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Simplexité Chapitre 5

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Simplexité Chapitre 5

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CHAPITRE 5

Le cerveau émulateur
et créateur de mondes

« Le monde est infiniment complhqué, or enquêter


sur le mnonde n'est possible que dans le contexte de
questions [..). Les questions impliquent des répon
ses possibles et agissent comme un "format" pour
convertir de simples structures en informations signi
fiantes. C'est ainsi que l'intention, et le sens, sont
imposés par lobservateur. Ere un bon observateur
veut dire être capable de poser des questions perti
nentes à la nature ou, ce qui est équivalent, d'avoir
une interface qui laisse le monde apparaitre suffisam
ment simple pour assurer la survie. Nous avons
besoin de géométries simples et eficaces comme
interfaces, àI'inverse de ce qui se passe nécessaire
ment dans les théories physiques. »
J,KOENDERINK'.

Notre analyse de la simplexité est guidée par l'idée cen


trale que l'acte, et pas seulement l'action, doit ètre au centre
de toute analyse du fonctionnement des organismes vivants et
que, pour agir, la perception doit reposer sur des principes
Simplificateurs. La psychologie et les neurosciences ont main
tenant bien établi les liens profonds entre perception et
action. C'est pour cela que nous avons introduit le terme e
Perç-action » dans nÍs cours du Collège de France. Les
Principes implificateurs concerment aussi bien la percepton
et l'action. Il est, bien sûr, imposible de décrire tous les prn
pes Simplificateurs que l'évolution a mis en place : nous en
découvrons chaque jour.
LA SIMPLEXTT
74

Lapereption phénomnale
écran soit
Supposons que sur un
1'une en mouvement
et 1: projetée
l'autre 'image LLde
immobile,
deux boules: Contact avec La
mouvement va entrer en
boule en
amorce immédiatement
un mouvement. l'doitautre,
Notre cerveauquia
construit un percept de causalité
physique. On
Michotte", souvent copie et au psy-
rarement
chologue belge
d'avoir réalisé des expériences nombreuses pour étayer ses
Cette
théories concernant la causalité phénoménale. impres
sion de causalité physique est, pour Michotte, une donnée
phénoménale sui genenis". Elle exige l'intégration, en
seule unité globale, de deux mouvements d'objets distinct
se succédant sans interruption et hiérarchisés de telle facon
råß
que le premier soit dominant et détermine le centre de
rence du second. Michotte rejoint ici tous ceux pour qui le
sens est inscrit dans la perception même : «Les résultats de
analyses structurales, écrit-il, montrent que les phénomè
nes de perception de causalité sont pleins de sens en eux
mêmes et que, par conséquent, toute interprétation du
"donné" serait superflue parce qu'elle n'enrichirait en rien
son contenu. C'est dans des phénomènes de ce genre qul
faut chercher sans doute l'origine du concept de causalitë
physique". » L'interprétation ne serait donc pas nécessaire
pour appréhender les propriétés globales de la dynamique
causale des relations entre les objets.
Un autre psychologue, Shepard, a fait une interprétation
tout a fait originale des propriétés des mouvements apparent.
Le cas le plus simnple de mouvement apparent est celui p
lequel on allume deux lumières, alternativement àgaucheet
un
àdroite sur un écran : dans ces perçoit
conditions, on
mouvement apparent, comme si une seule lumiel
deplaçait. La perception des trajectoires des mouve
naturels des animaux, des oiseaux par exemple, particui-
organisée, non pas en fonction des Seaè
caractéristiques
CER
VEA U ÉMULA TEUR ET CRRÉATEUR DE MONDES 75
LE
res de tel ou tel animal. dont les trajectoires possibles
multiples, mais en fonction de lois cinématiques simples.SOnt
La
de
perception prend acte I'existence
continue (la
pe de l'objet et fait simplement I'hypothèse d'un pema-
mouve
ment
rigide, le plus simple possible, qui transporte la
première vue
nte d'une façon compatible avec le
dans la suivante
int de vue de l'observateur ou de l'objet perCu.

Le rêve et les lois de Newton

Dans une telle perspective, la simplification du mouve


ment prédit ou imag1ne serait due à une intermalisation des
propriétés des principes les plus abstraits de la cinématique.
Nous avons confimé ce point dans les expériences sur la
canture d'une balle faites en microgravité, qui suggerent que
le cerveau dispose de modèles internes des lois de Newton'.
Nous savons aujourd'hui que de nombreuses lois du com
portement physique des objets dans le monde sont internali
sées, c'est-à-dire que des neurones de notre cerveau ont des
proprietés qui permettent de simuler ces lois. C'est pour cela
que, lorsque nous rêvons, en labsence de toute information
sur le monde extérieur, nous avons l'impression qu'une valise
est lourde, que nous montons difficilement une pente ou que
nous ouvrons des portes rigides. Autrement dit, dans le rêve,
nous n'avons pas besoin du monde réel pour en simuler tou
tes les propriétés.
Le cerveau peut ainsi anticiper sur le comportement
u ODjets ou de personnes en mouvement. Imaginons que l'on
ontre une série de photos successives d'une personne qui
lance une balle Ou qui saute d'une chaise sur le sol. Et imagi-
nons que l'on interrompe la série àla photo Net qu'on pro-
POse au lecteur le choix de plusieurs photos qui montrent e
versions possibles de l'étape suivante du mouvement (la
photo N+1). Cela va obliger la personne àprédire la trajec-
toire de la balle ou celui qui saute. Les résultats de ce genre
76
LA SIMPLHXITh
prédiction est
d'expérience montrent que la faite en fo
des lois
grace à
de la
des modèles
avec
physique newtonienne de une grande io
internes des lois la mécanique
même, le cerveau
foidnctéliioten,
et des
propriétés du corps. De
mouvements
rapideent sur des fil1ns les lois du
détecte-t-c'ilesttrÁs
impossibles,
mouvement naturel. I|
ne répondant pas aux
dire mouvemen L: |
détecte égalenent, etineaiatement, un point0.
gique, nnême
personne on ne lui presente que quelques
si ce mouvement. De telles sinmulations men-
realisant
tales sont guidées par des internalisations de lois de la physi-
que newtonienne.

Les racCourcis

Pour Shepard toujours, lorsquil a peu de temps pour


agir, le système perceptuelprend des raccourcis : il n'emploie
plus les méthodes d'analyse qui respectent, par exemple,
T'espace eucidien, la cinématique géométrique et le théo
rème de Chasles. Et quand vraiment il faut aller vite, il peut
transgresser les lois ou les règles selon lesquelles il fonctionne
nomalement. Lorsque différentes trajectoires sont possibles
dans un espace tridimensionnel, ce sont souvent des courbes
géodesiques, c'est-à-dire les courbes les plus courtes sur la
Surtace en question, qui seront suivies (comme les avions qui
volent de Paris àNew York).
D'une façonplus générale, la complexitédu monde peut
être facilement vaincue si notre cerveau construit une com-co
un
taine cohérence entre les composantes du réel. Dans
mentaire sur von Uexküll, le psychologue de l'enfarnt r
paradoxale-
Piéron signalait que l'environnement naturel est, arti-
ment, plus facile àanalyser que certains environnements
quil contient
ficiels (par exemple un nuage de points) parceimmédiatement
des formes, des Gestalts peu signifantes mais analy
reconnaissables. Ces formes sont reconnues par pal les «
seurs » du cerveau Specialisés dans la reconnaissance des
U ÉMUL TEUR ET CRÉATTEUR DE MONDES
CI!RVEA 77
LE

mes animales, des postures ou du mouvement naturel. C'était


des intuitions fondamentales du
psychologue
Gibson"lorsqu'il écrit que le cerveau détecte la «faisabi-
lité», pauvre traduction du mot anglais affordance. Pour
Cihson, le cerveau ne mesure pas du tout les paramètres phy
siques des objets (luminarnce, contraste, dimension,etc.), mais
nnort entre I'objet perçu (un auteuil, une porte) et une
action en puissance ($y asseoi, la franchir), notion aussi
proposée par le médecin Pierre Janet.

Le ceveau émulateur de réalité

Notre cerveau émulateur fait donc des hypothèses. Mais


il ne fait pas que simuler la realite, il émule un monde possi
ble. Par exemple, l suppose que les objets sont rigides ou il
transforme le monde perçu pour le rendre aussi symétrique
que possible, et cela au prix de déformations
(perceptives) de
la réalitéphysique. Le cerveau phénoménal a ses lois d'inter
prétation. Shepard proposait que la perception soit une hallu
cination guidée extérieurement. Selon lui, l'imagerie mentale
et certaines formes de pensée n'etaient que des
perceptions
simulées de façon interne, à des niveaux de simulation
abstraits!. plus
Pour Koenderink, physicien qui s'est consacré àl'éude
de la perception humaine et fut l'un des
premiers àsuggérer
que le cerveau ne traite pas les informations
visuelles ou tac
tles avec une g¿ométrie eucidienne, un cerveau
produit des hallucinations : la perception n'est pas unenormal
sentation d'ån monde qui existerait indépendamment repre
nous, Koenderink écrit: «Les de
perceptions ne sont pas dans le
celveau, ni dans le monde, elles sont dans l'expérience**.
Voilà qqui explique que les différences interindividuelles
SO1ent considérables: «Les varia
variations en fonction de l'obser-
vateur sont considérables. Je trouve des variations de plus de
cing fois dans le jugement de profondeur chez differents
78 LA SIMPLEXIT
trouve des differences dans
Sujets ...]. De même, je
du plan fronto-parallèle qui vont
un écart énorme qui n'est
jusqu a soixante-die
pas perçu par les
l'atit
fois.
sujets
ude
C'est
quand
is discutent l'image. » Ces diftërences considérables soont lhées
simpliner en sélectionne
au fait que nous cherchons a le monde
qui est pertinent pour nous, dans sensible,.àchaque
émulons des mondes
mais aussi que nous
instant,Ces idées sont anciennes. sensibles.
Le savant Ernst Mach Com-
la facon
mence son traité de mécanique, en TÝ+, de important
le plus
vante : « Le plus direct et, en un sens,
problènmes que notre connaissance consciente de la nature
doive nous permettre de résoudre est l'anticipation d'év¿ne
d'événe-
ments futurs de sorte que nous pouvons arranger nos affaires
...J et
présentes en accord avec de telles anticipations [..1
sur le futur
nous pouvons tirer des predictions symbolas
formons pour nous-mêmes des images et des
d'objets extérieurs; la forme que nous leur donnons est tella
penséA
que les conséquences nécessaires des images dans la
sont toujours les images des conséquences nécessaires dans la
nature des choses que nous avons représentées. Pour que
certaine
cette eXigence soit satistaite, il doit y avoir une
conformité entre la nature et nos pensées. » Notre cerveau
est bien un «émulateur de réalité». Un aspect fondamental
de la simplexité est cette activité créatrice de notre cerveau.
Celui-ci résout le problème de la complexité du monde
extérieur en produisant des perceptions compatibles à la fois
àses intentions pour le futur, sa mémoire du passé et les lois
du monde extérieur qu'il a internalisées. Il crée, au fond, un
véritable Umwelt. Ce qui a un prix :l'erreur.

Le déjà-vu/déjà-vécu
Une propriété fondamentale de la simplexité est, coms
nous l'avons précisé, l'anticipation perceptive, qul centri-
partie effectuée par influences descendantes (top-down)
VEAU ÉMULA TEUR ET CRÉATEUR DE
LE
CER MONDES 79

J'aidéjà cité les hypothèses de rigidité et de symétrie


fuges.
faitessur ce que nous percevons, par la Vue ou un autre sens.
lorsque nous percevons unobjet da
objet dans des
Deplus,tlou ou mal éclairé, nous attribuons
oæil est empruntées à
à conditions
cet objet des
propriétés notre bibliothèque
d'objetsparfois
stockéeun
en mémnoire, C'est ainsi que nous confondons
rocher avec un éléphant, le soir dans la pénombre. Les bases
neurales de cette catégorisation, qui a donné lieu àla théorie
de la
vérification du modèle de l'objet, à partir d'images
risées résultant de 1eXpernence, Sont mantenant connues
rôle du cortex préfrontal y a été démontrél
et le
Mais il y a plus. Le neurochirurgien Penfield avait déja
:Äentifié dans le cortex temporal des aires qui, lorsgu'elles
sont stimulées électriquement chez des patients
épileptiques,
évoquent des impressions de déjà-vu/déjà-vécu. Cela COrres-
ndà la mémoire dite épisodique, qui est à la base de not
mémoire autobiographique. Des patients disaient ainsi : «l'ai
I'impression d'etre assis dans le salon de ma mnère. » Ce n'est
donc pas seulement un objet qui est evoqu par la mémoire,
mais toute une scène vécue. Cela signitie que le cerveau pro
jectif est capable d'évoquer une scène complète pour inter
préter le monde tel quil a été perçu et vécu àun moment
donné du passé. La mémoire impose des modèles d'interpré
tation. Cest aussi une source de familiarité,

La résonance
Le caractère prédictif de la perception est bien ilustré par
e concept de résonance. Gibson, en 1966, a propose que la
Perception soit une sorte de résonance entre des attentes au
système nerveux et des invariants que ce dernier extrait de
lunker
'dire,envircomme
onnement extérieur. Ce concept, aussi
propose
en 1985, a été expicité par Shepard". Au leu de
Gibson, qu'un organisne saisit des «faisabilités
par

ttantes (afordances) qui sont complètement présentes dans


LA SIMPLEXITt
80

les espaces
sensoriels, il propose que
avec des
l'organisme soit, àse
configurations
moment, accordé pour résonner
lui et profondément liées à Sen.
tout
signifantes pour
sorielles 1C une prémonition
voit ici son envi-
ronnenment. On voit
lexistence du systÁme remarquable
miroir, déécouvert par Rizzolatt;il6 de
auraient trois types de propriétés :: Les
systèmes résonants
ilsrépondent de façon diffrente aux nmêmes stimui, en fonc-
quoi is sont accordés ; ensuite, ils
d'abord,
tion de ce sur peuvent être
excités de difterentes façons ; enfin, on peut les déterminer à
une simpleimpulsion à
résonner en leur envoyant
l'intéieur
de leur propre structure. Ils peuvent auSSi résonner lorsqu' on
différent de
leur appique un signal très légèrement celui pour
lequel ils ont étéaccordes, mais si Ce s1gnal a une certaine ral
tion. par exemple harmonique, avec la trequence de l'accord
Cette capacitë àfaire résonner des systèmes internes par
aux
des stimuli proches des stimuli normaux expliquerait certai
cane.
nes propriétés de remplissage perceptuel, c'est-à-dire la
cité qu'a le cerveau de continuer a voir le monde extérieur
même s'iln'y apas de signaux présents.C'est le cas fréquem
ment de la vision où >'on peut omettre une lettre dans un
mot, mais avoir l'impression d'avoir Vu ce mot, ou dans un
Visage. De cette façon, on peut généraliser lidée en disant
que le systéme nerveux entre en résonance avec des éléments
sensoriels très particuliers comme des sons, des lumières ou le
déplacement d'une simple ligne. Le même système nerveux
entre en rééonance avec des catégories conceptuelles plus
élevées comme des formes et des visages. La résonance est
cette propriétésimplexe qui économise considérablement a
neurocomputation.

La redondance
proposé
Dans la liste des principes de la simplexité, j'aipremière
de donner un rôle particulier à la redondance. A du
Vue, pour les tenants comme Shannon de la théorie
VEAU ÉMULA TE
UR ET CREÉATEUR DE
LE
CER MONDES 81

signal,la redondance dans un canal d'information est inutile,


elleencombrele canal. Pourtant, la redondance a été uti-
carelle
-
lisée dans les transmissions pour éviter des erreurs ou dimi-
nuer les eftets du bruit. En biologie, la redondance est inté-
ressante pour le traitement sensoriel". Barlow note : « Mon
jdée princeps est la même que celle d''Attneave : [..] le cer-
veau de l'hommne ne peut pas utiliser toute l'information
fournie par des états de stimulation qui ne seraient pas redon-
dants. » Selon Barlow, la redondance aide notamment àla
prédiction et l'anticipation : « La connaissance de la redon-
dance des messages de l'environnement permet l'identifica-
tion de patterns å un stade très précoce (de la perception)
[..]et rend les prédictions possibless » La redondance est
également importante pour le raisonnement inductif et
I'inférence.
Une telle propriété ne concerne pas seulement la per
ception. Elle est sans doute fondamentale à tous les niveaux
des organismes vivants. Un exemple d'implémentation biolo
gique de la redondance se trouve chez les bactéries où l¡n
observe deux voies correspondant respectivement aux deux
principes de diversité et de redondance. Les biologistes
Daniel et Koshland notent : « La mère Nature obéit au
principe de redondance en sélectionnant un mécanismne sim
ple, ou module, comme élément de base (building block) pour
un système complexe, puis en utilisant ce module de nom
breuses fois, y compris dans d'autres systèmes .... De même
que des composants chimiques très différents peuvent etre
Crees par différentes permutations de protons,
neutrons et
électrons, différents systèmes biologiques peuvent être cons-
trüits avec des récepteurs similaires, processus
et membranes. enzymatiques
Les principes fondamentaux en biologie que l'on peut
appeler principe de redondance et principe de diversité sont bien
il ustrés par un système de signal de transduction cellulaire et
moléculaire biologiqmécanismne
ue connu existe
sous le nom de « voie àdeux
Composantes ». Ce àla fois chez les bactéries
(procaryotes) et chez les plantes (eucaryotes, organismes
LA SIMPLEXTTE
82
noyau);il existe
vivants dont la cellule
lement
à un donc potentiel
Lechez l'honme.
principe de redondance conduit à des mécanismes
transduction similaires dans des organismes differents, et le
que des variations de ce
de diversitésuggère
principe
sont adaptées processus
aux besoins de l'organisme dans lesquels eles se
produisent. On trouve ici le fondement moléculaire de la
inclut àla fois la similarit¿ des
notion
la
d'Umvelt
spéciticité
etspécifiques
qui
de mondes perçus
perçus ou de foncions
de mondes possibles
à chaque espèce. Le grand neurophysiologiste
Vermon Mountcastle avait, vers 1960, lancé l'idée que dans le
était rénáte
cortex cérébral, l'architecture fonctionnelle
nombreuses fois, mais que c'était la connectivité avec d'autres
aires qul définissait la spécificité fonctionnelle de chaque aire.

Lapériode critique
ou le chameau qui pleure

Une des inventions les plus extraordinaires de l'évolu


tion pour simplifier le fonctionnement du cerveau est sans
conteste la période critique. Ces périodes sont des moments
précis dans le développement. En effet, chez les bébés
maux, comme chez l'enfant, de nombreuses capacités sensori
motrices ne se mettent pas en place de façon continue. ll y a,
par exemple, une période critique dans les premières
semaines- pour le développement des propriétés des celluies
période
du cortex visuel. Un chaton aveuglé pendant cette
aura un système visuel déficient. De même, un chaton trans
ne verra pas
porté passivement pendant cette période critique
bien, car l'activité est fondamentale dans la mise en place u
fonctions sensori-motrices et cognitives. précise
L'exemple le plus célèbre est la période très
empreinte,
d'identification de la mère que Lorenz a appeléeensuiteidert-
car elle fixe dans la mémoire une forme qui est puissante
tifiée la mère". Cette empreinte est
à tellement
VEA U ÉMULA
TEUR ET CRÉA TEUR DE
CER MONDES 83
LE
qu'on peut obtenir que des bébés canards suivent un sac de
cuirprésenté au moment crucial. Il ne s'agit donc pas seule-
Cu une spécialisation localsee a un sens, mais d'un
pro
ees complexe permettant à l'animal d'identifier dans le
cessus
monde extérieur les formes qui ont un sens pour lui - son
euelt en quelque sorte. MMon 1dee est que cet échelonne
ment dans le temps de l'émergence des fonctions simplifie la
relation avec le monde extérieur en évitant que le
à établir les diffrents
cerveau ait
réseaux fonctionnels en parallèle. Les
dent la péiode critique sont complexes,
processus qui Sous-tendent
ese situent meme au niveau moléculaire, mais ils
participent
la simplexité.
Récemment, T'on a pu suggérer qu'l existait une
wbriode critique pour la locomotion, période où s'effectue la
coordination complexe entre la production des rythmes
locomoteurs et les mécanismes du contrôle postural. Je sug
gère qu'il y a aussi des périodes critiques pour le développe
ment des fonctions cognitives comme la capacitéde changer
de point de vue qui, d'après Piaget, se développe particuliè
rement vers 7-8 ans. A cet age, se produit une véritable
période critique cognitive, De façon plus générale, I'ensem
ble du développement est organisé en séquences
temporelles
très précises, en fenêtres quis'ouvrent et se ferment. Quel est
lavantage d'une telle organisation ? Certainement une sim
plification de la mise en place des fonctions sensori-motrices
et cognitives.
Terminons cette courte évocation des périodes critiques,
par la belle histoire du chamneau qui pleure".
nomades vit en autarcie en Mongolie où elleUne farmille de
meaux qui font partie de leur vie quotidienne. élève des cha-
Une chamelle
est prête à mettre
bas, mais elle y parvient seulement avec
beaucoup de difficultés. Après cet accouchement perturbé,
elle se
désint¿resse
tion voulant de son bébé et lui refuse son lait. La tradi-
que le jeu d'un violoniste puisse émouvoir la
chamelle et la réconcilier avec son bébé chameau, le père
envoie son fils à la ville
voisine pour chercher un musicien
visiblement spécialisé. Celui-ci vient au vil age et joue devant
84
LA SIMPLEXITk
trouve son entant. An
la chamelle devant laquelle se pleurer, puis,
la chamelle se met à
moment,

les mamelles et boive son lait. Cette


scène prémouvante
ogres iVement,
se rapproche de son enfant et finit par accepter qu'il ui tete

extraordinaire qu'elle est vraie.


aussi
Comment interpréter cette histoire ? Après I'accouche-
ment, suite à des circonstances de naissance très perturbée, le
(empreinte) entre la mère et l'enfant
'enfant n'a pas pu s'établir
lien
au moment critique qui, sans doute, permetàla mÁre d'iden-
tifier son bébé. C'est pourquoi elle lui refuse le lait. Toute-
fois, il semble y avoir dans les tonalités et le rythme de
la
musicale, permettan
musique des signes, ou une torme Ainsi, vovant L
cette association de se produire de nouveau.
la cha
bébé chameau près d'elle, en écoutant cette musique,
melle lui attribue les sons du violon et laccepte, émue par ce
qu elle entend.
Dans l'ensemble, les bases neurales de la période critique
en
claires
restent mystérieuses. En revanche, elles sont assez
mnoléculaires
mécanismes
ce qui concerne la vision. Certains
en ont été élucidés". Chez le poulet par exemple, une struc
intermédiaire
ture particulière du cerveau antérieur, la partie
médiale de l'hyperstriatum ventral (IMHV), est le siège de
transformations de la densitépostsynaptique qui peuvent etre
Un
responsables de la mémorisation de stimuli visuels.
mécanisme, découvert récemment, implique l'inhibition des
neurones du cotex visuel primaire. On notera ici que cest
qui
encore un mécanisme de sélection par l'inhibition
module lexcitabilité des neurones du cortex visuel pendan.
ces péiodes critiques.
Un autre mécanisme a été r¿cemmnent découvert. e
homéoprotéine, Otx2, influe sur la maturation des neurones
impliqués dans la plasticité chez la souris après fermeture la
autres,
ouverture des yeux Ces travaux ont fourni, entre intervenir le
première preuve qu'une transmission faisant confirme que
GABA est nécessaire àla plasticité in vivo. Cela peut être
le déroulement temporel de la période critique la
contrôlé par des interneurones inhibiteurs. Quelle quesoit
TE UR ET CRÉATEUR DE
CERVEAU ÉMULA MONDES 85
LE
subtilitéde ces mécanismes, le fait remarquable pour notre
proposSurlasimplexitéest que les périodes critiques pour les
tions sensorielles, motrice
motrices et sans doute
fonctions
répartissernt dans le temps avec un calendrier
cognitives se
d'assurer leur emboîtement, leur ordonnancementsusceptible
de façon
rigoureuse. Le cerveau peut ainsi construire peu àpeu l'inté-
grationglobaledu comportement. L'organisation temporelle
développement des fonctions du vivant est l'un des
du
la simnplexité.
aspects fondamentaux e

ldentifer les objets


I'une des questions les plus fascinantes de la physiologie
est celle de l'unité de la perception, c'est-à-dire le fait que
nous percevons les objets ou les animaux comme des entités.
Déià au Moyen Age, on distinguait dans les obiets un carac
tère appelé essentia et un autre appelé accidentia. Sans vouloir
résumer ce champ de recherches, retenons ce que l'on peut
appeler la querelle de l'unitéde la perception. Certains psy
chologues comme Gibson, Turvey ou Michotte ont, à des
degrés et avec des points de vue divers, soutenu que nous
avons un accès direct aux propriétés des objets de l'environ
nement. Cette idée semble remise en cause par le fait que les
capteurs sensoriels, chez tous les animaux et chez l'homme,
decomposent le réel en éléments très simples, en composan
tes, Les neurones des voies visuelles codent ainsi de façon très
$pecialisée la forme, la couleur ou le contraste. Il faut donc
trouver une nouvelle théorie aui associe léclatement de la
Perception dans le système sensoriel et son caractere global et
prédictif sur lequel j'ai insisté dans ce qui précède. La ques-
tion est difficile et encore
sans reponse.
Un caractère COmmun à toutes les théories et toutes les
Ouvertes sur ce thème est gue le cerveau dispose de plu
S ecanismes pour simplifier cette identification. On
suppose aujourd'hui que la synchronisation d'oscillations en
86 LA SIMPLEXITE
particulier, dans une bande de fréquence dite
simultanéigamma
seconde, et la
40 et 150 oscillations par
relle d'activités dans les différents centres qui codent
le
té cestempo-entte
etre mportante pour
buts, pourraitreconstruction l'unité liage perceptif, attn-
dire pour la
de de l'objet Cest-a
ainsi
posé. Au
pemettent
simple niveau du cortex
l'identification précoce de
visuel, des
decom-
certaines mécanismes
d'objets. Des pattens spontans
lyse du monde visuel2% La forme,
sont créés
la
qui
couleur, la 1 propriY'eantéa-s
préparent
mouvement sont eux-Memes des assemblages particulie le
corrélations spatio-temporelles) de signaux, et non dees
luminance,
donc une tendance
posantes primaires. Il yaurait
forner des compositions de plus en plus permanent(dese
complexes
compositions de compositions)". Le problème essentiel ser
alors que toutes les compositions, tous les assemblages da
signaux ne peuvent etre analyses. y aurait, par exemple
plus de configurations dans une image en noir et blanc de
16 par 16 pixels que de particules dans l'univers ! On le com
prend ici, nous n'avons pas encore découvert comment le
cerveau donne aux objets du monde (et ànotre propre corps
que nous considérons aussi comme un objet) leur unité.
Résoudre ce problème exige que nous comprenions àquoi
servent nos sens et quels mécanismes simplexes leur permet
tent d'appréhender le monde. C'est ce que nous allons
examiner maintenant.

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