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Rencontre fatale et passion naissante

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LL 1 : La rencontre de Manon de des Grieux

Eléments d’introduction

L’abbé Prevost (1697-1763) a eu une vie aussi riche que mouvementée. Il hésite
constamment entre la vie religieuse, la vie militaire, la vie libertine et la vie littéraire… A l’âge de 67
ans, il s’inspire largement de ses propres expériences pour écrire, en 1731, L’histoire du Chevalier
des Grieux et de Manon Lescaut, septième tome des Mémoires et Aventures d’un homme de qualité
qui s’est retiré du monde, qui permet à l’abbé Prevost de passer à la postérité. Ce roman, témoin de
sa vie aventureuse est longtemps censuré, considéré comme une œuvre libertine contraire aux
bonnes mœurs, et circule de manière clandestine. C’est aussi un roman avec une très forte portée
morale : L’abbé Prevost veut mettre en garde contre les dangers de la passion.
Ce roman raconte, rétrospectivement, l’histoire du chevalier des Grieux, un jeune homme de
bonne famille qui laisse tout derrière lui pour suivre Manon Lescaut, une belle jeune femme dont il
tombe éperdument amoureux.
L’extrait se situe au début du roman et reprend un des grands topoï de la littérature, une
scène de rencontre amoureuse, mais l’abbé Prevost vient en bouleverser les codes classiques. Des
Grieux vient de terminer ses études de philosophie à Amiens. Son père le destine à l'Ordre de Malte,
mais ses qualités personnelles et ses succès scolaires ont attiré l'attention de Mgr l'Évêque qui lui a
proposé l'état ecclésias tique qui lui apporterait plus de « distinction ». Les vacances arrivent. La
veille du jour qu'il a choisi pour retourner chez ses parents, non sans tristesse de quitter un ami très
cher connu au Collège et auquel le lie une profonde affection, il fait une rencontre qui pèsera toute
sa vie sur son destin et que, rétrospectivement, il ressent comme une manifestation maléfique du
sort. Se promenant en ville avec son ami Tiberge, il assiste à l'arrivée du coche d'Arras : parmi les
voyageurs, une jeune fille accapare son attention. C'est un véritable coup de foudre et le chevalier,
bien que très jeune et sans aucune expérience sentimentale, ne peut résister à l'élan qui le pousse
vers elle. La jeune fille lui apprend que ses parents l'envoient au couvent.

Projet de lecture : En quoi le récit de cette passion naissante, renouvelle le topos littéraire de la
rencontre amoureuse romanesque ?

1er mouvement : Le récit rétrospectif d’une rencontre inattendue (lignes 1 à 6)


2ème mouvement : Un coup de foudre (lignes 6 à 13)
3ème mouvement : Un dialogue déterminant (lignes 13 à 22)

1er mouvement : Le récit rétrospectif d’une rencontre inattendue

Un récit rétrospectif

• La focalisation interne et le narrateur homodiégétique,( Le narrateur est


homodiégétique lorsqu'il est présent comme personnage dans l'histoire qu'il raconte.
Dans ce cas, s'il n'est pas un simple témoin des événements, mais le héros de son
récit) marqués par l’utilisation de la 1ère personne « j’avais marqué le temps de mon
départ » (l.1) signent le récit de des Grieux à Renoncourt qui va permettre
d’entremêler le souvenir de cette rencontre et le regard distancié de des Grieux sur
ce qui s’est joué dès ce premier moment.

• L’alternance des temps de la première ligne, le plus-que-parfait « avais marqué » et


sa reprise « Que ne le marquai-je » au passé simple montre bien que ce récit est fait
a posteriori, ce qui lui donne un ton particulier car l’aventure vécue charge les
événements d’un sens qui n’était pas perceptible au moment où ils étaient vécus.
• La première phrase lui donne une solennité, et va permettre d’opposer deux moments
de la vie de des Grieux. Cette solennité se charge d’une tonalité tragique dans la
phrase suivante, avec l’interjection « Hélas ! » (l.1) et le souhait, expression du regret,
marqué par l’emphase de la négation : « que ne le marquai-je un jour plus tôt ! » (l.1-
2). Cette double exclamation introduit donc le sentiment d’une fatalité qui transforme
son destin, en le transformant lui-même. L’irréel du passé « j’aurais porté chez mon
père toute mon innocence. » (l.2) renforce, par l’utilisation du conditionnel passé,
l’aspect irrémédiable de ce changement entre avant et après la rencontre, présenté
comme une perte d’« innocence », terme porteur ici d’un double sens. Encore fort
jeune, le chevalier n’a, en effet, aucune expérience d’une relation amoureuse, c’est
son amour pour Manon qui va faire son apprentissage en le faisant ainsi passer de
l’enfance à l’âge d’homme. Mais le terme illustre aussi la fin d’une forme de pureté,
l’entrée dans la corruption, et même, puisque le lecteur sait que Manon a été jugée
assez coupable pour être envoyer en Amérique, suggère des actes condamnables.

• Cette rencontre est justifiée à posteriori par des Grieux comme n’ayant « pas d’autre
motif que la curiosité » (l.5)

Un cadre étonnant

• Pour inscrire le récit dans la réalité, le narrateur en mentionne le moment : « La


veille même de celui où je devais quitter cette ville » (l.3), nommée plus tôt, «
Amiens » (l.1), et le lieu précis, « l’hôtellerie où ces voitures descendent » (l.4-5).
Enfin, est mentionnée l’occupation, bien ordinaire, « étant à me promener avec
mon ami, qui s’appelait Tiberge » (l.3), qui vient insister sur le caractère fortuit de
la rencontre. Tout cela semble donc d’abord très banal, faisant appel à l’expérience
des lecteurs de ce temps, qui connaissent les réalités d’un voyage en « coche ».
En même temps, il restitue l’atmosphère paisible de ces villes de province où il ne
se passe pas grand-chose, ce qui transforme l’arrivée du « coche » en un
événement intéressant, digne de stimuler de « la curiosité » : « nous vîmes […] et
« nous le suivîmes ».

• Cependant le lieu comme le moment ne semblent pas propices à une rencontre


amoureuse. En effet, il s’agit de la veille du départ de Des Grieux et le lieu de
décharge du coche ne paraissent pas refléter le cadre romanesque d’une
rencontre amoureuse.

• La présence de Tiberge dans ce cadre de rencontre est aussi déroutante, en effet,


des Grieux n’est pas seul, comme le montre l’utilisation du « nous » (l. 4 et 5)
devant les verbes d’action qui conduisent à la rencontre « vîmes » et « suivîmes »
renforcés par la paronomase des deux verbes qui suggère la proximité des deux
amis.

• L’effacement de Tiberge, garant moral et double vertueux, marqué par l’abandon


du « nous », sujet de ces verbes, au profit du « je » qui se maintiendra dans la
suite de l’extrait souligne le moment de bascule qui signe la rencontre fatale de
des Grieux et Manon.

• Même si la tournure impersonnelle « il en sortit quelques femmes qui se retirèrent


aussitôt » (l.6) achève ce 1er mouvement sur une observation anodine, renforcée
par le déterminant indéfini pluriel « quelques ».
2e mouvement : Un coup de foudre

Le premier regard

• Dès le début du récit l’héroïne est vue par des Grieux, ce que traduit son récit
par l’unicité qu’elle représente en opposition aux autres. Cette opposition est
soulignée dès le début de ce mouvement par le connecteur adversatif « mais »
(l.6), venant opposer Manon « une » aux « quelques femmes » (l.6) et ainsi l’isoler
de ses compagnes de voyage. Cet isolement est d’autant plus mis en valeur par
la construction en chiasme « quelques femmes qui se retirèrent aussitôt mais il
en resta une » qui vient renforcer l’antithèse Manon/les autres jusque dans la
construction syntaxique. Antithèse à nouveau soulevée par la forme
impersonnelle des verbes, « Il en sortit », « il en resta » (l.6), tandis qu'intervient
ensuite l’implication plus personnelle du narrateur homodiégétique : « Elle me
parut » (l.8).

• Le regard se limite d’abord à des observations circonstanciées, un âge, « fort


jeune » (l.6), un comportement, « qui s’arrêta seule dans la cour » (l.6-7), et la
mention de cet « homme d’un âge avancé, qui paraissait lui servir de conducteur
» (l.8), et de ses actions : il « s’empressait de faire tirer son équipage des paniers
» (l.8), c’est-à-dire de sortir ses bagages des coffres en osier que transporte le
coche.

Cela donne au lecteur une indication du statut social de l’héroïne. Elle appartient
à une famille suffisamment élevée pour respecter les convenances sociales qui
interdisaient à une jeune fille de se déplacer sans être accompagnée, ici par sans
doute un domestique qui lui sert de ce que l’on nommait alors un chaperon, en
se chargeant aussi de ses bagages. Cependant, elle voyage en « coche », un
transport collectif et non pas individuel, ce qui serait le cas pour une famille noble
et riche.

• Au travers de ce 1er regard, le Chevalier livre déjà ses premières impressions sur
Manon, il n’est pas un spectateur passif de la scène, mais s’implique dans son
récit comme en témoignent l’adverbe intensif « fort » (l.6) qui caractérise la
jeunesse de Manon ou les modalisateurs « paraissait » (l.7) et « parut » (l.8) qui
trahissent l’opinion de des Grieux.

• Il ne sera fait aucune mention d’un portrait physique du personnage, seule


prédomine l’expression lyrique de l’émotion ressentie par le Chevalier, soulignée
par les modalisateurs et les intensifs, notamment le « si charmante » de la ligne
8.

Ce premier regard traduit la métamorphose que cette rencontre induit chez des Grieux.

La métamorphose du héros.

La fin du paragraphe est construite de façon à mettre en valeur le coup de foudre, à travers l’effet
produit par la vue de la jeune fille sur des Grieux.

• Le choix de l’adjectif intensifié « si charmante » (l.8) révèle sa puissance, car il


renvoie, par son étymologie, le latin « carmen » qui désigne une formule
d’incantation, à l’idée de magie. C’est ce qui explique la transformation de des
Grieux, dont l’immédiateté est soulignée par le passé simple et la locution
adverbiale : « je me trouvai enflammé tout d’un coup jusqu’au transport » (l.10-
11).

• S’y ajoute le lexique hyperbolique, avec la reprise de la métaphore précieuse du


« feu » dévorant, et d’un égarement, le « transport » (l.9) qui le plonge dans un
état second. Cette métamorphose est encore davantage mise en valeur parce
qu’elle se trouve retardée, le complément circonstanciel de conséquence amorcé
ligne 8 « que moi » se trouve relégué en fin de phrase « je me trouvai enflammé
tout d’un coup jusqu’au transport » (l.10-11)

• Ces deux éléments de la proposition subordonnée circonstancielle sont séparés


par la gradation des subordonnées relatives, avec le rythme binaire qui renvoie
à l’état passé, bien différent : « moi, qui n’avais jamais pensé à la différence des
sexes, ni regardé une fille avec un peu d’attention ; moi, dis-je, dont tout le monde
admirait la sagesse et la retenue ». Cet état passé renvoie à l’« innocence »
précédemment mentionnée, avec les termes choisis, « sagesse » et « retenue »
(l.10), qualités comme en écho à ses «études de philosophie », ici doublement
cautionnées, d’abord par l’insistance du récit dont l’oralité est restituée par
l’incise, « dis-je » (l.10), puis par la généralisation du pronom indéfini « tout le
monde » : « tout le monde admirait » (l.10). Auparavant indifférent aux femmes,
il est à présent passionné.

• L’adjectif « enflammé » (l.11) se pare d’une connotation religieuse vouant des


Grieux à l’enfer, répondant ainsi à l’« innocence » perdue évoquée en préambule
de cette rencontre.

• La dernière phrase du mouvement confirme cette transformation par son


rythme, avec la conjonction de coordination « mais » qui marque à
nouveau l’opposition entre le passé et l’état présent.

• Le retour sur le passé insiste sur une personnalité que rien ne préparait à un
geste audacieux, avec un redoublement : « être excessivement timide et facile à
déconcerter» (l.11-12).

• Mais, en présentant ce trait de caractère comme un « défaut » (l.11), terme


repris par « une faiblesse » (l.12), le narrateur justifie parallèlement la seconde
partie de la phrase, un double alexandrin propre à rendre solennel cet acte qui
brise les convenances : « loin d’être arrêté alors par cette faiblesse, // je
m’avançai vers la maîtresse de mon cœur. »

• On peut aussi noter aussi la rime intérieure entre « faiblesse » et « maîtresse »,


qui peut paraître une forme d’excuse, en rejetant la culpabilité sur le pouvoir
irrésistible de Manon.

• Le groupe nominal, périphrase de Manon, « maîtresse de mon cœur » (l.13),


renforce ce dédouanement du Chevalier, insistant sur la prise de pouvoir de
Manon et la soumission de des Grieux.
3e mouvement : Un dialogue déterminant (lignes 13 à 22)

La scène de rue anodine au détour d’une promenade amicale devient une rencontre
déterminante pour des Grieux dont les sentiments ont déjà atteint leur paroxysme.

Un premier échange

• La rencontre avec Manon s’esquisse à travers une conversation retranscrite de


manière elliptique « elle reçut mes politesses » (l.14) et par le discours indirect « je
lui demandais » (l.15), « elle me répondit » (l.16).

• Le premier échange est très banal, une question du chevalier, « Je lui demandai
ce qui l’amenait à Amiens, et si elle y avait quelques personnes de connaissance
» (l.15), et une réponse de Manon : « elle y était envoyée par ses parents pour
être religieuse. » (l.16-17)

• La tournure passive de la réponse de Manon « qu’elle y était envoyée par ses


parents » vient appuyer cette banalité, reprenant les codes de l’éducation féminine
du XVIIIe et la soumission à un ordre familial.

• L’annonce de ce projet a un effet dévastateur sur des Grieux « je regardai ce


dessein comme un coup mortel » (l.18) qui provoque une bascule dans le dialogue
« je lui parlais d’une manière qui lui fit comprendre mes sentiments » (l.19)

Manon, un personnage ambivalent

• La phrase qui ouvre le paragraphe introduit déjà un jugement qui marque l’écart
de Manon par rapport aux convenances de cette époque, qui imposent à une si
jeune fille réserve et pudeur : « Quoiqu’elle fût encore moins âgée que moi, elle
reçut mes politesses sans paraître embarrassée. » (l.14). La tournure négative
« sans paraître embarrassée » accentue ce décalage.

• Cependant l’adverbe « ingénument » (l.16) vient contrebalancer cette impression


en conférant au personnage une franchise enfantine et innocente. L’ambivalence
du personnage se trouve donc mise en avant : est-elle véritablement une jeune
fille éduquée ou joue-t-elle la comédie de l’innocence ? Le lecteur peut s’interroger
sur cette contradiction entre l’audace d’accepter de parler ainsi à un jeune homme
inconnu et l’ingénuité que lui prête le narrateur…

• L’annonce de l’envoi de Manon au couvent souligne là encore l’ambigüité du


personnage qui, s’apprêtant à vivre en recluse et à faire vœu de chasteté, engage
le dialogue avec un inconnu rencontré au détour d’une rue, devant une hôtellerie.

• Finalement, cette vie religieuse promise à Manon « coup mortel pour [les]
désirs » (l.18) de des Grieux est présentée comme le dernier rempart « pour
arrêter sans doute son penchant au plaisir » (l.21) comme le suggère le discours
indirect libre « c’était malgré elle qu’on l’envoyait au couvent » (l.20).

• Plusieurs commentaires montrent une connaissance psychologique de Manon,


qui n’a pu être acquise qu’après cette scène (récit rétrospectif). Ils éloignent Manon
de cette image de naïve ingénue, en lui accordant une connaissance de la
galanterie amoureuse : « car elle était bien plus expérimentée que moi» (l.19-20).
Faut-il y voir de nouveau une habile excuse du narrateur ?
Une rencontre fatale

• Le coup de foudre se confirme, en écho à tant de comédies, de Molière ou de


Marivaux, qui mettent en évidence la puissance de l’amour. Le récit du narrateur
insiste, en effet, sur le changement qui s’est opéré en lui : « L’amour me rendait
déjà si éclairé depuis un moment qu’il était dans mon cœur, que je regardai ce
dessein comme un coup mortel pour mes désirs. » (l.17-18). Le lexique choisi
met en valeur l’obstacle, dramatisant ainsi la situation et lui conférant un éclat
tragique.

• Le péché de chair de Manon évoqué à demi-mot « penchant au plaisir » (l.21)


est développé par deux propositions subordonnées relatives successives, la
première, sous-entendant un passé sulfureux « qui s’était déjà déclaré »
caractérisé par l’utilisation du plus-que parfait ; la seconde « et qui a causé, dans
la suite, tous ses malheurs et les miens » (l. 22) clôt de façon proleptique,
rattachant ce trait de caractère de Manon à ce qui se passera dans la suite du
roman, et tragique cet extrait, tout en plaçant le lecteur dans un effet d’attente.

• Le passé composé de cette dernière proposition, par son caractère inachevé


vient appuyer sur les conséquences encore présentes pour le narrateur qui
continue ainsi, même s’il place en premier les «malheurs » de l’héroïne, à se
poser lui-même en victime.

• Dès cette rencontre, le sort des personnages se trouve donc scellé.

Eléments de conclusion

Ce récit d’une scène de rencontre joue sur trois dimensions, qui donnent par avance le ton
du roman.
Même si les conditions dans lesquelles elle se déroule la banalisent, c’est une scène
romanesque traditionnelle, celle d’un coup de foudre qui détermine le destin, dont Prévost
reprend les principales caractéristiques : le rôle du regard, le bouleversement immédiat qui
transforme le héros, les obstacles transgressés. Il annonce ainsi les péripéties à venir, le
conflit entre le couple amoureux et les forces dominantes dans la société, celles qui
caractérisent le roman d’aventures.
Prévost reprend aussi la tradition du roman précieux, en mettant en valeur la
psychologie de ses deux personnages, une forme de badinage amoureux qui permet au
lecteur de découvrir à la fois la jeunesse du chevalier, qui vit avec sincérité les élans d’un
amour naissant, et son contraste avec la jeune fille, déjà bien libérée des bienséances, plus
« expérimentée » dans la pratique du discours amoureux.
Enfin le récit étant rétrospectif, il permet de faire peser par avance sur le héros une
fatalité tragique. Le narrateur comme son destinataire, le marquis de Renoncour, qui a
rencontré Manon enchaînée et a vu la douleur de Des Grieux, connaît les « malheurs » à
venir. De ce fait, cette première rencontre oriente le jugement du lecteur, d’autant plus que
des Grieux, en se livrant à une sorte de catharsis, multiplie les remarques qui font de lui une
victime, du hasard – le choix d’une date, d’un lieu –, d’une femme fatale, voire d’un châtiment
céleste…

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