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Nicolas Chauvat Genki, Les Dix Règles D'or Des Japonais

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Nicolas Chauvat

GENKI,
les dix règles d’or
des Japonais
Persévérer en donnant
du sens à sa vie
Du même auteur aux Éditions Jouvence
30 enseignements zen des maîtres du thé
Catalogue gratuit sur simple demande
ÉDITIONS JOUVENCE

Route de Florissant 97 – 1206


Genève — Suisse
Mail : [email protected]
Site Internet : www.editions-jouvence.com
© Éditions Jouvence, 2018
© Édition numérique Jouvence, 2018
ISBN : 978-2-88905-609-5
Maquette intérieure : Morgane Postaire

Mise en pages : Virginie Cauchy


Couverture : Éditions Jouvence
Illustrations : Adobe Stock / © Freepik, © Osame
Tous droits de reproduction, traduction et adaptation réservés pour tous
pays.
Sommaire

Introduction
Règle d’or n° 1 : GENKI (être en forme,
l’énergie originelle)

• L’art de rester en forme en préservant son énergie


- Apprendre à donner du sens à ce que l’on fait
- Ne pas considérer le stress comme un ennemi
- Ne pas être trop dur avec soi-même

Règle d’or n° 2 : ARIGATOU (merci,


difficile à avoir)

• Apprendre à être reconnaissant


- Apprécier les petits détails
- Ne pas considérer que tout nous est dû

Règle d’or n° 3 : JIYU (liberté, sa véritable


essence)

• Comprendre ce qu’est la vraie liberté

Règle d’or n° 4 : MITATE (construire une


vision)

• Créer des supports de visualisation


- Choisir un symbole pour laisser son esprit voyager

Règle d’or n° 5 : SHIKEN (sérieusement, à


sabre réel)
• Toujours donner le meilleur de soi-même
- Préférer la constance à la rapidité
- Tenter comme si c’était sa dernière chance
- Apprendre à se détacher du résultat

Règle d’or n° 6 : GAMBARU (persévérer)


• Apprendre à ne pas se disperser
- Ne pas essayer trop de nouvelles choses juste
pour fuir le quotidien
- Ne pas changer de méthode sans l’avoir
pleinement testée

Règle d’or n° 7 : KAWAKIRI


(commencement)

• Continuer malgré les doutes


- La douleur due au changement est éphémère
- La douleur résulte de résistances psychologiques
- Apprendre à apprécier chaque étape vers notre
objectif
- Les sacrifices peuvent être un moyen
d’accomplissement

Règle d’or n° 8 : MUDA (inutile)


• Aller à l’essentiel
- Limiter les gestes inutiles pour reposer le mental
- Maîtriser les pensées inutiles qui amenuisent
l’énergie
- Fixer des objectifs intermédiaires pour vérifier
régulièrement l’efficacité de nos méthodes
- Comprendre l’alternance des rythmes pleins et
creux
- Ne pas perdre de temps avec ce qui n’en vaut pas
la peine

Règle d’or n° 9 : BAKA (idiot)


• Affermir ses jugements
- Apprendre à reconnaître qu’on est influençable
- Apprendre à choisir ses influences
- Ne pas être le baka de ses émotions
- Ne pas être le baka de son esprit d’analyse
- Ne pas avoir peur d’être appelé baka
- Ne pas partager toutes ses vérités

Règle d’or n° 10 : OMOTENASHI


(hospitalité)

• La sincérité avant tout


- Apporter ce qui est nécessaire
- Prendre du plaisir à recevoir son invité
- La surprise plus que la perfection
Guide de prononciation du japonais
En résumé
Conclusion
Introduction
Les obstacles, certaines personnes les maudissent
en les accusant d’avoir entravé leur chemin vers le
succès et leur avoir fait perdre leur joie de vivre, tandis
que d’autres semblent les utiliser comme des points
d’appui pour progresser. Aucune réussite ne se fait sans
sortir de sa zone de confort, dit-on. Malheureusement,
les périodes de changements sont souvent si difficiles
qu’à force de frustrations, beaucoup d’entre nous
finissent par entrer en conflit non seulement avec les
autres, mais aussi avec eux-mêmes. Quelques
personnes cependant, malgré les épreuves et les
hostilités qu’elles rencontrent, sont capables de garder
leur bonne humeur et continuent de progresser aussi
bien économiquement qu’humainement. Qu’est-ce qui
explique cette différence ? La capacité à rester en
harmonie avec le monde extérieur et avec notre monde
intérieur est primordiale pour mener une vie
enrichissante. Il ne s’agit pas de se forcer à devenir
optimiste, mais d’apprendre à percevoir l’ordre derrière
le chaos, les opportunités derrière les défis.
Le bonheur ne dépend pas uniquement de ce qui
nous arrive, il repose surtout sur notre façon de réagir
face à ces événements. Notre attitude au jour le jour
détermine notre destinée. Lacan disait que l’inconscient
est structuré comme un langage. Apprendre une langue
étrangère nous permet d’appréhender une autre manière
d’être au monde. Parfois seuls quelques mots suffisent
pour changer notre vision des choses. Cet ouvrage se
compose de dix termes du japonais courant, qui
contiennent une grande partie de la sagesse d’une
culture plusieurs fois millénaire. Elle fut et demeure une
grande source d’inspiration pour de nombreux moines
zen, des artisans de renom, des patrons de
multinationales modernes et performantes ainsi que pour
tous ceux qui ont compris que « réussir » passe d’abord
par l’accomplissement de soi.
Faciles à mémoriser et appelant à des actions
concrètes, les dix termes présentés dans ce livre
permettront d’accroître de manière rapide vos capacités
à faire face aux changements tout en restant en
harmonie avec vous-même et les autres.
Règle d’or n° 1 : GENKI
(être en forme, l’énergie originelle)
L’art de rester en forme en
préservant son énergie
Ayez la volonté et la persévérance, et vous ferez
des merveilles.
(Benjamin Franklin)
Cette maxime peut sans doute séduire notre cœur,
mais notre corps et notre esprit, eux, sont bien souvent
trop épuisés pour continuer de se battre pour nos rêves.
Rome ne s’est pas faite en un jour, dit-on. Pour réussir
ce qu’on entreprend, il ne faut donc pas chercher la
vitesse, mais la constance. Toutefois, plutôt que
d’essayer d’augmenter notre niveau d’énergie, il est
préférable de commencer par apprendre à utiliser à bon
escient celle que nous avons en réserve.
II y a des jours où l’on a l’impression que l’on pourrait
conquérir le monde sans que rien ne puisse nous
arrêter. Mais, il y a malheureusement tous les autres
jours où se lever le matin nous paraît être un exploit, où
la simple idée de faire du sport ou de préparer la cuisine
nous semble une épreuve insurmontable ; ces jours si
nombreux, où le fait de devoir se concentrer sur un
rapport que l’on doit rendre ou une tâche que l’on doit
accomplir, deviennent une véritable torture. Lorsque
nous nous laissons aller ainsi trop longtemps, notre
motivation baisse durablement et notre vie semble nous
échapper. Nous commençons petit à petit par
culpabiliser pour notre manque de dynamisme. Certains
prennent alors la décision de tout faire pour augmenter
leur énergie et leur volonté. Ils redoublent pour un temps
leurs efforts, mais malheureusement, la fatigue et la
lassitude se font de nouveau sentir et leurs bonnes
résolutions sont vite remplacées par les mauvaises
habitudes. Après ce deuxième échec, beaucoup perdent
confiance en eux et en leurs capacités à réussir ce qu’ils
entreprennent. La culpabilité les conduit à penser qu’ils
n’ont pas assez de ressources, alors qu’en réalité, le
problème vient simplement du fait qu’ils ne savent pas
comment préserver leur énergie et la gaspillent sans le
savoir.
Les médecines chinoise et japonaise se basent sur le
postulat que tous les êtres vivants sont animés par une
force vitale appelée ki. Bien que le nouveau-né hérite de
ce ki dès sa naissance, il ne pourra pas en créer de
nouveau car toute chose qui vient à la vie est destinée à
disparaître. Si nous ne pouvons pas créer cette énergie
vitale, nous pouvons néanmoins la préserver. Au Japon,
l’expression genki est utilisée pour demander à
quelqu’un s’il va bien. Gen ( ) signifie la source,
l’origine, et ki ( ), l’énergie vitale. Être genki signifie
donc qu’on se sent bien car notre ki est à son niveau
naturel. Cela implique également que lorsqu’une
personne ne se sent pas bien, c’est parce que son ki est
trop dispersé. Par conséquent, si cette personne
souhaite aller mieux, elle doit trouver la cause de
l’épuisement de son ki afin de restaurer son dynamisme.
Le ki est ce qui relie l’esprit et le corps, il est donc à la
fois de nature matériel et psychique. Pour être genki, il
faut donc faire attention à ce que l’on fait, mais aussi à
ce que l’on pense. Il ne faut pas oublier qu’une grande
partie de notre fatigue est d’origine nerveuse. Afin
d’éviter d’épuiser inutilement nos ressources
intellectuelles, émotionnelles et physiques, il existe trois
grandes règles à respecter.
Apprendre à donner du sens à ce
que l’on fait
Sur les chemins de l’accomplissement, les questions
qui commencent par « pourquoi » nous font progresser
plus vite que celles qui débutent par « comment ». Ainsi,
avant d’essayer de développer un savoir-faire particulier
pour réussir professionnellement, il faut comprendre que
seule une réponse à la question « pourquoi faire » sera
source d’épanouissement et nous permettra de
persévérer sur le long terme.
Il est meilleur pour notre santé d’être à la
recherche de sens plutôt que d’essayer d’éviter
l’inconfort.
(Kelly McGonigal, réputée aux États-Unis pour ses
recherches sur les liens entre la psychologie et la
santé)
Les difficultés rencontrées dans la vie personnelle et
professionnelle ainsi que les nombreux sacrifices que
nous devons faire sont une source de fatigue à la fois
physique et émotionnelle. Mais contrairement à ce que
l’on pourrait penser, ce n’est pas le fait d’éviter la
difficulté qui nous permettra de nous sentir plus en
forme, notre dynamisme sera retrouvé lorsque nous
serons en mesure de nous investir dans ce qui est
vraiment important pour nous. Si nous arrivons à donner
un sens à ce que l’on entreprend, alors le cerveau
libérera diverses hormones qui stimuleront l’organisme
et amélioreront sa capacité de réparation.
Le bon fonctionnement de notre cerveau dépend en
grande partie de la présence de plusieurs
neurotransmetteurs dont la dopamine, le GABA, la
sérotonine et l’acétylcholine. Ces dernières assurent
notre capacité à éprouver du plaisir, à rester calme et à
mémoriser. Il existe une interrelation constante entre
notre humeur et ces transmetteurs. Un déficit de certains
d’entre eux peut entraîner une forme de dépression.
Dans le même temps, il faut savoir que le fait d’entretenir
des mauvaises pensées entraîne une réaction au niveau
hormonal.
Dans des situations de stress intense, notre corps
libère une hormone appelée le cortisol. Celle-ci a la
faculté d’augmenter rapidement notre métabolisme.
Vitale en cas de danger car elle augmente nos
performances physiques et notre prise de décisions, elle
représente un réel risque pour la santé si elle est
sécrétée en permanence. Elle est comparable à un feu
qui, s’il est maîtrisé, permet de réchauffer, mais qui en
cas de perte de contrôle risque de brûler l’intégralité des
réserves de combustibles. En réduisant les effets de la
sérotonine, le cortisol retarde l’endormissement et
amoindrit la capacité du corps à se réparer. Cette
hormone inhibe aussi certaines fonctions de l’organisme
en charge de l’immunité.
Une grande partie des problèmes de santé dont nous
souffrons sont ainsi liés à des formes de stress
chronique.
Exemple
Il est important de savoir donner du sens à notre
travail, pour ne plus nous sentir prisonnier de celui-
ci. La peur d’être mal jugé par les autres peut
diminuer sensiblement lorsqu’on entreprend
quelque chose que l’on considère important pour
nous-même. Le sentiment d’accomplissement
personnel permet de réguler ainsi le taux de
cortisol et de certains neurotransmetteurs. Cela
crée un cercle vertueux qui nous permet de nous
sentir plus heureux tout en augmentant la capacité
de notre corps à s’autoréparer.

Ne pas considérer le stress comme


un ennemi
Le stress est devenu l’ennemi numéro 1 de nos
sociétés modernes. Il n’est pas un jour sans qu’on nous
dise qu’il est à l’origine de nombreuses maladies. Le
meilleur moyen de rester en bonne santé serait donc
d’éviter toutes formes de tensions. Or, de récentes
études semblent montrer que l’impact du stress sur la
santé dépend beaucoup de la manière dont on réagit
face à ce stimulus. En d’autres termes, si l’on est
persuadé que le stress est mauvais pour notre santé,
alors nous ne sommes plus disposés à développer des
symptômes négatifs.
Quand vous choisissez de considérer le stress
comme une réponse utile de votre système nerveux,
alors vous créez une biologie du courage.
(Kelly McGonigal)
Ce qui cause la perte de notre ki n’est pas le stress
en lui-même, c’est l’opinion négative que nous avons de
ce sentiment.

Ne pas être trop dur avec soi-même


Nous sommes beaucoup à penser que l’une des
meilleures façons de progresser consiste à entretenir un
esprit critique envers soi-même. Il faut cependant être
conscient que l’autocritique répétée est une source
importante de fatigue émotionnelle qui conduit
également à l’épuisement physique. La honte, ressentie
naturellement ou imposée, est plus souvent un facteur
de déprime et d’abandon qu’un facteur de changement.
La clé pour réussir à respecter vos bonnes
résolutions consiste à apprendre à entretenir
votre motivation quotidiennement. Ne soyez
pas trop sévère envers vous-même,
l’autocritique est un guide beaucoup moins
efficace que les pensées positives. Prenez du
plaisir sur la route du changement, et apprenez
à rire de vos faux pas.
Exemple : au lieu de culpabiliser pour son
apparence ou pour son manque de compétences
dans un domaine, il est préférable d’imaginer en
quoi notre vie sera meilleure quand on aura réussi
à changer. Cela permettra de créer du sens à notre
quête tout en évitant que la négativité affecte notre
énergie.
Règle d’or n° 2 :
ARIGATOU

(merci, difficile à avoir)


Apprendre à être reconnaissant
Sans sentiments, sans émotions, la politesse n’est
qu’une coquille vide.
Voilà probablement l’un des enseignements les plus
importants de Confucius. Très inspirés par sa pensée,
les Japonais ont compris que pour vivre en harmonie
avec les autres, il ne faut pas seulement savoir dire
merci, il convient avant tout d’apprendre à ressentir de la
gratitude.
En France, nombreux sont ceux qui ont tendance à
considérer les règles comme des atteintes à la liberté,
comme des entraves qui les empêcheraient d’être
pleinement heureux. Dans notre société, que certains
qualifient de post-moderne, tout ce qui est codifié suscite
la méfiance. Les grands principes de politesse sont de
plus en plus perçus comme des barrières entre les
personnes qui remonteraient à des temps obscurs où la
notion d’égalité n’existait pas. À l’ère de l’ego roi, les
excuses et même les remerciements se font de plus en
plus rares. Chacun étant le centre de son propre monde,
il s’attend à ce que tout lui soit dû. Lorsque l’ensemble
d’une société pense comme cela, le maintien du vouloir
vivre ensemble se retrouve fortement compromis.
Bien que le Japon et la Corée soient souvent
présentés comme des pays ultra codifiés, les
Occidentaux qui s’y sont rendus ont pu cependant
s’apercevoir qu’il y règne une certaine douceur de vivre.
Celle-ci se ressent sur les sourires que l’on peut
apercevoir à chaque coin de rue. Les Japonais et les
Coréens disent merci plusieurs dizaines de fois par jour.
Pour eux, le fait de remercier quelqu’un n’est pas perçu
comme un signe d’infériorité, comme c’est parfois le cas
en France, mais au contraire comme un moyen de
préserver l’harmonie et son propre bien-être. Ils
considèrent que celui qui fait preuve d’ingratitude de
manière répétée, en plus de risquer de se retrouver privé
rapidement de l’aide des autres, se condamne à ne
jamais se sentir satisfait de ses relations avec ceux qu’il
côtoie. Le système éducatif de ces pays a pour finalité
d’apprendre aux enfants à bien se comporter en société.
L’apprentissage
de la politesse est perçu
comme le meilleur moyen
de se sentir bien
non seulement avec les
autres, mais aussi
avec soi-même.
En japonais, il existe deux termes souvent employés
pour remercier. Le premier se prononce kansha et est
composé de deux caractères, dont l’un correspond au
mot « merci » tandis que l’autre signifie « ressentir ».
Cela illustre le fait que le plus important n’est pas de se
plier par habitude à une étiquette en prononçant tel ou
tel mot, mais bien d’éprouver sincèrement de la
reconnaissance. Ce sentiment est pour les Japonais la
base de la plénitude. Le deuxième mot, celui qui est le
plus couramment utilisé pour dire merci, est arigatou. Il
signifie littéralement « cela est particulièrement difficile à
obtenir ».

Apprécier les petits détails


Les moines zen considèrent que lorsque l’on
remercie une personne, on doit le faire non seulement
avec la bouche, mais aussi avec le cœur. Pour cela, il
convient de se formuler de manière consciente que ce
que nous venons de recevoir est une véritable faveur.
Même si ce terme peut nous paraître un peu excessif
dans certains cas, les Japonais l’emploient toujours car,
pour eux, le plus important est justement de savoir
apprécier les petits détails du quotidien.

Exemple
Quand une caissière range soigneusement des
articles, qu’un client vient d’acheter, dans un sac en
papier et qu’elle lui tend délicatement le tout avec
ses deux mains, ledit client la remerciera en
utilisant le mot arigatou.
Le geste de la caissière peut paraître minime, mais
c’est ce genre de petites attentions qui fait que l’on
peut préserver le vouloir vivre ensemble.
Lorsqu’une société tout entière n’accorde de
l’importance qu’aux événements spectaculaires,
elle sombre progressivement dans la morosité.
Ne pas considérer que tout nous est

En nous incitant à considérer que tout est important,
Arigatou est un concept qui permet de ré-enchanter le
monde et les relations que nous entretenons avec les
autres. Ce terme est à l’origine un mot qui est issu d’un
soutra du bouddhisme qui retrace un dialogue entre
Bouddha et l’un de ses disciples du nom d’Ananda. Au
cours de cet échange, Bouddha explique avec une
parabole très particulière que la vie humaine est
particulièrement difficile à obtenir. Bien que notre
condition entraîne de nombreuses souffrances, ces
dernières ne doivent cependant pas être vues comme
des punitions, mais au contraire comme des
opportunités pour développer pleinement ce qu’il y a de
plus beau, de plus sensible en nous. L’individu qui
considère la vie comme quelque chose qui lui est dû a
souvent tendance à s’apitoyer sur sa condition qu’il juge
ne pas être à la hauteur de son mérite. Seul celui qui
prend conscience de la fragilité et de la rareté de son
existence pourra en profiter pleinement.
De même, seul celui qui accorde de la valeur à ce
qu’il reçoit des autres pourra vivre en harmonie avec
eux. Cela est vrai avec les amis, au sein du couple, mais
également dans le monde de l’entreprise. Pour créer des
liens forts au sein d’une équipe que l’on souhaite guider,
il est important de savoir dire merci. Pour s’épanouir,
l’être humain à besoin d’être apprécié par ses
semblables. Le montant inscrit sur la feuille de paie à la
fin du mois n’est pas le seul facteur de motivation. Il n’y
a rien de pire que de ne pas savoir remercier un membre
de son équipe lorsque celui-ci s’est investi dans une
tâche qui lui a été attribuée. Un merci sans
enthousiasme risquera d’entraîner une forme de
découragement chez cette personne. Si cette dernière
n’est pas dotée d’une grande ambition, il est probable
que la prochaine fois elle ne fera que le strict minimum.
De même, pour augmenter la satisfaction et la loyauté
des partenaires et des clients, il faut leur témoigner notre
gratitude en les faisant se sentir uniques à nos yeux.
Une bonne stratégie marketing n’a pas uniquement pour
but d’analyser le marché pour développer des produits
innovants, elle doit aussi permettre de créer des liens
forts entre les clients et une marque. Arigatou doit être le
socle de ces liens, chacun reconnaît que l’autre lui
apporte beaucoup.
Le meilleur moyen
de transmettre une émotion,
c’est avant tout
de la ressentir soi-même
avec force.
Seul celui qui est sincèrement reconnaissant pour ce
qu’il reçoit continuera de recevoir des autres. Ainsi,
avant de vouloir réussir, il faut apprendre à être
reconnaissant pour ce que l’on a et savoir comment
témoigner sa gratitude.
Règle d’or n° 3 : JIYU
(liberté, sa véritable essence)
Comprendre ce qu’est la vraie
liberté
Il existe aussi une liberté vide, une liberté
d’ombres, une liberté qui ne consiste qu’à changer
de prison, faite de vains combats entretenus par
l’obscurantisme moderne et guidés par le faux jour.

(Jean-Edern Hallier)
En écrivant cette phrase, Jean-Edern Hallier nous
incite à ouvrir les yeux sur notre propre condition.
Tomber dans les mains d’un maître encore plus cruel
que celui auquel on vient d’échapper, n’est-ce pas là un
triste destin ? On peut se demander si c’est par folie ou
désespoir que certaines victimes se précipitent dans les
bras d’un bourreau plus cruel que l’agresseur qui les
poursuit. Mais avant de juger, essayons d’analyser nos
propres comportements. Sommes-nous vraiment plus
raisonnables ?
La liberté… Que de sang et d’encre ont coulé pour ce
beau concept ! Nous qualifiant nous-mêmes d’hommes
modernes, nous ne sommes pas peu fiers de nous
approprier la paternité de ce « droit inaliénable » qui est
censé nous apporter le bonheur. Délivrés de l’emprise
de l’obscurantisme religieux et des idéologies qui ont
marqué les siècles passés, nous voulons mener notre
vie comme bon nous semble.
Mais comment être maître
de notre destin
si nous ne parvenons pas
d’abord à contrôler
nos désirs ?
Nous avons appris à nous méfier des ordres venant
des autorités, mais nous sommes encore sans défense
contre la dictature intérieure de nos envies. La vie est
courte dit-on souvent, c’est pour cela que l’homme
moderne, devenu consommateur avant d’être un
citoyen, ne cherche plus à refreiner ses pulsions. Je
possède donc je suis, pense-t-il souvent sans même
s’en rendre compte. Acheter pour prendre du plaisir, cela
n’a rien de mal en soi, mais lorsqu’un individu désire se
procurer un objet pour avoir le sentiment d’exister,
l’engrenage de la dépression annoncée se met en
marche. Il ne fait plus les choses pour le plaisir de les
faire, mais parce qu’il pense que cela lui permettra
d’exister aux yeux de ses paires. Une voiture de sport,
une montre de luxe, des vêtements de marques ou le
dernier Smartphone à la mode, tout cela peut permettre
de mener une vie plus confortable, mais il est aussi
nécessaire de faire des sacrifices. Celui qui les désire
réellement au fond de lui a raison de s’efforcer à les
obtenir, car c’est en agissant ainsi qu’il s’accomplira.
Mais que dire d’une personne qui se sent obligée de se
soumettre à de nombreuses privations pour obtenir des
objets qu’elle n’est pas capable d’apprécier pour eux-
mêmes ? N’est-ce pas une forme d’esclavage ? Que
penser de nos sociétés où des milliers d’individus
passent leur vie avec des personnes qu’ils n’apprécient
pas et qui s’usent la santé pour un métier qu’ils n’aiment
pas pour acheter des choses qu’ils ne désirent pas
simplement afin d’avoir le sentiment d’exister ?
Nos ancêtres n’étaient pas
libres de leurs actes,
mais nous, nous ne sommes
pas libres de nos envies.
Nous avons des libertés, celle de voter, celle de nous
exprimer, de choisir telle ou telle religion et de faire ce
que l’on veut avec notre corps, mais nous ne savons
toujours pas ce qu’est la Liberté. Nos libertés sont des
droits, écrits noir sur blanc, garantis par la loi. Nous
avons oublié que la Liberté, c’est avant tout un état
d’esprit. Nous n’avons pas appris qu’être libre, c’est
avoir l’autonomie mentale nécessaire et le recul suffisant
par rapport aux autres pour accomplir ce que nous
avons au fond de nous-mêmes. Personne ne nous a
enseigné que pour être vraiment heureux, il faut devenir
qui nous sommes et pas celui que d’autres veulent que
nous soyons.
En japonais, la liberté se dit jiyu ( ).Ce terme est
composé du caractère « » qui signifie soi-même, et du
caractère « » qui signifie essence.
Être libre, c’est donc
être capable de trouver
sa propre essence
pour s’accomplir.
Pour un Japonais, la liberté ne consiste pas à pouvoir
faire n’importe quoi, la liberté, c’est avant tout avoir la
force d’esprit de découvrir et de devenir qui l’on est
réellement. Celui qui est l’esclave de ses passions, de
ses peurs, des caprices de son cœur, comment pourrait-
il se prétendre libre ? En Asie, l’un des moyens les plus
utilisés pour retrouver son jiyu est la méditation. Celle-ci
n’a pas pour objectif de faire disparaître les pensées qui
surgissent dans notre esprit, elle a pour finalité de nous
aider à prendre du recul avec nos sentiments et nos
envies passagères.
Exemple
La méditation zen n’a rien de compliqué en soi.
Pour la pratiquer, il vous suffit de vous asseoir dans
une position confortable, de garder le dos bien
droit, de fermer les yeux, puis de focaliser votre
attention sur votre respiration. Commencez par une
inspiration lente mais profonde par le nez, pendant
environ 5 secondes, puis expirez toujours par le
nez pendant 7 secondes. Comptez les secondes
tout en appréciant la sensation que vous procure
l’air qui entre par vos narines et qui vient rafraîchir
votre tête et vos poumons. À l’expiration, prenez le
temps de ressentir l’air chaud qui circule dans le
sens inverse et qui vous apporte une sensation
agréable et réconfortante.

En gardant ce rythme pendant au moins trois
minutes, votre esprit va s’apaiser et votre jugement
va s’éclaircir. Si des pensées et des visions
négatives se manifestent, n’essayez pas de les
faire disparaître, et surtout, ne portez pas de
jugements sur elles. Lorsque vous remarquez que
votre attention se focalise sur l’une d’entre elles,
dites-vous simplement qu’elle ne fait pas partie de
votre réalité actuelle. Considérez-vous comme un
simple spectateur de ces images qui apparaissent
dans votre esprit. Vous prendrez peu à peu
conscience que ces pensées superficielles ne
reflètent pas votre moi profond. Vous apercevrez
que derrière vos envies, vos peurs et vos colères
passagères, il existe une partie de vous qui reste
immuable et qui n’est pas affectée par ces
changements d’humeur. En pratiquant chaque jour
cet exercice, vous serez capable de faire la
différence entre vos sentiments irrationnels et ce à
quoi vous aspirez réellement. Vous obtiendrez ce
que les Japonais appellent jiyu, la liberté du cœur.

En apprenant à faire la différence entre notre moi


profond et nos sautes d’humeurs ou nos égarements
dus à notre volonté de nous adapter aux personnes qui
nous entourent, alors il est possible de profiter d’une
autre forme de liberté. Cette dernière ne vient pas de
l’extérieur, elle doit être conquise de l’intérieur. Elle ne se
traduit pas par des comportements atypiques, elle n’a
pas besoin d’être montrée. Cette liberté se ressent car
elle amène de l’apaisement.
Règle d’or n° 4 : MITATE
(construire une vision)
Créer des supports de
visualisation
Prisés par les poètes, les philosophes et les
mystiques, les symboles permettent de rendre visible
l’invisible. Lorsqu’ils sont choisis avec soin et regardés
avec le cœur, certains objets du quotidien peuvent ainsi
transcender leur nature matérielle et participer à ré-
enchanter notre vie.
Beaucoup d’hommes ont de l’aversion pour ce
monde, pourtant il est une demeure éphémère, vous
ne devez pas y abandonner votre esprit trop
longtemps, au risque de le détester.
(Takuan Sōhō)
Voici probablement l’un des enseignements les plus
inspirants laissés par le moine japonais Takuan Sōhō1.
Bien que notre regard soit constamment tourné vers
l’extérieur, c’est notre état d’esprit au jour le jour qui
détermine la qualité de notre existence. Il est donc
important de prendre conscience que même si nous ne
pouvons pas contrôler entièrement les événements qui
nous affectent, il est toutefois possible d’apprendre à
apprivoiser les errements de nos pensés. Pour cela, il
convient d’abord de prendre conscience que malgré le
fait que notre corps soit souvent prisonnier de nos
différentes routines quotidiennes, rien n’empêche notre
esprit de s’évader pour un monde meilleur.
Exemple
En Asie, la poésie est considérée comme l’alliée de
la philosophie. Vénérés comme des maîtres, les
poètes se distinguent par leur capacité à mettre le
Beau au service du Bien. À travers le regard
particulier qu’ils posent sur ce qui les entoure, ils
savent embellir la banalité du quotidien. Le secret
de leur sagesse réside dans le travail qu’ils
effectuent sans cesse sur eux-mêmes. Car ils ont
compris qu’avant de pouvoir contempler le monde
extérieur, il est essentiel de commencer par cultiver
son monde intérieur.

Les impératifs de la vie en société nous contraignent


à passer de manière répétée de longs moments dans
des lieux qui ne nous plaisent pas en présence de
personnes qui ne sont pas toujours bienveillantes à
notre égard. Si nous laissons ainsi nos pensées être
entièrement influencées par notre environnement, alors
nous nous condamnons inévitablement à perdre de vue
la beauté de l’existence. La réalité de nos sociétés nous
oblige en effet à essayer d’être toujours plus compétitifs.
Cela conduit malheureusement nos esprits à se focaliser
exclusivement sur les résultats matériels. En pleine crise
économique, nous cherchons tous frénétiquement la
sécurité financière. Nous oublions ainsi que pour profiter
pleinement de notre vie, nous devons également
préserver notre capacité à rêver. Mais comment laisser
notre esprit voyager quand nous sommes pris dans les
obligations professionnelles, administratives et
familiales ?

Choisir un symbole pour laisser son


esprit voyager
La visualisation est une forme de méditation qui
permet à l’esprit de retrouver sa liberté.
Pour faciliter ce processus mental qui permet de
plonger rapidement dans un état de relaxation, les
moines zen utilisent ce qu’ils appellent des mitate, terme
qui signifie littéralement « voir et construire ». Les mitate
les plus connus sont les jardins secs qu’on trouve dans
certains temples. Constituées de gros rochers
recouverts de mousse, disposés au milieu d’une
multitude de petits cailloux blancs, ces compositions
évoquent les vagues de l’océan qui viennent déverser
leur écume sur des îles recouvertes de forêts. Les
jardins secs permettaient aux moines japonais qui
habitaient dans les temples au milieu de la capitale de
visualiser l’océan alors que celui-ci se trouvait à
plusieurs jours de marche. Dans nos sociétés modernes
où nous avons de moins en moins de temps à nous
accorder, il est important de savoir se créer ses propres
mitate pour permettre à notre esprit de s’évader
quelques instants chaque jour. Cela peut être une feuille
d’arbre, une petite bougie, une pierre que nous avons
ramassée à la montagne, une fleur ou un dessin. Ce qui
importe est que l’on établisse une connexion directe
entre notre cœur et cet objet. Ce dernier servira alors de
support matériel à notre esprit pour renforcer sa capacité
à visualiser.

Une personne qui ne sait se réjouir que des


manifestations du monde matériel se condamne
à vivre dans la frustration, tandis que celui qui
sait apprécier les créations poétiques de son
esprit, même fugaces, aura plus de chance de
vivre une vie épanouissante.
Exemple : il y a une grande différence entre la
routine des personnes qui prennent le métro tous
les jours et laissent leur esprit être prisonnier de ce
cadre monotone, et la vie intérieure des individus
qui sont capables, tout en étant assis dans le
même métro, de laisser leur imagination les
transporter au milieu de paysages rayonnants ou
auprès des êtres qui leur sont chers.
On dit souvent que l’optimisme n’est pas un trait de
caractère, mais un choix. Il en va de même pour la
sensibilité poétique. Il s’agit d’un savoir-faire qui peut
s’entretenir en commençant par choisir soigneusement
quelques objets comme supports de visualisation.

1. ( , 24 décembre 1573 - 27 janvier 1645)


Règle d’or n° 5 : SHIKEN
(sérieusement, à sabre réel)
Toujours donner le meilleur de
soi-même
Le succès échappe toujours à ceux qui ne savent pas
se relever et qui abandonnent au premier échec, mais il
n’appartient pas non plus à ceux qui pensent qu’ils
auront toujours une seconde chance.
Dans de nombreux pays d’Asie comme le Japon, la
Chine et la Corée, les individus qui sont considérés
comme ayant réussi sont admirés par leurs concitoyens.
Bien que les résultats qu’ils ont obtenus dans ce qu’ils
ont entrepris soient extraordinaires, leur potentiel de
départ n’était pas toujours supérieur à celui des autres.
Cela nous enseigne
que le succès ne dépend pas
entièrement de l’étendue
de nos capacités, mais
surtout de notre faculté
à les utiliser
pleinement.
Dans de nombreux pays européens, les grands
entrepreneurs, les scientifiques de renom ou les artistes
talentueux qui ont marqué l’histoire sont souvent
présentés comme des génies. Ainsi, on est parfois
conduit à penser que ces derniers ont bénéficié dès la
naissance de dons hors du commun et que pour eux tout
a été presque facile. Certains se plaisent à croire que
s’ils avaient pu bénéficier de ces mêmes facultés, ils
auraient eu un succès comparable. La généralisation
d’une vision élitiste de la société peut nuire durablement
à son développement. Ceux qui sont en difficulté
risquent de sombrer dans le fatalisme et d’abandonner
leurs rêves, tandis que ceux qui ont commencé à se
réaliser auront tendance à se sentir supérieurs et
cesseront de donner le meilleur d’eux-mêmes.

Préférer la constance à la rapidité


Les Japonais se méfient de ceux qui se présentent
eux-mêmes comme des élites. Un génie qui se repose
uniquement sur la venue imprévisible de l’inspiration,
une diva au caractère changeant, un surdoué qui
s’effondre au premier échec venu, toutes ces personnes
peuvent connaître un succès fulgurant, mais il est
rarement durable. Or, ce qui est recherché au Japon
c’est avant tout la stabilité. Celle-ci ne dépend pas des
facultés d’une personne, mais de sa force de caractère.
En Asie, l’éducation est considérée comme le fondement
de la société. Contrairement à la France où
l’enseignement consiste à transmettre des savoirs
techniques comme les sciences, les langues ou
l’histoire, au Japon, les professeurs cherchent avant tout
à inculquer un savoir-vivre à leurs élèves. L’école est un
lieu où l’on apprend comment se comporter avec les
autres, mais aussi avec soi-même. Lorsqu’un élève ne
réussit pas un examen, il est impensable que son maître
lui dise « tu es bête ou quoi ? » Un professeur ne remet
pas en cause les capacités intellectuelles d’un élève
lorsque ce dernier n’a pas réussi à obtenir un bon
résultat à un examen, au contraire, il l’incite à reprendre
confiance en lui et surtout à adopter une attitude shinken
qui consiste à s’impliquer sincèrement et complètement
dans ce que l’on entreprend.
« » signifie « vrai sabre » et désigne
désormais la capacité à faire quelque chose
sérieusement. Cette expression vient des arts
martiaux. Celui qui s’entraîne avec un sabre en
bois renforce avant tout son corps, mais celui qui
s’exerce avec son partenaire en utilisant de vrais
katana forge aussi son esprit. Bien que cela ne soit
qu’un entraînement, il n’a pas le droit à l’erreur. La
moindre faute d’inattention serait fatale. Soit il
mourra, soit il tuera son partenaire. Dans ces
conditions, l’esprit est entièrement plongé dans
l’action et donne le meilleur de lui-même.

Tenter comme si c’était notre


dernière chance
Ce qui est vrai pour les arts martiaux l’est aussi pour
les autres domaines de la vie. Celui qui ne se contente
que de survoler ses manuels de révisions en pensant
qu’il lui reste encore beaucoup de temps avant son
prochain examen, comment pourrait-il réussir ? Celui qui
fait une séance de sport, mais qui abandonne
rapidement tout en se persuadant qu’il fera mieux lors du
prochain entraînement, comment peut-il espérer obtenir
des résultats ? L’entrepreneur qui ne se donne pas la
peine de préparer dans les moindres détails sa
négociation avec ses partenaires ou ses clients pensant
qu’il pourra en trouver d’autres rapidement, comment
pourrait-il obtenir le succès qu’il désire ? Il ne faut pas se
laisser abattre par une erreur, mais être capable de faire
ce que l’on entreprend comme si nous n’étions pas
certains que nous pourrons bénéficier d’une prochaine
tentative. Cet état d’esprit permet de ne pas passer à
côté de la vie et des opportunités qu’elle accorde.
Le succès
dans les études et le travail,
mais aussi l’épanouissement
dans la vie amoureuse dépendent
de cette capacité à donner
tout ce que l’on a
dans le moment présent.
Celui qui pense que l’autre vivra toujours à ses côtés
quoi qu’il fasse, quoi qu’il dise, ne sera plus aussi
attentionné qu’au départ, et son couple basculera soit
dans la monotonie soit dans le conflit.

Apprendre à se détacher du résultat


Shinken désigne donc le fait de se fondre entièrement
dans l’action présente. Pour cela, il faut également
savoir détacher son esprit du résultat.
Celui qui, en face d’un sabre pense qu’il peut se faire
transpercer, sera envahi par la peur et ne pourra pas
réagir. S’il réfléchit trop au résultat de sa prochaine
attaque, alors ses mouvements deviendront prévisibles.
Être shinken signifie avant tout faire l’action pour elle-
même, et non pas dans l’espoir d’obtenir ou d’éviter
quelque chose.
Celui qui étudie seulement pour réussir un examen
n’est pas shinken. L’employé qui fait des heures
supplémentaires en espérant obtenir la reconnaissance
de son supérieur n’est pas shinken non plus. En fixant
leur esprit sur les objectifs, ils oublient d’apprécier
l’action en elle-même et pour elle-même. S’ils
n’obtiennent pas les résultats escomptés, ils risquent
fortement de se décourager.

Celui qui sait apprécier les sensations que procure


le fait de donner le meilleur de soi-même sera
capable de rester constant malgré les difficultés
qu’il rencontrera. Sa motivation et son estime de
lui-même seront moins dépendantes de
phénomènes extérieurs et les résultats apparaîtront
naturellement. Avant d’espérer réussir, il est
nécessaire de créer et d’entretenir le bon état
d’esprit.
Et vous, êtes-vous shinken ?
Règle d’or n° 6 :
GAMBARU

(persévérer)
Apprendre à ne pas se
disperser
Choisir, c’est aussi apprendre à renoncer.
(André Gide)
En écrivant ces mots, André Gide essayait de nous
avertir : celui qui ne sait pas renoncer ne pourra pas
achever de grandes choses. Combien d’entre nous sont
tenus éveillés une grande partie de la nuit par cette
désagréable sensation d’aller nulle part et de ne jamais
rien accomplir qui puisse les rendre fiers d’eux-mêmes ?
Ce n’est pas le manque d’opportunités qui nous
empêche de nous réaliser, c’est la multitude de
tentations et de possibilités qui nous aspire dans une
fuite perpétuelle et nous éloigne de nous-mêmes.
Dans son Discours de la méthode, Descartes nous
avait pourtant bien prévenus. Le voyageur égaré dans la
forêt ne pourra trouver la sortie que s’il prend la ferme
décision de choisir un chemin, même au hasard, et de le
continuer jusqu’au bout. Celui qui ne sait pas combattre
le doute et change de direction trop souvent se
condamne à tourner en rond éternellement au milieu du
labyrinthe d’arbres.
« Seuls les idiots ne changent pas d’avis », dit
l’adage, mais il convient aussi de ne pas oublier
l’enseignement d’Erasme, « celui qui court deux lièvres à
la fois n’en attrape aucun ». Si on analyse les habitudes
de nos sociétés modernes occidentales, on peut
s’apercevoir que la principale cause d’échec, que ce soit
en sport, dans les études comme dans la vie
professionnelle, réside rarement dans le choix d’une
mauvaise méthode ; la principale cause d’échec est
avant tout liée à notre manque de consistance et de
persévérance. Il existe deux types de comportements
récurrents qui conduisent à entraver notre
accomplissement personnel.

Ne pas essayer trop de nouvelles


choses juste pour fuir le quotidien
À force de regarder trop souvent les magazines et les
réseaux sociaux où chacun se met en scène pour
essayer de paraître plus heureux qu’il ne l’est
réellement, nous sommes inconsciemment conditionnés
à toujours rechercher la nouveauté et l’extraordinaire
pour tenter de nous épanouir.
Plutôt que d’essayer
de comprendre qui nous
sommes au fond de nous
et d’analyser ce que l’on veut
réellement, nous préférons
foncer désespérément vers
de nouveaux horizons pour
fuir notre quotidien.
Se laisser enfermer dans la routine et nos vieilles
habitudes n’est certes pas le meilleur moyen de vivre
une vie intéressante, mais que dire des personnes qui
commencent tout et ne finissent jamais rien. L’étudiant
qui change de spécialité chaque année sans ne jamais
obtenir de diplômes, qui apprend quatre langues sans ne
jamais en parler aucune, risque de rencontrer des
difficultés pour s’insérer dans la vie professionnelle.
Celui qui change de passion tous les trois mois, qui teste
plusieurs instruments de musique, divers types de
danses ou d’art martiaux sans ne jamais en maîtriser
vraiment aucun ne connaîtra jamais le plaisir qu’apporte
la sensation d’exceller dans quelque chose. Dans ce
monde où tout s’achète, même les passions deviennent
la cible de la société de consommation. Les salles de
sport l’ont bien compris. Une fois inscrit, il est possible
de changer d’activité chaque semaine en fonction des
envies passagères. Consommer nos passions permet-il
vraiment de remplir nos existences ?

Ne pas changer de méthode sans


l’avoir pleinement testée
Sortir de sa zone de confort, cela ne veut pas
nécessairement dire rechercher la nouveauté à tout prix,
cela peut parfois signifier que l’on doit apprendre à
persévérer pour mener quelque chose jusqu’au bout.
Comment avoir confiance en soi et en son avenir lorsque
l’on abandonne tout ? Lorsque l’on débute quelque
chose, la progression est souvent rapide. Au bout de
quelques semaines voire quelques mois, un palier
entraîne une période plus ou moins longue de
stagnation. Lorsque plus aucun résultat visible ne vient
récompenser nos efforts, la lassitude s’installe et la
tentation d’abandonner devient grande. « Ce qui ne se
fait pas avec le temps, le temps le défait », dit l’adage
populaire, mais tous les jours les médias nous font rêver
en nous racontant l’histoire de personnes qui réussissent
subitement. Nous commençons à mépriser tout ce qui
prend du temps. YouTube® regorge de vidéos nous
expliquant comment apprendre une langue étrangère en
quinze jours, comment sculpter son corps en trois
semaines ou comment créer une start-up et la
transformer en multinationale en moins de deux ans.
Nous avons ainsi tendance à croire que l’intelligence et
l’astuce sont suffisantes. Nous sommes inconsciemment
à la recherche d’une méthode miracle qui nous
permettrait de réussir rapidement et de dépasser sans
trop d’effort le niveau des personnes qui persévèrent
dans cette voie depuis longtemps.
Rome
ne s’est pas construite
en un jour, et elle n’aurait
probablement jamais existé
si les architectes avaient changé
de méthode à chaque fois
que le chantier prenait plus
de temps que prévu.
Il ne faut certes pas confondre l’obstination avec la
persévérance, mais il faut aussi accorder suffisamment
de temps à une méthode pour faire ses preuves avant
d’en chercher une autre.
L’envie perpétuelle de nouveauté et l’envie de
bénéfices immédiats sont dans notre nature. Il existe un
terme fréquemment employé dans la langue japonaise
de tous les jours qui incite à se méfier de ces deux
penchants. Il s’agit du mot gambaru. Lorsqu’il est
adressé à une autre personne, il signifie qu’on lui
souhaite bon courage, quand on l’utilise à la première
personne, il sert à exprimer qu’on a l’intention de donner
le meilleur de soi-même. Ce terme porte en lui l’une des
valeurs les plus représentatives du peuple japonais, le
respect pour la persévérance. Il s’écrit désormais
mais certaines sources mentionnent qu’au cours de
l’histoire, il a aussi été écrit avec les caractères suivant :
. désigne l’œil tandis que renvoie à la
notion « d’étendre », de « déployer ». Dans ce cas-là,
gambaru peut se traduire par fixer son regard sur
quelque chose. Il s’agit en quelque sorte de promettre,
aux autres mais surtout à soi, que l’on restera concentré
sur une chose le temps qu’il faudra pour avoir des
résultats. Nos sociétés modernes nous incitent à
rechercher l’efficacité et la productivité, alors que
l’histoire s’est faite par des entreprises durables. On
nous inculque à réfléchir et à analyser, mais qui nous
apprend à renforcer notre volonté et entraîner notre
patience ?
Aucun agriculteur
du monde n’a récolté
les fruits de son travail le jour
suivant l’ensemencement
des champs.
De tradition agricole, les Japonais savent que ce n’est
pas la rapidité du succès qui comble une existence, mais
sa durabilité. Pour réaliser quelque chose de durable,
l’intelligence seule n’est pas suffisante, il est primordial
de persévérer même quand aucun signe de succès n’est
visible.
Un proverbe japonais dit « » (rester
sur un caillou pendant trois ans). Le sens de cet
enseignement est le suivant : dans la nature, les
rochers sont froids, mais si on reste assis dessus
pendant trois ans, alors ils se réchaufferont. Dans
ce contexte, le mot rocher peut faire référence à
une situation particulière que nous rencontrons au
cours de notre existence. Le froid renvoie au fait
que cette situation est désagréable. Ce proverbe
nous apprend que si nous savons résister à
l’inconfort ponctuel, celui-ci s’effacera
progressivement de notre chemin, tandis que si
nous changeons de cap constamment, nous nous
condamnons à ne nous asseoir que sur des
rochers froids.

Gambaru renvoie donc à la notion de persévérance.


On peut aussi pousser plus loin l’interprétation. En
français on dit souvent, « loin des yeux, loin du cœur ».
Si on analyse le terme gambaru dans cette optique, on
peut considérer qu’il signifie également « continuer de
garder dans notre cœur la chose que l’on a
commencée ».
La vie est trop courte
pour n’être faite
que de sacrifices.
L’un des seuls moyens pour continuer de persévérer
dans une voie sans trop de frustrations malgré le fait
qu’aucun résultat ne soit visible, c’est de prendre du
plaisir à l’action en elle-même.
L’attitude gambaru c’est savoir entretenir sa passion
pour les choses que l’on doit faire. Pour cela, il convient
de prendre conscience que la passion n’est pas un
sentiment qui naît en nous comme par miracle. Pour être
vraiment passionné par quelque chose, il faut d’abord
apprendre à cultiver notre sensibilité pour percevoir de la
beauté et du sens dans des actions quotidiennes qui
peuvent paraître contraignantes et inintéressantes.
Règle d’or n° 7 :
KAWAKIRI

(commencement)
Continuer malgré les doutes
Il n’a manqué à quelques hommes pour faire de
grandes et belles choses que le courage de les
commencer.
(Joseph Michel Antoine Servan)
Avons-nous suffisamment de courage pour devenir
qui nous sommes réellement ? Le manque d’argent, le
manque de visibilité, l’insuffisance de notre préparation,
l’absence de soutien de nos proches… nous avons tous
de bonnes excuses pour ne pas prendre le risque
d’échouer sur le chemin qui mène à nos rêves. Parfois
nous avons la force nécessaire pour effectuer le premier
pas, mais celui-ci est tellement douloureux et nécessite
tant de sacrifices qu’il nous devient presque impossible
de penser qu’on puisse parcourir les milliers d’autres pas
qui nous séparent de notre objectif. Comment trouver la
volonté d’avancer quand on est acculé par la douleur ?
Ceux qui savent que la souffrance est éphémère se
concentreront sur le deuxième pas, puis le troisième,
tandis que ceux qui se focalisent sur leurs conditions
actuelles risquent de perdre espoir en eux et en l’avenir.
Réputés pour leur grande endurance, aussi bien au
niveau sportif, que dans le monde professionnel et dans
leur vie privée, les Japonais puisent dans leur culture les
enseignements qui leur apprennent comment faire face
à de nouveaux défis sans perdre leur sang-froid. Il existe
ainsi dans le vocabulaire de la langue japonaise un
terme qui renferme les secrets qui permettent
d’augmenter rapidement l’endurance psychologique.
Souvent traduit par « commencement », le mot kawakiri
revêt en réalité une signification plus profonde. Traduit
littéralement, il signifie « couper la peau ».
Bien que kawakiri fasse désormais partie du
vocabulaire de la langue courante, il s’agit au
départ d’une expression utilisée par les médecins
japonais qui pratiquent la moxibustion
traditionnelle. Cette branche de la médecine
chinoise consiste à soigner divers maux en
rééquilibrant les énergies internes du corps du
patient grâce à la stimulation de certains points à
l’aide d’un cône d’herbes séchées en combustion
appelé mogusa. Très impressionnante, cette
thérapie est généralement sans douleur à
l’exception du premier mogusa. La sensation
provoquée par la chaleur de la première application
est parfois si intense que le patient peut avoir
l’impression que sa peau se déchire. Son premier
réflexe est d’éloigner rapidement le mogusa pour
éviter la brûlure, mais pour que le traitement soit
vraiment efficace, faire confiance au médecin et
accepter de poursuivre le processus sont
nécessaires.
Kawakiri, couper la peau, désigne donc un
cheminement salvateur, mais dont les débuts sont
difficiles. En se remémorant sa signification première, il
est possible de comprendre quatre enseignements
indispensables pour cultiver le courage et l’endurance
nécessaire pour s’accomplir pleinement.

La douleur due au changement est


éphémère
Ceux qui pratiquent le jogging ou tout autre sport
d’endurance savent que ce sont les premières minutes
qui sont les plus difficiles. Les muscles et les tendons
sont rigides, les articulations sont encore froides, le
souffle est court, mais surtout, notre inconscient semble
tout faire pour nous dissuader de continuer. Dès les
premières secondes, notre esprit est assailli de
questions et d’accusations : « Pourquoi es-tu en train de
courir ? À quoi cela sert-il ? Ne devrais-tu pas aller
t’amuser avec ta famille ou tes amis ? Tu es fatigué
aujourd’hui, ne devrais-tu pas te reposer ? » Mais après
quelques minutes, le corps se réchauffe et les
mouvements deviennent plus souples, nos pensées
s’apaisent et l’on peut apprécier le moment présent.

La douleur résulte de résistances


psychologiques
Le temps nécessaire pour que le corps s’habitue à
l’effort peut certes être réduit avec l’entraînement, mais
l’inconfort passager des premières minutes ne pourra
jamais être complètement évité. Toutefois, un sportif
entraîné et motivé saura plus facilement gérer la période
d’échauffement qu’une personne qui n’a pas l’habitude
de se dépasser ou qui ne s’est pas fixé d’objectifs
personnels.
Pour trouver la force de
continuer à avancer quand
l’esprit et le corps se rebellent, il
faut avoir le courage de regarder
la souffrance en face et de
l’analyser avec sérénité
et détachement.
Bien souvent, ce n’est pas la douleur qui nous arrête,
mais la peur de ne pas savoir la gérer sur le long terme.
Comme le disait Laozi, un voyage de 1 000 lieues
commence toujours par un premier pas. Celui qui prend
la route vers de nouveaux horizons ne doit pas fixer son
attention sur la distance à parcourir. Ce n’est pas le
nombre de pas qui détermine la difficulté du voyage,
mais l’importance des barrières psychologiques à
surmonter pour franchir les premières limites de notre
zone de confort. Pour aller loin, renforcer simplement
ses jambes ne suffit pas, il faut d’abord forger son
mental pour trouver le courage de s’éloigner de ce que
l’on connaît. Celui qui sait limiter la durée de ses
résistances psychologique au changement souffrira
moins longtemps.
Apprendre à apprécier chaque étape
vers notre objectif
Bien souvent, la douleur résulte du fait que l’on met
trop de temps à couper le cordon ombilical qui nous relie
à notre condition actuelle. On espère voir le bout du
tunnel dans lequel on s’est déjà engagé avant de
continuer à avancer. Cela nous condamne à rester dans
l’obscurité plus longtemps que nécessaire. Personne
n’aime échouer et rares sont ceux qui aiment réellement
prendre des risques. C’est pourquoi, l’une des meilleures
solutions pour continuer d’avancer, c’est de considérer
chaque pas comme une véritable victoire en soi.
Ce n’est pas assez de faire des pas qui doivent
un jour conduire au but, chaque pas doit être lui-
même un but en même temps qu’il nous porte en
avant.
(Goethe)

Les sacrifices peuvent être un


moyen d’accomplissement
Mieux vaut mourir en tentant de faire un pas de
plus vers l’Ouest, plutôt que de devoir reculer pour
survivre.
(Xuanzang)
Seul au milieu de l’immensité du désert de Gobi,
Xuanzang, le célèbre moine chinois, doit faire face à un
cruel dilemme. Il ne se doutait pas qu’en faisant ce
premier pas vers une mort certaine, il venait d’entrer sur
le chemin de l’accomplissement de sa destinée. Parti
vers l’ouest pour chercher des textes sacrés en Inde, il
venait de faire une violente chute de cheval. Après s’être
relevé précipitamment pour éviter que le sable ne lui
brûle le visage, il s’aperçut qu’en tombant il avait percé
sa gourde. L’intégralité de l’eau nécessaire pour son
voyage venait de s’écouler devant ses yeux. Pétrifié par
la peur, il resta immobile un long moment.
Son regard se porta vers l’ouest, une multitude de
dunes s’élevaient telles de gigantesques vagues au
milieu de cet océan de sable qui le séparait de sa
prochaine étape vers l’Inde, vers cette terre sacrée où
les enseignements de Bouddha étaient compilés dans
de précieux soutras encore inconnus en Chine. Son
instinct de survie le poussa à se retourner vers l’est, vers
son point de départ qui se trouvait à moins d’un jour de
marche. S’il rebroussait chemin maintenant, il avait de
grande chance de survivre, mais il savait qu’il ne pourrait
probablement plus jamais repartir vers l’Inde. Une
interdiction d’entrée et de sortie de territoire venait d’être
décrétée par l’empereur par crainte d’invasion barbare.
Xuanzang prit alors une décision incroyable, il se mit en
marche vers un voyage incertain. Il ignorait s’il allait
trouver de l’eau pour survivre, mais il avait compris que
c’est seulement en prenant ce risque qu’il serait
réellement en vie. C’est en effet en avançant vers une
mort presque certaine que Xuanzang réussit à dépasser
le désert, grâce à des pluies nocturnes et à la
découverte fortuite de sources coulant au milieu des
dunes. Il put ainsi se rendre en Inde où il découvrit de
nombreux textes sacrés qu’il traduisit en chinois et qu’il
rapporta par la suite dans l’empire du milieu. Cet
exemple de courage extrême ne doit pas nous inciter à
risquer notre vie, mais il nous permet de comprendre
que pour réussir ce que l’on entreprend, on doit savoir
cultiver sa passion pour cet objectif.
Il reste toujours assez de force à chacun pour
accomplir ce dont il est convaincu.
(Goethe)
Règle d’or n° 8 : MUDA
(inutile)
Aller à l’essentiel
Que reste-t-il de notre enthousiasme qui nous avait
guidés sur le chemin de nos rêves ? Voilà déjà bien
longtemps que nous nous sommes mis en marche, mais
notre objectif reste hors de portée. Chaque nouveau pas
semble nous perdre un peu plus, chaque enjambée nous
rapproche encore plus de l’épuisement. Comment est-il
possible qu’après tant d’efforts, tant de renoncements,
aucun résultat ne soit encore visible pour récompenser
nos sacrifices. Sommes-nous voués à l’échec ? Le
manque de volonté est une cause fréquente d’échec,
mais lorsque nous mettons tout notre cœur dans nos
tentatives et que celles-ci restent vaines, un sentiment
profond d’injustice nous envahit.
Inutile de tirer votre épée pour couper de l’eau ;
l’eau continuera à couler.
(Li Bai)
Quand le destin semble être contre nous et que la
malchance est devenue notre seule compagne sur le
chemin de nos errances, comment faire pour continuer
de croire en l’avenir ?
À travers ce vers, le célèbre poète chinois Li Bai nous
incite à nous reposer un instant pour prendre conscience
que ce n’est pas le manque de chance, mais la répétition
d’actions inutiles qui nous empêche de nous accomplir
pleinement.
Les lions ont une grande force, mais elle leur
serait inutile si la nature ne leur avait pas donné des
yeux.
(Montesquieu)
En écrivant ces lignes, ce penseur du Siècle des
lumières voulait nous faire comprendre que la force sans
la clairvoyance n’est que peu de chose. Les personnes
dotées d’une grande volonté s’impatientent souvent face
au manque de résultats visibles de leurs actions.
Malheureusement, le remède est parfois pire que le mal
et les efforts supplémentaires qu’elles fournissent ne font
que les affaiblir davantage et les éloignent de leurs
objectifs. Accepter de faire une pause et examiner si ce
que l’on fait est vraiment utile permet de réussir ce que
l’on entreprend.
Profondément marqués par la rareté des ressources
naturelles de leur pays, les Japonais ont fait du non-
gaspillage l’un des principes clés de leur philosophie de
vie. Traduit par « inutile », le mot japonais muda
comporte un sens caché.
Ce terme s’écrit de la manière suivante, . Le
deuxième caractère désigne les bagages qui étaient
chargés sur le dos des chevaux avant l’invention des
moyens de transports modernes, tandis que le caractère
désigne la notion d’absence. La traduction littérale de
muda renvoie donc au fait de faire marcher un cheval
sans rien lui faire porter. Pour comprendre le sens de ce
concept, il est important de savoir qu’au Japon les
chevaux étaient assez rares et particulièrement précieux
pour les seigneurs de la guerre, car c’était eux qui
permettaient de transporter les vivres, les armes et
autres matériels indispensables. Un bon stratège ne
pouvait donc pas se contenter de savoir gérer ses
troupes, il devait également apprendre à bien utiliser les
chevaux disponibles afin d’optimiser leurs déplacements.
Il devait éviter de les faire marcher pour rien afin de
préserver leur énergie pour le moment où celle-ci serait
vraiment nécessaire. En analysant le terme muda, on
constate qu’il revêt une signification plus forte que le mot
français « inutile ». Tandis qu’en Occident, l’inutilité
renvoie à ce qui n’est pas productif, au Japon, muda est
associé à quelque chose qui est contreproductif. En
effet, les muda ne nous font pas perdre seulement du
temps, mais également de l’énergie.
Le danger des efforts inutiles,
c’est qu’en plus de nous faire
stagner, ils mettent notre
objectif hors de notre portée
en nous épuisant
progressivement.
Ainsi, même si la persévérance et la constance sont
deux qualités indispensables pour mener à bien ce que
l’on entreprend, il convient également de savoir prendre
du recul sur ses activités afin de les examiner pour
distinguer l’utile du superflu. Voici quelques techniques
permettant d’optimiser son énergie au jour le jour.

Limiter les gestes inutiles pour


reposer le mental
Les liens entre le corps et l’esprit sont omniprésents
dans la culture japonaise et particulièrement dans le
bouddhisme zen.
La méditation assise a
pour finalité d’apaiser le mental
pour lui permettre
de sortir des illusions
qu’il crée lui-même.
Mais ce processus n’est pas uniquement intellectuel,
il doit également s’accompagner d’un travail corporel. En
effet, du fait de leurs interactions permanentes, les
gestes inutiles du corps risquent de conduire à l’agitation
de l’esprit. C’est pour cela que les moines bouddhistes
méditent en position du lotus. Cette posture stabilise tout
le corps afin de lui permettre de rester parfaitement
immobile. N’ayant plus besoin de se préoccuper du
monde extérieur, le pratiquant peut enfin se centrer sur
lui-même. Si le calme intérieur est une recherche
universelle, elle se traduit au Japon par une volonté de
codification rigoureuse. Bien que cela puisse surprendre,
cette méthode se révèle très efficace.

Exemple
La cérémonie du thé illustre parfaitement les effets
apaisants des rituels sur l’esprit. Appelée Sadou ou
Cha no Yu en japonais, elle ne laisse aucune place
à l’improvisation. Tout y est minutieusement
déterminé par un protocole immuable.

La méthode pour plier le fukusa, l’étoffe de tissu qui
sert à purifier les ustensiles ; la façon de poser la
louche hishaku sur le pot en fer après y avoir
prélevé de l’eau bouillante ; la manière d’inspecter
le chassen, le petit fouet en bambou, avant de
l’utiliser pour mélanger la poudre de thé avec l’eau ;
le sens pour tourner le bol pour le présenter aux
invités… tous ses gestes à se remémorer peuvent
paraître stressants pour le débutant, mais en
réalité, ils ont été déterminés pour libérer l’esprit.
En effet, chaque petit mouvement a été optimisé et
codifié afin que le corps puisse bouger sans que
cela sollicite la partie consciente du cerveau.
L’absence de prise de décision permet à la
personne entraînée de réaliser l’intégralité de la
cérémonie dans un état de méditation intense. On
comprend ainsi que les règles ne sont pas établies
pour freiner la créativité, mais pour permettre au
mental bien souvent malmené de se reposer un
peu.

Cette technique peut s’appliquer également dans le


monde professionnel. Plusieurs études ont démontré
que les employés peuvent passer plusieurs heures par
mois pour chercher des documents ou des fournitures
(agrafeuses, stylos, etc.). Cela a un impact très
important sur l’efficacité du travail, car lorsque notre
cerveau est sollicité pour chercher activement un objet, il
lui faudra, après se l’être procuré, plusieurs minutes pour
retrouver sa capacité de concentration.
L’une des meilleures méthodes pour éliminer
rapidement ces muda consiste à copier les codifications
de la cérémonie du thé japonaise. Il suffit pour cela de
déterminer une place unique à chaque objet et définir un
rituel rapide de rangement après chaque utilisation.
Cette habitude doit s’appliquer également à notre
environnement virtuel, à savoir l’espace de rangement
dans notre ordinateur.
En résumé, pour augmenter
son efficacité et diminuer la fatigue
nerveuse, il est indispensable
d’apprendre à codifier certaines parties
de notre quotidien afin de supprimer
les gestes inutiles (muda) et de créer
des automatismes qui ne sollicitent pas
en permanence la partie conscience
de notre cerveau.

Maîtriser les pensées inutiles qui


amenuisent l’énergie
Les bouddhistes comparent souvent le mental à un
cheval apeuré qui tourne en rond dans son enclos
jusqu’à tomber d’épuisement. Afin d’éviter cela, ils nous
conseillent de « vider notre esprit de nous-même ».
La méditation est l’un
des meilleurs moyens
pour aider à pacifier
notre esprit.
Contrairement à ce que l’on pourrait croire, l’objectif
n’est pas d’éliminer les pensées, mais de les laisser
couler sans porter de jugements sur elles. Bien que
n’étant pas matérielles, chacune d’entre elles nécessite
de l’énergie pour être créée par notre cerveau. Une fois
qu’elles ont émergé dans notre partie consciente sous la
forme d’un souvenir ou d’une projection dans le futur,
nous émettons un jugement de valeur qui consomme lui
aussi une dose importante d’énergie. Quand un
jugement de valeur négatif est attribué à une pensée,
celle-ci a tendance à se manifester de nouveau. Dans le
pire des cas, ce cercle vicieux entraîne un véritable
blocage et l’esprit se retrouve complètement prisonnier
de cette pensée. On dit alors qu’on tourne en rond. Nous
sommes tel ce cheval apeuré de la métaphore
bouddhiste qui, malgré sa force, ne peut pas profiter de
la beauté du monde et se morfond dans son enclos. La
méditation nous apporte le calme nécessaire pour
prendre du recul afin de sauter par-dessus les barrières
mentales qui nous retiennent prisonniers. Une fois
délivré, l’esprit peut contempler de nouvelles pensées
sans émettre de jugements de valeurs, il peut alors
utiliser son énergie pour des activités plus constructives.
La culture japonaise traditionnelle accorde une grande
importance aux exercices de visualisations dans le
processus de méditation. Ces dernières permettent de
libérer l’esprit des pensées négatives.
Pour en savoir plus, consultez le chapitre sur le terme
Mitate page 45.

Fixer des objectifs intermédiaires


pour vérifier régulièrement
l’efficacité de nos méthodes
La volonté n’est pas suffisante pour réussir ce que
l’on entreprend. Que ce soit dans les études ou dans la
vie professionnelle, il est important d’élaborer une
méthode qui nous convienne et qui permette d’optimiser
nos compétences. Pour éviter les efforts inutiles, il faut
commencer par apprendre à les repérer. La meilleure
manière de procéder pour ce faire est de se fixer des
objectifs intermédiaires mesurables afin de pouvoir
vérifier notre progression.

Exemple
Dans le cas de l’apprentissage d’une langue
étrangère, beaucoup d’étudiants commencent par
rédiger des listes de mots de vocabulaire
interminables. Leur méthode d’apprentissage se
résume bien souvent à la relecture de leurs fiches.
En faisant cela, l’étudiant peut paraître sérieux,
mais en réalité il perd beaucoup de temps. S’il ne
change pas de méthode, ses résultats seront
mauvais et il risque de se décourager. Pour éviter
cela, il suffit qu’en fin de journée il essaie de se
remémorer tous les mots qu’il a lus sur sa fiche. S’il
ne peut pas se souvenir de plus de 70 %, c’est qu’il
doit changer de méthode.
Le cerveau n’enregistre dans la mémoire à long
terme que les informations qui lui paraissent
importantes. Or pour que notre système nerveux
accorde de l’intérêt à une information, on a besoin soit
d’une charge émotionnelle particulière, soit de répéter
l’information plusieurs fois sur une certaine durée. Il est
impossible d’associer chaque mot à une émotion forte,
par conséquent, lorsqu’on apprend une langue, il faut se
remémorer chaque nouveau terme plusieurs dizaines de
fois par jour pendant une semaine pour que celui-ci soit
vraiment mémorisé. Cette technique peut s’appliquer à
l’ensemble des activités nécessitant un processus de
mémorisation. Mais le plus important, c’est de se
rappeler que pour éviter les muda, il est indispensable
de savoir se fixer régulièrement des objectifs
intermédiaires afin de vérifier l’avancement de nos
projets.

Comprendre l’alternance des


rythmes pleins et creux
La culture asiatique se base sur la notion du Yin et du
Yang. Selon cette théorie, l’ensemble du monde qui
nous entoure et nous y compris serions influencés par
une alternance constante entre ces deux énergies,
positive et négative.
Notre quotidien est rythmé
par des cycles d’accélérations et
de ralentissements de nos
fonctions vitales. Seule la prise
de conscience de l’existence de
ces alternances permet de mieux
contrôler leurs influences
sur notre vie.
Les avancées de la médecine moderne ont confirmé
qu’au cours d’une même journée notre corps est soumis
à plusieurs cycles hormonaux. Notre métabolisme diffère
ainsi en fonction du taux de cortisol, de sérotonine et de
mélatonine. Pour plus d’efficacité, il convient de réserver
les moments durant lesquels notre potentiel est au
maximum pour des tâches réellement productives et
créatrices. S’il existe des grandes constances
communes à tous les êtres humains, les rythmes
diffèrent cependant en fonction des individus. Il est donc
important d’apprendre à écouter son corps et à repérer
ses rythmes afin d’optimiser sa journée en fonction des
hauts et des bas. Il ne peut y avoir efficacité sans
harmonie, cela signifie également qu’il faut comprendre
l’alimentation ainsi que le temps et les horaires de
sommeil qui nous conviennent le mieux.

Ne pas perdre du temps avec ce qui


n’en vaut pas la peine
Une légende raconte qu’un jour Confucius surprit
l’un de ses disciples se disputer avec une abeille.
Le sujet de la discorde portait sur le nombre de
saisons qu’il y a dans une année. Tandis que le
disciple de Confucius tentait d’expliquer qu’il y en a
quatre, l’abeille s’obstinait à affirmer qu’il n’y en a
que trois. Sentant la colère monter dans le cœur de
son élève, le maître lui coupa la parole et dit à
l’abeille : « Madame, vous avez raison, il n’y a que
trois saisons dans une année, mon élève est
encore ignorant, je vais l’éduquer, vous pouvez
partir maintenant. »

Satisfaite, l’abeille s’éloigna gaiement. Hors de lui,
le disciple se mit à crier : « Printemps, été,
automne et hiver ! Cela fait quatre saisons et vous
le savez bien. Maître, pourquoi m’avez-vous
désavoué devant cette abeille ? » Confucius
regarda son disciple et lui dit : « Tu sais bien que
les insectes meurent en automne à cause du froid,
ils ne connaissent donc pas l’hiver, cela ne sert
donc à rien d’essayer de leur expliquer. J’ai voulu
mettre fin au plus vite à votre discussion, car j’ai
bien vu que cela t’affectait. Je préfère que tu
gardes ton énergie pour des discussions plus
intéressantes. »
Le fait de vouloir être compris est un sentiment bien
humain, mais parfois cela nous fait plus souffrir que
nécessaire.
L’expérience est une lanterne qui n’éclaire que
celui qui la porte.
(Céline)
Apprendre à accepter que certaines choses ne
puissent être comprises que par nous-même nous
préserve. La colère et la tristesse sont des muda pour
notre esprit. Dans ces moments-là, il convient de se
remémorer la parabole de l’abeille et d’arrêter de blâmer
les autres, car il est très difficile d’appréhender ce qu’on
ne peut pas expérimenter par nous-même.
Règle d’or n° 9 : BAKA
(idiot)
Affermir ses jugements
La véritable puissance, dans ce monde, ce n’est
pas l’autorité, c’est l’influence. Le pouvoir qui ne
veut être que pouvoir et qui dédaigne l’influence, n’a
qu’une existence faible et précaire.
(Alexandre Vinet)
Dans son ouvrage intitulé L’Indifférentisme religieux
publié en 1845, le théologien Alexandre Vinet mettait en
garde ceux qui tentent de diriger les hommes par la
force sans apprendre à entrer dans leur cœur. Un
véritable leader n’a pas besoin de donner d’ordre ni de
proférer de menaces. Son attitude suscite la confiance
et, une fois devenu un modèle, les gens le suivent
naturellement sans qu’il ait besoin de le demander.
Toutefois, pour prétendre montrer l’exemple aux autres,
encore faut-il savoir se contrôler soi-même. Par
conséquent, avant de vouloir guider qui que ce soit, il
faut d’abord prendre garde à ne pas être influencé par
n’importe qui.
L’homme qui n’admet pas qu’une autre opinion
que la sienne puisse être vraie est un idiot.
(Émile de Girardin, célèbre défenseur des droits de
la presse)
Mais que penser de l’individu qui n’accorderait
d’importance qu’à ce que pensent les autres sans jamais
chercher les réponses par lui-même ?
« Sapere aude », ose savoir. Emmanuel Kant avait
bien compris l’enjeu de cette maxime lorsqu’il en a fait le
symbole de la philosophie des Lumières. Celui qui ne
sait pas prendre de décision par lui-même est condamné
à suivre les idées des autres. C’est comme cela que
dans le passé nos sociétés ont sombré dans des
dogmatismes meurtriers.
La liberté de pensée était autrefois mise à mal par la
censure ; maintenant, c’est la peur d’être rejeté qui
entrave notre esprit d’analyse. La vérité n’a pas de
camp, celui qui n’est pas capable de faire usage de sa
raison se laissera toujours influencer par les autres.
Quelle que soit sa position hiérarchique, son pouvoir réel
n’est rien de plus qu’un simple mirage qui s’évanouira au
moment où il en aura le plus besoin. Le monde de
l’entreprise regorge de managers qui, incapables de
prendre des décisions, se laissent influencer par la
dernière personne qu’ils rencontrent. Ces décideurs
indécis sont incapables ni de suivre ni de faire appliquer
un projet au-delà de quelques semaines. À peine ont-ils
commencé à tester une méthode qu’ils changent encore
d’avis sous les conseils d’un énième observateur
extérieur pas encore convaincu.
Souvent traduit en français par le mot « idiot », le
terme japonais baka illustre bien l’importance
d’apprendre à cultiver le courage de penser par soi-
même. baka s’écrit parfois avec les deux caractères
suivant : qui signifie cheval, et qui désigne un
daim. Certains étymologistes expliquent que le choix de
ces deux caractères aurait été influencé par une histoire
décrivant comment un empereur aurait été ridiculisé
devant son peuple.
Cette légende raconte qu’à l’époque de la dynastie
Qin, le deuxième empereur était devenu la
marionnette de l’un de ses eunuques. Ce dernier,
du nom de Zhao Gao, était un grand manipulateur.
Un jour, il entreprit de tester la fidélité des hauts
fonctionnaires qui l’entouraient. Pour ce faire, il
réunit la cour et offrit un daim à l’empereur en lui
disant : « Je vous offre un cheval. » Stupéfait, le
souverain ne put cacher sa surprise et demanda :
« Ne s’agit-il pas d’un daim ? » Zhao Gao tourna la
tête et lança un regard noir aux personnes
présentes dans la salle. Par peur de la vengeance
de l’eunuque, toute l’assemblée répondit au roi qu’il
s’agissait bien d’un cheval. Ce dernier, faible
d’esprit, se laissa persuader que le daim qu’il avait
reçu était un cheval et le traita comme tel, ce qui lui
valut de devenir la risée d’une partie du royaume.

« Le bon sens est la chose du monde la mieux


partagée », disait Descartes, encore faut-il avoir le
courage de l’utiliser pleinement. Les différentes écoles
japonaises de bouddhisme zen enseignent à leurs
disciples comment se défaire de ce qu’elles appellent
« l’illusion ». Cette méthode qui comporte plusieurs
étapes peut être utilisée dans la vie de tous les jours
pour éviter de devenir soi-même un baka.

Apprendre à reconnaître qu’on est


influençable
La première étape pour ne pas devenir baka est de
prendre conscience des limites de notre propre libre
arbitre.
Bien que nous puissions avoir parfois l’impression
d’être libres de nos jugements et de nos actes, il ne
s’agit là que d’une illusion. De nombreuses équipes de
psychologues ont montré qu’en réalité une grande partie
de nos prises de décisions sont déterminées par notre
inconscient. Notre cerveau rationnel ne participe que
très rarement à ce processus, il se voit souvent limité à
trouver des arguments concrets a posteriori pour nous
rassurer sur nos choix. Une grande partie de notre vie se
trouve ainsi déterminée par notre inconscient.
L’homme
étant programmé par son ADN
pour vivre en société,
il est naturellement
très fortement influencé
par le comportement
de ses semblables.
L’acceptation de cette réalité fait partie des premières
étapes de la pratique du bouddhisme zen. Pour
comprendre qui ils sont vraiment, les jeunes moines sont
invités à méditer sur la notion du « non-moi ». Si ce
concept déconcerte bon nombre d’Occidentaux, il
renvoie simplement à l’interdépendance. Il n’existe pas
dans ce monde une chose et encore moins un être
vivant qui soit complètement indépendant et
autosuffisant.

La métaphore du filet d’Indra illustre bien cette


réalité. Le dieu céleste possède un filet
extraordinaire qui s’étend à l’infini. Des petits
diamants sont accrochés à chaque nœud qui relie
les cordes du filet entre elles. Lorsqu’un diamant
brille, sa lumière se reflète dans un autre diamant
qui la reflète à son tour vers un autre. Chaque
pierre précieuse a une existence individuelle, mais
elle est en même temps dépendante des autres. Si
l’une d’entre elles vibre, elle fera onduler le filet et
les autres pierres bougeront elles aussi. L’homme
est semblable à ces diamants. Bien qu’il ait une
existence propre, il est sans cesse en interactions
avec d’autres individus, mais aussi avec l’intégralité
de son environnement.
Vivre en homme libre ne signifie pas vivre dans
l’illusion d’une indépendance totale, la première étape
pour préserver son libre arbitre consiste dans la prise de
conscience que nous sommes constamment influencés
par ce qui nous entoure. À ce sujet, Gustav Meyrink,
l’auteur du célèbre livre Le Golem, écrivait dans Les
Quatre Frères de la lune : « Les influences qu’on n’arrive
pas à discerner sont les plus puissantes. »

Apprendre à choisir ses influences


La première étape indispensable pour ne pas être un
baka est de comprendre que nous sommes tous
influençables. Une fois cela fait, la deuxième étape va
consister à apprendre à choisir nos influences. Notre
cerveau est en constante évolution, il modifie et renforce
sans cesse ses connexions en fonction de notre
environnement. Cette mutation se fait même si ce qui
nous entoure nous déplaît et que nous ne souhaitons
nullement lui accorder de l’importance.
Celui qui se frotte à l’encre deviendra noir.
(Confucius)
Ce qui signifie que pour mener la vie que l’on
souhaite, on doit d’abord apprendre à créer un
environnement favorable. Lorsque nous sommes à côté
d’une personne, même si cette dernière ne nous est pas
particulièrement sympathique, nous allons sans le
vouloir calquer certains de ses comportements ou
adopter certains de ses jugements de valeurs. Cela est
valable également pour des personnes qui ne sont pas
présentes physiquement, par exemple des acteurs dans
un film, un écrivain à travers ses ouvrages ou un
chanteur à travers sa musique et ses clips. Nous
sommes constamment influencés par quelqu’un d’autre.
Si nous sommes obligés de côtoyer certaines personnes
comme des collègues de travail, les voisins, les
membres de notre famille, nous sommes libres de
choisir nos amis et les films ou les livres que nous
achetons.
Si nous voulons que
quelque chose change
dans notre vie, il faut
commencer par modifier
notre environnement
matériel, mais aussi
virtuel.

Ne pas être le baka de ses émotions


Vivre en homme libre signifie non seulement
apprendre à ne pas se faire manipuler, mais également
apprendre à se méfier de ne pas devenir le baka de ses
propres émotions. La colère, la jalousie, la tristesse et
même parfois la joie excessive nous conduisent à
prendre des décisions que nous n’aurions jamais prises
en temps normal. Pour éviter de faire des choses que
l’on regrettera par la suite, il faut apprendre à développer
ce que les bouddhistes appellent le troisième œil. Celui-
ci n’est pas un super pouvoir, il ne nous permet pas de
dévoiler ce que les autres ne peuvent pas voir dans le
monde, mais cet œil est tourné à l’intérieur de nous-
même. Grâce à lui, on peut observer nos émotions afin
d’éviter de devenir leur esclave.
La pratique du zen n’a pas pour finalité l’annihilation
des émotions, la méditation nous enseigne simplement
comment maîtriser notre mental afin de prendre le recul
nécessaire face à nos sentiments pour éviter de devenir
leur esclave.
La méditation consiste en une introspection régulière
qui permet de faire la différence entre notre moi profond
et nos émotions qui naissent et disparaissent sans qu’on
puisse réellement les contrôler.
Sans méditation, on est comme aveugle dans un
monde d’une grande beauté, plein de lumières et de
couleurs.
(Jiddu Krishnamurti)

Ne pas être le baka de son esprit


d’analyse
Le bouddhisme zen nous enseigne qu’après avoir
reconnu que l’on est influençable, après avoir créé un
environnement favorable, même après être arrivé au
stade où l’on peut appréhender sereinement nos
émotions, il nous faut encore prendre garde à ne pas se
faire berner par notre propre esprit d’analyse. Ce conseil
peut paraître étrange. Pourquoi faudrait-il se méfier de
ce qui est censé être le cœur de notre esprit rationnel ?
L’homme ignorant pense qu’il est invulnérable, seul le
sage connaît ses limites. Pour utiliser au mieux notre
esprit, il convient d’en connaître son véritable
fonctionnement. Nous n’avons pas accès directement au
monde réel. Pour pouvoir survivre, nous devons faire
appel à nos sens. Ceux-ci envoient des signaux en
direction du système nerveux qui les interprète. Bien
souvent, notre cerveau ne traite qu’une toute petite
partie de l’information qu’il reçoit. Pour plus d’efficacité,
notre cerveau rationnel ne s’occupe que des choses qu’il
juge importantes. En d’autres termes, il nous cache
volontairement certaines informations.

Exemple
Il existe une expérience simple pour démontrer que
le cerveau cache volontairement à notre
conscience certaines informations transmises par
les sens. C’est particulièrement vrai dans le cas de
la vue. Essayer de faire l’expérience suivante.
Invitez un de vos amis ou collègue à s’asseoir avec
vous dans une salle, et demandez-lui de chercher
en moins de 30 secondes cinq objets bleus.
Lorsque le temps est écoulé, faites-lui fermer les
yeux et demandez-lui de les décrire à haute voix. Il
a de forte chance qu’il réussisse cet exercice sans
trop de difficulté. Il est désormais temps de faire
comprendre à votre cobaye que malgré ce succès,
il a été victime d’une manipulation de son cerveau.
Pour ce faire, invitez-le à garder les yeux fermés et
interrogez-le sur les objets rouges qui sont
disposés dans la salle. Vous remarquez qu’il aura
du mal à les énumérer. Ses yeux ont pourtant vu
ces objets rouges, mais son cerveau était focalisé
sur sa recherche du bleu et n’a pas traité les
informations concernant les autres couleurs.

Avant de se fier à nos analyses, il convient de se


poser toujours la question de savoir si nos angles de
recherche ou nos champs d’observation ne sont pas
restreints.

Ne pas avoir peur d’être appelé baka


Il est tellement difficile de se connaître soi-même,
comment peut-on espérer être un jour pleinement
compris par les autres ? La parabole de l’eunuque Zhao
Gao et de l’empereur nous a révélé que le véritable baka
n’est pas celui qui ne sait pas réfléchir, mais celui qui
n’ose pas défendre sa vérité. Être baka, ce n’est pas
d’échouer en chemin, être baka c’est le fait de vouloir
emprunter une voie qui n’est pas faite pour nous.
Nous avons appris à rechercher des vérités
universelles, pourtant la science moderne nous enseigne
que nous n’avons pas d’accès direct au monde et que
notre existence n’est qu’une expérience particulière et
unique de la matière. Ce qui est bon pour certains peut
ne pas l’être pour d’autres. Ainsi, lorsque les premiers
vents glacials de l’hiver balaient les plaines et que les
températures chutent en dessous de zéro, les canards
plongent dans l’eau pour se réchauffer tandis que les
lièvres rentrent dans leurs terriers.
Il vaut mieux prendre le risque de trébucher sur les
nombreuses embûches des détours qui mènent vers le
chemin de notre cœur, plutôt que de prendre de la
vitesse sur les autoroutes de la conformité qui nous
éloignent de nos aspirations profondes.
Seul celui qui ne craint pas
d’être appelé baka
peut espérer
ne pas le devenir.
Ne devenez pas un lièvre qui se noie après avoir
plongé dans un ruisseau en essayant d’imiter les
canards.

Ne pas partager toutes ses vérités


Pour s’accomplir pleinement, il convient d’avoir le
courage de se forger ses propres vérités. Mais
l’attachement à nos vérités ne doit pas devenir une
source d’isolement.
Il faut vivre en homme libre
tout en se gardant de finir
en homme seul.
Notre esprit critique ne doit pas nous faire oublier
notre cœur. Nous sommes des animaux grégaires, nous
avons besoin de vivre en société. Il est important
d’apprendre à savoir partager ses idées seulement avec
ceux qui sont prêts à les entendre. Cela ne signifie pas
qu’il ne faut échanger qu’avec les personnes qui pensent
comme nous, mais qu’il est préférable de savoir garder
certaines choses pour soi.
La vie est plus paisible lorsque l’on comprend que
l’harmonie est parfois plus précieuse que la vérité.
Combien de couples, combien d’amitiés, combien
d’entreprises se sont écroulés pour des petites vérités
subjectives qui ne supportaient pas d’être dissimulées.
Celui qui se laisse influencer et qui n’ose pas penser par
lui-même est un baka, mais que penser de ceux qui se
fâchent irrémédiablement avec une personne importante
pour une raison qui n’en vaut pas la peine ? Même si
ses arguments sont corrects, celui qui blesse ceux qu’il
aime est toujours un baka. Le fait d’accorder plus
d’importance à un raisonnement qu’à une personne,
c’est là le signe d’un manque flagrant du sens des
priorités.
Le débat doit aider les hommes à devenir meilleurs,
mais lorsque les échanges d’idées mettent en péril une
relation importante, alors il vaut mieux apprendre garder
pour soi certains jugements pour préserver les liens
sentimentaux ou amicaux qui nous unissent à l’autre.
Mieux vaut feindre d’avoir tort sur de petits détails plutôt
que de faire le vide autour de soi. Mieux vaut faire
semblant d’être un baka plutôt que de devenir un « je
sais tout » solitaire.
Règle d’or n° 10 :
OMOTENASHI

(hospitalité)
La sincérité avant tout
C’était la maison d’un paysan, mais en fait
d’hospitalité, elle valait celle d’un roi.
(Voyage au centre de la terre, Jules Verne)
En lisant ces mots tirés du célèbre roman de Jules
Verne, on peut s’apercevoir que l’auteur nous emmène
beaucoup plus loin que le centre de la terre, il nous
conduit sans qu’on le sache au cœur de l’être humain. Il
nous apprend que notre plus grande richesse ne se
révèle que lorsqu’on la partage, car cette richesse n’est
rien d’autre que notre humanité.
Dans nos sociétés caractérisées par ce que Pascal
Bruckner appelle « la tyrannie du bonheur », l’obligation
de paraître heureux nous fait bien trop souvent oublier
que ce qui peut réellement remplir notre vie, c’est de
rendre heureux.
Dans des pays comme le Japon, où l’économie
reposait traditionnellement sur la riziculture, culture
agricole qui nécessite l’entraide d’un nombre de
personnes plus important que celle du blé, l’importance
du vivre ensemble semble ancrée de manière plus
profonde dans l’inconscient collectif que dans les
sociétés où le pain constituait la base du régime
alimentaire. Cela explique pourquoi l’hospitalité est
considérée comme une des vertus primordiales. Tandis
que nos grandes écoles accordent beaucoup
d’importance au développement de l’esprit critique de
leurs poulains, au Japon, c’est sur la capacité à bien
recevoir que sont jugés les nouveaux employés.
En effet, une entreprise, aussi grande soitelle, ne
peut espérer survivre et encore moins prospérer sans le
soutien de ses partenaires. Une vision cynique du
monde pourrait nous laisser penser que seule la
puissance financière d’une société peut lui assurer la
fidélité de ses collaborateurs. Pourtant, il y a de
nombreuses start-up et petites entreprises qui
réussissent à créer rapidement des connexions durables
avec des partenaires déjà bien établis. Les dirigeants de
ces structures n’ont pas tous fait de grandes écoles et ils
n’ont pas tous une mise de fonds importante, mais une
grande majorité d’entre eux possède une qualité
essentielle, ils savent se faire apprécier.
Le savoir-vivre ne saurait s’apprendre comme
une leçon qu’un enfant récite machinalement.
(Emmeline Raymond)
Cela explique pourquoi le savoir-vivre ne fait pas
partie du programme de nos écoles de commerce qui se
focalisent principalement sur des règles et des
définitions faciles à mémoriser et à reproduire.
Dans la recherche éperdue du profit, est-il vraiment
utile de savoir se faire aimer ? On dit souvent que dans
ce monde, l’argent est roi, mais on oublie de préciser
que ce n’est pas un monarque absolu. Son autorité est
souvent remise en cause par un despote plus totalitaire
encore, l’inconscient. Nous croyons vivre dans un
monde dominé par le matérialisme, alors qu’en réalité ce
sont les émotions qui tirent les ficelles du pouvoir. Nous
savons désormais que la grande majorité de nos choix
est déterminée par des jugements de valeurs. La partie
rationnelle de notre esprit ne sert bien souvent qu’à
trouver des arguments concrets pour justifier des
décisions qui ont été prises au niveau de notre
inconscient.
La négociation
n’est donc pas une science
mais un art dans lequel
les sentiments sont aussi
importants que l’intellect.
Apprendre à négocier, c’est comprendre comment faire
naître certaines émotions chez notre interlocuteur.
Certains cherchent à manipuler en utilisant la peur,
d’autres en flattant l’ego, mais ces techniques ne
permettent pas de créer des relations saines et durables.
Un partenaire sera d’autant plus prédisposé à collaborer
et à faire des concessions s’il apprécie sincèrement
notre compagnie. Tel est probablement l’un des
postulats de base partagé par un grand nombre de
cadres japonais.
L’importance toute particulière qu’accordent les
habitants du soleil levant à l’art de l’accueil a été mise au
grand jour en 2013 par la célèbre présentatrice de
télévision, Christel Takigawa, à l’occasion d’un discours
présentant la candidature officielle du Japon pour
accueillir les Jeux olympiques de 2020. Ayant bien
conscience que ni les médias ni les téléspectateurs
n’allaient retenir l’intégralité de son discours, elle s’était
donnée comme objectif de trouver un mot simple et
percutant qui puisse retenir l’attention et résumer les
points forts de la candidature de son pays.
Omotenashi, le terme que Christel Takigawa a retenu,
fut très rapidement repris par les médias nationaux et
internationaux. Il dépassa le simple contexte des Jeux
olympiques pour devenir l’un des slogans utilisés dans
les campagnes de promotion du Japon comme la
destination touristique des années à venir. Souvent
traduit par le mot français « hospitalité », omotenashi est
un terme complexe qui comporte plusieurs degrés
d’interprétation. Contrairement à la plupart des autres
mots du vocabulaire japonais, omotenashi peut s’écrire
de plusieurs façons. La version la plus courante est
, ce qui signifie apporter et faire jusqu’au bout.
En utilisant la prononciation des caractères chinois, il est
possible de faire un jeu de mot et d’écrire omotenashi de
la manière suivante , ce qui signifie sans surface,
sans envers, sans arrière-pensées.
L’omotenashi n’est pas une simple hospitalité de
façade, c’est avant tout une façon de penser à son hôte
et de se comporter à son égard afin de créer un moment
de sincère humanité. L’usage de la raison est
indispensable, mais pas suffisant pour réussir ce que
l’on entreprend.
Rares sont les grandes œuvres
que l’on peut accomplir seul,
il est donc important de savoir
créer des relations
harmonieuses avec ceux
qui nous entourent pour
bénéficier de leur aide.
Le concept d’omotenashi nous enseigne plusieurs
étapes qui permettent de créer cette alchimie. Ces
dernières ne sont pas réservées uniquement au monde
de l’entreprise, elles s’appliquent également avec sa
famille, son couple, ses amis, etc.

Apporter ce qui est nécessaire


Sen No Rikyu est l’un des maîtres qui a influencé le
plus profondément la cérémonie du thé au Japon.
Lorsqu’un de ses disciples lui demanda quels étaient les
secrets de son art, ce dernier répondit :
Fais un délicieux bol de thé, dispose le charbon
de bois de façon à chauffer l’eau, arrange les fleurs
comme elles sont dans les champs, en été évoque
la fraîcheur, en hiver, la chaleur, devance en chaque
chose le temps, prépare-toi à la pluie, aie pour tes
invités tous les égards possibles2.
La réponse du maître semble simple, mais si on
l’analyse avec attention, on peut s’apercevoir qu’elle
regorge d’enseignements. En insistant sur la simplicité et
le bon sens qui doivent présider à l’organisation d’une
cérémonie du thé réussie, Sen No Rikyu nous incite à
prendre conscience que la négligence n’est pas le seul
défaut à éviter. Fortement imprégné des grands
principes de la pensée zen, il savait que souvent le
Mieux est l’ennemi du Bien. Le maître enseignait ainsi à
ses disciples qu’il existe deux autres penchants de l’âme
humaine qui, lorsqu’ils ne sont pas contrôlés, peuvent
nuire à l’harmonie entre l’hôte et son invité.
Il faut apprendre à se méfier de notre ego qui nous
pousse à vouloir toujours impressionner la personne que
l’on reçoit. Les attentions apportées à son égard ne
doivent viser qu’à son plaisir et à son confort, et non à
valoriser notre propre personne. C’est pourquoi Zen No
Rikyu ne conseillait pas à ses élèves de servir le thé
dans des bols particulièrement ouvragés, il les incitait
simplement à changer la décoration selon les saisons
pour évoquer la fraîcheur en été et la chaleur en hiver. Il
leur demandait de prévoir un parapluie pour leurs invités
en cas de besoin plutôt que de chercher les estampes
les plus rares.
Omotenashi
n’est pas l’art d’impressionner,
mais celui de prendre soin
d’une personne pour lui faire
passer un bon moment en
notre compagnie.
Le deuxième penchant à éviter se nomme
dogmatisme. Le protocole n’est pas une fin en soi, il
n’est qu’un moyen pour créer un moment privilégié.
Celui qui place le respect des codes avant le bien-être
de son invité s’éloigne de la voie de l’omotenashi. On
raconte qu’une des cérémonies qui émut le plus grand
maître de thé Sen No Rikyu fut celle que lui avait
préparée un simple cultivateur de thé. Ne maîtrisant pas
le protocole, ce dernier avait commis plusieurs erreurs
qui avaient fait pouffer de rire les élèves du grand
maître. Mais Sen No Rikyu ne fit aucun cas de ces
erreurs, au contraire, il fut touché par la sensibilité
sincère du cultivateur qui avait fait tout son possible pour
témoigner son respect et sa bienveillance à son égard.

Prendre du plaisir à recevoir son


invité
Omotenashi signifie habituellement apporter et faire
jusqu’au bout, mais il peut s’écrire également avec
d’autres caractères chinois qui signifient sans surface.
Cela nous permet de comprendre plus profondément le
sens de ce terme. Omotenashi, ce n’est pas la
recherche de la perfection mais de la sincérité.
L’important
est ce qui se cache au fond
des choses, ce qui n’est pas
superficiel.
Quand vous recevez une personne, n’essayez pas de
trop bien faire, commencez par être heureux de pouvoir
partager quelques instants avec elle.

Exemple
Le mariage est sans conteste l’un des événements
les plus importants de la vie, mais aussi l’un des
plus difficiles à organiser. Chaque détail a son
importance car mis bout à bout ils participent à faire
une belle cérémonie. Toutefois, que seraient une
bague étincelante, les robes resplendissantes et
l’imposante pièce montée si les deux époux ne
s’aiment pas profondément ? L’aspect matériel est
indispensable pour que l’organisation d’un
événement ne soit pas un échec, mais pour qu’il
soit une réussite, il faut qu’une alchimie s’opère et
cette dernière ne peut venir que du cœur. Ce qui
est vrai pour un mariage l’est aussi pour les
cérémonies religieuses, les soirées entre amis ou
en famille ainsi que les rencontres professionnelles.
Le sourire est le premier indicateur de la sincérité des
sentiments. Pourriez-vous vraiment apprécier un dîner
dans un grand restaurant en face d’une personne dont le
visage reste figé pendant toutes vos conversations ? Le
meilleur moyen de satisfaire son invité consiste à savoir
montrer le plaisir qu’on a de le recevoir.

La surprise plus que la perfection


Comment réussir une cérémonie ? Les protocoles
divergent en fonction des occasions, des coutumes
régionales, mais aussi en fonction des attentes des
invités et des spécificités de l’instant. Recevoir des
personnes n’est pas une science exacte, c’est un art. Il
n’existe pas de procédures universelles à apprendre par
cœur pour être certain de réussir à satisfaire ses invités
à chaque fois. Il y a cependant deux choses à éviter
absolument pour préserver la magie de la rencontre, ce
sont la banalité et la morosité. Dans ce monde
désenchanté, le quotidien est synonyme d’ennui.
L’homme moderne ne sait plus comment se réjouir des
petits plaisirs de la vie, surtout lorsqu’il les considère
comme normaux et acquis.
Pour être heureux
nous n’avons pas besoin
de recevoir beaucoup,
nous avons simplement besoin
de retrouver notre capacité
à nous émerveiller.
La surprise est sans doute l’un des meilleurs remèdes
contre la banalité. N’essayez pas d’être parfait, mais
apprenez à pimenter une rencontre, même régulière,
avec de petites attentions inattendues.
Difficilement traduisible, omotenashi semble être l’art
d’accéder au bonheur en faisant plaisir aux autres.
L’essayiste et philosophe français Vincent Cespedes est
arrivé aux mêmes conclusions :
Le vrai bonheur ne se conjugue ni avec le verbe
avoir ni avec le verbe être. Le vrai bonheur se
conjugue avec le verbe rendre. Rendre heureux :
rendre le charme donné, rendre l’âme et renaître
altéré, accueillir les autres en soi-même…

2. Shoshitsu Sen, Vie du thé, Esprit du thé, édition Arléa, page 41.
Guide de prononciation du
japonais

ai se prononce comme aï de Thaïlande.

an se prononce comme ane.

e se prononce comme é de thé.

en se prononce comme ène de ébène.

u se prononce comme ou de clou.

j se prononce comme dj des îles Fidji.

h se prononce comme le h aspiré de l’anglais.

k se prononce comme c de cadeau.

ô se prononce comme deux o qui se suivent.

r se prononce comme l de lit.

s se prononce toujours comme ss de froisser.

û se prononce comme un « ou » long.

w se prononce wou.

sh se prononce comme ch de chien.

ch se prononce comme tch de atchoum.

tsu se prononce tsou.

on se prononce comme onne de Yvonne.


En résumé

Mot
Sens courant Enseignement
japonais
Apprendre à se protéger
de la négativité pour
Genki Être en forme
préserver son énergie
créative
Cultiver sa gratitude à
l’égard des petites
Arigatou Merci
attentions pour retrouver
la joie de vivre
Cesser de vouloir ce que
veulent les autres pour
Jiyu Liberté
chercher ce à quoi on
aspire réellement
L’art d’utiliser des
Objet de
Mitate symboles pour cultiver
visualisation
son monde intérieur
Apprendre à tenter
Shiken Sérieusement comme si c’était notre
dernière chance
Gambaru Persévérer Éviter de se disperser
pour achever ce que l’on
commence et gagner
ainsi confiance en soi
Se focaliser sur son
objectif final pour ne pas
Kawakiri Commencement
renoncer face aux
premières difficultés
Éviter les dépenses

d’énergie inutile pour


Muda Inutile
augmenter notre
endurance
Renforcer notre confiance
en nos jugements pour
Baka Idiot
éviter de nous faire
manipuler
Trouver le bonheur en
Omotenashi Hospitalité
faisant plaisir aux autres
Conclusion

On dit souvent qu’il n’y a rien de pire que de mourir


avec des regrets, mais pour ma part, je pense qu’il est
bien triste de devoir vivre en n’ayant plus rien à
accomplir. Avec le temps, j’ai appris à accepter mes
imperfections, car avec le recul, je me suis rendu compte
que ce sont toujours elles qui m’ont permis d’avancer et
qui m’ont ouvert la voie vers de nouvelles opportunités.
Je porte une affection particulière à la musique et à la
peinture. Ces deux formes d’art semblent entrer
directement en contact avec mon inconscient et me
permettent en quelques instants de voir le monde ainsi
que mon existence de manière différente. Le manque
apparent de sens des nombreuses obligations de la vie
soulève de manière récurrente l’impression que la vie
m’échappe. Lorsque la nuit arrive et que mon esprit
retrouve la liberté de penser ce qu’il veut et que
l’agitation s’estompe, un autre mal prend place, l’ennuie.
Que je crains cet impitoyable bourreau devant lequel les
petites joies de l’existence sont mises à mort pour faute
de ne pas savoir paraître extraordinaires !
Mais il suffit que quelques notes de musique
résonnent pour que toute mon âme se mette à vibrer et
que je réalise que l’essence de mon être dépasse
largement les limites que la vie quotidienne me laisse
exprimer. Il suffit de quelques traits sur une toile pour
que tout mon esprit soit projeté dans d’autres univers et
que je prenne conscience que mon monde intérieur peut
lui aussi devenir une source de satisfaction. Le progrès
technologique facilite le quotidien, mais seul l’art est
capable de le sublimer. Lui seul peut transformer la
banalité en poésie, les difficultés en aventures et les
sacrifices en accomplissements. Certains naissent avec
la conviction qu’ils peuvent améliorer le monde, pour ma
part, j’ai décidé de dédier ma vie à essayer de le ré-
enchanter.
Mais malheureusement passion ne rime pas toujours
avec talent ; je me suis vite rendu compte que la
peinture et la maîtrise d’un instrument de musique
resteraient pour moi des rêves hors de portée. On dit
souvent que la persévérance est un trait de caractère
indispensable pour s’accomplir, mais il convient de ne
pas franchir la ligne, bien souvent dissimulée, qui nous
mène à l’obstination, source de tant de frustrations. Et si
nos limites n’étaient pas des barrières, mais des
marches dressées devant nous pour nous permettre de
monter encore plus haut. Avec le temps, je me suis
aperçu que bien que ne sachant ni peindre ni jouer d’un
instrument, j’avais cependant un certain penchant pour
l’écriture.
Avec les 26 formes simples de l’alphabet, on peut
faire apparaître de splendides paysages devant lesquels
notre âme peut s’émerveiller ; on peut donner naissance
à des personnes dont les actes peuvent nous émouvoir
et nous inspirer, les mots peuvent résonner comme des
notes dont la mélodie peut nous faire vibrer au plus
profond de notre être et nous redonner la sensation de
vivre pleinement. Pris de passion par la lecture et
l’écriture, j’explorais la poésie et la philosophie. Je
m’aperçus qu’en alliant la beauté et la sagesse, on
pouvait obtenir une certaine forme de force et de
courage qui peuvent nous porter à donner le meilleur de
nous-même.
Mais qui de nos jours a encore le temps de lire
régulièrement ? Moi-même passionné de lecture, je dois
avouer ne plus pouvoir lire que dans les transports en
commun qui me conduisent chaque jour au travail. La
philosophie ne doit pas se limiter à des spéculations
abstraites, elle doit nous permettre d’agir, de changer ce
qui doit être changé, et de préserver ce qui doit l’être.
Mais pour que des textes puissent nous donner la force
d’agir il faut d’abord être en mesure de se les remémorer
au moment opportun. Après avoir travaillé dans le
domaine de la diplomatie en tant que rédacteur, je me
suis aperçu de l’importance des « mots concepts ».
Toute la substance d’un discours de plusieurs dizaines
de minutes peut se résumer en deux ou trois mots.
Faciles à mémoriser, ces derniers permettent à notre
cerveau de retrouver rapidement l’intégralité d’un
cheminement de pensée complexe. Ces mots concepts
sont des ponts qui relient la sagesse et l’action.
Après une dizaine d’années de recherches sur la
culture japonaise et ses principaux courants de pensées,
je cherchais un moyen simple et efficace de permettre
de me remémorer tous ses enseignements afin de les
mettre en pratique dans la vie de tous les jours. Ayant
pris conscience de l’importance des mots concepts, je
me suis mis à en chercher dans la langue japonaise. La
lecture d’un dictionnaire d’étymologie a été pour moi une
vraie révélation. Les mots les plus profonds de la langue
japonaise ne sont pas des termes archaïques réservés à
une élite, ce sont au contraire des termes de la vie
courante.
Ce livre compile les 10 mots japonais dont les
enseignements m’ont été les plus utiles tant dans ma vie
professionnelle que personnelle. Concis mais avec
plusieurs degrés d’interprétation, ces mots sont devenus
pour moi des règles d’or qui me permettent de trouver la
motivation nécessaire pour faire au jour le jour un travail
sur moi-même. J’espère sincèrement qu’ils seront pour
vous aussi une source constante d’inspiration pour
devenir celui que vous voulez être.

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