Guide sur l’article 3 du Protocole no4
à la Convention européenne
des droits de l’homme
Interdiction de l’expulsion des nationaux
Mis à jour au 31 août 2022
Préparé au sein du Greffe. Il ne lie pas la Cour.
Guide sur l’article 3 du Protocole n° 4 à la Convention – Interdiction de l’expulsion des nationaux
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Cour européenne des droits de l’homme 2/14 Mise à jour : 31.08.2022
Guide sur l’article 3 du Protocole n° 4 à la Convention – Interdiction de l’expulsion des nationaux
Table des matières
Avis au lecteur......................................................................................................................................... 4
I. Introduction ......................................................................................................................................... 5
II. Champ d’application individuel : la définition des « nationaux »....................................................... 6
Référence au droit interne ........................................................................................................... 6
Refus ou déchéance de la nationalité et lien avec l’article 8 ....................................................... 7
III. Questions spécifiques relatives à l’application territoriale ............................................................... 8
Territoires d’outre-mer ................................................................................................................ 8
Entité territoriale non reconnue par la communauté internationale .......................................... 8
IV. La notion d’expulsion et l’étendue de la protection ......................................................................... 9
V. Le droit d’entrer dans son propre pays ............................................................................................ 10
A. Les limites de la protection ....................................................................................................... 10
B. La non-délivrance de documents de voyage ............................................................................ 10
C. Les affaires concernant les membres des maisons royales ....................................................... 11
Liste des affaires citées ......................................................................................................................... 12
Cour européenne des droits de l’homme 3/14 Mise à jour : 31.08.2022
Guide sur l’article 3 du Protocole n° 4 à la Convention – Interdiction de l’expulsion des nationaux
Avis au lecteur
Le présent guide fait partie de la série des Guides sur la jurisprudence publiée par la Cour
européenne des droits de l’homme (ci-après « la Cour », « la Cour européenne » ou « la Cour de
Strasbourg »), dans le but d’informer les praticiens du droit sur les arrêts et décisions fondamentaux
rendus par celle-ci. En l’occurrence, ce guide analyse et résume la jurisprudence relative à l’article 3
du Protocole no 4 à la Convention européenne des droits de l’homme (ci-après « la Convention » ou
« la Convention européenne »). Le lecteur y trouvera les principes-clés élaborés en la matière ainsi
que les précédents pertinents.
La jurisprudence citée a été choisie parmi les arrêts et décisions de principe, importants, et/ou
récents*.
Les arrêts et décisions de la Cour tranchent non seulement les affaires dont elle est saisie, mais
servent aussi plus largement à clarifier, sauvegarder et développer les normes de la Convention ; ils
contribuent ainsi au respect, par les États, des engagements qu’ils ont pris en leur qualité de Parties
contractantes (Irlande c. Royaume-Uni, 18 janvier 1978, § 154, série A no 25, et, récemment,
Jeronovičs c. Lettonie [GC], no 44898/10, § 109, CEDH 2016).
Le système mis en place par la Convention a ainsi pour finalité de trancher, dans l’intérêt général,
des questions qui relèvent de l’ordre public, en élevant les normes de protection des droits de
l’homme et en élargissant la jurisprudence dans ce domaine à l’ensemble de la communauté des
États parties à la Convention (Konstantin Markin c. Russie [GC], § 89, no 30078/06, CEDH 2012). En
effet, la Cour a souligné le rôle de la Convention en tant qu’ « instrument constitutionnel de l’ordre
public européen » dans le domaine des droits de l’homme (Bosphorus Hava Yolları Turizm ve Ticaret
Anonim Şirketi c. Irlande [GC], no 45036/98, § 156, CEDH 2005-VI, et plus récemment, N.D. et N.T.
c. Espagne [GC], nos 8675/15 et 8697/15, § 110, 13 février 2020).
Le Protocole no 15 à la Convention a récemment inscrit le principe de subsidiarité dans le préambule
de la Convention. En vertu de ce principe, « la responsabilité de la protection des droits de l’homme
est partagée entre les États parties et la Cour », et les autorités et juridictions nationales doivent
interpréter et appliquer le droit interne d’une manière qui donne plein effet aux droits et libertés
définis dans la Convention et ses Protocoles (Grzęda c. Pologne [GC], § 324).
Ce guide comporte la référence des mots-clés pour chaque article cité de la Convention ou de ses
Protocoles additionnels. Les questions juridiques traitées dans chaque affaire sont synthétisées dans
une Liste de mots-clés, provenant d’un thésaurus qui contient des termes directement extraits (pour
la plupart) du texte de la Convention et de ses Protocoles.
La base de données HUDOC de la jurisprudence de la Cour permet de rechercher par mots-clés. Ainsi
la recherche avec ces mots-clés vous permettra de trouver un groupe de documents avec un
contenu juridique similaire (le raisonnement et les conclusions de la Cour de chaque affaire sont
résumés par des mots-clés). Les mots-clés pour chaque affaire sont disponibles dans la Fiche
détaillée du document. Vous trouverez toutes les explications nécessaires dans le manuel
d’utilisation HUDOC.
* Les hyperliens des affaires citées dans la version électronique du guide renvoient au texte en français ou en
anglais (les deux langues officielles de la Cour) des arrêts et décisions rendus par celle-ci ainsi que, le cas
échéant, des décisions et rapports de la Commission européenne des droits de l’homme (ci-après « la
Commission »). Sauf mention particulière indiquée après le nom de l’affaire, la référence citée est celle d’un
arrêt sur le fond rendu par une chambre de la Cour. La mention « (déc.) » renvoie à une décision de la Cour et
la mention « [GC] » signifie que l’affaire a été examinée par la Grande Chambre.
Cour européenne des droits de l’homme 4/14 Mise à jour : 31.08.2022
Guide sur l’article 3 du Protocole n° 4 à la Convention – Interdiction de l’expulsion des nationaux
I. Introduction
1. L’article 3 du Protocole no 4 garantit deux droits distincts : le droit de ne pas être expulsé du
territoire de l’État dont on est le ressortissant et le droit d’entrer sur le territoire dudit État.
2. Le Protocole no 4 opère une distinction entre l’expulsion des nationaux, qui tombe sous le coup
de l’article 3, et l’expulsion des étrangers (y compris des apatrides), qui relève de l’article 4.
3. L’expulsion collective de nationaux est interdite de la même manière que l’expulsion collective
d’étrangers telle que visée à l’article 4 du Protocole no 4 (Rapport explicatif du Protocole no 4, § 20 ;
Guide sur l’article 4 du Protocole no 4 ).
4. L’adoption de l’article 4 et du paragraphe 1 de l’article 3 ne saurait en aucune façon être
interprétée comme étant de nature à légitimer les mesures d’expulsion collective prises dans le
passé (Rapport explicatif du Protocole no 4, § 33 ; Hirsi Jamaa et autres c. Italie [GC], 2012 § 174).
5. Le plus souvent, les expulsions de nationaux, qu’elles frappent des individus ou des groupes, sont
inspirées par des mobiles d’ordre politique (Rapport explicatif du Protocole no 4, § 21).
6. Pour un État donné, l’interdiction d’expulsion ou de refus d’admission énoncée à l’article 3 du
Protocole no 4 ne s’applique qu’à l’égard de ses propres ressortissants (Maikoe et Baboelal c. Pays-
Bas, décision de la Commission, 1994 ; Rapport explicatif du Protocole no 4, § 29).
7. L’article 3 du Protocole no 4 ne peut donc être invoqué qu’à l’égard de l’État dont la victime d’une
violation alléguée de cette disposition est la ressortissante (M. et S. c. Italie et Royaume-Uni (déc.),
2012, § 73 ; Gulijev c. Lituanie, 2008, § 51 ; Roldan Texeira et autres c. Italie (déc.), 2000 ; X. c. Suède,
décision de la Commission, 1969).
8. Les garanties prévues dans cette disposition ne couvrent que les ressortissants d’un État qui a
ratifié le Protocole no 4. Quatre États n’ont pas ratifié le Protocole no 4 : la Grèce, le Royaume-Uni, la
Suisse et la Turquie.
9. L’expulsion du territoire de l’État dont on est le ressortissant, ou l’incapacité d’y entrer, peut,
dans certaines circonstances, soulever un problème sous l’angle d’autres dispositions de la
Convention ou de ses Protocoles. Par exemple, la Cour a estimé qu’une législation qui imposait des
restrictions à l’entrée au Royaume-Uni à l’égard de ressortissants du Royaume-Uni et du
Commonwealth résidant en Afrique de l’Est et qui opérait une discrimination contre des personnes
d’origine asiatique pour des motifs de race et de couleur s’assimilait à un traitement dégradant au
sens de l’article 3 de la Convention (Asiatiques d’Afrique orientale c. le Royaume-Uni, décision de la
Commission, 1973 ; voir également le Guide sur l’article 8).
10. À ce jour, la Cour n’a jamais conclu à une violation de l’article 3 du Protocole no 4 à la
Convention.
Cour européenne des droits de l’homme 5/14 Mise à jour : 31.08.2022
Guide sur l’article 3 du Protocole n° 4 à la Convention – Interdiction de l’expulsion des nationaux
Article 3 du Protocole no 4 à la Convention
1. Nul ne peut être expulsé, par voie de mesure individuelle ou collective, du territoire de l’État dont il
est le ressortissant.
2. Nul ne peut être privé du droit d’entrer sur le territoire de l’État dont il est le ressortissant.
Mots-clés HUDOC
Interdiction de l’expulsion des nationaux
Interdiction des expulsions collectives de ressortissants
Entrer dans son pays
II. Champ d’application individuel : la définition des
« nationaux »
11. L’article 3 du Protocole no 4 ne vise que les personnes physiques qui sont ressortissantes d’un
État ayant ratifié le Protocole no 4 ou qui, au moins, peuvent, sur la base d’arguments plausibles,
prétendre l’être (Association "Regele Mihai" c. Roumanie (déc.), 1995).
Référence au droit interne
12. Aux fins de l’article 3 du Protocole no 4, la « nationalité » du requérant doit en principe être
déterminée d’après le droit interne (Slivenko et autres c. Lettonie (déc.) [GC], 2002, § 77 ; Nagula
c. Estonie (déc.), 2005 ; Fedorova et autres c. Lettonie (déc.), 2003 ; Shchukin et autres c. Chypre,
2010, § 144).
13. La situation personnelle, par exemple la naissance, une longue durée de résidence ou l’existence
de liens familiaux solides sur le territoire de l’État défendeur, n’entre pas en ligne de compte aux fins
de l’établissement de la nationalité du requérant, y compris dans le contexte de la
dissolution/succession d’États (Gribenko c. Lettonie (déc.), 2003 ; Nagula c. Estonie (déc.), 2005 ;
Shchukin et autres c. Chypre, 2010, § 145).
14. C’est au requérant qu’il appartient de prouver qu’il est, ou qu’il peut se prétendre de manière
défendable, le ressortissant de l’État défendeur au sens du droit interne de cet État (Fedorova et
autres c. Lettonie (déc.), 2003 ; Nagula c. Estonie (déc.), 2005), y compris en épuisant les voies de
recours internes pertinentes (L. c. République fédérale d’Allemagne, décision de la Commission,
1984).
15. Dans le contexte du droit d’entrer sur le territoire d’un État, le paragraphe 2 de l’article 3 du
Protocole no 4 ne dispense pas les candidats à l’entrée de l’obligation de prouver qu’ils ont la
nationalité de l’État concerné, si cela est requis (Rapport explicatif du Protocole no 4, § 26).
16. L’existence d’une procédure interne pendante par laquelle le demandeur entend faire
reconnaître qu’il possède la nationalité d’un État donné ou l’obtenir par une naturalisation ne suffit
pas à faire entrer en jeu les garanties prévues par l’article 3 du Protocole no 4 (L. c. République
fédérale d’Allemagne, décision de la Commission, 1984 ; S. c. République fédérale d’Allemagne,
décision de la Commission, 1986).
Cour européenne des droits de l’homme 6/14 Mise à jour : 31.08.2022
Guide sur l’article 3 du Protocole n° 4 à la Convention – Interdiction de l’expulsion des nationaux
Refus ou déchéance de la nationalité et lien avec l’article 8
17. Un refus de la nationalité prononcé à la seule fin de permettre l’expulsion du requérant peut
soulever un problème au regard de l’article 3 du Protocole no 4. L’existence d’un lien de causalité
entre les deux décisions peut faire naître la présomption que le refus de la nationalité avait pour
seule finalité de rendre l’expulsion possible. En pareille situation, les organes de la Convention ont
recherché si cette présomption était corroborée par les circonstances de l’espèce (X c. République
fédérale d’Allemagne, décision de la Commission, 1969).
18. De la même manière, dans certains cas, la déchéance de la nationalité suivie d’une expulsion
peut soulever des problèmes potentiels sous l’angle de l’article 3 du Protocole no 4 (Naumov
c. Albanie (déc.), 2005), surtout lorsque cette décision est prise aux fins de l’expulsion du requérant
(Rapport explicatif du Protocole no 4, § 23).
19. La Cour a également examiné des questions relatives au refus ou à la déchéance de la
nationalité sous l’angle de l’article 8 de la Convention (Guide sur l’article 8 ; Guide sur l’immigration ;
Karassev c. Finlande (déc.), 1999 ; Slivenko et autres c. Lettonie (déc.) [GC] 2002 ; Genovese c. Malte,
2011, § 30 ; Ramadan c. Malte, 2016, § 85-89 ; dans le contexte d’activités liées au terrorisme, voir
K2 c. Royaume-Uni (déc.), 2017, § 49-50 et Ghoumid et autres c. France, 2020, § 43-44 ; voir le Guide
sur le terrorisme).
20. La question de savoir si le requérant a ou non un droit défendable à obtenir la nationalité d’un
État doit en principe être résolue par référence au droit interne de l’État concerné (Fedorova et
autres c. Lettonie (déc.), 2003). De même, la question de savoir si une personne s’est vu refuser la
nationalité d’un État de manière arbitraire et contraire à la Convention doit être tranchée sur la base
du droit interne applicable (Fehér et Dolník c. Slovaquie (déc.), 2013).
Cour européenne des droits de l’homme 7/14 Mise à jour : 31.08.2022
Guide sur l’article 3 du Protocole n° 4 à la Convention – Interdiction de l’expulsion des nationaux
III. Questions spécifiques relatives à l’application territoriale
Territoires d’outre-mer
21. Pour l’application de l’article 3 du Protocole no 4, il faut avoir égard à l’article 5 de ce Protocole.
22. Le paragraphe 1 de l’article 5 autorise l’État à indiquer la mesure dans laquelle le Protocole no 4
s’appliquera à « tels territoires (...) dont [il] assure les relations internationales » 1.
23. Le paragraphe 4 de l’article 5 est ainsi libellé :
« Le territoire de tout État auquel le présent Protocole s’applique en vertu de sa ratification ou de son
acceptation par ledit État, et chacun des territoires auxquels le Protocole s’applique en vertu d’une
déclaration souscrite par ledit État conformément au présent article, seront considérés comme des
territoires distincts aux fins des références au territoire d’un État faites par les articles 2 et 3. »
24. Dans l’arrêt Piermont c. France (1995), en application de l’article 5 § 4, la Polynésie française a
été considérée comme un territoire séparé et distinct de la France métropolitaine aux fins des
références au territoire d’un État faites par l’article 2 du Protocole no 4 (Piermont c. France, 1995,
§§ 43-44).
Entité territoriale non reconnue par la communauté
internationale
25. Dans l’arrêt Denizci et autres c. Chypre, 2001, les requérants, des ressortissants chypriotes
d’origine turque, furent expulsés par la police chypriote vers la partie nord de Chypre, la
« République turque de Chypre du Nord » qui se trouve sous le contrôle effectif de la Turquie. Ils
soutenaient que la République de Chypre ne pouvait exercer son autorité et son contrôle que sur la
seule partie sud de l’île, et que cette expulsion était donc contraire à l’article 3 du Protocole no 4. La
Cour a observé que les requérants n’affirmaient pas avoir été expulsés vers le territoire d’un autre
État. Elle a noté de surcroît que le gouvernement de la République de Chypre était le seul
gouvernement légitime de Chypre et qu’il était lui-même tenu de respecter les standards
internationaux en matière de protection des droits de l’homme et des droits des minorités.
Toutefois, eu égard à son constat de violation de l’article 2 du Protocole no 4 relativement à la
surveillance et aux restrictions imposées aux déplacements des requérants entre la partie nord de
l’île et sa partie sud, ainsi qu’à l’intérieur du territoire de la partie sud (§§ 323, 410-411), la Cour a
considéré qu’elle pouvait se dispenser de rechercher si l’article 3 du Protocole no 4 s’appliquait en
l’espèce et si, le cas échéant, il avait été respecté.
1
Liste complète des réserves et des déclarations soumises au Secrétaire général du Conseil de l’Europe pour le
Protocole no 4
Cour européenne des droits de l’homme 8/14 Mise à jour : 31.08.2022
Guide sur l’article 3 du Protocole n° 4 à la Convention – Interdiction de l’expulsion des nationaux
IV. La notion d’expulsion et l’étendue de la protection
26. L’article 3 du Protocole no 4 offre une protection absolue et inconditionnelle contre l’expulsion
des nationaux (Slivenko et autres c. Lettonie (déc.) [GC], 2002, § 77 ; Shchukin et autres c. Chypre,
2010, § 144). Le libellé de cette disposition ne prévoit ni exceptions ni possibilité d’imposer des
restrictions à ce droit.
27. Selon les rédacteurs du Protocole no 4, un individu ne peut invoquer le paragraphe 1 de
l’article 4 pour se soustraire à certaines obligations qui ne sont pas contraires à la Convention, par
exemple des obligations du service militaire (Rapport explicatif du Protocole no 4, § 21).
28. L’article 3 du Protocole no 4 ne commande pas que la procédure de demande ou de
reconnaissance de la nationalité d’un État donné ait un effet suspensif sur l’exécution effective des
mesures d’expulsion, car, à l’inverse des situations donnant lieu aux griefs introduits sous l’angle des
articles 2 et 3 de la Convention, les affaires concernées ne présentent aucun risque de préjudice
irréparable. Lorsque pareille procédure aboutit à la conclusion que le requérant possède bien la
nationalité de l’État défendeur, l’intéressé sera en droit d’entrer sur le territoire dudit État puis en
mesure d’y contester les effets de l’expulsion (L. c. République fédérale d’Allemagne, décision de la
Commission, 1984).
29. Le mot « expulsion » doit être interprété « dans le sens générique que lui reconnaît le langage
courant (chasser hors d’un endroit) » (Rapport explicatif du Protocole no 4, § 21 ; Hirsi Jamaa et
autres c. Italie [GC], 2012, § 174).
30. On ne peut parler d’« expulsion » d’un national que si la personne concernée a l’obligation de
quitter définitivement le territoire de l’État dont elle est ressortissante, sans avoir la possibilité de le
regagner ultérieurement (A. B. c. Pologne (déc.), 2003 ; X c. Autriche et Allemagne, décision de la
Commission, 1974).
31. L’existence d’une mesure d’expulsion s’assimile à une situation continue aux fins de l’examen
sous l’angle de l’article 3 § 1 du Protocole no 4 (X c. République fédérale d’Allemagne, décision de la
Commission, 1969).
32. Les mesures ci-après, qui ne s’accompagnent pas, formellement ou en substance, d’une décision
d’expulsion visant les personnes concernées, ne sont pas constitutives d’une « expulsion » au sens
de l’article 3 du Protocole no 4 :
▪ une ordonnance judiciaire, conforme à la Convention de La Haye sur les aspects civils de
l’enlèvement international d’enfants, imposant de ramener un enfant dans un pays dont il
n’est pas ressortissant, ainsi que les amendes infligées par les huissiers cherchant à faire
appliquer ladite ordonnance (A. B. c. Pologne (déc.), 2003 ; Stetsykevych c. Ukraine (déc.),
2015) ;
▪ une interdiction de séjour ou un refus d’autorisation de séjour prononcés à l’égard du
conjoint étranger d’un requérant/d’une requérante (Schober c. Autriche (déc.), 1999 ;
Sadet c. Roumanie (déc.), 2007) ;
▪ une mesure d’expulsion prise contre le parent étranger d’un enfant mineur, qui a pour
conséquence de contraindre l’enfant à quitter le pays dont il est le ressortissant et de
suivre son parent à l’étranger (Maikoe et Baboelal c. Pays-Bas, décision de la Commission,
1994).
33. L’extradition, c’est-à-dire le transfert d’une personne d’une juridiction à une autre aux fins de
son procès ou de l’exécution d’une peine qui lui a été imposée (I.B. c. La République fédérale
d’Allemagne, décision de la Commission, 1974 ; X c. Autriche et Allemagne, décision de la
Commission, 1974) n’entre pas dans le champ d’application de l’article 3 du Protocole no 4. Du reste,
aucune autre disposition de la Convention ou de ses Protocoles ne garantit le droit de ne pas être
Cour européenne des droits de l’homme 9/14 Mise à jour : 31.08.2022
Guide sur l’article 3 du Protocole n° 4 à la Convention – Interdiction de l’expulsion des nationaux
extradé par l’État dont on est le ressortissant (I.B. c. La République fédérale d’Allemagne, décision de
la Commission, 1974 ; X c. Autriche et Allemagne, décision de la Commission, 1974 ; Rapport
explicatif du Protocole no 4, § 21 ; pour de plus amples informations sur les principes pertinents dans
le domaine de l’extradition, voir le Guide sur l’article 8 ; le Guide sur l’article 2, et le Guide sur
l’immigration).
V. Le droit d’entrer dans son propre pays
A. Les limites de la protection
34. L’État n’est pas tenu d’admettre l’entrée sur son territoire d’un individu qui se prétend
ressortissant sans que celui-ci fasse la preuve de cette qualité (Rapport explicatif du Protocole no 4,
§ 26).
35. Le droit pour un individu d’entrer sur le territoire de l’État dont il est le ressortissant ne pourrait
être interprété comme conférant à cet individu un droit absolu à demeurer sur le territoire. Par
exemple, un délinquant qui, après avoir été extradé par l’État dont il est le ressortissant, se serait
évadé d’une prison de l’État requérant n’aurait pas un droit inconditionnel de trouver refuge dans
son pays. De même, un militaire en service sur le territoire d’un État autre que celui dont il est le
ressortissant n’aurait pas le droit d’obtenir d’être rapatrié pour rester dans son pays (Rapport
explicatif du Protocole no 4, § 28).
36. Des mesures de caractère temporaire telles que la quarantaine ne doivent pas être considérées
comme constitutives d’un refus d’entrée (Rapport explicatif du Protocole no 4, § 26).
37. L’article 3 § 2 du Protocole no 4 ne concerne pas les mesures qui contrarient le souhait d’une
personne d’entrer dans un pays donné, mais plutôt des privations effectives, qui peuvent être plus
ou moins formelles, du droit pour une personne d’entrer dans le pays dont elle est ressortissante
(C.B. c. Allemagne, décision de la Commission, 1994).
38. Lorsqu’un requérant souhaite éviter d’être arrêté et traduit en justice et qu’il décide de ne pas
retourner dans le pays dont il est le ressortissant, sa situation découle du choix personnel de ne pas
faire usage du droit garanti par l’article 3 § 2 du Protocole no 4 et n’est donc pas constitutive d’une
privation de ce droit au sens de cette disposition. En d’autres termes, l’existence d’un mandat
d’arrêt portant le nom du requérant ne soulève pas à elle seule de problème au regard de cette
disposition (E.M.B. c. Roumanie (déc.), 2010, §§ 32-34 et 48-49 ; C.B. c. Allemagne, décision de la
Commission, 1994).
39. Le droit d’une personne d’entrer sur le territoire de l’État dont elle est ressortissante n’est pas,
par nature, susceptible d’être exercé par des tiers (Association "Regele Mihai" c. Roumanie (déc.),
1995).
B. La non-délivrance de documents de voyage
40. Le refus, par les autorités, de délivrer un passeport au requérant ne soulève pas de problème
sous l’angle de l’article 3 § 2 du Protocole no 4 pour autant qu’il ne porte pas atteinte à la capacité,
pour le requérant, d’entrer dans son propre pays (Marangos c. Chypre, décision de la Commission,
1997).
41. Dans l’affaire Momcilovic c. Croatie (déc.), 2002, la Cour a examiné le contexte particulier dans
lequel s’était inscrit le retour d’un requérant dans son propre pays, qui avait eu lieu à la suite de
l’indépendance et alors que le requérant avait séjourné pendant plusieurs années à l’étranger en
raison du conflit armé qui touchait la Croatie. La Cour a considéré que la période prolongée pendant
laquelle les autorités ne lui avaient pas délivré de documents d’identité n’avait pas porté atteinte au
Cour européenne des droits de l’homme 10/14 Mise à jour : 31.08.2022
Guide sur l’article 3 du Protocole n° 4 à la Convention – Interdiction de l’expulsion des nationaux
droit de l’intéressé d’entrer sur le territoire de son propre pays : le requérant avait en fait été en
mesure d’y entrer sans ces documents. Le caractère irrégulier de pareille entrée n’a pas pesé sur la
conclusion de la Cour, le requérant n’ayant pas été poursuivi pour ce motif.
C. Les affaires concernant les membres des maisons royales
42. Dans l’affaire Association "Regele Mihai" c. Roumanie (déc.), 1995, l’association requérante, qui
faisait campagne pour que l’ancien roi de Roumanie fût autorisé à entrer dans le pays, n’avait pas
qualité pour introduire un grief sous l’angle de l’article 3 § 2 du Protocole no 4 en son propre nom. La
Cour a également conclu qu’elle ne disposait pas d’un droit correspondant de pouvoir accueillir sur
le territoire de l’État concerné les personnes visées dans cet article.
43. Dans l’affaire Victor-Emmanuel De Savoie c. Italie (déc.), 2001, la Cour a déclaré recevable le
grief présenté par le chef de la Maison de Savoie concernant la disposition constitutionnelle
interdisant aux descendants masculins du dernier roi d’Italie d’entrer dans le pays et d’y séjourner.
Lorsqu’il avait déposé l’instrument de ratification du Protocole no 4, le gouvernement italien avait
formulé une réserve précisant que le paragraphe 2 de l’article 3 ne pouvait faire obstacle à
l’application de l’interdiction constitutionnelle litigieuse. L’affaire fut finalement rayée du rôle :
ladite disposition avait dans l’intervalle été abrogée, le Gouvernement défendeur avait retiré sa
réserve et le requérant avait finalement pu entrer en Italie (Victor-Emmanuel De Savoie c. Italie
(radiation), 2003).
44. Dans l’affaire Habsburg-Lothringen c. Autriche, décision de la Commission, 1989, les requérants,
des descendants du dernier empereur d’Autriche, alléguaient que, en application de la loi, ils étaient
bannis de leur pays sauf à renoncer expressément à leur appartenance à cette dynastie et à tous les
droits souverains qui en découlaient. Lors de la signature du Protocole no 4, l’Autriche avait formulé
une réserve indiquant que ce Protocole ne s’appliquerait pas aux dispositions de la loi en cause. La
Commission, estimant que la réserve était suffisamment précise, a rejeté le grief des requérants
pour incompatibilité ratione materiae avec les dispositions de la Convention et ses Protocoles.
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Guide sur l’article 3 du Protocole n° 4 à la Convention – Interdiction de l’expulsion des nationaux
Liste des affaires citées
La jurisprudence citée dans le présent guide renvoie à des arrêts et décisions rendus par la Cour,
ainsi qu’à des décisions et rapports de la Commission européenne des droits de l’homme (« la
Commission »).
Sauf mention particulière indiquée après le nom de l’affaire, la référence citée est celle d’un arrêt
sur le fond rendu par une chambre de la Cour. La mention « (déc.) » renvoie à une décision de la
Cour et la mention « [GC] » signifie que l’affaire a été examinée par la Grande Chambre.
Les arrêts de chambre non « définitifs », au sens de l’article 44 de la Convention, à la date de la
présente mise à jour sont signalés dans la liste ci-après par un astérisque (*). L’article 44 § 2 de la
Convention est ainsi libellé : « L’arrêt d’une chambre devient définitif a) lorsque les parties déclarent
qu’elles ne demanderont pas le renvoi de l’affaire devant la Grande Chambre ; ou b) trois mois après
la date de l’arrêt, si le renvoi de l’affaire devant la Grande Chambre n’a pas été demandé ; ou
c) lorsque le collège de la Grande Chambre rejette la demande de renvoi formulée en requête de
l’article 43. ». Si le collège de la Grande Chambre accepte la demande de renvoi, l’arrêt de chambre
devient alors caduc et la Grande Chambre rendra ultérieurement un arrêt définitif.
Les hyperliens des affaires citées dans la version électronique du guide renvoient vers la base de
données HUDOC (http://hudoc.echr.coe.int) qui donne accès à la jurisprudence de la Cour (arrêts et
décisions de Grande Chambre, de chambre et de comité, affaires communiquées, avis consultatifs et
résumés juridiques extraits de la Note d’information sur la jurisprudence), ainsi qu’à celle de la
Commission (décisions et rapports) et aux résolutions du Comité des Ministres. Certaines décisions
de la Commission ne figurent pas dans la base de données HUDOC et ne sont disponibles qu’en
version imprimée dans le volume pertinent de l’Annuaire de la Convention européenne des droits de
l’homme.
La Cour rend ses arrêts et décisions en anglais et/ou en français, ses deux langues officielles. La base
de données HUDOC donne également accès à des traductions de certaines des principales affaires
de la Cour dans plus de trente langues non officielles. En outre, elle comporte des liens vers une
centaine de recueils de jurisprudence en ligne produits par des tiers.
—A—
o
A. B. c. Pologne (déc.), n 33878/96, 13 mars 2003
Asiatique d’Afrique orientale c. Royaume-Uni, décision de la Commission, nos 4403/70 4404/70
4405/70..., 14 décembre 1973
Association "Regele Mihai" c. Roumanie, décision de la Commission, no 26916/95, 4 septembre 1995
—C—
C.B. c. Allemagne, décision de la Commission, no 22012/93, 11 janvier 1994
—D—
Denizci et Autres c. Chypre, nos 25316/94 et 6 autres, CEDH 2001-V
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Guide sur l’article 3 du Protocole n° 4 à la Convention – Interdiction de l’expulsion des nationaux
—E—
o
E.M.B. c. Roumanie (déc.), n 4488/03, 28 septembre 2010
—F—
o
Fedorova et Autres c. Lettonie (déc.), n 69405/01, 9 octobre 2003
Fehér et Dolník c. Slovaquie (déc.), nos 14927/12 et 30415/12, 21 mai 2013
—G—
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Genovese c. Malte, n 53124/09, 11 octobre 2011
Ghoumid et Autres c. France, nos 52273/16 et 4 autres, 25 juin 2020
Gribenko c. Lettonie (déc.), no 76878/01, 15 mai 2003
Gulijev c. Lituanie, no 10425/03, 16 décembre 2008
—H—
Habsburg-Lothringen c. Autriche, décision de la Commission, no 15344/89, 14 décembre 1989
Hirsi Jamaa et Autres c. Italie [GC], no 27765/09, CEDH 2012
—I—
I.B. c. The Federal Republic of Allemagne, décision de la Commission, no 6242/73, 24 mai 1974
—K—
K2 c. Royaume-Uni (déc.), no 42387/13, 7 février 2017
Karassev c. Finlande (déc.), no 31414/96, 12 janvier 1999
—L—
L. c. République fédérale d’Allemagne, décision de la Commission, no 10564/83, 10 décembre 1984
—M—
M. et S. c. Italie et Royaume-Uni (déc.), no 2584/11, 13 mars 2012
Maikoe et Baboelal c. Pays-Bas, no 22791/93, décision de la Commission du 30 novembre 1994
Marangos c. Chypre, no 31106/96, décision de la Commission, 20 mai 1997
Momcilovic c. Croatie (déc.), no 59138/00, 29 août 2002
—N—
o
Nagula c. Estonie (déc.), n 39203/02, 25 octobre 2005
Naumov c. Albanie (déc.), no 10513/03, 4 janvier 2005
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—P—
o
Piermont c. France, 27 avril 1995, série A n 314
—R—
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Ramadan c. Malte, n 76136/12, 21 juin 2016
Roldan Texeira et Autres c. Italie (déc.), no 40655/98, 26 octobre 2000
—S—
S. c. Federal Republic of Allemagne, décision de la Commission, no 11659/85, 17 octobre 1986
Sadet c. Roumanie (déc.), no 36416/02, 20 septembre 2007
Schober c. Autriche (déc.), no 34891/97, 9 novembre 1999
Shchukin et Autres c. Chypre, no 14030/03, 29 juillet 2010
Slivenko et Autres c. Lettonie (déc.) [GC], no 48321/99, CEDH 2002-II (extraits))
Stetsykevych, c. Ukraine (déc.), no 40033/14, 20 octobre 2015
—V—
Victor-Emmanuel De Savoie c. Italie (déc), no 53360/99, 13 septembre 2001
Victor-Emmanuel De Savoie c. Italie (radiation), no 53360/99, 24 avril 2003
—X—
X c. Autriche et Allemagne, no 6189/73, décision de la Commission du 13 mai 1974
X c. République fédérale d’Allemagne, décision de la Commission, no 3745/68, 15 décembre 1969
X. c. Suède, no 3916/69, décision de la Commission du 18 décembre 1969
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