’est agréable. Il passe sur chacun de
mes tétons, plusieurs fois, sur mon ventre, dans mon cou, pour finir dans ma
culotte. Je pousse un cri lorsqu’il rencontre mon clitoris, un autre lorsque Caleb
l’enfonce en moi.

Une pensée me vient sans même que je ne sache pourquoi, je me souviens que
mon amoureux est très porté sur le sexe, il me l’a déjà avoué. Le glaçon fond en
moi, alors que je brûle tout autour de lui. Les yeux de Caleb ne quittent pas mon
visage pour percevoir mes réactions. S’il pouvait y lire à quel point j’ai envie de
lui !

Il se décide enfin à retirer ma culotte, m’admirant dans ma nudité. Il abaisse


son visage entre mes cuisses et me fait gémir de plaisir dès que sa langue
s’introduit en moi. Il s’applique à me faire jouir une nouvelle fois.

Je vois la bosse qui déforme son short quand il se redresse. Il attrape nos
verres et me tend le mien. Je me désaltère.

Je pense qu’on a assez fait de préliminaires pour passer aux choses sérieuses,
non ? C’était pour ça que je voulais rester ici aujourd’hui : pour faire l’amour
avec lui.

– Caleb, susurré-je.

Il plante son regard dans le mien ; je m’enflamme aussitôt.

– J’ai vraiment très chaud.

Il sourit, me faisant comprendre qu’il a saisi le double sens.

– Je n’ai plus de glaçons.

Je pose mon verre vide sur le sol.

– Mais je peux aller en chercher.


Je frissonne de désir à l’idée qu’il s’amuse à nouveau avec moi de cette façon.
Cependant, j’ai envie d’autre chose.

– D’accord.

Il ne perd pas de temps et se lève pour aller vers la cuisine. J’en profite pour le
suivre.

– Finalement, on n’en aura pas besoin, lancé-je, adossée au mur.

Je suis complètement nue devant lui et je me sens bien, dans mon plus simple
appareil. Lui, par contre, porte trop de vêtements à mon goût. Il referme le
congélateur et s’approche de moi d’un pas nonchalant.

– À quoi tu penses ? me demande-t-il une fois devant moi.

Son regard lubrique me dévore.

– Il va falloir me suivre pour le savoir.

Je me déhanche exagérément en me rendant dans ma chambre, Caleb sur mes


talons. Il referme la porte derrière nous et tourne la clé, bien que nous soyons
seuls pour encore plusieurs heures.

– J’ai besoin de précision, maintenant.

Il entre dans mon jeu et je trouve ça très érotique. Il s’approche de moi, sans
pour autant m’effleurer.

– Je veux que tu te déshabilles.

Il s’exécute, me révélant fièrement son érection.

– Maintenant, je veux que tu sois à moi.

Je me colle contre lui pour l’embrasser. Il noue ses bras autour de mes
hanches. Je sais qu’il a compris ce que je lui demande. Je l’attire sur le lit et le
laisse se nicher naturellement entre mes cuisses, à sa place.

– Tu es sûre ? me questionne-t-il en ancrant son regard au mien.


– Oui, murmuré-je.

Ses lèvres s’écrasent sur les miennes. Notre baiser prend rapidement de
l’ampleur, nos langues jouent l’une avec l’autre, sensuellement.

Caleb glisse sa main entre nos corps pour s’assurer que je sois prête, ce que je
suis incontestablement.

– Il faut que j’aille chercher une capote.

– Je ne l’ai jamais fait et je prends la pilule.

– Mais moi, je l’ai déjà fait ; jamais sans capote, cependant.

– Tu veux bien qu’il n’y ait rien entre nous pour notre première fois ?

– D’accord. Si je te fais mal, dis-le-moi.

Il dirige son sexe à l’entrée de ma féminité. Je le sens me caresser. Je suis à la


fois impatiente et anxieuse. Puis il m’envahit, il s’aventure en moi. Caleb
m’embrasse la clavicule pour me détendre.

– Ça va ? se renseigne-t-il de sa voix rauque.

– Oui.

La réponse fuse, alors que je n’ai même pas pris le temps de réfléchir. Mais je
me sens bien. Je ressens quelques légers picotements, seulement.

Soudain, il pousse plus fort et j’enfonce mes ongles dans ses bras avant de me
figer.

– Désolé. Il fallait que je passe.

Il m’embrasse sur le nez.

– C’est bon, lui assuré-je.

Je me décrispe lentement, tandis qu’il attend que je m’habitue à lui. Il capture


mes lèvres dans un long baiser.
Il est en moi, je le sens et j’adore cette sensation. Caleb me remplit
complètement. Il m’appartient. Nous sommes l’un à l’autre.

– Je vais mourir de frustration si tu ne fais rien, le taquiné-je.

Il dépose encore un baiser sur mes lèvres, tout en souriant, et commence


doucement à bouger en moi. La lenteur me tue, tout en accroissant mon plaisir.
Je n’ai jamais eu autant faim de lui et j’ai envie qu’il me prenne plus fort pour
combler mon désir. Comme s’il lisait en moi, il accélère, sans pour autant aller
trop vite. Il veut prendre son temps et moi je ne désire que lui.

Je ne parviens plus à retenir mon plaisir quand il va et vient dans mon


intimité. Alternant une lenteur qui me rend folle, me menant au bord du
précipice, et une rapidité qui me comble. Je ne cesse de crier, alors qu’il prend
totalement possession de moi.

Je l’aime et j’ai envie de le lui dire, mais je retiens mes mots. C’est trop tôt.

Quelque chose lâche en moi, le plaisir me submerge et j’atteins la délivrance


en gémissant le prénom de mon amant.

– C’était génial pour moi, bébé, souffle-t-il à mon oreille, son sexe toujours en
moi.

– Pour moi aussi, avoué-je en caressant son dos.

Je ne me suis jamais sentie aussi bien.

Caleb se retire, sans pour autant me quitter. Il roule sur le côté, m’emportant
dans son sillage, pour me serrer contre lui.

Voilà, j’ai franchi le pas avec lui.


Chapitre 19
Caleb et moi nous rhabillons un peu avant dix-neuf heures, afin de ne pas
nous faire surprendre par nos parents. Je continue de penser que ce n’est pas mal,
ce que nous faisons, mais ils ne seront peut-être pas de cet avis.

Mon amoureux débarrasse nos verres de la terrasse et mes vêtements qui y


traînent. Il m’aide également à changer la housse de couette, tachée de mon
sang, et lance une machine pour effacer les preuves.

– Tu veux qu’on prépare le dîner ? lui proposé-je.

– Nan. Je veux juste profiter de mes dernières minutes seul avec toi.

Il est trop mignon.

Il me prend dans ses bras et nous nous embrassons.

Je tente quand même de lui faire entendre raison. Ce serait gentil de notre part
de préparer le repas pour les parents. Cependant, il ne l’entend pas de cette
oreille.

– Je ne pourrai pas faire ça, si je dois préparer le repas, dit-il en posant sa


main sur mon sein, par-dessus le tissu de ma robe.

– En effet, ce serait un problème, approuvé-je, taquine.

– Tu vois ?

Il me plaque davantage contre le mur, derrière moi, soulève l’une de mes


jambes et approfondit le baiser. J’ai comme l’impression que monsieur n’est pas
rassasié.

– Tu en veux encore ? l’interrogé-je quand sa bouche embrasse mon cou.

– Je suis du genre très gourmand. Et comme ma copine est une bombe, il est
clair que j’ai envie de me perdre en toi encore une fois. Plein de fois.

Je suis touchée par sa gentillesse. C’est le bruit d’un moteur bien trop proche
qui nous oblige à nous reculer.

– Tu veux qu’on aille à Disneyland, demain ? Tu me dois une sortie.

– Ce n’était pas à Jo que je la devais ? le taquiné-je.

– Ne me parle plus de lui. Je ne l’aurais même pas laissé t’approcher.

Je souris, sans avoir le temps de lui donner une réponse. Alice et mon père
pénètrent dans la cuisine. Je ne les ai pas vus depuis jeudi soir. Je vais les
embrasser, Caleb fait de même.

– On n’a rien préparé. Clém avait la flemme !

– Saleté ! répliqué-je. C’est toi qui n’as pas voulu !

– On a préféré la piscine, répond Caleb en haussant les épaules.

– Y’en a qui ont de la chance, commente ma belle-mère.

– On va commander quelque chose, décide mon père.

Il expose sur le comptoir de la cuisine tous les prospectus en leur possession et


me laisse choisir. Caleb me guide dans mon choix, tentant de m’orienter vers la
cuisine exotique.

Finalement, je me laisse tenter et Alice passe la commande.

– Je vous sers un verre sur la terrasse ? propose mon amoureux.

– Avec plaisir, répondent les parents en chœur.

Ils vont à l’extérieur profiter du beau temps, alors que je reste avec lui dans la
cuisine. Je l’aide à préparer quatre cocktails sans alcool et quelques biscuits
apéritifs.

– Tu ne m’as pas répondu, pour demain.

– Si tu veux.
– On passera un bon moment, je te le promets.

– Je n’en doute pas, puisque je serai avec toi.

Il me sourit tendrement, avant de prendre le plateau. Nous rejoignons nos


parents sur la terrasse. Caleb leur parle de la proposition qu’il m’a faite, pensant
que je ne peux pas venir à Paris sans aller faire un tour dans le grand parc
d’attractions. Nos parents sont du même avis.

Mon père m’en parle en bien, il y est déjà allé plusieurs fois ; j’ignorais qu’il
aimait les manèges.

– Vous voulez venir avec nous ? leur propose Caleb.

– On ne veut pas vous déranger, répond Alice.

– Déranger qui ? On compte s’amuser, alors, si vous apportez votre bonne


humeur, nos plans ne seront pas contrariés !

Alice rigole et lance un regard à mon père.

Notre journée à Disneyland se transforme en un week-end au parc. Mathieu


regarde les bons plans sur internet pour faire les réservations.

– Je n’arrive pas à trouver de chambre familiale.

– Tout est complet, se désole ma belle-mère.

– Impossible d’avoir trois chambres dans le même hôtel...

– Ne te casse pas la tête. Prends ce que tu trouves, réplique Caleb.

– Parce que vous accepteriez de partager la même chambre ? s’étonne Alice.

– Si on ne dort pas dans le même lit, je pense qu’on survivra, s’amuse-t-il.

Je lève les yeux au ciel.

– Avec ton humour à deux balles, je vais mourir ! me moqué-je.


– J’ai ! Une chambre double et une chambre avec deux lits simples !

– Réserve ! dit-on ensemble, Caleb et moi.

Alice rigole et mon père finalise la réservation. Les parents pensent que je
dois au moins passer deux jours dans le parc pour en voir un minimum.

– J’espère que tu ne ronfles pas, lancé-je à Caleb.

Je sais très bien que ce n’est pas le cas.

– Et si ! Désolé !

Nous éclatons de rire, pressés de nous rendre au parc pour notre week-end de
folie. Et passer la nuit avec lui dans ce lieu magique est un véritable bonus que
j’apprécie d’avance.

***

Le samedi matin, nous partons avant neuf heures pour être devant le parc à
l’ouverture. Nous prenons la même voiture que les parents, bien que je découvre
que Caleb a son permis de conduire et qu’il en possède une à lui. Mais il préfère
les transports en commun pour circuler dans la capitale.

Le voyage est plutôt rapide, Marne-la-Vallée pointe rapidement son nez. Une
fois sur le parking, nous constatons qu’il y a beaucoup de monde, nous allons
devoir faire la queue. En même temps, pour un samedi de fin juillet, c’était sûr !

Heureusement, il ne fait pas aussi chaud qu’hier et, avec les pitreries de mon
amoureux, l’attente passe plus vite.

Nous nous retrouvons enfin dans Disney village, avec beaucoup de boutiques
et restaurants où je ne compte pas flâner pour le moment.

Nous allons rapidement au Disneyland Hotel, où notre père a réservé les


chambres, pour poser nos affaires. Nous ne sommes pas au même étage que nos
parents et je trouve ça très bien. Nous laissons nos sacs à dos sur les lits et en
profitons pour nous embrasser.

– T’as pas idée de tout ce que je vais te faire, ici, ce soir.

Il m’émoustille déjà.

Nous ne nous attardons pas et retrouvons nos parents devant l’établissement


luxueux.

L’aventure commence.

Nous visitons ce côté du parc et montons dans la plupart des attractions. Je


m’amuse beaucoup. Caleb et nos parents aussi.

Bien que nous n’ayons pas les grosses chaleurs de la veille, il fait tout de
même lourd ; et tout ce monde est assez pesant, aussi. Nous nous arrêtons
souvent pour boire ou manger une glace.

Mon seul regret est de ne pas pouvoir donner la main à mon amoureux quand
nous marchons dans les allées, mais je me rattrape dans les manèges, quand
personne ne peut nous voir, ou quand nous sommes dans une attraction à
sensations. Je feins alors d’avoir peur et de devoir m’accrocher à mon voisin.

Ma première journée ici est magique et nous en profitons jusqu’à la dernière


minute, avant d’aller manger au restaurant de l’hôtel. On a l’impression d’êtres
des princes et des princesses, tant la richesse règne en maître, dans cet endroit.

Le dîner est divin. Toutefois, ce que j’attends, c’est le dessert. Dans l’intimité
de ma chambre…

Caleb est déjà venu avec ses parents, alors il ne s’extasie plus sur la beauté des
lieux, mais moi, je fais de nombreuses photos pour les montrer à ma mère et
Louise.

Un peu plus tard, nous quittons les parents et nous nous donnons rendez-vous
pour demain matin à neuf heures pour prendre notre petit-déjeuner. Puis, nous
filons à notre étage.

Lorsque je suis arrivée ce matin, je ne me suis pas pâmée devant la beauté de


la chambre, trop pressée de me retrouver dans les bras de Caleb. Les deux lits
simples sont plutôt grands ; on ne devrait pas y être à l’étroit à deux.

Je sors mes affaires de mon sac à dos. J’en ai pris très peu, parce que, demain,
je devrai le porter toute la journée dans le parc. Je vais dans la salle de bains, qui
me charme autant que le reste de la chambre. La douche est grande et
magnifique.

– Caleb, regarde.

– Quand on est ici, on n’a pas envie d’aller ailleurs.

– C’est certain. Tu prends ta douche avec moi ?

– Je ne serai pas sage sous la douche... et je ne compte pas l’être dans le lit,
non plus. Penses-tu pouvoir suivre le rythme ?

Il se colle lascivement à moi.

– Assurément.

Il esquisse un sourire, alors que je lui échappe pour m’approcher du miroir. Je


me déshabille après avoir fait couler l’eau de la douche et me glisse dessous.
Caleb ne tarde pas à me rejoindre, nu également. Nos bouches s’unissent
instinctivement et nos mains redécouvrent le corps de l’autre. Je ne veux qu’une
chose : lui appartenir. Néanmoins, mon amoureux est joueur. Très joueur. Il me
titille, m’émoustille de ses doigts, de sa langue, sans jamais me pénétrer. Il me
fait jouir une première fois, avant de me laver soigneusement. Puis nous sortons
de la cabine luxueuse.

Je prends réellement mon dessert dans notre chambre. Nous sommes encore
mouillés quand nous nous allongeons, nus, sur l’un des lits.

Mon copain caresse mon corps religieusement, tandis que je fais de même
avec son sexe dur entre mes doigts. Il ne m’en faut pas beaucoup pour
m’approcher du point de rupture. Mais Caleb ne me laisse pas atteindre la
délivrance, pas avant qu’il ne soit en moi et qu’il ne me pilonne de plusieurs va-
et-vient.

Je finis par exploser en criant son prénom. Caleb me rejoint peu après. Il
s’affale sur moi, ensuite, sans pour autant m’écraser.

– Tu m’as épuisé.

Je souris contre sa peau.

Caleb m’embrasse longuement, puis nous allons nous coucher dans le lit qui
n’a pas été témoin de notre amour. Dans les bras l’un de l’autre.

***

Une nouvelle merveilleuse journée commence. Je suis heureuse. Comblée.

Caleb et moi prenons notre petit-déjeuner avec nos parents, puis nous
retournons dans le parc explorer la partie que je ne connais pas encore. Entre
attractions à sensations et promenades, je passe de bons moments. Contrairement
à la veille, je ne monte pas qu’avec mon copain dans les manèges, mais aussi
avec mon père, ce qui me permet de me rapprocher de lui. Nous rions beaucoup.

Je ne connaissais de lui que le côté bourreau du travail. Je découvre, ce jour-


là, l’homme qui sait s’amuser et prendre du temps avec sa famille.

Malheureusement, toutes les bonnes choses ont une fin. Cette belle journée
familiale se clôture dans les boutiques que j’ai repérées en arrivant ; je fais
quelques folies. J’ai pris beaucoup de photos, ce week-end, pour ne rien oublier.
Néanmoins, j’ai également besoin de souvenirs matériels.

C’est à regret que je quitte le parc. Caleb me promet qu’on reviendra, si j’en ai
envie. Plutôt deux fois qu’une !

Nous allons dîner dans un restaurant, à Marne-la-Vallée, où nous discutons


des deux derniers jours, reparlant sans cesse des moments inoubliables partagés.
J’en profite également pour annoncer à mon père et Alice que maman est
d’accord pour que j’aille à Hawaï avec eux. Ils sont ravis de l’apprendre.

Et moi, je m’en veux un peu de leur avoir menti. Elle a accepté depuis
plusieurs jours, déjà. C’est moi qui avais besoin d’être sûre. Alice m’assure
qu’elle contactera son ami dès demain pour avoir des nouvelles de mon
passeport ; il le lui a promis avant jeudi. C’est la seule ombre au tableau,
maintenant : que je ne l’aie pas à temps.

La discussion s’oriente ensuite sur Tiffany. Je grimace, en espérant que


personne ne le remarque.

– Comment va Tiffany ? s’intéresse Alice.

– Elle va bien, affirme Caleb.

– Je n’y ai pas pensé, mais tu aurais pu lui dire de venir avec nous, ce week-
end.

– Une prochaine fois, affirme mon copain.

Je crois rêver. Pourquoi il n’annonce pas leur rupture aux parents ? Je compte
aborder le sujet avec lui dès que nous serons seuls.

Ce soir-là, je suis épuisée quand nous rentrons à la maison. Je souhaite une


bonne nuit à tout le monde avant d’aller me glisser sous l’eau chaude de la
douche. Des étoiles plein les yeux. Mon âme est encore au pays de Disney. Dans
les attractions. Dans les visites. Je crois que je n’avais pas passé d’aussi bons
moments depuis longtemps.

Une fois démaquillée et dans ma petite nuisette en coton grise, je me faufile


dans la chambre de Caleb. Il n’y a pas un bruit dans la maison. Les parents sont
à l’étage, peut-être même déjà couchés.

Mon amoureux est dans son lit, en train de regarder son téléphone portable en
souriant. Il n’est même pas surpris de me voir et m’invite à le rejoindre en
ouvrant la couette. Je me précipite contre lui et pose ma tête sur son épaule pour
voir ce qui le fait sourire. Il est en train de visionner les photos qu’il a prises ce
week-end. Je constate qu’il en a même fait de moi en train de dormir. C’est trop
chou.

– Caleb, j’ai une question à te poser.


– Dis-moi.

– Pourquoi tu n’as pas dit aux parents que tu avais quitté Tiffany ?

– Parce que je ne voulais pas répondre à leurs questions.

La réponse me satisfait.

Nous discutons un moment de notre week-end. Je suis encore sur mon petit
nuage. Puis Caleb m’allonge sur le lit pour me faire l’amour avec une grande
tendresse, me menant à l’orgasme en prenant son temps.

Je m’endors dans ses bras, comblée et plus qu’heureuse.

***

Le lundi matin, j’ouvre les yeux dans les bras de mon petit ami ; je suis
comblée et ne compte pas quitter cette étreinte réconfortante. Je ne me suis
jamais sentie aussi bien avec un garçon. Il me fait éprouver des sensations
complètement nouvelles.

Je me sens un peu seule, quand il quitte le lit, quelques minutes plus tard. Sa
présence me manque déjà.

– Je vais prendre une douche. Tu veux m’accompagner ?

Mon sourire s’élargit et je bondis hors du lit. Il a trouvé un bon moyen pour
m’en faire sortir !

Nous prenons donc notre douche ensemble, une douche coquine bien
évidemment, où je suis plaquée contre la paroi pendant que mon amoureux me
pénètre. Mes cris de plaisir emplissent la pièce et même la maison.
Heureusement que nous sommes seuls.

Rien de tel qu’un câlin matinal pour bien débuter la journée !


Caleb est prêt en quelques minutes, alors que moi, je gagne ma chambre pour
mon rituel matinal : maquillage léger, bijoux, coiffure.

Une fois prête, je retrouve mon amoureux qui a préparé le petit-déjeuner sur la
terrasse. Il fait beau encore, aujourd’hui. Je m’assois à côté de lui et nous rions
en mangeant.

Puis Caleb m’annonce qu’il doit s’absenter un moment. Je fronce les sourcils,
surprise. Une envie de l’interroger me démange, mais j’essaie de la retenir. Ça ne
fonctionne que deux minutes, avant que je ne lâche la question qui me brûle les
lèvres.

– Tu vas où ?

Le jeune homme remet tout sur le plateau et le rapporte à la cuisine. Je me


demande s’il compte me répondre ; il a l’air préoccupé. Je lui emboîte le pas.

– J’ai un rendez-vous médical, m’annonce-t-il en s’approchant de moi.

Il pose ses mains sur mes hanches, tandis que j’attends d’en savoir plus.

– Je dois faire une IRM du cœur. Je me suis fait opérer, il y a trois mois. C’est
un contrôle.

Je tombe des nues quand j’apprends la nouvelle. Pourquoi ne m’a-t-il rien dit
plus tôt ?

– Qu’est-ce qui s’est passé ? m’inquiété-je.

Caleb recule de quelques centimètres et passe une main dans ses cheveux,
semblant réfléchir.

– J’avais un myxome.

Il semble m’annoncer une terrible nouvelle, alors que je ne comprends même


pas ce qu’il me dit.

– C’est quoi ? bafouillé-je, détestant ce mot qui fait peur.

– C’est une tumeur bénigne qui s’était logée dans l’oreillette gauche. Elle
empêchait le sang de passer dans mon cœur. J’ai donc subi une opération à cœur
ouvert.

J’ai la bouche grande ouverte, sous le choc de son aveu.

– La tumeur a été retirée. Je dois juste faire des contrôles durant plusieurs
mois.

– Et... Tu te sens bien ?

– Oui, répond-il dans un sourire.

Il franchit la distance qui nous sépare et me serre dans ses bras pour me
réconforter.

– Je serai de retour d’ici deux à trois heures.

Je hoche la tête, incapable de parler.

Caleb pose ses lèvres sur les miennes un long moment, approfondissant le
baiser qui m’excite aussitôt.

Puis il va dans sa chambre prendre les papiers dont il a besoin et file.

Je suis atterrée par ce que je viens d’apprendre. J’espère que tout ira bien pour
lui.

Refusant de m’inquiéter en tournant en rond durant les prochaines heures, je


décide d’envoyer quelques photos à Louise. Puis je l’appelle pour que nous
discutions de ces derniers jours.

– Mon Dieu, Clém, il est canon !

Voilà ses premiers mots.

– Carrément, je te le confirme.

Je lui raconte qu’il a rompu avec son ex pour être avec moi et que je suis la
plus heureuse sur Terre, en cet instant. Je lui raconte notre week-end à
Disneyland, mon rapprochement avec mon père et, pour finir, mon entrée dans la
cour des grands : je ne suis plus vierge !

Elle hurle de joie à l’autre bout de la ligne. Ma meilleure amie, désespérée que
je trouve un mec à mon goût. Finalement, c’est chose faite. Nous nous étendons
sur le sujet, avant qu’elle ne m’annonce qu’avec Andy tout va bien. Elle pense
être amoureuse et le jeune homme se montre très prévenant avec elle ; elle aussi
est comblée.

J’enchaîne avec Hawaï. Si Louise est triste en comprenant qu’on ne se reverra


pas de si tôt, elle est heureuse pour moi.

Nous passons plus d’une heure au téléphone. Quand je raccroche, je décide de


contacter ma mère pour prendre de ses nouvelles et lui en donner. Mais, au
moment où je fais défiler ma liste de contacts, on sonne à la porte d’entrée. Je
laisse mon téléphone sur mon lit et vais ouvrir.

C’est avec stupeur que je me retrouve face à Tiffany.

– Qu’est-ce que tu fais là ? l’interrogé-je.

– Je suis venue voir Caleb.

– Il n’est pas là.

Comme si elle ne me croyait pas, elle force le passage en l’appelant.

– Il n’est pas là ! redis-je avec agacement en fermant la porte, puisqu’elle est


dans le salon.

Pourquoi débarque-t-elle ? Je n’aime pas ça du tout.

– Qu’est-ce que tu lui veux à Caleb ?

Elle me fixe de ses yeux de peste.

– Parce que tu crois sans doute que j’ai besoin de ta permission pour voir mon
copain ? C’est la meilleure, celle-là !

Mais de quoi elle parle ? Caleb a rompu avec elle ! Alors qu’elle ne vienne
pas me raconter de salades.
– Je suis venue prendre de ses nouvelles. Je sais qu’il avait rendez-vous
aujourd’hui.

De mieux en mieux ! Il l’a prévenue. Dois-je vraiment en déduire qu’elle sort


toujours avec lui ? Hier, il n’a rien dit prouvant le contraire à nos parents. Je
doute, soudain.

Tiffany claque des doigts devant moi, comme si j’étais sa chose.

– Tu rêves ou quoi ? Quand rentrera mon chéri ?

Je hausse les épaules. Je n’en sais rien. Qu’a-t-il dit, déjà ?

J’ai l’impression qu’on m’enfonce une lame en plein cœur. Pourquoi Caleb
m’a-t-il menti en prétendant avoir rompu avec cette garce ? Pour coucher avec
moi ?

– Je te parle ! s’énerve Tiffany, face à mon silence.

– Je l’ignore, bafouillé-je.

Je n’arrive pas à croire que Caleb se soit servi de moi ; il a l’air d’un mec
bien, pourtant. Comme quoi, les apparences sont souvent trompeuses.

Je veux que Tiffany parte. J’ai besoin d’être seule pour digérer la nouvelle.
Pour savoir ce que je dois faire, prendre une décision concernant mon avenir.

Tout vient de s’écrouler en l’espace de quelques instants.

– Dis-lui que je suis passée et qu’il m’appelle, OK ?

Elle s’en va, exauçant enfin mon souhait. Et moi, je fonds en larmes.
Comment a-t-il pu me faire une chose aussi cruelle ?
Chapitre 20
Il est plus de quinze heures quand Caleb rentre à la maison. Il est parti à onze
heures, ce matin. Sans doute s’est-il arrêté chez sa copine en chemin. Je croyais
naïvement que c’était moi, sa copine… Quelle belle erreur !

Jamais je n’aurais dû lui faire confiance.

Il me retrouve dans le petit salon, où je suis installée sur le canapé avec un


livre dont j’ai à peine lu deux pages. D’ailleurs, je ne me souviens même pas de
quoi elles parlaient.

– Il y avait du retard, à l’hôpital, et je suis allé manger avant de rentrer,


m’informe-t-il en s’asseyant à côté de moi.

J’hésite entre lui hurler dessus tout de suite ou attendre. J’ai aussi envie de
savoir comment il va. Mon inquiétude pour lui n’a pas disparu.

– Que dit l’IRM ?

– Que tout va bien.

– Tant mieux.

Je ferme mon livre et le pose sur la table basse.

– J’ai appelé les parents pour le leur annoncer, avant de rentrer.

Bien sûr ! Et pas moi ! Je ressens un pincement dans mon cœur. Alors que
cette jalousie est mal placée.

– Tiffany est passée, l’informé-je.

Je vois à son regard qu’il ne s’y attendait pas. Sans doute pensait-il à parvenir
à me cacher leur relation.

– Elle voulait prendre de tes nouvelles. Tu dois la rappeler.

– O... K..., répond-il en décrochant bien chaque lettre.


Il me semble inquiet. J’ai bien l’impression que sa pire crainte s’est réalisée. Il
a dû demander à sa petite amie de ne plus venir chez lui, pour le moment, lui
inventant une excuse bidon. Et voilà qu’elle n’a pas écouté !

– Et… Oui, je sais.

Inutile de faire durer le suspense, autant en finir au plus vite.

– Tu sais quoi ?

– Ton mensonge. Tu n’as pas rompu avec elle !

Je me lève du canapé, je ne veux plus être près de lui. J’ai besoin de mettre le
plus de distance possible entre nous.

– Qu’est-ce que tu racontes ?

– Oh, ça va ! Ce n’est pas la peine de me prendre pour une cruche, alors que je
sais tout. Tout ce que tu voulais, c’était coucher avec moi ! Elle ne te suffit pas ?

Voilà que je hurle, à présent. Je ne parviens pas à garder mon calme.

– T’as peut-être envie de te faire un truc à trois ?

Ses yeux s’écarquillent. Et moi, je grimace d’horreur en visualisant la scène.

– Reste avec ta pouffe et ne t’approche plus de moi ! craché-je avec


véhémence.

J’ignore si c’est une rupture, en tout cas, ça y ressemble fortement.

Je pars m’enfermer dans ma chambre, après avoir bien claqué la porte. Si


j’avais encore des doutes avant son retour, là, je n’en ai plus. Il n’a rien nié, le
salaud !

Je laisse mes larmes couler en réalisant que je me suis fait manipuler. Je


comprends mieux, maintenant, pourquoi il n’a pas parlé de sa rupture à ses
parents ; il n’en était rien.

Le pire, dans cette sordide histoire, c’est que je l’aime et que je vais souffrir.
Et, pour bien faire, j’ai annoncé à tout le monde ma venue à Hawaï. Je dois être
maudite.

J’aimerais appeler Louise pour me confier à elle. Cependant, après lui avoir
conté mon bonheur quelques heures plus tôt, ce serait une véritable douche
froide.

Et puis, je ne parviens pas à parler ; ma gorge est nouée et mes sanglots encore
trop présents.

***

Je passe l’après-midi à pleurer, en tentant toutefois de ne pas faire trop de


bruit. Je ne veux pas que Caleb sache que je souffre. Comme je dois sortir de ma
chambre pour me nourrir, je le fais quand les parents sont rentrés du travail.

Caleb n’est pas là, je suis surprise. Ou pas, finalement. L’appel de Tiffany a dû
être plus fort que tout.

Alice a apporté des pizzas. Excellente idée ! J’adore ce plat, même si je n’ai
pas vraiment faim. Je me force quand même un peu. Je ne pose aucune question
sur Caleb et les parents non plus. Mon père m’informe que sa compagne
récupérera mon passeport jeudi. Cette nouvelle devrait être un soulagement.
Pourtant, ce n’est pas le cas. Je ne sais plus quoi faire. D’un côté, il y a mon
envie de me rapprocher de mon père, de découvrir un nouveau pays, de l’autre, il
y a Caleb.

Après le dîner, je retourne m’enfermer dans ma chambre et cède en appelant


Louise. Elle est surprise de percevoir le désespoir dans ma voix. Elle qui pensait
que je nageais en plein bonheur. Il fut malheureusement de courte durée.

Je n’épargne rien à ma meilleure amie. Elle sait, à présent, que Caleb s’est
joué de moi, qu’il n’a jamais cessé d’être en couple avec Tiffany.

– Oh, Clém, je suis désolée...


Pas autant que moi.

– Je m’en remettrai, lui affirmé-je.

Pour le moment, j’en doute, mais le temps fera son œuvre, pas vrai ? C’est de
cette façon qu’on guérit d’un chagrin d’amour, non ?

Je suis démoralisée...

Je discute un long moment avec ma meilleure amie, j’ai besoin qu’elle me


remonte le moral. Elle est forte à ce jeu, pleine de bonne humeur et habituée à
dire des bêtises. Quand je veux changer de sujet, elle me parle d’Andy. Elle sort
avec lui, maintenant. Je l’envie.

Toutefois, elle ne m’oublie pas pour autant, car elle revient rapidement sur le
sujet « Caleb ». Je soupire, je voudrais juste l’oublier.

– Comment tu comptes te venger ?

Je fronce les sourcils. Qu’est-ce qu’elle me raconte ? Il est hors de question


que je me venge ! Même si je pense qu’il le mériterait bien, je ne m’abaisserai
pas à ça.

– Il n’en est pas question, réponds-je.

– Il a joué avec toi. Il t’a menti pour te sauter. Et tu ne vas rien faire ?

Je grimace. Je dois bien reconnaître qu’elle a raison.

– Clém, t’es folle ou quoi ? Tu dois lui donner une bonne leçon !

À tout hasard, je l’interroge :

– De quelle façon ?

– Euh... Trouve-toi un autre mec.

Elle est très drôle, parce que je n’en connais pas, dans cette ville, et je ne me
vois pas accoster le premier que je croise dans la rue.
– Tu sais bien que je ne fréquente personne.

– À part Jo, le meilleur ami de Caleb.

– Ce n’est plus le cas. Et puis, je t’ai raconté ma soirée pourrie à cause de lui.

– Je sais, Clém. Mais, avoue que la vengeance n’en serait que meilleure !

Je dois bien admettre que Caleb n’apprécierait pas vraiment de me voir sortir
avec Jonathan. Mais, je raconte n’importe quoi. Tout ce qui l’intéressait, c’était
de coucher avec moi. Alors, en quoi serait-il jaloux ou fâché de me voir avec son
ex-ami ?

– Je n’en sais rien...

Cependant, Louise ne me lâche pas et me convainc par tous les moyens. Une
fois que j’en ai vraiment marre de l’écouter, je lui promets de voir ce que je peux
faire.

Après avoir raccroché, je ne sais pas comment entrer en contact avec Jo et il


est hors de question que je demande son numéro à Caleb. À tout hasard, je
regarde s’il a un compte Facebook et finis par trouver le bon. Je ne lui demande
pas d’accepter mon contact, j’en profite seulement pour parcourir sa liste d’amis.

Je trouve Tiffany, Caleb, les jumeaux et plein d’autres que je ne connais pas.
Je regarde les photos de Tiffany ; elle en poste beaucoup, que ce soit avec ses
amies ou Caleb. Son statut est : en couple avec Caleb Serbat. Je clique sur le
profil de Caleb qui ne poste quasiment rien, à part des partages de citations ou
images humoristiques. Par contre, il est identifié sur beaucoup de clichés, avec
Tiffany. Il a le même statut qu’elle : en couple avec Tiffany de Brossard. Mon
cœur vole en éclats. Si j’avais encore un doute, il vient de disparaître.

J’écris donc un message à Jo.

Salut,

J’aimerais qu’on se voie pour parler de l’autre soir. Tu veux bien qu’on
prenne un verre, tous les deux ?
Clém.

Satisfaite de mon message, je le lui envoie, même s’il n’est pas en ligne.

Je ne sais pas ce que j’espère... Qu’il me réponde, sans doute. Je n’y crois pas
trop. Caleb et lui se sont disputés à cause de moi. Alors, si Jonathan tient
sincèrement à son amitié, il ne s’approchera plus jamais de moi.

Je passe ma soirée à cogiter, sans recevoir de réponse. Il n’a même pas vu


mon message. Peut-être qu’il ne se connecte que rarement à Facebook. Ce n’est
vraiment pas de chance !

Je me couche tôt, ce soir. De toute façon, je suis fatiguée, même si j’éprouve


bien du mal à m’endormir. Je suis triste... désespérée. Jamais aucun garçon ne
s’était servi de moi de cette façon, je suis écœurée. Je ne comprends pas ce qui
lui a pris.

***

Le lendemain matin, je traîne au lit le plus longtemps possible, tout en furetant


sur mon portable. Je n’ai aucune envie de croiser Caleb. Néanmoins, je finis par
vraiment avoir faim, alors je me lève et m’habille.

J’ouvre doucement la porte de ma chambre en écoutant le moindre son. Il n’y


a aucun bruit. Avec un peu de chance, Caleb n’est pas là. Il est midi passé et, à
cette heure-ci, il est supposé être levé depuis longtemps. Ou chez sa copine, s’il
a découché.

Je m’avance prudemment dans le couloir, puis jusqu’à la cuisine. Vide. Je me


sens mieux. Un rapide coup d’œil sur la terrasse m’apprend qu’il n’y est pas non
plus. Je me prépare donc un copieux petit-déjeuner que je prends ici pour scruter
le moindre bruit suspect. Il n’y en a pas.

Ensuite, je débarrasse ma table et je sursaute quand mon maudit téléphone se


met à sonner, m’indiquant une notification Messenger. Je pense tout de suite à
Jo, alors je ne perds pas de temps et regarde.

J’avais vu juste, il m’a répondu.

Salut, miss.

Je serais très heureux qu’on prenne un verre. Tu me donnes ton numéro et je


t’appelle pour qu’on s’organise ?

À plus.

Jo.

Eh bien, voilà ! Le train est en marche, comme dirait Louise. Je lui envoie un
message aussitôt, pendant qu’il est connecté.

Super !

J’attends ton appel alors.

Et je conclus ces quelques mots avec mon numéro de téléphone portable.

Comme je m’en doutais, l’appareil dans ma main sonne très vite. Je prends
une grande inspiration et décroche.

– Allô ?

– Clém ? C’est Jo.

À cet instant, j’entends la porte d’entrée. Caleb rentre ou sort ?

– Salut, dis-je à mon interlocuteur.


– Tu vas bien ?

Pourquoi ce ne serait pas le cas ? Me voilà suspicieuse, maintenant.

Caleb entre dans la cuisine et en ressort aussi vite quand il me voit. Sa


réaction me blesse.

– Ça va, réponds-je, alors que ce n’est clairement pas le cas.

– Tu es libre, cet après-midi ?

– Oui.

– Je peux venir te chercher ou tu veux qu’on se retrouve quelque part ?

– Tu peux venir.

Ce serait même génial si Caleb le voyait ! Sauf s’il s’en fout, me souffle une
petite voix intérieure.

Peu importe. Si je ne le tente pas, je ne le saurai jamais.

Nous nous donnons rendez-vous chez moi pour quinze heures et coupons la
communication. Je vais dans ma chambre que je verrouille et appelle Louise afin
de lui raconter mes dernières aventures.

Ma meilleure amie se réjouit de la tournure des événements. J’aimerais


tellement avoir son enthousiasme !

Je passe un peu de temps devant le miroir, parce que Louise m’a intimé
l’ordre de me mettre sur mon trente-et-un, en mode « bombasse ». J’en profite
donc pour me changer et mettre un jean. Hors de question qu’il s’imagine avoir
une quelconque ouverture avec moi. Mon haut est moulant, mais pas décolleté. Il
est parsemé de strass, il est classe, à mon goût.

J’espère que Jo ne se méprendra pas sur mes intentions. Je compte seulement


lui demander des explications sur le piège qu’il m’a tendu, parce que c’est à ça
que ça ressemble : un piège. Le petit bonus – bon, d’accord, le gros bonus –
serait que Caleb nous voit partir ensemble.
Je passe le temps qui me sépare de mon rendez-vous sur mon téléphone.
Quand on sonne à la porte, je sursaute. C’est pour moi, j’en suis certaine, alors je
sors de ma chambre en trombe.

Personne à l’horizon. Je me demande si je suis seule à la maison. La déception


me gagne, mais je la balaie d’un revers de la main.

Sans surprise, c’est Jo qui se tient devant moi. Mon cœur ne s’emballe pas. Je
ne ressens rien. Si ce n’est l’envie que Caleb me voie en sa compagnie et que
cela le fasse enrager, bien sûr.

Jonathan est souriant et bien habillé. Il veut me faire la bise, alors j’accepte et
nous partons. Lorsque nous sommes côte à côte sur le trottoir, j’espère de tout
mon cœur qu’on me regarde. Qu’on nous regarde.

La vengeance sera-t-elle à la hauteur du préjudice subi ?

Nous n’échangeons pas un seul mot sur le trajet et c’est tant mieux. Je choisis
d’attendre d’être assise pour qu’on règle nos comptes, ce qui ne tarde pas. Jo
voulait qu’on prenne le métro, j’ai refusé. Je préfère qu’on traîne dans un café
proche de chez mon père. Histoire d’être rassurée, peut-être, de ne pas être loin
de la maison, au cas où ça tournerait mal.

Nous sommes face à face, chacun un verre à la main. J’ai choisi un soda, lui
une bière.

– Ça me fait plaisir que tu veuilles qu’on se voie, commence-t-il.

– Je pense que tu as des explications à me donner.

Inutile de tourner autour du pot. J’entre dans le vif du sujet.

Il hoche la tête, semblant déçu par la tournure des événements. À quoi


s’attendait-il ? Que je lui tombe dans les bras ?

– Je t’écoute. Pourquoi tu m’as invitée dans un bar, l’autre soir, avec des mecs
peu commodes ? Pour me soûler ?

– Tu m’en veux ?
Drôle de question !

– Évidemment ! Il aurait pu m’arriver n’importe quoi, un viol, en particulier,


et toi, tu n’étais même pas de mon côté.

– Je suis désolé.

Je balaie ses excuses d’un revers de la main ; je veux des explications.

– Tu sais, je n’ai pas beaucoup d’amis, en dehors de Caleb. En fait, je n’en ai


pas d’autres.

Je fronce les sourcils, étonnée par ses propos.

– Et comme on traîne de moins en moins ensemble, depuis qu’il passe tout


son temps libre avec sa copine...

Je ressens un pincement au cœur.

– J’ai juste essayé de me faire d’autres potes.

Ma bouche s’ouvre en grand, mais aucun son n’en sort. Je suis abasourdie par
ce qu’il me raconte. Il a vraiment une drôle de façon de se faire des amis.

– Et j’avais quel rôle, dans ton histoire ? l’interrogé-je avant d’avaler une
gorgée de mon soda.

Il fait encore chaud, aujourd’hui. C’est même carrément étouffant. Surtout à


Paris.

– Si je n’étais pas allé dans leur sens, ils se seraient tirés et ne m’auraient plus
parlé.

Je suis choquée par ce qu’il me dit. Ne se rend-il pas compte à quel point il est
malsain ?

– Me violer t’aurait aidé à te faire intégrer ? C’est ce que tu essaies de me


dire ?

Je hausse le ton et, lui, il baisse la tête.


Je veux bien croire qu’il regrette, mais je ne peux pas comprendre ce qui s’est
passé, encore moins le cautionner.

– Caleb est venu, non ? Donc tout a bien fini.

Visiblement, il refuse d’assumer son acte. Qu’importe. Je l’ai eue, mon


explication. Ce type n’est qu’un connard.

Je me lève sans finir ma boisson et quitte le café. Je me sens plus légère, mais
pas d’humeur joyeuse pour autant. Jo n’est qu’un nuisible. Comment Caleb a-t-il
pu me présenter à ce mec ?

– Attends !

Sérieusement ? Il me suit, maintenant ?

Je pivote pour lui faire face. Il me rattrape à petites foulées. Je l’ai laissé payer
la note, il l’a bien mérité !

– On n’a rien de plus à se dire ! râlé-je. Je sais ce que je voulais savoir.


Maintenant, tire-toi !

– C’était ça, ce rendez-vous ? Tu voulais juste me questionner sur l’autre


soir ?

– Je ne pourrai jamais te faire confiance après ce que tu m’as fait ! Alors,


restons-en là.

Il ne réplique pas et je m’en vais. Je rentre chez moi. Certes, je ne suis pas
partie longtemps. Toutefois, j’espère que ça aura suffi pour énerver Caleb.

La maison est silencieuse quand j’y pénètre. Je me demande encore une fois si
j’y suis seule. Je ne peux pas aller frapper à la porte de celui qui m’a brisé le
cœur. Il ne mérite pas que je m’intéresse encore à lui ou que je me pose des
questions sur ce qu’il fait. Bien que j’en aie une petite idée, s’il n’est pas ici.

Je m’isole dans ma chambre et raconte à ma meilleure amie ma confrontation


avec Jo. Je lui parle de sa piteuse excuse qui la fait bien rire. Ne voulant plus y
penser, j’appelle ma mère ensuite, pour lui donner des nouvelles. Elle me parle
d’Hawaï et je tente de cacher mon hésitation. Je ne sais plus quoi faire,
maintenant. Partir ou rester ?

J’attends dans mon antre jusqu’à ce que j’entende le retour des parents. Je les
rejoins dans la cuisine et les embrasse. Alice a rapporté le dîner : chinois. Je
dresse la table et tressaille quand j’entends la porte d’entrée.

– Salut ! lance Caleb à ses parents.

Ils lui répondent en chœur. Et je réalise soudain que j’étais seule tout l’après-
midi, seule quand Jo est venu me chercher et que je suis partie avec lui. Caleb
ignore tout. Et ça, c’est juste hors de question. J’enrage. D’autant plus qu’il était
sans doute avec Tiffany...

Nous passons rapidement à table où je me retrouve, comme d’habitude, à côté


du fils de la famille. Alice et mon père parlent travail, je préfère me taire et
manger. C’est très bon. J’ai déjà mangé chinois dans un restaurant, avec Caleb.

Et je suis nostalgique, tout à coup ; il me manque. Le passé me manque. C’est


horrible de penser ainsi, alors qu’il s’est bien joué de moi.

Mais je suis amoureuse...

Il ne raconte pas son après-midi, je suppose que je peux aisément l’imaginer.


Sexe ? Je sais qu’il est un grand fan.

Je me demande si quelqu’un s’intéresse au mien.

– Vous êtes allés vous promener, aujourd’hui ? nous questionne Alice.

Je réponds avant même que son fils ne le fasse.

– Non. Je suis allée boire un verre avec Jo.

Aucune réaction à ma gauche. Totale déception.

– Oh, c’est bien, réplique ma belle-mère.

Je lui souris en hochant la tête, pour mettre un peu d’entrain.

Lorsque le repas est terminé, j’aide à débarrasser. Mon père s’installe dans son
bureau avec un dossier – visiblement, il a rapporté du travail à la maison.

Alice essaie d’en apprendre plus sur mon rendez-vous, maintenant que nous
sommes entre filles. Elle s’imagine sans doute que je sors avec le meilleur ami
de son fils – parce qu’elle n’est pas au courant de leur dispute – ou qu’il me
plaît. Ce n’est ni l’un ni l’autre, mais je préfère laisser planer le doute, lui disant
que je tiens à garder mon jardin secret. Elle n’insiste pas.

Je retourne dans ma chambre.

Bilan sur le dîner : Alice imagine que je sors avec un garçon, tandis que Caleb
se fout éperdument que ce soit le cas.

Et moi, dans tout ça, je ne sais plus quoi penser.

J’ai envie d’appeler Louise pour pleurer au téléphone en lui relatant


l’indifférence de Caleb. Néanmoins, je tiens bon, je ne vais pas me morfondre
pour lui. Pas cette fois.

Ma porte s’ouvre et l’intéressé entre. Je suis abasourdie. Il a la mine


renfrognée, ça promet !

– Tu es sortie avec Jo ?

Et si, finalement, cela le touchait... ?

– Oui, confirmé-je avec aplomb.

– T’as quoi dans la tête ? aboie-t-il. Tu as déjà oublié la soirée qui a failli
déraper à cause de lui ?

Bien sûr que non, mais lui doit le croire.

– On s’est expliqué.

Il lève les yeux au ciel, exaspéré par mon attitude. C’est la jalousie qui me
guide et j’avoue que je ne me reconnais pas. Je ne mens jamais, habituellement.
Je devrais lui dire la vérité. Lui avouer que j’ai mal de savoir qu’il n’a pas rompu
avec Tiffany. Pourtant, aucun mot ne franchit la barrière de mes lèvres. C’est
comme si mon corps jouait contre moi.
– La prochaine fois que tu te retrouveras dans ce genre de situation...

Il reprend sa respiration et tente de se calmer avant de poursuivre.

– ... ne m’appelle pas !

Et il sort de ma chambre. Je m’effondre en larmes sur le lit, tentant d’être la


plus silencieuse possible. Personne ne doit savoir le mal qui me ronge. Et surtout
pas Caleb.

Que penserait-il s’il savait que je suis amoureuse de lui ?


Chapitre 21
Mercredi, déjà !

Je n’ai toujours pas pris de décision pour Maui, alors que le départ est prévu
dans trois jours. Alice et mon père doivent récupérer mon passeport demain.

Je suis dépitée...

Quand je pénètre dans la cuisine, je suis seule. Je suppose que ce sera le cas
toute la journée. Je devrais partir, faire quelque chose, m’occuper. Je suis ici
pour renouer avec mon père et il est toujours au travail. Certes, il est en congé
vendredi soir pour un peu plus de deux semaines. Cependant, j’ignore si j’aurai
la force d’attendre, la force de prendre l’avion avec eux. Je crois qu’il serait plus
sage que je rentre chez moi, à Metz.

Je prépare mon petit-déjeuner sans grande conviction. Je n’ai pas faim, j’ai
une boule dans la gorge et le ventre. Je ne vais pas bien, c’est une certitude. Est-
ce ça qu’on appelle un chagrin d’amour ?

Je m’installe sur un tabouret et me prépare une tartine que je me force à


manger. Soudain, j’entends du bruit et Caleb apparaît dans mon champ de vision.
J’en suis toute retournée. Je ne sais pas quoi penser ni faire. Dois-je l’ignorer ?
Tenter de me justifier ?

Après tout, je n’ai rien à me faire pardonner. Je n’ai pas joué avec lui, moi.

Il se prépare un café et attrape la brioche posée à côté de moi. Je déglutis


difficilement. Son indifférence me fait mal. Est-ce à ça qu’en est réduite notre
relation, maintenant ? C’est douloureux. Trop douloureux. Je ne peux pas rester
comme ça, je n’y parviens pas. Je sais que je dois agir, dire quelque chose,
n’importe quoi. Même une connerie. Ou pas.

– On doit s’ignorer, maintenant ? lancé-je, peu sûre de moi.

Caleb suspend son geste pour planter son regard dans le mien. Il semble triste.

– Tu m’as demandé de ne plus m’approcher de toi. C’est ce que je fais.


Touché. Mon cœur se serre dans ma poitrine.

Que puis-je répondre à cela ?

Il reprend son activité et va déjeuner sur la terrasse. Loin de moi.

Je ne sais pas comment agir, mais une chose est sûre : je ne pourrai plus rien
avaler. Je repousse la tartine que je me forçais à manger.

Que dois-je faire, maintenant ? Aller m’excuser alors qu’il n’a fait que me
mentir ? Je suis perdue. J’ai besoin d’aide.

Je retourne dans ma chambre pour panser mes blessures, espérant que j’irai
rapidement mieux. Je n’en peux plus de souffrir ainsi. Être amoureuse fait mal.
Je n’aurais jamais dû craquer sur cet homme. D’autant plus qu’il m’est interdit.

Je fixe mon téléphone portable sans vraiment le voir. Je n’ai envie de parler à
personne, pas même à Louise. Je crois qu’aucune amie ne sera capable de me
consoler. Pas à ce stade de tristesse.

Au lieu de me morfondre des heures durant, je décide d’agir, de prendre mon


courage à deux mains et de tout faire pour régler la situation. Certes, Caleb et
moi, nous ne serons plus jamais amis, mais on pourrait au moins se comporter
différemment. En tout cas, les choses doivent changer.

Forte de mes bonnes résolutions, je me rends sur la terrasse d’un pas décidé. Il
est toujours installé dans le salon de jardin.

Je me plante devant lui. Il a l’air vraiment surpris de me voir ici.

– Ça ne peut pas durer ! lui dis-je.

– Quoi donc ?

Il fronce les sourcils, comme s’il ne comprenait pas à quoi je fais allusion.
Une stupide pensée me soufflant qu’il est très sexy me traverse l’esprit, j’essaie
de ne pas y accorder de crédit. Mais c’est vrai qu’il est canon !

– Toi, moi, lui expliqué-je en nous désignant l’un et l’autre de la main.


Caleb croise ses bras sur son torse. J’ignore si la situation l’amuse, mais c’est
ce que je ressens.

– On ne peut pas s’ignorer en permanence, vu qu’on habite sous le même toit.

Il garde le silence, alors j’enchaîne, essayant de le convaincre.

– Nos parents finiront par remarquer que quelque chose cloche.

Il hoche la tête en se pinçant les lèvres.

– OK, je comprends. Tu veux éviter qu’ils ne se posent des questions.

– Oui, confirmé-je.

Sauf que ce n’était pas la chose à faire, visiblement. Caleb se lève pour me
faire face. Il ne sourit pas du tout, je dirais même qu’il est fâché.

– Ce n’est pas à moi de réparer tes conneries parce que tu as peur de l’opinion
des parents.

C’est mon tour de froncer les sourcils, ne saisissant pas où il veut en venir. Où
ai-je bien pu faire des bêtises ?

– Si c’est tout ce que tu as à me dire, je m’en vais.

Il est gonflé de me planter en pleine discussion, d’autant plus que j’essaie


d’arranger les choses.

– Hey ! le rappelé-je.

Il s’immobilise et pivote pour me regarder.

– Quelque chose à ajouter, peut-être ?

Oui. Là, tout de suite, j’ai bien envie de te traiter de connard arrogant. Mais je
me retiens.

– Je n’ai pas fait de conneries ! réfuté-je.


– Ah non ? Pour moi, une erreur de jugement, c’est une connerie.

Qu’est-ce qu’il me raconte ?

– Quand tu en auras fini avec ton attitude de gamine, peut-être qu’on pourra
vraiment parler !

– Quoi ? m’énervé-je.

Il revient sur ses pas pour me faire face.

– Tu as bien entendu ! Tu n’es qu’une gamine ! Tu peux m’expliquer ce que tu


faisais avec Jo, hier ?

Eh bien, je priais de toutes mes forces pour que tu sois jaloux. Je rêvais de te
faire du mal. Échec total, je l’ai bien compris. Je me garde bien de le lui dire,
ceci dit. Il aurait réellement raison de me traiter d’immature. Et ce n’est pas moi,
ça. Je n’agis pas de cette façon.

Peut-être que si je lui avoue la vérité au sujet de mon rendez-vous avec Jo, il
sera plus clément avec moi. Je suis perdue. Je l’ai perdu. Et c’est ce qui fait le
plus mal, dans cette histoire.

– Je voulais des explications sur ce qui s’est passé...

Je n’ai pas besoin d’en dire plus. Caleb sait parfaitement où je veux en venir.

Peut-être me juge-t-il moins sévèrement, maintenant qu’il connaît la vérité,


qu’il sait que je ne suis pas stupide au point de fréquenter un mec comme son
ancien meilleur ami qui tourne mal.

– T’es complètement stupide de l’avoir suivi, me reproche-t-il.

Je veux enterrer la hache de guerre, alors je lui raconte que nous sommes allés
dans un café. Je lui confie même les mots que nous avons échangés.

– Il a de très mauvaises fréquentations et, peu importe ses raisons, tu dois


rester loin de lui.

Il me parle calmement. Il semble sincère, presque concerné par ma sécurité.


– Je sais. Tu ne voleras pas à mon secours une seconde fois. J’ai bien compris.

Il grimace, mais je ne tente pas de déchiffrer ce geste. Je suis contente qu’on


puisse se parler sans crier. C’est peut-être un pas vers la réconciliation, qui sait ?

Est-ce que je dois lui souhaiter tout le bonheur du monde avec Tiffany ?

– Je dois partir, me dit-il. C’est important, mais c’est dommage, tu semblais


disposée à m’écouter.

Je plisse les yeux. De quoi pourrait-il vouloir me parler ? Et où va-t-il ?


Quoique j’aie bien une petite idée sur la question.

– Dans ce cas, reste, tenté-je.

Il esquisse un sourire. C’est léger, mais je le distingue. De l’espoir ?

– Je ne peux pas, m’affirme-t-il.

Il tourne les talons et s’éloigne de moi. Je refuse de le laisser rejoindre sa


copine sans me battre.

– Tiffany ne peut pas attendre ? craché-je, mauvaise.

Là, j’ai fait mouche. Il semble moins pressé de filer, d’un coup. Il parcourt la
distance entre nous, ses yeux m’envoyant des éclairs de rage. Oups ! J’ai peut-
être dépassé les limites.

– Écoute-moi bien, parce que je ne te le dirai pas deux fois. Je ne peux pas me
mettre en retard, parce que je vais voir mon médecin avec les résultats de mon
IRM...

Je pâlis au fur et à mesure qu’il parle. Je me sens conne, c’est horrible.

– ... et je ne suis plus avec Tiffany !

Cette fois, il s’en va et je ne le retiens pas. La porte d’entrée claque, faisant


couler mes larmes sans même que j’en comprenne la raison.

Il n’est plus avec Tiffany ? Elle m’a pourtant affirmé le contraire... Pourquoi
je l’ai crue ?

En fait, elle a très bien pu me mentir, me manipuler. Oh non... Quelle idiote je


fais ! J’ai perdu mon copain seulement parce que je ne lui ai pas fait confiance.
Je ne lui ai pas accordé le bénéfice du doute, je ne l’ai même pas laissé
s’expliquer sur la venue de son ex. J’en ai tiré les conclusions que je voulais et je
l’ai sorti de ma vie.

Tout est de ma faute et c’est terrible de m’en rendre compte.

– Pardonne-moi, Caleb, murmuré-je en me laissant tomber sur le sol, les yeux


ravagés par les larmes.

***

Je fixe la rue du rez-de-chaussée sans vraiment la voir. Je suis dans le salon,


j’attends le retour de Caleb. Mon cœur est en miettes et mon corps tremble.
Comment ai-je pu être aussi stupide ?

Je fais les cent pas dans la pièce, impatiente, mais aussi terrifiée. Je vais
devoir présenter des excuses à l’homme que j’aime. Et là, je me souviens :
« Pour moi, une erreur de jugement, c’est une connerie. » Les mots de Caleb.

Ma bêtise, c’est d’avoir tiré des conclusions hâtives. Si seulement il pouvait


savoir comme je regrette.

La sonnerie de la porte d’entrée me fait sursauter. Je sais très bien que ce n’est
pas celui que j’attends, il a les clés, il se serait contenté d’entrer.

Je vais donc ouvrir et suis surprise de me retrouver face à Jo. Il me semblait


pourtant avoir été claire avec lui.

Je ne veux pas qu’il entre, parce que je ne suis pas certaine de parvenir à le
mettre dehors quand j’en aurai assez de le voir. Donc je m’avance sur le seuil, lui
bloquant l’accès à la maison.
– Qu’est-ce que tu fais là ?

– Salut, Clémence.

– Quoi ? Oui, salut. Qu’est-ce que tu fais là ?

Il semble mal à l’aise, dansant d’un pied sur l’autre.

J’aurais mieux fait de ne pas ouvrir cette fichue porte.

– Tu veux bien qu’on aille ailleurs ?

– Non.

Il craint sans doute Caleb et il a raison. Toutefois, je ne lui dirai pas qu’il n’est
pas ici. Je ne veux pas qu’il s’imagine des choses.

– Dis ce que tu as à dire et laisse-moi, j’étais sur le point d’appeler ma mère,


inventé-je pour me débarrasser de lui.

J’espère que Caleb rentre bientôt. Ou pas. Comment se dérouleront les


événements s’il trouve son ancien ami ici ? Ils ont réglé leurs comptes.
Toutefois, je ne suis pas certaine que ce soit réellement terminé. Jonathan est
complètement suicidaire de venir jusque chez Caleb pour me voir.

– Je suis désolé. Je ne veux pas que cette histoire mette un terme à notre
relation.

Euh... minute, papillon. On s’est vu deux ou trois fois, ce n’est pas ce que
j’appelle une relation.

– De quoi tu parles ? On n’est même pas amis.

– Justement... Si tu me laissais une chance, on pourrait le devenir.

Mes yeux s’écarquillent. Fait-il partie des garçons qui ne comprennent rien à
ce que leur dit une fille ? J’en ai bien l’impression.

Je n’ai vraiment pas de chance.


– Non. J’ai un copain qui m’attend chez moi, à Metz.

Je mens pour qu’il me laisse et s’en aille. Mais ce n’est pas ce qui se produit.
Au contraire. Il réduit la distance qu’il y a entre nous et pose, par surprise, ses
lèvres sur les miennes. Je suis sous le choc et le repousse dès que l’effarement
est passé.

Abasourdie, je ne trouve pas mes mots quand il me fixe. Il sourit, fier de lui,
sans doute, et s’en va. Il traverse la rue, ce que je trouve étrange, pour se
retrouver sur le trottoir d’en face.

Je comprends son geste quand Caleb se dresse subitement devant moi ; il


voulait éviter un affrontement. Le jeune homme a un air rageur quand il me
bouscule pour entrer dans la maison. Je ferme la porte.

– Tu n’as pas pu t’en empêcher ! Dire que j’ai cru à tes conneries de tout à
l’heure.

– De quoi tu parles ?

– Toi et lui, putain ! s’énerve-t-il en désignant la porte.

Je veux dissiper tout malentendu, mais il ne m’en laisse pas l’occasion et part
dans sa chambre.

Non. Non. Non !

Mais que croit-il ? Que je sors avec son ancien ami ? N’a-t-il pas vu le baiser
forcé ? Je dois lui expliquer les choses.

Je me hâte de me rendre à sa chambre et, quand je veux ouvrir la porte, je


l’entends parler. Sans doute au téléphone.

– Pourquoi tu m’appelles ?

Mon cœur tambourine dans ma poitrine. J’ai peur d’être prise sur le fait, en
train d’écouter derrière la porte.

– Je vais bien, t’inquiète pas.


Moi, par contre, je ne suis pas sereine en me demandant à qui il parle. Bien
sûr, l’idée que ce soit son ex me trotte dans la tête.

– Non, je ne veux pas sortir.

Elle l’invite ?

– J’ai besoin de temps.

Mais de quoi parle-t-il ?

Puis-je pousser la porte afin de mettre fin à ce suspense insupportable ?

– Laisse tomber...

Je bous. Je suis en train de m’imaginer le garçon que j’aime discuter avec son
ex ; c’est intolérable. Je pousse donc la porte pour m’annoncer. Le regard de
Caleb croise le mien. Il doit comprendre que je désire quelque chose, sinon, que
pourrais-je bien faire ici ?

– Je dois raccrocher, dit-il sans me quitter des yeux. Salut.

Et là, je commets une bêtise.

– Tiffany ?

Ce n’est pas du tout ce que j’avais prévu. J’aurais dû me taire ou dire


n’importe quoi qui n’ait pas de rapport avec cette nana. Sauf qu’il est trop tard
pour revenir en arrière.

– Qu’est-ce que tu veux ?

Il ne répond pas à ma question, ce n’est pas de bon augure.

– Tu voulais qu’on parle avant que tu partes à ton rendez-vous ? Je suis là.

– Merci de le demander, je vais bien, rouspète-t-il.

C’est vrai que j’aurais pu commencer par là. Je m’en veux pour ma
maladresse.
– Et maintenant que tu sors avec Jo, je n’ai plus rien à te dire.

Mes yeux s’ouvrent telles des soucoupes. Je n’ai pas dû bien entendre.

– Mais n’importe quoi ! le contredis-je. Ce gars ne m’a jamais intéressée et tu


es bien placé pour le savoir.

– C’est vraiment ce que tu veux me faire croire ?

Je serre les poings.

– Crois ce que tu veux. Moi, je sais ce qui est vrai.

Il hoche la tête, peu convaincu.

Ce n’est pas croyable que tout tourne toujours en drame entre nous, depuis ces
derniers jours. Je vais finir par devenir dingue !

– Je voudrais que tu sortes de ma chambre, maintenant.

Je suis scotchée en entendant sa requête. Il me met dehors ? Mon seul désir est
de passer du temps avec lui. Malheureusement, les problèmes s’enchaînent entre
nous. C’est trop dur. Je ne suis pas faite pour les conflits.

J’ignore de quelle manière apaiser les tensions, je ne sais pas non plus
comment calmer sa colère et ma jalousie.

Je ne veux en aucune façon sortir de sa chambre et fermer la porte derrière


moi, ça signifierait que j’abandonne. Alors que je l’aime. Je suis amoureuse de
Caleb et refuse de renoncer.

Je dois me battre encore un peu, juste quelques jours, quelques heures ou


même quelques minutes. Me battre pour qu’il comprenne que je tiens à lui, que
Jo ne représente rien et qu’il a volé le baiser que Caleb a cru voir.

Je décide de lui dire la vérité sur ce qui s’est passé. Il en fera ce qu’il voudra.
Au moins, j’aurai la conscience tranquille, j’aurai fait tout ce que je pouvais.

Je me prépare à sortir de la pièce, pour montrer au jeune homme que je ne


m’oppose pas à sa demande, et je lui dis ce que je veux qu’il sache.
– Jo est venu pour me demander une autre chance, ce que j’ai refusé. Il m’a
embrassée par surprise et il est parti. Je ne sais pas ce que tu as cru voir, mais
jamais, ô grand jamais, je ne sortirai avec lui.

Je m’apprête à partir quand Caleb me retient avec ses mots.

– Parce que tu n’aimes pas les blonds ?

Alors, il m’avait entendue ? Dans ce cas, pourquoi me présenter un blond ?


Pour s’assurer que je ne craque pas sur son ami ?

– Parce qu’il y a quelqu’un d’autre dans mon cœur.

Ma déclaration n’était pas prévue, elle a franchi trop rapidement la barrière de


mes lèvres. Je m’en veux. Je sors de la chambre, ne voulant pas qu’il
m’interroge.

J’ai besoin de m’isoler et de réfléchir.

Je me réfugie donc dans ma chambre, il est presque midi. Je n’ai même pas
faim. Toutes ces histoires m’ont coupé l’appétit.

J’ai envie de hurler pour laisser sortir le trop-plein d’émotions. Je n’en peux
plus. Cette vie n’est pas faite pour moi qui aime la simplicité.
Chapitre 22
C’est dans le courant de l’après-midi que je décide de sortir de ma chambre.
Je ne peux pas y rester éternellement, et puis mon ventre réclame de la
nourriture. Je suis seule dans la cuisine, mais pas pour longtemps. Comme si
Caleb m’avait entendue, il vient aussi. J’attrape une tranche de jambon dans le
paquet et commence à la grignoter. Visiblement, le jeune homme n’est pas là
pour manger.

– Si tu m’avais laissé parler, quand je suis revenu de l’IRM, je t’aurais dit que
Tiffany et moi, nous ne nous voyons plus, qu’elle était au courant pour mon
rendez-vous et qu’elle y a vu le moment idéal pour s’immiscer à nouveau dans
ma vie pour retenter sa chance.

Plus il parle et plus mon cœur se serre. Je ne parviens même plus à mâcher,
tellement ma gorge se noue.

– Je t’aurais dit aussi que j’étais très bien avec toi et que je ne suis jamais sorti
avec deux nanas en même temps. Mais tu m’as jugé et condamné sans même me
laisser en placer une.

Ses reproches sont légitimes, je les ai mérités. Je me suis laissée emporter par
ma jalousie, j’ai l’impression que je ne pourrai jamais réparer ce que j’ai brisé.

Caleb me fixe sans rien ajouter. Peut-être attend-il une explication sur mon
attitude.

– Je suis désolée.

C’est un bon début, qui ne suffira pourtant pas. Il en attend davantage.

– Elle a agi comme si elle sortait toujours avec toi et j’ai mal réagi. Je t’ai
accusé, c’est vrai. J’en suis désolé. Pour ma défense...

J’avale la boule qui se forme dans ma gorge et je me lance. Je ne peux plus


reculer.

– J’ai été jalouse, j’avoue.


Il fronce les sourcils, surpris par mon aveu.

– Je tiens à toi, Caleb, et je suis jalouse d’elle.

– Pourquoi ? Je ne comprends pas ce que tu peux lui envier.

– Toi.

Le jeune homme garde le silence.

Je suis morte de peur quant à la suite des événements. Puis-je espérer une
réconciliation ?

– Sauf que j’avais rompu avec elle. J’étais avec toi.

Étais ? L’emploi du passé me fait souffrir.

Je sais que je ne finirai pas la tranche de jambon que je tiens encore entre mes
doigts, alors je la mets à la poubelle. Je me lave les mains ensuite. J’ai envie de
pleurer, je dois me donner une contenance. Je ne sais pas quoi répondre à Caleb.

J’ai été idiote de croire Tiffany, alors que c’est exactement ce qu’elle voulait.
Elle a toujours soupçonné qu’il se passait quelque chose entre Caleb et moi. Elle
avait raison et elle a voulu tout détruire, par vengeance.

Je suis tombée dans le panneau.

Comme je le regrette.

Il n’y a de toute façon plus rien que je puisse dire. Peut-être que je peux faire
quelque chose, par contre... Sans réfléchir à la bonne idée de ce que je m’apprête
à réaliser, je m’approche de Caleb. Je me colle contre lui en même temps que
j’entoure son cou de mes bras. J’ai besoin qu’il me réconforte, qu’il me serre
contre lui.

Durant ce qui me semble une éternité, il ne bouge pas. Puis, il m’entoure de


ses bras, tout en nichant sa tête dans mes cheveux. Je me sens soulagée, même si
rien n’est gagné. Il a accepté mon premier pas et en a fait également un dans ma
direction. Je suis heureuse.
– Pardonne-moi, soufflé-je contre sa peau.

Je n’obtiens aucune réponse.

Notre étreinte s’éternise pour mon plus grand plaisir. J’ai besoin de retrouver
Caleb, besoin de lui. Alors, quand il s’écarte légèrement de moi, je ne réfléchis
plus et agis. Je pose mes lèvres sur les siennes, espérant qu’il ne me repoussera
pas. Il n’esquisse aucun geste de ce genre. Il resserre même l’accolade et me
laisse approfondir le baiser. Nos langues se retrouvent, comme si elles ne
s’étaient jamais quittées. Et moi, j’ai terriblement envie de lui, des papillons
dans mon bas-ventre. Je bouge lascivement contre lui afin qu’il comprenne mon
désir. Mon corps est en feu, je veux des retrouvailles explosives. Je sens qu’il est
dans le même état, à la dureté dans son pantalon. Je m’appuie dessus, le faisant
gémir contre ma bouche.

Je suis à nouveau dans ses bras, là où je me sens le mieux. Là où est ma place.

Caleb pose ses mains sur mes hanches pour me hisser sur le plan de travail et
se niche entre mes cuisses, sans arrêter de m’embrasser. Il a soif de moi autant
que j’ai soif de lui.

Ma jupe le gêne rapidement ; il la remonte de ses mains brûlantes sur ma peau


frémissante.

– Tu es sûre ? souffle-t-il à mon oreille.

– Oui. Maintenant, Caleb.

Il répond à mon invitation sensuelle en sortant son sexe enflé de son bermuda
pour le glisser en moi une fois qu’il a repoussé le tissu de ma culotte. Je pousse
un gémissement de bien-être lorsqu’il me remplit complètement. Caleb va et
vient en moi, me faisant crier de plaisir. Il va de plus en plus vite. Je m’agrippe à
sa nuque, les yeux révulsés par le plaisir qui m’emporte quelques minutes après.
Je reste dans ses bras, contre l’homme que j’aime, jusqu’à ce qu’il se rhabille.

Encore dans les affres du plaisir, je ne comprends pas ce qui se passe. Caleb
quitte la pièce, me laissant à moitié dévêtue sur le plan de travail où nous venons
de faire l’amour ; ça ne lui ressemble tellement pas...

Je descends de mon perchoir et réajuste mes vêtements. Je me sens vide.


Est-ce le moment d’avoir une véritable explication avec Caleb ? Ou celui de
m’éclipser ?

Je me dirige vers le couloir et décide de le laisser tranquille. S’il avait voulu


qu’on reste ensemble, il ne serait pas parti.

Je me réfugie dans ma chambre.

Pour oublier son rejet qui me blesse, je choisis d’écouter de la musique triste.
Je m’installe sur mon lit, en position fœtale, tournée vers la fenêtre, et glisse mes
écouteurs branchés dans mon portable, dans mes oreilles. Si les larmes roulent
parfois sur mes joues, je ne m’en rends pas compte.

***

J’ai dû m’endormir, parce que je sursaute quand une main se pose sur mon
épaule. Je croise le regard inquiet d’Alice. Mince, que va-t-elle penser ?

Je retire les écouteurs de mes oreilles et me redresse.

– Tout va bien, Clémence ?

– Oui, lui affirmé-je.

– Excuse-moi d’insister, mais j’ai l’impression que tu as pleuré.

Je me frotte les yeux.

– Je suis juste fatiguée, inventé-je.

Elle n’a pas l’air convaincue, mais n’insiste plus. Je lui en suis reconnaissante.

– Ton papa prépare un barbecue pour ce soir. Tu veux bien m’aider pour les
salades ?

Surprise, je regarde l’heure sur mon portable, il est un peu plus de dix-huit
heures et mon ventre se met à grogner.

– J’arrive, réponds-je.

Dès qu’elle a quitté ma chambre, je me demande où est Caleb. Je vais dans la


salle de bains et constate qu’effectivement j’ai les yeux rougis. Si Caleb me voit
comme ça, il comprendra que j’ai pleuré, ce que je veux éviter à tout prix. Je
force un peu sur le maquillage pour dissimuler le mieux possible les traces de
mon chagrin.

Je retrouve ensuite Alice dans la cuisine. Mon père est avec elle. Je le salue,
contente de le voir. Voilà pour quoi je reste ici : pour me rapprocher de lui. Ces
derniers temps, j’ai plus pensé à Caleb, mais ça va changer.

– Que veux-tu préparer ? questionné-je ma belle-mère.

– Une salade verte avec des croûtons.

– OK.

Je m’empare du pain de mie et commence à le découper en dés.

Bien sûr, Caleb se joint rapidement à la petite réunion familiale. Je ne le


regarde pas. J’ai été blessée par son attitude et j’estime mériter des excuses et
une explication.

– Un coup de main ? demande-t-il.

– Tu peux mettre la table dehors, répond Mathieu.

Je m’efforce de faire abstraction de la présence du jeune homme dans la même


pièce que moi. Je me concentre sur mes croûtons. Je les mets au four une fois
qu’ils sont assaisonnés. J’attrape une salade dans le réfrigérateur et commence à
la préparer.

Alice sort la viande, qu’elle tend à son compagnon. Leur fils est sur la
terrasse.

Je me sens mal à l’aise. A-t-il brisé quelque chose en moi ? Son attitude, son
rejet, même, m’ont terriblement blessée.
Je reste dans la cuisine avec ma salade et mes croûtons, alors que les trois
habitants légitimes de la maison sont dehors. Je me sens comme une étrangère,
ici. Plus à ma place.

Caleb s’est servi de moi, ni plus ni moins, et je ne le supporte pas. Le voir me


donne envie de vomir ; j’ignore si je parviendrai à me contenir encore longtemps
sans exploser.

Alice me rejoint quand j’ai terminé de préparer la salade qui accompagnera les
grillades.

– On va prendre un apéro. Tu veux quoi ?

Je hausse les épaules, indifférente.

– Tu as quoi ?

Elle me propose un soda ou quelque chose de plus fort que je pourrais couper
avec un jus de fruits. L’idée est rapidement adoptée. Peut-être qu’un peu d’alcool
me permettra de me détendre.

Nous apportons les verres au salon de jardin. Je tiens celui de Caleb – un soda
– parce que sa mère me l’a donné, mais ne lui remets pas. Je me contente de le
poser sur la table sans lui adresser le moindre mot. Lui aussi semble fuir mon
regard. Qu’il se rassure, je veux juste en finir avec ce repas, moi aussi !

Les parents parlent d’Hawaï ; ils ont hâte. Pour ma part, je n’irai pas. Hors de
question de me retrouver coincée sur une île à des milliers de kilomètres avec
Caleb. J’ai bien compris que tout ce qu’il veut, finalement, c’est me sauter. C’est
vulgaire, oui, mais c’est ce que je ressens au plus profond de moi. Et comme je
suis amoureuse de ce mec, ça fait encore plus mal.

Je garde encore le silence sur ma décision, je n’ai rien trouvé pour la justifier.
Je dois réfléchir à une excuse valable. Alice m’annonce qu’elle et mon père iront
chercher mon passeport demain matin, en allant à leur travail ; il est arrivé. C’est
bien ma veine ! Je fais semblant de me réjouir pour donner le change.

L’alcool ne me monte pas vraiment à la tête, il faut dire que ma belle-mère n’a
pas hésité à ajouter une grosse rasade de jus d’orange. Adieu, espoir de
détente…
Je ne me mêle pas aux discussions, mais je les écoute et les ponctue de
hochements de tête ou d’onomatopées.

Nous passons à table dès que la viande est cuite. Je vais chercher la salade en
rapportant deux verres de l’apéritif. Évidemment, Caleb m’emboîte le pas avec
les deux autres verres.

– Il faut qu’on parle, me dit-il à voix basse dans la cuisine.

J’attrape le saladier dans le réfrigérateur et le pain sur le comptoir.

– De la manière dont tu t’es servi de moi ? l’interrogé-je, la voix pleine de


reproches.

Il me fixe sans répondre. Que pourrait-il dire, de toute façon ?

Je retourne sur la terrasse, m’efforçant de ne pas perdre la face. Surtout quand


le jeune homme revient.

Nous dînons sans que je ne décroche un mot. Puis Alice tente de me


questionner sur Jo. Forcément, la veille, je lui ai dit que nous étions sortis boire
un verre.

– Il ne se passera rien avec lui, rassurez-vous, affirmé-je en tentant de me


montrer sereine.

Elle insiste légèrement, me disant qu’elle le trouve gentil et beau garçon.

– Puisqu’elle te dit qu’elle n’est pas intéressée ! intervient Caleb.

Il tente de le cacher, mais il est sur les nerfs. Je le vois à son poing qui se serre
et se desserre sous la table.

– Quelqu’un veut encore de la salade ? demandé-je, afin de leur faire oublier


ce petit incident.

Pourquoi a-t-il eu besoin d’intervenir ? Je me débrouillais très bien.

Alice reprend de la salade que j’ai préparée, puis je débarrasse le saladier


vide.
J’ai besoin de prendre l’air, alors, après avoir aidé à tout débarrasser, je décide
de sortir, ce soir. Je ne sais pas encore où j’irai, sans doute faire une balade dans
la ville, et peut-être boire un verre. Il faut seulement que je m’aère l’esprit.

Je prends une douche rapide, sans me laver les cheveux. Je mets un pantalon,
plus sage pour une promenade en solitaire. Quand je suis prête, je file. Personne
ne me demande rien et c’est mieux comme ça.

Une fois sur le trottoir, je me sens agressée par l’ampleur de la capitale. Je suis
perdue. Je prends le chemin que j’avais pris l’habitude d’emprunter avec Caleb.

Après plusieurs mètres, j’entends mon prénom. Je me retourne pour voir le


jeune homme trottiner dans ma direction.

– Qu’est-ce que tu veux ? l’interrogé-je.

Il vient perturber ma tranquillité et je déteste ça.

– Je t’ai dit qu’on devait parler et je n’attendrai pas une minute de plus pour
qu’on ait cette discussion.

– Tu t’es demandé si, moi, j’avais envie de parler ?

– Je suis désolé, me dit-il. Vraiment. Je sais pas ce qui m’a pris. Je n’agis
jamais comme ça, d’habitude.

– Épargne-moi ça, tu veux ? râlé-je.

Il veut qu’on en parle ? Soit. Mais on n’est pas à la maison avec les parents
dans les parages, alors il va comprendre à quel point il m’a fait mal, à quel point
je suis en colère contre lui. Ici, au milieu de la rue, je peux hurler, si ça me
chante. Et lui ne pourra pas me calmer en m’embrassant.

Il me regarde avec des yeux exorbités. Que croyait-il ? Que j’allais accepter
ses excuses minables ?

– Pourquoi réagis-tu comme ça ?

– Parce qu’en plus je devrais bien réagir ?


– Clém...

– Non ! Tu as eu ce que tu voulais. Maintenant, tu me fiches la paix ! C’est à


mon tour d’avoir ce que je veux.

– Que veux-tu ?

– Que tu disparaisses !

Mes mots sont sortis un peu vite de ma bouche, je ne les pensais pas. Quand je
le vois blêmir, je regrette.

– Je ne voulais pas dire ça, répliqué-je aussitôt.

Il semble ruminer. Il est perdu. En colère. Je ne parviens pas à déchiffrer


clairement les expressions de son visage.

– Je ne sais pas ce que j’ai pu te trouver. Je ne sais même pas pourquoi tu m’as
fait tourner la tête aussi vite. J’ai quitté ma copine pour toi. Et, visiblement, tu ne
le méritais pas.

Je suis abasourdie par ses mots. Comment ose-t-il proférer de telles choses ?

– Je n’aurais pas dû te toucher, aujourd’hui, c’est un fait. Mais ton


« Maintenant, Caleb » ne m’a pas aidé à me maîtriser. Je me suis assuré que
c’était ce que tu voulais avant qu’on... Bordel ! Comment tu peux me reprocher
un truc que tu m’as presque supplié de te donner ?

Voilà qu’il hurle, maintenant. Et, en l’écoutant, je me rends compte qu’il n’a
pas tout à fait tort. Pas tort du tout, même. Il a raison.

– C’est ta réaction qui a suivi que je ne digère pas. Comme si tu regrettais…


Comme si je ne méritais pas que tu me gardes dans tes bras.

Mes nerfs lâchent, je sens que je vais pleurer. Mais pas devant lui, non ! Je me
dois d’être forte.

– Oui, je regrettais.

Salaud ! Une larme roule sur ma joue sans que je puisse la retenir. Elle est
belle, la femme forte, en cet instant.

– Je regrettais la manière dont je m’y étais pris. Ce n’est pas mon genre de
faire l’amour avec une fille au milieu de la cuisine, à la va-vite.

Je ne comprends plus rien.

– Je ne regrettais pas ce que nous venions de faire, seulement la manière dont


ça s’est déroulé.

Il mérite mon pardon, parce que, honnêtement, je n’en peux plus de me fâcher
avec lui.

Je me jette dans ses bras au beau milieu de la rue et le laisse me serrer contre
lui. C’est une manière de faire la paix entre nous. Néanmoins, ça ne résout pas le
problème de notre relation. Je pense malgré tout qu’elle est terminée.

Du moins, pour le moment.

J’ai besoin de me retrouver. Dimanche, j’étais encore avec lui, nous étions
heureux, puis lundi, tout a basculé et, trois jours après, je suis encore en plein
cauchemar.

Je ne peux pas faire comme si de rien n’était.

J’ai besoin d’une pause dans ma vie sentimentale. De me retrouver. De faire


ce pour quoi je suis venue : renouer avec mon père.

Quand nous nous écartons l’un de l’autre, Caleb m’invite à aller boire un
verre. Je décline son invitation, j’ai besoin d’être seule.

Je le laisse planté sur le trottoir et je vais marcher dans les rues de Paris. Je
fais mon possible pour mettre mes idées au clair. Prendre une décision à laquelle
je me tiendrai.

Je marche sans savoir où je vais, mais, comme j’avance droit devant moi, je
ne devrais pas me perdre. Je ne m’éloigne pas très longtemps, finalement. Je
déteste cette ville une fois la nuit tombée. Alors, je m’arrange pour être rentrée
quand le soleil décline.
J’ignore si je suis parvenue à mettre mes idées au clair. J’ai fait de mon mieux
pour me vider l’esprit et décider de ce que j’allais faire, à présent.

Je suis venue dans cette ville dans le seul but de renouer avec mon père. J’ai
besoin de lui dans ma vie pour savoir qui je suis et ce que je veux. Il doit me
guider vers mon avenir. Sans lui, je sais que je resterai incomplète.

Or, j’ai été détournée de mon objectif par l’amour, en la personne de Caleb.
Cependant, notre histoire ne s’est pas très bien passée. Certes, le jeune homme
n’est pas indigne de confiance comme je le pensais ; il est même droit et fidèle.
Mais notre amour est interdit. Je ne sais même pas ce qu’il éprouve réellement
pour moi...

Quoi qu’il en soit, je ne peux plus continuer dans ce sens.

Lorsque je rentre à la maison, les parents sont devant la télévision. Je me


contente de leur souhaiter une bonne nuit et vais rejoindre Caleb dans sa
chambre ; nous devons parler. Mettre les choses à plat.

Il est assis sur son lit en train de jouer à la console. Il semble surpris de me
voir ici.

– J’ai besoin de te parler, dis-je.

Il met son jeu sur pause et me désigne la place sur le lit, à côté de lui. Je ferme
la porte, afin que nos parents ne nous entendent pas, et m’exécute, pensant que
ce sera plus facile de lui dire ce que j’ai sur le cœur sans le regarder.

– Je ne suis pas venue ici pour avoir une relation. Je ne cherchais pas de
copain, en arrivant.

Il me fixe, je le sens. Et ça m’intimide.

– Tout ce que je voulais, c’était retrouver mon père.

– Je sais, souffle-t-il.

– On a essayé et ça n’a pas marché... J’ai même été détournée de mon objectif,
car tu comptais plus que lui.
Je marque une pause avant de continuer.

– Ce n’est plus ce que je veux.

Caleb ne dit rien, il se contente de m’écouter.

– Je vais donc faire ce pour quoi je suis venue. Et tu n’as pas de place dans
mon futur.

– Je comprends…

– Je voudrais qu’on reste amis… autant que possible.

Cette fois, je tourne la tête pour le voir et nos regards s’accrochent.

Le jeune homme semble perdu dans ses pensées, incapable d’articuler le


moindre mot ou de prendre une décision. Peut-être qu’il apprécie ce que je lui
dis, peut-être pas. Mais c’est ce que je veux, ce dont j’ai besoin pour avancer.
Privilégier ma relation paternelle et garder Caleb en ami.

– Si c’est ce que tu veux...

Il baisse la tête, comme s’il était accablé par ma décision. Pourtant, je sais
bien que ce n’est pas le cas. Tout sera plus facile, comme ça.

– Je suis désolée d’avoir mis le bordel dans ta vie…, avec Tiffany.

– Ça ne fonctionnait déjà plus très bien avant que tu n’arrives.

Je hoche la tête, contente de l’apprendre. Je ne voudrais pas avoir détruit sa


relation pour rien. C’est vrai qu’on a passé de bons moments, tous les deux.
Mais c’est fini, maintenant. Le plus important, c’est de n’avoir aucun regret.

Cette conversation sonne un peu le glas de notre relation amoureuse. Mais


c’est décidé, je ne veux pas qu’on se remette ensemble. De toute façon, c’est
interdit par la société, autant que je me l’ancre dans l’esprit. Même si c’est
douloureux, parce que j’éprouve toujours de forts sentiments pour lui.

Il est temps que je pense à moi. Et mon avenir passe par mon père.
Je me lève, ne sachant pas quoi ajouter. C’est le moment de quitter la pièce, ce
que je fais, sans qu’il me retienne. Je ressens une douleur sourde dans mon cœur,
mais je la chasse.

C’est ma décision.
Chapitre 23
Les deux jours qui suivent se ressemblent, ou presque.

Jeudi, je ne vois pas Caleb. Je passe la journée seule, à lire sur la terrasse. Je
récupère mon passeport le soir ; bientôt le grand départ.

Et vendredi, les parents rentrent au milieu de l’après-midi pour faire les


bagages. Je fais également les miens. Nous partons demain matin. J’ignore
encore si je dois me réjouir de ce départ...

Quand mes affaires sont prêtes, j’appelle Louise pour lui raconter les derniers
événements. Elle est triste pour moi, mais je lui assure que je vais bien, et je fais
en sorte qu’elle y croie. Elle me souhaite de bonnes vacances, 'espère qu’elles le
seront.

Je contacte aussi ma mère, pour discuter avec elle avant de ne plus pouvoir ;
mon forfait ne me permettra pas de l’appeler sans frais supplémentaires. Elle est
contente pour moi. J’espère qu’elle a raison de se réjouir.

Je décide ensuite de dissiper le malentendu entre Caleb et moi. Puisqu’il me


fuit, depuis que nous avons discuté l’autre soir dans sa chambre, j’imagine qu’il
y a un problème de son côté. Je le retrouve donc dans son antre, en essayant
d’afficher ma bonne humeur.

– Besoin d’aide ? lui proposé-je.

– J’ai quasiment fini.

Deux valises sont grandes ouvertes sur son lit et des fringues éparpillées
partout. Il est pire qu’une fille, ma parole ! Je me contente d’un seul bagage,
moi.

– Tu déménages ? l’interrogé-je, moqueuse.

Il esquisse un léger sourire sans joie. J’espère que ce n’est pas moi – ou ma
décision de rompre notre relation – qui le rend si morose. Ça me fait mal, à moi
aussi. Toutefois, je dois surmonter cette rupture.
– Je me demandais quel temps il fera, là-bas.

– Beau et chaud, à cette époque.

C’est le moment de me lancer.

– Caleb, est-ce que tu m’en veux ?

Il suspend son geste, puis laisse tomber le débardeur qu’il a en main dans la
valise.

– Non, affirme-t-il.

Il fait quelques pas dans ma direction.

– Tu as pris la bonne décision. Tu es ici pour ton père, pas pour moi.

Pincement au cœur.

– J’ai juste besoin de temps pour m’y faire.

– J’ai besoin de toi dans ma vie, Caleb, soufflé-je.

Je fonds quand je suis près de lui, même si je ne compte pas le remettre au


premier plan. Plus tard, peut-être.

– Je remets juste mes priorités en ordre.

– Je sais.

Il m’enlace. Je me love contre lui, savourant le contact, la chaleur, son parfum.


Ensuite, il me repousse et retourne à ses bagages.

Caleb n’a décidément pas le comportement du gars qui s’en fout. Je crois que
je lui ai vraiment fait de la peine.

– Je suis désolée si je t’ai blessé.

– Ça va, m’assure-t-il. J’ai juste besoin d’un peu de temps, comme je te l’ai
dit.
Je compte bien lui en laisser, mais j’aimerais retrouver très vite notre
complicité.

– Tu es sûr que tu ne veux pas que je t’aide ? J’ai fini mon sac et je m’ennuie.

– D’accord. Dis-moi quoi emporter.

Je souris, ravie qu’il accepte, et je regarde les affaires qu’il a mises dans sa
première valise.

– On part quinze jours, non ?

– Ouais.

– Ta maman a dit qu’il y a un service blanchisserie à l’hôtel. Alors, pourquoi


tu emportes autant de tee-shirts ?

– Je ne sais pas... Pour en avoir assez.

– Si tu veux mon avis, cinq, voire sept, c’est largement suffisant.

Il accepte d’en retirer six de son sac. Il a également pris trop de bermudas,
trop de pantalons, de pulls…, alors qu’il dit lui-même qu’il fera chaud sur l’île.
Finalement, ses deux valises se transforment en une seule.

– Eh bien, voilà ! lancé-je, triomphante.

– Merci pour ton aide.

– Ce fut un plaisir !

Je vais à la cuisine où je rejoins Alice qui prépare le dîner, je lui raconte que
son fils voulait prendre deux sacs. Grâce à moi, il n’en aura qu’un seul, comme
chacun de nous.

Nous discutons de l’avion, du fait que je ne l’ai jamais pris et que


j’appréhende un peu. Ma belle-mère me rassure comme elle peut. Elle
m’informe que nous serons placés sur les quatre sièges du milieu. Je serai du
côté de l’allée, à côté de Caleb. J’espère que ces prochaines heures dans le ciel
nous rapprocheront.
Nous ne tardons pas à dîner, tout en continuant de parler de notre futur séjour.
Je ne pensais pas, mais je suis contente ; j’ai fait le bon choix.

Je me couche le cœur léger et sans anxiété quant au départ de demain.

***

Nous nous levons très tôt, le lendemain matin, et prenons des forces pour le
marathon qui nous attend. Plusieurs heures de vol, des escales, de l’attente…

Nous n’arriverons à destination que dimanche, en comptant le décalage


horaire. J’ai déjà hâte d’y être. Je suis joviale !

Nous prenons la voiture de mon père pour partir à l’aéroport Charles-de-


Gaulle où je me laisse guider, parce que je me sens toute petite dans cet immense
espace où les gens se pressent. Alice et papa s’occupent des cartes
d’embarquement et de l’enregistrement des bagages, tandis que je les suis avec
Caleb. Il est à peine huit heures.

– Impressionnée ? m’interroge-t-il.

– Clairement.

– Ma mère t’a expliqué comment se déroulera le voyage ?

– Oui, sauf que je n’ai pas tout retenu. J’en ai surtout déduit que ce sera long.

Je soupire d’ennui, ce qui fait rire Caleb.

– Tu verras que ça en vaudra la peine !

Nous passons le contrôle de sécurité avec succès puis je fais mes premiers pas
dans l’avion, quelques dizaines de minutes plus tard. Tout va bien, tant qu’il ne
bouge pas. Je prends place à côté de Caleb une fois que j’ai rangé mon sac à
main.
Alice nous rappelle que nous aurons une escale de deux heures à Los Angeles.
Pour le moment, je m’en moque, d’autant que nous n’aurons pas la possibilité
d’y faire du shopping. Je discute avec mon voisin, qui tente de me faire oublier
mon stress, jusqu’à ce que l’hôtesse annonce le décollage. Je déglutis en
attachant ma ceinture de sécurité.

Je tente de respirer calmement, je sais qu’une fois que l’appareil se sera


stabilisé dans les airs, ça ira mieux.

Je le sens bouger. Il avance. Vite. Très vite.

Je peux le faire.

Peut-être que ça ira mieux avec une dose de courage.

– Caleb...

Je lui tends ma main qu’il prend dans la sienne, comprenant tout de suite où je
veux en venir.

– Ça va aller, m’assure-t-il.

Je le serre autant que je peux, alors que l’avion s’incline. Il prend son envol.
Je vois le ciel par le hublot, je suis bien contente de ne pas être de ce côté.

– Détends-toi, s’amuse mon voisin, tu ne risques rien.

Je lui broie les doigts encore quelques secondes et reprends une respiration
plus calme quand je constate que l’avion a pris son rythme de croisière.

Papa et Alice s’enquièrent de mon état ; je n’ai toujours pas lâché Caleb.

– Je crois que ça va, leur dis-je.

– Ma main, par contre… me taquine le jeune homme.

– Désolée…

Je la libère à contrecœur. Il la frotte pour atténuer la douleur ; j’ai dû y aller


fort.
Les hôtesses passent dans les allées pour se renseigner sur ce dont les
passagers ont besoin. Ensuite, un film est projeté sur l’écran... J’ai dû
m’endormir parce que, quand je me réveille, un autre a déjà commencé. Je
constate aussi que j’ai une couverture sur moi ; je ne me souviens pas d’en avoir
mis une. Mon siège est incliné, également. Je perds la tête ou quoi ?

Caleb a lui aussi abaissé son fauteuil. Il me regarde de ses grands yeux bruns.

– Tu t’es endormie. Je me suis permis de te mettre à l’aise.

– T’es chou, murmuré-je en posant rapidement mes doigts sur sa joue. Le sang
circule à nouveau dans ta main ?

Il rigole.

– Ouais, c’est bon. Mais c’était moins une ! blague-t-il.

Je lui souris, puis referme les yeux pour repartir au pays des rêves.

Caleb et moi parlons souvent. On regarde le film ou on dort ; voilà comment


se déroule notre vol jusqu’à Los Angeles. Puis, à 12 h 50, heure locale, et sans
retard, l’avion se pose sur le tarmac californien. L’atterrissage est assez
impressionnant, surtout le freinage.

Nous en descendons tous, en suivant les passagers. Certains sortent de


l’aéroport, arrivés à destination ; d’autres, comme nous, vont dans une aire "no
man’s land" pour attendre que l’avion soit prêt.

Les parents décident d’aller prendre un café dans l’aéroport ; ils ont l’air de
connaître l’endroit. Caleb m’informe être venu plusieurs fois, ici, avec eux. Nous
n’avons malheureusement pas la possibilité de nous promener dans les rues de
Los Angeles, alors Caleb se contente de me montrer la ville de loin. Elle s’étend
devant moi et je ne peux même pas y faire un tour, parce que sortir de l’aéroport
prend déjà du temps, tant il est immense.

J’aperçois les immeubles, tellement loin, me contentant d’imaginer le reste.

– Ça doit être sympa le shopping, ici, lancé-je.

– Je t’y amènerai, un jour.


Pour moi, ce n’est qu’une parole en l’air. Je n’y prends pas garde. Je ne
reviendrai jamais à L.A., je le sais.

– J’imagine que, quand tu auras renoué avec ton père…

Caleb semble mal à l’aise. Je me retourne pour l’observer.

– … tu auras peut-être du temps pour nous. Je veux dire… je veux que tu


saches que ce n’est pas fini, pour moi. Je t’attendrai le temps qu’il faudra.

Je suis abasourdie par sa révélation. Dois-je en conclure qu’il éprouve des


sentiments réels et sincères pour moi ?

– Ce n’est pas fini pour moi non plus, lui avoué-je.

Je suis très honnête. Je veux bien le retrouver, je le désire, même, mais plus
tard. Pour le moment, c’est ma relation avec mon père qui compte.

En y pensant, je me traite d’idiote, puisque je suis en présence de Caleb, en ce


moment même. Mais c’est tellement agréable. Je n’ai aucune envie de me priver
de sa compagnie, j’ai besoin de lui.

– Ce qui se passe à L.A. reste à L.A., pas vrai ?

Il fronce les sourcils, ne comprenant pas où je veux en venir.

Je me colle contre lui en posant mes lèvres sur les siennes. Nous nous
enlaçons et nous embrassons. Je me sens complète, à cet instant. Comblée dans
ses bras.

– Ça reste à L.A., confirme-t-il. On devrait y retourner.

J’acquiesce d’un hochement de tête et le suis jusqu’à ce que nous remontions


dans l’avion.

Il décolle à l’heure prévue. En route pour Honolulu. Le voyage est encore


long, je dois m’endormir une nouvelle fois, me glissant dans des rêves où, Caleb
et moi, ce serait possible.

Il m’attendra. Je serai là. Mais est-ce bien ? Il reste mon demi-frère aux yeux
de nos parents, de la société. Il ne m’est pas moins interdit. J’ai peur qu’on ne
s’en sorte pas. En plus, je ne suis même pas majeure.

Samedi, en fin d’après-midi, heure locale, nous atterrissons à Honolulu sur


l’île d’Oahu. Nous dormirons à l’hôtel et nous reprendrons l’avion demain pour
Hana, sur Maui.

J’ai tellement dormi dans l’avion que je suis certaine de ne pas fermer l’œil,
cette nuit.

Nous prenons possession de notre chambre. Papa en a réservé trois : une pour
Alice et lui, une pour Caleb et une dernière pour moi. La mienne est petite, elle
ne comporte qu’un lit simple et un placard ; mais ça ira pour une nuit. Elle est
décorée dans des tons verts et jaunes, un avant-goût des vacances.

Quand nous sommes sommairement installés, nous allons nous promener dans
la ville pour dénicher un restaurant où nous dînons. Le temps est magnifique, je
me sens très bien.

Contrairement à ce que je pensais, je m’endors comme un bébé, pour une


courte nuit. Il est encore tôt quand nous partons pour l’aéroport. Les parents
s’occupent de tout, Caleb et moi finissons notre nuit l’un à côté de l’autre, sur les
sièges peu confortables de la salle d’attente.

Puis nous embarquons. Le vol dure moins d’une heure et nous atterrissons
déjà à Kahului, pour une escale. Je crois que ce voyage m’a épuisée.

Nous avons un peu plus de quatre heures de liberté, alors je pars naturellement
avec Caleb pour une balade. L’aéroport est bien moins impressionnant que celui
de Los Angeles et on en sort beaucoup plus vite. L’océan n’est pas loin.

– C’est trop beau, ici ! m’exclamé-je.

– Attends qu’on soit à l’hôtel !

On passe ces quelques heures sur la plage. Je retire mes chaussures et


m’assois sur le sable fin. Caleb m’imite.

– Je suis au paradis, dis-je en m’allongeant.


Je fixe le ciel d’un bleu magnifique. Je me sens tellement bien, dans cet
endroit. Caleb s’approche de moi et me surplombe.

– Le paradis ? Carrément ?

– Parce que tu as vu plus beau comme endroit ?

– Oui ! Les Seychelles, ma jolie.

– Amène-moi là-bas, alors.

– Au bout du monde, si tu le veux.

Mon cœur tambourine dans ma poitrine à ces mots. Je sais qu’il y aura un
avenir pour nous deux. Du moins, je l’espère.

– Ce qui se passe à Kahului reste à Kahului...

L’instant d’après, il capture mes lèvres dans un tendre baiser, tout en


s’allongeant en partie sur moi. Nous nous embrassons comme si notre vie en
dépendait, comme si c’était la dernière fois. Je le désire. J’ai terriblement envie
de lui, mais je dois le taire.

Il se redresse ensuite et se met sur ses deux jambes. Il me tend sa main pour
m’aider à me relever et retire le sable de son pantalon. Je l’imite.

– Il faut y aller, si tu veux qu’on ait le temps de manger.

Je lui vole un autre baiser et nous repartons à l’aéroport retrouver nos parents.
Nous mangeons sur le pouce, tous les quatre, avant de reprendre l’avion.
Direction Hana.

Nous y arrivons à treize heures vingt. Enfin, le voyage interminable s’achève.


Du moins, c’est ce que je crois : il nous reste encore une heure de navette pour
arriver à l’hôtel.

– Je vais dormir pendant des jours entiers, dis-je à Caleb, dans le bus.

– Ce serait dommage.
– Ouais, c’est vrai ! Je dois te noyer, d’abord.

Il éclate de rire et moi avec lui. Je ne veux pas m’avancer, mais je crois que
notre complicité est de retour. Nous nous sommes retrouvés.

Nous arrivons dans un somptueux hôtel à Kaanapali. Les parents se rendent à


la réception, pendant qu’émerveillée, je regarde partout autour de moi.

– T’es déjà venu ici ? demandé-je à Caleb.

– Non. On change tout le temps d’endroit.

C’est en voiturette que nous nous rendons dans notre cottage. Il y en a


plusieurs, construis l’un à côté de l’autre ; ils sont espacés de quelques mètres
chacun et font face à l’océan, avec un accès direct à la plage.

En arrivant devant le nôtre, je découvre que c’est carrément une maison sur
deux étages. Trois chambres, deux salles de bains, un grand salon, une terrasse
avec salon de jardin, chaises longues. L’océan se tient juste face à moi, longé par
de nombreux palmiers.

Là, je suis au paradis.

Alice nous suggère de vider notre valise rapidement, afin qu’on puisse profiter
de l’après-midi tout de suite. Je me hâte de remplir mon armoire et ma
commode. Ma chambre est magnifique, j’ai l’impression d’être dans un rêve et
la vue sur l’océan est un délice. Je n’ai qu’à ouvrir la porte-fenêtre pour m’y
rendre. Un grand lit à baldaquin est au centre de la pièce, entouré par deux tables
de chevet. Une grande armoire avec miroir est disposée sur sa droite, juste à côté
de la porte, et un long meuble avec une télé trône sur la gauche.

Caleb me rejoint quand il en a fini avec ses affaires.

– Alors ? Comment tu trouves l’endroit ?

– Magique.

Il me sourit.

– Fais ce pour quoi tu es là, parce que je n’ai pas envie de passer mon temps
loin de toi.

Une idée germe dans mon esprit : et si je faisais les deux ? Je la chasse. Je
dois m’en tenir à mes priorités. Cependant... je suis terriblement amoureuse de
ce garçon qui est juste là, en face de moi.

– Installée ? me demande Alice en faisant irruption dans ma chambre.

Je redescends sur Terre en lui répondant positivement.

– Toi aussi, Caleb ?

– Ouais.

– Ils apportent le repas vers dix-neuf heures. En attendant, on peut aller se


promener. Que voulez-vous faire ?

Alice semble ravie d’être ici et surexcitée à l’idée de visiter ou de me montrer


les lieux.

– Moi, je vous suis, lancé-je.

– Pareil, enchérit Caleb.

– Chéri ?

Mon père pénètre doucement dans ma chambre. Après une rapide discussion,
nous enfilons nos maillots de bain et partons en direction de l’océan.

Ma serviette étalée sur le sable, je m’assois dessus et fixe le paysage


magnifique qui s’étend sous mes yeux.

– Man', pa', vous trouveriez bizarre que je mette de la crème solaire à Clém
avant qu’elle crame ?

Je suis surprise par la demande de Caleb.

– Euh… non, répond Alice.

– Tu peux, l’autorise mon père.


– Et à moi, on ne demande pas ? bougonné-je en fixant le jeune homme.

– Tu peux râler pour la forme, mais ça ne changera rien, lance-t-il en attrapant


la crème dans mon sac.

Je lève les yeux au ciel et le laisse faire, bienheureuse. Sentir ses mains sur
moi me rappelle tous les moments intimes qu’on a passés ensemble. Ces
souvenirs me donnent envie de lui. Je constate que je ne parviens pas à me
concentrer sur ce qu’est en train de dire mon père. J’ai Caleb dans la peau.

– Tu peux m’en mettre ? me demande-t-il ensuite.

– T’es sérieux ?

Je suis choquée par sa requête. Que vont penser les parents ?

– Tu pourrais me rendre la pareille, égoïste !

J’attrape le tube et lui étale de la crème dans le dos. Après tout, il n’y a rien de
mal à ça. Pas vrai ?

J’aimerais essayer de bronzer pour que ma peau soit moins blanche, mais
Caleb ne semble pas de cet avis. Il m’attire rapidement à l’eau où nous
chahutons. Elle est chaude, c’est très agréable. J’ai l’impression d’être dans la
piscine, à la maison de Paris, sauf que l’étendue n’en finit pas, ici.

On s’amuse durant de longues minutes, jusqu’à ce qu’on soit essoufflés.

– Tu ne voulais pas me noyer ? me taquine-t-il.

– Je ferai comment, après, sans toi ?

– Tu insinues que je te manquerais ?

Je feins de réfléchir et lui lance de l’eau, avant de filer le plus vite possible en
direction du bord. Mais Caleb est malin. Il s’élance sur moi et parvient à me
faire tomber. Quand j’arrive à remonter à la surface, il rigole.

– Andouille ! lancé-je.
– Mais tu m’aimes !

Mes yeux s’écarquillent. Caleb devient sérieux, d’un coup.

– Tu me l’as dit, le soir où tu étais ivre.

Je me sens en danger. Je ne sais pas quoi répondre. Il est hors de question que
je réfute ce qui est vrai ; cela ne ferait qu’envenimer les choses entre nous.
Néanmoins, je ne peux pas le confirmer.

– On est amis, pour le moment. Tu as oublié ? tenté-je.

– Non. Je ne voulais pas me diriger sur ce terrain maintenant. Surtout ici.


C’est sorti tout seul. On en parlera plus tard. J’ai des choses à dire sur le sujet.

Il s’éloigne, me laissant là avec mes interrogations. Il ne peut pas. Je ne suis


absolument pas d’accord.

– Comment ça ? Des choses à dire ? l’interrogé-je en le suivant.

– Pas ici, bébé.

Je m’arrête net et le regarde retourner auprès des parents. Je reprends


finalement mes esprits et le rejoins.

Bébé ? Si tu savais à quel point je t’aime, Caleb. Remarque, je crois que tu le


sais, n’est-ce pas ?

Mais que pourrait-il bien avoir à me dire ?


Chapitre 24
Le début de mes vacances est vraiment paradisiaque. Je demande à papa de
me prêter son téléphone pour avertir maman que je suis bien arrivée et il
m’autorise à lui parler quelques minutes, même si cela va lui coûter cher. Je l’en
remercie. Ma mère est heureuse pour moi, qui n’en finis plus de lui décrire
l’endroit. Je coupe la communication au bout d’un quart d’heure, espérant ne pas
avoir pris trop de temps.

Le lendemain de notre arrivée, Alice me propose une virée shopping que


j’accepte avec plaisir. Nous partons toutes les deux dans la voiture que les
parents ont louée et j’en profite pour me rapprocher d’elle. Je lui avoue que
j’aimerais renouer avec mon père. Bien sûr, lui et moi parlons beaucoup, le peu
de temps qu’on se voit, mais ça ne suffit pas à faire renaître notre complicité.
Elle me suggère de trouver une activité que j’aimerais partager avec lui. J’ai
beau y réfléchir, je ne vois pas. Elle me conseille donc la plongée sous-marine.
Et me promet de m’aider à organiser la sortie après notre balade.

J’en profite aussi pour lui parler de Caleb. Je veux tâter le terrain, comme on
dit. Alors qu’on choisit une paire de chaussures, je l’interroge, mine de rien.

– Je sais que tu as un frère et je me demandais si tu pouvais me dire comment


tu agis avec lui. Je suis fille unique, je ne sais pas où fixer les limites.

– Oh… Eh bien, je me suis toujours très bien entendue avec Stéphane.


Comme toi et Caleb. Je n’ai pas l’impression que vous dépassiez de limites.

– Pas même avec la crème solaire ? m’inquiété-je.

– Non, m’assure-t-elle. Tu aurais voulu que ton père s’en charge ?

Je grimace. J’ai passé l’âge.

– Ou moi ?

En voyant ma tête, elle rigole.

– Tu vois. Caleb était tout désigné. C’est comme avoir un ami à la maison.
C’est ce que mes parents disaient toujours.

Puis-je tomber amoureuse de cet ami ? Parce que c’est bien là tout le
problème, à ce stade.

Je choisis ma paire de chaussures et nous passons au magasin suivant. Alice


ne lésine pas sur les moyens pour me faire plaisir.

Ensuite, nous organisons ma journée avec mon père pour demain. Ma belle-
mère s’occupe des réservations et je n’aurai plus qu’à faire la surprise à Mathieu.
J’ai hâte.

Nous rentrons avant l’heure du dîner. Nous sommes en pension complète,


mais avec la possibilité de demander des sandwichs à la place du repas, si nous
souhaitons le prendre ailleurs qu’au cottage.

Mon père enlace sa compagne dès que nous passons la porte. Caleb vient
prendre mes paquets, j’espère que ça ne fait trop prévenant.

– Qu’est-ce que tu as trouvé de beau ? me demande-t-il.

– Rien pour toi, réponds-je.

Je le suis dans ma chambre, où je le regarde éparpiller mes achats sur le lit et


les commenter. Il trouve le dos nu blanc à son goût, et le mini short trop court, ce
qui me fait rire.

– Qu’est-ce que tu as fait, aujourd’hui ?

J’attrape mes achats, en coupe les étiquettes et les range dans l’armoire,
pendant qu’il me parle de son après-midi entre hommes. Apparemment, ils sont
allés jouer au golf.

– Je ne savais pas que tu y jouais.

– Ça m’arrive.

Je suis curieuse de le voir pratiquer ce sport, qui n’en est pas un, à mon sens.

– Tu me montreras ?
– Tu veux qu’on aille jouer au golf ?

– Pourquoi pas ?

– Demain ?

Je grimace. J’aurais adoré.

– Après-demain. Demain, j’ai des projets.

Il me questionne du regard.

– Opération rapprochement.

Je n’ai pas besoin d’en dire plus, il comprend où je veux en venir. Il approuve
également.

C’est à l’heure du dîner, alors que nous venons d’être livrés et que nous
sommes installés sur la terrasse, dans le salon de jardin, que je me lance.

– Papa, j’ai une surprise pour toi

Il me regarde, étonné, voulant en savoir plus.

Je ne lui dis rien, lui demandant seulement d’être prêt à partir, demain matin à
dix heures trente. Il est intrigué et comprend rapidement que sa compagne est
dans la confidence. Il est heureux de voir que nous nous entendons si bien.

Le soir, je me promène seule sur la plage. Je prends des photos pour les
montrer plus tard à ma mère, à Louise, à tous mes amis. J’ai tellement de chance
d’être ici. Quand je pense que je ne voulais pas venir…

***

À dix heures trente, papa et moi partons pour notre journée. D’abord, il nous
conduit à Makena, selon mes directives, où nous allons manger au restaurant.
Nous parlons de nos vacances en attendant notre repas. Je lui avoue être
heureuse d’être venue, même si j’ai douté jusqu’à la dernière minute. Il n’est pas
surpris.

Une fois nos plats devant nous, il se réjouit de mon entente avec Alice et
Caleb. J’en profite pour avoir la même discussion avec lui, concernant ma
relation avec son fils biologique. Je lui avoue avoir peur de dépasser les limites,
parfois, ne pas savoir comment agir, n’ayant jamais eu de frère.

– Je trouve que tu t’en sors pas mal. Vous vous entendez très bien, tous les
deux.

Pour qu’Alice et lui le pensent, je suppose que ça doit sauter aux yeux. Tant
qu’on ne les choque pas, je suis rassurée.

Le repas est délicieux. Nous dégustons une spécialité locale : le poulet Huli
Huli – c’est un morceau de poulet mariné cuit au barbecue, servi avec deux
boules de riz. Un vrai délice.

Nous reprenons la voiture de location pour nous rendre sur le lieu de notre
escapade de l’après-midi : à Mãkena State Park. De là, nous nous rendons à
l’agence Padi qui nous prépare. Mon père a compris ce que nous venions faire
ici. Nous allons plonger au cratère de Molokini.

Une fois équipés, nous prenons un bateau – une première, pour moi – pour
arriver sur les lieux. Nous plongerons jusqu’à vingt et un mètres. Si mon père est
un plongeur chevronné, ce n’est pas mon cas. C’est une véritable découverte
pour l’adolescente que je suis.

Néanmoins, j’en prends plein les yeux. Je nage parmi des poissons très
colorés, des tortues. C’est magique, il n’y a pas d’autres mots. Je découvre les
coraux roses et blancs, un spectacle divin pour les yeux. Je crois que je n’ai
jamais rien vu de plus beau, jamais rien vécu d’aussi intense. Tout de suite, je
songe qu’il faudra que je revienne avec Caleb ; je veux qu’il partage cet instant
avec moi.

Je suis heureuse, en tout cas, de le découvrir avec mon père, qui n’est jamais
venu nager à cet endroit.

C’est même avec un pincement au cœur que je retourne sur le bateau, quand la
plongée est terminée. Je m’émerveille en discutant avec Mathieu, partageant
notre expérience. Le retour sur la terre ferme est difficile ; j’ai tellement envie
d’y retourner.

– Caleb et Alice ont déjà plongé ? l’interrogé-je.

– Caleb n’est pas intéressé. Mais Alice l’a déjà fait quelques fois avec moi.

Je suis déçue de savoir que le jeune homme n’est pas captivé par ce genre
d’activités. Il ne sait pas ce qu’il rate. Peut-être que j’arriverai à le faire changer
d’avis.

Nous retournons à Kaanapali, avec plein de choses à nous raconter durant le


trajet. Je crois que je ne m’arrêterai jamais de parler. J’ai retrouvé mon père.
Alice avait raison ; la plongée était une idée géniale.

De retour au cottage, je me presse de chercher Caleb. Mais il n’est pas ici. La


déception me gagne.

J’interromps Alice et mon père pour savoir où est leur fils.

– Il est parti sans me dire où il allait.

Je soupire, déçue. J’avais tellement envie de lui raconter ma journée.

Je vais dans ma chambre et espère qu’il rentrera bientôt. Je n’ai pas longtemps
à attendre. Il passe ma porte moins d’une demi-heure plus tard.

– Ma mère dit que tu veux me voir ?

Je souris en me précipitant sur lui.

– J’ai amené papa au cratère de je sais plus quoi pour faire de la plongée sous-
marine, c’était génial !

Il paraît aussi emballé que moi, quand je lui raconte mon après-midi.

– Viens avec moi.

– Où ça ?
– Plonger. Je veux que tu voies ça.

Il grimace.

– Caleb, s’il te plaît.

– On verra. Pour le moment, j’ai un truc à te montrer.

Il me tend une brochure. Il s’agit d’une randonnée à Lao Valley ; le paysage a


l’air magnifique.

– Tu aimes ?

– Tu veux qu’on passe la journée à marcher ?

– C’est l’idée. Ma mère est d’accord. J’ai réservé pour jeudi.

Là, je me demande si nous irons seuls tous les deux ou avec nos parents.

– Par contre, demain, c’est golf. Tu as promis.

– Je sais, minaudé-je.

Il s’approche un peu plus de moi.

– La phase « rapprochement » est en marche, alors ?

– Avec mon père ?

Il hoche la tête pour le confirmer.

– Oui.

– Alors, quand enclenches-tu la nôtre ?

Mon cœur s’emballe. Surtout que nos parents sont sans doute dans la pièce à
côté et ma porte n’est pas complètement fermée.

– Ils vont nous entendre, murmuré-je.

Caleb va fermer ma porte avant de revenir près de moi.


– Ils sont à la plage.

Il m’enlace et pose ses lèvres sur les miennes pour me donner un baiser qui
me fait tourner la tête. Je caresse sa nuque, je veux que ça ne s’arrête jamais.
Mais mon amoureux y met malheureusement fin.

– Je suis bien, avec toi. Tu m’apportes quelque chose que je n’ai jamais trouvé
chez une nana, avant. Combien de temps encore vas-tu me faire attendre ?

Il est tellement chou. Je fonds.

– Tout dépend… Tu es sage ?

Il sourit.

– Un vrai ange, bébé. Un ange qui va se transformer en démon si tu continues


à le tenir éloigné de toi.

– Alors, viens plus près.

– Difficile. À moins de venir en toi.

Je suis consciente qu’on est en train de jouer à un jeu dangereux. D’autant que
je voulais d’abord m’occuper de ma relation avec mon père. Mais qui a dit que je
ne pouvais pas faire les deux en même temps ?

– Peut-être que tu devrais, susurré-je en me mordant les lèvres.

Caleb reprend mes lèvres d’assaut, mais se contrôle pour ne pas craquer,
même s’il en a envie. Il s’écarte, faisant preuve d’une maîtrise exceptionnelle.

– J’en crève d’envie, bébé, mais on pourrait nous surprendre.

– Je sais.

– Tu veux aller te remettre les idées en place dans l’océan ?

Je souris et acquiesce.

Caleb sort de ma chambre, le temps d’aller mettre son maillot. J’en fais autant,
et nous marchons vers la plage. Je ne cherche pas les parents, je veux seulement
être avec lui. On se passe mutuellement de la crème solaire dans le dos, puis
nous chahutons dans l’eau sans dépasser aucune limite décente. On pourrait nous
voir.

***

Je suis debout à côté de Caleb. Je le regarde avec son club dans la main, en
train de viser avant de frapper dans la balle. C’est le quatrième trou et je ne
comprends toujours rien à ce sport, ce qui fait rire mon compagnon.

Au septième, il décide de m’initier. Il me donne l’un des clubs et se place


derrière moi pour me montrer les mouvements à effectuer. J’essaie de me
concentrer pour rester sérieuse, mais c’est difficile. Et quand je tape la balle, je
manque ma cible de vraiment très loin.

Caleb ne me laisse plus tenir le club, me qualifiant de très mauvaise joueuse.


Ce que je ne peux que confirmer. Alors je me contente de le regarder pratiquer. Il
est vêtu tout en blanc et il est carrément sexy. J’apprécie de passer du temps avec
lui ; j’espère que ça durera toujours.

Je ne sais pas exactement où nous en sommes, tous les deux. Si les choses
s’arrangent indéniablement, on n’est pas en couple pour autant. Je sais que je lui
ai fait du mal, lui aussi m’en a fait. Tout ce que je veux, à présent, c’est effacer le
passé et recommencer.

J’ai besoin qu’on discute de mes sentiments pour lui, puisque j’ai lâché l’info
quand j’étais ivre. Je veux savoir ce qu’il en pense.

Quand le parcours est terminé, nous allons au café-restaurant pour manger une
glace. C’est appréciable avec cette chaleur, elle est agréable, contrairement à
celle, étouffante, de Paris.

Le jeune homme me parle du golf, je l’écoute sans être réellement intéressée.


J’ai du mal à comprendre comment on peut aimer cette activité. Du coup, quand
il veut savoir ce que j’en ai pensé, je ne lui cache pas la vérité.
– Très ennuyeux.

Il rigole.

– J’ai peut-être droit à une compensation…, non ?

– Pour avoir passé l’après-midi avec moi ? me taquine-t-il.

– Non, pour l’avoir passé à te regarder jouer au golf.

– Je te rappelle que c’est toi qui as voulu venir.

Tout juste.

– Je me disais que ça pouvait être intéressant de te voir jouer.

– T’as perdu ton temps, finalement.

– Non, réfuté-je. J’étais avec toi. Que dirais-tu de venir plonger avec moi dans
les prochains jours ?

– Je dirais que non.

Je soupire et tente de le convaincre en lui parlant des merveilles sous-marines.


Mais rien n’y fait. Pas même de savoir que je n’avais jamais fait ça avant hier. Je
ne désespère pas.

Nous quittons l’endroit quand nous avons terminé de manger notre glace.
Caleb me propose une balade à la plage. Mais je n’ai pas mon maillot, je veux
qu’on repasse au cottage. Je sais que nos parents n’y seront pas, ils sont allés au
SPA, aujourd’hui.

Une fois dans ma chambre, je me hâte donc d’enfiler mon maillot de bain et
de prendre mes affaires. Je retrouve un Caleb changé dans le salon.

– On va en face ?

– Non. On va aller un peu plus loin.

Nous prenons donc la voiture de location pour nous y rendre. Caleb a opté
pour une décapotable, alors que les parents ont pris un 4x4.

Il roule une trentaine de minutes avant de s’arrêter. Nous avons une


magnifique plage devant nous et des palmiers à perte de vue. Je suis amoureuse
du paysage.

Nous nous installons sur le sable fin et chacun étale de la crème sur le dos de
l’autre. Comme nous sommes seuls, je le laisse m’en mettre sur le cou, sur le
ventre ; je tartine son torse, ensuite.

Je décide de bronzer, espérant que ma peau prendra des couleurs. Elle est
moins pâle qu’à l’arrivée. Caleb, lui, est déjà bien mat. Il s’allonge à côté de moi
et prend le soleil.

Tout est calme. On est bercé par le bruit des vagues. Je suis tellement heureuse
d’être venue... Je regrette juste de ne pas pouvoir envoyer des photos à ma mère.
Elle devra attendre mon retour pour les voir.

Après un bon moment de repos, nous allons nous baigner et chahutons dans
l’eau, comme à notre habitude. Puis nous prenons quelques clichés de nous et du
paysage.

Nous rentrons pour l’heure du dîner, que nous prenons avec nos parents sur la
terrasse. Mon père s’intéresse à mon après-midi au golf. Je lui avoue ne pas
avoir aimé et n’avoir rien compris. Heureusement que seul mon compagnon
jouait. J’en aurais été incapable. On y serait peut-être même encore. Eux deux
ont passé un moment agréable au SPA. Nous parlons ensuite de l’excursion de
demain. J’ai la réponse à ma question : nos parents nous accompagnent.

– T’as pris des baskets ? me taquine Caleb.

Clin d’œil à toutes les balades dans Paris que j’ai effectuées en talons.

– Oui.

Il rigole.

Notre soirée se termine en face de notre cottage, dans l’océan, par un bain de
minuit, juste Caleb et moi, même s’il n’est pas si tard et si nous sommes vêtus.
Nous sommes cachés par la pénombre, mais nous ne faisons rien de réprobateur.
On s’amuse comme deux enfants innocents.

***

Nous partons en autocar pour notre aventure sur la deuxième plus grande des
îles hawaïennes. J’admire le paysage, collée à la fenêtre, et fais plusieurs clichés.
Le bus monte à plus de trois mille mètres sur une route précaire, limite flippante.
La vue est sublime, si je fais abstraction de la voie tortueuse. Nous roulons ainsi
sur une soixantaine de kilomètres.

Au sommet du Mont Haleakala, nous faisons un arrêt pour prendre des photos.
Nous sommes devant l’immense cratère d’un volcan endormi. J’en profite pour
immortaliser l’instant et la beauté des lieux. Il fait un peu frais, mais je n’y fais
pas attention.

Caleb s’approche du bord, me faisant peur. Je lui demande de reculer.

– Je ne risque rien, m’affirme-t-il.

– Viens près de moi.

Il n’insiste pas et me rejoint.

– Trouillarde ! lance-t-il.

Je ne relève pas. Nos parents sont plus loin, main dans la main, en visite.

Nous remontons dans le car pour descendre à la vallée d’Iao. Le paysage n’a
plus rien d’aride et de volcanique. Devant moi se tient une forêt pluviale, couleur
émeraude et parsemée de cascades, de bassins et de paysages de montagne
dentelés. C’est magnifique. Je suis émerveillée, sous le charme des lieux. Mon
téléphone ne cesse de capturer tout ce que je vois.

C’est à cet endroit que nous décidons de pique-niquer ; l’hôtel nous a fait des
sandwichs. Caleb me photographie en train de manger ; je rouspète pour la
forme.
Nous reprenons la visite après avoir pris des forces. Je m’approche d’une
cascade sublime avec laquelle je fais un selfie. Je suis contente de savoir que
nous resterons plusieurs heures ici. Alice et papa suivent le guide et les autres
passagers pour une promenade en forêt. Moi, je reste à la cascade. Caleb m’y
rejoint et je constate qu’une fille aux longs cheveux roux est là, également. Elle
ne porte pas de chaussures de marche, j’imagine qu’elle doit avoir mal aux
pieds.

– Tu veux que je te prenne en photo ? me propose Caleb.

Je lui tends mon appareil et il immortalise l’instant : moi devant la cascade où


j’ai envie de plonger. Quand il me le rend, la fille s’approche de nous.

– Salut, lance-t-elle en anglais. Tu veux bien me prendre en photo ?

Caleb accepte, alors que je râle intérieurement. Elle se prend pour qui ?

Elle se pavane devant la cascade et le jeune homme s’exécute.

– Merci, dit-elle en reprenant son téléphone. Tu habites sur l’île ?

Je rêve ! Elle lui fait la conversation.

– Non, je suis en vacances avec ma famille.

– Génial. Moi aussi.

Elle lui tient la grappe pendant presque une heure à lui raconter sa vie à Los
Angeles – parce qu’il fallait que cette fille y habite ! Caleb parle parfaitement
anglais, moi moins, mais je comprends ce qu’ils se racontent dans les grandes
lignes. Et je suis à la limite de péter les plombs quand elle lui propose de venir
chez elle.

Heureusement, le groupe revient et le guide nous demande de monter dans le


bus.

– Tu veux t’asseoir à côté de moi ? lui demande la rousse. Ça ne doit pas être
marrant d’être tout le temps avec ta sœur !

J’ai envie de lui arracher les yeux pour avoir prononcé ce mot.
– C’est gentil, mais non.

Il me tend sa main pour m’aider à me relever du rocher où j’étais assise et


nous retournons dans le bus. Je suis en mode boudeuse.

Le prochain arrêt, c’est dans la ville de Wailuku – ville pittoresque avec une
église historique. Je la prends en photo sous plusieurs angles. Quand je me
retourne pour rejoindre Caleb, je constate qu’il discute avec sa nouvelle amie.
J’enrage. Je suis horriblement jalouse.

Je décide de l’ignorer superbement. Ce sera toujours mieux que de faire un


esclandre qui n’aurait pas lieu d’être. Je me balade donc seule dans la ville que je
capture à chaque pas, ou presque.

Quand je retourne à l’autocar, j’aperçois les parents devant. Pas de signe de


Caleb et de l’autre sangsue. Je rejoins papa et Alice.

– Comment as-tu trouvé cette journée ? m’interroge Mathieu.

– C’est trop beau. J’ai adoré.

Il sourit, satisfait, et m’ébouriffe tendrement les cheveux, comme il le faisait


quand j’étais petite. Il aurait pu éviter, mais j’adore l’attention et me jette dans
ses bras. Il me serre contre lui ; je suis la plus heureuse au monde.

Nous remontons dans le bus pour rentrer, cette magnifique visite va prendre
fin. Je m’installe à ma place, où Caleb ne tarde pas à me rejoindre. Je ne dis rien.
Je préfère ne pas faire de scène. D’ailleurs, je n’en ai aucun droit, on n’est pas
ensemble.

La rousse passe à côté de nous et adresse un clin d’œil à mon voisin qui sourit.

J’ai envie de les tuer tous les deux.


Chapitre 25
Le trajet du retour se fait en silence. Caleb joue sur son téléphone. Puis, il
reçoit un texto et le regarde. Brandy. Je reconnais la fille rousse sur la photo. Je
n’arrive pas à en croire mes yeux. Non seulement ils ont échangé leur numéro,
mais en plus, il l’a photographiée.

Je ne trouve pas de mots pour exprimer mon dégoût.

Je détourne le regard, refusant d’en voir davantage. Peut-être qu’ils se sont


embrassés et comptent se revoir... Quelle horreur ! Je suis en train de pleurer
sans m’en rendre compte. Heureusement que je porte des lunettes de soleil.

Quand le bus se gare, mon voisin range enfin son téléphone. Au lieu
d’échanger par SMS avec la rousse, il n’avait qu’à la rejoindre au fond du bus !
J’attrape mon sac à dos et quitte ma place après Caleb.

Je retrouve les parents sur le parking, devant le 4x4 qu’ils ont loué sur l’île. Ils
discutent avec beaucoup d’excitation de l’excursion qu’ils ont adorée. J’ai pris
une tonne de photos, pour ma part, j’en hâte de pouvoir les montrer à mes amis
quand on sera rentrés.

Mon père déverrouille les portes et nous prenons place dans le véhicule. Je
m’installe derrière lui.

– Où est Caleb ? questionne Alice.

Qu’elle ne s’inquiète pas ! Je suis certaine qu’il est avec sa nouvelle amie. Il
daigne se joindre à nous trois minutes plus tard – oui, j’ai surveillé ma montre !

Nous rentrons au cottage. Je reste silencieuse pendant le trajet et feins


d’admirer la vue. Mes compagnons de bord conversent sur leur journée.

Le repas sera bientôt servi, alors je me dépêche d’aller prendre une douche ; je
partage la salle de bains avec Alice et les hommes ont l’autre. J’approuve le
choix, même si ce n’était pas le cas à notre arrivée.

Je me lave longuement, me débarrassant de la sueur accumulée toute la


journée, et passe une jolie robe bleu ciel. Je noue mes cheveux mouillés dans un
chignon et fais l’impasse sur le maquillage.

Tout le monde est sur la terrasse, je les rejoins. Ils sirotent un soda pris dans le
réfrigérateur que nous remplit régulièrement l’hôtel.

– Tu veux boire quelque chose ? m’interroge mon père.

– Pareil que toi, dis-je.

Il se lève et va me chercher un soda frais, tandis que je prends place à côté de


Caleb. Il est encore sur son téléphone. Décidément, il ne la lâche plus, cette
fille !

Mon père pose une bouteille et un verre devant moi ; je le remercie. Je verse
ma boisson dans le gobelet et j’en avale rapidement plusieurs gorgées. J’étais
complètement assoiffée.

Les parents discutent de ce que nous pourrions faire pendant le reste de nos
vacances. Franchement, je n’en ai aucune idée. Je pensais même que nous
passerions nos journées à la plage ; j’ignorais qu’il y avait d’aussi belles choses à
visiter sur cette île.

Apparemment, il y a beaucoup de randonnées à faire et de monuments à


visiter. Peu importe le choix des parents, je les suivrai. Alice suggère une
promenade en sous-marin ; Caleb décline, bien sûr. Je vais finir par croire qu’il
n’aime pas ce qui se passe sous l’eau. À moins qu’il n’ait des projets avec
Brandy...

Le repas du soir est rapidement livré, mais je n’ai pas faim. L’imbécile à côté
de moi me donne la nausée. Je picore tout de même pour donner le change.

Après mon maigre dîner, je m’éclipse seule sur la plage. Papa et Alice iront à
l’office du tourisme, demain matin, pour prendre des brochures. Ainsi, nous
pourrons établir notre programme des prochains jours.

Je m’assois sur le sable, au pied d’un palmier, contre lequel je m’adosse. Je


prends quelques photos du soleil couchant. On a l’impression qu’il disparaît dans
l’océan ; c’est magnifique.

– C’est là que tu te caches...


Caleb me rejoint, je suis surprise. Je l’imaginais trop occupé pour se souvenir
de moi. Après tout, il m’a complètement oubliée depuis qu’il a rencontré la
jeune Américaine.

– Je ne me cache pas, objecté-je, sans méchanceté.

Le jeune homme s’assoit à côté de moi.

– J’ai l’impression qu’il y a un malaise entre nous.

Il lui en aura fallu du temps pour le remarquer !

– Ah bon ? me moqué-je. Qu’est-ce qui te fait dire ça ?

– Je crois que tu me fuis.

Elle est bien bonne, celle-là ! C’est lui qui est toujours occupé ailleurs.

– Parce que je m’isole ?

Il soupire d’agacement.

– On ne va pas jouer, Clém. Dis-moi ce qui se passe.

– Rien du tout.

Je ne peux quand même pas lui dire que je suis jalouse de Brandy. Caleb
n’aime pas les filles à problèmes et la jalousie en est clairement un.

– Je ne suis pas dupe, tu sais. Je suis certain que quelque chose ne va pas. Je
peux même te dire quoi.

– Alors pourquoi tu poses la question ?

– Pour qu’on en discute.

C’est à mon tour de soupirer.

– Tu ne me dois aucune explication.


Même si ça me torpille le cœur de le dire, c’est la vérité. On n’est pas en
couple.

– Moi, je pense que si.

Je lui fais signe de parler, puisqu’il semble y tenir. Cela dit, je ne suis pas
certaine de supporter ce que je vais entendre.

– Je n’ai fait que discuter avec Brandy.

– OK.

Non, pas OK. Et ça me brûle les lèvres de lui dire.

– Elle a voulu qu’on échange nos numéros et je ne suis pas du genre à envoyer
chier les filles, alors j’ai accepté. Ensuite, elle m’a demandé de la prendre en
photo pour l’ajouter sur sa fiche contact dans mon téléphone.

– Et depuis, vous échangez des tonnes de messages, j’ai compris ! rouspété-je.

– Je ne fais que répondre aux siens.

Bien sûr. Si elle l’ennuyait, il l’ignorerait, tout simplement. Mais, visiblement,


ce n’est pas le cas.

– De toute façon, je m’en fous, lancé-je, boudeuse.

– Très bien. Dans ce cas, je vais te laisser.

Il se relève et j’ai envie de me mettre des baffes pour ce que j’ai dit, parce que
c’est totalement faux. Et si mon mensonge le poussait dans les bras de l’autre
fille ?

– Attends, j’ai menti, soufflé-je.

Caleb reste planté devant moi. Il me fixe.

– Je ne m’en fous pas. Ça m’énerve même carrément, lui avoué-je sans oser le
regarder.
Caleb s’accroupit devant moi. Il m’oblige à relever le visage, de son doigt
sous mon menton.

– Je suis content de l’apprendre.

– Tu vas la revoir ? lui demandé-je timidement.

– Ça te ferait du mal ?

– Oui, laissé-je échapper.

– Alors, non.

J’ai envie de me jeter dans ses bras, mais j’ignore si on nous observe. Caleb
libère mon menton.

– Elle est du genre extravagante et très collante. Je n’ai pas pu lui échapper et
j’en suis désolé. J’aurais préféré mille fois être avec toi, tu sais.

J’ai tiré des conclusions hâtives et j’en suis bien heureuse. Je lui souris.

Le jeune homme se relève et me tend sa main que je prends pour me mettre


debout. Nous retournons au cottage, côte à côte.

– Les parents sont partis boire un verre au bar de l’hôtel, m’annonce-t-il en


attrapant ma main pour m’attirer dans sa chambre.

Elle est aussi spacieuse que la mienne. Tout ici n’est que merveille. D’une
beauté à couper le souffle.

– C’est peut-être le moment de me parler.

Il fronce les sourcils. Alors je lui rappelle qu’il avait des choses à dire sur ma
déclaration du soir où j’avais trop bu. Il hoche la tête, voyant très bien où je veux
en venir.

– Plus tard, élude-t-il.

Il s’approche de moi jusqu’à me coller contre lui.


– On en est où, tous les deux ?

Très bonne question. Sauf que je l’ignore. Je le désire. Je l’aime. Je veux être
en couple avec lui. Toutefois, il n’en demeure pas moins qu’il m’est interdit par
la bonne société bien pensante. Et je ne sais pas ce qu’il en pense, lui, de notre
histoire.

– Où veux-tu qu’on en soit ? le questionné-je timidement.

Il me répond en capturant mes lèvres dans un baiser où nos langues se mêlent.


Ses mains parcourent mon corps enfiévré. J’ai l’impression qu’à cet instant, on a
le même désir.

Mais, soudain, son téléphone sonne, mettant un frein à nos ardeurs. Quand je
vois le nom de Brandy sur l’écran, je ressens un immense froid m’envahir.
Pourquoi a-t-il pris son portable dans sa poche ? Il aurait très bien pu l’ignorer.

Caleb déverrouille l’écran pour regarder le message qu’elle lui a envoyé.

Double déception. Là encore, il aurait pu reposer l’objet et se concentrer sur


moi. Sur nous. Cette fois-ci, je ne détourne pas le regard et lis à l’envers. Elle lui
a écrit en anglais, mais je traduis aisément ses mots.

Je t’invite à boire un verre et plus si affinités...

Elle a clairement envie de passer aux choses sérieuses avec lui. Je bous
intérieurement, j’ai envie de hurler, mais je reste stoïque. C’est la réaction de
Caleb qui m’intéresse, dans cette histoire. Il lui répond. Je rêve.

Pas ce soir...

Là, c’est pire que tout. Ça signifie que, pour un autre soir, il accepterait sa
proposition ?

Il remet son téléphone dans la poche arrière de son bermuda et se concentre


sur moi. Il m’enlace, mais je ne suis plus dans l’ambiance. Il a tout foutu en l’air.

– On en était où, déjà ? minaude-t-il en approchant ses lèvres de mon cou.

– Nulle part, craché-je en le repoussant de mes mains sur son torse. Va


retrouver ta pouffe !

Je sors de sa chambre en claquant bien la porte et me réfugie dans la mienne


où je m’enferme à double tour. Je ne veux plus le voir.

– Clém ? m’appelle-t-il.

Je ne réponds pas. Il essaie de pénétrer dans mon antre, mais se heurte à une
porte close. Il frappe contre le battant en prononçant mon prénom à plusieurs
reprises.

– Ouvre-moi ! Je me fous de cette fille !

Je rigole sans joie.

– Tellement, que tu réponds à son message pendant qu’on s’embrasse ?

Il frappe contre la porte, mais je ne l’entends plus.

Je suis en train de pleurer. J’en ai marre d’être aussi faible à cause de lui.
Jamais aucun mec ne m’a mise dans cet état.

La porte d’entrée claque quelques minutes plus tard. Visiblement, il veut que
je sache qu’il est parti. Le moteur de sa voiture ronfle ensuite. Je sais qu’il va la
rejoindre et je ne peux pas le supporter.

J’ai envie de hurler de rage, ce que je ne me prive pas de faire, vu que je suis
seule dans le cottage. J’extériorise toute ma colère. Mais rien ne me calme. Je
décide d’agir, au lieu de bouillir. J’envoie un message à Caleb. Tant pis pour le
dépassement de forfait.
Si tu vas la retrouver, tu peux tirer un trait sur moi.

Le message est parti. Je ne cesse de le relire en me demandant si je n’y suis


pas allée un peu fort. Là, c’est clair, je vais passer pour une fille jalouse, donc
une fille à problèmes. Et il courra sans doute se réfugier dans les bras de Brandy.
La douce petite Américaine exubérante.

Je n’obtiens aucune réponse. Je me demande même s’il a vu mon SMS. Je


refuse de rester ici à me morfondre, alors je quitte le cottage pour me promener
dans les jardins de l’hôtel. Croiser un mec de mon âge m’arrangerait, ça me
permettrait de rendre dingue Caleb…

Mais qu’est-ce que je raconte ?

Il faut absolument que je remette mes idées en place. Je ne dois pas me laisser
submerger par la jalousie. Je dois lui faire confiance.

De toute façon, il n’y a aucun garçon qui se balade ; ils ont sans doute bien
mieux à faire ailleurs. Et je devrais peut-être faire pareil, me trouver une
occupation.

Je retourne au cottage. J’ai dû partir une demi-heure. Pourtant, le cabriolet


loué par Caleb est déjà garé devant la petite maison. C’est bien ma veine !

Ça sent la nouvelle dispute, tout ça.

Je rentre, espérant qu’il est parti se coucher, mais il m’attend de pied ferme
dans le salon.

– J’espère que t’es calmée ! aboie-t-il.

– Pas toi, visiblement.

Il sort son téléphone de sa poche pour me le montrer.

– C’est quoi, ça ?

Je sais qu’il parle de mon message.


– Tu crois vraiment qu’au moindre problème entre nous, je vais aller retrouver
une meuf pour la sauter ? T’es complètement tarée, ma parole !

Bon. Il est vrai qu’il n’était pas impossible qu’il aille seulement faire un tour
pour se calmer. J’ai immédiatement pensé au pire, sur ce coup-là. Et j’ai eu tort.

– Elle te tourne clairement autour et ça me rend dingue ! avoué-je sans crier.


En plus, tu arrêtes ce que nous faisons pour lui répondre. Je suis supposée le
prendre comment, d’après toi ?

Caleb semble enfin se mettre à ma place. Il réfléchit sincèrement à ce que je


viens de lui dire.

– T’es censée me faire confiance, non ?

On se dispute comme un vieux couple, alors qu’on n’en forme même pas un.
Je me sens mal, j’ai vraiment l’impression de lui faire une crise absurde, qui n’a
pas lieu d’être. Mais c’est plus fort que moi et c’est ce qui est le plus horrible
dans l’histoire : je ne parviens pas à me raisonner.

– Sauf que ce n’est pas ton fort, la confiance, ajoute-t-il. Tu crois n’importe
qui et n’importe quoi. Tu tires des conclusions hâtives et tu maintiens tes
positions, même si tu as tort.

– Tu veux que je m’excuse ? l’interrogé-je, surprise.

– Je n’ai jamais dit ça. Seulement qu’on a un problème, tous les deux.

Et il déteste les complications. Ce n’est pas de cette façon que je vais le


récupérer, si tant est que ce soit possible. Je ne sais pas comment arranger les
choses, je suis dépitée.

– Ma jalousie te déplaît ?

– C’est plus de la jalousie, à ce stade, c’est carrément de la folie !

Tout de suite, il va dans l’abus. S’il me voit comme une folle, comment
pourrons-nous recoller les morceaux ?

– Je suis désolée, soufflé-je. J’éprouve des sentiments forts pour toi. On n’est
même pas officiellement ensemble et une autre te tourne autour, ça me rend
dingue. Tu pourrais faire n’importe quoi avec elle ! En plus, tu ne la repousses
même pas ! Je suis supposée me taire et regarder ?

– Tu n’écoutes pas, s’énerve-t-il. Je n’en ai rien à foutre de cette fille ! Rien à


foutre !

– Prouve-le.

Ses yeux s’écarquillent. J’ai l’impression d’avoir dit une connerie, mais ce
n’est pas le cas. Si Brandy n’a vraiment pas d’importance pour lui, il n’aura
aucun mal à me le démontrer.

– Qu’est-ce que tu attends de moi ? me questionne-t-il finalement.

– Bloque-la. Je ne veux plus qu’elle te contacte.

– Tu te rends compte de ce que tu me demandes ?

Dois-je en déduire qu’il refuse ?

– Tu ne veux pas qu’elle puisse me contacter ? C’est donc que tu es consciente


que ça vient d’elle, et pas de moi. Alors, pourquoi tout ce cinéma ?

Certes, il a raison. Mais je le soupçonne d’utiliser ce moyen détourné pour


dévier la conversation. Cette fille lui plaît et il ne veut pas rompre le contact,
voilà ce que je comprends.

– T’es en train de me dire que tu refuses ?

Il soupire. Je l’agace.

– Je le savais. Tu ne fais que me mentir pour m’embobiner ! Tu comptes la


revoir, c’est ça ?

– Il y a une différence entre la revoir et la sauter, non ?

Je suis abasourdie. Il ne nie pas. Il va vraiment passer du temps avec elle, ici.

– Mais l’un entraînera forcément l’autre, n’est-ce pas, Caleb ?


Il garde le silence. C’est un aveu, pour moi.

– Tu me dégoûtes, craché-je, écœurée par son attitude.

– Tu fais des histoires pour tout et n’importe quoi ! Il va falloir te réveiller un


jour, cocotte, et réaliser que tu me pourris la vie pour rien !

C’est le choc. Je n’avais pas l’impression d’être aussi invivable qu’il le dit. Je
ne trouve rien à répondre, alors que je voudrais lui envoyer une bonne pique.

Je retiens mes larmes, refusant qu’elles coulent devant lui ; il n’aura pas cette
satisfaction.

Je sursaute en entendant la porte d’entrée.

– On vous entend crier de dehors ! Tout va bien ? nous interroge Alice.

Les parents sont de retour. Si Caleb ne se décompose pas, c’est mon cas. J’ai
l’impression d’avoir été prise la main dans le sac. Je lance la première chose qui
me passe par l’esprit.

– Caleb veut tromper sa copine !

J’ai trois paires d’yeux ahuris braqués sur moi, puis ceux des parents se
tournent vers Caleb, qui secoue la tête.

– Je suis libre comme l’air, Clém ! Je fais exactement ce que je veux, me


lance-t-il sur le ton de la provocation.

C’est un message très clair, qui m’est évidemment destiné.

– J’ai rompu avec Tiffany, informe-t-il ses parents. Je sors.

Il disparaît quelques secondes après, me laissant seule avec nos parents. J’ai
l’impression de devoir me justifier, alors j’invente que Tiffany est devenue ma
copine et qu’elle tient encore à Caleb. Je leur raconte que je voulais éviter à ce
dernier de tout gâcher, mais que, visiblement, il n’en a cure.

– Tu devrais éviter de te mêler des affaires de Caleb, m’explique Alice. Il


déteste ça.
– J’espère que vous allez vous réconcilier, enchérit mon père.

– Je lui parlerai demain.

Je ne peux rien promettre de plus que d’essayer, pour sauver nos vacances.

Seule dans ma chambre, je ne sais pas quoi faire. Je sens qu’il me file entre les
doigts. Peut-être, même, l’ai-je déjà perdu.

Je lui envoie alors un texto qui, j’espère, remettra les choses en ordre entre
nous.

Je t’aime.
Chapitre 26
Le lendemain, en sortant de ma chambre, j’ai peur de ce qui va se passer. J’ai
promis aux parents de me réconcilier avec Caleb, mais je ne sais pas si j’en aurai
la force.

Le petit-déjeuner est servi sur la terrasse. Deux personnes l’ont déjà pris,
Alice et Mathieu, je suppose, avant qu’ils partent faire un tour à l’office du
tourisme. J’en déduis que Caleb n’est pas encore levé. Je n’ai pas faim, je me
contente d’un verre de jus de fruits.

Je fixe l’océan durant ce qui me semble être une éternité. Il est calme et
paisible, tout l’opposé de moi, en cet instant. J’ai envie de hurler.

– Clém...

Je ferme les yeux en entendant Caleb m’appeler. Je crains pour la suite des
événements. Je me retourne pour lui faire face, sans prononcer le moindre mot.

– Il faut qu’on arrête de se déchirer comme ça.

– Je suis d’accord.

Finalement, on dirait qu’une réconciliation est possible. Tout dépendra de sa


sortie nocturne, cela dit.

– Amis ? m’interroge-t-il en s’approchant de moi.

Il me tend la main pour certifier notre accord. Je n’ai pas envie d’être son
amie. Toutefois, je m’en contenterai si je ne peux avoir plus. Je prends donc sa
main dans la mienne.

Notre échange dure quelques secondes à peine. Caleb tourne déjà les talons et
va s’asseoir à table pour manger. Moi, je brûle d’envie de lui poser une tonne de
questions, ce qui serait idiot, vu qu’on vient de faire la paix.

Les parents arrivent, m’empêchant ainsi de commettre une bêtise en


l’interrogeant. Ils déposent les prospectus sur la table et nous parlent d’une
balade en sous-marin pour cet après-midi.
– Toujours pas partant, répond Caleb.

Alice décide qu’il est assez grand pour s’occuper, en notre absence, et que
nous irons à trois. Je suis dépitée. Ma jalousie me démange ; je ne veux pas que
Caleb reste seul. Il ne m’a toujours rien dit sur ma déclaration de la veille, par
texto ; je ne sais pas quoi penser.

Quand Mathieu m’interroge, j’accepte de les suivre ; l’idée de voir les fonds
sous-marins, les poissons, les coraux me plaît bien, de toute façon.

Je vais dans ma chambre, espérant réfléchir au calme et me détendre. C’est


impossible. Je n’arrête pas de songer à Caleb et Brandy. Était-il avec elle, hier
soir ? J’ai besoin d’avoir une conversation avec lui, mais je crains les réponses
qu’il me donnera et j’ai peur de la tournure qu’elle prendra et de son issue.

Je suis allongée sur mon lit, les genoux relevés, le regard fixant le plafond. Je
ferme les yeux et respire lentement, je dois absolument me maîtriser. Ne pas tout
détruire. Maui est sublime, mais ma relation avec l’homme que j’aime se
détériore à vue d’œil. Comment est-ce possible, dans ce paradis ?

J’entends ma porte s’ouvrir. Je tourne la tête et vois Caleb. Je ne suis pas


certaine de la bonne idée de la chose.

– Les parents sont partis à l’accueil de l’hôtel pour réserver votre après-midi.

– Tu ne viens toujours pas ?

– Non.

Il s’approche et s’adosse au baldaquin du lit.

– J’ai l’impression qu’on est dans une impasse, tous les deux.

– Pourquoi ?

– Je ne suis pas certain qu’on veuille la même chose.

Parce que, maintenant, il en veut une autre, c’est logique. Néanmoins, il doit
entendre ce dont moi j’ai envie.
– Moi, je ne veux que toi.

Je quitte ma place sur le lit douillet pour me mettre devant Caleb.

– Et toi, que veux-tu ?

– Deux choses incompatibles apparemment.

– Dis-moi, insisté-je.

– Une relation saine avec toi.

Cependant, elle sera loin de l’être, puisque je crée des problèmes à tout bout
de champ. C’est très clair.

Je m’avance encore, attirée par lui comme un aimant. Et je pose mes lèvres
sur les siennes. Il m’embrasse et m’enlace presque aussitôt. Je sais, à cet instant,
que je suis toujours dans son cœur. Il a fait un pas vers moi, il ne tient qu’à moi
de le garder.

Notre baiser se prolonge dangereusement, mon désir pour lui se décuple. Il


n’est pas insensible, je sens son érection. Malheureusement, une horrible petite
voix me chuchote que j’ignore tout de ses occupations de la veille. Je mets donc
fin au baiser.

– On fait quoi, maintenant ? m’interroge-t-il.

– Je veux être à toi.

Il me serre contre lui.

– Tu l’es, m’affirme-t-il.

– Caleb...

Il s’écarte légèrement de moi et me fixe en attendant que je parle.

– J’ai besoin de savoir... où tu étais hier soir.

Je grimace, parce que j’ai peur qu’il s’emporte. Il pourrait refuser de me


répondre, me traiter de femme à problèmes et me laisser plantée là.

Le jeune homme me lâche complètement et fait les cent pas dans la pièce. Je
n’aime pas ça du tout.

– D’accord, accepte-t-il. Mais après, c’est terminé, tu arrêtes de me prendre la


tête, sinon ça se finira très vite entre nous.

J’acquiesce et attends qu’il me parle, une boule dans le ventre.

– J’ai roulé jusqu’à un parking et je suis allé marcher sur la plage.

Je suis surprise qu’il n’y ait rien de répréhensible dans ce qu’il me raconte. Il
avait juste besoin de se calmer et je m’imaginais le pire. Encore !

– Tu m’as vraiment pris la tête, tu sais. Mais je ne suis pas le genre de gars à
aller baiser n’importe qui. Je n’ai eu que deux relations sérieuses, dans ma vie.
Tiffany, récemment, et Julie, quand j’avais seize ans ; je suis resté presque deux
ans avec elle avant qu’elle me largue pour un autre. Tu en déduiras que je n’ai
couché qu’avec trois filles dans ma vie. Alors, arrête de me prendre pour le
salaud que je ne suis pas. Le sexe ne m’intéresse pas s’il n’y a pas de sentiments.

Je me sens tellement idiote après ces révélations.

– Je suis désolée.

Je le prends dans mes bras, il m’enlace. J’ai enfin la sensation que tout se
passe bien pour moi. Pour nous. J’ai envie de plus, j’ai besoin de plus. Mais
heureusement, aucun de nous ne bouge.

Quand, tout à coup, la porte de ma chambre s’ouvre et Alice entre, choquée en


nous découvrant dans les bras l’un de l’autre. Elle pousse un petit cri qui nous
fait nous écarter, comme si nous avions été surpris en plein acte sexuel.

– On s’est réconcilié, lance Caleb. Elle a promis de ne plus se mêler de mes


histoires et tout se passera très bien.

Je hoche la tête en souriant pour le confirmer à Alice.

– C’est une bonne nouvelle, approuve ma belle-mère. Clémence, tu peux


venir ?

Elle sort de la chambre tandis que je lui réponds positivement. Je réalise


qu’elle ne supportera pas de nous savoir en couple, son fils et moi, si déjà elle est
choquée par une simple accolade. On n’est pas sorti de l’auberge !

Je retrouve les parents sur la terrasse, Caleb m’emboîte le pas. Alice me dit
avoir réservé la visite en sous-marin pour seize heures. Je suis déçue que mon
amoureux ne se joigne pas à nous, mais je ne peux rien y faire.

***

Notre relation, bien que secrète, se renforce davantage, jour après jour. Je suis
plus qu’heureuse, d’autant que Brandy ne contacte plus mon chéri. Nous passons
beaucoup de temps avec nos parents, à visiter, nous promener, nous baigner. Je
fais des tonnes de photos et des selfies de Caleb et moi, quand nous sommes à
l’abri des regards.

Nous sommes jeudi, le départ approche. J’en suis triste, mais tellement
heureuse de ces vacances magiques. Caleb réunit tout le monde dans le salon
vers dix-sept heures. Il informe nos parents qu’il a une surprise pour eux. Il leur
demande d’être prêts d’ici une heure. Alice et Mathieu essaient d’en savoir plus,
mais le jeune homme ne dira rien. Ils vont donc se préparer.

– Qu’est-ce que tu mijotes ? l’interrogé-je, espérant qu’il sera plus bavard


avec moi.

– Je te le dirai dès qu’ils seront partis, je ne voudrais pas que tu caftes.

Je le frappe sur l’épaule. Il râle pour la forme.

Ça fait une semaine que nous avons recommencé à nous fréquenter plus
sérieusement. J’essaie de lui faire confiance, bien que je n’aie pas de raison de
douter de lui. Maintenant que je connais son passé, je sais qu’il est un homme
bien.
Je vais lire un peu sur la terrasse, après avoir mis de la crème solaire sur ma
peau. J’ai bronzé et j’en suis bien contente. Ce teint me va comme un gant, je me
verrais bien vivre ici.

Maui ou l’île paradisiaque de l’amour.

– Papa ? Maman ?

Caleb cherche nos parents, qui sont fin prêts pour leur surprise. Je les rejoins
tous dans le salon.

– Profitez bien de votre soirée !

Il leur désigne la porte, avant de s’avancer pour leur indiquer le chemin.

– Qu’est-ce que tu mijotes ? l’interroge Alice.

Son fils ne répond pas. Il ouvre la porte et je suis surprise de voir une
limousine garée juste devant. Le chauffeur attend à côté de la portière arrière
ouverte.

– Il sait où il doit vous emmener. Amusez-vous bien !

Nos parents, l’air à la fois inquiets et surpris, sortent du cottage. Ils montent à
bord de la longue voiture et le chauffeur les emporte loin de nous.

Quand Caleb referme la porte, je l’interroge.

– Tu peux me dire où ils vont ?

– À un dîner romantique organisé sur un bateau.

– Ouah ! Tu fais les choses en grand !

– Et t’as encore rien vu !

Je ne comprends pas où il veut en venir, mais je ne l’interroge pas. Je n’en ai


de toute façon pas le temps, il capture mes lèvres dans un doux et long baiser.
Notre relation a certes repris, mais de façon platonique, et j’avoue que je suis
drôlement en manque de ses caresses.
– Petite balade sur la plage avant le dîner ?

– OK.

C’est main dans la main que nous marchons sur le sable, c’est très agréable.
Notre avant-dernière journée sur cette île paradisiaque. On en profite pour faire
un bilan.

Je m’entends très bien avec Alice, et mon père se comporte comme tel avec
moi. En plus, j’ai retrouvé mon amoureux. Rien ne pourrait me faire plus plaisir.
Ces vacances sont un vrai bonheur. Même si je n’ai pas réussi à traîner mon
copain à la plongée sous-marine.

Caleb aussi est content de son séjour.

Nous revenons au cottage juste avant l’arrivée du serveur. Il a apporté deux


repas, Caleb ayant prévenu la réception de l’hôtel, et nous mangeons sur la
terrasse.

– Tu crois qu’ils vont rentrer tard ?

– Même très tard.

Leur absence me donne des idées. J’espère qu’il a les mêmes que moi.

– À quoi tu penses ? m’interroge-t-il.

À toi en moi...

– Oh… à rien.

Il rigole.

– Je pense à la même chose que toi, bébé. Et tu vas prendre cher !

Je lui souris. Rien ne pourra gâcher mon bonheur.

Lorsque nous avons terminé notre repas, Caleb remet les restes dans le panier
et le pose devant la porte pour que le livreur le récupère demain matin. J’en
profite pour aller prendre une douche. Je retrouve mon amoureux dans sa
chambre, dans une petite nuisette noire légèrement transparente.

– Très bandante.

Lui aussi a pris une douche, il ne porte qu’une serviette autour de la taille. Je
la dénoue et la laisse tomber sur le sol.

– Pressée ? s’amuse-t-il.

Ses mains passent sous ma nuisette pour caresser mes fesses par-dessus ma
culotte.

– Voilà pourquoi j’ai éloigné les parents. J’en peux plus d’être loin de toi.

Sa bouche s’écrase sur la mienne dans un long baiser, tandis que mes mains
redécouvrent son corps sensuel. Je me presse contre mon amant complètement
nu, je n’en peux plus d’attendre. Je le veux en moi. Maintenant.

Je me sens moins couverte quand il me retire ma nuisette, mais ainsi je peux


enfin sentir sa peau contre la mienne. Sans quitter mes lèvres, il m’allonge sur le
lit et se positionne au-dessus de moi. Je suis déjà en pleine extase d’avoir trop
attendu.

Sa bouche se promène sur l’arête de mon menton, dans mon cou, et je sens ses
mains retirer ma culotte ; je suis trempée. Ses doigts parcourent mon corps,
tandis que sa bouche se referme sur l’un de mes tétons, me faisant gémir de
plaisir. Puis sur l’autre. Je suis déjà au bord du précipice. Je geins alors que sa
langue trace un sillon brûlant sur mon ventre, avant de s’enfoncer dans mon
intimité. Il me lèche, me goûte, me dévore. Je me cambre sous lui, sous le plaisir
qu’il me donne. Deux doigts s’ajoutent au délice et je jouis rapidement dans sa
bouche.

– T’es merveilleuse, bébé, souffle-t-il en embrassant mon ventre, mes seins,


ma gorge, mes lèvres.

J’écarte les jambes davantage, pour qu’il se loge entre mes cuisses et, quand je
sens son sexe dur presser contre le mien, je gémis en me mordant les lèvres.

– Laisse-toi aller...
Il s’enfonce en moi d’un coup de reins puissant, va et vient d’abord lentement,
puis de plus en plus vite. Mes gémissements trouvent écho à ses pénétrations. Je
crie mon plaisir tout en plongeant mes ongles dans sa peau. Nous jouissons
ensemble, dans un concert d’extase parfait.

Caleb se laisse tomber sur moi, sans se retirer. Je l’entoure de mes bras pour
qu’il ne parte pas.

– Je t’aime, Caleb, soufflé-je, prenant le risque de le perdre si jamais ce n’est


pas réciproque.

Cependant, je suis certaine que ça l’est.

Le jeune homme se redresse, pour planter ses yeux dans les miens.

– Redis-le.

– Je t’aime, Caleb.

Il embrasse le bout de mon nez.

– Je t’aime, Clémence.

Mon cœur se gonfle de joie. Je sais que plus rien ne pourra briser notre
relation.

***

C’est tristement que je dis au revoir à Maui. J’y ai passé de très bons
moments, que ce soit avec mon père, avec Alice ou avec Caleb.

Il est 17 h 35 quand notre avion décolle pour se poser à Kahului vingt minutes
plus tard. Nous allons passer la nuit sur cette île.

Après nous être installés à l’hôtel, nous allons manger au restaurant. Puis
Caleb et moi décidons d’aller nous promener, alors que les parents vont se
coucher.

C’est main dans la main que nous arpentons les rues de la ville pour passer du
temps tous les deux. Ce sont nos derniers jours ensemble. Nous serons en France
lundi matin et je rentrerai chez ma mère dans l’après-midi, déjà.

Mon père et Alice reprennent le travail mardi. La rentrée des classes


approche ; je suis déprimée, quand j’y pense. Je ne sais pas ce que deviendra
notre relation quand je ne serai plus à Paris.

Nous regagnons l’hôtel plus tard dans la soirée, je passe la nuit dans la
chambre de mon amoureux où j’ai apporté toutes mes affaires. Cet interlude
nous permet un rapprochement intime qui calme ma morosité.

Je m’endors dans ses bras, apaisée.

Mais déjà, le lendemain, nous devons faire comme si nous étions frère et sœur.
Le vol nous conduit à Honolulu, où nous devons attendre pour avoir notre
correspondance.

En famille, nous nous promenons dans la ville et déjeunons sur le pouce,


avant de retourner à l’aéroport. Notre avion décolle à 15 h 50. Je m’endors
rapidement à cause du manque de sommeil. Cette nuit, j’ai préféré folâtrer avec
mon copain plutôt que de me reposer.

Quand je me réveille, je regarde la vidéo qui passe. Mon vol est fait de
sommeil et de parties de films que je regarde. Puis, nous faisons une escale à
Chicago ; je suis bien contente que ce ne soit pas L.A.

C’est encore la nuit, mais nous en profitons pour visiter le quartier


d’Hollywood avant de reprendre l’avion le soir même.

Encore des films et quelques sommes avant d’arriver à Paris, lundi matin à
9 h 30. Ça sonne le glas de mes vacances.

***
Il est presque midi quand nous rentrons à la maison. J’ai un gros pincement au
cœur. Alors que Caleb, Alice et Mathieu défont leurs bagages, je remplis ma
valise avec les affaires que j’avais laissées dans ma chambre. Mon train partira à
dix-huit heures quarante. Je suis dégoûtée.

Je retrouve mon amoureux dans sa chambre et ferme bien la porte derrière


moi, avant de me jeter dans ses bras.

– Je ne veux pas rentrer, soufflé-je.

– On se reverra, bébé. Tu viendras aux prochaines vacances.

Elles me paraissent si loin.

Comment je vais vivre ma relation à distance avec le garçon que j’aime ?

– Tu en auras ?

Il grimace.

– Je rentre en seconde année de médecine, je doute d’avoir du temps. Certes


j’apprends vite, mais, à la fac, on nous dit bien qu’il y a une grande différence
entre la première et la deuxième année. Mais on se débrouillera, ne t’inquiète
pas.

C’est difficile de faire des projets ; on ne sait même pas quand on pourra être à
nouveau ensemble. Au lieu de déprimer, en y songeant, je capture ses lèvres dans
un tendre baiser.

Nous allons déjeuner quand Alice nous appelle, l’heure du départ se rapproche
inexorablement. J’aborde donc le sujet de ma prochaine visite. Mon père s’en
réjouit d’avance, même s’il ne me garantit pas de pouvoir poser des congés.

– Mais tu pourras venir quelques jours à tes prochaines vacances. Tu seras


toujours la bienvenue.

Il me suggère la même chose que Caleb. J’accepte, je n’ai pas mieux, de toute
façon.

J’aide à débarrasser la table. C’est amusant et rassurant de voir que la routine


de la maison se remet en route, même si ce n’est que pour quelques heures.

– Tu as fait ta valise ? me demande Alice.

– Oui.

Je soupire. Je n’ai pas envie de partir, mais j’ai déjà passé tellement de temps
chez mon père qu’il serait bon de profiter des derniers jours d’été avec ma mère.
Et Louise viendra me chercher, si je ne rentre pas, tellement je lui manque.

– Nous avons été très contents de t’avoir parmi nous et tu pourras revenir
quand tu voudras. Paris n’est qu’à une heure vingt de TGV de Metz. Même pour
un week-end tu pourras venir.

Ma belle-mère tente de me réconforter et y parvient. Finalement, je pourrai


revoir Caleb plus tôt que prévu.

Je le retrouve dans sa chambre, me moquant bien qu’on nous surprenne. Je


veux passer mes derniers instants ici avec lui. J’aurais même aimé qu’il
m’accompagne à la gare, mais c’est mon père qui aura ce privilège. Je passe
donc mes dernières heures dans les bras de Caleb.

Puis, quand l’heure du départ approche, nous nous embrassons pour la


dernière fois.

– N’oublie pas que je t’aime, susurre-t-il contre ma bouche.

– Moi aussi, Caleb. Tu vas terriblement me manquer.

– On s’appellera tous les jours.

Un dernier câlin, un dernier baiser et je vais récupérer ma valise pour


retrouver les parents dans la cuisine. J’embrasse Alice et la remercie pour tout,
avant de m’en aller avec mon père, comme si je partais à l’échafaud. Bien sûr, je
suis contente de passer ces derniers moments avec lui, mais je songe à mon
amoureux.

Le trajet en voiture se fait dans le silence, puis, une fois sur le quai de la gare,
Mathieu me remercie pour ma visite.
– Je suis très content de t’avoir retrouvée.

– Moi aussi, papa.

Il m’embrasse et me regarde monter dans le wagon. Je retiens mes larmes, je


suis tellement triste de quitter Paris.

Quelques minutes plus tard, après un signe de la main l’un à l’autre, le train
quitte la gare. Je retourne à mon quotidien. Mais comment vivre comme avant,
maintenant que j’ai rencontré l’amour de ma vie ? Je ne pourrai jamais plus me
passer de Caleb.

Pensera-t-il à moi autant que je penserais à lui ?

J’ai tellement hâte de le revoir.

Je ne sais pas comment sera mon existence, à présent, fade sans doute. Je vais
devoir survivre loin de celui que j’aime. La douleur me serre la poitrine et ma
gorge se noue.

Je n’y arriverai jamais...


Chapitre 27
Retrouver maman me fait très plaisir. Nous passons notre soirée à discuter de
mes vacances, je lui montre les photos. Elle s’extasie sur le paysage, comme
moi, les premiers jours. Puis, soudain, elle voit un selfie de Caleb et moi. Nous
ne faisons rien de mal, nous sommes juste côte à côte, avec l’océan en toile de
fond.

– C’est qui ? m’interroge-t-elle.

Je pourrais inventer avoir rencontré ce garçon à Hawaï, mais je préfère la


vérité. Ça me créera moins de problèmes, si un jour elle est amenée à croiser
mon amoureux.

– Caleb.

– Il est très beau garçon.

Je ne le confirme pas et continue de faire défiler les clichés. Il n’y en a aucun


de compromettant, parce que nous ne nous sommes pas photographiés en nous
embrassant. Mais nous sommes souvent ensemble, ce qui amène ma mère à me
questionner.

– Vous vous entendez bien, on dirait.

– Très. Caleb est super sympa.

– Tu sais qu’il est ton demi-frère par alliance ?

Je feins d’être offusquée, pour qu’elle croie que je ne songe pas à lui
autrement que de cette façon. Elle semble rassurée. Encore une qui n’acceptera
pas notre histoire. A-t-on un avenir, de toute façon ?

Interdit.

Ce mot résonne tout le temps en moi.

Je me couche dès que maman sait – presque – tout de mon voyage et a vu


toutes les photos ; je suis épuisée. Avant de m’endormir, j’envoie un message à
mon copain.

Tu me manques. Je vais te retrouver dans mes rêves.

J’ajoute des smileys bisous. Quand je pense que, hier encore, j’étais avec
lui… Ça me semble tellement loin, maintenant. Sa réponse ne tarde pas à arriver.

Je pense fort à toi, bébé. J’ai hâte d’être avec toi.

Je souris avant d’éteindre mon téléphone pour me reposer. C’est à Caleb que
je songe en fermant les yeux.

***

Je passe la fin de l’été avec Louise, qui a rompu avec Andy. Elle ne se laisse
pas abattre et veut tout savoir sur mon histoire avec Caleb. Elle est bien contente
de le revoir en photo, elle le trouve très mignon.

Les vacances se terminent rapidement. Je n’ai pas vu filer les semaines, j’étais
trop bien pour m’en préoccuper. Et le jour de la rentrée se pointe à une vitesse
hallucinante.

Terminale littéraire, me voici !

Je garde le contact avec mon chéri. On s’écrit plusieurs fois par jour et on
s’appelle dès qu’on le peut. L’entendre me donne la force de tenir ; il me manque
tellement.

Je lui parle de mes cours et lui des siens. Il est épuisé par la charge de travail
de cette année. Autant il trouvait la première année gérable, autant celle-ci l’est
moins. Mais j’ai foi en lui, il parviendra à s’organiser.

C’est le dernier week-end de septembre que Caleb m’annonce sa venue. Je


suis surprise. On n’a jamais parlé de se voir à Metz et il vient me rendre visite.
Je suis tellement heureuse. Je ne dis rien à ma mère et la préviens que je
dormirai chez Louise qui organise une soirée films d’horreur. Pour ne pas me
faire prendre, je mets mon amie au courant.

Il ne me reste plus qu’à retrouver Caleb à la gare dès le samedi, vers midi. Je
l’attends sur le quai, trépignant d’impatience et, quand je le vois descendre du
train, beau comme un dieu, avec son sac à dos sur l’épaule, je me jette dans ses
bras. Il ne me fait pas tourner, comme dans les films, mais capture mes lèvres
dans un long baiser. Nous avons beaucoup de mal à y mettre fin, j’ai besoin de le
toucher et c’est réciproque.

– Tu as fait bon voyage ?

– J’ai trouvé le temps long, me taquine-t-il. Je voulais tellement être avec toi.

On s’embrasse encore tendrement, puis nous allons déjeuner au Mac Donald,


au centre-ville. Je ne cesse de sourire, tellement je suis heureuse.

Ensuite, je conduis mon amoureux dans un hôtel où il réserve une chambre


pour la nuit. Nous montons ensemble et, quand la porte est close, nous laissons
libre cours à notre désir, notre passion. Caleb me fait l’amour comme si c’était la
première fois malgré l’urgence entre nous. Je jouis plusieurs fois dans ses bras
avant de lui murmurer que je l’aime. Il répète les mêmes mots. Il ne m’en faut
pas plus pour être comblée.

Le soir, nous nous faisons livrer deux pizzas que nous mangeons dans le lit.

Caleb ne voit rien de ma ville natale. Nous passons tout notre temps dans
notre chambre, l’un dans l’autre, à rattraper le temps perdu.

Le dimanche matin, je suis heureuse de me réveiller dans ses bras, mais triste
de savoir qu’il va reprendre le train d’ici deux heures.

– Tu vas encore me manquer, soufflé-je contre son torse.


– Toi aussi, bébé. Mais ça fait partie de notre vie. Comment se passent les
cours ?

– Bien. Et toi ?

– Difficiles et fatigants. Je comprends mieux pourquoi beaucoup abandonnent


à la fin de la deuxième année. Le rythme change.

– Tu comptes arrêter ?

– Non. Je tiendrai bon. Ça ne durera que quelques années, puis je serai


chirurgien.

– Et après ? Quels sont tes projets ?

Il y réfléchit un instant.

– Je pense que je choisirai l’hôpital où j’exercerai en fonction des désirs de ma


copine.

Je souris, parce qu’il s’imagine assez bon pour avoir plusieurs propositions
d’embauche à la fin de son internat – c’est tout ce que je lui souhaite –, mais
également parce qu’il parle de faire sa vie avec moi.

– J’aimerais aller dans un pays chaud.

– Pour les vacances, on ira où tu voudras. Mais je préfère exercer mon métier
en France. Et toi, que veux-tu faire, plus tard ?

La question à mille euros.

– Aucune idée...

– Tu es allée faire un tour au forum des métiers ?

– Oui, mais sans grande conviction.

– Regarde sur internet, il y a des tests en ligne qui peuvent te donner des idées.

Je lui promets de m’en occuper très vite. J’ai vraiment l’impression de ne pas
avoir d’ambition. La vie professionnelle de Caleb est toute tracée, alors que la
mienne est au point mort.

Il quitte le lit pour aller prendre une douche, sous laquelle je le rejoins pour un
rapide câlin matinal. Puis il est déjà l’heure de partir.

Sur le chemin, on fait un arrêt dans une boulangerie pour prendre des
croissants qu’on mange sur le quai en attendant le train.

– Je viendrai quelques jours à Paris, pour les prochaines vacances, l’informé-


je.

– Donne-moi tes dates dès que tu les connais et je m’arrangerai pour me


libérer au maximum.

J’acquiesce d’un léger mouvement de la tête. J’ai déjà terriblement hâte de le


revoir alors qu’il est encore avec moi. Je ne veux pas le quitter, mais je n’ai pas
le choix. Je l’embrasse comme si c’était la dernière fois et le regarde s’éloigner
de moi.

Bien que j’aie passé plusieurs heures magiques avec le garçon qui fait battre
mon cœur, c’est difficile de le laisser s’en aller. Tout autant de rentrer chez moi.

Ma mère me questionne sur ma soirée chez Louise. Je lui raconte n’importe


quoi et vais dans ma chambre. Je broie du noir quand Caleb n’est pas avec moi.

Je me connecte sur internet pour essayer de faire ce qu’il m’a dit. Je fais
plusieurs des tests que je trouve, espérant qu’ils me donneront des idées pour
mon avenir.

Infirmière ! Voilà ce que me conseillent les sites.

Je me surprends à y songer, trouvant l’idée attrayante. Moi infirmière, Caleb


chirurgien. Est-ce que ma voie serait la même que la sienne ?

J’en parle à ma mère pour connaître son opinion ; elle trouve que c’est une
bonne idée. Elle est même d’accord pour me payer le concours d’entrée à l’école
d’infirmière. Tout de suite, ça me semble compliqué. Cependant, je songe à
Caleb qui parvient à surmonter les difficultés qu’il rencontre ; je devrais y
parvenir, moi aussi, si je m’en donne les moyens.
Je décide alors de l’appeler. Je sais qu’il est arrivé à Paris. Il répond
rapidement.

– Je te manque déjà, bébé ?

– Plus que tu ne peux le croire.

– Toi aussi, tu me manques. Je t’aime.

Mon cœur s’emballe. Je suis tout émoustillée.

– Je t’aime aussi.

Un léger silence s’installe avant que je ne lui fasse part de l’objet de mon
appel. Je lui raconte avoir suivi son conseil. Mon amoureux est plongé dans ses
études et n’a pas beaucoup de temps à me consacrer. Alors, je me dis qu’avec un
projet professionnel, je le serai également, je passerai ainsi moins de temps à me
morfondre.

– Les tests me suggèrent d’être infirmière. J’en ai fait trois différents et j’ai la
même réponse à chaque fois.

– Très sexy.

Je souris.

– L’idée te plaît ?

– Je crois que oui. Caleb, tu n’es plus le seul à avoir un projet d’avenir.

– Je suis très content pour toi.

Je ne veux pas faire de plans sur la comète, mais je pense que ce serait un
plus, pour moi, s’il me parlait de ses cours, pour le côté médical ; alors je lui en
touche deux mots.

Sa réaction me surprend : il rigole.

– Tu sais, je ne voudrais pas te faire peur. Mais mon cursus est bien plus
compliqué que celui que tu suivras.
– Je sais. C’est juste pour me mettre dans le bain.

– Je te montrerai tout ça quand tu viendras à la maison.

Je l’en remercie et nous discutons encore plusieurs minutes avant de


raccrocher.

Je retourne voir ma mère devant la télévision avec un calendrier.

– Je voudrais aller chez papa, cet automne. Tu penses que je peux partir
quand ?

Elle semble surprise par ma déclaration. Je lui explique qu’il a besoin de


connaître les dates suffisamment en avance, afin d’essayer de se libérer pour
pouvoir passer un peu de temps avec moi.

– La première ou la deuxième semaine ?

J’irais bien les quinze jours, mais elle risque de ne pas apprécier.

– Je te laisse choisir.

Dans ce cas, la première me tente bien, comme ça, je retrouverai Caleb plus
vite et, si je veux déborder sur la suivante… de quelques jours… ce sera
possible.

***

Ayant donc opté pour la première semaine de vacances de la Toussaint, c’est à


ce moment-là que je pars pour Paris. Mon père et Alice ont pris trois jours de
congé et nous les passons ensemble.

Caleb n’est pas très disponible, au début de mes vacances. Toutefois, il prend
du temps pour moi dès que nos parents sont au travail. Nous passons nos
journées au lit, nous avons tellement de temps à rattraper. Il me montre
également ses cours, ce qui confirme mon désir d’entrer à l’école d’infirmière. Je
passe d’agréables moments avec lui, chez lui, des moments qui prennent fin trop
tôt à mon goût.

Notre petite vie se poursuit ainsi après les vacances. Caleb vient me voir une à
deux fois durant les périodes où je suis à l’école, et moi, je le retrouve à Paris
pendant une semaine complète à chaque période de vacances : au Nouvel An,
que nous passons ensemble, rien que tous les deux dans un hôtel, alors que nous
avons dit à nos parents que nous serions à une fête avec des amis de Caleb, puis
en février où nous partons au ski dans les Alpes ; c’était la première fois, pour
moi, mais je m’en suis très bien sortie.

Notre relation se porte bien et je suis heureuse, même si je suis souvent


séparée de l’homme que j’aime. Cela me permet d’étudier plus sérieusement et
de me donner les moyens de réussir mes projets. Caleb en fait partie. Je veux
vraiment faire ma vie avec lui.

Le premier avril – non, ce n’est pas un poisson –, je passe l’écrit de mon


concours d’infirmière. Je l’ai très bien préparé et je m’en sors comme une pro !
Du moins, je le pense.

Je pars ensuite pour dix jours à Paris ; ce sont les vacances de Pâques.

En mai, c’est Caleb qui vient à Metz, pour fêter mon anniversaire avec mes
amis. J’ai organisé une petite fête en discothèque, avec Louise et sa nouvelle
conquête : Rodolphe. Nous passons une très bonne soirée, puis une nuit
magique, qui se solde par mon cadeau : une bague. Si je suis surprise, je tente de
le cacher. Caleb m’assure que ce n’est pas une demande en mariage – je n’ai que
dix-huit ans –, seulement une promesse d’amour.

Je me love dans ses bras une fois que le bijou est à mon annulaire. Il va falloir
expliquer ça à ma mère.

Elle ne la remarque pas tout de suite, mais plusieurs heures après mon retour
seulement. J’avais déjà réfléchi à ce que je lui dirais. Elle apprend donc que je
fréquente un garçon depuis plusieurs mois. Mais elle n’en saura pas plus, ni
même son prénom ; je n’ai pas envie de mentir en lui en donnant un au hasard.

Début juin, je passe l’oral de mon concours – ayant été reçue à l’écrit – et prie
de toutes mes forces pour le réussir. Je reste au téléphone pendant des heures
avec Caleb pour tout lui raconter. Il croit en moi et ça me réchauffe le cœur.
Pourtant, j’ai terriblement envie de le voir, il me manque. Toutefois,
maintenant, j’ai les épreuves du Bac à préparer. Après, je partirai un week-end à
Paris pour fêter l’anniversaire de mon amoureux.

Mais d’abord, je dois me concentrer sur mes révisions. Je les fais avec Louise,
même si elle a carrément raté son année et n’y met pas de bonne volonté, sachant
qu’elle va redoubler. Nous travaillons dur – moi nettement plus qu’elle – durant
les jours suivants.

Le temps passe vite et je suis déjà au week-end tant attendu. C’est papa qui
vient me chercher à la gare et me ramène à la maison. Cette année, pour l’été,
nous avons décidé que je passerai un mois chez eux, de mi-juillet à mi-août. Je
suis impatiente.

En attendant, ce soir, Caleb est censé faire une grande fête dans l’un des
bowlings de la capitale avant de finir la soirée en discothèque ; ça, c’est la
version officielle. En réalité, nous passerons la soirée rien que tous les deux.

J’embrasse Alice dès que je franchis la porte séparant le garage de la cuisine.


Je suis heureuse d’être dans cette maison, je m’y sens chez moi. Nous discutons
quelques minutes, je ne veux pas me montrer impolie en courant dans la
chambre de Caleb, ce que je ne tarde toutefois pas à faire. Je me jette dans ses
bras qui me serrent fermement contre lui.

– Bon anniversaire, murmuré-je.

Il a eu vingt ans, il y a deux jours.

Sa bouche fond sur la mienne. Nous nous embrassons rapidement, de peur


qu’on nous surprenne. Ça fera bientôt un an que je l’ai rencontré. Un an que j’ai
craqué sur lui. Un an qu’on sort ensemble.

Nous ne dînons pas avec nos parents, prétextant une sortie au fast-food avec
des amis. Nous passons une soirée magique au restaurant, avant de la terminer
dans une chambre d’hôtel avec du champagne et des fraises. Je porte fièrement
ma bague et offre un bracelet à mon amoureux. Un bracelet où se rejoignent
deux menottes, ce qui est assez symbolique : il m’appartient.

Notre soirée est des plus torrides. C’est très difficile de le quitter, le lendemain
matin, pour rentrer à la maison avant que les parents se réveillent. Hors de
question que je dorme seule, je l’attire dans mon lit pour finir notre nuit.

Nous filons le parfait amour, tout au long du week-end. Puis, je retourne chez
moi le dimanche soir.

Je passe mon Bac, dès le jeudi, passant par des moments de réflexion et
d’angoisse. Je pense avoir plutôt bien réussi, mais je ne peux m’empêcher de
douter. Si jamais je n’ai pas réussi, je ne pourrai pas entrer en école d’infirmière.
J’attends donc les résultats avec impatience. Caleb me conseille de ne pas me
faire de souci ; de toute façon ça ne sert plus à rien, les dés sont jetés.

Il a raison. Le travail paie, je le découvre début juillet, lorsque j’apprends que


j’ai obtenu mon Bac littéraire avec la mention Bien et qu’en plus je suis acceptée
à l’IFSI de Metz !

Mon amoureux est le premier au courant, je suis tellement heureuse que je lui
en fais part à la seconde où je l’apprends moi-même.

Ensuite, je l’annonce à ma mère, puis à mon père et Alice. Enfin, à mes amis.

Ma vie merveilleuse, où tout me souriait enfin, aurait pu – ou dû – continuer


longtemps. Mais les choses ne se passent pas toujours de la façon dont on
l’espère…
Chapitre 28
Comme prévu, je pars chez mon père le 15 juillet – un dimanche. Je prends le
train en début d’après-midi et c’est Alice qui me récupère à la gare, m’informant
que Mathieu est sur un dossier important.

Elle m’annonce qu’elle a prévu un bon dîner et une bouteille de champagne


pour fêter ma réussite et celle de Caleb. Il m’a dit qu’il passe en effet en
troisième année, je suis fière de lui. Il partagera son temps entre la fac et
l’hôpital, à présent, entre les cours théoriques et la pratique. Mon amoureux va
réellement commencer sa formation de futur chirurgien.

Alice tient vraiment à fêter toutes ces bonnes nouvelles.

Nous sommes seules à la maison, j’en profite donc pour m’installer


rapidement dans ma chambre et je rejoins ma belle-mère sur la terrasse. Nous
discutons de mon avenir. À la rentrée, je serai en école d’infirmière pour trois
ans et j’en suis très heureuse. J’ai enfin l’impression d’avoir trouvé ma voie.

Papa ne tarde pas à arriver, je le serre dans mes bras.

Je me sens à ma place, ici. C’est horrible à dire, mais je m’y sens bien mieux
que chez ma mère… parce qu’il y a Caleb.

Je ne vois le jeune homme qu’à l’heure de dîner, quand il rentre de la


bibliothèque.

– Salut ! Déjà arrivée ?

– On est le quinze ! Sors un peu le nez de tes bouquins !

Il rigole et me fait la bise devant nos parents. Je vais devoir attendre pour
notre baiser.

Alice a préparé un bœuf bourguignon, qui semble délicieux. Je fais honneur à


sa cuisine, je me régale. Elle devrait préparer elle-même le repas plus souvent,
elle est très douée.

Nous parlons du voyage que nous allons faire, tous ensemble. Samedi, nous
nous envolerons pour deux semaines à Santa Cruz, aux Canaries. J’ai tellement
hâte. D’autant plus que nous aurons moins d’heures d’avion que l’an passé pour
aller à Hawaï.

Je donne un coup de main à Alice pour desservir et apporter le dessert : une


tarte aux fraises, accompagnée d’une coupe de champagne chacun. Caleb et moi
ne buvons pas d’alcool, mais nous faisons une exception pour fêter nos réussites.
Ma vie prend enfin un tournant qui me plaît. Je sais ce que je veux et je vais tout
faire pour l’obtenir.

Nous passons tous un agréable moment, même si je songe beaucoup à mon


voisin de gauche que j’ai envie de serrer dans mes bras et d’embrasser à en
perdre haleine.

J’aide Alice à débarrasser la table, alors que Caleb se rend dans sa chambre.
Mon père nous prête main-forte.

Le couple s’installe devant un film et je gagne ma chambre. Je commence par


appeler ma mère, m’excusant de ne pas l’avoir prévenue plus tôt de mon arrivée.

Ensuite, je rejoins discrètement mon amoureux dans sa chambre. Et, enfin,


nous pouvons donner libre cours à notre amour, nous embrasser, nous caresser,
nous fondre l’un dans l’autre.

Rien ne peut me rendre plus heureuse.

***

Les jours suivants, nos parents travaillent. Caleb et moi, nous sommes donc
seuls à la maison, pour notre plus grand plaisir. Il étudie beaucoup, ses études de
médecine étant très importantes pour lui, et j’apprends de lui, également. Ainsi,
je serai fin prête pour mon entrée à l’IFSI.

Nous parlons également des vacances et de nos futures retrouvailles


clandestines. Papa et Alice ont carrément loué une suite dans un grand hôtel, aux
Canaries. Ce sera un peu plus compliqué pour nous retrouver. Mais nous y
arriverons, j’en suis certaine. Nous ferons des escapades en amoureux, de
longues promenades sur la plage, des baignades. Je m’y vois déjà.

Le mardi, Caleb et moi sommes sur la terrasse, sous un beau soleil, et je


l’interroge sur ses cours. Assis chacun sur une chaise longue, l’un en face de
l’autre, nous nous régalons de médecine. Nous avons choisi la même voie et j’en
suis plus qu’heureuse. Mon futur chirurgien de mari me rend déjà très fière. Bien
sûr, on n’a jamais parlé mariage, mais on y viendra, je le sais. Ce qui nous lie est
un sentiment pur contre lequel on ne peut pas lutter. Je l’aime plus que tout et
c’est réciproque. Sans compter que je porte sa bague : la promesse de notre
amour.

L’après-midi s’écoule trop rapidement, à notre goût. Sur les coups de seize
heures, nous décidons de faire une pause. Caleb va nous chercher des
rafraîchissements que nous avalons en moins d’une minute, puis nous nous
embrassons plusieurs fois avant de nous remettre au travail.

J’apprécie le moment complice que nous partageons. Je suis comblée avec lui.

– Tu es plutôt doué ! le complimenté-je.

– Je te l’ai dit : j’ai une bonne mémoire. Ça aide.

Je souris en posant le gros livre sur l’autre chaise longue et mes mains sur les
joues de mon amoureux.

– Tu as bien mérité une récompense.

– Une récompense ? m’interroge-t-il en posant ses mains sur mes hanches.


J’ai hâte de l’avoir.

Ce qui ne tarde pas : mes lèvres capturent les siennes et ma langue caresse la
sienne. Comme à chaque fois qu’on s’embrasse, le désir naît instantanément
dans mon bas-ventre. Je me colle au maximum contre lui, me plongeant corps et
âme dans ce baiser qui me transporte, me fait gémir de bien-être.

– Caleb ! Clémence ! crie soudain la voix choquée d’Alice.

Nous nous écartons aussitôt l’un de l’autre, surpris et un peu effrayés par
l’arrivée subite et surtout silencieuse des parents.
Ma belle-mère nous regarde comme si nous étions coupables d’une atrocité.
Nous ne faisons que nous aimer, après tout.

– Mathieu !

Alice fonce chercher son mari. Caleb et moi nous jetons un coup d’œil
inquiet ; toute la misère du monde semble s’être abattue sur nos épaules en une
fraction de seconde.

Il serre rapidement ma main dans la sienne avant de se lever.

– Viens. Il est temps de leur dire la vérité.

J’espère qu’ils seront prêts à l’entendre.

J’emboîte le pas de Caleb et nous retrouvons Mathieu et Alice dans la


cuisine ; Alice qui vient de raconter ce qu’elle a découvert à son mari. Il semble
très énervé.

– Vous vous embrassiez ?

Il nous fixe l’un après l’autre comme si nous avions commis un crime.

– J’espère que ça n’est pas allé au-delà ! aboie mon père.

Peut-être qu’il faudrait taire certaines choses, pensé-je alors.

– Nous sommes amoureux, leur explique Caleb.

– Amoureux ? Mais voyons, c’est ta sœur !

Mon père est hors de lui, il ne comprend pas et n’accepte surtout pas ce qui se
passe.

– Justement, non ! réplique Caleb. Elle n’est rien pour moi.

– C’est MA fille !

– Tu la considères comme telle, et je le respecte, mais tu n’es pas son père


biologique. Elle et moi n’avons aucun lien familial.
– C’est un inceste ! s’écrie Alice.

Et là, je sais que c’est perdu. Ils ne voudront jamais entendre raison. Ils ne
seront jamais d’accord avec notre façon de voir les choses.

– Depuis combien de temps ça dure ? demande mon père sans se départir de


sa colère.

– Presque un an, répond mon amoureux.

C’est le ciel qui vient de leur tomber sur la tête ; les parents sont hors d’eux.
Ils se regardent, espérant trouver une réponse dans les yeux de l’autre ; ils ne
voient pas comment ils vont pouvoir gérer cette situation qui les dépasse.

– Fais tes valises, Clémence ! Je te ramène à la gare, décide le paternel.

– Quoi ? Non ! Papa, écoute-nous…

– Ma décision est sans appel.

Caleb est furieux quand il prend la parole.

– Pourquoi tu ne veux pas comprendre ? Elle n’a aucun lien de sang avec
moi ! Je suis libre de l’aimer, si je le veux.

– Pas de cette façon, rétorque Alice, visiblement écœurée.

Mon père hurle contre son fils qui ne veut rien entendre et ce dernier crie de
plus belle pour défendre notre relation. Mais il comprend rapidement qu’il
n’aura pas le dessus, que la décision a été prise et qu’on n’a plus qu’à s’y plier.

Avant de dire des choses qu’il regrettera ensuite, il préfère quitter la maison
pour se calmer. Ma vie vient de s’écrouler, je n’ai plus d’autre choix que d’aller
faire mon sac.

Puis mon père me conduit à la gare, sans perdre un instant. Alice n’était pas
dans la cuisine, je n’ai pas pu lui dire au revoir ni même tenter de m’expliquer.

Durant le trajet, c’est un long silence lourd qui s’installe et qui me met mal à
l’aise. Je pleure en silence.
Manque de chance pour moi : un train part dans vingt minutes ! Mon père
prend un billet et me le tend une fois qu’il est composté. Aucun retour en arrière
possible.

– C’est ton frère, bon sang ! Tu n’avais pas le droit ! Vous n’aviez pas le
droit ! hurle-t-il sur le quai.

– On n’a pas grandi ensemble ! On n’est même pas du même sang. Comment
tu peux réagir ainsi ?

– Monte dans le train !

La discussion est close, alors je file dans le wagon sans un au revoir, mais en
lui lançant un regard dur et empli de reproches.

Mathieu attend que le train soit parti pour s’en aller ; sans doute craignait-il
que j’en sorte.

Je me laisse aller à mon chagrin et appelle Caleb. J’ai besoin d’être


réconfortée.

– Caleb, soufflé-je quand il décroche.

– Je suis désolé... Où es-tu ?

– Dans le train.

– Punaise ! Il t’a vraiment renvoyée chez toi !

Il est fâché contre ses parents, mais il tente de s’adoucir. Il me promet que la
situation va s’arranger, qu’ils ont seulement besoin de temps pour digérer la
nouvelle.

– On se reverra très vite et on partira ensemble à Santa Cruz.

Moi, je n’y crois pas.

– Je t’aime, murmuré-je, en pleurs.

– Moi aussi, bébé. Je vais trouver une solution. Je t’appelle vite.


Je ne suis pas certaine qu’il y en ait une. Tout est perdu, à mon avis.

J’envoie un message à ma mère pour la prévenir de mon retour, mais ne


prends aucun de ses appels. Elle veut sans doute des explications. Je n’ai pas la
force de lui parler. Ce sera déjà assez dur de tout lui raconter, une fois à notre
appartement.

J’essaie de faire le vide dans ma tête tout le long du trajet, mais mon esprit
revient sans cesse à l’instant où Caleb et moi nous sommes faits prendre. Les
parents étaient rentrés plus tôt que d’habitude.

***

Il est un peu plus de dix-neuf heures quand le train entre en gare de Metz. Je
tire le trolley jusqu’à chez moi : une dizaine de minutes à pied et je me prépare à
affronter ma mère.

Quand je passe la porte, je m’effondre dans ses bras. Elle ignore ce qui me
tourmente, mais fait de son mieux pour me calmer.

Une fois que mes larmes se sont taries, je renifle plusieurs fois et décide de lui
raconter ce qui se passe.

– Je t’ai dit que j’avais un copain...

– Vous avez rompu ?

– Non, maman. C’est Caleb.

Elle a la même réaction que ma belle-mère quand elle nous a vus nous
embrasser. Ses yeux exorbités lui sortent presque de la tête.

– Le fils de Mathieu ?

Je hoche la tête pour le confirmer.


– Mais c’est ton frère !

Encore le même discours. Je lui répète tout ce que Caleb a dit à son père pour
nous défendre, que nous n’avons aucun lien familial, que Mathieu n’est pas mon
père biologique. Toutefois, rien n’y fait. Elle crache le même mot qu’Alice :

– C’est de l’inceste !

– Et je sanglote de plus belle.

Elle ne me demande pas pourquoi je suis rentrée plus tôt, elle imagine bien
que Mathieu m’a mise à la porte, elle l’aurait fait aussi, si la situation avait été
inversée.

Je vais me réfugier dans ma chambre où je me laisse aller à mon chagrin. J’ai


l’impression d’avoir tout perdu. Je me sens vide.

Je devrais être avec Caleb, à cet instant, et, au lieu de ça, nous avons été
séparés de force. Mon cœur a volé en éclats. La douleur au fond de mon être est
indescriptible.

***

Caleb et moi gardons le contact, malgré toute cette furie autour de nous. Il
m’appelle tous les jours, toujours aussi furibond à cause de la situation et la
réaction de nos parents. Il n’a pas non plus apprécié celle de ma mère ; personne
n’est de notre côté.

Le vendredi, il m’annonce que ses parents ne sont toujours pas calmés. Lui
qui espérait pouvoir discuter avec eux et leur faire entendre raison a eu tort. Le
voyage aux Canaries se fera sans moi.

Je me réjouissais tellement de partir à nouveau avec eux. Je suis si triste.

– Je ne partirai pas, m’annonce Caleb. Je pense qu’il est préférable de les


laisser entre eux.
Je suis touchée et j’espère que tout se passera bien pour lui.

– Tu penses qu’on pourra se voir ?

– J’aimerais... Mais je ne veux pas aggraver les choses.

Il a raison, mais moi, j’ai besoin de lui et le lui dis. Il me promet d’y réfléchir.

Si nous réussissons à être discrets et si les parents ne savent rien, ça ne risque


pas d’empirer la situation ; mon amoureux est d’accord avec moi. Sauf que je
vais devoir attendre que ses parents partent pour qu’il puisse venir à Metz. Je ne
dirai rien à ma mère, ça pourrait très mal se passer.

J’ai l’impression que nous sommes des amants maudits.

Je suis encore plus mal, après son appel.

À force de me voir broyer du noir, ma mère me demande de sortir avec des


amis, de prendre l’air, de quitter la chambre. Heureusement, je ne suis plus en
communication avec mon amoureux.

Ma meilleure amie ne sait pas que je suis revenue. Je vais l’appeler ; peut-être
que ça me fera du bien de discuter avec elle. Je lui envoie un message pour
savoir ce qu’elle fait. Mon téléphone sonne quelques minutes plus tard, affichant
Louise.

– Salut, dis-je en décrochant.

– Hey, Clém ! Comment ça va ?

– Mal. On peut se voir ?

– Attends... T’es pas à Paris ?

– Non.

Elle veut tout savoir, mais je n’ai aucune envie de lui expliquer la situation par
téléphone, alors on convient de se retrouver au café à côté du parking en bas de
chez moi dans un quart d’heure. J’ai à peine le temps de me rendre présentable.
Depuis que je suis rentrée, je ne fais plus l’effort de me coiffer ni de me
maquiller. Je fais ainsi encore une fois l’impasse sur le maquillage. En revanche,
je me lave les cheveux et les attache dans un chignon, encore mouillés.

Puis je troque mon jogging contre une petite robe et je me rends au café.

Louise est déjà là ; je suis légèrement en retard.

– Ben alors ? Qu’est-ce qui se passe ?

Je dois avoir une tête à faire peur. Je pleure depuis plusieurs jours et je n’ai
même pas pris la peine de cacher mes yeux rouges.

– Les parents de Caleb nous ont surpris en train de nous embrasser.

Elle ouvre grand la bouche, mais aucun son n’en sort.

– On a essayé de s’expliquer, mais ils n’ont rien voulu entendre et mon père
m’a conduite immédiatement à la gare.

– Oh, merde ! Qu’est-ce que vous allez faire ?

Je hausse les épaules, perdue.

– J’ai tout raconté à ma mère et, pas de chance, elle pense comme eux.

– Oh, mais faut arrêter ! Vous n’êtes pas frère et sœur.

– Ils ne voient pas les choses de cette façon.

– Ben, ils ont tort !

Pour ce que ça change ! Je suis complètement perdue.

– Comment ça se passe, entre Caleb et toi ?

– Ça va. Il est énervé, il n’a aucun contrôle sur la situation. Ses parents partent
demain en vacances et il a décidé de ne pas les accompagner. Il essaiera de venir
à Metz une journée.
– C’est super !

Les choses auraient dû se passer autrement.

Je ne touche pas au diabolo qu’a commandé mon amie, je suis totalement


déprimée. J’ignore quoi faire, j’en ai juste ras le bol.

Pourquoi ne puis-je pas vivre une relation simple avec le garçon que j’aime ?
Notre avenir se brouille, je ne vois plus toutes les belles choses que j’imaginais
pour nous.

– Je n’en sais rien, lâché-je dans un soupir.

– Qu’est-ce qui se passe, Clém ?

– J’ai peur de le perdre...

Elle pose sa main sur la mienne en signe de réconfort.

– S’il t’aime vraiment, tu ne risques rien. Et ça, dit-elle en désignant ma


bague, ça prouve que c’est le cas.

Je souris. Elle a sans doute raison. Je me sens mieux en posant les yeux sur le
bijou que je porte à mon annulaire.

***

C’est une semaine plus tard que Caleb vient dans ma ville. Je l’accueille le
matin sur le quai de la gare et le serre dans mes bras de toutes mes forces. Les
larmes coulent sur mes joues mais ce sont des larmes de joie, aujourd’hui.

Pour cette occasion tant attendue, j’ai voulu être très jolie ; j’ai pris soin de me
maquiller et de me coiffer correctement, après avoir enfilé une jupe et le dos nu
blanc qu’il aime, celui qu’Alice m’a offert à Maui.

– Tu m’as manqué, susurré-je contre son cou.


– Toi aussi.

Il resserre l’étreinte, ne voulant apparemment pas que je m’échappe. Nos


bouches se trouvent rapidement et nous nous embrassons pour la première fois
depuis trop longtemps à mon goût.

C’est bras dessus bras dessous que nous sortons de la gare pour nous rendre au
plan d’eau où nous passerons la journée. Il fait beau et il y a du monde, mais
nous trouvons un coin tranquille pour nous installer. J’ai pris un sac avec moi,
ayant raconté à ma mère que je passerais la journée avec Louise.

J’en sors une couverture que j’étale pour que nous nous allongions dessus. Je
me blottis dans les bras de Caleb qui capture mes lèvres dans un nouveau baiser.
Parfois, je me dis qu’on aurait dû aller à l’hôtel...

Après nos retrouvailles, il nous faut discuter de ce que nous allons faire. Nous
nous asseyons face à face et mangeons les sandwichs que j’ai confectionnés avec
amour, tout en parlant du futur.

Pour le moment, tout est obstrué. Nous ne savons pas comment agir. Tout
réside dans l’espoir de Caleb que ses parents se soient calmés à leur retour.

– Et s’ils ne l’acceptent toujours pas ? l’interrogé-je timidement.

– Je ne sais pas.

Notre avenir sera compromis, sans aucun doute.

– Ils doivent comprendre. On ne fait rien de mal.

– Ce n’est pas moi qu’il faut convaincre.

Il me sourit tristement avant d’avaler une gorgée d’eau.

– Je n’arrête pas d’y penser, tu sais. C’est le pire scénario qui pourrait se
produire. Pourtant, je dois être prudent. Mes parents financent l’école de
médecine, je ne veux pas devoir me tirer de la maison et prendre un taf pourri
pour survivre. Ni abandonner mon rêve pour autant.

– Je ne le veux pas non plus, lui assuré-je en posant ma main sur la sienne.
– Mais on y viendra, s’ils ne l’acceptent pas. Je refuserai d’arrêter de te voir.
Ce n’est pas négociable.

Ses mots me rassurent, mais l’avenir qu’il me décrit pour lui me fait peur.

– Je ne veux pas que tu arrêtes la médecine.

– On va arrêter de parler de ça. De toute façon, on n’a aucun pouvoir sur leur
décision.

Il repousse la bouteille d’eau qui est entre nous et m’allonge pour s’installer à
moitié sur moi et m’embrasser.

Notre délicieux après-midi est ponctué de baisers, de câlins et de beaucoup de


tendresse. Je me sens tellement bien dans ses bras. Cet homme est fait pour moi ;
nous sommes faits l’un pour l’autre.
Chapitre 29
Aujourd’hui, les parents de Caleb rentrent des îles Canaries, voyage que
j’aurais adoré faire.

Aujourd’hui, il va discuter avec eux. Sérieusement.

Aujourd’hui, je saurai si lui et moi avons un avenir.

Je tourne dans ma chambre comme un lion en cage. Je sais que leur avion
atterrira à quinze heures. Je devrai encore attendre qu’ils rentrent et que Caleb
leur parle, avant de savoir à quoi m’attendre. Je n’en peux plus ! J’espère
sincèrement qu’ils auront pris de la distance avec cette histoire et auront compris
que nous ne faisons rien de mal. Ce sera trop dur, sinon...

Je n’ai pas parlé à mon père depuis qu’il m’a mise dans le train, je suis très
fâchée contre lui. Peut-être que j’aurais dû essayer de lui expliquer mon point de
vue. Néanmoins, je pense que ça n’aurait pas changé grand-chose. Il avait besoin
de le digérer.

Maintenant, il sera peut-être plus ouvert à la discussion. J’ai foi en Caleb, il


arrivera à faire entendre raison à ses parents.

N’en pouvant plus d’attendre, je décide de sortir. Je passe l’après-midi avec


Louise ; nous faisons les magasins, pour me permettre de ne songer à rien. C’est
peine perdue, mais le temps s’écoule plus vite.

Nous mangeons également une glace sur le chemin du retour. C’est à partir de
là que je ne cesse de fixer ma montre.

– Quelle heure ? m’interroge Louise.

– Dix-sept heures dix.

– Tu crois qu’il va bientôt appeler ?

– J’espère ! Sinon, je vais devenir dingue !

Louise éclate de rire et me demande de ne pas être aussi stressée. Sauf que
c’est plus facile à dire qu’à faire.

Je rentre chez moi après notre shopping, espérant que le téléphone sonne
enfin. Mais le temps file et je ne reçois aucune nouvelle. Je vérifie plusieurs fois
que j’ai bien du réseau et de la batterie.

Je ne comprends pas.

J’ai peur d’appeler Caleb et de mal tomber. Peut-être que le vol a été retardé et
qu’ils sont en pleine discussion depuis peu. Peut-être que ses parents ont besoin
de temps pour être convaincus.

Je prends mon mal en patience, me disant que je n’ai pas le choix, de toute
façon.

Louise m’envoie plusieurs messages pour avoir des nouvelles, je lui réponds
toujours la même chose.

Il n’a pas appelé.

Je désespère à l’heure du dîner ; je mange sans faim. Soit Caleb n’a pas pu
leur parler, soit ils ne veulent rien entendre. Je ronge mon frein, je n’en peux
plus. Ma patience est mise à rude épreuve.

Ma mère me parle de mon après-midi shopping, je n’ai rien à lui raconter


d’intéressant. Je vais m’isoler dans ma chambre, en espérant que ce fichu
téléphone sonne. Rien.

Le stresse me gagne. J’ai peur qu’il ne soit arrivé quelque chose de grave.

Je ne peux plus attendre, j’envoie un SMS à mon amoureux.

Caleb, pourquoi tu n’appelles pas ?


La réponse se fait attendre, renforçant mon inquiétude. Je suis à deux doigts
de téléphoner sur le portable de mon père, quand mon portable m’annonce un
message. Il vient de Caleb, je clique dessus, le ventre noué.

Je viens te voir demain. On doit parler. Arrivée à 12 h.

Je relis le message à plusieurs reprises. Ça sent mauvais. S’il veut qu’on en


discute de vive voix, c’est que les choses se sont mal passées. Je tire des
conclusions hâtives, j’en suis consciente, mais j’ignore quoi penser d’autre.

Je m’endors, les larmes aux yeux, la boule au ventre. Je passe la nuit la plus
abominable de ma courte existence. J’ai peur de tout perdre, moi qui avais enfin
trouvé ma voie.

***

J’attends l’arrivée de Caleb dans le hall de la gare, incapable de monter sur le


quai. Je suis pire qu’une bombe à retardement, je vais exploser d’une seconde à
l’autre. Je ne tiens pas en place, mon cerveau carbure à toute allure, essayant de
deviner ce qui va se passer.

Quand enfin j’aperçois Caleb s’approcher de moi, je retrouve un peu de


sérénité. Je me jette dans ses bras sans réfléchir ; il me serre contre lui. C’est
déjà bon signe. Peut-être que je me suis inquiétée pour rien et qu’il ne va pas
m’annoncer une catastrophe. Ses parents auraient pu changer d’avis et il aurait
très bien pu vouloir m’en informer en personne, même si, pour ça, il fallait
attendre.

Je respire son parfum, m’enivre de lui encore un moment, avant de reculer


pour le regarder. Il affiche un pâle sourire, mon inquiétude renaît.

– Il faut que tu me dises ce qui se passe.


Il acquiesce d’un hochement de tête et prend ma main. Nous sortons de la gare
pour nous installer sur les quelques marches de devant. Là, il me lâche et unit ses
deux mains.

– Caleb…

Il n’a pas l’air décidé à parler et, moi, je vais devenir dingue, si ça continue.

– J’ai essayé de leur parler... de leur expliquer notre point de vue. Mon père
n’en démord pas. Tu es sa fille au même titre que je suis son fils. Je peux
comprendre que ça le choque, mais j’espérais qu’il pourrait finir par voir les
choses de notre manière.

– Ce n’est pas le cas, alors ? lui demandé-je, dépitée.

– Non. Et ma mère pense comme lui.

Je suis assise à côté du garçon que j’aime. Pourtant, j’ai l’impression qu’il est
terriblement loin de moi, que je suis la seule à être touchée par la situation, à être
ravagée.

– Et toi, tu penses quoi ?

Au final, c’est tout ce qui compte. Ce que lui et moi pensons et décidons pour
la suite.

– Ma vision n’a pas changé.

Il passe son bras autour de mes épaules pour m’attirer contre lui. J’entoure son
corps de mes bras ; j’ai besoin de sentir qu’il est là, qu’il n’a pas renoncé, qu’il
m’aime toujours.

– Qu’allons-nous faire ?

– Ils veulent qu’on arrête tout.

Je ferme les yeux, accablée.

– C’est injuste… murmuré-je.


– Je sais. Seulement... on n’a pas vraiment le choix.

Je le lâche et me redresse pour planter mes yeux dans les siens.

– Je suis désolé, me dit-il. Tu sais ce que je ressens pour toi, mais c’est ma
carrière qui est en jeu. Je t’ai déjà dit que je ne voulais pas avoir à trouver un
travail pourri pour payer un loyer et les factures. Ce sont mes parents qui
financent mes études. Sans leur argent, je peux dire adieu à mon rêve.

– Alors tu vas me larguer… ?

J’aimerais me lever et filer loin de lui pour laisser éclater la fureur et le


chagrin que je ressens, mais mes jambes sont molles, elles ne me supportent pas.

– Je ne vois pas comment on peut faire autrement.

– On aurait pu se battre, proposé-je.

– Et que je risque de perdre le financement de mes études ?

Je soupire et tente de ravaler ma colère. C’est difficile pour lui aussi, je le


comprends bien. Néanmoins, je n’y parviens pas totalement et j’explose.

– Dois-je en déduire que tes études sont plus importantes que moi ?

Je me lève, car, à cet instant, mes jambes ne sont plus en coton.

– Parce que c’est à ça que notre histoire se résume finalement : moi ou tes
études de médecine ?

– C’est pas si simple, affirme-t-il en se levant à son tour.

– Je crois que si, au contraire. Je n’aurais jamais choisi mes études à ton
détriment, parce que je t’aime et que tu as la première place dans mon cœur et
dans ma vie.

– Clém...

Il essaie de me prendre dans ses bras, mais je le repousse, refusant qu’il me


touche.
– Pourquoi tu ne veux pas comprendre ? Tu crois que c’est facile, pour moi,
de venir ici et de devoir te dire que c’est terminé ?

Mon cœur vole en éclats à ces mots. Je suffoque, j’ai du mal à respirer tant j’ai
mal.

– Je t’aime et tu le sais, mais il n’y a pas que notre histoire qui est en jeu...

– Ta carrière, j’ai compris, aboyé-je, mauvaise.

Caleb me fusille du regard.

– Qu’est-ce qui se passera, si on continue ? Tu peux me le dire ?

Je garde le silence, certaine qu’il va me donner la réponse.

– Mes parents finiront par me couper les vivres, parce que j’ai désobéi ! Je me
retrouverai à la rue, obligé de prendre le premier travail que je trouverai pour
survivre. Et après ? Tu me rejoindras ? Tu prendras un job de serveuse ? On se
déchirera parce qu’on aura raté nos vies ? C’est ça que tu veux ?

– Bien sûr que non.

– Alors quoi ? Dis-moi si tu as une meilleure solution parce que je n’en ai


pas !

Il hurle, il est hors de lui.

– On pourrait se voir en cachette.

C’est l’idée la plus stupide que j’aie jamais eue, mais ça pourrait marcher,
puisqu’on le fait déjà.

– Je n’ai pas envie de mentir et me cacher pendant des années ! Hors de


question !

Je respire un grand coup en fermant les yeux, espérant me calmer. Rien ne le


fera changer d’avis, il a déjà pris sa décision. Il est comme Mathieu : buté.

– Je suis désolé, je voulais ne pas en arriver là...


Je ne réponds rien. J’ai dit tout ce que j’avais à dire, je ne vois pas quoi
ajouter d’autre.

C’est fini.

– Clém...

Il essaie encore de me prendre dans ses bras. Je n’ai pas la force de le


repousser, alors je le laisse faire. Une fois que je suis contre lui, ma colère
s’envole, laissant place à mon chagrin et je pleure toutes les larmes de mon corps
en serrant le tissu de son tee-shirt dans mes mains.

Nous restons de longues minutes ainsi. Je sais qu’il a mal, lui aussi ; je
l’entends renifler. Quelque part, ça me rassure, ça prouve qu’il tient sincèrement
à moi.

Puis, nous nous écartons progressivement et nous nous embrassons. Ce baiser


a un goût d’adieu.

– Je t’aime, Clém, ça ne changera pas.

Puisse-t-il dire vrai. Mais ça n’a plus d’importance, parce qu’il va partir et que
nous ne nous reverrons sans doute jamais.

– Je t’aime aussi, Caleb.

Il pose un dernier baiser humide sur mes lèvres et tourne les talons pour
retourner dans la gare. J’ignore s’il a un train dans les prochaines minutes. Plus
rien n’a d’importance. Je m’assois sur les marches, parce que je n’arrive plus à
rester debout. Je mets ma tête dans mes mains et laisse couler mes larmes.

Mon cœur est brisé ; jamais il ne se recollera. Les morceaux acérés se


rappelleront toujours à moi, à chaque fois que je songerai à Caleb et qu’ils se
planteront dans ma chair.

***
Les jours passent et se ressemblent, désormais. Moi, par contre, je ne
ressemble plus à rien, me laissant porter par la vie. Je passe la fin de mes
vacances dans ma chambre, à broyer du noir en écoutant des musiques tristes.
Ma mélancolie me colle à la peau.

La veille de la rentrée, n’y tenant plus, ma mère m’interroge à nouveau sur


mon chagrin. Depuis que Caleb m’a quittée, je ne lui ai rien dit, malgré son
inquiétude.

Alors, cette fois-ci, vu qu’elle me le demande, je décide de ne plus la laisser


dans l’ignorance et lui avoue que mon père – à qui je refuse de parler – et Alice
n’ont pas changé d’avis sur le couple que nous formions, Caleb et moi. Qu’ils
ont voulu que nous arrêtions de nous voir et que mon amoureux m’a quittée.

Elle est triste pour moi, mais je sais que la situation la réjouit ; elle aussi
trouvait notre relation malsaine. Pourtant, nous ne faisions que nous aimer.

Ma mère connaît à présent toute l’histoire. Je ne lui épargne pas non plus les
raisons de notre rupture. Quelque part, même s’il le nie, Caleb m’a fait passer
après ses études. Je lui en ai voulu longtemps, mais plus maintenant. Je sais qu’il
devait penser à lui avant tout, même si c’était dur.

Je sais aussi qu’il avait raison, quand il parlait de nous, vivant ensemble et
exerçant un métier qui ne nous plairait pas pour payer nos factures, s’il arrêtait
ses études. On finirait par se déchirer et se quitter. Notre vie ne serait qu’un beau
gâchis.

Je le pense tout de même, parce que, sans lui, je suis malheureuse comme les
pierres. Je n’ai envie de rien, à part pleurer, mais les larmes ne coulent plus de
les avoir trop laissées s’échapper.

– Tu dois te reprendre en main, chérie. Je doute que Caleb soit content de te


voir dans cet état.

– Je l’aime, maman.

Elle m’observe longuement avant de répliquer.

– Je sais.
Il a fallu toutes ces épreuves difficiles pour moi pour qu’elle se rende compte
que ce garçon n’était pas qu’une passade ? Que je l’ai sincèrement dans la peau ?
Et que je ne peux pas accepter qu’il me laisse ?

Mais son réconfort s’arrête ici, elle ne m’encouragera pas à aller vers lui. Par
contre, quand elle quitte ma chambre, j’appelle celui qui reste l’homme de ma
vie, ayant besoin d’entendre sa voix.

– Salut, Clém..., murmure la douce voix de Caleb.

– Je suis désolée de t’appeler et te déranger, mais j’avais besoin de t’entendre.


Tu me manques.

– Toi aussi. J’ai beaucoup de mal à me concentrer dans mon travail.

– J’intègre l’institut demain.

– Et tu vas cartonner !

– Pas dans cet état.

Je l’entends soupirer.

– Caleb, j’ai besoin que tu me fasses une promesse.

– Dis-moi ?

Est-ce que je le peux ? Est-ce qu’il va accepter ? Je me jette à l’eau.

– Promets-moi qu’on se retrouvera. Je refuse de faire ma vie sans toi, je veux


savoir qu’on a des projets.

– Je ne veux pas te mentir...

Je ferme les yeux. Il me fait terriblement mal.

– Pas même quand tu seras chirurgien ? tenté-je.

– Bébé, je ne peux pas te demander de m’attendre durant au moins sept à dix


ans. Tu ne te rends pas compte...
– Bien sûr que je vais t’attendre, Caleb. Je t’aime, je ne renoncerai pas à toi.

Il garde le silence, il est perdu, lui aussi.

– On peut se concentrer chacun sur nos études et nous retrouver ensuite.

– C’est un grand sacrifice, Clém.

– Tu ne veux pas, je comprends, dis-je avec tristesse.

– C’est déjà assez dur comme ça, je ne veux pas en rajouter. Si on doit se
retrouver, ça se fera sans qu’on se fasse de promesse.

Je sais qu’il a raison, mais ça ne me rend pas moins triste. Et puis, nos parents
ne seront pas d’accord pour qu’on se fréquente. Pas plus dans dix ans
qu’aujourd’hui. C’est ce qui me déprime le plus.

Il n’y a aucun espoir.

– Est-ce que... est-ce qu’on peut se parler, de temps en temps ? Se raconter nos
vies comme des amis ?

Il met du temps avant de me répondre.

– On peut essayer.

Alors nous commençons dès à présent en parlant de mes futurs cours à l’école
d’infirmière. Il enchaîne sur les siens qui reprennent bientôt et où il alternera
cours et formation à l’hôpital.

Quand nous raccrochons, je me sens mieux. Peut-être que, de cette façon, je


pourrai guérir et surmonter cette épreuve.

***

Ma nouvelle année d’études débute en septembre. J’apprécie le programme et


je me sens à ma place. Les profs sont sympas, les cours ne sont pas trop
compliqués et les étudiants sont gentils, pour la plupart. Je me lie rapidement
avec certains d’entre eux.

Tout va bien ; les premiers mois, Caleb et moi échangeons beaucoup, même si
nous ne sommes plus en couple. J’ai de bons résultats, je me reprends en main et
j’ai même un début de vie sociale avec mes nouvelles amies.

Mais ensuite, il me dit que ça le fait trop souffrir et qu’il préfère espacer nos
appels. Au lieu d’une fois par semaine, on passe à une fois par mois. Ça me brise
le cœur. Cependant, je n’ai pas le choix, je sais qu’il a raison. Alors, je m’adapte.
Sauf que ça ne va plus. Je n’arrive plus à supporter l’éloignement. Je glisse
doucement vers la dépression, je suis souvent seule, délaisse mes amies, je ne
sors plus, je mange moins. Il paraît que j’ai maigri. Je refuse même les sorties
avec Louise que je vois de moins en moins, prétextant une trop grande charge de
travail.

Ma mère s’inquiète, mais ne peut rien faire. Je lui affirme que ce n’est qu’une
mauvaise passe ; j’ignore si elle y croit.

Pour moi, en tout cas, plus rien ne va. Mes notes sont en chute libre, je ne fais
pas mes devoirs et manque souvent les cours.

Je n’ai plus goût à rien, je déprime et dépéris.


Chapitre 30
Ça fait trois mois, maintenant, que Caleb ne m’a pas appelée. Je respecte son
silence, même s’il me fait mal. J’avais rythmé ma vie avec ses coups de fil,
même trop espacés. Maintenant, plus rien ne m’aide à garder la tête hors de
l’eau.

Le printemps a déjà pointé le bout de son nez et l’arrivée du soleil ne parvient


pas à me consoler.

Quand j’en parle à Louise – au détour d’une rue où je la croise –, elle me


conseille de contacter mon ex. Après tout, pourquoi ne pourrais-je pas
l’appeler ? Je décide de le faire dès que je passe la porte de chez moi.

Comme à mon habitude, je balance mon sac sur mon lit et ne fais rien. Je
trouvais le programme génial en début d’année, je cartonnais même. Et puis,
Caleb a voulu mettre de la distance entre nous – plus qu’il n’y en avait déjà –, et
tout a dégénéré.

Je clique sur son prénom dans ma liste de contacts, le cœur serré, espérant ne
pas le déranger. Au pire, je laisserai un message sur son répondeur et je
retenterai plus tard. Mais aucune sonnerie ne retentit. Immédiatement une voix
enregistrée et féminine m’annonce que le numéro n’est plus attribué.

Le choc !

Terrible choc !

Je laisse tomber mon téléphone, en pleurs. Pourquoi a-t-il changé de numéro ?


Je n’ai plus aucun moyen de le joindre, à présent… Mon monde s’écroule. J’ai
l’impression qu’on enfonce une lame dans ma poitrine. Je suffoque.

Caleb… Ne me laisse pas !

La crise passée, peut-être une heure après, je décide de contacter Mathieu. Il


saura me dire ce qu’il en est. D’ailleurs, il serait temps que nous ayons une
discussion, tous les deux.

Je suis fébrile quand les sonneries retentissent. Anxieuse également.


Mon père décroche enfin et prononce mon prénom avec stupeur. Sans doute
pensait-il ne jamais plus avoir de mes nouvelles. Ou le voulait-il ?

– Bonjour, papa.

– Clémence, redit-il. Je suis content de t’entendre.

Vraiment ? Me serais-je fait des idées à son sujet en pensant qu’il voulait me
rayer de sa vie ?

– Je croyais que tu ne voudrais plus jamais me parler.

– Bien sûr que non. Tu es ma fille.

Ça va être difficile de lui demander des nouvelles de Caleb. Je me demande


même s’il va m’en donner.

– Pourquoi tu as réagi comme ça ? Caleb représentait tout pour moi.

– Je suis désolé, mais c’est mon fils et tu es ma fille. Comment aurais-je pu


tolérer cette relation incestueuse ?

Visiblement, il n’a pas changé d’avis à ce sujet.

– Est-ce que tu veux venir le week-end prochain ? On pourrait discuter.

– Et Caleb ?

J’imagine que ça n’enchantera pas les parents de nous voir ensemble.

– Caleb est parti.

Je suis abasourdie par la nouvelle.

– Comment ça, parti ?

A-t-il pris un appartement et un travail pourri pour subvenir à ses besoins ? Je


suis en colère en songeant que le scénario qu’il redoutait tant s’est produit et
qu’il ne m’a même pas rappelée. Pire, il a changé de numéro pour me sortir
définitivement de sa vie.
– Il a choisi de poursuivre ses études à Seattle.

Ai-je bien entendu ? On est loin de ce que je m’imaginais. Je ne comprends


pas ce changement radical de vie.

– En Amérique ?

– Oui.

Je ne parviens pas à décrire la douleur que je ressens. Caleb m’a tout


simplement abandonnée. Il a fait une croix sur nous. Peut-être aurais-je dû en
faire autant.

– Pourquoi ? osé-je demander.

Mon père ne répond pas tout de suite, pesant sans doute le pour et le contre de
sa ou ses révélations.

– C’était devenu trop difficile pour lui, ici. Il savait que tu étais à moins d’une
heure et demie de TGV. Il aurait fini par craquer. Le mieux était qu’il prenne de
la distance.

– Parce qu’il m’aime. Que nous nous aimons ! Et qu’Alice et toi, vous avez
tout détruit.

– Tu peux le voir ainsi, Clémence. Mais nous avons, avant tout, voulu vous
préserver d’une amourette qui prenait trop d’ampleur dans un cadre interdit.

Je ne verrai jamais les choses comme lui. Alice et mon père sont responsables
de mon malheur.

La vie me souriait, tout aurait pu durer. Au lieu de ça, ils ont tout brisé.

– Adieu, papa.

– Clémen…

Je ne l’écoute déjà plus et coupe la communication.

Finalement, lui parler et envisager de le revoir était une très mauvaise idée. Je
n’irai donc pas à Paris.

***

Ne supportant plus de savoir Caleb à l’autre bout du monde, je décide d’agir.


Je veux le retrouver, je dois lui parler. Je refuse que notre histoire se termine de
cette façon. Peut-être qu’une nouvelle chance s’offrira à nous ?

Je raconte mes malheurs à ma meilleure amie qui me suggère d’aller à Seattle


et de faire tous les hôpitaux pour trouver le futur médecin afin d’avoir une
discussion avec lui.

J’avoue que l’idée fait son chemin dans mon esprit, mais jamais je ne pourrai
me payer même un aller simple pour cette ville. En plus, je devrais obtenir un
visa pour séjourner en Amérique. C’est sans doute impossible, je ne saurai pas
comment faire. Je suis découragée rien qu’en y songeant.

– Il me faudrait beaucoup d’argent…

Je sens un bras sur mon épaule. Rodolphe nous rejoint et, sans gêne, se mêle à
notre conversation.

– Qui a besoin d’argent ?

– Moi, lancé-je sans réfléchir.

– Si c’est sérieux, j’ai un plan pour toi.

Là, il a toute mon attention. Pour autant, je n’ai droit à aucune précision, il me
demande juste de le retrouver devant les Galeries Lafayette, samedi soir à vingt-
deux heures. J’accepte et le petit ami de Louise retourne à ses occupations.

– De quoi il parle ?

Elle l’ignore et hausse les épaules pour me le faire comprendre.


Peu importe, je serai au rendez-vous. Ma meilleure amie décide qu’elle
m’accompagnera.

Pour sortir, ce soir-là, je parle d’un ciné entre amies à ma mère et le tour est
joué. Nous prenons d’abord un verre au café, avant de nous rendre devant les
Galeries, pile à l’heure. Rodolphe nous attendait, il n’est pas seul. Il embrasse sa
petite amie, puis fait signe à son ami d’approcher.

– Clém, voici Cédric. Cédric, c’est la nana dont je t’ai parlé. Clém.

– Salut, bredouillé-je timidement, n’ayant jamais rencontré ce garçon.

Le jeune homme est vêtu de noir, il porte une casquette ; son air n’est en rien
amical. Je me demande soudain dans quel guêpier je me suis fourrée.

– C’est sérieux ? Tu ferais n’importe quoi pour du fric ?

Euh… Où veut-il en venir exactement ? Est-il un mac qui cherche une


prostituée de plus à mettre sur le trottoir ? Serais-je capable de le faire pour
retrouver Caleb ? C’est maintenant que je dois me poser les bonnes questions et
savoir ce que je désire réellement.

– C’est sérieux, je cherche de l’argent et je ferai tout ce qu’il faut pour


l’obtenir.

Il faut croire que rien ne m’arrêtera, sur ce coup-là.

Cédric me tend un sachet de pilules. Je ne comprends pas tout de suite, du


moins pas avant qu’il ne m’explique ce qu’il attend de moi : du trafic de drogue !
Je vais devenir dealeuse !

Je ne suis pas certaine que ce sera moins difficile… que me prostituer, mais
j’accepte. Je me ferai bien plus d’argent de cette façon qu’en me trouvant un job
d’été. Et plus vite, surtout.

Le jeune homme me parle des règles à respecter, de la somme que je gagnerai


et surtout des consignes à suivre pour ne pas me faire choper. Il ne manquerait
plus que je me fasse arrêter ! Je pourrais dire adieu à mon projet et ne reverrais
jamais l’homme que j’aime.
J’acquiesce à tout et voilà comment je me lance dans ce business qui me
rapportera gros.

Quand nous sommes à nouveau seules, Louise s’assure que c’est vraiment ce
que je veux, elle s’inquiète pour moi. Mais, au final, ai-je le choix ?

– Je veux retrouver Caleb. J’ai besoin d’argent pour aller à Seattle. Fin de
l’histoire.

Elle le sait et décide de me soutenir du mieux qu’elle peut dans ma nouvelle


aventure.

Pour ma première soirée en tant que trafiquante illicite, je suis mal à l’aise.
Louise m’accompagne durant plusieurs heures, pendant lesquelles nous
arpentons les sorties des discothèques, cinémas ou cafés, dans l’espoir de vendre
de la drogue. J’ai mis une tenue très provocatrice – une jupe en cuir noir avec un
bustier – pour attirer au maximum l’attention de mes clients potentiels.

Le lendemain, ayant besoin de réponse, je regarde sur internet le prix d’un


aller simple pour Seattle. Je dois compter mille euros, en moyenne, pour un peu
plus de douze heures de vol avec une escale. Je poursuis mes recherches sur la
validité de mon passeport, puisqu’il me sera indispensable pour partir.
Visiblement, puisque j’ai un passeport qui a été fait alors que j’étais mineure, il
serait bon que je le change, maintenant que je suis majeure. Je compte me rendre
à la préfecture dès que possible pour cette formalité – dès que j’aurai l’argent
nécessaire pour le payer, en fait.

Dernier point de mon voyage : le visa. Mes recherches m’amènent à


comprendre que j’ai besoin d’un visa touristique. Pour l’obtenir, mon billet doit
être un aller-retour – la poisse !

Je dois également faire une demande ESTA, un formulaire de demande


d’autorisation de séjour. Ce n’est pas bien compliqué, je remplis le document en
ligne et l’envoie ensuite. Il n’y a plus qu’à attendre l’autorisation qui sera valable
deux ans.

Durant les semaines suivantes, je fais mon possible pour gagner un maximum
d’argent. Je dois réunir au moins deux mille euros. En même temps, je fais ma
demande de passeport en tant que personne majeure.
J’ai complètement délaissé mes études d’infirmière ; sans Caleb, mon objectif
ne m’intéresse plus, de toute façon. Ma mère crie souvent en voyant mes
résultats, alors je finis par lui répondre que je me fous de l’IFSI. Elle a bien
remarqué que j’ai changé, même si elle n’en comprend pas la raison, pensant
sans doute que je suis passée à autre chose, que j’ai oublié mon ex-copain, ce qui
est absolument faux.

L’ambiance chez nous n’est donc pas au beau fixe ! Elle me reproche d’avoir
gâché son argent ; je l’écoute sans l’entendre, j’en ai marre de cette vie.

Je pense souvent que si je n’avais plus la possibilité de voir Caleb, je


trouverais refuge dans la mort. Heureusement, pour l’instant, il reste encore de
l’espoir.

Lorsque j’ai enfin assez d’argent pour me payer un aller-retour pour Seattle,
j’en parle à Louise. Elle est triste, je le vois bien. Moi, par contre, je suis
surexcitée de savoir que je pourrai partir bientôt.

– Tu devrais essayer d’en avoir un peu plus. Comment tu vas vivre, là-bas ?
Tu ne trouveras peut-être pas Caleb le premier jour. Il faudra que tu ailles à
l’hôtel.

Elle a raison, elle est bien plus sensée que moi. Heureusement que je l’ai. Elle
me manquera, quand j’aurai quitté le pays.

J’accepte donc de rester encore un peu.

Je supporte ma mère, qui râle parce que j’ai raté ma première année à
l’institut ; mais je m’en moque. Ce n’est pas une surprise. Elle ne sait pas quoi
faire de moi à la prochaine rentrée et j’avoue que c’est le cadet de mes soucis,
puisque je ne serai pas là en septembre. Mais, ça, bien évidemment, elle ne le
sait pas.

Elle voudrait m’obliger à m’inscrire à la fac de Metz, me laissant toutefois le


choix de la spécialité. Au hasard, je choisis l’économie. Mais, je m’en moque, je
n’irai jamais, c’est seulement pour faire taire ma mère, la calmer un peu. Ce qui
fonctionne.

Je récupère très vite mon passeport, vraiment heureuse avec ce papier en


main, d’autant que j’ai également obtenu le rendez-vous en vue de l’obtention de
mon visa touristique. Il ne me reste plus qu’à attendre.

Pendant ce temps, j’amasse encore beaucoup d’argent ; j’en aurai bientôt plus
qu’il ne m’en faudra.

Je m’ouvre un compte dans une banque où n’est pas ma mère et dépose tout le
liquide que j’ai sur moi. Mes économies depuis mon enfance, dis-je au
conseiller.

Ma carte bancaire arrive dans la boîte aux lettres quelques jours plus tard ; une
carte internationale, que je peux utiliser dans le monde entier.

***

Mon visa touristique américain enfin en poche, mi-août, je planifie mon


départ et réserve mes billets en ligne. Je choisis fin août, lorsque ma mère
retournera travailler, ce qui me laissera une journée de répit pour filer à
l’aéroport de Paris avant qu’elle ne me cherche.

La veille de mon escapade, j’en informe Louise et lui dis au revoir. Je vais
également voir Cédric pour lui rendre la drogue qu’il me reste et récupérer mes
derniers billets.

Ça fait plusieurs mois que je galère pour amasser de l’argent et régler les
formalités. Maintenant, c’est bon, je peux partir en paix.

Je prends le temps de faire ma valise et d’écrire une lettre à maman dans


laquelle je lui explique simplement que je vais rejoindre Caleb ; elle n’a pas
besoin de savoir où il se trouve.

Le lendemain matin, après son départ pour le collège où elle travaille, je file à
mon tour et prends le TGV jusqu’à Paris. Je suis très heureuse de retourner dans
cette ville où j’ai trouvé l’amour, mais le voyage est encore long. Je me rends à
l’aéroport Charles-de-Gaulle en métro et, comme ce n’est pas ma première
venue ici, je sais à peu près où aller et comment faire.
Deux heures plus tard, je m’envole pour Seattle.

J’arrive à destination à 17 h 45, heure locale. Je dois passer plusieurs postes de


contrôle avant de me retrouver dans la ville qui me tend les bras.

Et maintenant, c’est parti, je me mets à la recherche de Caleb. Je sors la liste


de tous les hôpitaux de la ville, liste que j’ai préparée avec l’aide de Louise,
durant mes vacances – il y en a onze.

Tout d’abord, le Highline Medical Center, le plus près de l’aéroport où je me


trouve ; c’est là que je me dirige en premier, grâce au plan de la ville que j’ai
imprimé.

Je passe devant plusieurs hôtels. J’ai bien envie de prendre une chambre pour
me reposer. Mais je ne dois pas dévier de mon objectif. Il y a trois hôpitaux dans
le secteur et je veux leur rendre visite avant ce soir.

Je me présente dans le hall d’accueil du premier, je donne le nom de mon ami


à l’hôtesse, qui fait aussitôt des recherches dans son ordinateur.

– Je ne trouve personne de ce nom, me répond-elle en anglais. Savez-vous


dans quel service est hospitalisé le patient ?

Je lui explique tant bien que mal que c’est un étudiant en médecine, que je
suis sa sœur et que je sais qu’il est ici. Je me retrouve dans le bureau du directeur
de l’internat qui épluche la liste de ses étudiants, mais Caleb Serbat n’y figure
pas.

Je me rends à l’hôpital suivant en taxi et demande à voir mon ami, racontant la


même histoire. C’est encore un échec. Dans le troisième, le résultat est identique.
Je commence à déprimer, mais il m’en reste encore huit à visiter.

Je retiens une chambre d’hôtel dans la zone des cliniques suivantes et passe
ma première nuit sur le sol américain. J’ai du mal à m’endormir, alors je pense à
ma mère qui a dû trouver la lettre depuis bien longtemps, maintenant. Elle a sans
doute essayé de m’appeler, mais je n’ai pas de forfait pour ce pays, alors j’ai tout
simplement éteint mon téléphone.
***

Mes recherches reprennent le jour suivant. Après avoir avalé un petit-déjeuner


typiquement américain, je me remets en route.

Si je suis motivée, au début de ma journée, je ne le suis rapidement plus,


quand, au milieu de l’après-midi, après avoir rayé cinq hôpitaux de plus, je n’ai
toujours pas retrouvé Caleb.

Plus que trois… Et si j’avais raté quelque chose ? S’il n’était pas ici et que
Mathieu m’avait menti ?

Le doute m’assaille, je ne sais plus quoi penser. Je me sens emprisonnée dans


cette grande ville qui n’est pas la mienne.

Caleb, où es-tu ?

Je passe une nouvelle nuit, seule, dans l’état de Washington, en proie aux
doutes et à l’incertitude.

Je dors très mal et, le lendemain, je pars faire le tour des trois autres hôpitaux.
C’est au Northwest Hospital que je me rends en avant-dernier ; le dernier sur ma
liste étant un hôpital psychiatrique, je vois mal mon amoureux là-bas.

Quand j’entre dans le hall d’accueil, je me dirige vers la secrétaire et lui donne
le nom de la personne que je cherche. Je ne finis pas chez le directeur de
l’internat, parce que la demoiselle sait de qui je parle. Aurais-je enfin trouvé ?
Mon cœur tambourine dans ma poitrine tant l’espoir renait en moi.

Elle prend son téléphone et passe le message auprès du chirurgien cardiaque


de l’établissement.

Quelques minutes plus tard, je vois un mec très séduisant dans sa tenue bleue
de médecin, surmontée d’une longue blouse blanche, un calot sur la tête,
s’approcher de la secrétaire, une tablette numérique à la main. Puis, il me voit et
semble surpris. Il pose la tablette sur le comptoir et avance timidement vers moi.
J’ai l’impression que la scène se déroule au ralenti, comme dans les films, et
qu’il met une heure à me rejoindre.
Là, je me jette dans ses bras ; il me serre contre lui. Mon inquiétude des
derniers jours et mes déboires des derniers mois disparaissent. La sérénité me
gagne et j’espère qu’elle ne me quittera plus, je crois que je ne le supportais pas.

Lorsque nous nous écartons l’un de l’autre, Caleb m’observe, comme s’il ne
croyait pas vraiment à ma présence, là, en face de lui.

– Tu n’es pas gay, alors, finalement ? lance la secrétaire en anglais à mon


amoureux qui sourit.

– Pourquoi tu dis ça ?

– Parce que tu refuses les avances de toutes les filles, ici. On pensait que tu
préférais les hommes !

Je souris à mon tour, très contente d’apprendre qu’il est toujours célibataire. Je
n’y avais pas pensé, avant de venir, mais il aurait très bien pu avoir refait sa vie
avec une étudiante en médecine, comme lui.

– C’est parce que j’ai une fille dans mon cœur, dit-il en me prenant par le cou.

Mon cœur se gonfle de joie quand je me blottis contre lui. Je suis enfin
entière. Enfin moi.

Caleb s’éloigne du comptoir en m’attirant dans son sillage, sans doute pour
que la secrétaire ne nous entende pas. Il me parle en français.

– Je vais te donner mes clés. Tu iras chez moi et je t’y rejoindrai ce soir.
J’arrive pas à croire que t’es là !

Il pose ses mains sur mes joues pour s’assurer que je suis bien devant lui, qu’il
ne rêve pas.

– Tu me manquais trop.

– On a plein de choses à se dire, mais je dois reprendre le travail. On se voit


plus tard, OK ?

J’acquiesce d’un hochement de tête.


Il me prend la main et nous retournons auprès de la secrétaire. Caleb converse
en anglais avec elle, mais je comprends. Heureusement que j’étais assidue en
cours de langue vivante, en terminale.

– Tu peux demander à Clay de lui donner mes clés dans mon casier ?

– Bien sûr.

Elle s’empare du téléphone, alors que mon amoureux prend une feuille et un
crayon pour me noter son adresse, le code d’entrée de l’établissement, et me
faire un plan pour que je m’y retrouve. Il habite à cinq minutes de l’hôpital,
heureusement.

– J’apporterai des hamburgers pour le dîner, me dit-il. En attendant, tu fais


comme chez toi.

Je passe mes bras autour de son cou et me mets sur la pointe des pieds,
désirant qu’il m’embrasse. Il m’a trop manqué. Nos yeux s’accrochent, plus rien
autour de nous n’existe.

Nous sommes dans une bulle, tous les deux, comme si personne ne nous avait
séparés. Comme si nous ne venions pas de nous retrouver après tant de mois
éloignés, mais que nous ne nous étions jamais quittés.

Caleb pose ses lèvres sur les miennes un court instant, sans approfondir le
baiser.

– Les amoureux ! J’ai les clefs.

Le secrétaire nous interrompt. Caleb me libère, prend le sésame et me le tend,


m’expliquant la fonction de chacune des clés.

– À ce soir, lui dis-je, tellement heureuse.

– J’ai hâte, souffle-t-il avant de repartir au travail.

Je le regarde s’éloigner jusqu’à disparaître au détour d’un couloir. Je souris à


la secrétaire qui me fixe et je quitte l’hôpital. Je retourne à l’hôtel prendre mes
affaires et je vais chez Caleb en taxi.
Je me sens plus légère. Plus heureuse.

Simplement moi.
Chapitre 31
C’est en milieu d’après-midi que j’arrive chez Caleb. Je me sers des clés qu’il
m’a données pour entrer et découvre un joli appartement au second étage d’un
immeuble. La rue semble calme ; elle est étroite et il y a peu de circulation. Des
restaurants et magasins sont alignés de chaque côté.

Quand on entre dans l’appartement, on voit la cuisine directement sur la


droite, avec un bar et des tabourets. Dans la même pièce, juste derrière le
comptoir, un salon avec un grand canapé gris, une table basse, un téléviseur plat
fixé au mur, un meuble d’angle qui termine juste avant une porte-fenêtre
dissimulée derrière un rideau clair, qui, apparemment, donne sur un balcon.
L’espace n’est pas très grand, mais ça suffit pour prendre l’air.

Face à la cuisine, une porte mène à la salle de bains, petite et fonctionnelle.


Elle comporte beaucoup de rangements, une douche, une vasque et une machine
à laver qui fait sèche-linge également. Les toilettes sont séparées et se trouvent
entre la salle d’eau et une dernière pièce que je devine être la chambre.

Je ne résiste pas et ouvre la porte. Un grand lit trône à ma droite, avec une
table de chevet de chaque côté, et un long placard occupe toute la longueur du
mur d’en face. Je jette un œil dans l’armoire et respire l’odeur des vêtements de
celui que j’aime. Je l’ai enfin retrouvé.

Je ne touche pas à ma valise et la laisse près de la porte de la salle de bains. Je


retire ma veste en jean et la pose sur le dossier du canapé, avant de m’y allonger
pour me reposer un moment. J’ai très mal dormi, cette nuit, j’ai besoin d’un peu
de repos.

Finalement, je m’endors.

Je suis réveillée par des caresses sur mon bras. J’ouvre les yeux pour me
retrouver face à Caleb. Douce vision.

– On se réveille, la marmotte. Le dîner est là.

Mon hôte se rend à la cuisine, alors que je me redresse pour m’asseoir sur le
canapé. Un sachet est posé sur la table basse. Caleb apporte deux verres et une
bouteille d’eau, s’excusant parce qu’il n’a rien d’autre à boire.
Nous mangeons un hamburger et des frites en discutant du travail du jeune
homme. Il m’apprend qu’il est payé, mais pas assez pour vivre. Ses parents
prennent en charge la location de l’appartement et lui versent un surplus pour ses
besoins vitaux.

– Tu vois, la situation n’a pas changé, je dépends toujours d’eux, conclut-il.

– Pourquoi tu es venu si loin ?

– Comment tu l’as appris ?

– Tu n’appelais plus, alors, un jour, j’ai essayé de te joindre et j’ai appris que
tu avais changé de numéro. C’est là que je me suis décidée à appeler Mathieu,
qui m’a dit que tu étais à Seattle.

Je lui raconte plus en détail notre discussion, il comprend que je ne compte


pas reparler à mon père – du moins, pas de sitôt.

– Il a raison. C’était trop dur pour moi de savoir qu’on n’était pas loin l’un de
l’autre, que je n’avais qu’à prendre le train pour te serrer dans mes bras. J’ai
expliqué ça à mes parents et mon désir de partir pour t’oublier. Ils m’ont
soutenu.

Forcément, puisqu’ils ne voulaient pas nous voir ensemble…

– Tu as pu continuer tes études, c’est bien, soufflé-je tristement.

– Ça a été compliqué, en réalité. Je n’avais pas les années de fac requises pour
accéder au programme, mais mes parents connaissent le directeur, puisqu’ils
travaillent pour lui, de temps en temps. Ils font partie du cabinet d’avocats
internationaux de la clinique.

Je hoche la tête, comprenant où il veut en venir.

– On peut dire que j’ai été pistonné. Mais je travaille dur pour y arriver et je
m’en sors plutôt bien. Et toi ? C’est bientôt la rentrée, non ?

– J’ai raté mon année, lui avoué-je. Je n’arrivais pas à supporter notre
séparation. Ta distance.
Il prend ma main dans la sienne en guise de soutien.

– Je suis désolé. Tu vas la refaire, je suppose ?

– Non. Je me suis inscrite en fac d’éco pour faire taire ma mère, mais je ne
compte pas y aller, non plus.

– Qu’est-ce que tu vas faire ?

– Je n’en sais rien. Tout ce que je voulais, c’était te retrouver. Je n’ai pas pensé
au reste.

– Ce n’est pas sérieux, tout ça ! me taquine-t-il.

– Je sais… Mais ça en valait la peine, dis-je en me blottissant dans ses bras.

Il me sourit tendrement.

– Qui a payé ton séjour ici ?

– Moi.

Il fronce les sourcils, s’imaginant sans doute que c’était ma mère. Alors je lui
raconte tout ce que j’ai fait pour pouvoir venir. Il pâlit au fur et à mesure de mon
récit et je réalise le risque que j’ai pris en acceptant de travailler pour Cédric
pendant plusieurs mois.

– C’est de l’inconscience, Clém ! me sermonne-t-il.

Je décide d’être la plus honnête possible avec lui.

– Caleb…

Je serre sa main dans la mienne.

– Il faut que tu comprennes que j’étais vraiment mal. Je voulais te retrouver, à


tout prix. C’était ça ou… la mort.

Ses yeux s’écarquillent à mon aveu.


– Clém… souffle-t-il en lâchant ma main pour me serrer dans ses bras. Moi, je
me suis plongé corps et âme dans mes études pour survivre, et je pensais que tu
faisais pareil.

Je recule un peu, les larmes aux yeux. Son regard se plante dans le mien et sa
bouche fond sur la mienne pour me donner un vrai baiser. Un baiser exprimant
tout son amour, mais aussi son désespoir, son inquiétude pour moi. Il ignorait
que j’allais aussi mal, pensant que je m’en sortais sans lui, comme lui s’évertuait
à le faire sans moi.

Ses mains s’aventurent sur mon corps, s’approprient mes seins, sans que sa
bouche ne quitte la mienne. Nous commençons quelques préliminaires sur le
canapé, avant d’aller dans la chambre.

Nous sommes nus quand nous arrivons sur le lit de Caleb. Des lèvres
parcourent mon corps, jusqu’à rejoindre mon point sensible ; il sait exactement
comment me faire jouir. Je me sens pleinement moi lorsqu’il me remplit
complètement, lorsqu’enfin nous ne faisons qu’un, après une année de
séparation.

Je porte toujours sa bague, jamais je ne l’ai retirée, et je suis heureuse de voir


qu’il met également le bracelet que je lui ai offert.

Mon amant me possède entièrement, me faisant atteindre l’extase sans tarder.


Notre nuit est torride, nous nous retrouvons intimement plusieurs fois, remettant
la suite de notre discussion à plus tard.

***

Quand j’ouvre les yeux le lendemain matin, je suis seule dans le lit moelleux.
Je cherche Caleb du regard, mais il n’est pas dans la pièce. Je me lève et attrape
une chemise dans son placard pour me couvrir.

L’appartement est vide. Il n’y a qu’un papier sur le bar de la cuisine. Je le


prends et le lis.
Bébé,

Je suis parti bosser. On finira notre conversation à mon retour, ce soir. En


attendant, fais comme chez toi.

Je t’embrasse.

Caleb.

Son petit mot me touche, même s’il n’y a pas ajouté qu’il m’aime. Je
comprends qu’on ait besoin de parler ! Hier, nous avons été emportés par nos
retrouvailles.

Je commence ma journée en prenant une douche et je me prépare avec les


affaires contenues dans ma valise. Ensuite, j’avale un petit-déjeuner. Je constate
que les placards et le réfrigérateur sont plutôt vides, le panier à linge, à l’inverse,
est plein. Je décide de mettre une lessive en route et d’aller faire quelques
courses.

Je ne mets pas longtemps à trouver une supérette et à la dévaliser. Une heure


plus tard et avec quatre gros sachets de courses dans les mains, je retourne à
l’appartement et range mes achats.

Je m’occupe également de faire sécher le linge de Caleb et de réaliser un brin


de ménage, voulant me rendre utile.

Je prépare même le dîner du soir et, quand Caleb arrive, je suis heureuse de le
retrouver. Je le prends dans mes bras et lui souhaite la bienvenue.

– Ça sent bon.

– J’ai préparé à manger.

Nous passons donc à table, chacun assis sur un haut tabouret devant le bar. Le
jeune homme me raconte sa journée ; j’ai la ferme intuition qu’il a vraiment
trouvé sa voie. Il découvre chaque service de chirurgie depuis plusieurs mois et
m’annonce joyeusement qu’il est comme un enfant dans un magasin de jouets.

Je suis heureuse pour lui.

La discussion tourne rapidement sur un sujet plus sérieux : mon arrivée et


nous deux.

Il sait maintenant comment j’ai financé mon voyage, mais il ignore que ma
mère n’a pas été informée de mon départ, du moins pas de vive voix ni depuis
l’autre bout de l’océan Atlantique. Il est surpris de l’apprendre.

– Tu sais, on ne s’entend plus… On ne fait que se crier dessus.

– Pourquoi ?

– Parce qu’elle n’est pas de mon côté, en ce qui concerne notre histoire.

– C’est puéril comme réaction, bébé.

– Je sais.

– Tu devrais l’appeler.

– Mon forfait ne me le permet pas.

– Le mien, si.

Il sort son téléphone de sa poche et appuie sur le bouton pour l’allumer, mais
il ne se passe rien. Il constate que la batterie est vide et le met à charger.

– Je n’ai jamais de bol, avec ça ! Tout le temps à plat. Laisse-moi une heure et
tu pourras appeler. Ah non, faut faire gaffe au décalage horaire.

– Il est quelle heure, en France ?

Il regarde sa montre, il est presque vingt heures chez nous.

– Tu ajoutes neuf heures. Il est donc cinq heures du mat’, là-bas.

Je grimace. Il est un peu tôt pour contacter ma mère. Surtout qu’elle doit être
très en colère contre moi.

– J’attendrai pour l’appeler, dis-je.

Je me lève pour mettre la vaisselle dans l’évier et la nettoyer.

– T’es pas obligée de faire ça, me dit Caleb.

– Ça me fait plaisir.

Il range la bouteille d’eau au réfrigérateur et constate que celui-ci est un peu


plus fourni que ce matin, avant son départ.

– Tu as fait des courses ? s’étonne-t-il.

– Tu en avais besoin.

Il me prend dans ses bras, par-derrière, et dépose un baiser sur ma tempe. Je


repose ma tête sur son épaule et savoure ce rapprochement.

– Tu m’as manqué, tu sais. Je ne sais pas ce qu’on va faire ni ce qu’on va


devenir, mais je crois que ce sera impossible pour moi de me passer de toi,
maintenant que tu es venue me retrouver au bout du monde.

Je pivote sans qu’il ne brise l’étreinte, pour me retrouver face à lui.


Rapidement, ses lèvres s’écrasent sur les miennes et nous nous embrassons
longuement.

J’ai retrouvé mon homme et je ne veux plus le quitter. Jamais.

Notre baiser se prolonge en câlin sous la couette. Caleb me propose ensuite de


me prêter son téléphone pour contacter ma mère. Dur retour à la réalité, après ce
moment de pur plaisir.

Je reste dans le lit pendant qu’il va chercher son téléphone dans la cuisine. Il
revient moins d’une minute plus tard, les yeux fixés sur l’écran.

– J’ai plusieurs appels en absence de mon père… Je vais le rappeler, il doit


être levé pour le boulot.
Il revient s’asseoir près de moi, ne portant qu’un caleçon. Je dépose un baiser
sur son épaule.

– Papa ? Mon téléphone était déchargé. Tu as essayé de me joindre ?

J’écoute mon amoureux en espérant qu’il n’y aura rien de grave.

– Elle est avec moi.

Je comprends que je suis le sujet de la discussion. Les puzzles s’emboîtent


dans ma tête, ma mère a dû prévenir Mathieu de mon départ, découvrir que
Caleb n’était plus à Paris et paniquer quand elle a su que j’avais quitté le pays.

– Non. Elle va rester un peu chez moi, le temps qu’on y voie plus clair. Si tu
veux me couper les vivres, soit. J’estime avoir assez souffert de son absence. Je
suis désolé si maman et toi le prenez mal, mais je ne commettrai pas deux fois la
même erreur.

Je suis surprise et touchée par sa tirade. J’entrevois un vrai avenir pour nous
deux, cette fois-ci.

– Je lui dirai. Embrasse maman. Salut.

Caleb raccroche avant de se tourner vers moi.

– Ta mère a contacté mon père et elle a appris que j’étudiais à Seattle. Elle est
furax. Il veut que tu l’appelles.

J’acquiesce d’un hochement de tête.

– Le reste, tu as entendu. Je veux qu’on passe un peu de temps ensemble pour


savoir où on en est.

– D’accord. Mon visa stipule que je peux rester quatre-vingt-dix jours.

– Super !

Il pose un baiser sur mes lèvres.

– Maintenant, tu appelles ta mère.


Il me tend son téléphone, je le saisis en soupirant. Je sais qu’elle va hurler.
Mais, après tout, je suis loin d’elle, elle ne pourra rien me faire et je suis
majeure, je fais ce que je veux.

Je compose son numéro, que je connais par cœur, sur l’écran tactile.
Normalement, je ne devrais pas la réveiller. Ma mère décroche et lâche un
« allô » méfiant en ne reconnaissant pas le numéro.

– Maman, c’est moi.

– Clémence ?! Mais où es-tu, enfin ?

– À Seattle, avec Caleb.

Comme je le pressentais, elle s’énerve, me traite d’idiote et d’inconsciente,


avant de m’ordonner de rentrer.

– Non, maman. J’en ai assez bavé, cette année. Je ne rentrerai pas. Pas avant
de savoir si Caleb et moi avons un avenir ensemble.

– Un avenir ensemble ? Mais enfin, c’est ton frère !

– Tu peux arrêter avec ça. On sait aussi bien l’une que l’autre qu’on n’a aucun
lien de ce genre. Je t’appellerai une autre fois.

– Clémence, je te défends de raccrocher ! Nous n’en avons pas fini. Tu vas


rentrer !

– Au revoir, maman.

Je rends son téléphone à mon copain, tout en lui racontant la discussion. Il est
navré pour moi.

– Qu’a dit ton père ? l’interrogé-je.

– C’est le tien aussi… Je sais que t’es fâchée avec lui, mais ça ne change rien
au fait qu’il t’a élevée.

Je hausse les épaules.


– Il ne me coupera pas les vivres. Il espère qu’on se rendra compte qu’on est
incompatibles.

– Et si ce n’est pas le cas ?

– Je t’épouserai, susurre-t-il avant de m’embrasser longuement.

Mon corps s’emballe à ces mots.

– Et je dirai oui, soufflé-je entre deux baisers.


Épilogue

Notre vie commune se passe on ne peut mieux, mais je commence


sérieusement à m’ennuyer durant les journées où Caleb est à l’hôpital.

Je décide alors de m’occuper de moi et de préparer mon avenir. Je n’ai pas


changé d’avis, je veux toujours être infirmière et j’ai commencé à me renseigner
sur cette formation dans ce pays.

Je décide d’en parler à mon compagnon dès ce soir et de prendre mes


dispositions ensuite pour pouvoir prolonger mon visa.

Comme je le pensais, Caleb est ravi et n’a rien contre le fait de poursuivre
notre colocation. J’intègre donc la formation rapidement, avec un nouveau visa
en poche.

Les choses se passent vite, même si nous partageons pleinement chaque


moment. Notre vie est rapidement rythmée, une fois que nous parvenons à
prendre chacun nos marques.

***

Trois ans plus tard.

Caleb choisit la chirurgie esthétique comme spécialité, alors que je reçois mon
diplôme et une proposition pour exercer dans le même hôpital que lui.

Si mon amoureux continue de parler avec ses parents, qui ne sont pas
spécialement ravis d’apprendre que nous sommes toujours ensemble malgré le
temps qui passe, je préfère garder mes distances avec mon père et j’appelle
rarement ma mère.
Notre belle vie prend un nouveau tournant quand Caleb me demande de
l’épouser et que j’accepte.

Je suis la plus heureuse et ne regrette plus d’avoir rencontré ce magnifique


jeune homme ; je l’aime plus que tout au monde et il me le rend bien. D’ici deux
ou trois ans, je compte lui faire le plus merveilleux des cadeaux : un enfant.

Nous n’étions peut-être pas faits pour nous rencontrer. Certes, notre relation
peut être mal perçue quand on connaît les détails de nos vies. Mais Caleb et moi
n’avons aucun lien sanguin, alors pourquoi aurions-nous dû renoncer à notre
amour ? Et, si nous l’avions fait, nous aurions été malheureux chacun de notre
côté. Un beau gâchis !

Je me félicite d’être venue jusqu’à Seattle pour le retrouver et lui ne cesse de


me remercier de ne pas avoir abandonné, d’avoir cru en nous. Peut-être même
plus que lui.

Notre belle histoire se résumera par un aboutissement de nos rêves, la


réalisation de nos projets, exercer le métier de notre choix, un mariage heureux,
une belle maison et deux enfants magnifiques.

Aurions-nous vraiment dû renoncer à ça, parce que nos parents n’acceptaient


pas ce qu’ils tolèrent maintenant ?
Vous pouvez suivre l’auteur sur Facebook :

https://www.facebook.com/sharonkena

également la maison d’édition : https://www.facebook.com/SKeditions/


Les Editions Sharon Kena

www.leseditionssharonkena.com

3 rue de la source - 57340 Morhange

dépôt légal : février 2018

N° ISBN : 978-2-8191-0274-8
Photographie de couverture : 123rf

Illustration de couverture : Feather Wenlock


{1}
Série américaine

Vous aimerez peut-être aussi