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Saint-Francois-D-Assise Belles - Abbe Jean Pihan

Belles vies belles histoires

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Saint-Francois-D-Assise Belles - Abbe Jean Pihan

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A belle histoire que je vais te raconter se passe en Italie, au Moyen Age, a l'époque ot la Franceavaitcommeroi Philippe-A uguste. L’Italie était alors divisée en un grand nombre de principautés et de républiques. Ces Etats minuscules se faisaient souvent la guerre, mais ils s‘alliaient ausst de temps en temps pour se défendre contre un grand personnage dont ils étaient plus on moins les vassaux : I’ Empereur, Celui-ci révait de reconstituer 'Empire de Charlemagne. IU avait beaucoup de difficultés avec le Pape, dont les Etats occupaient tout le centre de I'Italie. Le Pape ne voulait pas que I’Empereur, en devenant trop fort, finisse par dominer tous les peuples. | Mon histoire commence a Assise, une belle petite ville s'éageant sur une colline qui domine une plaine magnifique. On est a moins de cinguante lieues de Rome, avec les détours de la route. C'est dans cette petite ville que vint su monde, en 1182, un petit gar- on que sa mére, Dame Pica, voulut appeler Jean. be papa, Pierre Bernardone, riche marchand d’étoffes, était alors en voyage. Quand il revint, il voulut faire plaisic & sa femme qui était francaise, et i décida que enfant s'appellerait Francois, c'est-i-dire « petit Fran- sais ». 3 Frangois commenga de bonne heure a aider son pére dans son commerce, D'un esprit vi, enjoue il attra les cliente. Intelligent ef adroit, il montraie das dispositions pour les affaires. Son pére n’aurait eu qu’ se louer de lui, s'il n'avaie &é eres prodigue. argent qu'il gagnait, il ne songeait guére & 'amasser 1 préférait le dépenser en faxes de toutes sorces avec ses amis, Son pére et sa mere le gourmandaiert vainement & Te erois-tu done le fils d'un grand seigneur ? » 2 Ventane fut baptisé dans Ia belle cathédrale d's sise, dédiée & saint Rufin. un missionnaire qui avait vangélisé le pays au Ill sigcle avant de subic lo mareyre. Les parents de Francois firent donner a leur fils une bonne instruction. Les prétres de I'église Saint-Georges, qui tenaient une petite école pas trét éloignée de lat maison de maitee Bernardone, lui apprirent le latin et mame le frangais qui état alors is langue des postes et des troubadours. 4 Frangois laissait dire, II devint le chef et le « roi » d'une bande de joyeux amis, qui aimaient circuler dans laville, eriant fort, faisant des niches aux bons bour- geois, buvant sec ot s'offrant a toute occasion de plantu- eux repas a [a fin desquels on récitalt des vers ou I'on chantait des romances, 4 la maniére des troubadours. En pleine quit, la bande déambulait bruyamment 4 travers les rues étroites, au son de la viole et du luth. Frangois, qui marchait en téte, s°était fait faire un hhabie de jongleur. 5 Toue en jetant, comme on dit, I'argent par les fenétres, le jeune homme ne refusaic jamais de faire I'auméne. Tout naturellement, il se croyait obligé, Pulsqu'll avait beaucoup d'argent, d'en donner beaucoup aux pauyres puisque, disait-il : « Dieu lul-méme m’a promis de me repayer au centuple. » 1 faut dire aussi que Frangois — chose étrange pour un jeune homme qui dépense beaucoup, qui festoie, qui s'étourdit avec une bande de camarades — restait irré- prochable dans sa conduite morale. Il ne permetcait pas que, devant lui, on pronongit des paroles inconvenances, IN respectait [es jeunes filles comme un vrai chevalier, $ Un jour, un mendiant vint lui demander Mauméne sors quil était trés occupé, dans Ia boutique de son pére, A servir les clients. Agacé, Francois le chassa Puis, tout honteux de ce quill venait de faire, #1 s'élanga dans la rue, retrouva son mendiant, lui demand pardon les larmes aux yeux. Et ce jour, il ft veeu de ne jamais refuser de secourir quiconque viendrait ui demander quelque chose « pour Vamour de Dieu ». 7 Bien entendu, les gens raisonnables ‘indignarent de voir les jeunes bourgeois d’Assise commettre mille folies. Plus d'une fois, les voisines vinrent trouver, la mare de Francois : « Ah! pauvre Dame Pica, vous étes bien & plaindre d'avoir un fils pareil! > Mais elle, qui savait que son fils aimaie les pauvres, qu'il était loyal et courageux, et quill gardait son ccxur pur, répondait avec confiance | « Patience, patience! Qui ssie s'il ne deviendea pas un véritable enfant de Dieu? » 8B larriva que les citeyens d’Assise décidérenc d'en- tourer leur ville de remparts. Toute la population se mit au travail avec enthousiasme, Francois lui-eméme transporta des pierres et fit le magon, Le peuple, fier de ses remparts, se révolea contre la noblesse des environs. Ce fut la guerre civile, Les nobles nvhésitarent pas a demander du secours a la puissante ville de Pérouse, voisine et rivale d’Assise Pérouse ne demandait pas mieux et envoya son armée S‘emparer d'Assise, 9 Au lieu de rester derriére leurs remparts, les citoyens d'Assise — soldats, bourgeois, nobles restés fidéles & leur petite patrie — allérent rencontrer les asaillants dans la plaine, au Pont-Saint-Jean, Pérouse fut victorieuse, et un grand nombre de combattants d'Assise, parmi lesquels Francois qui avait alors vingt ans, furent faits prisonniers. Le fils du marchand avait si belle allure qu'on l'enferma avec les nobles et les chevaliers. Il devait demeurgr un an environ dans son cachot, situé sous le palais du capi taine du peuple. 18 Les journées paraissaient longues a tous ces jeunes, qui s'enmoyaient et se décourageaient. Mais Fran- ois s'efforgait de conserver sa belle humeur afin de réconforter les autres : il chantait, plaisantale, faisait mille cours amusants : « Tu te moques de nous, s'éeria un jour !'un de ses compagnons, Le temps n’est pas la plaisancerie. Si nous savions seulement quand finira cette maudite eaptivité! » « Bah! répondit Frangois, pensons a demain! De beaux jours ceviendront. Ainsi, moi, je pense qu'un grand avenir m'attend et que le monde entier s'inclinera devant mol. > HI @ Nous voici libres, amis, A nous tes (tes et les plaisirs! » Frangois, & la céte de sa joyeuse bande, paraissait plus décidé que jamais 4 mener grande vie Un jour, i! comba malade. il failit mourir, Dame Pica soigna son fils avec beaucoup de bonté, Un jour vint of elle lui permit, pour la premiére fois, d’aller faire une petite promenade dans fa campagne, en s‘aidant ¢’une Ce jour-li, Frangols, qui avait beaucoup réfléchi pen- dant ses insomnies, se sentic cout eriste en contemplant sa ville et en pensant ses amis! 12. A avait impression d'éere un inutile et de gicher 32 vie, Alors, lui qui avait entendu si souvent les troubadours déciamer Ia Chanson de Roland et les autres romans de chevalerie, décida de devenir chevalier et de se couvrir de gloire. Il entreprit de rejoindre le cote Gauthier qui, avec quelques chevaliers frangais, avait mis son épée au service du Pape et se dispasait 4 chasser G'ltalie les Allemands a Ia solde de |'Empereur. Frangois prépara son équipement. Bientét, pensait-i, it serait armé. chevalier. « Je vais devenir un grand prince! » disait-il a ses camarades, ‘Comme il earacoiait figrement, essayant son cheval et son armure, il reneantra un de ses amis qui, lui aussi, se préparait, C'éeait un noble ruiné; son cheval était ‘maigre et son armure piteuse. 13. Frangois hésite un peu, puis sa générosicé I'em- porte, I! descend de cheval, retire son armure et ses beaux vétements qui lui avaient coute sicher, ‘change tout avec son ami qui proteste : « Tu es plus digne que moi de monter ce beau cheval et de revétir cette armure. Tu es noble, je ne suis que le fils d'un marchand! » 15 Ses camarades de jeux et de festins, loin de le teaiter de capon et de dire qu'il ne savait pas se décider, lui irent féte et lui donnérent un titre qui veut dire « prince des plaisirs >. Frangois, cepris par ses anciennes habitudes, organisa sur leur demande un magnifique banquet qui couta des sommes folles. Chacun le félicita 3 qui mieux mieux. Mais Frangois ne participait pas a [a gaiteé commune, Quand les con- vives, 3 "aube, se répandirent en chantant dans les rues, il les suivit de loin tout pensif 14 Enfin, Frangois prit le départ, Mais 4 la seconde étape — Spolece combe malade, Ii se couche, et soudain il s'entend appe- notre apprenti chevalier re- ler : « OU vas-tu? — En Pouille, pour devenir chevalier. = Disemoi, Frangois, du maitee ou du serviteur, qui des deux est le plus capable d’étre généreux & ton égard ? ~ Le maitre! » répond Francois. « Alors, reprit Ia voix, pourquoi Voccupes-tu du serviteur et non du maitre ? » Frangois devina que cette voix venait de Dieu, mais il n’en comprit pas le sens. Tout songeur, il retourna Assise. 16 Une fois de plus, il venait de sentir combien sa vie éuait frivole et inutile. En méme temps, un senti- ment tout nouveau envahissait, comme lannonce de quelque chose de trés doux et de teés fort & la fois, Ses compagnons retournérent sur leurs pas et I'inter: peliérent «Eh! Frangois! A quoi réves-tu! Tu songes & te Et, entrevoyant tout & coup la vie nouvelle qui atten- ait, Frangois leur repondit « Beaux seigneurs, vous dites vrai, et la fancée que je veux conquérir est plus noble, plus riche et plus belle ‘que toutes les femmes que vous connaisse2, » 17 Frangois, le jeune homme riche qui ne refusaie jamais rien aux pauvres, avait compris cette fois pour toujours que le Maitre qu'il fallaie servir, cétait Notre Seigneur Jésus-Christ, et que la fiancée qu'il fallait conquérir, était la pauveeté. « Dame Pauvreté », dira-til Ii serait désormais le chevalier de la Pauvreté. Ec, se regardant, il se méprisa et regretta les longues années perdues. On était en 1205. 11 avait vingt-trois ans. 18 Frangois était « converts», mais il ne faut pas roire qu'il était devenu saint du premier coup. Pour devenir chevalier, il faut un long exercice. Frangois réfléchissait,lisait I'Evangile, priait beaucoup. De quelle maniére le Seigneur voulait-Il quill servic «sa Dame »? II priait dans les églises, il priait dans la campagne et dans les creux de rochers of il allait chercher un peu de solitude, Ul demandait 4 Dieu le courage dont il avait besoin, car i était souvent tenté de reprendre Ia vie facile et joyeuse de naguére, 19 Tour son argent passait désormais en auménes, ov encore en athats de vases précieux pour les églises trop pauvres. lI donna. ses vatements. son chapeau, ses souliers, Peu a peu, il comprit que, pour bien servir Oame Pauvreté, il fallait faire davantage encore, Il fallait qu'il devienne pauvre lui-méme, pauvre comme un mendiant En aurait-il le courage? A Assise, on se moquersit de lui. Ses parents, ses amis le croiraient devenu fou. 20 Il décida de partir en pelerinage 4 Rome. Li, on ne fe connaissait pas. I! pourrait, « pour voir », faire Je mendiant pendant quelque temps. Arrivé A Rome, il alla prier au tombeau de saint Pierre Voyant les pélerins jeter quelques maigres oboles, il vida complétement, sur les dalles, la bourse bien garnie que Dame Pica lui avait remise. Puis, n’ayant plus rien, il alla trouver ("un des mendiants assis sur le portail de la basilique et lentraina 8 'écart 21 Couvert des haillons sordides du mendlant, Ie fls du riche marchand d’Assise, tout frémissant de egoit, s'assit A son tour sur les marches et se mit 3 implorer en francais la charité des pélerins. Lorsqu'i! feut ramassé quelques sous, il rejoignit le pauvre, lui remit les auménes, partagea avec lui une écvelle de soupe, puis, ayant repris ses vétements, il rentra a Assise, tout ému davoir fait — un court instant — Vexpérience de fa misére totale. 1 savait maintenant que cette pauvreté absolue ne lui ferait pas peur. 22. Il attendaie cependant des signes plus précis de la Providence pour orienter son action, et il se ren. dait compte aus: quill avait encore des victoires im- portantes 3 remporter sur lui-méme. Ainsi, il avait une répugnance extraordinaire pour les lépreux nombreux en Italie A cette époque-Ii. Quand Il passait devant leurs hépitaux, il s'enfuyait en détour- nant le visage et en se Souchant |e nez, car les malheu ‘eux, qui se décomposaient cout vivants, répandaient une odeur infecte et talent horribles 4 voir. Frangois sentit que cétait justement 18 que Dieu attend. 23. Un jour, 1! eireuaie & cheval dans Ia campagne. 53 monture fit un éeart : devant ius, 4 dix pas, s'avane ait un lépreux reconnaissable & son costume spéciai ct 4A sa clochette destinge & avertir les passants d'avoir 3 se protéger. Frangois eut d'abord envie de senfuir, Puls, arrétant son cheval, il s'approcha du matheureux tout effaré. I tira de sa ceinture une auméne qu'il déposa dans Ia main crevassée, Précipitamment il se pencha et, domp. tant son dégout. il déposa un baiser sur les doigts pourris ft purulents, 24° I avait fait ce geste héroique dans une sorte dn conscience. Comment $e retrouvart-il sur son che. val, frissonnant, secoué par des haut-le-corut? Mais zon Ame chantait. Il comprenait maintenant une parole qu'il avait cru entendre au cours d'une médicacion solitaire « Tout ce que tu as aime dans le monde, Feangors I faut maintenant le mépriser: dés que tu auras commencé, tout ce qui te paraissait doux et agréabie te deviendra amer, et tout ce qui te répugnait jusqu'alors se changers pour tol en délices. » Dés le lendemain, Frangois visitait tous les lépreux: @'une « maladrerie > (hépital des lépreux), leur faisait Vauméne et les embrassait comme des frares, II écait vaingueur 25 Parmi les sanctuaires que visitait Francois, ily avait, un quart d'heure de la ville, Ia paure vieille chapelle Saint-Damien, toute délabrée et |ézardée. Son seul ornement était un grand crucifix peint sur bois « Seigneur, disait Frangois en regardant ardemment le crucifix, éclaire:moi et dis-moi ce que je dois faire. » Ex voli. que le crucifix s'anima et le jeune homme fentendit ces mots : « Frangois, ma maison tombe en ruines et s'écroule, Va et reconstruissla. » « Volontiers, Seigneur » répondie Frangois, cout joyeux d'avoir enfin regu un ordre clair 27. It-vendit aussi te cheval, et il apporta une bourse bien remplie au chapelain, qui retusa tout cet or, craignant 4 juste tere les coléres de maitre Bernardone. Frangois demanda alors comme une grace de rester 4 Saint-Damien, pour y prier dans la solitude. Quant 4 argene il le jeea négligemment sur un appui de fenétre, Pierre Bernardone, rentrant de voyage, fut étonné de re pas trouver son fils 4 a maison, et d'apprendre que celui avait vendy sans permission un rouleau de son drap et son meilleur cheval. Quand on lui eit dit que Frangois vivait en ermite 3 Saint-Damien, il y courut, furieux, s'emporta contre le pauvre chapelain et fut assez heureux pour retrouver ha fameuse bourse 26 Frahgois regarda les murailles fissurées, les poutres branlantes. il croyait qu'il s’agissait seulement de réparer la pauvre chapelle et il le fit en effet. En réalité Notre-Seigneur iui demandait ce jour-li de Valder a reconstruire, 3 « réformer » — sans révolution Violente, rien que par l'exemple contagieux de ses vertus — I'Eglise catholique qui traversait alors une triste période de désordre. Selon Ia parole de Jésus @ le sel de la terre s'étaie affadi ». Les chrétiens avaient oublié Evangile Afin de se procurer les ressources nécessaires 3 la restauration et 4 lentretien de la petite chapelle, Fran- ois partie cheval vendre du drap au marché de Foligno, A quelques lieues d’Assise 28 Mais Frangois s'était caché dans une grotte, ob $1 mere [ui envoyait en secret un peu de nourriture. « Bah! se dit sans doute le maitre drapier, ga lui passera, comme ses autres folies! » Mais Frangois ne rentrait pas... A vrai dire, on le voyait parfois sur les chemins, mais vétu comme un mendiant, tout amaigri et plongé dans un recueillement que certains prenaient pour de la folie. Les gamins se moguaient de lui, le poursuivaient et lui jetaient des pierres. Les comméres jasaient et plaignaient Dame Pica, mais pour une tout autre raison que naguere. 29 Pierre Bernardone apprit bien vite que zon fils Zing était deveny la risée publique. Il partic 3 sa recherche, le trouva, Ventraina jusqu'a Ia. msison et Frenferma dans Ia cave, ob chaque Jour il venait essayer de te convaincre, avec force menaces et coups, de deverir plus raisonnable- Dame Pica detcendit aussi 3 la cave. Mais c'est Fran ois qui la convainguit, si bien qu'elle ui ouvrit la porte fn pleurant. Frangois Vembratsa avec efusion et sen fuse joyeux 3 Saint-Damien ori le pauvre pére, qui ne comprenait décidément rien a tout cela. deciara, aprés avoir fait une scéne ter- Fible sa femme, qui allait employer les grands moyens 30 Ii se rendit sans plus tarder chez les consuls (qui gouvernaient la Cité d’Assise) demandant que son fils fat déshérité, qu'il rendit tout l'argent qu'il pouvait encore avoir, et qu'on le chassat de cette ville ot il se rendait ridicule Les consuls, bien ennuyés — car Frangois était sympa thique, mais son pére était un des « gros bonnets » de Ia ville — envoyérent chercher le jeune homme. Mais, celui-ci refusa de comparaitre devant le tribunal evil «Je n'ai d'autre Maitre que Dieu, et je ne suis pas tenu de comparaitre devant les consuls. » Ceuxel furent bien soulagés. « Cela ne nous regarde plus! — Eh bien, s'écria le pére toujours plus irrité F'irab voir évéque! » 31 Frangois, par sa réponse, montrait en effet qu'il se considérait désormais comme un homme 4’Eglise On ne pouvait le juger, en terre de chrétienté, que evant un tribunal Eglise Lévaque, Guido, connaissait bien Frangois, Il lui avait eid donne plusicurs fois des conseils et 'avait encouragé WN savait que Frangois n’était pas un de ces hurluberlus atteints, comme on dit, de « folie mystique ». Ni un lentété qui se figure étre envoyé par le Saint-Esprit pour tout révolutionner. Non. Cétait un fils de lEglise, res- pectueux, humble et obéissant. 32 « Sirah volontiers devant Messire Mévéque, dit Frangois, ear il est maitre et seigneur des ames », Et, au jour dit, il se rendie au palais épiscopal, of 'atten: daient son pére et une foule de gens, curieux de voir comment cela se passerait, Ce que le pére voulait, avant tout, était son argent Doucement, Hévéque demanda au’ jeune homme de rendre a son pére ce quill lui devait. « Tout! » répondit Frangois. Et, se déshabillant en: tidrement, il déposa ses vétements et le reste de son or aux pieds de son pére, s'écriant : « Jusqu'ici, j'ai appelé Pierre Bernardone mon pére ; mais voici que je lui rends cout ce qui vient de lui. Et désormais je dirs) seulement : Notre Pére, qui étes aux cieux! » 33. Lévéque et l'assembiée étaient violemment émus. Beaucoup pleuraient, Pierre, bléme d'indignation, prit les vatements, I'or, et sortit. Guido descendit de son tréne, couvrit Frangols de son manteau, le pressa sur son conur et I"emmena. On tui trouva une vieille souquenille de jardinier, Frangois la recut avec joie et, avant de la revétir, il y dessina sur le dos, a la craie, une grande croix comme celle des Croisés Encore ce vétement lui fut-il volé peu aprés par des brigands qui le jetérent nu dans un fossé plein de neige, en se moquant de lui parce quill s'était déclaré «Le héraut du Grand Roi, » 34 N’ayant plus rien, Frangois dut mendier son véte- ment et sa nourriture, d'abord dans un monastére ou il se fit employer a la cuisine, puis chez un de ses, anciens amis qui demeurait 4 Gubbio. Ensuite, aprés un séjour dans un hépical de lépreux, ll revint 4 Assise, pour accomplir sa promesse de recons- truire I'église de Saint-Damien. Mais comment se procurer des pierres et de la chaux ? Frangois se mit 4 chanter sur les places, sans honte, comme un troubadour. Certains se moquérent de lui: d'autres, qui comprenaient que la conversion de Frangois était sérieuse, ui donnérent quelque argent ou fui permirent d'emporter des pierres inutilisées, 35. Francois chargeait les pierres sur ses épaules et les transportait a Saint-Damien. Puis il se mit & recons truire et 4 magonner les murs, chantant joyeusement comme un bon compagnon. Les badauds venaient le voir : « Montez plutét, leur criaitil, et venez miaider. » Deux fots par jour le bon chapelain invitait son ouvrier 4 partager son repas, Mais bientét, Francois trouva que corte modeste chare était encore trop bonne pour lui « Je ne suis pas encore un véritable pauvre », se d 36 Le lendemain, sur le coup de midi, il se rendit 4 Assise, une écuelle en main, Frappant 4 chaque porte, il demandait qu'on vouldt bien mettre quelques restes, ou un peu de pain ou desoupe, dans son écuelle, Puis, quand elle fut pleine, il s'assitet se prépara A manger. Mais le singulier mélange avait lair bien peu appe- tissant. OU étaient les soupers fins d'autrefois ? Ecceuré, mais courageux, Frangois se décida 4 goiter Vinnommable patée, Et il se sentit aussi heureux que lorsque, surmontant sa répugnance, i avait osé baiser les doigts du pauvre Iépreux. Il se souvine alors de la mystérieuse promesse que I'Esprit de Dieu lui avait faite, 37 De temps en temps, il arrivait que Francois ren- contrait son pauvre pére, qui n'avait pas désarmé Ia vue de son fils fe mectait en rage et il lui criait des ingultes. Frangois baissait la téte et ne répondait pas, ‘ar il respectait toujours son pére. Mais il se choisit un compagnon de mendicité, un pauyre vieux nommé Albert: et lorsqu'ils rencon- traient le maitre-drapier, tendant le poing 4 son fils et le maudissant, Francois s'agenouillait devant Albert ot lui disait : « Bénis-moi, mon pére! » Et il ajoutait « Dieu m’a donné un pére qui me bénit, pour remplacer celui qui me maudit. » 38 Le (rare cadet de Frangois, Angelo, avait pris le parti du pére et se moquait de son ainé. Un jour que Frangois grelottait dans ses haillons, Angelo qui passait dit A un camarade : « Tiens, voli Frangois. Va donc lui demander s'il ne voudrait pas te vendre pour deux sous de sa sueur! » Frangois avait tout entendu. Nise tourna vers son frére et, souriant, lui dit en fan: sais: « Ma sueur, elle est déji vendue, et dans de bonnes conditions, a Notre-Seigneur. » 39° Ii ne faudrait pas croire que tous ces renoncements ne codtaient rien & Frangois. Un jour qu'il men: diait de Vhuile pour Ia lampe de Saint-Damien, il s'arrét2 net a la porte d'une maison oi retentissaient les cris et les chants joyeux d'une jeunesse déchainé dentrer : sans doute y avait-il [A d’anciens camarades qui le méprisaient et lui lanceraient quelques brocards. Ui eut honte Mais ayant songé & toutes les humiliations que Jésus avait supportées pendant sa Passion, Frangoisse reprocha sa couardise, Il entra dans Ia salle du banquet, s'age- nouilla, osa dire pourquoi il avait craint d'entrer. Per- sonne ne se moqua de lui et on lui remit 'auméne qu'il demandait 40° Aprés avoir restauré Saint-Damien, le « magon du Bon Dieu » entreprit de reconstruire d'autres Gglises. I répara une vielle petite chapelle située 4 3 ki lométras de la ville, dans la vallée : Sainte-Maric-des-An. ges. qu'on appelair aussi la « Portioncule » parce qu'elle fhisait partie d'un « tout petit lot de terrain » (nous dirions + la parcelle) appartenant 4 des Bénédictins. IN résida désormais tout pres de cette chapelle. Le 24 février 1209 (jl avait done un peu plus de 26 ans), Frangois fu tres frappé par la lecture de Evangile pour la fete de saint Mathias (1). (1) fespére bien que cu as un Evangile. Tu ¥ chercherat, dans salne Mathieu, le chapiere 10 00 t0 te ian depuis Te verse 8 jor Suinw verses 16, (Actuclement ce set plan cx pisage ls qu'on ie 24 evr) 41 aJe ne suis pas encore assez pauvre, s'écria-til, puisque j'ai des sandales, une ceinture et un biton. Et je ne suis pas encore allé"précher partout le Royaume de Dieu. »» Toujours soucieux d'etre fiddle a I'Eglise, Frangois se fit expliquer par le prétre le texte évangélique. Puis, ayant encore simplifié son costume et obtenu de Guido la permission de précher, il s'en alla sur les routes. Dés Quil voyait un petit groupe de gens rassembiés, il alait Sux et, avec des mots trés simples, il leur parlait de Dieu, de FEvangile de Jésus et surtout de fa paix : paix avec Dieu en observant les commandements, paix avec les hommes par (a loyauté, la justice et la bonté, paix avec soi-méme par une bonne conscience. Les gens d’Assise ne riaient plus. 42. Et voici qu'un jeune noble d’Assise, du meme age que Frangois vint le trouver et lui avoua que, longtemps, il avait pris pour wn fou; mais que mainte. nant, éclairé par la grace de Dieu, il Cadmirait et i! vou: fait limiter. Ce jeune homme s'appelsit Bernard de Quintavalle Un jour, invita Frangois & loger chez lui, Puis, la auit, il fc semblant de dormir et il apersut Frangois se lever A titons pour aller prier A genoux; il lentendit qui répérait : « Mon Dieu et man tout, » Sar désormais, que la dévotion de Frangais n’était pas crompeuse, il le supplia de le prendre avec lui 43. Frangois voulut s'en remettre aux Evangiles. i se rendit avec Bernard 4 ['église Saint-Nicolas, pria avec son compagnon, prit fe gros évangéliaire de l'autel, Vouvrit au hasard et tomba sur les paroles suivantes «Si tu veux étre parfait, vends tout ce que tu possédes, donne 'argent aux pauvres, et tu Camasseras un trésor dans |e ciel. » Une deuxime épreuve amena le verset de saint Matthieu : « Si quelqu’un veut me suivre, qu'il renonce & soi-méme et porte sa croix. » Une troisiéme _question donna a réponse suivante : « Et il leur défendit, de rien emporter avec soi, sur la route, » 44° Toute Ia ville apprit bientét la nouvelle stupé. fiante : Bernard de Quintavalle avait distribué tous ses biens aux pauyres. Un second jeune homme. plein d'avenir, Pierre de Catane, conseiller juridique des chanoines d’Assise, en faisait autant. Une semaine apras, c'était le tour d'un troisidme, nommé Gilles (Egide). lls furene bientét douze! Frangois devenait fondateur d'Ordre, I ne pensait ailleurs pas que ses compagnons étaient des moines leur vie était si différente ! lis étaient tout simplement les « Jongleurs du Bon Dieu ». 45 Toute cette petite équipe accompagnait Francois dans ses tournées, Le frére Gilles (car Frangois appelait ses compagnons : frdres) I"écoutalt bouche bée, et & la fin de chacun de ses discours, il ne manquait pas de dire naivement aux assistants : « Clest la vérité qu'il vous dit l3, Ecoutez-le bien, et faites comme il vous dit. » Bientét, Francois les envoya précher deux par deux, sur des rouies différentes, Auparavant, il les avait rassemblés pour leur donner quelques conseils, puis il les avait embrassés en leur disant > « Le Seigneur prendra soin de vous. » 47 Quand ils se retrouvalent, Frangois les emmenait ans Ia montagne en suivant le lit d'un torrent qui s'appelle Rivo-Torto, car il est tout tortueux, Tout |3- haut, ily avait des grottes ot l'on pouvait passer Ia nuit, Et puis, l'on pouvait prier Ia si tranquillement, en contemplant [a belle nature du Bon Dieu! Frangois, pendant de longues heures, pleurait ses péchés et demandait pardon 4 Dieu. Depu's qu'il se trouvait 4 Ia téte d'une équipe de disciples, il se sentaie bien plus misérable encore et se demandait de quel droit il se permettait de les diriger. AG On ne leur faisait pas partout le méme accueil. lei on les écoutait avec respect, |i, on les prenait pour des fous ou des brigands. On en avait méme peur: 4 leur vue, les jeunes filles s'enfuyaient en poussant des cris, Mais ils avalent lair si doux que les enfanes s’enhar- dissaient, let poussalent en avant, venaient tirer leur eapuchon, leur fangaient des cailloux. Mais ils ne se fachaiene pas, Ils souriaient et repre- naient leur prédication. lls chantaient aussi de beaux antique: que Frangois leur avait appris. ls étaient contents de tout et remerciaient le Seigneur pour tout. 48 Léveque dAssise dit un jour & Frangois + « La wie tue vbus menes est benlcoup trop dure, Si vout ne posseder absolument ren et que vour deveniex nom Brean, les gens se hsseront de vous hire taumone. > Pout ure tes habitants @astse avaientsls commence Sse plandre, trowass que ces nouveaux mendanes txagdraent Fangs répondit : « SI nous avions det blens i nous fudrait"des armes pour nous detendre, Et puls hous aurions faalement dev proce, Tout cela nuat S*Tamour que nous voulons avoir pour Dieu et les homes.» Cevegue soupira, Des biens, il en avait, Des proeés aussi Songes bux paroles du Chiat i Bénit Fangs a pauvrete 49° D%ailleurs, il ne faudrait pas croire que Frangois at les fréres ne vivalent que de mendicité. lis mendiaient quand ils n'avaient pas eu le temps de tra- vailler, & cause de leurs marches et de leurs prédica- tions, Mais Frangois voulait les voir travailler de leurs ‘mains pour gagner [a nourriture de chaque jour, et il donnait Wui-meme exemple. Ii voulait que chaque frére edt un métier honorable, et plus tard, quand son Ordre se développera, i reprenara trés Severement ceux quil appelait les « fréres mouches » qui sont toujours I pour manger, eisait-il, mals jamais pour travailler. il leur rappellera le mot de saint Pau! 4 Celui qui ne veut pas travailler ne doit pas non plus manger. » 50 Le nombre des fréres augmentait rapidement. ‘Chacun des premiers en ramenait quelques-uns avec iui a chaque mission, ils s'entassaient maintenant ans une sorte de hangar au bord du Rivo-Torto. Frangois leur assignait a chacun une place pour se coucher et inscrivait leur nom sur le mur, Puis il fallut construire d'autres cabanes, Ces débuts de la grande famille franciseaine furent merveilleux. Quelle joie ¢@ vivre unis comme des fréres! Tous étaient jeunes et Solides. Coucher sur la dure ne leur faisait pas peur. Aprés les tongues marches, Ia mauvaise soupe leur paraissait excellence. Ec Francois transfigurait toutes les difficultés et les changeait en délices! 51 Toutefois, ainsi que iveque I'avait fait craindre & Frangois, les problémes organisation commen- gaient 3 se poser. Les fréres donnaient continuellement Teurs misérables habits a des mendiants. Comment les remplacer? Ec puis, il fallait instruire les nouveaux arrivants, renvoyer gentiment ceux qui ne semblaieat pas avoir une vocation solide, soigner les malades... Il fallait « une Régle » et Frangois sen préoccupait. Pour étre bien sir de ne pas faire fausse route, il décida d'aller 4 Rome avec tous ses fréres, pour voir le Pape et lui parler. Voici done la petite troupe sur la route de Rome, durant 'été de 1210, Le frére Bernard a é&é nommé chef de Vexpédition. En route, on prie et on chante. 52 A Rome, les fréres eurent Ia chance de trouver li évaque @’Assise, qui eut dabord bien peur, en les voyant, que Frangois n’ait pris la déeision ¢'aban- donner sa patrie. Guido était fier de ces admirables pénitents, qui avaient dj fait tant de bien Rassuré, il promit de les sider & obtenir une audience du Pape et de témoigner en leur faveur. 53. De plus, la Chrétienté état alors menacée_par deux hérésies tres graves # celle des Vaudois’ et celle des Albigeots. Les Albigeots étaient répandus dans presque toute I'Europe, Pour eux ly avait deux Dieux un Dieu bon Gui a ered les mes e un mauvals qui a er6é le monte Uisible et les corps, Is rejetaene le mariage, [a famille: is déctaraent que la Creation était mauaite. Le marchand'lyonnais Pierre Valdo, fondateur des Vaudots, avait Bien comme dalla pauveeté évangelique, tras bes sermmons comportaient de Rraves erreurs: i SUpprimait presque tous les sacrements, déelaait que tes prévres Gaient inutles, et au leu de précker, comme Frangots la conversion et la penitence, il invectivait les Fiches et les impies et meme le clergé et les évéques, 54° Il y avait aussi, & cette époque, beaucoup d'autres illumings, des fanatiques, des prédicateurs sans permission, Ine fallait pas que le Pape pat croire que Frangois et ses compagnons étaient des gens de cet acabit, Mais on comprend qu'il était nécessaire de se méfier. Lévaque d’Assise parla du petit groupe au cardinal de Saint-Paul, qui fit venir Frangois auprés de lui, fut ‘out & fale rassuré sur la parfaite orthodoxie du « petit, pauvre » et il en parla au Pape. «J'ai trouvé, dit-l, lun homme de la plus haute perfection et je crois que le Seigneur veut sen servir pour faire beaucoup de bien dans 'Eglise et par le monde entier. » Ea i bo es | = 55. Le Pape, tout heureux, regut done Francois, qui hhumblement, entouré de ses compagnons, exposa son programme au Saint-Pére. Celui-ei fur dans I'admiration > « Mes potits enfants, ditil toutefois, la vie que vous menez me semble tout de méme trop dure. Pour vous, cela peut aller ; mais il faut penser 4 ceux qui viendront aprés vous et qui nvauront peut-étre pas le méme zéle, » Frangois répondit que Jésus avait promis Ia vie éter- nelle a ceux qui vivraient ainsi, et qu'il ne pouvait pas refuser sa grice & ceux qui essaleraient de réaliser cet ‘déal 56 Avant d’approuver définitivement Francois, le Pape lui avait demandé de prier et de revenir le Il voulait prendre conseil de ses cardinaux, qui firent toutes sorter d'objections, déciarérent que cette vie de mendicité errante était indigne de religieux, qu'il leur fallait des maisons pour étudier, et par conséquent tun minimum de biens et de propriétés. A les entendre, Taventure devait mal tourner et finir en hérésie comme elie des Vaudois, Pourtant fe cardinal Colonna répliqua : « Si ce que vous dites est vrai, Cest que IEvangile est impossible A pratiquer! Mais attention : en présendant cela, vous outragez le Christ!» 57. Cette parole impressionna beaucoup Innocent Il, et encore plus un rave qu’ll it la nuit suivante. I se tenait debout devant sa cathédrale, Méglise Saint-Jean de-Latran, et jl Ia voyait chanceler, se craqueler, s'ef- fondrer, Il restait comme paralysé devant [a catastrophe, sans pouvoir appeler ai méme prier. Et voila qu‘arrivait lun pauvre petit homme vétu en paysan; il s'appuyait contre le mur de immense église: et au lieu é'étre éerasé sous elle, il 18 redressait et la consolidait. Le petit homme se retournait alors vers le Pape : c'était Francois. 59 La campagne était si belle qu'ils eurent ailleurs la tentation de s'arraéter en route, dans les monts Sabins, pour vivre dans |a solitude, priant ensemble et contemplant la nature, Mais Francois comprit vite que c'était 1A une idée satanique, Gui devait les empécher d'accomplir la mmission que le Pape leur avait reconnue, « Nous sommes faits pour précher, dit-il, pour arracher des Ames au iable et les gagner a Dieu. Allons, en route! ». Et bientét les horizons familiers é'Assise apparurent A leurs yeux, et les pauvres cabanes du Rivo-Torto, 58 Le Saint-Pére regut 4 nouveau le petit pauvre. Il Membrassa, le bénit ainsi que ses frares, leur fit promettre obgissance a lui et 4 Francois, Ce dernier regut Ia permission de précher et de désigner ceux de ses fréres qui en étaient capables aussi. Tous regurent fa torsure des mains du cardinal de Saint-Paul, pour bien marquér qu'ils étaient hommes 4’Egiise Et aprés un pélerinage aux tombeaux des Apétres, les premiers « franclseains » (que Frangois appelait fréres rmineurs, ce qui veut dire : tout petits) reprirent tout Joyeux lour route de 'Gmbrie et d’Assise. 60° Les fréres eurent bientdt Ia joie ¢'accueillir parmi eux, pour la premigre fois, un prétre, Silvestre. Autrefols, celui-ci avait fait preuve d'avarice en deman- dant & Francois beaucoup d'argent pour quelques pierres destinges 4 Saint-Damien, A la facon dont Frangois lui avait répondu, il avait senti le remords entrer dans son Ame et compris qu'on ne pouvait servir a fa fois Dieu et argent, A partir de cette époque, le succés de Frangois fut Immense dans toute la région. Les hommes instruits étaient les plus étonnés en lécoutant, lis constataient que ce prédicateur sans instruction pessédait le secret de toucher les coeurs. 61 Des merveilles analogues s'accomplissalent & Pérouse, & Sienne, 4 Arez20, 4 Gubbio, C'est peut- Gere A quill fut chercher Vorigine de la légende du loup de Gubbio, si chéce aujourd'hui aux « Louve: eaux ». (Aprés tout, ce n'est peut-étre pas une légende, mais une histoire vrale.) I y avait 1d un grand loup trés féroee, qui dévorait bites et gens, On avait bien fait des battues mais jamais fon n'avait pu en délivrer le pays. 43 Les nouveaux fréres étaient enthousiasmés par les paroles, les exemples ct tes actions merveilleuses de Frangois. Il falait cee enthousiasme pour « tenir le coup > dans I'éeroite cabane de Rivo-Torto, surtout les jours ce pluie e de bourrasque ou l'on rescait IA gre: jottants, 4 attendre les fréres quéteurs qui revenaient ia besace vide. Mais comment se plaindre de ne manger que de mau- vaises raves quand on voyait Francois saupougrer de cendres son écuelle? Comment se plaindre du froid quand on le voyait se plonger en plein hiver dans un torrent, ou se rouler dans les 6pines ? 62 Frangois encendit parler de cela. Il se rendit a Gubbio, marcha a la rencontre du loup, Il te Mt, fit le signe de Ia croix et lui dit doucement : « Viens ici, mon frére loup, Je te commande, de la part du Christ, e ne faire de mal, ni A moi, ni A personne, » Le loup vint se coucher aux pieds de Frangois. Celui- ci lui reprocha tous ses méfaits et Massura qu'il obtien- dealt que les hommes et les chiens lui pardonnent s'il voulait bien promettre d'etre désormait (noffensif, Le loup placa s3 patte dans la main du saint homme, ensigne de promesse. II vécut familigrement et sagement parmi [a population de Gubbio, et finit par mourir de vieillesse. 64 D’ailleurs, Frangois écait attentif aux moindres besoins des fréres. Ceux-ci n’avaiene rien de eaché pour lui; mais souvent i! devinait leurs pensées et leurs désies. Un frare tout nouveau, Richer, s'était mis dans Vidte que Francois ne l'aimait pas et allait le renvoyer: il en beait désespé Frangois 'appela et fui dit : « Tu es mon enfant bien aimé, un de ceux qui me tiennent le plus au catur, Viens me trouver chaque fois que tu en auras le désir ou que tu te sentiras inquiet: eu seras toujours le bienveny. » Richer tressaillic de bonheur. 65 Une nuit, un rave gémissait : « Je meurs, je meurs ! » Frangois fit allumer la lanterne. « Qui a erié qu'il mourait ? — C'est moi, — Que te manque-t- II done, petit rare ? —Je meurs de faim! » Frangois fit mettre la table et, pour que le pauvre affamé n’ait point de honte, il mangea avec lui, invitant les autres fréres a en faire autant : « Il faut que chacun accorde A son corps ce que celuici réclame, afin d'avoir en lui we domestique prét A le servir, dit-il. Que chacun consulte sa nature et que ceux qui ont besoin de manger davantage ne se croient point obligés d'imiter les autres. » 66 Une autre fois, il emmena avec lui dans une vigne tn frére malade, pour lui faire manger une grappe ou deux; et il en mangea aussi, pour que le frére n'eat pas de honte. Devenu vieux, ce frére ne pouvalt pas caconter ce souvenir sans pleurer. Devant de tels exemples de bonté, Jes fréres rivali saient d'esprit fraterne} et évangélique. Un jour, deux fréres furent attaqués par un mauyais homme qui s'était, mis A leur lancer des pierres ; alors I'on vit chacun d'eux s'efforcer de changer constamment de place pour... recevoir les cailloux a fa place de I'autre. 67 Francois était I'ime de cette communauté frater- nelle. Les fréres lui obéissalent avec amour. Is accomplissalent non seulement les moindres de ses ordres, mals ile cherchaient eux aussi, & deviner ses pensées et ses désirs. Quill devait étre beau, le « petit pauvre » (Poverello), au milieu de ses chers petits fréres! Il était de taille moyenne, ses yeux étaient aoirs et vifs, son nez droit, #25 dents bien blanches, sa barbe courte et fine. I avait conservé toute sa distinction naturelle, son regard était, tendre et pénétrant. En le voyant, on se sentait meilleur: quand il vous regardait, on se sentait compris. 68 Le s6jour 4 Rivo-Torto se termina d'une manidre imprévue. Un jour, alors que chacun priait dans s2 cabane ou dans son coin, un paysan entra avec un ane comme sil était chez lui. « Entre ici, Grison, nous stlons pouvoir nous installer tout 4 notre aise! » Frangois trouva li une excellente occasion de montrer que les fréres navaient aucune attache, On leur prenait leurs eabanes : tr&s bien, car elles ne leur appartenaient pas. Tous se levérent, quittérent pour toujours cet endroit et se rendirent & la Portioncule. 69 La chapelle de Sainte-Marie.des-Anges et le terrain environnant appartenaient maintenant 4 une abbaye de moines Camaldules. L’abbé accorda volon tiers & Francois la permission de disposer du sanctuaire IN voulait méme en faire don aux Fréres Mineurs, mais, Frangois refusa obstinément de devenir propriétaire. Les fréres se construisirent des cabanes de branches entrelacées, erépies de boue et recouvertes de feuilles. Sur le sol, de la paille pour coucher. La terre nue, avec tn petit fossé, formait Ia table et les chaises. Une hale de branchages constituait la « cléture » de ce monastére d'un nouveau genre. 70 De nouveaux disciples accouraient. Certains de- Vineent célébres : frére Rufin, frére Massée, frare Léon, « ma petite brebis du Bon Dieu », comme l'appe- lait Francois, et frére Junipére, dont les avencures et les naivetés font bien rire, On écrivit plus tard un petit livre délicieux qui nous raconte les exploits de tous ces chers compagnons de saint Frangois, C'est le livre des « Fioretti » ou des Petites Fleurs. Il y a probablement beaucoup de légende dans tout cela, mais c'est charmant, et ce qui est sire ment et absolument vrai, c'est I'esprit tout simple, tout joyeux, tout plein de charité fraternelle et de mépris des richesses, dont font preuve let héros des Fiorettl. TI Les fréres se refusaient & voir le mal et cherchaient toujours & interpréter avec charieé ce que chacun disale Un jour, un bon frére fut croisé par un prétre qui le traita d'hypocrite. Syr quoi, le pauyre frére se mit & pleurer. « Pourquoi pleures-tu? » lui dit un autre frére qui cheminait avec lui. « Parce que je suis un hypocrite, Crest certainement vrai, puisque ce prétre me le dit. Un prétre ne peut pas mentir. » 72 Et le bon frére Gilles (ou Egide)! Que de bonnes histoires l'on pourrait raconter & son sujet! Il lui arriva d’@tre invité chez un cardinal, Tous les jours, i! S'arrangeait pour gagner son déjeuner, et il arrivait & table avec sa portion. Un matin, toutefois, il pleuvait & torrents et le cardinal se dit : « Hl va bien étre obligé, aujourd'hui, de manger ce que je Tul offre, il n'a pas pu sortir. » Mais il apprit que Gilles était allé 4 Ia cuisine fet que pour « gagner » son repas, il avait repassé cous les couteaux de Ia maison, 73. Il ne manquait pas de finesse, ce {rave Gilles! Sur ses vieux jours, deux riches évéquex viennent le voir et se recommandent 4 ses pridres : « Il est bien inutile que je prie pour vous, Messeigneurs, qui avez bien plus de foi et d’espérance que moi! — Et comment cola? demandérent les évéques, un peu inquiets tout de méme, — Certes, réplique Gilles, vous étes abondam- ment pourvus de richesses et é'honneurs et pourtant vous espérez bien tre sauvés. Tandis que moi, je suis, tout fait pauvre et je crains bien, malgré cela, de perdre mon &me ! 74 Frére Gilles aimait beaucoup les animaux et il leur parlait comme saint Frangois fe fasait luioméme A Pérouse, on le voyait discourir avec les tourterelles cil parcourait Ia campagne en chantant, composant des ‘antiques et faisant semblant de s'accompagner sur une viole, au moyen de deux bitons qu'il froteait Pun contre Vautee 75 Frere Massée, lui, était beau parleur. Quand i sortait avec Frangots pour précher, le disciple avait beaucoup plus de succés que son matere, Cela se voyae... 4 la quéte, Alors que Frangols n‘obtenait que quelques bouchées de pain rassi, on voyait Massée revenir avec de gros pains frais. Il risquait de devenir orgueilieux, Pour le préserver de ce défaut, Francois le chargea de garder la porte, de Soccuper dela cuisine et du nettoyage pendant que les autres méditaient et priaient. 76 Un jour, comme il voyageait avec Francois, on arriva 4 un carrefour. « Quelle route prendre? — Celle que Dieu nous indiquera, dit Francois. — Mais comment connaitrons-nous la volonté de Dieu? — Eh bien, tu vas tourner en rond comme un toton, et tu Carréteras quand je te le diral! » Massée obit. Il tourne, il tourne ; le voila pris de vertige, il tombe; mais comme Francois ne lui a pas dit de s'arréter, il se reléve et continue 4 tourner. « Arréte-toi, finit par dire Frangols; et dis-moi de quel été ton visage est tourné. » Chancelant, frére Massée Ecarquille les yeux et voit quill est tourné du cété de Sienne. « C'est bien, frére Massée; Dieu veut que nous allions & Sienne aujourd'hui, » TT De frare Junipére (ou Geniavre), Francois disait fen riant : « Que n’avons-nous tout un bois de genévriers comme celui-la! » Un jour, un frére malade disait qu'il aurait bien envie de manger un pied de cochon, Frére Geniévee s'en va par les bois, trouve un cochon, Iui coupe une patte, laisse [a le cochon cout saignant et hurlant et revient 4 la cuisine pour faire cuire cette patte et la donner a son frére, Bientét, un paysan arrive furieux; c'est lui le pro- priétaire du cochon, Frangois s’écrie : « Ce doit etre ln tour de frére Genidvre ». Et celui-ci avoue : « Ce pied de cochon a fait tant de bien 4 notre frére que j'en ‘couperais bien cent pareils sans remords! » 79 Des maivetés de frére Genidvre, on ferait tout un livre, Ne Savi pa, un jour, de trouver que la culsine prenait beaucoup trop de temps? Il décida donc de cusiner d'un seul coup pour quince jours, Le voild qui met, pélesméle dans d’énormes marmites, de tavlande, de la Vola, des cuts, des ldgumes en grande abondance, Le tout al lavé, ni plume, nl vide Wait ers content de son exploit et ft erés 6tonné en voyant que les fréres prenaient un air dégouté forsquil se mit a leur servirsa ratatouille, Quand il eut compris 18 sottse, i se jeta & genoux et leur demanda pardon en pleurant. 78 Francois reproche tout de méme A {rere Genlevre davoir pris le bien d'autrui. « Eh bien! dit Genievre, je vais aller trouver cet homme, et je saurai Vapaiser. > Et le voila qui explique toute V'affaire au paysan, ajoutant que les cochons sone faits pour les hommes et que toute Ia création appartient & tout le monde, Le paysan ne veut rien savoir. ll traite Geniévre, non seulement de voleur, mais encore d'idiot ot de téte d’ine, « Décidément, il n’a rien compris! » se dit Geniévre. Et il recommence ses explications, se jetant méme au cou du paysan, qui finit par &tre si bien touché, qu'il pleura, demanda pardon, abattit le cochon, le fit rétir et l'apporca aux fréres, 80 Frére Genidvre n'était peut-étre pas si naif que cela, Peut-étre voulat-il donner des legons sant fen avole Fair. Un jour, son supérieur lui avait fait de violents reproches. Aprés le couvre-feu, il va le trouver avec une éevelle : « Mon pére, tutes beaucoup échautlé aujourd'hui. » Le supérieur envoie promener le mali- cieux Genidvre, « Bon, dit celui-ci, mais Ia soupe est cuite: si tu n'en veux pas, je vais la manger; veuxtu ime tenir la chandelle pendant ce temps-li? >» 81 Le bon frére devint c6lébre, On venait le voir comme une curiosité. Il eut vite compris qu’en se moqualt de lui, Un jour que les visiteurs étaient nom: breux, il se mit & se balancer comme un enfant sur une longue poutre posée sur un billot de bois; un gamin des cues occupait l'autre bout. Il demeura ainsi tras longtemps, sant avoir 'air d'apercevoir les badauds. Si bien que ceux-ci s'en allérent tout dépités, déclarant que ce frére qui passait pour un saint n'était qu'un simple d'esprit. 82 Et Jean le Simple, qui avait laissé ses boeuls et ses ‘champs A ses fréres et 8 ses vieux parents pour venir rejoindre Frangois! lise crut obligé de faire cout ce que frisait celui-ci, MH V'accompagnait partout, observait, frisat les mémes gestes.. Il se mettait & genoux comme Jui, levat les mains au eel, soupirsit, crachai, toussait, tout comme Frangois. Celui-ci eut routes les peines du monde a l'en dissuader et a lui expliquer que ce n’était pas li Ia bonne manidre d'imiter son supérieur, 83 Un jour que Frangois était sorti avec frére Léon, ii 6e trouva quiils n'avaient pas de bréviaire. « Cela ne fait rien, dit saint Frangois. Voici comment nous allons prier. Je vais dire : Oh! frére Frangois, tu as fait tant de mal ec commis tant de péchés que tu mérices dialler en enfer. Et toi, tu reprendras : Oh! oui, c'est vrai, frére Frangois, tu mérites d'aller au plus profond de Venfer! », Et frére Léon de dire : « Fort bien, Pare, ‘commengons l'office. » Frangois commence comme il avait dit, mais voila frere Léon qui répond : « Non, frare Frangois, Dieu accomplira tant de bien a travers toi, que tu iras au Paradis. » 84 « Ce n'est pas du tout cela, voyons! s'écria Fran sols. Tiers, fe diral : Frére Francois, tu tu reprendras : Oui, c'est vrai, tu mérites bien d'étre jeté parmi ies damnés! — Dac. cord! » dit Léon Mais il ne put que reprendre : « Frére Francois, tu deviendras bienheureux entre les bienheureux! », Frangols ordonna i frére Léon de ne pas recommencer. Mais il’ n'eut pas meilleur suecés une troisiéme et une quatriéme fois. II pleura : « Misérable frere Francois, comment peux-tu croire que Dieu aura pitié de toi? Ec col, frdre Léon, comment peux-tu me désoler ainsi? Je fais ce que je peux, répliqua frére Léon, mais c'est Dieu qui me force a parler comme ll lui piait, et pas comme je veux et comme.tu veux. » 85 Un jour, Frangois entreprit dexpliquer a frare Léon ce que c'est que la joie parfaite : « Ce n'est pas d'étre trés saint, de faire des miracles, de connaitre toutes les langues et toutes les sciences et les secrets de la nature... Mais tiens, si, arrivant 4 Ia Portioncule, tout percés de pluie, transis de froid, croteés de boue, le frére portier refusait de nous recevoir; il nous chas~ sait avec des coups en nous traitant de coquins; si, mal- aré nos supplications, It nous roulait dans fa neige et ous assommait avec un gourdin; et si nous supportions tout cela patiemment et gaiment en songeant aux sout- frances du Christ, 6 frére Léon, ce serait cela, [a joie parfaite! » 86 Il y avait A cette époque, a Assise, une belle et pleuse jeune fille, de famille noble, que ses parents songeaient déji 4 marier, Elle allait sur ses dix-huit ans fet avait trois sceurs et un frére, Elle s'appelait Claire Offreducci. Elle entendit Frangois pracher dans [a cathé- drale e¢ fut bouleversée, Déja décidée A se donner tout entiére a Dieu, elle comprit que le Seigneur lui deman: ait de vivre de la mame vie de pauvreté que le jeune prédicateur, Mais comment faire? Grice & son cousin Rufin, qui était 'un des premiers fréres, elle put se rendre aupras de Frangols et lui fit part de son projet. 87. Frangois l'encouragea et la prépara peu a peu, sans toutefois brusquer les choses. Tous deux con- vinrent du dimanche des Rameaux (18 mars de l'année 1212) : ce jour-ta, Claire devait dire adieu au monde. Dans la cathédrale Saint Rufin, elle assista & la messe pontifcale, entre sa mére et ses sceurs qui ne se dou- talent de rien, et parée de sa plus riche robe de féte, Absorbée dans sa priére, elle oublia de s’avancer vers le bane de communion pour recevoir le rameau bénit. Alors I'évéque Guido — que Francois avait mis au cou- rant de la décision de Claire — se dérangea Iui-méme et vint remettre la palme a Ia jeune fille toute confuse, 88 Quand la nuit fut venue, Claire sortit de fa maison de ses parents en passant par le cellier. Avec une de ses parentes, elle gagna a Portioncule, Les fréres Mattendaient avec des torches et la conduisirent devant Vamage de la Vierge. Elle se dépouilla de sa belle robe fet regut un grossier sarrau de laine analogue 4 celui des frdres;; une corde remplaga sa ceinture ornée de joyaux. Agenouillée devant Frangois, celui-ci lui coupa sa belle chevelure d'or; elle se couvrit Ia eéte d'un voile noir. Claire prononga alors les voeux que font toutes les religiouses, et elle promit obéissance 4 Frangois. Celui- ci l'emmena dans un couvent de Bénédictines oi elle serait en sécurité. 89 Le matin venu, les parents de Claire crirent qu'on avait enlevé leur fille. Ayant appris sa résolution, et découvert sa retraite, ils irent tout pour la ramener cher elle de gré ou de force. Mais Claire, s'enfermant derriére la grille de la « cldture » qu'un homme ne peut franchir sans tre excommunié, rejeta son voile et mon- tra sa tate rasée : « Je suis 'épouse du Christ. » Sa famille renonga alors & la reprendre. Mais quinze jours plus tard, la petite Agnas, sceur cadette de Claire, s'enfuyait aussi et venait rejoindre sa soeur. La fureur des parents ne conaut plus de bornes, dautant plus qu’Agnés était fiancée et quon avait déj fxé le jour des noces, 91 Bientét, Francois put installer sceur Claire A Saint Damien. De nombreuses jeunes filles, de nobles dames, demandérent 4 rejoingre celle qui avait renoneé au monde. Il y eut mame des mariages qui se dénouerent, le mari s'en allant retrouver Frangois, et la femme rejoignant Claire. Ainsi fut fondé ordre des « Pauvres Dames » que le peuple appela par Ia suite les « Clarisses ». Les jeunes filles qui entraient 4 Saint-Damien abandonnaient tous leurs biens. Les sceurs se nourrissaient de quelques légumes qu’elles cultivaient et des auménes que les fréres mendiaient pour elles. Elles prisient une grande partie du jour et de la nuit, 90 L’oncle des jeunes filles, Monald, se rengit au couvent avec douze hommes armés, décidé a s'em= parer de la fugitive. Les smurs bénédictines, épouvan- tées, laissérent forcer leur couvent. Agnés eut beau se débattre © saisie, rouge de coups, foulée aux pieds, trainge par les cheveux, on l'emmenait Claire priait pour sa soeur, impuissante qu'elle était la protéger. Et voici que cout 4 coup, les douze hommes se sentirent incapables de faire avancer le corps de la jeune fille, deveny fourd comme un bloc de pierre. Monald, en colére, leva le poing pour la {rapper : son bras s'arréta, paralysé et douloureux. Force fut de laisser ‘Agnds rejoindre sa sceur. +s i? Nt 92. Elles tissaient et brodaient des linges d'autel pour les églises pauvres; elles confectionnaient des hosties pour la célébration de la messe, en se sorvant d'un moule que Frangois avait fabriqué lui-méme. Elles recueillaient et soignaient les malades et ies infirmes, Claire, que saint Frangois obligea 4 prendre le titre dabbesse, veillait sur ses scours ot préchait d'exemple. Elle poussait aussi loin que Frangois le souei de la pau- vyreté et ne voulut jamais que les couvents des Pauvres Dames puissent posséder quoi que ce soit, Non sans difficuleé, elle se fit donner par Innocent Ill ce « privic ege » de la pauyreté absolue que le Pape signa de sa 93. Claire travaillait de ses mains comme les autres sceurs, servait 4 cable, soignait les malades, [avait les pieds des sceurs qui avaient été mendier, se réser- vaie les besognes les plus répugnantes. Quand Ia maladie l'obligeait & se coucher, elle brodait des nappes et des parements d'autel. Elle jednait, se contentant de pain et d'eau; elle couchalt sur des sar~ ments, avec une biiche pour oreiller. Frangois eut beau- coup de peine a lobliger a modérer ses mortifications il duc recourir aux ordres de I'évaque. Encore Claire, pour compenser, décida-t-elle de porter une chemise fen cuir de pore, dont les soies étaient cournées vers. Vineérieur, 95 Claire demandait souvent & Frangois de venir man- ger avec lui, et toujours il refusait. Un soir, pressé par ses fréres, il finie par accepter, mais lft venir Claire 4 Sainte-Marie-des-Anges, ol elle avait prononcé ses Le repas fut servi sur la terre nue. Dés qu'on apporta le plac, Frangois se mit a parler du Bon Dieu avec tant de charme que chacun en oublia de manger. Et de loin, les gens d’Assise erurent voir comme des grandes flammes. Se figurant que le couvent, I'église et le bois bralaient, ils accoururent, Mais ils ne virent plus aucun feu, Seulement, Frangois, assis par terre, parlait et Claire ainsi que les fréres semblaient en extase en I'écoutant. 94° Frangois, reconnaissant que Claire était trés eapa- ble de diriger elle-meme son monastére, désirait de plus en plus, par humilité, que les sceurs s‘habituent Ase passer de Iui, Il espaca ses visitas. Un jour que Ciaire, a force de supplications, avait ‘obtenu que Frangois vienne précher aux sceurs, il se dit quielles trowveraient sans doute un plaisir trop humain 44a parole, II vint, demanda des cendres, se les versa sur Ia téte en présence des soeurs et récita le « Miserere », Cest-iedire le grand eantique de pénitence du roi David, Ce fut coute sa prédication. 96 Un jour, le couvent de Saint-Damien fut attaqué et assiégé par les Sarrasins, qui dévastaient la région, Les sceurs avaient grand’ peur, et se rassemblérent autour de Claire, alors malade et au lit. Alors Habbesse demanda qu’en [ui remit lostensoir Sargent et d'ivoire o¥ Mon conservait le Saint-Sacre- ment; puis elle se fic transporter jusqu’s la porte bien fermée du couvent et y demeura plongée dans la pridre, tenant toujours son divin fardeau et implorant Jésus- Hostie de protéger ses files Ec es Sarrasins levérent le siége, respectant le couvent et les religieuses,

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