IDE et Croissance en Afrique : Rôle des Institutions
IDE et Croissance en Afrique : Rôle des Institutions
n° 50-2019
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Résumé- Cet article a pour objectif d’évaluer le rôle des institutions et de la gouvernance
dans l’effet des investissements directs étrangers(IDE) sur la croissance du PIB par habi-
tant pour 41 pays d’Afrique subsaharienne (ASS). Nous utilisons notamment un modèle
PTR sur des données moyennes de trois ans sur la période 1996-2016. Les estimations
économétriques montrent que le caractère démocratique des institutions, la qualité des
services publics, le poids des réglementations et la primauté du droit exercent un rôle
catalyseur, avec des seuils particuliers, dans l’effet de l’IDE sur la croissance. Elles mon-
trent par contre un effet plus ambigu du degré de lutte contre la corruption et de la stabilité
politique. L’analyse montre aussi des effets différenciés dans certaines Communautés éco-
nomiques régionales d’ASS.
Classification JEL
E02, F23, O55, P52
Mots-clés
Investissement direct étranger
Institutions
Effet de seuil
Croissance économique
Afrique subsaharienne
CAE
CEEAC
CEDEAO
SADC
Les auteurs remercient les rapporteurs anonymes et le directeur éditorial de la revue pour leurs re-
marques et suggestions qui ont permis d’améliorer les versions antérieures de cet article.
INTRODUCTION
L’objectif de cet article est d’analyser si dans un contexte d’intégration régio-
nale en Afrique subsaharienne (ASS), l’investissement direct étranger (IDE) a un
effet sur le PIB par habitant et si cet effet peut être conditionné par le niveau de
gouvernance et la qualité des institutions des pays. Plusieurs études ont été me-
nées en vue d’analyser l’effet de l’IDE sur la croissance économique, mais la ques-
tion fait débat et reste largement ouverte, notamment concernant le rôle à attri-
buer à la qualité des institutions. Notre étude porte sur l’ASS et distingue les Com-
munautés Economiques Régionales (CER) : la CAE (Communauté d'Afrique de
l'Est), la CEEAC (Communauté Economique des États de l'Afrique Centrale), la
CEDEAO (Communauté Economique et Douanière des États de l'Afrique de l'Ouest)
et la SADC (Communauté de Développement d'Afrique Australe).
Pour traduire la qualité des institutions, nous considérons les différents indica-
teurs de gouvernance de Kaufmann et al. (2010) provenant de la base de données
WGI de la Banque mondiale. Nous allons utiliser une méthode, le modèle PTR (Pa-
nel Threshold Regression), qui tient compte de la possibilité de changement
d’influence à partir d’un certain seuil de qualité des institutions. L’article montre
qu’il existe bien des seuils, pour certains indicateurs de gouvernance, qui peuvent
moduler la relation IDE/croissance.
Cet article est articulé comme suit : une revue de la littérature sur les liens
entre IDE et croissance économique est donnée en section 1, les faits stylisés et les
données de l’étude sont exposés en section 2, la section 3 présente le modèle éco-
nométrique et discute des résultats.
1. IDE, CROISSANCE ET PRISE EN COMPTE DES INSTITUTIONS :
UNE REVUE DE LA LITTÉRATURE
Un nombre important d’études empiriques depuis les années 1990 ont tenté
d’estimer l’effet des IDE sur la croissance économique dans les pays en dévelop-
pement(Brewer, 1991 ; Saltz, 1992 ; Blomström et Wolff, 1994 ; Balasubramanyam
et al., 1996 ; Borensztein et al., 1998 ; Lipsey, 2000 ; Bouklia et Zatla, 2001 ; Sadik
et Bolbol, 2001 ; Carkovic et Levine, 2002 ; OCDE, 2002 ; Hsiao et Shen, 2003 ;
Akinlo, 2004 ; Alfaro et al., 2004 ; Blonigen et Wang, 2005 ; Meschi, 2006 ; Ngou-
houo, 2008 ; Vu et Noy, 2009 ; Nembot Ndeffo, Kamdem, et Nanfosso , 2013 ; Ju-
gurnath et al., 2016…). Une partie de la littérature a montré un effet positif des IDE
mais une autre non. De là, pour approfondir l’analyse, des études ont cherché à
introduire le rôle de la gouvernance des pays d’accueil pour juger de l’impact des
IDE sur leur croissance (1.1). Devant les résultats non assurés, des auteurs ont
cherché à mettre en évidence l’existence de seuils différenciés pour juger du rôle
de la gouvernance (1.2).
1.1. Les études intégrant un effet de la gouvernance
Bengoa et Sanchez-Robles (2003) étudient l’interaction entre le degré de liber-
té économique, l’IDE et la croissance économique. Ils utilisent la méthode des mo-
ments généralisés en double différence sur un panel de 18 pays d’Amérique latine
de 1970 à 1999. Ils montrent que la liberté économique dans le pays hôte est un
déterminant de l’IDE et suggèrent que, s’il y a un lien positif entre IDE et croissance
économique, pour bénéficier à long terme des flux de capitaux des firmes multina-
tionales (FMN), les pays d’accueil doivent disposer d’un niveau de capital humain
adéquat, de la stabilité économique et des marchés libéralisés.
Durham (2004) soutient en prenant un échantillon de 80 pays étudiés sur la
période 1979-1998 que seuls les pays qui disposent d’institutions fortes et d’un
Région et Développement 50 (2019) 47
cadre juridique attractif pour les investisseurs peuvent bénéficier des effets posi-
tifs de l’IDE sur leur croissance.
Darrat, Kherfi, et Soliman (2005) ont étudié l’effet de l’IDE sur la croissance
économique en menant une analyse comparative sur 23 pays appartenant à deux
régions différentes : l’Afrique du Nord et le Moyen Orient et l’Europe Centrale et
Orientale. En utilisant les doubles moindres carrés sur la période 1979-2002, ils
constatent que les flux d’IDE stimulent la croissance économique seulement dans
les pays candidats à l’Union européenne. L’effet de l’IDE au niveau des pays de
l’Afrique du Nord et du Moyen Orient, et des pays non candidats à l’UE, est négatif
ou inexistant. Les auteurs avancent l’idée que la candidature pour devenir membre
de l’UE semble être un facteur catalyseur pour une application plus étendue et plus
efficace des réformes, ce qui aurait contribué aux effets positifs des flux d’IDE.
Azman-Saini et al. (2010a), étudient le lien entre l’IDE, la liberté économique et
la croissance économique sur un panel de 85 pays sur la période de 1975 à 2004.
En utilisant la méthode des moments généralisés, ils trouvent que l’IDE seul n’a pas
un effet direct positif sur la croissance économique. Ils montrent notamment que
l’effet de l’IDE est lié au niveau de liberté économique dans le pays d’accueil.
Le rôle de la qualité de la gouvernance et des institutions, à partir d’indicateurs
constitués ad hoc par différents organismes, n’apparaît que récemment dans l’ana-
lyse de l’effet de l’IDE sur la croissance économique, dans les PED et en Afrique.
Shuaibu et Fowowe (2014) conduisent une étude sur l’effet de l’IDE sur la ré-
duction de la pauvreté en retenant un panel de 30 pays d’Afrique étudiés sur la
période1981-2011. En utilisant comme unité d’analyse des données moyennes sur
3 ans et en recourant à la méthode des moments généralisés en système proposée
par Blundell et Bond (1998),ils trouvent que l’IDE contribue positivement et de
façon significative à la réduction de la pauvreté en Afrique. Ils montrent surtout
que de meilleures institutions de gouvernance et le développement du capital hu-
main favorisent la réduction de la pauvreté.
Zghidi et al. (2016) mènent une étude sur l’interaction entre l’IDE, la liberté
économique et la croissance économique. Ils recourent à un panel de 4 pays, à
savoir la Tunisie, le Maroc, l’Algérie et l’Egypte. Leur analyse est effectuée sur des
données moyennes de 5 ans entre 1980 et 2013. En utilisant la méthode des mo-
ments généralisés, ils mettent en évidence une relation positive entre IDE et crois-
sance économique. Ils trouvent aussi que la liberté économique apparaît comme
complémentaire à l’IDE. Ils en viennent à la conclusion selon laquelle les pays qui
promeuvent une grande liberté des activités économiques tirent plus de la pré-
sence des FMN.
Malikane et Chitambara (2017) ont examiné la relation entre l’IDE, la démocra-
tie et la croissance en recourant à un panel de 8 pays d’Afrique du Sud (Botswana,
RDC, Malawi, Îles Maurice, Afrique du Sud, Tanzanie, Zambie et Zimbabwe) étudiés
sur des périodes de 5 ans entre 1980 et 2014. A l’aide de la méthode des moments
généralisés, ils montrent que l’effet de l’IDE sur la croissance économique dépend
du niveau de démocratie des pays d’accueil. Ainsi, ils soutiennent que les pays avec
des institutions démocratiques fortes sont les plus susceptibles de permettre des
effets d’entrainement des IDE. Bien qu’ayant utilisé les données de deux bases
différentes, notamment celles de « Frazer Institute » et « Polity IV », les auteurs ne
s’intéressent toutefois qu’à un seul aspect de la gouvernance, ce qui réduit la por-
tée de leurs résultats.
Ozekhome (2017), dans une étude portant sur le Nigéria entre 1981 et 2015,
montre en utilisant la méthode des moments généralisés que les institutions dé-
mocratiques et l’IDE influencent significativement la croissance économique,
48 Fabrice Nguegang, Luc Nembot Ndeffo, Germain Ndjieunde
même si l’auteur n’analyse pas directement les interactions entre IDE et indica-
teurs de la qualité des institutions.
Ajide, Adeniyi et Raheem (2014) conduisent une étude sur 27 pays de l’Afrique
subsaharienne sur la période 2002-2010. Ils utilisent les différents indicateurs de
gouvernance et non un indicateur composite. Les résultats des auteurs montrent
que le contrôle de la corruption, la stabilité politique et l’efficacité des pouvoirs
publics et leur interaction avec l’IDE n’affectent pas la croissance économique.
L’une des principales limites de l’étude reste le non-traitement des problèmes
d’endogénéité.
Alege et Ogundipe (2014) étudient la relation entre les IDE et la croissance
économique dans la CEDEAO en utilisant la méthode des moments généralisés en
système sur un panel couvrant la période 1970-2011, en cherchant à contrôler
l’endogénéité inhérente à la relation IDE-croissance. Ils étudient aussi l’interaction
entre le capital humain et les indicateurs de qualité des institutions avec les autres
variables dans l’explication des flux d’IDE reçus. Les résultats s’avèrent différents
des précédentes études. Il apparaît une contribution non significative des IDE sur
la croissance.
1.2. Les études montrant un effet de seuil de la gouvernance
Gui-Diby (2014) étudie l’effet de l’IDE sur la croissance économique de 50 pays
africains sur la période allant de 1980 à 2009. Il utilise la méthode des moments
généralisés en système. L’auteur trouve que l’IDE a un effet significatif sur la crois-
sance économique en Afrique durant la période d’étude considérée. Plus spécifi-
quement, il trouve qu’un faible niveau de capital humain ne limite pas l’effet de
l’IDE, et que si l’effet de l’IDE sur la croissance a été négatif sur la période 1980-
1994, il apparaît positif de 1980 à 2009. Ce résultat est expliqué par d’autres au-
teurs comme étant la résultante d’un effet conditionnel de certaines variables. C’est
le cas par exemple d’Othman, Jafari et Sarmidi (2014) dans une étude sur la Malai-
sie entre 1974-2009. Les auteurs montrent en utilisant un modèle PTR (Panel
Threshold Regression) que c’est à partir d’un certain seuil que la bonne gouver-
nance renforce l’effet de l’IDE sur la croissance économique.
Brahim et Rachdi (2014) trouvent, en travaillant sur un échantillon de 19 pays
d’Afrique du Nord et du Moyen-Orient sur la période 1984-2011, que seuls les pays
avec de bonnes institutions connaissent un effet positif de l’IDE sur la croissance
économique. Ils aboutissent à ce résultat en recourant à un modèle PSTR (Panel
Smooth Transition Regression) étant entendu que la relation paraît non linéaire
entre l’IDE et la croissance économique. En parallèle, Meon et Sekkat (2004)en
travaillant sur le même groupe de pays trouvent qu’un faible niveau de corruption
et de bureaucratie contribuent de façon significative à la décision d’implantation
des FMN.
Jude et Levieuge (2013) utilisent les données de risque pays pour établir que la
qualité des institutions module l’intensité de l’effet de l’IDE sur la croissance éco-
nomique à travers les transferts de technologie et l’accumulation du capital. Ces
résultats sont obtenus sur un échantillon de 94 pays en développement étudiés de
1984 à 2009, en recourant à un modèle à effet de seuil, le modèle PSTR, qu’ils con-
frontent à la méthode des GMM.
Trojette (2016) étudie le rôle du niveau institutionnel dans l’effet de l’IDE sur la
croissance économique. Elle mène cette étude sur 5 échantillons comportant le
groupe des pays d’ASS, le groupe des pays de l’Afrique du Nord et du Moyen-
Orient, le groupe des pays d’Europe, le groupe des pays d’Asie et le groupe des
pays d’Amérique. Elle utilise comme technique d’analyse la méthode des moments
généralisés en système sur la période 1984-2013. Grâce à une technique de régres-
Région et Développement 50 (2019) 49
sion basée sur un modèle à seuil développé par Caner et Hansen (2004), elle
montre qu’il existe dans chaque groupe de pays, à l’exception des pays d’Amérique,
un seuil à partir duquel les indicateurs de qualité des institutions affectent positi-
vement la croissance économique. En particulier, au-dessus d’un seuil précis, la
stabilité politique et le respect de la loi renforcent l’effet de l’IDE sur la croissance
économique.
Agbloyor et al. (2016) examinent la relation entre l’IDE, les institutions et la
croissance économique en Afrique subsaharienne sur des données moyennes de
3ans entre 1996 et 2010. Pour ce faire, ils utilisent la méthode des moments géné-
ralisés et montrent que, si l’on prend tous les pays, (a) l’IDE n’affecte pas significa-
tivement la croissance économique, (b) le niveau des institutions, capté par les 6
indicateurs de Kaufmann et al., n’affecte pas significativement la croissance éco-
nomique, de même que l’interaction des variables institutionnelles avec l’IDE. En
menant cette étude pour le sous-échantillon excluant les pays dotés de marchés
financiers développés, ils ne trouvent pas non plus une relation significative entre
IDE et croissance économique. Cependant, dans le sous-échantillon excluant les
pays riches en ressources naturelles, ils trouvent un effet direct et positif des IDE
sur la croissance, et cet effet semble moins sensible lorsque la qualité des institu-
tions est plus haute.
2. FAITS STYLISÉS ET MODÈLE EMPIRIQUE
Nous présentons dans un premier temps les faits stylisés et dans un deuxième
temps la démarche empirique.
2.1. Quelques faits stylisés
Le PIB par tête entre 1996 et 2016 présente une tendance globalement crois-
sante en Afrique subsaharienne (2,7 % par an en moyenne). La croissance dans la
CEEAC est la plus forte (3,1% par an). Elle est inférieure dans la SADC (2,5%), la
CAE (2,4%) et la CEDEAO (2,3%). On peut noter que des pays présentent une ten-
dance irrégulière comme la Côte d’Ivoire, la Gambie, la Guinée, la Guinée-Bissau et
Madagascar. Des pays présentent une évolution en deux phases, une baisse de
1996 à 2010 et une hausse à partir de 2010, comme le Gabon (dans le sens inverse
de la CEEAC) et le Zimbabwe.
Concernant les niveaux de PIB par habitant, le tableau 1 montre que la CEEAC
affiche un niveau moyen légèrement plus élevé (5894 dollars US) que celui de la
SADC (5835 dollars US) et plus important que dans la CEDEAO (1918 dollars US) et
la CAE (1482 dollars US). La Guinée équatoriale connaît en 2008 le niveau de PIB
par habitant le plus important du panel (42957 dollars US), largement dû au ni-
veau record atteint par le baril de pétrole en 2008. La dispersion des PIB par habi-
tant est très marquée dans l’ASS (6211 dollars EU) en général et dans la CEEAC
(9103 dollars US). Inversement, la dispersion est plus faible dans la CAE (644,8
dollars US).
En ce qui concerne les entrées d’IDE, la tendance est globalement à la hausse.
C’est le cas du Mozambique, du Burundi, du Rwanda, de l’Ouganda, de la RDC, du
Gabon, du Bénin, du Ghana, du Niger, de la Zambie et du Zimbabwe à partir de
2009. D’après le tableau 1, la SADC (642,8 millions de dollars US) malgré un ni-
veau de désinvestissement élevé enregistré en 2013 par l’Angola (-7120 millions)
et la CEDEAO (493 millions de dollars US) sont les premiers récepteurs. Néan-
moins, l’Afrique du Sud enregistre en 2008 le niveau le plus élevé d’IDE (9885
millions de dollars US) de toute l’ASS. Les pays pour lesquels l’évolution conjointe
de l’IDE et du PIB par habitant est la plus forte sont le Ghana et le Nigeria dans la
CEDEAO, et l’Angola en zone CEEAC et SADC.
50 Fabrice Nguegang, Luc Nembot Ndeffo, Germain Ndjieunde
Notes : le PIB réel par habitant est exprimé en PPA et en dollar US, l’IDE en millions de dollars US et les
indicateurs de gouvernance en pourcentage. Concernant le nombre d’observations, des pays appartiennent
à plusieurs CER (voir tableau 4). Source : auteur à partir des données de la Banque mondiale.
Région et Développement 50 (2019) 51
52 Fabrice Nguegang, Luc Nembot Ndeffo, Germain Ndjieunde
Parmi les pays membres de la SADC, l’Ile Maurice enregistre en 2014 le niveau
le plus élevé sur les composantes « poids de la réglementation » (83,65%) et « effi-
cacité des pouvoirs publics » (81,25%). L’Ile Maurice enregistre aussi les niveaux
les plus élevés pour la « primauté du droit » (83, 25% en 2004) et le « caractère
démocratique des institutions politiques » (78,85% en 2000). La Namibie affiche en
2008 le niveau maximum sur la composante « stabilité politique » (92,79%) et le
Botswana en 2003 sur la composante « lutte contre la corruption » (85,85%).
Dans la CAE, le Rwanda occupe la tête dans les performances en matière de
gouvernance, dont en 2014 un niveau de 76,9% en matière de « lutte contre la
corruption » et de 61,5% concernant le « poids de la réglementation ».
Au cours de la période 1996-2016 le Cap-Vert affiche les niveaux les plus élevés
pour l’ensemble des indicateurs de gouvernance dans la CEDEAO. En 2014, le Cap-
Vert enregistre le niveau maximum pour la composante « lutte contre la corrup-
tion » (79,8%), en 1998 pour la composante « efficacité des pouvoirs publics »
(65,85%), en 2000 concernant la « stabilité politique » (86,96%), en 1996 pour la
« primauté du droit » (75,6%.) et en 2011 pour la composante « caractère démo-
cratique des institutions politiques » (76,5%). Sur la composante « qualité de la
réglementation », c’est le Ghana qui affiche le niveau maximum en 2012 (56,4%).
L’Ile Maurice, l’Afrique du Sud, le Botswana et la Namibie présentent les meil-
leures performances concernant l’« efficacité des pouvoirs publics », avec des ni-
veaux largement au-dessus de 60%. L’Angola, la Guinée équatoriale, la Guinée, la
Guinée-Bissau, le Libéria, le Nigeria, la Sierra Leone, le Togo, le Bénin, le Zimbabwe,
la RDC et la RCA se situent entre 0 et 20% ; Le Kenya, l’Ouganda, la Tanzanie, le
Cameroun, le Burkina Faso, la Gambie, le Niger, la Zambie, Sao Tome et Principe et
le Gabon se trouvent entre 20 et 40% ; Le Ghana, le Sénégal, la Namibie, les Sey-
chelles et le Lesotho sont en moyenne entre 40 et 60%.
Sur la composante « stabilité politique », seuls Sao Tome et Principe, le Gabon,
le Bénin, le Cap-Vert, le Botswana, l’Ile Maurice et les Seychelles ont un niveau au-
dessus du deuxième quartile.
Le tableau 2 montre que les corrélations entre les indicateurs de gouvernance
(lignes 6 à 11 et colonnes 6 à 11) sont fortes et positives, de même que les corréla-
tions entre les variables croisées. Cependant, la corrélation entre indicateurs de
gouvernance et leurs interactions respectives avec l’IDE sont positives mais relati-
vement faibles (colonnes 6 à 11 et lignes 12 à 17). Il faut noter que la corrélation
entre IDE et les variables d’interaction est positive et supérieure à 0,7 (colonne 3,
lignes 12 à 17). Ce qui implique que mettre dans un même modèle l’IDE et une
variable croisée tend à causer un problème de multicolinéarité.
On peut relever que le PIB par tête retenu comme variable dépendante dans le
modèle empirique est très fortement corrélé avec le revenu national brut par tête
(RNB) (colonne 1, ligne 2).
2.2. Méthodologie et données de l’étude
2.2.1. La méthodologie
Le modèle d’analyse retenu s’inspire de ceux utilisés dans les études portant
sur l’analyse de l’effet de l’IDE sur la croissance économique, et notamment par
Azman-Saini et al. (2010a) et Gui-Diby (2014).
Pour évaluer si l’effet des IDE sur la croissance peut être conditionné par le ni-
veau des institutions, nous introduisons dans le modèle des variables croisées de
l’IDE avec chacun des six indicateurs de gouvernance retenus. L’effet direct de
l’IDE seul ne va pas être pris en compte en raison du biais de multicolinéarité tel
qu’identifié dans le tableau 2.
Région et Développement 50 (2019) 53
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Abstract - This paper aims to analyze the role of institutions into Foreign Direct Invest-
ment (FDI) effect on growth of GDP per capita for 41 Sub-Saharan African countries (SSA).
For that end, we use PTR model across three years average data over the period 1996-
2016. Econometric estimations show voice and accountancy, government effectiveness,
regulation quality and rule of law have a catalyst role, with some particular threshold, into
the effect of FDI on growth On the other hand, they show an ambiguous effect of fighting
against corruption and political stability. Analysis also shows differentiated effects among
some regional economic communities of SSA.
Key-words
Foreign Direct Investment
Institutions
Threshold effect
Economic growth
SSA
EAC
ECCAS
ECOWAS
SADC