Conception et caractérisation d'antennes ULB
pour communications multimédia haut débit
Alain SIBILLE (sibille@[Link]), Christophe ROBLIN et Serge BORIES
ENSTA/UEI, 32 Bd VICTOR, 75739 PARIS cedex 15, France
Anne Claire LEPAGE et Xavier BEGAUD
ENST/COMELEC, 46 rue BARRAULT, 75013 PARIS, France
Mots clés : antennes, radiocommunications, ultra large bande, multimédia
Cet article aborde les problèmes électromagnétiques fondamentaux posés aux antennes ultra
large bande, et présente quelques résultats d’analyse du comportement d’antennes
commerciales ou spécialement développées pour les communications multimédia haut débit.
L’essentiel
- Plusieurs difficultés fondamentales concernant le comportement des antennes ultra large
bande opérant en régime impulsionnel et rendant leur conception délicate sont évoquées. Cela
concerne la déformation temporelle du signal émis, l’adaptation d’impédance, la moins facile
séparabilité antenne-canal-antenne, ou encore l’impossible existence d’antennes à la fois
petites et à très large bande.
- Des indicateurs de performance sont proposés pour aider à l’analyse du comportement et à la
caractérisation des antennes, ainsi que 2 définitions d’antennes « idéales » utiles en tant que
référence.
- On compare le comportement temporel de plusieurs antennes ULB typiques reposant sur des
principes différents, montrant des imperfections dans la réponse impulsionnelle en relation
avec la nature de ces antennes.
Synopsis
- The paper discusses several basic difficulties about the temporal behaviour of ultra wide
band antennas operating in pulsed regime, making their design uneasy. This applies to the
temporal deformation of radiated waveforms, to impedance matching, to the lesser antenna-
channel-antenna separability, or to the impossibility of both small and very wide band
antennas.
- Performance indicators are proposed in order to help the designer towards the understanding
and the characterisation of the antennas, as well as 2 definitions of “ideal “ antennas which
can be useful as references.
- The temporal behaviours of several typical ultra wide band antennas based on various
principles are compared, and show imperfections in the impulse response which can be
attributed to the nature of these antennas.
Introduction
Les antennes constituent des éléments essentiels dans la chaîne de communication radio, car
incontournables et situés à l’interface entre les signaux véhiculés dans l’électronique de
l’émetteur ou du récepteur et le milieu de propagation. Toutefois de nombreuses technologies
d’antennes existent et répondent à la plupart des besoins pour les communications en bande
étroite ou modérée. En très large bande se posent des problèmes nouveaux, liés aux
fondements de l’électromagnétisme qui constituent des limitations en terme de bande
passante, de réponse impulsionnelle, de taille ou de rendement. Celles-ci peuvent contribuer à
dégrader les performances du système radio, d’autant qu’elles apparaîtront en regard de
contraintes techniques ou économiques imposées à ces systèmes. Ainsi un enjeu majeur des
communications ultra large bande (ULB) concerne des terminaux de petite ou très petite
dimension, destinés à de courtes portées radio et en association à des capteurs ou des réseaux
de transfert d’informations dans un contexte domestique, multimédia ou professionnel (Fig. 1
:). La faible consommation (donc le rendement), la facilité d’intégration, et surtout le coût
sont des aspects essentiels qui sont peu compatibles avec la performance.
Broadband services:
Cable, xDSL,Satelite,
Terestrial
Home Gat eway
Desktop
computer
Monitor
Camcorder Printer
DVD
Laptop
computer Digital
TV Camera
PDA
Audio
Fig. 1 : Exemple de scénario applicatif multimédia pour les communications ULB haut débit
(d’après : projet ULTRAWAVES 5éme PCRD-Programme Cadre de Recherche et
Développement- Commission européenne)
Il est donc important de bien connaître les limitations fondamentales des antennes
ULB, pour espérer les contourner au mieux. Il est également utile de disposer d’outils
d’analyse du comportement des antennes, permettant d’apprécier le degré de gravité de leurs
imperfections, en rapport avec l’utilisation qui en sera faite dans un contexte applicatif donné.
L’article discute donc d’une série de difficultés fondamentales liées aux larges et aux très
larges bandes, et s’intéresse à quelques indicateurs de performance particulièrement adaptés
aux communications par impulsion. Il présente ensuite des résultats d’analyse du
comportement réel d’antennes ULB, disponibles commercialement, ou développées pour la
circonstance en s’appuyant sur quelques principes permettant d’obtenir un fonctionnement en
large bande.
Aspects fondamentaux du comportement des antennes ULB
Une série de difficultés particulières aux très larges bandes
La conception d’antennes très large bande opérant en régime impulsionnel est plus difficile
qu’en bande étroite, pour une série de raisons liées aux lois de l’électromagnétisme ou à la
transformation de Fourier reliant les signaux temporels et les signaux fréquentiels :
• En émission on peut définir une fonction de transfert vectorielle H T (rˆ , t ) reliant le champ
électrique de l’onde à l’amplitude complexe de l’onde incidente sur le port d’entrée de
l’antenne par la relation de convolution temporelle (Fig. 2 :):
1 η0
(1) E(rˆ , t ) = [H T ∗ δ r / c ∗ a1 ](t )
r 4π
Il apparaît donc que la forme temporelle de l’impulsion émise résulte de la convolution de
l’impulsion d’excitation et de la réponse impulsionnelle de l’antenne. A moins que cette
dernière ne soit un Dirac pur, on voit que l’antenne déforme l’impulsion. Ce problème
n’apparaît pas en bande étroite, puisque tout élément linéaire transforme une sinusoïde en une
autre sinusoïde. Il résulte du fait qu’une excitation fréquentielle générique (sinusoïde pure)
n’a pas d’équivalent temporel, puisque l’excitation temporelle générique (délai pur) est un
Dirac de bande passante infinie.
• En second lieu au sein même de l’émetteur l’antenne est un dipôle de terminaison, qui doit
optimalement absorber la totalité de l’énergie incidente (onde a1) pour la rayonner. Cela
implique que l’onde réfléchie b1 soit négligeable (Fig. 3 :). En régime harmonique linéaire on
a la relation fréquentielle complexe b1 = S11 × a1 , où le coefficient de réflexion
S11 = (Z11 − Z 0 ) / (Z 11 + Z 0 ) est relié à l’impédance d’antenne Z 11 et à l’impédance de
l’excitateur Z 0 . On voit donc qu’une absorption complète de l’onde excitatrice implique une
adaptation d’impédance ULB, ce qui est un problème naturellement difficile comparable à la
synthèse d’un filtre d’ordre élevé.
1
• A la réception, on a la relation b2 (rˆ , t ) = [H R ∗ E pw ](t ) impliquant une nouvelle
η0 &
fonction de transfert vectorielle H R (rˆ , t ) , où E pw (rˆ , t ) est le champ électrique d’une onde
plane incidente [1]. Le principe de réciprocité nous permet d’écrire
H R (rˆ , t ) = c π ∂ t−1H T (rˆ , t ) , ou encore dans le domaine fréquentiel :
λ
H R (rˆ , f ) = − j H T (rˆ , f ) , λ étant la longueur d’onde. On voit ici que l’antenne de
4π
réception se comporte fondamentalement comme un filtre passe-bas (intégrateur). Le signal
reçu est donc une déformée du signal transmis.
HT
E(rˆ , t )
a1(t)
b2(t)
HR
E pw (rˆ , t )
Fig. 2 : comportement temporel de l’antenne à l’émission et à la réception
a1
b1
Fig. 3 : comportement temporel de l’antenne à l’émission
• Si on regroupe l’ensemble des deux antennes au sein de la liaison radioélectrique, la
fonction de transfert reliant l’onde excitatrice à l’onde reçue se traduit par la relation de
convolution :
c
h21 = (H T 1 ∗ ∂ t−1H T 2 * δ r / c )
2r &
On voit donc qu’il est moins facile d’extraire séparément chaque contribution dans cette
fonction de transfert reliant le comportement temporel des signaux excitateurs et reçus :
l’ensemble antenne d’émission/canal/antenne de réception est moins facilement séparable en
temporel qu’en fréquentiel.
• Toujours dans le même esprit, la dépendance fréquentielle habituelle du comportement
des antennes tend à rendre celles-ci plus directives à haute qu’à basse fréquence. Si les
diagrammes de rayonnement dépendent de la fréquence, on aura naturellement une situation
où la fonction de transfert vectorielle dépendra de la direction visée, ce qui est un
comportement non souhaitable le plus souvent. Une autre façon de le dire est qu’une antenne
ULB est «petite» à basse fréquence et «grande» à haute fréquence. La stabilité fréquentielle
du diagramme de rayonnement est alors un problème fondamental, ce qui signifie que la
forme de l’impulsion transmise (ou reçue) est angulairement instable.
Fig. 4 : en haut : comportement de l’antenne à l’émission en basse (à gauche) et haute (à
droite) fréquence ; en bas : déformation temporelle de l’impulsion émise en fonction de
l’angle.
• Enfin une limitation bien connue des antennistes à l’élargissement de bande est la taille de
l’antenne. Ceci peut se comprendre de la façon suivante : le rayonnement électromagnétique
de l’antenne peut se décomposer sur une base de modes sphériques, qui présentent des
variations angulaires d’autant plus importantes que l’ordre du mode est élevé [2]. Or pour une
petite antenne, seuls les modes d’ordre les plus faibles sont susceptibles de se coupler aux
courants dans l’antenne et donc de contribuer au rayonnement. Or ces modes ont
malheureusement un fort « facteur de qualité », et donc peu favorables à l’obtention d’une
large bande. La Fig. 5 :montre le facteur de qualité théorique minimal en fonction du diamètre
de la plus petite sphère contenant l’antenne. Pour un facteur de qualité égal à 1, on trouve
ainsi un diamètre minimal Dmin~ 0.47 λ, soit 3cm à une fréquence moyenne de 5 GHz. Il est
possible de réduire cette valeur an baissant le rendement de l’antenne (pertes), mais cette
mesure palliative est peu recevable pour une communication radio, surtout à la réception.
Toutefois on se doute que pour les antennes extrêmement petites qui pourront être requises
par des terminaisons radio miniatures (ex : BAN : Body Area Networks), on devra se résoudre
à cet expédient.
2
10
facteur Q maximum
D
101
0
10
rendement 100%
rendement 10%
-1
10 0 0.1 0.2 0.3 0.4 0.5
D/lambda
Fig. 5 : facteur de qualité minimal pour une antenne contenue à l’intérieur d’une sphère de
diamètre D.
quelques définitions d’indicateurs de performances
On se doute au vu des difficultés qui se posent au concepteur d’antennes ULB, qu’il devra
accepter des compromis pour satisfaire au mieux le cahier des charges. Il est important à ce
titre de pouvoir évaluer la performance des antennes de façon quantitative, au regard de
l’utilisation qui en sera faite. Le fonctionnement impulsionnel des antennes étant peu usité
surtout dans le domaine des radiocommunications, la mise à disposition du concepteur
d’outils d’analyse du comportement de ces antennes est donc fortement souhaitable. On
commencera par définir les quantités essentielles à cette analyse, dérivant des quantités
connues en fréquentiel, mais adaptées aux problèmes du temporel, par exemple le gain
d’antenne. Compte-tenu des considérations mentionnées plus haut, une définition intéressante
de gain effectif incluant les pertes par désadaptation est la suivante :
2 2 2
Geff (k ) = H T (k ) = (1 − S11 )G (k ) = η e (1 − S11 ) D(k ) , D(k ) étant la directivité de
l’antenne et η e son rendement. Ce gain dépend de la fréquence ainsi que de la direction de
rayonnement par l’intermédiaire du vecteur d’onde k. On peut en déduire un gain moyenné
sur le contenu spectral de l’impulsion, qui se trouve également être le maximum de
l’autocorrélation dans la direction considérée, normalisée à l’autocorrélation de l’onde
∞
∫
2
R ˆ Geff (k ) ⋅ a1 ( f ) df
t A (r ,0) −∞
excitatrice : G (rˆ ) = =
R a1 ( 0 )
∫
∞ 2
a1 ( f ) df
−∞
Ce gain peut être considéré représentatif de l’antenne pour une impulsion donnée (donc une
amplitude complexe excitatrice a1 ( f ) donnée).
On peut ensuite définir des quantités destinées à apprécier la dispersivité de l’antenne, c'est-à-
dire la variabilité fréquentielle de son comportement, dans une direction donnée. La linéarité
parfaite de la phase avec la fréquence étant une des caractéristiques de non dispersivité, on
∂ϕ
part du temps de groupe τ g (f) = − 2π∂f pour définir la dispersion des délais par la relation
1 ∆ϕ
(τ g − τ g ) 2 df , avec τ g (f) = − ∂ϕ et τ g =
f2 1 f2
τg rms
=
∆f ∫
f1 2π∂f ∆f ∫ f1 τ g df =−
2π∆f , où
ϕ est la phase de la fonction de transfert vectorielle, pour une polarisation donnée.
Qu’est ce qu’une antenne « idéale » en ULB ?
Il est souvent intéressant de pouvoir se comparer à une situation idéale, permettant
d’apprécier la perte de performances et la marge de progrès éventuelle. Cependant la
définition d’antenne ULB idéale n’est pas unique. On en propose ci-dessous 2 possibles :
• Antenne sans distortion à l’émission : cette antenne se comporte comme un Dirac
temporel à l’émission, c'est-à-dire un pur déphaseur à phase variant linéairement avec la
fréquence. Une telle antenne est un intégrateur, la puissance reçue décroît comme alors
1 / f 2 et le gain effectif Geff est indépendant de la fréquence. Une antenne quasi-
ponctuelle ou une antenne « indépendante de la fréquence » peut être un bon modèle de
cette idéalité.
• Antenne sans distortion à la réception : cette antenne se comporte comme un Dirac
temporel à la réception (puissance reçue indépendante de f). En conséquence elle est un
pur dérivateur, et le gain Geff augmente avec f : le diagramme d’antenne dépend alors de
la fréquence. Une antenne à ouverture peut être un bon modèle de cette idéalité.
Quelques exemples d’antennes destinées aux communications multimédia
La FCC américaine (Federal Communications Commission) a autorisé le 14 février 2002 les
émissions intentionnelles dans la bande 3.1-10.6 GHz pour une série de domaines applicatifs,
dont les communications en intérieur. Le masque spectral autorise dans cette bande une PIRE
(Puissance Isotrope Rayonnée Equivalente) de seulement -41.3 dBm/MHz, c'est-à-dire pas
plus que les émissions non intentionnelles. En outre en-dehors de la bande, le niveau autorisé
décroît fortement, surtout autour de la fréquence du GPS. En Europe, l’ETSI travaille
également sur une proposition de réglementation, mais il s’agit d’un sujet sensible qui fait
débat entre les supporters des techniques ULB et les organismes soucieux de protéger coûte
que coûte les services existants. Le niveau de puissance autorisé sera dans tous les cas faible,
et obligera à se limiter à des portées modérées particulièrement à haut débit. Dans ce contexte
les antennes constituent un des éléments cruciaux de la chaîne, qui doivent également
supporter les contraintes classiques des terminaux multimédia grand public, telles que la petite
taille, l’intégrabilité, la facilité d’alimentation, un coût très bas, et un rendement raisonnable
qui est un point délicat compte-tenu de la grande largeur de bande comme en atteste la Fig. 5 :
ainsi les entreprises majeures du secteur ne souhaitent-elles souvent pas communiquer sur
leurs travaux dans le domaine des antennes, qu’elles considèrent sensibles et couverts par le
secret professionnel.
Du point de vue applicatif, on distinguera les antennes « omnidirectionnelles » (et non
isotropes, ce qui est interdit par les lois de l’électromagnétisme) et les antennes
directionnelles. Les premières sont intéressantes pour une couverture angulaire maximale, ce
qui est souvent nécessaire pour un terminal ou un serveur destiné à communiquer avec des
éléments du réseau radio situés dans toutes les directions possibles. Les antennes
directionnelles peuvent être utiles lorsqu’on envisage de les placer sur un mur, ou en
extrémité de bâtiment, ou pour implémenter une topologie sectorisée du réseau radio (point
d’accès radio), ou encore pour un terminal ou point d’accès mettant en œuvre une solution
d’antennes directionnelles multiples (diversité angulaire) qui permet de gagner en bilan de
liaison, réduction des interférences etc … Il est également possible pour certaines utilisations
d’imposer à l’utilisateur de pointer l’antenne vers l’endroit désiré, par exemple pour un
téléchargement rapide entre un terminal et un PC.
Il existe une grande variété d’antennes candidates à des applications ULB, moyennant une
optimisation à effectuer pour obéir au cahier des charges. Quelques principes peuvent
également être évoqués, facilitant la réalisation de très larges bandes. Il s’agit par exemple de
l’invariance d’échelle, c'est-à-dire une géométrie d’antenne qui présente la même apparence
topologique quelque soit le grossissement d’observation. Un cône dont la pointe repose sur un
plan de masse infini présente une telle invariance, et l’onde rayonnée est parfaitement TEM
(transverse electro-magnetic), donc non dispersive. Malheureusement il est aussi de taille
infinie. L’autosimilarité reprend cette notion d’invariance d’échelle, mais avec des motifs qui
se reproduisent selon des variations d’échelle discrète. Les antennes « fractales » peuvent
ainsi être évoquées comme candidates ULB, malheureusement elles sont plus souvent multi-
bandes que large bande. Enfin l’existence d’axes de symétrie facilite la réalisation de bandes
larges, car une symétrie géométrique se retrouve inévitablement sur les diagrammes
d’antennes et subsiste à toutes les fréquences. Ceci permet de contourner le problème de la
variabilité fréquentielle des diagrammes de rayonnement. Une approche moins générique
mais couramment employée consiste enfin à faire coexister au sein d’une même antenne
plusieurs sous-systèmes antennaires de bande modérée, opérant à des fréquences distinctes
mais proches. On peut ainsi réaliser des bandes passantes appréciables avec des géométries
plus ou moins simples. On montre ci-dessous quelques antennes ULB utilisant l’une ou
l’autre de ces approches, ainsi que leur caractérisation utilisant les indicateurs proposés plus
haut.
La première antenne, développée pour les besoins du projet Européen Ultrawaves [4] du 5ème
PCRD, est un monocône conformé sur plan de masse circulaire [5]. Celui-ci possède dans son
principe une omnidirectionnalité parfaite induite par sa symétrie cylindrique (Fig. 7 :). La
limitation de bande provient en basse fréquence de la taille finie de l’antenne, et en haute
fréquence de l’excitation non ponctuelle. Pour améliorer le comportement fréquentiel haute
fréquence on est ainsi conduit à conformer le bas du cône et le plan de masse lui-même, de
façon à faciliter la transition guide coaxial-cône pour l’onde excitatrice.
Une autre antenne classique (ici commerciale) est constituée par un réseau de dipôles « log-
périodique », qui présente la propriété d’autosimilarité citée précédemment. On retrouve les
limitations haute et basse fréquence liées à la dimension du plus court et du plus grand dipôle.
Les deux antennes sont comparées du point de vue des diagrammes de rayonnement effectifs
(Fig. 9 :), c'est-à-dire prenant en compte une forme impulsionnelle choisie et adaptée à la
bande autorisée par la FCC.
On visualise également sur la figure Fig. 10 : la réponse impulsionnelle comparée des deux
antennes. Il apparaît clairement que le comportement temporel du monocône se rapproche
assez bien du Dirac idéal, tandis que le réseau log-périodique fait apparaître une traînée
temporelle résultant de sa géométrie autosimilaire. Cette dernière antenne paraît donc peu
propice à une utilisation pour des techniques ULB impulsionnelles.
Fig. 6 : Une troisième antenne directionnelle a été développée pour permettre l’utilisation de
techniques multi-capteurs sur un système multimédia en bénéficiant du gain de directivité (par
exemple un projecteur vidéo susceptible de communiquer avec des PC portables dans toutes
les directions azimutales). Il s’agit d’un « patch » triangulaire, excité par une sonde
multifréquences en forme de F [6] (Fig. 11 :). Cette forme permet de rendre l’antenne
multifréquence sur des fréquences voisines, et donc après optimisation d’atteindre une bande
passante relevant de la problématique ULB. Elle est malgré tout significativement plus faible
que pour les antennes précédentes, car de façon générale il est très difficile d’atteindre des
bandes larges pour des géométries quasi-planaires directionnelles rayonnant
perpendiculairement. En revanche, mis à part un léger rétrécissement des diagrammes avec
l’augmentation de fréquence, on voit que ces derniers sont essentiellement stables (Fig. 12 :).
Enfin la Fig. 13 : montre la réponse temporelle en rayonnement du patch dans son lobe
principale, suite à une excitation impulsionnelle. On voit un pic supplémentaire dans la
réponse, qui résulte ici de la bande passante limitée de l’antenne.
Conclusion
Cet article a présenté quelques problématiques concernant les antennes ULB destinées à des
applications de communications multimédia, en insistant sur les problèmes fondamentaux
dérivant des lois de l’électromagnétisme. La conception de ces antennes est plus délicate que
pour des antennes de bande modérée, et doit tenir compte de l’utilisation qui en sera faite, en
particulier pour des modulations par impulsions qui imposent d’analyser le comportement
temporel des antennes. Plusieurs exemples montrent les différences dans ce comportement,
qui ne sont pas indifférentes de la nature géométrique des antennes en relation avec les
principes conduisant à l’obtention de bandes larges. Le développement d’antennes pour des
terminaux de petite dimension est un défi technico-économique qui exigera des compromis
forts entre les diverses contraintes d’emploi des antennes et les critères de performance
souhaités.
Fig. 7 : deux exemples d’antennes ULB : un monocône conformé sur plan de masse circulaire
(à gauche), et une antenne log-périodique (à droite). On voit également sur cette dernière
photo le monocône vu de dessus.
Limite BF
Limite HF
Limite HF
Fig. 8 : schéma d’un monocône conformé et d’une antenne log-périodique, faisant apparaître
l’origine géométrique des limitations basse et haute fréquence.
T
Gain effectif en transmission Geff (θ )
S11 mesuré
S11 simulé
θ θ
Fig. 9 : coefficient de réflexion du monocône (à gauche), montrant la bande passante atteinte.
A droite : Dépendance angulaire du gain effectif du monocône et du réseau log-périodique
Fonction de transfert en transmission H T (θ , t )
Log-per Mocône
Lobe principal, θ = 0 deg Lobe principal, θ = 52 deg
t (ns) t (ns)
θ
θ
θ = 42 deg θ = 4 deg
t (ns) t (ns)
Fig. 10 : dépendance temporelle de la fonction de transfert en émission dans la
polarisation principale pour le réseau log-périodique (à gauche) et le monocône (à droite),
dans deux directions différentes à l’intérieur ou à l’extérieur du lobe principal.
Plan H
patch Plan E
Sonde F triangulaire
Plan de
13mm
masse
Connecteur
dB
-10
-20
MESURE
SIMULATION
2 3 4 5 6 7
F (GHz)
Fig. 11 : en haut : vue en coupe de l’antenne patch triangulaire ; au milieu : photographie
d’un prototype de laboratoire ; en bas : coefficient de réflexion, montrant la bande passante.
0 dB
3.1 GHz
-10 dB
-20 dB
5 GHz
-30 dB Plan H Plan E
-90° 0° 90° -90° 0° 90°
Fig. 12 : diagrammes de rayonnement du patch triangulaire sur sa bande passante.
Signal
0 1 0 1 2
Temps (ns)
Fig. 13 : à gauche : forme temporelle de l’excitation appliquée au patch triangulaire. A
droite : dépendance temporelle du champ électrique rayonné, dans la polarisation principale.
[1] G. A. Deschamps, « I. Le principe de réciprocité en électromagnétisme. II. Application du
principe de réciprocité aux antennes et aux guides d’ondes », Revue du CETHEDEC
(Paris), pp. 71-101, 1966.
[2] Roger F. Harrington, « Time harmonic electromagnetic fields », Mc Graw Hill, 1961
[3] R.C. Hansen, « Fundamental limitations in antennas », Proceedings ofg the IEEE, vol. 69
n°2, February 1981
[4] Les informations publiques du projet sont disponibles sur le site [Link]
[5] S. Bories, C. Roblin, and A. Sibille, « Ultra-Wideband Monocone Antenna for UWB
Channel Measurements », Int. Workshop on Ultra Wideband Systems IWUBS, Oulu,
Finland, June 2-5 (2003)
[6] B.L. Ooi, C.L. Lee, P.S. Kooi, «A novel F-probe-fed broadband patch antenna »,
Microwave and Optical Technology Letters, Vol.30, Sept.2001, pp.355-356
Les auteurs
Alain Sibille est responsable de l’Unité Electronique-Informatique de l’Ecole Nationale
Supérieure de Techniques Avancées. Ancien élève de l’Ecole Polytechnique et de l’ENST et
titulaire d’un doctorat d’état, il a effectué la première partie de sa carrière au CNET (France-
Télécom) dans le domaine des composants à semiconducteurs III-V. Il s’est ensuite orienté
vers le domaine des radiocommunications, particulièrement les antennes multicapteurs et le
canal de propagation. A. Sibille a animé les travaux de l’ENSTA dans divers projets
collaboratifs nationaux et Européens, et a reçu délégation pour représenter la France au COST
273 « Towards broadband multimedia networks ».
Serge Bories est ingénieur diplômé de l’Ecole Nationale de l’Aviation Civile (2002). Il
effectue une thèse à l’Unité Electronique-Informatique de l’Ecole Nationale Supérieure de
Techniques Avancées sur la conception d’antenne ULB pour les communications, et participe
au projet européen ULTRAWAVES