Stratégie
Stratégie
MINISTERE DE LA FEMME,
DE LA FAMILLE, DU GENRE ET DE
LA PROTECTION DES ENFANTS
1 https://www.usungo.org/notre-histoire/#:~:text=%C3%80%20ses%20d%C3%A9but%20UMBRELLA%20SUPPORT,date%20
du%2018%20Janvier%201999.
Si les communautés sont mobilisées à travers la création d’alliances, de mouvements dynamiques valorisant
la culture et impliquant les ainés et les jeunes….
Si des plateformes de dialogue multisectorielle, de gestion des données et des connaissances et des
mécanismes de prévention et de gestion des chocs et catastrophes sont mis en place…
Alors les femmes et les filles jouiront pleinement de leurs droits et la pratique de l’excision sera éliminée
au Sénégal en 2030.
Le présent document est le fruit d’une approche participative et consensuelle, réalisée grâce à l’appui technique
et financier de l’UNFPA et l’UNICEF dans le cadre du Programme conjoint pour l’Abandon des MGF,
sous l’égide du Ministère de la Femme, de la Famille du Genre et de la Protection des Enfants (MFGPE).
Il présente la Stratégie nationale pour l’élimination de la pratique des mutilations génitales féminines au
Sénégal. Cette Stratégie s’inscrit dans le cadre juridique et politique national, notamment la Constitution et
la Loi n° 99-05 du 29 janvier 1999 modifiant certaines dispositions du Code pénal et interdisant les MGF, le
Plan Sénégal Emergent, la Stratégie nationale pour l’Equité et l’Egalité de Genre, la Stratégie nationale de
Protection de l’Enfant, ainsi que le Plan d’action national pour l’Eradication des Violences basées sur le Genre
et la Promotion des Droits humains. Elle a pour but ultime d’éliminer la pratique des mutilations génitales
féminines au Sénégal d’ici 2030 et constitue le cadre de référence des actions visant l’abandon des MGF pour
les huit prochaines années (2022-2030). Elle est adossée à un Plan d’action prévu pour une durée de cinq
(05) ans (2022-2026). Le processus et la méthodologie retenue pour l’élaboration de la Stratégie et du Plan
d’action ont eu pour objet d’assurer une démarche inclusive et participative, basée sur l’engagement de tous
les acteurs, les évidences, la capitalisation des expériences et l’évaluation.
La vision générale de la Stratégie est : « Un Sénégal sans MGF, où toutes les femmes et les filles jouissent
de leur droit à l’intégrité physique ». La Stratégie et le Plan d’action seront mis en œuvre selon les principes
d’intervention suivants : le respect des droits humains, l’égalité et équité de genre, la redevabilité, la
transparence, la multisectorialité et l’approche inclusive. Les principaux axes stratégiques sont :
Les mutilations génitales féminines (MGF) sont définies par l’Organisation mondiale de la Santé (OMS)
comme des interventions incluant « l’ablation partielle ou totale des organes génitaux externes de la femme ou
tout autre lésion des organes génitaux féminins pratiquées pour des raisons non médicales ». Selon l’OMS, en
2014, les MGF se classent en quatre catégories : 1) la clitoridectomie : ablation partielle ou totale du clitoris
(petite partie sensible et érectile des organes génitaux féminins) et, plus rarement, seulement du prépuce
(repli de peau qui entoure le clitoris) ; 2) excision : ablation partielle ou totale du clitoris et des petites
lèvres, avec ou sans excision des grandes lèvres (qui entourent le vagin) ; 3) infibulation : rétrécissement
et fermeture partielle de l’orifice vaginal, réalisée en coupant et en repositionnant les lèvres intérieures, et
parfois extérieures, avec ou sans ablation du clitoris ; 4) autres : toutes les autres interventions néfastes au
niveau des organes génitaux féminins à des fins non médicales, par exemple, piquer, percer, inciser, racler et
cautériser les organes génitaux. La forme la plus grave est l’infibulation, qui implique l’excision de tout ou
partie des organes génitaux externes et la suture ou le rétrécissement de l’orifice vaginal2.
Les MGF sont pratiquées sur des femmes et des filles d’âges divers, le plus souvent jusqu’à l’âge de 15 ans,
et parfois sur des femmes adultes, selon la communauté ou le groupe ethnique. Elles sont souvent effectuées
par des praticien(ne)s traditionnel(le)s, sans anesthésie, à l’aide de ciseaux, de lames de rasoir ou d’éclats de
verre.
Au Sénégal, la pratique de l’excision est très répandue et touchait, en 2019, environ 25% des femmes âgées de
15-49 ans (EDS-C 2019), soit une hausse de 2 % par rapport à 2018 où ce taux était de 23% (EDS-C-2018).
Ce taux est de 15% chez les filles de moins de 15 ans avec des disparités selon les régions.
Les MGF sont reconnues comme une violation des droits de l’homme, des filles et des femmes comme
l’indiquent nombre d’instruments internationaux et régionaux relatifs aux droits de l’homme. Ces
instruments incluent à l’échelle internationale, la Convention sur l’élimination de toutes les formes de
discrimination à l’égard des femmes, la Déclaration universelle des droits de l’homme, la Convention
relative aux droits de l’enfant, le Pacte international relatif aux droits économiques, sociaux et culturels et
le Pacte international relatif aux droits civils et politiques, et à l’échelle régionale, la Charte africaine des
droits et du bien-être de l’enfant. En tant que pratique néfaste, les MGF se posent en obstacle majeur à la
lutte contre la pauvreté et à la réalisation de progrès dans d’autres domaines du développement humain3.
C’est dans ce cadre qu’il a été noté un fort engagement mondial pour l’abandon de la pratique des MGF.
Le Sénégal n’a pas été en reste avec l’établissement d’un cadre juridique et règlementaire fort contre la
pratique et la mise en œuvre, depuis 2000, de plans d’actions qui ont défini la stratégie d’intervention du
pays dans la lutte contre les MGF. A la suite de l’évaluation du second Plan d’action (2010-2015) en 2018, il
2 Selon l’OMS, les MGF se classent en quatre catégories : 1) la clitoridectomie : ablation partielle ou totale du clitoris (petite partie
sensible et érectile des organes génitaux féminins) et, plus rarement, seulement du prépuce (repli de peau qui entoure le clitoris) ; 2) excision :
ablation partielle ou totale du clitoris et des petites lèvres, avec ou sans excision des grandes lèvres (qui entourent le vagin) ; 3) infibulation : ré-
trécissement et fermeture partielle de l’orifice vaginal, réalisée en coupant et en repositionnant les lèvres intérieures, et parfois extérieures, avec
ou sans ablation du clitoris ; 4) autres : toutes les autres interventions néfastes au niveau des organes génitaux féminins à des fins non médicales,
par exemple, piquer, percer, inciser, racler et cautériser les organes génitaux.
3 . UNFPA, 2014
Au vu de l’ensemble des défis, le Gouvernement du Sénégal a décidé, en relation avec les communautés,
les organisations de la société civile et les partenaires au développement, d’élaborer une nouvelle Stratégie
nationale pour l’abandon des MGF au Sénégal pour la période 2022-2030, assortie d’un troisième Plan
d’action quinquennal (2022-2026).
Le présent document est le fruit d’une approche participative et consensuelle, qui permet aux parties prenantes
engagées dans le mouvement pour l’abandon des MGF, de contribuer significativement à un abandon total,
à court et moyen terme. Il a été réalisé grâce à l’appui technique et financier de l’UNFPA et l’UNICEF dans
le cadre de leur Programme conjoint, sous l’égide du Ministère de la Femme, de la Famille du Genre et de la
Protection des Enfants (MFGPE).
CONTEXTE ET JUSTIFICATION
La Stratégie nationale se situe dans le cadre juridique international et des droits fondamentaux bafoués par
les MGF. Elle spécifie la terminologie et les droits de la personne, notamment tels que définis dans la Charte
internationale des droits de l’homme, les conventions des Nations Unies, les organes de surveillance de
l’application des traités, le Conseil des droits de l’homme, ainsi que le cadre des droits de la personne de
l’Union africaine.
Les MGF violent de nombreux droits fondamentaux relatifs à l’intégrité physique, notamment la dignité
inhérente à la personne humaine, le droit à la liberté et à la sécurité de la personne et le droit au respect de la
vie privée. Les MGF enfreignent le droit à l’intégrité physique dans la mesure où cette pratique repose sur
l’idée que le corps de la femme est foncièrement imparfait et doit être rectifié. Les souffrances infligées aux
femmes par les MGF ne se limitent pas à l’intervention initiale, mais se poursuivent pendant toute leur vie.
Les MGF violent également le droit à la liberté et à la sécurité compris dans le droit à l’intégrité physique,
notamment le droit de prendre des décisions en toute indépendance concernant son corps.
Les Nations Unies ont aussi reconnu les MGF comme une forme de violence à l’égard des femmes, au
travers de déclarations émanant de différentes entités (Assemblée générale, Comité pour l’élimination de
la discrimination à l’égard des femmes, Rapporteuse spéciale sur la violence contre les femmes, etc.). Le
droit à l’intégrité physique est considéré comme un droit fondamental et protégé par plusieurs instruments
internationaux et régionaux, notamment l’article 1er de la Déclaration Universelle des Droits de l’Homme
(DUDH), l’article 9 du Pacte international relatif aux droits civils et politiques (PIDCP), les préambules du
Stratégie nationale pour l’Abandon des Mutilations génitales féminines 2022-2030 9
PIDCP et du Pacte international relatif aux droits économiques, sociaux et culturels (PIDESC), l’article 19 de
la Convention relative aux droits de l’enfant (CDE), ainsi que les articles 4 et 5 de la Charte de Banjul.
Plus généralement, les MGF bafouent les droits de l’enfant définis dans la CDE et la Charte africaine des
droits et du bien-être de l’enfant (CADBE), notamment le droit de ne pas subir de discrimination (art. 2 de la
CDE et art. 3 de la CADBE), le droit d’être protégé contre toutes les formes de violence physique et mentale
et de mauvais traitements (art. 16 et 19 de la CDE et art. 10 de la CADBE), le droit de jouir du meilleur état de
santé possible (art. 24 de la CDE et art. 14 de la CADBE), le droit de ne pas être soumis à la torture ni à des
peines ou traitements cruels, inhumains ou dégradants (art. 37 de la CDE et art. 16 de la CADBE) et le droit
à la vie (art. 6 de la CDE et art. 5 de la CADBE).
La Stratégie nationale s’inscrit également dans le cadre juridique et politique national, notamment la
Constitution et la Loi n° 99-05 du 29 janvier 1999 modifiant certaines dispositions du Code pénal et interdisant
les MGF, le Plan Sénégal Emergent, la Stratégie nationale pour l’Equité et l’Egalité de Genre, la Stratégie
nationale de Protection de l’Enfant, ainsi que le Plan d’action national pour l’éradication des Violences basées
sur le Genre et la Promotion des Droits humains.
Ces documents d’orientation et de planification répondent aux besoins exprimés par les acteurs d’accélérer
les efforts vers l’élimination totale de la pratique de l’excision au Sénégal. Le Plan d’action national s’articule
parfaitement aux priorités nationales contenues dans le Plan Sénégal Émergent (PSE), référentiel de la
politique économique et sociale sur le moyen et long terme, dans le Plan d’action national pour l’éradication
des violences faites aux femmes et la promotion des droits humains 2017-2021, de la Stratégie nationale
de l’Equité et de l’Egalité de Genre 2016-2026, de la Stratégie nationale de la Protection de l’Enfant, de la
théorie de changement de la quatrième phase du Programme conjoint sur les MGF 2022-2030 et les Objectifs
de Développement Durables (ODD). Le Plan d’action national constituera, pour le Gouvernement et ses
partenaires, le cadre unique de référence des interventions pour l’abandon total de l’excision, dans la période
2022-2026.
PORTÉE
La Stratégie nationale et le Plan d’action pour l’abandon des MGF au Sénégal auront une portée nationale.
Ils s’adresseront au niveau central (Gouvernement, Assemblée nationale, Justice) et à tous les acteurs
institutionnels. Ils viseront particulièrement les secteurs qui ont un rôle important à jouer dans la lutte contre
les MGF : Santé, Education, Justice, Action sociale, et Acteurs non-étatiques comme les leaders religieux et
traditionnels. La société civile et les organisations non gouvernementales auront aussi un rôle primordial à
jouer.
La Stratégie nationale et le Plan d’action se concentreront naturellement sur toutes les régions du Sénégal. Des
priorités seront accordées aux zones à forte prévalence (régions de Tambacounda et Kédougou, les régions de
Kolda, Sédhiou et Ziguinchor et les régions de Matam et Saint-Louis/Département de Podor) y compris les
zones transfrontalières.
La Stratégie nationale et le Plan d’action viseront particulièrement les services déconcentrés et décentralisés
La portée de la Stratégie nationale et du Plan d’action sur les médias et les agences du système des Nations
Unies, dont l’UNFPA et l’UNICEF, qui sont parties prenantes pour l’abandon des MGF au Sénégal, notamment
à travers la phase IV du Programme Conjoint UNFPA-UNICEF pour Élimination des mutilations génitales
féminines. Il en sera de même pour les partenaires techniques et financiers et le secteur privé.
La Stratégie Nationale et le Plan d’action auront une portée régionale et sous régionale dans le continent
Africain, et aussi internationale, compte tenu des efforts déployés par de nombreux autres pays pour éradiquer
les MGF et dans le cadre des Objectifs de Développement Durable (ODD).
Enfin, la Stratégie nationale et le Plan d’action auront aussi une portée pluriannuelle, puisqu’ils se mettront en
œuvre sur une période de cinq (05) ans (2022-2026).
La Stratégie a pour but de proposer un cadre de référence et une synergie des actions visant l’abandon des MGF. Il
s’agit aussi d’améliorer l’impact de l’action du Gouvernement et des acteurs non-étatiques avec l’appui des partenaires
techniques et financiers pour permettre aux filles et aux femmes du Sénégal de garder leur intégrité physique intacte,
avec un abandon total de la pratique de l’excision. Il s’agira pour le Sénégal de se doter d’un document de Stratégie
Nationale et d’un document Plan d’action pour l’élimination des MGF validé par l’ensemble des acteurs concernés par
la problématique. Ce sera une occasion pour les acteurs étatiques et non étatiques concernés par la problématique d’avoir
une base d’entente validée, d’articuler les axes d’intervention autour d’un plan stratégique national multisectoriel,
validé par tous les acteurs, pour orienter la planification des programmes, projets et interventions visant à éradiquer
les MGF.
Il s’agira plus spécifiquement de faire ressortir les stratégies qui pourraient être conduites prioritairement pour
accélérer le changement social et l’abandon de la pratique afin d’assurer l’accès des filles et des femmes aux services
de prévention et de protection contre les MGF et aider à assurer le respect de la Loi n° 99-05 du 29 janvier 1999
modifiant certaines dispositions du Code pénal et interdisant les MGF.
Ce document de stratégie est complété par le document de Plan d’action quinquennal national sur les MGF qui définit
de manière plus spécifique les résultats de développement et les résultats intermédiaires attendus par les différents
secteurs et acteurs concernés, qui guideront la planification des programmes, projets et interventions dans le domaine
Stratégie nationale pour l’Abandon des Mutilations génitales féminines 2022-2030 11
des MGF. Le Plan est aussi guidé par une théorie du changement à l’horizon 2030 sur les MGF au Sénégal.
Ces documents seront accompagnés d’outils de planification, de mise en œuvre et de suivi-évaluation, pour
l’élimination de toutes les formes de mutilations génitales féminines.
Le processus et la méthodologie retenue pour l’élaboration de la Stratégie et du Plan d’action ont eu pour effet
d’assurer une démarche inclusive et participative, basée sur l’engagement de tous les acteurs principaux, les
évidences, la capitalisation des expériences et l’évaluation.
Cette stratégie a été élaborée sur la base des connaissances capitalisées, notamment grâce aux études et aux
évaluations, en particulier les évaluations du Plan d’action (2010-2015), du Programme conjoint UNFPA-
UNICEF (2018-2019) et du document stratégique de la quatrième phase du projet conjoint UNFPA-UNICEF
pour la période 2022-2030. Aussi d’autres documents ont été consultés et ont constitué autant d’évidences des
expériences précédentes dans le domaine des MGF au Sénégal et dans d’autres pays (Voir Annexe 2).
Le processus et la méthodologie retenue pour l’élaboration de la Stratégie nationale et du Plan d’action ont aussi
stimulé une coopération active, l’engagement de tous les acteurs principaux, à travers une démarche inclusive et
participative. En effet, les acteurs provenant de divers secteurs ministériels avec leurs services déconcentrés, les
structures décentralisées, les acteurs clés de la société civile au niveau national et local, ainsi que les communautés
ont tous été impliqués dans le processus de préparation. La méthodologie a été validée par un Comité technique
de pilotage, dirigé par le Ministère de la Femme, de la Famille du Genre et de la Protection des Enfants, et
accompagné par l’UNFPA et l’UNICEF, avec le support d’un consultant international et d’un consultant national4.
Les méthodes de collecte et d’analyse des données quantitatives et qualitatives ont compris, outre la revue
documentaire, un nombre restreint d’interviews semi structurées, de focus groups au niveau national et
décentralisé et les visites de terrain avec trois ateliers interrégionaux, ainsi que cinq ateliers sectoriels et
deux ateliers multisectoriels au niveau national, pour assurer la triangulation des méthodes de collecte et des
sources.
Trois ateliers interrégionaux ont été organisés entre fin décembre 2018 et début janvier 2019, regroupant
les régions concernées par zone, avec les principaux acteurs des différentes localités. Ces ateliers ont été
l’occasion de définir les priorités au niveau local pour renseigner la stratégie nationale. Ces 3 ateliers ont
ciblé les régions prioritaires en raison de la forte prévalence des MGF et ont été organisés : à Matam pour
les zones de Podor et Matam ; à Tambacounda pour les régions de Tambacounda et Kédougou ; et à Kolda
pour les régions de Ziguinchor, Sédhiou et Kolda. Ils ont permis de promouvoir une approche participative
afin d’impliquer les acteurs institutionnels et communautaires du niveau décentralisé dans le processus
d’élaboration de la nouvelle stratégie pour l’abandon des MGF, en identifiant leurs priorités pour l’élimination
des MGF et leurs contributions et recommandations. Des focus groups et entretiens avec des organisations
de jeunes, des anciennes exciseuses et des guides religieux ont aussi eu lieu au niveau décentralisé. Des
consultations ont aussi été organisées au niveau central, sous forme d’ateliers sectoriels (de 2 jours chacun),
avec les secteurs qui ont un rôle important à jouer dans la lutte contre les MGF : Secteur de la Santé, Secteur de
l’Education, Action sociale, acteurs non-étatiques (leaders religieux et traditionnels, Secteur de la Justice, de
la Sécurité et de la Décentralisation). Ces ateliers ont aidé à définir à partir de la vision de chaque secteur, une
4 M. Christian Privat, Consultant international, et Dr Cheikh Moussa Camara, Consultant national.
Au vu de la durée du processus et des contraintes majeures rencontrées du fait du COVID, une consultante
nationale a été recrutée pour actualiser les données et finaliser l’élaboration de ces documents. Il s’est agi plus
spécifiquement pour cette consultante de mener des interviews auprès des différentes parties prenantes pour
explorer les engagements de chacune et redéfinir s’il y a lieu de nouvelles orientations qui pourraient être plus
pertinentes au vu du contexte du moment.
Par ailleurs, un atelier multisectoriel de deux jours a été organisé pour : i) assurer une synergie et une
mutualisation des interventions ; ii) engager une réflexion collective et intersectorielle autour des résultats
à atteindre pour la Stratégie nationale et le Plan d’action ; iii) formaliser et partager les priorités sectorielles
pour l’élimination des MGF, notamment la vision du pays sur les MGF, les résultats de développement et
les résultats intermédiaires attendus, ainsi que les actions principales prévues ; iv) présenter la théorie de
changement, le cadre de résultat, le dispositif de coordination et de suivi/évaluation de la Stratégie nationale et
du Plan d’action ; et v) procéder à la validation technique de la Stratégie nationale et du Plan d’action national.
Tous les ateliers ont été conduits de manière participative avec des approches interactives et des techniques
d’animation pour stimuler la participation, le consensus et la planification stratégique, inspirées par le travail
de l’Institut des Affaires Culturelles (ICA:UK) dans de nombreux pays, avec des questions très pratiques
visant à responsabiliser les acteurs locaux et les secteurs. La convocation et l’organisation de tous ces ateliers
interrégionaux et sectoriels ont relevé de la responsabilité du Ministère de la Famille et des gouverneurs des
régions ciblées.
La Stratégie et le Plan d’action ciblent les principaux utilisateurs suivants : le Gouvernement et les autorités
nationales, régionales et locales impliquées, les organisations de la société civile, les ONG et autres acteurs
ayant un rôle actif dans le domaine des MGF /E, les organismes des Nations Unies ainsi que les partenaires
au développement. D’autres acteurs pourront trouver très utile la Stratégie et le Plan d’action au niveau
international et régional, notamment les autres pays où des efforts similaires ont lieu.
La Stratégie nationale pour l’Abandon des Mutilations génitales féminines est planifiée pour une durée de
huit (08) ans (2022-2030). L’horizon 2030 est retenu pour réaliser l’élimination des mutilations génitales
féminines à l’échelle nationale. Ce terme est en adéquation avec les échéances retenues par le Gouvernement
à travers le Plan Sénégal Emergent (2030). Il prend en compte aussi les perspectives temporelles des Objectifs
de Développement Durable (ODD) 2030, en particulier l’ODD5 qui promeut la réalisation de l’égalité des
sexes et de l’autonomisation de toutes les femmes et filles. L’indicateur 5.3 sous cet objectif vise l’élimination
de toutes les pratiques préjudiciables telles que la mutilation génitale féminine entre autres. La stratégie
s’aligne aussi à l’horizon temporel de la phase IV programme conjoint UNFPA-UNICEF 2022-2030 qui
soutient grandement les efforts du Gouvernement dans la lutte contre les MGF.
Le Plan d’action est prévu pour une durée de cinq (05) ans. Son évaluation finale permettra de faire une
évaluation d’étape de la Stratégie.
Le Sénégal est un pays de l’Afrique occidentale situé à l’extrême ouest avec une superficie de 196 712 km
2. Le territoire Sénégalais est limité au nord par la Mauritanie, à l’est par le Mali et au sud par la Guinée et
la Guinée Bissau. La République de Gambie, qui occupe tout le cours inférieur du fleuve du même nom,
constitue une enclave de 25 km de large et près de 300 km de profondeur à l’intérieur du territoire sénégalais.
Source : Auteur
Le pays compte 14 régions, 46 départements, et 117 arrondissements. Les collectivités territoriales sont au
nombre de 42 départements et 557 communes dirigés par des conseils élus. En 2013, le Sénégal a adopté
une importante réforme territoriale dénommée Acte 3 de la décentralisation dont la finalité est « d’organiser
le Sénégal en territoires viables, compétitifs et porteurs de développement durable ». Il y a deux modes de
gestion du territoire qui se côtoient : i) un mode déconcentré dans lequel le pouvoir local est exercé par des
agents de l’Etat et ii) un mode décentralisé dans lequel le pouvoir local est exercé par des organes élus. Dans
le mode déconcentré, la région est placée sous l’autorité du Gouverneur, le département sous celle du Préfet et
l’arrondissement sous celle du Sous-préfet. Dans le mode décentralisé, le département en tant que collectivité
territoriale est gérée par le conseil départemental et la commune, par le conseil municipal.
Selon le document sur la situation économique et sociale (Ed. 2017-2018), la population sénégalaise est
estimée à 15 256 361 personnes et est marquée par une croissance rapide, avec des disparités spatiales et un
sexe ratio légèrement favorable aux femmes (50,1%). Près de la moitié de la population (48,6%) est âgée de
moins de 18 ans (et le taux d’accroissement annuel moyen intercensitaire est de 2,5%. Les régions de Dakar,
Thiès et Diourbel concentrent 48% de la population du Sénégal avec de fortes densités de peuplement. En
2018, les femmes représentent 7 897 325 et les hommes 7 828 734, soit respectivement 50,22% et 49,78%.
Cette population se caractérise par sa jeunesse, car 50,3% est âgée de 18 ans et moins.
Selon les dernières enquêtes réalisées par l’ANSD au cours des deux dernières décennies, les niveaux de pauvreté
ont connu des fluctuations significatives liées aux changements au niveau du contexte socio-économique et
des politiques dans ce domaine. Le taux de pauvreté monétaire est estimé à 37,8 % en 2018/2019. Par rapport
au milieu de résidence, la pauvreté est plus accentuée en milieu rural (53,6% contre 19,8% pour le milieu
urbain) où il ressort une baisse plus importante du niveau de pauvreté par rapport à 2011 (5,2 points contre 2,1
points pour le milieu urbain). Les résultats de l’enquête révèlent également que le taux d’extrême pauvreté est
passé de 12,2% à 6,8% sur la même période. En ce qui concerne le niveau de pauvreté par région, il ressort
de l’analyse que les régions de Sédhiou (65,7%), Kédougou (61,9%), Tambacounda (61,9%), Kolda (56,6%),
Kaffrine (53,0%) et Ziguinchor (51,1%) sont les plus touchées.
En 2017, la croissance du PIB a atteint un taux 7,2%. Les secteurs primaire, secondaire et tertiaire ont contribué
à l’atteinte de ce taux. Ces différents secteurs ont connu des croissances respectives de 12,9%, 6,6% et 4,5%,
contribuant ainsi de façon inégale au PIB. En 2018, une baisse légère est enregistrée avec un PIB de 6,8%.
Cette situation est expliquée par les contreperformances du sous-secteur de l’agriculture.
Pour ce qui est du niveau d’éducation, il est noté un niveau faible en 2018 en particulier pour les femmes qui
comptent 45.7% sont sans niveau alors que chez les hommes, ce pourcentage est de 36.9%.
Les principales ethnies au Sénégal sont les sérères, les pulaars, les wolofs, les mandingues, les diolas, les
soninkés entre autres.
Grâce aux efforts mondiaux tels que le Plan d’action précédent pour l’abandon des MGF, des avancées
significatives ont été réalisées en vue de l’abandon de cette pratique. Aujourd’hui, une fille a environ un tiers
de chance en moins de subir des MGF qu’il y a 30 ans. L’une des principales difficultés consiste à préserver
les acquis tout en abordant la question de la croissance démographique qui expose davantage les filles aux
MGF. D’ici 2030, plus d’une fille sur trois dans le monde entier naîtra dans les 30 pays où les MGF sont très
répandues, et selon les prévisions, pas moins de 64 millions de filles de 0 à 15 ans seront exposées au risque
des MGF. Si les interventions ne sont pas intensifiées et accélérées pour anticiper l’impact des tendances
Différents facteurs contribuent à la persistance de la pratique des MGF. Les populations qui pratiquent les MGF les
considèrent comme une obligation religieuse, une aide à l’hygiène féminine ou encore un moyen de contrôler ou
de restreindre la sexualité des femmes. Dans de nombreuses régions, cette pratique est souvent assimilée à un rite
de passage marquant l’accès à l’âge adulte et au statut de femme. Les MGF fonctionnent comme une convention
sociale auto-imposée. Cette ‘norme sociale’est respectée par les individus et les familles d’une communauté car ils
craignent que leur groupe ou leur société ne fasse l’objet de sanctions sociales s’ils ne perpétuent pas cette pratique8.
Dans les communautés où cette pratique est considérée comme une condition préalable au mariage et où les
femmes dépendent en grande partie des hommes, l’impératif économique peut être un facteur déterminant.
Les MGF assurent également une source de revenus aux praticien(ne)s communautaires qui effectuent les
interventions, même si la pratique est surtout motivée par un soubassement cultuel et religieux. La réticence
des femmes elles-mêmes à abandonner la pratique s’explique par le fait qu’elles la considèrent comme une
tradition ancestrale transmise de génération en génération.
Les données indiquent que même dans de nombreux pays où les MGF sont répandues, des rapports distincts font
état d’une opposition à la pratique. En fait, la majorité de la population dans les pays pour lesquels des données
sont disponibles pense qu’on devrait mettre fin aux MGF. Conformément au principe de la promotion d’un
changement positif de l’intérieur, un élément important de l’approche de la Stratégie nationale est que les efforts
doivent mobiliser et soutenir les forces sociales positives existantes. L’approche s’appuie donc sur la preuve
que bon nombre, et dans certains pays, la plupart des individus ne souhaitent plus poursuivre la pratique. Elle
précise également que si plusieurs individus découvrent que la majorité de leurs compatriotes ne pratique pas la
MGF, l’a abandonnée ou souhaite l’abandonner, ils auront tendance à adopter la nouvelle norme qui consiste à
épargner les filles. Cela est particulièrement vrai aujourd’hui par rapport à il y a une décennie, car bon nombre
de gens sont déjà informés des préjudices des MGF et déclarent ne trouver aucun avantage dans ces pratiques9.
Enfin, une communauté peut changer de normes si elle perçoit clairement les bénéfices des nouvelles normes.
La théorie de la diffusion de l’innovation offre un cadre conceptuel au concept d’acceptabilité car son but
est d’expliquer comment une innovation (technologique par exemple) évolue du stade d’invention à celui
d’utilisation élargie. Une combinaison de caractéristiques se déclinant en des avantages par rapport à ce qui
existait déjà, une compatibilité avec les croyances et les normes, un niveau de complexité bas et une possibilité
de tester l’innovation, favoriseront l’adoption d’une innovation.
Les MGF ne présentent aucun avantage pour la santé et sont préjudiciables à bien des égards à la vie et
à la santé des femmes et des filles. Elles impliquent l’ablation ou l’altération de tissus génitaux normaux
et sains et entravent le fonctionnement naturel de l’organisme. Leurs conséquences immédiates et à long
terme dépendent du type de MGF pratiquées, de l’expérience des praticien(ne)s, des conditions d’hygiène
dans lesquelles l’intervention est réalisée, de la résistance et de l’état de santé de la personne qui subit
l’intervention. Des complications peuvent survenir quel que soit le type de MGF, mais sont particulièrement
fréquentes avec l’infibulation. À court terme, les MGF peuvent causer hémorragie, douleurs violentes, choc,
tétanos ou septicémie (infection bactérienne), abcès, lésion des tissus, fracture du bassin, rétention d’urine,
ulcérations génitales et lésion des tissus génitaux. Une hémorragie ou une infection, y compris le tétanos et
le choc, peuvent entraîner un décès. Les conséquences à long terme peuvent être des infections récidivantes
de la vessie et des voies urinaires (pouvant endommager les fonctions rénales), des kystes et des abcès, ainsi
que des problèmes de santé maternelle et néonatale, notamment la stérilité, un risque accru de complications
lors de l’accouchement et la nécessité de pratiquer ultérieurement de nouvelles opérations chirurgicales10.
Les femmes ayant subi des MGF sont nettement plus exposées à la nécessité d’une césarienne et au risque de difficultés
post-partum que les femmes non excisées. Le taux de mortalité périnatale est également plus élevé chez les nourrissons
nés de mères excisées. En outre, les MGF peuvent avoir de lourdes conséquences psychologiques et différents
effets ont été observés : syndrome de stress post-traumatique, anxiété, dépression et problèmes psychosexuels11.
La mesure standard de la prévalence des MGF, y compris l’indicateur utilisé dans la cible 5.3 des ODD,
correspond au pourcentage de filles et de femmes âgées de 15 à 49 ans qui ont subi ces pratiques. Le premier
défi avec cet indicateur est le décalage de temps entre les MGF et la date du signalement de cette dernière. Ce
décalage varie en fonction de l’âge actuel de la répondante et l’âge auquel elle a été excisée. Par exemple, dans
un pays où l’âge moyen des MGF est d’un mois, les répondantes âgées de 15 à 19 ans font état d’un événement
qui a eu lieu en moyenne 15 à 19 ans avant l’enquête. Dans ce cas, l’impact des campagnes récentes visant à
mettre fin aux MGF ne sera pas reflété.
Le deuxième défi de l’évaluation de la prévalence des MGF est la mesure dans laquelle la pratique et les
interventions pour l’empêcher sont localisées. Bien que les interventions puissent viser les zones dans
lesquelles la pratique est concentrée, la mesure dans laquelle la population cible représente la population
pratiquante nationale affectera l’impact potentiel sur la prévalence nationale. Ainsi, un suivi et évaluation plus
solides du Plan d’action devra compléter la mesure périodique de la prévalence des MGF au niveau national
par le biais d’enquêtes auprès des ménages.
Les données sur la situation des MGF au Sénégal ont été tirées des enquêtes démographiques et de santé
réalisées en 2018 et en 2019.
Le taux de prévalence des MGF chez les femmes âgées entre 15-49 ans au Sénégal est de 25.2% selon les
données de l’EDS 2019 et de 16% chez les filles de moins de 15 ans. La prévalence de l’excision des filles
a connu une diminution entre 2012 et 2014. En effet, elle est passée de 18 % en 2012 à 13 % en 2014.
Néanmoins, de 2016 à 2018, elle s’est stabilisée à 14 % et a augmenté jusqu’à 16% en 2019 chez les filles
de moins de 15 ans. La même tendance a été observée pour la catégorie des femmes âgés entre 15-49 ans.
D’après UNICEF/UNFPA, les résultats au cours de ces 30 dernières années montrent que, sauf changement
de politiques et approches, la prévalence de l’excision sera encore de 19% à l’horizon 2030.
L’âge à l’excision a beaucoup varié pour les deux catégories de femmes et filles ces dix dernières années. Chez
les femmes âgées de 15-49 ans, l’âge à l’excision se situe à moins de 5 ans pour la majorité. Près de 67,6%
de femmes excisées l’ont été en 2015 contre 84,9 % en 2019 passant par 72, 2% en 2016, 79,6% en 2017 et
82,7% en 2018.
Chez les filles de moins de 15 ans, plus de 9,8% ont été excisé avant l’âge de 1 an en 2019 contre 8,5% en
2018 et 7,5% en 2017. Entre 2012-2013, il a été retenu plus de filles moins de 15 ans filles excisées entre 1-4
ans (8,9%) que de filles excisées avant l’âge de 1 an (6,9%).
100.0
90.0
0.90
80.0
0.80
70.0
0.70
60.0
0.60
50.0
0.50
40.0
0.40
30.0
0.30
20.0 0.20
10.0 0.10
0.0 0.00
2011 2014 2015 2016 2017 2018 1019 2010-2011-2012-2013 2014 2015 2016 2017 2018 2019
<5 5-9 10-14 15+ <1 1-4 5-9 10-14
D’après les données de EDS (Fig.4), le taux national chez les moins de 15 ans cache de grandes disparités
régionales comme le montre la carte ci-dessous. Matam est la région la plus affectée avec 77% de filles de
moins de 15 ans excisées, suivi de Kolda (57%) et Sédhiou (48%). La région de Ziguinchor suit avec un taux
de prévalence de 37%.
Une comparaison a été fait de 2015 à 2019 sur les régions les plus affectées (cf. Fig.5). Les régions de Kolda,
Sédhiou et Matam ont connu une progression non négligeable durant ces trois dernières années. Il est donc
important d’intensifier les efforts dans ces zones.
56.7
45.0
34.6
47.5 36.1
43.9
48.1
53.1 42.9
77.3
54.6 60,5
Figure 5: Evolution de la prévalence dans les régions de Sedhiou, Tambacounda et Kolda Source : Auteur
Le taux de prévalence est plus varié selon l’ethnie (Fig.6). Parmi les femmes excisées, 60 % sont d’ethnie
peulh (cf fig.6). Très peu de femmes sont excisées chez les wolofs. La prévalence de l’excision chez les filles
de 0-14 ans est plus élevée quand la mère appartient aux ethnies dans lesquelles l’excision est une pratique
particulièrement ancrée, à savoir les Mandingues/Socé (37,4% contre 36 % en 2018), pulaar (39,7% contre
33 % en 2018), Diola (25,6% et Soninké (23,2 %). La prévalence de l’excision chez les filles de 0-14 ans est
plus élevée quand la mère appartient aux ethnies dans lesquelles l’excision est une pratique particulièrement
ancrée (EDS, 2018), à savoir les Mandingues/Socé (36 % en 2018 contre 66% en 2019), pulaar (33 % en 2018
contre 66, 4% en 2019), Diola (60,5% et Soninké (66,4 %).
Stratégie nationale pour l’Abandon des Mutilations génitales féminines 2022-2030 21
Wolof
Au on S
N
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s/ ég
Soninké 1%
7%
a
lai
Diola
s
8%
10%
Mandingue/Socé Poular
13% 60%
%
rer1
Se
La prévalence selon le milieu de résidence montre une disparité selon le milieu de résidence. Les filles dans
le milieu rural sont plus exposées à la pratique, 21% des filles âgées de 0-14 ans sont excisées dans le milieu
rural contre 8,2% % en milieu urbain. La même tendance est observée chez les femmes âgés de 15-49 ans
mais reste plus marquée chez les filles.
1.4.6 NIVEAU DE PRÉVALENCE DES FILLES DE 0-14 ANS SELON LES CARACTÉRISTIQUES
SOCIODÉMOGRAPHIQUES DE LA MÈRE
Les données de l’EDS 2019 montrent que parmi les filles âgées entre 0 et 14 ans, 39, 7% et 37% sont de mères
respectivement pulaar et mandingues. Aussi, les mères sont originaires pour 35,7% de la zone Nord et 46 % de
la zone Sud. Parmi ce filles, 54,7 % ont des mères qui ont subi la pratique de l’excision. Leur niveau de bien
être est relativement bas puisque plus de 35% des mères vivent dans des ménages du premier quintile (les plus
pauvres) contre 17% au niveau du quintile le plus élevé (le plus riche).
Toutefois, les attitudes et perceptions recueillies ces dernières années sont en faveur de l’abandon de la
pratique. En effet, la pratique est largement connue au sein de la population car 86,7 % des femmes et 83%
des hommes ont déjà entendu parler de l’excision. Aussi parmi les personnes âgées entre 15 et 49 ans, 79%
des femmes et 78% des hommes pensent que la pratique devrait cesser. Parmi les hommes et les femmes qui
pensent que l’excision ne devrait pas continuer 87% des hommes et 79% des femmes ont fait l’école moyen/
secondaire ou plus ce qui conforte l’idée selon laquelle le niveau d’éducation pourrait contribuer à l’abandon
de la pratique. Des efforts devront être réalisés au niveau des jeunes hommes âgés entre 15 et 19 ans, car seuls
58% ont entendu parler de la pratique.
Par contre, dans les zones (Nord et au Sud) où la pratique persiste, parmi les femmes qui ont entendu parler
de l’excision, 13,8 % pensent que l’excision est une pratique exigée par la religion et 18 % sont favorables
au maintien de cette pratique contre 15% en 2018.
Chez les hommes, 12,8% pensent que l’excision est une pratique exigée par la religion et 11,9% % sont
favorables au maintien de cette pratique. Parmi les jeunes âgés de 15-29 ans, 40% des hommes et 33% des
femmes sont convaincus que la pratique est une nécessité religieuse.
La Stratégie nationale s’inscrit dans le cadre juridique international et dans les droits fondamentaux bafoués
par les MGF. La Stratégie nationale a adopté la terminologie internationalement reconnue de « mutilations
génitales féminines » (MGF), désormais systématiquement utilisé pour faire référence à cette pratique, plutôt
que le terme hybride « mutilations génitales féminines/excision » (MGF/E), qui était utilisé depuis 2007 par
d’autres institutions internationales. Le Sénégal a adopté la résolution 67/146 du 20 Décembre 2012 nommée
« Intensification de l’action mondiale visant à éliminer les mutilations génitales féminines à l’Assemblée
générale des Nations Unies à sa soixante-septième session.
Cette résolution initie l’engagement mondiale des pays pour la lutte contre les MGF et renforce la légitimité
des lois adoptées par les pays. La Déclaration universelle des droits de l’homme (DUDH), adoptée par
l’Assemblée générale des Nations Unies le 10 décembre 1948, constitue la première affirmation d’envergure
mondiale des droits fondamentaux de la personne humaine. Elle est suivie par l’élaboration de deux instruments
juridiquement contraignants. En décembre 1966, le Pacte international relatif aux droits civils et politiques
(PIDCP) et le Pacte international relatif aux droits économiques, sociaux et culturels (PIDESC) sont adoptés.
Outre ces deux pactes, les Nations Unies ont adopté un certain nombre de traités internationaux juridiquement
contraignants en matière de droits de la personne, dont certains sont complétés par des protocoles facultatifs
portant sur des questions spécifiques. Ces traités, avec la DUDH et les deux pactes, constituent le fondement
du cadre juridique de la protection des droits de la personne au niveau mondial. Les traités ci-dessous servent
Stratégie nationale pour l’Abandon des Mutilations génitales féminines 2022-2030 23
de référence en matière de protection et de promotion des droits de la personne :
Outre ces traités, des organes de surveillance de l’application des traités sont des comités d’experts indépendants
qui veillent à la mise en œuvre des grandes dispositions des principaux traités internationaux relatifs aux
droits de la personne. Il existe actuellement dix organismes de surveillance de l’application des traités relatifs
aux droits de la personne :
Le droit régional en matière de droits de la personne vient compléter le cadre international des droits de la
personne, en protégeant et en promouvant les droits fondamentaux dans certaines régions du monde. Sur
le continent africain, la Charte africaine des droits de l’homme et des peuples de 1981, également appelée
Charte de Banjul, est le principal instrument de promotion et de protection des droits de la personne et des
libertés fondamentales. Cette Charte porte sur les droits fondamentaux individuels et sur les droits collectifs
des peuples. Elle énonce des droits civils et politiques, ainsi qu’un nombre limité de droits économiques et
sociaux.
La Charte africaine des droits et du bien-être de l’enfant (CADBE) a été adoptée par l’Organisation de l’Unité
africaine devenue par la suite, l’Union africaine. Comme la CDE, la CADBE est un instrument global qui
énonce des droits et définit des normes et des principes universels en faveur des enfants. Le Comité africain
d’experts sur les droits et le bien-être de l’enfant a pour mission de promouvoir et protéger les droits établis
Depuis son indépendance en 1960, le Sénégal, à travers les préambules de toutes ses constitutions, dont
celle du 22 Janvier 2001, a prévu une disposition sur « la volonté de tous les citoyens, hommes et femmes,
d’assumer un destin commun par la solidarité, le travail et l’engagement patriotique », tout en considérant que
« la construction nationale repose sur la liberté individuelle et le respect de la personne humaine ». Le Sénégal
a aussi affirmé et réaffirmé de manière constante, sa volonté de « promouvoir et renforcer l’Etat de droit » et
de « promouvoir la justice avec des institutions fortes et un appareil judiciaire efficace ». Ce faisant, il a ratifié
la quasi-totalité des conventions et traités internationaux sur les droits de l’homme. Durant des décennies,
le Sénégal a ainsi pris des dispositions légales et mis en place des politiques et stratégies pour concrétiser
les engagements internationaux dans la perspective de mettre fin aux MGF. La Constitution et la Loi n° 99-
05 du 29 janvier 1999 modifiant certaines dispositions du Code pénal et interdisant les MGF comportent
des dispositions novatrices relatives à des formes de violences basées sur le genre telles que le harcèlement
sexuel, la pédophilie, la mutilation génitale féminine et les violences physiques à l’égard du conjoint ou
dirigées contre une personne de sexe féminin ou une personne particulièrement vulnérable.
A ces dispositifs politiques et réglementaires, s’ajoutent la mise en place d’un Comité technique national sur
les MGF présidé par le Ministre chargé de la Famille, l’intégration des MGF dans les politiques, normes et
protocoles relatifs à la santé reproductive du Ministère en charge de la Santé, la mise en place des commissions
(Santé et Lois) à l’Assemblée nationale, l’engagement officiel de 6959 communautés à abandonner la pratique
de l’excision, la mobilisation des jeunes à travers les média sociaux, l’implication des chefs traditionnels et
religieux soutenus par des argumentaires religieux, sanitaires et juridiques pour renforcer le dialogue au sein
des communautés et la création du Réseau Islam et Population (RIP).
Le Plan Sénégal Emergent (2015-2035) est le plan de développement économique et social du Sénégal (2015-
2035). A travers son axe 3, il mise sur la nécessité d’une coordination dans la mise en œuvre des politiques
liées au genre, la protection des droits humains et l’éradication de la violence faite aux femmes et aux enfants.
Une des grandes avancées en 2018 au niveau politique a été une intégration claire et précise des MGF dans ce
Plan, avec une cible ambitieuse du Gouvernement de réduire le taux de prévalence des MGF chez les moins
de 15 ans de 14% en 2017, à 2% en 2023, comme énoncé dans son Plan d’actions prioritaires II (PAP II).
La Stratégie nationale pour l’Equité et l’Egalité de Genre (2016-2026) a été élaborée par le Gouvernement
du Sénégal et vise à renforcer les efforts déployés pour la promotion de la femme en adoptant, plus que
par le passé, une démarche devant garantir la réalisation de l’égalité entre l’homme et la femme consacrée
Le Sénégal a également élaboré une Stratégie nationale de Protection de l’Enfant (SNPE) qui s’articule autour
de deux objectifs stratégiques : i) mise en place d’un système national intégré de protection ; ii) appui et
promotion du changement social positif.
En plus de ces documents stratégiques qui définissent le cadre d’intervention de l’Etat sur les MGF, l’Etat s’est
aussi engagé dans l’élaboration et la mise en œuvre de Plan d’action national pour l’abandon de l’excision.
Le premier Plan d’action a concerné la période (2000-2005) et le second, la période 2010-2015. L’objectif
des Plans d’action était d’amener les communautés à abandonner totalement l’excision en 2015. De manière
spécifique, les deux plans d’actions avaient pour objectifs :
la promotion d’une approche holistique et multisectorielle pour renforcer les capacités des communautés
en vue de promouvoir l’accélération de l’abandon de la pratique de l’excision ;
la promotion d’une approche sous régionale, transfrontalière et diaspora, favorable à une solidarité
agissante en faveur de l’abandon total de l’excision par tous les groupes ethniques et communautés
des zones de prévalence ;
l’amélioration de la coordination des activités des secteurs et des acteurs et la mise en œuvre d’un plan
de suivi-évaluation ;
D’après les évaluations du dernier Plan d’actions et du Programme conjoint UNICEF-UNFPA, un certain
nombre de résultats ont été obtenus. On peut constater une transformation progressive de ces normes en
faveur de leur abandon progressif surtout au niveau des tranches d’âges jeunes. Les principaux progrès portent
sur le nombre important de déclarations publiques d’abandon de l’excision, mais pour être efficaces, celles-
ci doivent être accompagnées d’autres activités et de stratégies d’accompagnement et de suivi. En effet, la
tenue de déclaration publique est une des étapes du changement, mais n’est pas synonyme d’engagement de
la communauté. Aborder frontalement la question des MGF peut être contre-productif. On note le maintien
de l’excision en dépit des déclarations et d’une certaine tendance à la baisse de cette pratique. Les résultats
obtenus sont aussi imputables aux actions notées dans les secteurs de l’éducation et de la santé. Le Plan
d’action a cependant contribué au changement en cours des normes sociales et de comportement, grâce aux
activités de plaidoyer, de sensibilisation et de mobilisation sociale menées au niveau communautaire. Ces
résultats seront utilisés comme leviers pour la présente Stratégie.
De nombreux acteurs et partenaires sont associés au Plan d’action et sont susceptibles d’influer directement
sur son succès ou son échec. Le Gouvernement travaillera avec eux pour apporter le changement désiré et les
principales complémentarités dans la réalisation des ODD en matière de MGF. Les acteurs et partenaires sont
mentionnés dans le cadre de résultats du Plan d’action comme des facteurs pouvant influer sur l’obtention des
résultats de la Stratégie nationale. Les acteurs et partenaires sont le Gouvernement, l’Assemblée nationale,
les services de prévention et de prise en charge, les organisations communautaires et de la société civile, les
médias, le secteur privé, les agences des Nations Unies et les autres partenaires techniques et financiers. Il
faut savoir clairement s’il existe des éléments qui sont essentiels au succès de l’ensemble ou d’une partie de la
Stratégie nationale, mais dont le Gouvernement ne peut pas se charger directement dans sa programmation. Le
Gouvernement et les mécanismes de coopération identifieront des acteurs spécifiques capables de travailler sur
différents résultats, en fonction de leur mandat, de leurs capacités et des ressources à leur disposition. Il sera
important de préciser quelle entité fait quoi, les domaines où la collaboration est nécessaire pour apporter le
changement souhaité, et éviter les chevauchements afin de maximiser l’utilisation des ressources disponibles.
è L’Assemblée nationale
L’Assemblée nationale assurera la viabilité de la loi protégeant les filles contre les MGF. A travers ses
commissions et les réseaux de parlementaires, elle veillera à la bonne vulgarisation de la loi, à son appropriation
par les communautés et à son application. Ces structures parlementaires pourront travailler en réseau avec le
secteur de la justice et les organisations des droits de l’homme. L’Assemblée nationale veillera, en outre, à une
allocation de budget pour les MGF lors du vote des budgets.
Les organisations communautaires et de la société civile, dans leur rôle de contrôle citoyen, assureront
notamment la mobilisation sociale, le plaidoyer auprès des leaders communautaires, et la dissémination des
messages auprès des communautés. Elles participeront également à la prévention et à la prise en charge
et à l’appui psychologique des victimes de MGF. Sont concernées également toutes les organisations non
gouvernementales, nationales et internationales, les religieux et les leaders coutumiers, et les réseaux et
28 Stratégie nationale pour l’Abandon des Mutilations génitales féminines 2022-2030
coalitions d’organisations de la société civile. Parmi les ONG nationales et autres structures, on peut citer les
suivantes : TOSTAN, Centre régional de Formation, de Recherche et de Plaidoyer en Santé de la Reproduction
(CEFOREP), Groupe d’Etude et d’Enseignement de la Population (GEEP), Umbrella Support United ou Unité
d’appui aux organisations de développement (USU), Alliance des femmes pour la Santé, l’éducation et les
stratégies de prévention (WHEPSA), Enda Jeunesse Action, Enfance et Paix, le Réseau Islam et Population
(RIP), l’Eglise catholique, Grand Mother Projet, Réseau des Jeunes pour la promotion de l’abandon des MGF,
etc. Les ONG internationales sont principalement Plan International, Save the Children et Médicos del Mundo.
Parallèlement, certaines organisations ou réseaux ont été mis en place par les populations locales, comme les
associations des ex-exciseuses, les comités de lutte contre les violences faites aux femmes, badianou gokh /
groupements de femmes, etc.
D’autres organisations incluent les Centres de Conseils pour Adolescents (CCA), le Réseau des Journalistes
pour l’Abandon des MGF. Enfin, d’autres acteurs importants sont les leaders religieux (imams et clergé), les
autorités coutumières et chefs coutumiers, les communicateurs traditionnels et les anciennes exciseuses.
è Les médias
Les médias incluent la presse écrite et audiovisuelle, les réseaux des radios communautaires et les associations
et réseaux de journalistes spécialisés, mais aussi les réseaux sociaux. Leurs capacités seront renforcées pour
assurer la diffusion des messages et amplifier les campagnes de sensibilisation, de mobilisation et de plaidoyer
en faveur de l’éradication des MGF.
Les agences du système des Nations Unies, qui sont parties prenantes pour l’abandon des MGF au Sénégal,
notamment à travers le Programme conjoint, sont l’UNFPA et l’UNICEF. D’autres agences seront impliquées
(ONU Femmes, UNESCO, HCDH). D’autres organisations internationales, comme la Banque africaine de
Développement (BAD) financent des actions de sensibilisation pour l’abandon de l’excision.
Les partenaires techniques et financiers appuient la couverture de la chaine d’activités initiées par le
Gouvernement du Sénégal pour la promotion des droits humains et la protection des couches les plus
vulnérables, dont les victimes de MGF. Les organismes bilatéraux financent les programmes sectoriels et
nationaux à côté des agences du système des Nations Unies. Il s’agit notamment de la Coopération allemande
à travers le GIZ, USAID, etc.
è Le secteur privé
Le secteur privé est partie prenante de la lutte contre les MGF en ce qu’il complète l’offre de service de la
pyramide des services publics de santé et met en place les réseaux de distribution des produits nécessaires à
la prise en charge des victimes.
è Autres entités
D’autres entités peuvent être impliquées comme les universités, les instituts de recherche, les chercheurs, les
organismes indépendants de défense des droits de l’enfant, les professionnels qui travaillent pour et avec les
enfants, les associations professionnelles, etc.
Différents facteurs contribuent à la persistance de la pratique des MGF. Les populations qui pratiquent
les MGF les considèrent comme une obligation religieuse, une aide à l’hygiène féminine ou encore
un moyen de contrôler ou de restreindre la sexualité des femmes. Dans de nombreuses régions,
cette pratique est souvent assimilée à un rite de passage marquant l’accès à l’âge adulte et au statut
de femme. Les MGF fonctionnent comme une convention sociale auto-imposée. Cette ‘norme
sociale’ est respectée par les individus et les familles d’une communauté car ils craignent que leur
groupe ou leur société ne fasse l’objet de sanctions sociales s’ils ne perpétuent pas cette pratique12.
Dans les communautés où cette pratique est considérée comme une condition préalable au mariage et où les
femmes dépendent en grande partie des hommes, l’impératif économique peut être un facteur déterminant.
Les MGF assurent également une source de revenus aux praticien(ne)s communautaires qui effectuent les
interventions, même si la pratique est surtout motivée par un soubassement cultuel et religieux. La réticence
des femmes elles-mêmes à abandonner la pratique s’explique par le fait qu’elles la considèrent comme une
tradition ancestrale transmise de génération en génération.
La mesure standard de la prévalence des MGF, y compris l’indicateur utilisé dans la cible 5.3 des ODD,
correspond au pourcentage de filles et de femmes âgées de 15 à 49 ans qui ont subi ces pratiques. Le premier
défi avec cet indicateur est le décalage de temps entre les MGF et la date du signalement de cette dernière.
Ce décalage varie en fonction de l’âge actuel de la répondante et l’âge auquel elle a été excisée. Par exemple,
dans un pays où l’âge moyen des MGF est d’un mois, les répondantes âgées de 15 à 19 ans font état d’un
événement qui a eu lieu en moyenne 15 à 19 ans avant l’enquête. Dans ce cas, l’impact des campagnes
récentes visant à mettre fin aux MGF ne sera pas reflété. Aussi un autre défi lié à la prévalence de la pratique
est la mesure dans laquelle la pratique et les interventions pour l’empêcher sont localisées. Bien que les
interventions puissent viser les zones dans lesquelles la pratique est concentrée, la mesure dans laquelle la
population cible représente la population pratiquante nationale affectera l’impact potentiel sur la prévalence
nationale. Ainsi, un suivi et évaluation plus solides du Plan d’action devra compléter la mesure périodique de
la prévalence des MGF au niveau national par le biais d’enquêtes auprès des ménages.
Par ailleurs, d’autres non moins importants tirés des évaluations des plans d’action ont montré :
le mouvement en faveur de l’abandon des MGF est bien engagé, mais la population ciblée et les auto
rités locales, les acteurs institutionnels et communautaires et les ONG ne se sont pas véritablement
appropriés des Plans d’actions nationaux qui ne sont pas bien connus ;
des faiblesses sont notées dans les interventions relatives à l’offre de services sectoriels de préven
tion et de prise en charge des MGF ;
les plans d’action n’ont pas été utilisés comme des instruments de planification stratégique, laquelle
aurait été assise sur des bases solides de gestion axée sur les résultats ;
12 Voir également UNICEF, Changer une convention sociale néfaste : la pratique de l’excision/mutilation génitale féminine, Centre de
recherche Innocenti, Florence, 2005 ; UNICEF, La dynamique du changement social : vers l’abandon de l’excision/mutilation génitale féminine
dans cinq pays africains, Centre de recherche Innocenti, Florence, octobre 2010 ; UNICEF, Female Genital Mutilation/Cutting: A statistical
overview and
exploration of the dynamics of change, New York, July 2013, p. 14-21.
un sérieux problème d’application de la loi, à laquelle peu font recours, à cause de la culture de
non-dénonciation (seulement huit cas de condamnations connus) ;
L’engagement fort de la société civile notamment des jeunes (mouvement 99-05) et des services au
niveau déconcentré ne trouve pas toujours un écho équivalent au plus haut niveau politique des diffé
rents ministères sectoriels concernés, notamment Justice, Sécurité, Santé, Education et Jeunesse ;
les ressources publiques allouées à la lutte pour l’abandon des MGF restent limitées ;
un dispositif institutionnel très ambitieux avait été proposé pour la mise en œuvre du plan d’action
2010-2015 et son suivi, mais qui n’a pas fonctionné comme prévu, par manque d’engagement des
principaux protagonistes et de moyens financiers ;
les résultats en matière de communication soutiennent un changement profond et durable des normes
sociales et de comportements, mais ils le font de manière insuffisante.
La vision générale qui a émergé durant le processus d’élaboration de la Stratégie est la suivante :
« Un Sénégal sans MGF, où toutes les femmes et les filles jouissent de leurs droits en 2030 »
Cette vision s’inscrit en droite ligne de l’Objectif de Développement Durable n° 5 : Parvenir à l’égalité des
sexes et autonomiser toutes les femmes et les filles et en particulier la Cible 5.3 : Éliminer toutes les pratiques
préjudiciables, telles que le mariage des enfants, le mariage précoce ou forcé et la mutilation génitale féminine.
Respect des droits humains : L’approche basée sur les droits de la personne cible les personnes ou groupes
marginalisés, exclus ou victimes de discrimination. Elle requiert dans la plupart des cas d’analyser les normes
sexospécifiques, les différentes formes de discrimination et les déséquilibres de pouvoir afin de veiller à ce
que les interventions bénéficient bien aux segments les plus marginalisés de la population. L’approche de la
programmation basée sur les droits humains fait aussi référence aux obligations de l’état et des différents
acteurs par rapport aux pactes et conventions relatives aux droits de la personne, ainsi qu’aux mécanismes
de suivi de ces instruments internationaux et régionaux. Enfin, la Stratégie nationale va aussi reposer sur les
principes directeurs de la Convention relative aux droits de l’enfant : la non-discrimination, la priorité donnée
à l’intérêt supérieur de l’enfant, le droit à la santé reproductive, le droit à la vie, à la survie et au développement
et le droit de participer. Ils représentent les conditions nécessaires à l’exercice de tous les droits.
Equité et égalité : La Stratégie visera à rendre la fille et la femme maitresses de leur corps et à renforcer
l’autonomisation de la femme. Les MGF sont en réalité la résultante de relations socialement construites
dans un contexte particulier, dans le but de conférer aux membres des groupes des rôles sociaux en rapport
avec divers facteurs de leur identité qui vont au-delà du sexe de la personne concernée. Ces facteurs peuvent
également être l’âge, la classe sociale, le milieu géographique, l’ethnie, la race, la religion, etc. Il convient
d’assurer une bonne compréhension de la différenciation des rôles et attitudes entre les sexes face aux MGF,
pour suggérer des politiques, stratégies et interventions afin de s’attaquer au problème des MGF. Considérant
la complexité du fléau, son enracinement dans les sociétés, et le grand nombre d’acteurs et de domaines
concernés, les méthodes d’analyse fondées sur le genre seront privilégiées durant la mise en œuvre du Plan
d’action national pour l’éradication des MGF.
Culture : La pratique des MGF est liée à des traditions culturelles. En effet, les coutumes et traditions
doivent être respectées en tant que manifestations authentiques d’une culture communautaire et n’ont pas à
être examinées dans la perspective des droits énoncés dans la Déclaration universelle des droits de l’Homme.
Ainsi, les stratégies de lutte contre les pratiques traditionnelles et plus particulièrement la pratique des MGF
doit reposer sur des données sociologiques et culturelles. La connaissance des valeurs socioculturelles des
groupes cibles est une nécessité car la dimension des représentations culturelles joue à ce niveau un rôle
Redevabilité : L’intervention devra prévoir la mise en place d’un dispositif permettant à l’Etat, aux
organisations et partenaires institutionnels et aux communautés impliquées dans la mise en œuvre de remplir
et de respecter leurs responsabilités légales et éthiques et d’utiliser leurs pouvoirs de façon responsable. Ce
Renforcement de la responsabilité politique et sociale pour soutenir et suivre les progrès vers l’élimination des
MGF à tous les niveaux, à la fois dans les contextes de développement et crises humanitaires.
Transparence : Ce principe implique une gestion transparente des ressources à tous les niveaux et l’obligation
de rendre compte aux communautés, aux partenaires techniques et financiers. Il s’agit du rapport que va
entretenir l’Etat avec ses citoyens quant à l’information et à la transparence sur son activité
Multisectorialité : Les activités liées à la lutte contre les MGFs ne peuvent être portées et menées exclusivement
par un seul secteur. Il est donc important que toutes les initiatives promeuvent la participation, la collaboration,
la complémentarité et la coordination entre les secteurs clés impliqués en particulier, la santé, l’éducation, le
secteur législatif et juridique, la sécurité, les forces armées, les collectivités, etc. Il faudra nécessairement une
collaboration intra sectorielle et intersectorielle et une solidarité entre les acteurs.
Approche inclusive : Ce principe promeut la prise en compte de la diversité des besoins de tous et de toutes.
Il tient compte des différents besoins et capacités dus à d’autres facteurs sociaux tels que l’appartenance
ethnique, le statut socio-économique ou le statut de handicap.
- la mise en place d’un système de gestion des connaissances et système d’information opérationnel et
performant
- la mise en place d’un mécanisme de prévention et de gestion des chocs et catastrophes (sanitaires,
sociales, politiques, etc.).
Ce résultat a pour objectif de renforcer le partenariat avec les collectivités territoriales et les acteurs
institutionnels et communautaires, de même que leurs capacités et leur engagement résolu et organisé dans
le processus d’abandon des MGF. En particulier, il s’agira de renforcer le partenariat entre le niveau national
(ministères, institutions, partenaires au développement, ONG, etc.) et les collectivités territoriales et acteurs
communautaires. Le Gouvernement, les élus et les collectivités territoriales sont compétents pour établir et
mettre en œuvre des politiques, législation et cadres règlementaires conformes aux textes et conventions
adoptés mais aussi de mobiliser des financements pour favoriser l’abandon des MGF.
Le secteur de l’Education Nationale et de la Formation Professionnelle est un maillon très important dans le
processus d’abandon des MGF car il permet d’une part d’intervenir dans les coins les plus reculés, et d’autre
part de toucher les leaders locaux les plus influents à tous les échelons territoriaux. Des études antérieures
indiquent un taux de prévalence plus faible des MGF et un soutien accru pour l’abandon de cette pratique
chez les femmes ayant un niveau d’instruction élevé par rapport à celles qui ont des niveaux inférieurs13.
C’est pourquoi ce secteur est stratégique pour l’atteinte des résultats de la Stratégie. Il est attendu que les
groupes participants (élèves, enseignants, parents d’élèves, communautés, etc.) soient engagés et mobilisés
pour l’éradication des MGF grâce à une communication adaptée. Pour cela, ce secteur mettra en place un
certain nombre de mesures pour que la communauté éducative soit mieux outillée pour contribuer à l’abandon
des MGF. Parmi celles-ci, il y a le développement, la validation et l’intégration de modules MGF dans le
curricula. Il est aussi prévu des activités de plaidoyer de haut niveau pour une contribution financière du
secteur de l’éducation au Plan d’action sur les MGF. Aussi, il sera nécessaire de s’associer à des organismes
qui soutiennent les filles qui restent à l’école et les activités communautaires en milieu scolaire à l’appui de
l’amplification du changement des normes sociales. En outre, le Plan d’action apportera un appui aux clubs de
jeunes filles et clubs EVF et à toutes structures scolaires et extra scolaires. Dans ce contexte, le secteur Jeunesse
et Culture va contribuer à une réduction significative de l’incidence des MGF grâce à la sensibilisation pour
le changement social et de comportements. Il est aussi attendu que les jeunes affectés par les MGF soient pris
en charge dans les Centres Conseils Adolescents (CCA) du Ministère de la Jeunesse et les Districts sanitaires.
La participation active des associations des mères d’élèves dans les activités de sensibilisation sur l’excision
sera fortement recommandée.
Une des stratégies fondamentales dans l’abandon des MGF est de faciliter l’accès des filles et des femmes à
des services systémiques adéquats de qualité en matière de prévention, de protection et de prise en charge.
Il est indispensable de prévenir les MGF et d’intervenir quand elles sont en préparation ou quand elles ont
lieu afin de garantir le droit des enfants. Une protection efficace de l’enfant commence par la prévention,
notamment par la garantie d’une accessibilité aux services sociaux de base et l’équité dans l’élaboration et la
mise en œuvre des politiques et programmes. En complément de la prévention, la prise en charge est une étape
Les interventions comprendront l’appropriation de la loi et la mise en œuvre de lois qui incluent de solides
clauses antidiscriminatoires reflétant les normes internationales. Cela passera par le renforcement des capacités
des acteurs de la chaine judiciaire à savoir les forces de défense et sécurité et les acteurs de la justice. Le
soutien comprendra également la mise en place de services de soutien intégrés complets, adaptés aux enfants
et tenant compte des disparités entre les sexes par des professionnels formés pour aider celles qui ont été
excisées, et l’élaboration de directives et des procédures spécifiques de protection de l’enfance et d’égalité des
sexes qui permettent à la police, aux procureurs, aux juges et aux travailleurs sociaux d’interroger, d’évaluer,
d’enquêter et de juger correctement les cas de MGF. Un module de formation sur les MGF sera proposé dans
la formation initiale et continue de l’école de police. Des rencontres de sensibilisation devront être organisées
pour permettre aux populations de connaitre les mesures juridiques. Des actions devraient être entreprises
pour limiter la pratique transfrontalière à travers la coopération entre les autorités juridiques du Sénégal et des
pays limitrophes.
Les mesures de promotion sont fondamentales pour améliorer la réalisation des droits de l’enfant en général,
le bien-être des filles et de leurs familles, et leurs capacités. L’inclusion de ce volet dans cette Stratégie est
un rappel de l’importance de ne pas se focaliser uniquement sur la prévention des MGF ou d’y répondre
effectivement, mais aussi de la nécessité d’améliorer le contexte global dans lequel les filles et leurs familles
vivent. L’amélioration des conditions de bien-être des filles et de leurs familles aura un rôle déterminant sur
la réduction de la vulnérabilité et des dangers auxquels les enfants sont exposés. Les mesures de promotion
cherchent à répondre aux préoccupations d’équité sociale et d’exclusion. Elles comprennent des changements
au cadre réglementaire visant à protéger « les groupes socialement vulnérables » contre la discrimination
et les abus, ainsi que la sensibilisation sociale sur les droits des filles pour transformer les attitudes et les
comportements du public et améliorer l’équité sociale.
La Stratégie nationale reconnaît la nécessité de résorber la pauvreté et les inégalités de manière plus holistique
dans la promotion de l’abandon des MGF et la réalisation d’un développement durable. En ce qui concerne
l’inégalité entre les sexes, la tâche comprendra la transformation des rôles des hommes et des femmes et leurs
relations de pouvoir et l’intégration des activités de lutte contre les MGF dans les programmes de lutte contre
La Stratégie prévoit que les familles, les chefs traditionnels et religieux, les acteurs culturels et de la
communication, les influenceurs communautaires mettent en place des plateformes de dialogue communautaires
fonctionnels. En effet, les MGF sont une norme sociale qui implique une pression sociale pour se conformer à
ce que les autres ont fait ou font, le besoin d’être accepté socialement et la peur du rejet par la communauté ;
il s’agit là de fortes motivations pour perpétuer la pratique14. Dans certaines communautés, les MGF sont
pratiquées par tous et incontestées. En conséquence, les interventions visant à changer les normes sociales
ciblent les groupes sociaux plutôt que de se concentrer sur le changement de comportement individuel. Le
Plan d’action continuera à sensibiliser, à encourager le dialogue, à s’engager à rechercher un consensus et
à faciliter l’implication des communautés en faveur de l’abandon collectif des MGF. Les interventions de
la Stratégie nationale sont conçues avec l’idée que l’abandon des MGF à une échelle importante doit être
systémique et que changer les normes sociales est un processus lent et progressif. Ainsi, il demeure essentiel
de renforcer la communication pour le changement de normes sociales et de comportement à travers la création
de plateformes de dialogue au niveau communautaire. Ces plateformes devraient être le lieu pour les membres
de la communauté d’échanger, de discuter et de partager leur appréhension sur la pratique. Elles devraient
non seulement regrouper les femmes et les filles mais aussi les hommes (adultes et jeunes) qui pourraient
être des influenceurs pour l’abandon de la pratique. Des outils de communication de masse et de dialogue
communautaire et interpersonnel, favorisant le débat communautaire seront promus.
L’une des activités importantes de cette Stratégie sera de soutenir la création et/ou le renforcement de
partenariats et d’alliances stratégiques autour de l’élimination des MGF et de la réalisation de l’égalité des
sexes. La création de mouvements sera réalisée en facilitant les échanges, la collaboration et les partenariats
entre les acteurs du lien humanitaire-développement-paix. Les efforts cibleront un large éventail d’acteurs, y
compris, mais sans s’y limiter, les organisations dirigées par des femmes, les groupes dirigés par des jeunes,
les groupes de la société civile - y compris les organisations constituées de groupes vulnérables/marginalisées
- les Gouvernements, les organisations multilatérales et d’autres défenseurs clés des droits de l’homme. Ce
produit intègre les campagnes digitales en rapport avec les MGF menés en relation les organisations de jeunes.
L’abandon des MGF requiert la coordination de toutes les forces, aussi bien du côté des institutions
gouvernementales centrales et décentralisées, que des organisations non gouvernementales et bailleurs de
fonds. La Stratégie vise à créer un système de coordination, en renforçant significativement la coopération
interdisciplinaire et interprofessionnelle de tous les secteurs, et toutes les instances et personnes impliquées.
Ce système de coordination sera composé d’un système national de coordination incluant le comité technique
et une cellule de coordination qui assure la mise en œuvre et le suivi des activités du plan d’action. La cellule
de coordination doit veiller à la redevabilité des parties prenantes en termes de mobilisation des ressources et
leur
14 UNICEF, 2015
Il faudra aussi renforcer l’implication et les capacités des Comités Départementaux de Protection de
l’Enfant (CDPE), présidés par les Préfets des départements et qui chapeautent aussi des réseaux d’acteurs
communautaires engagés à travers les Comités Locaux de Protection de l’Enfant (CLPE) et les Comités
Villageois de Protection de l’Enfant (CVPE), pour leur permettre d’avoir une bonne compréhension des droits
humains, du genre, des normes sociales et des pratiques néfastes des MGF.
Cette Stratégie visera le renouvellement des connaissances afin de mieux comprendre les dynamiques actuelles
autour des MGF et de monitorer la portée des interventions, afin d’ajuster les approches pour plus d’efficacité
et de portée. Il s’agira plus précisément de mener des études, évaluations et recherche et analyses approfondies
pour améliorer les connaissances sur les MGF. Il convient aussi de s’inspirer des bonnes pratiques qui mènent
à des résultats tangibles. L’identification et le partage de ces pratiques restent une valeur de référence pour
l’amélioration progressive des activités.
Par ailleurs, une Stratégie opérationnelle pour assurer la mise en œuvre du Plan comme outil de planification
stratégique, est l’utilisation d’un Système d’information et de gestion des données performant, harmonisé et
consensuel. Il demeure ainsi important de disposer d’une base de données centralisée sur les MGF incluant
l’ensemble des données des secteurs sur la question. Les données issues du dispositif de signalement, de
prévention, de dénonciation et de réponse au MGF seront intégrées et permettront de faire un suivi rapproché
des victimes. Il demeure donc indispensable de mettre en place ce précédent dispositif et d’identifier les
acteurs concernés, leurs rôles et responsabilités pour garantir une efficacité des interventions. Cette plateforme
permettra aussi de cartographier les indicateurs sur les MGF et de prendre des décisions basées sur des faits
probants. Ce sera un dispositif qui pourrait être mis à contribution dans le cadre de crises humanitaire car
elle pourra être utilisée comme un système d’alerte précoce. Pour une bonne efficacité des interventions, il
demeure important d’impliquer les universitaires et les centres de recherche. Plus spécifiquement, l’Unité pour
l’Equité de Genre au niveau du Ministère de l’Enseignement Supérieur sera fortement mise à contribution.
Les hypothèses suivantes seront considérées pour une bonne mise en œuvre des interventions :
- l’engagement politique : La volonté politique, notamment les discours tenus par les plus hautes autorités
(Président, Ministres), les changements législatifs, les allocations budgétaires et les investissements
financiers sont indispensables pour une atteinte des objectifs ;
En outre, l’identification des risques au début du processus de la Stratégie nationale permet de concevoir des
stratégies indiquées qui peuvent aider à maîtriser ces risques, de sorte que les acteurs puissent mieux tirer
profit des nouvelles opportunités et atténuer les menaces. Dans le cadre de sa mise en œuvre, la Stratégie
nationale vise à atténuer de multiples risques liés à l’élimination des MGF. Les risques sont liés au contexte
Stratégie nationale pour l’Abandon des Mutilations génitales féminines 2022-2030 37
du pays, à la formulation ou à la mise en œuvre des programmes, aux partenaires, aux ressources financières
et à la réputation. Les principaux risques sont :
- le taux de croissance démographique qui peut remettre en question les mesures de prévalence
puisqu’affectée à une catégorie d’âge ;
- l’instabilité institutionnelle :
- les troubles politiques : Les troubles politiques et les situations de sécurité entravent ou restreignent
complètement la mise en œuvre ;
- les crises humanitaires : Les crises humanitaires (incluent les catastrophes naturelles) entravent ou
restreignent complètement la mise en œuvre telle que la COVID 19 ;
- l’insuffisance de ressources financières : pas un financement suffisant pour produire des résultats à
l’échelle en raison des changements dans les priorités des partenaires ou d’autres raisons ;
- la réticence des communautés par rapport au changement social : Risque lié à la sensibilité culturelle
du sujet, risque de réaction conservatrice au sein des communautés.
Ce Comité a pour responsabilité de valider la mise en œuvre de la Stratégie et du Plan d’action pour l’abandon
des MGF. Il se réunit au moins une fois l’an sous la présidence effective du Premier Ministre et regroupe
l’ensemble des Ministres impliqués dans la mise en œuvre des interventions.
la coordination technique vise à garantir une harmonisation et une coordination des interventions pour éviter
la dispersion des activités et en vue d’une plus grande efficacité et efficience. il a pour but de i) superviser
la mise en œuvre de la stratégie et du plan d’actions, ii) définit les lignes directrices, iii) valide les états
d’avancement et iv) facilite la mobilisation des ressources. ce comité est présidé par le ministre de la femme,
de la famille du genre et de la protection des enfants. sa composition sera revue et actualisée en vue d’intégrer
certains départements ministériels, des organisations ou cadres de concertation des jeunes et autres acteurs
de la société civile concernés par la problématique des mgf. le comité assistera une cellule de coordination
dans sa mission, notamment en lui fournissant l’assistance technique requise et se réunira chaque semestre.
ce comité fait office de comité de pilotage. il va regrouper l’ensemble des ministères sectoriels, les ong
partenaires sur les mgf, ainsi que les partenaires techniques et financiers.
La Cellule de Coordination nationale placée sous la tutelle de la Direction de la Famille du Ministère chargé
de la Famille, sera l’organe de coordination et d’appui de l’ensemble des activités se rapportant au mouvement
pour l’abandon des MGF dans le cadre du Plan national. Elle répondra au Comité technique national de
Coordination. Ses principales missions sont :
Le Comité technique national sera représenté au niveau des régions et des départements par les Comités
régionaux pour l’abandon des MGF et les Comités départementaux pour l’abandon des MGF. Les missions
des Comités régionaux et départementaux seront les suivantes :
assurer l’interface avec les partenaires financiers internationaux et nationaux intervenant dans les
régions ;
promouvoir le plaidoyer sur le plan financier, politique, religieux et communautaire ; et élaborer les
rapports d’exécution et capitaliser les expériences.
Les comités déconcentrés seront présidés par l’autorité administrative la plus élevée (Gouverneur pour
les régions et Préfet pour les départements). Ils vont regrouper les services techniques déconcentrés et
décentralisés, les communautés, les ONG partenaires, les OCB, et autres partenaires intervenant sur les MGF
dans ces localités. Les comités régionaux se réuniront une fois par trimestre pour le suivi-évaluation. En cas
de besoin, les comités régionaux pourront examiner les questions d’importance dans le cadre des Comités
régionaux de Développement (CRD).
- Les Comités communaux seront érigés au niveau des communes et sont présidés par les maires. Ils sont
chargés de mener les activités liées à la Stratégie au sein de leurs localités. Ils assureront la liaison avec
les comités départementaux/arrondissements. Plus spécifiquement, il s’agira :
- d’assurer le lead pour toutes les actions de la cellule au niveau des communes ;
- d’assurer la collecte de données ;
- de mener des activités de mobilisation sociale et de plaidoyer ;
- de mener des actions de sensibilisation auprès des leaders communautaires et religieux.
Les Comités communaux de Protection de l’Enfance seront considérés dans les zones où ils existent et
renforcés, sinon de nouveaux comités seront créés au niveau communal. Les Comités tiendront une réunion
mensuelle pour faire l’état de la situation dans la communauté.
Les Comités villageois ou de quartier assureront la liaison entre les Comités communaux et les communautés.
Ils mèneront aussi des activités de sensibilisation et de mobilisation sociale dans les communautés et dans
d’autres communautés interconnectées. Enfin, ils interviendront en cas de violation des droits des filles. La
mission des Comités au niveau communautaire sera de veiller à la protection des filles et des femmes de la
communauté pour assurer l’abandon effectif de l’excision. Les Comités seront composés de 17 membres élus
démocratiquement par la communauté. Une place importante devra être réservée aux jeunes. L’Acteur Porteur
de Dynamiques Communautaires (APDC) assurera le Secrétariat. Dans les villages ou quartier où des comités
fonctionnels existent, ils seront considérés et renforcés sinon de nouveaux comités seront créés.
Les Comités tiendront une réunion mensuelle pour faire l’état de la situation dans la communauté.
Les acteurs traditionnels et culturels seront impliqués dans les différents comités
Cette Stratégie visera aussi le suivi et l’évaluation du Plan national sur la base de la Théorie du Changement
et de résultats précis et formulés sur les principes de la Gestion Axée sur les Résultats. Les indicateurs de suivi
identifiés dans le Cadre de résultats seront essentiels pour faire le point régulièrement sur l’état d’avancement
de la mise en œuvre du Plan d’action et formuler des leçons et recommandations en vue de l’atteinte de ses
objectifs.
- de réunir les données nécessaires pour informer les parties prenantes impliquées dans la mise en œuvre
des interventions ;
- de suivre la performance des indicateurs de suivi pour mesurer la performance des interventions dans
la lutte contre les MGF ;
Le suivi se fera de façon régulière en utilisant la plateforme de suivi et de gestion des données et touchera tous
les secteurs à tous les niveaux à l’échelle régional, départemental et communautaire.
Le suivi sera alimenté par des revues et des rapports annuels sur la mise en œuvre du Plan national et des
mécanismes de suivi au niveau décentralisé seront également proposés.
Par ailleurs, cette Stratégie comprendra une évaluation régulière du Plan, avec une révision à mi-parcours
externe et une évaluation finale externe du Plan d’action national, qui seront effectuées par des consultants
indépendants, respectivement en 2024 et en 2026. Ces efforts permettront une analyse des résultats atteints,
des leçons apprises et des pistes pour le futur.
Le suivi et l’évaluation seront assurés selon les critères et modalités de gestion axée sur les résultats. Les
supports et cadre de référence pour le suivi et l’évaluation sont :
- le cadre de résultats ;
Le tableau qui suit donne l’ensemble des résultats attendus ainsi que les indicateurs qui feront l’objet de
suivi et évaluation pour la mesure de la performance :
Tableau 1: Cadre de résultats
Effets à moyen Les communautés en particulier les Proportion de communautés des zones à forte pré-
terme femmes et les jeunes (G/F) capacités s’en- valence MGF ayant fait une déclaration ;
gagent dans un vaste mouvement pour un Proportion de communautés ayant fait une DPA des
changement des normes sociales et com- MGF qui dispose de cellule de veille fonctionnelle.
portements favorables à l’abandon de la
pratique des MGF.
Les femmes et les filles affectées ou à Nombre de femmes et de fille ayant terminé un pro-
risque, réclament leurs droits à des ser- gramme de renforcement de capacité devenu agents
vices intégrés de qualité pour la préven- de changement.
tion et la prise en charge des MGF.
Les autorités étatiques, les partenaires Proportion du budget destiné aux MGF dans le
techniques et financiers, les collectivités budget de l’Etat ;
locales et la société civile ont accru leur Proportion des collectivités des zones de forte pré-
responsabilité dans l’élaboration, le finan- valence ayant inscrit une ligne budgétaire sur les
cement, la mise en œuvre et le S&E de MGF dans leur budget.
politiques, programmes, cadres règlemen-
taires fondées sur des données probantes
et le respect de leurs obligations.
Produit 3: Ren- L’offre de services de soins est améliorée Nombre de prestataire de santé compétents sur la
forcement du par le renforcement des équipements et la prévention et la prise en charge des cas de MGF ;
dispositif sani- formation des prestataires sur la prise en Nombre d’acteurs communautaires formés sur la
taire charge holistique des victimes. prévention et la prise en charge des MGF ;
Nombre de structures de santé équipées/outillées
pour la prévention et la prise en charge des MGF.
Produit 8 : Dispositif de coordination opérationnel et Taux d’exécution du plan d’action (physique, finan-
Dispositif de performant est mis en place. cière).
coordination
opérationnel et
performant
Produit 9: Gé- Des études, évaluations et recherche et Un document de référence sur les procédures de
nération de analyses approfondies sont menées et dis- signalement et de prise en charge des cas de MGF
données et faits séminées pour améliorer les connaissances est élaboré ;
probants sur les MGF. Une plateforme de signalement des cas et de ges-
tion des données est mis sur place ;
Nombre de cas de MGF enregistré à travers le sys-
tème d’information ;
Nombre de cas de MGF enregistrés à travers le sys-
tème d’information référés ;
Nombre de recherches, d’études et d’évaluations
sur les MGF menées et disséminées pour informer
la formulation des politiques et la programmation
en vue de l’élimination des MGF.
- favoriser des partenariats publics-privés avec les opérateurs de téléphonie (ex. contribution symbolique
pour le financement des activités MGF) ;
- organiser un forum avec l’ensemble des parties prenantes (Ministères chargé des finances et autres
acteurs du secteur public, etc.) pour discuter et solliciter la participation du Gouvernement ;
- faire un plaidoyer pour la participation des sociétés privées dans le cadre de leur responsabilité sociétale
d’entreprise dans les zones à forte prévalence (ex. Sabadola) il faut orienter l’expression des besoins
au niveau local dans le cadre du plaidoyer ;
- organiser des téléthons et diner de cœur pour collecter des fonds pour la mise en œuvre de la Stratégie ;
- organiser un plaidoyer pour changer la nomenclature des budgets afin de faciliter l’intégration d’un
budget MGF ;
- prévoir des financements dans les plans locaux de développement au niveau territorial ;
- organiser des CDD et CRD pour mobiliser les fronts et faciliter la mobilisation des fonds ;
- organiser la Journée internationale Tolérance Zéro à l’égard des mutilations génitales féminines et
solliciter le financement de la Stratégie.
Des requêtes de financement seront aussi organisées auprès des partenaires techniques et financiers dont
les domaines d’interventions peuvent prendre en compte les MGF à savoir, UNICEF et UNFPA à travers
le programme conjoint, coopération belge, coopération luxembourgeoise, Italie, USAID, Coopération
canadienne, etc.
Le renforcement du partenariat sur le plan régional et sous régional sera promu pour la mise en œuvre en
particulier d’actions transfrontalières pour la lutte contre les MGF.
La communication intègre aussi les supports et/ou mécanismes qui existent ou qui seront développés afin que
les différentes parties prenantes puissent être informées à temps et à une fréquence régulière. Le tableau qui
suit présente le plan de communication entre les différentes parties prenantes.
Tableau 2: Plan de communication de la Stratégie MGF
Les détails sur les risques et les atténuations sont présentés ci-dessous (Tableau 3).
Tableau 3: Risques et atténuations
Changement de contexte Faible/moyen Moyen Les plans stratégiques sont conçus pour mettre en œuvre
politique les priorités nationales en consultation avec les différents
acteurs et être en harmonie avec celles-ci. L’engagement
des branches législatives et exécutives permettra un haut
degré de continuité et de durabilité de l’action par le ca-
nal des ministères de premier plan. Les engagements na-
tionaux consacrés dans les déclarations et les conventions
internationales seront également utilisés comme base pour
le maintien de l’action.
Troubles politiques Moyen Élevé Lorsque l’orientation stratégique, la gestion des perfor-
mances et l’atteinte des résultats ne peuvent plus se dérou-
ler comme prévu, les intervenants effectuent un exercice
de criticité du programme qui réduit la programmation au
minimum réalisable. Dans la mesure du possible, les acti-
vités du Plan d’action se poursuivront dans les régions non
touchées. L’appui technique sera renforcé pour aider les
acteurs à redéfinir leurs livrables et à redéployer les fonds
nécessaires pour atteindre les objectifs.
Crises politiques Faible Faible Les intervenants envisageront les catastrophes possibles et
passeront temporairement à une réponse d’urgence dans
les régions touchées, ce qui inclut les filles et les femmes
à risque ou affectées par les MGF. Dans la mesure du pos-
sible, les activités de programme dans les régions non tou-
chées se poursuivront et les activités du programme sur les
MGF seront réactivées dans les régions touchées le plus tôt
possible, y compris pendant la phase de reconstruction.
Plans d’action :
Plan d’action national pour l’accélération de l’abandon de l’excision (2010-2015), République du
Sénégal, Février 2010 ;
Evaluation Finale de la mise en œuvre du 2ème Plan d’action national pour l’accélération de l’abandon
de l’excision (2010-2015) au Sénégal, Rapport, Christian Privat, Consultant international, Dr Cheikh
Moussa Camara, Consultant national, 24 Octobre 2018 ;
Evaluation du Plan d’action national pour l’abandon de la pratique des mutilations génitales féminines
(2001-2005), Mme Astou Diop-Diagne, Consultante, Ministère de la Famille, de la Solidarité Nationale,
de l’Entreprenariat Féminin, Dakar, Septembre 2008.
Loi :
Loi n° 99-05 du 29 janvier 1999 modifiant certaines dispositions du Code pénal et interdisant les MGF ;
L’état d›application de la loi sur l’excision au Sénégal, Ministère chargé de la Famille, UNFPA, UNICEF,
Décembre 2010.
Programme conjoint :
Programme conjoint MGF Phase 3, Plan d’action de contextualisation, PowerPoint, 31 octobre 2017
Cadre des résultats du Programme conjoint assorti des références et cibles indicatives.
Etude de cas de pays, évaluation conjointe du Programme conjoint UNFPA/UNICEF sur les mutilations
génitales féminines/excision : accélérer le changement, 2008-2012, juillet 2013
Joint evaluation of the UNFPA/UNICEF joint programme on the abandonment of female genital
mutilation: accelerating change phase 1 and 2 (2008-2017), Terms of Reference, UNFPA/UNICEF
Joint evaluation of the UNFPA/UNICEF joint programme on the abandonment of female genital
mutilation: accelerating change phase 1 and 2 (2008-2017), Update on the evaluation data collection,
Alexandra Chambel, September 2018
Programme commun de lutte contre la mutilation génitale féminine et l’excision, Page web : http://www.
unfpa.org/fr/programme-commun-de-lutte-contre-la-mutilation-g%C3%A9nitale-f%C3%A9minine-
et-lexcision
Rapport annuel 2016, Programme conjoint UNFPA-UNICEF sur les Mutilations génitales féminines /
Excision : Accélérer le changement, UNFPA-UNICEF.
Autres rapports annuels du Programme conjoint UNFPA-UNICEF (2012, 2013, 2014, 2015).
Rapport de l’atelier de planification du Programme conjoint par UNICEF-UNFPA sur les MGF, présenté
par Dr Cheikh Moussa Camara, Sociologue/Consultant/Facilitateur, Décembre 2016.
Atelier de priorisation et de planification stratégique autour de la Phase III du Programme conjoint pour
l’abandon des Mutilations Génitales Féminines, Termes de Référence, 7-9 Décembre 2017.
Evaluation conjointe, Programme conjoint UNFPA-UNICEF sur les Mutilations Génitales Féminines
/ Excision, Accélérer le changement, 2008-2012, Résumé Général (UNFPA, UNICEF) : http://www.
unfpa.org/admin-resource/unfpa-unicef-joint-evaluation-unfpa-unicef-joint-programme-female-genital
Evaluation conjointe, Programme conjoint UNFPA-UNICEF sur les Mutilations Génitales Féminines /
Excision : Accélérer le changement, 2008-2012, Sénégal, Bureau de l’évaluation, UNFPA, Bureau de
l’évaluation, UNICEF, New York, Juillet 2013.
Joint Evaluation of the UNFPA-UNICEF Joint Programme on the Abandonment of Female Genital
Mutilation: Accelerating Change, Phase I and Phase II (2008-2017), Evaluation conclusions and
recommendations, JP Annual Technical Consultation, Cairo, June 11 2019, Evaluation Offices of
UNICEF and UNFPA, 2019.
Allocution de Madame Rose Gakouba, Représentant Résident (p.i) de l’UNFPA Sénégal au nom des
partenaires du Programme Conjoint (UNICEF/UNFPA), Atelier de priorisation et de planification
stratégique en vue de la phase III du Programme Conjoint pour l’abandon des Mutilations Génitales
Féminines (MGFs), Lac Rose, 6 Décembre 2017.
Etudes :
Mise en œuvre du cadre international et régional des droits de la personne en vue de l’élimination des
mutilations génitales féminines, UNFPA, Novembre 2014.
Etude d’impact des déclarations d’abandon de l’excision au Sénégal, UNFPA, Centre d’Etude de
Recherche et d’Appui au Développement (Dakar), Janvier 2016.
Etude sur la pratique des Mutilations Génitales Féminines chez les filles au Sénégal, Déterminants,
Dynamique de Baisse et Sources de Changement entre 2005 et 2010, Ministère de l’Economie, des
Finances et du Plan, Direction Générale du Plan, Direction de la Population et de la Planification du
Développement Humain, UNFPA, Centre d’information et de Documentation en Population.
Stratégie nationale pour l’Equité et l’Egalité de Genre 2016-2026 (SNEEG), Ministère de la Femme, de
la Famille et de l’Enfance.
Plan d’action national pour l’Eradication des violences faites aux femmes et la Promotion des Droits
Humains (2017 – 2021), validé le 29 Février 2016.
Autres stratégies et plans d’action préparés par le Sénégal dans d’autres domaines sociaux.
Autres stratégies et plans d’action préparés par d’autres pays sur les MGF.
17 méthodes pour mettre fin aux MGF/E : enseignements tirés sur le terrain
National Policy and Plan of Action for Elimination of FGM in Nigeria 2013-2017
Plan stratégique national de promotion de l’élimination des mutilations génitales féminines au Burkina
Faso 2016-2020
Autres documents :
Understanding the Relationship between Child Marriage and Female Genital Mutilation: A statistical
overview of their co-occurrence and risk factors, UNICEF
Abdoulaye Sow, La contre argumentation culturelle comme stratégie culturelle de lutte contre la
pratique des mutilations génitales féminines. Le cas de la société Haalpulaar en Mauritanie. Equipe de
Recherches sur les Mutilations génitales féminines, Faculté des Lettres et Sciences Humaines, Université
de Nouakchott Mauritanie. Septembre 2017
Direction de la Famille2022-2030
et de la Protection des Groupes Vulnérables
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