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Le Feu, La Combustion: Résumé

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Le feu, la combustion Primaire et collège

Résumé
Tous les animaux ont peur du feu, excepté l’homme. Celui-ci, qui en a acquis la « maîtrise » depuis la Préhistoire,
en tire des avantages énormes, notamment pour s’éclairer, se chauffer et cuire ses aliments. Il faut cependant
attendre le XVIIIe, et surtout le XIXe siècle pour que son utilité croisse considérablement avec la découverte des
modes de production de l’énergie.
le feu, la combustion
Marc Julia

Importance du phénomène que les objets qui en sont le support, la


Tous les animaux ont peur du feu, excepté combustion les phénomènes qui s’y déroulent.
l’homme. Celui-ci, qui en a acquis la La combustion est une transformation de
« maîtrise » depuis la préhistoire, en tire la matière, c’est-à-dire une transformation
des avantages énormes, notamment pour chimique qui produit lumière et chaleur.
s’éclairer, se chauffer et cuire ses aliments. Ce phénomène a donné lieu à beaucoup
Il faut cependant attendre le xviii e et, surtout, d’études. Dans un exposé très simplifié, nous
le xixe siècle pour que son utilité croisse définirons les conditions d’apparition du
considérablement avec la découverte des phénomène – comment le faire démarrer et
modes de production de l’énergie. s’arrêter – et nous présenterons les résultats
L’utilisation du feu s’est d’abord faite, de l’observation simple. Après cela, nous
au début du xixe siècle, dans des machines verrons comment nous avons été conduits à
à vapeur qui ont rendu disponibles des faire des expériences.
quantités d’énergie sans commune mesure L’approche expérimentale (qui a servi
avec celles utilisées lorsqu’on ne disposait pour l’étude de nombreux phénomènes)

le feu, la combustion
que de la force musculaire des êtres humains vise tout d’abord à acquérir des informations
ou des animaux (la vitesse maximale des sur le résultat global, l’énergie fournie. Nous
déplacements était alors celle d’un cheval au étudierons ensuite d’aussi près que possible le
galop). À la fin de ce même siècle, un autre déroulement du phénomène, en particulier du
progrès notable fut l’invention du moteur point de vue de la matière qui se transforme.
à explosion ou à combustion interne. Sous La flamme d’une chandelle nous servira de
des formes diverses, c’est aujourd’hui la modèle simplifié et commode.
principale source d’énergie utilisée pour le Nous nous limiterons aux combustions
transport des personnes et des biens et le dites « vives », mais d’autres formes de
mode de fonctionnement d’innombrables combustion dites « lentes » seront cependant
moteurs. Au milieu du xxe siècle, le moteur abordées : la corrosion, la respiration-
à réaction a pris une place considérable, et alimentation. Nous évoquerons aussi l’opération
l’histoire n’est pas finie… inverse, par laquelle on régénère l’oxygène
La signification du titre doit être explicitée. et une substance combustible (du bois par
Le feu désigne le phénomène général ainsi exemple, cf. la photosynthèse p. 215).

207
Que faut-il pour faire du feu ? activer la combustion de bois ou de charbon,
Comment le fait-on démarrer il faut augmenter la quantité d’air disponible
et s’arrêter ? avec des soufflets.
Tout le monde sait que pour faire du Deux gaz constituent ce mélange :
feu, il faut quelque chose qui brûle, un l’oxygène (pour 20 %) et l’azote (pour
combustible. 80 %). Seul le premier peut entretenir
Les combustibles peuvent être classés la combustion et est consommé ; par
selon leur origine : végétale (bois, alcool, conséquent, la combustion s’arrête quand
papier, huile d’arachide), animale (beurre, il n’y en a plus. On peut séparer ces deux
suif, saindoux, huile de baleine) ou minérale. constituants, par exemple en les liqué-
Le charbon, le pétrole – qu’on trouve dans fiant d’abord (vers – 200° C), puis en les
la terre, comme les minéraux, mais qui sont soumettant à la distillation fractionnée,
d’origine vivante –, le gaz de ville, le gaz comme lorsque l’on sépare du vin l’alcool
naturel sont également des combustibles. et l’eau dans les alambics. Cela se pratique
On les classe quelquefois en solides liquides sur une échelle énorme dans l’industrie.
et gazeux. Les substances non combustibles L’oxygène permettant des combustions
(les pierres, l’eau, le sable, la terre cuite) beaucoup plus vives que l’air (la lumière
n’en sont pas moins intéressantes, ne serait- émise est plus intense), il est très utilisé dans
ce que parce qu’elles permettent de contenir les chalumeaux et la métallurgie. L’azote,
le feu. quant à lui, est principalement transformé
La différence (fondamentale, bien en ammoniac par réaction avec l’hydrogène.
sûr) entre ces deux groupes est due à leur On fabrique ainsi les engrais azotés qui ont
constitution même : les molécules des contribué à augmenter considérablement le
corps combustibles sont riches en éléments rendement des cultures.
– principalement le carbone et l’hydrogène Cependant, si l’on met ensemble un
–, qui se combinent volontiers avec l’oxygène combustible et de l’air, il ne se passe rien
de l’air par des réactions chimiques qui (heureusement !). Il faut adjoindre une
dégagent de la chaleur. certaine quantité de chaleur, par exemple
Cela nous permet déjà de comprendre avec la flamme d’une allumette. Dans le cas
pourquoi il faut, à côté du combustible – et de la bougie, une petite partie de la chaleur
ce n’est pas moins important –, de l’air. On fournie par la combustion transformera, par
l’appelle ici « comburant ». Tout le monde la suite, la cire pour qu’elle puisse brûler
sait qu’un feu de bois ou même du papier (cf. pp. 212-216), comme dans une arme à
trop tassé ne brûle pas bien et que pour répétition.

Après avoir disposé et allumé deux bougies, on coiffe l’une d’un grand bocal, l’autre d’un petit. La flamme
s’éteint bientôt dans le petit bocal, nettement plus tard dans le grand. Plusieurs informations nous sont
délivrées : en premier lieu, il faut de l’air ; ensuite, en mesurant les quantités de cire brûlée et d’air disparu,
on dégage une relation de proportionnalité – ce qui est la situation normale dans les transformations de
matière. Enfin, il reste du gaz et pourtant la bougie s’éteint ! Le gaz résiduel n’est en réalité plus capable
d’entretenir la combustion (cf. pp. 212-216). Surtout, on constate que l’air qui a servi n’était pas un corps
pur, mais un mélange dont une partie seulement a été consommée.

208 La matière
© John Warden/
Cosmos

L’homme n’a
pas tardé à
domestiquer le
feu, qui, à l’état
« sauvage »
peut ravager la
nature (photo
ci­contre), Entre
autres utilisations
salutaires, celle de
pouvoir cuire ses
aliments.
© John Kaprielian,
Photo researchers,
Inc./Cosmos

le feu, la combustion
Mais avant d’allumer du feu, il faut Ces notions élémentaires permettent
savoir l’éteindre – ce qui est au moins de comprendre comment « faire du feu
aussi important ! Pour cela, il faut le sous l’eau » ou dans l’espace intersidéral
priver de combustible ou bien – et c’est (pour les fusées) : il faut apporter à la fois le
souvent plus facile – d’air. On pourra combustible et le comburant.
ainsi : pincer la flamme de la bougie avec Dans le cas de la poudre à canon ou des
les doigts mouillés, arroser, étouffer les explosifs, l’oxygène nécessaire est apporté
flammes avec une couverture mouillée, par un constituant (autrefois le salpêtre)
etc. Les extincteurs à neige carbonique qui en contient beaucoup sous une forme
remplacent l’air autour du feu par un gaz assez faiblement attachée pour pouvoir le
inerte, incapable, à l’inverse de l’oxygène, céder au combustible. La poudre fabriquée
d’entretenir la combustion (cf. p. 214). par Lavoisier a ainsi contribué aux succès
des armées révolutionnaires américaines et
françaises à la fin du xviii e siècle.

209
Un modèle de combustion : agriculteurs savent que, par temps de
la chandelle de Michael Faraday sécheresse, « un binage vaut un arrosage » :
À Londres, vers 1850, la Royal Institution l’eau du sous-sol monte plus facilement par
organisait les « Conférences du vendredi capillarité à la surface (où elle s’évapore)
soir ou de Noël » destinées à diffuser une dans la terre tassée, qui contient de très fins
formation scientifique aux enfants et au canaux, que dans la terre ameublie par le
grand public non spécialiste. Dans une série binage, où ces fins canaux ont été détruits.
restée célèbre, Michael Faraday (1791-1867) Un participant à la session a suggéré une très
y racontait l’« histoire d’une chandelle », belle expérience : pourquoi ne pas disposer
modèle d’approche expérimentale qui sera l’extrémité d’une autre mèche (en coton)
largement utilisé dans le présent chapitre dans la coupelle de cire fondue, pour allumer
(cf. pp. 218). l’autre extrémité et réaliser ainsi une bougie
Pour s’éclairer, on eut d’abord recours à deux flammes ?
à la torche de résine avant d’utiliser – Au-dessus de la mèche, la flamme
progrès notable – la lampe à huile. On proprement dite est composée de deux
remplaça ensuite l’huile des lampes par parties très différentes d’aspect : un cône
un combustible solide : les chandelles sombre en bas est surmonté par une partie
étaient fabriquées avec des tresses de coton brillante qui éclaire. Cela suscite nombre de
qu’on laissait pendre dans le suif fondu en questions que nous étudierons ci-dessous.
les retirant plusieurs fois pour les laisser Cette flamme est entourée par le flux de
durcir. Si le résultat désiré était obtenu, le gaz chauds dont nous avons parlé plus haut,
procédé demeurait sale. Les chandelles de entraîné par la convection (cf. « La physique
luxe, faites avec de la cire d’abeille, plus du climat », pages 106-121). Conséquence
propres, étaient cependant plus coûteuses. inattendue, si l’on éclaire fortement une
Par la suite, lors de ses études sur les corps bougie allumée et que l’on observe son
gras, Chevreul obtint, par saponification, ombre portée sur un écran, on s’aperçoit
la stéarine blanche avec laquelle on fit, dès qu’elle est rendue fort volumineuse à cause
lors, les bougies : la science mettait ainsi le de ce cortège gazeux.
luxe à la portée de tous. Encore au-dessus de la partie brillante,
La mèche, quant à elle, ne sert pas on distingue une fumée noire, d’autant plus
seulement, dans la fabrication, à produire importante que la mèche est plus longue.
un cylindre de cire. Elle remplit une autre
mission très importante : faire monter
progressivement la cire liquide dans la
Aspects énergétiques.
flamme. Tout le monde a vu du café monter Pouvoir calorifique
dans un morceau de sucre qu’on trempe Pour essayer de comprendre, il faut d’abord
dedans (on voit bien le café parce qu’il est recueillir des informations. Celles-ci
noir, mais de l’eau monterait tout aussi doivent être qualitatives et, si c’est possible,
bien) : ce phénomène s’appelle capillarité, quantitatives. Pour le moment, concentrons
car il se produit dans des tuyaux fins comme notre attention sur le processus global ; nous
les cheveux ou – si l’on préfère – les crevasses verrons ensuite plus en détail le déroulement
(il y en a dans le sucre en morceaux). Les des opérations.

210 La matière
On distingue en haut de la colonne de cire solide une coupelle
circulaire contenant de la cire liquide (fondue) que les rebords
empêchent de couler. En plaçant la main (largement) au­
dessus de la flamme, on sent un très fort courant ascendant
de gaz chauds ; ce courant provoque un appel d’air froid qui
monte tout autour de la bougie et maintient froide la cire qui
constitue le rebord de la coupelle.

Lors de la combustion de la bougie, on


voit bien que de la cire « disparaît ». Pour
mesurer cette diminution, on pèse la bougie
avant et après l’opération, ce qui permet
d’obtenir, par différence, la quantité de cire
consommée. Pour déterminer s’il y a une
relation entre cette quantité et la quantité de
chaleur produite, on utilise la chaleur pour
chauffer une quantité d’eau préalablement
mesurée et repérer la température de
cette eau avant et après le chauffage (cf.
l’expérience suivante).

On pèse une bougie avant l’expérience, on la


pèsera également après celle-ci, ce qui permettra
de savoir quelle quantité de cire a été consom-
mée.
On mesure en volume ou en poids (m) une quan-
tité d’eau dans un petit becher que l’on place avec
un support au-dessus de la bougie. On y plonge un
thermomètre et on repère la température initiale.
On allume alors la bougie et on laisse chauffer en

le feu, la combustion
agitant doucement de temps en temps. Quand la
température a nettement monté, on éteint la bou-
gie et on note la température d’arrivée : dT est la
différence avec la température initiale. On pèse la
bougie (ce qu’il en reste) : la différence (m’) avec
la valeur initiale déterminée avant l’expérience
donnera la masse consommée.
En pratique, on obtient avec 50 ml d’eau, 15° de dif-
férence de température, 0,38 g pour la différence
de masse. La quantité de chaleur fournie par 0,38
g de cire est donc : 50 x 15 = 750 cal. Par consé-
quent, un kilo de cire fournirait 750 x 1 000/0,38 =
1 970 000 cal, soit 1 970 kcal. S’il est clair que l’on
a perdu une bonne part de la chaleur, qui a servi à
chauffer l’air de la pièce, cette expérience très simple donne cependant un bon ordre de grandeur.
Vous pouvez réaliser des expériences avec des valeurs de m, m’ et dT différentes, vous trouverez à chaque
fois que la valeur obtenue est indépendante de l’expérience. Elle est une propriété intrinsèque de la cire.
On l’appelle le pouvoir calorifique.

211
Il est commode d’utiliser comme unité envoie un observateur chargé de nous
de quantité de chaleur la quantité néces- renseigner. On prépare un tube de verre
saire pour élever la température d’un coudé dont on fait descendre verticalement
millilitre (mL) (1cm3, ou, encore, 1g) d’eau une extrémité dans la flamme ; de cette
de 1 °C : on l’appelle calorie (cal) – pour manière, on prélève – en le déviant – le
un kilo d’eau, il faudra naturellement mille flux gazeux et on le soustrait à la suite
fois plus, on parlera d’une kilocalorie (kcal). des événements. On aura ainsi « arrêté »
On peut admettre que la quantité de chaleur le phénomène à un certain stade de son
mise en jeu est proportionnelle à la masse déroulement. Cette technique, bien connue
d’eau et à la différence de température pour l’élaboration de l’acier, s’appelle le
observée. On exprime souvent les quantités trempage. Le résultat obtenu est différent
de chaleur en joules (1 cal = 4,18 J ; on selon que l’on fait arriver l’ouverture du
utilise cette unité de mesure par convention tuyau de verre dans le cône sombre ou dans
internationale). le haut brillant de la flamme :
Le tableau ci-après donne les valeurs À propos de cette technique, qui illustre
obtenues pour des combustibles usuels (les le prélèvement d’une fraction de la matière
valeurs énergétiques de quelques aliments en train de se transformer, il convient de
courants y ont été également portées, afin remarquer que si nous en avons profité
de souligner l’analogie entre combustion et pour savoir ce qui se passait, ou plutôt ce
alimentation, dont nous parlerons à la fin qui s’était passé jusque-là (autrement dit,
de ce chapitre). pour comprendre l’opération), nous n’en
avons pas pour autant arrêté le déroulement
bois 4 000 lait demi­écrémé 450
de l’opération principale. Dans les
lignite 6 000 choucroute 1 000 fabrications industrielles, où il est
anthracite 8 000 cassoulet 2 000 avantageux de faire travailler les
charbon de bois 7 000 saucisse de Strasbourg 3 300
fuel 10 000 céréales 3 800 appareillages en continu – sans les
alcool à brûler 5 000 biscottes 4 000 arrêter après chaque opération –, il faut
gaz de ville 9 000 beurre 7 200
hydrogène 30 000 Petit salé aux lentilles 1 300
cependant suivre ce qui se passe pour
(cet aliment contient 75 % d’eau, pouvoir agir sur certains paramètres :
par conséquent sa valeur calorifique température, vitesse d’écoulement,
lorsqu’il est sec est d’environ
5 200 kcal/kg) etc. Ces informations sont obtenues
grâce à des capteurs placés dans le
flux réactionnel qui mesurent la température,
la composition, etc., du flux qui passe près
Aspects matériels d’eux. Elles sont ensuite transmises à des
Pour qui veut aller y regarder de plus près, consoles dans une salle de commande d’où
deux difficultés se présentent : il risque de se l’on peut conduire les opérations.
brûler et ne peut, en outre, tout observer, les Si la bougie brûle bien, elle ne fait pas (ou
événements se déroulant trop vite ! peu) de charbon (cf. l’expérience ci-contre).
Une très belle expérience de Michael Mais alors, que fait-elle ? Pour le savoir, il
Faraday illustre bien la méthode expérimen- faut examiner les gaz qui s’élèvent au-dessus
tale : au lieu d’aller dans la flamme, on y de la flamme. Une première indication est

212 La matière
Dans le cône sombre, quand le tuyau s’est échauffé, une fumée blanche sort à l’autre bout (figure de gau-
che). Si on la fait arriver dans un récipient froid, on voit alors se condenser une sorte de cire. (Quand le
tuyau n’est pas encore chaud, cette cire se condense à l’intérieur et on ne voit rien sortir. On peut même
l’allumer et faire apparaître une deuxième flamme.) D’ailleurs, quand on éteint une bougie, on aperçoit une
fumée blanche qui s’élève de la mèche noire. Si l’on approche une flamme du haut de cette colonne de
fumée, on peut rallumer la bougie à distance : cette « fumée » est en fait de la vapeur de cire. La mèche
sert à vaporiser la cire, qui brûle bien mieux à l’état gazeux qu’à l’état solide ou même liquide, le contact
avec l’air indispensable à la combustion étant bien meilleur.

Si, maintenant, on fait arriver le bas du tuyau de verre dans la partie supérieure brillante de la flamme, le

le feu, la combustion
résultat est très différent : cette fois-ci, c’est une fumée noire qui sort à l’autre bout du tuyau (figure de
droite, ci-contre). Cette fumée est constituée de particules de charbon – on peut s’en rendre compte en
regardant au plafond ou sur le fond d’un ballon plein d’eau froide qu’on aura présenté à ce flux gazeux.
Quand ces particules sont dans la flamme, elles deviennent, par chauffage, autant de points lumineux, et
elles sont tellement nombreuses qu’elles apparaissent comme une flamme continue. Ces points lumineux
sont analogues aux étincelles qu’on voit se former au-dessus d’un feu de bûches. On peut en produire en
projetant, dans une flamme chaude, de la poudre de lycopode (ou de charbon ou de fer), dont les grains
deviendront autant de sources de lumière. Tous les corps chauffés à haute température deviennent lumi-
neux (ne dit-on pas couramment chauffer au rouge sombre, au rouge vif, à blanc ?). C’est le principe même
des anciens becs de gaz, dans lesquels un manchon de céramique était chauffé au gaz, ou actuellement de
nos ampoules électriques dites à incandescence, dans lesquelles un filament de tungstène est chauffé par
le courant électrique.
La transformation de la cire en charbon n’est pas un phénomène isolé. Tout le monde connaît la couleur
que prend une tarte aux pommes (beaucoup) trop cuite. On fabrique le charbon de bois en chauffant du
bois avec une quantité insuffisante d’air pour qu’il se consume complètement ; cette opération s’appelle la
carbonisation. Dans le fonctionnement normal de la bougie, ces grains brûlent presque entièrement lors
de leur trajet vers le haut de la flamme, sauf si le rapport vapeur de cire/air disponible devient trop grand.
La bougie se met alors à fumer et il faut couper un peu de mèche pour réduire l’arrivée de cire.

213
donnée par la formation de buée au contact Nous avons pu constater que du carbone
d’une paroi froide, par exemple le fond se formait dans la flamme. Cependant, la
d’un ballon rempli d’eau glacée. On a pu majeure partie du carbone présent dans la
déterminer qu’en brûlant, un litre d’huile cire est transformée en gaz carbonique, qu’on
donne à peu près un litre d’eau, ce qui est appelle aussi dioxyde de carbone (chaque
loin d’être négligeable. La combustion de atome de carbone étant attaché à deux
quelques décigrammes de cire ne donnera atomes d’oxygène, on le représente par la
évidemment pas beaucoup d’eau et celle-ci formule CO2 linéaire). Il faut le distinguer du
sera difficile à repérer, en particulier à cause monoxyde de carbone CO, qui se forme dans
du dépôt de charbon noir. Néanmoins, si l’on les combustions avec un défaut d’air, peut
fait passer le flux gazeux dans un tube en U encore brûler et est surtout très toxique.
refroidi extérieurement par de la glace, on Le dioxyde de carbone n’est pas toxique,
voit – si l’on attend suffisamment longtemps mais n’entretient pas la combustion. Il est
– se condenser de l’eau. En déterminant ses beaucoup plus lourd que l’air. S’il se liquéfie
propriétés physiques ou chimiques, on peut assez facilement sous faible pression, il
prouver qu’il s’agit bien d’eau. n’est que faiblement soluble dans l’eau. On
La cire, comme les produits dérivés l’emploie dans les extincteurs dits « à neige
du pétrole, est constituée principalement carbonique » : quand on ouvre une de ces
d’hydrocarbures formés par du carbone bouteilles métalliques contenant ce gaz
et de l’hydrogène, dans les proportions liquéfié sous pression, la sortie du flot de gaz
approximatives de 12 g de carbone pour provoque un refroidissement considérable
2 g d’hydrogène, ce qui correspond aux qui fait se solidifier une partie du produit
proportions atomiques (un atome de carbone sous forme de cristaux blancs.
pour deux d’hydrogène). Cet hydrogène, libéré La teneur en CO 2 de l’air normal
par la chaleur, s’est combiné à l’oxygène de l’air « pur » est de 3 pour 10 000, mais, dans l’air
pour fournir l’eau. On sait qu’une molécule insuffisamment renouvelé, elle peut monter
d’eau est formée de deux atomes d’hydrogène à 0,1 % c’est-à-dire 10 pour 10 000. De nos
attachés à un atome d’oxygène, ce qui lui fait jours, notre mode de vie moderne nous
attribuer la formule H2O (2 g d’hydrogène et conduit à brûler d’énormes quantités de
16 g d’oxygène sont nécessaires à la formation combustibles carbonés et, par conséquent,
d’une molécule d’eau [schéma ci-contre]). à produire aussi naturellement d’énormes

Pour mettre en évidence le gaz carbonique, on utilise de l’eau de chaux. Celle-ci est obtenue à la suite d’un
certain nombre d’opérations : par chauffage au rouge du calcaire (craie) dans les fours à chaux, le gaz car-
bonique se dégage ; reste la chaux vive, utilisée en particulier dans le bâtiment (CO3Ca donne CO2 + CaO).
Elle est ainsi dénommée car, si on y ajoute de l’eau, le mélange chauffe. On obtient alors la chaux éteinte.
Celle-ci est un peu soluble dans l’eau. Une bouillie faite avec de l’eau s’appelle lait de chaux (on l’utilise
pour peindre en blanc les murs des maisons). Si l’on filtre cette bouillie, on obtient une solution limpide
d’eau de chaux de concentration d’environ 1,3 g/l (cf. la figure ci-contre, en bas à gauche). C’est donc elle
qui va nous permettre de mettre en évidence la présence de gaz carbonique. En effet, si on fait barboter
un gaz contenant du CO2 dans cette solution limpide, elle se trouble immédiatement, car il se reforme du
carbonate de chaux (craie), très peu soluble. Les gaz qui montent de la bougie ont cette propriété et on
peut confirmer qu’il s’agit bien du dioxyde de carbone (cf. la figure ci-contre, en bas à droite).

214 La matière
en noir = atome de carbone ; en rouge = atome
d’oxygène ; en blanc = atome d’hydrogène.
Modèles de molécules : eau = H2O ; gaz
carbonique = CO2 ; hexane = C6H12.

le feu, la combustion
quantités de ce CO2. On le rend responsable Résumons ce que nous avons appris sur
– au moins partiellement – de l’« effet les chandelles par l’observation et un peu
de serre », par lequel la température de d’expérimentation :
l’atmosphère terrestre s’élève. Cela pourrait Un peu de l’énergie produite par la
s’avérer dangereux si les calottes polaires se combustion sert à fondre la cire. La mèche
mettaient à fondre… sert à pomper la cire fondue jusque dans la
Cette teneur en CO 2 est, en temps flamme. Dans le bas de la flamme (partie
« normal », maintenue à peu près constante, foncée), cette cire est vaporisée et la vapeur
en particulier par l’intermédiaire des plantes va être pyrolysée pour donner du carbone
vertes. Celles-ci peuvent, grâce à l’énergie et de l’hydrogène. Les granules de carbone
lumineuse, transformer le gaz carbonique chauffés donnent la lumière, puis sont
en oxygène et en carbone sous une forme oxydés en dioxyde de carbone. L’hydrogène
utilisable pour leur croissance. On appelle de la stéarine se combine à l’oxygène de l’air
ce phénomène le « cycle du carbone ». pour former de l’eau.

215
Vous pouvez également traiter la craie avec du
vinaigre pour en séparer le gaz carbonique : le
dégagement gazeux sera, là aussi, observable.
De même, pour fabriquer un CO2 propre à la
consommation pour les boissons gazeuses, on
met en suspension, dans de l’eau, du bicarbonate
de sodium pur et on y ajoute de l’acide citrique
(tous deux achetés en pharmacie) pour obtenir
de la limonade. Suivant les concentrations, le gaz
carbonique reste dissous dans l’eau ou se dégage
en « faisant des bulles ». Si vous « versez » le gaz
lourd qui se forme sur la flamme d’une bougie,
vous la verrez s’éteindre.

Combustions lentes, corrosion effet protecteur : le morceau de fer rouille


et respiration-alimentation complètement. Certains métaux subissent
Il faut rapprocher des combustions vives une oxydation analogue de leur surface, mais
d’autres phénomènes qui, s’ils ne donnent le produit formé (par exemple, l’alumine
pas d’émission notable de lumière ou de dans le cas de l’aluminium) protège le reste
chaleur, leur sont étroitement apparentés. du métal. D’autres enfin, comme l’or, ne
L’oxydation du fer à l’air humide le trans- sont pas altérés.
forme en rouille. Cette opération consomme Les opérations de la métallurgie ont
de l’oxygène. souvent pour principe de séparer les métaux
Ce phénomène, qu’on appelle corrosion, de l’oxygène qui y était attaché dans le minerai
est bien évidemment d’une importance (qui est souvent un oxyde). C’est en somme
fondamentale pour l’usage des objets et des l’inverse de la combustion, on l’appelle
constructions métalliques. La rouille est un réduction. Dans les hauts-fourneaux, on
oxyde de fer, sa formation se révèle analogue utilise du charbon pour détacher l’oxygène
à celle du dioxyde de carbone (des atomes du fer des oxydes de fer. En effet, le carbone
d’oxygène se lient aux atomes de fer), mais,
à la différence de ce dernier, qui se dégage,
la rouille n’est pas volatile et reste sur le fer
non encore oxydé. Cependant, elle n’a aucun

Après avoir introduit dans un ballon une petite quantité de laine


de fer (du type « tampon Jex »), fermez-le avec un bouchon
traversé par un tube en verre. Disposez l’extrémité ouverte du
tube dans un récipient contenant de l’eau à laquelle vous aurez
ajouté un colorant (permanganate de potassium…). Au bout
de quelques minutes, le niveau de l’eau s’élève dans le tube. Du
gaz a donc été consommé : l’oxygène de l’air s’est uni au fer.
La pression à l’intérieur du ballon a diminué. Si vous attendez
suffisamment longtemps, vous verrez la laine de fer se recouvrir
de rouille.

216 La matière
ayant une plus grande affinité que le fer pour soit, pour les 10 millions de personnes
l’oxygène – celui-ci préférant y être attaché de l’agglomération parisienne, environ
plutôt qu’au fer –, il se forme des oxydes de 2 000 t !
carbone et le fer métallique est libéré. Comme pour la corrosion du fer,
Une autre opération essentielle pour la « combustion » des aliments se fait à
les êtres vivants, la respiration/digestion, température modérée (37 °C), bien qu’elle
ressemble aussi beaucoup à une combustion les transforme, comme la combustion vive
(cf. « Le corps humain », pages 411-423). En de la cire, en CO2 et H2O. Ce phénomène est
effet, toutes deux : possible grâce à l’action des enzymes qui
– consomment de la matière : combustibles facilitent énormément ces opérations (et
ou aliments ; bien d’autres).
– nécessitent de l’air ;
– produisent de la vapeur d’eau qu’on peut
condenser (pour la respiration, pensez à la
buée en hiver) ainsi que du gaz carbonique
(si vous respirez plusieurs fois le même air,
la concentration en CO2 se fait telle que cet
air devient impropre à la respiration).
Les quantités en cause sont considé-
rables. On a mesuré et calculé qu’une
personne humaine normale rejetait dans
l’atmosphère, sous forme de gaz carbonique,
l’équivalent de 200 g de carbone par jour ;

Si vous faites passer de l’air pur à travers de l’eau de chaux,


elle n’est pas modifiée ; si vous soufflez de l’air qui a été res-
piré, vous la verrez se troubler : l’air expiré est chargé de gaz

le feu, la combustion
carbonique.

Et pour aller plus loin, quelques questions d’enseignants


Vivant et combustion sont-ils indissociables ?
Vivant et combustion sont indissociables, car il faut compenser les pertes en énergie dues à la
différence entre les températures interne et externe, à la production de travail, etc. Prenez le
simple exemple d’un moteur à explosion : on n’imagine pas qu’il puisse fournir du travail sans
consommer du carburant qui y brûle…

Pourquoi certaines combustions vives font-elles des flammes et d’autres pas ?


Certains corps brûlent directement en se combinant à l’oxygène de l’air, on ne voit pas de flamme : le
charbon anthracite en est un exemple. D’autres corps sont, par la chaleur de leur propre combustion,
transformés en composés volatils (gaz), qui s’échappent et brûlent en dehors du composé initial,
on voit alors des flammes. Si le composé combustible est déjà gazeux ou gazéifié, on ne voit qu’une
flamme (c’est ce qui se passe dans les chalumeaux ou les moteurs à réaction).

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Comment les bactéries anaérobies (sans air) font-elles pour faire des fermentations : com-
ment font-elles des combustions sans air ?
Toutes les transformations de la matière mettent en jeu de l’énergie : elles en produisent ou
en consomment. Cela se vérifie toujours, même dans le cas de transformations qui ne mettent
pas en jeu de l’oxygène et qui peuvent néanmoins très bien fournir de l’énergie. Par exemple, le
glucose peut « brûler » complètement pour donner de l’eau et du gaz carbonique :
C6H12O6 + 6O2 ➞ 6CO2 + 6H20 ; mais il peut aussi, dans les fermentations, brûler incomplètement
sans apport d’oxygène pour donner un peu de gaz carbonique et de l’alcool éthylique : C6H12O6
➞ 2CO2+ 2C2H6O. Dans les deux cas, on retrouve naturellement dans le second membre de
l’équation tous les atomes présents dans le premier.
On comprend qu’il faille transformer beaucoup plus de glucose dans le second cas que dans
le premier pour produire la même quantité d’énergie. C’est une des raisons pour lesquelles les
micro-organismes qui travaillent ainsi doivent consommer des quantités d’aliments qui nous
paraissent énormes par rapport à leur poids.

Quel type de combustion s’opère dans un moteur à essence ?


Dans un moteur à essence dit « à combustion interne », le combustible essence est vaporisé
avec de l’air dans le carburateur (comme un parfum dans un vaporisateur) et injecté dans la
chambre du cylindre. Une étincelle produite par la bougie allume alors le mélange qui brûle.
Les gaz très chauds qui se sont formés poussent le piston jusqu’en bout de course ; il revient
ensuite en arrière. Ce mouvement de va-et-vient est transformé par une bielle en un mouvement
de rotation qui est ensuite transmis aux roues.

Quelle est la différence entre catalyse et pyrolyse ?


Nous avons vu dans le texte ce qu’était la pyrolyse. Le terme « catalyse » a un sens complètement
différent. Il s’agit de l’action de certaines substances qui rendent beaucoup plus faciles les
transformations d’autres substances. Par exemple, les gaz qui sortent des moteurs à explosion
contiennent des substances indésirables qui subsistent, bien qu’il y ait « tout ce qu’il faut » pour les
transformer en substances inoffensives. Les catalyseurs permettent cette transformation. De même,
l’action des enzymes lors de la digestion des aliments permet-elle de les « brûler » avec l’oxygène de
la respiration à une température beaucoup plus basse que si on les faisait brûler dans un brûleur.

Pourquoi le bois brûle-t-il ?


De même que la cire de la bougie est pyrolysée en gaz combustible, le bois brûle parce qu’il
est transformé par sa propre combustion en gaz qui se combinent à l’air et dégagent de la
chaleur. Si on chauffe du bois à l’abri de l’air, on peut recueillir les gaz et les utiliser, pour faire
marcher un moteur à explosion par exemple. C’est ce que l’on faisait avec les gazogènes. Dans
les « usines à gaz », du charbon gras est pyrolysé en grande quantité afin de fournir en gaz toute
une ville, y compris les « becs de gaz » de l’éclairage public.

Bibliographie les dynamos (qui transforment l’énergie


The Natural History of a Candle, Michael mécanique en électricité) ou les moteurs
faraday, John Murray, Londres, 1861 ; trad. fr. électriques (qui réalisent la transformation
H. Sainte-Claire Deville, Paris, Hetzel, 1865. inverse).
On doit à Faraday des découvertes aussi Premières scientifiques, Bordas, coll.
importantes que l’électrolyse (la coupure « Galileo », 1994. On y décrit la mesure du
par l’électricité des liaisons entre atomes), pouvoir calorifique d’une bougie.

218 La matière
Cette ressource est issue de l’ouvrage 29 notions clés pour savourer et faire savourer la
science, paru aux Éditions Le Pommier.

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