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IDE et Croissance en Afrique : Rôle des Institutions

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Région et Développement

n° 50-2019

[Link]

L’effet de l’investissement direct étranger sur la


croissance économique en Afrique subsaharienne :
le rôle des institutions
Fabrice NGUEGANG*
Luc NEMBOT NDEFFO**
Germain NDJIEUNDE***

Résumé- Cet article a pour objectif d’évaluer le rôle des institutions et de la gouvernance
dans l’effet des investissements directs étrangers(IDE) sur la croissance du PIB par habi-
tant pour 41 pays d’Afrique subsaharienne (ASS). Nous utilisons notamment un modèle
PTR sur des données moyennes de trois ans sur la période 1996-2016. Les estimations
économétriques montrent que le caractère démocratique des institutions, la qualité des
services publics, le poids des réglementations et la primauté du droit exercent un rôle
catalyseur, avec des seuils particuliers, dans l’effet de l’IDE sur la croissance. Elles mon-
trent par contre un effet plus ambigu du degré de lutte contre la corruption et de la stabilité
politique. L’analyse montre aussi des effets différenciés dans certaines Communautés éco-
nomiques régionales d’ASS.

Classification JEL
E02, F23, O55, P52

Mots-clés
Investissement direct étranger
Institutions
Effet de seuil
Croissance économique
Afrique subsaharienne
CAE
CEEAC
CEDEAO
SADC

Les auteurs remercient les rapporteurs anonymes et le directeur éditorial de la revue pour leurs re-
marques et suggestions qui ont permis d’améliorer les versions antérieures de cet article.

* Université de Dschang ; f_nguegang@[Link]


** Université de Dschang ; ndefluc@[Link]
*** Université de Yaoundé 2 - Soa ; [Link]@[Link]
46 Fabrice Nguegang, Luc Nembot Ndeffo, Germain Ndjieunde

INTRODUCTION
L’objectif de cet article est d’analyser si dans un contexte d’intégration régio-
nale en Afrique subsaharienne (ASS), l’investissement direct étranger (IDE) a un
effet sur le PIB par habitant et si cet effet peut être conditionné par le niveau de
gouvernance et la qualité des institutions des pays. Plusieurs études ont été me-
nées en vue d’analyser l’effet de l’IDE sur la croissance économique, mais la ques-
tion fait débat et reste largement ouverte, notamment concernant le rôle à attri-
buer à la qualité des institutions. Notre étude porte sur l’ASS et distingue les Com-
munautés Economiques Régionales (CER) : la CAE (Communauté d'Afrique de
l'Est), la CEEAC (Communauté Economique des États de l'Afrique Centrale), la
CEDEAO (Communauté Economique et Douanière des États de l'Afrique de l'Ouest)
et la SADC (Communauté de Développement d'Afrique Australe).
Pour traduire la qualité des institutions, nous considérons les différents indica-
teurs de gouvernance de Kaufmann et al. (2010) provenant de la base de données
WGI de la Banque mondiale. Nous allons utiliser une méthode, le modèle PTR (Pa-
nel Threshold Regression), qui tient compte de la possibilité de changement
d’influence à partir d’un certain seuil de qualité des institutions. L’article montre
qu’il existe bien des seuils, pour certains indicateurs de gouvernance, qui peuvent
moduler la relation IDE/croissance.
Cet article est articulé comme suit : une revue de la littérature sur les liens
entre IDE et croissance économique est donnée en section 1, les faits stylisés et les
données de l’étude sont exposés en section 2, la section 3 présente le modèle éco-
nométrique et discute des résultats.
1. IDE, CROISSANCE ET PRISE EN COMPTE DES INSTITUTIONS :
UNE REVUE DE LA LITTÉRATURE
Un nombre important d’études empiriques depuis les années 1990 ont tenté
d’estimer l’effet des IDE sur la croissance économique dans les pays en dévelop-
pement(Brewer, 1991 ; Saltz, 1992 ; Blomström et Wolff, 1994 ; Balasubramanyam
et al., 1996 ; Borensztein et al., 1998 ; Lipsey, 2000 ; Bouklia et Zatla, 2001 ; Sadik
et Bolbol, 2001 ; Carkovic et Levine, 2002 ; OCDE, 2002 ; Hsiao et Shen, 2003 ;
Akinlo, 2004 ; Alfaro et al., 2004 ; Blonigen et Wang, 2005 ; Meschi, 2006 ; Ngou-
houo, 2008 ; Vu et Noy, 2009 ; Nembot Ndeffo, Kamdem, et Nanfosso , 2013 ; Ju-
gurnath et al., 2016…). Une partie de la littérature a montré un effet positif des IDE
mais une autre non. De là, pour approfondir l’analyse, des études ont cherché à
introduire le rôle de la gouvernance des pays d’accueil pour juger de l’impact des
IDE sur leur croissance (1.1). Devant les résultats non assurés, des auteurs ont
cherché à mettre en évidence l’existence de seuils différenciés pour juger du rôle
de la gouvernance (1.2).
1.1. Les études intégrant un effet de la gouvernance
Bengoa et Sanchez-Robles (2003) étudient l’interaction entre le degré de liber-
té économique, l’IDE et la croissance économique. Ils utilisent la méthode des mo-
ments généralisés en double différence sur un panel de 18 pays d’Amérique latine
de 1970 à 1999. Ils montrent que la liberté économique dans le pays hôte est un
déterminant de l’IDE et suggèrent que, s’il y a un lien positif entre IDE et croissance
économique, pour bénéficier à long terme des flux de capitaux des firmes multina-
tionales (FMN), les pays d’accueil doivent disposer d’un niveau de capital humain
adéquat, de la stabilité économique et des marchés libéralisés.
Durham (2004) soutient en prenant un échantillon de 80 pays étudiés sur la
période 1979-1998 que seuls les pays qui disposent d’institutions fortes et d’un
Région et Développement 50 (2019) 47

cadre juridique attractif pour les investisseurs peuvent bénéficier des effets posi-
tifs de l’IDE sur leur croissance.
Darrat, Kherfi, et Soliman (2005) ont étudié l’effet de l’IDE sur la croissance
économique en menant une analyse comparative sur 23 pays appartenant à deux
régions différentes : l’Afrique du Nord et le Moyen Orient et l’Europe Centrale et
Orientale. En utilisant les doubles moindres carrés sur la période 1979-2002, ils
constatent que les flux d’IDE stimulent la croissance économique seulement dans
les pays candidats à l’Union européenne. L’effet de l’IDE au niveau des pays de
l’Afrique du Nord et du Moyen Orient, et des pays non candidats à l’UE, est négatif
ou inexistant. Les auteurs avancent l’idée que la candidature pour devenir membre
de l’UE semble être un facteur catalyseur pour une application plus étendue et plus
efficace des réformes, ce qui aurait contribué aux effets positifs des flux d’IDE.
Azman-Saini et al. (2010a), étudient le lien entre l’IDE, la liberté économique et
la croissance économique sur un panel de 85 pays sur la période de 1975 à 2004.
En utilisant la méthode des moments généralisés, ils trouvent que l’IDE seul n’a pas
un effet direct positif sur la croissance économique. Ils montrent notamment que
l’effet de l’IDE est lié au niveau de liberté économique dans le pays d’accueil.
Le rôle de la qualité de la gouvernance et des institutions, à partir d’indicateurs
constitués ad hoc par différents organismes, n’apparaît que récemment dans l’ana-
lyse de l’effet de l’IDE sur la croissance économique, dans les PED et en Afrique.
Shuaibu et Fowowe (2014) conduisent une étude sur l’effet de l’IDE sur la ré-
duction de la pauvreté en retenant un panel de 30 pays d’Afrique étudiés sur la
période1981-2011. En utilisant comme unité d’analyse des données moyennes sur
3 ans et en recourant à la méthode des moments généralisés en système proposée
par Blundell et Bond (1998),ils trouvent que l’IDE contribue positivement et de
façon significative à la réduction de la pauvreté en Afrique. Ils montrent surtout
que de meilleures institutions de gouvernance et le développement du capital hu-
main favorisent la réduction de la pauvreté.
Zghidi et al. (2016) mènent une étude sur l’interaction entre l’IDE, la liberté
économique et la croissance économique. Ils recourent à un panel de 4 pays, à
savoir la Tunisie, le Maroc, l’Algérie et l’Egypte. Leur analyse est effectuée sur des
données moyennes de 5 ans entre 1980 et 2013. En utilisant la méthode des mo-
ments généralisés, ils mettent en évidence une relation positive entre IDE et crois-
sance économique. Ils trouvent aussi que la liberté économique apparaît comme
complémentaire à l’IDE. Ils en viennent à la conclusion selon laquelle les pays qui
promeuvent une grande liberté des activités économiques tirent plus de la pré-
sence des FMN.
Malikane et Chitambara (2017) ont examiné la relation entre l’IDE, la démocra-
tie et la croissance en recourant à un panel de 8 pays d’Afrique du Sud (Botswana,
RDC, Malawi, Îles Maurice, Afrique du Sud, Tanzanie, Zambie et Zimbabwe) étudiés
sur des périodes de 5 ans entre 1980 et 2014. A l’aide de la méthode des moments
généralisés, ils montrent que l’effet de l’IDE sur la croissance économique dépend
du niveau de démocratie des pays d’accueil. Ainsi, ils soutiennent que les pays avec
des institutions démocratiques fortes sont les plus susceptibles de permettre des
effets d’entrainement des IDE. Bien qu’ayant utilisé les données de deux bases
différentes, notamment celles de « Frazer Institute » et « Polity IV », les auteurs ne
s’intéressent toutefois qu’à un seul aspect de la gouvernance, ce qui réduit la por-
tée de leurs résultats.
Ozekhome (2017), dans une étude portant sur le Nigéria entre 1981 et 2015,
montre en utilisant la méthode des moments généralisés que les institutions dé-
mocratiques et l’IDE influencent significativement la croissance économique,
48 Fabrice Nguegang, Luc Nembot Ndeffo, Germain Ndjieunde

même si l’auteur n’analyse pas directement les interactions entre IDE et indica-
teurs de la qualité des institutions.
Ajide, Adeniyi et Raheem (2014) conduisent une étude sur 27 pays de l’Afrique
subsaharienne sur la période 2002-2010. Ils utilisent les différents indicateurs de
gouvernance et non un indicateur composite. Les résultats des auteurs montrent
que le contrôle de la corruption, la stabilité politique et l’efficacité des pouvoirs
publics et leur interaction avec l’IDE n’affectent pas la croissance économique.
L’une des principales limites de l’étude reste le non-traitement des problèmes
d’endogénéité.
Alege et Ogundipe (2014) étudient la relation entre les IDE et la croissance
économique dans la CEDEAO en utilisant la méthode des moments généralisés en
système sur un panel couvrant la période 1970-2011, en cherchant à contrôler
l’endogénéité inhérente à la relation IDE-croissance. Ils étudient aussi l’interaction
entre le capital humain et les indicateurs de qualité des institutions avec les autres
variables dans l’explication des flux d’IDE reçus. Les résultats s’avèrent différents
des précédentes études. Il apparaît une contribution non significative des IDE sur
la croissance.
1.2. Les études montrant un effet de seuil de la gouvernance
Gui-Diby (2014) étudie l’effet de l’IDE sur la croissance économique de 50 pays
africains sur la période allant de 1980 à 2009. Il utilise la méthode des moments
généralisés en système. L’auteur trouve que l’IDE a un effet significatif sur la crois-
sance économique en Afrique durant la période d’étude considérée. Plus spécifi-
quement, il trouve qu’un faible niveau de capital humain ne limite pas l’effet de
l’IDE, et que si l’effet de l’IDE sur la croissance a été négatif sur la période 1980-
1994, il apparaît positif de 1980 à 2009. Ce résultat est expliqué par d’autres au-
teurs comme étant la résultante d’un effet conditionnel de certaines variables. C’est
le cas par exemple d’Othman, Jafari et Sarmidi (2014) dans une étude sur la Malai-
sie entre 1974-2009. Les auteurs montrent en utilisant un modèle PTR (Panel
Threshold Regression) que c’est à partir d’un certain seuil que la bonne gouver-
nance renforce l’effet de l’IDE sur la croissance économique.
Brahim et Rachdi (2014) trouvent, en travaillant sur un échantillon de 19 pays
d’Afrique du Nord et du Moyen-Orient sur la période 1984-2011, que seuls les pays
avec de bonnes institutions connaissent un effet positif de l’IDE sur la croissance
économique. Ils aboutissent à ce résultat en recourant à un modèle PSTR (Panel
Smooth Transition Regression) étant entendu que la relation paraît non linéaire
entre l’IDE et la croissance économique. En parallèle, Meon et Sekkat (2004)en
travaillant sur le même groupe de pays trouvent qu’un faible niveau de corruption
et de bureaucratie contribuent de façon significative à la décision d’implantation
des FMN.
Jude et Levieuge (2013) utilisent les données de risque pays pour établir que la
qualité des institutions module l’intensité de l’effet de l’IDE sur la croissance éco-
nomique à travers les transferts de technologie et l’accumulation du capital. Ces
résultats sont obtenus sur un échantillon de 94 pays en développement étudiés de
1984 à 2009, en recourant à un modèle à effet de seuil, le modèle PSTR, qu’ils con-
frontent à la méthode des GMM.
Trojette (2016) étudie le rôle du niveau institutionnel dans l’effet de l’IDE sur la
croissance économique. Elle mène cette étude sur 5 échantillons comportant le
groupe des pays d’ASS, le groupe des pays de l’Afrique du Nord et du Moyen-
Orient, le groupe des pays d’Europe, le groupe des pays d’Asie et le groupe des
pays d’Amérique. Elle utilise comme technique d’analyse la méthode des moments
généralisés en système sur la période 1984-2013. Grâce à une technique de régres-
Région et Développement 50 (2019) 49

sion basée sur un modèle à seuil développé par Caner et Hansen (2004), elle
montre qu’il existe dans chaque groupe de pays, à l’exception des pays d’Amérique,
un seuil à partir duquel les indicateurs de qualité des institutions affectent positi-
vement la croissance économique. En particulier, au-dessus d’un seuil précis, la
stabilité politique et le respect de la loi renforcent l’effet de l’IDE sur la croissance
économique.
Agbloyor et al. (2016) examinent la relation entre l’IDE, les institutions et la
croissance économique en Afrique subsaharienne sur des données moyennes de
3ans entre 1996 et 2010. Pour ce faire, ils utilisent la méthode des moments géné-
ralisés et montrent que, si l’on prend tous les pays, (a) l’IDE n’affecte pas significa-
tivement la croissance économique, (b) le niveau des institutions, capté par les 6
indicateurs de Kaufmann et al., n’affecte pas significativement la croissance éco-
nomique, de même que l’interaction des variables institutionnelles avec l’IDE. En
menant cette étude pour le sous-échantillon excluant les pays dotés de marchés
financiers développés, ils ne trouvent pas non plus une relation significative entre
IDE et croissance économique. Cependant, dans le sous-échantillon excluant les
pays riches en ressources naturelles, ils trouvent un effet direct et positif des IDE
sur la croissance, et cet effet semble moins sensible lorsque la qualité des institu-
tions est plus haute.
2. FAITS STYLISÉS ET MODÈLE EMPIRIQUE
Nous présentons dans un premier temps les faits stylisés et dans un deuxième
temps la démarche empirique.
2.1. Quelques faits stylisés
Le PIB par tête entre 1996 et 2016 présente une tendance globalement crois-
sante en Afrique subsaharienne (2,7 % par an en moyenne). La croissance dans la
CEEAC est la plus forte (3,1% par an). Elle est inférieure dans la SADC (2,5%), la
CAE (2,4%) et la CEDEAO (2,3%). On peut noter que des pays présentent une ten-
dance irrégulière comme la Côte d’Ivoire, la Gambie, la Guinée, la Guinée-Bissau et
Madagascar. Des pays présentent une évolution en deux phases, une baisse de
1996 à 2010 et une hausse à partir de 2010, comme le Gabon (dans le sens inverse
de la CEEAC) et le Zimbabwe.
Concernant les niveaux de PIB par habitant, le tableau 1 montre que la CEEAC
affiche un niveau moyen légèrement plus élevé (5894 dollars US) que celui de la
SADC (5835 dollars US) et plus important que dans la CEDEAO (1918 dollars US) et
la CAE (1482 dollars US). La Guinée équatoriale connaît en 2008 le niveau de PIB
par habitant le plus important du panel (42957 dollars US), largement dû au ni-
veau record atteint par le baril de pétrole en 2008. La dispersion des PIB par habi-
tant est très marquée dans l’ASS (6211 dollars EU) en général et dans la CEEAC
(9103 dollars US). Inversement, la dispersion est plus faible dans la CAE (644,8
dollars US).
En ce qui concerne les entrées d’IDE, la tendance est globalement à la hausse.
C’est le cas du Mozambique, du Burundi, du Rwanda, de l’Ouganda, de la RDC, du
Gabon, du Bénin, du Ghana, du Niger, de la Zambie et du Zimbabwe à partir de
2009. D’après le tableau 1, la SADC (642,8 millions de dollars US)  malgré un ni-
veau de désinvestissement élevé enregistré en 2013 par l’Angola (-7120 millions) 
et la CEDEAO (493 millions de dollars US) sont les premiers récepteurs. Néan-
moins, l’Afrique du Sud enregistre en 2008 le niveau le plus élevé d’IDE (9885
millions de dollars US) de toute l’ASS. Les pays pour lesquels l’évolution conjointe
de l’IDE et du PIB par habitant est la plus forte sont le Ghana et le Nigeria dans la
CEDEAO, et l’Angola en zone CEEAC et SADC.
50 Fabrice Nguegang, Luc Nembot Ndeffo, Germain Ndjieunde

Le tableau 1 présente par ailleurs la valeur des différents indicateurs de gou-


vernance provenant de la base de données « Worldwide Government Indicators »
(WGI) de la Banque mondiale, élaborée suivant la méthodologie de Kaufmann et al.
(2010). Ces indicateurs de gouvernance, qui varient entre -2,5 et +2,5, ont été ex-
primés en pourcentage, de 0 à 100%. Le tableau 1 montre que les indicateurs de
gouvernance en ASS sont globalement faibles. Sur l’ensemble des six indicateurs de
gouvernance aucun n’atteint en moyenne dans les CER considérées le deuxième
quartile, la SADC présentant les résultats les plus élevés et la CEEAC les plus
faibles.
En ASS, l’Angola est le pays qui dispose des niveaux les plus faibles sur les six
composantes de gouvernance. En matière de lutte contre la corruption l’Ile Mau-
rice, la Namibie, les Seychelles et le Botswana présentent des niveaux relativement
constants, supérieurs à 60%. Le Rwanda, le Cap-Vert et la Zambie connaissent
l’amélioration la plus marquée au cours de la période.
Tableau 1. Statistiques descriptives en Afrique subsaharienne,
dans la CEEAC, la CEDEAO et dans la SADC, 1996-2016
Obs. Moyenne Ecart-type Minimum Maximum
Afrique subsaharienne
PIB par habitant 812 4425 6211 261,1 42957
IDE 816 508,8 1306 -7120 9885
Lutte contre la corruption 696 32,29 22,71 0 85,85
Efficacité des pouvoirs publics 696 29,04 20,72 0,95 81,25
Stabilité politique 697 35,90 23,12 0 92,79
Poids de la réglementation 697 31,21 18,18 0,49 83,65
Primauté du droit 697 30,79 21,21 0 83,25
Caractère démocratique des institutions 697 33,85 20,09 1,88 78,85
CEEAC
PIB par habitant 206 5894 9103 492,6 42957
IDE 208 267,8 1108 -7120 5502
Lutte contre la corruption 177 16,87 17,17 0 76,92
Efficacité des pouvoirs publics 177 15,03 13,03 0,95 57,35
Stabilité politique 177 25,48 20,79 0 82,61
Poids de la réglementation 177 17,35 11,82 0,49 61,54
Primauté du droit 177 15,12 13,84 0,47 61,06
Caractère démocratique des institutions 177 18,29 14,21 1,88 65,38
CEDEAO
PIB par habitant 286 1918 1231 261,7 6220
IDE 284 493 1295 -132,1 8841
Lutte contre la corruption 240 30,50 18,51 1,46 79,81
Efficacité des pouvoirs publics 240 25,13 17,37 1,46 65,85
Stabilité politique 241 33,48 21,46 0,97 86,96
Poids de la réglementation 241 30,06 14,10 1,96 56,40
Primauté du droit 241 28,89 19,19 0 75,60
Caractère démocratique des institutions 241 35,22 18,53 2,88 76,53
SADC
PIB par habitant 320 5835 5884 454,9 28272
IDE 324 642,8 1591 -7120 9885
Lutte contre la corruption 279 42,05 24,98 0 85,85
Efficacité des pouvoirs publics 279 37,93 23,29 0,95 81,25
Stabilité politique 279 44,47 23,37 0 92,79
Poids de la réglementation 279 36,60 21,02 0,49 83,65
Primauté du droit 279 39,48 22,79 0,48 83,25
Caractère démocratique des institutions 279 39,97 21,30 1,97 78,85
CAE
PIB par habitant 100 1482 644,8 677,5 2901
IDE 85 363,9 515,6 -1144 2087
Lutte contre la corruption 85 25,47 18,04 1,42 76,92
Efficacité des pouvoirs publics 85 31,41 13,95 2,93 57,35
Stabilité politique 85 18,84 12,72 0,48 47,87
Poids de la réglementation 85 35,76 15,22 4,41 61,54
Primauté du droit 85 28,93 14,71 2,39 61,06
Caractère démocratique des institutions 85 27,11 12,11 3,85 44,71

Notes : le PIB réel par habitant est exprimé en PPA et en dollar US, l’IDE en millions de dollars US et les
indicateurs de gouvernance en pourcentage. Concernant le nombre d’observations, des pays appartiennent
à plusieurs CER (voir tableau 4). Source : auteur à partir des données de la Banque mondiale.
Région et Développement 50 (2019) 51
52 Fabrice Nguegang, Luc Nembot Ndeffo, Germain Ndjieunde

Parmi les pays membres de la SADC, l’Ile Maurice enregistre en 2014 le niveau
le plus élevé sur les composantes « poids de la réglementation » (83,65%) et « effi-
cacité des pouvoirs publics » (81,25%). L’Ile Maurice enregistre aussi les niveaux
les plus élevés pour la « primauté du droit » (83, 25% en 2004) et le « caractère
démocratique des institutions politiques » (78,85% en 2000). La Namibie affiche en
2008 le niveau maximum sur la composante « stabilité politique » (92,79%) et le
Botswana en 2003 sur la composante « lutte contre la corruption » (85,85%).
Dans la CAE, le Rwanda occupe la tête dans les performances en matière de
gouvernance, dont en 2014 un niveau de 76,9% en matière de « lutte contre la
corruption » et de 61,5% concernant le « poids de la réglementation ».
Au cours de la période 1996-2016 le Cap-Vert affiche les niveaux les plus élevés
pour l’ensemble des indicateurs de gouvernance dans la CEDEAO. En 2014, le Cap-
Vert enregistre le niveau maximum pour la composante « lutte contre la corrup-
tion » (79,8%), en 1998 pour la composante « efficacité des pouvoirs publics »
(65,85%), en 2000 concernant la « stabilité politique » (86,96%), en 1996 pour la
« primauté du droit » (75,6%.) et en 2011 pour la composante « caractère démo-
cratique des institutions politiques » (76,5%). Sur la composante « qualité de la
réglementation », c’est le Ghana qui affiche le niveau maximum en 2012 (56,4%).
L’Ile Maurice, l’Afrique du Sud, le Botswana et la Namibie présentent les meil-
leures performances concernant l’« efficacité des pouvoirs publics », avec des ni-
veaux largement au-dessus de 60%. L’Angola, la Guinée équatoriale, la Guinée, la
Guinée-Bissau, le Libéria, le Nigeria, la Sierra Leone, le Togo, le Bénin, le Zimbabwe,
la RDC et la RCA se situent entre 0 et 20% ; Le Kenya, l’Ouganda, la Tanzanie, le
Cameroun, le Burkina Faso, la Gambie, le Niger, la Zambie, Sao Tome et Principe et
le Gabon se trouvent entre 20 et 40% ; Le Ghana, le Sénégal, la Namibie, les Sey-
chelles et le Lesotho sont en moyenne entre 40 et 60%.
Sur la composante « stabilité politique », seuls Sao Tome et Principe, le Gabon,
le Bénin, le Cap-Vert, le Botswana, l’Ile Maurice et les Seychelles ont un niveau au-
dessus du deuxième quartile.
Le tableau 2 montre que les corrélations entre les indicateurs de gouvernance
(lignes 6 à 11 et colonnes 6 à 11) sont fortes et positives, de même que les corréla-
tions entre les variables croisées. Cependant, la corrélation entre indicateurs de
gouvernance et leurs interactions respectives avec l’IDE sont positives mais relati-
vement faibles (colonnes 6 à 11 et lignes 12 à 17). Il faut noter que la corrélation
entre IDE et les variables d’interaction est positive et supérieure à 0,7 (colonne 3,
lignes 12 à 17). Ce qui implique que mettre dans un même modèle l’IDE et une
variable croisée tend à causer un problème de multicolinéarité.
On peut relever que le PIB par tête retenu comme variable dépendante dans le
modèle empirique est très fortement corrélé avec le revenu national brut par tête
(RNB) (colonne 1, ligne 2).
2.2. Méthodologie et données de l’étude
2.2.1. La méthodologie
Le modèle d’analyse retenu s’inspire de ceux utilisés dans les études portant
sur l’analyse de l’effet de l’IDE sur la croissance économique, et notamment par
Azman-Saini et al. (2010a) et Gui-Diby (2014).
Pour évaluer si l’effet des IDE sur la croissance peut être conditionné par le ni-
veau des institutions, nous introduisons dans le modèle des variables croisées de
l’IDE avec chacun des six indicateurs de gouvernance retenus. L’effet direct de
l’IDE seul ne va pas être pris en compte en raison du biais de multicolinéarité tel
qu’identifié dans le tableau 2.
Région et Développement 50 (2019) 53

𝑃𝐼𝐵𝑖,𝑡 = 𝜇𝑖 + ɤ𝑖 𝐺𝑜𝑣𝑖𝑗𝑡 + 𝜑𝑗 𝐺𝑜𝑣𝑖𝑗𝑡 ∗ 𝐼𝐷𝐸𝑖,𝑡 + α𝑂𝑈𝑖𝑡 + α′ 𝑃𝑂𝑃𝑖𝑡 + β𝑃𝐼𝐵𝑖,𝑡−1 + ℰ𝑖,𝑡 (1)


avec i les pays, j le choix successif des 6 indicateurs de gouvernance Gov retenus.
PIB, IDE, OU et POP sont définis au tableau 3. 𝑃𝐼𝐵𝑡−1 désigne le PIB par tête retardé.
Nous estimons cette équation avec les GMM en système de Blundell et Bond (1998).
En vue d’analyser spécifiquement l’effet de seuil de la qualité des institutions,
nous allons utiliser un modèle de changement de régime. González et al. (2005)
proposent un modèle à seuil avec transition souple entre deux régimes extrêmes.
Contrairement à ce modèle de transition souple, nous considérons plutôt l’hypo-
thèse d’une transition brutale. Ce qui va nous amener à recourir au modèle PTR de
Hansen (1999) comme principale technique d’analyse, d’où l’équation pour chaque
Govj :
𝑃𝐼𝐵𝑖𝑡 = 𝜇𝑖 + 𝛽′1 𝐼𝐷𝐸𝑖𝑡 𝐼(𝐺𝑜𝑣𝑖𝑡 ≤ 𝛾) + 𝛽′ 2 𝐼𝐷𝐸𝑖𝑡 𝐼(𝐺𝑜𝑣𝑖𝑡 > 𝛾) + 𝛿ℂ𝑖𝑡 + 𝜀𝑖𝑡 (2)
Dans cette formulation, 𝜇𝑖 représente les effets spécifiques, I(.) la variable de
seuil, ℂ𝑖𝑡 les variables de contrôle données dans l’équation (1), le terme d’erreur
mesurant l’effet des variables non prises en compte dans le modèle.
Nous allons utiliser, comme Shuaibu et Fowowe (2014) et Agbloyor et al.
(2016), des données moyennes sur 3 ans sur la période considérée 1996-2016 :
1996-1998, 1999-2001, 2002-2004, 2005-2007, 2008-2010, 2011-2013, 2014-
2016. Le recours à des données moyennes permet de minimiser l’influence des
cycles de conjoncture et des seuls effets à court terme des IDE.
2.2.2. Les données
Les valeurs de PIB, IDE, POP et OU proviennent de la base de données « World
Development Indicators » (WDI) de la Banque mondiale. Les indicateurs sur la
gouvernance et les institutions sont issus de la base de données WGI de la Banque
mondiale: lutte contre la corruption, efficacité des pouvoirs publics, primauté du
droit, poids des réglementations, stabilité politique et caractère démocratique des
institutions politiques. Le tableau 3 donne la définition et la source des variables
utilisées. L’échantillon de cette étude est constitué de 41 pays d’Afrique subsaha-
rienne (voir Annexe 1).
Tableau 3. Définition des variables
Variable Définition Sources
PIB PIB réel par habitant. Le PIB est exprimé en parité de pouvoir d’achat (PPA) et en WDI
dollars US constants de 2011.
IDE Flux entrants d’IDE, en dollar US. WDI
CORRUPT Contrôle de la corruption. WGI
GE Efficacité des services publics. L’indicateur mesure la qualité des services publics, de WGI
la bureaucratie et son degré de dépendance aux pressions politiques, la qualité de la
mise en œuvre des politiques et la crédibilité des engagements du gouvernement
vis-à-vis de telles politiques.
PS Stabilité politique. WGI
RQ Qualité des politiques et des réglementations permettant le développement du WGI
secteur privé.
RL Primauté du droit. Mesure les perceptions de la qualité de la mise en application des WGI
contrats et du respect des règles, aussi bien que l’occurrence des crimes et des
violences.
VA Caractère démocratique des institutions politiques. Mesure les perceptions de la WGI
capacité des citoyens à participer au choix de leur gouvernement, ainsi que la liberté
d’expression, la liberté d’association et la liberté des médias.
POP Taux de croissance de la population active. WDI
OU Degré d’ouverture commerciale (en %) : (Exportations + Importations)/PIB WDI
54 Fabrice Nguegang, Luc Nembot Ndeffo, Germain Ndjieunde

Tableau 4. Appartenance multiple à des CER des pays de l’échantillon


CAE CEEAC SADC
Angola ⋆ ⋆
Burundi ⋆ ⋆
RDC ⋆ ⋆
Rwanda ⋆ ⋆
Tanzanie ⋆ ⋆

⋆Appartenance retenue. Source : auteur.


L’existence d’un possible effet régional nous amène à effectuer la même étude
pour les quatre Communautés économiques régionales, la CEEAC, la CAE, la CE-
DEAO et la SADC. Il se pose cependant le problème d’enchevêtrement du fait de
l’appartenance multiple de certains pays à des CER différentes (Tableau 4). Ce
problème est connu sous l’appellation de « bol de spaghetti ». Pour pallier ce biais
de sélection, nous allons retirer le Rwanda des pays de la CEEAC et nous allons le
maintenir dans l’échantillon des pays de la CAE. Nous retirons l’Angola et la RDC de
la SADC pour les maintenir dans la CEEAC. La Tanzanie est ôtée de la SADC pour la
maintenir dans la CAE. Nous enlevons le Burundi de la CEEAC et le conservons
dans la CAE (Annexe 2).

3. RÉSULTATS DU MODÈLE ET DISCUSSIONS


Nous présentons d’abord les résultats des tests de spécification du modèle (3.1)
puis les résultats des estimations économétriques (3.2).
3.1. La spécification du modèle d’analyse
Tester l’homogénéité des relations est l’étape préalable avant l’estimation d’un
modèle à seuil. Lorsque l’hypothèse d’hétérogénéité n’est pas vérifiée, il convient
de recourir à une estimation en données de panel avec effets fixes plutôt qu’à un
modèle à seuil (Hansen, 2000). Les résultats des tests de linéarité sont reportés
dans le tableau 5. L’hypothèse de linéarité de l’effet de l’IDE sur la croissance éco-
nomique est différemment vérifiée selon les CER et selon les indicateurs de gou-
vernance.
En Afrique subsaharienne dans son ensemble, l’hypothèse d’homogénéité de
l’effet est rejetée à un niveau de significativité de 5%pour la lutte contre la corrup-
tion et le caractère démocratique des institutions politiques comme variable inte-
ractive. Trois variables, l’efficacité des pouvoirs publics, la qualité de la réglemen-
tation et la primauté du droit, sont admises comme variables interactives mais à un
niveau de significativité de 10%. S’il y a doute ici, les résultats de l’estimation du
modèle PTR donnés après confirment bien leur rôle dans l’explication d’un effet
hétérogène de l’IDE sur la croissance économique. L’hypothèse d’homogénéité de
l’effet est acceptée seulement pour la variable « stabilité politique ». Cinq des six
indicateurs de gouvernance peuvent donc être retenus comme susceptibles
d’expliquer l’effet conditionnel de la gouvernance sur l’IDE.
Une analyse des inférences dans les CER montre que l’hypothèse d’homogéné-
ité de la variable « lutte contre la corruption » est rejetée uniquement dans la CAE
avec une significativité de 5%. Dans toutes les CER, « l’efficacité des pouvoirs pu-
blics » et « la primauté du droit » ne peuvent pas être considérées comme variables
conditionnant l’effet de l’IDE sur la croissance économique. En effet, l’hypothèse
d’homogénéité n’est pas rejetée pour ces deux indicateurs de gouvernance.
Région et Développement 50 (2019) 55

Tableau 5. Test de non linéarité des indicateurs de gouvernance


Test d’un seuil unique en ASS
CORRUPT GE PS RQ RL VA
LR 27.42** 16.19* 10.59 16.17* 24.23* 21.17**
p-value (0.03) (0.07) (0.32) (0.08) (0.07) (0.05)
Test d’un seuil unique dans la CEEAC
CORRUPT GE PS RQ RL VA
LR 2.80 7.13 3.15 2.95 7.24 2.44
p-value (0.89) (0.36) (0.65) (0.83) (0.47) (0.79)
Test d’un seuil unique dans la SADC
CORRUPT GE PS RQ RL VA
LR 3.25 3.94 15.88* 12.31 8.36 3.37
p-value (0.65) (0.67) (0.06) (0.25) (0.22) (0.62)
Test d’un seuil unique dans la CEDEAO
CORRUPT GE PS RQ RL VA
LR 14.41 4.81 21.59* 4.07 6.20 17*
p-value (0.17) (0.52) (0.07) (0.32) (0.34) (0.09)
Test d’un seuil unique dans la CAE
CORRUPT GE PS RQ RL VA
LR 8.83** 5.57 7.28 11.06* 4.14 19.41***
p-value (0.02) (0.34) (0.29) (0.06) (0.48) (0.007)

Notes : LR représente la statistique correspondant au test de Lagrange et p-value la probabili-


té associée à cette valeur. *, **, *** représentent respectivement la significativité à 10%, 5% et
1%. Source : auteur.
Dans la CEDEAO et dans la SADC, l’hypothèse nulle d’homogénéité n’est accep-
tée pour « la stabilité politique » qu’avec une significativité de 10%. Cependant les
résultats de l’estimation du modèle PTR confirment son rôle dans l’explication de
l’hétérogénéité de l’effet de l’IDE sur la croissance économique.
Dans la CEDEAO, l’hypothèse d’homogénéité du « caractère démocratique des
institutions politiques » (VA) montre aussi une significativité seulement au seuil de
10%. L’estimation du modèle PTR montre toutefois que VA peut être considéré
comme une variable interactive.
L’hypothèse d’homogénéité de la « qualité de la règlementation » dans la CAE
est acceptée uniquement avec une significativité de 10%. Mais là aussi l’estimation
du modèle PTR confirme le rôle médiateur de la « qualité de la règlementation »
dans l’explication de l’effet de l’effet de l’IDE sur la croissance économique.
Cette étape préalable nous permet d’identifier et de retenir trois indicateurs de
gouvernance pour la CAE, deux pour la CEDEAO, un pour la SADC et aucun pour la
CEEAC susceptibles d’expliquer l’hétérogénéité de l’effet de l’IDE.
3.2. Estimation du modèle et interprétation des résultats
L’estimation et l’interprétation des résultats sont effectuées au niveau de l’Afrique
subsaharienne (3.2.1) et au niveau des CER qui composent cette région (3.2.2).
3.2.1. En Afrique subsaharienne
Les tableaux 6, 7, 8, 9 et 10 présentent les résultats de l’estimation de l’effet de
l’IDE et du rôle médiateur de la gouvernance sur la croissance économique. En vue
d’évaluer les effets de chacun des indicateurs de gouvernance et d’éviter les pro-
blèmes causés par la multicolinéarité des variables, nous estimons l’équation (2) en
prenant successivement chacun de ces indicateurs. Cette façon de procéder s’inspire
des travaux de plusieurs auteurs comme Trojette (2016) et Ajide et al. (2014).
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Région et Développement 50 (2019) 61

Il apparaît, en considérant l’ensemble des pays de l’ASS, que l’efficacité des


pouvoirs publics (GE) favorise significativement l’effet de l’IDE sur la croissance
économique et cet effet se renforce lorsque GE est au-delà de 17,9% (Tableau 6,
colonne 3). C’est au-delà d’un seuil de 21% que la qualité de la réglementation
(RQ) tend à favoriser l’effet de l’IDE sur la croissance économique (Tableau 6, co-
lonne 7). L’effet de la primauté du droit (RL) ne devient favorable qu’à partir d’un
seuil de 8,3% (Tableau 6, colonne 9). Le caractère démocratique des institutions
politiques (VA) ne renforce significativement l’effet de l’IDE sur la croissance
qu’au-delà d’un seuil de 15,8% (Tableau 6, colonne 11). L’effet en général de GE,
RQ, RL et VA est confirmé par l’estimation par les GMM. On peut noter que la va-
riable interactive IDE*Gov n’apparaît pas significative quels que soient les indica-
teurs de gouvernance lorsque les seuils ne sont pas considérés.
C’est en dessous d’un seuil très faible de 1,76% en ASS que la lutte contre la
corruption (CORRUPT) renforce l’effet de l’IDE sur la croissance économique. Au-
delà de ce seuil, l’effet paraît toutefois atténué (Tableau 6, colonne 1). Il en va de
même de l’effet catalyseur de la stabilité politique (PS) mais à partir d’un seuil
élevé de 54,1% (Tableau 6, colonne 5). Cependant ces résultats sont fragiles.
L’estimateur GMM ne confirme pas la robustesse des résultats obtenus concernant ces
deux variables CORRUPT et PS.
Pour appréhender le rôle des indicateurs de gouvernance, l’analyse portant ici
sur l’ensemble de l’Afrique subsaharienne doit être précisée en considérant les
différences entre CER.
3.2.2. Dans les communautés économiques régionales
Les résultats par CER permettent de relever quelques spécificités.
Dans la CEEAC, il n’apparaît pas vraiment d’effet de seuil des indicateurs de
gouvernance (Tableau 8) qui s’avèrent peu ou pas significatifs, sauf peut-être PS
mais son effet n’est pas confirmé par l’estimateur GMM (Tableau 8, colonne 6). Cela
peut s’expliquer par les faibles performances en matière de gouvernance dans
cette CER (voir Tableau 1). Cela peut aussi s’expliquer par la forte dépendance de
la CEEAC à l’exploitation des ressources naturelles (Asiedu et Lien, 2011). Les in-
vestissements des firmes étrangères et leurs effets sur la croissance des économies
sont largement indépendants du niveau de gouvernance.
Dans la CEDEAO, une amélioration de la stabilité politique (PS) à partir d’un ni-
veau très bas de 4,35% renforce l’effet de l’IDE sur la croissance économique (Ta-
bleau 7, colonne 5). On peut considérer qu’un niveau minimum de stabilité politique
permet aux investisseurs d’avoir au moins à court terme un certain nombre de garan-
ties sur la viabilité de leurs projets (Trojette, 2016). Tous les pays de la CEDEAO ont un
niveau de stabilité politique (PS) qui se situe au-dessus du seuil de 4,35%.
Par contre, dans la SADC, le niveau de stabilité politique (PS) exerce un effet
important, d’autant plus au-delà d’un seuil de 51% (Tableau 9, colonne 5). Seuls le
Botswana, les Iles Maurice, la Namibie et les Iles Seychelles ont un niveau de stabi-
lité politique (PS) qui se situe au-dessus de ce seuil. Pour les 10 autres pays de
cette CER, une amélioration du niveau de stabilité politique pour parvenir à ce
seuil semble nécessaire pour mieux tirer parti de l’effet de l’IDE sur la croissance
économique. Dans la CAE aussi, PS semble jouer un certain rôle catalyseur.
Concernant CORRUPT, cet indicateur n’apparaît pas significatif dans la CEEAC.
Il semble exercer un effet moins sensible à partir d’un seuil assez bas dans la CE-
DEAO (9,79%) et dans la CAE (14,5%), où une amélioration du niveau de lutte
contre la corruption paraît donc associée à un effet moindre des IDE sur la crois-
sance. De manière encore plus particulière, dans la SADC, la corruption lorsqu’elle est
prononcée apparaît avoir un effet positif sur les IDE au-dessous d’un seuil de 5,68%.
62 Fabrice Nguegang, Luc Nembot Ndeffo, Germain Ndjieunde

Dans la CEDEAO, le caractère démocratique des institutions politiques (VA)


renforce, au-delà de 30,3%, l’effet de l’IDE sur la croissance économique (Tableau
7, colonne 11). Seuls des pays comme le Bénin, le Ghana, le Mali, le Sénégal, le Bur-
kina Faso, le Niger, la Sierra Leone et plus que tous les autres le Cap-Vert ont un
niveau de VA supérieur à la fois au seuil de l’ASS et à celui de la CEDEAO.
Dans la CAE, l’amélioration du caractère démocratique des institutions poli-
tiques (VA) tend à atténuer l’ampleur de l’effet de l’IDE sur la croissance écono-
mique au-delà d’un seuil de 17,5% (Tableau 10, colonne 11). C’est particulière-
ment le cas pour l’Ouganda, la Tanzanie, le Kenya et le Rwanda. Néanmoins, ce
résultat ne paraît pas robuste lorsque nous recourons à l’estimateur des GMM, où
cette variable de gouvernance n’apparaît pas significative. Ce résultat semble con-
firmer les conclusions de Kosack et Tobin (2006) selon lesquelles les IDE n’ont
aucun effet sur la croissance économique dans les pays les moins avancés – ce qui
est le cas de la CAE – quel que soit leur régime, démocratique ou pas. On peut
suivre aussi Asiedu et Lien (2011) pour en évoquer les raisons. Premièrement, la
longévité d’un gouvernement implique pour les FMN un environnement des af-
faires plus stable et plus prévisible. Or les régimes démocratiques connaissent
souvent des changements plus fréquents de gouvernement. Deuxièmement, l’IDE
orienté vers l’Afrique, en particulier vers la CAE, est principalement motivé par
l’accès aux ressources naturelles. Comme les ressources naturelles sont très im-
portantes d’un point de vue stratégique, politique et financier pour un pays, l’IDE
dans ces secteurs peut être fortement contrôlé par des régimes autocratiques.
Pour la qualité de la réglementation (RQ), le seuil à partir duquel l’effet devient
plus fort est un peu supérieur que pour l’ASS (Tableau 10, colonne 7). Mais il con-
vient de noter que pour tous ces résultats le nombre d’observations est plus faible
que pour les autres CER dans la mesure où la CAE ne comprend que cinq pays.
CONCLUSION
Cet article montre que la qualité des institutions et de la gouvernance tend à
jouer à plusieurs égards un rôle conditionnel concernant les effets que les IDE
peuvent exercer sur la croissance dans les pays d’Afrique subsaharienne : il en va
ainsi de la qualité des services publics et du fonctionnement des pouvoirs publics,
du caractère démocratique des institutions politiques, du poids des réglementa-
tions et de la primauté du droit. Cet article montre aussi qu’il existe des seuils en
fonction desquels ces quatre variables institutionnelles peuvent avoir des effets
différents.
Les résultats selon les Communautés économiques régionales de l’Afrique sub-
saharienne montrent cependant le caractère parfois hétérogène des seuils obser-
vés. Ils montrent surtout l’effet catalyseur peu convaincant et parfois ambigu que
peuvent exercer selon les CER la stabilité politique et le degré de corruption.
Au terme de cette étude, il convient de noter que les résultats obtenus mérite-
raient d’être confortés sur le plan méthodologique, que ce soit dans la spécification
du modèle et le choix des variables de contrôle, en considérant par exemple le rôle
du capital humain ou la nature sectorielle des IDE, mais aussi en ce qui concerne
les indicateurs du niveau de gouvernance. Le recours à des bases alternatives de
mesure du niveau de gouvernance telles que les indicateurs de Polity IV ou ceux du
CPIA, ou encore de l’ICRG pourrait permettre de consolider ou nuancer les résul-
tats obtenus ici avec les indicateurs de gouvernance de Kaufmann, Kraay et Mas-
truzzy. Par exemple, McCloud et Kumbhakar (2012) soulignent que la relation
entre croissance économique et qualité des institutions dépend de comment est
mesurée la qualité des institutions. Une réflexion dans ce sens peut constituer une
extension future de ce travail.
Région et Développement 50 (2019) 63

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Review, Vol. 28, N°1, pp. 64-74.
Région et Développement 50 (2019) 65

Annexe 1. Les pays du panel, 1996-2016


Burundi ∙ Kenya ∙ Rwanda ∙ Ouganda ∙ Tanzanie ∙ Angola ∙ Cameroun∙, Guinée équatoriale ∙
République centrafricaine ∙ République démocratique du Congo ∙ République du Congo ∙ São
Tomé-et-Príncipe ∙ Tchad ∙ Gabon ∙ Bénin ∙ Burkina Faso ∙ Cap-Vert ∙ Côte d’Ivoire ∙ Gambie ∙
Ghana ∙ Guinée ∙ Guinée-Bissau ∙ Libéria ∙ Mali ∙ Niger ∙ Nigeria ∙ Sénégal ∙ Sierra Leone ∙ Togo
∙ Afrique du Sud ∙ Botswana ∙ Lesotho ∙ Madagascar ∙ Malawi ∙ Maurice ∙ Mozambique ∙ Nami-
bie ∙ Seychelles ∙ Eswatini ∙ Zambie ∙ Zimbabwe.
Notes : Eswatini est le nouveau nom de la république du Swaziland depuis Août 2018.

Annexe 2. Les Communautés économiques régionales


CEEAC : Angola ∙ Burundi ∙ Cameroun∙ République centrafricaine ∙ République démocra-
tique du Congo ∙ Congo ∙ Gabon ∙ Guinée équatoriale ∙ Tchad ∙ São Tomé et Príncipe.
CAE : Burundi ∙ Kenya ∙ Ouganda ∙ Tanzanie ∙ Rwanda.
CEDEAO : Bénin ∙ Burkina Faso ∙ Cap-Vert ∙ Côte d’Ivoire ∙ Gambie ∙ Ghana ∙ Guinée ∙ Guinée-
Bissau ∙ Liberia ∙ Mali ∙ Niger∙ Nigeria ∙ Sénégal ∙ Sierra Leone ∙ Togo.
SADC : Angola ∙ Botswana ∙ Lesotho ∙ Malawi ∙ Mozambique ∙ Eswatini ∙ Tanzanie ∙ Zambie ∙
Zimbabwe ∙ Namibie ∙ Afrique du Sud ∙ Maurice ∙ République démocratique du Congo ∙
Madagascar ∙ Seychelles.

The effect of foreign direct investment on economic growth


in Sub-Saharan Africa: the role of institutions

Abstract - This paper aims to analyze the role of institutions into Foreign Direct Invest-
ment (FDI) effect on growth of GDP per capita for 41 Sub-Saharan African countries (SSA).
For that end, we use PTR model across three years average data over the period 1996-
2016. Econometric estimations show voice and accountancy, government effectiveness,
regulation quality and rule of law have a catalyst role, with some particular threshold, into
the effect of FDI on growth On the other hand, they show an ambiguous effect of fighting
against corruption and political stability. Analysis also shows differentiated effects among
some regional economic communities of SSA.

Key-words
Foreign Direct Investment
Institutions
Threshold effect
Economic growth
SSA
EAC
ECCAS
ECOWAS
SADC

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