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Analyse Le Mal Rimbaud

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ANALYSE TEXTE EAF 14 : « Le Mal » Rimbaud

Poème contemporain de la guerre franco-prussienne de 1870 déclenchée par Napoléon III. Au cours
de ses nombreuses fugues, le jeune Rimbaud alors âgé de 16 ans parcourt les campagnes dévastées
et découvre les horreurs de la guerre. Il semble que le poète évoque ici la bataille de Sedan
(septembre 1870). Il s’agit d’un sonnet en alexandrins constitué d’une seule phrase. Ce poème
dénonce les horreurs de la guerre en nous offrant une description contrastée entre un champ de
bataille et une église dans laquelle se recueillent les familles endeuillées. Cela nous conduit à nous
interroger sur la manière dont ce sonnet à travers la description de la guerre conduit à une
dénonciation de la religion et à un appel à la libération de toutes les formes de pouvoir.

Mouvements du sonnet :

1ER mouvement (vers 1 à 6) : un massacre

Tandis que les crachats rouges de la mitraille

Le poème s’ouvre sur un premier tableau d’extérieur effrayant qui est celui d’un champ de bataille. La
proposition sub. circonst. qui ouvre le poème établit le cadre de l’action, celui de la guerre, présentée
d’emblée comme un massacre humain. On relève ici un double procédé littéraire : la métaphore
d’abord, qui assimile les balles (« mitraille ») tirées contre les bataillons à des « crachats rouges » ainsi
que la figure de l’hypallage consistant à prêter des qualités propres d’un élément à un autre : ici, les
« crachats rouges » ne sont pas ceux de la mitraille mais ceux des corps criblés par les balles des fusils.
Les allitérations en [r] et [k] venant mimer le bruit assourdissant des tirs.

Sifflent tout le jour par l’infini du ciel bleu ;

Bien plus, la violence de la bataille est rendue par les procédés d’amplification et d’exagération qui
relèvent du registre épique : le combat dure « tout le jour », les troupes des combattants « croulent
en masse » (v.4). La démesure du combat est également amplifiée dans ce vers par l’évocation de
« l’infini du ciel bleu » qui suggère l’absence de limites aussi bien spatiales (« l’infini du ciel ») que
temporelles (« tout le jour »), comme si la guerre n’allait jamais prendre fin. (fin géographique, fin
temporelle). On remarque à l’attaque du vers le verbe « sifflent » connotant la violence et la destruction
tout en suggérant de façon mimétique les balles qui fusent.

Qu’écarlates ou verts, près du Roi qui les raille,

Ensuite, les actions visuelles de la guerre sont également soulignées. Aux crachats « rouges » de la
mitraille auxquels se rattache la couleur rouge des uniformes des français (« écarlates ») s’oppose la
couleur vertes des uniformes prussiens ainsi que le bleu du ciel. Ainsi, la violence de la guerre se traduit
également par cette opposition des couleurs chaudes et froides qui s’entrechoquent (uniformes). On
repère déjà la métonymie qui réduit les hommes à la couleur de leur uniforme et nie leur individualité.
De façon singulière, une seule figure humaine se détache, individualisée par la majuscule, celle du
« Roi », indifférent à la barbarie des combats qu’il a pourtant provoqués. Simple observateur, sinon
spectateur, qui se tient « près » des bataillons, il « raille » et se moque avec mépris de ces nombreuses
pertes humaines. Nous percevons ici la révolte du poète contre le pouvoir incarné par le Roi,
responsable du massacre, dont il critique la cruauté, l’inconscience et le mépris, lui qui sans remords
sacrifie les hommes. [Rimbaud avait d’abord pensé au mot « chef », il évite sans doute « empereur » à
cause de la censure.]

Croulent les bataillons en masse dans le feu ;

1
Le dernier vers du quatrain exprime l’idée de chaos car les hommes sont réifiés, déshumanisés, réduits
à une « masse » compacte et plus loin (v.5) à un « tas fumant ». Le verbe « croulent » associé au « feu »
participent à une vision apocalyptique, infernale que nous soumet Rimbaud.

Tandis qu’une folie épouvantable, broie

Et fait de cent milliers d’hommes un tas fumant ;

Ce deuxième quatrain est symétrique au précédent en s’ouvrant à nouveau par une prop. sub.
cironstanc. de temps introduite par « Tandis que ». et qui poursuit la description du champ de bataille
avec une montée en puissance de l’horreur venant confirmer cette vision de l’enfer évoquée plus haut.
L’horreur du carnage est rendue par le verbe « broyer », l’amplification épique est donnée par
l’indication chiffrée hyperbolique « cent milliers d’hommes ». La métaphore du « tas fumant » met en
évidence que ces hommes réduits en cendres, dépourvus de toute individualité, n’ont été que des
pions destinés à mourir, manipulés à des fins politiques , n’ayant aucune valeur aux yeux du
Roi/Empereur. Rimbaud dénonce ici la politique de Napoléon III, son nationalisme et son absence de
tout patriotisme, de toute humanité.

2E mouvement (vers 7 à 8) : une Nature aimante

-Pauvres morts ! dans l’été, dans l’herbe, dans ta joie,

Nature ! O toi qui fis ces hommes saintement !... –

C’est alors, au cœur du 2e quatrain, que le poète suspend brutalement le récit de la bataille pour
exprimer ses sentiments, en l’occurrence son indignation, à travers l’emploi d’un vocabulaire affectif
et de l’exclamation (« pauvres morts ! »). Il apostrophe ensuite la « Nature » par l’interjection du vers
8. La nature est ici personnifiée et associée à l’image traditionnelle de la mère Nature qu’il désigne
comme la mère de tous les soldats (toi qui fis ces hommes saintement ! »). Image sacrée rendue par
l’adverbe « saintement » et créatrice (« qui fis »). Force lyrique de ces deux derniers vers créant un fort
contraste avec le présent sanglant grâce au groupe ternaire « dans l’été, dans l’herbe, dans ta joie »
qui rappelle le passé des soldats et qui constitue un hymne à la nature, à la jeunesse et à la vie que les
termes symbolisent. Il met ainsi en évidence ce que ces hommes ont ainsi perdu. Les trois exclamations
employées sur deux vers manifestent la révolte du poète, cette pause lyrique venant renforcer sa
critique de la guerre en ce que le Roi défait ce que la Nature a créée.

3E mouvement (vers 9 à 11) : l’indifférence de Dieu

-Il est un Dieu, qui rit aux nappes damassées

Des autels, à l’encens, aux grands calices d’or ;

Qui dans le bercement des hosannah s’endort,

Dans le premier tercet, le présentatif impersonnel « Il est » et l’emploi de l’article indéfini « un »


introduisent Dieu et traduisent le mépris de Rimbaud pour sa cruauté. Rimbaud affiche ici une évidente
distance critique à l’égard de l’église (et plus largement du christianisme) On remarque d’ailleurs que
le Roi et Dieu sont mis en relation par le motif du rire qui les caractérise et qui traduit leur mépris et
leur sentiment de supériorité à l’égard de ses troupes pour l’un, des mères endeuillées (« bonnet noir
v. 13) pour l’autre. Le poète nous présente l’image d’un dieu éloigné de l’horreur du champ de bataille,

2
réfugié dans un lieu d’abord caractérisé par le luxe (« nappes damassées », « autels », « encens »,
« grands calices d’or »). Les termes évoquent la richesse liée au culte et développent l’idée de vénalité
qui revient dans la suite du poème. D’autre part, l’atmosphère, qui contraste fortement avec celle du
champ de bataille, est calme et feutrée, le « bercement » ainsi que le verbe « s’endort » soulignent la
passivité de ce dieu somnolent, bercé par les prières/chants des fidèles qui lui rendent grâce
(« hosannah »). Douceur atmosphère rendue par l’allitération en [s]. Rimbaud cible ici ce Dieu
dépourvu de toute compassion, indifférent, à l’égard des victimes et même cupide et oisif. Inversion
complète de l’image divine par le poète qui le définit finalement ici comme pêcheur car vénal,
paresseux, orgueilleux.

4E mouvement (vers 12 à 14) : la cupidité de Dieu

Et se réveille, quand des mères, ramassées

Dans l’angoisse, et pleurant sous leur vieux bonnet noir,

Lui donnent un gros sous lié dans leur mouchoir !

Dans ce dernier tercet, Dieu ne se réveille qu’à la fin de la messe (cf. quête après eucharistie et
hosannah), lorsque les mères des soldats, angoissées par le sort réservé à leurs enfants partis sur le
champ de bataille, versent de l’argent (« gros sous lié ») avec l’espoir de les sauver. Le vers final finit
sur un point d’exclamation qui montre toute l’indignation du jeune poète vis-à-vis d’une église qui
exploite la naïveté populaire pour s’enrichir en récupérant de « gros sous ». Dans le même temps, il ne
cache pas sa compassion pour ces mères dont il brosse un portrait émouvant. Leur posture physique,
mise en valeur par l’enjambement « ramassées/Dans l’angoisse » reflète toute leur détresse morale et
participe au pathétique de la scène esquissée. En outre, la description de la pauvreté de leurs tenues,
« leur vieux bonnet noir », met à nouveau en évidence l’indignation de Rimbaud face au contraste
entre le faste de l’église et la misère matérielle et psychologique des familles, il pointe l’indécence et
la cupidité de dieu qui profite honteusement de la misère humaine.

Conclusion :

Dans ce sonnet, qui n’est pas sans rappeler « le dormeur du val », Arthur Rimbaud conjugue
engagement et lyrisme pour montrer sa révolte face à la guerre. En faisant une peinture violente et
accusatrice de la guerre, il dénonce la folie meurtrière des hommes. Les deux tableaux qui structurent
le poème montrent l’insoutenable contraste entre l’anonymat et la souffrance des humbles et un
pouvoir politique aveugle et indifférent. L’église n’est pas épargnée puisque l’institution religieuse est
clairement désignée comme complice et caution de la guerre. Arthur Rimbaud s’inscrit donc dans la
lignée des poètes engagés, comme Victor Hugo, qui mettent leur créativité au service des causes
humaines.

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