Article 4
Article 4
Résumé
Une ambiguïté syntaxique apparait lorsque la structure de la phrase pourrait amener
plusieurs sens. Les études sur les ambiguïtés syntaxiques tiennent rarement compte de
l’importance du contexte. Cela est vrai autant pour les études menées auprès de monolingues que
celles menées auprès de bilingues. L’objectif de la présente étude était d’évaluer chez une
population bilingue l’effet du contexte sur la lecture de phrases syntaxiquement ambigües. Nos
participants étaient des étudiants (âge moyen = 23; ET = 3,61) de 18 ans et plus et se divisaient
en trois groupes : des monolingues francophones (n = 8), des monolingues anglophones (n = 8),
et des bilingues (n = 22) ayant le français comme langue maternelle et l’anglais comme langue
seconde. Les participants ont effectué une tâche de lecture autorythmée sur le logiciel E-Prime
2.0, à l’aide duquel nous avons mesuré les temps de lecture par phrase (ensuite divisés par
caractère). La tâche expérimentale contenait 18 phrases ambigües et 18 phrases leurres, et la
moitié de ces phrases était précédée d’un contexte. Nous avons observé un effet d’ambiguïté pour
tous nos groupes par l’augmentation des temps de lecture. L’effet de contexte réduisait les temps
de lecture dans tous les cas, mais n’était significatif que pour la langue maternelle des bilingues.
Introduction
Il existe plusieurs types d’ambiguïtés qui, lorsqu’elles sont perçues, ont toutes une
conséquence similaire : l’incompréhension et, en général, la nécessité de relire le passage ambigu
ou, à l’oral, de demander une répétition ou une clarification. Selon le Petit Robert électronique
(2011), une phrase ambigüe serait une phrase « qui manifeste plusieurs sens ou références
possibles en contexte ». Par exemple, dans « Sophie sent la rose », Sophie est-elle en train de
respirer l’odeur de la fleur, ou est-ce le parfum que Sophie porte qui sent la rose? Un type
d’ambiguïté particulier serait l’ambiguïté syntaxique, qui apparait lorsqu’un syntagme a la
possibilité d’avoir plusieurs points d’attache, ce qui peut conséquemment donner plusieurs sens à
la phrase (Tellier, 2003). Par exemple, dans « Rita a acheté des nappes à pois rouges »
(Brousseau et Roberge, 2000), il nous est impossible de savoir si ce sont les nappes qui sont
rouges ou si ce sont les pois qui le sont, étant donné que le syntagme adjectival « rouges »
pourrait s’attacher au syntagme nominal (« des nappes à pois ») autant qu’il pourrait faire partie
du syntagme prépositionnel (« à pois rouges »). L’effet cul-de-sac (garden path), un autre cas
d’ambiguïté syntaxique, apparait lorsque le point d’attache le plus « naturel » n’est pas le bon et
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que la phrase doit être relue afin d’être comprise (Christensen, 2010). Dans ce cas, nous avons
des phrases hors contexte comme : « Pierre embrasse Marie et sa sœur se moque d’eux » (Frazier,
1987, notre traduction), où nous créons spontanément l’attache « Pierre embrasse Marie et sa
soeur » avant de nous rendre compte que cela ne fonctionne pas, car « sa sœur » ne fait pas partie
du prédicat du verbe « embrasser », mais est plutôt le sujet du verbe suivant, « se moquer ». Dans
une phrase à effet cul-de-sac, l’attache naturelle (spontanée) influence l’interprétation d’une
phrase, qui n’est finalement pas la bonne, et la relecture est nécessaire pour s’assurer d’avoir bien
divisé et positionné les points d’attache des syntagmes dans la phrase.
Comme nous l’avons déjà mentionné, Le Petit Robert électronique (2011) définit une
phrase ambigüe comme étant une phrase « qui manifeste plusieurs sens ou références possibles
en contexte ». Précisons que, selon Braun-Lamesch (1972), les unités linguistiques exercent une
influence les unes sur les autres, ce qui montrerait l’importance d’un contexte. Il existerait deux
types de contexte : explicite et implicite. Le contexte implicite représente les informations
connues des participants lors d’un échange et déjà partagées entre eux. Le contexte explicite
quant à lui fournit une information supplémentaire non connue, où les participants pourraient
avoir à se servir de gestes, d’images, de textes ou de la prosodie pour créer le contexte. Certaines
études se sont servies de ces paramètres lors de situations de communication ambigües, comme
c’est le cas pour celle de Snedeker et Trueswell (2003), qui ont travaillé sur la prosodie. Nous
avons préféré nous servir d’un contexte explicite écrit pour montrer qu’une phrase mise en
contexte perd de son ambiguïté. Le contexte, c’est « tout ce qui entoure un Énoncé » (Brousseau
et Roberge, 2000), à savoir l’environnement réel de production, les personnes impliquées dans
l’interaction et « l’univers de référence » (Brousseau et Roberge, 2000). Il a été considéré dans
peu d’études, alors qu’il permet à l’interlocuteur de comprendre une phrase qui pourrait être
ambigüe lorsqu’isolée (Altmann et Steedman, 1988; Pan et Felser, 2010).
À cet égard, Altmann et Steedman (1988) ont étudié l’effet des contextes en langue
maternelle afin de déterminer quel serait le mode d’attachement par défaut des syntagmes dans
des phrases à potentiel ambigu (système d’attachement minimal ou système d’interprétation
interactif). Ils ont postulé que l’attache se ferait au syntagme nominal quand le contexte introduit
plus d’un référent (attachement non minimal) et que, lorsque qu’il n’y avait pas de possibilités de
mélanger les référents, l’attache se ferait plutôt au syntagme verbal en premier (attachement
Ambiguïtés syntaxiques – 81
minimal). Les chercheurs croyaient que, lorsque l’attachement minimal ne fonctionnerait pas, les
participants auraient un temps de lecture plus grand.
Dans la première expérience, ils ont créé 32 paires de phrases (une phrase « contexte » et
une phrase « cible »). Pour chaque phrase, il y avait un contexte qui forçait soit un attachement au
nom, soit un attachement au verbe. Il y avait aussi 48 phrases leurres. Après une séquence de
phrases, il y avait une question de type « oui ou non » qui était posée afin de s’assurer que les
participants aient bien lu les items. Les participants (n = 64) devaient appuyer sur un bouton
lorsqu’ils avaient terminé de lire une phrase afin de pouvoir lire la suivante. Ils ont obtenu des
temps de lecture un peu plus longs pour les phrases dans lesquelles les compléments s’attachaient
au verbe (attachement minimal) au lieu du nom, ce qui était contraire à leur hypothèse. Avec la
deuxième expérience, ils voulaient s’assurer que la façon d’exécuter la tâche ne créait pas de
biais. Ils ont alors changé un peu les phrases en ajoutant des référents aux propositions
subordonnées et ont présenté les phrases en groupes de mots : « The burglar / blew open / the
safe / with the dynamite / and made of / with the loot ». Ils ont obtenu le même genre de temps de
lecture à l’aide d’une modalité de passation différente.
Selon Altmann et Steedman (1988), si l’attache se fait au verbe, il s’agit d’un attachement
minimal. Ils s’attendaient à obtenir des temps de lecture plus longs lorsqu’une phrase serait
ambiguë et qu’elle offrirait possiblement un attachement minimal. Les résultats de leur première
expérience démontrent que les phrases qui ne seraient pas attachées minimalement génèrent des
temps de lecture plus rapides, et que le type de contexte présenté a un effet. Les résultats de la
deuxième expérience démontrent que les résultats de la première sont vraiment reliés à un effet
de désambiguïsation et non à un artefact quelconque puisque les temps de lecture obtenus sont
similaires. Ce qu'il faut retenir de cette étude, c'est qu'ils se sont intéressés à l'interprétation que le
contexte pouvait « forcer ».
Par ailleurs, il semble que certaines différences puissent être observées entre le traitement
des ambiguïtés syntaxiques chez les monolingues et les bilingues. Selon Brédart et Rondal
(1982), les habiletés métasémantiques des locuteurs bilingues (plus grandes que celles des
monolingues) les rendraient plus aptes à détecter les ambiguïtés. Plusieurs études ont été menées
auprès de bilingues afin d’étudier le traitement de phrases ambigües. Ainsi, Frenck-Mestre et
Pynte (1997) décrivent, dans leur étude sur la désambiguïsation syntaxique en langue maternelle
(L1) et en langue seconde (L2), deux expériences qu’ils ont menées. Dans la première, ils
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les verbes qui, dans la L1, rendent les phrases ambigües, mais qui, dans la L2, ne créent pas
d’ambiguïté, ce qui s’agirait d’un effet de transfert. En général, même si Frenck-Mestre et Pynte
(1997) constatent que l’information lexicale a un effet sur la décomposition analytique des
phrases, ils ne peuvent l’affirmer par leurs données. L’effet de sous-catégorisation des verbes est
tout de même visiblement plus grand.
D’autres études portant sur le traitement des ambiguïtés syntaxiques chez les bilingues ont
cherché à établir les lieux d’attaches différents selon les langues, soit par l’attachement minimal
(complément le plus proche) ou par la clôture tardive (complément éloigné), ainsi qu’à vérifier le
traitement de ces phrases chez les bilingues. Cuetos et Mitchell (1988) ont étudié les stratégies
d’attache chez les locuteurs de l’espagnol et de l’anglais afin de déterminer si les mécanismes de
décodages étaient universels ou influencés par la langue parlée et quels indices étaient utilisés par
les locuteurs pour interpréter les phrases syntaxiquement ambigües. Selon ces chercheurs, la
clôture tardive devrait être utilisée en espagnol si cette stratégie possède des avantages de
traitement (au niveau des résultats et de la charge cognitive, entre autres). Pour ce faire, Cuetos et
Mitchell (1988) ont utilisé des phrases ambigües qui avaient deux sens possibles. Dans une série
de 4 expériences auxquelles ont participé des étudiants universitaires (environ 20 par expérience)
hispanophones et anglophones (selon l’expérience). Les tests contenaient des phrases aux
structures variables, et les phrases cibles avaient une bonne ponctuation et plusieurs possibilités
d’attache. Leurs expériences ont démontré que la stratégie de clôture tardive n’est pas une
stratégie employée dans toutes les langues et n’est donc pas une stratégie nécessairement plus
rentable, ce qui permet à Cuetos et Mitchell (1988) de remettre en question ce que Frazier (1987)
avait dit à ce propos (soit que la clôture tardive était une stratégie engendrée par un processus
normal et rentable). Les anglophones semblent avoir une préférence pour cette stratégie, mais les
hispanophones semblent préférer l’attachement minimal.
De son côté, Dussias (2003) a également étudié les stratégies d’analyse syntaxique
employées par des locuteurs de langue seconde et des locuteurs natifs de ces langues afin de voir
s’ils employaient les mêmes stratégies. Suite à une entrevue où le niveau de maitrise de la L2
était évalué, Dussias (2003) a retenu 31 hispanophones et 32 anglophones dans ses groupes
cibles. L’étude commençait par un sondage comportant entre autres une autoévaluation des
compétences en L1 et en L2 ainsi que d’autres questions par rapport aux langues des participants.
Colloque des étudiantes et étudiants en sciences du langage 2011 84
Méthode
Afin d’observer l’effet du contexte lors de la lecture de phrases syntaxiquement ambigües,
nous avons élaboré un protocole expérimental au cours duquel les participants ont effectué
diverses tâches de lecture.
Ambiguïtés syntaxiques – 85
Instruments de mesure
Notre collecte de données a été effectuée en trois étapes, à savoir 1) remplir le formulaire
de consentement pour participants majeurs et le formulaire d’informations générales; 2) faire la
lecture d’un court texte d’une centaine de mots et répondre à des questions de compréhension
sous la forme « vrai ou faux »; 3) faire l’expérience en tant que telle, soit la lecture de phrases à
l’aide du logiciel E-Prime 2.0.
décrivions notre recherche comme une étude visant « à comparer les capacités de compréhension
en lecture en langue maternelle et en langue seconde avec des bilingues et des monolingues ».
Ceci nous permettait d’informer nos participants du thème sans leur dire que nous travaillions sur
les ambiguïtés (et donc, sans induire un biais).
Le formulaire d’informations générales, en plus de nous informer du sexe et de l’âge de
nos participants, nous permettait de savoir quelles langues ils parlaient et à quel niveau ils se
percevaient (voir Annexe A). Il nous permettait également de voir quelles langues ils utilisent à
l’école et au travail (s’il y a lieu).
ont été maintenus, tels que beach et zoo. Nous n’avons pas évalué la fréquence des mots en
français puisque les participants qui le faisaient étaient francophones.
vitesse moyenne de lecture de chaque participant. Le temps de lecture des phrases ambigües
devait nous permettre de voir quelle était la différence avec le temps de lecture des phrases non
ambigües. Comme nous l’avions mentionné précédemment, nous interprétons un temps de
lecture plus long comme une perception de l’ambiguïté et un temps de lecture plus court comme
une désambiguïsation automatique (potentiellement induite par le contexte). Étant donné que le
contexte est présenté avant et qu’il reste visible lors de la présentation de la phrase cible, les
participants avaient la possibilité de le relire lorsqu’ils en ressentaient le besoin ou lorsque la
phrase ambigüe posait problème. Le temps de lecture plus long de la phrase cible devrait mettre
en évidence la difficulté de désambiguïsation de la phrase.
Collecte de données
Nous avons recruté nos participants parmi les étudiants d’universités et de cégeps de
Montréal et des environs. Nous avons pris des rendez-vous individuels avec nos participants et
leur avons fait passer nos tests après leur avoir expliqué l’expérience. Nous avons procédé de la
façon suivante :
1. Rencontre du participant, présentation et explication du projet ;
2. Explication des formulaires de consentement et d’informations générales ;
3. Évaluation du niveau des participants à l’aide de la tâche de lecture ;
4. Test sur E-Prime :
4.1. Tâche de familiarisation,
4.2. Expérience ;
5. Discussion et compte-rendu de l’expérience avec le participant ;
6. Remerciements.
Les participants bilingues ont réalisé les étapes 3 et 4 dans les deux langues : à l’étape 3, ils ont lu
le texte en anglais (L2) avant de lire celui en français (L1), puis, à l’étape 4, ils ont effectué
l’expérience sur E-Prime en anglais avant de la faire en français. Nous avons décidé de faire faire
les tests dans cet ordre pour nous assurer d’une performance maximale en langue seconde.
niveau auquel ils se perçoivent dans les langues (incluant leur L1). Nous avons corrigé les
questionnaires reliés aux lectures et nous avons attribué une note de 1 à 4, qui a été par la suite
comparée à l’autoévaluation qu’ont faite nos participants de leur niveau de maitrise de la langue.
Puis, nous avons attribué les temps de lecture des participants aux items appropriés en les
appariant au statut du locuteur (mF, bF, mA). Étant donné la présence de deux erreurs dans nos
items en français, nous avons dû retirer un élément non ambigu avec contexte ainsi qu’un
élément ambigu sans contexte1. Altmann et Steedman (1988) présentaient leurs résultats en
centième de seconde par phrase, mais la variation du nombre de caractère au sein des phrases
pourrait avoir un effet sur les analyses, c’est-à-dire de modifier les temps de lecture. Afin d’éviter
ce biais, nous avons choisi d’utiliser une mesure de millième de seconde par caractère. Pour
chaque participant bilingue et monolingue, nous avons calculé la moyenne pour chaque catégorie
d’items.
Résultats
Nous avons regardé la distribution de nos moyennes et leurs écarts interquartiles à l’aide
de boites à moustaches. Nous y avons identifié quelques participants qui, bien qu’ils se trouvaient
à l’intérieur de deux écarts types, avaient un effet important sur la moyenne. Après le retrait de
ces participants, nous avons obtenu des distributions normales selon un test de normalité de
Shapiro-Wilk. Nous avons procédé aux analyses descriptives et inférencielles de nos données.
Notre intervalle de confiance a été établi à 95%.
Le Tableau 1 présente les temps moyens de lecture pour chacun des groupes selon le type
d’item lu.
TABLEAU 1
Temps de lecture (T en millisecondes) et écart-type (ET)
Français Anglais
Type de
mF (L1) bF (L1) bA (L2) mA (L1)
phrases
T ET T ET T ET T ET
ASC 119,71 47,3 115,68 30,87 194,75 64,53 141,63 56,15
AAC 116,43 45,71 100,05 26,48 195,35 53,15 138,13 63,26
NASC 97,43 42,15 96,32 27,98 137,4 37,02 87 48,39
NAAC 82,29 11,71 90,53 24,54 142,4 51,21 89,5 39,22
Note : ASC = Ambigües sans contexte; AAC = Ambigües avec contexte, NASC = Non ambigües sans
contexte; NAAC = Non ambigües avec contexte
1
Ce retrait crée la situation suivante pour les items en français : 9 items non ambigus sans contexte, 8 items non
ambigus avec contexte, 8 items ambigus sans contexte et 9 items ambigus avec contexte.
Colloque des étudiantes et étudiants en sciences du langage 2011 90
Dans le Tableau 1, nous pouvons constater que dans tous les cas les temps de lecture sont
plus longs lorsque les phrases sont ambigües. De plus, nous observons qu’en L1 le temps de
lecture des phrases ambigües sans contexte est plus long que pour les phrases ambigües avec
contexte. Cet effet se retrouve aussi dans les phrases non ambigües en L1, sauf pour nos
monolingues anglophones. Nous remarquons également que nos bilingues sont généralement plus
rapides que nos monolingues en français, sauf dans les phrases non ambigües. Les monolingues
anglophones sont beaucoup plus rapides que les bilingues dans leur L2 (en anglais). La
représentation graphique des résultats se trouve à la Figure 1.
Figure 1. Temps de lecture selon le type de phrases et le statut linguistique des participants.
Français Anglais
Test de mesure répétée
mF bF (L1) bF (L2) mA
Degré de liberté : 1
F p F p F p F p
Ambiguïté 10,435 0,018* 15,41 0,001* 42,525 0,000* 32,039 0,001*
Contexte 0,886 0,383 6,498 0,021* 0,081 0,779 0,019 0,894
Interaction : contexte et ambiguïté 0,429 0,537 1,845 0,191 0,74 0,789 0,274 0,617
Note. * = p < 0,05.
Ambiguïtés syntaxiques – 91
Dans le tableau 2, nous observons qu’il y a un effet significatif de l’ambiguïté pour tous
les locuteurs. Nous pouvons aussi y voir que l’effet du contexte est seulement statistiquement
significatif pour les bilingues en L1. Il n’y a par contre aucune interaction significative entre
l’ambiguïté et le contexte. Nous avons aussi regardé l’effet du statut linguistique (mF, mA, bF)
sur l’ambiguïté et le contexte, mais les résultats n’étaient pas statistiquement significatifs.
Finalement, nous avons vérifié à l’aide du T de Student (test de mesures appariées) si les
temps de lecture pour les bilingues étaient significativement différents selon la langue dans
laquelle ils effectuaient la tâche. Le résultat de cette analyse se trouve au Tableau 3.
TABLEAU 3
T de Student (test de mesures appariées) chez les bilingues
Il semble, à la lecture du Tableau 3, que le contexte n’a aucune incidence significative sur
le temps de lecture pour les bilingues dans leur L2. L’ambiguïté crée une différence significative
dans les temps de lecture des bilingues en L1 et en L2.
Discussion
Étant donné l’absence de contexte dans la plupart des études portant sur les ambiguïtés
(Cuetos et Mitchell, 1987; Frenck-Mestre et Pynte, 1997; Dussias, 2003), nous avons décidé de
traiter des ambiguïtés syntaxiques lorsqu’elles sont mises en contexte chez les locuteurs
bilingues. Rappelons que ce type d’ambiguïtés apparait lorsqu’un syntagme a la possibilité
d’avoir plusieurs points d’attache, ce qui peut donner plusieurs sens à la phrase (Tellier, 2003).
L’effet cul-de-sac, quant à lui, apparait lorsque le point d’attache le plus naturel n’est pas le bon
et que la phrase doit être relue afin d’être comprise (Christensen, 2010). Il semble que le contexte
guide l’interprétation et facilite l’identification des référents, il devrait donc toujours être présent.
Bien qu’Altmann et Steedman (1988) présentaient des contextes, ils ne tenaient pas
compte des longueurs variables de leurs phrase cibles dans leurs analyses, ce qui aurait pu
influencer leurs résultats. Pour contrer cet effet, nous avons choisi de contrôler la longueur de nos
items en mesurant le temps de lecture de nos participants par caractère en millisecondes. Nous
Colloque des étudiantes et étudiants en sciences du langage 2011 92
souhaitions observer chez le bilingue le rôle du contexte dans le traitement des phrases
syntaxiquement ambigües. Nous pensions observer une désambiguïsation des phrases lorsqu’elles
sont précédées d’un contexte (soit par un temps de lecture plus court). Pour ce faire, nous avons
élaboré une tâche de lecture autorythmée à l’aide du logiciel E-Prime 2.0. Nous avons présenté
des phrases (ambigües et non ambigües) dont la moitié était accompagnée d’un contexte et pour
lesquelles nous avons relevé les temps de lecture. La tâche était construite en français et en
anglais afin d’observer l’effet du contexte dans le traitement des phrases syntaxiquement
ambigües chez les bilingues. Deux groupes de monolingues (francophones et anglophones)
servaient de groupes témoins.
Nous avons observé que l’ambiguïté allonge les temps de lecture (Tableau 1) de façon
significative pour tous nos locuteurs (Tableau 2). Ces résultats correspondent à nos attentes étant
donné que d’autres études avaient observé ce même effet de l’ambiguïté sur le temps de lecture
(Altmann et Steedman, 1988 ; Frenck-Mestre et Pynte, 1997).
Alors que l’ambiguïté a pour effet d’augmenter le temps lecture puisqu’elle demande un
plus grand temps de traitement, voire une relecture, le contexte a tendance à raccourcir les temps
de lecture. Cet effet n’est cependant pas présent chez nos locuteurs bilingues en L2 et il n’est
statistiquement significatif que chez ces derniers dans leur L1 (Tableau 2, Tableau 3). Ceci
pourrait être expliqué par le fait que nos participants bilingues n’avaient pas des compétences en
L2 équivalentes à celles en L1. Frenck-Mestre et Pynte (1997) ont observé dans une de leurs
expériences que, malgré un bilinguisme avancé, leurs participants relisaient les items en L2 plus
souvent que ne le faisaient les natifs. Selon eux, cette relecture est peut-être due au désir des
participants bilingues de s’assurer d’avoir bien compris les items en L2. Il se pourrait donc bien
que nos participants aient également lu plus lentement afin de s’assurer de bien comprendre les
items.
Almann et Steedman (1988) ont également travaillé sur des phrases ambigües en contexte,
mais ils en observaient l’effet sur l’interprétation des phrases ambigües et non pas sur le temps de
lecture. Étant donné cette différence d’approche, nous ne pouvons pas réellement comparer nos
résultats à ceux d’Altmann et Steedman (1988).
Pour ce qui en est de notre question de recherche, nous avons observé que le contexte,
lorsqu’il précède une phrase ambigüe, raccourcit le temps de lecture (Tableau 1), mais nos
résultats n’ont été significatifs que pour les bilingues en L1 (Tableau 2, Tableau 3).
Ambiguïtés syntaxiques – 93
Dans l’interprétation de nos résultats, il faut cependant garder en tête que, dans la création
de notre corpus de phrases ambigües, nous n’avons pas tenu compte du nombre de phrases à effet
cul-de-sac en anglais et en français. Il s’est avéré en avoir plus en anglais qu’en français. Nous
nous demandons si un meilleur contrôle du type d’ambiguïtés présentées à nos participants aurait
permis d’observer un effet de contexte chez nos bilingues en L2.
Conclusion
Notre étude visait à observer l’effet du contexte dans le traitement des ambiguïtés
syntaxiques chez le bilingue. Nous avons employé le logiciel E-Prime 2.0 afin de mesurer les
temps de lecture d’items ambigus et non ambigus dont la moitié était précédée d’un contexte.
Nous avions 8 francophones, 8 anglophones et 22 bilingues. Nous avons observé que nos
bilingues en L1 lisaient plus rapidement que nos monolingues francophones. Nous avons observé
un effet d’ambiguïté statistiquement significatif pour tous nos groupes par l’augmentation des
temps de lecture. La présence d’un contexte a réduit les temps de lecture dans tous les cas, mais
cette réduction du temps n’était significative que dans la L1 des bilingues. Ceci nous a permis de
confirmer notre hypothèse : chez le bilingue, le contexte influence le traitement des phrases
syntaxiquement ambigües. Étant donné ces résultats, nous pensons qu’il pourrait être pertinent
pour des études à venir d’avoir un groupe bilingue dont l’anglais est la L1 (et le français la L2)
afin d’observer si le contexte a un effet significatif dans la L1. Par ailleurs, selon Brédart et
Rondal (1982), si un enfant « se pose des questions sur le sens des mots, sur l’étymologie, sur les
jugements d’anomalie, de synonymie et d’ambiguïté linguistique », cela « [dénote] des
connaissances ou une réflexion sur les aspects de la langue ». Ce phénomène pourrait aussi
s’appliquer aux adultes, ce qui nous amène à inciter d’autres chercheurs à étudier le rôle des
connaissances métasémantiques dans le traitement des ambiguïtés syntaxiques.
Remerciements
Nous tenons à remercier madame Daphnée Simard et monsieur Denis Foucambert du
département de linguistique de l’Université du Québec à Montréal, ainsi que monsieur Bertrand
Fournier pour ses analyses statistiques. Nous remercions également tous nos participants et nos
participantes.
Colloque des étudiantes et étudiants en sciences du langage 2011 94
RÉFÉRENCES
Altmann, G., et Steedman, M. (1988). Interaction with context during human sentence
processing. Cognition, 30, 191-238.
Brédart, S., et Rondal, J.-A. (1982). L’analyse du langage chez l’enfant : les activités
métalinguistiques. Bruxelles : Pierre Mardaga, éditeur.
Christensen, K.R. (2010). Syntactic reconstruction and reanalysis, semantic dead ends, and
prefrontal cortex, Brain and Cognition, 73, 41–50.
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Havik, E., Roberts L., van Hout R., Schreuder R. et Haverkort M. (2009). Processing subject-
object ambiguities in the L2: A self-paced reading study with German L2 learners of Dutch.
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Pynte, J., New, B., et Kennedy, A. (2009). On-line syntactic and semantic influences in
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spoken language comprehension: Effects of visual context on syntactic ambiguity resolution,
Cognitive Psychology, 45, 447–481.
ANNEXE A
Formulaire d’informations générales2
2
Afin d’alléger le document, nous n’avons maintenu que la version française.
Ambiguïtés syntaxiques – 97
ANNEXE B
Lectures et questions en français et en anglais (et source)
Source :
Schlingen, J., Meadows, M. (trad. anglaise), Patel, M. (trad. française), (1992). Sylt,
Sachbuchverlag Karin Mader, Allemagne.
Voici un texte tiré d’un ouvrage sur une ile de la mer du Nord. Veuillez le lire attentivement.
Lorsque vous aurez terminé votre lecture, veuillez tourner la page afin de répondre aux questions.
Vous ne pourrez pas consulter à nouveau le texte une fois la page tournée.
Le phare d’Hörnum indique leur chemin aux bateaux depuis 1907. Au sud de celui-ci se trouve le
site protégé d’Hörnum-Odde. La randonnée autour de la pointe sud de l’ile - recommandée à marée
basse à tous les amis de la nature - devient plus courte d’année en année car la mer ronge toujours plus
de terre. Rien que pendant les dix années qui précédèrent, de 1978 à 1988, 150 mètres de dunes sur la
côte ouest d’Odde et plus de 100 mètres au sud disparurent. Les blocs de béton protégeant la côte ne
furent pas seulement inutiles dans les forts courants, ils aggravèrent même la situation.
Colloque des étudiantes et étudiants en sciences du langage 2011 98
Here is a short text from a book about a town by the North Sea. Please read it carefully.
Once you have read the text, turn the page over to answer the questions. You may not
consult the text again when you have turned the page.
Kampen’s legendary reputation as a holiday resort for the rich and famous personalities
did not come about by chance. Nowhere else can so many luxury automobiles, first-class
restaurants, boutiques, art galleries and high-society discos be found at the same spot. It would
be unfair to Kampen, however, if one only judged it on the basis of this much publicized aspect;
the special charm of the town is due to the unique combination of sea, beach, cliffs, dunes,
vegetation and mud-flats and to the harmonious and moderate construction of new buildings - as
ordered by strict local laws.
Ambiguïtés syntaxiques – 99
ANNEXE C
Phrases ambigües en français et en anglais (et sources)
Pour son cours d’arts plastiques, Marc devait représenter une personne du sexe opposé. Il
n’arrivait pas à décider de l’outil qu’il allait employer. De la peinture? Du fusain? Finalement,
Marc a dessiné une femme au crayon.
Hier, Pierre a eu une crevaison en se rendant au cinéma. Il eut toutes les peines du monde à
contacter Marie pour l’informer de son retard. Lorsqu’il arriva, le film était fini, alors il invita
Marie à manger une crème glacée. Pierre parla de son aventure avec Marie.
L’éditeur n’arrivait pas à déterminer quelle nouvelle il allait mettre en première page. Il décide
finalement d’opter pour celle sur le vol à l’étalage. Le choix de l’éditeur a surpris Jean.
Rita reçoit sa famille à souper demain soir et elle veut que tout soit parfait. Elle sort son
vaisselier, mais hésite sur le choix de ses nappes à pois : les rouges ou les bleues? Rita a opté
pour les nappes à pois rouges.
Je connaissais un artiste qui aimait beaucoup peindre des fleurs. Malheureusement pour lui, il
était insomniaque. Ainsi, cet artiste peignait la nuit.
Après avoir trouvé un homme, le groupe de cannibales l’attachèrent au-dessus du feu et le firent
cuire pendant une heure. Le prisonnier des cannibales était prêt à manger.
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Lorsque les participants ont fait le test, il y avait une coquille. Nous avons donc enlevé cet item de nos analyses.
Colloque des étudiantes et étudiants en sciences du langage 2011
100
Sarah est ivre dans un bar. Elle appelle son meilleur ami, Sam, pour qu’il vienne la chercher,
mais elle n’ose pas le lui demander. Il sait bien qu’elle n’est pas en état de conduire et qu’il
devrait aller la chercher. Sam propose donc à Sarah de venir au bar.
Isabelle est allée voir sa famille à Oka. Comme il restait du fromage après le souper, sa mère lui a
offert de le ramener chez elle. Isabelle rapportera du fromage d’Oka.
Lorsque j’ai fait mon voyage en Inde, j’ai observé plusieurs traces de la domination anglaise.
Dans les marchés publics, les vendeurs indiens nous proposaient une gamme de produits
britanniques. J’ai vu un marchand de draps anglais.
Sources :
Rita a opté pour les nappes à pois rouges.
Brousseau, A.-M., Roberge, Y. (2000). Syntaxe et sémantique du français, Montréal : Fides.
One morning, John’s girlfriend broke up with him before class. When he saw her with the most
popular football player after school, he got very angry and looked around for a weapon. John hit
the girl with a book.
Bob did not believe in things such as sea monsters. But on a boat trip, he saw something that
changed his mind. He saw a man eating fish.
Birds made noise outside my house. I couldn't sleep enough and became very angry. One
morning, I decided to frighten them. I shot a bird in my pyjamas.
When one goes into a restaurant, one waits by the door until the hostess comes by to show a free
table. One must wait for the hostess to be seated.
A good professor explains well. When the students do not understand, they may ask questions,
but they are afraid of disturbing the teacher outside the classroom. Students hate annoying
professors.
I don’t understand why you came by today: it’s Monday! I said I would see you on Tuesday.
The girl knew the answer to the physics problem was correct.
Every year, the government makes many plans concerning, amongst other things, health and
education. The opposing politicians do not always approve of them. The government plans to
raise taxes were defeated.
My boyfriend Bill hosted our niece’s birthday party. One of the girls annoyed our cat and got
scratched. I told the girl the cat scratched Bill would help her.
A young author published a first book. He hoped it would be adapted to the cinema. The author
wrote the book was likely to be a best-seller.
Sources :
He tickled the man with the gladiolus.
Altmann, G., et Steedman, M. (1988). Interaction with context during human sentence
processing. Cognition, 30, 191-238.
I once shot an elephant in my pajamas. How he got in my pajamas I'll never know.
Please wait for hostess to be seated.
Ambiguïtés syntaxiques – 103
I told the girl the cat scratched Bill would help her.
Nordquist, R. (s.d). Garden path sentence. Consulté le 23 octobre 2010 de
http://grammar.about.com/od/fh/g/gardenpathterm.htm
Colloque des étudiantes et étudiants en sciences du langage 2011
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ANNEXE D
Phrases leurres en anglais et en français (et source)
Hier, j’ai su de Catherine qu’Alex avait échoué à son examen. Il était furieux contre elle de
l’avoir dit à tout le monde. Alex ne confie plus de secrets à Catherine.
Laura glissa sur le trottoir givré et tomba dans un banc de neige. Plusieurs personnes qui avaient
vu la scène continuèrent leur marche sans s’arrêter. Un passant aida Laura à se relever.
Le groupe de Zoé pratique tous les jours dans le sous-sol de ses parents. Pour faire différent, le
groupe va parfois jouer dans des bars. C’est pourquoi Zoé chante fréquemment au bar.
Paul a vu un homme s’enfuir de la maison d’en face. Il a tout de suite appelé la police pour
Ambiguïtés syntaxiques – 105
donner la description de l’individu. Paul est certain d’avoir accompli son devoir.
Gabriel et Caroline devaient partir en Europe pendant 6 mois. Ils sont revenus au bout de 2 mois.
Ils avaient passé leur été à faire la fête, mais n’avaient pas pris le temps de se trouver un emploi.
Le voyage s’est révélé coûter cher.
J’avais entendu dire que Myriam et Maxime sortaient ensemble, mais je n’y croyais pas. Je les ai
vus s’embrasser hier matin. Il s’est révélé que la rumeur était vraie.
J’ai besoin d’un livre pour un de mes cours. Je vais donc aller voir Marie-France à son nouveau
travail. Marie-France travaille à la librairie.
Denis a un grand coeur. L’autre jour, ses voisins lui ont demandé de les aider à rénover leur
garage. Il ne pouvait leur refuser. Denis aide toujours ses voisins.
Jean est divorcé. Il n’a pas de voiture. Il habite dans un immeuble au centre-ville. Jean amène
rarement sa fille au parc.
Quand j’ai parlé de l’éboulement de la mine au Chili et des 33 mineurs qui y étaient piégés, mon
grand-père était tout étonné de la nouvelle. Grand-père ne lit pas les journaux.
Les chercheurs travaillent fort pour trouver un remède aux maladies. Certaines maladies autrefois
incurables n’existent plus, mais pas toutes. Aujourd’hui encore, il est certain que le sida est
mortel.
Léa a eu un accident de voiture, mais s’en est sortie4 indemne. Son médecin lui a prescrit du
repos, alors elle passe ses journées à la maison. Léa regarde souvent la télévision.
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Lorsque les participants ont fait le test, il y avait une coquille. Nous avons donc enlevé cet item de nos analyses.
Colloque des étudiantes et étudiants en sciences du langage 2011
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Phrases non ambigües en anglais pour la tâche de familiarisation :
Phrases et contextes
Paul often makes spelling mistakes. Therefore, he takes his time to correct his spelling when he
takes a test. He always finishes his tests late.
Yesterday, the wind blew very hard. After the rain, the sun came out and the difference was
beyond belief. There were very few clouds in the sky.
Alex is a very good soccer player. His brother prefers basketball but never plays soccer. Alex
sometimes plays basketball with him.
The tourists who went to the sea last summer had a good time. The sun shone and the water was
warm. The tourists are likely to return next year.
The phone always rings for Dad. He works at home and does not like us to talk to the people he
works with. Mom rarely answers the telephone.
The police received a phone call about a murder in a shop. They went to look into the matter, but
found only a deserted building. The police did not arrest anyone.
Paula started coughing this morning at school. By noon, she had a fever and was sent home. She
has used many Kleenex and needs more. Paula also needs a syrup for her cold.
Paul’s parents moved to to Canada during the Second World War. They never forgot their native
Ambiguïtés syntaxiques – 107
This morning, Mommy told Daddy that I was going to have a little sister soon. The news seemed
to surprise Daddy.
Michael’s parents both died of lung cancer. His father smoked cigarettes and his mother was
exposed to the second-hand smoke. Michael does not smoke cigarettes.
Annie is a dentist. She thinks she needs to lose weight. Her husband disagrees as he does not
think she is fat. Annie rarely eats butter or sweets.
I received a very short letter yesterday. It seems that Jack is too busy swimming and playing to
spend time writing to me. He appears to be enjoying his holidays.
The school bus passes through the neighborhood every school day. John never takes it because he
walks. Liz’s mother gives her a lift in the morning. Liz always takes the bus home after school.