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Dossier Addictions

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Université Paris XIII - VILLETANEUSE

UFR des Lettres des sciences de l’homme et des sociétés

Département de Psychologie

DOSSIER ADDICTION A PARTIR D’UN CAS DE


RAPPORT DE STAGE
TOXICODEPENDANCE

Laëtitia PERRUQUON

Sous la direction de Monsieur Vladimir Marinov

Professeur de psychologie

Mai 2013
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Présentation du cas

L’étude de cas que je vais présenter concerne un jeune homme toxicomane âgé de
trente ans que j’ai rencontré lors d’un stage dans une communauté thérapeutique résidentielle
pour toxicodépendants, qui est un lieu de soin avec un hébergement collectif dans lequel les
résidents sont intégrés à un groupe à responsabilités et y sont encadrés par des “opérateurs de
communauté” qui veillent à ce que les règles soient respectées et gèrent les différentes
activités.
Monsieur A. est entré dans la communauté en septembre 2007 dans un état prostré et
très confus, après une brève période dans un centre pour une diminution progressive de
méthadone. Il suivait en effet depuis près de dix ans ans un traitement substitutif, en plus de
doses qu’il se procurait de son côté, d’abus de psychotropes, et usage occasionnel d’héroïne et
cocaïne.
Monsieur A. évoque un milieu familial compliqué avec une relation particulièrement
difficile avec son père; bien que son père ait un emploi stable, ce dernier est très souvent
absent, dépense son salaire dans l’alcool et le jeu, ce qui les amène à vivre une situation
d’extrême pauvreté quotidienne. La mère, anxieuse, protectrice et peu présente selon les dires
de monsieur, ne peut lui donner le soutien dont il a besoin. Faute de ne pas payer le loyer, ils o
sont expulsés. Monsieur A. est alors resté isolé dans une cave pendant une longue période,
incapable de toute interaction sociale, vivant pour ainsi dire en autarcie, si l’on excepte les
drogues qu’il se procurait à l’aide d’autrui, dans un repli total sur lui-même.

Les entretiens

Sa motivation à rentrer dans la communauté n’est pas claire. Il déclare à plusieurs


reprises supporter mal la vie en communauté, la présence des autres, des bruits… Il en revient
souvent à parler de la colère contre son père. Il présente des états d’instabilité émotive
pouvant aller jusqu’à la dysphorie : monsieur A. montre une dissonance entre sa pensée et son
état affectif lorsqu’ainsi en parlant des périodes douloureuses avec son père, il affiche un
étrange sourire, qui lui permet de lutter contre une dépression sous-jacente. Il souffre assez
régulièrement d’épisodes dépressifs, qui se manifestent dans son discours par un pessimisme
morbide et une colère impulsive et inadéquate contre tout et tous, déclenchée par des
stimulations pourtant minimes. Il manifeste alors des états d’agressivité importants, jusqu’à
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agresser au cours d’un de ces épisodes son opérateur référent. Lors des sorties, il lui arrive
d’être pris par des moments de panique, il se bloque, a peur des gens, des voitures… Il
manifeste par alternance des états où il met en avant une image idéalisée de soi, qui lui a
permis de supporter des épreuves difficiles (il a tenté l’entrée à l’unité des parachutistes
(réputée difficile) et a résisté relativement longtemps, il a supporté la diminution rapide de la
méthadone avant son entrée en communauté…) et d’autres moments dans lesquels il présente
une image dévalorisée de lui-même, ne voit pas de sens à la vie et reste bloqué, sans pouvoir
réagir. Pendant les six premiers mois en communauté, son évolution est discrètement
progressive, il devient capable de se lier positivement aux autres et aux opérateurs. Il
s’implique dans les activités de la communauté (sport, art…) et semble trouver une relative
stabilité dans sa personnalité. Comme le programme le prévoit, il est orienté vers le monde du
travail. C’est à ce moment que ses aversions pour le monde extérieur se manifestent
davantage et que son état commence à empirer, mettant à jour des problématiques
psychiatriques : Des troubles de l’humeur et de la personnalité d’un état-limite émergent avec
beaucoup plus de distinction : Il développe ainsi une tendance à l’idéalisation maniaque de la
figure féminine (il est “tombé amoureux” plusieurs fois et les tentatives de l’amener à un
examen de la situation sont restées vaines dans la mesure où il a beaucoup de mal en effet à
supporter l’interférence d’un tiers, la mienne, celle de l’équipe, qu’il prend comme un
affront), qui va de pair avec une désidéalisation de sa propre image, tant à l’égard de ses
capacités intellectuelles que de son image corporelle. L’image que présente monsieur A.
quant à son corps est détériorée, il est en surpoids depuis plusieurs années et se plaint de ce
corps qu’il vit comme “en trop” et qu’il ne peut plus supporter. Il évoque avoir déjà pensé au
suicide pour remédier à son surpoids et à tous les soucis que la vie lui causait depuis trop
longtemps. Il montre ainsi une blessure narcissique importante mettant en exergue des
sentiments de vide intérieur et de dévalorisation du moi :“j’ai l’impression d’être personne et
de ne servir à rien dans ce monde.” Il cède à nouveau à des périodes d’impulsion à la
violence, à la drogue, au vol ... qui résultent pour une part de son incapacité d’intégrer des
limites. Cela lui permet dit-il de “s’oublier”. Il se trouve dans une logique du plaisir, de
l’immédiat, de la résolution par l’action. Si alors je le pousse un peu trop à examiner la réalité
des faits et des conséquences de ses attaques au corps dans les entretiens, il se montre agressif
ou se replie, la relation que j’entretiens avec ce patient devient alors de plus en plus difficile,
mes propos lui sont difficilement partageables, il reste campé sur ses positions. Il cesse de
s’impliquer dans la communauté : il ne participe plus aux activités et les relations avec les
autres deviennent très conflictuelles. La communauté pourtant reste selon ses dires le seul
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endroit où il a trouve ses repères: un entourage qui s’occupe de lui et dans lequel il a eu des
moments d’évolution positive.

Eclairages théoriques : quelques considérations sur l’addiction et la dépression


de monsieur A.

Les relations avec le groupe primaire constituent bien évidemment chez lui le
prototype de toute ses relations. La toxicodépendance se rapporte souvent à des
problématiques familiales: lorsque les toxicomanes parlent de leur dépendance, les problèmes
avec la famille et le milieu primaire d’appartenance reviennent souvent. On rencontre
fréquemment des problèmes d’addiction chez au moins un des parents (alcoolisme…). Les
parents manquent dans leur rôle à soutenir suffisamment leur enfant, en lui fournissant un
support affectif valable, sur lequel il pourrait se construire. D’ailleurs, bien que notre
approche diffère sensiblement, les dynamiques familiales prenant appui sur une approche
systémique, peuvent par exemple former l’enfant symptôme”, sur lequel les problèmes
familiaux seront reversés, sa toxidépendance ne sera pas perçue, ou la famille contrariera son
processus de guérison. Le recours à la drogue sert à éviter une situation conflictuelle et vient
souvent masquer une dépression sous jacente. L’agir, le comportement, tend à masquer cet
aspect. Cette carence affective de l’enfance donne origine aux problématiques abandonniques.
Les troubles de l’humeur et de l’affectivité sont dus à l’extrême sensibilité qu’a l’individu
pour le malaise interpersonnel. Cela passe par des colères inappropriées et difficilement
contrôlables, souvent des situations de panique, de mal-être, de désespoir. La terreur de
l’abandon le pousse à éprouver de la colère à la moindre situation déstabilisante (séparations
limitées dans le temps, changement de projets…). Si quelqu’un d’important pour eux arrive
en retard, comme cela m’est arrivé, le patient se pense abandonné (l’autre est perçu comme
mauvais) et il change alors subitement ses bonnes dispositions à son égard. Il peut ainsi passer
de l’idéalisation à la dévalorisation. L’autodévalorisation est également caractéristique: les
brusques variations de l’image de soi provoquent des changements d’objectifs, de valeurs,
d’opinions. Souvent, c’est le sentiment d’être méchant et nuisible qui prévaut, mais il peut
passer par alternance au rôle de suppliant, demandant de l’aide. Il peut également traverser
des moments où il n’a pas le sentiment d’exister, lorsqu’il perçoit l’inexistence d’une relation
suffisamment significative, qui lui apporterait le soutien et l’attention nécessaires. Il éprouve
alors une grande difficulté à rester seul, et l’évitement de l’abandon peut conduire à des
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actions impulsives comme des conduites automutilantes ou suicidaires, au moins en pensées,


comme cela est le cas avec monsieur A.
Les relations de monsieur A. avec son entourage sont alors sont très pauvres. Il se
retrouve extrêmement seul, investit toute relation de manière négative, il établit difficilement
un contact, en mettant toujours en avant de l’agressivité. D’un côté, il manifeste un profond
détachement vis-à-vis de toute relation et toute expérience affective. De l’autre, il investit la
relation d’objet dans une modalité anaclitique, caractérisée par des tentatives “sadiques” de se
confronter aux autres, par le pouvoir et la destructivité (fumer en communauté par exemple)
mais ne supporte pas par ailleurs voir l’autre s’éloigner. Son agressivité témoigne de son
manque de limites: c’est le processus d’introjection qui fait défaut; il en résulte une faiblesse
du surmoi chez le patient; l’absence de valeurs morales est caractéristique de comportements
antisociaux. Il ne semble pas respecter les sentiments des autres, ni éprouver quelque remords
face aux actes qu’il commet. Il s’en remet à l’irresponsabilité, malgré l’évidence de son
implication, en attribuant ses problèmes au monde externe par la projection ( impression que
tout le monde est contre lui) se protégeant ainsi de sa propre agressivité répondant à une
difficulté à intégrer les limites (limites sociales, limites entre lui et l’autre), lui-même étant sur
un versant où les limites de son corps sont problématiques, et toujours, plus encores, mises à
mal par de l’autodépréciation et par la prise de substance venant attaquer ce corps.
La prise de ces substances vient là à mon sens en renfort de deux expériences
traumatiques: la première étant le sentiment de vide et de manque d’étayage familial: la
drogue vient là en solution pour lutter contre la dépression générée par la solitude et des
relations familiales pour le moins instables; et la seconde étant le surpoids, la drogue
permettant de liquider le “trop” dans une résolution sadique (envers ce corps “en trop”).
Ce patient pose par ailleurs l’hypothèse de ce qu’on appelle souvent “ comorbidité”
addiction- dépression et l’on peut se demander dans quel sens joue le lien de cause à effet.
L’association entre prise de substance psychoactives et une dépression première générée par
des conditions de précarité affective et sociale ne fait aucun doute, ce patient affirme avoir
souffert de plusieurs épisodes dépressifs avant de finir par “tomber dans la drogue” Sa chute
en est une conséquence, comme sa prise de poids. En revanche, la question se pose de savoir
si la prise de ces substances a influé chez lui les épisodes dépressifs subséquents. Il me semble
là que les effets des produits durant son sevrage (méthadone ) ont été concomittants avec des
épisodes dépressifs importants chez monsieur A.
La toxicodépendance joue alors chez monsieur un rôle compensatoire, en quelque
sorte “autothérapeutique”. En particulier, si l’on pense aux drogues psychosédatives qui
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permettent une fuite sensorielle, une intoxication abrutissante avec anesthésie des pensées et
émotions. Leur fonction oscille entre excitation et sédation. Si la toxicodépendance est un
symptôme, elle est bien évidemment une tentative de solution, c’est un dispositif de soin qui
est mis en place par le patient, et à cet égard, cette fonction autothérapeutique est à intégrer
dans le travail thérapeutique.

Mon travail thérapeutique

Tout d’abord, je tiens à préciser que mon intervention à son égard est “très intimiste”,
du fait que je suis constamment mise au courant des “évènements” à l’intérieur de la
communauté.
Le travail thérapeutique avec monsieur A. n’a pas été évident compte tenu du fait,
comme je l’ai souligné, que mes interventions, notamment quand je mets l’accent sur ses
agissements à l’égard des autres ( dans ses accès de violence) génère des mouvements de
repli. Toutefois, ce jeune homme manifeste, malgré ses déboires et sa tendance très nette à la
mésestime de lui, la volonté de s’en sortir, ce qui me permet assez aisément d’orienter nos
entretiens sur ses projets d’avenir positifs. Etant donné le processus de dévalorisation qui
s’entame graduellement, mes interventions, quand la mésestime de lui n’est pas trop patente
dans son discours du moment , et qu’il peut l’entendre, viennent souvent tenter de restaurer
l’image négative qu’il a de lui-même, lui suggérant délicatement qu’il a moyens d’y parvenir
et qu’il lui appartient de produire du changement.
Du point de vue thérapeutique, une relation constante est pourtant difficile à maintenir
et bloque parfois l’évolution. monsieur A. est d’une thymie variable avec des épisodes
dépressifs fréquents , dans lesquels il se montre particulièrement agressif à mon égard, alors
son organisation défensive, sur le mode projectif, empêche l’établissement d’une alliance
thérapeutique. Le but visé est celui de faire émerger ses noyaux affectifs sains pour l’amener à
la prise de conscience de sa véritable identité sans qu’il ait à “s’oublier”.
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BIBLIOGRAPHIE

Bergeret, Jean, la dépression et les états-limites, Payot, 1992.


Berne, E., Des jeux et des hommes, Paris, Stock, 1984.
Chouvier, B. (ss la direction de), Les processus psychiques de la médiation, Paris, Dunod,
2002.
Hachet P. Psychologue dans un service d’aide aux toxicomanes, Paris, Eres, 2002.
Lipovetsky , Le bonheur paradoxal Essai sur la société d’hyperconsommation, Paris,
Gallimard, 2006.
Pedinielli, J.L., Rouan, G. & Bertagne P., Psychopathologie des addictions, Paris, PUF, 1997
Pirlot G. Psychanalyse des addictions, 2009, Armand Colin, Paris
Le Poulichet, S., Toxicomanies et psychanalyse. Les narcoses du désir, Paris, PUF, 1987.

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