DOCUMENT CONFECTIONNE PAR MONSIEUR NDOUR TEL.
77-621-80-97
PHILOSOPHIE ET SCIENCE
INTRODUCTION
La relation entre la philosophie et la science semble être à la foi conflictuelle et complémentaire. Les
principes de la science sont certes indépendants de ceux de la philosophie, mais si nous interrogeons l’histoire des
sciences nous nous rendons compte que la philosophie était la Mère de toutes les sciences ; Les premiers
philosophes à l’image d’Aristote désignaient par philosophie « Le système général des conceptions humaines ».
Qu’en est-il aujourd’hui de ce système général ? Comment pouvons-nous juger la pertinence de la philosophie qui
renouvelle sans cesse son objet ? Est-il possible de parler de complémentarité entre philosophie et science ?
I-) LES RAPPORTS DE SIMILITUDES (RESSEMBLANCES)
La philosophie annonce FREUD : « ne s’oppose pas à la science, se comportant elle-même comme la
science, elle en emprunte les méthodes mais s’en éloigne en se cramponnant à des chimères, en prétendant
offrir un tableau cohérent et sans lacune de l’univers ». La science comme la philosophie compte toutes deux de
rendre compte de l’intelligibilité des phénomènes naturels et culturels. Elles sont contre les évidences. Ce faisant
ces deux activités de l’esprit humain se fondent sur le principe et l’usage de la raison. Pour mieux s’approprier du
réel la philosophie et la science mettent en place des concepts. Elles s’appuient sur une méthode réflexive faisant
appel à la cohérence et à la rigueur. Ces deux types de pensées se caractérisent par la recherche de la vérité. C’est
pourquoi elles refusent le dogmatisme. A proprement parler ne faudrait-il pas évoquer avec Nietzsche Que la
science du moment elle refuse l’absence d’unanimité et/ ou le pluralisme des interprétations développe une volonté
de vérité réactive qui s’oppose à la vie « la science elle-même repose sur une croyance, il n’est de science sans
postulat » dira-t-il. Et vouloir la vérité signifierait s’inventer un autre monde et de ce fait on finira par nier ce
monde ci de façon globale on en repousser une partie. Ainsi pour BACHELARD « une expérience scientifique
est une expérience qui contredit l’expérience commune ». Par exemple, l’évidence sensible considère que c’est
le soleil qui tourne autour de la terre alors que la science affirme le contraire. Parallèlement l’activité philosophique
s’oppose à la conscience collective. L’usage de la raison fait voler en éclat tout un ensemble de tradition et de
préjugés solidement ancrés. Jacqueline Russ reconnait qu’ « accéder à la philosophie c’est rompre d’avec les idées
établies, recevoir le baptême philosophique, c’est repartir à zéro ».
Par ailleurs, il faut reconnaitre que non seulement la philosophie n’est pas la science et plus une science en mais
encore est-elle une connaissance positive ? Encore une fois la philosophie n’est pas la science et les tâches diffèrent.
Il ne s’agit plus pour la philosophie de posséder le savoir ou d’arriver à des résultats, mais seulement pour parler
comme WITTGENSTEIN « montrer à la mouche comment sortir de la bouteille ». Elle est un discours, une
épistémologie, une connaissance de la science de ses propres limites.
III-) LES RAPPORTS D’OPPOSITION
La philosophie et la science ont des différences de méthodes, d’orientations et de préoccupations. La science
est caractérisée par son objectivité alors que la philosophie est marquée par la subjectivité. Lorsque les philosophes
posent la même question, ils y apportent des réponses différentes, subjectives. C’est parce que chaque philosophie
exprime les sentiments de son auteur, ses convictions personnelles, ses croyances. Il y a une pluralité en philosophie
alors que dans les sciences il y a une unité. La science est caractérisée par son exactitude parce qu’elle produit les
instruments de vérification de ses théories. La procédure de la science est particulière : elle passe par
l’observation, l’hypothèse, l’expérimentation, la vérification et l’élaboration d’une loi universelle. La science dit
ce qui est en se posant le « comment », mais la philosophie s’intéresse à ce qui devrait être et se pose le
« pourquoi ». Quand le savant se demande comment les choses se produisent, le philosophe, par la spéculation, se
DOCUMENT CONFECTIONNE PAR MONSIEUR NDOUR TEL. 77-621-80-97
demande le pourquoi des choses. Donc la philosophie en ce qui la concerne se caractérise par l’accord de la pensée
par la pensée, c'est-à-dire la raison. Mieux le critère de vérité demeure en dernière instance. Jean PIAGET dans
son ouvrage intitulé Sagesse et illusion déclare : « La philosophie pose des problèmes grâce à sa méthode
réflexive mais elle ne les résoud pas parce que la réflexion ne comporte pas en elle des instruments de
vérification. Les sciences de par leurs méthode d’expérimentation et de déduction règlent certains problèmes
mais en soulèvent sans cesse de nouveaux ». En philosophie la réponse à la question posée est une position et non
une solution. L’interrogation philosophique est toujours ouverte. La science tout en réalisant des prouesses dans
tous les domaines de la vie n’a pas une maitrise parfaite des méfaits de ses résultats (sanitaire et industriels). La
science va du sujet vers l’objet : elle est cosmocentrique alors que la philosophie va du sujet vers le sujet : elle est
humaniste. Par exemple Pourquoi y a-t-il quelque chose plutôt que rien ? Pourquoi l’homme existe-t-il pour
mourir ? Philosopher revient à se placer du point de vue axiologique, c'est-à-dire s’interroger sur la valeur de la
connaissance, de l’intérêt de l’existence etc. Où va l’homme ? D’où vient-il ? Que lui est-il permis d’espérer ?
Quelle est sa destinée ? Ce sont là sont des questions intrinsèques à la philosophie.
III-) LES RAPPORTS DE COMPLEMENTARITE
La philosophie et la science ne s’opposent pas radicalement. Elles sont, à bien des égards, complémentaires.
La philosophie en tant qu’interrogation continuelle sur l’expérience humaine ne saurait faire abstraction de la
science Car la philosophie réfléchit sur les principes, les méthodes et les conclusions des sciences. C’est cette partie
de la philosophie qu’on appelle l’épistémologie ou la philosophie des sciences. La pensée philosophique a toujours
été le thème de la réflexion philosophique qui trouve sa nourriture dans l’histoire des sciences. La quête constitue
l’histoire de la pensée humaine. Par conséquent, la philosophie ne peut pas se déployer sans pour autant tenir
compte des résultats des sciences. C’est sous ce rapport que Gaston BACHELARD affirme « La science crée en
effet de la philosophie. Le philosophe doit infléchir son langage pour traduire sa pensée contemporaine dans la
mobilité ». HEGEL s’inscrit dans la même dynamique car il conçoit que la philosophie accuse un retard nécessaire
à la science. Mieux la philosophie ne voit le jour que lorsque la science achève son œuvre. La science ne peut non
plus mettre entre parenthèse la philosophie. La science est incapable de répondre à toutes les questions que
l’homme se pose. Seule la philosophie est en mesure de répondre aux questions purement métaphysiques.
Cependant, il nous semble important de souligner que la réflexion philosophique ne peut en aucun cas parvenir à
des certitudes qui dépassent celle de la science. La philosophie redevient une conscience de la science et non une
concurrence pour celle-ci. Elle s’érige en gardienne face aux dangers multiples que l’usage des découvertes
scientifiques fait courir à l’humanité. Pierre FOUGEYROLLAS écartait toute compétition entre la science et la
philosophie en affirmant : « Toute compétition entre la science et la philosophie serait ruineuse pour celle-ci ».
Par ailleurs, même si la science est une connaissance exacte, elle a cependant des limites internes et des limites
externes. Les limites externes concernent toutes les questions qui sont hors de son domaine d’investigation, ce sont
les questions métaphysiques ou éthiques. Ces préoccupations sont prises en compte par la philosophie. Les limites
internes se rapportent à la connaissance scientifique qui n’est pas figée, immuable : elle progresse, ce qui explique
le progrès scientifique. Il faut souligner, enfin, que la science peut avoir sur l’homme un impact positif comme
négatif (les armes, les manipulations génétiques, la pollution de l’air etc.). Et c’est précisément à ce niveau que la
philosophie intervient pour réfléchir sur la science. Cette réflexion est appelée épistémologie. La philosophie refuse
toute définition et toute délimitation.
CONCLUSION
Au terme de notre analyse, il apparait que la philosophie et la science ne sont pas antinomiques. Au contraire
elles entretiennent des relations en ce qu’elles se rendent mutuellement service. Même si elles semblent
divergentes, la philosophie et la science sont complémentaires, car les faiblesses de l’une sont la force de l’autre
et vice versa. C’est pourquoi leur séparation constituerait un obstacle sérieux au développement des connaissances
humaines. Ces deux modes de pensée trouvent leur salut dans une solidarité nécessaire.
DOCUMENT CONFECTIONNE PAR MONSIEUR NDOUR TEL. 77-621-80-97