Felana Rabekolo Thèse 2019
Felana Rabekolo Thèse 2019
Le
12 décembre 2019
Par
Felaniainamalala Prisca Michèle RABEKOLOKOLOMANANA
(dit Felana RABEKOLO)
COMPOSITION DU JURY
3
REMERCIEMENTS
Nous tenons à exprimer notre plus grande reconnaissance envers ceux qui ont rendu possible la
réalisation de cette thèse. La thèse est un travail de longue haleine et un effort agréable qui
demande beaucoup de ténacité, de persévérance et de rigueur de la part du thésard, ainsi que de
compréhension et de confiance de la part de son entourage.
En premier lieu, nous adressons nos vifs remerciements au Professeur Evelyne LANDE et au
Professeur Pascal BARNETO, nos co-directeurs de thèse d’avoir cru en nous et en notre sujet.
Merci pour votre dévouement, votre encadrement rigoureux et vos conseils avisés sans lesquels
nous n’aurions pas pu effectuer ce travail. Nous tenons à vous témoigner notre reconnaissance
pour l’implication et la ténacité dont vous avez fait preuve tout au long de la thèse.
Nous souhaitons également remercier les organismes et personnes qui nous ont donné
l’opportunité de travailler sur ce sujet, ainsi exprimons notre profonde gratitude envers :
- l’école doctorale Sciences de la Société, Territoires, Sciences Economiques et de
Gestion (SSTSEG) – 613 de l’Université de Poitiers et son directeur adjoint le
Professeur André LEROUX
- le Centre de Recherche en Gestion (CEREGE) – EA1722 de l’IAE de Poitiers, notre
laboratoire de rattachement et son directeur le Professeur Benjamin DREVETON
- le Bureau de Recherche sur les Activités Innovatrices (BRAIN) de l’INSCAE
Madagascar, notre laboratoire d’accueil pour les études de terrain et son responsable le
Docteur Hasina RASOLONJATOVO
- l’Agence Universitaire Francophone (AUF), pour le financement de la mobilité sur le
terrain
- le Professeur Jérôme MERIC, directeur de l’IAE de Poitiers
- le Professeur Victor HARISON, directeur de l’école doctorale de l’INSCAE
Madagascar
5
- Madame Ulrichia RABEFITIAVANA, présidente directeur général du cabinet Ur-CSR
Consulting et organisatrice du salon RSE et IDD à Madagascar et tous les participants
du salon RSE et IDD
- Monsieur David ROGER, président directeur-fondateur du cabinet Buy your way
- Madame Véronique PERDIGON, présidente du groupe AXIAN
- Madame Isabelle SALABERT, présidente de la Fondation Telma et de la plateforme
humanitaire du secteur privé (PHSP) et tous les membres de la PHSP
- les autres entreprises (Groupe Socota, Miray Confec) qui nous ont accordé leur temps
pour la réalisation de ce travail
Nous remercions toutes les personnes ayant participé de près ou de loin à la réalisation de ce
travail notamment nos différents interlocuteurs. Un grand merci à tous les collègues du
CEREGE et du BRAIN pour leurs soutiens et leurs remarques qui ont été si précieux.
Une pensée particulière à toute la famille et aux amis à Madagascar, en France (Poitiers, Paris,
Toulouse, Nice, Le Mont, La Roche-sur-Yon, Nantes, Marseille), en Allemagne, en Chine, en
Algérie, au Burundi et au Canada. Merci pour vos encouragements, votre compréhension et
votre aide. Je remercie tout particulièrement mes parrains Pierre et Evelyne SCHICK qui m’ont
toujours soutenu depuis le jour où j’ai décidé de venir poursuivre mes études en France. Merci
beaucoup pour tous les moments formidables partagés avec vous et vos conseils. Je remercie
également mes amis et collègues : Clément CARN, Clémence CHAUSSEBOURG, Laura
ESPINASSE, Laurent GIRAUD, Audrey MORILLON, RAKOTONIRINA Hasimbola Jean
Paulin, RAKOTONIZAO Avotraina Henintsoa, Dimbi RAMONJY RABEDAORO et Jérémy
Tantely RANJATOELINA. Merci beaucoup pour tout.
6
À mes parents,
7
Liste des abréviations
9
ONG Organisations non gouvernementales
ONU Organisation des nations unies
ONUDI Organisation des nations unies pour le développement industriel
ORSE Observatoire de la responsabilité sociétale des entreprises
OTI Organisme tiers indépendant
PDCA Plan Do Check Act
PERCO Plan d’épargne retraite collectif
PERP Plan d’épargne retraite populaire
PGEP Plan de gestion environnementale du projet
PGES Plan de gestion environnementale spécifique
PHSP Plateforme humanitaire du secteur privé
PME Petite et moyenne entreprise
PNC Plan national de contingence
PNUD Programme des nations unies pour le développement
PNUE Programme d’Environnement des Nations Unies
PREE Programme d'engagement environnemental
PSE Performance sociale et environnementale
PTF Partenaire technique financier
PTO Partnership to operate
RSE Responsabilité sociétale des entreprises
SIM Syndicat des industries de Madagascar
SNGRC Stratégie Nationale de Gestion des Risques et des Catastrophes
UIC Union des industries chimiques
UNOCHA United nations office for the coordination of humanitarian affairs
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Sommaire
REMERCIEMENTS .......................................................................................................................... 5
SOMMAIRE …………………………………………………………………………………………………………………………11
Chapitre 1. Une approche historique des pratiques de RSE et de l’outil de reporting sociétal......... 35
Section 1. Le développement durable et la RSE ............................................................................ 37
Section 2. L’outil de reporting sociétal .......................................................................................... 55
Chapitre 3. Une approche méthodologique pour l’analyse des pratiques de RSE et de l’outil de
reporting sociétal................................................................................................................................................ 99
Section 1. Présentation de la méthode de collecte des données ................................................... 101
Section 2. Les modalités de l’analyse de contenu thématique : recours au logiciel Nvivo 11 ..... 131
Chapitre 4. L’analyse des pratiques de RSE et de l’outil de reporting sociétal : cas des entreprises à
Madagascar…. .................................................................................................................................................. 151
Section 1. Analyse des pratiques de RSE ..................................................................................... 153
Section 2. Analyse de l’outil de reporting sociétal ...................................................................... 193
11
Introduction Générale
Au niveau international, la responsabilité sociétale des entreprises (RSE) est devenue une
préoccupation majeure ces dernières années. En France, selon l’enquête (INSEE, 2017) menée
par l’institut national de la statistique et des études économiques, un quart des entreprises
reconnaissent spontanément en 2016 que leur activité a un impact fort ou très fort sur
l’environnement. À Madagascar, aucune statistique n’est disponible sur ce sujet. Toutefois, le
décret 99-954 du 15 décembre 1999, modifié par le décret du 3 février 2004, relatif à la mise en
compatibilité de l’investissement sur l’environnement à Madagascar (MECIE) exige des
projets d’investissements publics ou privés, qu’ils soient soumis ou non à une autorisation ou à
une approbation d’une autorité administrative, de faire l’objet d’une étude d’impact sur
l’environnement.
L’étude du contexte, présentée ci-après, permet de comprendre les prémisses de cette recherche
doctorale, de s’interroger sur la place du secteur privé comme vecteur de développement de
Madagascar et de présenter succinctement les raisons qui peuvent inciter l’adoption des
démarches de responsabilité sociétale des entreprises (RSE) et de développement durable à
Madagascar.
13
Introduction générale
développement durable (DD) et de la RSE sont souvent mal cernés : les managers ont du mal à
faire la différence entre les deux concepts, ce qui se traduit souvent par une convergence des
deux concepts ou tout au moins une utilisation interchangeable de ces deux termes, surtout dans
les pays en développement et dans les petites et moyennes entreprises (PME). Une première
étude effectuée dans le cadre du master recherche a permis de constater une confusion dans
l’usage des concepts de développement durable et de la RSE à Madagascar. Ainsi, la revue de
littérature dans la partie 1 de la recherche permet de constater que, le concept de la RSE résulte
de l’application volontaire du concept de développement durable. C’est pourquoi, le terme RSE
est utilisé tout au long de cette recherche. Le Tableau 1 présente une structure de l’introduction
générale de la recherche.
2. Design de la recherche
2. 1. Les objectifs du chercheur
2. 2. L’objet de la recherche
2. 3. Problématique de la recherche
2. 4. Méthodologie de la Recherche
2. 5. Théories mobilisées
2. 6. Positionnement épistémologique et mode de raisonnement
3. Plan de la recherche
Le contexte est indispensable pour interpréter les performances d’une organisation car le
développement durable n’est pas uniquement celui de l’entreprise mais celui de la planète
(Capron et Quairel-Lanoizelée, 2003). Cette recherche doctorale s’ancre dans un contexte
particulier, celui de Madagascar, qui a été fortement marqué par l’instabilité politique, la
corruption, les fraudes, ainsi qu’une forte vulnérabilité aux conséquences du changement
climatique : épisodes de sécheresses, suivi par des pluies abondantes et des cyclones, etc.
(cf. Encadré 1).
14
Introduction générale
Depuis des années, la famine sévit dans le Sud de Madagascar. Elle est caractérisée par la rareté des biens
alimentaires à cause du sol improductif relatif à l’aridité du climat. Les populations survivent en se nourrissant
d’éléments qui tombent entre leurs mains tels que le cactus, le tamarin, le manioc, l’eau de pluie boueuse etc…
(Linfo.re, s.d.)
En février 1994, le cyclone Geralda a impacté la région de Toamasina à l’Est de Madagascar. Il a provoqué des
dégâts importants et la mort de 271 personnes (CycloneOI, s.d.).
En mars 2004, le cyclone Gafilo a touché les côtes Nord-Est de Madagascar dans la nuit. La région d’Antalaha
au Nord de Madagascar est détruite à 85%. Gafilo a traversé tout Madagascar d’est en ouest semant désastre et
désolation sur son parcours meurtrier. Le bilan du périple de GAFILO sur la grande île est catastrophique,
puisque 283 décès et des dégâts impressionnants sont constatés (CycloneOI, s.d.).
En janvier 2019, Madagascar est frappé par des pluies violentes et abondantes. À Antananarivo, la capitale de
Madagascar, plusieurs quartiers sont inondés et des maisons se sont effondrées, et ont engendré des morts et
des blessés (Express de Madagascar, s.d.).
Pour bien comprendre ce contexte nous allons présenter brièvement le contexte économique et
politique de Madagascar. Les initiatives en matière de RSE sont présentées ensuite tout comme
la justification du choix de ce sujet.
Madagascar est la 5ème plus grande île du monde après l’Australie, le Groenland, la Nouvelle-
Guinée et l’île de Bornéo en Indonésie, avec une superficie de 587 295 km2 et 24 millions
d’habitants en 2017 (Population Data, 2017). Madagascar a de nombreuses ressources
naturelles renouvelables et non renouvelables, mais qui sont encore peu exploitées
(Ramdoo et Randrianarisoa, 2016).
En 2009, Madagascar est entré dans une période de déclin économique avec une légère reprise
depuis 2014 : le secteur de l’industrie minière est vigoureux, la production agricole s'est
lentement remise de l'invasion de criquets de 2013 et le tourisme s'est redressé
(Champagne Ardennes export, 2017). La présence des industries extractives a largement
modifié l’impact de ces secteurs sur les dynamiques politiques, les perspectives économiques,
le tissu social, les communes riveraines et bien entendu l’environnement (Ramdoo et
Randrianarisoa, 2016). Lors de la conférence des bailleurs et des investisseurs (CBI) qui s’est
tenue à Paris en décembre 2016, Madagascar a récolté près de dix milliards de dollars de
promesses de dons lui permettant de mener à bien son plan national de développement. Les
partenaires techniques et financiers du pays se sont engagés à soutenir Madagascar pour un
montant de 6,4 milliards de dollars afin d’appuyer ses projets de développement de 2017 à 2020
15
Introduction générale
Cette croissance économique ne doit pas faire oublier les conséquences toujours présentes des
troubles politiques de 2009 qui ont permis le développement d’activités illicites, d’exportations
et de trafics en tout genre tels que les bois précieux. Ces activités menacent la disparition
effective des dernières forêts, ainsi que des communautés et de la faune qu’ils abritent.
La situation politique de Madagascar aggrave la situation économique, sociale et
environnementale du pays. Ainsi, des initiatives en faveur de la RSE et du développement
durable ont vu le jour ces dernières années.
Depuis quelques années, la promotion de la RSE figure parmi les priorités du Ministère de
l’Environnement, de l’Ecologie et des Forêts (MEEF) malgache, afin de contribuer d’une
manière significative à la réalisation des objectifs de développement durable 8 et 12
(cf. Tableau 7 infra, page 38).
- L’objectif n°8 concerne la thématique du « travail décent et croissance économique ».
Il consiste à promouvoir des politiques qui favorisent l’entrepreneuriat et la création de
l’emploi. Depuis quelques années, de nombreux entrepreneurs malgaches participent
activement à des concours de start-up national ou international tel que « Startupper
de l’année » organisé par Total. Ce concours vise à encourager et à soutenir les
16
Introduction générale
initiatives entrepreneuriales des jeunes dans le monde dans divers secteurs d’activité.
En 2016, 34 pays africains ont participé au challenge et plus de 340 projets sur 500 ont
été sélectionnés dont dix projets d’entrepreneurs malgaches qui ont eu la chance de
gagner un soutien financier et un accompagnement personnalisé pour le développement
de leur start-up (AfrocentrikLab, s.d.).
- L’objectif n°12 concerne la thématique de la « consommation et production
responsables ». Il consiste à encourager les industries, les entreprises et les
consommateurs à recycler leurs déchets et à en réduire le volume. L’industrie de la
papeterie de Madagascar (Papmad) propose et incite les grandes entreprises et le grand
public à utiliser des papiers recyclés. En 2010, une charte pour le développement durable
a été signée entre la société Papmad et l’organisation des nations unies pour le
développement industriel (ONUDI) à Madagascar. La société Papmad récupère les
papiers et les cartons usagers auprès des grandes entreprises afin de les recycler.
Toutefois, le recyclage des déchets n’est pas encore la préoccupation première des
malgaches.
Madagascar est doté d’une biodiversité unique au monde mais très vulnérable aux conséquences
du changement climatique. C’est pourquoi le Ministère de l’Environnement, de l’Ecologie et
des Forêts (MEEF) a mis en place en 1999 le décret n° 99-954, modifié par le décret du
3 février 2004 relatif à la « Mise en compatibilité des investissements sur
l’environnement (MECIE) ». Le décret a pour objet de « fixer les règles et les procédures à
suivre en vue de la mise en compatibilité des investissements avec l’environnement et de
préciser la nature, les attributions respectives et le degré d’autorité des institutions ou
organismes habilités à cet effet ». Ce cadre réglementaire définit le rôle des différents acteurs
et les projets soumis à une étude, qui prend la forme d’une « étude d’impact
environnemental (EIE1) » ou d’un « programme d’engagement environnemental (PREE) »
selon le type de projet ou du secteur d’activité qui sont décrits dans l’annexe 1 et 2 du décret
MECIE. Les projets soumis à cette étude d’impact doivent obligatoirement obtenir une
« licence to operate » ou un « permis d’exploitation » avant même le début de l’exploitation.
Pour la partie sociale, Wachsberger et al. ont réalisé en 2016 à travers un film d’Alban Biaussat
1
L’étude d’impact environnemental est « une étude permettant l’analyse scientifique et préalable des impacts
potentiels prévisibles d’une activité donnée sur l’environnement, et en l’examen de l’acceptabilité de leur niveau
et des mesures d’atténuation permettant d’assurer l’intégrité de l’environnement dans les limites des meilleures
technologies disponibles à un coût économiquement acceptable. Elle s'effectue avant toute prise de décision ou
d'engagement important » (loi 2015-003 portant sur charte de l’environnement Malagasy).
17
Introduction générale
et Michel Tabet intitullé « Zana-bahoaka ! Le néo-rebelle Malagasy2 » une étude sur les
perceptions et attentes citoyennes concernant l’exercice du pouvoir à Madagascar. Dans le
cadre de ce film, Erick Rajaonary président directeur général d’une petite et moyenne entreprise
(PME) spécialisée dans la production d’engrais biologiques à Madagascar déclare que « la
population a son rôle à jouer dans le redressement social, économique du pays, qu’elle peut
avoir sa place dans la vie active mais on n’arrive pas à l’identifier parce qu’une grande partie
de cette population vit actuellement dans le secteur informel ».
Le secteur privé, en tant que vecteur du développement de Madagascar, conscient des risques
engendrés par la dégradation de la situation économique, sociale et environnementale du pays,
a mis en place des initiatives de RSE :
- en 2014 : création de la plateforme humanitaire du secteur privé (PHSP) par la fondation
Telma, lancée officiellement le 5 décembre 2015 à Antananarivo3 (PHSP, s.d.). La
plateforme regroupe des entreprises de différents secteurs d’activité et des consultants
en RSE. La plateforme PHSP a été créée à la suite de l’obtention du prix du meilleur
acteur humanitaire organisé par United nations office for the coordination of
humanitarian affairs (UNOCHA) et le bureau national de gestion des risques et
catastrophes (BNGRC). Dans le cadre de ce prix, la fondation Telma a été considérée
comme modèle4 du fait de ses actions humanitaires à Madagascar. L’UNOCHA et le
BNGRC ont sollicité la fondation Telma pour être le leader et inciter ses pairs à suivre
son chemin. D’où, l’initiative de mettre en place la plateforme humanitaire du secteur
privé ;
- en 2015 : célébration du 20ème anniversaire du décret relatif à la mise en compatibilité
de l’investissement sur l’environnement à Madagascar (MECIE), au cours duquel
Thierry Tené, directeur « Afrique de la RSE (ARSE) », un cabinet d’expertise spécialisé
dans l’économie durable en Afrique a annoncé que Madagascar peut devenir un pays de
référence en Afrique francophone en matière de RSE ;
- en 2016 : la Fondation Telma, en collaboration avec l’administration publique, construit
cent écoles primaires publiques en deux ans ;
2
Malagasy ou malgache sont indifféremment utilisés pour désigner les habitants de Madagascar.
3
Antananarivo est la capitale de Madagascar. Elle se situe dans la région des Hautes terres centrales du pays.
4
Le terme « modèle » ici ne se réfère pas au sens de la littérature mais plutôt à un sens du terrain qui signifie servir
de référence.
18
Introduction générale
Ensuite, la lutte contre la corruption s’est traduite par la promulgation du décret n°2002-1128
portant la création d’un conseil supérieur de lutte contre la corruption à Antananarivo. Le
bureau indépendant anti-corruption (BIANCO), siégeant à Antananarivo est promulgué
le 5 octobre 2004 par le décret n°2004-937. Le 3 mars 2006, une branche territoriale a été mise
en place à Fianarantsoa5, le 10 avril 2008 à Antananarivo et le 30 mai 2008, à Mahajanga6.
5
Fianarantsoa est une ville des Hautes terres de Madagascar, chef-lieu de la région Haute Matsiatra qui est l’une
des 22 régions de Madagascar.
6
Mahajanga est une ville portuaire de la côte nord-Ouest de Madagascar, chef-lieu de la région de Boeny qui fait
également partie des 22 régions de Madagascar.
19
Introduction générale
Source : auteur
2. Design de la recherche
Le design de la recherche est un élément crucial pour tout projet de recherche empirique, quels
que soient l’objet de recherche et le point de vue méthodologique choisis (Grunow, 1995). Il
consiste à exposer les objectifs du chercheur, l’objet et la problématique de la recherche, la
méthodologie adoptée, les théories mobilisées et le positionnement épistémologique.
D’après Maxwell (1998), une étude peut avoir trois objectifs : des objectifs personnels, des
objectifs pratiques et des objectifs intellectuels.
Comme tout projet académique, cette recherche s’inscrit dans un objectif personnel, qui se
rattache à l’objectif professionnel de rejoindre le corps des enseignants chercheurs à moyen
terme et de devenir professeur des universités à long terme. Le deuxième objectif est beaucoup
plus pratique. Il consiste à enrichir les connaissances sur le concept de RSE et de l’outil de
reporting sociétal tant pour le monde académique que managérial. L’objectif intellectuel quant
à lui permet de comprendre le contexte particulier dans lequel les acteurs agissent et ainsi, de
cerner l’influence du contexte sur leurs actions (Maxwell, 1998). Cette recherche s’intéresse au
contexte de Madagascar qui est surtout marqué par l’instabilité politique, la vulnérabilité au
changement climatique, la corruption, les fraudes, la pauvreté et la malnutrition. Enfin, la
20
Introduction générale
recherche a également pour objectif d’enrichir les connaissances pour tous les pays présentant
un contexte similaire.
2. 2. L’objet de la recherche
Depuis plus de cinquante ans, le monde des affaires porte un intérêt particulier aux concepts de
développement durable et de RSE. Toutefois, les deux concepts ont une histoire différente à
l’instar du protocole de Kyoto en 1997, qui a engendré une réduction des émissions de gaz à
effets de serre jusqu'à la normalisation internationale de Global Reporting Initiative (GRI) qui
est le produit d’un processus technique et d’un processus politique. De plus, les dirigeants
d’entreprises ont du mal à faire la différence entre le concept de développement durable et de
la RSE, surtout dans les pays en développement et dans les petites et moyennes entreprises
(PME). En effet, les deux concepts apparaissent comme ambiguës et se traduisent souvent par
une utilisation interchangeable.
2. 2. 1. Le développement durable
Plusieurs études sur le développement durable donnent le sentiment que le concept est une
« utopie » faisant référence à un monde idéal où les gens sont libres et heureux (Mathian, s.d.).
Cependant, à la fin des années 1960 et au début des années 1970, les mouvements sociaux en
21
Introduction générale
Satisfaire aux besoins présents sans compromettre la capacité des générations futures à répondre aux
leurs
22
Introduction générale
***
Une revue de la littérature effectuée dans la partie 1 de la recherche montre que les grandes
entreprises adhèrent de plus en plus au concept de développement durable et que les PME
commencent à s’inscrire dans ce mouvement ; ainsi, c’est à partir de ce moment que le concept
de responsabilité sociétale de l’entreprise (RSE) est apparu (cf. Schéma 3).
Concept de RSE
Source : auteur
Si le concept de développement durable se réfère aux aspects liés au triple bottom line
(profit, people, planet), le concept de la RSE renvoie aux aspects liés à l’éthique et la morale.
Cependant, il est à noter que le concept de la RSE ne découle pas directement de celui du
développement durable, l’émergence des deux notions dans deux sphères différentes ont
emprunté des trajectoires parallèles. Ce croisement entre les deux notions, développement
durable et RSE, a eu lieu dans les années 1990. La RSE repose sur deux courants : le Corporate
Social Responsibility (CSR) pour les aspects liés à l’éthique et à la morale et le développement
durable pour les aspects liés au triple bottom line (profit, people, planet). Ainsi, la RSE est
considérée comme la mise en œuvre et l’application volontaire du concept de développement
durable. Actuellement, les deux concepts sont devenus des objectifs de gestion pour les
23
Introduction générale
Caroll (1999) a réalisé une étude sur l’évolution de la construction de sa définition entre 1950
à 1999 dans son article intitulé : Corporate Social Responsibility, evolution of definitional
construct. D’après cet auteur, le terme est apparu dans les années 1930-1940. La littérature
identifie Bowen (1953) comme le père fondateur du concept de la RSE. Pour cet auteur,
certaines des plus grandes entreprises étaient des centres vitaux de pouvoir et de prise de
décision, et les actions de ces entreprises touchaient la vie des citoyens à de nombreux égards.
Dans son livre intitulé Social Responsibilities of Businessman, Bowen (1953) cite l’enquête de
Fortune magazine dans laquelle le Corporate Social Responsibility ou la « conscience sociale »
des dirigeants a pour conséquence que les chefs d’entreprise sont responsables des
conséquences de leurs actions dans un domaine plus large que celui couvert par leurs états
financiers. S’il existait peu de définition dans la littérature des années 1950, les années qui
suivent sont marquées par une croissance significative des définitions qui tentent de formaliser,
ou de préciser le sens du concept de Corporate Social Responsibility. Caroll (1999) présente
plusieurs termes utilisés par différents chercheurs dans la littérature entre 1950 à 1999 pour
définir le concept de Corporate Social Responsibility (cf. Annexe 1). Bien que le concept de la
RSE soit devenu omniprésent dans les discours et pratiques d’entreprises, il constitue un
concept fondamentalement controversé rendant sa définition problématique (Bowen, 1953).
Alors que certains auteurs définissent la RSE comme un ensemble de démarches volontaires
allant au-delà des obligations économiques et juridiques de l’entreprise (Bowen, 1953 ;
Commission européenne, 2006), d’autres l’assimilent au concept de développement durable et
de prise en compte des attentes des parties prenantes.
Pour cette recherche, le terme RSE est utilisé pour faire référence au concept de développement
durable pour les aspects liés au triple bottom line et au concept de Corporate Social
Responsibility pour les aspects liés à l’éthique et la morale.
Selon Gond et Igalens (2008), la prise en compte des pratiques de RSE suppose de parvenir à
la mesurer. Pour ces auteurs, mesurer les pratiques de RSE est une condition sine qua non à la
connaissance de leur propre responsabilité sociétale, et donc à la maîtrise de leurs impacts
sociaux et environnementaux. Ainsi, « l’évaluation de la performance sociale et
24
Introduction générale
25
Introduction générale
Au niveau mondial, la diffusion des informations sociales et environnementales (ISE) reste une
publication largement volontaire, aucun texte ni loi n’est encore prévu à cet effet. En France,
plusieurs dispositions juridiques imposent aux entreprises d’intégrer une dimension écologique
à leur gestion et à leur stratégie. La loi Nouvelles Régulations Economiques (NRE), impose aux
sociétés cotées sur un marché réglementé, ou ayant plus de 500 salariés et dépassant 100M€ de
total de bilan ou de chiffre d’affaires net, de publier des données extra-financières dans un
rapport RSE. La loi Grenelle 2 en 2010 complétée par la loi Warsmann 4 en 2012 exigent des
entreprises françaises d’inclure dans le rapport de gestion annuel remis aux administrateurs et
à l’assemblée générale, des indicateurs de RSE qui doivent être audités par un organisme tiers
indépendant (OTI).
2. 3. Problématique de la recherche
Plusieurs études sur les pratiques RSE des entreprises en Afrique existent (Labaronne et
Payaud, 2011 ; Ghozzi-Nekhili et Kamoun-Chouk, 2012 ; Porcher et Porcher, 2012 ; Biwolé
Fouda, 2013 ; Simen et Ndao, 2013 ; Boyer et Scotto, 2015 ; Etoundi Eloundou, 2014 ;
Njaya, 2014 ; Wamba et al., 2014 ; Wamba et Hikkerova, 2014 ; Jacquemot, 2015 ; Egil, 2015 ;
Pigé et Bigou-Laré, 2015 ; Barmaki et Aitcheikh, 2016 ; Tallio, 2017 ; Bouderbala et Malek,
2017 ; Mbacké Diop et Ngaha Ba, 2018), mais celles étudiant le cas de Madagascar sont peu
nombreuses. Harison et Obrecht (2013) ont analysé les conditions locales d’application d’une
politique de RSE conçue par une organisation qui inscrit son business model dans un horizon
global et Harison (2013) a étudié la mise en pratique locale des principes internationaux sur la
RSE. Salomon (2014) a réalisé une étude de cas sur la diffusion d’un code de conduite au sein
d’un cluster textile malgache. Grinand (2016) a étudié le suivi et modélisation des changements
d’usage des terres et stocks de carbone dans les sols et les arbres dans le cadre de la REDD+ à
Madagascar. De plus, il n’existe pas de texte réglementaire dédié à la RSE ou à la publication
des informations sociales et environnementales à Madagascar. Néanmoins, le décret MECIE
exige que certains projets d’investissements publics ou privés réalisent une étude d’impact
environnementale (EIE) ou mettent en place un programme d’engagement environnemental
(PREE) avant le commencement de l’exploitation pour obtenir la licence to operate7 ou le
permis d’exploitation. Ainsi, aucune réglementation n’oblige les entreprises à Madagascar à
mettre en place une politique de RSE ou à publier des informations sociales ou
7
Licence to operate au sens du terrain fait référence à l’agrément environnemental ou le certificat de conformité
délivré par l’Etat et à l’acceptabilité sociale de la population donnant accord à l’exploitation.
26
Introduction générale
environnementales. Pourtant, une étude effectuée par Harison (2013) a montré qu’à Madagascar
la notion de RSE se fait sentir et les entreprises connaissent une avancée majeure et plusieurs
initiatives louables en matière de RSE sont observées. De même, l’étude exploratoire effectuée
lors de notre master recherche a montré que le mouvement en faveur de la RSE a pris de
l’ampleur à Madagascar à partir de la période 2014-2016. Les entreprises communiquent de
plus en plus des informations relatives à leurs engagements RSE à travers divers supports de
communication des informations sociales et environnementales : le reporting de
développement durable, le reporting social, le reporting environnemental, les informations
sociales et environnementales intégrées dans le rapport annuel de gestion, les informations
publiées sur le site internet des entreprises, le cahier des charges, les chartes éthiques, les chartes
de gouvernance, la brochure, les salons professionnels, les médias, les bulletins trimestriels etc.
C’est pourquoi cette recherche se focalise d’une part sur les facteurs favorisant l’adoption de la
démarche de RSE, et d’autre part sur les facteurs favorisant la production de l’outil de reporting
sociétal et les obstacles pouvant freiner sa production. L’étude est effectuée auprès de 22
entreprises sur les 32 identifiées (69% environ) comme ayant adopter une démarche de RSE.
Ainsi, l’objet de la recherche est d’analyser les facteurs institutionnels (DiMaggio et
Powell, 1983) et de contingence expliquant l’adoption de la démarche de RSE et la production
de l’outil de reporting sociétal.
Cette problématique amène à poser cinq questions de recherche relatives à deux thématiques :
les pratiques de RSE et leur instrumentation via le reporting sociétal.
Les trois premières questions de recherche traitent spécifiquement de l’adoption de la démarche
RSE :
- QR1. Quels sont les éléments déclencheurs de l’adoption de la démarche de RSE ?
- QR2. Pourquoi les entreprises pratiquent-elles la RSE ?
- QR3. Quelle est la finalité poursuivie par la démarche RSE (pour quoi) et quelles sont
les parties prenantes impliquées (pour qui) ?
Les deux dernières questions de recherche se focalisent sur l’outil de reporting sociétal :
- QR4. Pourquoi les entreprises produisent-elles l’outil de reporting sociétal ?
27
Introduction générale
- QR5. Quelle est la finalité poursuivie par l’outil de reporting sociétal (pour quoi) et
quelles sont les parties prenantes impliquées (pour qui) ?
2. 4. Méthodologie de la Recherche
La méthodologie de recherche qualitative telle que présentée par Paillé et Mucchielli (2012),
Paillé et Mucchielli (2016) et Dumez (2016) est mobilisée dans le cadre de cette recherche. Elle
se fonde sur une analyse du contenu thématique (Alami et al., 2013 ; Blanchet et
Gotman, 2014), d’une analyse descriptive (Alami et al., 2013) et d’une modélisation (Mbengue
et Vandangeon-Derumez, 2007) à l’aide du logiciel Nvivo 11.
Les données ont été collectées en deux phases : une première phase d’analyse exploratoire et
une deuxième phase d’analyse approfondie.
La phase d’analyse exploratoire a comme objectif principal d’identifier les entreprises ayant
adopté une démarche de RSE à Madagascar (32 entreprises identifiées), les différentes formes
de RSE pratiquées et les entreprises qui communiquent les informations relatives à cette
démarche de RSE à travers la production de l’outil de reporting sociétal. La phase d’étude
approfondie a permis de collecter des données aussi bien qualitatives que quantitatives. Les
données qualitatives ont été collectées à travers un entretien de groupe de créativité auprès de
douze entreprises (cf. Tableau 25 infra, page 120), cinq entretiens semi-directifs réalisés auprès
de quatre entreprises (cf. Tableau 26 infra, page 121), neuf entretiens non-directifs réalisés
auprès de sept dirigeants et de deux consultants en RSE (cf. Tableau 27 infra, page 122),
quarante analyses de documents secondaires internes et 59 analyses de documents secondaires
externes (cf. Tableau 31, page 126 et Tableau 32 infra, page 127). Les données quantitatives
ont été collectées auprès de 21 entreprises, dont huit entreprises produisant un reporting sociétal
et treize entreprises n’en produisant pas (cf. Tableau 30 infra, page 125). Les données
qualitatives sont à visée exploratoire, tandis que les données quantitatives sont à visée
confirmatoire.
28
Introduction générale
L’étude empirique a été réalisée auprès de 22 entreprises (69% environ) parmi les 32 identifiées
(cf. Tableau 19 infra, page 109) comme ayant adopté une démarche de RSE à Madagascar.
Les 32 entreprises ont été obtenues en réalisant un recoupement entre :
- la liste des entreprises ayant participé au salon RSE et des Initiatives pour le
développement durable (2016, 2017, 2018, 2019 ; cf. Annexe 2) ;
- la liste des entreprises membres de la plateforme humanitaire du secteur
privée (cf. Annexe 3) ;
- la liste des entreprises ayant un projet d’investissement soumis à une étude d’impact
environnemental (ONE, 2018 ; cf. Annexe 4) ;
- et par le biais du réseau personnel du chercheur.
Les 22 entreprises étudiées dans le cadre de cette recherche ne sont pas les seules pratiquant
une démarche de RSE à Madagascar, mais elles permettent d’étudier la majorité des entreprises
de référence en matière de RSE dans le pays.
29
Introduction générale
Une étude de cas (Yin, 2009 ; Yin, 2014) découpée en 22 mini-cas d’entreprises de différents
secteurs d’activité à Madagascar a ainsi été effectuée. Selon Yin (2014), une recherche fondée
sur une étude de cas est marquée par une analyse en profondeur de la réalité, avec un degré
élevé de réalisme et une grande marge de contrôle du phénomène observé. Pour l’analyse des
facteurs favorisant l’adoption de la démarche de RSE, l’étude des 22 mini-cas est fondée en
deux sous-groupes : deux entreprises du secteur de l’industrie minière et vingt entreprises de
différents secteurs d’activité. Pour l’analyse des facteurs favorisant ou freinant la production de
l’outil de reporting sociétal, l’étude des 22 mini-cas se décompose également en deux sous-
groupes : neuf entreprises produisant l’outil et treize entreprises qui ne le produisent pas.
2. 5. Théories mobilisées
Cette recherche analyse les facteurs expliquant l’adoption de la démarche de RSE et son
instrumentation via le reporting sociétal auprès de 22 entreprises localisées à Madagascar. Deux
théories principales sont mobilisées : la théorie néo-institutionnelle de DiMaggio et Powell
(1983) et la théorie de la contingence de Lawrence et Lorsch (1967).
La théorie de la contingence pour sa part permet d’expliquer les variables qui amènent
l’organisation à adopter une démarche de RSE et à produire l’outil de reporting sociétal en
l’absence de cadre juridique applicable. Pour Plane (2012), « la contingence est structurelle
pour les organisations car les changements dans les variables externes provoquent des
évolutions dans la structure des organisations ». La théorie de la contingence de Lawrence et
Lorsch (1967) permet d’expliquer les différences entre les entreprises selon les caractéristiques
du contexte où elles se trouvent.
30
Introduction générale
entreprises ayant adopté une démarche de RSE à Madagascar. Il offre une vue d’ensemble
conceptuelle permettant d’expliquer les facteurs favorisant l’adoption de la démarche de RSE
et la production de l’outil de reporting sociétal et les obstacles pouvant freiner l’instrumentation
de la RSE via le reporting sociétal. En raison de son degré élevé de complexité, le modèle n’est
pas encore statistiquement testable à l’heure actuelle.
Cette recherche se caractérise par des inférences abductives mobilisant une analyse qualitative
avec une perspective épistémologique constructiviste. Elle a débuté en partant des faits et des
observations effectuées lors d’une démarche exploratoire réalisée dans le cadre du Master
Recherche. La démarche exploratoire a permis d’observer que même en l’absence d’un cadre
réglementaire dédié à la RSE, il existe des initiatives volontaires de la part des entreprises pour
adopter une démarche de RSE et pour l’instrumenter à travers la production de l’outil de
reporting sociétal. Des allers-retours entre théorie et terrain ont été effectués tout au long de ce
travail de recherche permettant d’expliquer les faits observés.
31
Introduction générale
3. Plan de la recherche
Chapitre 4. L’analyse des pratiques de RSE et de l’outil de reporting sociétal : cas des
entreprises à Madagascar
Section 1. Analyse des pratiques de RSE
Section 2. Analyse de l’outil de reporting sociétal
Synthèse du chapitre 4
32
Partie 1.
Hybridation théorique des pratiques de RSE et de l’outil de
reporting sociétal
33
Partie 1
Hybridation théorique des pratiques de RSE et de l’outil de reporting sociétal
Synthèse du chapitre 1
Synthèse du chapitre 2
34
Partie 1
Hybridation théorique des pratiques de RSE et de l’outil de reporting sociétal
Chapitre 1.
Une approche historique des pratiques de RSE et de l’outil de
reporting sociétal
Ces dernières années, le concept de RSE et l’outil de reporting sociétal sont devenus des sujets
majeurs du monde académique et professionnel. En sciences de gestion, la littérature sur la RSE
et le reporting sociétal tend à privilégier une approche normative et descriptive. Néanmoins, le
concept de la RSE et le concept de développement durable demeurent flous. C’est ainsi que
tout au long de ce chapitre il sera vu que le concept de la RSE se réfère à la fois au concept de
développement durable pour les aspects liés au triple Bottom line (profit, people, planet) et au
concept de Corporate Social Responsibility (CSR) pour les aspects liés à l’éthique et à la morale.
Quant au reporting sociétal c’est un outil permettant de regrouper les différentes informations
liées à ces concepts de développement durable et de Corporate Social Responsibility.
Ce chapitre a donc pour objectif, en retenant une perspective historique, d’identifier les
différences et les similitudes entre les concepts de développement durable et de la RSE. Ensuite,
le chapitre explique le lien entre ces concepts et l’outil de reporting sociétal.
35
Partie 1
Hybridation théorique des pratiques de RSE et de l’outil de reporting sociétal
Synthèse du chapitre 1
36
Chapitre 1
Une approche historique des pratiques de RSE et de l’outil de reporting sociétal
A partir des années 2000, des organismes internationaux tels que l’organisation des nations
unies (ONU) et l’Union européenne ont interpelé les entreprises afin qu’elles intègrent les
enjeux liés au développement durable. Les entreprises ont été incitées à introduire et à décliner
les principes du développement durable (triple bottom line) dans leurs stratégies. Le secrétaire
général des Nations Unies, Ban Ki-moon, dans le cadre de l’assemblée générale en
septembre 2015 a rappelé cette exigence et les Etats membres ont adopté 17 objectifs mondiaux
de développement durable (cf. Tableau 7) pour mettre fin à la pauvreté et à la faim, pour lutter
contre les inégalités et l’injustice et pour faire face au changement climatique d’ici 2030
(ONU, s.d.).
37
Partie 1
Hybridation théorique des pratiques de RSE et de l’outil de reporting sociétal
Le concept de développement durable incite les entreprises à prendre en compte des problèmes
relatifs à l’environnement et à la société. Il permet aux organisations d’intégrer des contraintes
sociales et environnementales au-delà du seul objectif de maximisation des profits. Ainsi, une
entreprise peut être considérée comme durable lorsqu’elle fonctionne dans la logique du triple
bottom line (profit, people, planet).
38
Chapitre 1
Une approche historique des pratiques de RSE et de l’outil de reporting sociétal
La notion de responsabilité sociétale de l’entreprise (RSE) a un peu plus d’un siècle, mais sa
définition académique en tant que concept a été formalisée par Howard R. Bowen en 1953. Les
chercheurs définissent le concept de RSE de plusieurs manières (cf. Annexe 1) même si celle
de Caroll (1999) est la plus répandue. Selon Caroll (1999), la RSE renvoie à l’idée selon laquelle
les entreprises doivent intégrer dans leurs politiques, leurs décisions et leurs pratiques, les
enjeux environnementaux et sociaux, en allant au-delà de leurs obligations strictement
économiques et réglementaires. Pour cette recherche, il semble intéressant de distinguer la
conception américaine et européenne de la RSE.
En 1970, Heald a analysé d’un point de vue historique, les programmes, les politiques et les
points de vue des dirigeants d’entreprises en faveur de la collectivité. Cette analyse montre que
les chefs d’entreprise de la période de 1960 à 1990 intègrent les actions philanthropiques et les
relations communautaires dans leur gestion. Selon une observation effectuée par Caroll (1999)
entre 1953 et 1970, la Corporate Social Responsibility concerne les chefs d’entreprise qui ont
« l’obligation (…) de poursuivre des politiques, de prendre des décisions ou de suivre des lignes
d’action qui sont souhaitables en termes d’objectifs et de valeur de la société » (Bowen, 1953).
En 1971, le conseil économique de développement (CED) a apporté une contribution marquante
au concept de Corporate Social Responsibility en faisant observer que les entreprises ont pour
fonction de servir de façon constructive les besoins de la société (Caroll, 1999). Pour Porter et
Kramer (2006), le concept est indissociable de l’émergence des grandes entreprises. Selon
Eilbert et Parket (1973), il comporte deux phases : la première consiste à ne pas faire des actions
qui nuisent au quartier voisin et la deuxième désigne une prise en charge volontaire de
l’obligation d’aider à résoudre les problèmes de voisinage. Pour ces deux auteurs, ceux qui
trouvent le concept de bon voisinage maladroit ou timide peuvent substituer l’idée que le
concept de Corporate Social Responsibility représente l’engagement de l’entreprise à résoudre
les problèmes sociaux généraux, tels que la discrimination raciale, la pollution, le transport ou
39
Partie 1
Hybridation théorique des pratiques de RSE et de l’outil de reporting sociétal
Pour Davis (1966), le concept de Corporate Social Responsibility va plus loin en mettant
l’accent sur les actions institutionnelles et leurs effets sur l’ensemble du système social. Par
conséquent, le concept va élargir la vision d’une personne à l’ensemble du système social.
Johnson (1971) fait référence à la possibilité d’une approche axée sur les parties prenantes, car
chacune d’entre elles a une multiplicité d’intérêts. Selon l’auteur, le concept de Corporate
Social Responsibility doit se comprendre comme une maximisation des profits sur le long terme
en intégrant l’ensemble des intérêts des parties prenantes. L’auteur avance aussi l’idée selon
laquelle « les particuliers et les organisations veulent généralement faire au moins aussi bien
que les autres dans les mêmes circonstances. Une fois qu’ils ont atteint leurs objectifs des
profits, ils agissent comme si la responsabilité sociale était un objectif important, même si elle
ne l’est pas ».
Pour Steiner (1971), « l’entreprise est, et doit rester, fondamentalement une institution
économique (…), mais elle a la responsabilité d’aider la société à atteindre ses objectifs
fondamentaux ce qui implique une responsabilité sociale ». Plus elle devient grande, plus ses
responsabilités sont grandes. Friedman (1962) soutient dans son livre intitulé Capitalism and
freedom l’idée que « peu de tendance pourrait miner aussi profondément les fondements mêmes
de notre société libre que l’acceptation par les dirigeants d’entreprises d’une responsabilité
sociale autre que celle de faire autant d’argent que possible pour les actionnaires ».
Ainsi, le comité de développement économique relève que le contrat social entre les entreprises
et la société est en train de changer de manière substantielle : il leur est demandé d’assumer des
responsabilités plus larges envers la société et de servir un plus large éventail de valeurs
humaines. Selon ce comité, les entreprises commerciales doivent contribuer davantage à la
qualité de la vie et pas uniquement fournir des biens et services.
40
Chapitre 1
Une approche historique des pratiques de RSE et de l’outil de reporting sociétal
En 1994, Frederick fait référence au concept de Corporate Social Responsiveness (CSR 2) qui
tend à partir des années 1970 à se substituer au concept de Corporate Social Responsibility
(CSR 1). Selon cet auteur, le concept de Corporate Social Responsibility se réfère à la capacité
de l’entreprise à répondre à des pressions sociales, car l’organisation de l’entreprise et les
modalités de gestion jouent un rôle important dans la façon dont une entreprise répond aux
besoins sociaux. Pour Gond et Igalens (2008), la Corporate Social Responsiveness renvoie aux
processus de gestion de la Corporate Social Reponsibility par les entreprises, au déploiement
et à la mise en œuvre de ses pratiques. Les principes abstraits qui régissent le concept de
Corporate Social Reponsibility sont remplacés par l’accent mis par le concept de Corporate
Social Responsiveness sur les aspects pratiques pour rendre les organisations plus sensibles
socialement aux contraintes de l’environnement qui les entourent (Frederick, 1994). Selon cet
auteur, le concept de Corporate Social Reponsibility se réfère souvent à la conscience
individuelle des dirigeants d’entreprise, tandis que le Corporate Social Responsiveness renvoie
à une politique d’entreprise institutionnalisée au déploiement de sa réussite.
A partir des années 1980 et 1990, un nouveau concept de Performance sociétale de l’entreprise
(PSE) ou Corporate Social Performance émerge. Gond et Igalens (2008) présentent ce concept
comme « une tentative de synthèse des deux approches antérieures : Corporate Social
Responsibility et Corporate Social Responsiveness (…) et une nouvelle perspective focalisant
l’attention sur les capacités de gestion de la responsabilité sociétale de l’entreprise, les impacts
des politiques de RSE et la mesure de ces impacts ». Pour Caroll (1979), le concept de
performance sociétale de l’entreprise intègre quatre niveaux de responsabilité sociétale :
(1) economic responsibilities (les responsabilités économiques) ; (2) legal responsibilities (les
responsabilités juridiques) ; (3) ethical responsibilities (les responsabilités éthiques) ;
(4) discretionary responsibilities (les engagements volontaires).
41
Partie 1
Hybridation théorique des pratiques de RSE et de l’outil de reporting sociétal
suppose ainsi que les entreprises remplissent leur mission économique dans le cadre des
exigences réglementaires (Caroll, 1979).
(3) Ethical responsibilities. Bien que les deux premières catégories incarnent des normes
éthiques, il existe d’autres comportements et activités qui ne sont pas nécessairement
codifiés dans la loi mais qui sont néanmoins attendus des entreprises et des membres de
la société (Caroll, 1979).
(4) Discretionary responsibilities. Les engagements volontaires sont les actions pour
lesquelles la société n’a pas de message clair à transmettre. Ils renvoient aux
comportements des entreprises qui dépassent ces attentes, à travers la réalisation
d’activités philanthropiques telles que le mécénat (Gond et Igalens, 2008). Selon Caroll
(1979), il existe des attentes sociétales qui supposent que les entreprises assument des
rôles sociaux autres que ceux décrits jusqu’ici. Ces rôles sont purement volontaires et
la décision de les assumer n’est guidée que par le désir de l’entreprise de s’engager dans
des rôles sociaux qui ne sont pas prescrits, ni exigés par la réglementation, ni même
généralement attendus des entreprises dans un sens éthique. Par exemple, il peut s’agir
de contributions philanthropiques, d’actions menées en interne (programmes de
formations, services de garderies pour les mères qui travaillent, service de cantine, etc.).
De plus, les responsabilités économiques des entreprises présentent des liens de dépendance
avec les engagements volontaires, c’est-à-dire des actions mises en place en faveur de
l’éducation ou de soutien philantropique.
42
Chapitre 1
Une approche historique des pratiques de RSE et de l’outil de reporting sociétal
Source : auteur
La conception américaine des années 1930-1940 fait référence à des valeurs et attitudes
humaines, religieuses et démocratiques. Elle fait appel à une prise en compte par les entreprises
de leurs responsabilités éthiques et morales au-delà du seul objectif de maximisation des profits.
La conception américaine de la RSE pendant cette période renvoie généralement à la notion de
philanthropie.
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Partie 1
Hybridation théorique des pratiques de RSE et de l’outil de reporting sociétal
Années 1950-1960
RESPONSABILITE SOCIALE
DE L’ENTREPRISE Orientation philosophique et normative
Corporate Social Responsibility Discussion des frontières et du contenu de la
(CSR 1) RSE
Discrétionnaires
Economique Juridiques Ethique
(engagements
(faire des profits) (requit par la loi) (requit par la société) volontaires)
44
Chapitre 1
Une approche historique des pratiques de RSE et de l’outil de reporting sociétal
Defourny (2006), « une entreprise sociale est une activité commerciale ayant essentiellement
des objectifs sociaux et dont les surplus sont principalement réinvestis en fonction de ses
finalités dans l’activité ou dans la communauté plutôt qu’en fonction d’un besoin de
maximisation des profits pour des actionnaires ou des propriétaires ». La commission
européenne considère la responsabilité sociale de l’entreprise (RSE) comme une intégration
volontaire par les entreprises, des préoccupations sociales et environnementales à leurs activités
commerciales et leurs relations avec leurs parties prenantes (Responsabilité-sociale.com, 2011).
Pour la commission européenne, la RSE permet à la fois de « pallier le risque de concurrence
déloyale qui naît de l’hétérogénéité des droits nationaux des Etats membres, ainsi que de
promouvoir dans le reste du monde un modèle européen respectueux des normes sociales,
environnementales et économiques internationalement reconnues » (France diplomatie, 2017).
Selon Pluchart et Uzan (2018), elle soulève des enjeux sociaux, sociétaux et environnementaux
en interrogeant la vision traditionnelle de la performance de l’entreprise. Pour Mercier (2004),
elle oscille entre deux extrêmes, l’un réduit la responsabilité des entreprises à l’obtention de
profits pour ses actionnaires, et l’autre étend cette responsabilité à tous les acteurs ayant un
intérêt dans l’entreprise. Paradas, et al. (2013) définissent la responsabilité sociale comme
« l’application des principes de développement durable et elle suscite un intérêt croissant des
différents acteurs économiques ». Elle est présentée comme la traduction managériale du
concept de développement durable (Martinet et Reynaud, 2004). La RSE défend donc l’idée
d’une mise en action volontaire de la part du dirigeant, qui joue un rôle central surtout dans les
petites structures (Paradas, et al., 2013). En France, c’est la définition donnée par la commission
européenne le 7 novembre 2012 qui est retenue et qui considère la RSE comme « la
responsabilité des entreprises vis-à-vis des effets qu’elles exercent sur la société » (France
diplomatie, 2017).
Les limites des initiatives fondées sur la RSE ont conduit à l’émergence de l’entrepreneuriat
social (Goyal, et al., 2014). Ce nouveau concept est apparu dans les années 1990 aux Etats-
Unis et en Europe (Defourny, 2004). Selon Dacanay (2016), l’entreprise sociale a pour objectif
d’améliorer la qualité de vie des catégories sociales défavorisées et de consacrer leur surplus à
la viabilité de la structure. L’entrepreneuriat social désigne principalement les activités
économiques marchandes mises au service d’un but social et non lucratif (Defourny et
Nyssens, 2012). L’entreprise sociale se préoccupe de l’impact social et environnemental des
richesses qu’elles créent (Dacanay, 2016). Les entrepreneurs sociaux reconfigurent le marché
45
Partie 1
Hybridation théorique des pratiques de RSE et de l’outil de reporting sociétal
comme un espace d’engagement intégrant les objectifs sociaux et environnementaux aux états
financiers. Ils intègrent la création de valeurs sociales et économiques, tout en étant guidé par
la mission sociale. Selon Defourny et Nyssens (2012), l’entreprise sociale concerne une activité
commerciale (business) ayant essentiellement des objets sociaux non guidés par le besoin de
maximisation des profits. Goyal et al., (2014) se réfèrent à la perspective du changement social
où une entreprise met en œuvre la structure de gouvernance, les processus d’affaires et les
indicateurs de performance clés pour refléter le changement social positif. Dees (2001) présente
cinq caractéristiques principales de l’entreprise sociale : (1) mettre l’accent sur la mission
sociale, (2) déterminer les nouvelles possibilités de servir la mission, (3) mettre l’accent sur
l’innovation, l’adaptation et l’apprentissage continue, (4) gérer les contraintes de ressources,
(5) rendre compte des résultats sociaux et de leurs impacts sur le segment cible.
46
Chapitre 1
Une approche historique des pratiques de RSE et de l’outil de reporting sociétal
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Partie 1
Hybridation théorique des pratiques de RSE et de l’outil de reporting sociétal
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Chapitre 1
Une approche historique des pratiques de RSE et de l’outil de reporting sociétal
L’union des industries chimiques (UIC) identifie trois raisons principales d’une démarche de RSE :
o pour se différencier et innover pour des marchés responsables ;
o pour se structurer : gagner en performance globale, au-delà de l’économique, vers plus de performance
sociétale et environnementale ;
o pour être visible et reconnu pour les efforts d’amélioration continue.
La RSE vise à améliorer de façon continue le management des risques notamment en matière de santé, de
sécurité, et d’environnement vis-à-vis :
o du personnel opérant dans le secteur chimique ;
o de ses divers partenaires économiques (fournisseurs, prestataires de services et clients utilisateurs
finaux) ;
o du voisinage des sites d’exploitation, et plus généralement, de l’ensemble de la collectivité.
La démarche permet ainsi à l’entreprise :
o d’accroître la confiance des clients, des fournisseurs et de la communauté environnante ;
o d’améliorer l’image de l’ensemble des entreprises de la chimie par une marque internationale ;
o de bénéficier d’une anticipation à la mise en œuvre de la réglementation ;
o de faciliter la pérennité des entreprises ;
o d’améliorer l’efficacité globale des entreprises ;
o d’améliorer la santé et la sécurité des salariés ;
o d’améliorer les performances environnementales pour le bien de tous ;
o d’accroître la fierté des collaborateurs et d’améliorer leur attractivité en terme de recrutement
Une étude effectuée par l’INSEE en 2012 (cf. Encadré 3) présente que plus de la moitié des
sociétés françaises de plus de cinquante salariés déclarent s’impliquer dans la démarche de RSE,
et plus la taille de l’entreprise est importante, plus l’engagement est fréquent. Selon Capron et
Quairel-Lanoizelée (2016) « les grandes firmes sont à la recherche d’une légitimité sans
laquelle elles ne disposent pas du droit moral et symbolique d’exercer leurs activités ».
L’engagement dans une démarche de RSE, en France, est beaucoup plus présent dans le secteur
de l’énergie et de l’environnement que dans le secteur du commerce. Près de la moitié des
sociétés de plus de cinquante salariés s’engagent dans la protection de la biodiversité, contre
1/10 dans les autres secteurs, et les trois quart dans l’amélioration de l’efficacité énergétique ou
la réduction des émissions de gaz à effet de serre, contre un peu plus de 4/10 pour les autres
secteurs (INSEE, 2012).
49
Partie 1
Hybridation théorique des pratiques de RSE et de l’outil de reporting sociétal
En France, 64% des sociétés de plus de 50 salariés ont plus ou moins entendu parler de la RSE, comme étant
une contribution au développement durable.
o 52% sont plus particulièrement impliquées dans la démarche, non seulement elles en ont entendu
parler, mais elles ont aussi le sentiment de mener des actions dans cette perspective ;
o 36% n’en ont jamais entendu parler ;
o 12% bien qu’informées, estiment ne pas mener d’actions en ce sens et se sentent non impliquées.
Cette étude montre que, les sociétés sont plus souvent impliquées en matière de RSE lorsqu’elles sont de taille
importante : 84% des entreprises employant plus de 500 salariés ont le sentiment de mener des actions de RSE,
alors qu’elles ne sont que 47% parmi les entreprises de 50 à 249 salariés.
Cette étude permet ainsi d’observer dans un premier temps l’existence d’une démarche de
« RSE intégrée », qui est souvent liée à des actions proches du métier. L’adoption d’une
démarche de RSE intégrée répond généralement à un besoin de légitimité (licence to operate8)
et de gestion de l’image des entreprises. Dans un second temps, la forme de « RSE périphérique
ou annexe » est également observée au sein des entreprises françaises. Selon une étude menée
par l’institut CSA research9 en 2016, le baromètre du mécénat d’entreprise présente que la
moitié des entreprises de plus de 250 salariés et le quart des PME sont désormais mécènes et
en 2015, les entreprises françaises ont donné 3,5 milliards d’euros, contre 2,8 milliards d’euros
en 2013 pour financer des actions dans le cadre du mécénat. De plus, cette étude menée par
l’institut CSA (2016) précise que « les entreprises mécènes pratiquent des activités de
sponsoring et formalisent davantage une politique de développement durable ou de RSE par
rapport aux entreprises non mécènes » (cf. Tableau 9).
8
La littérature utilise le terme licence to operate pour faire référence à la légitimité.
9
CSA research est un institut de référence des études marketing et d’opinion depuis 40 ans en France et à
l’international (https://www.csa.eu/fr/).
50
Chapitre 1
Une approche historique des pratiques de RSE et de l’outil de reporting sociétal
Globalement, 16% des entreprises ont formalisé une politique de développement durable, de
RSE ou d’engagement sociétal, 25% mènent des actions dans le cadre du sponsoring, 2%
soutiennent des projets via une plateforme de crowdfunding10. Néanmoins, l’intégration des
pratiques de développement durable et de la RSE au sein des services de communication ou de
marketing fait que l’adoption de la démarche de RSE est souvent assimilée à du greenwashing
(Benoit-Moreau, et al., 2008). Par exemple, ce sont « les grands acteurs mondiaux de l’énergie
qui communiquent sur leur politique de développement des énergies renouvelables, alors que
la réalité des faits met en évidence des stratégies massivement en faveur des énergies fossiles
et du nucléaire » (E-RSE, s.d.). Le Tableau 10 synthétise les taxonomies des comportements
stratégiques de la part des entreprises en matière de RSE.
Ces constats montrent que la RSE est encore dans la phase intermédiaire « cosmétique »,
« périphérique ou annexe » et « intégrée ». Sa prise en compte est souvent obligatoire pour les
activités qui représentent des impacts sur l’environnement et la société. Ainsi, elle a tendance à
10
Le Crowdfunding est un système de financement participatif permettant de mettre en contact des investisseurs
et des porteurs de projet à travers une plateforme internet (https://www.capital.fr/economie-
politique/crowdfunding).
11
Licence to operate fait référence à la légitimité dans le cadre de la littérature.
51
Partie 1
Hybridation théorique des pratiques de RSE et de l’outil de reporting sociétal
Les différentes formes de RSE permettent de constater que l’adoption de la démarche peut être
motivée par les objectifs stratégiques des entreprises tels que le besoin de légitimité
(licence to operate) et la gestion de l’image des entreprises. L’adoption de la démarche de RSE
permet de construire un avantage concurrentiel pour les entreprises concurrentes en visant des
marchés internationaux. L’adoption de la démarche peut également être utlisée comme un
moyen permettant de répondre au développement croissant des marchés responsables et des
fonds d’investissement socialement responsable (ISR). Enfin, elle peut être adoptée pour
améliorer la performance globale, pour accroitre la visibilité, la notoriété et la reconnaissance,
pour une politique globale d’engagement de l’entreprise et à des fins de marketing. Aussi, selon
une étude effectuée par un organisme britannique de certification « les organismes disposant
une certification RSE sont jusqu’à 66% plus susceptibles d’être identifiés comme des
partenaires d’affaires et de gagner des parts de marché » (E-RSE, s.d.). La mise en place de la
démarche de RSE permet à l’entreprise de créer et de maintenir la confiance des partenaires.
Par ailleurs, Huault (2009) précise que pour survivre, les organisations n’adoptent pas
nécessairement les pratiques les plus appropriées aux exigences économiques du moment, mais
celles qui apparaissent les mieux acceptées socialement. Ainsi, les entreprises peuvent être
amenées à adopter la démarche de RSE dans un objectif de survie. La RSE est également
considérée comme un échange réciproque de valeurs et de référents culturels stables (Gond et
Igalens, 2008). Elle s’attache à la façon dont les entreprises s’adaptent ou influencent leur
environnement socioculturel. Elle peut être définie comme « le produit d’une culture et (…)
son contenu reflète des relations désirables entre entreprises et sociétés telles qu’elles sont
définies par l’environnement social, cuturel et institutionnel ». Les auteurs développent deux
approches de la RSE. La première approche considère l’adoption de la démarche de RSE
comme le produit d’une culture organisationnelle, c’est-à-dire que les entreprises prennent en
compte les aspects liés à l’éthique et à la morale. La prise en compte de ces aspects peut être
rattachée à la culture de l’entreprise ou à la conviction et aux valeurs personnelles du dirigeant.
La seconde approche se focalise sur la façon dont les facteurs institutionnels, historiques et
52
Chapitre 1
Une approche historique des pratiques de RSE et de l’outil de reporting sociétal
Le Schéma 7 modélise les motivations pour adopter la démarche de RSE. La phase 0 du modèle
renvoie aux stimuli qui se réfèrent au cadre réglementaire constituant l’élément déclencheur de
l’adoption de la démarche de RSE. La phase 1 présente la phase d’adoption de la démarche de
RSE. Elle permet d’observer que les facteurs institutionnels, historiques et culturels favorisant
l’adoption de la démarche sont déclenchés par les stimuli de la phase 0. Ensuite, la phase 2 du
modèle permet d’observer les formes de RSE mises en œuvre selon les actions et les objectifs
stratégiques des entreprises. Une boucle de rétroaction peut être observée lors de cette deuxième
phase du modèle car l’adoption de la démarche de RSE est également influencée par les
objectifs stratégiques.
53
Partie 1
Hybridation théorique des pratiques de RSE et de l’outil de reporting sociétal
Source : auteur
54
Partie 1
Hybridation théorique des pratiques de RSE et de l’outil de reporting sociétal
Les dirigeants expriment le besoin d’outils de diagnostic et de guides destinés à les aider dans
la mise en œuvre d’une démarche de RSE en raison de la complexité générée par l’introduction
des dimensions environnementales, sociales et sociétales dans le pilotage de l’entreprise
(Capron et Quairel-Lanoizelée, 2007). Parmi les outils de gestion de la RSE les plus
fréquemment mobilisés, on trouve la corporate social and environmental reporting
(Gray et al., 1996), le bilan social, le reporting RSE (Capron et Quairel-Lanoizelée, 2007), le
reporting social, l’audit de la RSE (Gond et Igalens, 2018) etc.
L’objectif de cette section est de présenter les spécificités de l’outil reporting sociétal et de faire
une analyse historique des différents termes et définitions utilisés par la littérature. Elle permet
d’étudier l’évolution et les facettes de l’outil au cours de ces quarante dernières années et de
voir quelles sont ses principales caractéristiques.
55
Partie 1
Hybridation théorique des pratiques de RSE et de l’outil de reporting sociétal
Le terme reporting sociétal est utilisé dans la littérature pour recenser les différents
comportements liés à la RSE. Historiquement, la France a été à l’avant-garde dans le domaine
social notamment à travers la publication du bilan social instauré en 1977 pour informer les
lecteurs sur l’activité sociale de l’entreprise. Puis, au début des années 1980, apparaissent les
premières comptabilités sociales et environnementales qui devaient permettre de « rendre
compte des conséquences économiques, sociales et environnementales de l’activité
organisationnelle » (Mathews, 1993). Pour Capron et Quairel-Lanoizelée (2007) « les attentes
des parties prenantes en termes de transparence, le renforcement des législations,
l’institutionnalisation de la problématique du développement durable, les demandes des
investisseurs relayées par les autorités de contrôle des marchés financiers et les agences de
notation sociétale sont des facteurs expliquant la publication croissante des rapports RSE ».
Ces quarante dernières années ont fait l’objet de plusieurs recherches anglo-saxonnes (Guthrie
et Mathews, 1985 ; Gray, et al., 1987 ; Guthrie et Parker, 1990 ; Gray et Kouhy, 1993 ;
Mathews, 1993 ; Gray, et al., 1996 ; Mathews et Perera, 1996 ; Lehman, 1998 ; Gray et
Bebbington, 2001 ; Gray, 2002) et européennes (Capron, 2000 ; Capron et Quairel-
Lanoizelée, 2003 ; Damak-Ayadi, 2004 ; Damak-Ayadi, 2006 ; Rivière-Giordano, 2007 ;
Giordano-Spring et Rivière-Giordano, 2008 ; Damak-Ayadi, 2010 ; Déjean et Oxibar, 2010 ;
Mikol, 2011 ) sur l’outil de reporting sociétal. La majorité de ces études anglo-saxonnes et
européennes ont été réalisées auprès des pays développés ou dans des pays en développement
qui sont avancés dans la démarche de RSE. Le Tableau 11 présente les différents termes et
définitions de l’outil de reporting sociétal utilisés par la littérature au cours de ces quarante
dernières années.
56
Chapitre 1
Une approche historique des pratiques de RSE et de l’outil de reporting sociétal
57
Partie 1
Hybridation théorique des pratiques de RSE et de l’outil de reporting sociétal
Bien qu’il existe une grande diversité de termes utilisés, et parfois même d’objectifs différents,
l’outil de reporting sociétal peut être utilisé pour diffuser, communiquer et rendre compte des
informations relatives à trois dimensions : économiques, environnementales et sociales de la
RSE. Toutefois, les études montrent que la qualité des informations diffusées reste médiocre.
Les principales critiques mises en avant sont un manque d’exhaustivité du périmètre et des
domaines couverts, un manque de comparabilité d’une année sur l’autre et un manque de
données chiffrées rapportées aux objectifs (Capron et Quairel-Lanoizelée, 2007). Le reporting
sociétal constitue un outil permettant de gérer la démarche de RSE (cf. Schéma 8). Au niveau
mondial, environ 10 000 sociétés rendent compte chaque année de leurs résultats en matière de
RSE (Gond et Igalens, 2018).
58
Chapitre 1
Une approche historique des pratiques de RSE et de l’outil de reporting sociétal
Source : auteur
L’outil de reporting sociétal permet de suivre la stratégie des entreprises en matière de RSE et
confére une légitimité à l’organisation. En effet, les entreprises doivent répondre aux attentes
des parties prenantes et mettre en adéquation les valeurs sociales et les activités des entreprises
(Cretté, 2012). Selon Capron et Quairel-Lanoizelée (2007) « la crédibilité externe et l’efficacité
de l’engagement de l’entreprise passent par la mise en œuvre d’une instrumentation qui
opérationnalise les objectifs stratégiques annoncés, les décline au sein de l’organisation et les
intègre aux systèmes d’information et de pilotage ; elle donne l’assurance aux parties
prenantes que tout est mis en œuvre pour répondre à leurs attentes ».
59
Partie 1
Hybridation théorique des pratiques de RSE et de l’outil de reporting sociétal
Source : auteur
L’outil de reporting sociétal est utilisé pour désigner toute forme de comptabilité qui s’étend à
des domaines au-delà de la comptabilité financière (Gray, 2002). Il constitue non seulement un
outil complémentaire au reporting financier, mais aussi un outil de dialogue entre l’organisation
et la société (Damak-Ayadi, 2010). Néanmoins, le terme reporting, essentiellement rattaché à
la comptabilité financière, ne doit pas être confondu avec la communication dont l’objet est la
diffusion d’informations par l’entreprise afin de créer une image favorable d’elle-même
(Capron et Quairel-Lanoizelée, 2007). Selon Gray, et al. (1996), un reporting financier
s’intéresse à la description financière des évènements économiques spécifiques concernant une
organisation ou une entité comptable définie afin de fournir des informations à des utilisateurs
divers. L’outil de reporting sociétal ne se limite pas aux évènements économiques, il traite et
intègre également les différents évènements sociaux et environnementaux (Damak-
Ayadi, 2010). La diffusion des informations sociales et environnementales s’apparente plus
souvent à une opération de communication qu’à un rapport sur les conséquences effectives des
activités de l’entreprise (Capron et Quairel-Lanoizelée, 2007) et, en général, ce sont les services
de communication qui sont en charge de cette publication. L’outil de reporting sociétal est
défini comme un document qui vient donner un éclairage plus qualitatif aux états financiers,
permettant en principe de fournir une perspective plus analytique et contextuelle de l’activité
de l’entreprise aux utilisateurs potentiels des informations (Guthrie et Parker, 1990 ; Giordano-
Spring et Rivière-Giordano, 2008). Le Schéma 10 présente le reporting sociétal comme un
outil complémentaire au reporting financier.
60
Chapitre 1
Une approche historique des pratiques de RSE et de l’outil de reporting sociétal
Source : auteur
Selon les finalités de l’outil de reporting sociétal, trois principaux usages sont observés :
- un outil d’information et de reddition permettant d’informer les lecteurs sur l’activité
sociale de l’entreprise, de rendre compte des activités sociales et environnementales et
de donner un éclairage plus qualitatif aux états financiers ;
- un outil de dialogue social et de diagnostic permettant un dialogue social entre
l’organisation et la société et de répondre aux attentes des différentes parties prenantes
en termes de transparence et aux demandes des investisseurs relayées par les autorités
de contrôles des marchés financiers et les agences de notation sociétale ;
- un outil de légitimité, de gestion de l’image et de crédibilité permettant de suivre les
stratégies des entreprises en matière de RSE, de mettre en adéquation les valeurs
sociales et les activités de l’entreprise et de donner l’assurance aux parties prenantes que
tout est mis en œuvre pour répondre à leurs attentes.
Ainsi, le Schéma 11 présente une influence réciproque entre les finalités de l’outil de reporting
sociétal et les usages observés.
Schéma 11 : Influence réciproque entre les finalités et les usages de l’outil de reporting
sociétal
Source : auteur
61
Chapitre 1
Une approche historique des pratiques de RSE et de l’outil de reporting sociétal
Synthèse du chapitre 1
Une approche historique des pratiques de RSE et de leur instrumentation via le reporting
sociétal a permis au cours de ce chapitre 1 de définir et d’analyser les différences et les
similitudes entre les concepts de développement durable et de RSE. Ensuite, elle a permis de
mettre en exergue des différences entre la conception américaine et européenne de la RSE et
d’identifier les objectifs stratégiques des entreprises en matière de RSE. Le Schéma 12
synthétise les différences et les similitudes entre le concept de développement durable et la
conception américaine et européenne de la RSE, ainsi que leur lien avec l’outil de reporting
sociétal.
63
Partie 1
Hybridation théorique des pratiques de RSE et de l’outil de reporting sociétal
Source : auteur
64
Chapitre 1
Une approche historique des pratiques de RSE et de l’outil de reporting sociétal
Le Schéma 13 synthétise les trois premières phases du modèle faisant référence au processus
de mise en pratique de la démarche de RSE.
Source : auteur
65
Partie 1
Hybridation théorique des pratiques de RSE et de l’outil de reporting sociétal
Chapitre 2.
Une approche contingente et institutionnelle des pratiques de
RSE et de l’outil de reporting sociétal
La section 1 présente le modèle général de Lüder (1992) appliqué à l’outil de reporting sociétal
et identifie les variables de contingence expliquant la production et l’usage de cet outil. La
section 2 analyse les facteurs institutionnels expliquant l’adoption de la démarche de RSE et
son instrumentation via le reporting sociétal.
67
Partie 1
Hybridation théorique des pratiques de RSE et de l’outil de reporting sociétal
Synthèse du chapitre 2
68
Chapitre 2
Une approche contingente et institutionnelle des pratiques de RSE et de l’outil de reporting sociétal
69
Partie 1
Hybridation théorique des pratiques de RSE et de l’outil de reporting sociétal
70
Partie 1
Hybridation théorique des pratiques de RSE et de l’outil de reporting sociétal
Source : auteur
71
Chapitre 2
Une approche contingente et institutionnelle des pratiques de RSE et de l’outil de reporting sociétal
Les flèches dans ce modèle indiquent la direction de l’influence hypothétique des variables
situationnelles sur les attitudes et le comportement des participants au processus et ses résultats
(Lüder, 1992).
72
Chapitre 2
Une approche contingente et institutionnelle des pratiques de RSE et de l’outil de reporting sociétal
Comme vu dans le chapitre 1 supra, les stratégies RSE visent à renforcer la légitimité et à gérer
l’image de l’entreprise (Capron et Quairel-Lanoizelée, 2016). La production de l’outil de
reporting sociétal permet de crédibiliser l’engagement et de donner l’assurance aux parties
prenantes que tout est mis en œuvre pour répondre à leurs attentes. Ce modèle de Lüder (1992)
introduit trois hypothèses développées ci-après qui reposent sur : l’environnement socio-
économique, l’influence des objectifs stratégiques des entreprises et les obstacles pouvant
freiner la production de l’outil de reporting sociétal.
(1) L’environnement socio-économique influence positivement la production de l’outil de
reporting sociétal ;
(2) Il existe des objectifs stratégiques expliquant la production de l’outil de reporting
sociétal ;
(3) Il existe des obstacles pouvant freiner la production de l’outil de reporting sociétal.
Ces hypothèses permettent de répondre aux deux dernières questions de recherche qui se
focalisent sur l’outil de reporting sociétal :
- QR4. Pourquoi les entreprises produisent-elles l’outil de reporting sociétal ?
- QR5. Quelle est la finalité poursuivie par l’outil de reporting sociétal (pour quoi) et
quelles sont les parties prenantes impliquées (pour qui) ?
73
Partie 1
Hybridation théorique des pratiques de RSE et de l’outil de reporting sociétal
L’article 116 stipule que les entreprises doivent intégrer dans leur rapport annuel de gestion des
informations sur l’impact environnemental, social et sociétal de leurs activités. La loi NRE et
la loi Grenelle 2 visent à inciter les entreprises à développer leurs politiques de responsabilité
sociale et de développement durable et à renforcer la transparence de leurs engagements en la
matière.
L’environnement normatif
À Madagascar, aucun texte législatif ou réglementaire n’exige des entreprises d’adopter une
démarche de RSE et de publier des informations sociales et environnementales. Pourtant, des
entreprises, même si elles sont peu nombreuses, adoptent une démarche de RSE (Unicef et
Ernst & Young, 2011). Même s’il n’existe pas d’études statistiques indiquant le nombre exact
des entreprises à Madagascar adoptant la démarche de RSE, un recoupement des données a
permis d’identifier qu’une quarantaine de sociétés sont engagées dans cette démarche. Ce
recoupement se base sur le nombre d’entreprises ayant participé au salon RSE et des Initiatives
pour le développement durable de ces quatre dernières années (2016, 2017, 2018, 2019) à
Madagascar, sur la liste des entreprises qui s’affichent comme ayant mis en place des actions
humanitaires (membres de la plateforme PHSP) et sur la liste des entreprises ayant un projet
d’investissement soumis à une étude d’impact environnemental. À Madagascar, l’adoption de
la démarche de RSE et la production de l’outil de reporting sociétal se réfèrent aux normes
internationales les plus connues (ISO 9000, ISO 14000, ISO 26000, GRI, etc.). C’est pourquoi
il est important pour cette recherche de s’intéresser aux normes internationales existantes en
matière de RSE et de reporting sociétal.
Ensuite, comme la RSE à Madagascar s’inscrit plutôt dans la conception européenne, il est
également intéressant de porter un regard particulier aux normes européennes. De plus, de
nombreuses filiales de groupes français (Lafarge Holcim, Société Générale, Crédit Agricole,
Orange, Castel, Total, etc.) sont présentes à Madagascar justifiant de s’intéresser à
l’environnement normatif français.
Enfin, les normes internationales ISO 9000, ISO 14000 et ISO 26000 traitent pour partie de la
démarche de RSE : la norme ISO 9000 concerne les systèmes de management de la qualité,
l’ISO 14000 examine l’environnement et l’ISO 26000 a pour vocation d’aider les organisations
à contribuer au développement durable et de les accompagner dans les pratiques de RSE. Ces
normes contiennent des lignes directrices permettant aux entreprises et aux organisations d’agir
74
Chapitre 2
Une approche contingente et institutionnelle des pratiques de RSE et de l’outil de reporting sociétal
Malgré l’existence de disparités entre les normes, leur combinaison semble être un moyen
judicieux de mettre en œuvre une mission de contrôle, de vérification et d’audit externe des
informations sociétales (Rivière-Giordano, 2007). La norme GRI est la principale source
d’inspiration permettant d’instrumenter l’adoption de la démarche de RSE et a même servi de
guide pour certains gouvernements (Damak-Ayadi, 2010) afin de réglementer la production de
l’outil de reporting sociétal. Ce référentiel correspond au socle normatif le plus avancé et le
plus utilisé par les acteurs (Capron et Quairel, 2003) dans la production de l’outil de reporting
sociétal.
75
Partie 1
Hybridation théorique des pratiques de RSE et de l’outil de reporting sociétal
En décembre 2003, la norme ISAE100 créée en 1997 a été remplacée par la norme ISAE3000.
Cette dernière est entrée en application au 1er janvier 2005. Elle fixe un cadre de référence
destiné aux professionnels réalisant des missions de reporting extra-financier et de vérification
par l’International Auditing and Assurance Standards Board (IAASB) et l’International
Federation of Accountants (IFAC). La norme ISAE3000 définit les principes et les procédures
pour mener à bien les missions de contrôle, de vérification et d’audit des informations extra-
financières. De plus, elle fournit des conseils pour la mise en forme du rapport d’audit.
Scandales sociétaux
76
Chapitre 2
Une approche contingente et institutionnelle des pratiques de RSE et de l’outil de reporting sociétal
Gond et Igalens (2008) définissent la RSE comme « une relation de pouvoir » traduisant la
capacité des acteurs sociaux et des parties prenantes à influencer les entreprises pour qu’elles
prennent au sérieux l’environnement social et environnemental dans leurs activités courantes.
Ces relations de pouvoir traduisent la capacité des entreprises à résister et à contrôler les
pressions exercées par les acteurs sociaux et les différentes parties prenantes. Pour Bowen
(1953), la RSE peut être un moyen de réaliser des objectifs incluant des buts de justice, de
liberté et de développement des personnes au-delà de la maximisation des profits. À l’égard des
critères sociaux et environnementaux, de multiples parties prenantes veulent contrôler et
évaluer l’entreprise. Ainsi, des acteurs internes et externes (les organisations de défense des
droits humains, groupements religieux, syndicats de salariés, associations écologistes,
associations de consommateurs, associations de solidarité internationale, etc.) ont contribué à
créer « des organismes d’observation et de vérification des rapports et des comportements
d’entreprises » (Capron et Quairel-Lanoizelée, 2016). Pour cautionner leur outil de reporting
sociétal et pour répondre aux attentes de leurs parties prenantes en termes de transparence, les
entreprises doivent mettre en place des dispositifs de contrôle, de vérification et d’audit
touchant les informations extra-financières. En 2006, une étude faite par Ernst & Young a
montré que 25 sociétés parmi les 37 du CAC 40 publiant des informations sociétales
volontairement ont fait vérifier ces informations par un organisme tiers indépendant (OTI).
77
Partie 1
Hybridation théorique des pratiques de RSE et de l’outil de reporting sociétal
En 2013 et 2016, l’autorité des marchés financiers (AMF) a réalisé une étude sur la convergence
des informations financières et extra-financières auprès de soixante sociétés dont « les actions
sont admises aux négociations sur un marché réglementé » : la moitié de ces sociétés font partie
de l’indice du CAC 40 et la moitié sont des PME. Cette étude réalisée par l’AMF (2013, 2016)
permet de constater que, 97% de ces sociétés en 2016 et 62% en 2013 « ont demandé à un ou
plusieurs organismes tiers indépendants de réaliser la vérification sur la sincérité des
informations RSE présentées dans le rapport [annuel] de gestion » (Autorité des marchés
financiers, 2016). Même et surtout là où elle n’est pas une obligation réglementaire, la reddition
des informations liées à l’adoption de la démarche de RSE contribue à améliorer « les niveaux
d’assurance sur la capacité des entreprises à maitriser les risques qui peuvent affecter leur
réputation, la cohésion de leur capital humain, l’efficience de leur organisation et de leurs
opérations, leur transparence, leur acceptabilité sociétale et leur sécurité juridique »
(Benseddik, 2016). De plus, la production de l’outil de reporting sociétal peut être considérée
comme un outil de légitimation surtout pour les grands groupes de sociétés. La production et la
publication de l’outil s’inscrit ainsi dans une stratégie de légitimation de l’entreprise quand elle
fait face à une crise ou bien en vue d’améliorer sa réputation (Capron et Quairel-
Lanoizelée, 2007). Vue sous cet angle, l’outil de reporting sociétal est considéré comme « un
instrument de légitimation visant à manipuler les perspectives, plutôt qu’un processus visant à
rendre les pratiques plus transparentes » (Gond et Igalens, 2008).
Théoriquement, les filiales d’un groupe international, ainsi que les entreprises financées par des
investisseurs étrangers et ceux qui ont des impacts forts sur l’environnement naturel ou social
sont plus fortement incitées à insérer dans leur rapport annuel de gestion des informations sur
leur démarche de RSE. Cependant, la mise en place de la démarche implique généralement des
coûts supplémentaires (ressources humaines, matériels, etc.) parfois élevés pouvant gêner la
mise en œuvre de la démarche de RSE ou la publication de l’outil de reporting sociétal.
78
Chapitre 2
Une approche contingente et institutionnelle des pratiques de RSE et de l’outil de reporting sociétal
S’il existe des facteurs qui peuvent favoriser le développement de l’outil de reporting sociétal,
il existe également des obstacles pouvant freiner sa production. Une revue de littérature permet
d’identifier les facteurs ou variables les plus fréquemment recensés reliés à l’environnement
socio-économique, les objectifs stratégiques des entreprises favorisant la production de l’outil
de reporting sociétal et les obstacles pouvant freiner sa production.
Les comportements éthiques sont les résultats d’une réflexion et d’un calcul économique
justifié, c’est-à-dire que les attitudes éthiques adoptées par les entreprises doivent aussi leur
permettre de poursuivre leurs intérêts économiques et financiers. L’environnement économique
permet de comprendre pourquoi une entreprise décide d’utiliser un outil de reporting sociétal.
Les stimuli fréquemment rencontrés peuvent être rattachés à l’environnement législatif,
réglementaire ou normatif modifiant la perception et la place liée à l’adoption de la démarche
de RSE. Les stimuli se réfèrent également à l’impact des scandales sociétaux exigeant de la part
des entreprises de prendre des engagements en faveur du développement durable ou de la RSE.
De plus, l’outil de reporting sociétal peut être produit en phase de démarrage de l’exploitation
pour obtenir un permis d’exploitation « social » ou licence to operate12. Dans ce cas, il constitue
un plan de gestion ou de suivi des risques environnementaux et sociétaux engendrés par un
projet d’investissement ayant des impacts forts sur l’environnement ou la société. C’est aussi
un moyen, comme vu dans le chapitre 1 de légitimer l’action de l’entreprise vis-à-vis des
diverses parties prenantes. Enfin, certains appels d’offre font désormais explicitement mention
12
Si la littérature utilise le terme licence to operate pour désigner la légitimité, la pratique managériale l’utilise
pour définir le certificat de conformité délivré par l’Etat et l’acceptabilité sociale de la population permettant le
lancement de projets d’investissement portant atteintes à l’environnement.
79
Partie 1
Hybridation théorique des pratiques de RSE et de l’outil de reporting sociétal
à des critères de RSE ce qui constituent en quelque sorte pour les entreprises une mise en place
d’une stratégie de RSE pour répondre au développement croissant des marchés socialement
responsables. Dans le même ordre d’idée, le développement des fonds d’investissement
socialement responsable (ISR) composés d’actions de sociétés s’engageant dans une démarche
de RSE est également un facteur favorisant l’adoption par les sociétés de la démarche de RSE
et leur instrumentation via le reporting sociétal.
(b) Les objectifs stratégiques des entreprises favorisent la production de l’outil de reporting
sociétal
La production de l’outil de reporting sociétal peut être motivée par l’influence des objectifs
stratégiques des entreprises. Selon Capron et Quairel-Lanoizelée (2007), dès que la question de
la cible du rapport est posée, « la nécessité d’une information de qualité, pertinente pour les
utilisateurs et portant sur les impacts sociétaux clés est mise en lumière ». Cette approche est
mise en place par l’entreprise afin de répondre à un besoin de contrôle et de vérification par les
différents utilisateurs potentiels des informations environnementales et sociétales publiées. La
notion de responsabilité évoque l’obligation de justifier tout acte ou décision en fonction des
normes et des valeurs morales (Damak-Ayadi, 2006), surtout que les managers peuvent être
jugés à travers les outils et la légitimité des cadres d’analyse qu’ils mobilisent (Godelier, 2009).
Dans ces conditions, les informations non financières fournies aux parties prenantes, constituent
un engagement crédible et l'assurance que tout est fait pour répondre à leurs attentes (Capron et
Quairel-Lanoizelée, 2007). L’outil de reporting sociétal est alors utilisé comme un levier de
performance, de profitabilité et de rentabilité des investissements. La diffusion volontaire des
informations non financières peut aussi être mise en place afin de rechercher des avantages
concurrentiels pour les entreprises concurrentes en améliorant la réputation et l’image de la
société (Biwolé Fouda, 2014). De plus, les motivations peuvent être reliées à la culture13
d’entreprise, et tout particulièrement pour les PME à la conviction et aux valeurs personnelles
du dirigeant (Gray et Bebbington, 2001). Enfin, plus généralement, l’adoption de la démarche
13
Godelier (2009) définit la culture d’entreprise comme l’ensemble des principes, des représentations et des
valeurs partagées par les membres d’une même société (ou de plusieurs sociétés), et qui organisent leur façon de
penser, leur façon d’agir sur la nature qui les entoure et leur façon d’agir sur elles-mêmes, c’est-à-dire d’organiser
leurs rapports sociaux [autrement dit] la société.
80
Chapitre 2
Une approche contingente et institutionnelle des pratiques de RSE et de l’outil de reporting sociétal
81
Partie 1
Hybridation théorique des pratiques de RSE et de l’outil de reporting sociétal
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Chapitre 2
Une approche contingente et institutionnelle des pratiques de RSE et de l’outil de reporting sociétal
Source : auteur
83
Chapitre 2
Une approche contingente et institutionnelle des pratiques de RSE et de l’outil de reporting sociétal
Selon DiMaggio et Powell (1983), trois mécanismes principaux sont porteurs de changements
institutionnels : l’isomorphisme coercitif, l’isomorphisme normatif et l’isomorphisme
mimétique. Pour Scott (2001), ces trois mécanismes d’isomorphismes institutionnels
influencent l’institutionnalisation d’une pratique ou d’une règle dans un champ donné. « Ils
cadrent l’évolution des organisations et conduisent à une convergence des comportements »
(Leroux et Pupion, 2011).
85
Partie 1
Hybridation théorique des pratiques de RSE et de l’outil de reporting sociétal
Selon Gond et Igalens (2008), si l’adoption de la démarche de RSE est devenue une
préoccupation permanente et parfois une priorité des entreprises, c’est parce qu’elle provient à
la fois de l’initiative d’institutions internationales, de l’apparition de nouveaux acteurs
proposant des services innovants relatifs à la RSE et d’un travail de normalisation important.
Le Tableau 14 présente les critères de mesures théoriques selon DiMaggio et Powell (1983)
des trois mécanismes principaux de l’isomorphisme institutionnel.
86
Chapitre 2
Une approche contingente et institutionnelle des pratiques de RSE et de l’outil de reporting sociétal
La revue de littérature réalisée tout au long de cette première partie de la recherche permet de
constater que des pressions tout autant formelles qu’informelles peuvent amener une entreprise
à adopter une démarche de RSE et produire un outil de reporting sociétal. L’adoption d’une
démarche de RSE au sein des grandes entreprises, essentiellement celles ayant un projet
d’investissement représentant des impacts forts sur l’environnement ou sur la société,
s’explique par une quête de légitimité (licence to operate au sens de la littérature). Ces grandes
entreprises sont « à la recherche de légitimité sans laquelle elles ne disposent pas du droit
moral et symbolique d’exercer leurs activités » (Capron et Quairel-Lanoizelée, 2007).
L’adoption de la démarche de RSE est considérée comme un devoir pour les grandes entreprises
de mettre en place un système de prévention et de mesure pour protéger l’environnement et la
société des risques engendrés par leurs activités.
En 2011, Acquier et al. ont présenté que l’adoption de la démarche de RSE découle d’une
inspiration religieuse en mettant en évidence l’importance des religions protestantes et
catholiques dans le processus de construction théorique de la RSE durant les années 1900 à
1950. En 1920, a émergé les notions de trusteeship et stewardship. Ces notions de trusteeship
et de stewardship véhiculent l’idée d’un « contrat implicite, c’est-à-dire la relation entre
l’entrepreneur ou l’entreprise avec la société : tout propriétaire a pour devoir de satisfaire les
besoins de la société dans son ensemble » (Acquier et al., 2011). Ainsi, « les personnes qui sont
mandatées pour gérer le bien d’autrui se doivent d’exercer cette fonction comme s’il s’agissait
de leur bien propre » (Capron et Quairel-Lanoizelée, 2007).
87
Partie 1
Hybridation théorique des pratiques de RSE et de l’outil de reporting sociétal
À la fin du 19ème siècle et au début du 20ème siècle, l’adoption de la démarche de RSE s’incarne
aux Etats-Unis à travers des activités philanthropiques permettant de répondre tout autant à une
inspiration religieuse qu’à une pression sociale. Pour Bowen (1953) et Heald (1970), ces
activités philanthropiques ont été posées comme un devoir du chef d’entreprise qui a réussi à
contribuer au bien-être de la communauté.
De plus, dans les années 1960 à 1980 ont emergé différents mouvements sociaux tels que le
mouvement pour les droits civiques et les luttes contre la discrimination, les mouvements
écologiques et les mouvements des étudiants contre la guerre du Vietnam qui ciblent les
entreprises polluantes ou productrices d’armes, ainsi que la lutte contre l’apartheid14 en Afrique
du Sud.
Au-delà de ces différentes formes de pressions informelles, des pressions formelles sont
également identifiées comme déterminants institutionnels favorisant l’adoption de la démarche
de RSE et la production de l’outil de reporting sociétal. Par exemple, l’émergenc de la loi NRE
en France, la loi Grenelle 2 et la loi Warsmann 4 ainsi que la croissance exponentielle des
marchés socialement responsables, des fonds d’investissement socialement responsable (ISR)
et l’émergence des labels équitables et bio influencent tout autant l’adoption de la démarche de
RSE et la production de l’outil de reporting sociétal par les entreprises.
Cependant, l’adoption d’une démarche de RSE n’est pas uniquement le résultat de ces
différentes formes de pressions coercitives formelles et informelles, la démarche peut être
adoptée à la suite de pressions normatives et à des phénomènes de mode. Ainsi, des normes
professionnelles telles que l’ISO9000, l’ISO14000, l’ISO26000 en ce qui concerne l’adoption
de la démarche de RSE, et les lignes directrices de la norme Global Reporting Initiative (GRI),
l’Assurance Standard AA1000AS et l’ISAE3000 pour la production de l’outil de reporting
sociétal sont aussi des déterminants institutionnels favorisant l’adoption de la démarche de RSE
et la production de l’outil de reporting sociétal. De plus, en 2000, le Conseil européen a fixé un
objectif stratégique visant à faire de l’Union européenne « l’économie de la connaissance la
plus compétitive et la plus dynamique du monde d’ici 2010, capable d’une croissance
économique durable accompagnée d’une amélioration quantitative et qualitative de l’emploi et
14
Le mot apartheid signifie littéralement « état de séparation », mais il prend rapidement le sens de système
politique organisé à partir d'une discrimination raciale rigoureuse, voire d'une hiérarchisation des groupes
ethniques (source : https://www.universalis.fr/encyclopedie/apartheid/).
88
Chapitre 2
Une approche contingente et institutionnelle des pratiques de RSE et de l’outil de reporting sociétal
d’une plus grande cohésion sociale » (Conseil européen, 2000). En 2003, les banques
internationales ont signé les principes de l’Equateur15 afin de prendre en compte des critères
sociaux, sociétaux et environnementaux dans les projets qu’elles financent. Ainsi, 97
institutions financières dans 37 pays telles que BNP Parisbas, Crédit Agricole Corporate and
Investment Bank, Natixis et Société Générale adoptent les principes de l’Equateur (Equator
Principles, s.d.). Dans le même ordre d’idée, dans les pays développés, le renforcement des
exigences environnementales envers les filiales installées dans les pays africains devrait être
une priorité.
15
Les principes de l’équateur créés en 2003 est un cadre de référence du secteur financier visant à identifier,
évaluer et gérer la prise en compte des risques sociaux et environnementaux dans le cadre de financement de
projets (https://equator-principles.com).
89
Partie 1
Hybridation théorique des pratiques de RSE et de l’outil de reporting sociétal
Tableau 15 : Les facteurs favorisant les pratiques de RSE et l’outil de reporting sociétal
Mécanismes Critères de Déterminants Motivations de mise en œuvre
de mesures institutionnels
l’isomorphisme théoriques
institutionnel
Les entreprises françaises cotées sur un
marché réglementé et celles de plus de
Lois NRE,
Pressions 500 salariés et présentant plus de 100M€
Grenelle 2 et
formelles de total du bilan ou de chiffre d’affaires
Warsmann 4
net doivent publier des informations
relatives à la démarche de RSE.
Les religions protestantes et catholiques
Inspiration
influencent le processus de construction
religieuse (1900-
théorique de la RSE durant les années
1950)
1900 à 1950.
Emergence de la Les personnes mandatées pour gérer le
notion de bien d’autrui se doivent d’exercer cette
trusteeship (dans fonction comme s’il s’agissait de leur bien
les années 1920) propre.
Philanthropie La RSE est celle de la philanthropie,
corporative (fin posée comme un devoir du chef
19ème siècle, début d’entreprise qui doit contribuer au bien-
20ème siècle) être de la communauté.
Mouvements pour les droits civiques et
les luttes contre la discrimination dans les
années 1960 ;
Emergence des Mouvements écologiques et mouvements
mouvements des étudiants contre la guerre du Vietnam
sociaux (1960- qui ciblent les entreprises polluantes ou
Coercitif
1980) productrices d’armes dans les années
1970 ;
Pressions La lutte contre l’apartheid en Afrique du
informelles Sud dans les années 1980.
Les grandes distributions s’appuient sur
l’existence de labels du commerce
équitable pour proposer de nouvelles
gammes de produits.
Croissance
En 2002, quatre syndicats CFTC, CFDT,
exponentielle du
CFE-CGC, et CGT créent un label social
marché de
décerné aux fonds salariaux (l’ensemble
l’investissement
des fonds doit être géré de façon
socialement
socialement responsable, les
responsable (ISR)
établissements financiers doivent
et émergence des
s’appuyer sur une diversité de sources
labels sociaux
d’informations externes et posséder des
compétences internes en matière
d’investissement socialement
responsable).
Culture
d’entreprise, Un dirigeant sensible influence ses
conviction et collaborateurs à mettre en place des
valeurs du actions RSE au sein de l’entreprise.
dirigeant
90
Chapitre 2
Une approche contingente et institutionnelle des pratiques de RSE et de l’outil de reporting sociétal
91
Partie 1
Hybridation théorique des pratiques de RSE et de l’outil de reporting sociétal
92
Chapitre 2
Une approche contingente et institutionnelle des pratiques de RSE et de l’outil de reporting sociétal
Synthèse du chapitre 2
93
Partie 1
Hybridation théorique des pratiques de RSE et de l’outil de reporting sociétal
Source : auteur
94
Chapitre 2
Une approche contingente et institutionnelle des pratiques de RSE et de l’outil de reporting sociétal
Le modèle se compose de cinq phases : les trois premières phases se réfèrent à l’adoption de la
démarche de RSE et les deux dernières phases renvoient à la production de l’outil de reporting
sociétal.
Comme vu supra, la phase 0 présente les éléments déclencheurs amenant les entreprises à
adopter la démarche de RSE et se réfère aux stimuli influençant l’adoption de la démarche.
Cette phase permet de répondre à la première question de recherche :
- QR1. Quels sont les éléments déclencheur de l’adoption de la démarche de RSE ?
La phase 1 concerne l’adoption de la démarche de RSE et permet de répondre à la deuxième
question :
- QR2. Pourquoi les entreprises pratiquent-elles la RSE ?
La phase 2 présente les objectifs stratégiques des entreprises et identifie ainsi les formes de RSE
pratiquées. Elle répond à la troisième question de recherche :
- QR3. Quelle est la finalité poursuivie par la démarche RSE (pour quoi) et quelles sont
les parties prenantes impliquées (pour qui) ?
La phase 3 présente l’instrumentation de la RSE via le reporting sociétal influencée par
l’environnement socio-économique faisant référence :
- à l’environnement législatif, réglementaire ou normatif modifiant la perception et la
place des pratiques de RSE ;
- aux impacts des scandales sociétaux exigeant la prise en compte des engagements en
faveur de développement durable ou de la RSE ;
- aux dispositions gouvernementales incitant la mise en place de plan de suivi des risques
environnementaux et sociétaux permettant l’obtention d’une licence to operate ou d’un
permis d’exploitation ;
- et au développement croissant des marchés socialement responsables et des fonds
d’investissement socialement responsables (ISR).
Ainsi, la phase 3 permet de répondre à la quatrième et à la cinquième question de recherche :
- QR4. Pourquoi les entreprises produisent-elles l’outil de reporting sociétal ?
- QR5. Quelle est la finalité poursuivie par l’outil de reporting sociétal (pour quoi) et
quelles sont les parties prenantes impliquées (pour qui) ?
Enfin, la phase 4 incite les entreprises ayant adopté la démarche de RSE à mettre en place des
dispositifs de contrôle, de vérification et d’audit des informations publiées pour justifier les
actions menées et pour cautionner et crédibiliser les informations publiées. Elle permet
également de répondre à la quatrième question de recherche.
95
Partie 2.
Processus d’analyse des pratiques de RSE et de l’outil de reporting
sociétal
La première partie a situé le sujet et l’objet de la recherche dans le cadre d’une approche
historique et a permis de réaliser une revue de la littérature. Grâce à cette dernière, un modèle
composé de cinq phases a pu être défini. Le modèle montre les facteurs influençant
positivement l’adoption de la démarche de RSE et les facteurs influençant positivement et
négativement la production de l’outil de reporting sociétal. Il permet ainsi de répondre aux cinq
questions de recherche présentées supra.
Le chapitre 3 présente l’approche méthodologique retenue pour étudier les pratiques de RSE et
leur instrumentation via le reporting sociétal. La section 1 du chapitre 3 expose la méthode de
collecte des données à travers les deux phases du terrain : une phase exploratoire et une phase
d’étude approfondie. Ensuite, elle présente la méthodologie de recueil des données primaires et
secondaires : collecte des données primaires par entretien et par questionnaire et collecte des
données secondaires par analyse de documents internes et externes. La section 2 présente les
97
Partie 2
Processus d’analyse des pratiques de RSE et de l’outil de reporting sociétal
Le chapitre 4 présente et discute les résultats de la recherche. La section 1 montre les facteurs
favorisant l’adoption d’une démarche de RSE par les 22 entreprises étudiées. Elle permet ainsi
d’identifier les différentes formes de RSE pratiquées. La section 2 présente le reporting sociétal
comme outil de gestion de la RSE. Elle identifie les différents supports de communication des
informations sociales et environnementales. Ensuite, elle présente les facteurs influençant
positivement ou freinant la production de l’outil de reporting sociétal. Enfin, à travers le cadre
conceptuel mobilisé pour la recherche elle vérifie les hypothèses formulées dans la partie 1 de
la recherche :
- Hypothèse 1 : L’environnement socio-économique influence positivement la
production de l’outil de reporting sociétal ;
- Hypothèse 2 : Il existe des objectifs stratégiques des entreprises expliquant la production
de l’outil de reporting sociétal ;
- Hypothèse 3 : Il existe des obstacles pouvant freiner la production de l’outil de reporting
sociétal.
Chapitre 4. L’analyse des pratiques de RSE et de l’outil de reporting sociétal : cas des
entreprises à Madagascar
Section 1. Analyse des pratiques de RSE
Section 2. Analyse de l’outil de reporting sociétal
Synthèse du chapitre 4
98
Partie 2
Processus d’analyse des pratiques de RSE et de l’outil de reporting sociétal
Chapitre 3.
Une approche méthodologique pour l’analyse des pratiques de
RSE et de l’outil de reporting sociétal
La section 1 présente les deux phases du travail de terrain dans le premier paragraphe et la
méthodologie de recueil des données primaires et secondaires dans le deuxième paragraphe.
La section 2 montre comment effectuer une analyse de contenu thématique sur Nvivo 11.
Pour mener à bien l’analyse, des données primaires et secondaires ont été collectées à travers
des entretiens (semi-directifs, non-directifs, de groupe de créativité), des questionnaires et des
analyses de documents secondaires internes et des documents secondaires externes. Les
entretiens ont donné lieu à des enregistrements audio et des prises de notes. Les données issues
des enregistrements audio ont été retranscrites intégralement par le chercheur et ont été codées
pour respecter l’anonymat des répondants.
99
Partie 2
Processus d’analyse des pratiques de RSE et de l’outil de reporting sociétal
Synthèse du chapitre 3
100
Chapitre 3
Une approche méthodologique pour l’analyse des pratiques de RSE et de l’outil de reporting sociétal
L’objectif de cette section est de présenter les modalités de recueil des données qui s’est déroulé
en deux phases :
une phase exploratoire qui a visé à mieux cerner le sujet et la problématique à l’aide
d’une revue de littérature réalisée dans la partie 1 de la recherche complétée par la
participation à différentes manifestations permettant de rencontrer des personnalités
faisant référence sur le domaine de la RSE à Madagascar ;
une phase d’étude approfondie du terrain via des entretiens ou l’envoi de questionnaires
aux 22 entreprises malgaches ayant adopté une démarche de RSE et le recueil de
documents secondaires internes et de documents secondaires externes.
De plus, le chercheur a assisté en 2017 à la 2ème et en 2018 à la 3ème édition du salon RSE et des
Initiatives pour le développement durable (salon RSE/IDD).
Ces deux évènements, professionnels et académiques, ont permis d’explorer le sujet étudié et
de mieux saisir les implications pratiques et réelles de la RSE à Madagascar. Ils ont permis
également d’engager des discussions avec des dirigeants d’entreprises et des responsables des
pratiques de RSE à Madagascar.
101
Partie 2
Processus d’analyse des pratiques de RSE et de l’outil de reporting sociétal
La phase d’étude approfondie du terrain a été initiée en avril 2017 et s’est terminée en
juillet 2019. Elle s’est déroulée en deux temps :
dans un premier temps, plusieurs enquêtes via des questionnaires et entretiens ont été
réalisées permettant de récolter des matériaux sur les objectifs poursuivis par les
entreprises, les politiques et outils mobilisés etc. ;
dans un second temps, la documentation professionnelle interne et externe aux
entreprises a permis de récolter des matériaux liés à la mise en œuvre opérationnelle de
la démarche de RSE et de son instrumentation via le reporting sociétal.
Cette section présente les deux phases (exploratoire et étude approfondie) de cette recherche
puis les modalités de collecte des données primaires et secondaires. Le Tableau 18 présente
une synthèse des données collectées au cours des différentes phases de recueils de données.
102
Chapitre 3
Une approche méthodologique pour l’analyse des pratiques de RSE et de l’outil de reporting sociétal
Nature des
Phases Méthode de collecte
données
o Références académiques : Harison (2013) ; Harison et
Obrecht (2013).
2017 : Réalisation de cinq entretiens semi-directifs avec quatre
représentants d’entreprises ayant participé à l’entretien de groupe :
o 10 avril 2017 : entreprise Guanomad avec la Coordinatrice
RSE « Corporate Social Responsibility Officer » (dans son
bureau au Lot VF7 Amparibe- Immeuble MALAKY -
Antananarivo) ;
o 25 avril 2017 : projet Ambatovy avec le Corporate Social
Responsibility Manager, sustainibility division (dans une
salle de réunion Immeuble Tranofitaratra 7ème étage – Rue
Ravoninahitriniarivo Ankorondrano – Antananarivo 101
Madagascar) ;
o 08 mai 2017 : Projet Ambatovy avec la Responsable
relations externes, division développement durable (dans
une salle de réunion Immeuble Tranofitaratra 7ème étage –
Rue Ravoninahitriniarivo Ankorondrano – Antananarivo
101 Madagascar) ;
o 12 mai 2017 : Groupe Star avec le Responsable programme
sociétal (dans une salle de réunion au Rue Docteur Joseph
Raseta – 101 Antananarivo, Madagascar) ;
o 01 juin 2017 : établissement Solidis avec la Responsable
RSE (dans son bureau à l’Immeuble Imanga kely, Lot II K
1 Ambohijatovo – 101, Antananarivo Madagascar).
2017 : Réalisation de deux entretiens non-directifs en face à face
dont un dirigeant d’entreprise et un consultant en RSE
Phase d’étude Données
o 28 juin 2017 : avec un consultant en RSE (dans un salon de
approfondie primaires
thé, mille feuilles behoririka) ;
o 09 Août 2017 : avec le PDG d’une entreprise spécialisée
dans la production des engrais biologiques (dans son bureau
au Lot VF7 Amparibe- Immeuble MALAKY -
Antananarivo) ;
2018 : Réalisation de six entretiens non-directifs en face à face dont
cinq dirigeants d’entreprise et un consultant en RSE et d’un entretien
non-directif par Skype avec un dirigeant d’entreprise
o 21 août 2018 : avec la directrice exécutive de la Fondation
Telma (dans son bureau au 2ème étage du cube D-Z.I Galaxy
Andraharo) ;
o 27 août 2018 : avec un directeur d’une entreprise
spécialisée dans l’exportation de la vanille (dans un salon de
thé, Colbert Antaninarenina) ;
o 29 août 2018 : avec un directeur d’une entreprise
commerciale (dans son bureau au cité Perrier
Ampandrana) ;
o 12 septembre 2018 : avec un représentant d’un grand projet
minier (dans un salon de thé à Ibis) ;
o 15 septembre 2018 : avec un directeur d’une grande
entreprise industrielle (par Skype) ;
o 19 septembre 2018 : avec un consultant en RSE (dans son
bureau à Local 3 RDC Immeuble Jean Petit Analamahitsy,
Lot II N 80 R Bis AA Antananarivo) ;
103
Partie 2
Processus d’analyse des pratiques de RSE et de l’outil de reporting sociétal
Nature des
Phases Méthode de collecte
données
o 22 septembre 2018 : avec un directeur d’une entreprise
commerciale spécialisée en bâtiment et travaux publics
(dans sa maison où il exerce son activité à 67Ha).
2018 : Réalisation de 21 questionnaires remplis (population ciblée
32 entreprises) dont 8 produisant un reporting sociétal.
2019 : Réalisation d’entretiens par e-mail et par facebook avec huit
responsables de la démarche de RSE, deux dirigeants d’entreprise et
deux consultants en RSE.
Documentations internes :
oDocuments obtenus du site internet des entreprises (groupe
Axian, projet Ambatovy, Société Guanomad, Groupe
Socota, DHL, Orange) ;
o Plaquette RSE Guanomad ;
o Informations intégrées dans le rapport annuel de gestion de
Solidis ;
o Charte éthique de Géant Score.
Documentations externes :
o Statut et règlement intérieur de la plateforme PHSP ;
Données o Stratégie nationale des gestions des risques et des
secondaires catastrophes (2016-2030) ;
o Loi N°2015-003 portant charte de l’environnement
Malagasy ;
o Opportunités et défis pour une croissance inclusive et
résiliente (Banque mondiale, 2014) ;
o MECIE et la RSE (Tene, 2016) ;
o Bilan de la 1ère, de la 2ème, de la 3ème et de la 4ème édition du
salon RSE/IDD (2016, 2017, 2018, 2019) ;
o Atelier solution RSE (salon RSE/IDD, 2019) ;
o Dossier de présentation du salon RSE/IDD (2019) ;
o Rapport RSE d’un groupe Français ayant une filiale à
Madagascar.
Source : auteur
Il est à noter que les données recueillis lors de cette recherche sont collectées auprès des 22
entreprises parmi les 32 identifiées comme ayant adopté une démarche de RSE à Madagascar.
104
Chapitre 3
Une approche méthodologique pour l’analyse des pratiques de RSE et de l’outil de reporting sociétal
La collecte des données s’est déroulée en deux phases distinctes : une phase exploratoire et une
phase d’étude approfondie.
La phase exploratoire a eu pour objectif d’identifier les entreprises ayant adopté une démarche
de RSE à Madagascar (32 entreprises identifiées). Elle a permis ainsi de repérer les motivations
et les objectifs stratégiques des entreprises en matière de RSE. Elle a eu également comme
objectif d’identifier les entreprises qui communiquent les informations sociales et
environnementales à travers la production de l’outil de reporting sociétal.
La phase d’étude approfondie a permis de collecter des données aussi bien qualitatives (à visée
exploratoire) que quantitatives (à visée confirmatoire) qui permettent la validation des
connaissances relatives aux pratiques de RSE et à l’outil de reporting sociétal au sein de 22
entreprises localisées à Madagascar étudiées dans le cadre de cette recherche.
1. 1. La phase exploratoire
Cette phase exploratoire a débuté en avril 2017 en utilisant les contacts personnels du chercheur.
Ensuite, une prise de contact avec le cabinet UR-CSR consulting a été effectuée. Elle a permis
d’obtenir une liste non exhaustive des entreprises ayant adopté une démarche de RSE à
Madagascar. Le chercheur a également participé à la conférence internationale Atlas AFMI à
Madagascar qui a eu lieu en mai 2017. Cette conférence a permis d’identifier des professionnels
qui s’intéressent ou qui adoptent une démarche de RSE au sein de leur entreprise. Enfin, le
chercheur a aussi participé à la 2ème et à la 3ème édition du salon RSE/IDD, qui ont eu lieu
respectivement le 12 et le 13 juillet 2017, et le 31 août et le 1er septembre 2018. Ce salon de la
RSE et des Initiatives pour le développement durable est organisé chaque année depuis 2016
par le cabinet UR-CSR consulting. En 2017, il s’est tenu sous le parrainage du MIDSP
(ministère de l’industrie et du développement du secteur privé) et en partenariat avec l’Unicef
de Madagascar. En 2018, il a été co-organisé par le cabinet UR-CSR consulting et le cabinet
Buy your way, sous le parrainage du MIDSP et le ministère de l’environnement, de l’écologie
105
Partie 2
Processus d’analyse des pratiques de RSE et de l’outil de reporting sociétal
et des forêts (MEEF). Les salons 2017 et 2018 ont ainsi permis d’étoffer la liste des entreprises
ayant adopté une démarche de RSE à Madagascar et à repérer celles qui produisent l’outil de
reporting sociétal. L’Encadré 4 développe l’objectif global du salon RSE et des Initiatives pour
le développement durable.
Encadré 4 : Objectif global du salon RSE et des Initiatives pour le développement durable
à Madagascar
Le salon a pour objectif de faciliter la rencontre entre les différents acteurs de la RSE et le grand
public, en abordant les thématiques, les innovations et les approches pertinentes permettant à tous de
s’impliquer dans le développement durable et le succès des initiatives sociétales à Madagascar dans
le but de réunir tous les acteurs de la responsabilité sociale et environnementale à Madagascar.
À l’occasion de ces trois manifestations (2ème et 3ème salon RSE et des Initiatives pour le
développement durable et conférence Atlas AFMI) des entretiens ont pu être menés
(cf. Méthodologie de recueil des données primaires et secondaires infra, page 111) auprès
de représentants d’entreprises ou académiques intéressés par le sujet. Les discussions ont eu
pour objectif de définir ce que représente le concept de responsabilité sociétale des entreprises
et de développement durable à Madagascar. Elles ont eu également pour objectif d’identifier
les raisons qui incitent les entreprises à participer ou à assister au salon RSE et des Initiatives
pour le développement durable. Enfin, elles ont permis de repérer les entreprises qui publient
des informations sociales et environnementales, et celles qui les communiquent à travers la
production de l’outil de reporting sociétal.
Après les discussions avec les dirigeants à la conférence Atlas AFMI et les représentants des
entreprises présentes à la 2ème édition du salon RSE et des Initiatives pour le développement
durable, il est apparu que le terme reporting sociétal est un terme nouveau pour les entreprises
à Madagascar. Pour certaines entreprises, il se réfère au terme reporting comptable, pour
d’autres il est méconnu. Ainsi, pour éviter les ambiguïtés le terme « rapport RSE/DD » a été
privilégié lors de la collecte des données.
Il est à noter que les informations obtenues lors de la phase exploratoire ont permis de justifier
l’intérêt du sujet mais n’ont pas fait l’objet d’analyses ou de traitements comme c’est le cas des
données issues de la phase d’étude approfondie.
106
Chapitre 3
Une approche méthodologique pour l’analyse des pratiques de RSE et de l’outil de reporting sociétal
Par ailleurs, il a été jugé utile de contacter des associations et des plateformes telles que
l’association de développement durable et de l’économie verte (ADDEV) et la plateforme
humanitaire du secteur privé (PHSP) (cf. Encadré 5). Ces plateformes ont pour objectif de
réunir les acteurs de la RSE et de développement durable à Madagascar.
ADDEV est une association à but non-lucratif créée en janvier 2017 avec pour mission de soutenir
les initiatives pour le développement durable et l’émergence de l’économie verte à Madagascar.
L’association a pour objectif de rassembler les secteurs privé et public, et la société civile pour initier,
soutenir et promouvoir le développement durable et la transition vers une économie verte et inclusive
à Madagascar. ADDEV regroupe des entreprises, des cabinets de conseil et des cabinets d’audit.
Source : Site web ADDEV Madagascar
La mise en place de la plateforme humanitaire du secteur privé (PHSP) s’est concrétisée par la
déclaration d’intérêt de près de soixante entreprises de différents secteurs d’activité. Elle a vu le jour
en 2014 à la suite du prix obtenu par la Fondation Telma en 2012 en tant que leader de l’action
humanitaire à Madagascar.
Source : site web de la plateforme humanitaire du secteur privé à Madagascar
Cette phase d’analyse approfondie a débuté en avril 2017 auprès de quatre entreprises parmi
les 22 étudiées dans le cadre de cette recherche (18% environ) :
- L’entreprise Guanomad est une entreprise commerciale promoteur de l’agriculture
biologique à Madagascar. Elle est spécialisée dans la production d’engrais
biologique à base de fientes de chauve-souris. L’entreprise compte plus de 80
salariés, localisés à Antananarivo et dans d’autres provinces de Madagascar (surtout
à Tuléar, sur la côte Sud de Madagascar) ;
- Le Projet Ambatovy regroupe 8 000 salariés se répartissant entre deux compagnies
minières et industrielles employant environ 3 000 salariés et des sous-traitants
107
Partie 2
Processus d’analyse des pratiques de RSE et de l’outil de reporting sociétal
directs employant environ 5 000 salariés. Les deux sociétés intervenant sur le projet
sont : Ambatovy Mineral S.I./S.A. (AMSA) et Dynatec Madagascar S.A. (DMSA).
AMSA et DMSA sont deux sociétés anonymes avec un capital social respectivement
930 804 650 dollars US et 4 412 527 200 dollars US. AMSA gère l’exploitation de
la mine (extraction du nickel à Moramanga, dans la partie centre-Sud de la région
d’Alaotra Mangoro16), tandis que DMSA s’occupe de la partie industrielle
(traitement et le raffinage du nickel à Tamatave, sur la côte-est de Madagascar). Le
projet Ambatovy est un joint-venture entre trois actionnaires : Sheritt basé au
Canada, Sumitomo basé au Japon et Kores basé en Corée du Sud détenant
respectivement 40%, 37,5% et 27,5% des parts. Le projet Ambatovy est considéré
comme étant le plus grand investissement à Madagascar ;
- La Société Tananarivienne des Articles Réfrigérés (Star) a été créée en 1963. La
société Star est un acteur économique, social et citoyen majeur à Madagascar depuis
plus de 60 ans. Elle investit chaque année un milliard d’Ariary dans des actions
citoyennes sur quatre axes : l’éducation, la santé, le social et l’environnement. La
société s’est spécialisée dans la production et la distribution de boissons. Elle a été
achetée par le Groupe Castel en 2011, groupe n°1 des ventes de bières et de boissons
gazeuses en Afrique francophone. Aujourd’hui, le groupe Star Madagascar est
composé de quatre filiales : Brasserie Star Madagascar, MALTO S.A., SEMA Eau
vive et Nouvelle Brasserie de Madagascar (SBM). La société Star Madagascar
compte 1 800 employés et couvre six segments de produits : les boissons gazeuses,
la bière, le rhum, l’eau, les jus et les boissons énergisantes. La société possède 18
agences et 20 000 points de vente, elle est en lien avec plus de 20 000 agriculteurs
locaux dont environ 7 200 pour la production de malt et environ 15 000 pour le
maïs ;
- L’établissement Solidis a été créé en décembre 2008. La mission principale de
l’établissement est d’apporter une garantie complémentaire (caution morale et
financière avec appui technique) aux PME désirant accéder à des financements. Sa
mission principale est d’aider les petites entreprises à trouver des financements et à
se porter caution. L’établissement apporte une éducation financière à ses clients.
16
« Alaotra Mangoro » fait partie des vingt-deux régions de Madagascar. Elle se situe dans la province de
Toamasina ou Tamatave, qui se situe sur la côte-Est de Madagascar.
108
Chapitre 3
Une approche méthodologique pour l’analyse des pratiques de RSE et de l’outil de reporting sociétal
Solidis aide aussi ses clients à adhérer à des associations professionnelles de leur
secteur d’activité. L’établissement Solidis est basé à Antananarivo et il compte à ce
jour 23 salariés. En 2016, il a réalisé un chiffre d’affaires de 743 255 000 Ariary.
À la suite de cette première étape de phase d’analyse approfondie auprès de quatre entreprises,
un recoupement entre la liste des participants au 2ème salon RSE et et des Initiatives pour le
développement durable, la liste des membres de la plateforme PHSP et la liste des entreprises
soumis à une étude d’impact environnemental (EIE) a été réalisé. Le recoupement de ces
différentes listes a permis d’identifier en plus des quatre entreprises, 28 autres ayant adopté une
démarche de RSE ; ce qui fait donc un total de 32 entreprises présentées dans le Tableau 19.
109
Partie 2
Processus d’analyse des pratiques de RSE et de l’outil de reporting sociétal
Dénomination
Permis Membre Salon Reporting
Code et raison Secteur Activités
(EIE) PHSP RSE sociétal
sociale
Teneran’ny
Tantsaha
E14 (Groupe Agroalimentaire Plantation de palmier Non Oui Non Non
savonnerie
tropicale)
Commerce et Commerce, vente,
E15 Jumbo Score Non Non Non Oui
distribution import et export
Société commerciale
E16 Socolait Agricole Non Oui Non Non
laitière
E17 Allianz Assurance Assurance Non Oui Non Non
E18 Camusat Service Communication Non Oui Non Oui
Huilerie Production de huile de
E19 Agroalimentaire Non Non Non Oui
Melville palme
E20 Gasy Net Service Communication Non Oui Non Non
Saham
E21 Assurance Assurance Non Oui Non Non
Assurance
Pas de
E22 Airtel Télécommunication Télécommunication Oui Oui Non
réponse
E23 TELMA Télécommunication Télécommunication Oui Oui Oui Non
E24 QMM Industrie minière Minières Oui Non Oui Oui
E25 Homéopharma Pharmaceutique Centre médical Non Non Oui Non
Fabrication de
Chocolaterie Pas de
E26 Agroalimentaire chocolat, confiserie et Non Oui Non
robert réponse
cacao en poudre
Imperial Fabrication et vente
E27 Agricole Non Oui Non Oui
Tobacco de tabac
Forage, eau et
Eau, assainissement Pas de
E28 BushProof assainissement, Non Oui Non
et hygiène réponse
pompage
E29 Food solutions Agroalimentaire Alimentaire Non Oui Non Non
Pas de
E30 Restaurant.mg Agroalimentaire Restauration Non Oui Non
réponse
E31 Tanjaka Food Agroalimentaire Alimentaire Non Oui Non Non
Informatique et
E32 Vivetic Service Non Oui Non Oui
relation clients
TOTAL OUI 8 21 12 11
TOTAL NON 24 11 20 17
TOTAL NC 0 0 0 4
TOTAL GENERAL 32 32 32 32
Source : auteur
Ces entreprises ont été choisies pour la collecte des données primaires du fait de leurs activités
principales, du montant alloué à l’engagement RSE pour certaines ou de leur participation à des
rencontres professionnelles telles que le salon RSE et des Initiatives pour le développement
durable, l’association ADDEV et la plateforme PHSP. L’identification des activités de chacune
de ces entreprises se base sur la liste des professionnels de Madagascar, enregistrée auprès du
ministère de l’économie, du commerce et de l’industrie.
110
Chapitre 3
Une approche méthodologique pour l’analyse des pratiques de RSE et de l’outil de reporting sociétal
La collecte des données empiriques peut se faire de façon qualitative ou quantitative. Dans le
cadre de cette recherche, les deux méthodes ont été mobilisées. Selon Gavard-Perret et al.
(2012), la méthode qualitative permet d’explorer l’objet étudié et la méthode quantitative
permet la confirmation des propositions ou hypothèses formulées. Gavard-Perret et al. (2012)
précisent que les deux phases de collecte qualitative et quantitative peuvent se dérouler
simultanément et que le chercheur peut ainsi trianguler ses données. Cette étude mobilise
l’entretien et le questionnaire comme outil de collecte des données primaires et la recherche
documentaire comme outil de collecte des données secondaires.
L’enquête permet de mesurer la perception que les individus ont des objets sociaux. Elle
provoque la situation et met les sujets en situation de verbalisation de leurs points de vue,
comportements et connaissances (Wuillemin, 2006) et c’est pour cette raison qu’elle a été
mobilisée dans le cadre de cette recherche pour recueillir les données primaires.
Etant donné l’absence de loi et de texte de référence obligeant l’adoption d’une démarche de
RSE et la publication des informations sociales et environnementales à Madagascar, il a été
indispensable d’adopter une méthodologie d’enquête par entretien permettant de collecter l’avis
des entreprises sur les pratiques de RSE et l’outil de reporting sociétal. L’enquête par entretien
permet de décrire et de caractériser la situation et de comprendre les implications et les
significations qu’attachent les personnes interrogées à ces pratiques.
L’enquête par entretien est utilisée comme outil principal de recueil d’informations et semble
être le plus adéquat car il constitue un moyen privilégié d’accéder aux faits, aux représentations
et aux interprétations des situations que connaissent les acteurs (Salomon, 2014). Selon
Bourdieu (1993), lorsque nous faisons des entretiens, nous cherchons à comprendre. La
compréhension de la situation et des phénomènes qui s’y déroulent permet de concevoir les
réactions des répondants et les comportements adoptés face à ces réactions. Ils peuvent alors
révéler qu’une même situation est interprétée de manière différente selon les acteurs.
111
Partie 2
Processus d’analyse des pratiques de RSE et de l’outil de reporting sociétal
C’est ainsi que des entretiens individuels ont été réalisés auprès :
112
Chapitre 3
Une approche méthodologique pour l’analyse des pratiques de RSE et de l’outil de reporting sociétal
Dans un premier temps, des entretiens semi-directifs ont été réalisés auprès de cinq membres
de quatre entreprises sur les 22 étudiées dans le cadre de cette recherche (18% environ).
Dans un deuxième temps, des d’entretiens non-directifs ont été réalisés auprès de neuf
personnes ressources : sept dirigeants d’entreprises sur les sept identifiés (100%) et deux
consultants en RSE sur quatre identifiés (50%). Ces entretiens non-directifs ont permis de
déterminer les raisons qui incitent les entreprises à adopter une démarche de RSE en l’absence
de cadre juridique applicable et à identifier les différents supports de communication des
informations sociales et environnementales. La recherche mobilise ainsi des matériaux issus
des entretiens individuels semi-directifs et non-directifs synthétisés par le Tableau 21.
Afin de protéger l’anonymat des répondants, le contenu des entretiens est codé. Pour cela, les
données issues des entretiens semi-directifs sont codés de la manière suivante EkEn :
Ek précise le numéro de l’entretien effectué (k est différent de 1 s’il y a plusieurs
entretiens pour une même entreprise) ;
et En précise le numéro de l’entreprise enquêtée (n=4).
113
Partie 2
Processus d’analyse des pratiques de RSE et de l’outil de reporting sociétal
Pour Flick (2007), la mobilisation d’un entretien semi-directif implique la prise en compte d’un
certain nombre d’éléments tels que : les buts de l’étude, le cadre conceptuel, les questions de
recherche, la sélection du matériel empirique, les procédures méthodologiques.
Les entretiens semi-directifs ont été réalisés auprès de cinq personnes de quatre entreprises
ayant adopté une démarche de RSE à Madagascar. Ces entreprises ont été identifiées lors de la
conférence Atlas AFMI à Madagascar en 2017, du 2ème salon RSE et des Initiatives pour le
développement durable en 2017 et par le biais du réseau personnel du chercheur.
Les personnes interrogées sont en charge de la démarche de RSE des quatre entreprises, et une
personne est en charge de la production d’un rapport RSE/DD. Deux entreprises parmi les
quatre produisent un rapport RSE/DD, les deux autres communiquent les informations sociales
et environnementales d’une manière différente : des informations intégrées dans le rapport
annuel de gestion, un cahier de charge, une brochure, une charte éthique, des informations
publiées sur site internet de l’entreprise.
Les entretiens semi-directifs se sont basés sur un guide d’entretien qui comprenait une liste des
thèmes à aborder avec tous les répondants (Gavard-Perret et al., 2012). Le guide introduisait
deux thèmes principaux (cf. Annexe 5) : l’entreprise et la RSE, et le rapport RSE/DD. Il se
composait de questions ouvertes invitant les répondants à parler :
- des démarches de RSE : les motivations de mise en œuvre, les personnes impliquées
ainsi que leurs rôles ;
- de la production ou non d’un rapport RSE/DD : les motivations ou les freins relatifs
à son élaboration, le périmètre (les personnes impliquées, les cibles ainsi que les
objectifs visés), le contenu et la qualité du rapport.
Tous les entretiens semi-directifs ont été réalisés en face-à-face et ont duré en moyenne
45 minutes. Ils ont été enregistrés avec l’accord préalable des répondants et ont fait l’objet d’une
prise de notes.
114
Chapitre 3
Une approche méthodologique pour l’analyse des pratiques de RSE et de l’outil de reporting sociétal
L’entretien non-directif repose sur une expression libre du répondant à partir d’un thème
général proposé par le chercheur. Il a été réalisé auprès de neuf personnes ressources. Ces
personnes ont été choisies parmi les acteurs œuvrant pour la mise en place des pratiques de RSE
à Madagascar. Le terme « acteurs » comprend toutes les personnes physiques et morales, et
concerne aussi bien l’administration publique que des organisations du secteur privé et de la
société civile. Les personnes ressources sont des personnes de référence en matière de RSE à
Madagascar et, après sollicitation, il a été possible d’entrer en contact avec sept dirigeants
d’entreprises et deux consultants en RSE pour la réalisation des entretiens non-directifs.
Pour rappel, à Madagascar, les entreprises ayant adopté une démarche de RSE sont peu
nombreuses et il n’existe pas d’études statistiques permettant de donner un ordre de grandeur
du nombre d’entreprises ayant adopté cette démarche. De plus, selon les recherches menées par
l’auteur, seuls quatre cabinets de consultance s’affichent comme des spécialistes en « conseil,
formation ou soutien » concernant la pratique RSE à Madagascar ; même si d’autres cabinets
de conseil proposent ce genre de prestations à la demande de leurs clients.
Les entretiens non-directifs se sont fondés sur un thème général : « la pratique de RSE ». Au
début de chaque entretien, le thème est présenté au répondant sans que le chercheur
n’intervienne dans l’orientation du discours, car il doit créer un environnement dans lequel le
répondant se sent parfaitement libre de s’exprimer sans jugement (Gavard-Perret et al., 2012).
Ensuite, les répondants étaient amenés à discuter de la façon dont les entreprises communiquent
les informations sociales et environnementales. Au début de l’entretien, le chercheur a expliqué
que le répondant exprimait son point de vue sur le sujet. Le répondant a été incité non seulement
à parler des motivations expliquant l’adoption de la démarche de RSE en l’absence de cadre
juridique applicable, mais aussi à exprimer les motivations ou les freins relatifs à la production
de l’outil de reporting sociétal. En particulier, la personne interviewée doit expliquer l’éventuel
intérêt de cet outil, ses attentes par rapport à sa production, les difficultés rencontrées, ainsi que
les retombées observées.
115
Partie 2
Processus d’analyse des pratiques de RSE et de l’outil de reporting sociétal
Les entretiens non-directifs ont eu pour objectif de compléter les informations recueillies lors
des entretiens semi-directifs. Ils ont une durée moyenne de 45 minutes et ont été enregistrés
avec l’accord préalable des répondants et fait l’objet d’une prise de notes. Seul l’entretien
réalisé par Skype n’a pas fait l’objet d’enregistrement audio. Les entretiens ont eu lieu en
face-à-face à l’exception de celui réalisé par Skype, le dirigeant se trouvant en province et ayant
refusé de donner un rendez-vous sur place, l’accès au site étant exclusivement réservé aux
clients et aux personnalités telles que les ministres.
2. 1. 1. 2. L’entretien de groupe
L’entretien de groupe consiste à réunir autour d’un animateur, un ensemble de personnes pour
les amener à interagir (Gavard-Perret et al., 2012). Selon ces auteurs, « l’entretien de groupe
est utile en sciences de gestion pour susciter des idées ou hypothèses, pour affiner un diagnostic
ou la définition d’un problème et pour explorer des opinions, attitudes, perceptions ou
représentations ». Pour cette recherche, l’entretien de groupe a été mobilisé en complément des
entretiens semi-directifs et non-directifs. L’entretien de groupe permet :
- d’affiner le problème de départ posé : les entreprises à Madagascar produisent-elles
l’outil de reporting sociétal ? ;
- d’analyser les motivations expliquant la production de l’outil de reporting sociétal
et les obstacles pouvant freiner sa production ;
- d’identifier les indicateurs pertinents pour le contexte de Madagascar. En sachant
que Madagascar est marqué par une forte vulnérabilité aux conséquences du
changement climatique, par l’instabilité politique, la corruption, les fraudes. Ainsi,
des indicateurs tels que les dépenses et les investissements liés à la protection de
l’environnement, et les dispositions gouvernementales pour lutter contre la
corruption et les fraudes peuvent potentiellement être plus importants ou mis plus
en avant par rapport aux données communiquées par des entreprises œuvrant dans
des contextes européens (sur le marché européen ou filiales de groupes européens)
par exemple.
Le 2ème jour du salon RSE et des Initiatives pour le développement durable, un atelier
thématique sur la communication RSE a été organisé par le chercheur avec un représentant de
l’organisateur du salon. L’atelier consistait à identifier comment les entreprises communiquent
les informations sociales et environnementales. L’atelier est considéré comme un entretien de
116
Chapitre 3
Une approche méthodologique pour l’analyse des pratiques de RSE et de l’outil de reporting sociétal
groupe, car selon Gavard-Perret et al. (2012), « l’entretien de groupe consiste à réunir, autour
d’un animateur, un ensemble de personnes pour les amener à interagir ». Ces auteurs
distinguent cinq caractéristiques principales d’entretiens de groupe en sciences de gestion : le
groupe de discussion, la table ronde, le groupe de créativité, le groupe nominal et le groupe
Delphi (cf. Tableau 22).
117
Partie 2
Processus d’analyse des pratiques de RSE et de l’outil de reporting sociétal
Caractéristiques Items
Il permet d’obtenir l’avis d’experts sur des objectifs, des solutions, des
stratégies, des prévisions etc. Le processus est collectif mais ne met pas les
participants en relation directe. Le groupe Delphi aide à rechercher un
consensus. Pour ce type de groupe, le protocole est formalisé et assez lourd. Il
sollicite les membres du groupe à plusieurs reprises et suppose l’élaboration
d’un questionnaire initial et son adaptation au fil des consultations des experts.
Il nécessite plusieurs synthèses. Le consensus est favorisé par la soumission
Groupe Delphi
des synthèses successives au groupe et l’anonymat est garanti par l’envoi par
courrier des questionnaires et synthèses. Le groupe d’expert est à l’origine,
notamment par rapport à des questions de prévisions, des tendances etc. mais
peut être étendu à des individus concernés par des processus de décisions, voire
des sujets plus diversifiés (stratégies, problèmes). Pour ce type de groupe, il y a
possibilité de consulter des groupes de taille importante. La réunion n’est pas
nécessaire, la procédure se fait par correspondance.
118
Chapitre 3
Une approche méthodologique pour l’analyse des pratiques de RSE et de l’outil de reporting sociétal
L’entretien de groupe de créativité a été réalisé auprès de douze personnes toutes responsables
de la démarche de RSE des entreprises présentes lors du 2ème salon RSE et des Initiatives pour
le développement durable. L’entretien de groupe de créativité a duré 1h30mn et a fait l’objet
d’un enregistrement avec l’accord préalable de tous les participants et d’une prise de notes sur
un ordinateur par l’animateur secondaire et l’utilisation d’un flipchart. Le chercheur a joué le
rôle d’animateur principal et le représentant de l’organisateur du salon a joué le rôle
d’observateur et d’animateur secondaire.
L’organisation de l’entretien de groupe a été plus facile que l’entretien individuel (pas de prise
de rendez-vous) car il a eu lieu lors du 2ème salon RSE et des Initiatives pour le développement
durable. Il était donc beaucoup plus facile de réunir tous les responsables de la démarche de
RSE des entreprises présentes à ce salon. La différence avec l’entretien individuel concerne la
prise de connaissance de l’entreprise. En entretien individuel, la prise de connaissance se fait
systématiquement au début de chaque entretien, tandis qu’en entretien de groupe, elle se fait
lors de la prise de parole de chacun des participants. Le Tableau 25 synthétise les échantillons
lors de l’entretien de groupe de créativité.
119
Partie 2
Processus d’analyse des pratiques de RSE et de l’outil de reporting sociétal
Réaliser un entretien suppose que le chercheur adopte une posture d’écoute attentive et soutenue
de l’autre et lui pose des questions en évitant de donner des éléments de réponses (Imbert,
2010). La façon de conduire les entretiens est primordiale car le but du chercheur est non
seulement de gagner la confiance du répondant, mais aussi de briser la relation hiérarchique
entre les deux parties afin d’éviter les possibles non-dits. La relation de confiance établie lors
de l’échange ou de l’interaction est fondamentale, elle conditionne la richesse et la densité
(qualité, authenticité, pertinence) du matériel collecté (Imbert, 2010). Réussir un entretien
nécessite un ensemble de compétences sociales qui vont bien au-delà de la seule façon
d’interroger les personnes (Poupart, 2012). Cela implique une dynamique conversationnelle au
cours de laquelle le chercheur et le répondant sont en interaction et qui peut générer des biais
liés au dispositif de l’enquête, des biais associés à leur situation sociale respective et des biais
qui sont rattachés au contexte de l’enquête (Poupart, 1997).
Le contenu d’un entretien est susceptible d’être « coloré » par les préoccupations du répondant
au moment où il se déroule (Romelaer, 2005). C’est pourquoi, la fin de journée a été privilégiée
pour la réalisation des entretiens. Les entretiens réalisés dans le cadre de cette recherche se sont
bien déroulés et tous les répondants ont fourni des informations denses formant un matériau de
base riche pour l’analyse.
Les entretiens semi-directifs et l’entretien de groupe ont été effectués auprès des personnes qui
sont en charge de la démarche de RSE des entreprises et occupent le poste de responsable RSE
ou corporate social responsibility (CSR) Manager ou sont rattachées directement soit au
directeur général (c’est le cas le plus souvent des PME), soit au responsable de la
communication, du marketing ou de la distribution. Les entretiens non-directifs ont été effectués
auprès des personnes ressources (dirigeants d’entreprises et consultants en RSE).
120
Chapitre 3
Une approche méthodologique pour l’analyse des pratiques de RSE et de l’outil de reporting sociétal
Pour planifier ces entretiens, des contacts ont été pris avec les 32 entreprises identifiées comme
ayant adopté une démarche de RSE. Néanmoins, plusieurs obstacles n’ont pas permis de
rencontrer l’ensemble des entreprises en raison :
- de contraintes de temps et de travail, certains responsables n’ont pas accordé de
rendez-vous à cause de leur volume de travail ;
- de l’inexistence d’un service spécifique lié à la RSE, quand l’entreprise n’a pas de
responsable RSE, la personne contactée a du mal à comprendre l’objet de la
recherche ; certaines personnes ne connaissaient pas du tout le terme responsabilité
sociétale des entreprises ou développement durable alors même que leur entreprise
s’affiche comme ayant adopté cette forme de pratique.
Cinq rendez-vous pour la réalisation des entretiens semi-directifs auprès de quatre entreprises
dont deux ont un projet d’investissement soumis à une étude d’impact environnemental. Ainsi,
une entreprise parmi les quatre ayant répondu fait partie du secteur de l’industrie minière
(exploration, extraction minières, transformation de produits miniers), deux entreprises du
secteur agroalimentaire (production et commercialisation d'engrais organiques utilisables en
agriculture biologique ; production et distribution de boisson alimentaire) et une institution
financière (offre de garantie bancaire) (cf. Tableau 26).
Tableau 26 : Synthèse des entretiens semi-directifs par secteur d’activité
Nombre de
Secteur d’activité Code entreprise Code répondant
répondants
Industrie minière E2 E2E2 ; E3E2 2
Agroalimentaire E1 ; E3 E1E1 ; E4E3 2
Institution financière E4 E5E4 1
Total des entreprises 4 5 5
Source : auteur
Huit rendez-vous en face-à-face et un rendez-vous par Skype pour les entretiens non-directifs
auprès de sept dirigeants d’entreprise et de deux consultants en RSE (cf. Tableau 27). Un
dirigeant parmi les sept appartient à un secteur d’activité soumis à une étude d’impact
environnemental et deux dirigeants sont identifiés comme sensible à la pauvreté qui sévit à
Madagascar et influence ainsi ses collaborateurs à s’intéresser aux pratiques de RSE.
121
Partie 2
Processus d’analyse des pratiques de RSE et de l’outil de reporting sociétal
Dans le cadre des techniques verbales, deux modalités de recueil d’informations peuvent être
proposées : la prise de notes ou l’enregistrement des entretiens (Alami et al., 2013).
L’enregistrement est utilisé car avec la prise de notes, nous risquons parfois de reconstruire
légèrement les phrases, ainsi, un mot important pourrait manquer et cela peut engendrer un biais
sur l’analyse des données collectées. Ensuite, l’enregistrement est préférable lorsque l’entretien
est réalisé sur un laps de temps assez élevé, d’une durée moyenne de 45 minutes pour les
entretiens semi-directifs et non-directifs, et 1h30mn pour l’entretien de groupe. À la prise de
notes, un mot risque de nous échapper quand le répondant parle rapidement, et l’enregistrement
constitue une sécurité. Chaque entretien enregistré a été retranscrit intégralement avec l’accord
des répondants. Ces entretiens retranscrits ont fait l’objet d’une analyse de contenu thématique à
l’aide du logiciel Nvivo 11 permettant de renforcer la validité interne des découvertes
(Eisenhardt, 1989). Les entretiens ont eu lieu en français à l’exception d’un se déroulant en
122
Chapitre 3
Une approche méthodologique pour l’analyse des pratiques de RSE et de l’outil de reporting sociétal
malgache et qui a fait l’objet d’une traduction réalisée par le chercheur lui-même au plus près
du sens.
Pour les entretiens semi-directifs, le premier contact débutait toujours par la prise de
connaissance générale de l’entreprise à travers la présentation de la raison sociale, du secteur
d’activité et de la taille. Le répondant présente ensuite sa fonction, son rôle et son ancienneté,
permettant d’appréhender à l’avance le volume d’informations que nous pouvons obtenir de la
personne. L’entretien se déroulait en fonction des sujets abordés : la démarche de RSE de
l’entreprise et la production d’un rapport RSE/DD. Les questions étaient larges et ouvertes
(Giorgi, 1997) afin de leur permettre de décrire complètement leurs pratiques en matière de
RSE et les modalités de communication autour de leurs pratiques. Le Tableau 28 reprend la
trame des entretiens semi-directifs.
L’entretien de groupe mobilise le même guide d’entretien utilisé pour les entretiens semi-
directifs. En revanche, la prise de connaissance de l’entreprise se fait lors de la prise de parole
de chacun des répondants. Le chercheur se présente au début de l’entretien et explique l’objet
de la recherche, ses attentes ainsi que le déroulement de l’entretien.
123
Partie 2
Processus d’analyse des pratiques de RSE et de l’outil de reporting sociétal
Les informations recueillies à travers les entretiens ont permis de recueillir des matériaux riches.
La collecte des données primaires par entretien a permis d’entrer en contact avec
18 représentants de 16 entreprises parmi les 22 étudiées (73% environ) et deux consultants en
RSE (cf. Tableau 29).
Certaines entreprises contactées ont indiqué qu’elles n’avaient pas assez de temps à consacrer
à un entretien du fait de leur volume de travail. Pour remédier à ce problème, un questionnaire
a été élaboré, tirant profit des premiers résultats issus des entretiens et de l’analyse
documentaire. En pratique, deux questionnaires ont été réalisés, un pour les entreprises qui
produisent l’outil de reporting sociétal (cf. Annexe 6) et un autre pour celles qui n’en produisent
pas (cf. Annexe 7). Les questionnaires se composent de questions ouvertes invitant les
répondants ayant participé aux entretiens semi-directifs et de groupe à reprendre leurs réponses
124
Chapitre 3
Une approche méthodologique pour l’analyse des pratiques de RSE et de l’outil de reporting sociétal
données lors des entretiens et à les vérifier auprès d’autres personnes de même statut. Par
ailleurs, une entreprise parmi les 16 ayant participé aux entretiens n’a pas voulu répondre aux
questionnaires à cause des procédures complexes au sein de son entreprise.
Ce questionnaire adressé aux 22 entreprises ciblées par cette recherche a permis d’obtenir 21
réponses soit un taux de réponse de près de 95% environ (cf. Tableau 30).
De même, sur les neuf entreprises produisant l’outil de reporting sociétal huit ont répondu à
l’enquête ce qui représente un taux de réponse de près de 89%. À titre de rappel, seules les
entreprises produisant un rapport RSE/DD séparé du rapport annuel de gestion ont été
considérées comme produisant l’outil de reporting sociétal. Celles qui communiquent les
informations sociales et environnementales à travers d’autres supports de communication écrits
et oraux sont considérées comme des entreprises ne produisant pas l’outil de reporting sociétal.
Les treize entreprises qui ne produisent pas l’outil ont toutes répondu à l’enquête ce qui
représente un taux de réponse de 100%.
L’enquête par questionnaire a été réalisée à partir de juin 2018, des relances téléphoniques et
par courriel ont été effectuées jusqu’en octobre 2018. Parmi les 21 questionnaires retournés,
douze entreprises ont participé aux enquêtes par entretiens. Ainsi, en plus de ces douze
entreprises ayant participé aux entretiens, neuf nouvelles entreprises ont participé aux
questionnaires. Enfin, une entreprise n’a pas voulu répondre au questionnaire à cause des
procédures demandant la validation par la société mère avant de participer à des études
académiques. Des relances ont été effectuées tout au long de la recherche mais les responsables
n’ont pas eu de retour de la part de la société mère. Le questionnaire a donc permis d’intégrer
125
Partie 2
Processus d’analyse des pratiques de RSE et de l’outil de reporting sociétal
neuf nouvelles sociétés à notre étude et de compléter les résultats obtenus lors des entretiens
auprès des douze sociétés.
En complément des données primaires collectées lors des enquêtes par entretiens et par
questionnaires, des données secondaires ont été collectées se composant des documents
secondaires traitant de la RSE à Madagascar.
Baumard et al. (2014) présentent deux formes de données secondaires : les données internes et
les données externes. Les données secondaires internes telles que le cahier des charges, les
brochures, les plaquettes et les chartes éthiques ont été obtenus à travers les personnes ayant
accepté les entretiens en face-à-face. Les données secondaires internes telles que l’outil de
reporting sociétal et les actions RSE des entreprises publiées sur leur site internet, et les données
secondaires externes telles que les dossiers de presse, les données statistiques et d’autres
informations utiles pour la recherche ont été obtenues en ligne. Le site internet des entreprises
et des différentes plateformes humanitaires (PHSP et ADDEV), l’institut national de la
statistique (INSTAT), la banque mondiale, etc. ont été consultés lors de cette recherche.
Les données secondaires internes et secondaires externes qui n’étaient pas téléchargeables ont
été analysées manuellement au fur et à mesure de l’accès aux documents avec une prise de
notes. Le Tableau 31 présente une synthèse des documents collectés en 2017, 2018 et 2019 et
analysés manuellement.
126
Chapitre 3
Une approche méthodologique pour l’analyse des pratiques de RSE et de l’outil de reporting sociétal
Les données secondaires internes et secondaires externes téléchargées en pdf ou en image ont
été analysées avec les informations issues des enquêtes par entretiens et par questionnaires sur
Nvivo 11 et ont fait l’objet d’un codage lors du traitement. Le Tableau 32 présente une synthèse
des documents collectés en 2017, 2018 et 2019 analysés à l’aide du logiciel Nvivo 11.
127
Partie 2
Processus d’analyse des pratiques de RSE et de l’outil de reporting sociétal
128
Chapitre 3
Une approche méthodologique pour l’analyse des pratiques de RSE et de l’outil de reporting sociétal
***
Cette section 1 a permis de recenser les matériaux mobilisés dans le cadre de la recherche.
Ainsi, 18 entretiens ont été réalisés auprès de seize entreprises sur les 22 étudiées (73% environ)
et de deux consultants en RSE. En complément de ces entretiens, 21 réponses aux
questionnaires sur les 22 entreprises étudiées (95% environ) ont été obtenues auprès de huit
entreprises produisant l’outil de reporting sociétal et treize entreprises qui ne le produisent pas.
De plus, quarante documents secondaires internes (25 analysés manuellement et quinze
analysés à l’aide du logiciel Nvivo 11) et 59 documents secondaires externes (treize analysés
17
L’Eglise de Jésus-Christ à Madagascar ou FJKM est la plus grande église protestante à Madagascar.
129
Partie 2
Processus d’analyse des pratiques de RSE et de l’outil de reporting sociétal
manuellement et 46 analysés à l’aide du logiciel Nvivo 11) ont été également collectés dans le
cadre de cette recherche.
Ces données collectées à travers divers matériaux (entretien de groupe, entretiens semi-
directifs, entretiens non-directifs, questionnaires, documents secondaires internes et
secondaires externes) constituent un échantillon représentatif pour la recherche (cf. Tableau
33).
La collecte des données a été effectuée de manière qualitative (enquêtes par entretiens et analyse
des documents secondaires internes et secondaires externes) et quantitative (enquêtes par
questionnaires). Néanmoins, l’analyse des données collectées s’effectue d’une manière
qualitative à l’aide du logiciel Nvivo 11. Le questionnaire a comme objectif principal de
confirmer les informations obtenues à travers les entretiens, l’analyse des documents
secondaires internes et l’analyse des documents secondaires externes. Les modalités d’analyse
de contenu thématique à l’aide du logiciel Nvivo 11 seront ainsi mobilisées dans le cadre de
cette recherche (cf. Section 2).
130
Chapitre 3
Une approche méthodologique pour l’analyse des pratiques de RSE et de l’outil de reporting sociétal
L’objectif de cette section est de présenter le travail d’analyse des données collectées. Elle
contribue à donner un sens au message, car l’entretien ne parle pas de lui-même
(Blanchet et Gotman, 2014).
Avant de réaliser l’analyse des données à proprement parler, un travail de retranscription des
données collectées a été effectué. Le processus de retranscription est présenté dans le premier
paragraphe. Le processus d’analyse est détaillé dans le deuxième paragraphe à travers une
présentation du fonctionnement du logiciel Nvivo 11.
Lors de la présentation des modalités de collecte des données, nous avons précisé les raisons
pour lesquelles l’enregistrement a été mobilisé. Le contenu des enregistrements des entretiens
a été retranscrit intégralement et codé afin de protéger l’anonymat des répondants (cf. Section 1
de ce chapitre 3).
Selon Bilger (2008), transcrire, c’est effectué une sélection d’éléments, qui ne reflètent pas
seulement le paradigme dans lequel le chercheur se situe mais le modifie. Pour comprendre et
discuter les manières d’agir et de penser de l’interlocuteur, un intérêt actif et sincère est porté à
sa parole (Kaufman, 1996). Pour éviter une interprétation erronée des propos des interlocuteurs,
la transcription intégrale des entretiens a été choisie. Elle est faite par le chercheur lui-même,
sans apporter de modifications aux réponses. L’Encadré 6 donne un aperçu de quelques
retranscriptions des enregistrements audio.
131
Partie 2
Processus d’analyse des pratiques de RSE et de l’outil de reporting sociétal
Comme vous le savez donc, avec les expériences des entreprises de compagnie minière dans le monde
entier, la démarche de RSE est beaucoup plus avantageuse pour la compagnie, qu’une compagnie qui
ne fait pas de la RSE.
Source : E2E2
C’est notre activité même qui est de la RSE. On aide les entrepreneurs dans la mise en place de leur
activité (octroi de garantie pour les prêts bancaires, formation et accompagnement).
Source : E5E4
C’était comme ça que ça se faisait, d’accord ? et puis ensuite il y avait une espèce d’étude par rapport
à une retombée éventuellement commerciale de l’action ou de communication de l’action.
Source : R3D2
Tu vois, c’est pas, c’est pas un truc tu dis, ah ouais ! il faut absolument qu’il fasse de la RSE, c’est
juste que le DG était jeune, entre 35 et 40, qu’il a une vision, qu’il avait envie, que c’est un gars qui
vient d’une famille modeste et qui profite de l’ascenseur social, qu’il est balèze (..), il est fort, mais
du coup, il avait envie de rendre à la société, (…) ce qu’on lui avait donné, c’était assez intéressant.
Source : R8C2
132
Chapitre 3
Une approche méthodologique pour l’analyse des pratiques de RSE et de l’outil de reporting sociétal
qu’il est difficile, voire impossible, de revenir en arrière ou simplement de refaire une partie de
la thématisation (Paillé et Mucchielli, 2016). C’est le cas, par exemple, de l’étape de
regroupement des informations au moyen des requêtes. Ainsi, plusieurs étapes ont été
respectées tout au long du travail d’analyse sur Nvivo 11 dans le cadre de cette recherche.
La première étape consiste à créer un projet sur Nvivo 11. Il permet d’enregistrer tout le travail
d’analyse sur le logiciel dans un seul endroit. En ouvrant Nvivo 11, une fenêtre affichant deux
onglets (projet vide et exemple de projet) s’ouvre. Pour créer un nouveau projet, il faut cliquer
sur l’onglet « Projet vide » et une nouvelle fenêtre contenant le titre, la decription et le nom du
fichier s’ouvre. La ligne titre permet de nommer le projet à traiter (l’adoption d’une démarche
de RSE et la production de l’outil de reporting sociétal). La description permet de faire un
rappel sur l’objet de la recherche. L’objet de la recherche étant de modéliser les variables
amenant à la production de l’outil de reporting sociétal, en se basant sur une étude de cas auprès
de 32 entreprises identifiées comme ayant adopté une démarche de RSE à Madagascar. La ligne
nom du fichier permet d’identifier l’endroit où le projet est enregistré dans l’ordinateur.
Le Schéma 18 présente comment créer un projet sur Nvivo 11.
133
Partie 2
Processus d’analyse des pratiques de RSE et de l’outil de reporting sociétal
Etape 2. créer et importer les données dans les éléments internes de Nvivo 11
Une fois le projet créé, la deuxième étape consiste à créer des sources dans les éléments internes
de Nvivo 11 et à importer par la suite les données collectées qui sont préalablement
retranscrites. Elles sont ainsi classées selon le type de méthode de collecte des données
mobilisées : entretiens, questionnaires et documentations internes ou externes. Le Schéma 19
montre comment créer des sources dans les éléments internes dans Nvivo 11.
Après avoir créé les sources dans les éléments internes, les données préalablement retranscrites,
les prises de notes au format document et les documents secondaires internes et secondaires
externes au format document ou pdf ou image sont importés dans Nvivo 11. Pour ce faire, il
faut sélectionner le dossier source où le fichier sera classé. Ensuite, cliquer sur l’onglet données
et choisir le type de fichier à importer (cf. Schéma 20). L’avantage avec Nvivo 11 est que
plusieurs types de formats (document, pdf, image, video, bande audio) sont acceptés et peuvent
être traités de la même manière.
134
Chapitre 3
Une approche méthodologique pour l’analyse des pratiques de RSE et de l’outil de reporting sociétal
Schéma 20 : Importer les données dans les sources d’éléments internes de Nvivo 11
La première source d’éléments internes rassemble tous les documents secondaires internes et
documents secondaires externes à analyser dans un dossier nommé « corpus ». Le dossier
corpus contient deux sous-dossiers appelés « corpus interne » et « corpus externe ». Ces corpus
sont codés en « Corpus interne n » et « Corpus externe m » avec n= 15 et m=46. La deuxième
source d’éléments internes s’intitule « entretiens », il regroupe les entretiens dans des sous-
dossiers appelés « semi-directifs », « non-directifs » et « groupe ». Dans les entretiens semi-
directifs et non-directifs se trouvent les fichiers retranscrits des entretiens codés. EkEn pour les
entretiens semi-directifs avec k différent de 1 s’il y a plusieurs entretiens pour une même
entreprise et n=4 ; RkDn ou RkCm pour les entretiens non-directifs avec k=9 et D ou C précise
si le répondant est un dirigeant (D avec n=7) ou un consultant (C avec m=2).
De plus, les caractéristiques de la source sont créées en amont et en aval de l’étape d’importation
des données dans les éléments internes de Nvivo 11. Les caractéristiques permettent de
regrouper les sources par valeur d’attribut (secteur d’activité, taille, etc.). Pour ce faire, il faut
aller sur l’onglet créer caractéristique de la source. Ensuite, réaliser un clic droit sur la souris et
cliquer sur l’onglet nouvel attribut (cf. Schéma 21).
135
Partie 2
Processus d’analyse des pratiques de RSE et de l’outil de reporting sociétal
L’étape 3 du travail d’analyse sur Nvivo 11 consiste à créer des nœuds. La création de nœuds
permet déjà d’avoir une vue globale de la thématisation. Comme la recherche s’inscrit dans une
démarche abductive, des allers-retours entre terrain et théories sont effectués en permanence.
Ces allers-retours se basent sur l’objet de la recherche, sur la grille d’entretien élaborée au
départ et sur le cadre conceptuel (modèle de contingence de Lüder, 1992) et théorique
(théorie néo-institutionnelle de DiMaggio et Powell, 1983) mobilisés pour la recherche. La
création de nœuds permet de coder, de catégoriser et de thématiser les sources d’éléments
internes. Elle peut s’effectuer en cliquant sur « créer - nœud » permettant d’ouvrir une fenêtre
de « nouveau nœud » (cf. Schéma 22). Le nom indiquant la thématisation et la description
permet d’expliquer la raison pour laquelle le thème est choisi pour décrire les verbatim. L’étape
d’encodage thématique sur Nvivo 11 s’effectue ainsi en créant des nœuds qui est le début de
l’analyse.
136
Chapitre 3
Une approche méthodologique pour l’analyse des pratiques de RSE et de l’outil de reporting sociétal
Ensuite en ouvrant n’importe quel nœud, l’ensemble des références peut être consulté dans un
seul endroit (QSR, 2017) (cf. Schéma 23).
Les nœuds s’organisent de deux façons, soit d’une manière non hiérarchique, c’est-à-dire tous
les nœuds sont au même niveau. Soit d’une manière hiérarchique, avec des nœuds parents et
des nœuds enfants qui constituent une arborescence ou un organigramme (Bertrand, 2014).
137
Partie 2
Processus d’analyse des pratiques de RSE et de l’outil de reporting sociétal
L’organisation des nœuds en hiérarchie permet d’affiner les idées et d’établir des liens entre les
thèmes. Des nœuds enfants ou sous-nœuds sont ainsi conçus en sélectionnant le nœud parent,
en réalisant un clic droit sur la souris et en sélectionnant ensuite « nouveau nœud » (cf. Schéma
24). Toutefois, au fur et à mesure que l’analyse avance, des nouveaux nœuds parents ou nœuds
enfants sont créés, d’autres sont modifiés, d’autres fusionnés et d’autres renommés.
L’étape 4 concerne l’encodage des sources d’éléments internes. Elle peut s’effectuer après la
création de nœuds ou en parallèle. Pour encoder, il suffit d’ouvrir les sources d’éléments
internes et de selectioner les informations à encoder, ce qui peut être fait de deux manières :
- soit, en réalisant un clic droit sur la souris, sélectionner ensuite « encoder » ;
- soit, en cliquant sur l’onglet analyser, ensuite « encoder ».
Après avoir cliqué sur encoder, la fenêtre des nœuds s’affiche. Nous pouvons choisir un élément
de code déjà existant « nœud parent ou nœud enfant » ou créer un nouveau nœud pour finir
l’encodage. Le Schéma 25 et Schéma 26 montrent comment encoder les sources d’éléments
internes selon les deux méthodes.
138
Chapitre 3
Une approche méthodologique pour l’analyse des pratiques de RSE et de l’outil de reporting sociétal
139
Partie 2
Processus d’analyse des pratiques de RSE et de l’outil de reporting sociétal
L’étape 5 est réalisée en amont et en aval de l’étape 4. Elle consiste à créer des mémos
(cf. Schéma 27) permettant de noter et d’expliquer la manière dont les nœuds parents et les
nœuds enfants sont structurés et de noter les idées.
Les mémos renforcent la transparence et la fiabilité des résultats (cf. Schéma 28). Nvivo 11
présente dans le Tableau 34 six modes principaux d’utilisation des mémos.
140
Chapitre 3
Une approche méthodologique pour l’analyse des pratiques de RSE et de l’outil de reporting sociétal
L’étape 6 est la dernière étape d’analyse sur le logiciel Nvivo 11. Elle consiste à regrouper les
informations au moyen de requêtes. Les requêtes Nvivo peuvent être utilisées pour « encoder
automatiquement les sources en fonction des mots ou des expressions qu’elles contiennent »
(QSR, 2017). Elles permettent de ce fait de rechercher et d’analyser des mots ou des locutions
dans les sources d’éléments internes ou dans les nœuds préalablement créés. Elles permettent
de rechercher les mots spécifiques ou les occurrences les plus fréquentes. Le Schéma 29 montre
comment créer une requête « fréquence des mots » sur Nvivo 11.
141
Partie 2
Processus d’analyse des pratiques de RSE et de l’outil de reporting sociétal
Une fois le classement et l’ordonnancement effectué sur Nvivo 11, l’analyse de données à
proprement parler commence à partir de l’étape 3 qui consiste à créer des nœuds. Comme
expliqué supra, la création de nœuds permet de classer les données dans des thèmes identifiés
sur la base de la grille d’entretien, du cadre conceptuel et du cadre théorique mobilisés pour la
recherche. Plusieurs formes d’analyses de données telles que l’analyse de discours et l’analyse
de contenu peuvent être retenues. Pour Blanchet et Gotman (2014) l’analyse du discours
concerne toutes les composantes langagières et recouvre essentiellement les analyses
linguistiques et les analyses de contenu. Les analyses linguistiques sont une méthode d’analyse
permettant d’étudier et de comparer les structures formelles du langage. Les analyses de
contenu permettent d’étudier et de comparer le sens afin de mettre à jour les systèmes de
représentations véhiculés par les discours. Pour Thiétart et al. (2007), l’analyse de contenu
repose sur le postulat que la répétition d’éléments de discours révèle les centres d’intérêt et les
préoccupations des acteurs.
Pour cette recherche, l’analyse de contenu est préférée car, d’une part, elle est adaptée aux
modes de collecte des données utilisées (enquêtes par entretiens, par questionnaires à usage
confirmatoire et analyse des documents secondaires internes et secondaires externes). D’autre
part, l’étude ne s’intéresse pas aux structures formelles du langage, elle se focalise plutôt sur le
sens des discours.
Bardin (2007, cop. 1977) présente l’analyse de contenu comme un ensemble de techniques
d’analyse des communications. Il considère que cette méthode « vise à obtenir des indicateurs,
quantitatifs ou non, permettant l’inférence de connaissances relatives aux conditions de
production et de réception des messages ». Blanchet et Gotman (2014) présentent trois types
d’analyse de contenu (l’analyse entretien par entretien, l’analyse thématique et l’analyse
formalisée par une théorie de la signification), tandis que Bardin (2001) dans Thiétart et al.
(2007) distingue deux grands types d’analyses de contenu : les analyses lexicales et les analyses
thématiques :
- les analyses lexicales s’intéressent à la nature et à la richesse du vocabulaire utilisé
dans le discours ou dans le texte. Elles s’attachent à l’analyse de la fréquence des
mots et c’est le mot qui constitue l’unité d’analyse ;
142
Chapitre 3
Une approche méthodologique pour l’analyse des pratiques de RSE et de l’outil de reporting sociétal
- les analyses thématiques adoptent comme unité d’analyse une portion de phrase, une
phrase entière ou un groupe de phrases se rapportant à un même thème.
Le Tableau 35 développe les trois types d’analyse de contenu présentés par Blanchet et Gotman
(2014).
L’analyse de contenu thématique découpe transversalement les discours pour identifier ce qui,
d’un entretien à l’autre, se réfère au même thème (Blanchet et Gotman, 2014), puisque la
thématisation constitue l’opération centrale de l’analyse thématique. Avec l’aide du logiciel
Nvivo 11, les données sont classées non plus seulement dans les sources d’éléments internes
(corpus interne, corpus externe, entretiens semi-directifs, entretiens non-directifs, entretien de
groupe, questionnaire) mais dans des thèmes que Nvivo 11 appelle des « nœuds parents ou
143
Partie 2
Processus d’analyse des pratiques de RSE et de l’outil de reporting sociétal
Les données sont ainsi encodées dans des nœuds parents ou nœuds enfants. Pour Nvivo 11,
l’encodage thématique permet de répondre à la question : Quel est le thème de l’étude ? Pour
Paillé et Mucchielli (2016), il s’agit de répondre à la question générique : Qu’y a-t-il de
fondamental dans ce propos, dans ce texte, de quoi y traite-t-on ? Ces questions sont posées
systématiquement pour permettre de trouver le thème associé aux verbatim. Le thème principal
de l’étude est d’identifier les facteurs favorisant l’adoption de la démarche de RSE et son
instrumentation via le reporting sociétal et les facteurs freinant la production de l’outil en
partant sur une étude de cas auprès de 22 entreprises à Madagascar ayant adopté une démarche
de RSE.
Cependant, pour répondre à cet objet de la recherche, il est primordial de porter un regard
particulier sur les motivations expliquant l’adoption d’une démarche de RSE pour pouvoir
ensuite faire le lien avec les motivations et les freins liés à l’instrumentation de la démarche.
Ainsi, la mise en place d’une démarche de RSE vise-t-elle à répondre à des pressions
coercitives, à répondre à des pressions normatives ou bien est-elle le résultat de phénomènes de
mode ? Ensuite, il est également intéressant de présenter les différents comportements
stratégiques des entreprises pour voir si cette démarche est adoptée dans un objectif de
maximisation des profits ou si elle reflète une préoccupation de l’impact de l’entreprise sur son
environnement. L’objectif est d’identifier les variables de contingence et institutionnelles
amenant les entreprises à adopter la démarche de RSE et à produire l’outil de reporting sociétal.
Pour ce faire, deux thèmes principaux (nœuds parents) sont définis : la démarche de RSE et la
production de l’outil de reporting sociétal. Les données relatives à ces deux thèmes (nœuds)
sont classées transversalement, non plus selon les différentes sources d’éléments internes
144
Chapitre 3
Une approche méthodologique pour l’analyse des pratiques de RSE et de l’outil de reporting sociétal
La création de ces nœuds parents et nœuds enfants permettent d’enrichir la liste des thématiques
définies au début de l’investigation empirique, tout en se référant aux réponses des enquêtés.
Elle sert de base pour la suite du traitement des données, tout en permettant de découper en
unités élémentaires, en fragments de discours, les données recueillies (Alami et al., 2013). À
cet effet, une arborescence est construite progressivement au fur et à mesure de l’encodage
thématique (cf. Schéma 30).
Ce regroupement en catégorie pour Alami et al. (2013) et en nœud pour Nvivo 11, est appelé
une grille d’analyse thématique.
« Le regroupement en catégorie sert de trame au découpage des retranscriptions,
conduisant à passer d’une approche centrée sur la cohérence propre à chaque individu
pendant le terrain à une approche transversale centrée sur la cohérence thématique de
145
Partie 2
Processus d’analyse des pratiques de RSE et de l’outil de reporting sociétal
l’ensemble des données collectées. Elle conduit à rechercher les différentes formes sous
lesquelles un thème apparaît et marque le premier traitement opéré sur les données, le
passage de données brutes à un corpus thématiquement organisé appelé le semi-brut.
Les thématiques retenues dépendent à la fois des questions de départ, du sujet de
l’enquête et des thématiques découvertes pendant le terrain, grâce à l’approche
inductive » (Alami et al., 2013).
Cette démarche en continue présente des avantages et des inconvenients, elle permet une
analyse fine et riche du corpus mais elle est plus complexe à mener et exige plus de temps
(Paillé et Mucchielli, 2016), c’est pourquoi la mobilisation de Nvivo 11 est intéressante pour
cette recherche.
Une fois l’analyse thématique finalisée, l’analyse descriptive et la modélisation peuvent être
faites. Si l’analyse thématique se distingue clairement des deux autres phases, l’analyse
descriptive et la modélisation peuvent se construire simultanément, tout en produisant des
résultats de nature différente (Alami et al., 2013).
3. 2. Analyse descriptive
Le codage descriptif est un codage de premier niveau comme l’analyse thématique, mais la
différence s’opère dans le système de codification. En analyse thématique, les données sont
classées et regroupées dans des thèmes (nœuds pour Nvivo 11) ; tandis qu’en analyse
descriptive, ces thèmes ou nœuds donnent un sens. Ils permettent de décrire le contenu du
corpus. Pour Alami et al. (2013), l’analyse descriptive n’est pas une simple énonciation
d’éléments les uns à la suite des autres, ni une liste des éléments descriptifs, il s’agit de montrer
les liens qui existent entre ces éléments. Selon Grenier et Josserand (2007), la description
consiste à améliorer la compréhension de l’objet étudié. Ces auteurs soutiennent que cette
méthode est pertinente quand de nouvelles pratiques apparaissent ou lorsque le sujet est peu
étudié empiriquement, ce qui est le cas de l’adoption d’une démarche de RSE et de la production
de l’outil de reporting sociétal à Madagascar. Ainsi, les nœuds parents et nœuds enfants
pertinents susceptibles de donner un sens à la description sont repérés et ils font l’objet d’une
modification, d’une fusion ou d’une renomination. En parallèle, des notes sont prises dans
l’onglet « mémos » sur Nvivo 11. Toutefois, une description peut également s’effectuer en
amont et en aval de l’analyse de contenu thématique avec le logiciel Nvivo 11 en décrivant le
146
Chapitre 3
Une approche méthodologique pour l’analyse des pratiques de RSE et de l’outil de reporting sociétal
thème ou nœud dans l’encadré description. La description s’effectue en réalisant un clic droit
sur la souris sur le nœud à décrire, ensuite en cliquant sur l’onglet propriété des nœud
(cf. Schéma 31).
3. 3. Modélisation
Pour cette recherche, seules les deux premières étapes de la modélisation sont réalisées, car la
spécification des relations de causalité et l’évaluation du modèle requiert beaucoup plus de
temps. Ainsi, un modèle de départ est réalisé à la suite de l’analyse thématique et de l’analyse
descriptive. Des relations de causalité entre ces variables sont supposées, mais elles seront
vérifiées et validées à travers une étude longitudinale lors d’une recherche future.
147
Chapitre 3
Une approche méthodologique pour l’analyse des pratiques de RSE et de l’outil de reporting sociétal
Synthèse du chapitre 3
149
Partie 2
Processus d’analyse des pratiques de RSE et de l’outil de reporting sociétal
Chapitre 4.
L’analyse des pratiques de RSE et de l’outil de reporting
sociétal : cas des entreprises à Madagascar
Le chapitre 4 a pour objectif de présenter et de discuter les résultats de la recherche issus des
22 mini-cas d’entreprises localisées à Madagascar. Il s’organise en deux sections.
La première section a pour but de présenter les facteurs favorisant l’adoption de la démarche
de RSE et les objectifs stratégiques des 22 entreprises étudiées. Ainsi, la recherche permet
d’identifier trois facteurs principaux : les stimuli constituant les éléments déclencheurs amenant
les entreprises à adopter la démarche de RSE (Phase 0 du modèle), les facteurs institutionnels
pouvant influencer l’adoption de la démarche de RSE (Phase 1 du modèle) et les objectifs
stratégiques des entreprises expliquant les formes de RSE pratiquées (Phase 2 du modèle).
L’analyse des pratiques de RSE pour les 22 mini-cas étudiés se décomposent en deux sous-
groupes : deux entreprises du secteur de l’industrie minière et vingt entreprises de différents
secteurs d’activité.
151
Partie 2
Processus d’analyse des pratiques de RSE et de l’outil de reporting sociétal
La deuxième section présente l’outil de reporting sociétal comme un outil de gestion de la RSE.
Elle permet d’identifier les différents supports de communication des informations sociales et
environnementales et d’observer les facteurs favorisant et freinant la production de l’outil de
reporting sociétal (Phase 3 du modèle). L’analyse des facteurs favorisant et freinant la
production de l’outil de reporting sociétal pour les 22 mini-cas étudiés se décomposent en deux
sous-groupes : neuf entreprises produisant l’outil et treize entreprises qui ne le produisent pas.
Synthèse du chapitre 4
152
Chapitre 4
L’analyse des pratiques de RSE et de l’outil de reporting sociétal : cas des entreprises à Madagascar
Cette section a pour objectif de déterminer les facteurs favorisant l’adoption d’une démarche
de RSE à travers l’étude des 22 mini-cas d’entreprises localisés à Madagascar (cf. Tableau 38).
18
Licence to operate au sens de la littérature se réfère à la légitimité.
153
Partie 2
Processus d’analyse des pratiques de RSE et de l’outil de reporting sociétal
La section identifie également les objectifs stratégiques des entreprises en matière de RSE. Ces
objectifs stratégiques permettent d’expliquer les formes de RSE pratiquées par les 22 mini-cas
étudiés. L’analyse mobilise la théorie néo-institutionnelle de DiMaggio et Powell (1983) et le
modèle de contingence de Lüder (1992).
154
Chapitre 4
L’analyse des pratiques de RSE et de l’outil de reporting sociétal : cas des entreprises à Madagascar
« La licence sociale à opérer est une acceptation sociale basée sur la crédibilité de l’entreprise,
les bonnes relations et la confiance accordée par les communautés et parties prenantes à
l’entreprise. Elle permet d’avoir accès à la terre et aux ressources et de maintenir la paix
sociale garantissant la sécurisation de l’investissement. Elle est différente du permis légal
octroyé par l’Etat » (corpus externe 2).
Ainsi, les entreprises ayant un projet d’investissement soumis à une étude d’impact
environnemental sont amenées à prendre en compte l’importance des risques
environnementaux engendrés par leurs activités et à mettre en place un plan de gestion
environnementale du projet (PGEP) dès le démarrage de l’exploitation. Le décret MECIE,
relatif à la mise en compatibilité des investissements sur l’environnement a pour objet de « fixer
les règles et procédures à suivre en vue de la mise en compatibilité des investissements avec
l’environnement et de préciser la nature, les attributions respectives et le degré d’autorité des
institutions ou organismes habiletés à cet effet » (corpus externe 3). Enfin, les principes n°7,
n°8 et n°9 du pacte mondial des Nations Unies (cf. Tableau 39) invitent les entreprises
19
L’ONE est un organe qui assure la coordination des comités technique d’évaluation (CTE) des dossiers EIE
(étude d’impact environnemental). Il assure également la direction de l’évaluation des études d’impacts
environnementaux, délivre les permis environnementaux et coordonne le suivi de la conformité des plans de
gestion environnementale.
20
Le screening est une procédure qui permet d’identifier si un projet doit faire l’objet d’une EIE, d’un PREE, ou
ni l’un ni l’autre.
155
Partie 2
Processus d’analyse des pratiques de RSE et de l’outil de reporting sociétal
« à prendre des initiatives tendant à promouvoir une plus grande responsabilité en matière
d’environnement » (corpus externe 6).
Pour expliquer les facteurs favorisant l’adoption de la démarche de RSE pour les 22 mini-cas
étudiés, il semble important d’apporter un regard particulier aux projets d’investissement qui
portent atteinte à la société ou à l’environnement. La liste des projets d’investissement ayant
obtenu une licence to operate (cf. Annexe 4) a permis d’observer six mini-cas parmi les 22 qui
sont soumis à une étude d’impact environnemental (cf. Tableau 40).
Tableau 40 : Les secteurs soumis à une étude d’impact, éléments tirés de la liste de
l’ONE (2018)
Secteur Date du Permis Projet Mini-cas
08/01/2010 DYNATEC Soalara Exploitation
01/07/2008 DYNATEC SOALARA II E2
Industrie minière 06/11/2007 DYNATEC SOALARA
11/10/2012 QMM Ste Luce
E24
14/11/2001 QMM
23/12/2013 ORANGE Andapa
11/01/2011 ORANGE DIDY
Télécommunication 11/01/2011 ORANGE Ialatsara E11
22/11/2010 ORANGE Vatolampy
20/01/2009 ORANGE Projet Lion
Agroalimentaire 22/05/2017 STAR Antsiranana E3
Gestion de produits et déchets divers 08/12/2006 VOHITRA ENVIRONNEMENT E12
156
Chapitre 4
L’analyse des pratiques de RSE et de l’outil de reporting sociétal : cas des entreprises à Madagascar
Néanmoins, seules les deux entreprises relevant du secteur de l’industrie minière accordent une
réelle importance à ces études d’impact, l’avis favorable constituant une condition sine qua non
de leur exploitation. C’est pourquoi, l’étude des 22 mini-cas est divisée en deux sous-groupes :
- deux entreprises du secteur de l’industrie minière ;
- et vingt entreprises de différents secteurs d’activités dont quatre sont soumises à une
étude d’impact environnemental.
157
Partie 2
Processus d’analyse des pratiques de RSE et de l’outil de reporting sociétal
L’objectif est de vérifier à travers les verbatim collectés lors de la phase de recueil des données
si le cadre réglementaire, les facteurs institutionnels et les objectifs stratégiques des entreprises
influencent positivement les 22 mini-cas étudiés pour adopter une démarche de RSE ou si
d’autres facteurs sont spécifiques pour le cas des entreprises à Madagascar.
Comme présenté supra, l’analyse des résultats des 22 mini-cas se divise en deux sous-groupes :
deux entreprises du secteur de l’industrie minière et vingt entreprises de différents secteurs dont
quatre sont soumises à une étude d’impact environnemental.
Pour les deux entreprises du secteur de l’industrie minière, diverses raisons peuvent expliquer
leurs motivations de mettre en place une démarche de RSE. Ces deux entreprises ont réalisé les
plus gros investissements miniers à Madagascar de ces dernières années. Les entreprises E2 et
E24 ont respectivement réalisé des investissements de 8 milliards de dollars (E3E2) et de 940
millions de dollars (corpus interne 14) et font partie des entreprises de référence21 en matière
de RSE à Madagascar.
Le premier facteur observé pour les deux entreprises étudiées se réfère aux exigences du décret
sur la mise en compatibilité des investissements sur l’environnement (MECIE), à la loi
2015-003 relative à la charte de l’environnement Malagasy et à la loi 2003-010 sur la politique
nationale de gestion des risques et des catastrophes. Le décret MECIE exige des projets
d’investissement portant atteinte à la société ou à l’environnement de réaliser une étude
d’impact. L’industrie minière présentant un impact fort sur l’environnement, est ainsi obligée
de mettre en place une étude d’impact environnemental (EIE) ou un programme d’engagement
environnemental (PREE) dès le démarrage de l’exploitation. Cette étude d’impact est réalisée
par l’Office National pour l’Environnement (ONE). Ensuite, la loi 2015-003 relative à la charte
21
Les entreprises sont considérées comme entreprises de référence en matière de RSE à Madagascar car quand on
parle de RSE dans le pays, on nous renvoie souvent vers ces entreprises.
158
Chapitre 4
L’analyse des pratiques de RSE et de l’outil de reporting sociétal : cas des entreprises à Madagascar
de l’environnement Malagasy est « une loi-cadre énonçant les règles et les principes
fondamentaux pour la gestion de l’environnement » (corpus externe 11). Cette loi a pour objet
de définir les principes et le cadre général pour les acteurs environnementaux22 et les acteurs de
développement. L’Encadré 7 présente l’objectif de la loi 2015-003 relative à la charte de
l’environnement Malagasy.
Ensuite, toutes les entreprises à Madagascar doivent respecter les exigences de la loi 2003-044
relative au code de travail et aux dispositions réglementaires en matière de santé et de retraite.
22
Les acteurs environnementaux comprennent toute personne physique ou morale ayant des droits et obligations
dans la gestion de l’environnement (Loi 2015-003).
159
Partie 2
Processus d’analyse des pratiques de RSE et de l’outil de reporting sociétal
enregistrées. Les cyclones tropicaux représentent 80% des catastrophes liées au climat de
Madagascar. Ils ont affecté plus de neuf millions de personnes. Des inondations surviennent
plus souvent après les cyclones ou les tempêtes tropicales. Entre 1999 et 2013, toujours selon
cette étude menée par la banque mondiale en 2014, six épisodes de grosses inondations ont été
enregistrés, touchant plus de 164 000 personnes. Sur cette même période, six épisodes de
grande sécheresse ont également été enregistrés. Ils ont touché plus de 3,5 millions de personnes
et ont contribué à créer des niveaux élevés d’insécurité alimentaire. La région du Sud de
Madagascar est la plus touchée, elle reçoit en moyenne 500mm de pluie par an. De même, la
région de Marovay sur la côte Ouest et celle d’Alaotra-Mangoro dans la région Centrale ont
subi de sévères pertes de récolte dans la production rizicole en 2013 en raison de la sécheresse.
L’entreprise E2 située sur la côte Est de Madagascar a comptabilisé une perte de 137 millions
de dollars au cours du dernier trimetre 2018 après le passage du cyclone AVA. C’est pourquoi,
cette entreprise a apporté un soutien d’urgence à la ville de Toamasina (côte Est de Madagascar)
après le passage du cyclone AVA à travers des travaux de dégagement des routes. L’entreprise
E2 a également reconstruit deux bâtiments à Moramanga, dans la partie centre-Sud de la région
d’Alaotra-Mangoro en 2017 après le passage de deux cyclones en février et mars 2012.
Ainsi, il est possible de conclure que même en l’absence d’un cadre réglementaire dédié à la
RSE, il existe des textes de lois et des dispositions gouvernementales amenant les deux
entreprises étudiées à mettre en pratique la RSE. Ce cadre réglementaire constitue un des stimuli
majeurs déclenchant l’adoption de la démarche de RSE (Phase 0 du modèle).
Le deuxième facteur observé pour les deux mini-cas étudiés se réfère à l’influence des facteurs
institutionnels. Comme présenté supra, les facteurs institutionnels mettent en jeu les trois
mécanismes principaux de l’isomorphisme institutionnel (isomorphisme coercitif,
isomorphisme normatif, isomorphisme mimétique). La présence d’un isomorphisme coercitif
est ainsi observée pour les deux entreprises du secteur de l’industrie minière. Il se réfère au
besoin d’obtention d’une licence to operate ou d’un permis d’exploitation pour pouvoir imiter
les projets d’investissement portant potentiellement atteinte à l’environnement et à la société.
Les entreprises appartenant au secteur de l’industrie minière sont soumises à une étude d’impact
environnemental, l’avis favorable à l’issu de cette étude leur permet d’obtenir l’agrément
environnemental ou le certificat de conformité délivré par le comité technique d’évaluation
(CTE). De plus, les entreprises du secteur de l’industrie minière doivent obtenir l’accord de la
160
Chapitre 4
L’analyse des pratiques de RSE et de l’outil de reporting sociétal : cas des entreprises à Madagascar
population locale, sans quoi elles ne peuvent pas démarrer l’exploitation. À Madagascar, le
développement de grands projets miniers a un impact non seulement sur l’environnement mais
il constitue également un véritable choc culturel pour les communautés locales, majoritairement
pauvres et très attachées à leur terre natale. Comme le montre le verbatim suivant, l’exploitation
minière génère parfois des conflits auprès de la population locale :
« Le secteur de l’industrie minière fait l’objet d’incompréhensions dans l’opinion publique qui
peuvent dégénérer en conflits sociaux » (Corpus externe 1).
161
Partie 2
Processus d’analyse des pratiques de RSE et de l’outil de reporting sociétal
« Pour toutes entreprises minières, la RSE commence déjà dès le début, c’est-à-dire depuis ce
qu’on appelle la négociation (…). La négociation que je voulais dire ici n’est pas la négociation
auprès du gouvernement mais la négociation auprès de la communauté » (E2E2).
« Je crois que c’était surtout pour être redevable de nos impacts, parce que pour les compagnies
minières dans le monde on sait qu’il y a des impacts sociaux, des impacts environnementaux.
Donc, on a besoin de l’acceptabilité sociale pour obtenir le permis (…) [d’exploitation] »
(E3E2).
« Pour passer à la phase exploitation, d’autres autorisations légales seraient requises sous la
forme d’un permis environnemental et d’un permis d’exploitation minière (…). Pour aller au-
delà des étapes d’exploration et de planification de projet, la prochaine obligation légale en
vertu de la législation malgache consistait à obtenir un permis environnemental. Les exigences
de ce permis incluaient, outre l’obligation de diligence pour l’environnement physique, une
Évaluation de l’Impact Social et Environnemental (EISE) qui comprendrait des mesures de
responsabilité sociale, des normes, des règles et engagements. Les conditions requises pour
[obtenir] le permis environnemental, dès lors, étaient vraiment celles qui englobaient les grands
principes du développement durable (…). La permission d’exploiter pour les sociétés
extractives requiert non seulement la permission du gouvernement (ou permis) mais également
une « permission sociale » » (corpus interne 7).
Ainsi, le besoin d’une licence to operate ou d’un permis d’exploitation, se composant d’un
agrément environnemental ou d’un certificat de conformité et de l’acceptabilité sociale,
influence positivement l’adoption d’une démarche de RSE pour les deux entreprises étudiées
afin de prendre en compte les risques générés par leur activité sur l’environnement et la société.
Les verbatim suivants corroborent cette hypothèse de considérer l’adoption d’une démarche de
RSE comme un moyen permettant de remplir les obligations réglementaires, d’obtenir le permis
d’exploitation (agrément environnemental et acceptabilité sociale) et de prendre en compte les
risques générés par l’activité des entreprises. De plus, la mise en place d’une démarche de RSE
permet de nouer et de cultiver une relation de confiance avec la population et d’assurer les
investissements, la croissance et la réputation.
162
Chapitre 4
L’analyse des pratiques de RSE et de l’outil de reporting sociétal : cas des entreprises à Madagascar
« [L’adoption d’une démarche de RSE permet de ] garantir les obligations légales et le permis
social d’opérer23 pour assurer les investissements, la croissance et la réputation »
(corpus interne 4).
« Les entreprises s’attèlent à nouer et à cultiver des relations de respect et de confiance mutuels
envers la communauté » (R2C1).
Les résultats de la recherche permettent ainsi de conclure que des facteurs institutionnels
(isomorphisme coercitif) favorisent l’adoption de la démarche de RSE pour les deux mini-cas
étudiés. L’isomorphisme coercitif concerne l’obligation d’obtenir une licence to operate
permettant le démarrage de l’exploitation. Il fait aussi référence aux dispositions
gouvernementales de prendre en compte les risques des catastrophes et au besoin de nouer et
de maintenir une relation de confiance avec la population locale permettant d’assurer la
croissance et la réputation de l’entreprise.
Les verbatim suivants montrent également l’influence des investisseurs et des banques
prêteuses amenant les entreprises à pratiquer la RSE.
« La mise en place d’une démarche de RSE est une obligation envers le gouvernement Malagasy
et les prêteurs. En général c’est surtout pour entretenir des bonnes relations avec les parties
prenantes, surtout les communautés et les bailleurs [de fonds] » (E3E2).
« La confiance de nos parties prenantes est essentielle pour notre entreprise. Leur confiance en
nous aide à sécuriser notre licence d'exploitation et nous donne la stabilité (…). Nous
considérons que les défis sociaux, environnementaux et économiques sont des occasions de bâtir
notre réputation en tant que partenaire de confiance et de créer plus de valeur pour notre
23
Le permis social d’opérer fait référence à l’acceptabilité sociale accordée par la population locale.
163
Partie 2
Processus d’analyse des pratiques de RSE et de l’outil de reporting sociétal
entreprise, nos actionnaires et les personnes avec qui nous travaillons. Nous cherchons des
moyens pour fournir une valeur mutuelle pour notre entreprise, nos actionnaires et nos
nombreuses parties prenantes. Nous avons entrepris de gérer les risques et les intérêts de notre
entreprise afin d'offrir les meilleurs résultats possibles pour tous » (site internet de
l’entreprise E24).
De même, l’adoption d’une démarche de RSE par les deux entreprises étudiées permet
d’améliorer et de gérer l’image de l’entreprise et de construire un avantage concurrentiel par
rapport aux entreprises concurrentes comme le montre le verbatim suivant :
« On fait de la RSE pour être au même niveau que nos pairs dans l’industrie minière (…).
Comme vous le savez, avec les expériences des entreprises de compagnies minières dans le
monde entier, la démarche de RSE est beaucoup plus avantageuse pour la compagnie qui le
fait, qu’une compagnie qui ne [le] fait pas (…). Juste sur la base théorique, une étude faite par
une équipe australienne disait qu’un dollar investi dans la RSE, équivaux à 5 000 dollars
d’investissement. Donc cela veut dire que si on n’investit pas dans la RSE, votre investissement
sera anéanti parce qu’il y a des risques » (E2E2).
« On suit pour avoir une situation gagnant-gagnant parce qu’il y a des retombées économiques
positives (…). C’est aussi opérer avec les éthiques, donc respecter les droits de l’homme, les
lois en vigueur à Madagascar, d’avoir de bons principes, une bonne gouvernance, mais
également des retombées économiques » (E3E2).
164
Chapitre 4
L’analyse des pratiques de RSE et de l’outil de reporting sociétal : cas des entreprises à Madagascar
déterminés à prendre en considération les intérêts de nos parties prenantes dans nos prises de
décision, et à respecter la culture, les coutumes, les valeurs et les Droits de l’Homme dans nos
interactions avec toutes les personnes touchées par nos activités » (corpus interne 1).
Ainsi, l’influence des investisseurs, des banques, le besoin de gérer et d’améliorer l’image de
l’entreprise et l’envie de construire un avantage concurrentiel par rapport aux entreprises
concurrentes constituent des facteurs favorisant l’adoption de la démarche de RSE pour les deux
entreprises étudiées.
Les verbatim recueillis auprès des deux mini-cas du secteur de l’industrie minière permettent
ainsi de conclure que même en l’absence d’un cadre réglementaire dédié à la RSE, il existe des
textes de lois et des dispositions gouvernementales amenant les deux mini-cas étudiés à mettre
en pratique la RSE. Ainsi, ces textes de lois et dispositions gouvernementales (décret MECIE,
loi 2015-003, loi 2003-010, loi 2003-044) constituent les stimuli majeurs déclenchant
l’adoption de la démarche de RSE pour les entreprises portant atteinte à l’environnement ou à
la société. De plus, des facteurs institutionnels influencent l’adoption d’une démarche de RSE
pour les deux entreprises étudiées. Les facteurs institutionnels font référence à l’isomorphisme
coercitif : la licence to operate, les autres dispositions gouvernementales à prendre en compte
les risques des catastrophes, et le besoin de nouer et de cultiver une relation de confiance avec
la population permettant d’assurer la croissance et la réputation des entreprises. Des actions
sont ainsi mises en place par les deux mini-cas pour prévenir ou limiter l’impact des
catastrophes, voire contribuer à la réputation des entreprises une fois que ces catastrophes ont
eu lieu.
L’isomorphisme mimétique amène également les entreprises à intégrer les attentes des parties
prenantes (investisseurs et banques) ceci afin de donner une bonne image de l’entreprise et de
construire un avantage concurrentiel par rapport aux entreprises concurrentes. Cet
isomorphisme mimétique s’assimile à des phénomènes de mode (imiter ou copier celles qui
sont considérées comme ayant réussi sur le marché).
Enfin, on obsèrve un isomorphisme normatif, c’est-à-dire une volonté d’intégrer les actions de
RSE aux pratiques professionnelles.
165
Partie 2
Processus d’analyse des pratiques de RSE et de l’outil de reporting sociétal
La mise en place de la RSE permet également d’atteindre des objectifs stratégiques précis
comme l’amélioration de la réputation, la gestion de l’image et la confiance des parties
prenantes telles que l’Etat, l’ONE, la population, les investisseurs et les banques. Il est évident
que les deux entreprises étudiées attendent des retombées économiques positives à la suite de
l’adoption d’une démarche de RSE, faire des profits étant l’objectif premier de toute entreprise,
mais leurs actions RSE vont au-delà des obligations légales.
166
Chapitre 4
L’analyse des pratiques de RSE et de l’outil de reporting sociétal : cas des entreprises à Madagascar
Schéma 32 : Les facteurs favorisant l’adoption d’une démarche de RSE, deux mini-cas
Source : auteur
167
Partie 2
Processus d’analyse des pratiques de RSE et de l’outil de reporting sociétal
Les objectifs stratégiques des entreprises en matière de RSE permettent d’identifier les formes
de RSE pratiquées (cosmétique, intégrée, périphérique ou bottom of the pyramid).
La première partie de la recherche a présenté la RSE cosmétique comme une forme de RSE
permettant de satisfaire les obligations réglementaires. Les entreprises qui mènent des actions
dans le cadre de la RSE cosmétique essaient de remplir les obligations réglementaires mais
n’ont pas la volonté de construire un projet dans la durée avec les parties prenantes. Les résultats
de la recherche présentés supra montrent que les deux entreprises adoptent une démarche de
RSE non seulement pour satisfaire les obligations réglementaires mais pour répondre également
aux exigences des parties prenantes telles que l’Etat, l’Office National pour l’Environnement
(ONE) et la population locale. De plus, les entreprises menent des actions en matière de RSE
pour la gestion de l’image et pour construire un avantage concurrentiel vis-à-vis des entreprises
concurrentes.
C’est ainsi que les deux entreprises (E2 et E24) ont développé un éventail d’activités dans le
cadre de leur programme de RSE. L’entreprise E2 a remis un lot de médicaments et de
consommables médicaux (seringues, cathéters, perfuseurs) aux autorités sanitaires de la région
de Toamasina, sur la côte Est de Madagascar, au titre de sa contribution à la lutte contre
l’épidémie de rougeole qui sévit dans la région. Ces médicaments et ces consommables
médicaux permettent de contribuer au traitement de soixante patients hospitalisés atteints de la
rougeole par jour pendant un mois. Cette entreprise E2 souligne que le domaine de la santé, de
la sécurité et de l’hygiène constitue une de leur priorité absolue dans leurs actions pour la mise
en place du développement durable dans leurs zones d’actions (corpus interne 1). En 2017, elle
a contribué à la lutte contre la peste et a offert un grand marché moderne à la population de
Moramanga. Ces actions mises en place permettent à cette entreprise d’entretenir la confiance
de la population de la ville de Moramanga où se trouve leur exploitation minière. Des actions
sont ainsi menées par cette entreprise E2 afin de nouer et de cultiver une relation de confiance
avec la population locale qui a accepté l’exploitation. Comme vu dans la première partie de la
recherche, la RSE périphérique ou annexe sont des actions menées dans le cadre du mécénat ou
du sponsoring. Elle regroupe des actions impliquant plus l’entreprise sans qu’elles ne soient en
relation avec leurs activités, ce qui est le cas de l’entreprise E2 par exemple. Les résultats de la
168
Chapitre 4
L’analyse des pratiques de RSE et de l’outil de reporting sociétal : cas des entreprises à Madagascar
recherche permettent de conclure la présence de RSE périphérique ou annexe pour les deux
mini-cas étudiés.
Ensuite, la RSE intégrée vue dans la partie 1 de la recherche concerne les entreprises qui
prennent en compte les dimensions sociétales dans le tableau de bord de l’entreprise, ce qui est
également le cas des deux mini-cas étudiés (E2 et E24). Les dimensions sociétales sont
intégrées dans le tableau de bord de l’entreprise pour répondre à un besoin de légitimité et de
gestion de l’image, pour accroitre la visibilité, la notoriété et la reconnaissance, pour construire
un avantage concurrentiel par rapport aux entreprises concurrentes et pour améliorer la
performance globale de l’entreprise. De plus, le changement climatique, l’instabilité politique,
la corruption et les fraudes sévissent à Madagascar. Comme le montrent les verbatim suivants,
les deux entreprises intègrent dans leur tableau de bord un système de formation du personnel
permettant de lutter contre la corruption pour l’entreprise E2 et une approche de gestion et de
conservation de la biodiversité pour l’entreprise E24.
« Nous avons commencé à mettre en place une formation à la lutte contre la corruption sur tous
les employés en octobre 2015 et à la fin de cette année, 48% ont terminé la formation, le reste
l'ayant achevé en 2016. Cette formation est maintenant incluse dans le processus d'intégration
des nouveaux employés. Un cours de recyclage sur la politique a été dispensé à 65% de nos
employés en 2016. Au cours des dernières années, nous avons également mis en place un
programme de formation des formateurs pour les fournisseurs afin de mieux faire connaître les
exigences de cette politique de lutte contre la corruption. 274 employés contractuels de plus de
100 entreprises fournisseurs ont reçu une formation sur la lutte contre la corruption et plus de
8 600 employés contractuels ont, ensuite, été formés, à leur tour, par ces nouveaux formateurs »
(corpus interne 1).
« La biodiversité est un terme complexe qui revêt des significations différentes selon les gens.
Pour nous, la biodiversité se réfère à la variété de la vie sur terre, aux différents animaux,
plantes et micro-organismes, à leurs gènes et aux écosystèmes dont ils font partie. De par leurs
impacts sur la biodiversité, les projets d’extraction et de traitement miniers sont potentiellement
« sensibles » au regard des organismes de surveillance, des communautés locales, des
investisseurs, des organisations non gouvernementales (ONG) et des employés. Notre réussite
commerciale à long terme dépend de son aptitude à comprendre ces questions et à les gérer
(…). Depuis le lancement de la stratégie pour la biodiversité nous avons progressé en flèche
169
Partie 2
Processus d’analyse des pratiques de RSE et de l’outil de reporting sociétal
Les résultats de la recherche permettent ainsi de conclure qu’il existe des actions de RSE
menées dans le cadre du greenwashing (RSE cosmétique), du mécénat ou du sponsoring
(RSE périphérique ou annexe) et la prise en compte des dimensions sociétales dans le tableau
de bord pour les deux mini-cas étudiés (RSE intégrée).
Enfin, la revue de littérature effectuée dans la partie 1 de la recherche présente les entreprises
sociales comme celles qui ont pour objectif premier d’apporter des changements sociaux
positifs, plutôt que de générer des gains économiques. Les entreprises sociales se préoccupent
des impacts sociaux et environnementaux des richesses qu’ellent créent. Tandis que l’entreprise
friedmanienne ne pratique pas et ne souhaite pas exercer une quelconque responsabilité sociale
autre que la maximisation des profits. Les résultats de la recherche permettent d’observer que
l’adoption d’une démarche de RSE pour les deux mini-cas étudiés apporte des retombées
économiques positives, mais ils ne permettent pas de conclure que ces deux entreprises peuvent
être qualifiées de sociale. Aussi, les résultats permettent de conclure la présence des pratiques
de RSE « cosmétique », « périphérique ou annexe » et « intégrée ». La forme de RSE BOP ou
entreprise sociale pourra être envisagée pour le long terme si les objectifs stratégiques des deux
entreprises visent à apporter des changements sociaux positifs.
***
Les deux entreprises mènent ainsi diverses actions de RSE permettant de répondre :
- à un objectif de maximisation des profits ;
- à une politique globale d’engagement ;
- aux exigences réglementaires.
De plus, ces actions mises en place leurs permettent :
- de répondre à un besoin de légitimité, d’accroitre la visibilité, la notoriété et la
reconnaissance et de gérer l’image de l’entreprise ;
- de se différencier par rapport aux entreprises concurrentes ;
- d’améliorer la performance globale de l’entreprise ;
- de faire face à l’instabilité politique, à la corruption et aux fraudes ;
- et d’apporter des changements sociaux positifs.
170
Chapitre 4
L’analyse des pratiques de RSE et de l’outil de reporting sociétal : cas des entreprises à Madagascar
171
Partie 2
Processus d’analyse des pratiques de RSE et de l’outil de reporting sociétal
Schéma 33 : Les objectifs stratégiques et les formes de RSE des deux entreprises
minières
Source : auteur
172
Partie 2
Processus d’analyse des pratiques de RSE et de l’outil de reporting sociétal
Comme pour les deux mini-cas du secteur de l’industrie minière, diverses raisons peuvent
expliquer les motivations des vingt mini-cas pour adopter la démarche de RSE. Parmi les vingt
mini-cas étudiés, quatre entreprises ont un projet d’investissement soumis à une étude d’impact
(cf. Tableau 39 supra). Les quatre entreprises communiquent beaucoup sur leurs pratiques de
RSE à travers les médias et trois entreprises sur les quatre produisent un outil de reporting
sociétal. Par ailleurs, douze mini-cas sont des entreprises de référence en matière de RSE à
Madagascar (cf. Tableau 41) du fait de leur affiliation à des organisations promouvant la RSE.
Huit entreprises sur les douze sont aussi membres de la plateforme PHSP, or la mise en place
d’actions humanitaires constitue une condition sine qua non pour devenir membre de cette
plateforme. Enfin, cinq entreprises sur les douze participent depuis 2016 au salon RSE et des
Initiatives pour le développement durable.
173
Partie 2
Processus d’analyse des pratiques de RSE et de l’outil de reporting sociétal
Dénomination Permis
Membre Salon Reporting
Code et raison Secteur Activités (EIE)
PHSP RSE sociétal
sociale obligatoire
E20 Gasy Net Service Communication Non Oui Non Non
TOTAL OUI 4 8 5 4
TOTAL NON 8 4 7 8
TOTAL GENERAL 12 12 12 12
Source : auteur
Comme pour les deux mini-cas du secteur de l’industrie minière, le premier facteur observé
favorisant l’adoption de la démarche de RSE pour les vingt mini-cas se réfère à l’obligation
réglementaire. « À Madagascar, la responsabilité sociale des entreprises fait face à un vide
juridique. Le principe de responsabilité est souvent cité dans les textes de loi mais aucun n'est
exclusivement dédié à la RSE » (Allafrica, 2012). Comme vu supra, il existe des textes de loi
et des dispositions gouvernementales recommandant la prise en compte des risques engendrés
par l’activité de l’entreprise et des catastrophes. Quatre mini-cas sur les vingt étudiés ont un
projet d’investissement soumis à une étude d’impact environnemental et les vingt mini-cas sont
concernés par les textes de loi et les dispositions gouvernementales relatifs à la prise en compte
des risques des catastrophes.
Le deuxième facteur observé pour les vingt mini-cas étudiés se réfère à l’influence des facteurs
institutionnels.
Comme vu supra, les facteurs institutionnels mettent en jeu les trois mécanismes principaux de
l’isomorphisme. L’isomorphisme coercitif par référence aux dispositions gouvernementales
pour prevenir ou pour limiter l’impact des catastrophes (cf. Encadré 8), est observé chez les
vingt mini-cas. Par exemple, durant la saison agricole de 2012-2013, une grande invasion
acridienne a touché plus de 50% de Madagascar, détruisant environ 60% de la récolte de riz
(Banque mondiale, 2014). Ces phénomènes influencent les activités des entreprises notamment
celles en lien avec l’agriculture, les infrastructures, la biodiversité, la santé publique et le
tourisme. Sept entreprises parmi les vingt étudiés (35% environ) sont les plus en danger par
174
Chapitre 4
L’analyse des pratiques de RSE et de l’outil de reporting sociétal : cas des entreprises à Madagascar
rapport à ces catastrophes naturelles même si les vingt entreprises sont tout autant concernées
par les dispositions gouvernementales de prendre en compte les risques des catastrophes.
Face aux cyclones et aux inondations récurrents, le gouvernement Malgache a amorcé le processus
d’élaboration des outils de programmation et d’opérationnalisation puis de mise en place des
mécanismes permettant de pouvoir intervenir plus efficacement à tous les niveaux. Avec l’appui des
partenaires techniques financiers (PTF), notamment de la banque mondiale dans le cadre du « projet
d’urgence de préservation des Infrastructures et de réduction de la vulnérabilité » et du programme
des nations unies pour le développement (PNUD) dans le cadre du « programme d’appui au
renforcement des capacités des institutions nationales en charge de la réduction des risques des
catastrophes et renforcement de la résilience des communautés à la base », l’Etat Malgache a élaboré
le plan d’organisation des secours (plan ORSEC). Ce mécanisme de coordination des opérations de
secours permet de gérer les urgences liées aux catastrophes. Le plan constitue le cadre national de
gestion des situations d’urgence et permet de mobiliser des ressources exceptionnelles pour faire face
à une catastrophe. Ce plan comprend deux leviers :
o Le plan national de contingence (PNC), utilisé pour analyser l’impact de crises potentielles
et s’assurer que les dispositions prises permettent de répondre rapidement et efficacement
aux besoins des populations touchées. Le gouvernement Malgache, tire leçon des expériences
des différentes situations d’urgence qui ont marqué le pays (cyclones et inondations), et
conscient de la nécessité d’améliorer les capacités nationales de préparation et de réponse, il
met en place avec l’appui des partenaires techniques financiers (PTF) les mécanismes de
décision, de coordination, d’action et de gestion des fonds et dons pour minimiser les
conséquences des catastrophes sur les populations. L’objectif du plan national de contingence
(PNC) est de clarifier les relations et les responsabilités entre les différents services
techniques de l’Etat et des partenaires humanitaires, d’identifier et de diminuer les risques les
plus probables, d’offrir un cadre général de planification conjointe couvrant les risques
d’urgence, d’intégrer le processus de prévention, de préparation et de réponse aux urgences
dans les plans et programmes nationaux de développement et de réduire les délais
d’intervention et le nombre de perte en vies humaines.
o La stratégie régionale Africaine de réduction des risques des catastrophes. Les buts visés par
la stratégie sont d’assurer un engagement politique accru envers la réduction des risques des
catastrophes de part une meilleure gestion des connaissances et une prise de conscience
accrue de la réduction des risques des catastrophes au sein de la population. Les appuis
apportés à Madagascar dans le cadre de la réduction des risques des catastrophes sont
multiformes, notamment la mobilisation de ressources, la préparation et la réponse aux
catastrophes, le relèvement, les ateliers de renforcement des capacités des acteurs, la
fourniture de vivres et non vivres, les dotations en matériels roulants et en équipements de
secours, le financement du projet de gestion. Néanmoins, en raison du faible niveau de
mobilisation des ressources financières comparativement aux besoins, plus de 75% des
actions prévues n’étaient pas réalisées.
Comme le montre les verbatim suivants, les entreprises sont tout autant victimes que la
population et l’Etat, des dégâts engendrés par ces catastrophes naturelles.
« L’initiative [d’adopter une démarche de RSE] c’était par rapport à la gestion des risques des
catastrophes, c’est-à-dire que quand on est à Madagascar, on a la chance de ne pas avoir de
175
Partie 2
Processus d’analyse des pratiques de RSE et de l’outil de reporting sociétal
guerre etc., nous ce qui nous mine c’est les cyclones, inondations, sécheresse, etc., un sujet qui
est un peu récurrent on va dire sur les phénomènes violents, cyclones et inondations » (R3D2).
« Les entreprises, elles sont là, elles sont directement impactées [par les catastrophes] (…),
parce que quand il y a un cyclone quelque part, forcément, il faut qu’il y a une continuité des
activités, les collaborateurs de l’entreprise ils sont touchés etc. » (R7D6).
Ainsi, il existe des facteurs coercitifs favorisant l’adoption de la démarche de RSE en lien avec
les dispositions gouvernementales pour prévenir ou pour limiter l’impact des catastrophes.
De plus, comme vu supra, Madagascar est fortement marqué par l’instabilité politique, la
corruption et les fraudes. En 2013, la dégradation constante de la gouvernance étatique a amené
Madagascar à être classé comme un « Etat fragile ». Les indicateurs mondiaux de gouvernance
mettent en évidence l’augmentation de l’instabilité politique et de la violence depuis 2007
(corpus externe 1). Le principe n°10 du pacte mondial des Nations Unies (cf. Tableau 39 supra)
invite les entreprises « à lutter contre la corruption sous toutes ses formes, y compris l’extorsion
de fonds et les pots-de-vin » (corpus externe 4). Néanmoins, des études effectuées par
Transparency International entre 2008 et 2018, montrent que le classement de Madagascar sur
l’index de perception de la corruption a retrogradé passant de la 85ème sur 180 pays en 2008, à
la 127ème sur 177 pays en 2013 et à la 152ème sur 180 pays en 2018 (corpus externe 43 et corpus
externe 44). Ainsi, la corruption reste encore très présente à Madagascar et constitue un obstacle
important au développement des entreprises comme le montre les verbatim suivants.
« L’instabilité politique, la corruption et les fraudes font partie des plus importants obstacles
au développement des entreprises du secteur privé » (R3D2).
« Depuis le début de la crise économique et politique en 2009, le secteur malgache des PME
souffre et près de 200 000 emplois formels ont disparu. Le pays met en œuvre une série
d'initiatives pour améliorer le climat des affaires et renforcer le secteur des PME afin de faire
176
Chapitre 4
L’analyse des pratiques de RSE et de l’outil de reporting sociétal : cas des entreprises à Madagascar
face à cette situation. L'un des domaines d'intervention est l'amélioration de l'accès au
financement » (corpus externe 46).
« À Madagascar 30,2% des entreprises interrogées par la banque mondiale ont reconnu la
corruption comme une contrainte dans leur activité et 46% des (…) [chefs d’entreprise]
admettent recourir à la corruption pour une demande de licence d’activité contre 19,4% en
Afrique sub-saharienne. C’est une situation, qui impacte sans aucun doute le climat des affaires
et le développement du secteur privé (…). Les risques économiques tels que la corruption au
niveau de l’administration ou lors de passations des marchés publics coûtent chers à
l’entreprise. » (corpus externe 26).
Il existe également des facteurs coercitifs faisant référence à l’influence des dispositions
gouvernementales pour prévenir ou pour limiter la corruption et les fraudes favorisant
l’adoption de la démarche de RSE pour les vingt mini-cas étudiés.
Cinq entreprises (E3, E4, E8, E18, E19) sur les vingt étudiées (25%) réalisent une démarche de
RSE sous l’influence des parties prenantes comme le montrent les verbatim suivants. De plus,
l’adoption d’une démarche de RSE constitue une opportunité stratégique pour les vingt
entreprises leur permettant de cultiver et de nouer une relation de confiance avec les
investisseurs.
« Les investisseurs étrangers et nationaux suivent et fondent leur décision d’investir sur le
respect de l'Etat de droit par les gouvernements ainsi que sur la qualité et la cohérence de la
gouvernance » (corpus externe 1).
« La vision économique et l’innovation dont a fait preuve [le dirigeant de l’entreprise E1], lui
ont permis de recevoir des fonds d’investissement sud-africain dans son capital à hauteur de
40%. Sa société est devenue une référence sur le plan international et [l’entreprise est
considérée comme] l’Ambassadeur économique de Madagascar à l’étranger, via son produit
100% biologique » (corpus externe 45).
« La bonne gouvernance permet au pays de tirer le meilleur parti des ressources disponibles.
Elle inspire aussi la confiance chez les investisseurs, ce qui stimulera de meilleurs rendements
pour les ressources disponibles. Et surtout, la bonne gouvernance est de nature à contrecarrer
les tendances historiques de Madagascar selon lesquelles la prospérité croissante déclenche
des crises » (corpus externe 8).
177
Partie 2
Processus d’analyse des pratiques de RSE et de l’outil de reporting sociétal
Les résultats de la recherche permettent ainsi de conclure que l’influence des investisseurs
constituent un facteur favorisant l’adoption de la démarche de RSE pour les vingt mini-cas
étudiés.
L’influence des clients et des marchés intérnationaux est également observée auprès de huit
entreprises (E1, E5, E6, E8, E10, E14, E16, E18) sur les vingt étudiées (40%). Comme relève
Harison (2013) « pour conquérir de nouveaux marchés, l’entreprise doit créer une nouvelle
proposition de valeur au lieu de se contenter d’adapter un produit existant ». Ainsi, les
démarches qualité apportent des garanties supplémentaires pour l’accès à des marchés
internationaux et les entreprises suivent les normes professionnelles en matière de RSE telles
que l’ISO9000, l’ISO14000 et l’ISO26000 et la certification Ecocert24. Parmi les huit mini-cas
ayant mis en place des initiatives volontaires, trois entreprises (E5, E8, E18) détiennent un
certificat ISO9001, une entreprise (E1) détient un certificat ISO14001 et trois entreprises
(E1, E6, E14) ont une certification Ecocert. La certification Ecocert couvre essentiellement :
l’agriculture, le cosmétique, le textile, l’équitable, l’écoproduit, la qualité en matière de sécurité,
les territoires et le système de management. En plus du certificat Ecocert, l’entreprise E6 a une
certification Ami des enfants délivrée par le Fonds des Nations unies pour l’enfance souvent
désigné par l’acronyme Unicef.
Ecocert, Ami des enfants ou ISO9001 permet à six entreprises sur les huit (75%) d’avoir un
avantage concurentiel par rapport aux entreprises concurrentes et d’investir sur des marchés
internationaux. La certification leur permet de nouer une relation de confiance avec les clients
et de gagner et maintenir des marchés internationaux. Ces résultats sont corroborés par les
verbatim suivants.
24
Ecocert est un organisme de contrôle et de certification français créé en 1991 (Ecocert, sd.)
178
Chapitre 4
L’analyse des pratiques de RSE et de l’outil de reporting sociétal : cas des entreprises à Madagascar
« Nos produits sont déjà exportés dans plusieurs pays comme au Canada, en Europe et en
Afrique. Nous sommes actuellement à la conquête du marché américain et celui de l’Afrique de
l’Est » (R1D1).
L’influence des clients et des marchés internationaux peut amener les huit entreprises parmi les
vingt étudiées (40%) à adopter une démarche de RSE. Ainsi, le besoin de nouer une relation de
confiance avec les clients, de gagner et de maintenir les marchés internationaux peut être
considéré comme un facteur favorisant l’adoption d’une démarche de RSE pour huit mini-cas.
La mise en place des actions sociales et sociétales constitue un exemple permettant de donner
envie de partager et de comparer pour les entreprises du même secteur comme le montre les
vebatim suivants :
« La raison pour laquelle les gens s’engouffrent dans une démarche de RSE est purement des
phénomènes de mode, car quand on parle de RSE, on est encore dans la démonstration, nous
on fait ça, nous on fait ceci » (R6D5).
« Les autres entreprises quand ils voient nos actions sociales et sociétales, ça leur donne envie
de partager et de comparer (…) parce que ça permet (…) d’en donner d’exemple aux autres
entreprises extracteurs de ressource naturelle » (E1E1).
179
Partie 2
Processus d’analyse des pratiques de RSE et de l’outil de reporting sociétal
Ainsi, même si deux personnes uniquement ont évoqué la notion de phénomènes de mode, ils
peuvent être considérés comme un facteur favorisant l’adoption de la démarche de RSE. En
effet, l’adoption d’une démarche de RSE peut être influencée par des pratiques jugées comme
bonnes pour la réputation, pour la gestion de l’image et de la crédibilité de l’entreprise. D’une
manière générale, les entreprises ont tendance à imiter ou à copier celles qui sont considérées
comme ayant réussi sur le marché. En ce sens, l’isomorphisme mimétique faisant référence à
du greenwashing peut être observé.
L’inscription sur le long terme des activités des entreprises les amenent également à avoir une
gestion durable des ressources. Naturellement, on peut penser par gestion durable des
ressources à celles liées à la gestion des matières premières. Toutefois, une des personnes
interwievées a aussi relevé la nécessité de se préoccuper des ressources humaines et pas
seulement des personnes déjà en poste mais également des futurs employés en contribuant à la
mise en place de programmes éducatifs de qualité comme le montre le verbatim suivant :
« C’est une grande nécessité maintenant pour être durable, car une entreprise qui ne fait pas
de RSE ne sera jamais durable (…). Les enfants d’aujourd’hui sont les employés et les
employeurs dans 20 ans, s’ils sont malnutris, ils ne vont pas avoir ni la capacité physique, ni la
capacité intellectuelle d’être un bon employeur ou un bon employé, car 80% des capacités
intellectuelles et physiques se développent pendant l’enfance. Donc, dès maintenant, il faut
penser à zéro faim, ça c’est pour Madagascar, il faut penser à nourrir les enfants, car ils sont
les futurs entreprises et les entreprises ce n’est pas seulement question de cinq, dix, quinze ans »
(R6D5).
Pour assurer la durabilité de la gestion des ressources humaines, certaines entreprises mettent
en place des actions RSE comme la distribution de nourriture, de vêtements et de produits
laitiers. Par exemple, l’entreprise E13 récupère les surplus de nourriture des hôtels et
supermarchés. Elle les distribue aux orphelinats à travers le projet « Mizara Sakafo25 ». Un
projet ayant pour but de réduire le gaspillage alimentaire en donnant gratuitement les surplus
récupérés aux personnes qui en ont besoin (site internet de l’entreprise). Ensuite, l’entreprise
E1 distribue des petits déjeuners et approvisionne les goûters des enfants des écoles primaires
publiques à Antananarivo. De plus, elle contribue à la promotion des cantines scolaires en
25
« Mizara sakafo » est une traduction Malgache du fait de distribuer de la nourriture.
180
Chapitre 4
L’analyse des pratiques de RSE et de l’outil de reporting sociétal : cas des entreprises à Madagascar
partenariat avec une ONG à Toliara26 et l’association AKAMA27 (site internet de l’entreprise ;
entretien semi-directif E1E1 ; corpus externe 45).
Ainsi, la nécessité de se préoccuper des ressources humaines au sens large et donc des futurs
employés peut constituer un élément favorisant l’adoption d’une démarche de RSE surtout dans
les pays pauvres tels que Madagascar. Les actions RSE menées se manifestent par la mise en
place de programmes éducatifs de qualité et en offrant une meilleure santé, une meilleure
assistance médicale et une meilleure vie aux enfants car ils représentent la source de
développement du pays.
Onze entreprises sur les vingt étudiées (55%) sont membres de la plateforme PHSP or la mise
en place des actions humanitaires est une condition sine qua non pour l’adhésion à cette
plateforme. Cependant, ce n’est pas parce que ces onze entreprises sont membres d’une
association humanitaire qu’elles sont socialement responsables. En effet, l’adhésion à des
associations humanitaires peut aussi être influencée par des phénomènes de mode ou par des
pratiques jugées comme bonnes pour la réputation, la gestion de l’image et de la crédibilité de
l’entreprise ; tout comme elle peut être rattachée à la volonté de l’entreprise d’intégrer la
démarche comme une norme professionnelle. Le niveau d’implication, d’intégration ou de
responsabilité de chacune de ces onze entreprises membres de la PHSP n’a pas pu faire l’objet
de vérification dans le cadre de cette recherche. Néanmoins, même si les entreprises adhèrent à
des associations professionnelles dans le but d’entretenir la réputation, la gestion de l’image et
de la crédibité, elles soient aussi des actions permettant de lutter contre l’insécurité alimentaire,
de développer les emplois et de protéger l’environnement comme le montre le verbatim
suivant :
26
Toliara appelée Tuléar en français est le chef-lieu de la région du sud-Ouest de Madagascar.
27
ACIM une association née en 1982 est devenue association « karana » Malagasy (AKAMA) en 2001, devenue
par la suite association des amis de Madagascar en 2012 est une association conduisant ses membres à réaliser des
œuvres sociales, humanitaires et médicales. Offrir une meilleure santé, une vie meilleure aux enfants et une
assistance médicale régulière étant l’objectif principale de l’association AKAMA. L’association vise à réaliser les
rêves de ces enfants et diminuer l’inquiétude des parents car ils sont la source du développement du pays
(AKAMA, sd.).
181
Partie 2
Processus d’analyse des pratiques de RSE et de l’outil de reporting sociétal
faune, pour la flore. Troisièmement également, c’est le développement rural. Toutes les zones
un peu enclavées deviennent des zones désenclavées puisque je crée des pistes, je crée de
l’emploi, puisque tous ceux qui travaillent aujourd’hui dans les grottes sont des saisonniers. Et
en même temps on verse également des ristournes aux communes, aux « Fokontany28 » et à la
région. Et enfin, quatrième point, c’est la protection de l’environnement parce qu’aujourd’hui,
ce qui dit bio aujourd’hui dit protection à l’environnement. [De plus], investir économiquement
ne suffit pas, mais il faut savoir partager au travers des actions sociales, surtout pour un pays
en voie de développement » (R2D1).
Les actions RSE peuvent également être rattachées à la prise en compte des aspects liés à
l’éthique et à la morale. Elles sont alors influencées par la culture d’entreprise ou la conviction
et les valeurs personnelles du dirigeant. Comme c’est le cas pour l’entreprise E1 (PME) et
l’entreprise E9 (jeune entrepreneur malgache). Comme le montre les verbatim suivants, un
dirigeant plus sensible à la pauvreté qui sévit à Madagascar influence ses collaborateurs à
adopter une démarche de RSE.
« Madagascar est riche, mais les malgaches sont appauvris (…) et le développement de
l’agriculture constitue le facteur-clé pour faire sortir Madagascar de la pauvreté (…). Ce qui
prime pour nous, ce sont les actions et non la communication » (R2D1).
« C’est un directeur général jeune, entre 35 et 40 ans, il a une vision (…) , c’est un gars qui
vient d’une famille modeste et qui profite de l’ascenseur social, il est balèze, il est fort, mais du
coup, il avait envie de rendre à la société ce que la société lui avait donné » (R8C2).
La prise en compte des aspects liés à l’éthique et à la morale, faisant référence à la culture
d’entreprise, à la conviction et aux valeurs personnelles du dirigeant peut constituer également
un facteur favorisant l’adoption de la démarche de RSE pour deux entreprises (10%) sur les
vingt étudiées.
28
Le concept de « Fokontany » désigne une entité administrative régissant un ensemble de communes et appliquant
la réglementation en vigueur sur ces territoires (Gaudieux et Ramiaramanana, 2013).
182
Chapitre 4
L’analyse des pratiques de RSE et de l’outil de reporting sociétal : cas des entreprises à Madagascar
***
Les verbatim recueillis des vingt mini-cas permettent de conclure que même en l’absence de
cadre réglementaire dédié à la RSE, il existe des textes législatifs et réglementaires qui sont des
stimuli majeurs déclenchant l’adoption de la démarche de RSE. Ensuite, les facteurs coercitifs
favorisent également l’adoption d’une démarche de RSE et sont reliés aux dispositions
gouvernementales pour prévenir ou pour limiter l’impact des catastrophes, de la corruption et
des fraudes voire contribuer à la réputation des entreprises.
Parallèlement, treize entreprises sur les vingt étudiées (65%) incluent les parties prenantes à la
démarche de RSE et leurs actions de RSE influencées par les investisseurs, les clients et les
marchés internationaux et par la nécessité de se préoccuper des ressources humaines. De plus,
ces actions de RSE peuvent être motivées par la prise en compte des aspects liés à l’éthique et
à la morale (deux entreprises parmi les vingt étudiées ; 10%). Ensuite, onze entreprises sur les
vingt (55%) sont membres de l’association PHSP mais leur adhésion à l’association peut être
rattachée aussi bien à des phénomènes de mode, qu’à la volonté d’intégrer la démarche à la
stratégie de l’entreprise ou pour être conforme à la culture d’entreprise et aux valeurs
personnelles du dirigeant. Ainsi, les facteurs institutionnels font référence soit à l’isomorphisme
mimétique, c’est-à-dire d’imiter et de copier les pratiques jugées comme bonnes pour la
réputation, pour la gestion de l’image et de la crédibilité de l’entreprise, ou de l’isomorphisme
normatif, c’est-à-dire d’intégrer les pratiques comme une norme professionnelle en cours de
l’exploitation. Enfin, les initiatives volontaires permettent d’atteindre des objectifs stratégiques
précis comme la gestion de la confiance des parties prenantes telles que les investisseurs, les
clients et les marchés internationaux.
183
Partie 2
Processus d’analyse des pratiques de RSE et de l’outil de reporting sociétal
184
Chapitre 4
L’analyse des pratiques de RSE et de l’outil de reporting sociétal : cas des entreprises à Madagascar
Source : auteur
185
Partie 2
Processus d’analyse des pratiques de RSE et de l’outil de reporting sociétal
Les actions RSE mises en place par les entreprises dépendent de leurs objectifs stratégiques. La
recherche permet d’observer qu’il existe des entreprises menant des actions dans le cadre du
greenwashing, c’est-à-dire réalisant de simples actions pour satisfaire les obligations
réglementaires (par exemple les entreprises qui sont contraintes d’adopter une démarche de
RSE dans le but de gagner la confiance de la population et l’Etat) ou dans le but de suivre les
pratiques jugées comme bonne pour la réputation et l’image (pour le benchmarking). En ce
sens, la forme de RSE cosmétique est observée. A contrario, il existe des entreprises qui
intègrent les parties prenantes telles que les investisseurs, les clients, les marchés internationaux
et les ressources humaines dans la démarche de RSE et des entreprises qui prennent en compte
les aspects liés à l’éthique et à la morale. Elles incorporent de ce fait les dimensions sociales et
environnementales dans leur tableau de bord ou mettent en place des actions dans le cadre du
mécénat ou du sponsoring, ce qui permet de constater la présence de RSE intégrée et
périphérique. Ainsi, les actions RSE menées par les entreprises peuvent être influencées soit
par les obligations réglementaires, soit par des phénomènes de mode, soit par la volonté de
l’intégrer comme une norme professionnelle sous l’influence de la culture d’entreprise, de la
conviction et des valeurs personnelles du dirigeant.
Pour répondre aux objectifs stratégiques, un éventail d’activités dans le cadre de leur
programme de RSE est développé par certaines entreprises. L’entreprise E1, une PME
spécialisée dans la production et la commercialisation des engrais organiques utilisables en
agriculture biologique à travers la fiente de chauve-souris propose par exemple des solutions
permettant aux agriculteurs malgaches d’avoir des produits bio comme le montre le verbatim
suivant :
« Plus de 60% du territoire malgache correspond à des terres cultivables, parmi lesquelles,
l’engrais biologique novateur [du dirigeant de l’entreprise E1], qui a créé un produit 100% bio
à partir des déjections de chauves-souris » (corpus externe 45).
186
Chapitre 4
L’analyse des pratiques de RSE et de l’outil de reporting sociétal : cas des entreprises à Madagascar
L’entreprise E4, une institution financière qui aide les petites et moyennes entreprises à trouver
des financements et à se porter caution propose des solutions de financement et des garanties
aux entrepreneurs pour le démarrage rapide de leurs projets d’investissement. Elle participe à
la construction d’un futur pérenne des entreprises tout en garantissant la stabilité de l’institution
et la productivité en toute sécurité.
« On apporte [plusieurs formes] de soutien [pour] les petites et moyennes entreprises (PME) à
Madagascar en leur apportant des garanties et en facilitant leur accès au financement » (E5E4).
De plus, cette entreprise E4 veille à promouvoir l’égalité des genres en encourageant les
femmes entrepreneures dans leur démarche d’investissement.
« Parmi nos clients, environ 40% des entrepreneurs sont des femmes » (site internet de
l’entreprise ; E5E4).
L’entreprise E8, une PME qui fournit des solutions techniques, adaptées aux besoins en énergie
de ses clients, couvrant les prestations d’étude, de réalisation ou d’exploitation des systèmes
énergies propose des solutions pour une alimentation en énergies renouvelables : solaire, éolien,
solutions hybrides, hydroélectricité.
Enfin, l’entreprise E12, une PME spécialisée dans le traitement des déchets fournit aux
industries un service adapté au traitement des déchets industriels, elle composte des boues
obtenues par la fermentation des déchets. Elle a pour volonté d’atténuer le changement
climatique et de favoriser la création d’emplois verts et le développement de l’économie
circulaire comme le montre le verbatim suivant :
« Notre vision est d’être un partenaire idéal pour votre atténuation au changement climatique,
tout en favorisant la création d’emplois verts et le développement de l’économie circulaire dans
les services de traitement de déchets » (site internet de l’entreprise).
Comme vu dans la partie 1 de la recherche, la RSE intégrée concerne les entreprises qui mènent
des actions en relation avec les activités de l’entreprise, c’est-à-dire des actions proches du
métier, ce qui est le cas des quatre mini-cas (E1, E4, E8 et E12 ; 20%) synthétisé par le Tableau
42.
187
Partie 2
Processus d’analyse des pratiques de RSE et de l’outil de reporting sociétal
Ainsi, quatre entreprises parmi les vingt étudiées (20%) mettent en pratique des actions dans le
cadre de la RSE intégrée.
Par ailleurs, six entreprises développent diverses actions dans le cadre du mécénat ou du
sponsoring. Comme vu supra, l’entreprise E1 distribue des petits déjeuners et approvisionne
les goûters des enfants des écoles primaires publiques à Antananarivo. Elle contribue à la
promotion des cantines scolaires en partenariat avec une ONG à Toliara29 et l’association
AKAMA (site internet de l’entreprise ; E1E1 ; corpus externe 45). Les entreprises E3, E11, E22
et E23 financent divers projets académiques (site internet des entreprises). L’entreprise E23 a
construit cent écoles primaires publiques en deux ans (site internet de l’entreprise ; R6D5).
Enfin, l’entreprise E13 distribue de la nourriture aux orphelinats (site internet de l’entreprise).
29
Toliara appelée Tuléar en français est le chef-lieu de la région du Sud-Ouest de Madagascar.
188
Chapitre 4
L’analyse des pratiques de RSE et de l’outil de reporting sociétal : cas des entreprises à Madagascar
Ainsi, six mini-cas parmi les vingt étudiés (30%) mettent en place des actions dans le cadre de
la RSE périphérique ou annexe.
En conclusion, les résultats de la recherche permettent de démontrer que les vingt mini-cas ne
sont pas des entreprises friedmaniennes, c’est-à-dire ayant adopté une démarche de RSE avec
pour seul objectif la maximisation des profits. L’intégration des parties prenantes (investisseurs,
clients, marchés internationaux, associations professionnelles humanitaires etc.) et la prise en
compte des aspects liés à l’éthique et à la morale (culture d’entreprise, conviction et valeurs
personnelles du dirigeant) sont observées remettant en cause une vision purement financière.
Pourtant, les résultats de la recherche ne permettent pas de conclure que les vingt mini-cas
étudiés peuvent être qualifiés d’entreprise sociale même si des actions de RSE sont mises en
place afin d’apporter des changements sociaux positifs (mise en place de programme éducatifs
de qualité et en offrant une meilleure santé, une meilleure assistance médicale et une meilleure
vie aux enfants ; l’adhésion à des associations professionnelles comme la PHSP et l’association
ADDEV).
Les actions RSE mises en place relèvent donc de pratiques de RSE cosmétique (greenwashing
et des phénomènes de mode), de RSE périphérique ou annexe pour six mini-cas parmi les vingt
étudiés (30%) et de RSE intégrée pour quatre mini-cas parmi les vingt étudiés (20%). La forme
de RSE BOP (Bottom Of the Pyramid) ou entreprise sociale pourra être envisagée sur le long
terme si les objectifs stratégiques des vingt entreprises visent à apporter des changements
sociaux positifs, plutôt que la maximisation des profits.
Les verbatim recueillis auprès des vingt mini-cas permettent également de conclure que les
objectifs stratégiques des entreprises influençent positivement l’adoption de la démarche de
RSE. Les vingt mini-cas mènent diverses actions de RSE permettant de répondre :
- aux exigences réglementaires ;
- à des phénomènes de mode ;
- à l’influence des investisseurs, des clients et des marchés internationaux ;
- à la nécessité de se préoccuper des ressources humaines et pas seulement des
personnes déjà en poste mais également des futurs employés ;
- à une politique globale d’engagement de l’entreprise ;
- à la prise en compte des aspects liés à l’éthique et à la morale faisant référence à la
culture d’entreprise ou la conviction et aux valeurs personnelles du dirigeant.
189
Partie 2
Processus d’analyse des pratiques de RSE et de l’outil de reporting sociétal
190
Chapitre 4
L’analyse des pratiques de RSE et de l’outil de reporting sociétal : cas des entreprises à Madagascar
Schéma 35 : Les objectifs stratégiques et les formes de RSE pratiquées, vingt mini-cas
Source : auteur
191
Chapitre 4
L’analyse des pratiques de RSE et de l’outil de reporting sociétal : cas des entreprises à Madagascar
La section 2 a pour objectif d’analyser le reporting sociétal comme outil de gestion de la RSE
pour les 22 mini-cas étudiés. La revue de littérature effectuée dans la partie 1 a permis de relever
que les dirigeants expriment le besoin d’outils de diagnostic et de guides destinés à faciliter
l’instrumentation de la RSE. Ainsi, le reporting sociétal est présenté par la littérature comme
un outil :
- d’information et de reddition ;
- de dialogue social et de diagnostic ;
- de légitimité, de gestion de l’image et de crédibilité de l’entreprise.
Le premier paragraphe de cette section 2 recense les différents supports de communication des
informations sociales et environnementales. Le deuxième paragraphe présente les facteurs
favorisant la production de l’outil de reporting sociétal. Le troisième paragraphe expose les
obstacles pouvant freiner la production de l’outil. Le quatrième paragraphe vérifie les
hyphothèses formulées dans la partie 1 et permet de répondre à la quatrième et cinquième
question de recherche :
- QR4. Pourquoi les entreprises produisent-elles l’outil de reporting sociétal ?
- QR5. Quelle est la finalité poursuivie par l’outil de reporting sociétal (pour quoi) et
quelles sont les parties prenantes impliquées (pour qui) ?
L’analyse des résultats s’effectue à travers deux sous-groupes parmi les 22 mini-cas étudiés :
neuf entreprises produisant l’outil de reporting sociétal et treize entreprises qui ne le produisent
pas (cf. Tableau 43).
193
Partie 2
Processus d’analyse des pratiques de RSE et de l’outil de reporting sociétal
194
Chapitre 4
L’analyse des pratiques de RSE et de l’outil de reporting sociétal : cas des entreprises à Madagascar
« Notre engagement communautaire concerne les membres des communautés locales et les
représentants du secteur privé, de la Société civile, les médias et la communauté internationale.
Tout au long de l’année, nous avons continué à mettre l’accent sur l’ouverture, la transparence
et la communication avec les communautés locales de nos activités. Comme les grandes
opérations extractives (…) [de notre envergure] sont encore relativement nouvelles à
Madagascar, nous avons eu un besoin d’accroître l’interaction communautaire et les
consultations directes pour contrer les rumeurs répandues, les craintes et les malentendus.
En 2016, cela a pris la forme de visites de sites, d’événements Portes ouvertes, les consultations
communautaires et la participation à des réunions communautaires. En 2016, afin de renforcer
la communication interne, pour fluidifier le flux d’informations entre les nombreuses équipes et
les départements qui composent (…) [l’entreprise], et pour informer le personnel des évolutions
importantes (…), l’Intranet a été déployé au cours du troisième trimestre de 2015 pour donner
aux employés l’accès aux informations, aux nouvelles et aux décisions de l’entreprise. Il s’est
avéré une plateforme de communication précieuse pour les employés de chacun de nos sites. Au
cours de l’année, 96 nouvelles ont été publiées sur l’Intranet [de l’entreprise]»
(corpus interne 1).
195
Partie 2
Processus d’analyse des pratiques de RSE et de l’outil de reporting sociétal
Le recensement réalisé dans le Tableau 44 montre que les supports écrits se composent de
reporting séparé, des informations intégrées dans le rapport annuel de gestion, des informations
publiées sur le site internet et sur l’intranet des entreprises et d’autres supports écrits tels que
les cahiers des charges, la charte éthique, la charte de gouvernance, les documents pour les
clients, pour les partenaires financiers ou pour la société mère, les plaquettes, les brochures, le
journal ou le bulletin trimestriel. Les supports oraux se réfèrent aux médias, aux visites de sites,
aux portes ouvertes, aux consultations communautaires, aux réunions publiques ou aux salons
professionnels.
196
Chapitre 4
L’analyse des pratiques de RSE et de l’outil de reporting sociétal : cas des entreprises à Madagascar
Le Tableau 44 permet de constater que les neuf entreprises produisant l’outil de reporting
sociétal intègrent également des informations sociales et environnementales dans le rapport
annuel de gestion et publient ces informations sur le site internet, sur l’intranet de l’entreprise
et sur d’autres supports écrits et oraux. Parallèlement, les treize entreprises ne produisant pas
l’outil de reporting sociétal communiquent des informations sociales et environnementales à
travers d’autres supports écrits et oraux tels que les cahiers des charges, la charte éthique, la
charte de gouvernance, les plaquettes, les affiches, les e-mails, etc. Ainsi, neuf entreprises sur
les treize communiquent sur le site internet et sur l’intranet de l’entreprise (69% environ), huit
entreprises sur les treize communiquent à travers d’autres supports écrits (62% environ), trois
entreprises sur les treize établissent des documents pour les clients, pour les partenaires
financiers ou pour la société mère (23% environ) et dix entreprises sur les treize (77% environ)
communiquent à travers les supports oraux.
Ces observations amènent à la conclusion qu’en plus du reporting séparé souvent appellé
reporting de développement durable, des informations intégrées dans le rapport annuel de
gestion ou des informations publiées sur le site internet ou sur l’intranet des entreprises, il existe
également d’autres supports de communication écrits et oraux favorisant la publication des
informations sociales et environnementales pour les 22 mini-cas étudiés. Ainsi, les deux
supports écrits et oraux sont tout autant mobilisés par les 22 mini-cas car même les treize
entreprises qui ne produisent pas l’outil de reporting sociétal communiquent des informations
sociales et environnementales à travers d’autres supports écrits et des supports oraux. Ainsi, il
apparait que l’outil de reporting sociétal ne constitue pas le seul moyen de communication des
informations sociales et environnementales. Ce résultat est conforme à la littérature
(cf. Tableau 45) qui présente trois supports de communication des informations sociales et
environnementales : le reporting de développement durable, les informations intégrées dans le
rapport annuel de gestion ou reporting intégré et les informations publiées sur le site internet
des entreprises.
197
Partie 2
Processus d’analyse des pratiques de RSE et de l’outil de reporting sociétal
L’étude de terrain permet ainsi d’observer que le reporting sociétal souvent appelé reporting
de développement durable se réfère au reporting global ou à des reporting spécifiques. En plus
du reporting financier et du rapport annuel de gestion, le reporting global intègre toutes les
informations relatives à l’adoption de la démarche de RSE par les entreprises. Il est souvent mis
en place pour obtenir la licence to operate ou pour répondre aux attentes de la société mère, des
investisseurs ou partenaires étrangers en termes de transparence. En effet, cinq entreprises ayant
un projet d’investissement soumis à une étude d’impact environnemental (E2, E5, E11,
E12, E24) établissent dès le démarrage du projet, un Plan de gestion environnementale du
Projet (PGEP) ou un Plan de gestion environnementale Spécifique (PGES). Les cinq
entreprises doivent élaborer chaque année un rapport exigé par l’Office National pour
l’Environnement (ONE), détaillant les mesures mises en place liées à la prise en compte des
risques engendrés par le projet. Elles produisent de ce fait un reporting global contenant des
informations sociales et environnementales faisant suite au plan de gestion environnementale
du projet (PGEP) ou au plan de gestion environnementale spécifique (PGES). De plus, il existe
des reporting spécifiques (reporting environnemental et reporting social) élaborés séparément
par le mini-cas E24. Par exemple, le reporting social et le reporting environnemental de cette
entreprise sont élaborés séparément par deux responsables distincts, puis ils sont fusionnés dans
un reporting global chaque année.
Ensuite, il est à noter que les informations intégrées dans le rapport annuel de gestion ne sont
pas tout à fait le même que la notion de reporting intégré ou Integrated Reporting. La norme
198
Chapitre 4
L’analyse des pratiques de RSE et de l’outil de reporting sociétal : cas des entreprises à Madagascar
Global Reporting Initiative (GRI), principale norme reconnue en matière de reporting sociétal
dans le monde, a proposé en 2010 la création et l’adoption d’une norme de reporting intégré.
L’Afrique du Sud est le premier pays qui exige depuis cette date que les entreprises tiennent
compte des critères sociaux et relationnels dans leurs rapports de gestion. Ces dernières années,
le reporting intégré est devenu un sujet central en matière de diffusion des informations sociales
et environnementales à travers le monde. En 2011, l’international integrated reporting council
(IIRC) a développé l’integrated reporting pour améliorer la qualité des informations mises à
disposition des investisseurs, car « 80% des investisseurs s’accordent à dire qu’un reporting de
qualité influence leur perception de l’entreprise » (Letsgofrance, s.d.). Selon une étude effectuée
par KPMG international sur l’Afrique du Sud, un nombre croissant d’organisations intègre des
informations sur la responsabilité sociétale dans leur rapport financier : si en 2008, 9%
seulement ont élaboré ce type de rapport, le chiffre a atteint 20% en 2011 et 51% en 2013
(KPMG, 2013). Par comparaison, en France, 18% des entreprises du CAC 40 ont remis un
reporting intégré lors de la 12ème édition du bilan des Assemblées Générales du CAC 40 en juin
2017 (MEDEF, 2018). L’usage du reporting intégré reste timide et cela même si la publication
des informations sociales et environnementales est obligatoire pour les entreprises dépassant un
certain seuil (en budget et nombre de salariés) en France depuis l’adoption de la loi NRE en
2010. Aucune des entreprises de l’échantillon ne produit un reporting intégré.
Le reporting sociétal est en particulier mobilisé par neuf entreprises. Le questionnaire adressé
à ces entreprises tout comme les entretiens réalisés doivent permettre d’identifier les
motivations de ces entreprises pour produire ce reporting sociétal et tester ainsi la quatrième
question de recherche : QR4. Pourquoi les entreprises produisent-elles l’outil de reporting
sociétal ? Parallèlement, l’étude auprès des treize entreprises ne produisant pas de reporting
sociétal devrait permettre d’identifier les freins à cette publication ou usage de cet outil de
gestion. L’objectif est, à travers les verbatim recueillis et les questionnaires, d’identifier les
199
Partie 2
Processus d’analyse des pratiques de RSE et de l’outil de reporting sociétal
motivations et les freins des 22 entreprises et de confronter les résultats à ceux identifiés par la
littérature.
Par ailleurs, la revue de la littérature a également permis d’identifier une série d’usages de
l’outil de reporting sociétal. Là encore, l’étude des neuf mini-cas devrait permettre d’identifier
s’il existe des spécificités liées à l’environnement de Madagascar (cf. 2.1.2.).
Pour tester la présence de ces facteurs, la taille des neuf entreprises (grande entreprise ou PME),
leur secteur d’activité tout comme leur lien de dépendance financier est étudié dans le Tableau
46.
200
Chapitre 4
L’analyse des pratiques de RSE et de l’outil de reporting sociétal : cas des entreprises à Madagascar
Mini-cas
Statut Taille Secteur d’activité
concernés
Infrastructures et
Grande entreprise E5
aménagement
Filiales des entreprises Grande entreprise Commerce et distribution E15
étrangères Grande entreprise Industrie minière E24
Total des Grandes Entreprises 3
Total des PME -
Petite et moyenne Gestion de produits et
E12
entreprise déchets divers
Autofinancement
Total des Grandes Entreprises -
Total des PME 1
Total Général 9
Source : auteur
Ce tableau montre que quatre entreprises sur les neuf sont des PME (44%) alors que l’on aurrait
dû observer une plus forte représentativité des grandes entreprises. Néanmoins, au vu de la
faiblesse du nombre de cas étudiés, il ne peut s’agir d’un élément probant.
En revanche, il est intéressant de noter que huit entreprises sur les neuf sont soit des filiales
(trois entreprises), soit des entreprises dont l’actionnariat est composé d’investisseurs ou de
partenaires étrangers. Il semble donc à première vue que ce facteur soit un élément permettant
d’expliquer la production d’un reporting sociétal plus que le secteur d’activités (les neuf
entreprises appartiennent à des secteurs très diversifiés sans qu’aucun ne soit sur-représenté au
sein de l’échantillon).
Cette analyse du poids de la dépendance est confirmée par les résultats au questionnaire obtenus
auprès de huit des neuf entreprises (une des entreprises n’a pas pu obtenir les autorisations
nécessaires pour répondre au questionnaire).
La production d’un reporting sociétal (rapport RSE/DD) est obligatoire pour sept entreprises
sur les huit intérrogées (88%) : seule l’entreprise E4 n’a pas d’obligation en la matière. Parmi
les sept entreprises interrogées, le rapport RSE/DD est rendu obligatoire pour six d’entre elles
(86%) du fait des démarches des investisseurs ou partenaires étrangers, de la société mère ou
enfin en raison de l’appartenance de la société à un secteur nécéssitant une validation par l’ONE
de l’impact de ses activités sur l’entreprise. Seule une entreprise (E19) a répondu que cette
obligation s’inscrivait dans le cadre d’une démarche de certification.
201
Partie 2
Processus d’analyse des pratiques de RSE et de l’outil de reporting sociétal
Tableau 47 : Réponses aux questionnaires pour les huit mini-cas ayant participé
Mini-cas Taux de
Questions Les réponses
concernés réponses
E2 ; E5 ;
E11 ; E12 ;
La production d’un rapport Oui 87,5%
E15 ; E18 ;
RSE/DD est-elle obligatoire ?
E19
Non E4 12,5%
Les investisseurs ou les E2 ; E5 ;
Qui exige la production du partenaires étrangers ou la société E11 ; E12 ; 85,7%
rapport RSE/DD mère ou ONE E15 ; E18
Certification E19 14,3%
Source : auteur
Ensuite, même si sept des huit entreprises disent avoir l’obligation de produire un rapport
RSE/DD, il est intéressant de voir qui est à l’origine de cette initiative selon eux (cf. Tableau
48).
L’analyse du tableau doit intégrer le fait que les répondants pouvaient faire plusieurs réponses.
Il montre que les pressions exercées par les investisseurs ou partenaires étrangers tout comme
les obligations réglementaires sont très élevées pour quatre entreprises sur les huit avec pour
l’entreprise E19 en plus une forte influence des convictions du dirigeant. Il apparait donc que
202
Chapitre 4
L’analyse des pratiques de RSE et de l’outil de reporting sociétal : cas des entreprises à Madagascar
Ce constat est corroboré par les verbatim issus des entretiens et de l’analyse des documents
secondaires internes et documents secondaires externes présentés dans les paragraphes suivants
qui montrent l’influence des investisseurs, des sociétés mères et de l’ONE.
Les verbatim ci-après présentent un lien de dépendance des entreprises étudiées aux
investisseurs financiers, ce qui les a amené à produire un outil de reporting extra-financier.
En effet, les banques exigent des grandes compagnies un comportement responsable et
démontrant qu’elles font attention à leur environnement, car les banques sont très surveillées et
doivent s’assurer qu’elles financent des activités qui sont responsables socialement.
« Les banques internationales, elles prêtent de l’argent pour un projet de grandes envergures
avec des impacts importants. À Madagascar surtout avec une biodiversité qui est très riche, un
pays avec une pauvreté qui va toucher beaucoup de communautés, qui va toucher
l’environnement. [Les entreprises] doivent faire attention car elles dépendent des banques
prêteuses, je crois qu’il y a quatorze banques prêteuses en Europe, en Asie et en Amérique du
nord (…) [qui] suivent les principes de l’équateur (Equator principles ), et cela c’est pour être
des prêteurs responsables et que les projets dans lesquels elles investit doivent respecter les
obligations pour suivre les standards de performance de l’IFC (International Finance
Corporation) » (E2E2).
« Utiliser les communications corporate, permet aussi d’attirer les investisseurs, etc. » (R8C2).
Ainsi, les verbatim recueillis permettent de corroborer l’hypothèse que les investisseurs ou les
partenaires favorisent la production de l’outil de reporting sociétal pour six des mini-cas
étudiés.
Les filiales de groupes étrangers (cf. Tableau 46) doivent s’aligner sur le système de
gouvernance de leur société mère, indépendamment de leur statut juridique ou de leur taille. La
société mère est en mesure d’exiger de ses filiales de fournir des informations relatives à leurs
203
Partie 2
Processus d’analyse des pratiques de RSE et de l’outil de reporting sociétal
démarches de RSE dès lors que cela fait partie de la politique du groupe ou des normes du
groupe. Cela est corroboré par les verbatim suivants :
« Les banques ont des contraintes strictes, la société mère leur demande de ne pas oublier de
faire un reporting de leur démarche de RSE (…), il faut faire un reporting mensuel » (R3D2).
Après l’obtention d’une évaluation favorable par le comité technique d’évaluation (CTE) de
l’étude d’impact environnemental, l’Office National pour l’Environnement (ONE) réalise
systématiquement un suivi et une évaluation du projet en cours d’exploitation pour vérifier la
conformité des activités par rapport au cahier des charges (R6D5), si le plan de gestion
environnementale du projet (PGEP) a été bien exécuté. Le PGEP constitue « le cahier des
charges environnementales du projet en un programme de mise en œuvre et de suivi des
mesures envisagées par l’étude d’impact environnemental (EIE) pour supprimer, réduire et
éventuellement compenser les conséquences dommageables du projet sur l’environnement »
(corpus externe 3). Ce propos est corroboré par le verbatim suivant :
« Ces actions-là sont suivies par l’ONE (Office National pour l’Environnement) qui exige donc
les informations qui sont déjà inscrites dans le plan (…). Dans le cadre de notre activité, nous
avons des engagements avec nos parties prenantes qui nécessitent donc des reporting. [À cet
effet], un bilan annuel environnemental et social par rapport au cahier des charges [est élaboré
pour] l’ONE » (entretien par e-mail, E24).
204
Chapitre 4
L’analyse des pratiques de RSE et de l’outil de reporting sociétal : cas des entreprises à Madagascar
En effet, cinq entreprises parmi les neuf étudiées sont soumis à une étude d’impact
environnemental (E2, E5, E11, E12, E24, cf. Tableau 40 et Tableau 46 supra). Pour les deux
entreprises minières (E2, E24), l’obtention d’une licence to operate constitue une condition sine
qua non permettant l’exploitation et pour les trois autres entreprises soumises à l’étude
d’impact, l’obtention d’un avis favorable constitue une condition obligatoire permettant le
démarrage du projet.
Ces résultats permettent de conclure que l’influence des parties prenantes telles que les
investisseurs, les partenaires étrangers, la société mère ou l’Office National pour
l’Environnement (ONE) favorise la production de l’outil de reporting sociétal. L’influence de
l’ONE s’exerce à travers l’obtention de la licence to operate pour les deux entreprises minières
et au plan de gestion environnementale du projet (PGEP) ou au plan de gestion
environnementale spécifique (PGES) pour les trois entreprises ayant un projet soumis à une
étude d’impact environnemental.
Ce paragraphe a pour objectif de vérifier les trois principaux usages de l’outil de reporting
sociétal identifiés par la littérature (cf. Schéma 11 supra) à travers l’étude des neuf mini-cas :
- outil d’information et de reddition ;
- outil de légitimité, de gestion de l’image et de crédibilité ;
- outil de dialogue social et de diagnostic.
Les verbatim permettent ainsi d’observer que les entreprises produisent l’outil de reporting
sociétal afin de répondre aux objectifs stratégiques et réciproquement les objectifs stratégiques
en matière de RSE les influencent à produire l’outil.
Le reporting sociétal peut être élaboré dans un but de garder une trace écrite et de rendre compte
des actions sociales et environnementales des entreprises. Certains répondants le considèrent
205
Partie 2
Processus d’analyse des pratiques de RSE et de l’outil de reporting sociétal
comme un devoir de rendre compte sur les investissements RSE de l’entreprise. C’est même
une obligation pour les différentes personnes interrogées et cela même en l’absence d’un cadre
réglementaire ou législatif l’imposant.
« C’est pour ce qu’on appelle Accountability, c’est-à-dire rendre compte soit au niveau de notre
bailleur, les banques, soit au niveau des parties prenantes (…) ce n’est pas une obligation qu’on
le fait, mais quand même, c’est la moindre des choses. Donc il faut en rendre compte à nos
parties prenantes (…) obligatoirement donc il faut rendre compte (…) on fait des actions et
logiquement il faut faire le rapport » (E2E2).
« Je crois tout d’abord que c’est pour être redevable envers les parties prenantes (…) c’est une
façon pour nous d’être redevable de nos impacts environnementaux et sociaux de faire un
reporting sur notre performance dans ces domaines, de diffuser des informations sur notre
performance et sur notre travail positif et négatif. Je crois que même pour les compagnies dans
la télécommunication, les compagnies dans l’agro-business, les compagnies minières, de plus
en plus, les consommateurs exigent un comportement plus responsable et une performance
positive des compagnies » (E3E2).
« Je pense que le rapport c’est vraiment obligatoire lorsqu’on s’engage dans des grandes
œuvres, puisque je l’avais déjà mentionné tout à l’heure qu’on octroi un prêt d’un milliard
d’ariary30 par an seulement pour les actions sociales, donc, il faut rendre des comptes » (E4E3).
« Même si le bailleur n’était pas là, nous avons quand même pensé à rédiger le rapport car il
nous permet d’avoir une trace écrite de ce que nous faisons » (E5E4).
« Mais après ce n’est pas le même niveau d’informations, qui vont être distribué, qui vont être
partagé. Mais (…) ça fait partie du devoir de la société de faire un reporting » (R3D2).
Ensuite, le reporting sociétal est envisagé comme un outil permettant de renforcer, d’intensifier
et d’appuyer la communication interne et externe de l’entreprise. Il permet d’informer les
différentes parties prenantes sur la démarche RSE effectuée par les entreprises.
30
« L’Ariary » est l’unité monétaire de la république de Madagascar.
206
Chapitre 4
L’analyse des pratiques de RSE et de l’outil de reporting sociétal : cas des entreprises à Madagascar
« [Le rapport RSE/DD est] un moyen de communiquer de façon mensuelle, de faire le reporting
des actions qui ont été faites (…). Je pense que l’entreprise est consciente qu’il faut qu’elle
communique à ses collaborateurs31 etc. » (R3D2).
« C’est juste pour faire connaitre, c’est surtout pour appuyer notre communication et pour
sensibiliser la population pour la question sur la préservation de l’environnement » (E5E4).
« Par exemple si on veut faire quelque chose, on doit toujours informer par exemple les
membres du gouvernement [pour la construction des bâtiments pour la commune de
Moramanga, il faut avoir l’accord du Maire] » (E2E2).
« Diffuser des informations sur notre performance et sur notre travail positif et négatif, ça c’est
comme j’ai mentionné c’est pour l’information » (E3E2).
« Le rapport RSE/DD permet de fluidifier l’adhésion de toutes les parties prenantes à la RSE et
de les inciter à s’engager dans la RSE car nous sommes partenaires (…) et pour que tout le
monde puisse respecter l’environnement et les droits humains, quel que soit son poste au sein
de l’établissement. Le rapport permet de conscientiser tout un chacun » (questionnaire E4).
« Comme nous travaillons dans l’industrie des matériaux de construction qui est considérée
comme la plus énergivore, le rapport RSE/DD est utile dans le sens où il permet de partager les
actions entreprises pour se conformer aux soucis du développement durable »
(questionnaire E5).
31
Le terme collaborateur évoqué par les répondants se réfère aux employés de l’entreprise.
207
Partie 2
Processus d’analyse des pratiques de RSE et de l’outil de reporting sociétal
« Une bonne communication est indispensable. Ainsi, nous avons sensibilisé les salariés à la
notion de développement durable, réalisé une campagne de communication sur les éco-gestes
et l’éco-conduite, incité les salariés à réduire les consommations d’énergie »
(corpus interne 13).
Ces résultats permettent d’observer que les entreprises cherchent un moyen pour fidéliser et
motiver les salariés. Dans un but de rendre les employés plus performants, les entreprises
cherchent à partager les informations sur leur démarche de RSE.
En conclusion, la production de l’outil de reporting sociétal peut être motivée par le devoir de
rendre compte des investissements RSE des entreprises auprès de ses différentes parties
prenantes et par le besoin de partager les informations sur les pratiques RSE des entreprises.
Ces résultats ont fait l’objet d’une vérification auprès des huit entreprises produisant l’outil de
reporting sociétal dont cinq ont confirmé que c’est un outil de reddition (62,5%) et toutes les
huit (100%) ont confirmé que c’est un outil d’information (cf. Tableau 49).
208
Chapitre 4
L’analyse des pratiques de RSE et de l’outil de reporting sociétal : cas des entreprises à Madagascar
Comme relevé dans la Section 1 du Chapitre 4 supra, les projets d’investissement représentant
des impacts forts sur l’environnement peuvent être sources de conflits sociaux et être à l’origine
d’une mauvaise réputation des entreprises. C’est pourquoi, la gestion et la promotion de l’image
reviennent fréquemment dans les discours des entreprises. Elles communiquent les
informations relatives aux actions RSE mises en place pour améliorer leur image et cela à
travers la production de l’outil de reporting sociétal et par une stratégie de communication à
travers différents supports médiatiques visant différentes cibles. En ce sens, le reporting sociétal
peut être utilisé comme un outil de communication permettant d’assurer une bonne image de
l’entreprise et une visibilité des actions qu’elle réalise. De plus, si la mise en place d’une
démarche de RSE permet à l’entreprise d’améliorer son image, la production de l’outil de
reporting sociétal apporte plus de visibilité. Cette argumentation est corroborée par les verbatim
suivants.
« [On produit un rapport RSE/DD] pour la réputation de la compagnie, [pour montrer] qu’on
est une compagnie sérieuse » (E3E2).
209
Partie 2
Processus d’analyse des pratiques de RSE et de l’outil de reporting sociétal
« C’est pour se faire connaitre aussi car beaucoup de gens ne nous connaissent pas encore »
(E5E4).
« Ben voilà, à l’intérieur, il faut valoriser ce qu’on fait au niveau social parce que de toute
façon, c’est toujours positif. Là l’image, l’impact sur l’image est toujours à prendre hein ! C’est
sûr (…) si on ne fait pas de reporting, il n’y a pas de retour quelque part, il n’y a pas de
reconnaissance (…) pour savoir qu’il y a un impact ensuite sur des retombées commerciales,
pour les soucis de l’image » (R3D2).
« [La production du] reporting permet d’entretenir l’image [de l’entreprise] » (R7D6).
De plus, les verbatim présentent l’outil de reporting sociétal comme un moyen pour les
entreprises de faire de la publicité. Le reporting sociétal en tant qu’outil de marketing se réfère
à la « combinaison de stratégies, de systèmes, de méthodes et d’activités adoptées par
l’organisation afin de promouvoir sa notoriété, ses marques, ses produits et ses services auprès
des audiences cibles. La communication marketing comprend notamment les activités telles que
la publicité, la vente personnelle, la promotion, les relations publiques et le parrainage »
(corpus externe 4).
« Je pense que c’est une chose positive qu’on peut montrer que voilà on prépare et même si ce
n’est pas obligatoire, on essaie de faire ça pour rendre ses informations au public d’une manière
qui est à temps et qui est accessible au public, je crois que c’est utile pour le marketing » (E3E2).
« Pour moi jusqu’à maintenant, [le rapport RSE/DD] reste un outil marketing. Plutôt un outil
marketing mais ça dépend. Il y a beaucoup de reporting qui ont compris ça et qui ont amélioré
le format pour que ça soit à la fois un outil de communication, mais aussi un outil de gestion où
les gens peuvent regarder dans le miroir et ils disent ok, ça c’est du reporting » (R6D5).
Ainsi, l’outil permet de se mesurer aux bonnes pratiques du secteur industriel dans lequel œuvre
l’entreprise tout particulièrement lorsque celle-ci opère sur un marché international et se
retrouve donc en concurrence avec des entreprises internationales qui peuvent être soumises à
des législations plus contraignantes. Dans ce cas, le reporting sociétal est élaboré en tenant
compte des pratiques des concurrents (benchmarking) pour identifier les meilleures pratiques.
210
Chapitre 4
L’analyse des pratiques de RSE et de l’outil de reporting sociétal : cas des entreprises à Madagascar
« Si on regarde nos pairs dans les compagnies minières dans le monde avec notre envergure,
notre taille, c’est une chose un peu attendue, c’est quelque chose que nous devrions faire (…)
l’idée de faire un rapport annuel en suivant les indicateurs de GRI c’est un peu attendu des
compagnies minières qui veulent être responsable (…). On est inspiré par d’autres compagnies
minières, on a regardé d’autres compagnies minières dans le monde, on a regardé leur rapport,
ha voilà ça c’est intéressant, ils ont parlé de ça et peut être que nous devons par exemple, soit
en terme du style, en terme des thèmes qu’il faut inclure, ah ils ont traité ce thème par exemple.
Donc, on est inspiré par d’autres rapport pour nous donner des idées pour améliorer un peu la
qualité, les profondeurs et nous proposons des analyses ah ils ont fait ça et peut être l’année
prochaine on peut faire ça et on peut faire quelque chose semblable pour nous. Donc, c’est un
processus itératif que nous voyons est-ce que ça peut améliorer notre propre rapport (…) si on
veut être au même niveau de nos pairs en industrie on doit le faire » (E3E2).
Ces résultats ont fait l’objet d’une vérification auprès des huit entreprises produisant l’outil de
reporting sociétal dont cinq (62,5%) ont confirmé l’usage marketing de l’outil (cf. Tableau
51).
211
Partie 2
Processus d’analyse des pratiques de RSE et de l’outil de reporting sociétal
212
Chapitre 4
L’analyse des pratiques de RSE et de l’outil de reporting sociétal : cas des entreprises à Madagascar
« Pour nous c’est un outil pour nous jauger, c’est quoi la perception des parties prenantes. (…)
le rapport annuel [sur les pratiques RSE est] une sorte d’outil de suivi plus régulier et plus
proche » (E3E2).
« Pour moi le rapport sert à évaluer ce qu’on avait fait, est-ce qu’on a atteint notre objectif »
(E4E3).
« Le rapport permet un diagnostic sur la [pratique] RSE dans notre établissement » (E5E4).
« Le rapport RSE/DD permet de s’autoévaluer d’une période à une autre grâce aux indicateurs
RSE » (questionnaire E4).
Ensuite, il peut également être élaboré dans un but de dialogue social entre les parties prenantes
et l’entreprise. Il constitue un outil d’échange pour les parties prenantes qui peuvent commenter
les engagements RSE mis en œuvre par les entreprises.
« [Le rapport RSE/DD est élaboré] pour les échanges réguliers avec la communauté et afin de
créer un dialogue et une communication basés sur les bénéfices mutuels » (corpus externe 2).
« Nous avons exhorté une approche de la communication: “basée sur les exigences strictes d’un
dialogue continu et la création d’espaces pour une rétroaction continue et qui cherche à
clarifier les limites de ce qui va être fait et ce qui ne peut être fait, est ouverte et franche sur les
limites, les revers, les échecs et déceptions et qui cherche un terrain d’entente sur les moyens
d’atténuer cela » (corpus interne 7).
213
Partie 2
Processus d’analyse des pratiques de RSE et de l’outil de reporting sociétal
« On publie le rapport, on donne des informations, et eux aussi ils nous donnent comment ils
pensent » (E2E2).
« C’est bon de savoir qu’est-ce que les gens pensent de nous, l’idée ce n’est pas pour être
statistiquement correct mais c’est une sorte de photo de qu’est-ce que les gens pensent à certain
moment et puis est-ce que ça a évolué dans le temps, est-ce que ça s’améliore (…) » (E3E2).
« Pour moi le rapport RSE/DD c’est pour faire un dialogue entre le client et les fournisseurs,
pour que le fournisseur qui est loin du marché du client comprenne pourquoi on l’embête sur
les droits de l’homme, dans les conditions au travail etc. » (R8C2).
Enfin, la production de l’outil de reporting sociétal permet de convaincre les organes décideurs
(comité de direction, investisseurs ou partenaires, etc.) que les pratiques RSE apportent des
retombées économiques positives.
« Pour montrer que nos retombées sont positives et durables dans les domaines économiques,
sociaux et environnementaux » (E3E2).
« Il y a un budget, et voilà une stratégie à concrétiser (…) [et] à mettre en place, qui va avoir
des impacts positifs sur la société, et sur le groupe, et sur les collaborateurs, et donc (…) tout
ça (…) passe par des reporting qui (…) [permettent] de convaincre (…) [les organes
décideurs] » (R3D2).
« Le reporting est nécessaire pour convaincre les décideurs que ça vaut la peine de continuer »
(R7D6).
De plus, selon Ben Rhouma et al. (2014), les entreprises diffusent certaines informations sur
les impacts sociaux et environnementaux de leurs activités car elles sont utiles à la prise de
décision des investisseurs. Les verbatim suivants considèrent le reporting sociétal comme un
outil d’aide à la prise de décision visant à développer et à faire évoluer l’entreprise.
« Le rapport RSE aide à la réflexion et à la prise de décision, notamment pour les décisions
opérationnelles qui visent à développer, faire évoluer l’entreprise » (corpus externe 26).
214
Chapitre 4
L’analyse des pratiques de RSE et de l’outil de reporting sociétal : cas des entreprises à Madagascar
« Oui, [le rapport RSE/DD peut contribuer à la prise de décision] parce que de toute façon si
on ne fait pas de reporting, il n’y a pas de retour quelque part, il n’y a pas de reconnaissance »
(R3D2).
« [La production d’un rapport RSE/DD] permet non seulement de rapporter auprès des
régulateurs les faits et les réalisations mais aussi de prendre les décisions correspondantes »
(questionnaire E1).
« Le rapport RSE/DD serait l’outil en plus pour les dirigeants pour maîtriser le développement
de son entreprise » (questionnaire E18).
A contrario, une personne a répondu que la production de l’outil de reporting sociétal une fois
par an ne permet pas de guider les entreprises pour la prise des décisions critiques. L’outil de
reporting sociétal ne constitue pas la source d’information pour les partenaires pour prendre
des décisions.
« Je ne dirais pas que ça c’est pour prendre des décisions (…) mais je ne pense pas qu’en faisant
ça une fois par an que ça va nous guider pour les prises des décisions critiques dans la
compagnie, s’il y a des décisions à prendre, c’est probablement plus en réagissant avec ces
autres rapports. Pour nos trois partenaires ce n’est pas leur source d’information, il y a des
réunions mensuelles avec des comités exécutifs de la compagnie avec les trois partenaires, donc
ce n’est pas ça leur seul source d’information pour prendre une décision » (E3E2).
En ce sens, l’outil de reporting peut être produit dans un but d’aider les entreprises dans la prise
de décision. Néanmoins, selon la réponse de l’entreprise E2, produire l’outil une fois par an ne
semble pas suffisant pour aider à la prise des décisions critiques.
Ainsi, la production de l’outil de reporting sociétal peut être motivée par le besoin de
l’entreprise d’échanger en permanance avec les parties prenantes telles que les salariés, les
clients et les fournisseurs sur les actions RSE des entreprises ou par le besoin de suivi, de
contrôle et de vérification des activités RSE mises en place. L’outil permet de justifier les
actions RSE menées et de convaincre les parties prenantes telles que le comité de la direction
de l’entreprise, les investisseurs ou les partenaires étrangers que les investissements RSE
apportent des retombées économiques positives.
215
Partie 2
Processus d’analyse des pratiques de RSE et de l’outil de reporting sociétal
Ces résultats ont également fait l’objet d’une vérification auprès des huit entreprises produisant
l’outil de reporting sociétal dont sept (87,5%) ont confirmé l’usage de dialogue social, de
diagnostic et d’aide à la prise de décision (cf. Tableau 53).
Les finalités observées par la revue de la littérature (outil de dialogue social et de diagnostic)
sont ainsi validées par l’analyse du terrain. Un élément nouveau issu de l’étude de terrain
considérant l’outil de reporting sociétal comme outil d’aide à la prise de décision a été observé
même si l’entreprise E2 a répondu que la production de l’outil une fois par an n’est pas
suffisante pour prendre des dicisions critiques (cf. Tableau 54).
216
Chapitre 4
L’analyse des pratiques de RSE et de l’outil de reporting sociétal : cas des entreprises à Madagascar
D’une manière générale, il apparait que les attentes des parties prenantes sont liées à la volonté
d’accroitre la trasparence de l’impact des activités des entreprises sur leur environnement. Selon
Magnaghi (2017) les entreprises sont soumises à une exigence accrue en termes de transparence
y compris dans les domaines extra-financiers car la transparence peut contribuer à la
construction d’une légitimité (Ben Rhouma, et al., 2014). Les résultats de la recherche montrent
que la communication des informations sociales et environnementales constitue une démarche
de transparence, et vise à mettre en place une relation transparente entre l’entreprise et ses
différentes parties prenantes (investisseurs ou partenaires étrangers, société mère ou ONE). La
production de l’outil permet le maintien de la licence to operate obtenue au démarrage de
l’exploitation pour les deux entreprises minières et le suivi du plan de gestion environnementale
du projet (PGEP) ou du plan de gestion environnementale spécifique (PGES) pour les trois
entreprises ayant un projet soumis à une étude d’impact.
217
Partie 2
Processus d’analyse des pratiques de RSE et de l’outil de reporting sociétal
« Il faut être transparent, sur les activités qu’ils font ou bien les discussions devaient être à la
première page d’un journal le lendemain » (R6D5).
« Les parties prenantes exigent plus de transparence, pour que nos actions soient transparentes
au niveau de tout le monde (…), car il y a quand même une certaine transparence, et si on est
transparent, les gens comprennent un peu ce que nous faisons et ils se posent moins de
question » (E2E2).
Ensuite, le reporting sociétal peut être considéré comme un outil stratégique visant à nouer et
à entretenir une relation de confiance avec les parties prenantes telles que les investisseurs et
les banques prêteuses.
« [La publication des informations sociales et environnementales] (…) est primordiale pour
cultiver des relations de respect et pour entretenir une relation de confiance mutuelle »
(corpus externe 2).
« Si l’entreprise est bien cotée, les gens vont dire, on ne va pas la toucher, ils sont bons etc.,
[cela permet d’avoir] le capital sympathie [des gens]» (R6D5).
« Le reporting RSE permet d’entretenir une relation [de confiance] avec les bailleurs etc. »
(R7D6).
De plus, Madagascar ayant une faune et une flore fortement diversifiées, beaucoup d’entreprises
étrangères achètent des matières premières à Madagascar. Ces entreprises étrangères exigent
alors que les entreprises locales respectent des normes de qualité des produits. Ainsi, pour
gagner la confiance des clientèles étrangères, les entreprises produisent un reporting sociétal
qui détaille la manière dont elles prennent soin de leurs produits. Le verbatim suivant corrobore
cette idée en plus des résultats supra faisant référence aux mini-cas qui sont certifiés Ecocert.
218
Chapitre 4
L’analyse des pratiques de RSE et de l’outil de reporting sociétal : cas des entreprises à Madagascar
« Yves Rocher a pas mal d’ingrédients cosmétiques qui viennent de Madagascar, donc il est
important de nouer une relation de confiance à travers la communication des informations
relatives à la démarche qualité » (R8C2).
Enfin, « les retombées du principe de transparence améliorent fortement la qualité des rapports
(…) en obligeant les entreprises à préciser le périmètre couvert et non couvert, les méthodes
de recueil des données et les changements de méthodes » (Quairel-Lanoizelée, 2004). Les
résultats supra présentent l’influence des parties prenantes telles que les investisseurs, les
partenaires étrangers, la société mère ou l’Office National pour l’Environnement en termes de
transparence comme stimuli majeurs de la production de l’outil de reporting sociétal. De plus,
« les enjeux de la vérification sont fondamentaux pour la crédibilité des reporting sociétaux »
(Quairel-Lanoizelée, 2004), car « à l’instar des informations comptables, la vérification par
une tierce partie est présentée comme une condition de la confiance des utilisateurs »
(Capron et Quairel-Lanoizelée, 2009). Ainsi, les informations publiées doivent être contrôlées
pour améliorer leur crédibilité (Boyer-Allirol, 2013). Comme le montre les verbatim suivants,
la production de l’outil de reporting sociétal permet de vérifier que l’entreprise s’est bien
engagée dans une démarche de RSE et qu’elle a intégré la notion d’amélioration continue.
« C’est considéré à l’interne comme quelque chose d’important qui donne un peu de crédibilité
à tous (…), on est plus crédible et on rend ces informations accessibles aux gens et aux parties
prenantes et aux actionnaires, etc. Donc, on sait que si on veut être pris au sérieux, être
considéré comme crédible et redevable ça c’est le minimum qu’on devrait faire » (E3E2).
« Que ce soit l’Office National pour l’Environnement (ONE) ou les ingénieurs indépendants,
mandatés par nos bailleurs de fonds, ils viennent ici deux fois par an pour faire les audits et les
évaluations, donc obligatoirement il faut avoir un reporting avant qu’ils viennent, on leur donne
le rapport, les informations et c’est à eux de vérifier tous les indicateurs » (E2E2).
« Nos partenaires dans notre division, pour travailler avec nous, ils doivent sûrement faire ce
qu’on appelle une ‘Due diligence’. Cette vérification est nécessaire et ça c’est un critère (…).
C’est obligatoire dans le terme de management, lorsqu’on met des actions en œuvre, il faut
évaluer, il faut prendre des mesures correctives ou une amélioration peut-être, un réajustement
de budget peut-être, une amélioration au niveau des relations. Donc c’est toujours une
obligation dans le cadre d’un management, il faut toujours élaborer un rapport afin d’apporter
une solution » (E3E2).
219
Partie 2
Processus d’analyse des pratiques de RSE et de l’outil de reporting sociétal
Il ressort ainsi de ces verbatim qu’en plus des trois principaux usages de l’ouil de reporting
sociétal identifiés par la revue de la littérature (outil d’information et de reddition, outil de
légitimité, de gestion de l’image et de crédibilité et outil de dialogue social, de diagnostic et
d’aide à la prise de décision) le reporting sociétal peut également être considéré comme un outil
de transparence. Il permet de répondre à des objectifs stratégiques des entreprises en termes de
transparence synthétisés par le Tableau 55.
En conclusion, l’analyse des questionnaires et des verbatim recueillis lors des entretiens
montrent que les usages du reporting sociétal sont très divers puisqu’il peut être considéré
comme :
- (1) un outil de reddition et d’information ;
- (2) une outil de légitimité, de gestion de l’image et de crédibilité ;
220
Chapitre 4
L’analyse des pratiques de RSE et de l’outil de reporting sociétal : cas des entreprises à Madagascar
Le Tableau 56 met en évidence un large consensus des répondants sur les usages de l’outil de
reporting sociétal. Ils sont unanimes pour répondre que c’est un outil d’information. Sept
entreprises sur les huit affirment qu’il s’agit d’un outil de dialogue social, de diagnostic et d’aide
à la prise de décision. Enfin, pour cinq entreprises il s’agit d’un outil de reddition et de
marketing.
Les usages liés à la légitimité, la gestion de l’image, la crédibilité et la transparence ont été
identifiés par les verbatim issu des entretiens.
Les résultats de la recherche permettent ainsi d’apporter des éléments nouveaux en plus de ceux
identifiés par la revue de la littérature (cf. Schéma 36).
221
Partie 2
Processus d’analyse des pratiques de RSE et de l’outil de reporting sociétal
Source : auteur
***
L’étude des neuf mini-cas d’entreprises produisant un reporting sociétal a permis d’identifier
les éléments déclencheurs (influence des investisseurs et partenaires étrangers pour l’essentiel)
et l’impact des objectifs stratégiques des entreprises (recherche ou volonté de transparence, de
gestion de l’image, de visibilité, etc.) sur les facettes de l’outil de reporting sociétal mis en
avant (outil d’information, de dialogue social et de diagnostic).
À présent, l’étude des treize mini-cas d’entreprises ne produisant pas un reporting sociétal
devrait permettre de comprendre pourquoi à ce jour elles ne produisent pas l’outil : leurs
motivations ne sont-elles pas suffisantes ou les freins sont-ils trop nombreux pour elles ?
Le Tableau 57 permet d’observer que dix entreprises sur les treize (77% environ) ne produisent
pas à ce jour le reporting sociétal, mais pensent que la production de l’outil peut être nécéssaire
pour leur entreprise. Seules trois entreprises (23% environ) ont répondu que l’outil ne constitue
pas une nécéssité pour leur entreprise. Parmi ces trois entreprises, deux ont anoncé que la
production de l’outil de reporting sociétal n’est pas obligatoire pour les entreprises à
222
Chapitre 4
L’analyse des pratiques de RSE et de l’outil de reporting sociétal : cas des entreprises à Madagascar
Madagascar, alors il n’est pas nécessaire de le produire ; et une entreprise a répondu que le
volume des activités RSE de l’entreprise ne nécessite pas l’élaboration d’un rapport très élaboré.
Le Schéma 37 présente ainsi les objectifs stratégiques mis en avant par les treize entreprises
qui ne produisent pas l’outil de reporting sociétal.
223
Partie 2
Processus d’analyse des pratiques de RSE et de l’outil de reporting sociétal
Schéma 37 : Les objectifs stratégiques mis en avant par les treize entreprises ne
produisant pas le reporting sociétal
Source : auteur
Parmi les dix entreprises qui estiment qu’il pourrait être nécessaire de produire un outil de
reporting sociétal, le premier objectif stratégique mis en avant est relié au souci de conservation
des informations sur les actions RSE menées par les entreprises et de rendre compte des actions
menées auprès des parties prenantes (huit entreprises sur les dix). Cette nécessité de rendre
compte rejoint trois autres objectifs stratégiques cités par la moitié de l’échantillon : la volonté
de se démarquer des concurrents en mettant en avant les actions de RSE réalisées, la volonté
d’établir une relation de confiance avec les parties prenantes et enfin la possibilité d’utiliser les
informations collectées pour servir de base au diagnostic des actions de RSE menées. Les autres
objectifs stratégiques mis en avant sont d’utiliser le reporting sociétal pour prendre des
décisions (quatre entreprises) ou informer les clients (deux entreprises).
Les verbatim issus des entretiens, du questionnaire et de l’analyse des documents secondaires
internes et documents secondaires externes permettent de corroborer ces résultats.
224
Chapitre 4
L’analyse des pratiques de RSE et de l’outil de reporting sociétal : cas des entreprises à Madagascar
Pour le répondant E14, l’outil de reporting sociétal pourrait être élaboré pour que les entreprises
puissent rendre compte de leurs activités auprès des différentes parties prenantes. Le répondant
se réfère ainsi à l’usage reddition.
« La production du rapport RSE/DD est nécessaire pour les entreprises à Madagascar pour la
redevabilité, la normalisation et l’impact social » (questionnaire E14).
Ce verbatim permet de corroborer l’idée que la production de l’outil de reporting sociétal peut
être motivée par le besoin et le devoir de rendre des comptes sur les informations relatives à
l’adoption de la démarche de RSE auprès des parties prenantes. Le reporting sociétal se
caractérise dans ce cas comme un outil de reddition.
Les verbatim suivants font référence à l’usage du reporting sociétal en tant qu’outil
d’information. Le reporting sociétal est ainsi considéré par ce répondant comme un outil
permettant de sensibiliser et d’intégrer les différentes parties prenantes pour adopter la
démarche RSE.
« Le monde entier est la cible du rapport RSE/DD pour une question de sensibilisation
(questionnaire E9).
« Le rapport RSE/DD peut être produit pour l’information générale » (questionnaire E17).
« Le rapport RSE/DD est nécessaire pour les entreprises à Madagascar pour l’information sur
les réalisations sociales du secteur privé » (questionnaire E21).
« Le rapport RSE/DD permet d’assurer les employés, les partenaires, les clients et autres pour
qu’ils puissent comprendre l’importance de l’activité RSE, pour que l’activité soit
incontournable pour tout le monde » (questionnaire E20).
Ces verbatim corroborent l’idée que le reporting sociétal est un outil d’information permettant
d’intégrer les parties prenantes à la démarche de RSE, de les rassurer, de leur donner confiance
et de satisfaire leurs attentes en matière de transparence. Ce qui permet également de retrouver
l’usage du reporting sociétal en tant qu’outil d’information et de transparence.
225
Partie 2
Processus d’analyse des pratiques de RSE et de l’outil de reporting sociétal
« Pour nous c’est en terme d’image, est-ce que les gens, la population Malgache ont bien senti
le devoir du groupe pendant l’année (…), c’est surtout en terme de retombées, d’image (…).
L’objectif c’est qu’on soit reconnu, qu’on est une entreprise citoyenne (…), on consacre
beaucoup sur l’image que le groupe ne se focalise pas seulement sur le business, je donne un
exemple, la distribution de boissons [gratuites] pour entretenir l’image [du groupe] au niveau
des consommateurs » (E4E3).
« C’est pour être crédible au niveau de nos actions en leur faisant notre rapport (…). C’est
surtout pour pouvoir mettre en place un système de visibilité sur le côté développement durable
(…), présentation de nos visibilités en tant qu’entreprise responsable sur la partie RSE.
L’élaboration du rapport RSE/DD permet de garder des archives (…), d’évaluer au temps zéro
et à la fin du projet » (E1E1).
« Le rapport RSE/DD permet de servir de partage et de document de référence ainsi que pour
faire référence aux entreprises ou par rapport à la concurrence » (questionnaire E1).
Selon le répondant E6, la production de l’outil de reporting sociétal est nécessaire pour les
entreprises opérant dans un pays pauvre comme Madagascar. Il permet une différenciation par
rapport aux entreprises concurrentes.
Pour le répondant E7 la production de l’outil peut être motivée par des phénomènes de mode.
226
Chapitre 4
L’analyse des pratiques de RSE et de l’outil de reporting sociétal : cas des entreprises à Madagascar
Le répondant E10 fait référence à l’usage du reporting sociétal en tant qu’outil d’aide à la
décision. Pour ce répondant, la production de l’outil de reporting sociétal permet à l’entreprise
de situer les actions de RSE à mettre en œuvre et à prendre les décisions correspondantes en
fonction des objectifs stratégiques des entreprises.
« Le rapport RSE/DD aide à la décision pour que les entreprises situent leur niveau d’action
en terme de RSE et prennent les décisions correspondantes en fonction de leurs objectifs »
(questionnaire E10).
Ce verbatim permet de corroborer l’idée que le reporting sociétal peut être considéré comme
un outil d’aide à la prise de décision même si les résultats de la recherche n’apportent pas des
échantillons représentatifs le confirmant.
Enfin, les treize entreprises ont été interrogées sur les facteurs qui pourraient les motiver pour
produire un reporting sociétal.
Tableau 58 : Les facteurs qui pourraient motiver les treize entreprises pour produire un
reporting sociétal
Entreprises Total des Taux des
Questions Les réponses
concernées réponses réponses
Influence des
E1 ; E3 ; E6 ;
investisseurs ou des
E9 ; E13 ; E14 ; 8 62%
partenaires étrangers ou
E17 ; E21
D’après vous, qu’est-ce de la société mère
qui pourrait motiver la E1 ; E6 ; E8 ;
Par conviction 6 46%
production d’un rapport E9 ; E13 ; E20
RSE/DD ? E1 ; E6 ; E9 ;
Pour la réglementation et
(13 répondants)* E10 ; E13 ; E14 ; 7 54%
pour la normalisation
E16
Pour structurer l’adoption
E7 1 8%
RSE de l’entreprise
*
plusieurs réponses possibles Source : auteur
227
Partie 2
Processus d’analyse des pratiques de RSE et de l’outil de reporting sociétal
Là encore on peut remarquer que tout comme pour les neuf entreprises produisant un reporting
sociétal le facteur déclencheur semble être l’influence des investisseurs ou des partenaires
étrangers (cité par huit entreprises) ou pour satisfaire (cité par sept entreprises) à une
réglementation (législative ou professionnelle). Dans les deux cas, il semble qu’une pression
coercitive doit être perçue par les entreprises pour que ces dernières, qui réalisent pourtant des
actions de RSE, les instrumentalisent via un outil de reporting sociétal.
Enfin, les verbatim permettent d’observer des complémentarités entre les usages du reporting
sociétal. Par exemple, le reporting sociétal en tant qu’outil de reddition et d’information peut
être lié à son usage de dialogue social ou d’aide à la prise de décision voire de transparence
(c.f. Schéma 38)
Source : auteur
***
L’étude réalisée auprès des 22 entreprises de notre échantillon a permis de montrer l’importance
des investisseurs ou partenaires étrangers dans l’instrumentation de la démarche RSE via un
reporting sociétal, que ce soit auprès des neuf entreprises produisant d’ores et déjà l’outil ou
celles qui n’en produisent pas mais qui le feraient si elles avaient des demandes de la part de
leurs bailleurs de fonds (société mère, investisseurs, banques, etc.). Plus spécifiquement pour
228
Chapitre 4
L’analyse des pratiques de RSE et de l’outil de reporting sociétal : cas des entreprises à Madagascar
les entreprises du secteur minier la pression exercée par l’Office National pour l’Environnement
dans le cadre de l’application du décret MECIE explique également cette instrumentation.
L’outil de reporting sociétal permettrait de satisfaire les exigences imposées par la
réglementation.
D’une manière générale, l’outil de reporting sociétal est avant tout mobilisé afin de recenser
les actions de RSE réalisées et aussi rendre compte aux différentes parties prenantes. Les termes
de confiance, d’information, de transparence sont aussi largement utilisés dans les verbatim
collectés et montrent des finalités diverses, voire complémentaires, attribuées à l’outil de
reporting sociétal qui est aussi un outil de dialogue social avec les différentes parties prenantes,
qu’elles soient internes (salariés, actionnaires) ou externes (financeurs, population, clients) à
l’entreprise (cf. Schéma 38 supra).
Néanmoins, si cette instrumentation des actions de RSE via le reporting sociétal permet de
satisfaire de nombreux objectifs stratégiques des entreprises, pourquoi cet outil n’est-il pas plus
largement mobilisé ? Ce point va être traité dans le paragraphe suivant.
Malgré les différents stimuli et les facteurs favorisant la production de l’outil reporting sociétal,
il existe également différents obstacles freinant sa production. La revue de littérature réalisée
dans la partie 1 de la recherche a permis d’identifier trois obstacles majeurs : les problèmes liés
à la définition du périmètre, les contraintes financières et techniques et les contraintes de temps.
L’étude des questionnaires et des entretiens n’a pas permis de relever des difficultés liées à la
définition du périmètre. Le fait que les sociétés concernées soient des filiales ou des sociétés
n’ayant pas de filiales fait que la délimitation de leur périmètre d’action soit sans doute assez
simple à définir.
Concernant les contraintes financières et techniques et les contraintes de temps, elles semblent
devoir être englobées dans une contrainte plus générique : la taille de l’entreprise.
Enfin, l’étude des verbatim a permis de faire ressortir une contrainte non identifiée par la
littérature qui est à relier à la méconnaissance des cadres de référence existants en matière de
reporting extra-financier, et les difficultés ressenties par certaines entreprises pour choisir les
229
Partie 2
Processus d’analyse des pratiques de RSE et de l’outil de reporting sociétal
informations pertinentes à faire figurer dans le rapport afin de répondre aux attentes des parties
prenantes en termes de transparence.
(1) Les contraintes liées à la taille des entreprises : contraintes financières, matérielles et
de temps
« 0n a créé un site web, ça fait déjà des impacts, élaborer le rapport et finaliser et traduire en
différentes versions, au moins deux versions, version française et version anglaise, ça engendre
quand même un certain coût, surtout si on n’a pas la ressource en interne. Pour faire la
traduction, il faut demander les services des prestataires pour vraiment introduire les
informations » (E2E2).
« Avant on publiait ça physiquement mais pour des raisons budgétaires on ne publie pas
physiquement mais c’est électronique » (E3E2).
De plus, pour gérer plus facilement les informations à faire figurer dans le rapport, les
entreprises doivent mettre en place un système d’information performant. Aussi, « le reporting,
de plus en plus exigeant en termes de transparence, de fiabilité et de traçabilité peut être mis
en place soit par l’achat de logiciels qui permettent de structurer l’information
(Enablon, Ivalua…) soit par le développement en interne de solutions »
(Leroux et Pupion, 2011). Néanmoins, la mise en place d’un système d’information performant
génère des coûts supplémentaires pour l’entreprise. Ainsi, les coûts liés au développement ou à
la mise à niveau du système d’information peuvent être considérés comme facteurs freinant la
production de l’outil de reporting sociétal.
230
Chapitre 4
L’analyse des pratiques de RSE et de l’outil de reporting sociétal : cas des entreprises à Madagascar
« Il existe un cadre qui est donné par le ministère de notariat, je crois, via le BNGRC32, sauf
que c’est quelque chose qui n’est vraiment pas très fun, qui n’est pas très bien appliqué, c’est
un tableau Excel qui a deux milles colonnes » (R3D2).
« On a tout un processus de revue interne pour valider le contenu, valider les données, pour
être sûr qu’on est correct avant que ça soit publié. C’est pourquoi, ça prend un peu de temps
parce qu’il y a validation interne avec le senior management (…) en interne on fait la rédaction
et c’est validé par le senior management [qui est composé de six personnes], pour être sûr que,
pour les départements des divisions respectives, que les informations sont correctes, puis c’est
envoyé aux partenaires. C’est difficile de dire combien de personnes [sont] impliquées [dans le
processus d’élaboration du rapport] mais c’est [réalisé auprès de] plusieurs [niveaux], c’est
coordonné par plusieurs équipes au sein de notre division pour être sûr que ça continue. (…)
c’est une question de temps car on est une petite équipe qui le fait et ce n’est pas la seule chose
que nous faisons, je ne dirais pas que c’est un frein mais c’est un petit défi parce qu’on est deux
personnes au sein de notre division de développement durable qui travaillent sur la rédaction
et qui valident, qui vérifient, on a quelqu’un qui fait toute la sélection des photos, on a quelqu’un
qui fait la mise en page, il y a des spécialistes à ça, mais ça c’est avec toutes nos responsabilités
(…). Il y a des coûts en terme de temps, beaucoup de personnel qui doit se consacrer à ça,
l’équipe de la rédaction, l’équipe qui fait la mise en page etc. » (E3E2).
Comme vu supra, les neuf entreprises produisant l’outil doivent mettre en place des dispositifs
de contrôle, de vérification et d’audit pour cautionner et pour crédibiliser les informations
publiées et pour satisfaire les attentes des parties prenantes en termes de transparence.
Néanmoins, la mise en place des dispositifs de collecte d’informations et des mécanismes ou
procédures d’audit est générateur de coûts financiers, matériels et de temps.
Ainsi, il semble logique de conclure que les contraintes financières, matérielles et de temps
freinent la production de l’outil de reporting sociétal.
32
Le BNGRC est le bureau national de gestion des risques et catastrophes.
231
Partie 2
Processus d’analyse des pratiques de RSE et de l’outil de reporting sociétal
« Comme le GRI, ils ont des indicateurs, ce n’est pas tout à fait transférable parce qu’on doit
faire l’index avec des indicateurs de GRI » (E3E2).
De plus, il existe des entreprises qui ne connaissent pas l’existence des cadres de référence en
matière de RSE et de diffusion des informations sociales et environnementales.
« Nous avons envie de le faire, [d’élaborer un rapport RSE/DD] mais pour le moment nous
n’avons pas de cadre de référence » (E1E1).
« Je ne suis pas encore au courant des normes ISO 26000, seulement les normes ISO 9001, mais
au niveau de la RSE, je ne suis pas encore au courant des normes pour l’élaboration, pour les
lignes directrices » (E4E3).
Pourtant, la revue de littérature dans la partie 1 identifie la norme Global Reporting Initiative
(GRI) comme principale norme internationale en matière de diffusion des informations sociales
et environnementales. En 2010, la GRI a proposé la création et l’adoption d’une norme de
reporting intégré ou Integrated reporting. Néanmoins, l’usage du reporting intégré reste timide.
232
Chapitre 4
L’analyse des pratiques de RSE et de l’outil de reporting sociétal : cas des entreprises à Madagascar
Les résultats de la recherche permettent ainsi d’observer que la méconnaissance des cadres de
références existant en matière de RSE et de diffusion des informations sociales et
environnementales constituent un frein à la production de l’outil de reporting.
Selon Capron et Quairel-Lanoizelée (2009), « les questions sur les multiples destinataires et
l’hétérogénéité des attentes [des parties prenantes] (…) constituent des freins puissants à
l’amélioration de la qualité globale des rapports, d’autant que la position du normalisateur
global reporting initiative (GRI) et son propre besoin de légitimation le conduit à des
aménagements qui atténuent largement les avancées proposées ». Comme relevé pour partie
dans le paragraphe précédent, la publication d’un reporting sociétal crédible suppose que les
informations soient pertinentes et de qualité. Pour cela, il faut mettre en place des dispositifs de
collecte d’informations et des mécanismes ou procédures d’audit de ces informations. De
même, comme ces informations s’adressent à des cibles différentes, il importe de sélectionner
les informations qui soient pertinentes et de les mettre en valeur en optant pour des modes de
communication les plus adaptés à la cible. Cela implique pour les entreprises de recruter des
personnes ayant ces compétences ou de former le personnel pour qu’il acquiert de nouvelles
compétences en termes d’audit et de communication ou alors d’externaliser la prestation (audit
ou communication). Ces propos sont également corroborés par le verbatim suivant :
« Comme c’est un rapport qui va sortir au niveau international pour tout le monde, il faut un
certain niveau de qualité à exiger » (E2E2).
Il ressort ainsi de cette analyse que la collecte des informations pertinentes et de qualité
constitue un frein à la production de l’outil de reporting sociétal.
***
233
Partie 2
Processus d’analyse des pratiques de RSE et de l’outil de reporting sociétal
Ce dernier paragraphe vise à vérifier les hypothèses citées dans la partie 1 de la recherche :
Les résultats de la recherche permettent de conclure qu’il existe divers facteurs favorisant la
production de l’outil de reporting sociétal. Les facteurs observés se réfèrent principalement à
des pressions coercitives faisant référence aux exigences des parties prenantes en termes de
transparence. Ainsi, l’influence des parties prenantes telles que les investisseurs, les partenaires
étrangers, la société mère, l’Office National pour l’Environnement (ONE), l’Etat ou la
population en termes de transparence est identifiée comme un stimulus majeur amenant à
produire l’outil de reporting sociétal. Pour cautionner et pour crédibiliser les informations
publiées et pour donner l’assurance aux parties prenantes, les entreprises doivent mettre en
place des dispositifs de contrôle, de vérification et d’audit. Cela peut se faire, soit en formant
les personnels pour qu’ils acquierent de nouvelles compétences en termes d’audit et de
communication, soit en externalisant la prestation auprès d’un organisme tiers indépendant
(OTI).
Les résultats de la recherche permettent de conclure qu’il existe des objectifs stratégiques des
entreprises expliquant la production de l’outil de reporting sociétal. Les neuf mini-cas étudiés
produisent l’outil de reporting sociétal afin de répondre aux objectifs liés à la légitimité, à la
gestion de l’image, à la crédibilité, à la visibilité, à la tranparence voire à des fins marketing et
les treize mini-cas pourraient être amenés à le produire pour les mêmes raisons. C’est pourquoi
234
Chapitre 4
L’analyse des pratiques de RSE et de l’outil de reporting sociétal : cas des entreprises à Madagascar
il est possible de conclure que les objectifs stratégiques des entreprises favorisent la production
de l’outil de reporting sociétal.
Les résultats de la recherche permettent également de conclure qu’il existe des obstacles
pouvant freiner la production de l’outil de reporting sociétal. Ces obstacles se référent souvent
à la taille de l’entreprise (contraintes financières, matérielles et de temps) et à l’accès à
l’information (méconnaissance des cadres de référence en matière de RSE et de diffusion des
informations sociales et environnementales et à des freins liés à une collecte d’informations
pertinentes et de qualité). Ainsi, la taille de l’entreprise et l’accès à l’information freinent la
production de l’outil de reporting sociétal. Plus l’entreprise est petite, plus elle rencontre des
difficultés financières et techniques.
***
235
Partie 2
Processus d’analyse des pratiques de RSE et de l’outil de reporting sociétal
Source : auteur
236
Chapitre 4
L’analyse des pratiques de RSE et de l’outil de reporting sociétal : cas des entreprises à Madagascar
Synthèse du chapitre 4
La phase 2 identifie les objectifs stratégiques et les formes de RSE pratiquées par les entreprises.
Cette deuxième phase permet de répondre à la troisième question de recherche : QR3. Quelle
est la finalité poursuivie par la démarche RSE (pour quoi) et quelles sont les parties prenantes
impliquées (pour qui) ?
237
Partie 2
Processus d’analyse des pratiques de RSE et de l’outil de reporting sociétal
l’outil de reporting sociétal mais aussi des freins. Elle permet de répondre à la quatrième et
cinquième question de recherche : QR4. Pourquoi les entreprises produisent-elles l’outil de
reporting sociétal ? QR5. Quelle est la finalité poursuivie par l’outil de reporting sociétal
(pour quoi) et quelles sont les parties prenantes impliquées (pour qui) ?
La phase 4 permet de constater que pour cautionner et pour crédibiliser les informations
publiées et pour donner l’assurance aux parties prenantes que tout est mis en œuvre pour
répondre à leurs attentes en termes de transparence, des dispositifs de contrôle, de vérification
et d’audit doivent être mis en place par les entreprises. Elle permet également de répondre à la
quatrième question de recherche.
238
Chapitre 4
L’analyse des pratiques de RSE et de l’outil de reporting sociétal : cas des entreprises à Madagascar
Source : auteur
239
Conclusion générale
Cette recherche a pour objectif d’étudier les pratiques de RSE et leur instrumentation via l’outil
de reporting sociétal à Madagascar. Une hybridation entre la théorie de la contingence de
Lawrence et Lorsch (1967) et la théorie néo-institutionnelle de DiMaggio et Powell (1983)
permettant d’analyser les informations issues de l’étude du terrain a été effectuée. Cette
hybridation a permis de proposer un modèle expliquant les facteurs favorisant l’adoption de la
démarche de RSE et la production de l’outil de reporting sociétal ainsi que les freins liés à
l’élaboration de cet outil. Ils constituent les principaux apports de la recherche. Le modèle a été
élaboré en s’inspirant du modèle de contingence de Lüder (1992). Cette conclusion consiste à
présenter les apports de la recherche, les limites et les perspectives de recherche future.
1. Apports de la recherche
Le modèle développé dans le cadre de cette recherche comprend cinq phases. Les trois
premières phases (Phase 0, Phase 1 et Phase 2) font référence aux facteurs de contingence et
institutionnels favorisant l’adoption de la démarche de RSE. Les deux dernières phases
(Phase 3 et Phase 4) concernent respectivement la phase d’instrumentation de la RSE via le
reporting sociétal et la phase de contrôle, de vérification et d’audit permettant de crédibiliser
les informations publiées.
La phase 0 renvoie aux stimuli qui se réfèrent au cadre réglementaire et aux dispositions
gouvernementales pour la gestion des risques des catastrophes et de lutte contre la corruption
et les fraudes. Ils constituent les éléments déclencheurs de l’adoption de la démarche de RSE.
Cette première phase du modèle met en évidence que même en l’absence d’un cadre
réglementaire dédié à la RSE, il existe des textes de lois et des dispositions gouvernementales
241
Conclusion générale
amenant les entreprises à mettre en place des actions RSE, c’est-à-dire à prendre en compte des
aspects liés au triple bottom line (planet, profit, people) et des aspects liés à l’éthique et à la
morale. Les stimuli identifiés par la revue de littérature réalisée dans la partie 1 de la recherche
ont ainsi été validés par l’étude de terrain et la phase 0 répond à la première question de
recherche : QR1. Quels sont les éléments déclencheurs de l’adoption de la démarche de RSE ?
Pour les 22 mini-cas étudiés, les principaux éléments déclencheurs identifiés sont le cadre
réglementaire relatif au décret de mise en compatibilité de l’investissement pour
l’environnement (MECIE) et les dispositions gouvernementales en matière de gestion de
risques des catastrophes, de changement climatique et de la lutte contre la corruption et les
fraudes.
La phase 1 présente la phase d’adoption de la démarche de RSE. Elle permet d’observer que
les facteurs institutionnels favorisent les pratiques RSE. Ces facteurs institutionnels sont
déclenchés par les stimuli de la phase 0. La phase 1 du modèle répond à la deuxième question
de recherche : QR2. Pourquoi les entreprises pratiquent-elles la RSE ?
Les entreprises adoptent une démarche de RSE car elles sont influencées par les différentes
parties prenantes telles que l’Office National pour l’Environnement (ONE), l’Etat, la
population, la société mère ou les clientèles étrangères et par la sensibilité du dirigeant à la
pauvreté qui sévit à Madagascar. Une boucle de rétroaction peut être observée lors de cette
première phase du modèle car l’adoption de la démarche de RSE influence en retour
l’environnement socioculturel.
La phase 2 présente les objectifs stratégiques et les formes de RSE pratiquées par les entreprises.
Elle permet de répondre à la troisième question de recherche : QR3. Quelle est la finalité
poursuivie par la démarche RSE (pour quoi) et quelles sont les parties prenantes impliquées
(pour qui) ?
Les entreprises adoptent une démarche de RSE afin de satisfaire les objectifs de maximisation
des profits, de légitimité, de réputation et de gestion de l’image. De plus, les entreprises étudiées
mettent en place des actions permettant de faire face à l’instabilité politique, au changement
climatique, à la corruption, aux fraudes et à la pauvreté. La recherche a permis d’observer que
les parties prenantes internes (salariés, actionnaires) et externes (l’ONE, l’Etat, la société mère,
les financeurs étrangers et les clientèles étrangères) sont associées à la démarche de RSE des
entreprises. La mise en œuvre de la RSE répond aux objectifs stratégiques des entreprises et la
242
Conclusion générale
nature de ces objectifs stratégiques influence les comportements des acteurs en faveur de la
RSE et les formes de RSE.
Les trois premières phases du modèle permettent ainsi de conclure, d’une part, que les
responsabilités économiques des entreprises (verser des salaires, vendre des produits de qualité
aux clients, dégager des profits pour les actionnaires) sont influencées par le cadre légal des
affaires et le comportement éthique et moral faisant référence au respect des personnes ou à la
lutte contre la discrimination. D’autre part, la responsabilité économique des entreprises amène
ces dernières à mettre en place des actions éducatives ou philanthropiques. Le secteur privé, en
tant que vecteur du développement de Madagascar et conscient des risques engendrés par la
dégradation de la situation économique, sociale et environnementale prend également en
considération des dispositions gouvernementales permettant de prévenir et de limiter les
impacts du changement climatique (épisodes de sécheresses suivi par des pluies abondantes et
des cyclones, etc.), de la corruption et des fraudes. Enfin, les dirigeants sensibles à la pauvreté
(76,2% de la population, Banque mondiale, 2017) qui sévit à Madagascar influencent leurs
collaborateurs à mettre en place des actions philanthropiques telles que les programmes de
formations, des garderies pour les mères qui travaillent, des cantines, la distribution de
nourritures et de vêtements etc.
243
Conclusion générale
Ensuite, deux conceptions de la RSE ont été mises en évidence par la revue de littérature : une
conception américaine et une conception européenne. La conception américaine de la RSE
recouvre une action philanthropique souvent d’origine religieuse plus que sociale. Elle est posée
comme un devoir du chef d’entreprise qui doit contribuer au bien-être de la communauté. La
conception américaine de la RSE des années 1930-1940 fait ainsi référence aux valeurs et
244
Conclusion générale
La recherche a ainsi permis de mieux cerner les concepts de développement durable et de RSE
et la différence d’approche entre les conceptions américaine et européenne de la RSE.
Cette recherche a montré que les dirigeants expriment le besoin de diagnostic et de guides
destinés à les aider dans la mise en pratique du concept de la RSE.
La revue de littérature dans la partie 1 a permis d’identifier le reporting sociétal comme un outil
de gestion de la RSE permettant à l’entreprise de recenser les différentes actions liées à la RSE
et d’institutionnaliser la problématique de développement durable. Cet outil confère une source
de légitimité, de gestion de l’image, de dialogue social, de diagnostic complémentaire au
reporting financier.
Pour Ben Rhouma et al. (2014), le reporting sociétal est « un outil de reconquête de légitimité »
pour l’entreprise permettant d’apporter une image favorable d’elle-même tandis que le
reporting financier a pour objectif de donner une image fidèle de la situation financière d’une
entreprise et vise avant tout à informer les actionnaires ou les investisseurs de la richesse qu’ils
retireraient de la vente de leur patrimoine sur des marchés actifs (Giordano-Spring et Rivière-
Giordano, 2008). Ainsi, l’outil de reporting sociétal est considéré comme une source de
légitimité, de gestion de l’image et de crédibilité de l’entreprise. Il permet de suivre les objectifs
stratégiques des entreprises en matière de RSE et de justifier les actions menées.
245
Conclusion générale
D’une manière générale, l’outil de reporting sociétal est à destination des parties prenantes,
pour répondre à leurs attentes en termes de transparence, et le reporting financier est établi à
l’attention des actionnaires ou des investisseurs pour rendre compte de la gestion et de la
situation financière de l’entreprise. À l’occasion de l’assemblée générale, le reporting financier
annuel est, de fait, obligatoire tandis que le reporting sociétal reste largement facultatif au
niveau mondial. L’outil de reporting sociétal constitue pour les entreprises une ressource
stratégique donnant une légitimité à leur organisation et reflète par là même une adéquation
entre des valeurs sociales et des actions organisationnelles (Crette, 2012). Il constitue un
prolongement de la communication financière au regard de laquelle le rapport financier est le
document le plus symbolique. La publication d’un reporting sociétal est aussi un moyen
d’affirmer la responsabilité de l’entreprise non plus seulement économique, mais aussi sociale :
elle se doit de rendre des comptes à la société, des comptes qui ne sont plus financiers mais
citoyens (Dumez, 2008).
Cette recherche a aussi montré que l’outil de reporting sociétal n’est pas le seul moyen de
communication des informations sociales et environnementales. Il existe une large diversité de
supports de communication tant écrits qu’oraux. Les supports écrits comprennent : le reporting
développement durable, les informations intégrées dans le rapport annuel de gestion ou le
reporting intégré, les informations publiées sur le site internet ou sur l’intranet des entreprises,
etc. Les supports oraux concernent les réunions publiques, les consultations communautaires
ou les visites de sites, les portes ouvertes, les campagnes de sensibilisation ou les salons
professionnels, les médias, etc.
Concernant l’outil de reporting sociétal, objet de la recherche, l’analyse des facteurs favorisant
et freinant sa production auprès de 22 mini-cas à Madagascar permet de compléter les résultats
de l’analyse des facteurs influençant l’adoption d’un reporting de développement durable,
l’étendue et la qualité des informations communiquées réalisée par Hahn et Kühnen (2013).
Selon ces auteurs, l’influence des parties prenantes et la taille de l’entreprise présentent un effet
positif sur le reporting de développement durable car la variable « taille » peut être considérée
comme liée à la visibilité de l’entreprise. L’étude des 22 mini-cas a permis de conclure que la
production de l’outil de reporting sociétal constitue une réponse à des facteurs institutionnels.
Ces facteurs institutionnels peuvent être liés à des pressions coercitives faisant référence à
l’influence des parties prenantes telles que l’Office National pour l’Environnement (ONE),
l’Etat, la population, les financeurs, la société mère et les clientèles étrangères. De plus, les
246
Conclusion générale
entreprises cherchent à crédibiliser leurs engagements vis-à-vis des parties prenantes qui sont
susceptibles de mettre en cause leur légitimité. Pfeffer (1981) considère que l’objectif de la
légitimité est d’assurer une participation d’ensemble, une motivation et un engagement de
l’ensemble des parties prenantes envers les valeurs de l’organisation. Ainsi, la publication des
informations sociales ou environnementales donne une image positive à l’entreprise
(Point, 2001 ; O'Donovan, 2002). Cependant, pour cautionner et pour crédibiliser l’outil de
reporting sociétal et pour satisfaire les attentes des parties prenantes en termes de transparence,
les entreprises doivent mettre en place des dispositifs de contrôle, de vérification et d’audit.
Les contraintes liées à la taille des entreprises font référence aux contraintes financières,
matérielles et de temps. Cette recherche montre en effet que la production de l’outil de reporting
sociétal est consommateur de temps. Ainsi, pour gérer plus facilement les informations à faire
figurer dans le rapport, les entreprises doivent mettre en place un système d’information
performant. Néanmoins, la mise en place d’un système d’information performant génère des
coûts supplémentaires pour l’entreprise. De plus, comme vu supra, pour cautionner et pour
crédibiliser les informations publiées, il est recommandé de mettre en place des dispositifs de
contrôle, de vérification et d’audit. Par ailleurs, la mise en place de ces dispositifs génère des
coûts supplémentaires pour l’entreprise. Ces contraintes observées sont généralement liées à la
taille de l’entreprise, d’une manière générale les PME rencontrent plus de difficultés financières
et techniques pour la production de l’outil de reporting sociétal.
247
Conclusion générale
1. 4. Apports méthodologiques
1. 5. Apports managériaux
La recherche montre qu’il existe deux freins majeurs liés à la publication d’un reporting
sociétal : les freins liés à la taille (contraintes financières, matérielles et de temps) et les
contraintes liées à l’accès à l’information (la méconnaissance des cadres de référence existants
en matière de reporting extra-financier et les difficultés ressenties par certaines entreprises pour
choisir les informations pertinentes à faire figurer dans le rapport afin de satisfaire les attentes
des parties prenantes en termes de transparence).
Pour répondre à ce dernier frein, un guide de référence (cf. Annexe 8) pour la production de
l’outil de reporting sociétal a été élaboré par le chercheur avec l’appui des entreprises membres
de la plateforme humanitaire du secteur privé, du cabinet de consultance UR-CSR consulting
et du cabinet Buy your way.
Le guide permet d’aider les entreprises à Madagascar à produire un reporting sociétal en suivant
la norme Global Reporting Initiative (GRI) et l’ISO 26000. Les informations figurant dans le
guide ont été obtenues à travers un recoupement avec les informations recueillies lors d’un
brainstorming auprès des douze entreprises ayant participé à l’entretien de groupe de créativité
lors de la 2ème édition du salon RSE et des Initiatives pour le développement durable, les
indicateurs de GRI et les indicateurs de l’ISO26000. De plus, les informations obtenues des
douze entreprises ont fait l’objet de vérification auprès des 21 répondants aux questionnaires
(huit entreprises produisant l’outil de reporting sociétal et treize entreprises qui ne le
produisant pas).
Depuis novembre 2018, le guide est utilisé par les entreprises membres de la plateforme PHSP.
Des retours de la part de quelques entreprises ont permis de l’améliorer.
248
Conclusion générale
2. Limites de la recherche
Comme vu supra, cette recherche modélise à travers une hybridation entre la théorie
néo-institutionnelle de DiMaggio et Powell (1983) et la théorie de contingence de Lawrence et
Lorch (1967) les facteurs influençant l’adoption de la démarche de RSE et la production de
l’outil de reporting sociétal.
Pour cette recherche, seules les deux premières étapes de la modélisation ont été respectées. La
spécification des relations de causalité et l’évaluation du modèle requiert beaucoup plus de
temps. Le modèle a été réalisé à la suite de l’analyse de contenu thématique et de l’analyse
descriptive à l’aide du logiciel Nvivo 11. Des relations de causalité entre les variables ont été
supposées, mais elles n’ont pas fait l’objet de test et de vérification.
2. 2. Limites méthodologiques
L’usage du logiciel Nvivo 11 présente également des inconvénients liés à sa maitrise qui
requiert beaucoup de temps. Le chercheur n’a pas bénéficié de formation pour l’utilisation du
logiciel Nvivo 11, ainsi la fonction permettant d’importer les enquêtes à partir de
« SurveyMonkey » ou de « Qualtrics » n’a été connue que lors de la phase de traitement des
données. Pour se familiariser avec le logiciel Nvivo 11, des tutoriels et des thèses mobilisant
l’outil existent, mais il faut noter que tout logiciel doit être manipulé selon des règles précises,
parfois avec une hiérarchie obligatoire des opérations, ce qui signifie que certaines étapes ne
peuvent pas être supprimées et qu’il est difficile, voire impossible de revenir en arrière.
249
Conclusion générale
Les 32 entreprises identifiées dans le cadre de cette recherche comme ayant adopté la démarche
de RSE à Madagascar ne constituent probablement pas une liste exhaustive. À Madagascar,
aucune étude statistique présentant le nombre des entreprises pratiquant la RSE ou le
développement durable n’existe. Ainsi, il est tout à fait possible que d’autres entreprises mettant
en pratique ces concepts n’aient pas été identifiées dans le cadre de cette recherche. De plus, il
existe des PME qui sont sensibles au contexte de Madagascar (instabilité politique, corruption,
fraudes, pauvreté) et mènent des actions en faveur de la RSE et du développement durable sans
que ces PME ne savent qu’elles pratiquent une démarche de RSE.
Un modèle identifiant les facteurs favorisant l’adoption de la démarche de RSE a été proposé
dans le cadre de cette recherche. Néanmoins, l’appropriation de la démarche par les entreprises
n’a pas été étudiée. Ainsi, il pourrait être intéressant lors d’une future recherche d’analyser
l’appropriation par les entreprises du concept de développement durable et de la RSE. Est-ce
que les entreprises prennent réellement en compte des dispositifs permettant de limiter les
risques générés par leurs activités sur l’environnement ou la société ? Adoptent-elles la
démarche de RSE pour légitimer et gérer l’image de l’entreprise (phénomène de mode ou
greenwashing) ?
Par ailleurs, les résultats de la recherche n’ont pas permis de voir si les neuf entreprises
produisant l’outil font auditer les informations publiées à travers un système d’audit interne ou
externe. Ainsi, la qualité des informations publiées n’a pas pu être mesurée. De plus, la
recherche ne permet pas de conclure que les actions RSE mises en place par les entreprises
répondent aux besoins et aux attentes de chacune des parties prenantes. Une étude sur
l’appropriation, la qualité et la crédibilité de l’outil de reporting sociétal pourra être effectuée
lors d’une future recherche. De même, il serait intéressant de voir comment les entreprises
s’approprient l’outil et quelles sont les dispositions mises en avant permettant de collecter des
informations pertinentes et de qualité ainsi que de cautionner et de crédibiliser les informations
publiées.
250
Conclusion générale
Il est également proposé d’analyser la qualité des informations publiées par les entreprises. Pour
Capron et Quairel-Lanoizelée (2007), deux directions peuvent être suivies pour améliorer la
qualité de l’outil de reporting sociétal : la normalisation des informations publiées sur une base
volontaire et l’obligation légale de publier une liste d’informations sociétales données.
Cependant, est-ce que la normalisation ou l’obligation légale permet réellement d’améliorer la
qualité du rapport ?
Enfin, ayant constaté l’inexistence d’études statistiques permettant d’identifier le nombre exact
d’entreprises adoptant une démarche de RSE à Madagascar, il est également proposé de réaliser
une étude permettant de répondre à cette question. Cette étude servira comme point de départ
pour l’analyse des pratiques de RSE des entreprises localisées à Madagascar.
251
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267
Liste des illustrations
Tableau 9 : Autres pratiques de RSE périphérique ou annexe par les entreprises françaises................ 50
Tableau 10 : Les objectifs stratégiques des entreprises françaises en matière de RSE ......................... 51
Tableau 13 : Les variables de contingence liés à la production de l’outil de reporting sociétal ........... 82
Tableau 15 : Les facteurs favorisant les pratiques de RSE et l’outil de reporting sociétal ................... 90
Tableau 18 : Synthèse des données recueillies au cours des différentes phases ................................. 102
Tableau 19 : Liste des 32 entreprises identifiées pour le travail de terrain ......................................... 109
269
Illustrations
Tableau 26 : Synthèse des entretiens semi-directifs par secteur d’activité ......................................... 121
Tableau 27 : Synthèse des entretiens non-directifs par secteur d’activité ........................................... 122
Tableau 29 : Synthèse de la collecte des données primaires par entretien .......................................... 124
Tableau 30 : Echantillon pour la collecte des données primaires par questionnaire ........................... 125
Tableau 31 : Les données secondaires internes et externes à analyser manuellement ........................ 126
Tableau 32 : Les données secondaires à analyser à l’aide du logiciel Nvivo 11 ................................. 127
Tableau 35 : Processus d’analyse de contenu par Blanchet et Gotman (2014) ................................... 143
Tableau 39 : Les dix principes du pacte mondial des Nations Unies .................................................. 156
Tableau 40 : Les secteurs soumis à une étude d’impact, éléments tirés de la liste de l’ONE (2018).. 156
Tableau 44 : Les supports de communication des informations sociales et environnementales ......... 196
Tableau 46 : Classement des entreprises produisant l’outil de reporting sociétal .............................. 200
Tableau 47 : Réponses aux questionnaires pour les huit mini-cas ayant participé.............................. 202
Tableau 48 : L’origine de l’initiative de produire un rapport RSE/DD selon les huit entreprises ...... 202
270
Illustrations
Tableau 54 : Le réporting sociétal comme outil de dialogue social, de diagnostic et d’aide à la prise de
décision................................................................................................................................................ 217
Tableau 58 : Les facteurs qui pourraient motiver les treize entreprises pour produire un reporting sociétal
............................................................................................................................................................. 227
Tableau 59 : Informations importantes pour la production d’un reporting sociétal de qualité ........... 320
Schéma 6 : Les formes de RSE identifiées par Martinet et Payaud (2007) ........................................... 47
Schéma 11 : Influence réciproque entre les finalités et les usages de l’outil de reporting sociétal ...... 61
Schéma 12 : Développement durable et RSE et leur instrumentation via le reporting sociétal ............ 64
Schéma 15 : Modèle de base de Lüder (1992) traduit par Lande (1996) .............................................. 72
Schéma 16 : Les variables de contingence liées à la production de l’outil de reporting sociétal ......... 83
271
Illustrations
Schéma 20 : Importer les données dans les sources d’éléments internes de Nvivo 11 ....................... 135
Schéma 29 : Exécuter une requête sur la fréquence des mots ............................................................. 142
Schéma 32 : Les facteurs favorisant l’adoption d’une démarche de RSE, deux mini-cas .................. 167
Schéma 33 : Les objectifs stratégiques et les formes de RSE des deux entreprises minières ............. 172
Schéma 34 : Les facteurs favorisant l’adoption de la démarche de RSE, vingt mini-cas ................... 185
Schéma 35 : Les objectifs stratégiques et les formes de RSE pratiquées, vingt mini-cas ................... 191
Schéma 36 : Les usages du reporting sociétal à l’issu de l’étude du terrain ....................................... 222
Schéma 37 : Les objectifs stratégiques mis en avant par les treize entreprises ne produisant pas le
reporting sociétal................................................................................................................................. 224
Schéma 38 : Complémentarité entre les usages observés du reporting sociétal ................................. 228
Schéma 39 : Les facteurs favorisant et freinant la production de l’outil de reporting sociétal ........... 236
Schéma 40 : Les facteurs favorisant les pratiques de RSE et du reporting sociétal à Madagascar .... 239
272
Illustrations
Encadré 4 : Objectif global du salon RSE et des Initiatives pour le développement durable à Madagascar
............................................................................................................................................................. 106
Encadré 5 : Informations sur les plateformes ADDEV Madagascar et PHSP .................................... 107
Encadré 7 : Les objectifs de la loi 2015-003 relative à la charte de l’environnement Malagasy ........ 159
Annexe 1 : Evolution de la définition du concept de RSE, adaptée de Caroll (1999) ....................... 275
Annexe 2 : Liste des participant au salon RSE et des Initiatives pour le développement durable ...... 277
Annexe 3 : Liste des membres de la plateforme humanitaire du secteur privé ................................... 279
Annexe 4 : Liste des projets d’investissement soumis à une étude d’impact ...................................... 281
Annexe 6 : Questionnaires pour les entreprises produisant l’outil de reporting sociétal .................... 300
Annexe 7 : Questionnaire pour les entreprises ne produisant pas un reporting sociétal ..................... 309
Annexe 8 : Guide de rédaction d’un reporting sociétal pour les entreprises à Madagascar................ 315
273
Annexe 1 : Evolution de la définition du concept de RSE, adaptée de Caroll (1999)
Auteurs Définitions
Social responsibility of businessmen, se réfère aux obligations des
hommes d’affaires de poursuivre ces politiques, de prendre ces décisions
Bowen (1953, p.6)
ou de suivre les lignes d’action qui sont souhaitables en termes
d’objectifs et de valeur de notre société.
Social responsibility fait référence aux décisions et actions des hommes
d’affaires prises pour des raisons au moins en partie en dehors des
intérêts économiques ou techniques directs du cabinet.
Davis (1960, Spring, p.70-71) Iron law of responsibility : Social Responsibilities of Businessman
doivent être la mesure de leur pouvoir social car l’évitement de la
responsabilité sociale conduirait à une érosion graduelle du pouvoir
social de la part des entreprises.
Social responsibilities signifient que les hommes d’affaires doivent
superviser le fonctionnement d’un système économique qui répond aux
Frederick (1960, p.60) attentes du public. Cela signifie que les moyens de production de
l’économie doivent être utilisés de manière à ce que la production et la
distribution améliorent le bien-être socio-économique total.
Social responsibility suppose que l’entreprise n’a pas seulement des
McGuire (1963, p.144) obligations économiques et juridiques, mais aussi certaines
responsabilités sociétales qui vont au-delà de ces obligations.
Social responsibility renvoie à l’obligation d’une personne de tenir
compte des effets de ses décisions et de ses actes sur l'ensemble du
système social. Les hommes d'affaires fond preuve de responsabilité
Davis et Blomstrom (1966, p.12)
sociale lorsqu’ils considèrent les besoins et les intérêts d’autres
personnes susceptibles d’être affectées par les activités de l’entreprise et
qu’ils regardent au-delà des intérêts économiques étroits de l’entreprise.
Social responsibility découle essentiellement du souci des conséquences
Davis (1967, Winter, p.46) éthiques de ses actes dans la mesure où elles peuvent affecter les intérêts
des autres.
Social responsibility de la société d’Etat comprennent le degré de
bénévolat opposé à la coercition, un lien direct entre certains autres
(Walton, 1967, p.18) organismes bénévoles et la société d’Etat, et l’acceptation du fait qu’il y
a des coûts pour lesquels il est impossible de mesurer directement le
rendement économique mesurable.
Conventional wisdom : une entreprise socialement responsable est une
entreprise dont le personnel d’encadrement équilibre une multiplicité
d’intérêt. Au lieu de réaliser des profits plus importants pour ses
Johnson (1971, p.50)
actionnaires, une entreprise responsable prend également en compte les
employés, les fournisseurs, les concessionnaires, les communautés
locales et la nation.
Social responsibility est la poursuite d’objectifs socio-économique par
l’élaboration de normes sociales dans des rôles d’affaires prescrits, ou
plus simplement l’entreprise s’inscrit dans un système socioculturel qui
Johnson (1971, p.51)
définit les normes et les rôles des entreprises en particulier, en tenant
compte des situations particulières et en définissant de manière assez
détaillée les manières prescrites de gérer les affaires.
Social responsibility stipule que les entreprises mettent en œuvre des
Johnson (1971, p.54)
programmes sociaux pour accroitre les profits de leurs organisations.
Utility maximization : la responsabilité sociale suppose que la motivation
première de l’entreprise est la maximisation de l’utilité, l’entreprise vise
des objectifs multiples plutôt que seulement des profits maximaux. Un
Johnson (1971, pp.59-68) entrepreneur ou dirigeant socialement responsable est celui qui a une
fonction d’utilité du second type, de sorte qu’il s’intéresse non seulement
à son propre bien-être, mais aussi à celui des membres de l’entreprise et
à celui de ses cocitoyens.
275
Annexe 1 : Evolution de la définition du concept de RSE, adaptée de Caroll (1999)
Auteurs Définitions
Lexicographic view of social responsibility, les entreprises fortement
Johnson (1971, p.73) motivées par le profit peuvent s’engager dans un comportement
socialement responsable.
Social responsibilities est plus une attitude, la façon dont un gestionnaire
aborde sa tâche de prise de décision, qu’un grand changement dans
l’économie de la prise de décision. C’est une philosophie qui tient
Steiner (1971, p.164)
compte de l’intérêt social et de l’intérêt égoïste éclairé des entreprises à
long terme par rapport à l’intérêt égoïste à court terme, vieux, étroit et
sans retenue.
Pour être considéré comme socially responsible corporate action, une
dépense d'entreprise ou une activité d’entreprise doit générer un
Manne et Wallich (1972, pp.4-6) rendement marginal de l’entreprise inférieur à celui de certaines autres
dépenses, entre purement volontaire et être une dépense réelle de
l’entreprise plutôt qu’un moyen d’attirer des capitaux individuels.
Responsibility signifie une situation dans laquelle la société est au moins
Wallich dans Manne et Wallich dans une certaine mesure un agent libre. Dans la mesure où l’un ou
(1972, p.40) l’autre de ces objectifs sociaux est imposé à la société par la loi, la
société n’exerce aucune responsabilité quant à leur réalisation.
Corporate Social Responsability renvoie à l’examen et à la réponse de
l’entreprise à des questions qui vont au-delà des exigences économiques,
techniques et juridiques étroites de l’entreprise. C’est à l’entreprise qu’il
incombe d’évaluer, dans son processus décisionnel, les effets de ses
Davis (1973, pp.312-313) décisions sur le système social externe de l’entreprise, afin d’obtenir les
avantages sociaux ainsi que les gains économiques traditionnels qu’elle
recherche. Une entreprise n’est pas socialement responsable si elle ne
fait que se conformer aux exigences minimales de la loi, car c’est ce que
tout bon citoyen ferait.
La RSE renvoie à l’idée selon laquelle les entreprises doivent intégrer
dans leurs politiques, leurs décisions et leurs pratiques, les enjeux
Caroll (1999)
environnementaux et sociaux, en allant au-delà de leurs obligations
strictement économiques et réglementaires.
La responsabilité sociale de l’entreprise renvoie à la fois à l’intégration
des dimensions marchandes et non marchandes dans la gestion et à la
prise en compte des effets externes positifs et négatifs des entreprises sur
(Gond et Igalens, 2008, p.4) la société. La notion s’efforce de rendre compte de l’exercice par les
entreprises d’une responsabilité vis-à-vis des parties prenantes et qui se
situent au-delà de leurs strictes obligations, techniques, légales et
économiques.
276
Annexe 2 : Liste des participant au salon RSE et des Initiatives pour le développement durable
Annexe 2 : Liste des participant au salon RSE et des Initiatives pour le développement
durable
277
Annexe 2 : Liste des participant au salon RSE et des Initiatives pour le développement durable
[email protected];
[email protected];
POSITIVE PLANET Exposant
[email protected]; tahiana.rakoto-
[email protected]
[email protected]; Jean-
SOS VILLAGE D'ENFANT Exposant [email protected];
[email protected]
Ny manjary Exposant [email protected]
[email protected];serasera.foibefim@gmail.
Fanilon'i Madagascar Exposant
com
Source : UR-CSR Consulting (2019)
278
Annexe 3 : Liste des membres de la plateforme humanitaire du secteur privé
Activities
Companies Point focal Mail
sectors
279
Annexe 3 : Liste des membres de la plateforme humanitaire du secteur privé
Activities
Companies Point focal Mail
sectors
280
Annexe 4 : Liste des projets d’investissement soumis à une étude d’impact
281
Annexe 4 : Liste des projets d’investissement soumis à une étude d’impact
282
Annexe 4 : Liste des projets d’investissement soumis à une étude d’impact
283
Annexe 4 : Liste des projets d’investissement soumis à une étude d’impact
284
Annexe 4 : Liste des projets d’investissement soumis à une étude d’impact
285
Annexe 4 : Liste des projets d’investissement soumis à une étude d’impact
286
Annexe 4 : Liste des projets d’investissement soumis à une étude d’impact
287
Annexe 4 : Liste des projets d’investissement soumis à une étude d’impact
288
Annexe 4 : Liste des projets d’investissement soumis à une étude d’impact
289
Annexe 4 : Liste des projets d’investissement soumis à une étude d’impact
290
Annexe 4 : Liste des projets d’investissement soumis à une étude d’impact
291
Annexe 4 : Liste des projets d’investissement soumis à une étude d’impact
292
Annexe 4 : Liste des projets d’investissement soumis à une étude d’impact
293
Annexe 4 : Liste des projets d’investissement soumis à une étude d’impact
294
Annexe 4 : Liste des projets d’investissement soumis à une étude d’impact
295
Annexe 4 : Liste des projets d’investissement soumis à une étude d’impact
296
Annexe 5 : Guide d’entretien
Ceci est un guide général mais sera adopté selon les situations pour synchroniser à la
méthodologie compréhensive qui n’impose pas le même guide pour toutes les situations. Ce
guide servira surtout de s’assurer que tous les points essentiels seront abordés.
Nom de l’entreprise :
Adresse de l’entreprise :
Date de l’entretien :
Méthodologie adoptée :
Coordonnées du répondant :
Durée de l’entretien :
L’entreprise et la RSE
Un rapport RSE / DD
Quelles sont les raisons qui vous ont incité à mettre en place un rapport sur la RSE/DD ?
297
Annexe 5 : Guide d’entretien
La préparation du rapport
Comment identifiez-vous les informations les plus pertinentes qui seront à adresser aux
parties prenantes (les informations identifiées comme influentes et ayant des attentes
particulières par rapport à la stratégie de l’entreprise) ?
Le périmètre du rapport
Quelles lignes directrices suivez-vous pour l’élaboration du rapport (ISO 26000, GRI) ?
Les informations émis dans le rapport sont-elles consultées préalablement par les parties
prenantes clés ?
La publication du rapport
298
Qui sont les destinataires de ses informations ?
Quelles sont les impacts financiers induit par l’adoption de cette forme de pratique ?
Quel résultat pouvez-vous en déduire après avoir adopter cette forme de pratique ?
299
Annexe 6 : Questionnaires pour les entreprises produisant l’outil de reporting sociétal
*Obligatoire
1. Adresse e-mail *
SA Société Anonyme
SARL
SI
Autre :
3. Quel est votre poste au sein de l'entreprise * Une seule réponse possible.
Haut dirigeant
Manager, Responsable, Coordinateur RSE / DD
Autre :
Autofinancement
Partenaires étrangers
Investisseurs étrangers
Autre :
300
Annexe 6 : Questionnaires pour les entreprises produisant l’outil de reporting sociétal
Autre :
Option 1
Grande entreprise
Petite et Moyenne Entreprise (PME)
Très Petites Entreprises (TPE)
0 à 19
20 à 249
Plus de 250
10. Où aviez-vous entendu parlez d'un rapport RSE/DD ? * Plusieurs réponses possibles.
Formations
Séminaires
Salon
Autre (à préciser) :
11. Quelle est l'origine de l'initiative de mettre en place un rapport RSE/DD au sein de votre
entreprise ? *
Plusieurs réponses possibles.
301
Annexe 6 : Questionnaires pour les entreprises produisant l’outil de reporting sociétal
Par conviction
Par règlementation
Pour la normalisation
Influence des partenaires
Influence des investisseurs
Influence de la société mère
Autre
12. Comment mesurez-vous le taux d'influence de l'origine de cette initiative ? * Une seule
réponse possible.
1 2 3 4 5
13. La mise en place d'un rapport RSE/DD au sein de votre entreprise est-elle obligatoire ? *
Une seule réponse possible.
Oui
Non
Partenaires étrangers
Investisseurs étrangers
Société mère
Autre :
Interne
Externe
16. Pour vous, le rapport RSE/DD peut-il être considéré comme un "outil de reddition" ? *
Une seule réponse possible.
0 1 2
302
Annexe 6 : Questionnaires pour les entreprises produisant l’outil de reporting sociétal
17. Pour vous, le rapport RSE/DD peut-il être considéré comme un "outil d'information" ? *
Une seule réponse possible.
0 1 2
18. Pour vous, le rapport RSE/DD peut-il être considéré comme un "outil de dialogue
social" ? *
Une seule réponse possible.
0 1 2
19. Pour vous, le rapport RSE/DD peut-il être considéré comme un "outil de diagnostic" ? *
Une seule réponse possible.
0 1 2
20. Pour vous, le rapport RSE/DD peut-il être considéré comme un "outil d'aide à la prise de
décision" ? *
Une seule réponse possible.
0 1 2
21. Pour vous, le rapport RSE/DD peut-il être considéré comme un "outil marketing" ? * Une
seule réponse possible.
0 1 2
303
Annexe 6 : Questionnaires pour les entreprises produisant l’outil de reporting sociétal
22. Quelles sont vos attentes par rapport à la mise en place d'un rapport RSE/DD au sein de
votre entreprise ? *
Plusieurs réponses possibles.
Pour se Pour
A A A avoir
A avoir démarquer créer et
rendre obtenir une
plus de par rapport maintenir
des plus de bonne
visibilité à la la
comptes notoriété image
concurrence confiance
23. Avez-vous d'autres propositions par rapport à vos attentes ? * Plusieurs réponses
possibles.
Oui
Non
25. Pour vous, les retombés sont-ils conformes à vos attentes ? * Une seule réponse possible.
Oui
Non
304
Annexe 6 : Questionnaires pour les entreprises produisant l’outil de reporting sociétal
27. Pour vous, la mise en place d'un rapport RSE/DD au sein de votre entreprise est-elle
utile ? *
Une seule réponse possible.
oui
non
30. Pour vous, quels sont les indicateurs mis en avant dans le rapport RSE/DD ? * Plusieurs
réponses possibles.
305
Annexe 6 : Questionnaires pour les entreprises produisant l’outil de reporting sociétal
31. D'après vous, parmi les indicateurs environnementaux suivants, quels sont les plus
importants à faire figurer dans le rapport RSE/DD ? * Plusieurs réponses possibles.
Ne
Faiblement Moyennement Très
s’applique Important
important important important
pas
32. D'après vous, parmi les indicateurs sociaux suivants, quels sont les plus importants à faire
figurer dans le rapport RSE/DD ? * Plusieurs réponses possibles.
Ne
Faiblement Moyennement Très
s’applique Important
important important important
pas
306
Annexe 6 : Questionnaires pour les entreprises produisant l’outil de reporting sociétal
33. D'après vous, parmi les indicateurs économiques suivants, quels sont les plus importants à
faire figurer dans le rapport RSE/DD ? * Plusieurs réponses possibles.
Ne
Faiblement Moyennement Très
s’applique Important
important important important
pas
34. Avez-vous d'autres informations qui figurent dans votre rapport RSE/DD et qui ne font
pas parties des indicateurs énumérés ci-dessus ? * Une seule réponse possible.
Oui
Non
36. Comment choisissez-vous les informations les plus pertinentes à faire figurer dans le
rapport RSE/DD ? *
Plusieurs réponses possibles.
Autre :
307
Annexe 6 : Questionnaires pour les entreprises produisant l’outil de reporting sociétal
37. Pour vous, qui sont les destinataires d'un rapport RSE/DD ? * Plusieurs réponses
possibles.
Etat
Partenaires
Investisseurs
Société mère
Salariés
Fournisseurs
Clients
Autre :
38. D'après vous, un rapport RSE/DD est-il nécessaire pour les entreprises à Madagascar ? *
Une seule réponse possible.
Oui non
308
Annexe 7 : Questionnaire pour les entreprises ne produisant pas un reporting sociétal
Les questions 1 à 9 sont les mêmes que pour le questionnaire adressé aux entreprises réalisant
un reporting sociétal. Seules les questions 10 à 31 diffèrent et sont présentés ci-après.
10. Aviez-vous déjà entendu parler d'un reporting sociétal ? * Une seule réponse possible.
Oui
Non
11. Si oui, où ?
Formations
Séminaires
Salon
Autre :
Pas obligatoire
Pas utile
Pas de cadre de référence
Pas d'expertise
Pas de financement
Pas de temps
13. Est-ce qu'il vous arrive en revanche de communiquer sur vos actions RSE ?
Oui
Non
309
Annexe 7 : Questionnaire pour les entreprises ne produisant pas un reporting sociétal
Cahier de charge
Paragraphe dans un autre rapport
Porte ouverte
Plaquette
Brochure
Autre :
Par peur
Pour la confidentialité
Pas important
Autre :
16. Pour vous, avoir un rapport RSE/DD est-il nécessaire pour votre entreprise ?
Oui
Non
Autre :
310
Annexe 7 : Questionnaire pour les entreprises ne produisant pas un reporting sociétal
Pas utile
Pas obligatoire
Pas important
Autre :
19. Qu'est-ce qui pourrait vous influencer à mettre en place un rapport RSE/DD au sein de
votre entreprise ? Plusieurs réponses possibles.
Conviction
Règlementation
Normalisation
Influence des partenaires
Influence des investisseurs
Exigence de la société mère
Autre :
Interne
Externe
21. Si vous mettiez en place un rapport RSE/DD au sein de votre entreprise, quels types
d'indicateurs mettriez-vous en avant ?
Plusieurs réponses possibles.
311
Annexe 7 : Questionnaire pour les entreprises ne produisant pas un reporting sociétal
22. Parmi les indicateurs environnementaux suivants, qu'est-ce qui vous semble le plus
important à faire figurer dans le rapport RSE/DD ?
Plusieurs réponses possibles.
Ne
Faiblement Moyennement Très
s’applique Important
important important important
pas
23. Parmi les indicateurs sociaux suivants, qu'est-ce qui vous semble le plus important à
figurer dans le rapport RSE/DD ?
Plusieurs réponses possibles.
Ne
Faiblement Moyennement Très
s’applique Important
important important important
pas
312
Annexe 7 : Questionnaire pour les entreprises ne produisant pas un reporting sociétal
24. Parmi les indicateurs économiques suivants, qu'est-ce qui vous semble le plus important à
faire figurer dans le rapport RSE/DD ?
Plusieurs réponses possibles.
Ne
Faiblement Moyennement Très
s’applique Important
important important important
pas
Oui
Non
27. Comment choisiriez-vous les informations les plus importantes à figurer dans un rapport
RSE/DD ?
Plusieurs réponses possibles.
313
Annexe 7 : Questionnaire pour les entreprises ne produisant pas un reporting sociétal
28. Pour vous, qui devraient être les destinataires d'un rapport RSE/DD ?
Plusieurs réponses possibles.
Etat
Partenaires
Investisseurs
Société mère
Salariés
Fournisseurs
Clients
Autre :
29. D'après vous, un rapport RSE/DD est-il nécessaire pour les entreprises à Madagascar ?
Une seule réponse possible.
Oui
Non
Si non, pourquoi ?
314
Annexe 8 : Guide de rédaction d’un reporting sociétal pour les entreprises à Madagascar
Annexe 8 : Guide de rédaction d’un reporting sociétal pour les entreprises à Madagascar
Il ne constitue pas un document légal. Il est laissé à disposition des seules entreprises localisées à Madagascar. Il
ne constitue en aucun cas une recommandation, mais une base de référence pour la production d’un reporting
sociétal. Son contenu est élaboré sur la base des informations collectées auprès des entreprises ayant adopté une
démarche de RSE à Madagascar. Il se réfère à la norme ISO 26000 et à la norme Global Reporting Initiative (GRI),
qui sont respectivement les cadres de références pour l’adoption d’une démarche de RSE et la production d’un
reporting de développement durable.
Ce document est le fruit d’une étude empirique dans le cadre d’un doctorat. Il ne doit pas être utilisé à des fins
commerciales. Son utilisation nécessite un accord préalable de son auteur.
33
Le terme « reporting sociétal » utilisé dans le cadre de ce guide définit la communication des informations
relatives à l’adoption de la démarche de responsabilité sociétale des entreprises (RSE) et de développement
durable.
315
Annexe 8 : Guide de rédaction d’un reporting sociétal pour les entreprises à Madagascar
Sommaire
INTRODUCTION………………………………………………………………………318
Présentation du périmètre……………………………………………………………….321
I. Organisation du reporting……………………………………………………..322
1. Période d’élaboration du reporting…………………………………………..322
2. Pertinence des informations………………………………………………….323
3. Contrôle, vérification et audit………………………………………………..323
II. Le contenu du reporting……………………………………………………….324
1. Page de couverture…………………………………………………………...325
2. Page introductive……………………………………………………………..325
3. Liste des indicateurs………………………………………………………….325
3.1 Les indicateurs environnementaux………………………………………….325
3.2 Les indicateurs sociaux……………………………………………………...326
3.3 Les indicateurs économiques………………………………………………..327
316
Annexe 8 : Guide de rédaction d’un reporting sociétal pour les entreprises à Madagascar
INTRODUCTION
Le reporting sociétal est né des préoccupations grandissantes de la société en ce qui concerne
le comportement socialement responsable des entreprises (Rivières, 2006). D’après cet auteur,
il s’est développé en écho à l’exigence de responsabilité nouvellement affirmée et imposée par
la société au monde des affaires. Il consiste pour les entreprises et les organisations à rendre
compte de toutes leurs performances économiques, environnementales et sociales. Il prend
généralement la forme d’un rapport le plus souvent qualifié de « sociétal » c'est-à-dire résumant
les dimensions économiques, sociales et environnementales de la responsabilité de l’entreprise
(Rivières, 2006). Pesqueux (2002) le définit comme « des rapports d’activité sur l’impact
écologique et social des éléments de la politique de responsabilité sociale ».
La norme Global reporting Initiative (GRI) a été mise en place en 1997 pour encourager
l’utilisation d’un reporting de développement durable comme moyen pour les organisations de
gagner en durabilité et d’apporter leur contribution au développement durable. Le reporting de
développement durable se fondant sur la norme GRI est le plus utilisé dans le monde.
Ce guide est proposé aux entreprises localisées à Madagascar ayant mis en place une démarche
de RSE. Il constitue pour ces entreprises, si elles le souhaitent un cadre de référence relatif à la
production ou à l’amélioration d’un reporting sociétal, afin de publier un outil de qualité.
Lors des enquêtes effectuées auprès des entreprises ayant une démarche de RSE, il a été constaté
que la norme Global Reporting Initiative (GRI) s’avère floue pour certains et plusieurs
entreprises à Madagascar ne connaissent pas l’existence de la norme GRI. Ainsi, ce guide de
référence a pour objectif principal d’aider les entreprises localisées à Madagascar à produire ou
à améliorer leur outil de reporting sociétal. Il permet ainsi :
- d’uniformiser et de structurer le reporting sociétal ;
- de se familiariser aux indicateurs de référence, ISO 26000 pour la démarche de RSE et
la Global Reporting Initiative GRI pour le reporting de développement durable ;
- de faciliter une communication interne ou externe de leur démarche de RSE ;
- de rendre compte des activités sur les impacts écologiques et sociétaux engendrés par
les activités de l’entreprise ;
- d’être transparent envers les différentes parties prenantes ;
- de piloter et de suivre les impacts liés aux risques environnementaux et aux contraintes
sociales ;
317
Annexe 8 : Guide de rédaction d’un reporting sociétal pour les entreprises à Madagascar
Ce guide décrit les indicateurs de RSE et de développement durable à mettre en avant pour le
cas des entreprises localisées à Madagascar. Il s’agit d’un guide général, mais son contenu peut
évoluer selon le secteur d’activité, la taille de l’entreprise, le type de financement et les attentes
et stratégies d’entreprises.
Ce guide de référence relatif à la production d’un reporting sociétal de qualité est en phase test.
Il a été élaboré à titre indicatif et peut évoluer dans le temps.
Il est le fruit d’une étude empirique dans le cadre d’un doctorat en sciences de gestion. Il ne
doit pas être utilisé pour des fins commerciales. Son utilisation nécessite un accord préalable
de son auteur.
318
Annexe 8 : Guide de rédaction d’un reporting sociétal pour les entreprises à Madagascar
Présentation du périmètre
Doté d’une biodiversité unique au monde, Madagascar est très vulnérable à l’instabilité
politique, aux conséquences du changement climatique, à la corruption, aux fraudes, à la
pauvreté et à la malnutrition. Face à un ensemble de chocs internes et externes, ainsi qu’aux
déséquilibres structurels chroniques, Madagascar a connu une succession de dégradation et de
reprise de l’économie, une situation persistante d’endettement et d’incertitude des
investissements privés (Bureau International du Travail, 2017). Les indicateurs sociaux et de
revenu placent Madagascar au dernier rang des indices de développement humain (Groupe
Socota et al. 2014). Malgré sa richesse en ressources naturelles, il figure parmi les pays les plus
pauvres du monde (Champagne ardenne export, 2017). Depuis 2009, la crise politique sévit à
Madagascar, elle persiste et ne semble pas être résolue (Ministère de l’économie et du plan,
2015). L’économie est essentiellement tournée vers une agriculture dont la principale vocation
est l’autoconsommation (Sandron, 2008) et le tourisme. L’agriculture assure 80 % de l’emploi
dans le pays, mais ne présente que 16 % du PIB dans la mesure où 87 % des terres arables sont
utilisées dans le cadre d’une agriculture de subsistance (Ministère Fédéral de la Coopération
économique et du Développement, 2013). Après une période de déclin économique entre 2009
et 2013, une légère reprise est constatée depuis 2014. Le secteur minier est resté vigoureux, la
production agricole s'est lentement remise de l'invasion de criquets de 2013 et le tourisme s'est
redressé (Champagne ardenne export, 2017). Lors de la conférence des bailleurs et des
investisseurs (CBI) qui s’est tenue à Paris en décembre 2016, Madagascar a récolté près de 10
milliards de dollars de promesse lui permettant de mener à bien son Plan national de
développement. Ainsi, les partenaires techniques et financiers du pays se sont engagés à
soutenir Madagascar pour un montant de 6,4 milliards de dollars pour appuyer ses projets de
développement de 2017 à 2020 (éco-austral, 2017). Selon le président de la banque africaine de
développement (BAD) et la CBI, ce montant offre à Madagascar une perspective de combler le
fossé entre son potentiel et sa mise en œuvre effective. De l’autre côté, le directeur régional de
la banque mondiale pour Madagascar, les Seychelles et le Mozambique, a indiqué que l’heure
est maintenant venue de se focaliser sur la mise en œuvre des réformes en profondeur et des
investissements à long terme pour transformer le pays après la crise. Le secteur privé a
également annoncé une enveloppe de 3,3 milliards d’investissements (Banque Mondiale, 2016).
319
Annexe 8 : Guide de rédaction d’un reporting sociétal pour les entreprises à Madagascar
Les discussions avec ces investisseurs privés ont porté sur les opportunités, le climat des affaires
et le cadre réglementaire à Madagascar, les prérequis pour les investissements qui seraient
engagés, et la présidente du Gouvernement des entreprises de Madagascar (GEM) se dit
convaincue que l’investissement privé est la voie qui mène au développement (éco-austral,
2017). Jean Benoit Manthes, représentant adjoint de Unicef Madagascar a souligné également
dans la page 28 du magazine SIM que le secteur privé est l’un des gros potentiels pour assurer
un développement humain viable et équitable.
Aussi, ce guide de référence est élaboré à destination des entreprises ayant mis en place une
démarche de RSE et qui sont du secteur privé. Il peut être utilisé dans le cadre du secteur public
si ce dernier le trouve cohérent avec son contexte. Il ne constitue en aucun cas un cadre légal,
ni dune recommandation, mais une base de référence pour la production ou l’amélioration d’un
outil reporting RSE ou de développement durable.
Le Tableau 59 présente les informations importantes pour la production d’un reporting sociétal
de qualité.
I. Organisation du reporting
Selon Rivières (2006), le reporting sociétal est considéré par certaines entreprises comme un
simple outil de dialogue entre l’entreprise et ses différentes parties prenantes. Par ailleurs, les
tenants d’une comptabilité sociale lui reconnaissent une utilité dans la prise de décisions, surtout
pour les investisseurs et les clients. Ainsi, il est conseillé de produire annuellement un reporting
RSE ou de développement durable au même moment que l’établissement des rapports
financiers. Néanmoins, plusieurs entreprises dans le monde optent également pour un
320
Annexe 8 : Guide de rédaction d’un reporting sociétal pour les entreprises à Madagascar
Integrated Reporting (IR), qui intègre les informations relatives aux démarches de RSE et de
développement dans le rapport annuel de gestion. Toutefois, le reporting sociétal ne doit pas
empêcher la communication périodique des informations à travers d’autres supports écrits de
communication (cahiers de charges, plaquettes, brochures, chartes éthiques ou de gouvernance,
informations publiées sur le site internet de l’entreprise, etc.) ou oraux (médias, réunions
publiques, salons professionnels, etc.).
Les informations à faire figurer dans le reporting sociétal doivent couvrir la période de
l’exercice comptable :
Les informations doivent être collectées et vérifiées par un responsable désigné par l’entreprise
(de préférence un responsable de la démarche de RSE ou de développement durable).
Pour une meilleure transparence, il est conseillé que le reporting soit validé par un comité de
suivi qui regroupe un représentant de chacune des différentes parties prenantes internes et
externes (représentants de l’État, de la communauté locale, des investisseurs, des salariés, des
fournisseurs, des clients, etc.).
Il est conseillé de faire vérifier le reporting sociétal. Le contrôle interne et des missions d’audit
interne peuvent être mises en place, mais le recours à un organisme tiers indépendant (OTI)
permet d’assurer la crédibilité des informations publiées. La vérification externe n’est pas une
obligation, mais recommandée, car l’audit externe rassure les investisseurs quant à la fiabilité
des informations communiquées (Rivières, 2006).
321
Annexe 8 : Guide de rédaction d’un reporting sociétal pour les entreprises à Madagascar
Cette partie consiste à offrir des informations relatives au contenu du reporting sociétal en se
basant sur la recommandation du GRI, de l’ISO 26000 et des informations collectées auprès des
entreprises localisées à Madagascar.
1. Page de couverture
2. Page introductive
Les indicateurs environnementaux et sociétaux sont mis en avant, car le contexte de Madagascar
incite à se focaliser plus sur la prévention des risques environnementaux et des contraintes
sociales (pays vulnérable à l’instabilité politique, aux changements climatiques, à la corruption,
aux fraudes, à la pauvreté et aux malnutritions).
- mesurer les impacts et les conséquences engendrés par l’activité de l’entreprise sur
l’environnement et la société ;
- valoriser les activités de l’entreprise ;
322
Annexe 8 : Guide de rédaction d’un reporting sociétal pour les entreprises à Madagascar
- mesurer et d’améliorer les bonnes pratiques, les initiatives ou la politique RSE mises en
place par les entreprises ;
- rassurer les parties prenantes sur les activités de l’entreprise et d’anticiper leurs attentes.
Risques environnementaux
Total des dépenses et des investissements en matière de
Montant Montant
protections de l’environnement
Nombre de projets nécessitant une licence to operate ou
En nombre En nombre
un permis d’exploitation
Nombre d’accidents environnementaux constatés En nombre En nombre
Matières
En poids ou en En poids ou en
Consommation de matières
volume volume
En En
Matériaux consommés provenant des produits recyclés
pourcentage pourcentage
Énergie
Consommation d’électricité En kWh En kWh
Eau
Consommation d’eau En m3 En m3
Effluents et déchets
Déchets par type et par mode de traitement En poids En poids
Déchets transportés, importés, exportés ou traités et
En poids En poids
jugés dangereux
Produits et services
Produits vendus et leurs emballages recyclés ou En En
réutilisés par catégorie pourcentage pourcentage
323
Annexe 8 : Guide de rédaction d’un reporting sociétal pour les entreprises à Madagascar
324
Annexe 8 : Guide de rédaction d’un reporting sociétal pour les entreprises à Madagascar
325
- Diverses actions mises en place dans l’entreprise
o Actions mises en place à destination des salariés et de sa famille ;
o Actions de mécénat, de sponsoring et de crowdfounding ;
o …
326
Table des matières
REMERCIEMENTS ............................................................................................................................. 5
LISTE DES ABREVIATIONS............................................................................................................. 9
SOMMAIRE . ...................................................................................................................................... 11
INTRODUCTION GENERALE........................................................................................................ 13
1. Contexte général de la recherche ........................................................................................... 14
1. 1. Un environnement économique et politique tendu ........................................................ 15
1. 2. Des initiatives en faveur de la RSE et du développement durable à Madagascar ......... 16
2. Design de la recherche........................................................................................................... 20
2. 1. Les objectifs du chercheur ............................................................................................. 20
2. 2. L’objet de la recherche .................................................................................................. 21
2. 2. 1. Le développement durable ...................................................................................... 21
2. 2. 2. La responsabilité sociétale de l’entreprise (RSE) .................................................... 23
2. 2. 3. La norme Global Reporting Initiative ..................................................................... 24
2. 2. 4. L’outil de reporting sociétal .................................................................................... 25
2. 3. Problématique de la recherche....................................................................................... 26
2. 4. Méthodologie de la Recherche ...................................................................................... 28
2. 5. Théories mobilisées ....................................................................................................... 30
2. 6. Positionnement épistémologique et mode de raisonnement .......................................... 31
3. Plan de la recherche ............................................................................................................... 32
PARTIE 1. HYBRIDATION THEORIQUE DES PRATIQUES DE RSE ET DE L’OUTIL DE
REPORTING SOCIETAL .................................................................................................................. 33
Chapitre 1. Une approche historique des pratiques de RSE et de l’outil de reporting sociétal 35
Section 1. Le développement durable et la RSE ............................................................................ 37
1. Le concept de développement durable .................................................................................. 37
2. Le concept de la responsabilité sociétale de l’entreprise (RSE) ............................................ 39
(a) La conception américaine de la RSE ......................................................................... 39
(b) La conception européenne de la RSE ........................................................................ 44
3. Les différentes formes de la RSE : les objectifs stratégiques des entreprises ....................... 47
3. 1. Les typologies de la RSE............................................................................................... 47
3. 2. Exemple de forme de RSE en France ............................................................................ 48
4. Les motivations favorisant l’adoption de la démarche de RSE ............................................. 52
Section 2. L’outil de reporting sociétal .......................................................................................... 55
1. Le reporting sociétal : outil de gestion de la RSE ................................................................. 56
2. Le reporting sociétal : outil de légitimité, de gestion de l’image et de crédibilité des entreprises
59
3. Le reporting sociétal : outil complémentaire au reporting financier .................................... 60
Chapitre 3. Une approche méthodologique pour l’analyse des pratiques de RSE et de l’outil de
reporting sociétal .................................................................................................................................. 99
Section 1. Présentation de la méthode de collecte des données ................................................... 101
1. Les deux phases du travail de terrain .................................................................................. 105
1. 1. La phase exploratoire .................................................................................................. 105
1. 2. La phase d’analyse approfondie .................................................................................. 107
2. Méthodologie de recueil des données primaires et secondaires .......................................... 111
2. 1. La collecte des données primaires ............................................................................... 111
2. 1. 1. La collecte des données primaires par entretiens .................................................. 111
2. 1. 1. 1. Les entretiens individuels .............................................................................. 112
(a) L’entretien semi-directif .......................................................................................... 114
(b) L’entretien non-directif ........................................................................................... 115
2. 1. 1. 2. L’entretien de groupe ..................................................................................... 116
2. 1. 1. 3. Déroulement des entretiens ............................................................................ 120
2. 1. 2. La collecte des données primaires par questionnaire ............................................ 124
2. 2. La collecte des données secondaires ........................................................................... 126
Section 2. Les modalités de l’analyse de contenu thématique : recours au logiciel Nvivo 11 ..... 131
1. La retranscription des données collectées ........................................................................... 131
2. Fonctionnement du logiciel Nvivo 11 ................................................................................. 132
Etape 1. créer un projet ................................................................................................. 133
Etape 2. créer et importer les données dans les éléments internes de Nvivo 11 ........... 134
Etape 3. créer des « nœuds »......................................................................................... 136
Etape 4. encoder les sources d’éléments internes ......................................................... 138
328
Table des matières
Chapitre 4. L’analyse des pratiques de RSE et de l’outil de reporting sociétal : cas des
entreprises à Madagascar ................................................................................................................. 151
Section 1. Analyse des pratiques de RSE ..................................................................................... 153
1. Décomposition des 22 mini-cas en deux sous-groupes ....................................................... 155
2. Les pratiques RSE des deux mini-cas du secteur minier ..................................................... 158
2. 1. Les facteurs favorisant l’adoption de la démarche de RSE ......................................... 158
2. 2. Les objectifs stratégiques et les formes de RSE pratiquées ......................................... 168
3. Les pratiques RSE des vingt mini-cas ................................................................................. 173
3. 1. Les facteurs favorisant l’adoption de la démarche de RSE ......................................... 174
3. 2. Les objectifs stratégiques et les formes de RSE pratiquées ......................................... 186
Section 2. Analyse de l’outil de reporting sociétal ...................................................................... 193
1. Les différents supports de communication des informations sociales et environnementales
……………………………………………………………………………………………..195
2. Les motivations pour produire un reporting sociétal .......................................................... 199
2. 1. Les motivations des entreprises produisant un reporting sociétal : étude auprès de neuf
mini-cas ................................................................................................................................... 200
2. 1. 1. Les pressions institutionnelles expliquant la production d’un reporting sociétal . 200
(a) L’influence des investisseurs ou des partenaires étrangers ................................ 203
(b) L’influence de la société mère ............................................................................. 203
(c) L’influence de l’Office National pour l’Environnement...................................... 204
2. 1. 2. L’impact des objectifs stratégiques sur l’outil reporting sociétal ......................... 205
(a) Le reporting sociétal, outil d’information et de reddition ................................... 205
(b) Le reporting sociétal, un outil de légitimité, de gestion de l’image, de crédibilité et
de marketing ................................................................................................................ 209
(c) Le reporting sociétal, outil de diagnostic, de dialogue social et d’aide à la prise de
décision........................................................................................................................ 212
(d) Le reporting sociétal, un outil de transparence .................................................. 217
2. 2. Les motivations des entreprises ne produisant pas de reporting sociétal : étude auprès de
treize mini-cas ......................................................................................................................... 222
(a) Pour rendre compte aux parties prenantes et pour l’information ...................... 225
(b) Pour entretenir la visibilité et pour la gestion de l’image de l’entreprise .......... 226
(c) Le reporting sociétal comme outil d’aide à la prise de décision ......................... 227
3. Les facteurs freinant la production de l’outil de reporting sociétal..................................... 229
(1) Les contraintes liées à la taille des entreprises : contraintes financières, matérielles
et de temps ................................................................................................................... 230
(2) Les contraintes liées à l’accès à l’information ................................................... 232
La méconnaissance des cadres de référence existants en matière de RSE et de
diffusion des informations sociales et environnementales .......................................... 232
Les freins liés à une collecte des informations pertinentes et de qualité ............... 233
4. Vérification des hypothèses sur la production de l’outil de reporting sociétal ................... 234
Hypothèse 1. L’environnement socio-économique influence positivement la production
de l’outil de reporting sociétal ........................................................................................ 234
329
Table des matières
330
Résumé
Madagascar est doté d’une biodiversité unique au monde mais très vulnérable aux conséquences du
changement climatique, à l’instabilité politique, à la corruption et aux fraudes. Depuis quelques
années (2014-2016), la promotion de la responsabilité sociétale de l’entreprise (RSE) figure parmi
les priorités du Ministère de l’Environnement, de l’Ecologie et des Forêts (MEEF) malgache afin
de contribuer d’une manière significative à la réalisation des objectifs de développement durable.
Néanmoins, aucun texte de loi dédié à la RSE n’existe, et pourtant, Harison (2013) a montré que la
notion de la RSE se fait sentir et que les entreprises ont fait des avancées majeures et ont réalisées
plusieurs initiatives louables en la matière. Cette recherche a été réalisée auprès de 22 entreprises
ayant adopté une démarche de RSE à Madagascar à travers une analyse de contenu thématique à
l’aide du logiciel Nvivo 11 permettant de répondre à la problématique de recherche : Quels sont
les facteurs favorisant la mise en pratique de la RSE et de son instrumentation via le reporting
sociétal ?
Ainsi, la recherche a permis d’élaborer un modèle contextuel inspiré du modèle de contingence de
Lüder (1992) via une hybridation entre la théorie néo-institutionnelle de DiMaggio et Powell (1983)
et de la théorie de la contingence de Lawrence et Lorsch (1967).
Mots clés : RSE – reporting sociétal – modèle – facteurs - Madagascar
Abstract
Madagascar is endowed with a unique biodiversity in the world but highly vulnerable to the
consequences of climate change, political instability, corruption and fraud. In recent years, the
promotion of corporate social responsibility reporting (CSR) has been one of the priorities of
Madagascar's Ministry of the Environment, Ecology and Forests (MEEF) in order to contribute
significantly to the achievement of sustainable development objectives. Nevertheless, no legislation
dedicated to CSR exists, and yet Harison (2013) has shown that the notion of CSR is being felt and
that companies are experiencing major progress and several commendable initiatives in this area.
This research was carried out with 22 companies that have adopted a CSR approach in Madagascar
through a thematic content analysis using the Nvivo 11 software to answer the research question:
What are the factors that promote the implementation of CSR and this instrumentation through
societal reporting?
Thus, the research made it possible to develop a contextual model inspired by Lüder's (1992)
contingency model via a hybridisation between DiMaggio and Powell's (1983) neo-institutional
theory and Lawrence and Lorsch's (1967) contingency theory.
Keywords : CSR – corporate social reporting – model – factors - Madagascar