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Felana Rabekolo Thèse 2019

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Modélisation du processus d’adoption de la démarche

RSE et de son instrumentation via le reporting sociétal :


cas des entreprises localisées à Madagascar
Felana Rabekolo

To cite this version:


Felana Rabekolo. Modélisation du processus d’adoption de la démarche RSE et de son instrumenta-
tion via le reporting sociétal : cas des entreprises localisées à Madagascar. Gestion et management.
Université de Poitiers (France); IAE, 2019. Français. �NNT : �. �tel-03023480�

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THESE
Pour l’obtention du grade de

DOCTEUR DE L’UNIVERSITE DE POITIERS

ECOLE DOCTORALE ED 613 SSTSEG


SCIENCES DE LA SOCIETE, TERRITOIRES, SCIENCES ECONOMIQUES ET DE GESTION

Laboratoire CEREGE – CENTRE DE RECHERCHE EN GESTION – EA1722

Modélisation du processus d’adoption de la démarche RSE et de son instrumentation via le


reporting sociétal
Cas des entreprises localisées à Madagascar

Thèse présentée et soutenue publiquement à l’IAE de Poitiers

Le
12 décembre 2019

Par
Felaniainamalala Prisca Michèle RABEKOLOKOLOMANANA
(dit Felana RABEKOLO)

COMPOSITION DU JURY

Directeur de thèse Madame Evelyne LANDE


Professeur des Universités, Université de Poitiers
Co-directeur de thèse Monsieur Pascal BARNETO
Professeur des Universités, Université de Bordeaux

Rapporteurs Monsieur Nicolas BERLAND


Professeur des Universités, Université de Paris Dauphine PSL
Madame Sophie SPRING
Professeur des Universités, Montpellier Management

Suffragant Monsieur Benjamin DREVETON


Professeur des Universités, Universités de Poitiers
2
L’Université de Poitiers n’entend donner
aucune approbation, ni improbation aux opinions
émises dans cette thèse : ces opinions doivent être
considérées comme propres à leur auteur.

3
REMERCIEMENTS

Nous tenons à exprimer notre plus grande reconnaissance envers ceux qui ont rendu possible la
réalisation de cette thèse. La thèse est un travail de longue haleine et un effort agréable qui
demande beaucoup de ténacité, de persévérance et de rigueur de la part du thésard, ainsi que de
compréhension et de confiance de la part de son entourage.

En premier lieu, nous adressons nos vifs remerciements au Professeur Evelyne LANDE et au
Professeur Pascal BARNETO, nos co-directeurs de thèse d’avoir cru en nous et en notre sujet.
Merci pour votre dévouement, votre encadrement rigoureux et vos conseils avisés sans lesquels
nous n’aurions pas pu effectuer ce travail. Nous tenons à vous témoigner notre reconnaissance
pour l’implication et la ténacité dont vous avez fait preuve tout au long de la thèse.

Ensuite, nous remercions le Professeur Nicolas BERLAND, le Professeur Sophie SPRING et


le Professeur Benjamin DREVETON d’avoir accepté de consacrer un temps précieux à être
juge de ce travail de recherche.

Nous souhaitons également remercier les organismes et personnes qui nous ont donné
l’opportunité de travailler sur ce sujet, ainsi exprimons notre profonde gratitude envers :
- l’école doctorale Sciences de la Société, Territoires, Sciences Economiques et de
Gestion (SSTSEG) – 613 de l’Université de Poitiers et son directeur adjoint le
Professeur André LEROUX
- le Centre de Recherche en Gestion (CEREGE) – EA1722 de l’IAE de Poitiers, notre
laboratoire de rattachement et son directeur le Professeur Benjamin DREVETON
- le Bureau de Recherche sur les Activités Innovatrices (BRAIN) de l’INSCAE
Madagascar, notre laboratoire d’accueil pour les études de terrain et son responsable le
Docteur Hasina RASOLONJATOVO
- l’Agence Universitaire Francophone (AUF), pour le financement de la mobilité sur le
terrain
- le Professeur Jérôme MERIC, directeur de l’IAE de Poitiers
- le Professeur Victor HARISON, directeur de l’école doctorale de l’INSCAE
Madagascar

5
- Madame Ulrichia RABEFITIAVANA, présidente directeur général du cabinet Ur-CSR
Consulting et organisatrice du salon RSE et IDD à Madagascar et tous les participants
du salon RSE et IDD
- Monsieur David ROGER, président directeur-fondateur du cabinet Buy your way
- Madame Véronique PERDIGON, présidente du groupe AXIAN
- Madame Isabelle SALABERT, présidente de la Fondation Telma et de la plateforme
humanitaire du secteur privé (PHSP) et tous les membres de la PHSP
- les autres entreprises (Groupe Socota, Miray Confec) qui nous ont accordé leur temps
pour la réalisation de ce travail

Nous remercions toutes les personnes ayant participé de près ou de loin à la réalisation de ce
travail notamment nos différents interlocuteurs. Un grand merci à tous les collègues du
CEREGE et du BRAIN pour leurs soutiens et leurs remarques qui ont été si précieux.

Une pensée particulière à toute la famille et aux amis à Madagascar, en France (Poitiers, Paris,
Toulouse, Nice, Le Mont, La Roche-sur-Yon, Nantes, Marseille), en Allemagne, en Chine, en
Algérie, au Burundi et au Canada. Merci pour vos encouragements, votre compréhension et
votre aide. Je remercie tout particulièrement mes parrains Pierre et Evelyne SCHICK qui m’ont
toujours soutenu depuis le jour où j’ai décidé de venir poursuivre mes études en France. Merci
beaucoup pour tous les moments formidables partagés avec vous et vos conseils. Je remercie
également mes amis et collègues : Clément CARN, Clémence CHAUSSEBOURG, Laura
ESPINASSE, Laurent GIRAUD, Audrey MORILLON, RAKOTONIRINA Hasimbola Jean
Paulin, RAKOTONIZAO Avotraina Henintsoa, Dimbi RAMONJY RABEDAORO et Jérémy
Tantely RANJATOELINA. Merci beaucoup pour tout.

Pour mes parents RABEKOLOKOLOMANANA Alexis Michel et RASOARIMALALA


Adeline. Merci d’avoir cru en moi, pour votre soutien et votre patience. Côtoyer quelqu’un en
thèse n’est pas toujours facile, alors merci beaucoup de m’avoir supportée pendant toute cette
période. Ainsi, il me semble tout à fait légitime de vous dédier cette thèse, surtout à toi Papa,
toi qui a toujours aimé les études, qui a sacrifié ta propre vie pour que nous puissions avoir une
vie meilleure que la tienne. C’est toi qui m’a toujours appris le système « D ». Papa, maman,
elle est pour vous cette thèse. Vous avez atteint vos objectifs. Malgré les difficultés rencontrées
depuis ma naissance, vous m’avez toujours offert le maximum. Alors, un grand bravo et un
grand merci.

6
À mes parents,

7
Liste des abréviations

ADDEV Association de développement durable et de l'économie verte


AFNOR Association Française de NORmalisation
AMF Autorité des marchés financiers
ARSE Afrique RSE
BAD Banque Africaine de développement
BIANCO Bureau indépendant anti-corruption
BNGRC Bureau national de gestion des risques et catastrophes
CBI Conférence des bailleurs et des investisseurs
CED Conseil économique de développement
CERES Coalition for Environnemental Responsible Economies
CFDT Confédération Française Démocratique du Travail
CFE Confédération Française de l’Encadrement
CFTC Confédération Française des Travailleurs Chrétiens
CGC Confédération Générale des Cadres
CGT Confédération Générale du Travail
CSR Corporate Social Responsibility
CTE Comité technique d’évaluation
DD Développement durable
EIE Etude d'impact environnemental
EISE Evaluation de l’impact social et environnemental
EMAS Eco-Management and Audit Scheme
EPP Ecole primaire publique
ES Entrepreneuriat social
GEM Gouvernement des entreprises de Madagascar
GRI Global Reporting Initiative
IAASB International Auditing and Assurance Standards Board
IFAC International Federation of Accountants
IFC International Finance Corporation
IIRC International integrated reporting council
INSEE Institut national de la statistique et des études économiques (en France)
INSTAT Institut national de la statistique (à Madagascar)
ISE Informations sociales et environnementales
ISO International Standardization Organization
ISR Investissement Socialement Responsable
MECIE Mise en compatibilité des investissements sur l'environnement
MEEF Ministère de l'environnement, de l’écologie et des forêts
MIDSP Ministère de l’industrie et du développement du secteur privé
NRE Nouvelle Régulation Economique
ONE Office national pour l'environnement

9
ONG Organisations non gouvernementales
ONU Organisation des nations unies
ONUDI Organisation des nations unies pour le développement industriel
ORSE Observatoire de la responsabilité sociétale des entreprises
OTI Organisme tiers indépendant
PDCA Plan Do Check Act
PERCO Plan d’épargne retraite collectif
PERP Plan d’épargne retraite populaire
PGEP Plan de gestion environnementale du projet
PGES Plan de gestion environnementale spécifique
PHSP Plateforme humanitaire du secteur privé
PME Petite et moyenne entreprise
PNC Plan national de contingence
PNUD Programme des nations unies pour le développement
PNUE Programme d’Environnement des Nations Unies
PREE Programme d'engagement environnemental
PSE Performance sociale et environnementale
PTF Partenaire technique financier
PTO Partnership to operate
RSE Responsabilité sociétale des entreprises
SIM Syndicat des industries de Madagascar
SNGRC Stratégie Nationale de Gestion des Risques et des Catastrophes
UIC Union des industries chimiques
UNOCHA United nations office for the coordination of humanitarian affairs

10
Sommaire

REMERCIEMENTS .......................................................................................................................... 5

LISTE DES ABREVIATIONS .......................................................................................................... 9

SOMMAIRE …………………………………………………………………………………………………………………………11

INTRODUCTION GENERALE ...................................................................................................... 13


PARTIE 1. HYBRIDATION THEORIQUE DES PRATIQUES DE RSE ET DE L’OUTIL DE
REPORTING SOCIETAL ................................................................................................................ 33

Chapitre 1. Une approche historique des pratiques de RSE et de l’outil de reporting sociétal......... 35
Section 1. Le développement durable et la RSE ............................................................................ 37
Section 2. L’outil de reporting sociétal .......................................................................................... 55

Synthèse du chapitre 1 ....................................................................................................................................... 63

Chapitre 2. Une approche contingente et institutionnelle des pratiques de RSE et de l’outil de


reporting sociétal................................................................................................................................................ 67
Section 1. Une approche contingente et institutionnelle de l’outil de reporting sociétal ............... 69
Section 2. Une approche institutionnelle des pratiques de RSE et de l’outil de reporting sociétal 85

Synthèse du chapitre 2 ....................................................................................................................................... 93


PARTIE 2. PROCESSUS D’ANALYSE DES PRATIQUES DE RSE ET DE L’OUTIL DE
REPORTING SOCIETAL ................................................................................................................ 97

Chapitre 3. Une approche méthodologique pour l’analyse des pratiques de RSE et de l’outil de
reporting sociétal................................................................................................................................................ 99
Section 1. Présentation de la méthode de collecte des données ................................................... 101
Section 2. Les modalités de l’analyse de contenu thématique : recours au logiciel Nvivo 11 ..... 131

Synthèse du chapitre 3 ..................................................................................................................................... 149

Chapitre 4. L’analyse des pratiques de RSE et de l’outil de reporting sociétal : cas des entreprises à
Madagascar…. .................................................................................................................................................. 151
Section 1. Analyse des pratiques de RSE ..................................................................................... 153
Section 2. Analyse de l’outil de reporting sociétal ...................................................................... 193

Synthèse du chapitre 4 ..................................................................................................................................... 237

CONCLUSION GENERALE ........................................................................................................ 241

BIBLIOGRAPHIE ......................................................................................................................... 253

LISTE DES ILLUSTRATIONS ..................................................................................................... 269

TABLE DES MATIERES .............................................................................................................................. 327

11
Introduction Générale

« Les questions sociétales, qu’elles soient plus


précisément liées aux aspects sociaux ou aux problèmes
environnementaux, font l’objet d’une attention
particulière et sont régulièrement sous les feux de
l’actualité » (Ory et Petitjean, 2014).

Au niveau international, la responsabilité sociétale des entreprises (RSE) est devenue une
préoccupation majeure ces dernières années. En France, selon l’enquête (INSEE, 2017) menée
par l’institut national de la statistique et des études économiques, un quart des entreprises
reconnaissent spontanément en 2016 que leur activité a un impact fort ou très fort sur
l’environnement. À Madagascar, aucune statistique n’est disponible sur ce sujet. Toutefois, le
décret 99-954 du 15 décembre 1999, modifié par le décret du 3 février 2004, relatif à la mise en
compatibilité de l’investissement sur l’environnement à Madagascar (MECIE) exige des
projets d’investissements publics ou privés, qu’ils soient soumis ou non à une autorisation ou à
une approbation d’une autorité administrative, de faire l’objet d’une étude d’impact sur
l’environnement.

L’étude du contexte, présentée ci-après, permet de comprendre les prémisses de cette recherche
doctorale, de s’interroger sur la place du secteur privé comme vecteur de développement de
Madagascar et de présenter succinctement les raisons qui peuvent inciter l’adoption des
démarches de responsabilité sociétale des entreprises (RSE) et de développement durable à
Madagascar.

Au niveau de la littérature, le développement durable (DD) et la responsabilité sociétale des


entreprises (RSE) sont deux concepts bien distincts. Selon le rapport de Brundtland (1987), le
développement durable a pour objectif de « satisfaire aux besoins présents sans compromettre
la capacité des générations futures à répondre aux leurs ». Pour la RSE, c’est la définition de
Caroll (1979) qui est la plus répandue. L’auteur définit le concept de la RSE comme « une
manière de gérer l’entreprise de telle façon qu’elle soit profitable économiquement, qu’elle
respecte la loi et qu’elle respecte l’éthique ». Au niveau managérial, le concept de

13
Introduction générale

développement durable (DD) et de la RSE sont souvent mal cernés : les managers ont du mal à
faire la différence entre les deux concepts, ce qui se traduit souvent par une convergence des
deux concepts ou tout au moins une utilisation interchangeable de ces deux termes, surtout dans
les pays en développement et dans les petites et moyennes entreprises (PME). Une première
étude effectuée dans le cadre du master recherche a permis de constater une confusion dans
l’usage des concepts de développement durable et de la RSE à Madagascar. Ainsi, la revue de
littérature dans la partie 1 de la recherche permet de constater que, le concept de la RSE résulte
de l’application volontaire du concept de développement durable. C’est pourquoi, le terme RSE
est utilisé tout au long de cette recherche. Le Tableau 1 présente une structure de l’introduction
générale de la recherche.

Tableau 1 : Structure de l’introduction générale de la recherche


1. Contexte général de la recherche
1. 1. Un environnement économique et politique tendu
1. 2. Des initiatives en faveur de la RSE et du développement durable à Madagascar

2. Design de la recherche
2. 1. Les objectifs du chercheur
2. 2. L’objet de la recherche
2. 3. Problématique de la recherche
2. 4. Méthodologie de la Recherche
2. 5. Théories mobilisées
2. 6. Positionnement épistémologique et mode de raisonnement

3. Plan de la recherche

1. Contexte général de la recherche

Le contexte est indispensable pour interpréter les performances d’une organisation car le
développement durable n’est pas uniquement celui de l’entreprise mais celui de la planète
(Capron et Quairel-Lanoizelée, 2003). Cette recherche doctorale s’ancre dans un contexte
particulier, celui de Madagascar, qui a été fortement marqué par l’instabilité politique, la
corruption, les fraudes, ainsi qu’une forte vulnérabilité aux conséquences du changement
climatique : épisodes de sécheresses, suivi par des pluies abondantes et des cyclones, etc.
(cf. Encadré 1).

14
Introduction générale

Encadré 1 : Madagascar et sa vulnérabilité au changement climatique

Depuis des années, la famine sévit dans le Sud de Madagascar. Elle est caractérisée par la rareté des biens
alimentaires à cause du sol improductif relatif à l’aridité du climat. Les populations survivent en se nourrissant
d’éléments qui tombent entre leurs mains tels que le cactus, le tamarin, le manioc, l’eau de pluie boueuse etc…
(Linfo.re, s.d.)

En février 1994, le cyclone Geralda a impacté la région de Toamasina à l’Est de Madagascar. Il a provoqué des
dégâts importants et la mort de 271 personnes (CycloneOI, s.d.).

En mars 2004, le cyclone Gafilo a touché les côtes Nord-Est de Madagascar dans la nuit. La région d’Antalaha
au Nord de Madagascar est détruite à 85%. Gafilo a traversé tout Madagascar d’est en ouest semant désastre et
désolation sur son parcours meurtrier. Le bilan du périple de GAFILO sur la grande île est catastrophique,
puisque 283 décès et des dégâts impressionnants sont constatés (CycloneOI, s.d.).

En janvier 2019, Madagascar est frappé par des pluies violentes et abondantes. À Antananarivo, la capitale de
Madagascar, plusieurs quartiers sont inondés et des maisons se sont effondrées, et ont engendré des morts et
des blessés (Express de Madagascar, s.d.).

Pour bien comprendre ce contexte nous allons présenter brièvement le contexte économique et
politique de Madagascar. Les initiatives en matière de RSE sont présentées ensuite tout comme
la justification du choix de ce sujet.

1. 1. Un environnement économique et politique tendu

Madagascar est la 5ème plus grande île du monde après l’Australie, le Groenland, la Nouvelle-
Guinée et l’île de Bornéo en Indonésie, avec une superficie de 587 295 km2 et 24 millions
d’habitants en 2017 (Population Data, 2017). Madagascar a de nombreuses ressources
naturelles renouvelables et non renouvelables, mais qui sont encore peu exploitées
(Ramdoo et Randrianarisoa, 2016).

En 2009, Madagascar est entré dans une période de déclin économique avec une légère reprise
depuis 2014 : le secteur de l’industrie minière est vigoureux, la production agricole s'est
lentement remise de l'invasion de criquets de 2013 et le tourisme s'est redressé
(Champagne Ardennes export, 2017). La présence des industries extractives a largement
modifié l’impact de ces secteurs sur les dynamiques politiques, les perspectives économiques,
le tissu social, les communes riveraines et bien entendu l’environnement (Ramdoo et
Randrianarisoa, 2016). Lors de la conférence des bailleurs et des investisseurs (CBI) qui s’est
tenue à Paris en décembre 2016, Madagascar a récolté près de dix milliards de dollars de
promesses de dons lui permettant de mener à bien son plan national de développement. Les
partenaires techniques et financiers du pays se sont engagés à soutenir Madagascar pour un
montant de 6,4 milliards de dollars afin d’appuyer ses projets de développement de 2017 à 2020

15
Introduction générale

(éco-austral, 2017). Selon le président de la banque africaine de développement (BAD) et la


conférence des bailleurs et des investisseurs (CBI), ce montant offre à Madagascar une
perspective de combler le fossé entre son potentiel industriel et sa mise en œuvre effective. En
plus des dons, Madagascar souhaite appuyer son développement à travers des investissements
directs étrangers ou malgaches et le secteur privé a annoncé une enveloppe de 3,3 milliards
d’investissements (Banque Mondiale, 2016). La présidente du Gouvernement des entreprises
de Madagascar (GEM) se dit convaincue que l’investissement privé est la voie qui mène au
développement de Madagascar (éco-austral, 2017). Dans le guide de RSE et des initiatives pour
le développement durable (2016), l’Unicef Madagascar appelle à un engagement sincère des
entreprises : « le secteur privé doit assurer un développement humain viable et équitable ».
D’après France diplomatie (2017), la croissance économique a atteint 3,4% du PIB en 2015,
4,1% en 2016 et une prévision de 4,5% en 2017, une croissance encourageante soutenue par les
secteurs de l’agroalimentaire, du tourisme, des infrastructures et de l’aménagement, de la
grande consommation et des exportations.

Cette croissance économique ne doit pas faire oublier les conséquences toujours présentes des
troubles politiques de 2009 qui ont permis le développement d’activités illicites, d’exportations
et de trafics en tout genre tels que les bois précieux. Ces activités menacent la disparition
effective des dernières forêts, ainsi que des communautés et de la faune qu’ils abritent.
La situation politique de Madagascar aggrave la situation économique, sociale et
environnementale du pays. Ainsi, des initiatives en faveur de la RSE et du développement
durable ont vu le jour ces dernières années.

1. 2. Des initiatives en faveur de la RSE et du développement durable à


Madagascar

Depuis quelques années, la promotion de la RSE figure parmi les priorités du Ministère de
l’Environnement, de l’Ecologie et des Forêts (MEEF) malgache, afin de contribuer d’une
manière significative à la réalisation des objectifs de développement durable 8 et 12
(cf. Tableau 7 infra, page 38).
- L’objectif n°8 concerne la thématique du « travail décent et croissance économique ».
Il consiste à promouvoir des politiques qui favorisent l’entrepreneuriat et la création de
l’emploi. Depuis quelques années, de nombreux entrepreneurs malgaches participent
activement à des concours de start-up national ou international tel que « Startupper
de l’année » organisé par Total. Ce concours vise à encourager et à soutenir les

16
Introduction générale

initiatives entrepreneuriales des jeunes dans le monde dans divers secteurs d’activité.
En 2016, 34 pays africains ont participé au challenge et plus de 340 projets sur 500 ont
été sélectionnés dont dix projets d’entrepreneurs malgaches qui ont eu la chance de
gagner un soutien financier et un accompagnement personnalisé pour le développement
de leur start-up (AfrocentrikLab, s.d.).
- L’objectif n°12 concerne la thématique de la « consommation et production
responsables ». Il consiste à encourager les industries, les entreprises et les
consommateurs à recycler leurs déchets et à en réduire le volume. L’industrie de la
papeterie de Madagascar (Papmad) propose et incite les grandes entreprises et le grand
public à utiliser des papiers recyclés. En 2010, une charte pour le développement durable
a été signée entre la société Papmad et l’organisation des nations unies pour le
développement industriel (ONUDI) à Madagascar. La société Papmad récupère les
papiers et les cartons usagers auprès des grandes entreprises afin de les recycler.
Toutefois, le recyclage des déchets n’est pas encore la préoccupation première des
malgaches.

Madagascar est doté d’une biodiversité unique au monde mais très vulnérable aux conséquences
du changement climatique. C’est pourquoi le Ministère de l’Environnement, de l’Ecologie et
des Forêts (MEEF) a mis en place en 1999 le décret n° 99-954, modifié par le décret du
3 février 2004 relatif à la « Mise en compatibilité des investissements sur
l’environnement (MECIE) ». Le décret a pour objet de « fixer les règles et les procédures à
suivre en vue de la mise en compatibilité des investissements avec l’environnement et de
préciser la nature, les attributions respectives et le degré d’autorité des institutions ou
organismes habilités à cet effet ». Ce cadre réglementaire définit le rôle des différents acteurs
et les projets soumis à une étude, qui prend la forme d’une « étude d’impact
environnemental (EIE1) » ou d’un « programme d’engagement environnemental (PREE) »
selon le type de projet ou du secteur d’activité qui sont décrits dans l’annexe 1 et 2 du décret
MECIE. Les projets soumis à cette étude d’impact doivent obligatoirement obtenir une
« licence to operate » ou un « permis d’exploitation » avant même le début de l’exploitation.
Pour la partie sociale, Wachsberger et al. ont réalisé en 2016 à travers un film d’Alban Biaussat

1
L’étude d’impact environnemental est « une étude permettant l’analyse scientifique et préalable des impacts
potentiels prévisibles d’une activité donnée sur l’environnement, et en l’examen de l’acceptabilité de leur niveau
et des mesures d’atténuation permettant d’assurer l’intégrité de l’environnement dans les limites des meilleures
technologies disponibles à un coût économiquement acceptable. Elle s'effectue avant toute prise de décision ou
d'engagement important » (loi 2015-003 portant sur charte de l’environnement Malagasy).

17
Introduction générale

et Michel Tabet intitullé « Zana-bahoaka ! Le néo-rebelle Malagasy2 » une étude sur les
perceptions et attentes citoyennes concernant l’exercice du pouvoir à Madagascar. Dans le
cadre de ce film, Erick Rajaonary président directeur général d’une petite et moyenne entreprise
(PME) spécialisée dans la production d’engrais biologiques à Madagascar déclare que « la
population a son rôle à jouer dans le redressement social, économique du pays, qu’elle peut
avoir sa place dans la vie active mais on n’arrive pas à l’identifier parce qu’une grande partie
de cette population vit actuellement dans le secteur informel ».

Le secteur privé, en tant que vecteur du développement de Madagascar, conscient des risques
engendrés par la dégradation de la situation économique, sociale et environnementale du pays,
a mis en place des initiatives de RSE :
- en 2014 : création de la plateforme humanitaire du secteur privé (PHSP) par la fondation
Telma, lancée officiellement le 5 décembre 2015 à Antananarivo3 (PHSP, s.d.). La
plateforme regroupe des entreprises de différents secteurs d’activité et des consultants
en RSE. La plateforme PHSP a été créée à la suite de l’obtention du prix du meilleur
acteur humanitaire organisé par United nations office for the coordination of
humanitarian affairs (UNOCHA) et le bureau national de gestion des risques et
catastrophes (BNGRC). Dans le cadre de ce prix, la fondation Telma a été considérée
comme modèle4 du fait de ses actions humanitaires à Madagascar. L’UNOCHA et le
BNGRC ont sollicité la fondation Telma pour être le leader et inciter ses pairs à suivre
son chemin. D’où, l’initiative de mettre en place la plateforme humanitaire du secteur
privé ;
- en 2015 : célébration du 20ème anniversaire du décret relatif à la mise en compatibilité
de l’investissement sur l’environnement à Madagascar (MECIE), au cours duquel
Thierry Tené, directeur « Afrique de la RSE (ARSE) », un cabinet d’expertise spécialisé
dans l’économie durable en Afrique a annoncé que Madagascar peut devenir un pays de
référence en Afrique francophone en matière de RSE ;
- en 2016 : la Fondation Telma, en collaboration avec l’administration publique, construit
cent écoles primaires publiques en deux ans ;

2
Malagasy ou malgache sont indifféremment utilisés pour désigner les habitants de Madagascar.

3
Antananarivo est la capitale de Madagascar. Elle se situe dans la région des Hautes terres centrales du pays.

4
Le terme « modèle » ici ne se réfère pas au sens de la littérature mais plutôt à un sens du terrain qui signifie servir
de référence.

18
Introduction générale

- en 2016 : organisation du premier salon professionnel sur la RSE et le développement


durable par le cabinet UR-CSR consulting, en partenariat avec le ministère de l’industrie
et du développement du secteur privé, et le ministère de l’environnement, de l’écologie
et des forêts ;
- en 2017 : création de l’association de développement durable et de l’économie verte
(ADDEV) regroupant des entreprises du secteur privé, des organisations non
gouvernementales (ONG), des cabinets de conseil en RSE et des cabinets d’audit ;
- en 2018 : publication du premier guide pratique pour la démarche de responsabilité
sociétale et de développement durable à Madagascar (guide RSE 2016) ;
- en 2018 : mise en place d’une association de gouvernance par le cabinet Buy your way
(cabinet de consultance en RSE).

Ensuite, la lutte contre la corruption s’est traduite par la promulgation du décret n°2002-1128
portant la création d’un conseil supérieur de lutte contre la corruption à Antananarivo. Le
bureau indépendant anti-corruption (BIANCO), siégeant à Antananarivo est promulgué
le 5 octobre 2004 par le décret n°2004-937. Le 3 mars 2006, une branche territoriale a été mise
en place à Fianarantsoa5, le 10 avril 2008 à Antananarivo et le 30 mai 2008, à Mahajanga6.

Le Schéma 1 présente le lien de causalité entre le contexte économique, social et


environnemental de Madagascar avec l’initiative RSE.

5
Fianarantsoa est une ville des Hautes terres de Madagascar, chef-lieu de la région Haute Matsiatra qui est l’une
des 22 régions de Madagascar.

6
Mahajanga est une ville portuaire de la côte nord-Ouest de Madagascar, chef-lieu de la région de Boeny qui fait
également partie des 22 régions de Madagascar.

19
Introduction générale

Schéma 1 : Le contexte de Madagascar versus initiative RSE

Source : auteur

2. Design de la recherche

Le design de la recherche est un élément crucial pour tout projet de recherche empirique, quels
que soient l’objet de recherche et le point de vue méthodologique choisis (Grunow, 1995). Il
consiste à exposer les objectifs du chercheur, l’objet et la problématique de la recherche, la
méthodologie adoptée, les théories mobilisées et le positionnement épistémologique.

2. 1. Les objectifs du chercheur

D’après Maxwell (1998), une étude peut avoir trois objectifs : des objectifs personnels, des
objectifs pratiques et des objectifs intellectuels.

Comme tout projet académique, cette recherche s’inscrit dans un objectif personnel, qui se
rattache à l’objectif professionnel de rejoindre le corps des enseignants chercheurs à moyen
terme et de devenir professeur des universités à long terme. Le deuxième objectif est beaucoup
plus pratique. Il consiste à enrichir les connaissances sur le concept de RSE et de l’outil de
reporting sociétal tant pour le monde académique que managérial. L’objectif intellectuel quant
à lui permet de comprendre le contexte particulier dans lequel les acteurs agissent et ainsi, de
cerner l’influence du contexte sur leurs actions (Maxwell, 1998). Cette recherche s’intéresse au
contexte de Madagascar qui est surtout marqué par l’instabilité politique, la vulnérabilité au
changement climatique, la corruption, les fraudes, la pauvreté et la malnutrition. Enfin, la

20
Introduction générale

recherche a également pour objectif d’enrichir les connaissances pour tous les pays présentant
un contexte similaire.

2. 2. L’objet de la recherche

Depuis plus de cinquante ans, le monde des affaires porte un intérêt particulier aux concepts de
développement durable et de RSE. Toutefois, les deux concepts ont une histoire différente à
l’instar du protocole de Kyoto en 1997, qui a engendré une réduction des émissions de gaz à
effets de serre jusqu'à la normalisation internationale de Global Reporting Initiative (GRI) qui
est le produit d’un processus technique et d’un processus politique. De plus, les dirigeants
d’entreprises ont du mal à faire la différence entre le concept de développement durable et de
la RSE, surtout dans les pays en développement et dans les petites et moyennes entreprises
(PME). En effet, les deux concepts apparaissent comme ambiguës et se traduisent souvent par
une utilisation interchangeable.

2. 2. 1. Le développement durable

Selon le rapport de Brundtland en 1987, « le développement durable, s’est s’efforcé à répondre


aux besoins du présent sans compromettre la possibilité pour les générations à venir de
satisfaire les leurs ». Le concept se réfère au principe du triple bottom line : profit, people,
planet.
- Profit. Le volet économique et politique du développement durable fait référence aux
dysfonctionnements et injustices des relations internationales entre pays développés et
pays pauvres. Il fait référence aux difficultés d’adopter des réglementations permettant
d’instaurer un développement durable, comme de faire respecter les traités et
conventions existantes (Brunel, 2004).
- People. Le volet humain et social du développement durable fait référence à la
persistance de la pauvreté, des inégalités croissantes, des sous-alimentations, du manque
d’eau potable, des risques endémiques etc. (Brunel, 2004).
- Planet. Le volet environnemental du développement durable concerne la désertification,
les atteintes à la biodiversité, la pollution des eaux et de l’air, le réchauffement
climatique, etc. (Brunel, 2004).

Plusieurs études sur le développement durable donnent le sentiment que le concept est une
« utopie » faisant référence à un monde idéal où les gens sont libres et heureux (Mathian, s.d.).
Cependant, à la fin des années 1960 et au début des années 1970, les mouvements sociaux en

21
Introduction générale

matière d’environnement, de sécurité des travailleurs, des consommateurs et des employés


étaient prêts à passer du statut d’intérêt particulier à celui de réglementation gouvernementale
(Caroll, 1999). En 1972, une conférence des nations unies centrée sur les questions
d’environnement, en particulier sur celles liées à la dégradation de l’environnement et de la
pollution transfrontière a eu lieu à Stockholm. En 1973 a également eu lieu une grande crise
pétrolière et des catastrophes environnementales et industrielles. Dans le contexte international,
il a été constaté qu’il était nécessaire de renforcer un nouveau modèle de développement, d’où
la mise en place d’une commission mondiale sur l’environnement en 1983. En 1987, le rapport
de Brundtland intitulé Notre avenir à tous a été publié permettant de promouvoir et de stabiliser
la définition du concept de développement durable. En 1992, le sommet de la terre sur
l’environnement et de développement marque un tournant décisif. Ce sommet a réuni 182 Etats
pour débattre de l’avenir de la terre (Solidarités.info, 2016). Ainsi, la notion de développement
durable et celles des trois piliers (économie, écologie, social) est officialisée lors de ce sommet
de la terre à Rio : un développement économiquement efficace, socialement équitable et
écologiquement soutenable. Il présente trois axes essentiels : la lutte contre la pauvreté et
l’exclusion sociale, la production de biens et de services durables et la protection de
l’environnement.

Le Schéma 2 synthétise les origines du concept de développement durable.

Schéma 2 : Origines du concept de développement durable


Rapport de Brundtland (1987)

Satisfaire aux besoins présents sans compromettre la capacité des générations futures à répondre aux
leurs

Sommet de la terre à Rio (1992)

 Economique : production de biens et des services durables


 Ecologique : protection de l’environnement
 Sociale : lutte contre la pauvreté et l’exclusion sociale

Concept de développement durable

Triple bottom line (profit, people, planet)


Source : auteur

22
Introduction générale

***

Une revue de la littérature effectuée dans la partie 1 de la recherche montre que les grandes
entreprises adhèrent de plus en plus au concept de développement durable et que les PME
commencent à s’inscrire dans ce mouvement ; ainsi, c’est à partir de ce moment que le concept
de responsabilité sociétale de l’entreprise (RSE) est apparu (cf. Schéma 3).

Schéma 3 : L’arrivé du concept de la RSE

Concept de développement durable

Engouement croissant du concept par les


entreprises (grandes et PME)

Concept de RSE

Source : auteur

2. 2. 2. La responsabilité sociétale de l’entreprise (RSE)

Si le concept de développement durable se réfère aux aspects liés au triple bottom line
(profit, people, planet), le concept de la RSE renvoie aux aspects liés à l’éthique et la morale.
Cependant, il est à noter que le concept de la RSE ne découle pas directement de celui du
développement durable, l’émergence des deux notions dans deux sphères différentes ont
emprunté des trajectoires parallèles. Ce croisement entre les deux notions, développement
durable et RSE, a eu lieu dans les années 1990. La RSE repose sur deux courants : le Corporate
Social Responsibility (CSR) pour les aspects liés à l’éthique et à la morale et le développement
durable pour les aspects liés au triple bottom line (profit, people, planet). Ainsi, la RSE est
considérée comme la mise en œuvre et l’application volontaire du concept de développement
durable. Actuellement, les deux concepts sont devenus des objectifs de gestion pour les

23
Introduction générale

organisations et en ce sens, Wilson (1980) indique que le concept de Corporate Social


Responsibility est devenu un sujet largement discuté depuis quelques années.

Caroll (1999) a réalisé une étude sur l’évolution de la construction de sa définition entre 1950
à 1999 dans son article intitulé : Corporate Social Responsibility, evolution of definitional
construct. D’après cet auteur, le terme est apparu dans les années 1930-1940. La littérature
identifie Bowen (1953) comme le père fondateur du concept de la RSE. Pour cet auteur,
certaines des plus grandes entreprises étaient des centres vitaux de pouvoir et de prise de
décision, et les actions de ces entreprises touchaient la vie des citoyens à de nombreux égards.
Dans son livre intitulé Social Responsibilities of Businessman, Bowen (1953) cite l’enquête de
Fortune magazine dans laquelle le Corporate Social Responsibility ou la « conscience sociale »
des dirigeants a pour conséquence que les chefs d’entreprise sont responsables des
conséquences de leurs actions dans un domaine plus large que celui couvert par leurs états
financiers. S’il existait peu de définition dans la littérature des années 1950, les années qui
suivent sont marquées par une croissance significative des définitions qui tentent de formaliser,
ou de préciser le sens du concept de Corporate Social Responsibility. Caroll (1999) présente
plusieurs termes utilisés par différents chercheurs dans la littérature entre 1950 à 1999 pour
définir le concept de Corporate Social Responsibility (cf. Annexe 1). Bien que le concept de la
RSE soit devenu omniprésent dans les discours et pratiques d’entreprises, il constitue un
concept fondamentalement controversé rendant sa définition problématique (Bowen, 1953).
Alors que certains auteurs définissent la RSE comme un ensemble de démarches volontaires
allant au-delà des obligations économiques et juridiques de l’entreprise (Bowen, 1953 ;
Commission européenne, 2006), d’autres l’assimilent au concept de développement durable et
de prise en compte des attentes des parties prenantes.

Pour cette recherche, le terme RSE est utilisé pour faire référence au concept de développement
durable pour les aspects liés au triple bottom line et au concept de Corporate Social
Responsibility pour les aspects liés à l’éthique et la morale.

2. 2. 3. La norme Global Reporting Initiative

Selon Gond et Igalens (2008), la prise en compte des pratiques de RSE suppose de parvenir à
la mesurer. Pour ces auteurs, mesurer les pratiques de RSE est une condition sine qua non à la
connaissance de leur propre responsabilité sociétale, et donc à la maîtrise de leurs impacts
sociaux et environnementaux. Ainsi, « l’évaluation de la performance sociale et

24
Introduction générale

environnementale (PSE), la mise en place d’un système de pilotage de cette performance et la


reddition des comptes externes sur ces dimensions supposent l’existence de métriques
permettant d’évaluer la qualité de la gestion de l’entreprise dans les domaines extra-
financiers ». Pour Benseddik (2016), les pratiques de RSE s’étalent sur deux dimensions qui
sont l’engagement et la reddition. Selon cet auteur, l’engagement se définit à l’endroit des
parties prenantes et consiste à prendre en compte leurs attentes légitimes, leurs intérêts et leurs
droits dans la stratégie et les opérations de l’entreprise. Gond et al. (2013) définit la reddition
des comptes sur les dimensions sociales, extra-financières ou encore de responsabilité sociale
de la gestion comme un exercice complexe car il questionne les frontières des prérogatives de
l’Etat et des entreprises. La RSE exige de ce fait la construction d’indicateurs susceptibles de
capturer ces deux dimensions, mais surtout suppose l’existence d’une définition du social et de
son périmètre. Ainsi, une organisation non gouvernementale (ONG) américaine a lancé en 1997
la norme Global Reporting Initiave (GRI), ayant pour objectif d’élaborer, de diffuser des lignes
directrices permettant d’aider les entreprises à produire les rapports sur les dimensions
économiques, sociales et environnementales de leurs activités. Elle est soutenue par les Etats-
Unis, tandis qu’en France c’est l’observatoire de la responsabilité sociétale des entreprises
(ORSE) qui travaille sur la mise en œuvre de la norme GRI. La norme global reporting initiative
a développé des lignes directrices pour le reporting de développement durable. Elle fournit un
référentiel permettant aux entreprises de rendre compte de leurs performances économiques,
sociales et environnementales. Une revue de littérature permet d’identifier que divers termes
sont utilisés pour définir la diffusion des informations sociales et environnementales qui
peuvent être retrouvés dans la Section 2 « Le reporting sociétal » de la recherche.

2. 2. 4. L’outil de reporting sociétal

Capron et Quairel-Lanoizelée (2003) définissent l’outil de reporting sociétal comme « la


diffusion des informations sociales et environnementales produites par les entreprises à
destination des parties prenantes simultanément ou indépendamment de reddition financière ».
La revue de littérature montre que certains principes de la norme Global Reporting Initiative
(GRI) restent difficilement applicables pour permettre d'avoir un bon référentiel de l’outil de
reporting sociétal. Néanmoins, la prise de conscience progressive des enjeux d’une
communication RSE se manifeste de plus en plus à travers les recherches que nous retrouvons
dans la littérature de ces 35 dernières années.

25
Introduction générale

Au niveau mondial, la diffusion des informations sociales et environnementales (ISE) reste une
publication largement volontaire, aucun texte ni loi n’est encore prévu à cet effet. En France,
plusieurs dispositions juridiques imposent aux entreprises d’intégrer une dimension écologique
à leur gestion et à leur stratégie. La loi Nouvelles Régulations Economiques (NRE), impose aux
sociétés cotées sur un marché réglementé, ou ayant plus de 500 salariés et dépassant 100M€ de
total de bilan ou de chiffre d’affaires net, de publier des données extra-financières dans un
rapport RSE. La loi Grenelle 2 en 2010 complétée par la loi Warsmann 4 en 2012 exigent des
entreprises françaises d’inclure dans le rapport de gestion annuel remis aux administrateurs et
à l’assemblée générale, des indicateurs de RSE qui doivent être audités par un organisme tiers
indépendant (OTI).

2. 3. Problématique de la recherche

Plusieurs études sur les pratiques RSE des entreprises en Afrique existent (Labaronne et
Payaud, 2011 ; Ghozzi-Nekhili et Kamoun-Chouk, 2012 ; Porcher et Porcher, 2012 ; Biwolé
Fouda, 2013 ; Simen et Ndao, 2013 ; Boyer et Scotto, 2015 ; Etoundi Eloundou, 2014 ;
Njaya, 2014 ; Wamba et al., 2014 ; Wamba et Hikkerova, 2014 ; Jacquemot, 2015 ; Egil, 2015 ;
Pigé et Bigou-Laré, 2015 ; Barmaki et Aitcheikh, 2016 ; Tallio, 2017 ; Bouderbala et Malek,
2017 ; Mbacké Diop et Ngaha Ba, 2018), mais celles étudiant le cas de Madagascar sont peu
nombreuses. Harison et Obrecht (2013) ont analysé les conditions locales d’application d’une
politique de RSE conçue par une organisation qui inscrit son business model dans un horizon
global et Harison (2013) a étudié la mise en pratique locale des principes internationaux sur la
RSE. Salomon (2014) a réalisé une étude de cas sur la diffusion d’un code de conduite au sein
d’un cluster textile malgache. Grinand (2016) a étudié le suivi et modélisation des changements
d’usage des terres et stocks de carbone dans les sols et les arbres dans le cadre de la REDD+ à
Madagascar. De plus, il n’existe pas de texte réglementaire dédié à la RSE ou à la publication
des informations sociales et environnementales à Madagascar. Néanmoins, le décret MECIE
exige que certains projets d’investissements publics ou privés réalisent une étude d’impact
environnementale (EIE) ou mettent en place un programme d’engagement environnemental
(PREE) avant le commencement de l’exploitation pour obtenir la licence to operate7 ou le
permis d’exploitation. Ainsi, aucune réglementation n’oblige les entreprises à Madagascar à
mettre en place une politique de RSE ou à publier des informations sociales ou

7
Licence to operate au sens du terrain fait référence à l’agrément environnemental ou le certificat de conformité
délivré par l’Etat et à l’acceptabilité sociale de la population donnant accord à l’exploitation.

26
Introduction générale

environnementales. Pourtant, une étude effectuée par Harison (2013) a montré qu’à Madagascar
la notion de RSE se fait sentir et les entreprises connaissent une avancée majeure et plusieurs
initiatives louables en matière de RSE sont observées. De même, l’étude exploratoire effectuée
lors de notre master recherche a montré que le mouvement en faveur de la RSE a pris de
l’ampleur à Madagascar à partir de la période 2014-2016. Les entreprises communiquent de
plus en plus des informations relatives à leurs engagements RSE à travers divers supports de
communication des informations sociales et environnementales : le reporting de
développement durable, le reporting social, le reporting environnemental, les informations
sociales et environnementales intégrées dans le rapport annuel de gestion, les informations
publiées sur le site internet des entreprises, le cahier des charges, les chartes éthiques, les chartes
de gouvernance, la brochure, les salons professionnels, les médias, les bulletins trimestriels etc.

C’est pourquoi cette recherche se focalise d’une part sur les facteurs favorisant l’adoption de la
démarche de RSE, et d’autre part sur les facteurs favorisant la production de l’outil de reporting
sociétal et les obstacles pouvant freiner sa production. L’étude est effectuée auprès de 22
entreprises sur les 32 identifiées (69% environ) comme ayant adopter une démarche de RSE.
Ainsi, l’objet de la recherche est d’analyser les facteurs institutionnels (DiMaggio et
Powell, 1983) et de contingence expliquant l’adoption de la démarche de RSE et la production
de l’outil de reporting sociétal.

D’où notre problématique de recherche :

Quels sont les facteurs favorisant la mise en pratique de la RSE et de son


instrumentation via le reporting sociétal ?

Cette problématique amène à poser cinq questions de recherche relatives à deux thématiques :
les pratiques de RSE et leur instrumentation via le reporting sociétal.
Les trois premières questions de recherche traitent spécifiquement de l’adoption de la démarche
RSE :
- QR1. Quels sont les éléments déclencheurs de l’adoption de la démarche de RSE ?
- QR2. Pourquoi les entreprises pratiquent-elles la RSE ?
- QR3. Quelle est la finalité poursuivie par la démarche RSE (pour quoi) et quelles sont
les parties prenantes impliquées (pour qui) ?
Les deux dernières questions de recherche se focalisent sur l’outil de reporting sociétal :
- QR4. Pourquoi les entreprises produisent-elles l’outil de reporting sociétal ?

27
Introduction générale

- QR5. Quelle est la finalité poursuivie par l’outil de reporting sociétal (pour quoi) et
quelles sont les parties prenantes impliquées (pour qui) ?

2. 4. Méthodologie de la Recherche

La méthodologie de recherche qualitative telle que présentée par Paillé et Mucchielli (2012),
Paillé et Mucchielli (2016) et Dumez (2016) est mobilisée dans le cadre de cette recherche. Elle
se fonde sur une analyse du contenu thématique (Alami et al., 2013 ; Blanchet et
Gotman, 2014), d’une analyse descriptive (Alami et al., 2013) et d’une modélisation (Mbengue
et Vandangeon-Derumez, 2007) à l’aide du logiciel Nvivo 11.

Les données ont été collectées en deux phases : une première phase d’analyse exploratoire et
une deuxième phase d’analyse approfondie.

La phase d’analyse exploratoire a comme objectif principal d’identifier les entreprises ayant
adopté une démarche de RSE à Madagascar (32 entreprises identifiées), les différentes formes
de RSE pratiquées et les entreprises qui communiquent les informations relatives à cette
démarche de RSE à travers la production de l’outil de reporting sociétal. La phase d’étude
approfondie a permis de collecter des données aussi bien qualitatives que quantitatives. Les
données qualitatives ont été collectées à travers un entretien de groupe de créativité auprès de
douze entreprises (cf. Tableau 25 infra, page 120), cinq entretiens semi-directifs réalisés auprès
de quatre entreprises (cf. Tableau 26 infra, page 121), neuf entretiens non-directifs réalisés
auprès de sept dirigeants et de deux consultants en RSE (cf. Tableau 27 infra, page 122),
quarante analyses de documents secondaires internes et 59 analyses de documents secondaires
externes (cf. Tableau 31, page 126 et Tableau 32 infra, page 127). Les données quantitatives
ont été collectées auprès de 21 entreprises, dont huit entreprises produisant un reporting sociétal
et treize entreprises n’en produisant pas (cf. Tableau 30 infra, page 125). Les données
qualitatives sont à visée exploratoire, tandis que les données quantitatives sont à visée
confirmatoire.

Le Tableau 2 synthétise la méthodologie de collecte des données et le Tableau 3 présente la


méthodologie d’analyse qui sera détaillée dans le chapitre 3 de la recherche.

28
Introduction générale

Tableau 2 : Synthèse de la méthodologie de collecte des données


Phase exploratoire Phase d’étude approfondie
Données primaires
 Période : avril 2017 à septembre
 Période : avril à juillet 2017 2018
 Rencontres académiques et  Cinq entretiens semi-directifs
Méthodologie
professionnelles  Neuf entretiens non-directifs
de recueil des
 Un entretien de groupe de  21 questionnaires
données
créativité (douze personnes)  22 entretiens par téléphone
 Douze entretiens par e-mail
Données secondaires
 Période : avril à août 2017  Période : mai 2018 à juillet 2019
 Documents académiques et  Documents académiques et
professionnels professionnels
Source : auteur

Tableau 3 : Synthèse de la méthodologie d’analyse


Analyse de contenu sur Nvivo 11
Analyse de contenu thématique Analyse descriptive
Découpage transversale : Description du contenu du corpus :
 Création des nœuds parents  Montrer les liens entre les éléments
(regroupement des discours dans un  Améliorer la compréhension de l’objet
même thème) étudié
 Création des nœuds enfants  Repérer les nœuds parents qui
(regroupement des discours dans un permettent de donner un sens à la
sous-thème) description
Modélisation
Source : auteur

L’étude empirique a été réalisée auprès de 22 entreprises (69% environ) parmi les 32 identifiées
(cf. Tableau 19 infra, page 109) comme ayant adopté une démarche de RSE à Madagascar.
Les 32 entreprises ont été obtenues en réalisant un recoupement entre :
- la liste des entreprises ayant participé au salon RSE et des Initiatives pour le
développement durable (2016, 2017, 2018, 2019 ; cf. Annexe 2) ;
- la liste des entreprises membres de la plateforme humanitaire du secteur
privée (cf. Annexe 3) ;
- la liste des entreprises ayant un projet d’investissement soumis à une étude d’impact
environnemental (ONE, 2018 ; cf. Annexe 4) ;
- et par le biais du réseau personnel du chercheur.

Les 22 entreprises étudiées dans le cadre de cette recherche ne sont pas les seules pratiquant
une démarche de RSE à Madagascar, mais elles permettent d’étudier la majorité des entreprises
de référence en matière de RSE dans le pays.

29
Introduction générale

Une étude de cas (Yin, 2009 ; Yin, 2014) découpée en 22 mini-cas d’entreprises de différents
secteurs d’activité à Madagascar a ainsi été effectuée. Selon Yin (2014), une recherche fondée
sur une étude de cas est marquée par une analyse en profondeur de la réalité, avec un degré
élevé de réalisme et une grande marge de contrôle du phénomène observé. Pour l’analyse des
facteurs favorisant l’adoption de la démarche de RSE, l’étude des 22 mini-cas est fondée en
deux sous-groupes : deux entreprises du secteur de l’industrie minière et vingt entreprises de
différents secteurs d’activité. Pour l’analyse des facteurs favorisant ou freinant la production de
l’outil de reporting sociétal, l’étude des 22 mini-cas se décompose également en deux sous-
groupes : neuf entreprises produisant l’outil et treize entreprises qui ne le produisent pas.

2. 5. Théories mobilisées

Cette recherche analyse les facteurs expliquant l’adoption de la démarche de RSE et son
instrumentation via le reporting sociétal auprès de 22 entreprises localisées à Madagascar. Deux
théories principales sont mobilisées : la théorie néo-institutionnelle de DiMaggio et Powell
(1983) et la théorie de la contingence de Lawrence et Lorsch (1967).

DiMaggio et Powell (1983) définissent le concept de l’isomorphisme institutionnel comme « un


processus contraignant qui force une unité d’une population à ressembler aux autres unités qui
sont confrontées aux mêmes conditions environnementales ». Le concept permet de mesurer
l’influence des pressions mimétiques, normatives et coercitives pour adopter une démarche de
RSE et pour produire l’outil de reporting sociétal.

La théorie de la contingence pour sa part permet d’expliquer les variables qui amènent
l’organisation à adopter une démarche de RSE et à produire l’outil de reporting sociétal en
l’absence de cadre juridique applicable. Pour Plane (2012), « la contingence est structurelle
pour les organisations car les changements dans les variables externes provoquent des
évolutions dans la structure des organisations ». La théorie de la contingence de Lawrence et
Lorsch (1967) permet d’expliquer les différences entre les entreprises selon les caractéristiques
du contexte où elles se trouvent.

Pour analyser et décrire les facteurs favorisant l’adoption de la démarche de RSE et la


production de l’outil de reporting sociétal, une hybridation entre ces deux cadres théoriques est
effectuée permettant la modélisation de ces différents facteurs institutionnels et de contingence.
L’élaboration du modèle s’est inspirée du modèle de contingence de Lüder (1992). Il cherche à
intégrer des idées tirées de la revue de la littérature et des études réalisées auprès de 22

30
Introduction générale

entreprises ayant adopté une démarche de RSE à Madagascar. Il offre une vue d’ensemble
conceptuelle permettant d’expliquer les facteurs favorisant l’adoption de la démarche de RSE
et la production de l’outil de reporting sociétal et les obstacles pouvant freiner l’instrumentation
de la RSE via le reporting sociétal. En raison de son degré élevé de complexité, le modèle n’est
pas encore statistiquement testable à l’heure actuelle.

2. 6. Positionnement épistémologique et mode de raisonnement

Cette recherche se caractérise par des inférences abductives mobilisant une analyse qualitative
avec une perspective épistémologique constructiviste. Elle a débuté en partant des faits et des
observations effectuées lors d’une démarche exploratoire réalisée dans le cadre du Master
Recherche. La démarche exploratoire a permis d’observer que même en l’absence d’un cadre
réglementaire dédié à la RSE, il existe des initiatives volontaires de la part des entreprises pour
adopter une démarche de RSE et pour l’instrumenter à travers la production de l’outil de
reporting sociétal. Des allers-retours entre théorie et terrain ont été effectués tout au long de ce
travail de recherche permettant d’expliquer les faits observés.

31
Introduction générale

3. Plan de la recherche

Le Tableau 4 présente la structure du plan de la recherche.

Tableau 4 : Structure du plan de la recherche


Partie 1. Hybridation théorique des pratiques de RSE et de l’outil de reporting sociétal
Chapitre 1. Une approche historique des pratiques de RSE et de l’outil de reporting sociétal
Section 1. Le développement durable et la RSE
Section 2. L’outil de reporting sociétal
Synthèse du chapitre 1

Chapitre 2. Une approche contingente et institutionnelle des pratiques de RSE et de l’outil


de reporting sociétal
Section 1. Une approche contingente et institutionnelle de l’outil de reporting sociétal
Section 2. Une approche institutionnelle des pratiques de RSE et de l’outil de reporting
sociétal
Synthèse du chapitre 2

Partie 2. Processus d’analyse des pratiques de RSE et de l’outil de reporting sociétal


Chapitre 3. Une approche méthodologique pour l’analyse des pratiques de RSE et de l’outil
de reporting sociétal
Section 1. Présentation de la méthode de collecte des données
Section 2. Les modalités de l’analyse de contenu thématique : recours au logiciel Nvivo
11
Synthèse du chapitre 3

Chapitre 4. L’analyse des pratiques de RSE et de l’outil de reporting sociétal : cas des
entreprises à Madagascar
Section 1. Analyse des pratiques de RSE
Section 2. Analyse de l’outil de reporting sociétal
Synthèse du chapitre 4

32
Partie 1.
Hybridation théorique des pratiques de RSE et de l’outil de
reporting sociétal

« On peut gagner de l’argent et faire le bien, augmenter


son profit et réduire la pauvreté en même
temps » (Martinet et Payaud, 2007).

Cette première partie de la recherche présente la revue de littérature et expose le cadre


conceptuel et théorique mobilisé.

Le chapitre 1 propose une approche historique de l’adoption de la démarche de RSE et de l’outil


de reporting sociétal. La section 1 présente les différences et les similitudes entre le concept de
développement durable et celui de la RSE. Elle permet de constater quelles sont les différentes
formes de RSE adoptées par les entreprises. La section 2 présente l’outil de reporting sociétal,
son évolution au cours de ces quarante dernières années. Elle identifie les caractéristiques
principales de l’outil selon la littérature.

Le chapitre 2 étudie les facteurs institutionnels et de contingence favorisant l’adoption de la


démarche de RSE et la production de l’outil de reporting sociétal. La section 1 présente une
approche contingente liée à la production de l’outil de reporting sociétal. Elle permet ainsi de
modéliser les facteurs influençant la production de l’outil en se basant sur le modèle de
contingence proposé par Lüder (1992). À cette fin, les facteurs identifiés par la littérature sont
recensés afin d’émettre une série d’hypothèses qui est testée dans la deuxième partie de cette
recherche. La section 2 présente une approche institutionnelle des pratiques de RSE et de l’outil
de reporting sociétal. Elle montre les mécanismes d’isomorphismes institutionnels et considère
les facteurs institutionnels comme déterminants pour adopter la démarche de RSE et pour
produire l’outil de reporting sociétal.

Le Tableau 5 présente la structure de la première partie de la recherche.

33
Partie 1
Hybridation théorique des pratiques de RSE et de l’outil de reporting sociétal

Tableau 5 : Structure de la première partie de la recherche


Chapitre 1. Une approche historique des pratiques de RSE et de l’outil de reporting sociétal
Section 1. Le développement durable et la RSE
Section 2. L’outil de reporting sociétal

Synthèse du chapitre 1

Chapitre 2. Une approche contingente et institutionnelle des pratiques de RSE et de l’outil


de reporting sociétal
Section 1. Une approche contingente et institutionnelle de l’outil de reporting sociétal
Section 2. Une approche institutionnelle des pratiques de RSE et de l’outil de reporting
sociétal

Synthèse du chapitre 2

34
Partie 1
Hybridation théorique des pratiques de RSE et de l’outil de reporting sociétal

Chapitre 1.
Une approche historique des pratiques de RSE et de l’outil de
reporting sociétal

« L’humanité s’interroge sur la finalité des activités


économiques, sur ses conséquences à long terme pour
les générations à venir » (Capron et
Quairel-Lanoizelée, 2016).

Ces dernières années, le concept de RSE et l’outil de reporting sociétal sont devenus des sujets
majeurs du monde académique et professionnel. En sciences de gestion, la littérature sur la RSE
et le reporting sociétal tend à privilégier une approche normative et descriptive. Néanmoins, le
concept de la RSE et le concept de développement durable demeurent flous. C’est ainsi que
tout au long de ce chapitre il sera vu que le concept de la RSE se réfère à la fois au concept de
développement durable pour les aspects liés au triple Bottom line (profit, people, planet) et au
concept de Corporate Social Responsibility (CSR) pour les aspects liés à l’éthique et à la morale.
Quant au reporting sociétal c’est un outil permettant de regrouper les différentes informations
liées à ces concepts de développement durable et de Corporate Social Responsibility.

Ce chapitre a donc pour objectif, en retenant une perspective historique, d’identifier les
différences et les similitudes entre les concepts de développement durable et de la RSE. Ensuite,
le chapitre explique le lien entre ces concepts et l’outil de reporting sociétal.

Le Tableau 6 présente la structure du chapitre 1 de la recherche.

35
Partie 1
Hybridation théorique des pratiques de RSE et de l’outil de reporting sociétal

Tableau 6 : Structure du chapitre 1 de la recherche


Chapitre 1. Une approche historique des pratiques de RSE et de l’outil de reporting sociétal
Section 1. Le développement durable et la RSE
1. Le concept de développement durable
2. Le concept de la responsabilité sociétale de l’entreprise (RSE)
3. Les différentes formes de la RSE : les objectifs stratégiques des entreprises
4. Les motivations favorisant l’adoption de la démarche de RSE

Section 2. L’outil de reporting sociétal


1. Le reporting sociétal : outil de gestion de la RSE
2. Le reporting sociétal : outil de légitimité, de gestion de l’image et de crédibilité des
entreprises
3. Le reporting sociétal : outil complémentaire au reporting financier

Synthèse du chapitre 1

36
Chapitre 1
Une approche historique des pratiques de RSE et de l’outil de reporting sociétal

Section 1. Le développement durable et la RSE

La littérature académique et les pratiques managériales proposent des définitions ambiguës ou


confuses des concepts de développement durable, de Corporate Social Responsibility
(vision anglo-saxonne) et de la responsabilité sociétale de l’entreprise (vision européenne).
Ainsi, cette section a pour objectif de clarifier les différences et les similitudes entre les concepts
de développement durable et de RSE. Il permet d’introduire l’historique du développement
durable et de la RSE et de montrer que ces deux concepts sont intimement liés même s’ils s’en
distinguent.

Le premier paragraphe rappelle l’historique du développement durable. Le deuxième


paragraphe concerne la RSE. Il présente la conception américaine et européenne de cette
démarche en distinguant leurs principales différences. Le troisième paragraphe présente les
différentes formes de RSE présentées par la littérature et positionne les typologies et les
taxonomies de cette pratique par les entreprises. Enfin, le quatrième paragraphe explique les
motivations favorisant l’adoption de la démarche de RSE.

1. Le concept de développement durable

A partir des années 2000, des organismes internationaux tels que l’organisation des nations
unies (ONU) et l’Union européenne ont interpelé les entreprises afin qu’elles intègrent les
enjeux liés au développement durable. Les entreprises ont été incitées à introduire et à décliner
les principes du développement durable (triple bottom line) dans leurs stratégies. Le secrétaire
général des Nations Unies, Ban Ki-moon, dans le cadre de l’assemblée générale en
septembre 2015 a rappelé cette exigence et les Etats membres ont adopté 17 objectifs mondiaux
de développement durable (cf. Tableau 7) pour mettre fin à la pauvreté et à la faim, pour lutter
contre les inégalités et l’injustice et pour faire face au changement climatique d’ici 2030
(ONU, s.d.).

37
Partie 1
Hybridation théorique des pratiques de RSE et de l’outil de reporting sociétal

Tableau 7 : Les objectifs mondiaux de développement durable


Rang Items Objectifs
1 Pas de pauvreté Eliminer la pauvreté.
2 Faim Zéro Eliminer la faim, assurer la sécurité alimentaire, améliorer la nutrition et
promouvoir l’agriculture durable.
3 Bonne santé et bien-être Permettre à tous de vivre en bonne santé et promouvoir le bien-être de
tous à tout âge.
4 Education de qualité Assurer l’accès de tous à une éducation de qualité, sur un pied d’égalité
et promouvoir les possibilités d’apprentissage tout au long de la vie.
5 Egalité entre les sexes Parvenir à l’égalité des sexes et autonomiser toutes les femmes et les
filles.
6 Eau propre et Garantir l’accès de tous à l’eau et à l’assainissement et assurer une
assainissement gestion durable des ressources en eau.
7 Energie propre et d’un coût Garantir l’accès de tous à des services énergétiques fiables, durables et
abordable modernes, à un coût abordable.
8 Travail décent et Promouvoir une croissance économique soutenue, partagée et durable,
croissance économique le plein emploi productif et un travail décent pour tous.
9 Industrie, innovation et Bâtir une infrastructure résiliente, promouvoir une industrialisation
infrastructures durable qui profite à tous et encourager l’innovation.
10 Inégalité réduite Réduire les inégalités dans les pays et d’un pays à l’autre.
11 Villes et communautés Faire en sorte que les villes et les établissements humains soient ouvert
durables à tous, sûrs, résilients et durables.
12 Consommation et Etablir des modes de consommation et de production durable.
production responsables
13 Mesures relatives à la lutte Prendre d’urgence des mesures pour lutter contre les changements
contre les changements climatiques et leurs répercussions.
climatiques
14 Vie aquatique Conserver et exploiter de manière durable les océans, les mers et les
ressources marines aux fins de développement durable.
15 Vie terrestre Préserver et restaurer les écosystèmes terrestres, en veillant à les
exploiter de façon durable, gérer durablement les forêts, lutter contre la
désertification, enrayer et inverser le processus de dégradation des sols
et mettre fin à l’appauvrissement de la biodiversité.
16 Paix, justice et institution Promouvoir l’avènement de sociétés pacifiques et ouvertes à tous aux
efficace fins du développement durable, assurer l’accès de tous à la justice et
mettre en place, à tous les niveaux, des institutions efficaces,
responsables et ouvertes à tous.
17 Partenariats pour la Partenariats pour la réalisation des objectifs.
réalisation des objectifs
Source : (ONU, s.d.)

Le concept de développement durable incite les entreprises à prendre en compte des problèmes
relatifs à l’environnement et à la société. Il permet aux organisations d’intégrer des contraintes
sociales et environnementales au-delà du seul objectif de maximisation des profits. Ainsi, une
entreprise peut être considérée comme durable lorsqu’elle fonctionne dans la logique du triple
bottom line (profit, people, planet).

38
Chapitre 1
Une approche historique des pratiques de RSE et de l’outil de reporting sociétal

2. Le concept de la responsabilité sociétale de l’entreprise (RSE)

La notion de responsabilité sociétale de l’entreprise (RSE) a un peu plus d’un siècle, mais sa
définition académique en tant que concept a été formalisée par Howard R. Bowen en 1953. Les
chercheurs définissent le concept de RSE de plusieurs manières (cf. Annexe 1) même si celle
de Caroll (1999) est la plus répandue. Selon Caroll (1999), la RSE renvoie à l’idée selon laquelle
les entreprises doivent intégrer dans leurs politiques, leurs décisions et leurs pratiques, les
enjeux environnementaux et sociaux, en allant au-delà de leurs obligations strictement
économiques et réglementaires. Pour cette recherche, il semble intéressant de distinguer la
conception américaine et européenne de la RSE.

(a) La conception américaine de la RSE

Selon Capron et Quairel-Lanoizelée (2004), la conception américaine de la RSE via le concept


de Corporate Social Responsibility (CSR) recouvre une action philanthropique souvent plus
liée à une inspiration religieuse qu’à une pression sociale. C’est un devoir du chef d’entreprise
qui doit contribuer au bien-être de la communauté.

En 1970, Heald a analysé d’un point de vue historique, les programmes, les politiques et les
points de vue des dirigeants d’entreprises en faveur de la collectivité. Cette analyse montre que
les chefs d’entreprise de la période de 1960 à 1990 intègrent les actions philanthropiques et les
relations communautaires dans leur gestion. Selon une observation effectuée par Caroll (1999)
entre 1953 et 1970, la Corporate Social Responsibility concerne les chefs d’entreprise qui ont
« l’obligation (…) de poursuivre des politiques, de prendre des décisions ou de suivre des lignes
d’action qui sont souhaitables en termes d’objectifs et de valeur de la société » (Bowen, 1953).
En 1971, le conseil économique de développement (CED) a apporté une contribution marquante
au concept de Corporate Social Responsibility en faisant observer que les entreprises ont pour
fonction de servir de façon constructive les besoins de la société (Caroll, 1999). Pour Porter et
Kramer (2006), le concept est indissociable de l’émergence des grandes entreprises. Selon
Eilbert et Parket (1973), il comporte deux phases : la première consiste à ne pas faire des actions
qui nuisent au quartier voisin et la deuxième désigne une prise en charge volontaire de
l’obligation d’aider à résoudre les problèmes de voisinage. Pour ces deux auteurs, ceux qui
trouvent le concept de bon voisinage maladroit ou timide peuvent substituer l’idée que le
concept de Corporate Social Responsibility représente l’engagement de l’entreprise à résoudre
les problèmes sociaux généraux, tels que la discrimination raciale, la pollution, le transport ou

39
Partie 1
Hybridation théorique des pratiques de RSE et de l’outil de reporting sociétal

la dégradation urbaine. Le concept de Corporate Social Responsibility implique une attitude


publique à l’égard des ressources économiques et humaines de la société et une volonté de
veiller à ce que ces ressources soient utilisées à des fins sociales générales et non pas
uniquement pour les intérêts étroitement circonscrits des personnes privées et des entreprises
(Frederick, 1960). McGuire (1963) précise que l’entreprise doit prendre en compte l’intérêt
politique, le bien-être de la communauté, l’éducation, le bonheur de ses employés et le monde
social dans son ensemble. Elle doit agir comme un bon citoyen doit le faire. L’auteur fait ainsi
référence à la notion d’éthique des affaires et d’entreprise citoyenne.

Pour Davis (1966), le concept de Corporate Social Responsibility va plus loin en mettant
l’accent sur les actions institutionnelles et leurs effets sur l’ensemble du système social. Par
conséquent, le concept va élargir la vision d’une personne à l’ensemble du système social.
Johnson (1971) fait référence à la possibilité d’une approche axée sur les parties prenantes, car
chacune d’entre elles a une multiplicité d’intérêts. Selon l’auteur, le concept de Corporate
Social Responsibility doit se comprendre comme une maximisation des profits sur le long terme
en intégrant l’ensemble des intérêts des parties prenantes. L’auteur avance aussi l’idée selon
laquelle « les particuliers et les organisations veulent généralement faire au moins aussi bien
que les autres dans les mêmes circonstances. Une fois qu’ils ont atteint leurs objectifs des
profits, ils agissent comme si la responsabilité sociale était un objectif important, même si elle
ne l’est pas ».

Pour Steiner (1971), « l’entreprise est, et doit rester, fondamentalement une institution
économique (…), mais elle a la responsabilité d’aider la société à atteindre ses objectifs
fondamentaux ce qui implique une responsabilité sociale ». Plus elle devient grande, plus ses
responsabilités sont grandes. Friedman (1962) soutient dans son livre intitulé Capitalism and
freedom l’idée que « peu de tendance pourrait miner aussi profondément les fondements mêmes
de notre société libre que l’acceptation par les dirigeants d’entreprises d’une responsabilité
sociale autre que celle de faire autant d’argent que possible pour les actionnaires ».

Ainsi, le comité de développement économique relève que le contrat social entre les entreprises
et la société est en train de changer de manière substantielle : il leur est demandé d’assumer des
responsabilités plus larges envers la société et de servir un plus large éventail de valeurs
humaines. Selon ce comité, les entreprises commerciales doivent contribuer davantage à la
qualité de la vie et pas uniquement fournir des biens et services.

40
Chapitre 1
Une approche historique des pratiques de RSE et de l’outil de reporting sociétal

En 1994, Frederick fait référence au concept de Corporate Social Responsiveness (CSR 2) qui
tend à partir des années 1970 à se substituer au concept de Corporate Social Responsibility
(CSR 1). Selon cet auteur, le concept de Corporate Social Responsibility se réfère à la capacité
de l’entreprise à répondre à des pressions sociales, car l’organisation de l’entreprise et les
modalités de gestion jouent un rôle important dans la façon dont une entreprise répond aux
besoins sociaux. Pour Gond et Igalens (2008), la Corporate Social Responsiveness renvoie aux
processus de gestion de la Corporate Social Reponsibility par les entreprises, au déploiement
et à la mise en œuvre de ses pratiques. Les principes abstraits qui régissent le concept de
Corporate Social Reponsibility sont remplacés par l’accent mis par le concept de Corporate
Social Responsiveness sur les aspects pratiques pour rendre les organisations plus sensibles
socialement aux contraintes de l’environnement qui les entourent (Frederick, 1994). Selon cet
auteur, le concept de Corporate Social Reponsibility se réfère souvent à la conscience
individuelle des dirigeants d’entreprise, tandis que le Corporate Social Responsiveness renvoie
à une politique d’entreprise institutionnalisée au déploiement de sa réussite.

A partir des années 1980 et 1990, un nouveau concept de Performance sociétale de l’entreprise
(PSE) ou Corporate Social Performance émerge. Gond et Igalens (2008) présentent ce concept
comme « une tentative de synthèse des deux approches antérieures : Corporate Social
Responsibility et Corporate Social Responsiveness (…) et une nouvelle perspective focalisant
l’attention sur les capacités de gestion de la responsabilité sociétale de l’entreprise, les impacts
des politiques de RSE et la mesure de ces impacts ». Pour Caroll (1979), le concept de
performance sociétale de l’entreprise intègre quatre niveaux de responsabilité sociétale :
(1) economic responsibilities (les responsabilités économiques) ; (2) legal responsibilities (les
responsabilités juridiques) ; (3) ethical responsibilities (les responsabilités éthiques) ;
(4) discretionary responsibilities (les engagements volontaires).

(1) Economic responsibilities. Selon Caroll (1979), la première et la plus importante


responsabilité sociale des entreprises est de nature économique. L’entreprise est l’unité
économique de base de la société. En tant que telle, elle a la responsabilité de produire
des biens et des services que la société veut et de les vendre à profits.
(2) Legal responsibilities. La société définit un cadre ou un système économique permettant
aux entreprises d’assumer leur rôle productif, mais aussi les règles de base (lois et
réglementations) permettant aux entreprises de fonctionner. La responsabilité juridique

41
Partie 1
Hybridation théorique des pratiques de RSE et de l’outil de reporting sociétal

suppose ainsi que les entreprises remplissent leur mission économique dans le cadre des
exigences réglementaires (Caroll, 1979).
(3) Ethical responsibilities. Bien que les deux premières catégories incarnent des normes
éthiques, il existe d’autres comportements et activités qui ne sont pas nécessairement
codifiés dans la loi mais qui sont néanmoins attendus des entreprises et des membres de
la société (Caroll, 1979).
(4) Discretionary responsibilities. Les engagements volontaires sont les actions pour
lesquelles la société n’a pas de message clair à transmettre. Ils renvoient aux
comportements des entreprises qui dépassent ces attentes, à travers la réalisation
d’activités philanthropiques telles que le mécénat (Gond et Igalens, 2008). Selon Caroll
(1979), il existe des attentes sociétales qui supposent que les entreprises assument des
rôles sociaux autres que ceux décrits jusqu’ici. Ces rôles sont purement volontaires et
la décision de les assumer n’est guidée que par le désir de l’entreprise de s’engager dans
des rôles sociaux qui ne sont pas prescrits, ni exigés par la réglementation, ni même
généralement attendus des entreprises dans un sens éthique. Par exemple, il peut s’agir
de contributions philanthropiques, d’actions menées en interne (programmes de
formations, services de garderies pour les mères qui travaillent, service de cantine, etc.).

Les deux premiers niveaux (responsabilités économiques et responsabilités juridiques)


correspondent à la vision restrictive de la RSE défendue par Milton Friedman, tandis que les
deux derniers niveaux (responsabilités éthiques et engagements volontaires) renvoient aux
dimensions de la RSE qui vont au-delà d’une bonne gestion et du respect du cadre réglementaire
(Gond et Igalens, 2008) (cf. Schéma 4). Ainsi, le cadre légal des affaires et les comportements
éthique et morale influencent les responsabilités économiques des entreprises de verser des
salaires, vendre des produits de qualité aux clients et de dégager des profits pour les
actionnaires.

De plus, les responsabilités économiques des entreprises présentent des liens de dépendance
avec les engagements volontaires, c’est-à-dire des actions mises en place en faveur de
l’éducation ou de soutien philantropique.

42
Chapitre 1
Une approche historique des pratiques de RSE et de l’outil de reporting sociétal

Schéma 4 : Les quatre niveaux d’intégration du concept de la RSE

Source : auteur

La conception américaine des années 1930-1940 fait référence à des valeurs et attitudes
humaines, religieuses et démocratiques. Elle fait appel à une prise en compte par les entreprises
de leurs responsabilités éthiques et morales au-delà du seul objectif de maximisation des profits.
La conception américaine de la RSE pendant cette période renvoie généralement à la notion de
philanthropie.

Gond et Igalens (2008) présentent un cheminement théorique de la conception américaine de la


RSE qui permet de spécifier les dimensions du concept entre les années 1950 et 2000,
aboutissant à une approche qui distingue trois niveaux (cf. Schéma 5) :
- les principes et les valeurs qui guident la RSE (Corporate Social Responsibility) ;
- les processus de gestion de la RSE (Corporate Social Responsiveness) ;
- les résultats et les impacts obtenus en matière de RSE (Corporate Social Performance).

43
Partie 1
Hybridation théorique des pratiques de RSE et de l’outil de reporting sociétal

Schéma 5 : Cheminement théorique de la conception américaine de la RSE

Années 1950-1960
RESPONSABILITE SOCIALE
DE L’ENTREPRISE Orientation philosophique et normative
Corporate Social Responsibility Discussion des frontières et du contenu de la
(CSR 1) RSE

Capacité à répondre à des pressions sociales

SENSIBILITE SOCIALE DE Années 1970-1980


L’ENTREPRISE
Orientation stratégique et pragmatique
Corporate Social
Analyse des modes de réponse au pressions
Responsiveness (CSR 2)
sociétales

Synthèse de CSR 1 et de CSR 2

PERFORMANCE SOCIETALE Années 1980-2000


DE L’ENTREPRISE
(PSE)
Corporate Social Performance

Discrétionnaires
Economique Juridiques Ethique
(engagements
(faire des profits) (requit par la loi) (requit par la société) volontaires)

Vision Friedmaniènne Vision au-delà d'une bonne


gestion et du respect du cadre
légal

Source : Adapté de Gond et Igalens (2008)

(b) La conception européenne de la RSE

La conception européenne de la RSE est fondée sur une approche institutionnelle


(Capron, 2000), où l’entreprise doit contribuer au concept de développement durable. Cette
conception européenne considère qu’une entreprise est durable lorsqu’elle tient compte des
aspects liés au triple Bottom line, c’est-à-dire des paramètres économiques, sociaux et
environnementaux. Toutefois, ce n’est pas parce qu’une entreprise est considérée comme
durable, qu’elle est nécessairement socialement responsable. Une entreprise socialement
responsable désigne alors « des entreprises qui s’imposent des critères sociaux et
environnementaux, respectent chacun de leurs partenaires (salariés, clients, fournisseurs,
actionnaires, riverains, etc.), élaborent et appliquent des chartes éthiques, collaborent à
l’harmonie sociale et écologique de la planète » (dictionnaire-environnement, s.d.). Selon

44
Chapitre 1
Une approche historique des pratiques de RSE et de l’outil de reporting sociétal

Defourny (2006), « une entreprise sociale est une activité commerciale ayant essentiellement
des objectifs sociaux et dont les surplus sont principalement réinvestis en fonction de ses
finalités dans l’activité ou dans la communauté plutôt qu’en fonction d’un besoin de
maximisation des profits pour des actionnaires ou des propriétaires ». La commission
européenne considère la responsabilité sociale de l’entreprise (RSE) comme une intégration
volontaire par les entreprises, des préoccupations sociales et environnementales à leurs activités
commerciales et leurs relations avec leurs parties prenantes (Responsabilité-sociale.com, 2011).
Pour la commission européenne, la RSE permet à la fois de « pallier le risque de concurrence
déloyale qui naît de l’hétérogénéité des droits nationaux des Etats membres, ainsi que de
promouvoir dans le reste du monde un modèle européen respectueux des normes sociales,
environnementales et économiques internationalement reconnues » (France diplomatie, 2017).
Selon Pluchart et Uzan (2018), elle soulève des enjeux sociaux, sociétaux et environnementaux
en interrogeant la vision traditionnelle de la performance de l’entreprise. Pour Mercier (2004),
elle oscille entre deux extrêmes, l’un réduit la responsabilité des entreprises à l’obtention de
profits pour ses actionnaires, et l’autre étend cette responsabilité à tous les acteurs ayant un
intérêt dans l’entreprise. Paradas, et al. (2013) définissent la responsabilité sociale comme
« l’application des principes de développement durable et elle suscite un intérêt croissant des
différents acteurs économiques ». Elle est présentée comme la traduction managériale du
concept de développement durable (Martinet et Reynaud, 2004). La RSE défend donc l’idée
d’une mise en action volontaire de la part du dirigeant, qui joue un rôle central surtout dans les
petites structures (Paradas, et al., 2013). En France, c’est la définition donnée par la commission
européenne le 7 novembre 2012 qui est retenue et qui considère la RSE comme « la
responsabilité des entreprises vis-à-vis des effets qu’elles exercent sur la société » (France
diplomatie, 2017).

Les limites des initiatives fondées sur la RSE ont conduit à l’émergence de l’entrepreneuriat
social (Goyal, et al., 2014). Ce nouveau concept est apparu dans les années 1990 aux Etats-
Unis et en Europe (Defourny, 2004). Selon Dacanay (2016), l’entreprise sociale a pour objectif
d’améliorer la qualité de vie des catégories sociales défavorisées et de consacrer leur surplus à
la viabilité de la structure. L’entrepreneuriat social désigne principalement les activités
économiques marchandes mises au service d’un but social et non lucratif (Defourny et
Nyssens, 2012). L’entreprise sociale se préoccupe de l’impact social et environnemental des
richesses qu’elles créent (Dacanay, 2016). Les entrepreneurs sociaux reconfigurent le marché

45
Partie 1
Hybridation théorique des pratiques de RSE et de l’outil de reporting sociétal

comme un espace d’engagement intégrant les objectifs sociaux et environnementaux aux états
financiers. Ils intègrent la création de valeurs sociales et économiques, tout en étant guidé par
la mission sociale. Selon Defourny et Nyssens (2012), l’entreprise sociale concerne une activité
commerciale (business) ayant essentiellement des objets sociaux non guidés par le besoin de
maximisation des profits. Goyal et al., (2014) se réfèrent à la perspective du changement social
où une entreprise met en œuvre la structure de gouvernance, les processus d’affaires et les
indicateurs de performance clés pour refléter le changement social positif. Dees (2001) présente
cinq caractéristiques principales de l’entreprise sociale : (1) mettre l’accent sur la mission
sociale, (2) déterminer les nouvelles possibilités de servir la mission, (3) mettre l’accent sur
l’innovation, l’adaptation et l’apprentissage continue, (4) gérer les contraintes de ressources,
(5) rendre compte des résultats sociaux et de leurs impacts sur le segment cible.

Si la conception américaine de la RSE se réfère à la notion de philanthropie dans les années


1930-1940 et tente de répondre à des pressions sociales, la conception européenne a une vision
plus institutionnaliste et intègre deux dimensions : le développement durable pour les aspects
liés au triple bottom line et le concept de Corporate Social Responsibility pour les aspects liés
à l’éthique et à la morale. Le Tableau 8 présente les différences et les similitudes entre la
conception américaine et la conception européenne de la RSE.

Tableau 8 : Différences et similitudes de la conception américaine et européenne de la


RSE
Différences Similitudes

Conception Approche philanthropique (1930-1940)


américaine Valeurs et attitudes humaines et religieuses
Approche institutionnelle
(Bowen, 1953)
Intégration du concept de développement En réponse à des pressions
durable : aspects liés au triple bottom line (profit,
sociales :
planet, people)  Responsabilités
économiques ;
Prise en compte des aspects liés à l’éthique et à  Responsabilités
la morale : concept de Corporate Social
juridiques ;
Conception Responsibility (CSR)
 Responsabilités
européenne
éthiques ;
 Engagements
- Obligations pour les entreprises cotées et les
volontaires.
grandes entreprises (pressions coercitives et
normatives) ;
- Initiatives volontaires pour les PME (pressions
normatives et mimétiques).
Source : auteur

46
Chapitre 1
Une approche historique des pratiques de RSE et de l’outil de reporting sociétal

3. Les différentes formes de la RSE : les objectifs stratégiques des entreprises

3. 1. Les typologies de la RSE

La littérature présente plusieurs typologies de comportements stratégiques de la part des


entreprises en matière de RSE. Les typologies classiques identifient des comportements qui
s’échelonnent des résistants aux militants, des suiveurs aux pionniers (Capron et
Quairel-Lanoizelée, 2016). En 2007, Martinet et Payaud ont fait une étude sur les différentes
formes de RSE et d’entreprises sociales. Ils identifient quatre formes de RSE : la RSE
cosmétique, la RSE annexe ou périphérique, la RSE intégrée et la RSE BOP (bottom of the
pyramid). Ces quatre formes de RSE sont placées dans une pyramide allant de l’entreprise
« friedmanienne » (en haut de la pyramide) à l’entreprise sociale (en bas de la pyramide). Les
trois premières formes de RSE se trouvent au milieu de la pyramide et la RSE BOP comme son
nom l’indique (bottom of the pyramid) forme la base de la pyramide (cf. Schéma 6).

Schéma 6 : Les formes de RSE identifiées par Martinet et Payaud (2007)

Source adaptée de : Martinet et Payaud (2007)

Capron et Quairel-Lanoizelée (2016) définissent l’entreprise friedmanienne comme « celle qui


ne pratique pas et qui ne souhaite pas pratiquer une quelconque responsabilité sociale autre
que la maximisation des profits ou profit on profit ». La RSE cosmétique concerne les
entreprises qui se conforment à la réglementation, c’est-à-dire qu’elles essaient juste de remplir
les conditions légales mais n’ont pas la volonté de construire un projet à long terme avec les
parties prenantes. Elles mettent en place des actions simples réalisées en interne. Dans une
logique superficielle et cérémonielle de la RSE, le concept est assimilé à une forme de
cosmétique organisationnelle, un masque pour les entreprises, comme les expressions anglo-
saxonnes greenwashing ou window-dressing en témoignent (Gond et Igalens, 2008).

47
Partie 1
Hybridation théorique des pratiques de RSE et de l’outil de reporting sociétal

Contrairement à la RSE « cosmétique », la RSE « annexe ou périphérique » présente des actions


impliquant plus l’entreprise sans qu’elles ne soient en relation avec leurs activités. Il s’agit, par
exemple des actions menées dans le cadre du mécénat ou du sponsoring. La RSE intégrée quant
à elle incorpore les dimensions sociétales dans le tableau de bord de l’entreprise ou le balance
scorecard. Elle concerne les actions qui sont menées en relation avec les activités de
l’entreprise, c’est-à-dire proches du métier. La RSE BOP concerne les entreprises qui ont pour
objectif premier d’apporter des changements sociaux positifs, plutôt que de générer des gains
économiques. Elle se réfère à l’entreprise sociale, c’est-à-dire aux entreprises pratiquant la RSE
« sans raison d’être ». Les entreprises se préoccupent ainsi de l’impact social et
environnemental des richesses qu’elles créent. D’une manière générale, la préoccupation
sociétale apparaît comme liée principalement à la gestion de l’image ou à la légitimation de
l’entreprise (Martinet et Payaud, 2007).

3. 2. Exemple de forme de RSE en France

L’exemple de la France permet d’illustrer ces différentes typologies de comportements


stratégiques des entreprises en matière de RSE. Au niveau mondial, les projets d’investissement
qui représentent des impacts forts sur l’environnement ont un statut particulier par rapport à
l’adoption d’une démarche de RSE. Par exemple, le secteur industriel de la chimie est fortement
engagé dans la RSE (Infochimie, 2015) car ses activités ont un impact fort sur l’environnement.
En ce sens, l’union des industries chimiques (UIC), une organisation professionnelle regroupant
les entreprises de la chimie en France, incite ses adhérents à intégrer le programme Responsible
care®, une initiative internationale sur l’engagement RSE de la chimie, dans la stratégie des
entreprises (cf. Encadré 2).

48
Chapitre 1
Une approche historique des pratiques de RSE et de l’outil de reporting sociétal

Encadré 2 : La RSE dans l’industrie chimique

L’union des industries chimiques (UIC) identifie trois raisons principales d’une démarche de RSE :
o pour se différencier et innover pour des marchés responsables ;
o pour se structurer : gagner en performance globale, au-delà de l’économique, vers plus de performance
sociétale et environnementale ;
o pour être visible et reconnu pour les efforts d’amélioration continue.
La RSE vise à améliorer de façon continue le management des risques notamment en matière de santé, de
sécurité, et d’environnement vis-à-vis :
o du personnel opérant dans le secteur chimique ;
o de ses divers partenaires économiques (fournisseurs, prestataires de services et clients utilisateurs
finaux) ;
o du voisinage des sites d’exploitation, et plus généralement, de l’ensemble de la collectivité.
La démarche permet ainsi à l’entreprise :
o d’accroître la confiance des clients, des fournisseurs et de la communauté environnante ;
o d’améliorer l’image de l’ensemble des entreprises de la chimie par une marque internationale ;
o de bénéficier d’une anticipation à la mise en œuvre de la réglementation ;
o de faciliter la pérennité des entreprises ;
o d’améliorer l’efficacité globale des entreprises ;
o d’améliorer la santé et la sécurité des salariés ;
o d’améliorer les performances environnementales pour le bien de tous ;
o d’accroître la fierté des collaborateurs et d’améliorer leur attractivité en terme de recrutement

Source : Union des industries chimiques (2018, s.d.)

Une étude effectuée par l’INSEE en 2012 (cf. Encadré 3) présente que plus de la moitié des
sociétés françaises de plus de cinquante salariés déclarent s’impliquer dans la démarche de RSE,
et plus la taille de l’entreprise est importante, plus l’engagement est fréquent. Selon Capron et
Quairel-Lanoizelée (2016) « les grandes firmes sont à la recherche d’une légitimité sans
laquelle elles ne disposent pas du droit moral et symbolique d’exercer leurs activités ».
L’engagement dans une démarche de RSE, en France, est beaucoup plus présent dans le secteur
de l’énergie et de l’environnement que dans le secteur du commerce. Près de la moitié des
sociétés de plus de cinquante salariés s’engagent dans la protection de la biodiversité, contre
1/10 dans les autres secteurs, et les trois quart dans l’amélioration de l’efficacité énergétique ou
la réduction des émissions de gaz à effet de serre, contre un peu plus de 4/10 pour les autres
secteurs (INSEE, 2012).

49
Partie 1
Hybridation théorique des pratiques de RSE et de l’outil de reporting sociétal

Encadré 3 : La RSE en France, étude effectuée par l’INSEE en 2012

En France, 64% des sociétés de plus de 50 salariés ont plus ou moins entendu parler de la RSE, comme étant
une contribution au développement durable.
o 52% sont plus particulièrement impliquées dans la démarche, non seulement elles en ont entendu
parler, mais elles ont aussi le sentiment de mener des actions dans cette perspective ;
o 36% n’en ont jamais entendu parler ;
o 12% bien qu’informées, estiment ne pas mener d’actions en ce sens et se sentent non impliquées.
Cette étude montre que, les sociétés sont plus souvent impliquées en matière de RSE lorsqu’elles sont de taille
importante : 84% des entreprises employant plus de 500 salariés ont le sentiment de mener des actions de RSE,
alors qu’elles ne sont que 47% parmi les entreprises de 50 à 249 salariés.

Source : d’après INSEE (2012)

Cette étude permet ainsi d’observer dans un premier temps l’existence d’une démarche de
« RSE intégrée », qui est souvent liée à des actions proches du métier. L’adoption d’une
démarche de RSE intégrée répond généralement à un besoin de légitimité (licence to operate8)
et de gestion de l’image des entreprises. Dans un second temps, la forme de « RSE périphérique
ou annexe » est également observée au sein des entreprises françaises. Selon une étude menée
par l’institut CSA research9 en 2016, le baromètre du mécénat d’entreprise présente que la
moitié des entreprises de plus de 250 salariés et le quart des PME sont désormais mécènes et
en 2015, les entreprises françaises ont donné 3,5 milliards d’euros, contre 2,8 milliards d’euros
en 2013 pour financer des actions dans le cadre du mécénat. De plus, cette étude menée par
l’institut CSA (2016) précise que « les entreprises mécènes pratiquent des activités de
sponsoring et formalisent davantage une politique de développement durable ou de RSE par
rapport aux entreprises non mécènes » (cf. Tableau 9).

Tableau 9 : Autres pratiques de RSE périphérique ou annexe par les entreprises


françaises
Pratiques Mécènes Non mécènes
Politique de développement durable et de RSE 32% 68%
Sponsoring 46% 54%
Source : Résultat de l’enquête Admical, CSA (2016)

8
La littérature utilise le terme licence to operate pour faire référence à la légitimité.

9
CSA research est un institut de référence des études marketing et d’opinion depuis 40 ans en France et à
l’international (https://www.csa.eu/fr/).

50
Chapitre 1
Une approche historique des pratiques de RSE et de l’outil de reporting sociétal

Globalement, 16% des entreprises ont formalisé une politique de développement durable, de
RSE ou d’engagement sociétal, 25% mènent des actions dans le cadre du sponsoring, 2%
soutiennent des projets via une plateforme de crowdfunding10. Néanmoins, l’intégration des
pratiques de développement durable et de la RSE au sein des services de communication ou de
marketing fait que l’adoption de la démarche de RSE est souvent assimilée à du greenwashing
(Benoit-Moreau, et al., 2008). Par exemple, ce sont « les grands acteurs mondiaux de l’énergie
qui communiquent sur leur politique de développement des énergies renouvelables, alors que
la réalité des faits met en évidence des stratégies massivement en faveur des énergies fossiles
et du nucléaire » (E-RSE, s.d.). Le Tableau 10 synthétise les taxonomies des comportements
stratégiques de la part des entreprises en matière de RSE.

Tableau 10 : Les objectifs stratégiques des entreprises françaises en matière de RSE


Formes de Entreprises
Motivations Types d’actions
RSE concernées
- Pour répondre à un besoin de
légitimité (licence to operate11) et
de gestion de l’image ; - Protection de la
- Pour se différencier des entreprises biodiversité ; Secteur représentant
du même secteur ; - Amélioration de des impacts sur
RSE intégrée - Pour atteindre des marchés l’efficacité l’environnement,
responsables ; énergétique ou la exemple du secteur
- Pour améliorer la performance réduction des gaz à industriel
globale ; effets de serre.
- Pour accroitre la visibilité, la
notoriété et la reconnaissance.
- Mécénat ;
- Politique de
développement Moitié des
RSE - Pour répondre une politique
durable, de RSE ou entreprises de plus de
périphérique ou globale d’engagement de
d’engagement 250 salariés et le
annexe l’entreprise
sociétal ; quart des PME
- Sponsoring ;
- Crowdfunding.
RSE Concerne les grandes
- À des fins de marketing - Greenwashing
cosmétique entreprises
Source : auteur

Ces constats montrent que la RSE est encore dans la phase intermédiaire « cosmétique »,
« périphérique ou annexe » et « intégrée ». Sa prise en compte est souvent obligatoire pour les
activités qui représentent des impacts sur l’environnement et la société. Ainsi, elle a tendance à

10
Le Crowdfunding est un système de financement participatif permettant de mettre en contact des investisseurs
et des porteurs de projet à travers une plateforme internet (https://www.capital.fr/economie-
politique/crowdfunding).

11
Licence to operate fait référence à la légitimité dans le cadre de la littérature.

51
Partie 1
Hybridation théorique des pratiques de RSE et de l’outil de reporting sociétal

prendre plus la forme « intégrée » (intégration des dimensions sociétales dans le


tableau de bord), ensuite « cosmétique » (se conformer à la réglementation et mises en place
des actions dans le cadre du greenwashing) et enfin « périphérique ou annexe » (des actions
menées dans le cadre du mécénat ou du sponsoring).

4. Les motivations favorisant l’adoption de la démarche de RSE

Les différentes formes de RSE permettent de constater que l’adoption de la démarche peut être
motivée par les objectifs stratégiques des entreprises tels que le besoin de légitimité
(licence to operate) et la gestion de l’image des entreprises. L’adoption de la démarche de RSE
permet de construire un avantage concurrentiel pour les entreprises concurrentes en visant des
marchés internationaux. L’adoption de la démarche peut également être utlisée comme un
moyen permettant de répondre au développement croissant des marchés responsables et des
fonds d’investissement socialement responsable (ISR). Enfin, elle peut être adoptée pour
améliorer la performance globale, pour accroitre la visibilité, la notoriété et la reconnaissance,
pour une politique globale d’engagement de l’entreprise et à des fins de marketing. Aussi, selon
une étude effectuée par un organisme britannique de certification « les organismes disposant
une certification RSE sont jusqu’à 66% plus susceptibles d’être identifiés comme des
partenaires d’affaires et de gagner des parts de marché » (E-RSE, s.d.). La mise en place de la
démarche de RSE permet à l’entreprise de créer et de maintenir la confiance des partenaires.
Par ailleurs, Huault (2009) précise que pour survivre, les organisations n’adoptent pas
nécessairement les pratiques les plus appropriées aux exigences économiques du moment, mais
celles qui apparaissent les mieux acceptées socialement. Ainsi, les entreprises peuvent être
amenées à adopter la démarche de RSE dans un objectif de survie. La RSE est également
considérée comme un échange réciproque de valeurs et de référents culturels stables (Gond et
Igalens, 2008). Elle s’attache à la façon dont les entreprises s’adaptent ou influencent leur
environnement socioculturel. Elle peut être définie comme « le produit d’une culture et (…)
son contenu reflète des relations désirables entre entreprises et sociétés telles qu’elles sont
définies par l’environnement social, cuturel et institutionnel ». Les auteurs développent deux
approches de la RSE. La première approche considère l’adoption de la démarche de RSE
comme le produit d’une culture organisationnelle, c’est-à-dire que les entreprises prennent en
compte les aspects liés à l’éthique et à la morale. La prise en compte de ces aspects peut être
rattachée à la culture de l’entreprise ou à la conviction et aux valeurs personnelles du dirigeant.
La seconde approche se focalise sur la façon dont les facteurs institutionnels, historiques et

52
Chapitre 1
Une approche historique des pratiques de RSE et de l’outil de reporting sociétal

culturels influencent l’adoption de la démarche de RSE. Les initiatives favorisant l’adoption de


la démarche de RSE peuvent également être rattachées à la culture d’entreprise ou à la
conviction et aux valeurs personnelles du dirigeant. Un dirigeant plus sensible à son
environnement a tendance à influencer ses collaborateurs pour qu’ils adoptent d’autres formes
de responsabilités que celle du profit on profit uniquement.

Le Schéma 7 modélise les motivations pour adopter la démarche de RSE. La phase 0 du modèle
renvoie aux stimuli qui se réfèrent au cadre réglementaire constituant l’élément déclencheur de
l’adoption de la démarche de RSE. La phase 1 présente la phase d’adoption de la démarche de
RSE. Elle permet d’observer que les facteurs institutionnels, historiques et culturels favorisant
l’adoption de la démarche sont déclenchés par les stimuli de la phase 0. Ensuite, la phase 2 du
modèle permet d’observer les formes de RSE mises en œuvre selon les actions et les objectifs
stratégiques des entreprises. Une boucle de rétroaction peut être observée lors de cette deuxième
phase du modèle car l’adoption de la démarche de RSE est également influencée par les
objectifs stratégiques.

53
Partie 1
Hybridation théorique des pratiques de RSE et de l’outil de reporting sociétal

Schéma 7 : Les motivations favorisant l’adoption de la démarche de RSE

Source : auteur

54
Partie 1
Hybridation théorique des pratiques de RSE et de l’outil de reporting sociétal

Section 2. L’outil de reporting sociétal

« La relative rapidité avec laquelle la RSE s’est imposée


dans le paysage gestionnaire s’explique en partie par la
mise à disposition des entreprises d’outils de gestion
performants concernant de nombreuses applications »
(Gond et Igalens, 2018).

Les dirigeants expriment le besoin d’outils de diagnostic et de guides destinés à les aider dans
la mise en œuvre d’une démarche de RSE en raison de la complexité générée par l’introduction
des dimensions environnementales, sociales et sociétales dans le pilotage de l’entreprise
(Capron et Quairel-Lanoizelée, 2007). Parmi les outils de gestion de la RSE les plus
fréquemment mobilisés, on trouve la corporate social and environmental reporting
(Gray et al., 1996), le bilan social, le reporting RSE (Capron et Quairel-Lanoizelée, 2007), le
reporting social, l’audit de la RSE (Gond et Igalens, 2018) etc.

Capron et Quairel-Lanoizelée (2007) définissent le reporting RSE comme « un élément clé


dans les mécanismes de gouvernance et dont la reddition constitue un dispositif important dans
les relations entre les dirigeants, les actionnaires et les autres parties prenantes ». Pour cette
recherche, le terme reporting sociétal sera retenu car il permet d’intégrer à la fois les dimensions
économiques, environnementales et sociales.

L’objectif de cette section est de présenter les spécificités de l’outil reporting sociétal et de faire
une analyse historique des différents termes et définitions utilisés par la littérature. Elle permet
d’étudier l’évolution et les facettes de l’outil au cours de ces quarante dernières années et de
voir quelles sont ses principales caractéristiques.

55
Partie 1
Hybridation théorique des pratiques de RSE et de l’outil de reporting sociétal

1. Le reporting sociétal : outil de gestion de la RSE

Le terme reporting sociétal est utilisé dans la littérature pour recenser les différents
comportements liés à la RSE. Historiquement, la France a été à l’avant-garde dans le domaine
social notamment à travers la publication du bilan social instauré en 1977 pour informer les
lecteurs sur l’activité sociale de l’entreprise. Puis, au début des années 1980, apparaissent les
premières comptabilités sociales et environnementales qui devaient permettre de « rendre
compte des conséquences économiques, sociales et environnementales de l’activité
organisationnelle » (Mathews, 1993). Pour Capron et Quairel-Lanoizelée (2007) « les attentes
des parties prenantes en termes de transparence, le renforcement des législations,
l’institutionnalisation de la problématique du développement durable, les demandes des
investisseurs relayées par les autorités de contrôle des marchés financiers et les agences de
notation sociétale sont des facteurs expliquant la publication croissante des rapports RSE ».

Ces quarante dernières années ont fait l’objet de plusieurs recherches anglo-saxonnes (Guthrie
et Mathews, 1985 ; Gray, et al., 1987 ; Guthrie et Parker, 1990 ; Gray et Kouhy, 1993 ;
Mathews, 1993 ; Gray, et al., 1996 ; Mathews et Perera, 1996 ; Lehman, 1998 ; Gray et
Bebbington, 2001 ; Gray, 2002) et européennes (Capron, 2000 ; Capron et Quairel-
Lanoizelée, 2003 ; Damak-Ayadi, 2004 ; Damak-Ayadi, 2006 ; Rivière-Giordano, 2007 ;
Giordano-Spring et Rivière-Giordano, 2008 ; Damak-Ayadi, 2010 ; Déjean et Oxibar, 2010 ;
Mikol, 2011 ) sur l’outil de reporting sociétal. La majorité de ces études anglo-saxonnes et
européennes ont été réalisées auprès des pays développés ou dans des pays en développement
qui sont avancés dans la démarche de RSE. Le Tableau 11 présente les différents termes et
définitions de l’outil de reporting sociétal utilisés par la littérature au cours de ces quarante
dernières années.

Tableau 11 : Evolution de l’outil de reporting sociétal adapté de (Damak-Ayadi, 2010)


Etudes Termes utilisés Définitions proposées
C’est un processus de sélection des variables et des
mesures du niveau de performance et des procédures de
Ramanathan, et al. mesure. Cette comptabilité présente des informations
Social accounting
(1976) utiles à l’évaluation de la performance de l’entreprise et
communique ces informations aux groupes concernés à
l’intérieur et à l’extérieur de l’entreprise.
Il s’agit de la diffusion d’informations financières et non
Corporate social
Guthrie et financières concernant l’interaction d’une organisation
responsibility
Mathews (1985) avec son environnement physique et social dans les
reporting
rapports annuels ou dans des rapports séparés.

56
Chapitre 1
Une approche historique des pratiques de RSE et de l’outil de reporting sociétal

Etudes Termes utilisés Définitions proposées


Elle désigne le processus de communication des faits
Gray, Owen, et sociaux et environnementaux des actions économiques
Maunders (1987) Social and des organisations à des groupes d’intérêts particuliers
environmental dans le cadre de l’entreprise au sens large.
accounting C’est la diffusion d’informations volontaires
Mathews (1993) qualitatives ou quantitatives faite par les organisations
pour informer ou influencer une partie prenante.
Ce sont les mécanismes utilisés par les organisations
Guthrie et Parker Corporate social
pour protéger leurs propres intérêts et détourner
(1990) disclosure
l’attention et l’intervention des autorités publiques.
Elle couvre tous les domaines de la comptabilité qui
Gray et Kouhy peuvent être affectés par la réponse de l’organisation aux
(1993) faits environnementaux incluant les nouveaux domaines
économiques de la comptabilité.
Environmental C’est un moyen pour décharger l’entreprise de sa
Gray, et
accounting responsabilité envers les parties prenantes sur les sujets
al. (1996)
environnementaux.
Gray et Elle couvre tous les domaines de comptabilité qui sont
Bebbington affectés par la réponse de l’organisation aux questions
(2001) environnementales.
Elle signifie une extension du discours dans des
Mathews et domaines non traditionnels comme fournir des
Perera (1996) informations sur les employés, les produits, la
communauté, la prévention ou la réduction de pollution.
Toutes les formes de comptabilité qui s’étend à des
Social accounting domaines au-delà de la comptabilité économique
(comptabilité sociale, audits sociaux, divulgation
Gray (2002,
d’informations sociales, divulgation d’informations sur
p. 687)
les employés, divulgation d’informations sur le dialogue
avec les parties prenantes, comptabilité
environnementale).
Corporate social and Il inclut le discours environnemental et social, le
Gray et al.
environmental discours et la diffusion d’informations sur la
(1996, p. 3)
reporting responsabilité sociale et aussi sur l’audit social.
Elle doit permettre à la direction de l’entreprise à la fois
Capron (2000, Comptabilité sociale
de gérer ses responsabilités dans les domaines sociaux et
p. 407) et sociétale
sociétaux et d’en rendre compte aux tiers concernés.
Il permet la diffusion d’informations environnementales
Capron et Quairel-
et sociales produites par les entreprises à destination des
Lanoizelée
tiers simultanément ou indépendamment de la reddition
(2003, p.2)
financière.
C’est l’activité qui permet à l’entreprise de rendre
Damak-Ayadi compte auprès des différentes parties prenantes de ses
(2004) activités et de leurs impacts sur l’entreprise et
Reporting sociétal
l’environnement.
Il consiste à diffuser des informations environnementales
Ben Rhouma et
et sociales (ISE) produites par les entreprises à
Cormier (2007)
destination des parties prenantes.
Giordano-Spring et C’est un document qui vient donner un éclairage plus
Rivière-Giordano qualitatif aux états financiers bruts. Il permet
(2008) théoriquement de fournir une perspective plus analytique

57
Partie 1
Hybridation théorique des pratiques de RSE et de l’outil de reporting sociétal

Etudes Termes utilisés Définitions proposées


et contextuelle de l’activité de l’entreprise aux
utilisateurs potentiels de cette information.
Social, ethical and
Solomons et Darby C’est la diffusion d’informations qui concernent les
environmental
(2005, p. 28) aspects sociaux, éthiques et environnementaux.
disclosures
Il est défini comme la publication régulière
Capron et Quairel- d’informations sur la manière dont l’entreprise
Reporting RSE
Lanoizelée (2007) appréhende les impacts économiques, environnementaux
et sociaux de ses activités.
Capron et Quairel- C’est un outil de connaissance et un support de dialogue
Bilan sociétal
Lanoizelée (2007) entre les différentes parties prenantes de l’entreprise.
Il consiste à mesurer la performance d’une organisation
Gond et Igalens en matière de développement durable, à en communiquer
Reporting social
(2008) les résultats puis à en rendre compte aux parties
prenantes internes et externes.
Il n’est pas considéré uniquement comme une réponse
aux contraintes légales mais également comme un
(Damak-Ayadi, Reporting social et
moyen de dialogue avec les différentes parties prenantes
2010) environmental
afin de répondre à toutes leurs attentes en termes
d’informations.
C’est la publication régulière d’informations sur la
Capron et
manière dont l’entreprise appréhende les impacts
Quairel- Reporting RSE/DD
économiques, environnementaux et sociaux de ses
Lanoizelée (2016)
activités.
Il consiste à mesurer la performance d’une organisation
Gond et Igalens en matière de développement durable, à en
Reporting social
(2018) communiquer les résultats puis à en rendre compte aux
parties prenantes internes et externes.

Bien qu’il existe une grande diversité de termes utilisés, et parfois même d’objectifs différents,
l’outil de reporting sociétal peut être utilisé pour diffuser, communiquer et rendre compte des
informations relatives à trois dimensions : économiques, environnementales et sociales de la
RSE. Toutefois, les études montrent que la qualité des informations diffusées reste médiocre.
Les principales critiques mises en avant sont un manque d’exhaustivité du périmètre et des
domaines couverts, un manque de comparabilité d’une année sur l’autre et un manque de
données chiffrées rapportées aux objectifs (Capron et Quairel-Lanoizelée, 2007). Le reporting
sociétal constitue un outil permettant de gérer la démarche de RSE (cf. Schéma 8). Au niveau
mondial, environ 10 000 sociétés rendent compte chaque année de leurs résultats en matière de
RSE (Gond et Igalens, 2018).

58
Chapitre 1
Une approche historique des pratiques de RSE et de l’outil de reporting sociétal

Schéma 8 : Le reporting sociétal, outil de gestion de la RSE

Source : auteur

2. Le reporting sociétal : outil de légitimité, de gestion de l’image et de crédibilité des


entreprises

L’outil de reporting sociétal permet de suivre la stratégie des entreprises en matière de RSE et
confére une légitimité à l’organisation. En effet, les entreprises doivent répondre aux attentes
des parties prenantes et mettre en adéquation les valeurs sociales et les activités des entreprises
(Cretté, 2012). Selon Capron et Quairel-Lanoizelée (2007) « la crédibilité externe et l’efficacité
de l’engagement de l’entreprise passent par la mise en œuvre d’une instrumentation qui
opérationnalise les objectifs stratégiques annoncés, les décline au sein de l’organisation et les
intègre aux systèmes d’information et de pilotage ; elle donne l’assurance aux parties
prenantes que tout est mis en œuvre pour répondre à leurs attentes ».

La revue de littérature permet d’identifier deux objectifs majeurs de l’outil de reporting


sociétal : un processus de légitimation de l’entreprise et un outil permettant de contrôler les
dirigeants en leur demandant de publier une information fiable et utile pour les parties
prenantes. L’outil est souvent rattaché à un levier de légitimité, de gestion de l’image et de
crédibilité des entreprises (cf. Schéma 9). La théorie de la légitimité considère l’outil de
reporting sociétal comme un outil de communication des informations liées à l’adoption de la
démarche de RSE avec les différentes parties prenantes.

59
Partie 1
Hybridation théorique des pratiques de RSE et de l’outil de reporting sociétal

Schéma 9 : Le reporting sociétal, source de légitimité, de gestion de l’image et de


crédibilité

Source : auteur

3. Le reporting sociétal : outil complémentaire au reporting financier

L’outil de reporting sociétal est utilisé pour désigner toute forme de comptabilité qui s’étend à
des domaines au-delà de la comptabilité financière (Gray, 2002). Il constitue non seulement un
outil complémentaire au reporting financier, mais aussi un outil de dialogue entre l’organisation
et la société (Damak-Ayadi, 2010). Néanmoins, le terme reporting, essentiellement rattaché à
la comptabilité financière, ne doit pas être confondu avec la communication dont l’objet est la
diffusion d’informations par l’entreprise afin de créer une image favorable d’elle-même
(Capron et Quairel-Lanoizelée, 2007). Selon Gray, et al. (1996), un reporting financier
s’intéresse à la description financière des évènements économiques spécifiques concernant une
organisation ou une entité comptable définie afin de fournir des informations à des utilisateurs
divers. L’outil de reporting sociétal ne se limite pas aux évènements économiques, il traite et
intègre également les différents évènements sociaux et environnementaux (Damak-
Ayadi, 2010). La diffusion des informations sociales et environnementales s’apparente plus
souvent à une opération de communication qu’à un rapport sur les conséquences effectives des
activités de l’entreprise (Capron et Quairel-Lanoizelée, 2007) et, en général, ce sont les services
de communication qui sont en charge de cette publication. L’outil de reporting sociétal est
défini comme un document qui vient donner un éclairage plus qualitatif aux états financiers,
permettant en principe de fournir une perspective plus analytique et contextuelle de l’activité
de l’entreprise aux utilisateurs potentiels des informations (Guthrie et Parker, 1990 ; Giordano-
Spring et Rivière-Giordano, 2008). Le Schéma 10 présente le reporting sociétal comme un
outil complémentaire au reporting financier.

60
Chapitre 1
Une approche historique des pratiques de RSE et de l’outil de reporting sociétal

Schéma 10 : Le reporting sociétal, un outil complémentaire au reporting financier

Source : auteur

Selon les finalités de l’outil de reporting sociétal, trois principaux usages sont observés :
- un outil d’information et de reddition permettant d’informer les lecteurs sur l’activité
sociale de l’entreprise, de rendre compte des activités sociales et environnementales et
de donner un éclairage plus qualitatif aux états financiers ;
- un outil de dialogue social et de diagnostic permettant un dialogue social entre
l’organisation et la société et de répondre aux attentes des différentes parties prenantes
en termes de transparence et aux demandes des investisseurs relayées par les autorités
de contrôles des marchés financiers et les agences de notation sociétale ;
- un outil de légitimité, de gestion de l’image et de crédibilité permettant de suivre les
stratégies des entreprises en matière de RSE, de mettre en adéquation les valeurs
sociales et les activités de l’entreprise et de donner l’assurance aux parties prenantes que
tout est mis en œuvre pour répondre à leurs attentes.

Ainsi, le Schéma 11 présente une influence réciproque entre les finalités de l’outil de reporting
sociétal et les usages observés.

Schéma 11 : Influence réciproque entre les finalités et les usages de l’outil de reporting
sociétal

Source : auteur

61
Chapitre 1
Une approche historique des pratiques de RSE et de l’outil de reporting sociétal

Synthèse du chapitre 1

Une approche historique des pratiques de RSE et de leur instrumentation via le reporting
sociétal a permis au cours de ce chapitre 1 de définir et d’analyser les différences et les
similitudes entre les concepts de développement durable et de RSE. Ensuite, elle a permis de
mettre en exergue des différences entre la conception américaine et européenne de la RSE et
d’identifier les objectifs stratégiques des entreprises en matière de RSE. Le Schéma 12
synthétise les différences et les similitudes entre le concept de développement durable et la
conception américaine et européenne de la RSE, ainsi que leur lien avec l’outil de reporting
sociétal.

63
Partie 1
Hybridation théorique des pratiques de RSE et de l’outil de reporting sociétal

Schéma 12 : Développement durable et RSE et leur instrumentation via le reporting


sociétal

Source : auteur

Cette revue de la littérature a permis d’élaborer un modèle se composant de trois phases


(cf. Schéma 7, supra, page 20).

64
Chapitre 1
Une approche historique des pratiques de RSE et de l’outil de reporting sociétal

La phase 0 permet d’observer les éléments déclencheurs de l’adoption d’une démarche de


RSE et permet de répondre à la première question de recherche : QR1. Quels sont les éléments
déclencheurs de l’adoption de la démarche de RSE ?
La phase 1 renvoie aux motivations de la démarche de RSE permettant ainsi de répondre à la
deuxième question de recherche : QR2. Pourquoi les entreprises pratiquent-elles la RSE ?
La phase 2 présente les objectifs stratégiques des entreprises en identifiant les formes de RSE
pratiquées et permet ainsi de répondre à la troisième question de recherche : QR3. Quelle est la
finalité poursuivie par la démarche de RSE (pour quoi) ? et quelles sont les parties prenantes
impliquées (pour qui) ?

Le chapitre 1 a également permis de considérer le reporting sociétal comme un outil de gestion


de la RSE, une source de légitimité, de gestion de l’image et de crédibilité des entreprises, un
outil de reddition et d’information et un outil de dialogue social et de diagnostic. L’outil de
reporting sociétal permet ainsi de gérer les pratiques de RSE et d’institutionnaliser la
problématique de développement durable. Il vise à informer les différentes parties prenantes
sur les informations relatives à l’adoption de la démarche RSE et permet de suivre les objectifs
stratégiques des entreprises. Enfin, il permet de donner l’assurance aux parties prenantes que
tout est mis en œuvre pour répondre à leurs attentes.

Le Schéma 13 synthétise les trois premières phases du modèle faisant référence au processus
de mise en pratique de la démarche de RSE.

Schéma 13 : Processus de mise en pratique de la démarche de RSE

Source : auteur

65
Partie 1
Hybridation théorique des pratiques de RSE et de l’outil de reporting sociétal

Chapitre 2.
Une approche contingente et institutionnelle des pratiques de
RSE et de l’outil de reporting sociétal

« Une bonne pratique (…) [de la RSE] peut améliorer le


fonctionnement global de l’entreprise et ainsi la rendre
plus efficace, plus résiliente et plus agile » (E-RSE, s.d.).

Ce chapitre a pour objectif de modéliser les facteurs favorisant la production de l’outil de


reporting sociétal et les obstacles pouvant freiner sa production. Le modèle se base sur
l’hybridation entre la théorie de la contingence de Lawrence et Lorch (1967) et de la théorie
néo-institutionnelle de DiMaggio et Powell (1983). Le modèle de contingence proposé par
Lüder (1992) est utilisé comme cadre conceptuel de la recherche. Les fondements de la théorie
de la contingence et de la théorie néo-institutionnelle permettent d’identifier les déterminants
favorisant la production de l’outil de reporting sociétal et les obstacles pouvant freiner sa
production.

La section 1 présente le modèle général de Lüder (1992) appliqué à l’outil de reporting sociétal
et identifie les variables de contingence expliquant la production et l’usage de cet outil. La
section 2 analyse les facteurs institutionnels expliquant l’adoption de la démarche de RSE et
son instrumentation via le reporting sociétal.

Le Tableau 12 présente la structure du chapitre 2 de la recherche.

67
Partie 1
Hybridation théorique des pratiques de RSE et de l’outil de reporting sociétal

Tableau 12 : Structure du chapitre 2 de la recherche


Chapitre 2. Une approche contingente et institutionnelle des pratiques de RSE et de l’outil
de reporting sociétal
Section 1. Une approche contingente et institutionnelle de l’outil de reporting sociétal
1. Lien entre les pratiques de RSE et l’outil de reporting sociétal
2. Modélisation et identification des hypothèses présidant à la production de l’outil de
reporting sociétal
3. Les variables de contingence favorisant la production de l’outil de reporting sociétal
Section 2. Une approche institutionnelle des pratiques de RSE et de l’outil de reporting
sociétal
1. Les mécanismes d’isomorphismes institutionnels
2. Les facteurs institutionnels favorisent l’adoption de la démarche de RSE et la
production de l’outil de reporting sociétal

Synthèse du chapitre 2

68
Chapitre 2
Une approche contingente et institutionnelle des pratiques de RSE et de l’outil de reporting sociétal

Section 1. Une approche contingente et institutionnelle de


l’outil de reporting sociétal

La théorie de la contingence met l’accent sur la faculté de l’organisation à s’adapter à son


environnement interne et externe (Lawrence et Lorsch, 1967). Ainsi, le modèle de contingence
proposé par Lüder (1992) est mobilisé comme cadre conceptuel de la recherche afin d’identifier
les facteurs favorisant la production de l’outil de reporting sociétal par les entreprises.

1. Lien entre les pratiques de RSE et l’outil de reporting sociétal

L’instrumentation de la RSE permet de crédibiliser l’engagement et de donner l’assurance aux


parties prenantes que tout est mis en œuvre pour répondre à leurs attentes (Capron et Quairel-
Lanoizelée, 2007). Comme vu supra, le reporting sociétal est considéré comme un outil de
gestion de la RSE. Il constitue ainsi un outil d’information et de reddition, une source de
légitimité, de gestion de l’image et de crédilité et un outil de dialogue social et de diagnostic
des pratiques de RSE. En ce sens, l’outil de reporting sociétal permet de crédibiliser
l’engagement et de répondre aux attentes des parties prenantes en termes de transparence. Ce
constat rejoint l’hypothèse de Benseddik (2016) qui considère les pratiques de RSE comme
s’étalant sur deux dimensions : l’engagement et la reddition. Ainsi, l’engagement fait référence
à la mise en pratique du concept de RSE par les entreprises et la reddition renvoie à leur
instrumentation par le reporting sociétal. De plus, il existe des stimuli déclenchant l’adoption
de la démarche de RSE faisant référence au cadre réglementaire et aux scandales sociétaux
influençant l’adoption de la démarche (cf. Phase 0 du modèle, page 54 supra). Ensuite,
l’adoption de la démarche sont également influencée par les facteurs institutionnels et les
objectifs stratégiques des entreprises (cf. Phase 1 et Phase 2 du modèle, page 54 supra). Une
boucle de rétroaction peut être constaté entre l’adoption de la démarche de RSE avec les
objectifs stratégiques car la mise en pratique des actions de RSE peut modifier les objectifs
stratégiques des entreprises. Enfin, pour crédibiliser l’engagement et pour répondre aux attentes
des parties prenantes en termes de transparence, les entreprises instrumentent la démarche de
RSE via le reporting sociétal. Une boucle de rétroaction peut être également observée lors de
cette phase d’instrumentation des pratiques de RSE car la production de l’outil de reporting
sociétal peut modifier les objectifs stratégiques des entreprises en matière de RSE.

69
Partie 1
Hybridation théorique des pratiques de RSE et de l’outil de reporting sociétal

Le Schéma 14 synthétise le lien entre la mise en pratique de la démarche de RSE et de leur


instrumentation via le reporting sociétal et permet ainsi de constituer la Phase 3 et la Phase 4
du modèle présentées par les paragraphes ci-après.

70
Partie 1
Hybridation théorique des pratiques de RSE et de l’outil de reporting sociétal

Schéma 14 : Instrumentation de la RSE via le reporting sociétal

Source : auteur

71
Chapitre 2
Une approche contingente et institutionnelle des pratiques de RSE et de l’outil de reporting sociétal

2. Modélisation et identification des hypothèses présidant à la production de l’outil


de reporting sociétal

Après avoir identifié les variables de contingence favorisant la production de l’outil de


reporting sociétal et les obstacles pouvant freiner sa production, une tentative de modélisation
est effectuée dans le cadre de cette recherche en utilisant le modèle de contingence proposé par
Lüder (1992). Dans son article « a contingency model of governemental accounting innovations
in the political administrative environment » en 1992, Lüder présente un modèle global de
contingence pour expliquer l’introduction d’innovations comptables dans le secteur public. Ce
modèle intègre le contexte institutionnel et le comportement collectif comme déterminants du
processus d’innovation. L’auteur classe les variables contextuelles décrivant les conditions
institutionnelles selon leurs fonctions dans le processus d’innovation : les stimuli, les variables
structurelles et les obstacles à la mise en œuvre. Le Schéma 15 présente le modèle général de
base de Lüder (1992).

Schéma 15 : Modèle de base de Lüder (1992) traduit par Lande (1996)

Les flèches dans ce modèle indiquent la direction de l’influence hypothétique des variables
situationnelles sur les attitudes et le comportement des participants au processus et ses résultats
(Lüder, 1992).

72
Chapitre 2
Une approche contingente et institutionnelle des pratiques de RSE et de l’outil de reporting sociétal

Comme vu dans le chapitre 1 supra, les stratégies RSE visent à renforcer la légitimité et à gérer
l’image de l’entreprise (Capron et Quairel-Lanoizelée, 2016). La production de l’outil de
reporting sociétal permet de crédibiliser l’engagement et de donner l’assurance aux parties
prenantes que tout est mis en œuvre pour répondre à leurs attentes. Ce modèle de Lüder (1992)
introduit trois hypothèses développées ci-après qui reposent sur : l’environnement socio-
économique, l’influence des objectifs stratégiques des entreprises et les obstacles pouvant
freiner la production de l’outil de reporting sociétal.
(1) L’environnement socio-économique influence positivement la production de l’outil de
reporting sociétal ;
(2) Il existe des objectifs stratégiques expliquant la production de l’outil de reporting
sociétal ;
(3) Il existe des obstacles pouvant freiner la production de l’outil de reporting sociétal.

Ces hypothèses permettent de répondre aux deux dernières questions de recherche qui se
focalisent sur l’outil de reporting sociétal :
- QR4. Pourquoi les entreprises produisent-elles l’outil de reporting sociétal ?
- QR5. Quelle est la finalité poursuivie par l’outil de reporting sociétal (pour quoi) et
quelles sont les parties prenantes impliquées (pour qui) ?

Hypothèse 1. L’environnement socio-économique influence positivement la


production de l’outil de reporting sociétal

L’environnement socio-économique se réfère à l’environnement législatif, réglementaire,


normatif et les scandales sociétaux. De plus, il renvoie au développement croissant des marchés
socialement responsables et des fonds d’investissement socialement responsable (ISR).

L’environnement législatif et réglementaire

Les normes et les réglementations en vigueur incitent la production de l’outil de reporting


sociétal. Au niveau mondial, des normes en matière de RSE existent, mais l’instrumentation de
la démarche reste largement volontaire. En France, la loi relative à la Nouvelle Régulation
Economique (NRE) donne une nouvelle dimension réglementaire à la publication des données
sociétales. Cette nouvelle dimension concerne la publication par les sociétés des informations
relatives à leurs impacts environnementaux, sociaux, au respect des droits de l'homme, de la
lutte contre la corruption et de leur politique de diversité au sein de la gouvernance.

73
Partie 1
Hybridation théorique des pratiques de RSE et de l’outil de reporting sociétal

L’article 116 stipule que les entreprises doivent intégrer dans leur rapport annuel de gestion des
informations sur l’impact environnemental, social et sociétal de leurs activités. La loi NRE et
la loi Grenelle 2 visent à inciter les entreprises à développer leurs politiques de responsabilité
sociale et de développement durable et à renforcer la transparence de leurs engagements en la
matière.

L’environnement normatif

À Madagascar, aucun texte législatif ou réglementaire n’exige des entreprises d’adopter une
démarche de RSE et de publier des informations sociales et environnementales. Pourtant, des
entreprises, même si elles sont peu nombreuses, adoptent une démarche de RSE (Unicef et
Ernst & Young, 2011). Même s’il n’existe pas d’études statistiques indiquant le nombre exact
des entreprises à Madagascar adoptant la démarche de RSE, un recoupement des données a
permis d’identifier qu’une quarantaine de sociétés sont engagées dans cette démarche. Ce
recoupement se base sur le nombre d’entreprises ayant participé au salon RSE et des Initiatives
pour le développement durable de ces quatre dernières années (2016, 2017, 2018, 2019) à
Madagascar, sur la liste des entreprises qui s’affichent comme ayant mis en place des actions
humanitaires (membres de la plateforme PHSP) et sur la liste des entreprises ayant un projet
d’investissement soumis à une étude d’impact environnemental. À Madagascar, l’adoption de
la démarche de RSE et la production de l’outil de reporting sociétal se réfèrent aux normes
internationales les plus connues (ISO 9000, ISO 14000, ISO 26000, GRI, etc.). C’est pourquoi
il est important pour cette recherche de s’intéresser aux normes internationales existantes en
matière de RSE et de reporting sociétal.

Ensuite, comme la RSE à Madagascar s’inscrit plutôt dans la conception européenne, il est
également intéressant de porter un regard particulier aux normes européennes. De plus, de
nombreuses filiales de groupes français (Lafarge Holcim, Société Générale, Crédit Agricole,
Orange, Castel, Total, etc.) sont présentes à Madagascar justifiant de s’intéresser à
l’environnement normatif français.

Enfin, les normes internationales ISO 9000, ISO 14000 et ISO 26000 traitent pour partie de la
démarche de RSE : la norme ISO 9000 concerne les systèmes de management de la qualité,
l’ISO 14000 examine l’environnement et l’ISO 26000 a pour vocation d’aider les organisations
à contribuer au développement durable et de les accompagner dans les pratiques de RSE. Ces
normes contiennent des lignes directrices permettant aux entreprises et aux organisations d’agir

74
Chapitre 2
Une approche contingente et institutionnelle des pratiques de RSE et de l’outil de reporting sociétal

de manière socialement responsable, c’est-à-dire d’agir de manière éthique et transparente, sur


la manière dont elles contribuent à la bonne santé et au bien-être de la société. La norme
ISO 26000 permet de clarifier l’adoption de la démarche de RSE, d’aider les entreprises à
traduire en actions concrètes les aspects liés au triple bottom line pour le développement durable
et les aspects liés à l’éthique et à la morale pour le corporate social responsibility.

La réglementation européenne Eco-Management and Audit Scheme (EMAS) ou éco-audit est


un référentiel de management environnemental reprenant les exigences de la norme ISO 14001
(définition et élaboration d’un programme environnemental, réalisation d’une analyse des
impacts environnementaux) en ajoutant l’obligation de contrôle, de vérification et d’audit
environnemental par un organisme tiers indépendant (OTI). En 2003, l’association française de
normalisation (AFNOR) a publié le guide SD 21000 « pour la prise en compte du
développement durable dans l’entreprise ». Le guide permet d’accompagner les entreprises
dans leur démarche de développement durable en leur fournissant un processus qui suit les
étapes de la roue de Deming plan-do-check-act (PDCA). Depuis 2002, des normes pouvant
servir de base à la vérification (audit interne ou audit externe) de la démarche de RSE au moyen
des indicateurs économiques, sociaux et environnementaux ont émergé. Les lignes directrices
de Global Reporting Initiative (GRI), l’Assurance Standard AA1000AS et l’ISAE3000 sont les
principes les plus reconnus en la matière.

Malgré l’existence de disparités entre les normes, leur combinaison semble être un moyen
judicieux de mettre en œuvre une mission de contrôle, de vérification et d’audit externe des
informations sociétales (Rivière-Giordano, 2007). La norme GRI est la principale source
d’inspiration permettant d’instrumenter l’adoption de la démarche de RSE et a même servi de
guide pour certains gouvernements (Damak-Ayadi, 2010) afin de réglementer la production de
l’outil de reporting sociétal. Ce référentiel correspond au socle normatif le plus avancé et le
plus utilisé par les acteurs (Capron et Quairel, 2003) dans la production de l’outil de reporting
sociétal.

Le Global Reporting Standard est un organisme international et multipartite créé en 1997 à


l’initiative conjointe de l’organisation américaine CERES (Coalition for Environnemental
Responsible Economies) et du Programme d’Environnement des Nations Unies (PNUE).
La norme GRI est la première qui recommande la mise en place par les entreprises d’une
assurance externe de leur rapport de développement durable incluant le recours à des tiers

75
Partie 1
Hybridation théorique des pratiques de RSE et de l’outil de reporting sociétal

indépendants professionnels de la vérification. En 2002 et 2006, la norme GRI a été révisée et


un document regroupant des lignes directrices en matière de rapport de développement durable
a été mis en place. Ces lignes directrices précisent que le contrôle, la vérification et l’audit est
un facteur de crédibilité de l’outil de reporting sociétal (Mikol, 2003). En complément de la
GRI, la norme AA1000AS a été publiée en mars 2003 par l’Accountability Standard. Cette
norme a été conçue pour évaluer la qualité des rapports de développement durable tout en
respectant les principes de la norme GRI. Cette norme AA1000AS accompagne et renforce les
autres normes telles que la GRI pour garantir la qualité de la démarche de RSE. D’après la
norme AA1000AS, le vérificateur doit être une personne indépendante et compétente. Elle a
pour mission de donner une appréciation de la qualité de l’engagement de l’organisation à
l’égard des attentes et des besoins de ses diverses parties prenantes. La norme fournit des
principes pour atteindre les objectifs d’audit des rapports de développement durable.

En décembre 2003, la norme ISAE100 créée en 1997 a été remplacée par la norme ISAE3000.
Cette dernière est entrée en application au 1er janvier 2005. Elle fixe un cadre de référence
destiné aux professionnels réalisant des missions de reporting extra-financier et de vérification
par l’International Auditing and Assurance Standards Board (IAASB) et l’International
Federation of Accountants (IFAC). La norme ISAE3000 définit les principes et les procédures
pour mener à bien les missions de contrôle, de vérification et d’audit des informations extra-
financières. De plus, elle fournit des conseils pour la mise en forme du rapport d’audit.

Scandales sociétaux

La crise pétrolière de 1973, les catastrophes environnementales et industrielles des décennies


suivantes, ont renforcé l’intérêt pour un modèle de développement durable. « Les inquiétudes
portent essentiellement sur les changements climatiques et leurs conséquences sur
l’environnement naturel et l’accentuation des inégalités sociales à travers le monde »
(Capron et Quairel-Lanoizelée, 2016).

76
Chapitre 2
Une approche contingente et institutionnelle des pratiques de RSE et de l’outil de reporting sociétal

Développement croissant des marchés socialement responsables et des fonds


d’investissement socialement responsable

Le développement croissant des marchés socialement responsables et des fonds


d’investissement socialement responsable peuvent être une source d’inspiration pour créer des
produits de qualité ou pour mettre en œuvre la démarche de RSE. Pour cela, les investisseurs
socialement responsables ont besoin d’informations relatives à la démarche RSE des entreprises
pour sélectionner les plus performantes. Les consommateurs souhaitent promouvoir un
processus d’achat auprès des entreprises ayant un label équitable ou bio.

Hypothèse 2. Il existe des objectifs stratégiques expliquant la production de l’outil


de reporting sociétal

Au-delà de l’influence de l’environnement socio-économique, il existe également d’autres


facteurs qui expliquent la production de l’outil de reporting sociétal. Ces facteurs font référence
à l’influence des objectifs stratégiques des entreprises.

Gond et Igalens (2008) définissent la RSE comme « une relation de pouvoir » traduisant la
capacité des acteurs sociaux et des parties prenantes à influencer les entreprises pour qu’elles
prennent au sérieux l’environnement social et environnemental dans leurs activités courantes.
Ces relations de pouvoir traduisent la capacité des entreprises à résister et à contrôler les
pressions exercées par les acteurs sociaux et les différentes parties prenantes. Pour Bowen
(1953), la RSE peut être un moyen de réaliser des objectifs incluant des buts de justice, de
liberté et de développement des personnes au-delà de la maximisation des profits. À l’égard des
critères sociaux et environnementaux, de multiples parties prenantes veulent contrôler et
évaluer l’entreprise. Ainsi, des acteurs internes et externes (les organisations de défense des
droits humains, groupements religieux, syndicats de salariés, associations écologistes,
associations de consommateurs, associations de solidarité internationale, etc.) ont contribué à
créer « des organismes d’observation et de vérification des rapports et des comportements
d’entreprises » (Capron et Quairel-Lanoizelée, 2016). Pour cautionner leur outil de reporting
sociétal et pour répondre aux attentes de leurs parties prenantes en termes de transparence, les
entreprises doivent mettre en place des dispositifs de contrôle, de vérification et d’audit
touchant les informations extra-financières. En 2006, une étude faite par Ernst & Young a
montré que 25 sociétés parmi les 37 du CAC 40 publiant des informations sociétales
volontairement ont fait vérifier ces informations par un organisme tiers indépendant (OTI).

77
Partie 1
Hybridation théorique des pratiques de RSE et de l’outil de reporting sociétal

En 2013 et 2016, l’autorité des marchés financiers (AMF) a réalisé une étude sur la convergence
des informations financières et extra-financières auprès de soixante sociétés dont « les actions
sont admises aux négociations sur un marché réglementé » : la moitié de ces sociétés font partie
de l’indice du CAC 40 et la moitié sont des PME. Cette étude réalisée par l’AMF (2013, 2016)
permet de constater que, 97% de ces sociétés en 2016 et 62% en 2013 « ont demandé à un ou
plusieurs organismes tiers indépendants de réaliser la vérification sur la sincérité des
informations RSE présentées dans le rapport [annuel] de gestion » (Autorité des marchés
financiers, 2016). Même et surtout là où elle n’est pas une obligation réglementaire, la reddition
des informations liées à l’adoption de la démarche de RSE contribue à améliorer « les niveaux
d’assurance sur la capacité des entreprises à maitriser les risques qui peuvent affecter leur
réputation, la cohésion de leur capital humain, l’efficience de leur organisation et de leurs
opérations, leur transparence, leur acceptabilité sociétale et leur sécurité juridique »
(Benseddik, 2016). De plus, la production de l’outil de reporting sociétal peut être considérée
comme un outil de légitimation surtout pour les grands groupes de sociétés. La production et la
publication de l’outil s’inscrit ainsi dans une stratégie de légitimation de l’entreprise quand elle
fait face à une crise ou bien en vue d’améliorer sa réputation (Capron et Quairel-
Lanoizelée, 2007). Vue sous cet angle, l’outil de reporting sociétal est considéré comme « un
instrument de légitimation visant à manipuler les perspectives, plutôt qu’un processus visant à
rendre les pratiques plus transparentes » (Gond et Igalens, 2008).

Hypothèse 3. Il existe des obstacles pouvant freiner la production de l’outil de


reporting sociétal

Théoriquement, les filiales d’un groupe international, ainsi que les entreprises financées par des
investisseurs étrangers et ceux qui ont des impacts forts sur l’environnement naturel ou social
sont plus fortement incitées à insérer dans leur rapport annuel de gestion des informations sur
leur démarche de RSE. Cependant, la mise en place de la démarche implique généralement des
coûts supplémentaires (ressources humaines, matériels, etc.) parfois élevés pouvant gêner la
mise en œuvre de la démarche de RSE ou la publication de l’outil de reporting sociétal.

Par ailleurs, si l’instrumentation de la démarche de RSE permet à l’entreprise d’assumer et de


rendre compte de ses responsabilités vis-à-vis des différentes parties prenantes (Gond et
Igalens, 2008), il s’avère difficile de mesurer de manière objective les aspects liés à l’éthique
et à la morale. Selon Capron et Quairel-Lanoizelée (2007), « la complexité introduite par

78
Chapitre 2
Une approche contingente et institutionnelle des pratiques de RSE et de l’outil de reporting sociétal

l’élargissement du champ du management, tant en termes de parties prenantes que d’horizon


temporel, implique un changement de culture des managers qui est rarement accompagné d’un
changement des dispositifs d’évaluation des performances ». Des logiciels et des outils d’aide
en ligne qui professionnalisent la production de l’outil de reporting sociétal commencent à se
développer, mais ils restent malgré tout coûteux.

3. Les variables de contingence favorisant la production de l’outil de reporting


sociétal

S’il existe des facteurs qui peuvent favoriser le développement de l’outil de reporting sociétal,
il existe également des obstacles pouvant freiner sa production. Une revue de littérature permet
d’identifier les facteurs ou variables les plus fréquemment recensés reliés à l’environnement
socio-économique, les objectifs stratégiques des entreprises favorisant la production de l’outil
de reporting sociétal et les obstacles pouvant freiner sa production.

(a) L’environnement socio-économique favorise la production de l’outil de reporting


sociétal

Les comportements éthiques sont les résultats d’une réflexion et d’un calcul économique
justifié, c’est-à-dire que les attitudes éthiques adoptées par les entreprises doivent aussi leur
permettre de poursuivre leurs intérêts économiques et financiers. L’environnement économique
permet de comprendre pourquoi une entreprise décide d’utiliser un outil de reporting sociétal.
Les stimuli fréquemment rencontrés peuvent être rattachés à l’environnement législatif,
réglementaire ou normatif modifiant la perception et la place liée à l’adoption de la démarche
de RSE. Les stimuli se réfèrent également à l’impact des scandales sociétaux exigeant de la part
des entreprises de prendre des engagements en faveur du développement durable ou de la RSE.
De plus, l’outil de reporting sociétal peut être produit en phase de démarrage de l’exploitation
pour obtenir un permis d’exploitation « social » ou licence to operate12. Dans ce cas, il constitue
un plan de gestion ou de suivi des risques environnementaux et sociétaux engendrés par un
projet d’investissement ayant des impacts forts sur l’environnement ou la société. C’est aussi
un moyen, comme vu dans le chapitre 1 de légitimer l’action de l’entreprise vis-à-vis des
diverses parties prenantes. Enfin, certains appels d’offre font désormais explicitement mention

12
Si la littérature utilise le terme licence to operate pour désigner la légitimité, la pratique managériale l’utilise
pour définir le certificat de conformité délivré par l’Etat et l’acceptabilité sociale de la population permettant le
lancement de projets d’investissement portant atteintes à l’environnement.

79
Partie 1
Hybridation théorique des pratiques de RSE et de l’outil de reporting sociétal

à des critères de RSE ce qui constituent en quelque sorte pour les entreprises une mise en place
d’une stratégie de RSE pour répondre au développement croissant des marchés socialement
responsables. Dans le même ordre d’idée, le développement des fonds d’investissement
socialement responsable (ISR) composés d’actions de sociétés s’engageant dans une démarche
de RSE est également un facteur favorisant l’adoption par les sociétés de la démarche de RSE
et leur instrumentation via le reporting sociétal.

(b) Les objectifs stratégiques des entreprises favorisent la production de l’outil de reporting
sociétal

La production de l’outil de reporting sociétal peut être motivée par l’influence des objectifs
stratégiques des entreprises. Selon Capron et Quairel-Lanoizelée (2007), dès que la question de
la cible du rapport est posée, « la nécessité d’une information de qualité, pertinente pour les
utilisateurs et portant sur les impacts sociétaux clés est mise en lumière ». Cette approche est
mise en place par l’entreprise afin de répondre à un besoin de contrôle et de vérification par les
différents utilisateurs potentiels des informations environnementales et sociétales publiées. La
notion de responsabilité évoque l’obligation de justifier tout acte ou décision en fonction des
normes et des valeurs morales (Damak-Ayadi, 2006), surtout que les managers peuvent être
jugés à travers les outils et la légitimité des cadres d’analyse qu’ils mobilisent (Godelier, 2009).
Dans ces conditions, les informations non financières fournies aux parties prenantes, constituent
un engagement crédible et l'assurance que tout est fait pour répondre à leurs attentes (Capron et
Quairel-Lanoizelée, 2007). L’outil de reporting sociétal est alors utilisé comme un levier de
performance, de profitabilité et de rentabilité des investissements. La diffusion volontaire des
informations non financières peut aussi être mise en place afin de rechercher des avantages
concurrentiels pour les entreprises concurrentes en améliorant la réputation et l’image de la
société (Biwolé Fouda, 2014). De plus, les motivations peuvent être reliées à la culture13
d’entreprise, et tout particulièrement pour les PME à la conviction et aux valeurs personnelles
du dirigeant (Gray et Bebbington, 2001). Enfin, plus généralement, l’adoption de la démarche

13
Godelier (2009) définit la culture d’entreprise comme l’ensemble des principes, des représentations et des
valeurs partagées par les membres d’une même société (ou de plusieurs sociétés), et qui organisent leur façon de
penser, leur façon d’agir sur la nature qui les entoure et leur façon d’agir sur elles-mêmes, c’est-à-dire d’organiser
leurs rapports sociaux [autrement dit] la société.

80
Chapitre 2
Une approche contingente et institutionnelle des pratiques de RSE et de l’outil de reporting sociétal

de RSE au sein de l’entreprise peut être un facteur de gains de productivité et de performance


financière.

(c) Les obstacles pouvant freiner la production de l’outil de reporting sociétal

La production de rapports non financiers est un exercice complexe et coûteux (Capron et


Quairel-Lanoizelée, 2007). La décision de produire l’outil de reporting sociétal peut être
motivée par l’environnement socio-économique et les objectifs stratégiques des entreprises.
Toutefois, des obstacles peuvent également freiner sa production. La première difficulté
majeure se réfère à la définition du périmètre du reporting, en particulier pour les groupes de
sociétés. Si la politique de gouvernance du groupe a pour objectif de créer de la valeur à long
terme et de renforcer la réputation du groupe, elle devra alors faire en sorte que l’ensemble des
filiales, indépendamment de leur statut juridique, de leur pays ou de leur taille, contribuent aux
rapports annuels de gestion. Ainsi, les filiales doivent communiquer des informations relatives
à leur prise en compte des risques environnementaux et sociaux. Il serait aussi possible
d’étendre cette notion de périmètre au-delà de la définition du groupe de sociétés sous contrôle
et sous influence, et de concevoir un « périmètre [qui] devrait intégrer non seulement
l’ensemble des filiales du groupe, mais aussi toutes les entités dépendantes économiquement et
qui ont des impacts fort sur l’environnement naturel ou social, c’est-à-dire la sphère
d’influence de l’entreprise » (Capron et Quairel-Lanoizelée, 2007). Toutefois, une conception
large du périmètre pose des difficultés techniques liées à la possibilité de développer et de
mettre en place un système d’information permettant d’alimenter l’outil de reporting sociétal.
La production de l’outil pourrait générer un coût d’obtention de l’information plus important
que les bénéfices qui pourraient en résulter ce qui serait en contradiction avec un des principes
de base de la comptabilité. Le dernier facteur pouvant freiner la production de l’outil de
reporting sociétal se réfère à des contraintes de temps. Le processus de production de l’outil
peut occuper beaucoup de temps pour la formation du personnel et pour le responsable de la
démarche RSE de l’entreprise.

Le Tableau 13 synthétise les variables de contingence favorisant la production de l’outil de


reporting sociétal et les obstacles pouvant freiner sa production identifiés à travers la revue de
littérature.

81
Partie 1
Hybridation théorique des pratiques de RSE et de l’outil de reporting sociétal

Tableau 13 : Les variables de contingence liés à la production de l’outil de reporting


sociétal
Motivations
Environnement socio-économique Objectifs stratégiques Freins
(stimuli) des entreprises
- Environnement législatif,
réglementaire ou normatif modifiant la
perception et la place de la démarche de - Preuve de légitimité de
RSE ; l’action de l’entreprise
- Impact des scandales sociétaux (crise vis-à-vis des diverses
économique et pétrolière, changement parties prenantes - Définition du
climatique, effondrements) exigeant la - Levier de performance périmètre complexe
prise en compte des engagements en globale (maximisation - Contraintes
faveur du développement durable ou de des profits avec la financières et
la RSE ; recherche d’un techniques (système
- Plan de suivi des risques optimum global et non d’information et
environnementaux et sociétaux local, souci de formation du
permettant l’obtention d’une licence to légitimité de la société) personnel)
operate ou d’un permis d’exploitation ; - Niveau de confiance et - Contraintes de temps.
- Pour répondre au développement souci de transparence
croissant des marchés socialement - Besoin de contrôle, de
responsables et des fonds vérification et d’audit
d’investissement socialement
responsable (ISR).
Source : auteur

Le Schéma 16 modélise les facteurs favorisant la production de l’outil de reporting sociétal et


les obstacles pouvant freiner sa production qui se réfère à la phase 3 et à la phase 4 du modèle.
La phase 3 présente les facteurs incitant à l’instrumentation de la RSE ainsi que les obstacles
pouvant freiner la production de l’outil de reporting sociétal.
La phase 4 se réfère à la mise en place de dispositifs de controle, de vérification et d’audit des
informations publiées en matière de RSE. Le contrôle, la vérification et l’audit permettent de
justifier les actions menées et cautionner et de crédibiliser les informations publiées.

82
Chapitre 2
Une approche contingente et institutionnelle des pratiques de RSE et de l’outil de reporting sociétal

Schéma 16 : Les variables de contingence liées à la production de l’outil de reporting


sociétal

Source : auteur

83
Chapitre 2
Une approche contingente et institutionnelle des pratiques de RSE et de l’outil de reporting sociétal

Section 2. Une approche institutionnelle des pratiques de RSE


et de l’outil de reporting sociétal

« Le mouvement de la RSE donne lieu à de nouvelles


formes de régulation combinant obligations
contraignantes et démarches volontaires avec
l’intervention de multiples acteurs » (Capron et Quairel-
Lanoizelée, 2016).

La théorie néo-institutionnelle permet d’expliquer l’adoption de la démarche de RSE et la


production de l’outil de reporting sociétal en réponse à « des contraintes réglementaires, à des
normes professionnelles et sectorielles, ou bien comme un comportement mimétique » (Capron
et Quairel-Lanoizelée, 2007). Pour ces auteurs, ces contraintes institutionnelles s’imposent
généralement aux grandes entreprises qui ont une plus grande visibilité. DiMaggio et
Powell (1983) définissent le concept de l’isomorphisme institutionnel comme « un processus
contraignant qui force une organisation à ressembler aux autres organisations qui sont
confrontées aux mêmes conditions environnementales ». Selon Tolbert et Zucker (1996), les
organisations isomorphes suivent des normes sociales sans forcément avoir une véritable
réflexion rationnelle. Elles ont un comportement institutionnel puisqu’elles adoptent des
pratiques jugées incontournables et s’alignent sur les normes sociales en vigueur
(Suchman, 1995). Le concept de l’isomorphisme institutionnel permet d’intéger l’influence des
facteurs institutionnels sur l’adoption de la démarche de RSE et la production de l’outil de
reporting sociétal.

1. Les mécanismes d’isomorphismes institutionnels

Selon DiMaggio et Powell (1983), trois mécanismes principaux sont porteurs de changements
institutionnels : l’isomorphisme coercitif, l’isomorphisme normatif et l’isomorphisme
mimétique. Pour Scott (2001), ces trois mécanismes d’isomorphismes institutionnels
influencent l’institutionnalisation d’une pratique ou d’une règle dans un champ donné. « Ils
cadrent l’évolution des organisations et conduisent à une convergence des comportements »
(Leroux et Pupion, 2011).

85
Partie 1
Hybridation théorique des pratiques de RSE et de l’outil de reporting sociétal

- L’isomorphisme coercitif résulte des pressions tout autant formelles qu’informelles


exercées par les organisations appartenant à un champ et issu des attentes culturelles
d’une société (Huault, 2009). Les contraintes coercitives sont imposées par la loi ou la
réglementation (Capron et Quairel-Lanoizelée, 2007). Si la loi NRE (en France) oblige
certaines entreprises à diffuser des informations sociales et environnementales, la
pression des parties prenantes en termes de transparence, les dispositions
gouvernementales relatives à la prise en compte des scandales sociétaux, le
développement croissant des marchés socialement responsables, des labels équitables
ou bio et des fonds d’investissement socialement responsable (ISR) peuvent inciter les
entreprises à produire l’outil de reporting sociétal en l’absence de réglementation en
vigueur.
- L’isomorphisme normatif résulte de l’application des normes professionnelles et de
l’alignement sur les normes culturelles (Abdennader et Cheffi, 2011). Les obligations
normatives entrent dans la vie sociale d’abord comme des faits que les acteurs doivent
prendre en compte (Meyer et Rowan, 1991). Elles peuvent être le résultat de
l’intégration dans les normes professionnelles de la démarche de RSE et de la production
de l’outil de reporting sociétal dans un contexte où aucune réglementation n’est prévue
à cet effet.
- L’isomorphisme mimétique résulte de l’imitation des comportements. Il conduit les
organisations à imiter et à copier les pratiques qui ont montré leur succès, celles qui sont
considérées comme une référence, mais il fait face à l’incertitude. Darus, et al. (2013)
le considèrent comme « une réponse à travers laquelle les organisations, en vertu du
processus d’influence sociale, imitent d’autres organisations qu’elles considèrent
comme plus légitimes et plus efficaces ».

Selon Gond et Igalens (2008), si l’adoption de la démarche de RSE est devenue une
préoccupation permanente et parfois une priorité des entreprises, c’est parce qu’elle provient à
la fois de l’initiative d’institutions internationales, de l’apparition de nouveaux acteurs
proposant des services innovants relatifs à la RSE et d’un travail de normalisation important.

Le Tableau 14 présente les critères de mesures théoriques selon DiMaggio et Powell (1983)
des trois mécanismes principaux de l’isomorphisme institutionnel.

86
Chapitre 2
Une approche contingente et institutionnelle des pratiques de RSE et de l’outil de reporting sociétal

Tableau 14 : Critère de mesure théorique de l’isomorphisme institutionnel


Coercitif Normatif Mimétique
 Pressions  Normes professionnelles  Faire face à l’incertitude
formelles  Normes culturelles  Imiter et copier ceux qui
 Pressions  Réseaux professionnels ont réussi
informelles  Influence des organismes
pionnières
Source : auteur

2. Les facteurs institutionnels favorisent l’adoption de la démarche de RSE et la


production de l’outil de reporting sociétal

La revue de littérature réalisée tout au long de cette première partie de la recherche permet de
constater que des pressions tout autant formelles qu’informelles peuvent amener une entreprise
à adopter une démarche de RSE et produire un outil de reporting sociétal. L’adoption d’une
démarche de RSE au sein des grandes entreprises, essentiellement celles ayant un projet
d’investissement représentant des impacts forts sur l’environnement ou sur la société,
s’explique par une quête de légitimité (licence to operate au sens de la littérature). Ces grandes
entreprises sont « à la recherche de légitimité sans laquelle elles ne disposent pas du droit
moral et symbolique d’exercer leurs activités » (Capron et Quairel-Lanoizelée, 2007).
L’adoption de la démarche de RSE est considérée comme un devoir pour les grandes entreprises
de mettre en place un système de prévention et de mesure pour protéger l’environnement et la
société des risques engendrés par leurs activités.

En 2011, Acquier et al. ont présenté que l’adoption de la démarche de RSE découle d’une
inspiration religieuse en mettant en évidence l’importance des religions protestantes et
catholiques dans le processus de construction théorique de la RSE durant les années 1900 à
1950. En 1920, a émergé les notions de trusteeship et stewardship. Ces notions de trusteeship
et de stewardship véhiculent l’idée d’un « contrat implicite, c’est-à-dire la relation entre
l’entrepreneur ou l’entreprise avec la société : tout propriétaire a pour devoir de satisfaire les
besoins de la société dans son ensemble » (Acquier et al., 2011). Ainsi, « les personnes qui sont
mandatées pour gérer le bien d’autrui se doivent d’exercer cette fonction comme s’il s’agissait
de leur bien propre » (Capron et Quairel-Lanoizelée, 2007).

87
Partie 1
Hybridation théorique des pratiques de RSE et de l’outil de reporting sociétal

À la fin du 19ème siècle et au début du 20ème siècle, l’adoption de la démarche de RSE s’incarne
aux Etats-Unis à travers des activités philanthropiques permettant de répondre tout autant à une
inspiration religieuse qu’à une pression sociale. Pour Bowen (1953) et Heald (1970), ces
activités philanthropiques ont été posées comme un devoir du chef d’entreprise qui a réussi à
contribuer au bien-être de la communauté.

De plus, dans les années 1960 à 1980 ont emergé différents mouvements sociaux tels que le
mouvement pour les droits civiques et les luttes contre la discrimination, les mouvements
écologiques et les mouvements des étudiants contre la guerre du Vietnam qui ciblent les
entreprises polluantes ou productrices d’armes, ainsi que la lutte contre l’apartheid14 en Afrique
du Sud.

Au-delà de ces différentes formes de pressions informelles, des pressions formelles sont
également identifiées comme déterminants institutionnels favorisant l’adoption de la démarche
de RSE et la production de l’outil de reporting sociétal. Par exemple, l’émergenc de la loi NRE
en France, la loi Grenelle 2 et la loi Warsmann 4 ainsi que la croissance exponentielle des
marchés socialement responsables, des fonds d’investissement socialement responsable (ISR)
et l’émergence des labels équitables et bio influencent tout autant l’adoption de la démarche de
RSE et la production de l’outil de reporting sociétal par les entreprises.

Cependant, l’adoption d’une démarche de RSE n’est pas uniquement le résultat de ces
différentes formes de pressions coercitives formelles et informelles, la démarche peut être
adoptée à la suite de pressions normatives et à des phénomènes de mode. Ainsi, des normes
professionnelles telles que l’ISO9000, l’ISO14000, l’ISO26000 en ce qui concerne l’adoption
de la démarche de RSE, et les lignes directrices de la norme Global Reporting Initiative (GRI),
l’Assurance Standard AA1000AS et l’ISAE3000 pour la production de l’outil de reporting
sociétal sont aussi des déterminants institutionnels favorisant l’adoption de la démarche de RSE
et la production de l’outil de reporting sociétal. De plus, en 2000, le Conseil européen a fixé un
objectif stratégique visant à faire de l’Union européenne « l’économie de la connaissance la
plus compétitive et la plus dynamique du monde d’ici 2010, capable d’une croissance
économique durable accompagnée d’une amélioration quantitative et qualitative de l’emploi et

14
Le mot apartheid signifie littéralement « état de séparation », mais il prend rapidement le sens de système
politique organisé à partir d'une discrimination raciale rigoureuse, voire d'une hiérarchisation des groupes
ethniques (source : https://www.universalis.fr/encyclopedie/apartheid/).

88
Chapitre 2
Une approche contingente et institutionnelle des pratiques de RSE et de l’outil de reporting sociétal

d’une plus grande cohésion sociale » (Conseil européen, 2000). En 2003, les banques
internationales ont signé les principes de l’Equateur15 afin de prendre en compte des critères
sociaux, sociétaux et environnementaux dans les projets qu’elles financent. Ainsi, 97
institutions financières dans 37 pays telles que BNP Parisbas, Crédit Agricole Corporate and
Investment Bank, Natixis et Société Générale adoptent les principes de l’Equateur (Equator
Principles, s.d.). Dans le même ordre d’idée, dans les pays développés, le renforcement des
exigences environnementales envers les filiales installées dans les pays africains devrait être
une priorité.

Enfin, l’adoption de la démarche de RSE et la production de l’outil de reporting sociétal


peuvent également résulter d’un phénomène de mode. D’une manière générale, les entreprises
imitent les pratiques de celles qui sont considérées comme ayant réussi sur le marché. Ainsi,
l’adoption de la démarche de RSE et la production de l’outil de reporting sociétal peuvent être
motivées par des phénomènes de mode.

La culture d’entreprise, la conviction et les valeurs personnelles du dirigeant peuvent également


influencer l’adoption de la démarche de RSE. Par exemple, un dirigeant sensible aux aspects
liés à l’éthique ou à la morale peut motiver ses collaborateurs à mettre en place des actions RSE
au sein de l’entreprise.

Le Tableau 15 synthétise l’influence de l’isomorphisme institutionnel et de la culture


d’entreprise, de la conviction et des valeurs personnelles du dirigeant qui entrent en jeu lors de
l’adoption de la démarche de RSE et la production de l’outil de reporting sociétal.

15
Les principes de l’équateur créés en 2003 est un cadre de référence du secteur financier visant à identifier,
évaluer et gérer la prise en compte des risques sociaux et environnementaux dans le cadre de financement de
projets (https://equator-principles.com).

89
Partie 1
Hybridation théorique des pratiques de RSE et de l’outil de reporting sociétal

Tableau 15 : Les facteurs favorisant les pratiques de RSE et l’outil de reporting sociétal
Mécanismes Critères de Déterminants Motivations de mise en œuvre
de mesures institutionnels
l’isomorphisme théoriques
institutionnel
Les entreprises françaises cotées sur un
marché réglementé et celles de plus de
Lois NRE,
Pressions 500 salariés et présentant plus de 100M€
Grenelle 2 et
formelles de total du bilan ou de chiffre d’affaires
Warsmann 4
net doivent publier des informations
relatives à la démarche de RSE.
Les religions protestantes et catholiques
Inspiration
influencent le processus de construction
religieuse (1900-
théorique de la RSE durant les années
1950)
1900 à 1950.
Emergence de la Les personnes mandatées pour gérer le
notion de bien d’autrui se doivent d’exercer cette
trusteeship (dans fonction comme s’il s’agissait de leur bien
les années 1920) propre.
Philanthropie La RSE est celle de la philanthropie,
corporative (fin posée comme un devoir du chef
19ème siècle, début d’entreprise qui doit contribuer au bien-
20ème siècle) être de la communauté.
Mouvements pour les droits civiques et
les luttes contre la discrimination dans les
années 1960 ;
Emergence des Mouvements écologiques et mouvements
mouvements des étudiants contre la guerre du Vietnam
sociaux (1960- qui ciblent les entreprises polluantes ou
Coercitif
1980) productrices d’armes dans les années
1970 ;
Pressions La lutte contre l’apartheid en Afrique du
informelles Sud dans les années 1980.
Les grandes distributions s’appuient sur
l’existence de labels du commerce
équitable pour proposer de nouvelles
gammes de produits.
Croissance
En 2002, quatre syndicats CFTC, CFDT,
exponentielle du
CFE-CGC, et CGT créent un label social
marché de
décerné aux fonds salariaux (l’ensemble
l’investissement
des fonds doit être géré de façon
socialement
socialement responsable, les
responsable (ISR)
établissements financiers doivent
et émergence des
s’appuyer sur une diversité de sources
labels sociaux
d’informations externes et posséder des
compétences internes en matière
d’investissement socialement
responsable).
Culture
d’entreprise, Un dirigeant sensible influence ses
conviction et collaborateurs à mettre en place des
valeurs du actions RSE au sein de l’entreprise.
dirigeant

90
Chapitre 2
Une approche contingente et institutionnelle des pratiques de RSE et de l’outil de reporting sociétal

Mécanismes Critères de Déterminants Motivations de mise en œuvre


de mesures institutionnels
l’isomorphisme théoriques
institutionnel
En 2000, le Conseil européen a fixé un
objectif stratégique visant à faire de l’UE
« l’économie de la connaissance la plus
Influence de compétitive et la plus dynamique du
l’Union monde d’ici 2010, capable d’une
européenne (UE) croissance économique durable
accompagnée d’une amélioration
quantitative et qualitative de l’emploi et
d’une plus grande cohésion sociale ».
En 2003, les Principes de l’Equateur sont
signés par des grandes banques
internationales afin de prendre en compte
Influence des Pacte mondial
des critères sociaux, sociétaux et
organisations
environnementaux dans les projets
pionnières
qu’elles financent.
La mise en place du PERP (plan
Promulgation de d’épargne retraite populaire) et du
la loi Fillon en PERCO (plan d’épargne retraite collectif)
2003 a favorisé l’épargne investie dans des
fonds socialement responsable.
Dès lors que la société mère établit des
comptes consolidés, l’ensemble de ses
Influence de la filiales indépendamment de leur statut
société mère juridique, pays ou taille doivent intégrer
Normatif
au rapport des informations sur la
démarche de RSE.
Dans les pays développés, le
renforcement des exigences
Obligation
environnementales envers les filiales
professionnelle
installées dans les pays africains devrait
être une priorité.
Les lignes
directrices de la
norme Global
Reporting
Initiative (GRI),
Base de référence à la vérification des
Normes de la norme
informations sociétales.
professionnelles Assurance
Standard
AA1000AS et de
la norme ISAE
3000
Permet aux entreprises et aux
organisations d’opérer de manière
socialement responsable, c’est-à-dire agir
Norme ISO 26000
de manière éthique et transparente sur la
manière dont elles contribuent à la bonne
santé et au bien-être de la société.

91
Partie 1
Hybridation théorique des pratiques de RSE et de l’outil de reporting sociétal

Mécanismes Critères de Déterminants Motivations de mise en œuvre


de mesures institutionnels
l’isomorphisme théoriques
institutionnel
- La mise en place d’une pratique
RSE/DD peut être un levier de
productivité et de performance
financière ;
Imiter et copier ceux qui ont réussi
- Pour atteindre des objectifs
économiques (maximisation des
Mimétique profits), les entreprises veulent faire
aussi bien que les autres
Selon Bowen (1953), la RSE est non
seulement considérée acceptable dans les
Phénomènes de mode cercles américains de dirigeants de
grandes entreprises, mais elle est devenue
à la mode.
Source : auteur

92
Chapitre 2
Une approche contingente et institutionnelle des pratiques de RSE et de l’outil de reporting sociétal

Synthèse du chapitre 2

L’approche contingente de la recherche a permis de formuler trois hypothèses précisant les


variables de contingence et les contraintes apparaissant lors de la mise en place d’un outil de
reporting sociétal. L’approche institutionnelle a permis d’identifier la nature des influences lors
de l’adoption de la démarche de RSE et de la production de l’outil de reporting sociétal.
L’identification des variables de contingence tout comme des facteurs institutionnels a été faite
à l’aide d’une revue de littérature portant sur la démarche de RSE et son instrumentation via le
reporting sociétal. L’hybridation entre ces deux séries de variables (de contingence et
institutionnelles) a permis d’élaborer le cadre conceptuel de la recherche (cf. Schéma 17) qui
va être testé dans la deuxième partie.

93
Partie 1
Hybridation théorique des pratiques de RSE et de l’outil de reporting sociétal

Schéma 17 : Cadre conceptuel de la recherche

Source : auteur

94
Chapitre 2
Une approche contingente et institutionnelle des pratiques de RSE et de l’outil de reporting sociétal

Le modèle se compose de cinq phases : les trois premières phases se réfèrent à l’adoption de la
démarche de RSE et les deux dernières phases renvoient à la production de l’outil de reporting
sociétal.
Comme vu supra, la phase 0 présente les éléments déclencheurs amenant les entreprises à
adopter la démarche de RSE et se réfère aux stimuli influençant l’adoption de la démarche.
Cette phase permet de répondre à la première question de recherche :
- QR1. Quels sont les éléments déclencheur de l’adoption de la démarche de RSE ?
La phase 1 concerne l’adoption de la démarche de RSE et permet de répondre à la deuxième
question :
- QR2. Pourquoi les entreprises pratiquent-elles la RSE ?
La phase 2 présente les objectifs stratégiques des entreprises et identifie ainsi les formes de RSE
pratiquées. Elle répond à la troisième question de recherche :
- QR3. Quelle est la finalité poursuivie par la démarche RSE (pour quoi) et quelles sont
les parties prenantes impliquées (pour qui) ?
La phase 3 présente l’instrumentation de la RSE via le reporting sociétal influencée par
l’environnement socio-économique faisant référence :
- à l’environnement législatif, réglementaire ou normatif modifiant la perception et la
place des pratiques de RSE ;
- aux impacts des scandales sociétaux exigeant la prise en compte des engagements en
faveur de développement durable ou de la RSE ;
- aux dispositions gouvernementales incitant la mise en place de plan de suivi des risques
environnementaux et sociétaux permettant l’obtention d’une licence to operate ou d’un
permis d’exploitation ;
- et au développement croissant des marchés socialement responsables et des fonds
d’investissement socialement responsables (ISR).
Ainsi, la phase 3 permet de répondre à la quatrième et à la cinquième question de recherche :
- QR4. Pourquoi les entreprises produisent-elles l’outil de reporting sociétal ?
- QR5. Quelle est la finalité poursuivie par l’outil de reporting sociétal (pour quoi) et
quelles sont les parties prenantes impliquées (pour qui) ?
Enfin, la phase 4 incite les entreprises ayant adopté la démarche de RSE à mettre en place des
dispositifs de contrôle, de vérification et d’audit des informations publiées pour justifier les
actions menées et pour cautionner et crédibiliser les informations publiées. Elle permet
également de répondre à la quatrième question de recherche.

95
Partie 2.
Processus d’analyse des pratiques de RSE et de l’outil de reporting
sociétal

« A l’horizon 2024, grâce à ses richesses naturelles et humaines,


Madagascar pourrait devenir un pays exemplaire en matière de
développement durable : un pays où les ressources naturelles
auront contribué à réduire la pauvreté et stimuler l'économie de
la nation vers une croissance soutenue et inclusive, et où la
biodiversité et les paysages seront préservés et valorisés »
(Banque mondiale, 2013).

La première partie a situé le sujet et l’objet de la recherche dans le cadre d’une approche
historique et a permis de réaliser une revue de la littérature. Grâce à cette dernière, un modèle
composé de cinq phases a pu être défini. Le modèle montre les facteurs influençant
positivement l’adoption de la démarche de RSE et les facteurs influençant positivement et
négativement la production de l’outil de reporting sociétal. Il permet ainsi de répondre aux cinq
questions de recherche présentées supra.

La deuxième partie présente la partie empirique de la recherche. Elle permet d’exposer la


méthodologie mobilisée pour la recherche, le terrain étudié, les résultats et les contributions de
l’étude.

Le chapitre 3 présente l’approche méthodologique retenue pour étudier les pratiques de RSE et
leur instrumentation via le reporting sociétal. La section 1 du chapitre 3 expose la méthode de
collecte des données à travers les deux phases du terrain : une phase exploratoire et une phase
d’étude approfondie. Ensuite, elle présente la méthodologie de recueil des données primaires et
secondaires : collecte des données primaires par entretien et par questionnaire et collecte des
données secondaires par analyse de documents internes et externes. La section 2 présente les

97
Partie 2
Processus d’analyse des pratiques de RSE et de l’outil de reporting sociétal

modalités de l’analyse de contenu thématique à l’aide du logiciel Nvivo 11 nécessitant un travail


de retranscription intégrale des données au début de l’analyse de contenu.

Le chapitre 4 présente et discute les résultats de la recherche. La section 1 montre les facteurs
favorisant l’adoption d’une démarche de RSE par les 22 entreprises étudiées. Elle permet ainsi
d’identifier les différentes formes de RSE pratiquées. La section 2 présente le reporting sociétal
comme outil de gestion de la RSE. Elle identifie les différents supports de communication des
informations sociales et environnementales. Ensuite, elle présente les facteurs influençant
positivement ou freinant la production de l’outil de reporting sociétal. Enfin, à travers le cadre
conceptuel mobilisé pour la recherche elle vérifie les hypothèses formulées dans la partie 1 de
la recherche :
- Hypothèse 1 : L’environnement socio-économique influence positivement la
production de l’outil de reporting sociétal ;
- Hypothèse 2 : Il existe des objectifs stratégiques des entreprises expliquant la production
de l’outil de reporting sociétal ;
- Hypothèse 3 : Il existe des obstacles pouvant freiner la production de l’outil de reporting
sociétal.

Le Tableau 16 présente la structure de la deuxième partie de la recherche.

Tableau 16 : Structure de la Partie 2 de la recherche


Chapitre 3. Une approche méthodologique pour l’analyse des pratiques de RSE et de l’outil
de reporting sociétal
Section 1. Présentation de la méthode de collecte des données
Section 2. Les modalités de l’analyse de contenu thématique : recours au logiciel Nvivo
11
Synthèse du chapitre 3

Chapitre 4. L’analyse des pratiques de RSE et de l’outil de reporting sociétal : cas des
entreprises à Madagascar
Section 1. Analyse des pratiques de RSE
Section 2. Analyse de l’outil de reporting sociétal
Synthèse du chapitre 4

98
Partie 2
Processus d’analyse des pratiques de RSE et de l’outil de reporting sociétal

Chapitre 3.
Une approche méthodologique pour l’analyse des pratiques de
RSE et de l’outil de reporting sociétal

« La responsabilité [sociétale] est commune face à la


détérioration de la planète » (Johnston, 2005).

L’objectif de ce chapitre est de présenter la méthode de la recherche à travers deux sections : la


présentation de la méthode de collecte des données et l’analyse de contenu thématique à l’aide
du logiciel Nvivo 11.

La section 1 présente les deux phases du travail de terrain dans le premier paragraphe et la
méthodologie de recueil des données primaires et secondaires dans le deuxième paragraphe.

La section 2 montre comment effectuer une analyse de contenu thématique sur Nvivo 11.

Pour mener à bien l’analyse, des données primaires et secondaires ont été collectées à travers
des entretiens (semi-directifs, non-directifs, de groupe de créativité), des questionnaires et des
analyses de documents secondaires internes et des documents secondaires externes. Les
entretiens ont donné lieu à des enregistrements audio et des prises de notes. Les données issues
des enregistrements audio ont été retranscrites intégralement par le chercheur et ont été codées
pour respecter l’anonymat des répondants.

Le Tableau 17 présente la structure du chapitre 3 de la recherche.

99
Partie 2
Processus d’analyse des pratiques de RSE et de l’outil de reporting sociétal

Tableau 17 : Structure du chapitre 3 de la recherche


Chapitre 3. Une approche méthodologique pour l’analyse des pratiques de RSE et de l’outil
de reporting sociétal
Section 1. Présentation de la méthode de collecte des données
1. Les deux phases du travail de terrain
2. Méthodologie de recueil des données primaires et secondaires

Section 2. Les modalités de l’analyse de contenu thématique : recours au logiciel Nvivo 11


1. La retranscription des données collectées
2. Fonctionnement du logiciel Nvivo 11
3. Processus de l’analyse des données

Synthèse du chapitre 3

100
Chapitre 3
Une approche méthodologique pour l’analyse des pratiques de RSE et de l’outil de reporting sociétal

Section 1. Présentation de la méthode de collecte des données

« La collecte des données est un élément crucial


du processus de recherche en management »
(Baumard et al., 2014).

L’objectif de cette section est de présenter les modalités de recueil des données qui s’est déroulé
en deux phases :

 une phase exploratoire qui a visé à mieux cerner le sujet et la problématique à l’aide
d’une revue de littérature réalisée dans la partie 1 de la recherche complétée par la
participation à différentes manifestations permettant de rencontrer des personnalités
faisant référence sur le domaine de la RSE à Madagascar ;
 une phase d’étude approfondie du terrain via des entretiens ou l’envoi de questionnaires
aux 22 entreprises malgaches ayant adopté une démarche de RSE et le recueil de
documents secondaires internes et de documents secondaires externes.

La phase exploratoire a permis de rencontrer des chercheurs académiques travaillant sur le


concept de RSE, de gouvernance et du développement durable à Madagascar et des
professionnels malgaches, parties prenantes à ces différents processus. Ces rencontres ont eu
lieu lors de la conférence Atlas AFMI à Madagascar dont le thème portait sur Les défis
managériaux de l’intégration à l’internationale. Lors de cette conférence, plusieurs tables
rondes (sur l’intégration économique et sociale) étaient programmées faisant intervenir des
dirigeants d’entreprises. La discussion et les débats ont donc abordé les questions liées à
l’éthique, la gouvernance et la RSE.

De plus, le chercheur a assisté en 2017 à la 2ème et en 2018 à la 3ème édition du salon RSE et des
Initiatives pour le développement durable (salon RSE/IDD).

Ces deux évènements, professionnels et académiques, ont permis d’explorer le sujet étudié et
de mieux saisir les implications pratiques et réelles de la RSE à Madagascar. Ils ont permis
également d’engager des discussions avec des dirigeants d’entreprises et des responsables des
pratiques de RSE à Madagascar.

101
Partie 2
Processus d’analyse des pratiques de RSE et de l’outil de reporting sociétal

La phase d’étude approfondie du terrain a été initiée en avril 2017 et s’est terminée en
juillet 2019. Elle s’est déroulée en deux temps :
 dans un premier temps, plusieurs enquêtes via des questionnaires et entretiens ont été
réalisées permettant de récolter des matériaux sur les objectifs poursuivis par les
entreprises, les politiques et outils mobilisés etc. ;
 dans un second temps, la documentation professionnelle interne et externe aux
entreprises a permis de récolter des matériaux liés à la mise en œuvre opérationnelle de
la démarche de RSE et de son instrumentation via le reporting sociétal.

Cette section présente les deux phases (exploratoire et étude approfondie) de cette recherche
puis les modalités de collecte des données primaires et secondaires. Le Tableau 18 présente
une synthèse des données collectées au cours des différentes phases de recueils de données.

Tableau 18 : Synthèse des données recueillies au cours des différentes phases


Nature des
Phases Méthode de collecte
données
Avril 2017 : Prise de contact avec les entreprises ayant adopté une
démarche de RSE (connaissance personnelle du chercheur).
8 mai 2017 : Prise de contact avec le cabinet UR-CSR consulting
(liste des entreprises ayant participé au salon RSE/IDD).
Avril à juin 2017 : Prise de contact avec les entreprises figurant
dans la liste obtenue auprès du cabinet UR-CSR consulting
(entretien par e-mail et par téléphone).
2 au 4 mai 2017 : Participation au colloque Atlas-AFMI à
Données l’INSCAE.
primaires 12 et 13 juillet 2017 : Participation à la 2ème édition du salon
RSE/IDD à l’hôtel Carlton.
13 juillet 2017 : Entretien de groupe avec 12 représentants
d’entreprises au Carlton.
Juillet 2017 : Contact des plateformes de RSE, du développement
Phase durable et de l’économie verte :
exploratoire o ADDEV Madagascar (association de développement
durable et de l’économie verte)
o PHSP (plateforme humanitaire du secteur privé)
Documentations internes :
Rapport RSE de Lafarge Holcim et du projet Ambatovy
Documentations externes :
o MECIE et la RSE par Tene 2016
o Le premier guide RSE à Madagascar élaboré par le cabinet
Données UR-CSR consulting à la suite de la première édition du salon
secondaires RSE/IDD en 2016
o Loi et normes : Norme GRI (global reporting initiative) ; loi
NRE (nouvelle régulation économique) ; loi Grenelle 2 ; loi
Warsmann 4 ; Décret MECIE.
o Thèses : Dohou-Renaud (2006) ; Salomon (2014) ; Bertrand
(2014).

102
Chapitre 3
Une approche méthodologique pour l’analyse des pratiques de RSE et de l’outil de reporting sociétal

Nature des
Phases Méthode de collecte
données
o Références académiques : Harison (2013) ; Harison et
Obrecht (2013).
2017 : Réalisation de cinq entretiens semi-directifs avec quatre
représentants d’entreprises ayant participé à l’entretien de groupe :
o 10 avril 2017 : entreprise Guanomad avec la Coordinatrice
RSE « Corporate Social Responsibility Officer » (dans son
bureau au Lot VF7 Amparibe- Immeuble MALAKY -
Antananarivo) ;
o 25 avril 2017 : projet Ambatovy avec le Corporate Social
Responsibility Manager, sustainibility division (dans une
salle de réunion Immeuble Tranofitaratra 7ème étage – Rue
Ravoninahitriniarivo Ankorondrano – Antananarivo 101
Madagascar) ;
o 08 mai 2017 : Projet Ambatovy avec la Responsable
relations externes, division développement durable (dans
une salle de réunion Immeuble Tranofitaratra 7ème étage –
Rue Ravoninahitriniarivo Ankorondrano – Antananarivo
101 Madagascar) ;
o 12 mai 2017 : Groupe Star avec le Responsable programme
sociétal (dans une salle de réunion au Rue Docteur Joseph
Raseta – 101 Antananarivo, Madagascar) ;
o 01 juin 2017 : établissement Solidis avec la Responsable
RSE (dans son bureau à l’Immeuble Imanga kely, Lot II K
1 Ambohijatovo – 101, Antananarivo Madagascar).
2017 : Réalisation de deux entretiens non-directifs en face à face
dont un dirigeant d’entreprise et un consultant en RSE
Phase d’étude Données
o 28 juin 2017 : avec un consultant en RSE (dans un salon de
approfondie primaires
thé, mille feuilles behoririka) ;
o 09 Août 2017 : avec le PDG d’une entreprise spécialisée
dans la production des engrais biologiques (dans son bureau
au Lot VF7 Amparibe- Immeuble MALAKY -
Antananarivo) ;
2018 : Réalisation de six entretiens non-directifs en face à face dont
cinq dirigeants d’entreprise et un consultant en RSE et d’un entretien
non-directif par Skype avec un dirigeant d’entreprise
o 21 août 2018 : avec la directrice exécutive de la Fondation
Telma (dans son bureau au 2ème étage du cube D-Z.I Galaxy
Andraharo) ;
o 27 août 2018 : avec un directeur d’une entreprise
spécialisée dans l’exportation de la vanille (dans un salon de
thé, Colbert Antaninarenina) ;
o 29 août 2018 : avec un directeur d’une entreprise
commerciale (dans son bureau au cité Perrier
Ampandrana) ;
o 12 septembre 2018 : avec un représentant d’un grand projet
minier (dans un salon de thé à Ibis) ;
o 15 septembre 2018 : avec un directeur d’une grande
entreprise industrielle (par Skype) ;
o 19 septembre 2018 : avec un consultant en RSE (dans son
bureau à Local 3 RDC Immeuble Jean Petit Analamahitsy,
Lot II N 80 R Bis AA Antananarivo) ;

103
Partie 2
Processus d’analyse des pratiques de RSE et de l’outil de reporting sociétal

Nature des
Phases Méthode de collecte
données
o 22 septembre 2018 : avec un directeur d’une entreprise
commerciale spécialisée en bâtiment et travaux publics
(dans sa maison où il exerce son activité à 67Ha).
2018 : Réalisation de 21 questionnaires remplis (population ciblée
32 entreprises) dont 8 produisant un reporting sociétal.
2019 : Réalisation d’entretiens par e-mail et par facebook avec huit
responsables de la démarche de RSE, deux dirigeants d’entreprise et
deux consultants en RSE.
Documentations internes :
oDocuments obtenus du site internet des entreprises (groupe
Axian, projet Ambatovy, Société Guanomad, Groupe
Socota, DHL, Orange) ;
o Plaquette RSE Guanomad ;
o Informations intégrées dans le rapport annuel de gestion de
Solidis ;
o Charte éthique de Géant Score.
Documentations externes :
o Statut et règlement intérieur de la plateforme PHSP ;
Données o Stratégie nationale des gestions des risques et des
secondaires catastrophes (2016-2030) ;
o Loi N°2015-003 portant charte de l’environnement
Malagasy ;
o Opportunités et défis pour une croissance inclusive et
résiliente (Banque mondiale, 2014) ;
o MECIE et la RSE (Tene, 2016) ;
o Bilan de la 1ère, de la 2ème, de la 3ème et de la 4ème édition du
salon RSE/IDD (2016, 2017, 2018, 2019) ;
o Atelier solution RSE (salon RSE/IDD, 2019) ;
o Dossier de présentation du salon RSE/IDD (2019) ;
o Rapport RSE d’un groupe Français ayant une filiale à
Madagascar.
Source : auteur

Il est à noter que les données recueillis lors de cette recherche sont collectées auprès des 22
entreprises parmi les 32 identifiées comme ayant adopté une démarche de RSE à Madagascar.

104
Chapitre 3
Une approche méthodologique pour l’analyse des pratiques de RSE et de l’outil de reporting sociétal

1. Les deux phases du travail de terrain

La collecte des données s’est déroulée en deux phases distinctes : une phase exploratoire et une
phase d’étude approfondie.

La phase exploratoire a eu pour objectif d’identifier les entreprises ayant adopté une démarche
de RSE à Madagascar (32 entreprises identifiées). Elle a permis ainsi de repérer les motivations
et les objectifs stratégiques des entreprises en matière de RSE. Elle a eu également comme
objectif d’identifier les entreprises qui communiquent les informations sociales et
environnementales à travers la production de l’outil de reporting sociétal.

La phase d’étude approfondie a permis de collecter des données aussi bien qualitatives (à visée
exploratoire) que quantitatives (à visée confirmatoire) qui permettent la validation des
connaissances relatives aux pratiques de RSE et à l’outil de reporting sociétal au sein de 22
entreprises localisées à Madagascar étudiées dans le cadre de cette recherche.

1. 1. La phase exploratoire

La phase exploratoire a eu pour objectif d’identifier :


- les entreprises ayant adopté une démarche de RSE à Madagascar ;
- les motivations et formes de RSE pratiquées par les 22 entreprises étudiées ;
- les entreprises qui communiquent les informations sociales et environnementales à
travers la production de l’outil de reporting sociétal.

Cette phase exploratoire a débuté en avril 2017 en utilisant les contacts personnels du chercheur.
Ensuite, une prise de contact avec le cabinet UR-CSR consulting a été effectuée. Elle a permis
d’obtenir une liste non exhaustive des entreprises ayant adopté une démarche de RSE à
Madagascar. Le chercheur a également participé à la conférence internationale Atlas AFMI à
Madagascar qui a eu lieu en mai 2017. Cette conférence a permis d’identifier des professionnels
qui s’intéressent ou qui adoptent une démarche de RSE au sein de leur entreprise. Enfin, le
chercheur a aussi participé à la 2ème et à la 3ème édition du salon RSE/IDD, qui ont eu lieu
respectivement le 12 et le 13 juillet 2017, et le 31 août et le 1er septembre 2018. Ce salon de la
RSE et des Initiatives pour le développement durable est organisé chaque année depuis 2016
par le cabinet UR-CSR consulting. En 2017, il s’est tenu sous le parrainage du MIDSP
(ministère de l’industrie et du développement du secteur privé) et en partenariat avec l’Unicef
de Madagascar. En 2018, il a été co-organisé par le cabinet UR-CSR consulting et le cabinet
Buy your way, sous le parrainage du MIDSP et le ministère de l’environnement, de l’écologie

105
Partie 2
Processus d’analyse des pratiques de RSE et de l’outil de reporting sociétal

et des forêts (MEEF). Les salons 2017 et 2018 ont ainsi permis d’étoffer la liste des entreprises
ayant adopté une démarche de RSE à Madagascar et à repérer celles qui produisent l’outil de
reporting sociétal. L’Encadré 4 développe l’objectif global du salon RSE et des Initiatives pour
le développement durable.

Encadré 4 : Objectif global du salon RSE et des Initiatives pour le développement durable
à Madagascar

Le salon a pour objectif de faciliter la rencontre entre les différents acteurs de la RSE et le grand
public, en abordant les thématiques, les innovations et les approches pertinentes permettant à tous de
s’impliquer dans le développement durable et le succès des initiatives sociétales à Madagascar dans
le but de réunir tous les acteurs de la responsabilité sociale et environnementale à Madagascar.

Source : UR-CSR consulting s.d.

À l’occasion de ces trois manifestations (2ème et 3ème salon RSE et des Initiatives pour le
développement durable et conférence Atlas AFMI) des entretiens ont pu être menés
(cf. Méthodologie de recueil des données primaires et secondaires infra, page 111) auprès
de représentants d’entreprises ou académiques intéressés par le sujet. Les discussions ont eu
pour objectif de définir ce que représente le concept de responsabilité sociétale des entreprises
et de développement durable à Madagascar. Elles ont eu également pour objectif d’identifier
les raisons qui incitent les entreprises à participer ou à assister au salon RSE et des Initiatives
pour le développement durable. Enfin, elles ont permis de repérer les entreprises qui publient
des informations sociales et environnementales, et celles qui les communiquent à travers la
production de l’outil de reporting sociétal.

Après les discussions avec les dirigeants à la conférence Atlas AFMI et les représentants des
entreprises présentes à la 2ème édition du salon RSE et des Initiatives pour le développement
durable, il est apparu que le terme reporting sociétal est un terme nouveau pour les entreprises
à Madagascar. Pour certaines entreprises, il se réfère au terme reporting comptable, pour
d’autres il est méconnu. Ainsi, pour éviter les ambiguïtés le terme « rapport RSE/DD » a été
privilégié lors de la collecte des données.

Il est à noter que les informations obtenues lors de la phase exploratoire ont permis de justifier
l’intérêt du sujet mais n’ont pas fait l’objet d’analyses ou de traitements comme c’est le cas des
données issues de la phase d’étude approfondie.

106
Chapitre 3
Une approche méthodologique pour l’analyse des pratiques de RSE et de l’outil de reporting sociétal

Par ailleurs, il a été jugé utile de contacter des associations et des plateformes telles que
l’association de développement durable et de l’économie verte (ADDEV) et la plateforme
humanitaire du secteur privé (PHSP) (cf. Encadré 5). Ces plateformes ont pour objectif de
réunir les acteurs de la RSE et de développement durable à Madagascar.

Encadré 5 : Informations sur les plateformes ADDEV Madagascar et PHSP

ADDEV est une association à but non-lucratif créée en janvier 2017 avec pour mission de soutenir
les initiatives pour le développement durable et l’émergence de l’économie verte à Madagascar.
L’association a pour objectif de rassembler les secteurs privé et public, et la société civile pour initier,
soutenir et promouvoir le développement durable et la transition vers une économie verte et inclusive
à Madagascar. ADDEV regroupe des entreprises, des cabinets de conseil et des cabinets d’audit.
Source : Site web ADDEV Madagascar
La mise en place de la plateforme humanitaire du secteur privé (PHSP) s’est concrétisée par la
déclaration d’intérêt de près de soixante entreprises de différents secteurs d’activité. Elle a vu le jour
en 2014 à la suite du prix obtenu par la Fondation Telma en 2012 en tant que leader de l’action
humanitaire à Madagascar.
Source : site web de la plateforme humanitaire du secteur privé à Madagascar

1. 2. La phase d’analyse approfondie

La phase d’analyse approfondie a eu pour objectif de collecter de nombreuses données


primaires et secondaires permettant la validation de la connaissance sur les pratiques de RSE et
l’outil de reporting sociétal. Elle est réalisée en deux étapes : une première étape à usage
principal et une deuxième étape à usage secondaire. La phase principale a mobilisé les données
issues des enquêtes par entretiens et par questionnaires, tandis que la phase secondaire a
mobilisé la méthodologie d’analyse des documents secondaires internes et secondaires externes
aux entreprises.

Cette phase d’analyse approfondie a débuté en avril 2017 auprès de quatre entreprises parmi
les 22 étudiées dans le cadre de cette recherche (18% environ) :
- L’entreprise Guanomad est une entreprise commerciale promoteur de l’agriculture
biologique à Madagascar. Elle est spécialisée dans la production d’engrais
biologique à base de fientes de chauve-souris. L’entreprise compte plus de 80
salariés, localisés à Antananarivo et dans d’autres provinces de Madagascar (surtout
à Tuléar, sur la côte Sud de Madagascar) ;
- Le Projet Ambatovy regroupe 8 000 salariés se répartissant entre deux compagnies
minières et industrielles employant environ 3 000 salariés et des sous-traitants

107
Partie 2
Processus d’analyse des pratiques de RSE et de l’outil de reporting sociétal

directs employant environ 5 000 salariés. Les deux sociétés intervenant sur le projet
sont : Ambatovy Mineral S.I./S.A. (AMSA) et Dynatec Madagascar S.A. (DMSA).
AMSA et DMSA sont deux sociétés anonymes avec un capital social respectivement
930 804 650 dollars US et 4 412 527 200 dollars US. AMSA gère l’exploitation de
la mine (extraction du nickel à Moramanga, dans la partie centre-Sud de la région
d’Alaotra Mangoro16), tandis que DMSA s’occupe de la partie industrielle
(traitement et le raffinage du nickel à Tamatave, sur la côte-est de Madagascar). Le
projet Ambatovy est un joint-venture entre trois actionnaires : Sheritt basé au
Canada, Sumitomo basé au Japon et Kores basé en Corée du Sud détenant
respectivement 40%, 37,5% et 27,5% des parts. Le projet Ambatovy est considéré
comme étant le plus grand investissement à Madagascar ;
- La Société Tananarivienne des Articles Réfrigérés (Star) a été créée en 1963. La
société Star est un acteur économique, social et citoyen majeur à Madagascar depuis
plus de 60 ans. Elle investit chaque année un milliard d’Ariary dans des actions
citoyennes sur quatre axes : l’éducation, la santé, le social et l’environnement. La
société s’est spécialisée dans la production et la distribution de boissons. Elle a été
achetée par le Groupe Castel en 2011, groupe n°1 des ventes de bières et de boissons
gazeuses en Afrique francophone. Aujourd’hui, le groupe Star Madagascar est
composé de quatre filiales : Brasserie Star Madagascar, MALTO S.A., SEMA Eau
vive et Nouvelle Brasserie de Madagascar (SBM). La société Star Madagascar
compte 1 800 employés et couvre six segments de produits : les boissons gazeuses,
la bière, le rhum, l’eau, les jus et les boissons énergisantes. La société possède 18
agences et 20 000 points de vente, elle est en lien avec plus de 20 000 agriculteurs
locaux dont environ 7 200 pour la production de malt et environ 15 000 pour le
maïs ;
- L’établissement Solidis a été créé en décembre 2008. La mission principale de
l’établissement est d’apporter une garantie complémentaire (caution morale et
financière avec appui technique) aux PME désirant accéder à des financements. Sa
mission principale est d’aider les petites entreprises à trouver des financements et à
se porter caution. L’établissement apporte une éducation financière à ses clients.

16
« Alaotra Mangoro » fait partie des vingt-deux régions de Madagascar. Elle se situe dans la province de
Toamasina ou Tamatave, qui se situe sur la côte-Est de Madagascar.

108
Chapitre 3
Une approche méthodologique pour l’analyse des pratiques de RSE et de l’outil de reporting sociétal

Solidis aide aussi ses clients à adhérer à des associations professionnelles de leur
secteur d’activité. L’établissement Solidis est basé à Antananarivo et il compte à ce
jour 23 salariés. En 2016, il a réalisé un chiffre d’affaires de 743 255 000 Ariary.

À la suite de cette première étape de phase d’analyse approfondie auprès de quatre entreprises,
un recoupement entre la liste des participants au 2ème salon RSE et et des Initiatives pour le
développement durable, la liste des membres de la plateforme PHSP et la liste des entreprises
soumis à une étude d’impact environnemental (EIE) a été réalisé. Le recoupement de ces
différentes listes a permis d’identifier en plus des quatre entreprises, 28 autres ayant adopté une
démarche de RSE ; ce qui fait donc un total de 32 entreprises présentées dans le Tableau 19.

Tableau 19 : Liste des 32 entreprises identifiées pour le travail de terrain


Dénomination
Permis Membre Salon Reporting
Code et raison Secteur Activités
(EIE) PHSP RSE sociétal
sociale
Production et
commercialisation
E1 Guanomad Agroalimentaire d'engrais organiques Non Oui Oui Non
utilisables en
agriculture biologique
Exploration,
Projet extraction,
E2 Industrie minière Oui Oui Oui Oui
Ambatovy transformation de
produits miniers
Production et
E3 STAR Agroalimentaire distribution de boisson Oui Oui Oui Non
alimentaire
Institution
E4 Solidis Garantie bancaire Non Non Oui Oui
financière
Fabrication et vente
Infrastructures et de ciment et de ses
E5 Lafarge Holcim Oui Non Non Oui
aménagement dérivés en gros et au
détail
SOCOTA : Textile, Mode,
Cotona, CRE, Habillement et
E6 Industrie textile Non Non Non Non
Cottoline, OSO accessoires/élevage et
fishing, LGA pêche
Infrastructures et Bâtiment et travaux
E7 Ecotech Non Oui Non Non
aménagement publics
Energies
E8 EDM Energie Non Oui Oui Non
renouvelables
E9 MIRAY Confec Service Communication Non Non Non Non
E10 Vanille durable Import/Export Exportation Non Non Oui Non
E11 Orange Télécommunication Télécommunication Oui Non Oui Oui
Compostage des
Vohitra Gestion de produits
E12 boues et recyclage des Oui Non Oui Oui
environnement et déchets divers
déchets
Transport et logistique
E13 DHL Service Non Oui Oui Non
(envoie express)

109
Partie 2
Processus d’analyse des pratiques de RSE et de l’outil de reporting sociétal

Dénomination
Permis Membre Salon Reporting
Code et raison Secteur Activités
(EIE) PHSP RSE sociétal
sociale
Teneran’ny
Tantsaha
E14 (Groupe Agroalimentaire Plantation de palmier Non Oui Non Non
savonnerie
tropicale)
Commerce et Commerce, vente,
E15 Jumbo Score Non Non Non Oui
distribution import et export
Société commerciale
E16 Socolait Agricole Non Oui Non Non
laitière
E17 Allianz Assurance Assurance Non Oui Non Non
E18 Camusat Service Communication Non Oui Non Oui
Huilerie Production de huile de
E19 Agroalimentaire Non Non Non Oui
Melville palme
E20 Gasy Net Service Communication Non Oui Non Non
Saham
E21 Assurance Assurance Non Oui Non Non
Assurance
Pas de
E22 Airtel Télécommunication Télécommunication Oui Oui Non
réponse
E23 TELMA Télécommunication Télécommunication Oui Oui Oui Non
E24 QMM Industrie minière Minières Oui Non Oui Oui
E25 Homéopharma Pharmaceutique Centre médical Non Non Oui Non
Fabrication de
Chocolaterie Pas de
E26 Agroalimentaire chocolat, confiserie et Non Oui Non
robert réponse
cacao en poudre
Imperial Fabrication et vente
E27 Agricole Non Oui Non Oui
Tobacco de tabac
Forage, eau et
Eau, assainissement Pas de
E28 BushProof assainissement, Non Oui Non
et hygiène réponse
pompage
E29 Food solutions Agroalimentaire Alimentaire Non Oui Non Non
Pas de
E30 Restaurant.mg Agroalimentaire Restauration Non Oui Non
réponse
E31 Tanjaka Food Agroalimentaire Alimentaire Non Oui Non Non
Informatique et
E32 Vivetic Service Non Oui Non Oui
relation clients
TOTAL OUI 8 21 12 11
TOTAL NON 24 11 20 17
TOTAL NC 0 0 0 4
TOTAL GENERAL 32 32 32 32
Source : auteur

Ces entreprises ont été choisies pour la collecte des données primaires du fait de leurs activités
principales, du montant alloué à l’engagement RSE pour certaines ou de leur participation à des
rencontres professionnelles telles que le salon RSE et des Initiatives pour le développement
durable, l’association ADDEV et la plateforme PHSP. L’identification des activités de chacune
de ces entreprises se base sur la liste des professionnels de Madagascar, enregistrée auprès du
ministère de l’économie, du commerce et de l’industrie.

110
Chapitre 3
Une approche méthodologique pour l’analyse des pratiques de RSE et de l’outil de reporting sociétal

2. Méthodologie de recueil des données primaires et secondaires

La collecte des données empiriques peut se faire de façon qualitative ou quantitative. Dans le
cadre de cette recherche, les deux méthodes ont été mobilisées. Selon Gavard-Perret et al.
(2012), la méthode qualitative permet d’explorer l’objet étudié et la méthode quantitative
permet la confirmation des propositions ou hypothèses formulées. Gavard-Perret et al. (2012)
précisent que les deux phases de collecte qualitative et quantitative peuvent se dérouler
simultanément et que le chercheur peut ainsi trianguler ses données. Cette étude mobilise
l’entretien et le questionnaire comme outil de collecte des données primaires et la recherche
documentaire comme outil de collecte des données secondaires.

2. 1. La collecte des données primaires

L’enquête permet de mesurer la perception que les individus ont des objets sociaux. Elle
provoque la situation et met les sujets en situation de verbalisation de leurs points de vue,
comportements et connaissances (Wuillemin, 2006) et c’est pour cette raison qu’elle a été
mobilisée dans le cadre de cette recherche pour recueillir les données primaires.

2. 1. 1. La collecte des données primaires par entretiens

Etant donné l’absence de loi et de texte de référence obligeant l’adoption d’une démarche de
RSE et la publication des informations sociales et environnementales à Madagascar, il a été
indispensable d’adopter une méthodologie d’enquête par entretien permettant de collecter l’avis
des entreprises sur les pratiques de RSE et l’outil de reporting sociétal. L’enquête par entretien
permet de décrire et de caractériser la situation et de comprendre les implications et les
significations qu’attachent les personnes interrogées à ces pratiques.

L’enquête par entretien est utilisée comme outil principal de recueil d’informations et semble
être le plus adéquat car il constitue un moyen privilégié d’accéder aux faits, aux représentations
et aux interprétations des situations que connaissent les acteurs (Salomon, 2014). Selon
Bourdieu (1993), lorsque nous faisons des entretiens, nous cherchons à comprendre. La
compréhension de la situation et des phénomènes qui s’y déroulent permet de concevoir les
réactions des répondants et les comportements adoptés face à ces réactions. Ils peuvent alors
révéler qu’une même situation est interprétée de manière différente selon les acteurs.

111
Partie 2
Processus d’analyse des pratiques de RSE et de l’outil de reporting sociétal

Gavard-Perret et al. (2012) présentent deux catégories d’entretiens : l’entretien individuel et


l’entretien de groupe. Selon ces auteurs, l’entretien individuel est adapté pour l’exploration de
processus individuels, tandis que l’entretien de groupe consiste à réunir autour d’un animateur
un ensemble de personnes pour les amener à interagir. Cette étude mobilise les deux catégories
d’entretiens.

C’est ainsi que des entretiens individuels ont été réalisés auprès :

- des personnes en charge directement de la démarche de responsabilité sociétale des


entreprises (RSE) ;
- des personnes ressources telles que des dirigeants d’entreprises et des consultants
en RSE.
Un entretien de groupe a aussi pu être réalisé auprès des responsables RSE des entreprises
présentes lors du 2ème salon RSE et des Initiatives pour le développement durable.

2. 1. 1. 1. Les entretiens individuels

L’entretien individuel permet de garantir la spontanéité des réponses. Pour Gavard-Perret


et al. (2012), « il implique l’interaction d’un chercheur, d’un répondant et d’un environnement.
Les données collectées sont dépendantes du lieu et des caractéristiques du chercheur et du
répondant ». De Ketele et Roegiers (1996) présentent trois types d’entretiens individuels :
l’entretien dirigé ou directif, l’entretien semi-dirigé ou semi-directif et l’entretien libre ou non
directif (cf. Tableau 20).

Tableau 20 : Caractéristiques des trois types d’entretien


Entretien dirigé Entretien semi-dirigé Entretien non dirigé
(ou directif) (ou semi-directif) (ou non directif)
Discours par thème dont l’ordre
Discours non continu qui suit peut être plus ou moins bien
Discours continu
l’ordre des questions posées déterminé selon la réactivité de
l’interviewé
Questions préparées à l’avance Quelques points de repère
Aucune question préparée à
et posées dans un ordre bien (passages obligés) pour
l’avance
précis l’interviewer
Information de très bonne qualité
Information de bonne qualité
Information partielle et réduite mais pas nécessairement
orientée vers le but poursuivi
pertinente
Information recueillie Information recueillie dans un Durée de recueille
rapidement ou très rapidement laps de temps raisonnable d’informations non prévisible
Inférence exclusivement
Inférence assez faible Inférence modérée
fonction du mode de recueil
Source : De Ketele et Roegiers (1996)

112
Chapitre 3
Une approche méthodologique pour l’analyse des pratiques de RSE et de l’outil de reporting sociétal

Dans un premier temps, des entretiens semi-directifs ont été réalisés auprès de cinq membres
de quatre entreprises sur les 22 étudiées dans le cadre de cette recherche (18% environ).

Dans un deuxième temps, des d’entretiens non-directifs ont été réalisés auprès de neuf
personnes ressources : sept dirigeants d’entreprises sur les sept identifiés (100%) et deux
consultants en RSE sur quatre identifiés (50%). Ces entretiens non-directifs ont permis de
déterminer les raisons qui incitent les entreprises à adopter une démarche de RSE en l’absence
de cadre juridique applicable et à identifier les différents supports de communication des
informations sociales et environnementales. La recherche mobilise ainsi des matériaux issus
des entretiens individuels semi-directifs et non-directifs synthétisés par le Tableau 21.

Tableau 21 : Catégorie d’entretiens individuels mobilisés pour la recherche


Entretien semi-dirigé Entretien non dirigé
(ou semi-directif) (ou non directif)
7 dirigeants d’entreprises et 4
Population 22 entreprises
consultants
7 dirigeants d’entreprises et 2
Echantillon (répondants) 4 entreprises
consultants
R1D1 ; R2C1 ; R3D2 ; R4D3 ;
Code des répondants E1E1 ; E2E2 ; E3E2 ; E4E3 ; E5E4 R5D4 ; R6D5 ; R7D6 ; R8C2 ;
R9D7
E1 ; C1 ; E23 ; E9 ; E10 ; E24 ;
Code entreprises E1 ; E2 ; E3 ; E4
E6 ; C2 ; E7
Taux de réponse en % 18,18% 81,82%
Source : auteur

Afin de protéger l’anonymat des répondants, le contenu des entretiens est codé. Pour cela, les
données issues des entretiens semi-directifs sont codés de la manière suivante EkEn :
 Ek précise le numéro de l’entretien effectué (k est différent de 1 s’il y a plusieurs
entretiens pour une même entreprise) ;
 et En précise le numéro de l’entreprise enquêtée (n=4).

Les entretiens non-directifs sont codés en RkDn ou RkCm :

 Rk précise le numéro du répondants (k=9) ;


 et D ou C précise si le répondant est un dirigeant (D avec n=7) ou un consultant
(C avec m=2).

113
Partie 2
Processus d’analyse des pratiques de RSE et de l’outil de reporting sociétal

(a) L’entretien semi-directif

Pour Flick (2007), la mobilisation d’un entretien semi-directif implique la prise en compte d’un
certain nombre d’éléments tels que : les buts de l’étude, le cadre conceptuel, les questions de
recherche, la sélection du matériel empirique, les procédures méthodologiques.

Les entretiens semi-directifs ont été réalisés auprès de cinq personnes de quatre entreprises
ayant adopté une démarche de RSE à Madagascar. Ces entreprises ont été identifiées lors de la
conférence Atlas AFMI à Madagascar en 2017, du 2ème salon RSE et des Initiatives pour le
développement durable en 2017 et par le biais du réseau personnel du chercheur.

Les personnes interrogées sont en charge de la démarche de RSE des quatre entreprises, et une
personne est en charge de la production d’un rapport RSE/DD. Deux entreprises parmi les
quatre produisent un rapport RSE/DD, les deux autres communiquent les informations sociales
et environnementales d’une manière différente : des informations intégrées dans le rapport
annuel de gestion, un cahier de charge, une brochure, une charte éthique, des informations
publiées sur site internet de l’entreprise.

Les entretiens semi-directifs se sont basés sur un guide d’entretien qui comprenait une liste des
thèmes à aborder avec tous les répondants (Gavard-Perret et al., 2012). Le guide introduisait
deux thèmes principaux (cf. Annexe 5) : l’entreprise et la RSE, et le rapport RSE/DD. Il se
composait de questions ouvertes invitant les répondants à parler :
- des démarches de RSE : les motivations de mise en œuvre, les personnes impliquées
ainsi que leurs rôles ;
- de la production ou non d’un rapport RSE/DD : les motivations ou les freins relatifs
à son élaboration, le périmètre (les personnes impliquées, les cibles ainsi que les
objectifs visés), le contenu et la qualité du rapport.

Tous les entretiens semi-directifs ont été réalisés en face-à-face et ont duré en moyenne
45 minutes. Ils ont été enregistrés avec l’accord préalable des répondants et ont fait l’objet d’une
prise de notes.

114
Chapitre 3
Une approche méthodologique pour l’analyse des pratiques de RSE et de l’outil de reporting sociétal

(b) L’entretien non-directif

L’entretien non-directif repose sur une expression libre du répondant à partir d’un thème
général proposé par le chercheur. Il a été réalisé auprès de neuf personnes ressources. Ces
personnes ont été choisies parmi les acteurs œuvrant pour la mise en place des pratiques de RSE
à Madagascar. Le terme « acteurs » comprend toutes les personnes physiques et morales, et
concerne aussi bien l’administration publique que des organisations du secteur privé et de la
société civile. Les personnes ressources sont des personnes de référence en matière de RSE à
Madagascar et, après sollicitation, il a été possible d’entrer en contact avec sept dirigeants
d’entreprises et deux consultants en RSE pour la réalisation des entretiens non-directifs.

Pour rappel, à Madagascar, les entreprises ayant adopté une démarche de RSE sont peu
nombreuses et il n’existe pas d’études statistiques permettant de donner un ordre de grandeur
du nombre d’entreprises ayant adopté cette démarche. De plus, selon les recherches menées par
l’auteur, seuls quatre cabinets de consultance s’affichent comme des spécialistes en « conseil,
formation ou soutien » concernant la pratique RSE à Madagascar ; même si d’autres cabinets
de conseil proposent ce genre de prestations à la demande de leurs clients.

Les entretiens non-directifs se sont fondés sur un thème général : « la pratique de RSE ». Au
début de chaque entretien, le thème est présenté au répondant sans que le chercheur
n’intervienne dans l’orientation du discours, car il doit créer un environnement dans lequel le
répondant se sent parfaitement libre de s’exprimer sans jugement (Gavard-Perret et al., 2012).
Ensuite, les répondants étaient amenés à discuter de la façon dont les entreprises communiquent
les informations sociales et environnementales. Au début de l’entretien, le chercheur a expliqué
que le répondant exprimait son point de vue sur le sujet. Le répondant a été incité non seulement
à parler des motivations expliquant l’adoption de la démarche de RSE en l’absence de cadre
juridique applicable, mais aussi à exprimer les motivations ou les freins relatifs à la production
de l’outil de reporting sociétal. En particulier, la personne interviewée doit expliquer l’éventuel
intérêt de cet outil, ses attentes par rapport à sa production, les difficultés rencontrées, ainsi que
les retombées observées.

115
Partie 2
Processus d’analyse des pratiques de RSE et de l’outil de reporting sociétal

Les entretiens non-directifs ont eu pour objectif de compléter les informations recueillies lors
des entretiens semi-directifs. Ils ont une durée moyenne de 45 minutes et ont été enregistrés
avec l’accord préalable des répondants et fait l’objet d’une prise de notes. Seul l’entretien
réalisé par Skype n’a pas fait l’objet d’enregistrement audio. Les entretiens ont eu lieu en
face-à-face à l’exception de celui réalisé par Skype, le dirigeant se trouvant en province et ayant
refusé de donner un rendez-vous sur place, l’accès au site étant exclusivement réservé aux
clients et aux personnalités telles que les ministres.

2. 1. 1. 2. L’entretien de groupe

L’entretien de groupe consiste à réunir autour d’un animateur, un ensemble de personnes pour
les amener à interagir (Gavard-Perret et al., 2012). Selon ces auteurs, « l’entretien de groupe
est utile en sciences de gestion pour susciter des idées ou hypothèses, pour affiner un diagnostic
ou la définition d’un problème et pour explorer des opinions, attitudes, perceptions ou
représentations ». Pour cette recherche, l’entretien de groupe a été mobilisé en complément des
entretiens semi-directifs et non-directifs. L’entretien de groupe permet :
- d’affiner le problème de départ posé : les entreprises à Madagascar produisent-elles
l’outil de reporting sociétal ? ;
- d’analyser les motivations expliquant la production de l’outil de reporting sociétal
et les obstacles pouvant freiner sa production ;
- d’identifier les indicateurs pertinents pour le contexte de Madagascar. En sachant
que Madagascar est marqué par une forte vulnérabilité aux conséquences du
changement climatique, par l’instabilité politique, la corruption, les fraudes. Ainsi,
des indicateurs tels que les dépenses et les investissements liés à la protection de
l’environnement, et les dispositions gouvernementales pour lutter contre la
corruption et les fraudes peuvent potentiellement être plus importants ou mis plus
en avant par rapport aux données communiquées par des entreprises œuvrant dans
des contextes européens (sur le marché européen ou filiales de groupes européens)
par exemple.

Le 2ème jour du salon RSE et des Initiatives pour le développement durable, un atelier
thématique sur la communication RSE a été organisé par le chercheur avec un représentant de
l’organisateur du salon. L’atelier consistait à identifier comment les entreprises communiquent
les informations sociales et environnementales. L’atelier est considéré comme un entretien de

116
Chapitre 3
Une approche méthodologique pour l’analyse des pratiques de RSE et de l’outil de reporting sociétal

groupe, car selon Gavard-Perret et al. (2012), « l’entretien de groupe consiste à réunir, autour
d’un animateur, un ensemble de personnes pour les amener à interagir ». Ces auteurs
distinguent cinq caractéristiques principales d’entretiens de groupe en sciences de gestion : le
groupe de discussion, la table ronde, le groupe de créativité, le groupe nominal et le groupe
Delphi (cf. Tableau 22).

Tableau 22 : L’entretien de groupe selon Gavard-Perret et al. (2012)


Caractéristiques Items
L’objectif est de discuter d’un ou de plusieurs thèmes larges. Il explore des
phénomènes pour lesquels le chercheur n’a pas de cadre de référence ; Il
Groupe de examine un sujet possiblement anxiogène. En groupe de discussion, il y a une
discussion interaction importante entre l’animateur et les répondants mais il n’y a pas de
directivité (Rogers, 1959). L’entretien de groupe de discussion se réalise à
travers des profils homogènes, généralement entre huit et dix individus.
Elle explore des sujets ciblés, examine les perceptions, les attitudes ainsi que
les comportements du groupe envers un sujet et relève les processus collectifs
et sociaux en jeu au travers des contradictions, des tensions, des émotions etc.
entre les membres. La table ronde permet de faire émerger des connaissances,
des compréhensions, des hypothèses nouvelles via les processus
Table ronde d’interrelations. Les interactions entre les répondants sont importantes et la
(focus groupe) modération est faible mais centrée sur le sujet abordé. Ainsi, un guide de
discussion qui se rapproche de l’entretien semi-directif est mobilisé. La table
ronde s’effectue avec un équilibre entre hétérogénéité des profils (exemple, sur
des critères sociodémographiques et homogénéité par rapport à l’objet de
recherche). Généralement, l’entretien de groupe par ronde compte sept à dix
personnes.
Il propose et classe des idées nouvelles, des améliorations, des solutions à un
problème etc. Il permet de fournir un maximum de pistes, d’où l’appellation
« remue-méninges ». Eventuellement, il aide à évaluer les idées émises, en
envisageant les divers aspects et en identifiants des priorités. Le groupe de
créativité est une procédure assez standardisée. Pour ce type de groupes,
Groupe de l’animateur doit avoir la capacité à alterner entre ouverture et recentrage et
créativité faire appel à une variété de techniques tels que l’analogies, les combinaisons et
les déplacements. La dynamique de groupe est très importante pour le groupe
de créativité. Il se réalise avec une grande diversité de profils en terme d’âge,
de genre, de professions, de fonctions, de postures, d’origines, de formations
etc. Généralement, l’entretien de groupe de créativité se réalise auprès de six à
douze personnes.
Il propose et classe des idées, des opinions, des problèmes, des solutions, des
actions, des acteurs, des indicateurs etc. Il fait émerger un consensus sur un
sujet qui fait débat ou pour trouver une solution à une situation de blocage.
Pour un groupe nominal, il y a un protocole formalisé qui commence par un
« remue-méninges ». Ce type de groupes fait appel au tour de table et au vote,
Groupe nominal mais sans échange direct entre les participants. L’émission d’opinions
personnelles est favorisée en groupe nominal par le recours à l’expression
écrite. Le groupe d’experts est à l’origine, mais peut être étendu à des sujets
concernés par un même problème. Le plus souvent, un groupe nominal est
constitué de cinq à neuf personnes, mais il est possible de réaliser l’entretien de
groupe nominal avec un plus grand nombre allant jusqu’à quinze personnes.

117
Partie 2
Processus d’analyse des pratiques de RSE et de l’outil de reporting sociétal

Caractéristiques Items
Il permet d’obtenir l’avis d’experts sur des objectifs, des solutions, des
stratégies, des prévisions etc. Le processus est collectif mais ne met pas les
participants en relation directe. Le groupe Delphi aide à rechercher un
consensus. Pour ce type de groupe, le protocole est formalisé et assez lourd. Il
sollicite les membres du groupe à plusieurs reprises et suppose l’élaboration
d’un questionnaire initial et son adaptation au fil des consultations des experts.
Il nécessite plusieurs synthèses. Le consensus est favorisé par la soumission
Groupe Delphi
des synthèses successives au groupe et l’anonymat est garanti par l’envoi par
courrier des questionnaires et synthèses. Le groupe d’expert est à l’origine,
notamment par rapport à des questions de prévisions, des tendances etc. mais
peut être étendu à des individus concernés par des processus de décisions, voire
des sujets plus diversifiés (stratégies, problèmes). Pour ce type de groupe, il y a
possibilité de consulter des groupes de taille importante. La réunion n’est pas
nécessaire, la procédure se fait par correspondance.

Dans le cadre de cette recherche, un entretien de groupe de créativité a été privilégié. Le


Tableau 23 et le Tableau 24 expliquent les considérations stratégiques et opérationnelles de
sa réalisation. Ces considérations sont expliquées à travers les objectifs majeurs et l’utilité d’un
entretien de groupe de créativité, les modalités principales, le profil des interviewés, le nombre
de participants, le lieu de l’entretien ainsi que la manière dont il est réalisé.

Tableau 23 : Entretien de groupe – Considérations stratégiques


- Identifier les supports de communication des informations sociales et
environnementales ;
- Présenter l’intérêt de l’outil de reporting sociétal ;
Objectifs - Identifier les principaux indicateurs de performances et les principes
majeurs/utilité directeurs ;
- Définir les indicateurs économiques, sociaux, environnementaux et de
gouvernance pertinente qui peuvent être adaptés à différentes catégories
d’entreprises.
- Le chercheur joue le rôle d’animateur et de facilitateur ;
- Il fait appel à une variété de techniques telles que le déplacement et l’analogie ;
- Echange de point de vue entre les membres du groupe : sur la communication
Modalités des informations sociales et environnementales, sur l’intérêt de produire l’outil
principales de reporting sociétal, et sur les indicateurs de performances clés ;
- Un brainstorming est réalisé pour identifier les indicateurs économiques,
sociaux, environnementaux et de gouvernance pertinente qui peuvent être
adaptés à des entreprises appartenant à différents secteurs d’activité.
Source : adapté de Gavard-Perret et al. (2012)

118
Chapitre 3
Une approche méthodologique pour l’analyse des pratiques de RSE et de l’outil de reporting sociétal

Tableau 24 : Entretien de groupe – Considérations opérationnelles


Grande diversité de profil :
Age : entre 25 et 50 ans
Genre : homme et femme
Qui ? Professions : cadre intermédiaire et cadre supérieur
Fonctions : responsable RSE, responsable communication, responsable
marketing, responsable de la stratégie
Origines : malgache, français, allemand
Combien de
12 personnes
participants ?
Où ? Dans une salle de conférence, calme et assez loin des stands de présentation.
- Lors d’un atelier thématique organisé lors du 2ème salon RSE et des Initiatives
pour le développement durable ;
- L’animateur se place devant et utilise un Flipchart pour noter les idées et pour
le brainstorming ;
- Une autre personne représentant l’organisateur du salon RSE et des Initiatives
Comment ? pour le développement durable assiste l’animateur. Elle joue le rôle
d’observateur tout en prenant des notes sur un ordinateur. Elle participe
également à la discussion du groupe en tant que facilitateur.
Il est à noter que l’animateur et l’observateur n’expriment pas leur point de vue
sur le sujet étudié, ils ont joué plus le rôle de facilitateur.
Source : adapté de Gavard-Perret et al. (2012)

L’entretien de groupe de créativité a été réalisé auprès de douze personnes toutes responsables
de la démarche de RSE des entreprises présentes lors du 2ème salon RSE et des Initiatives pour
le développement durable. L’entretien de groupe de créativité a duré 1h30mn et a fait l’objet
d’un enregistrement avec l’accord préalable de tous les participants et d’une prise de notes sur
un ordinateur par l’animateur secondaire et l’utilisation d’un flipchart. Le chercheur a joué le
rôle d’animateur principal et le représentant de l’organisateur du salon a joué le rôle
d’observateur et d’animateur secondaire.

L’organisation de l’entretien de groupe a été plus facile que l’entretien individuel (pas de prise
de rendez-vous) car il a eu lieu lors du 2ème salon RSE et des Initiatives pour le développement
durable. Il était donc beaucoup plus facile de réunir tous les responsables de la démarche de
RSE des entreprises présentes à ce salon. La différence avec l’entretien individuel concerne la
prise de connaissance de l’entreprise. En entretien individuel, la prise de connaissance se fait
systématiquement au début de chaque entretien, tandis qu’en entretien de groupe, elle se fait
lors de la prise de parole de chacun des participants. Le Tableau 25 synthétise les échantillons
lors de l’entretien de groupe de créativité.

119
Partie 2
Processus d’analyse des pratiques de RSE et de l’outil de reporting sociétal

Tableau 25 : Synthèse des échantillons en entretien de groupe de créativité


Entretien de groupe de créativité
Population 22 entreprises
Echantillon (répondants) 12 entreprises
E1 ; E2 ; E3 ; E4 ; E8 ; E10 ; E11 ; E12 ; E13 ;
Code entreprise
E23 ; E24 ; E25
Taux de réponse en % 54,55%
Source : auteur

2. 1. 1. 3. Déroulement des entretiens

Réaliser un entretien suppose que le chercheur adopte une posture d’écoute attentive et soutenue
de l’autre et lui pose des questions en évitant de donner des éléments de réponses (Imbert,
2010). La façon de conduire les entretiens est primordiale car le but du chercheur est non
seulement de gagner la confiance du répondant, mais aussi de briser la relation hiérarchique
entre les deux parties afin d’éviter les possibles non-dits. La relation de confiance établie lors
de l’échange ou de l’interaction est fondamentale, elle conditionne la richesse et la densité
(qualité, authenticité, pertinence) du matériel collecté (Imbert, 2010). Réussir un entretien
nécessite un ensemble de compétences sociales qui vont bien au-delà de la seule façon
d’interroger les personnes (Poupart, 2012). Cela implique une dynamique conversationnelle au
cours de laquelle le chercheur et le répondant sont en interaction et qui peut générer des biais
liés au dispositif de l’enquête, des biais associés à leur situation sociale respective et des biais
qui sont rattachés au contexte de l’enquête (Poupart, 1997).

Le contenu d’un entretien est susceptible d’être « coloré » par les préoccupations du répondant
au moment où il se déroule (Romelaer, 2005). C’est pourquoi, la fin de journée a été privilégiée
pour la réalisation des entretiens. Les entretiens réalisés dans le cadre de cette recherche se sont
bien déroulés et tous les répondants ont fourni des informations denses formant un matériau de
base riche pour l’analyse.

Les entretiens semi-directifs et l’entretien de groupe ont été effectués auprès des personnes qui
sont en charge de la démarche de RSE des entreprises et occupent le poste de responsable RSE
ou corporate social responsibility (CSR) Manager ou sont rattachées directement soit au
directeur général (c’est le cas le plus souvent des PME), soit au responsable de la
communication, du marketing ou de la distribution. Les entretiens non-directifs ont été effectués
auprès des personnes ressources (dirigeants d’entreprises et consultants en RSE).

120
Chapitre 3
Une approche méthodologique pour l’analyse des pratiques de RSE et de l’outil de reporting sociétal

Pour planifier ces entretiens, des contacts ont été pris avec les 32 entreprises identifiées comme
ayant adopté une démarche de RSE. Néanmoins, plusieurs obstacles n’ont pas permis de
rencontrer l’ensemble des entreprises en raison :
- de contraintes de temps et de travail, certains responsables n’ont pas accordé de
rendez-vous à cause de leur volume de travail ;
- de l’inexistence d’un service spécifique lié à la RSE, quand l’entreprise n’a pas de
responsable RSE, la personne contactée a du mal à comprendre l’objet de la
recherche ; certaines personnes ne connaissaient pas du tout le terme responsabilité
sociétale des entreprises ou développement durable alors même que leur entreprise
s’affiche comme ayant adopté cette forme de pratique.

Après contact, nous avons obtenu :

Cinq rendez-vous pour la réalisation des entretiens semi-directifs auprès de quatre entreprises
dont deux ont un projet d’investissement soumis à une étude d’impact environnemental. Ainsi,
une entreprise parmi les quatre ayant répondu fait partie du secteur de l’industrie minière
(exploration, extraction minières, transformation de produits miniers), deux entreprises du
secteur agroalimentaire (production et commercialisation d'engrais organiques utilisables en
agriculture biologique ; production et distribution de boisson alimentaire) et une institution
financière (offre de garantie bancaire) (cf. Tableau 26).
Tableau 26 : Synthèse des entretiens semi-directifs par secteur d’activité
Nombre de
Secteur d’activité Code entreprise Code répondant
répondants
Industrie minière E2 E2E2 ; E3E2 2
Agroalimentaire E1 ; E3 E1E1 ; E4E3 2
Institution financière E4 E5E4 1
Total des entreprises 4 5 5
Source : auteur

Huit rendez-vous en face-à-face et un rendez-vous par Skype pour les entretiens non-directifs
auprès de sept dirigeants d’entreprise et de deux consultants en RSE (cf. Tableau 27). Un
dirigeant parmi les sept appartient à un secteur d’activité soumis à une étude d’impact
environnemental et deux dirigeants sont identifiés comme sensible à la pauvreté qui sévit à
Madagascar et influence ainsi ses collaborateurs à s’intéresser aux pratiques de RSE.

121
Partie 2
Processus d’analyse des pratiques de RSE et de l’outil de reporting sociétal

Tableau 27 : Synthèse des entretiens non-directifs par secteur d’activité


Secteur d’activité Code répondant Code entreprise
Agroalimentaire R1D1 E1
Cabinet de consultance R2C1 ; R8C2 C1 ; C2
Télécommunication R3D2 E23
Service R4D3 E9
Import/Export R5D4 E10
Industrie minière R6D5 E24
Industrie textile R7D6 E6
Infrastructure et aménagement R9D7 E7
Total des entreprises 7
Total des consultants 2
Source : auteur

La première rencontre avec ces répondants (entretiens semi-directifs et non-directifs) a été


l’opportunité de présenter l’objet de la recherche et le déroulement des entretiens. Comme le
terme reporting sociétal est un terme nouveau pour la plupart des entreprises sollicitées, le mot
« rapport RSE/DD » a été privilégié lors de la collecte des données. Pour les entretiens
semi-directifs, il est expliqué au répondant qu’un guide d’entretien à travers deux thèmes
principaux (la RSE et le rapport RSE/DD) a été élaboré, mais le répondant reste libre d’exprimer
son avis et son ressenti par rapport au sujet abordé. Le même guide d’entretien est aussi utilisé
pour la réalisation de l’entretien de groupe. Pour les entretiens non-directifs, il est expliqué au
répondant, dès le début de chaque entretien, qu’aucune question ne sera posée tout au long de
l’entretien. Néanmoins, le chercheur l’assiste à revenir sur le sujet étudié si jamais ce dernier
s’éloigne des thèmes abordés.

Dans le cadre des techniques verbales, deux modalités de recueil d’informations peuvent être
proposées : la prise de notes ou l’enregistrement des entretiens (Alami et al., 2013).
L’enregistrement est utilisé car avec la prise de notes, nous risquons parfois de reconstruire
légèrement les phrases, ainsi, un mot important pourrait manquer et cela peut engendrer un biais
sur l’analyse des données collectées. Ensuite, l’enregistrement est préférable lorsque l’entretien
est réalisé sur un laps de temps assez élevé, d’une durée moyenne de 45 minutes pour les
entretiens semi-directifs et non-directifs, et 1h30mn pour l’entretien de groupe. À la prise de
notes, un mot risque de nous échapper quand le répondant parle rapidement, et l’enregistrement
constitue une sécurité. Chaque entretien enregistré a été retranscrit intégralement avec l’accord
des répondants. Ces entretiens retranscrits ont fait l’objet d’une analyse de contenu thématique à
l’aide du logiciel Nvivo 11 permettant de renforcer la validité interne des découvertes
(Eisenhardt, 1989). Les entretiens ont eu lieu en français à l’exception d’un se déroulant en

122
Chapitre 3
Une approche méthodologique pour l’analyse des pratiques de RSE et de l’outil de reporting sociétal

malgache et qui a fait l’objet d’une traduction réalisée par le chercheur lui-même au plus près
du sens.

Pour les entretiens semi-directifs, le premier contact débutait toujours par la prise de
connaissance générale de l’entreprise à travers la présentation de la raison sociale, du secteur
d’activité et de la taille. Le répondant présente ensuite sa fonction, son rôle et son ancienneté,
permettant d’appréhender à l’avance le volume d’informations que nous pouvons obtenir de la
personne. L’entretien se déroulait en fonction des sujets abordés : la démarche de RSE de
l’entreprise et la production d’un rapport RSE/DD. Les questions étaient larges et ouvertes
(Giorgi, 1997) afin de leur permettre de décrire complètement leurs pratiques en matière de
RSE et les modalités de communication autour de leurs pratiques. Le Tableau 28 reprend la
trame des entretiens semi-directifs.

Tableau 28 : La trame des entretiens semi-directifs


Leur engagement RSE : comment ont-ils été amenés à mettre en place une démarche de RSE au sein
de leur entreprise (les motivations de mise en œuvre) ?
Est-ce que l’entreprise produit un rapport RSE (les motivations et les freins liés à la production ou
non d’un rapport RSE/DD) ?
Si l’entreprise produit un rapport RSE/DD :
- à quoi sert le rapport RSE/DD et pour quels buts ont-ils mis en place ce genre d’outil ?
- que contient ce rapport ?
- comment est-il élaboré ?
Si l’entreprise ne produit pas un rapport RSE/DD : est-ce qu’elle pense en produire un ?
si oui :
o à quoi peut-il servir ?
o pour quels buts veulent-ils le mettre en place ?
o que pourrait-il contenir ?
o et comment serait-il élaboré ?
si non :
o pour quelles raisons ils ne pensent pas le produire ?
Source : auteur

L’entretien de groupe mobilise le même guide d’entretien utilisé pour les entretiens semi-
directifs. En revanche, la prise de connaissance de l’entreprise se fait lors de la prise de parole
de chacun des répondants. Le chercheur se présente au début de l’entretien et explique l’objet
de la recherche, ses attentes ainsi que le déroulement de l’entretien.

Pour les entretiens non-directifs, la prise de connaissance de l’entreprise se fait également au


début de chaque entretien comme pour les entretiens semi-directifs. L’entretien non-directif est
organisé autour du thème général de la RSE et du rapport RSE/DD.

123
Partie 2
Processus d’analyse des pratiques de RSE et de l’outil de reporting sociétal

Les informations recueillies à travers les entretiens ont permis de recueillir des matériaux riches.
La collecte des données primaires par entretien a permis d’entrer en contact avec
18 représentants de 16 entreprises parmi les 22 étudiées (73% environ) et deux consultants en
RSE (cf. Tableau 29).

Tableau 29 : Synthèse de la collecte des données primaires par entretien


Code
Type d’entretien Secteur d’activité Répondants Entreprises
entreprise
Energie E8 1
Télécommunication E11 1
Entretien de groupe Gestion de produits et 4
E12 1
déchets divers
Service E13 1
Industrie minière E2 2
Entretien de groupe +
Agroalimentaire E3 1 3
entretien semi-directif
Institution financière E4 1
Entretien de groupe +
entretien semi-directif + Agroalimentaire E1 2 1
entretien non-directif
Entretien de groupe + Import/Export E10 1
3
entretien non-directif Industrie minière E24 2
Service E9 1
Industrie textile E6 1
Entretien non directif Infrastructure et 5
E7 1
aménagement
Cabinet de consultance C1 ; C2 2
Total général 18 16
Source : auteur

Parmi les 22 entreprises étudiées, ces entretiens auprès de 18 personnes appartenant à 16


entreprises et à deux cabinets de consultance ont permis d’avoir un échantillon représentatif
(73% environ). Il a toutefois été jugé utile de les compléter par un questionnaire permettant de
cibler un plus grand nombre d’entreprises.

2. 1. 2. La collecte des données primaires par questionnaire

Certaines entreprises contactées ont indiqué qu’elles n’avaient pas assez de temps à consacrer
à un entretien du fait de leur volume de travail. Pour remédier à ce problème, un questionnaire
a été élaboré, tirant profit des premiers résultats issus des entretiens et de l’analyse
documentaire. En pratique, deux questionnaires ont été réalisés, un pour les entreprises qui
produisent l’outil de reporting sociétal (cf. Annexe 6) et un autre pour celles qui n’en produisent
pas (cf. Annexe 7). Les questionnaires se composent de questions ouvertes invitant les
répondants ayant participé aux entretiens semi-directifs et de groupe à reprendre leurs réponses

124
Chapitre 3
Une approche méthodologique pour l’analyse des pratiques de RSE et de l’outil de reporting sociétal

données lors des entretiens et à les vérifier auprès d’autres personnes de même statut. Par
ailleurs, une entreprise parmi les 16 ayant participé aux entretiens n’a pas voulu répondre aux
questionnaires à cause des procédures complexes au sein de son entreprise.

Ce questionnaire adressé aux 22 entreprises ciblées par cette recherche a permis d’obtenir 21
réponses soit un taux de réponse de près de 95% environ (cf. Tableau 30).

Tableau 30 : Echantillon pour la collecte des données primaires par questionnaire


Entreprises Entreprises ne
Entreprises étudiées produisant un produisant pas un
reporting sociétal reporting sociétal
Population interrogée 22 9 13
Entreprises ayant E1 ; E3 ; E6 ; E7 ; E8 ;
12 E2 ; E4 ; E11 ; E12 ;
participé aux entretiens E9 ; E10 ; E13
Entreprises n’ayant pas E14 ; E16 ; E17 ; E20 ;
9 E5 ; E15 ; E18 ; E19
participé aux entretiens E21
Echantillon
21 8 13
(répondants)
Taux de réponse en % 95,45% 88,89% 100%
Source : auteur

De même, sur les neuf entreprises produisant l’outil de reporting sociétal huit ont répondu à
l’enquête ce qui représente un taux de réponse de près de 89%. À titre de rappel, seules les
entreprises produisant un rapport RSE/DD séparé du rapport annuel de gestion ont été
considérées comme produisant l’outil de reporting sociétal. Celles qui communiquent les
informations sociales et environnementales à travers d’autres supports de communication écrits
et oraux sont considérées comme des entreprises ne produisant pas l’outil de reporting sociétal.
Les treize entreprises qui ne produisent pas l’outil ont toutes répondu à l’enquête ce qui
représente un taux de réponse de 100%.

L’enquête par questionnaire a été réalisée à partir de juin 2018, des relances téléphoniques et
par courriel ont été effectuées jusqu’en octobre 2018. Parmi les 21 questionnaires retournés,
douze entreprises ont participé aux enquêtes par entretiens. Ainsi, en plus de ces douze
entreprises ayant participé aux entretiens, neuf nouvelles entreprises ont participé aux
questionnaires. Enfin, une entreprise n’a pas voulu répondre au questionnaire à cause des
procédures demandant la validation par la société mère avant de participer à des études
académiques. Des relances ont été effectuées tout au long de la recherche mais les responsables
n’ont pas eu de retour de la part de la société mère. Le questionnaire a donc permis d’intégrer

125
Partie 2
Processus d’analyse des pratiques de RSE et de l’outil de reporting sociétal

neuf nouvelles sociétés à notre étude et de compléter les résultats obtenus lors des entretiens
auprès des douze sociétés.

2. 2. La collecte des données secondaires

En complément des données primaires collectées lors des enquêtes par entretiens et par
questionnaires, des données secondaires ont été collectées se composant des documents
secondaires traitant de la RSE à Madagascar.

Baumard et al. (2014) présentent deux formes de données secondaires : les données internes et
les données externes. Les données secondaires internes telles que le cahier des charges, les
brochures, les plaquettes et les chartes éthiques ont été obtenus à travers les personnes ayant
accepté les entretiens en face-à-face. Les données secondaires internes telles que l’outil de
reporting sociétal et les actions RSE des entreprises publiées sur leur site internet, et les données
secondaires externes telles que les dossiers de presse, les données statistiques et d’autres
informations utiles pour la recherche ont été obtenues en ligne. Le site internet des entreprises
et des différentes plateformes humanitaires (PHSP et ADDEV), l’institut national de la
statistique (INSTAT), la banque mondiale, etc. ont été consultés lors de cette recherche.

Les données secondaires internes et secondaires externes qui n’étaient pas téléchargeables ont
été analysées manuellement au fur et à mesure de l’accès aux documents avec une prise de
notes. Le Tableau 31 présente une synthèse des documents collectés en 2017, 2018 et 2019 et
analysés manuellement.

Tableau 31 : Les données secondaires internes et externes à analyser manuellement


Année Données secondaires internes Données secondaires externes
- Cahier de charge de l’entreprise E1 ;
- Informations intégrées dans le rapport - Thèses : Dohou-Ranaud (2006) ; Salomon
annuel de gestion de l’entreprise E4 ; (2014) ; Bertrand (2014) ;
2017
- Charte éthique de l’entreprise E15 ; - Références académiques : Harison (2013) ;
- Site internet des entreprises E1, E2 et Harison et Obrecht (2013).
E3.
- Site internet de la plateforme humanitaire
du secteur privé ;
- Site internet des entreprises E6, E8,
- Site internet de l’association ADDEV ;
E11, E13, E23 ;
- Site internet de la banque mondiale ;
2018 - Rapport intégré de l’entreprise
E4 (2016) ;
- Site internet de l’institut national de la
statistique (INSTAT) ;
- Charte éthique de l’entreprise E15.
- Bilan de la 1ère édition du salon RSE/IDD
(2016) ;

126
Chapitre 3
Une approche méthodologique pour l’analyse des pratiques de RSE et de l’outil de reporting sociétal

Année Données secondaires internes Données secondaires externes


- Bilan de la 2ème édition du salon RSE/IDD
(2017).
- Rapport RSE/DD d’un groupe français
ayant une filiale à Madagascar ;
- Liste des participants au 4ème salon
- Rapport RSPO de l’entreprise E19 ;
2019 RSE/IDD (2019) ;
- Site internet des entreprises E4, E5,
- Bilan de la 4ème édition du salon RSE/IDD.
E16, E20, E24, E25, E26, E28, E31,
E32.
Total 25 13
Source : auteur

Les données secondaires internes et secondaires externes téléchargées en pdf ou en image ont
été analysées avec les informations issues des enquêtes par entretiens et par questionnaires sur
Nvivo 11 et ont fait l’objet d’un codage lors du traitement. Le Tableau 32 présente une synthèse
des documents collectés en 2017, 2018 et 2019 analysés à l’aide du logiciel Nvivo 11.

Tableau 32 : Les données secondaires à analyser à l’aide du logiciel Nvivo 11


Année Type de documents Code
Secondaires internes
Rapport de développement durable 2016 de l’entreprise
Corpus interne 1
2017 E2
Rapport annuel 2016 de l’entreprise E5 Corpus interne 2
Plaquette RSE de l’entreprise E1 Corpus interne 3
Rapport sur l’évaluation environnemental 2016 de
2018 Corpus interne 4
l’entreprise E24
Information sur le groupe AXIAN (E8 et E23) Corpus interne 5
Rapport sur développement de l’huile de palme à
Corpus interne 6
Madagascar de l’entreprise E19
Rapport de fin de mission du comité consultatif
international indépendant pour le projet Ilménite de Corpus interne 7
l’entreprise E24 (2016)
Information sur la démarche RSE de l’entreprise E4 Corpus interne 8
Rapport annuel 2017 de l’entreprise E4 Corpus interne 9
Revue de l’Océan Indien (2016) : Label qualité du
Corpus interne 10
2019 made in Madagascar de l’entreprise E6
Bilan RSE 2017 de l’entreprise E11 Corpus interne 11
Secteur privé et développement : entreprise E16,
Corpus interne 12
investir à contre cycle pour sortir gagnant de la crise
Rapport RSE 2016 de l’entreprise E18 Corpus interne 13
QIT Madagascar Minerals SA : Fiche thématique
Corpus interne 14
(2016)
Rio Tinto et la biodiversité : obtenir les résultats sur le
Corpus interne 15
terrain (2008)
Secondaires externes
MECIE et la RSE par Tene (2016) Corpus externe 1
Guide RSE à Madagascar élaboré par le cabinet UR-
2017
CSR consulting à la suite de la première édition du Corpus externe 2
salon en 2016

127
Partie 2
Processus d’analyse des pratiques de RSE et de l’outil de reporting sociétal

Année Type de documents Code


Décret de la mise en compatibilité de l’investissement
Corpus externe 3
sur l’environnement à Madagascar (MECIE)
Norme global reporting initiative (GRI) Corpus externe 4
Loi sur la nouvelle régulation économique (NRE) en
Corpus externe 5
France
Loi Grenelle 2 complétée par la loi Warsmann 4 en
Corpus externe 6
France
Stratégie nationale de la gestion des risques et des
Corpus externe 7
catastrophes (2016-2030)
Opportunités et défis pour une croissance inclusive et
2018 Corpus externe 8
résiliente (Banque mondiale, 2014)
Statut de la PHSP Corpus externe 9
Règlement intérieur de la PHSP Corpus externe 10
Loi n°2015-003 portant charte de l’environnement
Corpus externe 11
Malagasy
Croissance partagée et développement responsable : les
conditions de la stabilité du monde et de l’espace Corpus externe 12
francophonie
Atelier solution : Investir pour le développement
Corpus externe 13
durable (4ème édition du salon RSE/IDD, 2019)
Investir à Madagascar : faire germer les graines du
Corpus externe 14
développement
Entreprise E1 : l’engrais biologique novateur de
Corpus externe 15
Madagascar (Témoignage.re)
Entreprise E1 : une subvention de 4 millions Ariary
pour l’ONG « Masoandro mody » (Midi Corpus externe 16
Madagasikara)
L’entreprise E2 marche sur le développement minier
Corpus externe 17
durable (Midi Madagasikara)
Témoignage sur les actions RSE de l’entreprise E2
Corpus externe 18
(rapport newrest, 2015-2016)
RSE de l’entreprise E3 : valorisation du capital humain
2019 Corpus externe 19
(Midi Madagasikara)
L’entreprise E3 s’implique dans sa responsabilité
Corpus externe 20
sociétale (Eco Austral)
Note de communication publique d’opération : Projet
Corpus externe 21
d’appui facilité méso finance à l’entreprise E4
Note de communication publique d’opération : Projet
d’appui technique et financier à la création de Corpus externe 22
l’entreprise E4
L’entreprise E5 lance son sac de ciment zéro déchet
Corpus externe 23
(Eco Austral)
L’entreprise E6 s’implique fortement dans sa
Corpus externe 24
responsabilité sociétale (Eco Austral)
Vie d’entreprise : la RSE mise en avant au sein de
Corpus externe 25
l’entreprise E6 (Newsmada)
Bilan de la 3ème édition du salon RSE/IDD (2018) Corpus externe 26
Le commerce extérieur à Madagascar en 2016 Corpus externe 27
Plan de gestion environnementale et sociale Corpus externe 28
Entreprise E11 : une approche sur le capital humain et
Corpus externe 29
le développement durable (Midi Madagasikara)

128
Chapitre 3
Une approche méthodologique pour l’analyse des pratiques de RSE et de l’outil de reporting sociétal

Année Type de documents Code


Entreprise E13 : investir davantage dans la RSE
Corpus externe 30
(Newsmada)
Les actions sociales des entreprises membres de la
Corpus externe 31
plateforme PHSP
L’entreprise E17 s’associe à SOS Villages des enfants
Corpus externe 32
(agir.avec.Madagascar.over-blog.com/2018)
Newsletter trimestriel de la plateforme PHSP (n°2,
Corpus externe 33
octobre 2017)
Témoignage sur les actions RSE de l’entreprise E20
Corpus externe 34
(matv.mg)
Entreprise E22 : partenariat pour la RSE avec la
Corpus externe 35
FJKM17 (Midi Madagasikara)
Les ambitions RSE portées par le nouveau directeur
Corpus externe 36
général de l’entreprise E22 (coresponsable.com)
Entreprise E23 : RSE, promotion des produits recyclés
Corpus externe 37
(matv.mg)
Entreprise E23 : RSE, appui à la promotion de la santé
Corpus externe 38
(Newsmada)
Entreprise E24 : Un partenariat pour l’employabilité
Corpus externe 39
des jeunes diplômés (Midi Madagasikara)
Entreprise E24 verdit son activité minière sur le dos des
Corpus externe 40
plus pauvres (www.rse-et-ped.info/Madagascar)
Evaluation du secteur privé à Madagascar Corpus externe 41
Commerce – La Responsabilité Sociétale des
Entreprises et son importance dans le développement Corpus externe 42
durable
Indice de perception de la corruption 2013 : Afrique
Corpus externe 43
Subsaharienne
Transparency international : corruption index 2018 Corpus externe 44
Guanomad, l’engrais biologique novateur de
Corpus externe 45
Madagascar
Solidis garantie : un meilleur accès au financement
Corpus externe 46
pour les PME malgaches (Oikocredit, 2019)
Source : auteur

***

Cette section 1 a permis de recenser les matériaux mobilisés dans le cadre de la recherche.
Ainsi, 18 entretiens ont été réalisés auprès de seize entreprises sur les 22 étudiées (73% environ)
et de deux consultants en RSE. En complément de ces entretiens, 21 réponses aux
questionnaires sur les 22 entreprises étudiées (95% environ) ont été obtenues auprès de huit
entreprises produisant l’outil de reporting sociétal et treize entreprises qui ne le produisent pas.
De plus, quarante documents secondaires internes (25 analysés manuellement et quinze
analysés à l’aide du logiciel Nvivo 11) et 59 documents secondaires externes (treize analysés

17
L’Eglise de Jésus-Christ à Madagascar ou FJKM est la plus grande église protestante à Madagascar.

129
Partie 2
Processus d’analyse des pratiques de RSE et de l’outil de reporting sociétal

manuellement et 46 analysés à l’aide du logiciel Nvivo 11) ont été également collectés dans le
cadre de cette recherche.

Ces données collectées à travers divers matériaux (entretien de groupe, entretiens semi-
directifs, entretiens non-directifs, questionnaires, documents secondaires internes et
secondaires externes) constituent un échantillon représentatif pour la recherche (cf. Tableau
33).

Tableau 33 : Synthèse de l’échantillon et des matériaux mobilisés


Population Entreprises étudiées Taux
Matériaux mobilisés
22 68,75%
12
Entretien de groupe 37,5%
54,55%
Entretiens semi- 4
12,5%
directifs 32 18,18%
9
Entretiens non-directifs 28,13%
41%
21
Questionnaires 65,63%
95,45%
Documents secondaires internes 40
Documents secondaires externes 59
Source : auteur

Le nombre d’entreprises interrogées permet d’explorer les pratiques de RSE et leur


instrumentation via le reporting sociétal pour le cas de Madagascar où peu de référence
académique sur ces pratiques existent.

La collecte des données a été effectuée de manière qualitative (enquêtes par entretiens et analyse
des documents secondaires internes et secondaires externes) et quantitative (enquêtes par
questionnaires). Néanmoins, l’analyse des données collectées s’effectue d’une manière
qualitative à l’aide du logiciel Nvivo 11. Le questionnaire a comme objectif principal de
confirmer les informations obtenues à travers les entretiens, l’analyse des documents
secondaires internes et l’analyse des documents secondaires externes. Les modalités d’analyse
de contenu thématique à l’aide du logiciel Nvivo 11 seront ainsi mobilisées dans le cadre de
cette recherche (cf. Section 2).

130
Chapitre 3
Une approche méthodologique pour l’analyse des pratiques de RSE et de l’outil de reporting sociétal

Section 2. Les modalités de l’analyse de contenu thématique :


recours au logiciel Nvivo 11

« L’analyse de données conduit le chercheur à faire face


à la masse de données collectées » (Alami et al., 2013).

L’objectif de cette section est de présenter le travail d’analyse des données collectées. Elle
contribue à donner un sens au message, car l’entretien ne parle pas de lui-même
(Blanchet et Gotman, 2014).

Avant de réaliser l’analyse des données à proprement parler, un travail de retranscription des
données collectées a été effectué. Le processus de retranscription est présenté dans le premier
paragraphe. Le processus d’analyse est détaillé dans le deuxième paragraphe à travers une
présentation du fonctionnement du logiciel Nvivo 11.

1. La retranscription des données collectées

Lors de la présentation des modalités de collecte des données, nous avons précisé les raisons
pour lesquelles l’enregistrement a été mobilisé. Le contenu des enregistrements des entretiens
a été retranscrit intégralement et codé afin de protéger l’anonymat des répondants (cf. Section 1
de ce chapitre 3).

Selon Bilger (2008), transcrire, c’est effectué une sélection d’éléments, qui ne reflètent pas
seulement le paradigme dans lequel le chercheur se situe mais le modifie. Pour comprendre et
discuter les manières d’agir et de penser de l’interlocuteur, un intérêt actif et sincère est porté à
sa parole (Kaufman, 1996). Pour éviter une interprétation erronée des propos des interlocuteurs,
la transcription intégrale des entretiens a été choisie. Elle est faite par le chercheur lui-même,
sans apporter de modifications aux réponses. L’Encadré 6 donne un aperçu de quelques
retranscriptions des enregistrements audio.

131
Partie 2
Processus d’analyse des pratiques de RSE et de l’outil de reporting sociétal

Encadré 6 : Quelques exemples de retranscription

Comme vous le savez donc, avec les expériences des entreprises de compagnie minière dans le monde
entier, la démarche de RSE est beaucoup plus avantageuse pour la compagnie, qu’une compagnie qui
ne fait pas de la RSE.
Source : E2E2
C’est notre activité même qui est de la RSE. On aide les entrepreneurs dans la mise en place de leur
activité (octroi de garantie pour les prêts bancaires, formation et accompagnement).
Source : E5E4
C’était comme ça que ça se faisait, d’accord ? et puis ensuite il y avait une espèce d’étude par rapport
à une retombée éventuellement commerciale de l’action ou de communication de l’action.
Source : R3D2
Tu vois, c’est pas, c’est pas un truc tu dis, ah ouais ! il faut absolument qu’il fasse de la RSE, c’est
juste que le DG était jeune, entre 35 et 40, qu’il a une vision, qu’il avait envie, que c’est un gars qui
vient d’une famille modeste et qui profite de l’ascenseur social, qu’il est balèze (..), il est fort, mais
du coup, il avait envie de rendre à la société, (…) ce qu’on lui avait donné, c’était assez intéressant.
Source : R8C2

2. Fonctionnement du logiciel Nvivo 11

À la suite de la retranscription intégrale des entretiens, une première phase de préparation et


d’ordonnancement des données (Alami et al., 2013) a été réalisée à l’aide du logiciel Nvivo 11.
Cette première phase fait intervenir des procédés de réduction des données en résumant et en
traitant le corpus (Paillé et Mucchielli, 2016).

La première phase de préparation et d’ordonnancement est effectuée à l’aide du logiciel


Nvivo 11. Ce logiciel est choisi, car il offre des avantages tels que la systématisation de la
démarche et la possibilité de fonctions automatiques. Il offre aussi une possibilité de retourner
aux données brutes et aux extraits codés dans les différentes catégories (Wanlin, 2007).
L’utilisation du logiciel facilite la systématisation de la démarche, la gestion des codes et le
traitement des données, même si naturellement la reflexion reste à faire par le chercheur lui-
même. Malgré tout, l’usage du logiciel a aussi des inconvénients liés à sa maîtrise qui requiert
beaucoup de temps, même si par la suite il en fait économiser. Pour se familiariser avec le
logiciel il existe des tutoriels. Par exemple QSR (2016, 2017), l’éditeur du logiciel Nvivo
propose un guide de démarrage très clair et précis. De plus, Bertrand (2014) détaille bien dans
sa thèse les étapes qu’elle a suivi lors de l’analyse des données sur Nvivo 9. Cependant, il faut
noter que tout logiciel doit être manipulé selon des règles précises, parfois avec une hiérarchie
obligatoire des opérations, ce qui signifie que certaines étapes ne peuvent être supprimées et

132
Chapitre 3
Une approche méthodologique pour l’analyse des pratiques de RSE et de l’outil de reporting sociétal

qu’il est difficile, voire impossible, de revenir en arrière ou simplement de refaire une partie de
la thématisation (Paillé et Mucchielli, 2016). C’est le cas, par exemple, de l’étape de
regroupement des informations au moyen des requêtes. Ainsi, plusieurs étapes ont été
respectées tout au long du travail d’analyse sur Nvivo 11 dans le cadre de cette recherche.

Etape 1. créer un projet

La première étape consiste à créer un projet sur Nvivo 11. Il permet d’enregistrer tout le travail
d’analyse sur le logiciel dans un seul endroit. En ouvrant Nvivo 11, une fenêtre affichant deux
onglets (projet vide et exemple de projet) s’ouvre. Pour créer un nouveau projet, il faut cliquer
sur l’onglet « Projet vide » et une nouvelle fenêtre contenant le titre, la decription et le nom du
fichier s’ouvre. La ligne titre permet de nommer le projet à traiter (l’adoption d’une démarche
de RSE et la production de l’outil de reporting sociétal). La description permet de faire un
rappel sur l’objet de la recherche. L’objet de la recherche étant de modéliser les variables
amenant à la production de l’outil de reporting sociétal, en se basant sur une étude de cas auprès
de 32 entreprises identifiées comme ayant adopté une démarche de RSE à Madagascar. La ligne
nom du fichier permet d’identifier l’endroit où le projet est enregistré dans l’ordinateur.
Le Schéma 18 présente comment créer un projet sur Nvivo 11.

Schéma 18 : Créer un projet sur Nvivo 11

133
Partie 2
Processus d’analyse des pratiques de RSE et de l’outil de reporting sociétal

Etape 2. créer et importer les données dans les éléments internes de Nvivo 11

Une fois le projet créé, la deuxième étape consiste à créer des sources dans les éléments internes
de Nvivo 11 et à importer par la suite les données collectées qui sont préalablement
retranscrites. Elles sont ainsi classées selon le type de méthode de collecte des données
mobilisées : entretiens, questionnaires et documentations internes ou externes. Le Schéma 19
montre comment créer des sources dans les éléments internes dans Nvivo 11.

Schéma 19 : Créer des sources dans les éléments internes

Après avoir créé les sources dans les éléments internes, les données préalablement retranscrites,
les prises de notes au format document et les documents secondaires internes et secondaires
externes au format document ou pdf ou image sont importés dans Nvivo 11. Pour ce faire, il
faut sélectionner le dossier source où le fichier sera classé. Ensuite, cliquer sur l’onglet données
et choisir le type de fichier à importer (cf. Schéma 20). L’avantage avec Nvivo 11 est que
plusieurs types de formats (document, pdf, image, video, bande audio) sont acceptés et peuvent
être traités de la même manière.

134
Chapitre 3
Une approche méthodologique pour l’analyse des pratiques de RSE et de l’outil de reporting sociétal

Schéma 20 : Importer les données dans les sources d’éléments internes de Nvivo 11

La première source d’éléments internes rassemble tous les documents secondaires internes et
documents secondaires externes à analyser dans un dossier nommé « corpus ». Le dossier
corpus contient deux sous-dossiers appelés « corpus interne » et « corpus externe ». Ces corpus
sont codés en « Corpus interne n » et « Corpus externe m » avec n= 15 et m=46. La deuxième
source d’éléments internes s’intitule « entretiens », il regroupe les entretiens dans des sous-
dossiers appelés « semi-directifs », « non-directifs » et « groupe ». Dans les entretiens semi-
directifs et non-directifs se trouvent les fichiers retranscrits des entretiens codés. EkEn pour les
entretiens semi-directifs avec k différent de 1 s’il y a plusieurs entretiens pour une même
entreprise et n=4 ; RkDn ou RkCm pour les entretiens non-directifs avec k=9 et D ou C précise
si le répondant est un dirigeant (D avec n=7) ou un consultant (C avec m=2).

De plus, les caractéristiques de la source sont créées en amont et en aval de l’étape d’importation
des données dans les éléments internes de Nvivo 11. Les caractéristiques permettent de
regrouper les sources par valeur d’attribut (secteur d’activité, taille, etc.). Pour ce faire, il faut
aller sur l’onglet créer caractéristique de la source. Ensuite, réaliser un clic droit sur la souris et
cliquer sur l’onglet nouvel attribut (cf. Schéma 21).

135
Partie 2
Processus d’analyse des pratiques de RSE et de l’outil de reporting sociétal

Schéma 21 : Créer les caractéristiques de la source

Etape 3. créer des « nœuds »

L’étape 3 du travail d’analyse sur Nvivo 11 consiste à créer des nœuds. La création de nœuds
permet déjà d’avoir une vue globale de la thématisation. Comme la recherche s’inscrit dans une
démarche abductive, des allers-retours entre terrain et théories sont effectués en permanence.
Ces allers-retours se basent sur l’objet de la recherche, sur la grille d’entretien élaborée au
départ et sur le cadre conceptuel (modèle de contingence de Lüder, 1992) et théorique
(théorie néo-institutionnelle de DiMaggio et Powell, 1983) mobilisés pour la recherche. La
création de nœuds permet de coder, de catégoriser et de thématiser les sources d’éléments
internes. Elle peut s’effectuer en cliquant sur « créer - nœud » permettant d’ouvrir une fenêtre
de « nouveau nœud » (cf. Schéma 22). Le nom indiquant la thématisation et la description
permet d’expliquer la raison pour laquelle le thème est choisi pour décrire les verbatim. L’étape
d’encodage thématique sur Nvivo 11 s’effectue ainsi en créant des nœuds qui est le début de
l’analyse.

136
Chapitre 3
Une approche méthodologique pour l’analyse des pratiques de RSE et de l’outil de reporting sociétal

Schéma 22 : Créer des nœuds sur Nvivo 11

Ensuite en ouvrant n’importe quel nœud, l’ensemble des références peut être consulté dans un
seul endroit (QSR, 2017) (cf. Schéma 23).

Schéma 23 : Nœuds sur la thématique communication RSE

Les nœuds s’organisent de deux façons, soit d’une manière non hiérarchique, c’est-à-dire tous
les nœuds sont au même niveau. Soit d’une manière hiérarchique, avec des nœuds parents et
des nœuds enfants qui constituent une arborescence ou un organigramme (Bertrand, 2014).

137
Partie 2
Processus d’analyse des pratiques de RSE et de l’outil de reporting sociétal

L’organisation des nœuds en hiérarchie permet d’affiner les idées et d’établir des liens entre les
thèmes. Des nœuds enfants ou sous-nœuds sont ainsi conçus en sélectionnant le nœud parent,
en réalisant un clic droit sur la souris et en sélectionnant ensuite « nouveau nœud » (cf. Schéma
24). Toutefois, au fur et à mesure que l’analyse avance, des nouveaux nœuds parents ou nœuds
enfants sont créés, d’autres sont modifiés, d’autres fusionnés et d’autres renommés.

Schéma 24 : Créer des nœuds enfants

Etape 4. encoder les sources d’éléments internes

L’étape 4 concerne l’encodage des sources d’éléments internes. Elle peut s’effectuer après la
création de nœuds ou en parallèle. Pour encoder, il suffit d’ouvrir les sources d’éléments
internes et de selectioner les informations à encoder, ce qui peut être fait de deux manières :
- soit, en réalisant un clic droit sur la souris, sélectionner ensuite « encoder » ;
- soit, en cliquant sur l’onglet analyser, ensuite « encoder ».

Après avoir cliqué sur encoder, la fenêtre des nœuds s’affiche. Nous pouvons choisir un élément
de code déjà existant « nœud parent ou nœud enfant » ou créer un nouveau nœud pour finir
l’encodage. Le Schéma 25 et Schéma 26 montrent comment encoder les sources d’éléments
internes selon les deux méthodes.

138
Chapitre 3
Une approche méthodologique pour l’analyse des pratiques de RSE et de l’outil de reporting sociétal

Schéma 25 : Encoder les sources, méthode 1

Schéma 26 : Encoder les sources, méthode 2

139
Partie 2
Processus d’analyse des pratiques de RSE et de l’outil de reporting sociétal

Etape 5. créer des mémos

L’étape 5 est réalisée en amont et en aval de l’étape 4. Elle consiste à créer des mémos
(cf. Schéma 27) permettant de noter et d’expliquer la manière dont les nœuds parents et les
nœuds enfants sont structurés et de noter les idées.

Schéma 27 : Créer un mémo

Les mémos renforcent la transparence et la fiabilité des résultats (cf. Schéma 28). Nvivo 11
présente dans le Tableau 34 six modes principaux d’utilisation des mémos.

Schéma 28 : Exemple de mémos « Méthodologie »

140
Chapitre 3
Une approche méthodologique pour l’analyse des pratiques de RSE et de l’outil de reporting sociétal

Tableau 34 : Les modes d’utilisation des mémos


Type de mémo Rôle
Mémo de projet - consiste à enregistrer les objectifs, les hypothèses et les décisions clés. Il
fonctionne comme un journal.
- consiste à condenser les points essentiels d’un entretien ;
Mémo d’entretien
ou de participant
- permet de noter les contradictions, les surprises ou les premières théories ;
- permet de garder des informations descriptives sur le contexte des enquêtes.
Mémo de nœud - permet d’expliquer pourquoi nous pensons qu’un thème est significatif.
Mémo des résultats
de requêtes
- permet d’organiser les idées et de planifier les étapes suivantes.
Mémos analytiques
et procéduraux
- permet de consigner les étapes méthodologiques suivies.
- permet d’enregistrer ce qui fonctionne le mieux dans le logiciel, toutes les astuces
Mémo Nvivo ou tous les raccourcis dont nous voulons se souvenir. Il permet également de noter
tous les problèmes rencontrés pendant l’analyse.

Etape 6. regrouper les informations au moyen de requêtes

L’étape 6 est la dernière étape d’analyse sur le logiciel Nvivo 11. Elle consiste à regrouper les
informations au moyen de requêtes. Les requêtes Nvivo peuvent être utilisées pour « encoder
automatiquement les sources en fonction des mots ou des expressions qu’elles contiennent »
(QSR, 2017). Elles permettent de ce fait de rechercher et d’analyser des mots ou des locutions
dans les sources d’éléments internes ou dans les nœuds préalablement créés. Elles permettent
de rechercher les mots spécifiques ou les occurrences les plus fréquentes. Le Schéma 29 montre
comment créer une requête « fréquence des mots » sur Nvivo 11.

Schéma 29 : Exécuter une requête sur la fréquence des mots

141
Partie 2
Processus d’analyse des pratiques de RSE et de l’outil de reporting sociétal

3. Processus de l’analyse des données

Une fois le classement et l’ordonnancement effectué sur Nvivo 11, l’analyse de données à
proprement parler commence à partir de l’étape 3 qui consiste à créer des nœuds. Comme
expliqué supra, la création de nœuds permet de classer les données dans des thèmes identifiés
sur la base de la grille d’entretien, du cadre conceptuel et du cadre théorique mobilisés pour la
recherche. Plusieurs formes d’analyses de données telles que l’analyse de discours et l’analyse
de contenu peuvent être retenues. Pour Blanchet et Gotman (2014) l’analyse du discours
concerne toutes les composantes langagières et recouvre essentiellement les analyses
linguistiques et les analyses de contenu. Les analyses linguistiques sont une méthode d’analyse
permettant d’étudier et de comparer les structures formelles du langage. Les analyses de
contenu permettent d’étudier et de comparer le sens afin de mettre à jour les systèmes de
représentations véhiculés par les discours. Pour Thiétart et al. (2007), l’analyse de contenu
repose sur le postulat que la répétition d’éléments de discours révèle les centres d’intérêt et les
préoccupations des acteurs.

Pour cette recherche, l’analyse de contenu est préférée car, d’une part, elle est adaptée aux
modes de collecte des données utilisées (enquêtes par entretiens, par questionnaires à usage
confirmatoire et analyse des documents secondaires internes et secondaires externes). D’autre
part, l’étude ne s’intéresse pas aux structures formelles du langage, elle se focalise plutôt sur le
sens des discours.

Bardin (2007, cop. 1977) présente l’analyse de contenu comme un ensemble de techniques
d’analyse des communications. Il considère que cette méthode « vise à obtenir des indicateurs,
quantitatifs ou non, permettant l’inférence de connaissances relatives aux conditions de
production et de réception des messages ». Blanchet et Gotman (2014) présentent trois types
d’analyse de contenu (l’analyse entretien par entretien, l’analyse thématique et l’analyse
formalisée par une théorie de la signification), tandis que Bardin (2001) dans Thiétart et al.
(2007) distingue deux grands types d’analyses de contenu : les analyses lexicales et les analyses
thématiques :
- les analyses lexicales s’intéressent à la nature et à la richesse du vocabulaire utilisé
dans le discours ou dans le texte. Elles s’attachent à l’analyse de la fréquence des
mots et c’est le mot qui constitue l’unité d’analyse ;

142
Chapitre 3
Une approche méthodologique pour l’analyse des pratiques de RSE et de l’outil de reporting sociétal

- les analyses thématiques adoptent comme unité d’analyse une portion de phrase, une
phrase entière ou un groupe de phrases se rapportant à un même thème.

Le Tableau 35 développe les trois types d’analyse de contenu présentés par Blanchet et Gotman
(2014).

Tableau 35 : Processus d’analyse de contenu par Blanchet et Gotman (2014)


Type Processus
- Découper le fragment de discours portant une signification ;
Analyses entretien - Rendre compte pour chaque entretien de la logique du monde référentiel décrit
par entretien par rapport aux hypothèses ;
- Le mode de découpage est variable d’un entretien à l’autre.
- Découper transversalement tout le corpus ;
Analyses - L’unité de découpage est le thème qui représente un fragment de discours ;
thématiques - Chaque thème est défini par une grille d’analyse élaborée empiriquement ;
- Le mode de découpage est stable d’un entretien à l’autre.
- Découper à partir de règles définies par une théorie de la production du sens et
donc reliée de façon indirecte aux hypothèses de l’étude ;
Analyses formalisées
par une théorie de la - S’attaquer à la structure du texte ;
signification - Reconstruire le sens à partir de la logique structurelle du discours qui échappe
pour partie à la manière dont celles-ci sont construites et permettent ainsi de
trouver les points d’appui cachés, et donc fiables, pour établir le sens du texte.
Pour cette recherche, c’est la méthodologie d’analyse de contenu thématique qui est retenue car
la recherche mobilise plusieurs méthodes de collectes de données. Ainsi, il est important de
pouvoir retrouver les verbatim permettant de justifier une idée dans un seul endroit. L’analyse
de contenu thématique permet de réaliser un recoupement transversal des données (entretiens,
questionnaires, documents secondaires internes et documents secondaires externes). De plus,
pour atteindre l’objectif de départ et l’objet de la recherche, la méthode d’analyse présentée par
Alami et al. (2013) est également utilisée. Ces auteurs organisent la production d’une recherche
en trois temps : l’analyse thématique, l’analyse descriptive qui marque le début de la rédaction
et la modélisation.

3. 1. Analyse de contenu thématique des données

L’analyse de contenu thématique découpe transversalement les discours pour identifier ce qui,
d’un entretien à l’autre, se réfère au même thème (Blanchet et Gotman, 2014), puisque la
thématisation constitue l’opération centrale de l’analyse thématique. Avec l’aide du logiciel
Nvivo 11, les données sont classées non plus seulement dans les sources d’éléments internes
(corpus interne, corpus externe, entretiens semi-directifs, entretiens non-directifs, entretien de
groupe, questionnaire) mais dans des thèmes que Nvivo 11 appelle des « nœuds parents ou

143
Partie 2
Processus d’analyse des pratiques de RSE et de l’outil de reporting sociétal

nœuds enfants ». L’analyse thématique consiste dans ce sens à procéder systématiquement au


repérage, au regroupement et, subsidiairement, à l’examen discursif des thèmes abordés dans
un corpus (Paillé et Mucchielli, 2012). À l’issue de la phase de préparation et d’ordonnancement
des données, un premier temps d’encodage thématique est effectué. Pour ce faire, une grille de
thèmes communs à tous le corpus est établie. Selon Glaser et Strauss (2012), cette thématisation
consiste à catégoriser autant que possible les données recueillies, en permettant de maintenir un
lien avec un groupe de comparaison au sein duquel l’occurrence se produit. Elle permet de
coder, puis de classer les données relatives aux pratiques et aux représentations, non plus
entretien par entretien, mais transversalement (Alami et al., 2013).

Les données sont ainsi encodées dans des nœuds parents ou nœuds enfants. Pour Nvivo 11,
l’encodage thématique permet de répondre à la question : Quel est le thème de l’étude ? Pour
Paillé et Mucchielli (2016), il s’agit de répondre à la question générique : Qu’y a-t-il de
fondamental dans ce propos, dans ce texte, de quoi y traite-t-on ? Ces questions sont posées
systématiquement pour permettre de trouver le thème associé aux verbatim. Le thème principal
de l’étude est d’identifier les facteurs favorisant l’adoption de la démarche de RSE et son
instrumentation via le reporting sociétal et les facteurs freinant la production de l’outil en
partant sur une étude de cas auprès de 22 entreprises à Madagascar ayant adopté une démarche
de RSE.

Cependant, pour répondre à cet objet de la recherche, il est primordial de porter un regard
particulier sur les motivations expliquant l’adoption d’une démarche de RSE pour pouvoir
ensuite faire le lien avec les motivations et les freins liés à l’instrumentation de la démarche.
Ainsi, la mise en place d’une démarche de RSE vise-t-elle à répondre à des pressions
coercitives, à répondre à des pressions normatives ou bien est-elle le résultat de phénomènes de
mode ? Ensuite, il est également intéressant de présenter les différents comportements
stratégiques des entreprises pour voir si cette démarche est adoptée dans un objectif de
maximisation des profits ou si elle reflète une préoccupation de l’impact de l’entreprise sur son
environnement. L’objectif est d’identifier les variables de contingence et institutionnelles
amenant les entreprises à adopter la démarche de RSE et à produire l’outil de reporting sociétal.
Pour ce faire, deux thèmes principaux (nœuds parents) sont définis : la démarche de RSE et la
production de l’outil de reporting sociétal. Les données relatives à ces deux thèmes (nœuds)
sont classées transversalement, non plus selon les différentes sources d’éléments internes

144
Chapitre 3
Une approche méthodologique pour l’analyse des pratiques de RSE et de l’outil de reporting sociétal

(entretiens semi-directifs, entretiens non-directifs, entretien de groupe, questionnaires, corpus


interne ou corpus externe) mais thème par thème. Nvivo 11 présente ces thèmes comme des
nœuds qui sont des sujets, des concepts, des idées, des opinions ou des expériences
(QSR, 2016).

La création de ces nœuds parents et nœuds enfants permettent d’enrichir la liste des thématiques
définies au début de l’investigation empirique, tout en se référant aux réponses des enquêtés.
Elle sert de base pour la suite du traitement des données, tout en permettant de découper en
unités élémentaires, en fragments de discours, les données recueillies (Alami et al., 2013). À
cet effet, une arborescence est construite progressivement au fur et à mesure de l’encodage
thématique (cf. Schéma 30).

Schéma 30 : Arborescence relative à l’encodage thématique sur Nvivo 11

Ce regroupement en catégorie pour Alami et al. (2013) et en nœud pour Nvivo 11, est appelé
une grille d’analyse thématique.
« Le regroupement en catégorie sert de trame au découpage des retranscriptions,
conduisant à passer d’une approche centrée sur la cohérence propre à chaque individu
pendant le terrain à une approche transversale centrée sur la cohérence thématique de

145
Partie 2
Processus d’analyse des pratiques de RSE et de l’outil de reporting sociétal

l’ensemble des données collectées. Elle conduit à rechercher les différentes formes sous
lesquelles un thème apparaît et marque le premier traitement opéré sur les données, le
passage de données brutes à un corpus thématiquement organisé appelé le semi-brut.
Les thématiques retenues dépendent à la fois des questions de départ, du sujet de
l’enquête et des thématiques découvertes pendant le terrain, grâce à l’approche
inductive » (Alami et al., 2013).

Cette démarche en continue présente des avantages et des inconvenients, elle permet une
analyse fine et riche du corpus mais elle est plus complexe à mener et exige plus de temps
(Paillé et Mucchielli, 2016), c’est pourquoi la mobilisation de Nvivo 11 est intéressante pour
cette recherche.

Une fois l’analyse thématique finalisée, l’analyse descriptive et la modélisation peuvent être
faites. Si l’analyse thématique se distingue clairement des deux autres phases, l’analyse
descriptive et la modélisation peuvent se construire simultanément, tout en produisant des
résultats de nature différente (Alami et al., 2013).

3. 2. Analyse descriptive

Le codage descriptif est un codage de premier niveau comme l’analyse thématique, mais la
différence s’opère dans le système de codification. En analyse thématique, les données sont
classées et regroupées dans des thèmes (nœuds pour Nvivo 11) ; tandis qu’en analyse
descriptive, ces thèmes ou nœuds donnent un sens. Ils permettent de décrire le contenu du
corpus. Pour Alami et al. (2013), l’analyse descriptive n’est pas une simple énonciation
d’éléments les uns à la suite des autres, ni une liste des éléments descriptifs, il s’agit de montrer
les liens qui existent entre ces éléments. Selon Grenier et Josserand (2007), la description
consiste à améliorer la compréhension de l’objet étudié. Ces auteurs soutiennent que cette
méthode est pertinente quand de nouvelles pratiques apparaissent ou lorsque le sujet est peu
étudié empiriquement, ce qui est le cas de l’adoption d’une démarche de RSE et de la production
de l’outil de reporting sociétal à Madagascar. Ainsi, les nœuds parents et nœuds enfants
pertinents susceptibles de donner un sens à la description sont repérés et ils font l’objet d’une
modification, d’une fusion ou d’une renomination. En parallèle, des notes sont prises dans
l’onglet « mémos » sur Nvivo 11. Toutefois, une description peut également s’effectuer en
amont et en aval de l’analyse de contenu thématique avec le logiciel Nvivo 11 en décrivant le

146
Chapitre 3
Une approche méthodologique pour l’analyse des pratiques de RSE et de l’outil de reporting sociétal

thème ou nœud dans l’encadré description. La description s’effectue en réalisant un clic droit
sur la souris sur le nœud à décrire, ensuite en cliquant sur l’onglet propriété des nœud
(cf. Schéma 31).

Schéma 31 : Thématisation versus description

3. 3. Modélisation

Mbengue et Vandangeon-Derumez (2007) définissent la modélisation comme l’activité de


construction d’un modèle correspondant à une représentation simplifiée d’un phénomène. Ces
auteurs présentent quatre étapes de la modélisation. La première étape consiste à spécifier le
phénomène ou le système à modéliser. La deuxième concerne la spécification des concepts et
des variables du modèle. La troisième étape admet la spécification des relations entre concepts
et variables du modèle. La quatrième étape, quant à elle, évalue et teste le modèle.

Pour cette recherche, seules les deux premières étapes de la modélisation sont réalisées, car la
spécification des relations de causalité et l’évaluation du modèle requiert beaucoup plus de
temps. Ainsi, un modèle de départ est réalisé à la suite de l’analyse thématique et de l’analyse
descriptive. Des relations de causalité entre ces variables sont supposées, mais elles seront
vérifiées et validées à travers une étude longitudinale lors d’une recherche future.

147
Chapitre 3
Une approche méthodologique pour l’analyse des pratiques de RSE et de l’outil de reporting sociétal

Synthèse du chapitre 3

Le chapitre 3 a permis de présenter la méthode de collecte des données mobilisée pour la


recherche. Il montre les deux phases du travail de terrain (une phase exploratoire et une phase
d’étude approfondie) et la méthodologie de recueil des données primaires et secondaires
utilisée : 18 entretiens auprès de seize entreprises, 21 réponses aux questionnaires, quarante
documentations secondaires internes et 59 documentations secondaires externes. Le chapitre 3
a également permis de présenter les modalités d’analyse de contenu thématique à l’aide du
logiciel Nvivo 11. Le travail de retranscription, le fonctionnement du logiciel Nvivo 11 et le
processus de l’analyse des données sont ainsi présentés. Le Tableau 36 synthétise l’approche
méthodologique de la recherche.

Tableau 36 : Synthèse de l’approche méthodologique de la recherche


Modalités de collecte des données
Données primaires Données secondaires
 18 entretiens réalisés auprès de seize  Quarante documents secondaires
entreprises sur les 32 identifiées ayant internes (rapport RSE/DD, cahier des
adopté une démarche de RSE (50%) ; charges, charte éthique, charte de
 21 réponses aux questionnaires dont huit gouvernance, plaquettes RSE,
entreprises produisant l’outil de brochures, etc.) ;
reporting sociétal et treize entreprises  59 documents secondaires externes
qui ne le produisent pas (66% environ) ; (lois, normes, guide RSE, témoignage,
 22 entretiens par téléphone ; etc.)
 Douze entretiens par e-mail.
Modalités d’analyse
Analyse de contenu manuelle Analyse de contenu thématique sur Nvivo 11
 22 entretiens par téléphone ;  18 entretiens ;
 Douze entretiens par e-mail ;  21 réponses aux questionnaires ;
 25 documents secondaires internes ;  Quinze documents secondaires internes ;
 Treize documents secondaires externes.  46 documents secondaires externes.

149
Partie 2
Processus d’analyse des pratiques de RSE et de l’outil de reporting sociétal

Chapitre 4.
L’analyse des pratiques de RSE et de l’outil de reporting
sociétal : cas des entreprises à Madagascar

« En réponse aux inquiétudes des parties prenantes, le


reporting [sur le] développement durable était initié par des
entreprises appartenant à des secteurs d’activités présentant
un risque élevé d’accident écologique ou à fort impact
carbone ; l’objectif étant de communiquer des informations
pertinentes sur la performance environnementale de
l’entreprise » (Ben Rhouma et al., 2014).

Le chapitre 3 a permis de présenter l’approche méthodologique retenue pour l’analyse des


pratiques de RSE et de leur instrumentation à travers la production de l’outil de reporting
sociétal. Il présente la méthode de collecte des données et les modalités de l’analyse de contenu
thématique à l’aide du logiciel Nvivo 11.

Le chapitre 4 a pour objectif de présenter et de discuter les résultats de la recherche issus des
22 mini-cas d’entreprises localisées à Madagascar. Il s’organise en deux sections.

La première section a pour but de présenter les facteurs favorisant l’adoption de la démarche
de RSE et les objectifs stratégiques des 22 entreprises étudiées. Ainsi, la recherche permet
d’identifier trois facteurs principaux : les stimuli constituant les éléments déclencheurs amenant
les entreprises à adopter la démarche de RSE (Phase 0 du modèle), les facteurs institutionnels
pouvant influencer l’adoption de la démarche de RSE (Phase 1 du modèle) et les objectifs
stratégiques des entreprises expliquant les formes de RSE pratiquées (Phase 2 du modèle).
L’analyse des pratiques de RSE pour les 22 mini-cas étudiés se décomposent en deux sous-
groupes : deux entreprises du secteur de l’industrie minière et vingt entreprises de différents
secteurs d’activité.

151
Partie 2
Processus d’analyse des pratiques de RSE et de l’outil de reporting sociétal

La deuxième section présente l’outil de reporting sociétal comme un outil de gestion de la RSE.
Elle permet d’identifier les différents supports de communication des informations sociales et
environnementales et d’observer les facteurs favorisant et freinant la production de l’outil de
reporting sociétal (Phase 3 du modèle). L’analyse des facteurs favorisant et freinant la
production de l’outil de reporting sociétal pour les 22 mini-cas étudiés se décomposent en deux
sous-groupes : neuf entreprises produisant l’outil et treize entreprises qui ne le produisent pas.

Le Tableau 37 présente la structure du chapitre 4 de la recherche.

Tableau 37 : Structure du chapitre 4 de la recherche


Chapitre 4. L’analyse des pratiques de RSE et de l’outil de reporting sociétal : cas des
entreprises à Madagascar
Section 1. Analyse des pratiques de RSE
1. Décomposition des 22 mini-cas en deux sous-groupes
2. Les pratiques RSE des deux mini-cas du secteur minier
3. Les pratiques RSE des vingt mini-cas

Section 2. Analyse de l’outil de reporting sociétal


1. Les différents supports de communication des informations sociales et
environnementales
2. Les motivations pour produire un reporting sociétal
3. Les facteurs freinant la production de l’outil de reporting sociétal
4. Vérification des hypothèses sur la production de l’outil de reporting sociétal

Synthèse du chapitre 4

152
Chapitre 4
L’analyse des pratiques de RSE et de l’outil de reporting sociétal : cas des entreprises à Madagascar

Section 1. Analyse des pratiques de RSE

La revue de littérature dans la partie 1 a permis d’identifier les motivations expliquant


l’adoption d’une démarche de RSE et les objectifs stratégiques des entreprises en matière de
RSE. Elle a permis de constater que les pratiques de RSE en Europe des entreprises sont
influencées par des facteurs institutionnels. Les facteurs institutionnels concernent par exemple
la réglementation européenne Eco-Management and Audit Scheme (EMAS) ou éco-audit, la loi
Nouvelle Régulation Economique (NRE), la loi Grenelle 2, le besoin de transparence exprimé
par les parties prenantes, le développement croissant des marchés responsables, des labels
équitables ou bio et des fonds d’investissement socialement responsable (ISR) ainsi que les
pressions exercées par les dispositions gouvernementales relatives au changement climatique
et aux scandales sociétaux. Les scandales sociétaux concernent par exemple l’effondrement du
Rana Plaza au Bangladesh en 2013, qui a provoqué le décès d’au moins 1 135 ouvriers du textile
qui sont employés majoritairement par les sous-traitants des plus grandes marques occidentales
tels que Primark, Benetton ou Mark & Spencer (Scappaticci, 2018). Toutefois, la préoccupation
sociétale apparait souvent liée principalement à un besoin de légitimité (licence to operate18) et
à la gestion de l’image de l’entreprise.

Cette section a pour objectif de déterminer les facteurs favorisant l’adoption d’une démarche
de RSE à travers l’étude des 22 mini-cas d’entreprises localisés à Madagascar (cf. Tableau 38).

Tableau 38 : Les 22 entreprises étudiées dans le cadre de la recherche


Code Dénomination Secteur Activités Permis Membre Salon Reporting
et raison (EIE) PHSP RSE sociétal
sociale obligatoire
Production et
commercialisation
E1 Guanomad Agroalimentaire d'engrais organiques Non Oui Oui Non
utilisables en
agriculture biologique
Exploration,
Projet extraction,
E2 Industrie minière Oui Oui Oui Oui
Ambatovy transformation de
produits miniers
Production et
E3 STAR Agroalimentaire distribution de Oui Oui Oui Non
boisson alimentaire
Institution
E4 Solidis Garantie bancaire Non Non Oui Oui
financière

18
Licence to operate au sens de la littérature se réfère à la légitimité.

153
Partie 2
Processus d’analyse des pratiques de RSE et de l’outil de reporting sociétal

Code Dénomination Secteur Activités Permis Membre Salon Reporting


et raison (EIE) PHSP RSE sociétal
sociale obligatoire
Fabrication et vente
Infrastructures et de ciment et de ses
E5 Lafarge Holcim Oui Non Non Oui
aménagement dérivés en gros et au
détail
SOCOTA : Textile, Mode,
Cotona, CRE, Habillement et
E6 Industrie textile Non Non Non Non
Cottoline, OSO accessoires/élevage et
fishing, LGA pêche
Infrastructures et Bâtiment et travaux
E7 Ecotech Non Oui Non Non
aménagement publics
Energies
E8 EDM Energie Non Oui Oui Non
renouvelables
E9 MIRAY Confec Service Communication Non Non Non Non
E10 Vanille durable Import/Export Exportation Non Non Oui Non
E11 Orange Télécommunication Télécommunication Oui Non Oui Oui
Compostage des
Vohitra Gestion de produits
E12 boues et recyclage des Oui Non Oui Oui
environnement et déchets divers
déchets
Transport et
E13 DHL Service logistique (envoie Non Oui Oui Non
express)
Teneran’ny
Tantsaha
E14 (Groupe Agroalimentaire Plantation de palmier Non Oui Non Non
savonnerie
tropicale)
Commerce et Commerce, vente,
E15 Jumbo Score Non Non Non Oui
distribution import et export
Société commerciale
E16 Socolait Agricole Non Oui Non Non
laitière
E17 Allianz Assurance Assurance Non Oui Non Non
E18 Camusat Service Communication Non Oui Non Oui
Huilerie Production de huile
E19 Agroalimentaire Non Non Non Oui
Melville de palme
E20 Gasy Net Service Communication Non Oui Non Non
Saham
E21 Assurance Assurance Non Oui Non Non
Assurance
E24 QMM Industrie minière Minières Oui Non Oui Oui
TOTAL OUI 6 12 10 9
TOTAL NON 16 10 12 13
TOTAL GENERAL 22 22 22 22
Source : auteur

La section identifie également les objectifs stratégiques des entreprises en matière de RSE. Ces
objectifs stratégiques permettent d’expliquer les formes de RSE pratiquées par les 22 mini-cas
étudiés. L’analyse mobilise la théorie néo-institutionnelle de DiMaggio et Powell (1983) et le
modèle de contingence de Lüder (1992).

154
Chapitre 4
L’analyse des pratiques de RSE et de l’outil de reporting sociétal : cas des entreprises à Madagascar

1. Décomposition des 22 mini-cas en deux sous-groupes

À Madagascar, les projets d’investissement publics ou privés susceptibles de porter atteinte à


l’environnement doivent faire l’objet d’une étude qui prend la forme d’une étude d’impact
environnemental (EIE) ou d’un programme d’engagement environnemental (PREE). L’étude
d’impact doit permettre « de tenir compte de la nature technique du projet, de l’ampleur des
dégâts engendrés par celui-ci et de la sensibilité du milieu d’implantation » (corpus externe 3).
L’Office National pour l’Environnement (ONE19), seul organisme habilité à établir ou à valider
un screening20 sur la base du descriptif succinct du projet et de son milieu d’implantation est
amené à délivrer une licence to operate ou un permis d’exploitation à tout projet ayant obtenu
une évaluation favorable suite à cette étude d’impact. Le permis d’exploitation comprend un
agrément environnemental ou un certificat de conformité délivré par le comité technique
d’évaluation (CTE) et une licence sociale à opérer.

« La licence sociale à opérer est une acceptation sociale basée sur la crédibilité de l’entreprise,
les bonnes relations et la confiance accordée par les communautés et parties prenantes à
l’entreprise. Elle permet d’avoir accès à la terre et aux ressources et de maintenir la paix
sociale garantissant la sécurisation de l’investissement. Elle est différente du permis légal
octroyé par l’Etat » (corpus externe 2).

Ainsi, les entreprises ayant un projet d’investissement soumis à une étude d’impact
environnemental sont amenées à prendre en compte l’importance des risques
environnementaux engendrés par leurs activités et à mettre en place un plan de gestion
environnementale du projet (PGEP) dès le démarrage de l’exploitation. Le décret MECIE,
relatif à la mise en compatibilité des investissements sur l’environnement a pour objet de « fixer
les règles et procédures à suivre en vue de la mise en compatibilité des investissements avec
l’environnement et de préciser la nature, les attributions respectives et le degré d’autorité des
institutions ou organismes habiletés à cet effet » (corpus externe 3). Enfin, les principes n°7,
n°8 et n°9 du pacte mondial des Nations Unies (cf. Tableau 39) invitent les entreprises

19
L’ONE est un organe qui assure la coordination des comités technique d’évaluation (CTE) des dossiers EIE
(étude d’impact environnemental). Il assure également la direction de l’évaluation des études d’impacts
environnementaux, délivre les permis environnementaux et coordonne le suivi de la conformité des plans de
gestion environnementale.
20
Le screening est une procédure qui permet d’identifier si un projet doit faire l’objet d’une EIE, d’un PREE, ou
ni l’un ni l’autre.

155
Partie 2
Processus d’analyse des pratiques de RSE et de l’outil de reporting sociétal

« à prendre des initiatives tendant à promouvoir une plus grande responsabilité en matière
d’environnement » (corpus externe 6).

Tableau 39 : Les dix principes du pacte mondial des Nations Unies


Items Principes
(1) Les entreprises sont invitées à promouvoir et à respecter la protection du droit
Droits de international relatif aux droits de l’homme dans leur sphère d’influence ;
l’homme (2) Veiller à ce que leurs propres compagnies ne se rendent pas complices de violations
des droits de l’homme ;
(3) Les entreprises sont invitées à respecter la liberté d’association et à reconnaître le
droit de négociation collective ;
Normes de travail (4) Elimination de toutes les formes de travail des enfants ;
(5) Abolition effective du travail des enfants ;
(6) Elimination de la discrimination en matière d’emploi et de profession ;
(7) Les entreprises sont invitées à appliquer l’approche de précaution face aux
problèmes touchant l’environnement ;
(8) Entreprendre des initiatives tendant à promouvoir une plus grande responsabilité en
Environnement
matière d’environnement ;
(9) Favoriser la mise au point et la diffusion de technologies respectueuses de
l’environnement ;
(10) Les entreprises sont invitées à agir contre la corruption sous toutes ses formes, y
Corruption
compris l’extorsion de fonds et les pots-de-vin.
Source : Bureau du Pacte mondial des Nations Unies (2008)

Pour expliquer les facteurs favorisant l’adoption de la démarche de RSE pour les 22 mini-cas
étudiés, il semble important d’apporter un regard particulier aux projets d’investissement qui
portent atteinte à la société ou à l’environnement. La liste des projets d’investissement ayant
obtenu une licence to operate (cf. Annexe 4) a permis d’observer six mini-cas parmi les 22 qui
sont soumis à une étude d’impact environnemental (cf. Tableau 40).

Tableau 40 : Les secteurs soumis à une étude d’impact, éléments tirés de la liste de
l’ONE (2018)
Secteur Date du Permis Projet Mini-cas
08/01/2010 DYNATEC Soalara Exploitation
01/07/2008 DYNATEC SOALARA II E2
Industrie minière 06/11/2007 DYNATEC SOALARA
11/10/2012 QMM Ste Luce
E24
14/11/2001 QMM
23/12/2013 ORANGE Andapa
11/01/2011 ORANGE DIDY
Télécommunication 11/01/2011 ORANGE Ialatsara E11
22/11/2010 ORANGE Vatolampy
20/01/2009 ORANGE Projet Lion
Agroalimentaire 22/05/2017 STAR Antsiranana E3
Gestion de produits et déchets divers 08/12/2006 VOHITRA ENVIRONNEMENT E12

156
Chapitre 4
L’analyse des pratiques de RSE et de l’outil de reporting sociétal : cas des entreprises à Madagascar

Secteur Date du Permis Projet Mini-cas


26/05/2016 HOLCIM
19/01/2010 HOLCIM Ambohidranandriana
22/09/2009 HOLCIM Tritriva
23/06/2008 HOLCIM Andranomanelatra
Infrastructures et aménagement E5
23/06/2008 HOLCIM Andranomanelatra
19/12/2006 HOLCIM Ambohimarina
19/12/2006 HOLCIM Mahazoarivo
19/01/2001 HOLCIM Ankilizato
TOTAL 6
Source : auteur

Néanmoins, seules les deux entreprises relevant du secteur de l’industrie minière accordent une
réelle importance à ces études d’impact, l’avis favorable constituant une condition sine qua non
de leur exploitation. C’est pourquoi, l’étude des 22 mini-cas est divisée en deux sous-groupes :
- deux entreprises du secteur de l’industrie minière ;
- et vingt entreprises de différents secteurs d’activités dont quatre sont soumises à une
étude d’impact environnemental.

Le cadre conceptuel présenté dans la première partie de la recherche a permis de considérer le


cadre réglementaire comme un stimulus majeur favorisant l’adoption de la démarche de RSE.
Le cadre réglementaire se réfère aux lois et normes obligeant l’entreprise à adopter un
comportement responsable vis-à-vis de l’environnement et de la société. Dans ce cas, les
entreprises pratiquent la RSE dans le but de satisfaire les exigences légales. Ensuite, l’adoption
d’une démarche de RSE est également influencée par des facteurs institutionnels. Comme
présenté supra, les facteurs institutionnels mettent en jeu trois mécanismes principaux
d’isomorphismes institutionnels selon DiMaggio et Powell (1983) : l’isomorphisme coercitif,
l’isomorphisme normatif et l’isomorphisme mimétique. Enfin, l’adoption de la démarche de
RSE permet de satisfaire différents objectifs stratégiques liés :
- à la légitimité, la visibilité, la notoriété, la reconnaissance et la gestion de l’image
de l’entreprise ;
- à la différenciation par rapport aux entreprises concurrentes ;
- au développement croissant des marchés responsables et des fonds d’investissement
socialement responsable (ISR) ;
- à l’amélioration de la performance globale ;

157
Partie 2
Processus d’analyse des pratiques de RSE et de l’outil de reporting sociétal

- à une politique globale d’engagement de l’entreprise ;


- à des fins marketing ;
- et à la création et au maintien de la confiance des partenaires.

L’objectif est de vérifier à travers les verbatim collectés lors de la phase de recueil des données
si le cadre réglementaire, les facteurs institutionnels et les objectifs stratégiques des entreprises
influencent positivement les 22 mini-cas étudiés pour adopter une démarche de RSE ou si
d’autres facteurs sont spécifiques pour le cas des entreprises à Madagascar.

Comme présenté supra, l’analyse des résultats des 22 mini-cas se divise en deux sous-groupes :
deux entreprises du secteur de l’industrie minière et vingt entreprises de différents secteurs dont
quatre sont soumises à une étude d’impact environnemental.

2. Les pratiques RSE des deux mini-cas du secteur minier

Pour les deux entreprises du secteur de l’industrie minière, diverses raisons peuvent expliquer
leurs motivations de mettre en place une démarche de RSE. Ces deux entreprises ont réalisé les
plus gros investissements miniers à Madagascar de ces dernières années. Les entreprises E2 et
E24 ont respectivement réalisé des investissements de 8 milliards de dollars (E3E2) et de 940
millions de dollars (corpus interne 14) et font partie des entreprises de référence21 en matière
de RSE à Madagascar.

2. 1. Les facteurs favorisant l’adoption de la démarche de RSE

Le premier facteur observé pour les deux entreprises étudiées se réfère aux exigences du décret
sur la mise en compatibilité des investissements sur l’environnement (MECIE), à la loi
2015-003 relative à la charte de l’environnement Malagasy et à la loi 2003-010 sur la politique
nationale de gestion des risques et des catastrophes. Le décret MECIE exige des projets
d’investissement portant atteinte à la société ou à l’environnement de réaliser une étude
d’impact. L’industrie minière présentant un impact fort sur l’environnement, est ainsi obligée
de mettre en place une étude d’impact environnemental (EIE) ou un programme d’engagement
environnemental (PREE) dès le démarrage de l’exploitation. Cette étude d’impact est réalisée
par l’Office National pour l’Environnement (ONE). Ensuite, la loi 2015-003 relative à la charte

21
Les entreprises sont considérées comme entreprises de référence en matière de RSE à Madagascar car quand on
parle de RSE dans le pays, on nous renvoie souvent vers ces entreprises.

158
Chapitre 4
L’analyse des pratiques de RSE et de l’outil de reporting sociétal : cas des entreprises à Madagascar

de l’environnement Malagasy est « une loi-cadre énonçant les règles et les principes
fondamentaux pour la gestion de l’environnement » (corpus externe 11). Cette loi a pour objet
de définir les principes et le cadre général pour les acteurs environnementaux22 et les acteurs de
développement. L’Encadré 7 présente l’objectif de la loi 2015-003 relative à la charte de
l’environnement Malagasy.

Encadré 7 : Les objectifs de la loi 2015-003 relative à la charte de l’environnement


Malagasy

La charte de l’environnement Malagasy a pour objectif :


o de reconnaitre l’environnement comme une composante clé du patrimoine de Madagascar.
La charte considère l’environnement comme la base de la génération durable de bien-être
économique et social ;
o de réconcilier la population avec son environnement en vue d’un développement durable et
équitable du pays, en passant par l’économie verte ;
o de bien asseoir les structures essentielles de la gestion de l’environnement en vue de
l’amélioration de leur efficacité, de leur performance, de leur professionnalisme ainsi que
leur pérennisation ;
o de renforcer la compatibilité des investissements avec l’environnement et les enjeux sociaux ;
o de garantir et assurer le système de suivi et d’évaluation de toute action se rattachant aux
projets environnementaux ;
o de promouvoir la qualité environnementale ;
o de mettre en place des mécanismes de financement durable pour les actions
environnementales.

Source : Corpus externe 11

La loi 2015-003 renforce les exigences du décret MECIE en matière de protection de


l’environnement. Elle exige de toute personne physique ou morale de « veiller à la protection
du cadre dans lequel elle vit, de prendre part à la gestion de l’environnement à travers la
protection, la conservation, la valorisation et la restauration ».

Ensuite, toutes les entreprises à Madagascar doivent respecter les exigences de la loi 2003-044
relative au code de travail et aux dispositions réglementaires en matière de santé et de retraite.

Enfin, Madagascar est un pays vulnérable aux conséquences du changement climatique :


cyclones, pluies abondantes, sècheresses, etc. Une étude effectuée par la banque mondiale en
mai 2014 sur les opportunités et les défis pour une croissance inclusive et résiliente à
Madagascar a montré qu’entre 1990 et 2013, 63 catastrophes naturelles majeures ont été

22
Les acteurs environnementaux comprennent toute personne physique ou morale ayant des droits et obligations
dans la gestion de l’environnement (Loi 2015-003).

159
Partie 2
Processus d’analyse des pratiques de RSE et de l’outil de reporting sociétal

enregistrées. Les cyclones tropicaux représentent 80% des catastrophes liées au climat de
Madagascar. Ils ont affecté plus de neuf millions de personnes. Des inondations surviennent
plus souvent après les cyclones ou les tempêtes tropicales. Entre 1999 et 2013, toujours selon
cette étude menée par la banque mondiale en 2014, six épisodes de grosses inondations ont été
enregistrés, touchant plus de 164 000 personnes. Sur cette même période, six épisodes de
grande sécheresse ont également été enregistrés. Ils ont touché plus de 3,5 millions de personnes
et ont contribué à créer des niveaux élevés d’insécurité alimentaire. La région du Sud de
Madagascar est la plus touchée, elle reçoit en moyenne 500mm de pluie par an. De même, la
région de Marovay sur la côte Ouest et celle d’Alaotra-Mangoro dans la région Centrale ont
subi de sévères pertes de récolte dans la production rizicole en 2013 en raison de la sécheresse.
L’entreprise E2 située sur la côte Est de Madagascar a comptabilisé une perte de 137 millions
de dollars au cours du dernier trimetre 2018 après le passage du cyclone AVA. C’est pourquoi,
cette entreprise a apporté un soutien d’urgence à la ville de Toamasina (côte Est de Madagascar)
après le passage du cyclone AVA à travers des travaux de dégagement des routes. L’entreprise
E2 a également reconstruit deux bâtiments à Moramanga, dans la partie centre-Sud de la région
d’Alaotra-Mangoro en 2017 après le passage de deux cyclones en février et mars 2012.

Ainsi, il est possible de conclure que même en l’absence d’un cadre réglementaire dédié à la
RSE, il existe des textes de lois et des dispositions gouvernementales amenant les deux
entreprises étudiées à mettre en pratique la RSE. Ce cadre réglementaire constitue un des stimuli
majeurs déclenchant l’adoption de la démarche de RSE (Phase 0 du modèle).

Le deuxième facteur observé pour les deux mini-cas étudiés se réfère à l’influence des facteurs
institutionnels. Comme présenté supra, les facteurs institutionnels mettent en jeu les trois
mécanismes principaux de l’isomorphisme institutionnel (isomorphisme coercitif,
isomorphisme normatif, isomorphisme mimétique). La présence d’un isomorphisme coercitif
est ainsi observée pour les deux entreprises du secteur de l’industrie minière. Il se réfère au
besoin d’obtention d’une licence to operate ou d’un permis d’exploitation pour pouvoir imiter
les projets d’investissement portant potentiellement atteinte à l’environnement et à la société.
Les entreprises appartenant au secteur de l’industrie minière sont soumises à une étude d’impact
environnemental, l’avis favorable à l’issu de cette étude leur permet d’obtenir l’agrément
environnemental ou le certificat de conformité délivré par le comité technique d’évaluation
(CTE). De plus, les entreprises du secteur de l’industrie minière doivent obtenir l’accord de la

160
Chapitre 4
L’analyse des pratiques de RSE et de l’outil de reporting sociétal : cas des entreprises à Madagascar

population locale, sans quoi elles ne peuvent pas démarrer l’exploitation. À Madagascar, le
développement de grands projets miniers a un impact non seulement sur l’environnement mais
il constitue également un véritable choc culturel pour les communautés locales, majoritairement
pauvres et très attachées à leur terre natale. Comme le montre le verbatim suivant, l’exploitation
minière génère parfois des conflits auprès de la population locale :

« Le secteur de l’industrie minière fait l’objet d’incompréhensions dans l’opinion publique qui
peuvent dégénérer en conflits sociaux » (Corpus externe 1).

C’est pourquoi, de plus en plus de pressions de la part de la population locale vis-à-vis du


secteur de l’industrie minière sont observées. Les deux entreprises doivent faire face à des défis
majeurs en termes d’acceptabilité sociale et la gestion des plaintes et des conflits devient un
élément incontournable pour leurs projets. La licence to operate ne se limite donc pas à la
théorie de la légitimité au sens du droit moral et symbolique permettant l’exploitation mais
également au sens d’un « permis d’exploitation sociale », c’est-à-dire que toute exploitation
portant atteinte à l’environnement et à la société est soumise à une plus grande acceptation par
la société. Les verbatim suivants corroborent cette hypothèse considérant la licence to operate
comme un facteur favorisant l’adoption de la démarche de RSE pour les deux mini-cas étudiés.

« Le permis environnemental constitue un préalable obligatoire à tout commencement des


travaux » (corpus externe 11).

« Le permis [d’exploitation] comprend une série d’obligations sociales et environnementales


auxquelles nous devions nous conformer à chaque phase du projet » (corpus interne 14).

« La communauté locale a le droit d’accorder ou de refuser son consentement à des projets


susceptibles d’avoir une incidence néfaste, notamment sur les terres qu’elle possède, occupe ou
utilise traditionnellement. L’arrivée de l’industrie minière conduit inévitablement à une
métamorphose dans le paysage des communes riveraines créant ainsi des attentes de la part de
la population » (corpus externe 10).

« Les entreprises qui s’approvisionnent en ressources génétiques à des fins de recherche et de


transformation ou commercialisation doivent passer par une demande d’accès impératif aux
communautés et obtenir leur consentement préalable » (corpus externe 26).

161
Partie 2
Processus d’analyse des pratiques de RSE et de l’outil de reporting sociétal

« Pour toutes entreprises minières, la RSE commence déjà dès le début, c’est-à-dire depuis ce
qu’on appelle la négociation (…). La négociation que je voulais dire ici n’est pas la négociation
auprès du gouvernement mais la négociation auprès de la communauté » (E2E2).

« Je crois que c’était surtout pour être redevable de nos impacts, parce que pour les compagnies
minières dans le monde on sait qu’il y a des impacts sociaux, des impacts environnementaux.
Donc, on a besoin de l’acceptabilité sociale pour obtenir le permis (…) [d’exploitation] »
(E3E2).

« Pour passer à la phase exploitation, d’autres autorisations légales seraient requises sous la
forme d’un permis environnemental et d’un permis d’exploitation minière (…). Pour aller au-
delà des étapes d’exploration et de planification de projet, la prochaine obligation légale en
vertu de la législation malgache consistait à obtenir un permis environnemental. Les exigences
de ce permis incluaient, outre l’obligation de diligence pour l’environnement physique, une
Évaluation de l’Impact Social et Environnemental (EISE) qui comprendrait des mesures de
responsabilité sociale, des normes, des règles et engagements. Les conditions requises pour
[obtenir] le permis environnemental, dès lors, étaient vraiment celles qui englobaient les grands
principes du développement durable (…). La permission d’exploiter pour les sociétés
extractives requiert non seulement la permission du gouvernement (ou permis) mais également
une « permission sociale » » (corpus interne 7).

Ainsi, le besoin d’une licence to operate ou d’un permis d’exploitation, se composant d’un
agrément environnemental ou d’un certificat de conformité et de l’acceptabilité sociale,
influence positivement l’adoption d’une démarche de RSE pour les deux entreprises étudiées
afin de prendre en compte les risques générés par leur activité sur l’environnement et la société.

Les verbatim suivants corroborent cette hypothèse de considérer l’adoption d’une démarche de
RSE comme un moyen permettant de remplir les obligations réglementaires, d’obtenir le permis
d’exploitation (agrément environnemental et acceptabilité sociale) et de prendre en compte les
risques générés par l’activité des entreprises. De plus, la mise en place d’une démarche de RSE
permet de nouer et de cultiver une relation de confiance avec la population et d’assurer les
investissements, la croissance et la réputation.

162
Chapitre 4
L’analyse des pratiques de RSE et de l’outil de reporting sociétal : cas des entreprises à Madagascar

« [L’adoption d’une démarche de RSE permet de ] garantir les obligations légales et le permis
social d’opérer23 pour assurer les investissements, la croissance et la réputation »
(corpus interne 4).

« Il y a plusieurs démarches, plusieurs systèmes qu’on a mis en place au sein de l’entreprise


pour pouvoir capter le feed-back des gens, les plaintes par exemple, les doléances des gens,
nous avons un système comment on gère cela, et en faisant ce qu’on appelle la participation de
la communauté dans la démarche je dirais du développement et qu’elle participe à tous les
niveaux de discussions pour mettre en place quelque chose qui partage donc le bénéfice »
(E2E2).

« Les entreprises s’attèlent à nouer et à cultiver des relations de respect et de confiance mutuels
envers la communauté » (R2C1).

Les résultats de la recherche permettent ainsi de conclure que des facteurs institutionnels
(isomorphisme coercitif) favorisent l’adoption de la démarche de RSE pour les deux mini-cas
étudiés. L’isomorphisme coercitif concerne l’obligation d’obtenir une licence to operate
permettant le démarrage de l’exploitation. Il fait aussi référence aux dispositions
gouvernementales de prendre en compte les risques des catastrophes et au besoin de nouer et
de maintenir une relation de confiance avec la population locale permettant d’assurer la
croissance et la réputation de l’entreprise.

Les verbatim suivants montrent également l’influence des investisseurs et des banques
prêteuses amenant les entreprises à pratiquer la RSE.

« La mise en place d’une démarche de RSE est une obligation envers le gouvernement Malagasy
et les prêteurs. En général c’est surtout pour entretenir des bonnes relations avec les parties
prenantes, surtout les communautés et les bailleurs [de fonds] » (E3E2).

« Les banques prêteuses exigent d’appliquer la démarche de RSE » (E2E2).

« La confiance de nos parties prenantes est essentielle pour notre entreprise. Leur confiance en
nous aide à sécuriser notre licence d'exploitation et nous donne la stabilité (…). Nous
considérons que les défis sociaux, environnementaux et économiques sont des occasions de bâtir
notre réputation en tant que partenaire de confiance et de créer plus de valeur pour notre

23
Le permis social d’opérer fait référence à l’acceptabilité sociale accordée par la population locale.

163
Partie 2
Processus d’analyse des pratiques de RSE et de l’outil de reporting sociétal

entreprise, nos actionnaires et les personnes avec qui nous travaillons. Nous cherchons des
moyens pour fournir une valeur mutuelle pour notre entreprise, nos actionnaires et nos
nombreuses parties prenantes. Nous avons entrepris de gérer les risques et les intérêts de notre
entreprise afin d'offrir les meilleurs résultats possibles pour tous » (site internet de
l’entreprise E24).

De même, l’adoption d’une démarche de RSE par les deux entreprises étudiées permet
d’améliorer et de gérer l’image de l’entreprise et de construire un avantage concurrentiel par
rapport aux entreprises concurrentes comme le montre le verbatim suivant :

« On fait de la RSE pour être au même niveau que nos pairs dans l’industrie minière (…).
Comme vous le savez, avec les expériences des entreprises de compagnies minières dans le
monde entier, la démarche de RSE est beaucoup plus avantageuse pour la compagnie qui le
fait, qu’une compagnie qui ne [le] fait pas (…). Juste sur la base théorique, une étude faite par
une équipe australienne disait qu’un dollar investi dans la RSE, équivaux à 5 000 dollars
d’investissement. Donc cela veut dire que si on n’investit pas dans la RSE, votre investissement
sera anéanti parce qu’il y a des risques » (E2E2).

Au-delà de ces pratiques mimétiques, on obsèrve également une institutionnalisation des


pratiques RSE au sein des pratiques informelles (isomorphisme normatif). En ce sens, les deux
mini-cas ne parlent plus de licence to operate mais plutôt de partnership to operate. Même si
l’objectif premier de toutes entreprises est la réalisation des profits, les deux mini-cas sont
conscients qu’opérer en intégrant les principes de la RSE tels que l’éthique et la gouvernance
engendre des retombées économiques positives.

« Les compagnies parlent actuellement de Partnership to operate (PTO) au lieu de licence to


operate » (R3D6).

« On suit pour avoir une situation gagnant-gagnant parce qu’il y a des retombées économiques
positives (…). C’est aussi opérer avec les éthiques, donc respecter les droits de l’homme, les
lois en vigueur à Madagascar, d’avoir de bons principes, une bonne gouvernance, mais
également des retombées économiques » (E3E2).

« Notre engagement à travailler dans l’intégrité, la transparence et le respect des normes


éthiques les plus élevées fournit un cadre permettant d’assurer que nous sommes une
organisation qui respecte nos communautés, nos partenaires et nos employés. Nous sommes

164
Chapitre 4
L’analyse des pratiques de RSE et de l’outil de reporting sociétal : cas des entreprises à Madagascar

déterminés à prendre en considération les intérêts de nos parties prenantes dans nos prises de
décision, et à respecter la culture, les coutumes, les valeurs et les Droits de l’Homme dans nos
interactions avec toutes les personnes touchées par nos activités » (corpus interne 1).

Ainsi, l’influence des investisseurs, des banques, le besoin de gérer et d’améliorer l’image de
l’entreprise et l’envie de construire un avantage concurrentiel par rapport aux entreprises
concurrentes constituent des facteurs favorisant l’adoption de la démarche de RSE pour les deux
entreprises étudiées.

Les verbatim recueillis auprès des deux mini-cas du secteur de l’industrie minière permettent
ainsi de conclure que même en l’absence d’un cadre réglementaire dédié à la RSE, il existe des
textes de lois et des dispositions gouvernementales amenant les deux mini-cas étudiés à mettre
en pratique la RSE. Ainsi, ces textes de lois et dispositions gouvernementales (décret MECIE,
loi 2015-003, loi 2003-010, loi 2003-044) constituent les stimuli majeurs déclenchant
l’adoption de la démarche de RSE pour les entreprises portant atteinte à l’environnement ou à
la société. De plus, des facteurs institutionnels influencent l’adoption d’une démarche de RSE
pour les deux entreprises étudiées. Les facteurs institutionnels font référence à l’isomorphisme
coercitif : la licence to operate, les autres dispositions gouvernementales à prendre en compte
les risques des catastrophes, et le besoin de nouer et de cultiver une relation de confiance avec
la population permettant d’assurer la croissance et la réputation des entreprises. Des actions
sont ainsi mises en place par les deux mini-cas pour prévenir ou limiter l’impact des
catastrophes, voire contribuer à la réputation des entreprises une fois que ces catastrophes ont
eu lieu.

L’isomorphisme mimétique amène également les entreprises à intégrer les attentes des parties
prenantes (investisseurs et banques) ceci afin de donner une bonne image de l’entreprise et de
construire un avantage concurrentiel par rapport aux entreprises concurrentes. Cet
isomorphisme mimétique s’assimile à des phénomènes de mode (imiter ou copier celles qui
sont considérées comme ayant réussi sur le marché).

Enfin, on obsèrve un isomorphisme normatif, c’est-à-dire une volonté d’intégrer les actions de
RSE aux pratiques professionnelles.

165
Partie 2
Processus d’analyse des pratiques de RSE et de l’outil de reporting sociétal

La mise en place de la RSE permet également d’atteindre des objectifs stratégiques précis
comme l’amélioration de la réputation, la gestion de l’image et la confiance des parties
prenantes telles que l’Etat, l’ONE, la population, les investisseurs et les banques. Il est évident
que les deux entreprises étudiées attendent des retombées économiques positives à la suite de
l’adoption d’une démarche de RSE, faire des profits étant l’objectif premier de toute entreprise,
mais leurs actions RSE vont au-delà des obligations légales.

Le Schéma 32 présente les stimuli comme éléments déclencheurs (Phase 0 du modèle) de


l’adoption d’une démarche de RSE pour les deux mini-cas étudiés. Ensuite, les facteurs
institutionnels sont influencés par ces différents stimuli et constituent ainsi un facteur favorisant
l’adoption de la démarche de RSE (Phase 1 du modèle). Une boucle de rétroaction peut être
observée durant cette phase d’adoption de la démarche car la mise en pratique des actions en
faveur de la RSE permet de répondre à des besoins liés à :
- l’obtention d’un agrément environnemental et d’une acceptabilité sociale faisant
référence à la licence to operate ;
- la prise en compte des risques des catastrophes ;
- la confiance de la population permettant d’assurer la croissance et la réputation des
entreprises ;
- l’intégration des parties prenantes telles que les investisseurs et les banques dans la
démarche ;
- un souci de gestion de l’image de l’entreprise ;
- des avantages concurrentiels par rapport aux entreprises concurrentes.

166
Chapitre 4
L’analyse des pratiques de RSE et de l’outil de reporting sociétal : cas des entreprises à Madagascar

Schéma 32 : Les facteurs favorisant l’adoption d’une démarche de RSE, deux mini-cas

Source : auteur

167
Partie 2
Processus d’analyse des pratiques de RSE et de l’outil de reporting sociétal

2. 2. Les objectifs stratégiques et les formes de RSE pratiquées

Les objectifs stratégiques des entreprises en matière de RSE permettent d’identifier les formes
de RSE pratiquées (cosmétique, intégrée, périphérique ou bottom of the pyramid).

La première partie de la recherche a présenté la RSE cosmétique comme une forme de RSE
permettant de satisfaire les obligations réglementaires. Les entreprises qui mènent des actions
dans le cadre de la RSE cosmétique essaient de remplir les obligations réglementaires mais
n’ont pas la volonté de construire un projet dans la durée avec les parties prenantes. Les résultats
de la recherche présentés supra montrent que les deux entreprises adoptent une démarche de
RSE non seulement pour satisfaire les obligations réglementaires mais pour répondre également
aux exigences des parties prenantes telles que l’Etat, l’Office National pour l’Environnement
(ONE) et la population locale. De plus, les entreprises menent des actions en matière de RSE
pour la gestion de l’image et pour construire un avantage concurrentiel vis-à-vis des entreprises
concurrentes.

C’est ainsi que les deux entreprises (E2 et E24) ont développé un éventail d’activités dans le
cadre de leur programme de RSE. L’entreprise E2 a remis un lot de médicaments et de
consommables médicaux (seringues, cathéters, perfuseurs) aux autorités sanitaires de la région
de Toamasina, sur la côte Est de Madagascar, au titre de sa contribution à la lutte contre
l’épidémie de rougeole qui sévit dans la région. Ces médicaments et ces consommables
médicaux permettent de contribuer au traitement de soixante patients hospitalisés atteints de la
rougeole par jour pendant un mois. Cette entreprise E2 souligne que le domaine de la santé, de
la sécurité et de l’hygiène constitue une de leur priorité absolue dans leurs actions pour la mise
en place du développement durable dans leurs zones d’actions (corpus interne 1). En 2017, elle
a contribué à la lutte contre la peste et a offert un grand marché moderne à la population de
Moramanga. Ces actions mises en place permettent à cette entreprise d’entretenir la confiance
de la population de la ville de Moramanga où se trouve leur exploitation minière. Des actions
sont ainsi menées par cette entreprise E2 afin de nouer et de cultiver une relation de confiance
avec la population locale qui a accepté l’exploitation. Comme vu dans la première partie de la
recherche, la RSE périphérique ou annexe sont des actions menées dans le cadre du mécénat ou
du sponsoring. Elle regroupe des actions impliquant plus l’entreprise sans qu’elles ne soient en
relation avec leurs activités, ce qui est le cas de l’entreprise E2 par exemple. Les résultats de la

168
Chapitre 4
L’analyse des pratiques de RSE et de l’outil de reporting sociétal : cas des entreprises à Madagascar

recherche permettent de conclure la présence de RSE périphérique ou annexe pour les deux
mini-cas étudiés.

Ensuite, la RSE intégrée vue dans la partie 1 de la recherche concerne les entreprises qui
prennent en compte les dimensions sociétales dans le tableau de bord de l’entreprise, ce qui est
également le cas des deux mini-cas étudiés (E2 et E24). Les dimensions sociétales sont
intégrées dans le tableau de bord de l’entreprise pour répondre à un besoin de légitimité et de
gestion de l’image, pour accroitre la visibilité, la notoriété et la reconnaissance, pour construire
un avantage concurrentiel par rapport aux entreprises concurrentes et pour améliorer la
performance globale de l’entreprise. De plus, le changement climatique, l’instabilité politique,
la corruption et les fraudes sévissent à Madagascar. Comme le montrent les verbatim suivants,
les deux entreprises intègrent dans leur tableau de bord un système de formation du personnel
permettant de lutter contre la corruption pour l’entreprise E2 et une approche de gestion et de
conservation de la biodiversité pour l’entreprise E24.

« Nous avons commencé à mettre en place une formation à la lutte contre la corruption sur tous
les employés en octobre 2015 et à la fin de cette année, 48% ont terminé la formation, le reste
l'ayant achevé en 2016. Cette formation est maintenant incluse dans le processus d'intégration
des nouveaux employés. Un cours de recyclage sur la politique a été dispensé à 65% de nos
employés en 2016. Au cours des dernières années, nous avons également mis en place un
programme de formation des formateurs pour les fournisseurs afin de mieux faire connaître les
exigences de cette politique de lutte contre la corruption. 274 employés contractuels de plus de
100 entreprises fournisseurs ont reçu une formation sur la lutte contre la corruption et plus de
8 600 employés contractuels ont, ensuite, été formés, à leur tour, par ces nouveaux formateurs »
(corpus interne 1).

« La biodiversité est un terme complexe qui revêt des significations différentes selon les gens.
Pour nous, la biodiversité se réfère à la variété de la vie sur terre, aux différents animaux,
plantes et micro-organismes, à leurs gènes et aux écosystèmes dont ils font partie. De par leurs
impacts sur la biodiversité, les projets d’extraction et de traitement miniers sont potentiellement
« sensibles » au regard des organismes de surveillance, des communautés locales, des
investisseurs, des organisations non gouvernementales (ONG) et des employés. Notre réussite
commerciale à long terme dépend de son aptitude à comprendre ces questions et à les gérer
(…). Depuis le lancement de la stratégie pour la biodiversité nous avons progressé en flèche

169
Partie 2
Processus d’analyse des pratiques de RSE et de l’outil de reporting sociétal

(…) [en mettant en place] une approche de gestion et de conservation de la biodiversité »


(corpus externe 15).

Les résultats de la recherche permettent ainsi de conclure qu’il existe des actions de RSE
menées dans le cadre du greenwashing (RSE cosmétique), du mécénat ou du sponsoring
(RSE périphérique ou annexe) et la prise en compte des dimensions sociétales dans le tableau
de bord pour les deux mini-cas étudiés (RSE intégrée).

Enfin, la revue de littérature effectuée dans la partie 1 de la recherche présente les entreprises
sociales comme celles qui ont pour objectif premier d’apporter des changements sociaux
positifs, plutôt que de générer des gains économiques. Les entreprises sociales se préoccupent
des impacts sociaux et environnementaux des richesses qu’ellent créent. Tandis que l’entreprise
friedmanienne ne pratique pas et ne souhaite pas exercer une quelconque responsabilité sociale
autre que la maximisation des profits. Les résultats de la recherche permettent d’observer que
l’adoption d’une démarche de RSE pour les deux mini-cas étudiés apporte des retombées
économiques positives, mais ils ne permettent pas de conclure que ces deux entreprises peuvent
être qualifiées de sociale. Aussi, les résultats permettent de conclure la présence des pratiques
de RSE « cosmétique », « périphérique ou annexe » et « intégrée ». La forme de RSE BOP ou
entreprise sociale pourra être envisagée pour le long terme si les objectifs stratégiques des deux
entreprises visent à apporter des changements sociaux positifs.

***

Les deux entreprises mènent ainsi diverses actions de RSE permettant de répondre :
- à un objectif de maximisation des profits ;
- à une politique globale d’engagement ;
- aux exigences réglementaires.
De plus, ces actions mises en place leurs permettent :
- de répondre à un besoin de légitimité, d’accroitre la visibilité, la notoriété et la
reconnaissance et de gérer l’image de l’entreprise ;
- de se différencier par rapport aux entreprises concurrentes ;
- d’améliorer la performance globale de l’entreprise ;
- de faire face à l’instabilité politique, à la corruption et aux fraudes ;
- et d’apporter des changements sociaux positifs.

170
Chapitre 4
L’analyse des pratiques de RSE et de l’outil de reporting sociétal : cas des entreprises à Madagascar

Le Schéma 33 présente la phase 2 du modèle permettant d’expliquer les facteurs favorisant


l’adoption de la démarche de RSE pour les deux entreprises du secteur de l’industrie minière à
Madagascar. Cette deuxième phase se réfère aux objectifs stratégiques des entreprises et les
formes de RSE pratiquées. Une boucle de rétroaction peut être constatée lors de cette deuxième
phase car l’adoption d’une démarche de RSE permet de répondre à des objectifs stratégiques,
tout comme ces objectifs stratégiques peuvent influencer les entreprises à pratiquer la RSE.

171
Partie 2
Processus d’analyse des pratiques de RSE et de l’outil de reporting sociétal

Schéma 33 : Les objectifs stratégiques et les formes de RSE des deux entreprises
minières

Source : auteur

172
Partie 2
Processus d’analyse des pratiques de RSE et de l’outil de reporting sociétal

3. Les pratiques RSE des vingt mini-cas

Comme pour les deux mini-cas du secteur de l’industrie minière, diverses raisons peuvent
expliquer les motivations des vingt mini-cas pour adopter la démarche de RSE. Parmi les vingt
mini-cas étudiés, quatre entreprises ont un projet d’investissement soumis à une étude d’impact
(cf. Tableau 39 supra). Les quatre entreprises communiquent beaucoup sur leurs pratiques de
RSE à travers les médias et trois entreprises sur les quatre produisent un outil de reporting
sociétal. Par ailleurs, douze mini-cas sont des entreprises de référence en matière de RSE à
Madagascar (cf. Tableau 41) du fait de leur affiliation à des organisations promouvant la RSE.
Huit entreprises sur les douze sont aussi membres de la plateforme PHSP, or la mise en place
d’actions humanitaires constitue une condition sine qua non pour devenir membre de cette
plateforme. Enfin, cinq entreprises sur les douze participent depuis 2016 au salon RSE et des
Initiatives pour le développement durable.

Tableau 41 : Les entreprises de référence en matière de RSE à Madagascar


Dénomination Permis
Membre Salon Reporting
Code et raison Secteur Activités (EIE)
PHSP RSE sociétal
sociale obligatoire
Production et
commercialisation
d'engrais organiques
E1 Guanomad Agroalimentaire Non Oui Oui Non
utilisables en
agriculture
biologique
Production et
E3 STAR Agroalimentaire distribution de Oui Oui Oui Non
boisson alimentaire
Fabrication et vente
Infrastructures et de ciment et de ses
E5 Lafarge Holcim Oui Non Non Oui
aménagement dérivés en gros et au
détail
SOCOTA : Textile, Mode,
Cotona, CRE, Habillement et
E6 Industrie textile Non Non Non Non
Cottoline, OSO accessoires/élevage
fishing, LGA et pêche
E11 Orange Télécommunication Télécommunication Oui Non Oui Oui
Compostage des
Vohitra Gestion de produits
E12 boues et recyclage Oui Non Oui Oui
environnement et déchets divers
des déchets
Transport et
E13 DHL Service logistique (envoie Non Oui Oui Non
express)
Teneran’ny
Tantsaha
Plantation de
E14 (Groupe Agroalimentaire Non Oui Non Non
palmier
savonnerie
tropicale)
Société
E16 Socolait Agricole Non Oui Non Non
commerciale laitière
E17 Allianz Assurance Assurance Non Oui Non Non
E18 Camusat Service Communication Non Oui Non Oui

173
Partie 2
Processus d’analyse des pratiques de RSE et de l’outil de reporting sociétal

Dénomination Permis
Membre Salon Reporting
Code et raison Secteur Activités (EIE)
PHSP RSE sociétal
sociale obligatoire
E20 Gasy Net Service Communication Non Oui Non Non
TOTAL OUI 4 8 5 4
TOTAL NON 8 4 7 8
TOTAL GENERAL 12 12 12 12
Source : auteur

3. 1. Les facteurs favorisant l’adoption de la démarche de RSE

Comme pour les deux mini-cas du secteur de l’industrie minière, le premier facteur observé
favorisant l’adoption de la démarche de RSE pour les vingt mini-cas se réfère à l’obligation
réglementaire. « À Madagascar, la responsabilité sociale des entreprises fait face à un vide
juridique. Le principe de responsabilité est souvent cité dans les textes de loi mais aucun n'est
exclusivement dédié à la RSE » (Allafrica, 2012). Comme vu supra, il existe des textes de loi
et des dispositions gouvernementales recommandant la prise en compte des risques engendrés
par l’activité de l’entreprise et des catastrophes. Quatre mini-cas sur les vingt étudiés ont un
projet d’investissement soumis à une étude d’impact environnemental et les vingt mini-cas sont
concernés par les textes de loi et les dispositions gouvernementales relatifs à la prise en compte
des risques des catastrophes.

Le cadre réglementaire relatif au décret MECIE constitue un stimulus majeur déclenchant


l’adoption de la démarche de RSE pour quatre mini-cas parmi les vingt (20%) et les dispositions
gouvernementales relatives à la prise en compte des risques des catastrophes constituent des
stimuli majeurs pour l’ensemble des vingt mini-cas.

Le deuxième facteur observé pour les vingt mini-cas étudiés se réfère à l’influence des facteurs
institutionnels.

Comme vu supra, les facteurs institutionnels mettent en jeu les trois mécanismes principaux de
l’isomorphisme. L’isomorphisme coercitif par référence aux dispositions gouvernementales
pour prevenir ou pour limiter l’impact des catastrophes (cf. Encadré 8), est observé chez les
vingt mini-cas. Par exemple, durant la saison agricole de 2012-2013, une grande invasion
acridienne a touché plus de 50% de Madagascar, détruisant environ 60% de la récolte de riz
(Banque mondiale, 2014). Ces phénomènes influencent les activités des entreprises notamment
celles en lien avec l’agriculture, les infrastructures, la biodiversité, la santé publique et le
tourisme. Sept entreprises parmi les vingt étudiés (35% environ) sont les plus en danger par

174
Chapitre 4
L’analyse des pratiques de RSE et de l’outil de reporting sociétal : cas des entreprises à Madagascar

rapport à ces catastrophes naturelles même si les vingt entreprises sont tout autant concernées
par les dispositions gouvernementales de prendre en compte les risques des catastrophes.

Encadré 8 : Renforcement de la préparation en prévention des catastrophes

Face aux cyclones et aux inondations récurrents, le gouvernement Malgache a amorcé le processus
d’élaboration des outils de programmation et d’opérationnalisation puis de mise en place des
mécanismes permettant de pouvoir intervenir plus efficacement à tous les niveaux. Avec l’appui des
partenaires techniques financiers (PTF), notamment de la banque mondiale dans le cadre du « projet
d’urgence de préservation des Infrastructures et de réduction de la vulnérabilité » et du programme
des nations unies pour le développement (PNUD) dans le cadre du « programme d’appui au
renforcement des capacités des institutions nationales en charge de la réduction des risques des
catastrophes et renforcement de la résilience des communautés à la base », l’Etat Malgache a élaboré
le plan d’organisation des secours (plan ORSEC). Ce mécanisme de coordination des opérations de
secours permet de gérer les urgences liées aux catastrophes. Le plan constitue le cadre national de
gestion des situations d’urgence et permet de mobiliser des ressources exceptionnelles pour faire face
à une catastrophe. Ce plan comprend deux leviers :
o Le plan national de contingence (PNC), utilisé pour analyser l’impact de crises potentielles
et s’assurer que les dispositions prises permettent de répondre rapidement et efficacement
aux besoins des populations touchées. Le gouvernement Malgache, tire leçon des expériences
des différentes situations d’urgence qui ont marqué le pays (cyclones et inondations), et
conscient de la nécessité d’améliorer les capacités nationales de préparation et de réponse, il
met en place avec l’appui des partenaires techniques financiers (PTF) les mécanismes de
décision, de coordination, d’action et de gestion des fonds et dons pour minimiser les
conséquences des catastrophes sur les populations. L’objectif du plan national de contingence
(PNC) est de clarifier les relations et les responsabilités entre les différents services
techniques de l’Etat et des partenaires humanitaires, d’identifier et de diminuer les risques les
plus probables, d’offrir un cadre général de planification conjointe couvrant les risques
d’urgence, d’intégrer le processus de prévention, de préparation et de réponse aux urgences
dans les plans et programmes nationaux de développement et de réduire les délais
d’intervention et le nombre de perte en vies humaines.
o La stratégie régionale Africaine de réduction des risques des catastrophes. Les buts visés par
la stratégie sont d’assurer un engagement politique accru envers la réduction des risques des
catastrophes de part une meilleure gestion des connaissances et une prise de conscience
accrue de la réduction des risques des catastrophes au sein de la population. Les appuis
apportés à Madagascar dans le cadre de la réduction des risques des catastrophes sont
multiformes, notamment la mobilisation de ressources, la préparation et la réponse aux
catastrophes, le relèvement, les ateliers de renforcement des capacités des acteurs, la
fourniture de vivres et non vivres, les dotations en matériels roulants et en équipements de
secours, le financement du projet de gestion. Néanmoins, en raison du faible niveau de
mobilisation des ressources financières comparativement aux besoins, plus de 75% des
actions prévues n’étaient pas réalisées.

Source : corpus externe 7

Comme le montre les verbatim suivants, les entreprises sont tout autant victimes que la
population et l’Etat, des dégâts engendrés par ces catastrophes naturelles.

« L’initiative [d’adopter une démarche de RSE] c’était par rapport à la gestion des risques des
catastrophes, c’est-à-dire que quand on est à Madagascar, on a la chance de ne pas avoir de

175
Partie 2
Processus d’analyse des pratiques de RSE et de l’outil de reporting sociétal

guerre etc., nous ce qui nous mine c’est les cyclones, inondations, sécheresse, etc., un sujet qui
est un peu récurrent on va dire sur les phénomènes violents, cyclones et inondations » (R3D2).

« Les entreprises, elles sont là, elles sont directement impactées [par les catastrophes] (…),
parce que quand il y a un cyclone quelque part, forcément, il faut qu’il y a une continuité des
activités, les collaborateurs de l’entreprise ils sont touchés etc. » (R7D6).

« La PSHP agit en étroite collaboration avec le Gouvernement et les acteurs humanitaires


traditionnels dans une approche par groupe sectoriel ou cluster conformément à l’organisation
de la Gestion des Risques et Catastrophes à Madagascar. Au niveau opérationnel, les
entreprises groupées par cluster au niveau de la PSHP travaillent en étroite collaboration avec
les clusters humanitaires du niveau national et du niveau décentralisé. Ce qui se traduit par
l’unicité et la mise en œuvre conjointe des activités de planification dans les domaines de
catastrophes naturelles » (corpus externe 10).

Ainsi, il existe des facteurs coercitifs favorisant l’adoption de la démarche de RSE en lien avec
les dispositions gouvernementales pour prévenir ou pour limiter l’impact des catastrophes.

De plus, comme vu supra, Madagascar est fortement marqué par l’instabilité politique, la
corruption et les fraudes. En 2013, la dégradation constante de la gouvernance étatique a amené
Madagascar à être classé comme un « Etat fragile ». Les indicateurs mondiaux de gouvernance
mettent en évidence l’augmentation de l’instabilité politique et de la violence depuis 2007
(corpus externe 1). Le principe n°10 du pacte mondial des Nations Unies (cf. Tableau 39 supra)
invite les entreprises « à lutter contre la corruption sous toutes ses formes, y compris l’extorsion
de fonds et les pots-de-vin » (corpus externe 4). Néanmoins, des études effectuées par
Transparency International entre 2008 et 2018, montrent que le classement de Madagascar sur
l’index de perception de la corruption a retrogradé passant de la 85ème sur 180 pays en 2008, à
la 127ème sur 177 pays en 2013 et à la 152ème sur 180 pays en 2018 (corpus externe 43 et corpus
externe 44). Ainsi, la corruption reste encore très présente à Madagascar et constitue un obstacle
important au développement des entreprises comme le montre les verbatim suivants.

« L’instabilité politique, la corruption et les fraudes font partie des plus importants obstacles
au développement des entreprises du secteur privé » (R3D2).

« Depuis le début de la crise économique et politique en 2009, le secteur malgache des PME
souffre et près de 200 000 emplois formels ont disparu. Le pays met en œuvre une série
d'initiatives pour améliorer le climat des affaires et renforcer le secteur des PME afin de faire

176
Chapitre 4
L’analyse des pratiques de RSE et de l’outil de reporting sociétal : cas des entreprises à Madagascar

face à cette situation. L'un des domaines d'intervention est l'amélioration de l'accès au
financement » (corpus externe 46).

« À Madagascar 30,2% des entreprises interrogées par la banque mondiale ont reconnu la
corruption comme une contrainte dans leur activité et 46% des (…) [chefs d’entreprise]
admettent recourir à la corruption pour une demande de licence d’activité contre 19,4% en
Afrique sub-saharienne. C’est une situation, qui impacte sans aucun doute le climat des affaires
et le développement du secteur privé (…). Les risques économiques tels que la corruption au
niveau de l’administration ou lors de passations des marchés publics coûtent chers à
l’entreprise. » (corpus externe 26).

Il existe également des facteurs coercitifs faisant référence à l’influence des dispositions
gouvernementales pour prévenir ou pour limiter la corruption et les fraudes favorisant
l’adoption de la démarche de RSE pour les vingt mini-cas étudiés.

Cinq entreprises (E3, E4, E8, E18, E19) sur les vingt étudiées (25%) réalisent une démarche de
RSE sous l’influence des parties prenantes comme le montrent les verbatim suivants. De plus,
l’adoption d’une démarche de RSE constitue une opportunité stratégique pour les vingt
entreprises leur permettant de cultiver et de nouer une relation de confiance avec les
investisseurs.

« Les investisseurs étrangers et nationaux suivent et fondent leur décision d’investir sur le
respect de l'Etat de droit par les gouvernements ainsi que sur la qualité et la cohérence de la
gouvernance » (corpus externe 1).

« La vision économique et l’innovation dont a fait preuve [le dirigeant de l’entreprise E1], lui
ont permis de recevoir des fonds d’investissement sud-africain dans son capital à hauteur de
40%. Sa société est devenue une référence sur le plan international et [l’entreprise est
considérée comme] l’Ambassadeur économique de Madagascar à l’étranger, via son produit
100% biologique » (corpus externe 45).

« La bonne gouvernance permet au pays de tirer le meilleur parti des ressources disponibles.
Elle inspire aussi la confiance chez les investisseurs, ce qui stimulera de meilleurs rendements
pour les ressources disponibles. Et surtout, la bonne gouvernance est de nature à contrecarrer
les tendances historiques de Madagascar selon lesquelles la prospérité croissante déclenche
des crises » (corpus externe 8).

177
Partie 2
Processus d’analyse des pratiques de RSE et de l’outil de reporting sociétal

« Nous sommes attachés à construire une offre immobilière industrielle et professionnelle de


premier plan à Madagascar. Dans un pays où la demande immobilière est forte mais où l’offre
demeure en deçà des attentes. Nous contribuons ainsi au développement des entreprises
malgaches, à l’attractivité de la région vis-à-vis des investisseurs étrangers »
(corpus interne 5).

Les résultats de la recherche permettent ainsi de conclure que l’influence des investisseurs
constituent un facteur favorisant l’adoption de la démarche de RSE pour les vingt mini-cas
étudiés.

L’influence des clients et des marchés intérnationaux est également observée auprès de huit
entreprises (E1, E5, E6, E8, E10, E14, E16, E18) sur les vingt étudiées (40%). Comme relève
Harison (2013) « pour conquérir de nouveaux marchés, l’entreprise doit créer une nouvelle
proposition de valeur au lieu de se contenter d’adapter un produit existant ». Ainsi, les
démarches qualité apportent des garanties supplémentaires pour l’accès à des marchés
internationaux et les entreprises suivent les normes professionnelles en matière de RSE telles
que l’ISO9000, l’ISO14000 et l’ISO26000 et la certification Ecocert24. Parmi les huit mini-cas
ayant mis en place des initiatives volontaires, trois entreprises (E5, E8, E18) détiennent un
certificat ISO9001, une entreprise (E1) détient un certificat ISO14001 et trois entreprises
(E1, E6, E14) ont une certification Ecocert. La certification Ecocert couvre essentiellement :
l’agriculture, le cosmétique, le textile, l’équitable, l’écoproduit, la qualité en matière de sécurité,
les territoires et le système de management. En plus du certificat Ecocert, l’entreprise E6 a une
certification Ami des enfants délivrée par le Fonds des Nations unies pour l’enfance souvent
désigné par l’acronyme Unicef.

Ecocert, Ami des enfants ou ISO9001 permet à six entreprises sur les huit (75%) d’avoir un
avantage concurentiel par rapport aux entreprises concurrentes et d’investir sur des marchés
internationaux. La certification leur permet de nouer une relation de confiance avec les clients
et de gagner et maintenir des marchés internationaux. Ces résultats sont corroborés par les
verbatim suivants.

24
Ecocert est un organisme de contrôle et de certification français créé en 1991 (Ecocert, sd.)

178
Chapitre 4
L’analyse des pratiques de RSE et de l’outil de reporting sociétal : cas des entreprises à Madagascar

« Nos produits sont déjà exportés dans plusieurs pays comme au Canada, en Europe et en
Afrique. Nous sommes actuellement à la conquête du marché américain et celui de l’Afrique de
l’Est » (R1D1).

« La certification qualité [ISO9001] est mondialement reconnue et permet à [l’entreprise E8]


de prouver à ses clients et partenaires l’aboutissement des efforts menés pour conduire la
démarche d’amélioration continue au sein de l’entreprise. Obtenir la certification ISO 9001,
c’est obtenir la reconnaissance d’un système de management de qualité qui [nous] valorise (…)
comme entreprise responsable, efficace, transparente et impliquée » (site internet de
l’entreprise E8).

« Madagascar promeut le commerce équitable, responsable et biologique car elle a un potentiel


considérable pour le développement durable et la RSE au niveau international, par les échanges
commerciaux. Cette démarche est un outil de développement du commerce. Les clients à
l’international sont soucieux de l’éco responsabilité des produits importés (impact du produit
sur la population locale, environnement). Le défi de Madagascar est de savoir comment aboutir
à une production durable et responsable : tout d’abord en identifiant les filières et en mettant
en place des plans d’actions pour les relancer de manière durable (café, cacao) »
(corpus externe 26).

L’influence des clients et des marchés internationaux peut amener les huit entreprises parmi les
vingt étudiées (40%) à adopter une démarche de RSE. Ainsi, le besoin de nouer une relation de
confiance avec les clients, de gagner et de maintenir les marchés internationaux peut être
considéré comme un facteur favorisant l’adoption d’une démarche de RSE pour huit mini-cas.

La mise en place des actions sociales et sociétales constitue un exemple permettant de donner
envie de partager et de comparer pour les entreprises du même secteur comme le montre les
vebatim suivants :

« La raison pour laquelle les gens s’engouffrent dans une démarche de RSE est purement des
phénomènes de mode, car quand on parle de RSE, on est encore dans la démonstration, nous
on fait ça, nous on fait ceci » (R6D5).

« Les autres entreprises quand ils voient nos actions sociales et sociétales, ça leur donne envie
de partager et de comparer (…) parce que ça permet (…) d’en donner d’exemple aux autres
entreprises extracteurs de ressource naturelle » (E1E1).

179
Partie 2
Processus d’analyse des pratiques de RSE et de l’outil de reporting sociétal

Ainsi, même si deux personnes uniquement ont évoqué la notion de phénomènes de mode, ils
peuvent être considérés comme un facteur favorisant l’adoption de la démarche de RSE. En
effet, l’adoption d’une démarche de RSE peut être influencée par des pratiques jugées comme
bonnes pour la réputation, pour la gestion de l’image et de la crédibilité de l’entreprise. D’une
manière générale, les entreprises ont tendance à imiter ou à copier celles qui sont considérées
comme ayant réussi sur le marché. En ce sens, l’isomorphisme mimétique faisant référence à
du greenwashing peut être observé.

L’inscription sur le long terme des activités des entreprises les amenent également à avoir une
gestion durable des ressources. Naturellement, on peut penser par gestion durable des
ressources à celles liées à la gestion des matières premières. Toutefois, une des personnes
interwievées a aussi relevé la nécessité de se préoccuper des ressources humaines et pas
seulement des personnes déjà en poste mais également des futurs employés en contribuant à la
mise en place de programmes éducatifs de qualité comme le montre le verbatim suivant :

« C’est une grande nécessité maintenant pour être durable, car une entreprise qui ne fait pas
de RSE ne sera jamais durable (…). Les enfants d’aujourd’hui sont les employés et les
employeurs dans 20 ans, s’ils sont malnutris, ils ne vont pas avoir ni la capacité physique, ni la
capacité intellectuelle d’être un bon employeur ou un bon employé, car 80% des capacités
intellectuelles et physiques se développent pendant l’enfance. Donc, dès maintenant, il faut
penser à zéro faim, ça c’est pour Madagascar, il faut penser à nourrir les enfants, car ils sont
les futurs entreprises et les entreprises ce n’est pas seulement question de cinq, dix, quinze ans »
(R6D5).

Pour assurer la durabilité de la gestion des ressources humaines, certaines entreprises mettent
en place des actions RSE comme la distribution de nourriture, de vêtements et de produits
laitiers. Par exemple, l’entreprise E13 récupère les surplus de nourriture des hôtels et
supermarchés. Elle les distribue aux orphelinats à travers le projet « Mizara Sakafo25 ». Un
projet ayant pour but de réduire le gaspillage alimentaire en donnant gratuitement les surplus
récupérés aux personnes qui en ont besoin (site internet de l’entreprise). Ensuite, l’entreprise
E1 distribue des petits déjeuners et approvisionne les goûters des enfants des écoles primaires
publiques à Antananarivo. De plus, elle contribue à la promotion des cantines scolaires en

25
« Mizara sakafo » est une traduction Malgache du fait de distribuer de la nourriture.

180
Chapitre 4
L’analyse des pratiques de RSE et de l’outil de reporting sociétal : cas des entreprises à Madagascar

partenariat avec une ONG à Toliara26 et l’association AKAMA27 (site internet de l’entreprise ;
entretien semi-directif E1E1 ; corpus externe 45).

Ainsi, la nécessité de se préoccuper des ressources humaines au sens large et donc des futurs
employés peut constituer un élément favorisant l’adoption d’une démarche de RSE surtout dans
les pays pauvres tels que Madagascar. Les actions RSE menées se manifestent par la mise en
place de programmes éducatifs de qualité et en offrant une meilleure santé, une meilleure
assistance médicale et une meilleure vie aux enfants car ils représentent la source de
développement du pays.

Onze entreprises sur les vingt étudiées (55%) sont membres de la plateforme PHSP or la mise
en place des actions humanitaires est une condition sine qua non pour l’adhésion à cette
plateforme. Cependant, ce n’est pas parce que ces onze entreprises sont membres d’une
association humanitaire qu’elles sont socialement responsables. En effet, l’adhésion à des
associations humanitaires peut aussi être influencée par des phénomènes de mode ou par des
pratiques jugées comme bonnes pour la réputation, la gestion de l’image et de la crédibilité de
l’entreprise ; tout comme elle peut être rattachée à la volonté de l’entreprise d’intégrer la
démarche comme une norme professionnelle. Le niveau d’implication, d’intégration ou de
responsabilité de chacune de ces onze entreprises membres de la PHSP n’a pas pu faire l’objet
de vérification dans le cadre de cette recherche. Néanmoins, même si les entreprises adhèrent à
des associations professionnelles dans le but d’entretenir la réputation, la gestion de l’image et
de la crédibité, elles soient aussi des actions permettant de lutter contre l’insécurité alimentaire,
de développer les emplois et de protéger l’environnement comme le montre le verbatim
suivant :

« À travers nos produits, on développe l’agriculture, donc en développant l’agriculture, on


lutte vraiment contre l’insécurité alimentaire. Deuxièmement, signe de développement de
l’agriculture biologique puisque c’est un produit Bio, et donc à travers ça, je défends les idées
et les savoirs que ça protège le sol, que ça améliore la qualité du sol, que c’est bien pour la

26
Toliara appelée Tuléar en français est le chef-lieu de la région du sud-Ouest de Madagascar.

27
ACIM une association née en 1982 est devenue association « karana » Malagasy (AKAMA) en 2001, devenue
par la suite association des amis de Madagascar en 2012 est une association conduisant ses membres à réaliser des
œuvres sociales, humanitaires et médicales. Offrir une meilleure santé, une vie meilleure aux enfants et une
assistance médicale régulière étant l’objectif principale de l’association AKAMA. L’association vise à réaliser les
rêves de ces enfants et diminuer l’inquiétude des parents car ils sont la source du développement du pays
(AKAMA, sd.).

181
Partie 2
Processus d’analyse des pratiques de RSE et de l’outil de reporting sociétal

faune, pour la flore. Troisièmement également, c’est le développement rural. Toutes les zones
un peu enclavées deviennent des zones désenclavées puisque je crée des pistes, je crée de
l’emploi, puisque tous ceux qui travaillent aujourd’hui dans les grottes sont des saisonniers. Et
en même temps on verse également des ristournes aux communes, aux « Fokontany28 » et à la
région. Et enfin, quatrième point, c’est la protection de l’environnement parce qu’aujourd’hui,
ce qui dit bio aujourd’hui dit protection à l’environnement. [De plus], investir économiquement
ne suffit pas, mais il faut savoir partager au travers des actions sociales, surtout pour un pays
en voie de développement » (R2D1).

Ainsi, la présence d’associations professionnelles promouvant la RSE et le développement


durable peut constituer pour les onze entreprises un facteur influençant positivement l’adoption
de la démarche de RSE.

Les actions RSE peuvent également être rattachées à la prise en compte des aspects liés à
l’éthique et à la morale. Elles sont alors influencées par la culture d’entreprise ou la conviction
et les valeurs personnelles du dirigeant. Comme c’est le cas pour l’entreprise E1 (PME) et
l’entreprise E9 (jeune entrepreneur malgache). Comme le montre les verbatim suivants, un
dirigeant plus sensible à la pauvreté qui sévit à Madagascar influence ses collaborateurs à
adopter une démarche de RSE.

« Madagascar est riche, mais les malgaches sont appauvris (…) et le développement de
l’agriculture constitue le facteur-clé pour faire sortir Madagascar de la pauvreté (…). Ce qui
prime pour nous, ce sont les actions et non la communication » (R2D1).

« C’est un directeur général jeune, entre 35 et 40 ans, il a une vision (…) , c’est un gars qui
vient d’une famille modeste et qui profite de l’ascenseur social, il est balèze, il est fort, mais du
coup, il avait envie de rendre à la société ce que la société lui avait donné » (R8C2).

La prise en compte des aspects liés à l’éthique et à la morale, faisant référence à la culture
d’entreprise, à la conviction et aux valeurs personnelles du dirigeant peut constituer également
un facteur favorisant l’adoption de la démarche de RSE pour deux entreprises (10%) sur les
vingt étudiées.

28
Le concept de « Fokontany » désigne une entité administrative régissant un ensemble de communes et appliquant
la réglementation en vigueur sur ces territoires (Gaudieux et Ramiaramanana, 2013).

182
Chapitre 4
L’analyse des pratiques de RSE et de l’outil de reporting sociétal : cas des entreprises à Madagascar

***

Les verbatim recueillis des vingt mini-cas permettent de conclure que même en l’absence de
cadre réglementaire dédié à la RSE, il existe des textes législatifs et réglementaires qui sont des
stimuli majeurs déclenchant l’adoption de la démarche de RSE. Ensuite, les facteurs coercitifs
favorisent également l’adoption d’une démarche de RSE et sont reliés aux dispositions
gouvernementales pour prévenir ou pour limiter l’impact des catastrophes, de la corruption et
des fraudes voire contribuer à la réputation des entreprises.

Parallèlement, treize entreprises sur les vingt étudiées (65%) incluent les parties prenantes à la
démarche de RSE et leurs actions de RSE influencées par les investisseurs, les clients et les
marchés internationaux et par la nécessité de se préoccuper des ressources humaines. De plus,
ces actions de RSE peuvent être motivées par la prise en compte des aspects liés à l’éthique et
à la morale (deux entreprises parmi les vingt étudiées ; 10%). Ensuite, onze entreprises sur les
vingt (55%) sont membres de l’association PHSP mais leur adhésion à l’association peut être
rattachée aussi bien à des phénomènes de mode, qu’à la volonté d’intégrer la démarche à la
stratégie de l’entreprise ou pour être conforme à la culture d’entreprise et aux valeurs
personnelles du dirigeant. Ainsi, les facteurs institutionnels font référence soit à l’isomorphisme
mimétique, c’est-à-dire d’imiter et de copier les pratiques jugées comme bonnes pour la
réputation, pour la gestion de l’image et de la crédibilité de l’entreprise, ou de l’isomorphisme
normatif, c’est-à-dire d’intégrer les pratiques comme une norme professionnelle en cours de
l’exploitation. Enfin, les initiatives volontaires permettent d’atteindre des objectifs stratégiques
précis comme la gestion de la confiance des parties prenantes telles que les investisseurs, les
clients et les marchés internationaux.

Le Schéma 34 présente les stimuli comme éléments déclencheurs (Phase 0 du modèle)


favorisant l’adoption d’une démarche de RSE pour les vingt mini-cas étudiés. Ensuite, les
facteurs institutionnels composés de l’isomorphisme coercitif, mimétique et normatif sont
influencés par les différents stimuli et favorisent l’adoption d’une démarche de RSE. Cette
phase d’adoption de la démarche de RSE constitue la Phase 1 du modèle. Une boucle de
retroaction peut être observée lors de cette phase d’adoption car la mise en place d’actions RSE
permet de répondre à des besoins liés à :

183
Partie 2
Processus d’analyse des pratiques de RSE et de l’outil de reporting sociétal

- la pression exercée par les dispositions gouvernementales pour prévenir ou pour


limiter l’impact des catastrophes et pour prendre en compte les conséquences
de l’instabilité politique, de la corruption et des fraudes ;
- la gestion de la confiance des investisseurs, des clients et au besoin d’investir sur
des marchés internationaux ;
- la nécessité de se préoccuper des ressources humaines et pas seulement des
personnes déjà en poste mais également des futurs employés ;
- l’influence des phénomènes de mode ou à la volonté d’intégrer la démarche comme
une norme professionnelle visant à entretenir la réputation, la gestion de l’image et
de la crédibilité de l’entreprise ;
- et à la prise en compte des aspects liés à l’éthique et à la morale faisant référence à
la culture d’entreprise ou à la conviction et aux valeurs personnelles du dirigeant.

184
Chapitre 4
L’analyse des pratiques de RSE et de l’outil de reporting sociétal : cas des entreprises à Madagascar

Schéma 34 : Les facteurs favorisant l’adoption de la démarche de RSE, vingt mini-cas

Source : auteur

185
Partie 2
Processus d’analyse des pratiques de RSE et de l’outil de reporting sociétal

3. 2. Les objectifs stratégiques et les formes de RSE pratiquées

Les actions RSE mises en place par les entreprises dépendent de leurs objectifs stratégiques. La
recherche permet d’observer qu’il existe des entreprises menant des actions dans le cadre du
greenwashing, c’est-à-dire réalisant de simples actions pour satisfaire les obligations
réglementaires (par exemple les entreprises qui sont contraintes d’adopter une démarche de
RSE dans le but de gagner la confiance de la population et l’Etat) ou dans le but de suivre les
pratiques jugées comme bonne pour la réputation et l’image (pour le benchmarking). En ce
sens, la forme de RSE cosmétique est observée. A contrario, il existe des entreprises qui
intègrent les parties prenantes telles que les investisseurs, les clients, les marchés internationaux
et les ressources humaines dans la démarche de RSE et des entreprises qui prennent en compte
les aspects liés à l’éthique et à la morale. Elles incorporent de ce fait les dimensions sociales et
environnementales dans leur tableau de bord ou mettent en place des actions dans le cadre du
mécénat ou du sponsoring, ce qui permet de constater la présence de RSE intégrée et
périphérique. Ainsi, les actions RSE menées par les entreprises peuvent être influencées soit
par les obligations réglementaires, soit par des phénomènes de mode, soit par la volonté de
l’intégrer comme une norme professionnelle sous l’influence de la culture d’entreprise, de la
conviction et des valeurs personnelles du dirigeant.

Pour répondre aux objectifs stratégiques, un éventail d’activités dans le cadre de leur
programme de RSE est développé par certaines entreprises. L’entreprise E1, une PME
spécialisée dans la production et la commercialisation des engrais organiques utilisables en
agriculture biologique à travers la fiente de chauve-souris propose par exemple des solutions
permettant aux agriculteurs malgaches d’avoir des produits bio comme le montre le verbatim
suivant :

« Plus de 60% du territoire malgache correspond à des terres cultivables, parmi lesquelles,
l’engrais biologique novateur [du dirigeant de l’entreprise E1], qui a créé un produit 100% bio
à partir des déjections de chauves-souris » (corpus externe 45).

« Nous sommes maintenant le porte-fanion de la filière bio et de l’agriculture à Madagascar »


(R1D1).

186
Chapitre 4
L’analyse des pratiques de RSE et de l’outil de reporting sociétal : cas des entreprises à Madagascar

L’entreprise E4, une institution financière qui aide les petites et moyennes entreprises à trouver
des financements et à se porter caution propose des solutions de financement et des garanties
aux entrepreneurs pour le démarrage rapide de leurs projets d’investissement. Elle participe à
la construction d’un futur pérenne des entreprises tout en garantissant la stabilité de l’institution
et la productivité en toute sécurité.

« On apporte [plusieurs formes] de soutien [pour] les petites et moyennes entreprises (PME) à
Madagascar en leur apportant des garanties et en facilitant leur accès au financement » (E5E4).

De plus, cette entreprise E4 veille à promouvoir l’égalité des genres en encourageant les
femmes entrepreneures dans leur démarche d’investissement.

« Parmi nos clients, environ 40% des entrepreneurs sont des femmes » (site internet de
l’entreprise ; E5E4).

L’entreprise E8, une PME qui fournit des solutions techniques, adaptées aux besoins en énergie
de ses clients, couvrant les prestations d’étude, de réalisation ou d’exploitation des systèmes
énergies propose des solutions pour une alimentation en énergies renouvelables : solaire, éolien,
solutions hybrides, hydroélectricité.

« Nous participons activement au développement durable de Madagascar, en facilitant l'accès


de la population malgache à l'énergie électrique » (site internet de l’entreprise).

Enfin, l’entreprise E12, une PME spécialisée dans le traitement des déchets fournit aux
industries un service adapté au traitement des déchets industriels, elle composte des boues
obtenues par la fermentation des déchets. Elle a pour volonté d’atténuer le changement
climatique et de favoriser la création d’emplois verts et le développement de l’économie
circulaire comme le montre le verbatim suivant :

« Notre vision est d’être un partenaire idéal pour votre atténuation au changement climatique,
tout en favorisant la création d’emplois verts et le développement de l’économie circulaire dans
les services de traitement de déchets » (site internet de l’entreprise).

Comme vu dans la partie 1 de la recherche, la RSE intégrée concerne les entreprises qui mènent
des actions en relation avec les activités de l’entreprise, c’est-à-dire des actions proches du
métier, ce qui est le cas des quatre mini-cas (E1, E4, E8 et E12 ; 20%) synthétisé par le Tableau
42.

187
Partie 2
Processus d’analyse des pratiques de RSE et de l’outil de reporting sociétal

Tableau 42 : Exemple de forme de RSE intégrée à Madagascar


Entreprise
Actions menées dans le cadre de la RSE Métier de l’entreprise
concernée
Produire et commercialiser des
- Mise en place de solutions permettant aux
engrais organiques utilisables en
agriculteurs malgaches d’avoir des produits E1
agriculture biologique à travers la
bio.
fiente de chauve-souris.
- Mise en place de solutions de financement
et de garanties aux entrepreneurs pour le
démarrage rapide de leurs projets
d’investissement ; Apporter une garantie
- Participation à la construction d’un futur complémentaire (caution morale et
pérenne des entreprises tout en garantissant financière avec appui technique) aux E4
la stabilité de l’institution et la productivité PME désirant accéder à des
en toute sécurité ; financements.
- Promouvoir l’égalité des genres en
encourageant les femmes entrepreneures
dans leur démarche d’investissement.
Fournir des solutions techniques,
- Proposition de solutions pour une
adaptées aux besoins en énergie de
alimentation en énergies renouvelables :
ses clients, couvrant les prestations E8
solaire, éolien, solutions hybrides,
d’étude, de réalisation ou
hydroélectricité.
d’exploitation des systèmes énergies.
Traitement de déchets industriels et
- Mise en place de solutions permettant
compostage des boues obtenues par E12
d’atténuer le changement climatique.
la fermentation des déchets.
Source : auteur

Ainsi, quatre entreprises parmi les vingt étudiées (20%) mettent en pratique des actions dans le
cadre de la RSE intégrée.

Par ailleurs, six entreprises développent diverses actions dans le cadre du mécénat ou du
sponsoring. Comme vu supra, l’entreprise E1 distribue des petits déjeuners et approvisionne
les goûters des enfants des écoles primaires publiques à Antananarivo. Elle contribue à la
promotion des cantines scolaires en partenariat avec une ONG à Toliara29 et l’association
AKAMA (site internet de l’entreprise ; E1E1 ; corpus externe 45). Les entreprises E3, E11, E22
et E23 financent divers projets académiques (site internet des entreprises). L’entreprise E23 a
construit cent écoles primaires publiques en deux ans (site internet de l’entreprise ; R6D5).
Enfin, l’entreprise E13 distribue de la nourriture aux orphelinats (site internet de l’entreprise).

29
Toliara appelée Tuléar en français est le chef-lieu de la région du Sud-Ouest de Madagascar.

188
Chapitre 4
L’analyse des pratiques de RSE et de l’outil de reporting sociétal : cas des entreprises à Madagascar

Ainsi, six mini-cas parmi les vingt étudiés (30%) mettent en place des actions dans le cadre de
la RSE périphérique ou annexe.

En conclusion, les résultats de la recherche permettent de démontrer que les vingt mini-cas ne
sont pas des entreprises friedmaniennes, c’est-à-dire ayant adopté une démarche de RSE avec
pour seul objectif la maximisation des profits. L’intégration des parties prenantes (investisseurs,
clients, marchés internationaux, associations professionnelles humanitaires etc.) et la prise en
compte des aspects liés à l’éthique et à la morale (culture d’entreprise, conviction et valeurs
personnelles du dirigeant) sont observées remettant en cause une vision purement financière.
Pourtant, les résultats de la recherche ne permettent pas de conclure que les vingt mini-cas
étudiés peuvent être qualifiés d’entreprise sociale même si des actions de RSE sont mises en
place afin d’apporter des changements sociaux positifs (mise en place de programme éducatifs
de qualité et en offrant une meilleure santé, une meilleure assistance médicale et une meilleure
vie aux enfants ; l’adhésion à des associations professionnelles comme la PHSP et l’association
ADDEV).

Les actions RSE mises en place relèvent donc de pratiques de RSE cosmétique (greenwashing
et des phénomènes de mode), de RSE périphérique ou annexe pour six mini-cas parmi les vingt
étudiés (30%) et de RSE intégrée pour quatre mini-cas parmi les vingt étudiés (20%). La forme
de RSE BOP (Bottom Of the Pyramid) ou entreprise sociale pourra être envisagée sur le long
terme si les objectifs stratégiques des vingt entreprises visent à apporter des changements
sociaux positifs, plutôt que la maximisation des profits.

Les verbatim recueillis auprès des vingt mini-cas permettent également de conclure que les
objectifs stratégiques des entreprises influençent positivement l’adoption de la démarche de
RSE. Les vingt mini-cas mènent diverses actions de RSE permettant de répondre :
- aux exigences réglementaires ;
- à des phénomènes de mode ;
- à l’influence des investisseurs, des clients et des marchés internationaux ;
- à la nécessité de se préoccuper des ressources humaines et pas seulement des
personnes déjà en poste mais également des futurs employés ;
- à une politique globale d’engagement de l’entreprise ;
- à la prise en compte des aspects liés à l’éthique et à la morale faisant référence à la
culture d’entreprise ou la conviction et aux valeurs personnelles du dirigeant.

189
Partie 2
Processus d’analyse des pratiques de RSE et de l’outil de reporting sociétal

De plus, ces actions mises en place leurs permettent :


- d’entretenir la réputation et de gérer l’image et la crédibilité de l’entreprise ;
- de se différencier par rapport aux entreprises concurrentes ;
- d’améliorer la performance globale de l’entreprise ;
- et de faire face au changement climatique, à l’instabilité politique, à la corruption et
aux fraudes.

Le Schéma 35 présente la phase 2 du modèle permettant d’expliquer les facteurs favorisant


l’adoption de la démarche de RSE pour les vingt entreprises étudiées. Cette deuxième phase se
réfère aux objectifs stratégiques des entreprises et les formes de RSE pratiquées. Une boucle de
rétroaction peut être constatée lors de cette deuxième phase car l’adoption d’une démarche de
RSE permet de répondre à des objectifs stratégiques, tout comme ces objectifs stratégiques
peuvent influencer positivement les entreprises à pratiquer la RSE.

190
Chapitre 4
L’analyse des pratiques de RSE et de l’outil de reporting sociétal : cas des entreprises à Madagascar

Schéma 35 : Les objectifs stratégiques et les formes de RSE pratiquées, vingt mini-cas

Source : auteur

191
Chapitre 4
L’analyse des pratiques de RSE et de l’outil de reporting sociétal : cas des entreprises à Madagascar

Section 2. Analyse de l’outil de reporting sociétal

La section 1 du chapitre 4 a permis de présenter les facteurs favorisant l’adoption de la


démarche de RSE pour 22 mini-cas d’entreprises à Madagascar. Elle a permis de valider les
trois premières phases du modèle servant de cadre conceptuel à notre étude à travers les
verbatim recueillis auprès des 22 mini-cas. Elle a permis en particulier d’observer la présence
de facteurs spécifiques à Madagascar : instabilité politique, corruption, fraudes et pauvreté.

La section 2 a pour objectif d’analyser le reporting sociétal comme outil de gestion de la RSE
pour les 22 mini-cas étudiés. La revue de littérature effectuée dans la partie 1 a permis de relever
que les dirigeants expriment le besoin d’outils de diagnostic et de guides destinés à faciliter
l’instrumentation de la RSE. Ainsi, le reporting sociétal est présenté par la littérature comme
un outil :
- d’information et de reddition ;
- de dialogue social et de diagnostic ;
- de légitimité, de gestion de l’image et de crédibilité de l’entreprise.

Le premier paragraphe de cette section 2 recense les différents supports de communication des
informations sociales et environnementales. Le deuxième paragraphe présente les facteurs
favorisant la production de l’outil de reporting sociétal. Le troisième paragraphe expose les
obstacles pouvant freiner la production de l’outil. Le quatrième paragraphe vérifie les
hyphothèses formulées dans la partie 1 et permet de répondre à la quatrième et cinquième
question de recherche :
- QR4. Pourquoi les entreprises produisent-elles l’outil de reporting sociétal ?
- QR5. Quelle est la finalité poursuivie par l’outil de reporting sociétal (pour quoi) et
quelles sont les parties prenantes impliquées (pour qui) ?

L’analyse des résultats s’effectue à travers deux sous-groupes parmi les 22 mini-cas étudiés :
neuf entreprises produisant l’outil de reporting sociétal et treize entreprises qui ne le produisent
pas (cf. Tableau 43).

193
Partie 2
Processus d’analyse des pratiques de RSE et de l’outil de reporting sociétal

Tableau 43 : Synthèse des 22 mini-cas étudiés en deux sous-groupes


Sous-groupes Dénomination et
Code Secteur Activités
de mini-cas raison sociale
Exploration, extraction,
E2 Projet Ambatovy Industrie minière transformation de produits
miniers
E4 Solidis Institution financière Garantie bancaire
Fabrication et vente de
Infrastructures et
E5 Lafarge Holcim ciment et de ses dérivés en
aménagement
Neuf entreprises gros et au détail
produisant E11 Orange Télécommunication Télécommunication
l’outil de Vohitra Gestion de produits Compostage des boues et
E12
reporting environnement et déchets divers recyclage des déchets
sociétal Commerce et Commerce, vente, import
E15 Jumbo Score
distribution et export
E18 Camusat Communication Communication
Production de huile de
E19 Huilerie Melville Agroalimentaire
palme
E24 QMM Industrie minière Minières
Total 9 mini-cas
Production et
commercialisation
E1 Guanomad Agroalimentaire d'engrais organiques
utilisables en agriculture
biologique
Production et distribution
E3 STAR Agroalimentaire
de boisson alimentaire
SOCOTA : Textile, Mode,
Cotona, CRE, Habillement et
E6 Industrie textile
Cottoline, OSO accessoires/élevage et
fishing, LGA pêche
Treize Infrastructures et Bâtiment et travaux
E7 Ecotech
entreprises qui aménagement publics
ne produisent E8 EDM Energie Energies renouvelables
pas l’outil de E9 MIRAY Confec Service Communication
reporting E10 Vanille durable Import/Export Exportation
sociétal Transport et logistique
E13 DHL Service
(envoie express)
Teneran’ny
Tantsaha (Groupe
E14 Agroalimentaire Plantation de palmier
savonnerie
tropicale)
Société commerciale
E16 Socolait Agricole
laitière
E17 Allianz Assurance Assurance
E20 Gasy Net Communication Communication
E21 Saham Assurance Assurance Assurance
Total 13 mini-cas
Source : auteur

194
Chapitre 4
L’analyse des pratiques de RSE et de l’outil de reporting sociétal : cas des entreprises à Madagascar

1. Les différents supports de communication des informations sociales et


environnementales

La revue de littérature dans la partie 1 a permis d’identifier trois formes principales de


publication des informations sociales et environnementales : les informations intégrées dans le
rapport annuel de gestion, le reporting séparé souvent intitulé rapport de développement
durable et les informations publiées sur le site internet de l’entreprise. Pour les 22 mini-cas
étudiés, d’autres supports de communication écrits et oraux ont été observés comme le montre
les verbatim suivants :

« Notre engagement communautaire concerne les membres des communautés locales et les
représentants du secteur privé, de la Société civile, les médias et la communauté internationale.
Tout au long de l’année, nous avons continué à mettre l’accent sur l’ouverture, la transparence
et la communication avec les communautés locales de nos activités. Comme les grandes
opérations extractives (…) [de notre envergure] sont encore relativement nouvelles à
Madagascar, nous avons eu un besoin d’accroître l’interaction communautaire et les
consultations directes pour contrer les rumeurs répandues, les craintes et les malentendus.
En 2016, cela a pris la forme de visites de sites, d’événements Portes ouvertes, les consultations
communautaires et la participation à des réunions communautaires. En 2016, afin de renforcer
la communication interne, pour fluidifier le flux d’informations entre les nombreuses équipes et
les départements qui composent (…) [l’entreprise], et pour informer le personnel des évolutions
importantes (…), l’Intranet a été déployé au cours du troisième trimestre de 2015 pour donner
aux employés l’accès aux informations, aux nouvelles et aux décisions de l’entreprise. Il s’est
avéré une plateforme de communication précieuse pour les employés de chacun de nos sites. Au
cours de l’année, 96 nouvelles ont été publiées sur l’Intranet [de l’entreprise]»
(corpus interne 1).

La publication des informations sociales et environnementales est regroupée en deux grandes


catégories de supports de communication : les supports écrits et les supports oraux
(cf. Tableau 44).

195
Partie 2
Processus d’analyse des pratiques de RSE et de l’outil de reporting sociétal

Tableau 44 : Les supports de communication des informations sociales et


environnementales
Entreprises
Statut Catégorie Types Effectifs
concernées
Reporting séparé en plus d’une
communication des informations
sociales et environnementales :
- dans le rapport annuel de gestion ;
Supports - sur le site internet et sur l’intranet E2 ; E4 ; E5 ; E11 ;
écrits de l’entreprise ; E12 ; E15 ; E18 ; 9
Neuf entreprises - à travers des cahiers des charges, de E19 ; E24
produisant l’outil la charte éthique, de la charte de
de reporting gouvernance, des plaquettes, des
sociétal brochures, du journal, ou du
bulletin trimestriel.
Médias, visites de sites, portes
ouvertes, consultations E2 ; E4 ; E5 ; E11 ;
Supports
communautaires, réunions publiques, E12 ; E15 ; E18 ; 9
oraux
campagne de sensibilisation ou salons E19 ; E24
professionnels
Total Général 9
Cahiers des charges, chartes éthiques
E1 ; E6 ; E7 ; E9 ;
ou de gouvernance, plaquettes,
E13 ; E16 ; E20 ; 8
brochures, journal ou bulletin
E21
trimestriel
Documents pour les clients, pour les
E6 ; E10 ; E17 3
partenaires financiers ou pour le siège
Supports
Treize entreprises E1 ; E3 ; E6 ; E7 ;
écrits
qui ne produisent Communication interne (affiche, e- E8 ; E9 ; E10 ; E13 ;
13
pas l’outil de mail, etc.) E14 ; E16 ; E17 ;
reporting sociétal E20 ; E21
E1 ; E3 ; E6 ; E8 ;
Sur le site internet et sur l’intranet de
E14 ; E16 ; E17 ; 9
l’entreprise et sur les réseaux sociaux
E20 ; E21
E1 ; E3 ; E8 ; E10 ;
Support Médias, portes ouvertes, réunions
E13 ; E14 ; E16 ; 10
oraux publiques ou salons professionnels
E17 ; E20 ; E21
Total Général 13
Source : auteur

Le recensement réalisé dans le Tableau 44 montre que les supports écrits se composent de
reporting séparé, des informations intégrées dans le rapport annuel de gestion, des informations
publiées sur le site internet et sur l’intranet des entreprises et d’autres supports écrits tels que
les cahiers des charges, la charte éthique, la charte de gouvernance, les documents pour les
clients, pour les partenaires financiers ou pour la société mère, les plaquettes, les brochures, le
journal ou le bulletin trimestriel. Les supports oraux se réfèrent aux médias, aux visites de sites,
aux portes ouvertes, aux consultations communautaires, aux réunions publiques ou aux salons
professionnels.

196
Chapitre 4
L’analyse des pratiques de RSE et de l’outil de reporting sociétal : cas des entreprises à Madagascar

Le Tableau 44 permet de constater que les neuf entreprises produisant l’outil de reporting
sociétal intègrent également des informations sociales et environnementales dans le rapport
annuel de gestion et publient ces informations sur le site internet, sur l’intranet de l’entreprise
et sur d’autres supports écrits et oraux. Parallèlement, les treize entreprises ne produisant pas
l’outil de reporting sociétal communiquent des informations sociales et environnementales à
travers d’autres supports écrits et oraux tels que les cahiers des charges, la charte éthique, la
charte de gouvernance, les plaquettes, les affiches, les e-mails, etc. Ainsi, neuf entreprises sur
les treize communiquent sur le site internet et sur l’intranet de l’entreprise (69% environ), huit
entreprises sur les treize communiquent à travers d’autres supports écrits (62% environ), trois
entreprises sur les treize établissent des documents pour les clients, pour les partenaires
financiers ou pour la société mère (23% environ) et dix entreprises sur les treize (77% environ)
communiquent à travers les supports oraux.

Ces observations amènent à la conclusion qu’en plus du reporting séparé souvent appellé
reporting de développement durable, des informations intégrées dans le rapport annuel de
gestion ou des informations publiées sur le site internet ou sur l’intranet des entreprises, il existe
également d’autres supports de communication écrits et oraux favorisant la publication des
informations sociales et environnementales pour les 22 mini-cas étudiés. Ainsi, les deux
supports écrits et oraux sont tout autant mobilisés par les 22 mini-cas car même les treize
entreprises qui ne produisent pas l’outil de reporting sociétal communiquent des informations
sociales et environnementales à travers d’autres supports écrits et des supports oraux. Ainsi, il
apparait que l’outil de reporting sociétal ne constitue pas le seul moyen de communication des
informations sociales et environnementales. Ce résultat est conforme à la littérature
(cf. Tableau 45) qui présente trois supports de communication des informations sociales et
environnementales : le reporting de développement durable, les informations intégrées dans le
rapport annuel de gestion ou reporting intégré et les informations publiées sur le site internet
des entreprises.

197
Partie 2
Processus d’analyse des pratiques de RSE et de l’outil de reporting sociétal

Tableau 45 : Comparaison théorique et empirique des supports de communication des


informations sociales et environnementales
Eléments de littérature Eléments du terrain
(1) reporting de développement durable (1) reporting global ou reporting spécifiques
(2) des informations intégrées dans le (2) des informations intégrées dans le
rapport annuel de gestion ou reporting rapport annuel de gestion
intégré (3) des informations publiées sur le site
(3) des informations publiées sur le site internet, sur l’intranet et sur les réseaux
internet des entreprises sociaux des entreprises
(4) autres supports écrits :cahier des charges,
charte éthique, charte de gouvernance,
plaquettes, brochures, journal, bulletin
trimestriel
(5) supports oraux : médias, visites des sites,
portes ouvertes, consultations
communautaires, réunions publiques,
campagnes de sensibilisation, salons
professionnels
Source : auteur

L’étude de terrain permet ainsi d’observer que le reporting sociétal souvent appelé reporting
de développement durable se réfère au reporting global ou à des reporting spécifiques. En plus
du reporting financier et du rapport annuel de gestion, le reporting global intègre toutes les
informations relatives à l’adoption de la démarche de RSE par les entreprises. Il est souvent mis
en place pour obtenir la licence to operate ou pour répondre aux attentes de la société mère, des
investisseurs ou partenaires étrangers en termes de transparence. En effet, cinq entreprises ayant
un projet d’investissement soumis à une étude d’impact environnemental (E2, E5, E11,
E12, E24) établissent dès le démarrage du projet, un Plan de gestion environnementale du
Projet (PGEP) ou un Plan de gestion environnementale Spécifique (PGES). Les cinq
entreprises doivent élaborer chaque année un rapport exigé par l’Office National pour
l’Environnement (ONE), détaillant les mesures mises en place liées à la prise en compte des
risques engendrés par le projet. Elles produisent de ce fait un reporting global contenant des
informations sociales et environnementales faisant suite au plan de gestion environnementale
du projet (PGEP) ou au plan de gestion environnementale spécifique (PGES). De plus, il existe
des reporting spécifiques (reporting environnemental et reporting social) élaborés séparément
par le mini-cas E24. Par exemple, le reporting social et le reporting environnemental de cette
entreprise sont élaborés séparément par deux responsables distincts, puis ils sont fusionnés dans
un reporting global chaque année.

Ensuite, il est à noter que les informations intégrées dans le rapport annuel de gestion ne sont
pas tout à fait le même que la notion de reporting intégré ou Integrated Reporting. La norme

198
Chapitre 4
L’analyse des pratiques de RSE et de l’outil de reporting sociétal : cas des entreprises à Madagascar

Global Reporting Initiative (GRI), principale norme reconnue en matière de reporting sociétal
dans le monde, a proposé en 2010 la création et l’adoption d’une norme de reporting intégré.
L’Afrique du Sud est le premier pays qui exige depuis cette date que les entreprises tiennent
compte des critères sociaux et relationnels dans leurs rapports de gestion. Ces dernières années,
le reporting intégré est devenu un sujet central en matière de diffusion des informations sociales
et environnementales à travers le monde. En 2011, l’international integrated reporting council
(IIRC) a développé l’integrated reporting pour améliorer la qualité des informations mises à
disposition des investisseurs, car « 80% des investisseurs s’accordent à dire qu’un reporting de
qualité influence leur perception de l’entreprise » (Letsgofrance, s.d.). Selon une étude effectuée
par KPMG international sur l’Afrique du Sud, un nombre croissant d’organisations intègre des
informations sur la responsabilité sociétale dans leur rapport financier : si en 2008, 9%
seulement ont élaboré ce type de rapport, le chiffre a atteint 20% en 2011 et 51% en 2013
(KPMG, 2013). Par comparaison, en France, 18% des entreprises du CAC 40 ont remis un
reporting intégré lors de la 12ème édition du bilan des Assemblées Générales du CAC 40 en juin
2017 (MEDEF, 2018). L’usage du reporting intégré reste timide et cela même si la publication
des informations sociales et environnementales est obligatoire pour les entreprises dépassant un
certain seuil (en budget et nombre de salariés) en France depuis l’adoption de la loi NRE en
2010. Aucune des entreprises de l’échantillon ne produit un reporting intégré.

2. Les motivations pour produire un reporting sociétal

À Madagascar, il n’existe pas de cadre réglementaire obligeant la communication des


informations sociales et environnementales, et pourtant, les résultats de la recherche supra
montrent que les 22 mini-cas étudiés publient des informations liées à la démarche de RSE à
travers différents supports écrits et oraux.

Le reporting sociétal est en particulier mobilisé par neuf entreprises. Le questionnaire adressé
à ces entreprises tout comme les entretiens réalisés doivent permettre d’identifier les
motivations de ces entreprises pour produire ce reporting sociétal et tester ainsi la quatrième
question de recherche : QR4. Pourquoi les entreprises produisent-elles l’outil de reporting
sociétal ? Parallèlement, l’étude auprès des treize entreprises ne produisant pas de reporting
sociétal devrait permettre d’identifier les freins à cette publication ou usage de cet outil de
gestion. L’objectif est, à travers les verbatim recueillis et les questionnaires, d’identifier les

199
Partie 2
Processus d’analyse des pratiques de RSE et de l’outil de reporting sociétal

motivations et les freins des 22 entreprises et de confronter les résultats à ceux identifiés par la
littérature.

2. 1. Les motivations des entreprises produisant un reporting sociétal : étude


auprès de neuf mini-cas

La partie 1 a permis d’identifier plusieurs facteurs institutionnels pouvant favoriser la


production de l’outil de reporting sociétal. En particulier, la théorie néo-institutionnelle
présente différents isomorphismes expliquant les pratiques des entreprises : des pressions
coercitives, normatives ou mimétiques. L’objectif de l’étude des neuf mini-cas est de vérifier
si les mêmes facteurs ou pressions sont présents à Madagascar (cf. 2.1.1.).

Par ailleurs, la revue de la littérature a également permis d’identifier une série d’usages de
l’outil de reporting sociétal. Là encore, l’étude des neuf mini-cas devrait permettre d’identifier
s’il existe des spécificités liées à l’environnement de Madagascar (cf. 2.1.2.).

2. 1. 1. Les pressions institutionnelles expliquant la production d’un reporting


sociétal

Selon la littérature, des pressions institutionnelles peuvent influencer une organisation à


ressembler aux autres organisations ayant les mêmes contextes environnementaux. Ainsi, les
trois mécanismes principaux d’isomorphismes institutionnels (coercitif, normatif ou
mimétique) peuvent expliquer les motivations des entreprises à produire l’outil de reporting
sociétal en l’absence de cadre réglementaire.

Pour tester la présence de ces facteurs, la taille des neuf entreprises (grande entreprise ou PME),
leur secteur d’activité tout comme leur lien de dépendance financier est étudié dans le Tableau
46.

Tableau 46 : Classement des entreprises produisant l’outil de reporting sociétal


Mini-cas
Statut Taille Secteur d’activité
concernés
Industrie minière E2
Grande entreprise
Télécommunication E11
Institution financière E4
Investisseurs ou partenaires Petite et moyenne
Communication E18
étrangers entreprise
Agroalimentaire E19
Total des Grandes Entreprises 2
Total des PME 3

200
Chapitre 4
L’analyse des pratiques de RSE et de l’outil de reporting sociétal : cas des entreprises à Madagascar

Mini-cas
Statut Taille Secteur d’activité
concernés
Infrastructures et
Grande entreprise E5
aménagement
Filiales des entreprises Grande entreprise Commerce et distribution E15
étrangères Grande entreprise Industrie minière E24
Total des Grandes Entreprises 3
Total des PME -
Petite et moyenne Gestion de produits et
E12
entreprise déchets divers
Autofinancement
Total des Grandes Entreprises -
Total des PME 1
Total Général 9
Source : auteur

Ce tableau montre que quatre entreprises sur les neuf sont des PME (44%) alors que l’on aurrait
dû observer une plus forte représentativité des grandes entreprises. Néanmoins, au vu de la
faiblesse du nombre de cas étudiés, il ne peut s’agir d’un élément probant.

En revanche, il est intéressant de noter que huit entreprises sur les neuf sont soit des filiales
(trois entreprises), soit des entreprises dont l’actionnariat est composé d’investisseurs ou de
partenaires étrangers. Il semble donc à première vue que ce facteur soit un élément permettant
d’expliquer la production d’un reporting sociétal plus que le secteur d’activités (les neuf
entreprises appartiennent à des secteurs très diversifiés sans qu’aucun ne soit sur-représenté au
sein de l’échantillon).

Cette analyse du poids de la dépendance est confirmée par les résultats au questionnaire obtenus
auprès de huit des neuf entreprises (une des entreprises n’a pas pu obtenir les autorisations
nécessaires pour répondre au questionnaire).

La production d’un reporting sociétal (rapport RSE/DD) est obligatoire pour sept entreprises
sur les huit intérrogées (88%) : seule l’entreprise E4 n’a pas d’obligation en la matière. Parmi
les sept entreprises interrogées, le rapport RSE/DD est rendu obligatoire pour six d’entre elles
(86%) du fait des démarches des investisseurs ou partenaires étrangers, de la société mère ou
enfin en raison de l’appartenance de la société à un secteur nécéssitant une validation par l’ONE
de l’impact de ses activités sur l’entreprise. Seule une entreprise (E19) a répondu que cette
obligation s’inscrivait dans le cadre d’une démarche de certification.

201
Partie 2
Processus d’analyse des pratiques de RSE et de l’outil de reporting sociétal

Tableau 47 : Réponses aux questionnaires pour les huit mini-cas ayant participé
Mini-cas Taux de
Questions Les réponses
concernés réponses
E2 ; E5 ;
E11 ; E12 ;
La production d’un rapport Oui 87,5%
E15 ; E18 ;
RSE/DD est-elle obligatoire ?
E19
Non E4 12,5%
Les investisseurs ou les E2 ; E5 ;
Qui exige la production du partenaires étrangers ou la société E11 ; E12 ; 85,7%
rapport RSE/DD mère ou ONE E15 ; E18
Certification E19 14,3%
Source : auteur

Ensuite, même si sept des huit entreprises disent avoir l’obligation de produire un rapport
RSE/DD, il est intéressant de voir qui est à l’origine de cette initiative selon eux (cf. Tableau
48).

Tableau 48 : L’origine de l’initiative de produire un rapport RSE/DD selon les huit


entreprises
Degré d’influence
Questions Les réponses + + très +/- ni faible, TOTAL
+ élevé
élevé ni élevé
Influence des
investisseurs ou E18
des partenaires E2 - E15 4
étrangers ou de E4 *
la société mère
Par conviction,
Quelle est
l’origine de
valeurs E4*
personnelles du
l’initiative de E12 4
dirigeant ou
produire un
culture E5*
rapport E19*
d’entreprise
RSE/DD ?*
Pour la
réglementation E5*
et pour la
E11 - E19* 3
normalisation
(norme
professionnelle)
*
plusieurs réponses possibles Source : auteur

L’analyse du tableau doit intégrer le fait que les répondants pouvaient faire plusieurs réponses.
Il montre que les pressions exercées par les investisseurs ou partenaires étrangers tout comme
les obligations réglementaires sont très élevées pour quatre entreprises sur les huit avec pour
l’entreprise E19 en plus une forte influence des convictions du dirigeant. Il apparait donc que

202
Chapitre 4
L’analyse des pratiques de RSE et de l’outil de reporting sociétal : cas des entreprises à Madagascar

les pressions coercitives des investisseurs ou de l’ONE constituent un facteur majeur de la


production d’un outil de reporting sociétal.

Ce constat est corroboré par les verbatim issus des entretiens et de l’analyse des documents
secondaires internes et documents secondaires externes présentés dans les paragraphes suivants
qui montrent l’influence des investisseurs, des sociétés mères et de l’ONE.

(a) L’influence des investisseurs ou des partenaires étrangers

Les verbatim ci-après présentent un lien de dépendance des entreprises étudiées aux
investisseurs financiers, ce qui les a amené à produire un outil de reporting extra-financier.
En effet, les banques exigent des grandes compagnies un comportement responsable et
démontrant qu’elles font attention à leur environnement, car les banques sont très surveillées et
doivent s’assurer qu’elles financent des activités qui sont responsables socialement.

« Les banques internationales, elles prêtent de l’argent pour un projet de grandes envergures
avec des impacts importants. À Madagascar surtout avec une biodiversité qui est très riche, un
pays avec une pauvreté qui va toucher beaucoup de communautés, qui va toucher
l’environnement. [Les entreprises] doivent faire attention car elles dépendent des banques
prêteuses, je crois qu’il y a quatorze banques prêteuses en Europe, en Asie et en Amérique du
nord (…) [qui] suivent les principes de l’équateur (Equator principles ), et cela c’est pour être
des prêteurs responsables et que les projets dans lesquels elles investit doivent respecter les
obligations pour suivre les standards de performance de l’IFC (International Finance
Corporation) » (E2E2).

« Utiliser les communications corporate, permet aussi d’attirer les investisseurs, etc. » (R8C2).

Ainsi, les verbatim recueillis permettent de corroborer l’hypothèse que les investisseurs ou les
partenaires favorisent la production de l’outil de reporting sociétal pour six des mini-cas
étudiés.

(b) L’influence de la société mère

Les filiales de groupes étrangers (cf. Tableau 46) doivent s’aligner sur le système de
gouvernance de leur société mère, indépendamment de leur statut juridique ou de leur taille. La
société mère est en mesure d’exiger de ses filiales de fournir des informations relatives à leurs

203
Partie 2
Processus d’analyse des pratiques de RSE et de l’outil de reporting sociétal

démarches de RSE dès lors que cela fait partie de la politique du groupe ou des normes du
groupe. Cela est corroboré par les verbatim suivants :

« La société mère nous demande de présenter un rapport [sur l’adoption de la démarche de


RSE] » (E4E3).

« Les banques ont des contraintes strictes, la société mère leur demande de ne pas oublier de
faire un reporting de leur démarche de RSE (…), il faut faire un reporting mensuel » (R3D2).

« Nous avons chaque année un rapport de développement durable à produire et à renvoyer au


groupe [pour répondre aux] normes de gouvernance du groupe qui sont alignées sur les normes
internationales » (entretien par e-mail, E5).

Les verbatim recueillis permettent également de conclure que la production de l’outil de


reporting sociétal par trois mini-cas sur les neuf étudiés peut être motivée par l’influence de la
société mère dès lors que cela fait partie de la politique du groupe ou des normes du groupe.

(c) L’influence de l’Office National pour l’Environnement

Après l’obtention d’une évaluation favorable par le comité technique d’évaluation (CTE) de
l’étude d’impact environnemental, l’Office National pour l’Environnement (ONE) réalise
systématiquement un suivi et une évaluation du projet en cours d’exploitation pour vérifier la
conformité des activités par rapport au cahier des charges (R6D5), si le plan de gestion
environnementale du projet (PGEP) a été bien exécuté. Le PGEP constitue « le cahier des
charges environnementales du projet en un programme de mise en œuvre et de suivi des
mesures envisagées par l’étude d’impact environnemental (EIE) pour supprimer, réduire et
éventuellement compenser les conséquences dommageables du projet sur l’environnement »
(corpus externe 3). Ce propos est corroboré par le verbatim suivant :

« Ces actions-là sont suivies par l’ONE (Office National pour l’Environnement) qui exige donc
les informations qui sont déjà inscrites dans le plan (…). Dans le cadre de notre activité, nous
avons des engagements avec nos parties prenantes qui nécessitent donc des reporting. [À cet
effet], un bilan annuel environnemental et social par rapport au cahier des charges [est élaboré
pour] l’ONE » (entretien par e-mail, E24).

204
Chapitre 4
L’analyse des pratiques de RSE et de l’outil de reporting sociétal : cas des entreprises à Madagascar

Ainsi, l’obtention d’une évaluation favorable faisant référence à la licence to operate ou à un


permis d’exploitation amène les projets d’investissement soumis à une étude d’impact à établir
un document contenant les informations relatives à la prise en compte des risques engendrés
par le projet sur l’environnement et sur la société.

En effet, cinq entreprises parmi les neuf étudiées sont soumis à une étude d’impact
environnemental (E2, E5, E11, E12, E24, cf. Tableau 40 et Tableau 46 supra). Pour les deux
entreprises minières (E2, E24), l’obtention d’une licence to operate constitue une condition sine
qua non permettant l’exploitation et pour les trois autres entreprises soumises à l’étude
d’impact, l’obtention d’un avis favorable constitue une condition obligatoire permettant le
démarrage du projet.

Ces résultats permettent de conclure que l’influence des parties prenantes telles que les
investisseurs, les partenaires étrangers, la société mère ou l’Office National pour
l’Environnement (ONE) favorise la production de l’outil de reporting sociétal. L’influence de
l’ONE s’exerce à travers l’obtention de la licence to operate pour les deux entreprises minières
et au plan de gestion environnementale du projet (PGEP) ou au plan de gestion
environnementale spécifique (PGES) pour les trois entreprises ayant un projet soumis à une
étude d’impact environnemental.

2. 1. 2. L’impact des objectifs stratégiques sur l’outil reporting sociétal

Ce paragraphe a pour objectif de vérifier les trois principaux usages de l’outil de reporting
sociétal identifiés par la littérature (cf. Schéma 11 supra) à travers l’étude des neuf mini-cas :
- outil d’information et de reddition ;
- outil de légitimité, de gestion de l’image et de crédibilité ;
- outil de dialogue social et de diagnostic.

Les verbatim permettent ainsi d’observer que les entreprises produisent l’outil de reporting
sociétal afin de répondre aux objectifs stratégiques et réciproquement les objectifs stratégiques
en matière de RSE les influencent à produire l’outil.

(a) Le reporting sociétal, outil d’information et de reddition

Le reporting sociétal peut être élaboré dans un but de garder une trace écrite et de rendre compte
des actions sociales et environnementales des entreprises. Certains répondants le considèrent

205
Partie 2
Processus d’analyse des pratiques de RSE et de l’outil de reporting sociétal

comme un devoir de rendre compte sur les investissements RSE de l’entreprise. C’est même
une obligation pour les différentes personnes interrogées et cela même en l’absence d’un cadre
réglementaire ou législatif l’imposant.

« C’est pour ce qu’on appelle Accountability, c’est-à-dire rendre compte soit au niveau de notre
bailleur, les banques, soit au niveau des parties prenantes (…) ce n’est pas une obligation qu’on
le fait, mais quand même, c’est la moindre des choses. Donc il faut en rendre compte à nos
parties prenantes (…) obligatoirement donc il faut rendre compte (…) on fait des actions et
logiquement il faut faire le rapport » (E2E2).

« Je crois tout d’abord que c’est pour être redevable envers les parties prenantes (…) c’est une
façon pour nous d’être redevable de nos impacts environnementaux et sociaux de faire un
reporting sur notre performance dans ces domaines, de diffuser des informations sur notre
performance et sur notre travail positif et négatif. Je crois que même pour les compagnies dans
la télécommunication, les compagnies dans l’agro-business, les compagnies minières, de plus
en plus, les consommateurs exigent un comportement plus responsable et une performance
positive des compagnies » (E3E2).

« Je pense que le rapport c’est vraiment obligatoire lorsqu’on s’engage dans des grandes
œuvres, puisque je l’avais déjà mentionné tout à l’heure qu’on octroi un prêt d’un milliard
d’ariary30 par an seulement pour les actions sociales, donc, il faut rendre des comptes » (E4E3).

« Même si le bailleur n’était pas là, nous avons quand même pensé à rédiger le rapport car il
nous permet d’avoir une trace écrite de ce que nous faisons » (E5E4).

« Mais après ce n’est pas le même niveau d’informations, qui vont être distribué, qui vont être
partagé. Mais (…) ça fait partie du devoir de la société de faire un reporting » (R3D2).

« Le rapport RSE/DD est synonyme de redevabilité » (questionnaire E5).

Ensuite, le reporting sociétal est envisagé comme un outil permettant de renforcer, d’intensifier
et d’appuyer la communication interne et externe de l’entreprise. Il permet d’informer les
différentes parties prenantes sur la démarche RSE effectuée par les entreprises.

30
« L’Ariary » est l’unité monétaire de la république de Madagascar.

206
Chapitre 4
L’analyse des pratiques de RSE et de l’outil de reporting sociétal : cas des entreprises à Madagascar

« [Le rapport RSE/DD est] un moyen de communiquer de façon mensuelle, de faire le reporting
des actions qui ont été faites (…). Je pense que l’entreprise est consciente qu’il faut qu’elle
communique à ses collaborateurs31 etc. » (R3D2).

« On élabore le rapport RSE/DD pour renforcer et intensifier la communication au niveau du


groupe » (E4E3).

« C’est juste pour faire connaitre, c’est surtout pour appuyer notre communication et pour
sensibiliser la population pour la question sur la préservation de l’environnement » (E5E4).

« Par exemple si on veut faire quelque chose, on doit toujours informer par exemple les
membres du gouvernement [pour la construction des bâtiments pour la commune de
Moramanga, il faut avoir l’accord du Maire] » (E2E2).

« Diffuser des informations sur notre performance et sur notre travail positif et négatif, ça c’est
comme j’ai mentionné c’est pour l’information » (E3E2).

« La production d’un rapport RSE/DD permet à l’entreprise de partager les informations


auprès des collaborateurs [salariés] afin de les encourager et de les impliquer dans les actions
RSE de l’entreprise » (R5D4).

« Le rapport RSE/DD permet de fluidifier l’adhésion de toutes les parties prenantes à la RSE et
de les inciter à s’engager dans la RSE car nous sommes partenaires (…) et pour que tout le
monde puisse respecter l’environnement et les droits humains, quel que soit son poste au sein
de l’établissement. Le rapport permet de conscientiser tout un chacun » (questionnaire E4).

« Comme nous travaillons dans l’industrie des matériaux de construction qui est considérée
comme la plus énergivore, le rapport RSE/DD est utile dans le sens où il permet de partager les
actions entreprises pour se conformer aux soucis du développement durable »
(questionnaire E5).

De plus, « la motivation des collaborateurs est un facteur déterminant pour augmenter la


productivité du personnel, [elle constitue] un élément clé du succès des entreprises »
(Lecoq, 2016). Ainsi, le reporting sociétal peut être considéré comme un outil stratégique
permettant de fédérer et de mobiliser les membres du personnel de l’entreprise.

31
Le terme collaborateur évoqué par les répondants se réfère aux employés de l’entreprise.

207
Partie 2
Processus d’analyse des pratiques de RSE et de l’outil de reporting sociétal

« On a tout à gagner à le faire parce qu’on va recevoir un retour positif, c’est-à-dire, on va


avoir en retour, des collaborateurs qui sont plus motivés, qui sont fiers de faire les choses, qui
sont confiants, qui sont fiers d’appartenir à la société, de dire, voilà, on ne savait pas ce qui
s’est passé à un moment donné (…) c’est super et c’est tout, ça fait partie des choses qui sont
importantes au niveau des entreprises » (R3D2).

« En interne, il permet de continuer à motiver les salariés » (R7D6).

« Le rapport RSE/DD permet de favoriser le sentiment d’appropriation de mes employés et


collaborateurs. Il permet également de favoriser la création d’emplois verts et démontrer
l’importance de l’atteinte des objectifs du développement durable pour réduire la pauvreté »
(questionnaire E12).

« Une bonne communication est indispensable. Ainsi, nous avons sensibilisé les salariés à la
notion de développement durable, réalisé une campagne de communication sur les éco-gestes
et l’éco-conduite, incité les salariés à réduire les consommations d’énergie »
(corpus interne 13).

Ces résultats permettent d’observer que les entreprises cherchent un moyen pour fidéliser et
motiver les salariés. Dans un but de rendre les employés plus performants, les entreprises
cherchent à partager les informations sur leur démarche de RSE.

En conclusion, la production de l’outil de reporting sociétal peut être motivée par le devoir de
rendre compte des investissements RSE des entreprises auprès de ses différentes parties
prenantes et par le besoin de partager les informations sur les pratiques RSE des entreprises.

Ces résultats ont fait l’objet d’une vérification auprès des huit entreprises produisant l’outil de
reporting sociétal dont cinq ont confirmé que c’est un outil de reddition (62,5%) et toutes les
huit (100%) ont confirmé que c’est un outil d’information (cf. Tableau 49).

Tableau 49 : Le reporting sociétal, outil d’information et de reddition


Usage du reporting Entreprises
Oui Entreprises concernées Peut-être
sociétal concernées
62,5%
un outil de reddition E2 ; E5 ; E11 ; E15 ; E19 37,5% - 3/8 E4 ; E12 ; E18
5/8
100% E2 ; E4 ; E5 ; E11 ; E12 ;
un outil d’information - 0/8
8/8 E15 ; E18 ; E19
Source : auteur

208
Chapitre 4
L’analyse des pratiques de RSE et de l’outil de reporting sociétal : cas des entreprises à Madagascar

Ainsi, la finalité « outil de reddition et d’information » observée par la revue de la littérature


est validée qui en outre permet d’identifier des objectifs stratégiques associés à cette finalité
(cf. Tableau 50).

Tableau 50 : Comparaison théorique et empirique du reporting sociétal comme outil de


reddition et d’information
Finalités
Objectifs stratégiques
observées
- pour informer les lecteurs sur l’activité sociale
Eléments de la
de l’entreprise ;
littérature validés par
l’étude du terrain
- pour rendre compte des activités sociales des
entreprises.
(1) un outil de
Elément de la
- pour apporter un éclairage plus qualitatif aux reddition et
littérature non validé
états financiers. d’information
par l’étude du terrain
- pour fédérer et mobiliser les membres du
Elément nouveau issu
personnel de l’entreprise pour adopter la
de l’analyse du terrain
démarche de RSE.
Source : auteur

(b) Le reporting sociétal, un outil de légitimité, de gestion de l’image, de crédibilité et de


marketing

Comme relevé dans la Section 1 du Chapitre 4 supra, les projets d’investissement représentant
des impacts forts sur l’environnement peuvent être sources de conflits sociaux et être à l’origine
d’une mauvaise réputation des entreprises. C’est pourquoi, la gestion et la promotion de l’image
reviennent fréquemment dans les discours des entreprises. Elles communiquent les
informations relatives aux actions RSE mises en place pour améliorer leur image et cela à
travers la production de l’outil de reporting sociétal et par une stratégie de communication à
travers différents supports médiatiques visant différentes cibles. En ce sens, le reporting sociétal
peut être utilisé comme un outil de communication permettant d’assurer une bonne image de
l’entreprise et une visibilité des actions qu’elle réalise. De plus, si la mise en place d’une
démarche de RSE permet à l’entreprise d’améliorer son image, la production de l’outil de
reporting sociétal apporte plus de visibilité. Cette argumentation est corroborée par les verbatim
suivants.

« [Le rapport RSE/DD] permet de préserver la bonne image et la réputation »


(corpus externe 4).

« [On produit un rapport RSE/DD] pour la réputation de la compagnie, [pour montrer] qu’on
est une compagnie sérieuse » (E3E2).

209
Partie 2
Processus d’analyse des pratiques de RSE et de l’outil de reporting sociétal

« C’est pour se faire connaitre aussi car beaucoup de gens ne nous connaissent pas encore »
(E5E4).

« Ben voilà, à l’intérieur, il faut valoriser ce qu’on fait au niveau social parce que de toute
façon, c’est toujours positif. Là l’image, l’impact sur l’image est toujours à prendre hein ! C’est
sûr (…) si on ne fait pas de reporting, il n’y a pas de retour quelque part, il n’y a pas de
reconnaissance (…) pour savoir qu’il y a un impact ensuite sur des retombées commerciales,
pour les soucis de l’image » (R3D2).

« [La production du] reporting permet d’entretenir l’image [de l’entreprise] » (R7D6).

De plus, les verbatim présentent l’outil de reporting sociétal comme un moyen pour les
entreprises de faire de la publicité. Le reporting sociétal en tant qu’outil de marketing se réfère
à la « combinaison de stratégies, de systèmes, de méthodes et d’activités adoptées par
l’organisation afin de promouvoir sa notoriété, ses marques, ses produits et ses services auprès
des audiences cibles. La communication marketing comprend notamment les activités telles que
la publicité, la vente personnelle, la promotion, les relations publiques et le parrainage »
(corpus externe 4).

« Je pense que c’est une chose positive qu’on peut montrer que voilà on prépare et même si ce
n’est pas obligatoire, on essaie de faire ça pour rendre ses informations au public d’une manière
qui est à temps et qui est accessible au public, je crois que c’est utile pour le marketing » (E3E2).

« On a soutenu un projet de tournoi de rugby, et on a octroyé 20 millions d’ariary et on a publié


ça même dans les chaînes de télévision, dans les journaux, on a vraiment souligné le montant »
(E4E3).

« Pour moi jusqu’à maintenant, [le rapport RSE/DD] reste un outil marketing. Plutôt un outil
marketing mais ça dépend. Il y a beaucoup de reporting qui ont compris ça et qui ont amélioré
le format pour que ça soit à la fois un outil de communication, mais aussi un outil de gestion où
les gens peuvent regarder dans le miroir et ils disent ok, ça c’est du reporting » (R6D5).

Ainsi, l’outil permet de se mesurer aux bonnes pratiques du secteur industriel dans lequel œuvre
l’entreprise tout particulièrement lorsque celle-ci opère sur un marché international et se
retrouve donc en concurrence avec des entreprises internationales qui peuvent être soumises à
des législations plus contraignantes. Dans ce cas, le reporting sociétal est élaboré en tenant
compte des pratiques des concurrents (benchmarking) pour identifier les meilleures pratiques.

210
Chapitre 4
L’analyse des pratiques de RSE et de l’outil de reporting sociétal : cas des entreprises à Madagascar

Cela s’assimile en partie à du mimétisme ou à des phénomènes de mode en ce sens que


l’entreprise regarde les pratiques de son environnement pour adopter les bonnes pratiques des
entreprises du même secteur, mais aussi à la position du challenger qui souhaite ne pas se faire
distancer par rapport aux leaders du marché.

« Si on regarde nos pairs dans les compagnies minières dans le monde avec notre envergure,
notre taille, c’est une chose un peu attendue, c’est quelque chose que nous devrions faire (…)
l’idée de faire un rapport annuel en suivant les indicateurs de GRI c’est un peu attendu des
compagnies minières qui veulent être responsable (…). On est inspiré par d’autres compagnies
minières, on a regardé d’autres compagnies minières dans le monde, on a regardé leur rapport,
ha voilà ça c’est intéressant, ils ont parlé de ça et peut être que nous devons par exemple, soit
en terme du style, en terme des thèmes qu’il faut inclure, ah ils ont traité ce thème par exemple.
Donc, on est inspiré par d’autres rapport pour nous donner des idées pour améliorer un peu la
qualité, les profondeurs et nous proposons des analyses ah ils ont fait ça et peut être l’année
prochaine on peut faire ça et on peut faire quelque chose semblable pour nous. Donc, c’est un
processus itératif que nous voyons est-ce que ça peut améliorer notre propre rapport (…) si on
veut être au même niveau de nos pairs en industrie on doit le faire » (E3E2).

Il ressort ainsi de ces verbatim que le besoin d’entretenir la visibilité et la réputation de


l’entreprise constitue un facteur favorisant la production de l’outil de reporting sociétal. La
production de l’outil génère des retombées positives en termes de gestion de l’image de
l’entreprise en rendant les informations sur l’adoption de la démarche de RSE de l’entreprise
accessible à tous. La production de l’outil permet de faire de la publicité et d’améliorer la
réputation de l’entreprise. Dans ce cas, les entreprises peuvent être amenées à mettre en place
des actions RSE dans le cadre du greenwashing voire à produire des informations extra-
financières dans le cadre du window dressing ou embelissement des comptes, c’est-à-dire
« présenter dans leur situation financière une image positive de leur situation »
(Barandas et al., 2007).

Ces résultats ont fait l’objet d’une vérification auprès des huit entreprises produisant l’outil de
reporting sociétal dont cinq (62,5%) ont confirmé l’usage marketing de l’outil (cf. Tableau
51).

211
Partie 2
Processus d’analyse des pratiques de RSE et de l’outil de reporting sociétal

Tableau 51 : Le reporting sociétal, un outil marketing, réponses au questionnaire


Usage du reporting Entreprises
Oui Entreprises concernées Peut-être
sociétal concernées
un outil marketing
62,5% - 5/8 E4 ; E5 ; E12 ; E15 ; E18 37,5% - 3/8 E2 ; E11 ; E19
(benchmarking)
Source : auteur

Les finalités observées par la revue de la littérature (source de légitimité, de crédibilité et de


gestion de l’image) sont ainsi validées par les verbatim et l’usage marketing qui est un élément
nouveau issu de l’étude de terrain a été observé à travers les verbatim et les réponses au
questionnaire (cf. Tableau 52).

Tableau 52 : Le reporting sociétal, une source de légitimité, de gestion de l’image, de


crédibilité et un outil marketing
Finalités
Objectifs stratégiques
observées
Elément de la - pour donner l’assurance aux parties prenantes
(2) une source de
littérature non validé que tout est mis en œuvre pour répondre à leurs
légitimité, de
par l’étude du terrain attentes.
crédibilité et de
- pour assurer une bonne image et pour gestion de
entretenir la visibilité et la réputation de l’image
l’entreprise ;
Eléments nouveau issu
- pour faire de la publicité ;
de l’analyse du terrain
- pour le benchmarking et pour identifier les (3) un outil
bonnes pratiques permettant d’être aux mêmes marketing
normes du secteur d’activité.
Source : auteur

En conclusion, la production de l’outil de reporting sociétal génère plutôt des retombées


positives en termes de gestion de l’image, de réputation et de visibilité que de donner
l’assurance aux parties prenantes que tout est mis en œuvre pour répondre à leurs attentes.

(c) Le reporting sociétal, outil de diagnostic, de dialogue social et d’aide à la prise de


décision

Les verbatim suivants mentionnent le reporting sociétal comme un outil de diagnostic


permettant de contrôler et de vérifier les activités RSE effectuées par les entreprises. L’outil
permet d’évaluer si les objectifs de RSE sont atteints et si les actions mises en place répondent
aux attentes des parties prenantes. De plus, le reporting sociétal est considéré comme une sorte
d’outil de suivi plus régulier pour les parties prenantes.

212
Chapitre 4
L’analyse des pratiques de RSE et de l’outil de reporting sociétal : cas des entreprises à Madagascar

« Pour nous c’est un outil pour nous jauger, c’est quoi la perception des parties prenantes. (…)
le rapport annuel [sur les pratiques RSE est] une sorte d’outil de suivi plus régulier et plus
proche » (E3E2).

« Pour moi le rapport sert à évaluer ce qu’on avait fait, est-ce qu’on a atteint notre objectif »
(E4E3).

« Le rapport permet un diagnostic sur la [pratique] RSE dans notre établissement » (E5E4).

« [Le rapport permet de] faire les diagnostics » (R8C2).

« Le rapport RSE/DD permet de s’autoévaluer d’une période à une autre grâce aux indicateurs
RSE » (questionnaire E4).

Ensuite, il peut également être élaboré dans un but de dialogue social entre les parties prenantes
et l’entreprise. Il constitue un outil d’échange pour les parties prenantes qui peuvent commenter
les engagements RSE mis en œuvre par les entreprises.

« [Le rapport RSE/DD est élaboré] pour les échanges réguliers avec la communauté et afin de
créer un dialogue et une communication basés sur les bénéfices mutuels » (corpus externe 2).

« En 2016, l’équipe de la communication interne a orienté ses activités vers le renforcement du


processus de communication et de dialogue entre la direction et les employés et l’engagement
actif des membres de notre équipe dans leur milieu de travail. La communication
bidirectionnelle efficace et régulière avec les employés est la base de nos programmes de
gestion des relations avec les employés. Nous nous engageons à écouter et à comprendre les
besoins et les défis de nos employés, à prendre des mesures pour améliorer le milieu de travail
et à aider les employés à atteindre leur plein potentiel (…). Engager nos employés pour les
aider à comprendre leur importance et leur rôle dans le succès de l’entreprise demeure vital,
surtout pendant les périodes difficiles auxquelles nous avons à faire face. Reconnaissant que
nos employés agissent comme des «ambassadeurs» pour (…) [l’entreprise] au sein de leurs
familles, amis, voisins et autres membres de la communauté » (corpus interne 1).

« Nous avons exhorté une approche de la communication: “basée sur les exigences strictes d’un
dialogue continu et la création d’espaces pour une rétroaction continue et qui cherche à
clarifier les limites de ce qui va être fait et ce qui ne peut être fait, est ouverte et franche sur les
limites, les revers, les échecs et déceptions et qui cherche un terrain d’entente sur les moyens
d’atténuer cela » (corpus interne 7).

213
Partie 2
Processus d’analyse des pratiques de RSE et de l’outil de reporting sociétal

« On publie le rapport, on donne des informations, et eux aussi ils nous donnent comment ils
pensent » (E2E2).

« C’est bon de savoir qu’est-ce que les gens pensent de nous, l’idée ce n’est pas pour être
statistiquement correct mais c’est une sorte de photo de qu’est-ce que les gens pensent à certain
moment et puis est-ce que ça a évolué dans le temps, est-ce que ça s’améliore (…) » (E3E2).

« Pour moi le rapport RSE/DD c’est pour faire un dialogue entre le client et les fournisseurs,
pour que le fournisseur qui est loin du marché du client comprenne pourquoi on l’embête sur
les droits de l’homme, dans les conditions au travail etc. » (R8C2).

Enfin, la production de l’outil de reporting sociétal permet de convaincre les organes décideurs
(comité de direction, investisseurs ou partenaires, etc.) que les pratiques RSE apportent des
retombées économiques positives.

« Pour montrer que nos retombées sont positives et durables dans les domaines économiques,
sociaux et environnementaux » (E3E2).

« Il y a un budget, et voilà une stratégie à concrétiser (…) [et] à mettre en place, qui va avoir
des impacts positifs sur la société, et sur le groupe, et sur les collaborateurs, et donc (…) tout
ça (…) passe par des reporting qui (…) [permettent] de convaincre (…) [les organes
décideurs] » (R3D2).

« Le reporting est nécessaire pour convaincre les décideurs que ça vaut la peine de continuer »
(R7D6).

« Le rapport RSE/DD permet une meilleure gouvernance de la société et de rentabiliser les


ressources » (questionnaire E11).

De plus, selon Ben Rhouma et al. (2014), les entreprises diffusent certaines informations sur
les impacts sociaux et environnementaux de leurs activités car elles sont utiles à la prise de
décision des investisseurs. Les verbatim suivants considèrent le reporting sociétal comme un
outil d’aide à la prise de décision visant à développer et à faire évoluer l’entreprise.

« Le rapport RSE aide à la réflexion et à la prise de décision, notamment pour les décisions
opérationnelles qui visent à développer, faire évoluer l’entreprise » (corpus externe 26).

214
Chapitre 4
L’analyse des pratiques de RSE et de l’outil de reporting sociétal : cas des entreprises à Madagascar

« Oui, [le rapport RSE/DD peut contribuer à la prise de décision] parce que de toute façon si
on ne fait pas de reporting, il n’y a pas de retour quelque part, il n’y a pas de reconnaissance »
(R3D2).

« C’est un outil de développement de l’entreprise (…) mais ça dépend de la qualité du reporting,


donc, encore une fois (…) c’est une question de création de valeur » (R6D5).

« [La production d’un rapport RSE/DD] permet non seulement de rapporter auprès des
régulateurs les faits et les réalisations mais aussi de prendre les décisions correspondantes »
(questionnaire E1).

« Le rapport RSE/DD serait l’outil en plus pour les dirigeants pour maîtriser le développement
de son entreprise » (questionnaire E18).

A contrario, une personne a répondu que la production de l’outil de reporting sociétal une fois
par an ne permet pas de guider les entreprises pour la prise des décisions critiques. L’outil de
reporting sociétal ne constitue pas la source d’information pour les partenaires pour prendre
des décisions.

« Je ne dirais pas que ça c’est pour prendre des décisions (…) mais je ne pense pas qu’en faisant
ça une fois par an que ça va nous guider pour les prises des décisions critiques dans la
compagnie, s’il y a des décisions à prendre, c’est probablement plus en réagissant avec ces
autres rapports. Pour nos trois partenaires ce n’est pas leur source d’information, il y a des
réunions mensuelles avec des comités exécutifs de la compagnie avec les trois partenaires, donc
ce n’est pas ça leur seul source d’information pour prendre une décision » (E3E2).

En ce sens, l’outil de reporting peut être produit dans un but d’aider les entreprises dans la prise
de décision. Néanmoins, selon la réponse de l’entreprise E2, produire l’outil une fois par an ne
semble pas suffisant pour aider à la prise des décisions critiques.

Ainsi, la production de l’outil de reporting sociétal peut être motivée par le besoin de
l’entreprise d’échanger en permanance avec les parties prenantes telles que les salariés, les
clients et les fournisseurs sur les actions RSE des entreprises ou par le besoin de suivi, de
contrôle et de vérification des activités RSE mises en place. L’outil permet de justifier les
actions RSE menées et de convaincre les parties prenantes telles que le comité de la direction
de l’entreprise, les investisseurs ou les partenaires étrangers que les investissements RSE
apportent des retombées économiques positives.

215
Partie 2
Processus d’analyse des pratiques de RSE et de l’outil de reporting sociétal

Ces résultats ont également fait l’objet d’une vérification auprès des huit entreprises produisant
l’outil de reporting sociétal dont sept (87,5%) ont confirmé l’usage de dialogue social, de
diagnostic et d’aide à la prise de décision (cf. Tableau 53).

Tableau 53 : Le reporting sociétal, un outil de dialogue social, de diagnostic et d’aide à la


prise de décision, réponses au questionnaire
Usage du reporting Oui Entreprises Peut- Entreprises Non Entreprise
sociétal concernées être concernées concernée
E2 ; E4 ; E5 ;
un outil de dialogue 87,5% 12,5% -
E11 ; E12 ; E15
social 7/8 1/8 0/8
E18 ; E19
E2 ; E5 ;
87,5% E11 ; E12 ; - 12,5%
un outil de diagnostic E4
7/8 E15 ; E18 ; 0/8 1/8
E19
E2 ; E5 ;
un outil d’aide à la prise 87,5% E11 ; E12 ; 12,5% -
E4
de décision 7/8 E15 ; E18 ; 1/8 0/8
E19
Source : auteur

Les finalités observées par la revue de la littérature (outil de dialogue social et de diagnostic)
sont ainsi validées par l’analyse du terrain. Un élément nouveau issu de l’étude de terrain
considérant l’outil de reporting sociétal comme outil d’aide à la prise de décision a été observé
même si l’entreprise E2 a répondu que la production de l’outil une fois par an n’est pas
suffisante pour prendre des dicisions critiques (cf. Tableau 54).

216
Chapitre 4
L’analyse des pratiques de RSE et de l’outil de reporting sociétal : cas des entreprises à Madagascar

Tableau 54 : Le réporting sociétal comme outil de dialogue social, de diagnostic et d’aide


à la prise de décision
Finalités
Objectifs stratégiques
observées
- pour un dialogue social entre
l’organisation et la société.
Eléments de la littérature - pour répondre aux attentes des
validés par l’étude du terrain différentes parties prenantes en termes
de transparence et aux demandes des
investisseurs
(4) un outil de
(relayées par les autorités de contrôles
Elément de la littérature non dialogue social
des marchés financiers et les agences
validé par l’étude du terrain et de
de notation sociétale).
diagnostic
- pour évaluer si les objectifs de RSE
sont atteints et si les actions mises en
place répondent aux attentes des parties
prenantes ;
- pour contrôler et vérifier les activités
Eléments nouveaux issu de
RSE effectuées par les entreprises.
l’analyse du terrain
- pour convaincre les organes décideurs
les investissements RSE apportent des (5) un outil d’aide
retombées positives ; à la prise de
- pour développer et faire évoluer décision
l’entreprise.
Source : auteur

(d) Le reporting sociétal, un outil de transparence

D’une manière générale, il apparait que les attentes des parties prenantes sont liées à la volonté
d’accroitre la trasparence de l’impact des activités des entreprises sur leur environnement. Selon
Magnaghi (2017) les entreprises sont soumises à une exigence accrue en termes de transparence
y compris dans les domaines extra-financiers car la transparence peut contribuer à la
construction d’une légitimité (Ben Rhouma, et al., 2014). Les résultats de la recherche montrent
que la communication des informations sociales et environnementales constitue une démarche
de transparence, et vise à mettre en place une relation transparente entre l’entreprise et ses
différentes parties prenantes (investisseurs ou partenaires étrangers, société mère ou ONE). La
production de l’outil permet le maintien de la licence to operate obtenue au démarrage de
l’exploitation pour les deux entreprises minières et le suivi du plan de gestion environnementale
du projet (PGEP) ou du plan de gestion environnementale spécifique (PGES) pour les trois
entreprises ayant un projet soumis à une étude d’impact.

« Toute entreprise se doit de communiquer sur sa performance sociétale, environnementale et


économique pour gagner la confiance de ses parties prenantes (…). Cette démarche de
transparence est primordiale pour l’entretien d’une relation de confiance et permet ainsi le

217
Partie 2
Processus d’analyse des pratiques de RSE et de l’outil de reporting sociétal

maintien du permis social (…). La transparence, le respect des engagements pris, et la


communication des performances sont également très importants » (corpus externe 2).

« [Le reporting constitue] un appui à la transparence de la filière (…). La transparence de la


chaîne de valeur ″huile de palme biologique‶ sera appuyée en se focalisant sur l’établissement
d’un système de traçabilité et des exigences administratives pour les certifications ainsi que
l’amélioration de la transparence budgétaire au niveau des communes » (corpus interne 6).

« Il faut être transparent, sur les activités qu’ils font ou bien les discussions devaient être à la
première page d’un journal le lendemain » (R6D5).

« Les parties prenantes exigent plus de transparence, pour que nos actions soient transparentes
au niveau de tout le monde (…), car il y a quand même une certaine transparence, et si on est
transparent, les gens comprennent un peu ce que nous faisons et ils se posent moins de
question » (E2E2).

Ensuite, le reporting sociétal peut être considéré comme un outil stratégique visant à nouer et
à entretenir une relation de confiance avec les parties prenantes telles que les investisseurs et
les banques prêteuses.

« [La publication des informations sociales et environnementales] (…) est primordiale pour
cultiver des relations de respect et pour entretenir une relation de confiance mutuelle »
(corpus externe 2).

« Si l’entreprise est bien cotée, les gens vont dire, on ne va pas la toucher, ils sont bons etc.,
[cela permet d’avoir] le capital sympathie [des gens]» (R6D5).

« Le reporting RSE permet d’entretenir une relation [de confiance] avec les bailleurs etc. »
(R7D6).

De plus, Madagascar ayant une faune et une flore fortement diversifiées, beaucoup d’entreprises
étrangères achètent des matières premières à Madagascar. Ces entreprises étrangères exigent
alors que les entreprises locales respectent des normes de qualité des produits. Ainsi, pour
gagner la confiance des clientèles étrangères, les entreprises produisent un reporting sociétal
qui détaille la manière dont elles prennent soin de leurs produits. Le verbatim suivant corrobore
cette idée en plus des résultats supra faisant référence aux mini-cas qui sont certifiés Ecocert.

218
Chapitre 4
L’analyse des pratiques de RSE et de l’outil de reporting sociétal : cas des entreprises à Madagascar

« Yves Rocher a pas mal d’ingrédients cosmétiques qui viennent de Madagascar, donc il est
important de nouer une relation de confiance à travers la communication des informations
relatives à la démarche qualité » (R8C2).

Enfin, « les retombées du principe de transparence améliorent fortement la qualité des rapports
(…) en obligeant les entreprises à préciser le périmètre couvert et non couvert, les méthodes
de recueil des données et les changements de méthodes » (Quairel-Lanoizelée, 2004). Les
résultats supra présentent l’influence des parties prenantes telles que les investisseurs, les
partenaires étrangers, la société mère ou l’Office National pour l’Environnement en termes de
transparence comme stimuli majeurs de la production de l’outil de reporting sociétal. De plus,
« les enjeux de la vérification sont fondamentaux pour la crédibilité des reporting sociétaux »
(Quairel-Lanoizelée, 2004), car « à l’instar des informations comptables, la vérification par
une tierce partie est présentée comme une condition de la confiance des utilisateurs »
(Capron et Quairel-Lanoizelée, 2009). Ainsi, les informations publiées doivent être contrôlées
pour améliorer leur crédibilité (Boyer-Allirol, 2013). Comme le montre les verbatim suivants,
la production de l’outil de reporting sociétal permet de vérifier que l’entreprise s’est bien
engagée dans une démarche de RSE et qu’elle a intégré la notion d’amélioration continue.

« C’est considéré à l’interne comme quelque chose d’important qui donne un peu de crédibilité
à tous (…), on est plus crédible et on rend ces informations accessibles aux gens et aux parties
prenantes et aux actionnaires, etc. Donc, on sait que si on veut être pris au sérieux, être
considéré comme crédible et redevable ça c’est le minimum qu’on devrait faire » (E3E2).

« Que ce soit l’Office National pour l’Environnement (ONE) ou les ingénieurs indépendants,
mandatés par nos bailleurs de fonds, ils viennent ici deux fois par an pour faire les audits et les
évaluations, donc obligatoirement il faut avoir un reporting avant qu’ils viennent, on leur donne
le rapport, les informations et c’est à eux de vérifier tous les indicateurs » (E2E2).

« Nos partenaires dans notre division, pour travailler avec nous, ils doivent sûrement faire ce
qu’on appelle une ‘Due diligence’. Cette vérification est nécessaire et ça c’est un critère (…).
C’est obligatoire dans le terme de management, lorsqu’on met des actions en œuvre, il faut
évaluer, il faut prendre des mesures correctives ou une amélioration peut-être, un réajustement
de budget peut-être, une amélioration au niveau des relations. Donc c’est toujours une
obligation dans le cadre d’un management, il faut toujours élaborer un rapport afin d’apporter
une solution » (E3E2).

219
Partie 2
Processus d’analyse des pratiques de RSE et de l’outil de reporting sociétal

« Le reporting développement durable consiste à mesurer la performance d’une organisation


en matière de développement durable, à en communiquer les résultats puis à en rendre compte
aux parties prenantes internes et externes » (corpus externe 4).

Le besoin de satisfaire et de rassurer les différentes parties prenantes en termes de transparence


peuvent motiver les neuf entreprises à produire un outil de reporting sociétal de qualité.
Néanmoins, pour cautionner et pour crédibiliser les informations publiées, les entreprises
doivent mettre en place des dispositifs de contrôle, de vérification et d’audit. À Madagascar, il
n’existe pas de texte législatif et réglementaire obligeant le contrôle, la vérification et l’audit
des informations sociales et environnementales publiées par les entreprises.

Il ressort ainsi de ces verbatim qu’en plus des trois principaux usages de l’ouil de reporting
sociétal identifiés par la revue de la littérature (outil d’information et de reddition, outil de
légitimité, de gestion de l’image et de crédibilité et outil de dialogue social, de diagnostic et
d’aide à la prise de décision) le reporting sociétal peut également être considéré comme un outil
de transparence. Il permet de répondre à des objectifs stratégiques des entreprises en termes de
transparence synthétisés par le Tableau 55.

Tableau 55 : Le reporting sociétal, un outil de transparence


Finalités
Objectifs stratégiques
observées
- pour maintenir la licence to operate
obtenu au démarrage de l’activité ;
- pour nouer et entretenir une relation de
confiance avec les parties
prenantes telles que les investisseurs,
les banques prêteuses et les clientèles
Eléments nouveau issu de étrangères ; (6) un outil de
l’analyse du terrain - pour vérifier que l’entreprise est bien transparence
engagée dans une démarche de RSE et
qu’elle a intégré la notion de démarche
continue ;
- pour justifier les actions RSE menées
et pour satisfaire les attentes des parties
prenantes en termes de transparence.
Source : auteur

En conclusion, l’analyse des questionnaires et des verbatim recueillis lors des entretiens
montrent que les usages du reporting sociétal sont très divers puisqu’il peut être considéré
comme :
- (1) un outil de reddition et d’information ;
- (2) une outil de légitimité, de gestion de l’image et de crédibilité ;

220
Chapitre 4
L’analyse des pratiques de RSE et de l’outil de reporting sociétal : cas des entreprises à Madagascar

- (3) un outil marketing ;


- (4) un outil de dialogue social et de diagnostic ;
- (5) un outil d’aide à la prise de décision ;
- (6) un outil de transparence.

Le Tableau 56 met en évidence un large consensus des répondants sur les usages de l’outil de
reporting sociétal. Ils sont unanimes pour répondre que c’est un outil d’information. Sept
entreprises sur les huit affirment qu’il s’agit d’un outil de dialogue social, de diagnostic et d’aide
à la prise de décision. Enfin, pour cinq entreprises il s’agit d’un outil de reddition et de
marketing.

Tableau 56 : Les usages du réporting sociétal


Usage du reporting sociétal Oui
un outil d’information 100% - 8/8
un outil de dialogue social
un outil de diagnostic 87,5% - 7/8
un outil d’aide à la prise de décision
un outil de reddition
62,5% - 5/8
un outil de marketing
Source : auteur

Les usages liés à la légitimité, la gestion de l’image, la crédibilité et la transparence ont été
identifiés par les verbatim issu des entretiens.

Les résultats de la recherche permettent ainsi d’apporter des éléments nouveaux en plus de ceux
identifiés par la revue de la littérature (cf. Schéma 36).

221
Partie 2
Processus d’analyse des pratiques de RSE et de l’outil de reporting sociétal

Schéma 36 : Les usages du reporting sociétal à l’issu de l’étude du terrain

Source : auteur

***

L’étude des neuf mini-cas d’entreprises produisant un reporting sociétal a permis d’identifier
les éléments déclencheurs (influence des investisseurs et partenaires étrangers pour l’essentiel)
et l’impact des objectifs stratégiques des entreprises (recherche ou volonté de transparence, de
gestion de l’image, de visibilité, etc.) sur les facettes de l’outil de reporting sociétal mis en
avant (outil d’information, de dialogue social et de diagnostic).

À présent, l’étude des treize mini-cas d’entreprises ne produisant pas un reporting sociétal
devrait permettre de comprendre pourquoi à ce jour elles ne produisent pas l’outil : leurs
motivations ne sont-elles pas suffisantes ou les freins sont-ils trop nombreux pour elles ?

2. 2. Les motivations des entreprises ne produisant pas de reporting sociétal :


étude auprès de treize mini-cas

Le Tableau 57 permet d’observer que dix entreprises sur les treize (77% environ) ne produisent
pas à ce jour le reporting sociétal, mais pensent que la production de l’outil peut être nécéssaire
pour leur entreprise. Seules trois entreprises (23% environ) ont répondu que l’outil ne constitue
pas une nécéssité pour leur entreprise. Parmi ces trois entreprises, deux ont anoncé que la
production de l’outil de reporting sociétal n’est pas obligatoire pour les entreprises à

222
Chapitre 4
L’analyse des pratiques de RSE et de l’outil de reporting sociétal : cas des entreprises à Madagascar

Madagascar, alors il n’est pas nécessaire de le produire ; et une entreprise a répondu que le
volume des activités RSE de l’entreprise ne nécessite pas l’élaboration d’un rapport très élaboré.

Tableau 57 : Réponses au questionnaire, treize mini-cas


Entreprises Total des Taux des
Questions Les réponses
concernées réponses réponses
D’après vous, produire E1 ; E6 ; E7 ; E8 ;
un rapport RSE/DD est- Oui E9 ; E10 ; E13 ; 10 77%
il nécessaire pour votre E16 ; E17 ; E20
entreprise ? Non E3 ; E14 ; E21 3 23%
Pas obligatoire E3 ; E14 2 67%
Le volume des activités
Si non, pourquoi ?
RSE actuelles ne
(3 répondants) E21 1 33%
nécessite pas un rapport
très élaboré
Pour garder les E1 ; E8 ; E9 ;
informations sur les E10 ; E13 ; E16 ; 8 80%
activités RSE/DD E17 ; E20
Pour se démarquer par E1 ; E7 ; E8 ;
5 50%
rapport à la concurrence E13 ; E20
Pour informer les clients
sur les activités RSE de E6 ; E7 2 20%
Si oui, pourquoi ? * l’entreprise
(10 répondants) Pour maintenir la
E7 ; E9 ; E10 ;
confiance des parties 5 50%
E16 ; E20
prenantes
Pour aider à la prise des E9 ; E10 ; E16 ;
4 40%
décisions E20
Pour diagnostiquer les
E9 ; E10 ; E13 ;
activités RSE de 5 50%
E16 ; E20
l’entreprise
*réponses à choix multiples Source : auteur

Le Schéma 37 présente ainsi les objectifs stratégiques mis en avant par les treize entreprises
qui ne produisent pas l’outil de reporting sociétal.

223
Partie 2
Processus d’analyse des pratiques de RSE et de l’outil de reporting sociétal

Schéma 37 : Les objectifs stratégiques mis en avant par les treize entreprises ne
produisant pas le reporting sociétal

Source : auteur

Parmi les dix entreprises qui estiment qu’il pourrait être nécessaire de produire un outil de
reporting sociétal, le premier objectif stratégique mis en avant est relié au souci de conservation
des informations sur les actions RSE menées par les entreprises et de rendre compte des actions
menées auprès des parties prenantes (huit entreprises sur les dix). Cette nécessité de rendre
compte rejoint trois autres objectifs stratégiques cités par la moitié de l’échantillon : la volonté
de se démarquer des concurrents en mettant en avant les actions de RSE réalisées, la volonté
d’établir une relation de confiance avec les parties prenantes et enfin la possibilité d’utiliser les
informations collectées pour servir de base au diagnostic des actions de RSE menées. Les autres
objectifs stratégiques mis en avant sont d’utiliser le reporting sociétal pour prendre des
décisions (quatre entreprises) ou informer les clients (deux entreprises).

Les verbatim issus des entretiens, du questionnaire et de l’analyse des documents secondaires
internes et documents secondaires externes permettent de corroborer ces résultats.

224
Chapitre 4
L’analyse des pratiques de RSE et de l’outil de reporting sociétal : cas des entreprises à Madagascar

(a) Pour rendre compte aux parties prenantes et pour l’information

Pour le répondant E14, l’outil de reporting sociétal pourrait être élaboré pour que les entreprises
puissent rendre compte de leurs activités auprès des différentes parties prenantes. Le répondant
se réfère ainsi à l’usage reddition.

« La production du rapport RSE/DD est nécessaire pour les entreprises à Madagascar pour la
redevabilité, la normalisation et l’impact social » (questionnaire E14).

Ce verbatim permet de corroborer l’idée que la production de l’outil de reporting sociétal peut
être motivée par le besoin et le devoir de rendre des comptes sur les informations relatives à
l’adoption de la démarche de RSE auprès des parties prenantes. Le reporting sociétal se
caractérise dans ce cas comme un outil de reddition.

Les verbatim suivants font référence à l’usage du reporting sociétal en tant qu’outil
d’information. Le reporting sociétal est ainsi considéré par ce répondant comme un outil
permettant de sensibiliser et d’intégrer les différentes parties prenantes pour adopter la
démarche RSE.

« Le monde entier est la cible du rapport RSE/DD pour une question de sensibilisation
(questionnaire E9).

« Le rapport RSE/DD peut être produit pour l’information générale » (questionnaire E17).

« Le rapport RSE/DD est nécessaire pour les entreprises à Madagascar pour l’information sur
les réalisations sociales du secteur privé » (questionnaire E21).

« Le rapport RSE/DD permet d’assurer les employés, les partenaires, les clients et autres pour
qu’ils puissent comprendre l’importance de l’activité RSE, pour que l’activité soit
incontournable pour tout le monde » (questionnaire E20).

Ces verbatim corroborent l’idée que le reporting sociétal est un outil d’information permettant
d’intégrer les parties prenantes à la démarche de RSE, de les rassurer, de leur donner confiance
et de satisfaire leurs attentes en matière de transparence. Ce qui permet également de retrouver
l’usage du reporting sociétal en tant qu’outil d’information et de transparence.

225
Partie 2
Processus d’analyse des pratiques de RSE et de l’outil de reporting sociétal

(b) Pour entretenir la visibilité et pour la gestion de l’image de l’entreprise

Le répondant E3 a soulevé l’idée de gestion de l’image de l’entreprise. Pour ce répondant, il est


important que l’entreprise soit reconnue par la population comme une entreprise citoyenne.
Entretenir l’image envers la population est une bonne chose pour les affaires.

« Pour nous c’est en terme d’image, est-ce que les gens, la population Malgache ont bien senti
le devoir du groupe pendant l’année (…), c’est surtout en terme de retombées, d’image (…).
L’objectif c’est qu’on soit reconnu, qu’on est une entreprise citoyenne (…), on consacre
beaucoup sur l’image que le groupe ne se focalise pas seulement sur le business, je donne un
exemple, la distribution de boissons [gratuites] pour entretenir l’image [du groupe] au niveau
des consommateurs » (E4E3).

Le répondant E1 avance l’idée de crédibilité et de visibilité. Selon ce répondant, la production


de l’outil de reporting sociétal permet de montrer que l’entreprise est responsable. De plus,
l’outil constitue un moyen permettant de garder les informations relatives à l’adoption de la
démarche RSE de l’entreprise et peut servir de partage et de document de référence. Il permet
de se conformer aux pratiques des entreprises concurrentes et peuvent être en lien avec des
phénomènes de mode.

« C’est pour être crédible au niveau de nos actions en leur faisant notre rapport (…). C’est
surtout pour pouvoir mettre en place un système de visibilité sur le côté développement durable
(…), présentation de nos visibilités en tant qu’entreprise responsable sur la partie RSE.
L’élaboration du rapport RSE/DD permet de garder des archives (…), d’évaluer au temps zéro
et à la fin du projet » (E1E1).

« Le rapport RSE/DD permet de servir de partage et de document de référence ainsi que pour
faire référence aux entreprises ou par rapport à la concurrence » (questionnaire E1).

Selon le répondant E6, la production de l’outil de reporting sociétal est nécessaire pour les
entreprises opérant dans un pays pauvre comme Madagascar. Il permet une différenciation par
rapport aux entreprises concurrentes.

« Le rapport RSE/DD constitue un élément de différenciation nécessaire dans un pays pauvre »


(questionnaire E6).

Pour le répondant E7 la production de l’outil peut être motivée par des phénomènes de mode.

226
Chapitre 4
L’analyse des pratiques de RSE et de l’outil de reporting sociétal : cas des entreprises à Madagascar

« Le rapport RSE/DD est élaboré pour suivre la tendance » (questionnaire E7).

Ces verbatim permettent de corroborer l’idée de la production de l’outil de reporting sociétal


dans le but d’entretenir la réputation, de gérer l’image et la crédibilité de l’entreprise et
d’apporter plus de visibilité. C’est aussi un moyen de marketing en utilisant le reporting sociétal
pour faire de la publicité et suivre des phénomènes de mode.

(c) Le reporting sociétal comme outil d’aide à la prise de décision

Le répondant E10 fait référence à l’usage du reporting sociétal en tant qu’outil d’aide à la
décision. Pour ce répondant, la production de l’outil de reporting sociétal permet à l’entreprise
de situer les actions de RSE à mettre en œuvre et à prendre les décisions correspondantes en
fonction des objectifs stratégiques des entreprises.

« Le rapport RSE/DD aide à la décision pour que les entreprises situent leur niveau d’action
en terme de RSE et prennent les décisions correspondantes en fonction de leurs objectifs »
(questionnaire E10).

Ce verbatim permet de corroborer l’idée que le reporting sociétal peut être considéré comme
un outil d’aide à la prise de décision même si les résultats de la recherche n’apportent pas des
échantillons représentatifs le confirmant.

Enfin, les treize entreprises ont été interrogées sur les facteurs qui pourraient les motiver pour
produire un reporting sociétal.

Tableau 58 : Les facteurs qui pourraient motiver les treize entreprises pour produire un
reporting sociétal
Entreprises Total des Taux des
Questions Les réponses
concernées réponses réponses
Influence des
E1 ; E3 ; E6 ;
investisseurs ou des
E9 ; E13 ; E14 ; 8 62%
partenaires étrangers ou
E17 ; E21
D’après vous, qu’est-ce de la société mère
qui pourrait motiver la E1 ; E6 ; E8 ;
Par conviction 6 46%
production d’un rapport E9 ; E13 ; E20
RSE/DD ? E1 ; E6 ; E9 ;
Pour la réglementation et
(13 répondants)* E10 ; E13 ; E14 ; 7 54%
pour la normalisation
E16
Pour structurer l’adoption
E7 1 8%
RSE de l’entreprise
*
plusieurs réponses possibles Source : auteur

227
Partie 2
Processus d’analyse des pratiques de RSE et de l’outil de reporting sociétal

Là encore on peut remarquer que tout comme pour les neuf entreprises produisant un reporting
sociétal le facteur déclencheur semble être l’influence des investisseurs ou des partenaires
étrangers (cité par huit entreprises) ou pour satisfaire (cité par sept entreprises) à une
réglementation (législative ou professionnelle). Dans les deux cas, il semble qu’une pression
coercitive doit être perçue par les entreprises pour que ces dernières, qui réalisent pourtant des
actions de RSE, les instrumentalisent via un outil de reporting sociétal.

Enfin, les verbatim permettent d’observer des complémentarités entre les usages du reporting
sociétal. Par exemple, le reporting sociétal en tant qu’outil de reddition et d’information peut
être lié à son usage de dialogue social ou d’aide à la prise de décision voire de transparence
(c.f. Schéma 38)

Schéma 38 : Complémentarité entre les usages observés du reporting sociétal

Source : auteur

***

L’étude réalisée auprès des 22 entreprises de notre échantillon a permis de montrer l’importance
des investisseurs ou partenaires étrangers dans l’instrumentation de la démarche RSE via un
reporting sociétal, que ce soit auprès des neuf entreprises produisant d’ores et déjà l’outil ou
celles qui n’en produisent pas mais qui le feraient si elles avaient des demandes de la part de
leurs bailleurs de fonds (société mère, investisseurs, banques, etc.). Plus spécifiquement pour

228
Chapitre 4
L’analyse des pratiques de RSE et de l’outil de reporting sociétal : cas des entreprises à Madagascar

les entreprises du secteur minier la pression exercée par l’Office National pour l’Environnement
dans le cadre de l’application du décret MECIE explique également cette instrumentation.
L’outil de reporting sociétal permettrait de satisfaire les exigences imposées par la
réglementation.

D’une manière générale, l’outil de reporting sociétal est avant tout mobilisé afin de recenser
les actions de RSE réalisées et aussi rendre compte aux différentes parties prenantes. Les termes
de confiance, d’information, de transparence sont aussi largement utilisés dans les verbatim
collectés et montrent des finalités diverses, voire complémentaires, attribuées à l’outil de
reporting sociétal qui est aussi un outil de dialogue social avec les différentes parties prenantes,
qu’elles soient internes (salariés, actionnaires) ou externes (financeurs, population, clients) à
l’entreprise (cf. Schéma 38 supra).

Néanmoins, si cette instrumentation des actions de RSE via le reporting sociétal permet de
satisfaire de nombreux objectifs stratégiques des entreprises, pourquoi cet outil n’est-il pas plus
largement mobilisé ? Ce point va être traité dans le paragraphe suivant.

3. Les facteurs freinant la production de l’outil de reporting sociétal

Malgré les différents stimuli et les facteurs favorisant la production de l’outil reporting sociétal,
il existe également différents obstacles freinant sa production. La revue de littérature réalisée
dans la partie 1 de la recherche a permis d’identifier trois obstacles majeurs : les problèmes liés
à la définition du périmètre, les contraintes financières et techniques et les contraintes de temps.

L’étude des questionnaires et des entretiens n’a pas permis de relever des difficultés liées à la
définition du périmètre. Le fait que les sociétés concernées soient des filiales ou des sociétés
n’ayant pas de filiales fait que la délimitation de leur périmètre d’action soit sans doute assez
simple à définir.

Concernant les contraintes financières et techniques et les contraintes de temps, elles semblent
devoir être englobées dans une contrainte plus générique : la taille de l’entreprise.

Enfin, l’étude des verbatim a permis de faire ressortir une contrainte non identifiée par la
littérature qui est à relier à la méconnaissance des cadres de référence existants en matière de
reporting extra-financier, et les difficultés ressenties par certaines entreprises pour choisir les

229
Partie 2
Processus d’analyse des pratiques de RSE et de l’outil de reporting sociétal

informations pertinentes à faire figurer dans le rapport afin de répondre aux attentes des parties
prenantes en termes de transparence.

(1) Les contraintes liées à la taille des entreprises : contraintes financières, matérielles et
de temps

La production de l’outil de reporting sociétal est générateur de coûts et consommateur de temps.


Pour limiter les coûts liés à la production papier de l’outil, les entreprises optent pour une
version en ligne sur leur site internet mais cela peut aussi générer des coûts supplémentaires
liés à la traduction des informations. C’est le cas en particulier de l’entreprise E2, joint-venture
entre trois compagnies (canadienne, japonaise et coréenne), qui est amenée à publier deux
versions de son reporting sociétal, une en langue française et une autre en langue anglaise
comme précisé par les verbatim suivants :

« 0n a créé un site web, ça fait déjà des impacts, élaborer le rapport et finaliser et traduire en
différentes versions, au moins deux versions, version française et version anglaise, ça engendre
quand même un certain coût, surtout si on n’a pas la ressource en interne. Pour faire la
traduction, il faut demander les services des prestataires pour vraiment introduire les
informations » (E2E2).

« Avant on publiait ça physiquement mais pour des raisons budgétaires on ne publie pas
physiquement mais c’est électronique » (E3E2).

De plus, pour gérer plus facilement les informations à faire figurer dans le rapport, les
entreprises doivent mettre en place un système d’information performant. Aussi, « le reporting,
de plus en plus exigeant en termes de transparence, de fiabilité et de traçabilité peut être mis
en place soit par l’achat de logiciels qui permettent de structurer l’information
(Enablon, Ivalua…) soit par le développement en interne de solutions »
(Leroux et Pupion, 2011). Néanmoins, la mise en place d’un système d’information performant
génère des coûts supplémentaires pour l’entreprise. Ainsi, les coûts liés au développement ou à
la mise à niveau du système d’information peuvent être considérés comme facteurs freinant la
production de l’outil de reporting sociétal.

230
Chapitre 4
L’analyse des pratiques de RSE et de l’outil de reporting sociétal : cas des entreprises à Madagascar

« Il existe un cadre qui est donné par le ministère de notariat, je crois, via le BNGRC32, sauf
que c’est quelque chose qui n’est vraiment pas très fun, qui n’est pas très bien appliqué, c’est
un tableau Excel qui a deux milles colonnes » (R3D2).

Ensuite, la production de l’outil de reporting sociétal est également consommateur de temps


depuis la collecte des informations jusqu’à la publication du rapport, en passant par les étapes
de validation des données comme le montre le verbatim suivant :

« On a tout un processus de revue interne pour valider le contenu, valider les données, pour
être sûr qu’on est correct avant que ça soit publié. C’est pourquoi, ça prend un peu de temps
parce qu’il y a validation interne avec le senior management (…) en interne on fait la rédaction
et c’est validé par le senior management [qui est composé de six personnes], pour être sûr que,
pour les départements des divisions respectives, que les informations sont correctes, puis c’est
envoyé aux partenaires. C’est difficile de dire combien de personnes [sont] impliquées [dans le
processus d’élaboration du rapport] mais c’est [réalisé auprès de] plusieurs [niveaux], c’est
coordonné par plusieurs équipes au sein de notre division pour être sûr que ça continue. (…)
c’est une question de temps car on est une petite équipe qui le fait et ce n’est pas la seule chose
que nous faisons, je ne dirais pas que c’est un frein mais c’est un petit défi parce qu’on est deux
personnes au sein de notre division de développement durable qui travaillent sur la rédaction
et qui valident, qui vérifient, on a quelqu’un qui fait toute la sélection des photos, on a quelqu’un
qui fait la mise en page, il y a des spécialistes à ça, mais ça c’est avec toutes nos responsabilités
(…). Il y a des coûts en terme de temps, beaucoup de personnel qui doit se consacrer à ça,
l’équipe de la rédaction, l’équipe qui fait la mise en page etc. » (E3E2).

Comme vu supra, les neuf entreprises produisant l’outil doivent mettre en place des dispositifs
de contrôle, de vérification et d’audit pour cautionner et pour crédibiliser les informations
publiées et pour satisfaire les attentes des parties prenantes en termes de transparence.
Néanmoins, la mise en place des dispositifs de collecte d’informations et des mécanismes ou
procédures d’audit est générateur de coûts financiers, matériels et de temps.

Ainsi, il semble logique de conclure que les contraintes financières, matérielles et de temps
freinent la production de l’outil de reporting sociétal.

32
Le BNGRC est le bureau national de gestion des risques et catastrophes.

231
Partie 2
Processus d’analyse des pratiques de RSE et de l’outil de reporting sociétal

(2) Les contraintes liées à l’accès à l’information

Deux obstacles majeurs composent les contraintes liées à l’accès à l’information : la


méconnaissance des cadres de référence existants en matière de RSE et de diffusion des
informations sociales et environnementales et les freins liés à la collecte des informations
pertinentes et de qualité.

 La méconnaissance des cadres de référence existants en matière de RSE et de


diffusion des informations sociales et environnementales

La global reporting initiative (GRI) apparaît aujourd'hui comme la référence mondiale en


matière de diffusion des informations sociales et environnementales. Cette norme « constitue
une référence dans les discours sur le rapportage de développement durable, [mais] elle en
encore loin d’une application effective » (Capron et Quairel-Lanoizelée, 2009). Elle reste pour
l’instant difficilement applicable pour permettre d'avoir un bon référentiel de reporting comme
le montre le verbatim suivant :

« Comme le GRI, ils ont des indicateurs, ce n’est pas tout à fait transférable parce qu’on doit
faire l’index avec des indicateurs de GRI » (E3E2).

De plus, il existe des entreprises qui ne connaissent pas l’existence des cadres de référence en
matière de RSE et de diffusion des informations sociales et environnementales.

« Nous avons envie de le faire, [d’élaborer un rapport RSE/DD] mais pour le moment nous
n’avons pas de cadre de référence » (E1E1).

« Je ne suis pas encore au courant des normes ISO 26000, seulement les normes ISO 9001, mais
au niveau de la RSE, je ne suis pas encore au courant des normes pour l’élaboration, pour les
lignes directrices » (E4E3).

Pourtant, la revue de littérature dans la partie 1 identifie la norme Global Reporting Initiative
(GRI) comme principale norme internationale en matière de diffusion des informations sociales
et environnementales. En 2010, la GRI a proposé la création et l’adoption d’une norme de
reporting intégré ou Integrated reporting. Néanmoins, l’usage du reporting intégré reste timide.

232
Chapitre 4
L’analyse des pratiques de RSE et de l’outil de reporting sociétal : cas des entreprises à Madagascar

Les résultats de la recherche permettent ainsi d’observer que la méconnaissance des cadres de
références existant en matière de RSE et de diffusion des informations sociales et
environnementales constituent un frein à la production de l’outil de reporting.

 Les freins liés à une collecte des informations pertinentes et de qualité

Selon Capron et Quairel-Lanoizelée (2009), « les questions sur les multiples destinataires et
l’hétérogénéité des attentes [des parties prenantes] (…) constituent des freins puissants à
l’amélioration de la qualité globale des rapports, d’autant que la position du normalisateur
global reporting initiative (GRI) et son propre besoin de légitimation le conduit à des
aménagements qui atténuent largement les avancées proposées ». Comme relevé pour partie
dans le paragraphe précédent, la publication d’un reporting sociétal crédible suppose que les
informations soient pertinentes et de qualité. Pour cela, il faut mettre en place des dispositifs de
collecte d’informations et des mécanismes ou procédures d’audit de ces informations. De
même, comme ces informations s’adressent à des cibles différentes, il importe de sélectionner
les informations qui soient pertinentes et de les mettre en valeur en optant pour des modes de
communication les plus adaptés à la cible. Cela implique pour les entreprises de recruter des
personnes ayant ces compétences ou de former le personnel pour qu’il acquiert de nouvelles
compétences en termes d’audit et de communication ou alors d’externaliser la prestation (audit
ou communication). Ces propos sont également corroborés par le verbatim suivant :

« Comme c’est un rapport qui va sortir au niveau international pour tout le monde, il faut un
certain niveau de qualité à exiger » (E2E2).

Il ressort ainsi de cette analyse que la collecte des informations pertinentes et de qualité
constitue un frein à la production de l’outil de reporting sociétal.

***

Les contraintes financières, matérielles et de temps, la méconnaissance des cadres de référence


en matière de RSE et de diffusion des informations sociales et environnementales et la collecte
des informations pertinentes et de qualité constituent des freins à la production de l’outil de
reporting sociétal. Ces résultats permettent de vérifier les hypothèses ennoncées dans la partie 1
faisant référence au cadre conceptuel de la recherche et s’inspirant du modèle de Lüder (1992)
mettant en évidence que l’instrumentation peut être freiner par des contraintes liées à la taille
(coût financier ou en temps) ou à l’accès à la connaissance.

233
Partie 2
Processus d’analyse des pratiques de RSE et de l’outil de reporting sociétal

4. Vérification des hypothèses sur la production de l’outil de reporting sociétal

Ce dernier paragraphe vise à vérifier les hypothèses citées dans la partie 1 de la recherche :

- (1) L’environnement socio-économique influence positivement la production de


l’outil de reporting sociétal ;
- (2) Il existe des objectifs stratégiques des entreprises expliquant la production de
l’outil de reporting sociétal ;
- (3) Il existe des obstacles pouvant freiner la production de l’outil de reporting
sociétal.
Hypothèse 1. L’environnement socio-économique influence positivement la
production de l’outil de reporting sociétal

Les résultats de la recherche permettent de conclure qu’il existe divers facteurs favorisant la
production de l’outil de reporting sociétal. Les facteurs observés se réfèrent principalement à
des pressions coercitives faisant référence aux exigences des parties prenantes en termes de
transparence. Ainsi, l’influence des parties prenantes telles que les investisseurs, les partenaires
étrangers, la société mère, l’Office National pour l’Environnement (ONE), l’Etat ou la
population en termes de transparence est identifiée comme un stimulus majeur amenant à
produire l’outil de reporting sociétal. Pour cautionner et pour crédibiliser les informations
publiées et pour donner l’assurance aux parties prenantes, les entreprises doivent mettre en
place des dispositifs de contrôle, de vérification et d’audit. Cela peut se faire, soit en formant
les personnels pour qu’ils acquierent de nouvelles compétences en termes d’audit et de
communication, soit en externalisant la prestation auprès d’un organisme tiers indépendant
(OTI).

Hypothèse 2. Il existe des objectifs stratégiques des entreprises expliquant la


production de l’outil de reporting sociétal

Les résultats de la recherche permettent de conclure qu’il existe des objectifs stratégiques des
entreprises expliquant la production de l’outil de reporting sociétal. Les neuf mini-cas étudiés
produisent l’outil de reporting sociétal afin de répondre aux objectifs liés à la légitimité, à la
gestion de l’image, à la crédibilité, à la visibilité, à la tranparence voire à des fins marketing et
les treize mini-cas pourraient être amenés à le produire pour les mêmes raisons. C’est pourquoi

234
Chapitre 4
L’analyse des pratiques de RSE et de l’outil de reporting sociétal : cas des entreprises à Madagascar

il est possible de conclure que les objectifs stratégiques des entreprises favorisent la production
de l’outil de reporting sociétal.

Hypothèse 3. Des obstacles liés à la taille et à l’accès à l’information peuvent


freiner la production de l’outil de reporting sociétal

Les résultats de la recherche permettent également de conclure qu’il existe des obstacles
pouvant freiner la production de l’outil de reporting sociétal. Ces obstacles se référent souvent
à la taille de l’entreprise (contraintes financières, matérielles et de temps) et à l’accès à
l’information (méconnaissance des cadres de référence en matière de RSE et de diffusion des
informations sociales et environnementales et à des freins liés à une collecte d’informations
pertinentes et de qualité). Ainsi, la taille de l’entreprise et l’accès à l’information freinent la
production de l’outil de reporting sociétal. Plus l’entreprise est petite, plus elle rencontre des
difficultés financières et techniques.

***

Le Schéma 39 permet de présenter la phase 3 et la phase 4 du modèle assigné à la production


de l’outil de reporting sociétal.
La phase 3 montre les facteurs favorisant et freinant la production de l’outil. Elle permet de
répondre à la quatrième et la cinquième question de recherche :
- QR4. Pourquoi les entreprises produisent-elles l’outil de reporting sociétal ?
- QR5. Quelle est la finalité poursuivie par l’outil de reporting sociétal (pour quoi) et
quelles sont les parties prenantes impliquées (pour qui) ?
La phase 4 fait référence à la mise en place des dispositifs de contrôle, de vérification et d’audit
permettant de cautionner et de crédibiliser les informations publiées et de satisfaire les attentes
des parties prenantes en termes de transparence. Elle permet également de répondre à la
quatrième question de recherche.

235
Partie 2
Processus d’analyse des pratiques de RSE et de l’outil de reporting sociétal

Schéma 39 : Les facteurs favorisant et freinant la production de l’outil de reporting


sociétal

Source : auteur

236
Chapitre 4
L’analyse des pratiques de RSE et de l’outil de reporting sociétal : cas des entreprises à Madagascar

Synthèse du chapitre 4

« Le reporting social et environnemental n’est pas


considéré uniquement comme une réponse aux contraintes
légales mais également comme un moyen de dialogue avec
les différentes parties prenantes afin de répondre à toutes
leurs attentes en termes d’informations »
(Damak-Ayadi, 2010).

Les résultats de la recherche permettent de conclure que même en l’absence de textes


réglementaires dédiés à la RSE, il existe des textes de lois et des dispositions gouvernementales
visant à motiver les entreprises à Madagascar à adopter la démarche de RSE. Ainsi, le cadre
règlementaire faisant référence au décret sur la mise en compatibilité des investissements sur
l’environnement (MECIE), au décret 2002-1128 pour lutter contre la corruption, à la loi
2015-003 sur la charte de l’environnement Malagasy, à la loi 2003-010 sur la politique nationale
de gestion des risques et des catastrophes et à la loi 2003-044 sur le code du travail et aux
dispositions réglementaires en matière de santé et de retraite constituent les stimuli majeurs
favorisant l’adoption de la démarche de RSE. Ces stimuli constituent la phase 0 du modèle,
éléments déclencheurs de l’adoption de la démarche de RSE et cela permet de répondre à la
première question de recherche : QR1. Quels sont les éléments déclencheurs de l’adoption de
la démarche de RSE ?

Ensuite, des facteurs institutionnels favorisent également l’adoption de la démarche de RSE.


L’influence des facteurs institutionnels constituent la phase 1 du modèle faisant référence à la
phase d’adoption de la démarche de RSE et permet ainsi de répondre à la deuxième question de
recherche : QR2. Pourquoi les entreprises pratiquent-elles la RSE ?

La phase 2 identifie les objectifs stratégiques et les formes de RSE pratiquées par les entreprises.
Cette deuxième phase permet de répondre à la troisième question de recherche : QR3. Quelle
est la finalité poursuivie par la démarche RSE (pour quoi) et quelles sont les parties prenantes
impliquées (pour qui) ?

La phase 3 du modèle permet d’observer la phase d’instrumentation de la RSE via le reporting


sociétal. Cette phase 3 permet d’observer qu’il existe des facteurs favorisant la production de

237
Partie 2
Processus d’analyse des pratiques de RSE et de l’outil de reporting sociétal

l’outil de reporting sociétal mais aussi des freins. Elle permet de répondre à la quatrième et
cinquième question de recherche : QR4. Pourquoi les entreprises produisent-elles l’outil de
reporting sociétal ? QR5. Quelle est la finalité poursuivie par l’outil de reporting sociétal
(pour quoi) et quelles sont les parties prenantes impliquées (pour qui) ?

La phase 4 permet de constater que pour cautionner et pour crédibiliser les informations
publiées et pour donner l’assurance aux parties prenantes que tout est mis en œuvre pour
répondre à leurs attentes en termes de transparence, des dispositifs de contrôle, de vérification
et d’audit doivent être mis en place par les entreprises. Elle permet également de répondre à la
quatrième question de recherche.

Le Schéma 40 présente le modèle hybride issu de la théorie néo-institutionnelle


(DiMaggio et Powell, 1983) et de la théorie de la contingence (Lawrence et Lorsch, 1967) et
inspiré du modèle de Lüder (1992) présentant les facteurs spécifiques à Madagascar favorisant
l’adoption de la démarche de RSE et la production de l’outil de reporting sociétal et les freins
liés à la production de l’outil.

238
Chapitre 4
L’analyse des pratiques de RSE et de l’outil de reporting sociétal : cas des entreprises à Madagascar

Schéma 40 : Les facteurs favorisant les pratiques de RSE et du reporting sociétal à


Madagascar

Source : auteur

239
Conclusion générale

Cette recherche a pour objectif d’étudier les pratiques de RSE et leur instrumentation via l’outil
de reporting sociétal à Madagascar. Une hybridation entre la théorie de la contingence de
Lawrence et Lorsch (1967) et la théorie néo-institutionnelle de DiMaggio et Powell (1983)
permettant d’analyser les informations issues de l’étude du terrain a été effectuée. Cette
hybridation a permis de proposer un modèle expliquant les facteurs favorisant l’adoption de la
démarche de RSE et la production de l’outil de reporting sociétal ainsi que les freins liés à
l’élaboration de cet outil. Ils constituent les principaux apports de la recherche. Le modèle a été
élaboré en s’inspirant du modèle de contingence de Lüder (1992). Cette conclusion consiste à
présenter les apports de la recherche, les limites et les perspectives de recherche future.

1. Apports de la recherche

Cette recherche permet de valider le modèle de contingence relatif à l’adoption de la démarche


de RSE et à la production de l’outil de reporting sociétal. L’étude a été effectuée auprès de 22
mini-cas d’entreprises à Madagascar. La recherche permet également de compléter les
informations issues de la revue de la littérature en apportant un éclaircissement sur certains
concepts. Enfin, elle permet d’apporter un appui sur le processus d’élaboration d’un outil de
reporting sociétal pour les entreprises à Madagascar.

1. 1. La validation du modèle de contingence

Le modèle développé dans le cadre de cette recherche comprend cinq phases. Les trois
premières phases (Phase 0, Phase 1 et Phase 2) font référence aux facteurs de contingence et
institutionnels favorisant l’adoption de la démarche de RSE. Les deux dernières phases
(Phase 3 et Phase 4) concernent respectivement la phase d’instrumentation de la RSE via le
reporting sociétal et la phase de contrôle, de vérification et d’audit permettant de crédibiliser
les informations publiées.

La phase 0 renvoie aux stimuli qui se réfèrent au cadre réglementaire et aux dispositions
gouvernementales pour la gestion des risques des catastrophes et de lutte contre la corruption
et les fraudes. Ils constituent les éléments déclencheurs de l’adoption de la démarche de RSE.
Cette première phase du modèle met en évidence que même en l’absence d’un cadre
réglementaire dédié à la RSE, il existe des textes de lois et des dispositions gouvernementales

241
Conclusion générale

amenant les entreprises à mettre en place des actions RSE, c’est-à-dire à prendre en compte des
aspects liés au triple bottom line (planet, profit, people) et des aspects liés à l’éthique et à la
morale. Les stimuli identifiés par la revue de littérature réalisée dans la partie 1 de la recherche
ont ainsi été validés par l’étude de terrain et la phase 0 répond à la première question de
recherche : QR1. Quels sont les éléments déclencheurs de l’adoption de la démarche de RSE ?
Pour les 22 mini-cas étudiés, les principaux éléments déclencheurs identifiés sont le cadre
réglementaire relatif au décret de mise en compatibilité de l’investissement pour
l’environnement (MECIE) et les dispositions gouvernementales en matière de gestion de
risques des catastrophes, de changement climatique et de la lutte contre la corruption et les
fraudes.

La phase 1 présente la phase d’adoption de la démarche de RSE. Elle permet d’observer que
les facteurs institutionnels favorisent les pratiques RSE. Ces facteurs institutionnels sont
déclenchés par les stimuli de la phase 0. La phase 1 du modèle répond à la deuxième question
de recherche : QR2. Pourquoi les entreprises pratiquent-elles la RSE ?
Les entreprises adoptent une démarche de RSE car elles sont influencées par les différentes
parties prenantes telles que l’Office National pour l’Environnement (ONE), l’Etat, la
population, la société mère ou les clientèles étrangères et par la sensibilité du dirigeant à la
pauvreté qui sévit à Madagascar. Une boucle de rétroaction peut être observée lors de cette
première phase du modèle car l’adoption de la démarche de RSE influence en retour
l’environnement socioculturel.

La phase 2 présente les objectifs stratégiques et les formes de RSE pratiquées par les entreprises.
Elle permet de répondre à la troisième question de recherche : QR3. Quelle est la finalité
poursuivie par la démarche RSE (pour quoi) et quelles sont les parties prenantes impliquées
(pour qui) ?
Les entreprises adoptent une démarche de RSE afin de satisfaire les objectifs de maximisation
des profits, de légitimité, de réputation et de gestion de l’image. De plus, les entreprises étudiées
mettent en place des actions permettant de faire face à l’instabilité politique, au changement
climatique, à la corruption, aux fraudes et à la pauvreté. La recherche a permis d’observer que
les parties prenantes internes (salariés, actionnaires) et externes (l’ONE, l’Etat, la société mère,
les financeurs étrangers et les clientèles étrangères) sont associées à la démarche de RSE des
entreprises. La mise en œuvre de la RSE répond aux objectifs stratégiques des entreprises et la

242
Conclusion générale

nature de ces objectifs stratégiques influence les comportements des acteurs en faveur de la
RSE et les formes de RSE.

Les trois premières phases du modèle permettent ainsi de conclure, d’une part, que les
responsabilités économiques des entreprises (verser des salaires, vendre des produits de qualité
aux clients, dégager des profits pour les actionnaires) sont influencées par le cadre légal des
affaires et le comportement éthique et moral faisant référence au respect des personnes ou à la
lutte contre la discrimination. D’autre part, la responsabilité économique des entreprises amène
ces dernières à mettre en place des actions éducatives ou philanthropiques. Le secteur privé, en
tant que vecteur du développement de Madagascar et conscient des risques engendrés par la
dégradation de la situation économique, sociale et environnementale prend également en
considération des dispositions gouvernementales permettant de prévenir et de limiter les
impacts du changement climatique (épisodes de sécheresses suivi par des pluies abondantes et
des cyclones, etc.), de la corruption et des fraudes. Enfin, les dirigeants sensibles à la pauvreté
(76,2% de la population, Banque mondiale, 2017) qui sévit à Madagascar influencent leurs
collaborateurs à mettre en place des actions philanthropiques telles que les programmes de
formations, des garderies pour les mères qui travaillent, des cantines, la distribution de
nourritures et de vêtements etc.

La phase 3 permet d’observer les facteurs favorisant ou freinant la production de l’outil de


reporting sociétal. Elle répond à la quatrième et à la cinquième question de recherche :
QR4. Pourquoi les entreprises produisent-elles l’outil de reporting sociétal ? QR5. Quelle est
la finalité poursuivie par l’outil de reporting sociétal (pour quoi) et quelles sont les parties
prenantes impliquées (pour qui) ?
La production de l’outil de reporting sociétal permet non seulement de répondre aux attentes
des différentes parties prenantes susmentionnées mais également de satisfaire les objectifs
stratégiques des entreprises tels que le besoin de rendre compte sur les actions RSE menées,
d’information, de dialogue social et de diagnostic.
Une double boucle de rétroaction peut également être observée lors de cette troisième phase.
En effet, le reporting sociétal en tant qu’outil de gestion des pratiques de RSE répond aux
objectifs stratégiques des entreprises en matière de RSE et ces dernières peuvent aussi évoluer
notamment du fait du contenu et des cibles visées par le reporting sociétal.

243
Conclusion générale

La phase 4 concerne la mise en place des dispositifs de contrôle, de vérification et d’audit


permettant de cautionner, de crédibiliser et de légitimer les actions de RSE menées et les
informations publiées. Les dispositifs mis en place assurent la qualité des informations figurant
dans le rapport et permettent ainsi de satisfaire les attentes des parties prenantes en termes de
transparence. La phase 4 répond à la cinquième question de recherche : QR5. Quelle est la
finalité poursuivie par l’outil de reporting sociétal (pour quoi) et quelles sont les parties
prenantes impliquées (pour qui) ?

Au-delà de la validation du modèle de contingence, la thèse a été l’occasion de définir certains


concepts notamment le concept de développement durable et de la RSE, la conception
américaine et européenne de la RSE et l’utilisation du terme reporting dans le cadre de la RSE
et dans le domaine de la comptabilité financière.

1. 2. Développement durable versus RSE

La recherche a permis de présenter les concepts de développement durable et de la RSE. Le


concept de développement durable (Rapport de Brundtland, 1987 ; Sommet de la terre à Rio,
1992) incite les entreprises à introduire et à décliner les aspects liés au triple bottom line (profit,
people, planet) dans leurs stratégies, tandis que le concept de la RSE (Bowen, 1953) renvoie à
l’idée selon laquelle les entreprises doivent intégrer dans leurs politiques, leurs décisions et
leurs pratiques les enjeux environnementaux et sociaux, en allant au-delà de leurs obligations
strictement économiques et réglementaires.

Le concept de développement durable se réfère au triple bottom line et le concept de la RSE


renvoie à l’éthique et à la morale. Le terme triple bottom line fait référence à l’opérationalisation
du concept de développement durable. Le concept de la RSE et de développement durable ont
emprunté des trajectoires parallèles dans les années 1990 et la revue de littérature a permis de
montrer que la RSE est la mise en œuvre et l’application volontaire du concept de
développement durable. En d’autres termes, le concept de la RSE est une opérationnalisation
élargie du concept de développement durable.

Ensuite, deux conceptions de la RSE ont été mises en évidence par la revue de littérature : une
conception américaine et une conception européenne. La conception américaine de la RSE
recouvre une action philanthropique souvent d’origine religieuse plus que sociale. Elle est posée
comme un devoir du chef d’entreprise qui doit contribuer au bien-être de la communauté. La
conception américaine de la RSE des années 1930-1940 fait ainsi référence aux valeurs et

244
Conclusion générale

attitudes humaines, religieuses et démocratiques ; elle renvoie généralement à la notion de


philanthropie. De plus, la conception américaine de la RSE fait appel à une prise en compte par
les entreprises de leurs responsabilités éthiques et morales au-delà du seul objectif de
maximisation des profits. La conception européenne de la RSE est beaucoup plus fondée sur
une approche institutionnelle où l’entreprise doit contribuer au concept de développement
durable, c’est-à-dire, prendre en compte les paramètres économiques, sociaux et
environnementaux. D’une manière générale, l’intégration du concept de développement
durable dans les stratégies des entreprises et la prise en compte des aspects liés à l’éthique et à
la morale constituent une obligation réglementaire pour les entreprises cotées et les grandes
entreprises.

La recherche a ainsi permis de mieux cerner les concepts de développement durable et de RSE
et la différence d’approche entre les conceptions américaine et européenne de la RSE.

1. 3. Reporting financier versus outil de reporting sociétal

Cette recherche a montré que les dirigeants expriment le besoin de diagnostic et de guides
destinés à les aider dans la mise en pratique du concept de la RSE.

La revue de littérature dans la partie 1 a permis d’identifier le reporting sociétal comme un outil
de gestion de la RSE permettant à l’entreprise de recenser les différentes actions liées à la RSE
et d’institutionnaliser la problématique de développement durable. Cet outil confère une source
de légitimité, de gestion de l’image, de dialogue social, de diagnostic complémentaire au
reporting financier.

Pour Ben Rhouma et al. (2014), le reporting sociétal est « un outil de reconquête de légitimité »
pour l’entreprise permettant d’apporter une image favorable d’elle-même tandis que le
reporting financier a pour objectif de donner une image fidèle de la situation financière d’une
entreprise et vise avant tout à informer les actionnaires ou les investisseurs de la richesse qu’ils
retireraient de la vente de leur patrimoine sur des marchés actifs (Giordano-Spring et Rivière-
Giordano, 2008). Ainsi, l’outil de reporting sociétal est considéré comme une source de
légitimité, de gestion de l’image et de crédibilité de l’entreprise. Il permet de suivre les objectifs
stratégiques des entreprises en matière de RSE et de justifier les actions menées.

245
Conclusion générale

D’une manière générale, l’outil de reporting sociétal est à destination des parties prenantes,
pour répondre à leurs attentes en termes de transparence, et le reporting financier est établi à
l’attention des actionnaires ou des investisseurs pour rendre compte de la gestion et de la
situation financière de l’entreprise. À l’occasion de l’assemblée générale, le reporting financier
annuel est, de fait, obligatoire tandis que le reporting sociétal reste largement facultatif au
niveau mondial. L’outil de reporting sociétal constitue pour les entreprises une ressource
stratégique donnant une légitimité à leur organisation et reflète par là même une adéquation
entre des valeurs sociales et des actions organisationnelles (Crette, 2012). Il constitue un
prolongement de la communication financière au regard de laquelle le rapport financier est le
document le plus symbolique. La publication d’un reporting sociétal est aussi un moyen
d’affirmer la responsabilité de l’entreprise non plus seulement économique, mais aussi sociale :
elle se doit de rendre des comptes à la société, des comptes qui ne sont plus financiers mais
citoyens (Dumez, 2008).

Cette recherche a aussi montré que l’outil de reporting sociétal n’est pas le seul moyen de
communication des informations sociales et environnementales. Il existe une large diversité de
supports de communication tant écrits qu’oraux. Les supports écrits comprennent : le reporting
développement durable, les informations intégrées dans le rapport annuel de gestion ou le
reporting intégré, les informations publiées sur le site internet ou sur l’intranet des entreprises,
etc. Les supports oraux concernent les réunions publiques, les consultations communautaires
ou les visites de sites, les portes ouvertes, les campagnes de sensibilisation ou les salons
professionnels, les médias, etc.

Concernant l’outil de reporting sociétal, objet de la recherche, l’analyse des facteurs favorisant
et freinant sa production auprès de 22 mini-cas à Madagascar permet de compléter les résultats
de l’analyse des facteurs influençant l’adoption d’un reporting de développement durable,
l’étendue et la qualité des informations communiquées réalisée par Hahn et Kühnen (2013).
Selon ces auteurs, l’influence des parties prenantes et la taille de l’entreprise présentent un effet
positif sur le reporting de développement durable car la variable « taille » peut être considérée
comme liée à la visibilité de l’entreprise. L’étude des 22 mini-cas a permis de conclure que la
production de l’outil de reporting sociétal constitue une réponse à des facteurs institutionnels.
Ces facteurs institutionnels peuvent être liés à des pressions coercitives faisant référence à
l’influence des parties prenantes telles que l’Office National pour l’Environnement (ONE),
l’Etat, la population, les financeurs, la société mère et les clientèles étrangères. De plus, les

246
Conclusion générale

entreprises cherchent à crédibiliser leurs engagements vis-à-vis des parties prenantes qui sont
susceptibles de mettre en cause leur légitimité. Pfeffer (1981) considère que l’objectif de la
légitimité est d’assurer une participation d’ensemble, une motivation et un engagement de
l’ensemble des parties prenantes envers les valeurs de l’organisation. Ainsi, la publication des
informations sociales ou environnementales donne une image positive à l’entreprise
(Point, 2001 ; O'Donovan, 2002). Cependant, pour cautionner et pour crédibiliser l’outil de
reporting sociétal et pour satisfaire les attentes des parties prenantes en termes de transparence,
les entreprises doivent mettre en place des dispositifs de contrôle, de vérification et d’audit.

Enfin, au-delà de ces facteurs influençant positivement la production de l’outil de reporting


sociétal, il existe également des facteurs freinant sa production. La revue de littérature a permis
d’identifier trois obstacles majeurs relatifs aux problèmes liés à la définition du périmètre, les
contraintes financières et techniques et les contraintes de temps, tandis que l’étude empirique
auprès des 22 mini-cas a permis d’observer deux obstacles majeurs liés à la taille des entreprises
et aux contraintes liées à l’accès à l’information.

Les contraintes liées à la taille des entreprises font référence aux contraintes financières,
matérielles et de temps. Cette recherche montre en effet que la production de l’outil de reporting
sociétal est consommateur de temps. Ainsi, pour gérer plus facilement les informations à faire
figurer dans le rapport, les entreprises doivent mettre en place un système d’information
performant. Néanmoins, la mise en place d’un système d’information performant génère des
coûts supplémentaires pour l’entreprise. De plus, comme vu supra, pour cautionner et pour
crédibiliser les informations publiées, il est recommandé de mettre en place des dispositifs de
contrôle, de vérification et d’audit. Par ailleurs, la mise en place de ces dispositifs génère des
coûts supplémentaires pour l’entreprise. Ces contraintes observées sont généralement liées à la
taille de l’entreprise, d’une manière générale les PME rencontrent plus de difficultés financières
et techniques pour la production de l’outil de reporting sociétal.

Les contraintes liées à l’accès à l’information freinent également la production de l’outil de


reporting sociétal. Ces contraintes concernent la méconnaissance des cadres de référence
existants en matière de RSE et la collecte des informations pertinentes et de qualité. Les
résultats de la recherche ont montré que la norme Global Reporting Initiative est pour l’instant
difficilement applicable surtout pour les pays en développement comme Madagascar et est peu
connue des PME.

247
Conclusion générale

1. 4. Apports méthodologiques

L’originalité méthodologique de la recherche repose sur la diversité des mini-cas étudiés en


termes de secteurs d’activité et de taille. Ainsi, la recherche permet d’apporter une vue
d’ensemble des entreprises à Madagascar même si elle ne permet pas de faire une
généralisation. De plus, l’étude des deux entreprises minières permet d’analyser les pratiques
de RSE des entreprises portant atteintes à l’environnement et à la société.

1. 5. Apports managériaux

La recherche montre qu’il existe deux freins majeurs liés à la publication d’un reporting
sociétal : les freins liés à la taille (contraintes financières, matérielles et de temps) et les
contraintes liées à l’accès à l’information (la méconnaissance des cadres de référence existants
en matière de reporting extra-financier et les difficultés ressenties par certaines entreprises pour
choisir les informations pertinentes à faire figurer dans le rapport afin de satisfaire les attentes
des parties prenantes en termes de transparence).

Pour répondre à ce dernier frein, un guide de référence (cf. Annexe 8) pour la production de
l’outil de reporting sociétal a été élaboré par le chercheur avec l’appui des entreprises membres
de la plateforme humanitaire du secteur privé, du cabinet de consultance UR-CSR consulting
et du cabinet Buy your way.

Le guide permet d’aider les entreprises à Madagascar à produire un reporting sociétal en suivant
la norme Global Reporting Initiative (GRI) et l’ISO 26000. Les informations figurant dans le
guide ont été obtenues à travers un recoupement avec les informations recueillies lors d’un
brainstorming auprès des douze entreprises ayant participé à l’entretien de groupe de créativité
lors de la 2ème édition du salon RSE et des Initiatives pour le développement durable, les
indicateurs de GRI et les indicateurs de l’ISO26000. De plus, les informations obtenues des
douze entreprises ont fait l’objet de vérification auprès des 21 répondants aux questionnaires
(huit entreprises produisant l’outil de reporting sociétal et treize entreprises qui ne le
produisant pas).

Depuis novembre 2018, le guide est utilisé par les entreprises membres de la plateforme PHSP.
Des retours de la part de quelques entreprises ont permis de l’améliorer.

248
Conclusion générale

2. Limites de la recherche

2. 1. Limites liées au modèle

Comme vu supra, cette recherche modélise à travers une hybridation entre la théorie
néo-institutionnelle de DiMaggio et Powell (1983) et la théorie de contingence de Lawrence et
Lorch (1967) les facteurs influençant l’adoption de la démarche de RSE et la production de
l’outil de reporting sociétal.

Selon Mbengue et Vandangeon-Derumez (2007), la modélisation est une activité de


construction d’un modèle correspondant à une représentation simplifiée d’un phénomène et
présente quatre étapes :
- la spécification du phénomène ou du système à modéliser ;
- la spécification des concepts et des variables du modèle ;
- la spécification des relations entre concepts et variables du modèle ;
- l’évaluation et le test du modèle.

Pour cette recherche, seules les deux premières étapes de la modélisation ont été respectées. La
spécification des relations de causalité et l’évaluation du modèle requiert beaucoup plus de
temps. Le modèle a été réalisé à la suite de l’analyse de contenu thématique et de l’analyse
descriptive à l’aide du logiciel Nvivo 11. Des relations de causalité entre les variables ont été
supposées, mais elles n’ont pas fait l’objet de test et de vérification.

2. 2. Limites méthodologiques

L’usage du logiciel Nvivo 11 présente également des inconvénients liés à sa maitrise qui
requiert beaucoup de temps. Le chercheur n’a pas bénéficié de formation pour l’utilisation du
logiciel Nvivo 11, ainsi la fonction permettant d’importer les enquêtes à partir de
« SurveyMonkey » ou de « Qualtrics » n’a été connue que lors de la phase de traitement des
données. Pour se familiariser avec le logiciel Nvivo 11, des tutoriels et des thèses mobilisant
l’outil existent, mais il faut noter que tout logiciel doit être manipulé selon des règles précises,
parfois avec une hiérarchie obligatoire des opérations, ce qui signifie que certaines étapes ne
peuvent pas être supprimées et qu’il est difficile, voire impossible de revenir en arrière.

249
Conclusion générale

2. 3. Limites liées à l’échantillonnage

Les 32 entreprises identifiées dans le cadre de cette recherche comme ayant adopté la démarche
de RSE à Madagascar ne constituent probablement pas une liste exhaustive. À Madagascar,
aucune étude statistique présentant le nombre des entreprises pratiquant la RSE ou le
développement durable n’existe. Ainsi, il est tout à fait possible que d’autres entreprises mettant
en pratique ces concepts n’aient pas été identifiées dans le cadre de cette recherche. De plus, il
existe des PME qui sont sensibles au contexte de Madagascar (instabilité politique, corruption,
fraudes, pauvreté) et mènent des actions en faveur de la RSE et du développement durable sans
que ces PME ne savent qu’elles pratiquent une démarche de RSE.

3. Perspectives de recherche future

Un modèle identifiant les facteurs favorisant l’adoption de la démarche de RSE a été proposé
dans le cadre de cette recherche. Néanmoins, l’appropriation de la démarche par les entreprises
n’a pas été étudiée. Ainsi, il pourrait être intéressant lors d’une future recherche d’analyser
l’appropriation par les entreprises du concept de développement durable et de la RSE. Est-ce
que les entreprises prennent réellement en compte des dispositifs permettant de limiter les
risques générés par leurs activités sur l’environnement ou la société ? Adoptent-elles la
démarche de RSE pour légitimer et gérer l’image de l’entreprise (phénomène de mode ou
greenwashing) ?

Par ailleurs, les résultats de la recherche n’ont pas permis de voir si les neuf entreprises
produisant l’outil font auditer les informations publiées à travers un système d’audit interne ou
externe. Ainsi, la qualité des informations publiées n’a pas pu être mesurée. De plus, la
recherche ne permet pas de conclure que les actions RSE mises en place par les entreprises
répondent aux besoins et aux attentes de chacune des parties prenantes. Une étude sur
l’appropriation, la qualité et la crédibilité de l’outil de reporting sociétal pourra être effectuée
lors d’une future recherche. De même, il serait intéressant de voir comment les entreprises
s’approprient l’outil et quelles sont les dispositions mises en avant permettant de collecter des
informations pertinentes et de qualité ainsi que de cautionner et de crédibiliser les informations
publiées.

250
Conclusion générale

Il est également proposé d’analyser la qualité des informations publiées par les entreprises. Pour
Capron et Quairel-Lanoizelée (2007), deux directions peuvent être suivies pour améliorer la
qualité de l’outil de reporting sociétal : la normalisation des informations publiées sur une base
volontaire et l’obligation légale de publier une liste d’informations sociétales données.
Cependant, est-ce que la normalisation ou l’obligation légale permet réellement d’améliorer la
qualité du rapport ?

Ensuite, seules les deux premières étapes du modèle (spécification du phénomène ou du


système à modéliser et spécification des concepts et des variables du modèle) ont été réalisées
dans le cadre de cette recherche. Les deux dernières étapes faisant référence à la spécification
des relations entre concepts et variables du modèle (vérification et validation des liens de
causalité) et l’évaluation et le test du modèle pourront faire l’objet d’une recherche future. La
validation des liens de causalité et le test du modèle peuvent être effectués soit auprès des
entreprises localisées à Madagascar pratiquant le concept de la RSE ou de développement
durable, soit auprès des entreprises présentant le même contexte.

Enfin, ayant constaté l’inexistence d’études statistiques permettant d’identifier le nombre exact
d’entreprises adoptant une démarche de RSE à Madagascar, il est également proposé de réaliser
une étude permettant de répondre à cette question. Cette étude servira comme point de départ
pour l’analyse des pratiques de RSE des entreprises localisées à Madagascar.

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267
Liste des illustrations

Liste des tableaux

Tableau 1 : Structure de l’introduction générale de la recherche .......................................................... 14

Tableau 2 : Synthèse de la méthodologie de collecte des données ....................................................... 29

Tableau 3 : Synthèse de la méthodologie d’analyse .............................................................................. 29

Tableau 4 : Structure du plan de la recherche ....................................................................................... 32

Tableau 5 : Structure de la première partie de la recherche .................................................................. 34

Tableau 6 : Structure du chapitre 1 de la recherche .............................................................................. 36

Tableau 7 : Les objectifs mondiaux de développement durable ........................................................... 38

Tableau 8 : Différences et similitudes de la conception américaine et européenne de la RSE ............. 46

Tableau 9 : Autres pratiques de RSE périphérique ou annexe par les entreprises françaises................ 50

Tableau 10 : Les objectifs stratégiques des entreprises françaises en matière de RSE ......................... 51

Tableau 11 : Evolution de l’outil de reporting sociétal adapté de (Damak-Ayadi, 2010) .................... 56

Tableau 12 : Structure du chapitre 2 de la recherche ............................................................................ 68

Tableau 13 : Les variables de contingence liés à la production de l’outil de reporting sociétal ........... 82

Tableau 14 : Critère de mesure théorique de l’isomorphisme institutionnel ......................................... 87

Tableau 15 : Les facteurs favorisant les pratiques de RSE et l’outil de reporting sociétal ................... 90

Tableau 16 : Structure de la Partie 2 de la recherche ............................................................................ 98

Tableau 17 : Structure du chapitre 3 de la recherche .......................................................................... 100

Tableau 18 : Synthèse des données recueillies au cours des différentes phases ................................. 102

Tableau 19 : Liste des 32 entreprises identifiées pour le travail de terrain ......................................... 109

Tableau 20 : Caractéristiques des trois types d’entretien .................................................................... 112

Tableau 21 : Catégorie d’entretiens individuels mobilisés pour la recherche ..................................... 113

Tableau 22 : L’entretien de groupe selon Gavard-Perret et al. (2012) ................................................ 117

Tableau 23 : Entretien de groupe – Considérations stratégiques......................................................... 118

Tableau 24 : Entretien de groupe – Considérations opérationnelles ................................................... 119

269
Illustrations

Tableau 25 : Synthèse des échantillons en entretien de groupe de créativité ...................................... 120

Tableau 26 : Synthèse des entretiens semi-directifs par secteur d’activité ......................................... 121

Tableau 27 : Synthèse des entretiens non-directifs par secteur d’activité ........................................... 122

Tableau 28 : La trame des entretiens semi-directifs ............................................................................ 123

Tableau 29 : Synthèse de la collecte des données primaires par entretien .......................................... 124

Tableau 30 : Echantillon pour la collecte des données primaires par questionnaire ........................... 125

Tableau 31 : Les données secondaires internes et externes à analyser manuellement ........................ 126

Tableau 32 : Les données secondaires à analyser à l’aide du logiciel Nvivo 11 ................................. 127

Tableau 33 : Synthèse de l’échantillon et des matériaux mobilisés .................................................... 130

Tableau 34 : Les modes d’utilisation des mémos ................................................................................ 141

Tableau 35 : Processus d’analyse de contenu par Blanchet et Gotman (2014) ................................... 143

Tableau 36 : Synthèse de l’approche méthodologique de la recherche ............................................... 149

Tableau 37 : Structure du chapitre 4 de la recherche .......................................................................... 152

Tableau 38 : Les 22 entreprises étudiées dans le cadre de la recherche .............................................. 153

Tableau 39 : Les dix principes du pacte mondial des Nations Unies .................................................. 156

Tableau 40 : Les secteurs soumis à une étude d’impact, éléments tirés de la liste de l’ONE (2018).. 156

Tableau 41 : Les entreprises de référence en matière de RSE à Madagascar...................................... 173

Tableau 42 : Exemple de forme de RSE intégrée à Madagascar......................................................... 188

Tableau 43 : Synthèse des 22 mini-cas étudiés en deux sous-groupes ................................................ 194

Tableau 44 : Les supports de communication des informations sociales et environnementales ......... 196

Tableau 45 : Comparaison théorique et empirique des supports de communication des informations


sociales et environnementales ............................................................................................................. 198

Tableau 46 : Classement des entreprises produisant l’outil de reporting sociétal .............................. 200

Tableau 47 : Réponses aux questionnaires pour les huit mini-cas ayant participé.............................. 202

Tableau 48 : L’origine de l’initiative de produire un rapport RSE/DD selon les huit entreprises ...... 202

Tableau 49 : Le reporting sociétal, outil d’information et de reddition .............................................. 208

Tableau 50 : Comparaison théorique et empirique du reporting sociétal comme outil de reddition et


d’information ....................................................................................................................................... 209

Tableau 51 : Le reporting sociétal, un outil marketing, réponses au questionnaire ............................ 212

270
Illustrations

Tableau 52 : Le reporting sociétal, une source de légitimité, de gestion de l’image, de crédibilité et un


outil marketing .................................................................................................................................... 212

Tableau 53 : Le reporting sociétal, un outil de dialogue social, de diagnostic et d’aide à la prise de


décision, réponses au questionnaire .................................................................................................... 216

Tableau 54 : Le réporting sociétal comme outil de dialogue social, de diagnostic et d’aide à la prise de
décision................................................................................................................................................ 217

Tableau 55 : Le reporting sociétal, un outil de transparence .............................................................. 220

Tableau 56 : Les usages du réporting sociétal .................................................................................... 221

Tableau 57 : Réponses au questionnaire, treize mini-cas .................................................................... 223

Tableau 58 : Les facteurs qui pourraient motiver les treize entreprises pour produire un reporting sociétal
............................................................................................................................................................. 227

Tableau 59 : Informations importantes pour la production d’un reporting sociétal de qualité ........... 320

Liste des schémas

Schéma 1 : Le contexte de Madagascar versus initiative RSE .............................................................. 20

Schéma 2 : Origines du concept de développement durable ................................................................. 22

Schéma 3 : L’arrivé du concept de la RSE ............................................................................................ 23

Schéma 4 : Les quatre niveaux d’intégration du concept de la RSE ..................................................... 43

Schéma 5 : Cheminement théorique de la conception américaine de la RSE ....................................... 44

Schéma 6 : Les formes de RSE identifiées par Martinet et Payaud (2007) ........................................... 47

Schéma 7 : Les motivations favorisant l’adoption de la démarche de RSE .......................................... 54

Schéma 8 : Le reporting sociétal, outil de gestion de la RSE ............................................................... 59

Schéma 9 : Le reporting sociétal, source de légitimité, de gestion de l’image et de crédibilité ........... 60

Schéma 10 : Le reporting sociétal, un outil complémentaire au reporting financier ............................ 61

Schéma 11 : Influence réciproque entre les finalités et les usages de l’outil de reporting sociétal ...... 61

Schéma 12 : Développement durable et RSE et leur instrumentation via le reporting sociétal ............ 64

Schéma 13 : Processus de mise en pratique de la démarche de RSE .................................................... 65

Schéma 14 : Instrumentation de la RSE via le reporting sociétal ......................................................... 71

Schéma 15 : Modèle de base de Lüder (1992) traduit par Lande (1996) .............................................. 72

Schéma 16 : Les variables de contingence liées à la production de l’outil de reporting sociétal ......... 83

271
Illustrations

Schéma 17 : Cadre conceptuel de la recherche ..................................................................................... 94

Schéma 18 : Créer un projet sur Nvivo 11 .......................................................................................... 133

Schéma 19 : Créer des sources dans les éléments internes.................................................................. 134

Schéma 20 : Importer les données dans les sources d’éléments internes de Nvivo 11 ....................... 135

Schéma 21 : Créer les caractéristiques de la source ............................................................................ 136

Schéma 22 : Créer des nœuds sur Nvivo 11 ........................................................................................ 137

Schéma 23 : Nœuds sur la thématique communication RSE .............................................................. 137

Schéma 24 : Créer des nœuds enfants ................................................................................................. 138

Schéma 25 : Encoder les sources, méthode 1 ...................................................................................... 139

Schéma 26 : Encoder les sources, méthode 2 ...................................................................................... 140

Schéma 27 : Créer un mémo ............................................................................................................... 140

Schéma 28 : Exemple de mémos « Méthodologie » ........................................................................... 141

Schéma 29 : Exécuter une requête sur la fréquence des mots ............................................................. 142

Schéma 30 : Arborescence relative à l’encodage thématique sur Nvivo 11 ........................................ 146

Schéma 31 : Thématisation versus description ................................................................................... 148

Schéma 32 : Les facteurs favorisant l’adoption d’une démarche de RSE, deux mini-cas .................. 167

Schéma 33 : Les objectifs stratégiques et les formes de RSE des deux entreprises minières ............. 172

Schéma 34 : Les facteurs favorisant l’adoption de la démarche de RSE, vingt mini-cas ................... 185

Schéma 35 : Les objectifs stratégiques et les formes de RSE pratiquées, vingt mini-cas ................... 191

Schéma 36 : Les usages du reporting sociétal à l’issu de l’étude du terrain ....................................... 222

Schéma 37 : Les objectifs stratégiques mis en avant par les treize entreprises ne produisant pas le
reporting sociétal................................................................................................................................. 224

Schéma 38 : Complémentarité entre les usages observés du reporting sociétal ................................. 228

Schéma 39 : Les facteurs favorisant et freinant la production de l’outil de reporting sociétal ........... 236

Schéma 40 : Les facteurs favorisant les pratiques de RSE et du reporting sociétal à Madagascar .... 239

272
Illustrations

Liste des encadrés

Encadré 1 : Madagascar et sa vulnérabilité au changement climatique ................................................ 15

Encadré 2 : La RSE dans l’industrie chimique ...................................................................................... 49

Encadré 3 : La RSE en France, étude effectuée par l’INSEE en 2012 .................................................. 50

Encadré 4 : Objectif global du salon RSE et des Initiatives pour le développement durable à Madagascar
............................................................................................................................................................. 106

Encadré 5 : Informations sur les plateformes ADDEV Madagascar et PHSP .................................... 107

Encadré 6 : Quelques exemples de retranscription.............................................................................. 132

Encadré 7 : Les objectifs de la loi 2015-003 relative à la charte de l’environnement Malagasy ........ 159

Encadré 8 : Renforcement de la préparation en prévention des catastrophes...................................... 175

Liste des Annexes

Annexe 1 : Evolution de la définition du concept de RSE, adaptée de Caroll (1999) ....................... 275

Annexe 2 : Liste des participant au salon RSE et des Initiatives pour le développement durable ...... 277

Annexe 3 : Liste des membres de la plateforme humanitaire du secteur privé ................................... 279

Annexe 4 : Liste des projets d’investissement soumis à une étude d’impact ...................................... 281

Annexe 5 : Guide d’entretien .............................................................................................................. 297

Annexe 6 : Questionnaires pour les entreprises produisant l’outil de reporting sociétal .................... 300

Annexe 7 : Questionnaire pour les entreprises ne produisant pas un reporting sociétal ..................... 309

Annexe 8 : Guide de rédaction d’un reporting sociétal pour les entreprises à Madagascar................ 315

273
Annexe 1 : Evolution de la définition du concept de RSE, adaptée de Caroll (1999)

Annexe 1 : Evolution de la définition du concept de RSE, adaptée de Caroll (1999)

Auteurs Définitions
Social responsibility of businessmen, se réfère aux obligations des
hommes d’affaires de poursuivre ces politiques, de prendre ces décisions
Bowen (1953, p.6)
ou de suivre les lignes d’action qui sont souhaitables en termes
d’objectifs et de valeur de notre société.
Social responsibility fait référence aux décisions et actions des hommes
d’affaires prises pour des raisons au moins en partie en dehors des
intérêts économiques ou techniques directs du cabinet.
Davis (1960, Spring, p.70-71) Iron law of responsibility : Social Responsibilities of Businessman
doivent être la mesure de leur pouvoir social car l’évitement de la
responsabilité sociale conduirait à une érosion graduelle du pouvoir
social de la part des entreprises.
Social responsibilities signifient que les hommes d’affaires doivent
superviser le fonctionnement d’un système économique qui répond aux
Frederick (1960, p.60) attentes du public. Cela signifie que les moyens de production de
l’économie doivent être utilisés de manière à ce que la production et la
distribution améliorent le bien-être socio-économique total.
Social responsibility suppose que l’entreprise n’a pas seulement des
McGuire (1963, p.144) obligations économiques et juridiques, mais aussi certaines
responsabilités sociétales qui vont au-delà de ces obligations.
Social responsibility renvoie à l’obligation d’une personne de tenir
compte des effets de ses décisions et de ses actes sur l'ensemble du
système social. Les hommes d'affaires fond preuve de responsabilité
Davis et Blomstrom (1966, p.12)
sociale lorsqu’ils considèrent les besoins et les intérêts d’autres
personnes susceptibles d’être affectées par les activités de l’entreprise et
qu’ils regardent au-delà des intérêts économiques étroits de l’entreprise.
Social responsibility découle essentiellement du souci des conséquences
Davis (1967, Winter, p.46) éthiques de ses actes dans la mesure où elles peuvent affecter les intérêts
des autres.
Social responsibility de la société d’Etat comprennent le degré de
bénévolat opposé à la coercition, un lien direct entre certains autres
(Walton, 1967, p.18) organismes bénévoles et la société d’Etat, et l’acceptation du fait qu’il y
a des coûts pour lesquels il est impossible de mesurer directement le
rendement économique mesurable.
Conventional wisdom : une entreprise socialement responsable est une
entreprise dont le personnel d’encadrement équilibre une multiplicité
d’intérêt. Au lieu de réaliser des profits plus importants pour ses
Johnson (1971, p.50)
actionnaires, une entreprise responsable prend également en compte les
employés, les fournisseurs, les concessionnaires, les communautés
locales et la nation.
Social responsibility est la poursuite d’objectifs socio-économique par
l’élaboration de normes sociales dans des rôles d’affaires prescrits, ou
plus simplement l’entreprise s’inscrit dans un système socioculturel qui
Johnson (1971, p.51)
définit les normes et les rôles des entreprises en particulier, en tenant
compte des situations particulières et en définissant de manière assez
détaillée les manières prescrites de gérer les affaires.
Social responsibility stipule que les entreprises mettent en œuvre des
Johnson (1971, p.54)
programmes sociaux pour accroitre les profits de leurs organisations.
Utility maximization : la responsabilité sociale suppose que la motivation
première de l’entreprise est la maximisation de l’utilité, l’entreprise vise
des objectifs multiples plutôt que seulement des profits maximaux. Un
Johnson (1971, pp.59-68) entrepreneur ou dirigeant socialement responsable est celui qui a une
fonction d’utilité du second type, de sorte qu’il s’intéresse non seulement
à son propre bien-être, mais aussi à celui des membres de l’entreprise et
à celui de ses cocitoyens.

275
Annexe 1 : Evolution de la définition du concept de RSE, adaptée de Caroll (1999)

Auteurs Définitions
Lexicographic view of social responsibility, les entreprises fortement
Johnson (1971, p.73) motivées par le profit peuvent s’engager dans un comportement
socialement responsable.
Social responsibilities est plus une attitude, la façon dont un gestionnaire
aborde sa tâche de prise de décision, qu’un grand changement dans
l’économie de la prise de décision. C’est une philosophie qui tient
Steiner (1971, p.164)
compte de l’intérêt social et de l’intérêt égoïste éclairé des entreprises à
long terme par rapport à l’intérêt égoïste à court terme, vieux, étroit et
sans retenue.
Pour être considéré comme socially responsible corporate action, une
dépense d'entreprise ou une activité d’entreprise doit générer un
Manne et Wallich (1972, pp.4-6) rendement marginal de l’entreprise inférieur à celui de certaines autres
dépenses, entre purement volontaire et être une dépense réelle de
l’entreprise plutôt qu’un moyen d’attirer des capitaux individuels.
Responsibility signifie une situation dans laquelle la société est au moins
Wallich dans Manne et Wallich dans une certaine mesure un agent libre. Dans la mesure où l’un ou
(1972, p.40) l’autre de ces objectifs sociaux est imposé à la société par la loi, la
société n’exerce aucune responsabilité quant à leur réalisation.
Corporate Social Responsability renvoie à l’examen et à la réponse de
l’entreprise à des questions qui vont au-delà des exigences économiques,
techniques et juridiques étroites de l’entreprise. C’est à l’entreprise qu’il
incombe d’évaluer, dans son processus décisionnel, les effets de ses
Davis (1973, pp.312-313) décisions sur le système social externe de l’entreprise, afin d’obtenir les
avantages sociaux ainsi que les gains économiques traditionnels qu’elle
recherche. Une entreprise n’est pas socialement responsable si elle ne
fait que se conformer aux exigences minimales de la loi, car c’est ce que
tout bon citoyen ferait.
La RSE renvoie à l’idée selon laquelle les entreprises doivent intégrer
dans leurs politiques, leurs décisions et leurs pratiques, les enjeux
Caroll (1999)
environnementaux et sociaux, en allant au-delà de leurs obligations
strictement économiques et réglementaires.
La responsabilité sociale de l’entreprise renvoie à la fois à l’intégration
des dimensions marchandes et non marchandes dans la gestion et à la
prise en compte des effets externes positifs et négatifs des entreprises sur
(Gond et Igalens, 2008, p.4) la société. La notion s’efforce de rendre compte de l’exercice par les
entreprises d’une responsabilité vis-à-vis des parties prenantes et qui se
situent au-delà de leurs strictes obligations, techniques, légales et
économiques.

276
Annexe 2 : Liste des participant au salon RSE et des Initiatives pour le développement durable

Annexe 2 : Liste des participant au salon RSE et des Initiatives pour le développement
durable

Nom Statut Adresse mail


MEDD Partenaire [email protected];[email protected]
MICA Partenaire [email protected]
Plateforme anjaramasoandro Partenaire [email protected];
PAM Partenaire [email protected]
FMPF Partenaire [email protected]
Base Toliara Partenaire [email protected]
USAID Hay tao Partenaire [email protected]
ONE Partenaire [email protected]
Buyyourway co-organisateur [email protected]
Ur-CSR co-organisateur [email protected]
Sponsor
Ambatovy Platinium/partenai [email protected]
re atelier solution
Total Madagasikara Sponsor Platinium [email protected]
[email protected];
Rio tinto Sponsor Platinium
[email protected]
Sponsor
Chambre des mines Platinium/partenai [email protected]
re atelier solution
STAR Sponsor gold [email protected]
[email protected];fidi.ramiandrisoa@orange
Orange Sponsor gold
.com
Sponsor
[email protected] ;
Helvetas silver/partenaire
[email protected]
atelier solution
Webhelp Silver sponsor [email protected] ;[email protected]
Silver
GIZ sponsor/partaneire [email protected]
atelier solution
WWF Sponsor silver [email protected]; [email protected]
SMS Consulting Silver sponsor [email protected]
GUANOMAD Exposant [email protected]
ECOLE SUPERIEUR DES
Exposant [email protected]
SCIENCES AGRONOMES
HARENAN'I [email protected] ;
Exposant
MADAGASCAR [email protected]
ONE WAY FOR CHANGE Exposant [email protected]
GCI Mada Exposant [email protected]
USAM Exposant [email protected]
BambooTech Exposant [email protected]
GREEN N KOLO Exposant [email protected]
Moringa Wave Exposant [email protected]
VOHITR'ENVIRONNEME
Exposant [email protected];
NT

277
Annexe 2 : Liste des participant au salon RSE et des Initiatives pour le développement durable

Nom Statut Adresse mail


[email protected]; [email protected];
GRET Exposant
[email protected]@gmail.com
WUSUP Exposant [email protected];
Dio Tontolo
Arafa
Le Terrier [email protected]
Grenn kool
Moringa Wave
Le relais Exposant [email protected]; [email protected]
[email protected]; [email protected];
ONTM Exposant
[email protected]; [email protected]
AVIMA Exposant
HARENAN'I [email protected] ;
Exposant
MADAGASCAR [email protected]
USAM Exposant [email protected]
GCI MADA Exposant [email protected]
ISCAM Exposant [email protected], [email protected]
[email protected];
ONE WAY FOR CHANGE Exposant
[email protected]
ESSA Exposant [email protected]
[email protected]; [email protected];
ELAMAD Exposant
[email protected]
Transparency international Exposant [email protected]
VIOLET COSMETIQUE Exposant [email protected]
BAMBOOTECH Exposant [email protected]; [email protected]
[email protected]; [email protected];
MANAO Exposant
[email protected]
Dis moi Exposant [email protected]
TODAY MOVEMENT Exposant [email protected]
[email protected]; [email protected];
MAISON ZERO DECHETS Exposant
[email protected]

[email protected];
[email protected];
POSITIVE PLANET Exposant
[email protected]; tahiana.rakoto-
[email protected]

[email protected]; Jean-
SOS VILLAGE D'ENFANT Exposant [email protected];
[email protected]
Ny manjary Exposant [email protected]
[email protected];serasera.foibefim@gmail.
Fanilon'i Madagascar Exposant
com
Source : UR-CSR Consulting (2019)

278
Annexe 3 : Liste des membres de la plateforme humanitaire du secteur privé

Annexe 3 : Liste des membres de la plateforme humanitaire du secteur privé

Activities
Companies Point focal Mail
sectors

ACOR Maurile RAKOTOMANANTSOA [email protected]


Training Ur CSR-
companies Ulrichia RABEFITIAVANA [email protected]
Consulting
QEIM José RAKOTOMANJAKA [email protected]
SAHAM
Annie RABARY [email protected]
Assurance
Insurance
ALLIANZ Rija RAZAFITSALAMA [email protected]
Mine
Ambatovy Winiferd FITZGERALD [email protected]
extraction
BFV-SG, Dominique RANDRIAMASY [email protected]
Bank sector
Tojo RABIBISOA [email protected]
BNI
Ndrina RALAIMANISA [email protected]
Andry RATSIMBASON [email protected]
Airtel
Noro Mahefa RABENOEL [email protected]
CAMUSAT Ando RASAMIARIVELO [email protected]
Fondation
Telecom & SALABERT Isabelle [email protected]
Telma
NTIC
Lalaina.RALAIARIJAONA@telma.
Telma Lalaina RALAIARIJAONA
mg
Vivetic Christine RAVAHATRA [email protected]
Andrianandrintsaina Norolaza [email protected]
ECOTECH
RASOLOFO [email protected]
WASH Bushproof Serge RANAIVOJAONA [email protected]
Chocolaterie
Haja RAMANANDRAIBE [email protected]
Robert
Tanjaka food Andriniaina RASOARAHONA [email protected]
Food sector [email protected]
SOCOLAIT Emmanuelle RASOARAHONA
t
Nathalie Holitiana
STAR [email protected]
RAKOTONDRAMOMA
DHL Linda RASAMOELINIAINA [email protected]
Avo ANDRIANTSISOSOTRA [email protected]
Mad Courrier
Ony RAMPANANA [email protected]
EDM Elsa LAINE [email protected]
FCCIM Félicité MANAJARA [email protected]
FIOVA RAMARIJAONA [email protected]
Groupe Viseo Fakrou NOURBHAY [email protected]
Tiana ANDRIANARIVELO [email protected]
Andry
Trading Henri Fraise
ANDRIAMIARANTSOANAVALO [email protected]
NA
Leader Price Sahondra RANDRIANARISOA [email protected]
Food
Thierry RAZAFINDRAFITO [email protected]
solutions
Immobilier First Immo Elsa LAINE [email protected]

279
Annexe 3 : Liste des membres de la plateforme humanitaire du secteur privé

Activities
Companies Point focal Mail
sectors

RAMAHERISON Lyvah [email protected]


Imperial
Tobacco
RAZAFIMBELO Tinà [email protected]
Savonnerie
RABENINARY Eugénie [email protected]
Transformatio Tropicale
n industry Guanomad Ialimandimby RAKOTOARIVELO [email protected]
Joelle RAZAFINDRAFITO
[email protected]
Trimeta Jean de Dieu
rg
ANDRIANOMENARISOA
Hanta Tiana RANAIVO
Flore aroma [email protected]
RAJAONARISOA
Oil Industry Jovena Noro RAJAONERA [email protected]
Gasynet,
Fyti RANDRIANARISOA [email protected]
SGS
Communicatio
Restaurant.m
n & services Carole RAKOTONDRAINIBE [email protected]
g
ODITY
Source : PHSP (2018)

280
Annexe 4 : Liste des projets d’investissement soumis à une étude d’impact

Annexe 4 : Liste des projets d’investissement soumis à une étude d’impact

Date du Permis Projet Type Secteur


30/06/2010 BVPI SE/HP EIE Agriculture
22/06/2010 DELTA JATROPHA EIE Agriculture
18/12/2014 GALLOIS MEC Agriculture
29/08/2012 JATROGREEN EIE Agriculture
25/10/2007 JICA Alaotra EIE Agriculture
29/10/2009 MAEP Bas Mangoky EIE Agriculture
14/12/2007 MAEP Manombo EIE Agriculture
15/07/2011 PHILEOL EIE Agriculture
06/12/2007 PRONATEX EIE Agriculture
30/10/2007 PSDR-PPI-ANTSAKOAMALINIKA EIE Agriculture
30/10/2007 PSDR-PPI-BEFANDOROHA EIE Agriculture
30/10/2007 PSDR-PPI-BONDROA EIE Agriculture
21/03/2017 SISAL DE MADAGASCAR MEC Agriculture
07/09/2010 SPIRUSUD - MANAMAITSO MEC Agriculture
21/03/2017 SPSM MEC Agriculture
17/11/2004 STE NAMANA - Spiruline EIE Agriculture
26/08/2003 VERAMA Masiloka EIE Agriculture
18/01/2001 AQUABIO Phase pilote EIE Aquaculture
09/10/2003 AQUALMA Ambatomifoko EIE Aquaculture
08/12/2000 AQUALMA Besalampy EIE Aquaculture
11/12/2002 AQUALMA Mahajamba EIE Aquaculture
10/04/2003 AQUALMA Moramba EIE Aquaculture
07/06/1999 AQUAMAS (Phase I) EIE Aquaculture
27/11/2000 AQUAMAS (phase II) EIE Aquaculture
17/08/2016 JOBRIG EIE Aquaculture
19/09/2001 Les Gambas de l'Ankarana ( LGA ) EIE Aquaculture
14/06/2016 MATATA EIE Aquaculture
08/03/2000 SOMAQUA (Ampazoany) EIE Aquaculture
08/03/2000 SOMAQUA (Boanamary Phase1 36 Ha) EIE Aquaculture
14/06/2000 SOMAQUA (Boanamary Phase2 76 Ha) EIE Aquaculture
25/02/2005 STE LONGFE BELOBAKA EIE Aquaculture
26/03/2009 ANGAP-PN RANOMAFANA MEC Biodiversité
28/07/2004 APMC Sahamalaza EIE Biodiversité
13/11/2014 ASITY EIE Biodiversité
08/07/2009 ASITY - NAP KIKONY EIE Biodiversité
05/02/2010 ASITY TSITONGAMBARIKA EIE Biodiversité
08/12/2014 Association FANAMBY EIE Biodiversité
15/04/2014 ASSOCIATION VIF EIE Biodiversité
01/12/2014 BLUE VENTURES EIE Biodiversité
04/10/2013 CI Zahamena EIE Biodiversité
14/12/2011 COFAV EIE Biodiversité
05/02/2011 DURELL EIE Biodiversité
13/11/2014 DURELL WILDLIFE CONSERVATION TRUST EIE Biodiversité
05/05/2015 GERP EIE Biodiversité
13/11/2014 LEMURIA LAND EIE Biodiversité
18/09/2015 Madagascar National Parks MEC Biodiversité
20/07/2015 Madagascar National Parks MEC Biodiversité
05/05/2015 MADAGASIKARA VOAKAJY EIE Biodiversité

281
Annexe 4 : Liste des projets d’investissement soumis à une étude d’impact

Date du Permis Projet Type Secteur


05/05/2015 MADAGASIKARA VOAKAJY EIE Biodiversité
05/05/2015 MADAGASIKARA VOAKAJY EIE Biodiversité
05/05/2015 MADAGASIKARA VOAKAJY EIE Biodiversité
05/05/2015 MADAGASIKARA VOAKAJY EIE Biodiversité
08/12/2014 Managed Resources Protected Areas (MRPA) EIE Biodiversité
08/12/2014 Managed Resources Protected Areas (MRPA) EIE Biodiversité
08/12/2014 Managed Resources Protected Areas (MRPA) EIE Biodiversité
21/12/2012 MBG Ibity EIE Biodiversité
05/05/2015 Missouri Botanical Garden EIE Biodiversité
18/12/2014 Missouri Botanical Garden EIE Biodiversité
18/12/2014 Missouri Botanical Garden EIE Biodiversité
13/10/2009 MISSOURI BOTANICAL GARDEN EIE Biodiversité
04/06/2013 MNHN NAP Antrema EIE Biodiversité
12/11/2009 MNP-MIKEA EIE Biodiversité
28/04/2011 MNP-PSSE Ambatovaky EIE Biodiversité
28/04/2011 MNP-PSSE Cap Ste Marie EIE Biodiversité
28/04/2011 MNP-PSSE Lokobe EIE Biodiversité
28/04/2011 MNP-PSSE Manongarivo EIE Biodiversité
28/04/2011 MNP-PSSE Montangne d'Ambre EIE Biodiversité
28/04/2011 MNP-PSSE Nosy Ve EIE Biodiversité
28/04/2011 MNP-PSSE Tsaratanàna EIE Biodiversité
24/03/2014 PEREGRINE FUND EIE Biodiversité
12/09/2011 PGM -E/GTZ Ass°TAMIA EIE Biodiversité
12/05/2005 PROJET RENIALA EIE Biodiversité
13/11/2014 Royal Botanic Garden KEW EIE Biodiversité
13/11/2014 SAGE Fampandrosoana Maharitra EIE Biodiversité
09/06/2015 VAKONA LODGE EIE Biodiversité
21/06/2002 VALBIO Ranomafana EIE Biodiversité
09/12/2008 WCS -NAP Taolagnaro EIE Biodiversité
22/01/2009 WCS-NAP MAKIRA EIE Biodiversité
13/11/2014 Wildlife Conservation Society EIE Biodiversité
13/11/2014 Wildlife Conservation Society EIE Biodiversité
13/11/2014 Wildlife Conservation Society EIE Biodiversité
01/04/2009 WWF-NAP Ankodida EIE Biodiversité
01/04/2009 WWF-NAP Ifotaky EIE Biodiversité
22/12/2011 ADEMA Incinérateur MEC Déchet
24/03/2014 ASSOCIATION MIARINTSOA EIE Déchet
17/06/2015 COMMUNE URBAINE DE FIANARANTSOA EIE Déchet
10/05/2011 CUA Andralanitra EIE Déchet
26/11/2015 CUA Mahajanga EIE Déchet
20/05/2016 EAST EIE Déchet
04/11/2013 EAST EIE Déchet
01/03/2012 ECO ENERGY EIE Déchet
13/05/2016 ECOAID EIE Déchet
17/04/2013 FLUID EVENT EIE Déchet
11/09/2015 GRET EIE Déchet
11/09/2015 GRET EIE Déchet
16/12/2014 GRET EIE Déchet
31/08/2015 HJC Recycling EIE Déchet
09/06/2015 JIRAMA EIE Déchet
15/04/2016 LOWATT EIE Déchet

282
Annexe 4 : Liste des projets d’investissement soumis à une étude d’impact

Date du Permis Projet Type Secteur


18/09/2015 MADACOMPOST EIE Déchet
12/09/2012 ONG ECA EIE Déchet
16/08/2013 ONG PRACTICA EIE Déchet
03/03/2011 PIC Gestion de déchets à Nosy Be EIE Déchet
09/06/2015 PRACTICA EIE Déchet
13/05/2013 RACKO (Entreprise) EIE Déchet
22/12/2011 SATURE EXPORT HU EIE Déchet
28/03/2014 SOMAP 2 EIE Déchet
20/01/2017 SPCE EIE Déchet
12/12/2016 WHH EIE Déchet
19/01/2018 WHH Décharge EIE Déchet
29/07/2015 WSUP EIE Déchet
09/07/2015 WSUP EIE Déchet
11/09/2015 JIRAMA EIE Eau
16/06/2009 JIRAMA Faralaza EIE Eau
28/09/2010 JIRAMA Tanjombato EIE Eau
17/10/2013 NATURA Ankazobe EIE Eau
04/07/2017 SEMA EAU VIVE MEC Eau
24/03/2009 AVIFRAIS EIE Elevage
04/03/2013 AVITECH EIE Elevage
03/04/2007 AVITECH MEC Elevage
01/02/2017 EINE EIE Elevage
07/12/2017 MABEL EIE Elevage
26/01/2017 MADAGASCAR BUSNESS GROUP EIE Elevage
08/08/2007 RIPPLE FISH EIE Elevage
27/03/2009 RIPPLE FISH Extension Mananjary EIE Elevage
07/09/2009 RIPPLE FISH Lac Manakara EIE Elevage
07/09/2009 RIPPLE FISH Lac Mananjary EIE Elevage
27/03/2009 RIPPLE FISH Usine Manakara EIE Elevage
11/04/2006 ADONIS EIE Energie
10/08/2007 AMICOH EIE Energie
06/12/2012 BGP EIE Energie
18/09/2008 CANDAX Energy Bloc 1101 EIE Energie
06/04/2011 Candax Energy Bloc 1101b EIE Energie
31/07/2012 EAX - 2D bloc 1101 EIE Energie
28/05/2008 EXXON MOBIL Bloc 2001C EIE Energie
28/05/2008 EXXON MOBIL Bloc 2001C EIE Energie
15/07/2008 Galana Pipeline EIE Energie
22/02/2006 Galana Raffinerie MEC Energie
31/08/1998 GULFSTREAM 1 EIE Energie
07/11/2006 GX TECHNOLOGY 1 EIE Energie
15/12/1998 HUNT OIL EIE Energie
17/12/2001 HUNT OIL ( forage peu profond Bemolanga ) EIE Energie
17/12/2001 HUNT OIL ( forage peu profond Tsimiroro ) EIE Energie
21/07/2000 HUNT OIL (forage Ambalakida-Belobaka) EIE Energie
08/03/2000 JIRAMA (138 KV) EIE Energie
09/12/2005 LOGISTIQUE PETROLIERE EIE Energie
07/07/2008 MADAGASCAR OIL Bloc 3102 EIE Energie
20/10/2006 MADAGASCAR OIL Bloc 3104 EIE Energie
24/07/2009 MADAGASCAR OIL Bloc 3104b EIE Energie
24/04/2009 MADAGASCAR OIL Bloc 3105a EIE Energie

283
Annexe 4 : Liste des projets d’investissement soumis à une étude d’impact

Date du Permis Projet Type Secteur


24/04/2009 MADAGASCAR OIL Bloc 3106b EIE Energie
24/04/2009 MADAGASCAR OIL Bloc 3107 EIE Energie
17/02/2016 MADAGASCAR OIL Exploitation EIE Energie
09/11/2006 MAJUNGA OIL EIE Energie
16/06/2009 MAJUNGA OIL bloc 2103b EIE Energie
04/09/2007 MEI Ltd EIE Energie
06/03/2009 MEI Ltd bloc 3113 b EIE Energie
01/01/2008 MPI Ltd Bloc 2104 EIE Energie
14/03/2012 Mscar Southern Petroleum (MSPC) EIE Energie
18/06/2010 Mscar Southern Petroleum Ltd EIE Energie
28/03/2014 NIKO RESSOURCES EIE Energie
28/07/2009 NIKO RESSOURCES EIE Energie
12/09/2011 PETROMAD EIE Energie
29/10/2008 ROC OIL EIE Energie
12/07/2013 SAPETRO ex-ROC OIL (MAREX) EIE Energie
22/02/2006 SOMAP EIE Energie
20/02/2018 SPECTRUM GEO EIE Energie
18/12/2014 STERLING EIE Energie
30/09/2013 TGS EIE Energie
12/07/2005 TGS NOPEC EIE Energie
01/02/2006 TGS NOPEC 2 EIE Energie
06/02/2006 TOTAL ECOLUBE MEC Energie
22/11/2013 TOTAL EP EIE Energie
01/11/1998 TRITON EIE Energie
19/12/2007 TULLOW MSCAR EIE Energie
28/11/2008 TULLOW OIL bloc 3111 EIE Energie
17/12/2001 Vanco 1 EIE Energie
28/07/2004 VANCO 2 EIE Energie
26/05/2008 WILTON PETROLEUM Bloc 2102 EIE Energie
26/05/2008 WILTON PETROLEUM Bloc 2102 EIE Energie
03/03/2009 Wilton petroleum Bloc 2102b EIE Energie
26/05/2010 ASSOCIATION FENOALA EIE Forêts
16/11/2010 EVVA MEC Forêts
27/03/2013 KOPALA (Coopérative Avotrala) EIE Forêts
01/04/2009 TANY MEVA EIE Forêts
26/05/2010 TANY MEVA-Ass Fiombonantsoa EIE Forêts
01/09/2006 3 DMP EIE Industrie
17/06/2009 ACCORD KNITS MEC Industrie
19/01/2010 ADONIS EXTENSION EIE Industrie
17/12/2012 AGRIVAL EIE Industrie
16/09/2013 AIR LIQUIDE MSCAR EIE Industrie
20/10/2017 AIR LIQUIDE Toamasina MEC Industrie
07/08/2007 ALPHACOLOR EIE Industrie
16/04/2010 ANJARA (SOCIETE) EIE Industrie
20/02/2006 AQUARELLE MEC Industrie
15/02/2018 AQUARELLE Antsirabe MEC Industrie
28/09/1998 ASHMON MEC Industrie
05/12/2014 BIDCO EIE Industrie
09/06/2017 BIG VIDZAR EIE Industrie
23/10/2012 BIKAFOAM MEC Industrie
30/06/2014 BOURBON OIL EIE Industrie

284
Annexe 4 : Liste des projets d’investissement soumis à une étude d’impact

Date du Permis Projet Type Secteur


16/05/2001 BSO EIE Industrie
18/09/2015 C&S EIE Industrie
03/07/2015 CAPRICORN OIL PLANT EIE Industrie
26/07/2006 CCC Antsirabe MEC Industrie
10/04/2008 COMPAGNIE MADECASSE EIE Industrie
09/07/2015 COMPAGNIE SALINIERE DU DELTA EIE Industrie
24/03/2004 COSMOS KNITS MEC Industrie
26/07/2006 COTONA MEC Industrie
24/11/2009 DEXTERMAD EIE Industrie
14/10/2016 DRAMCO MEC Industrie
03/12/2009 EO2LE EIE Industrie
06/12/2010 ETABLISSEMENT RAMANARINA MEC Industrie
24/12/1999 FAB CARREAUX EIE Industrie
31/08/2010 FAIR BIO EIE Industrie
12/06/2006 FAIR MADAGASCAR MJG EIE Industrie
07/11/2005 FAIR MADAGASCAR TANA EIE Industrie
26/01/2011 FANAMBY Association MEC Industrie
17/12/2015 FLOREAL MADAGASCAR EIE Industrie
20/02/2008 FRANCOISE BOIS EXOTIQUE EIE Industrie
15/11/2016 GAMA TEXTILE EIR Industrie
18/07/2013 GASY PLAST EIE Industrie
06/03/2018 GAZ INDUSTRIEL DE MADAGASCAR EIE Industrie
03/12/2009 GAZ PLUS EIE Industrie
01/10/2003 GROVE INDUSTRY MEC Industrie
24/04/2014 HAVAMAD EIE Industrie
03/05/2017 HAY EIE Industrie
09/04/2009 HELIOS EIE Industrie
13/02/2001 HITA MEC Industrie
08/12/2006 HITA extension EIE Industrie
28/01/2002 HKS KNITWEAR et Madagascar Dyeing Mills MEC Industrie
26/07/2005 HOLCIM IBITY MEC Industrie
26/07/2005 HOLCIM SILO MEC Industrie
13/10/2009 INNOVEX MEC Industrie
11/03/1998 IOI (savony salama) MEC Industrie
24/04/2007 IZZY FOAM EIE Industrie
30/11/2007 JASON WORLD ENEREGY EIE Industrie
21/12/2016 JAZZ COMPAGNIE EIE Industrie
02/11/2015 KANTO EIE Industrie
13/07/1998 KHIMDJEE MEC Industrie
04/05/2005 KIN KOOM GARNEMENT MEC Industrie
11/09/2017 KING DEER CASHEMERE MEC Industrie
02/05/2008 KWOK HING MEC Industrie
30/06/2008 LECOFRUIT MEC Industrie
03/07/2012 LFL EIE Industrie
20/08/2009 LURECO EIE Industrie
24/04/2014 MA MOUSSE EIE Industrie
06/01/2006 MADAFOAM EIE Industrie
11/01/2018 MADAPLAST EIE Industrie
13/07/2005 Magrama Usine MEC Industrie
25/08/2005 MALOCI usine EIE Industrie
31/08/2005 MATCHFOAM EIE Industrie

285
Annexe 4 : Liste des projets d’investissement soumis à une étude d’impact

Date du Permis Projet Type Secteur


08/07/2010 MATELMA EIE Industrie
29/05/2017 MAUVILAC EIE Industrie
15/11/2016 ME GARMENT EIE Industrie
13/11/2007 MKLEN International MEC Industrie
16/01/2003 MULTIPACK MEC Industrie
25/02/2005 MUST EIE Industrie
18/12/2014 NATEMA EIE Industrie
07/06/2012 NATURA Anjozorobe EIE Industrie
29/01/2007 NBM EIE Industrie
18/06/2015 NET A SEC MEC Industrie
08/12/2005 NEWPACK MEC Industrie
09/07/2013 NEWPLAST EIE Industrie
29/05/2017 NIVO MEC Industrie
17/12/2015 NY TANINTSIKA EIE Industrie
11/09/2015 NY TANINTSIKA EIE Industrie
08/04/2008 PAGRIK MSCAR EIE Industrie
21/08/1998 PAPMAD MEC Industrie
12/10/2010 PARAPHARMA MEC Industrie
09/11/2005 PFOI MEC Industrie
26/05/2004 Plummy M/car -Ivato MEC Industrie
24/10/2005 PROCHIMAD MEC Industrie
18/09/2015 PROCHIMAD Usine Antsirabe MEC Industrie
26/03/2004 PROSIMEX MEC Industrie
16/01/2012 RAINBOW OIL EIE Industrie
23/09/2008 REFRIGEPECHE EIE Industrie
21/03/2008 REYOIL COMPANY EIE Industrie
09/05/2016 S2PC MEC Industrie
14/10/2015 S2PC EIE Industrie
29/10/2010 SABMA -MAROTIA MEC Industrie
17/11/2006 SADEMA EIE Industrie
20/12/2007 SAIM EIE Industrie
25/05/2011 SATI MEC Industrie
20/05/2011 SATURE EXPORT BU EIE Industrie
17/11/2003 SAVIMA MEC Industrie
17/11/2003 Savonnerie Fitiavana MEC Industrie
05/09/2006 SAVONNERIE TROPICALE MEC Industrie
19/01/2011 SCIERIE DE BETSILEO MEC Industrie
06/10/2015 SCRIMAD MSCAR PREMIUM EXOTICA EIE Industrie
16/03/2017 SDOI - SADEMA EIE Industrie
20/07/2017 SEDIEM EIE Industrie
17/11/2003 SIB MEC Industrie
27/11/2012 SIT -Société Industrielle de Tuléar MEC Industrie
02/09/2010 SMS EIE Industrie
24/11/2014 SOBATRA MEC Industrie
20/12/2007 SOCIETE NEW SOAP EIE Industrie
09/02/2006 SOCIETE PGM MEC Industrie
26/07/2006 SOCIETE PLASTIMA MEC Industrie
25/02/2016 SOMALAVAL MEC Industrie
15/02/2017 SOMIDA Usine MEC Industrie
19/12/2013 SONIA MADA EIE Industrie
12/06/2017 STAND UP INTERNATIONAL EIE Industrie

286
Annexe 4 : Liste des projets d’investissement soumis à une étude d’impact

Date du Permis Projet Type Secteur


06/12/2007 STAR ANTSIRABE MEC Industrie
22/05/2017 STAR Antsiranana EIE Industrie
04/12/2003 STAR/UBG/Andraharo MEC Industrie
16/02/2006 STE AWIGDL EIE Industrie
04/08/2006 STE FESTIVAL MEC Industrie
20/12/2006 STE JB MEC Industrie
27/11/2006 STE ULTRAMAILLE MEC Industrie
16/02/2005 STPE EIE Industrie
17/01/2018 SYMRISE MEC Industrie
11/06/2014 TAKASAGO EIE Industrie
05/09/2014 TAMA HUILERIE EIE Industrie
29/06/2012 TAMA INDUSTRIES EIE Industrie
25/05/2004 TANNERIE D ' ANJEVA MEC Industrie
05/06/2015 TIAN LI Ankililaoka EIE Industrie
05/06/2015 TIAN LI Betsinjaka EIE Industrie
17/06/2015 TIAN LI Port Bergé EIE Industrie
30/05/2000 Tranombarotra Mahazatra Tananarive (TMT) MEC Industrie
21/12/2010 TROPICAL BOAT EIE Industrie
01/10/2009 TROPICMAD MEC Industrie
03/10/2017 ULTRAMAILLE EIE Industrie
29/10/2015 UNIBISC EIE Industrie
25/04/2005 UNICOM MEC Industrie
07/07/2015 VECTOR MADAGASCAR EIE Industrie
15/05/2017 VITAFOAM EIE Industrie
08/12/2006 VOHITRA ENVIRONNEMENT EIE Industrie
19/01/2017 VYMAD EIE Industrie
22/10/2008 WATER LILLY EIE Industrie
07/10/2013 WEST FOAM EIE Industrie
06/01/2004 WING TAI M/CAR MEC Industrie
13/04/2011 XINXIN EIE Industrie
06/02/2018 AGETIPA Projet PIAA EIE Infrastructure
19/03/2018 ARM /EGIS INFRAMAD EIE Infrastructure
25/11/2016 ARM RN5 S EIE Infrastructure
12/12/2017 ARM RN9 Troncon 2 EIE Infrastructure
09/12/2008 BALLOU - PROJET CAP DORE EIE Infrastructure
01/10/2003 Bemaraha, piste d'atterrissage de Bekopoka EIE Infrastructure
21/03/2017 BOVIMA EIE Infrastructure
30/10/2000 ByPass EIE Infrastructure
13/07/2016 CNCTPC/CBRC/ARM/MEPATE EIE Infrastructure
10/12/2010 CNRO Nosy Be EIE Infrastructure
07/07/2011 COLAS Anjoma MEC Infrastructure
08/06/2016 DAVINCI- MEPATE-CHEC EIE Infrastructure
29/01/2004 Dragage Manakara PST EIE Infrastructure
07/03/2011 ENTREPRISE JJ MEC Infrastructure
17/12/2001 FCE Rehabilitation EIE Infrastructure
31/08/2010 FIRST IMMO Alarobia Phase 1 EIE Infrastructure
26/05/2016 HOLCIM EIE Infrastructure
17/06/2002 IMMO 2000 1è tranche EIE Infrastructure
21/11/2008 LPSA Ehoala EIE Infrastructure
29/11/2004 MADARAIL PLATEFORME EIE Infrastructure
23/12/2003 MADARAIL Réseau Nord EIE Infrastructure

287
Annexe 4 : Liste des projets d’investissement soumis à une étude d’impact

Date du Permis Projet Type Secteur


20/11/2017 MEPATE/ARM/RNT 12A EIE Infrastructure
20/11/2017 MEPATE/ARM/RNT13 EIE Infrastructure
20/07/2017 MEPATE/ARM/ROCADE EIE Infrastructure
18/06/2007 MICTSL EIE Infrastructure
29/12/2017 MTP/AFECC EIE Infrastructure
12/09/2012 MTPM ARM EIE Infrastructure
19/07/2013 PIC Port de Nosy Be EIE Infrastructure
09/12/2013 PIC Site Mont Passo MEC Infrastructure
06/03/2009 PIC-RIP 118 EIE Infrastructure
12/07/2016 RAVINALA AIRPORT Ivato EIE Infrastructure
12/07/2016 RAVINALA AIRPORT Nosy Be EIE Infrastructure
18/12/2014 SIDDI-TSARAVINTANA EIE Infrastructure
12/04/2011 SIDM (Tour Orange Ankorondrano) EIE Infrastructure
13/09/2012 SIEMA EIE Infrastructure
23/12/2010 SPAT MEC Infrastructure
16/04/2010 ACCRINGTON MINERALS EIE Mine
07/12/2009 ALBAN JOEL EIE Mine
29/02/2008 ALBAN JOEL EIE Mine
20/03/2018 AMBILOBE MINERALS EIE Mine
31/07/2007 ANDRIAKOTO Jenny EIE Mine
26/05/2015 ANDRIAMAMPANDRISON Jean Jacques EIE Mine
29/05/2015 ANDRIANAIVOARIMISA Joelle EIE Mine
29/05/2015 ANDRIANAIVOARIMISA Joelle EIE Mine
29/08/2014 ANDRIANISA Harinaivo EIE Mine
20/05/2008 ANDRIANJAFY Chrisitian EIE Mine
20/05/2008 ANDRIANJAFY Chrisitian EIE Mine
17/04/2014 ANNE MARIE EIE Mine
09/06/2017 APC MINING EIE Mine
15/05/2017 APC MINING PE 10858 EIE Mine
15/05/2017 APC MINING PE 39787 EIE Mine
15/05/2017 APC MINING PE 39788 EIE Mine
15/05/2017 APC MINING PE 39789 EIE Mine
09/12/2008 ARC EN CIEL EIE Mine
20/02/2006 ASSOCIATION EXPLOIT° MINIERE EIE Mine
01/07/2015 AVOZO EIE Mine
08/07/2009 AVOZO EIE Mine
06/10/2008 BATIFORCE Ambohimalaza EIE Mine
07/02/2013 BATIFORCE Anjeva EIE Mine
08/02/2007 BLUE SUN MINING EIE Mine
23/11/2011 BLUE SUN MINING- PE 9146 EIE Mine
20/07/2017 BRIGHT STAR EIE Mine
29/07/2008 BRIGHT STAR EIE Mine
08/06/2016 CALIBRA EIE Mine
28/09/2010 CALIBRA RESOURCE EIE Mine
24/03/2004 CANALTA Gems EIE Mine
07/07/2016 CAPRICORN ENTERPRISES EIE Mine
13/04/2012 CELIN 13106 EIE Mine
13/04/2012 CELIN 13107 EIE Mine
13/04/2012 CELIN 13108 EIE Mine
23/06/2015 CLASSIC REAL STONES EIE Mine
07/09/2009 COAL MINING MSCAR EIE Mine

288
Annexe 4 : Liste des projets d’investissement soumis à une étude d’impact

Date du Permis Projet Type Secteur


20/12/2016 COLAS EIE Mine
15/04/2014 COLAS Anamboakatra MEC Mine
13/05/2009 COLAS Bongatsara MEC Mine
06/07/2009 COLAS DIEGO EIE Mine
17/12/2012 COLAS Génie Militaire MEC Mine
13/05/2013 COLAS Vohitsarabe MEC Mine
19/12/2016 COPAX RESOURCES EIE Mine
18/10/2006 DAHNEX EIE Mine
19/01/2005 Dream Stones Trading EIE Mine
06/11/2007 DYNATEC SOALARA EIE Mine
08/01/2010 DYNATEC Soalara Exploitation EIE Mine
01/07/2008 DYNATEC SOALARA II EIE Mine
30/03/2018 EGECORE EIE Mine
03/10/2016 EGECORE EIE Mine
27/05/2002 EXPLORER Saranambana EIE Mine
29/10/2009 FIRDOSSALY EIE Mine
16/01/2017 GALLOIS MEC Mine
30/06/2014 GALLOIS MEC Mine
01/04/1998 GMDS EIE Mine
19/12/2016 GOLD SAND EIE Mine
19/12/2016 GOLD SAND EIE Mine
19/12/2016 GOLD SAND EIE Mine
19/12/2016 GOLD SAND EIE Mine
17/09/2007 GOLD SAND EIE Mine
23/11/2011 GOLD SAND - PR 26910 EIE Mine
23/11/2011 GOLD SAND- PR 26906 EIE Mine
16/03/2010 GONDWANA GEMS EIE Mine
11/02/2003 GONDWANA GEMS EIE Mine
02/02/2012 GRANITEX EIE Mine
30/06/2014 GRAPH MADA EIE Mine
14/11/2007 GRAPH MADA EIE Mine
05/07/2010 GRAPHIT EXPLORER EIE Mine
28/06/2007 HANTAVOLOLONA EIE Mine
28/06/2007 HANTAVOLOLONA EIE Mine
28/06/2007 HANTAVOLOLONA EIE Mine
26/03/2009 HAZOVATO MEC Mine
08/12/2005 HERINDRANTO DERA Banda EIE Mine
08/12/2005 HERINDRANTO DERA Tanambao EIE Mine
06/12/2007 HERINIRINA VOAHANGILALAO EIE Mine
08/12/2005 HOHUP Ampangabe EIE Mine
08/12/2005 HOHUP Antongobato EIE Mine
19/01/2010 HOLCIM Ambohidranandriana EIE Mine
19/12/2006 HOLCIM Ambohimarina EIE Mine
23/06/2008 HOLCIM Andranomanelatra EIE Mine
23/06/2008 HOLCIM Andranomanelatra EIE Mine
19/01/2001 HOLCIM Ankilizato EIE Mine
19/12/2006 HOLCIM Mahazoarivo EIE Mine
22/09/2009 HOLCIM Tritriva EIE Mine
12/05/2016 HUNAN INTERNATIONAL PE N° 26508 EIE Mine
02/07/2001 IGM ( Isalo Gems & Mining ) EIE Mine
12/03/2009 JAOZARA ARTHUR MEC Mine

289
Annexe 4 : Liste des projets d’investissement soumis à une étude d’impact

Date du Permis Projet Type Secteur


17/06/2002 JIN MSCAR EIE Mine
27/06/2008 JIN XIN EIE Mine
31/08/2010 JINDAL EIE Mine
28/09/2010 JINDAL 2 EIE Mine
28/09/2010 JINDAL3 EIE Mine
26/05/2016 JIUXING MINES EIE Mine
16/12/2011 KALOZAFILAHY EIE Mine
09/11/2009 KOLO Jean Yves EIE Mine
15/05/2017 Kraomita Malagasy EIE Mine
07/06/2016 Kraomita Malagasy EIE Mine
07/07/2014 KRAOMITA MALAGASY MEC Mine
26/04/2006 LA TERASSE Andamaka 1 EIE Mine
11/12/2006 LA TERASSE Andamaka 2 EIE Mine
11/12/2006 LA TERASSE Andamaka 3 EIE Mine
27/04/2006 LA TERASSE Andraketa EIE Mine
26/04/2006 LA TERASSE Antanandava EIE Mine
29/07/2008 LA TERASSE Manombokely EIE Mine
11/12/2006 LA TERASSE SAKAMELOKA EIE Mine
26/04/2006 LA TERASSE Soaserana EIE Mine
11/12/2006 LA TERASSE VOHIMENA EIE Mine
07/08/2007 LAINGOMALALA MEC Mine
10/10/2014 LE QUARTZ MEC Mine
10/10/2014 LE QUARTZ MEC Mine
22/12/1999 LEMURIA SARL EIE Mine
31/10/2017 MAC LAI SIM GIANNA EIE Mine
07/03/2007 MADA AUST Ianapera EIE Mine
07/03/2007 MADA AUST Maniry EIE Mine
12/03/2007 MADACOLOR EIE Mine
23/11/2011 MADAGASCAR MINING EIE Mine
12/10/2000 MAGASTORM EIE Mine
04/06/2004 MAGRAMA - HUGO THESS EIE Mine
13/07/2005 Magrama Carrière EIE Mine
07/12/2009 MAGRAMA PE 975 EIE Mine
10/02/2003 MAGRAMA RASAMOEL EIE Mine
05/10/2006 MAGRAMA Saririaka EIE Mine
24/04/2009 MAINLAND EIE Mine
25/07/2014 MAINLAND Sud Tamatave EIE Mine
10/10/2005 MALAGASY MINING EIE Mine
02/06/2014 MALAGASY MINING INTERNATIONAL EIE Mine
MALAGASY RESSOURCES AND MINING
13/05/2015 EIE Mine
COMPANY
23/11/2011 MAMY SOA PAPPINE EIE Mine
10/09/2013 MANGALAZA Praxitelle EIE Mine
01/12/2017 MARCEL ALBAN EIE Mine
27/10/2004 MAROY BEVILANY EIE Mine
27/10/2017 MASINA INDUSTRY EIE Mine
16/06/2016 MB GOLD EIE Mine
07/12/2000 MCAR BLUE (béryl) EIE Mine
26/05/2000 MCAR BLUE (saphir) EIE Mine
22/04/2008 MCM - PR 22 450 EIE Mine
22/04/2008 MCM - PR 22 452 EIE Mine

290
Annexe 4 : Liste des projets d’investissement soumis à une étude d’impact

Date du Permis Projet Type Secteur


22/04/2008 MCM - PR 22 453 EIE Mine
22/04/2008 MCM - PR 22447 EIE Mine
22/04/2008 MCM - PR 22449 EIE Mine
22/04/2008 MCM - PR 23101 EIE Mine
22/04/2008 MCM - PR 23314 EIE Mine
22/04/2008 MCM - PR 23316 EIE Mine
22/04/2008 MCM - PR 23318 EIE Mine
22/04/2008 MCM - PR 23319 EIE Mine
22/04/2008 MCM - PR 28588 EIE Mine
22/04/2008 MCM - PR 28687 EIE Mine
07/12/2009 MCM Exploitation EIE Mine
13/10/2017 MCM Graphite Mills EIE Mine
15/03/2007 MCM PR 4474 EIE Mine
15/03/2007 MCM PR 4476 EIE Mine
15/03/2007 MCM PR 4477 EIE Mine
15/03/2007 MCM PR 4915 EIE Mine
15/03/2007 MCM PR 4916 EIE Mine
15/03/2007 MCM PR 8592 EIE Mine
18/12/2006 MEGS EIE Mine
27/04/2007 MFSA Maevatanàna EIE Mine
15/06/2007 MFSA Miandrarivo EIE Mine
20/09/2006 MINERAL RESOURCES MSCAR EIE Mine
18/10/2006 MINES TANY HAFA EIE Mine
26/05/2000 MINING DISCOVERY ( SOMIDI ) EIE Mine
29/08/2012 MPUMALANGA MINING RESSOURCES EIE Mine
15/05/2017 MSCAR ALUMINIUM EIE Mine
16/06/2008 MSCAR JEWELS INTERNATIONAL EIE Mine
16/06/2008 MSCAR JEWELS INTERNATIONAL EIE Mine
23/06/2004 NANTIN POLYCHROME S.A EIE Mine
02/03/2005 NAPOKE SANDRA EIE Mine
01/10/2003 New Astor Trading EIE Mine
21/01/2005 NEW ASTOR TRADING DOS 2 EIE Mine
10/04/2008 NG YEN KI RAKOTOMALALA EIE Mine
16/03/2007 NORCROSS EXPLORATION EIE Mine
06/11/2016 NOVA RESSOURCES EIE Mine
03/12/2009 ORIENTAL MINING Ambohinihaonana EIE Mine
03/12/2009 ORIENTAL MINING Ambositra EIE Mine
03/12/2009 ORIENTAL MINING Anivorano EIE Mine
03/12/2009 ORIENTAL MINING Kianjavato EIE Mine
06/10/2006 PAM Atomique 1 EIE Mine
06/10/2006 PAM Atomique 2 EIE Mine
06/10/2006 PAM Atomique 3 EIE Mine
12/02/2008 PAM Madagascar PM N° 9651… EIE Mine
12/02/2008 PAM Madagascar PM N° 9652 EIE Mine
23/11/2011 PAM MSCAR EIE Mine
22/01/2010 PAM SAKOA EIE Mine
22/03/2005 PARADISE GEM EIE Mine
01/12/2006 PDM/Dynatec: Exploitation EIE Mine
29/10/2003 PDM/Dynatec: Exploration EIE Mine
13/08/2009 PECLE TSIMIRORO EIE Mine
03/10/2001 Phelps Dodge Madagascar (PDM) EIE Mine

291
Annexe 4 : Liste des projets d’investissement soumis à une étude d’impact

Date du Permis Projet Type Secteur


13/08/2014 PROCHIMAD Talc EIE Mine
23/11/2011 PROGANIT EIE Mine
14/11/2001 QMM EIE Mine
11/10/2012 QMM Ste Luce EIE Mine
19/12/2016 R2M EIE Mine
19/12/2007 R2M EIE Mine
22/12/2009 R2M Ifanadiana EIE Mine
08/11/2005 RABEARISON Lalao EIE Mine
21/11/2006 RABERANTO EIE Mine
21/05/2012 RABETRENA Roland N° 25071… EIE Mine
22/12/2009 RABETRENA Roland N° 25072 EIE Mine
22/12/2009 RABETRENA Roland N° 25073 EIE Mine
21/11/2006 RAFALIMANANA Bien Aimé EIE Mine
17/11/2006 RAFALIMANANA Bien Aimé EIE Mine
03/03/2009 RAHANTASOA Odile EIE Mine
21/11/2006 RAJAOMILISON David EIE Mine
19/02/2010 RAJERISON Nicole EIE Mine
01/07/2014 RAJESSON Vololonirina EIE Mine
03/05/2007 RAKOTOARIMANGA Mandresisoa EIE Mine
05/10/2006 RAKOTOARISOA Joseph EIE Mine
25/10/2012 RAKOTOMALALA Naivojaona EIE Mine
03/10/2005 RAKOTONATOANDRO Hanta EIE Mine
31/07/2007 RAKOTONDRABARY Yvon EIE Mine
08/08/2008 RAKOTONDRASOA Maurice EIE Mine
19/12/2007 RAKOTONIRINA Wilson EIE Mine
13/05/2014 RAKOTONOELIARISONA Raymond EIE Mine
23/11/2011 RALAMBOSAMIMANANA EIE Mine
24/09/2009 RALISIARISOA Jeanne EIE Mine
08/10/2007 RAMANANJANAHARY EIE Mine
30/10/2007 RAMANANTSOA Patricia EIE Mine
02/02/2016 RAMILIJAONA Eléonore EIE Mine
07/12/2017 RANAIVOARISOA Martin EIE Mine
23/12/2013 RANDRIAMITANTSOA Solovaika EIE Mine
06/12/2007 RANDRIANASOLO Patrick EIE Mine
18/08/2008 RANDRIATSIVELANY Eliane EIE Mine
14/08/2006 RAPATSALAHY Marovelo EIE Mine
04/11/2014 RASOANAIVO Hariniaina EIE Mine
18/03/2005 RASOANAIVO J.D EIE Mine
17/08/2017 RASOAVELO Pauline EIE Mine
05/09/2007 RASOAVELO Pauline EIE Mine
14/08/2006 RASOLOMALALA Beby EIE Mine
12/06/2008 RATSIMBA Roussel Edmond EIE Mine
12/06/2008 RATSIMBA Roussel Edmond EIE Mine
23/06/2008 RATSIMBAZAFY Jean Kinne EIE Mine
23/06/2008 RATSIMBAZAFY Jean Kinne EIE Mine
13/03/2009 RAVAOHASITIANA Jeannette EIE Mine
07/05/2008 RAVAONANDRASANA Georgine EIE Mine
07/05/2008 RAVAONANDRASANA Georgine EIE Mine
07/08/2007 RAVELOMANANTSOA Nirina E MEC Mine
02/02/2009 RAVELOSAONA Georgeot EIE Mine
14/09/2006 RAZAFIMANJATO EIE Mine

292
Annexe 4 : Liste des projets d’investissement soumis à une étude d’impact

Date du Permis Projet Type Secteur


20/12/2007 RAZAFINDRATSIMA H.P EIE Mine
17/03/2004 RAZAKA Arie Harinirina EIE Mine
04/06/2004 Red Graniti Mscar EIE Mine
09/07/2013 ROSTAING Ets MEC Mine
07/02/2017 RUBY RED MADAGASCAR EIE Mine
22/12/2011 SABOTSY JEAN NORBERT EIE Mine
16/02/2006 SCAT EIE Mine
19/09/2008 SEGA EIE Mine
10/03/2003 SEM IANAPERA EIE Mine
14/03/2003 SEM MANIRY EIE Mine
03/11/2005 SEM MOROMBE EIE Mine
20/12/2007 SEM Morombe Phase II EIE Mine
26/08/2003 SEM Ranobe EIE Mine
04/04/2006 SEM Usine Pilote EIE Mine
14/06/2002 SIAM EIE Mine
05/04/2005 SIAM Dos 2 EIE Mine
03/02/2000 SIGEM EIE Mine
23/11/2011 SINBAD RESSOURCES EIE Mine
03/07/2015 SMATP MEC Mine
20/11/2017 SOALARA CALCAIRE EIE Mine
22/12/2009 SOALARA CALCAIRE EIE Mine
20/07/2017 Société d'Exploitation de Graphite Malagasy EIE Mine
19/12/2017 SOGEA Toamasina MEC Mine
17/08/2009 SOGECOA EIE Mine
18/05/2007 SOGEMINE PE 1960 MEC Mine
21/05/2007 SOGEMINE PM 5570 EIE Mine
03/02/2014 SOMAGRA MEC Mine
22/01/2003 SOMEMA EIE Mine
21/03/2017 SOMIDA MEC Mine
31/05/2006 STE THIELORR EIE Mine
04/08/2010 Sté WEISSE INTERNATIONAL EIE Mine
13/04/2006 TAFITA MINING EIE Mine
01/01/2008 TAFITA MINING Betioky EIE Mine
11/11/2009 TANTALUM RARE EIE Mine
11/06/2003 Tany HAFA Ihosy EIE Mine
04/06/2004 Taoufik Mohamed EIE Mine
06/04/2006 TGS NOPEC 3 EIE Mine
10/10/2016 TIRUPATI EIE Mine
23/06/2015 TOLIARA SANDS EIE Mine
11/07/2012 TOTOZAFY EIE Mine
23/05/2008 TRI STAR EIE Mine
23/05/2008 TRI STAR EIE Mine
26/09/2016 TSARAVINTANA MINING EIE Mine
17/03/2008 UBP EIE Mine
02/09/2010 UBP Sahavavaka MEC Mine
23/11/2011 UNIVERSAL EXPLORATION Mcar (UEM) EIE Mine
31/07/2008 UNIVERSAL GEMS EIE Mine
03/02/2007 VATOSOA MINING EIE Mine
05/09/2007 VAVISOA CLEMENTINE EIE Mine
23/11/2011 WISCO EIE Mine
26/05/2000 WORDLY DISCOVERY EIE Mine

293
Annexe 4 : Liste des projets d’investissement soumis à une étude d’impact

Date du Permis Projet Type Secteur


06/01/2006 WORLD GEM COMPANY EIE Mine
22/12/1999 WORLD SAPHIRE EIE Mine
25/04/2007 WYVERN GOLD EIE Mine
12/06/2007 YAT WHA EIE Mine
22/07/2015 AROME ALGUE -AH-YING ANITA MARIE EIE Pêche
22/07/2015 AROME ALGUE -AH-YING ANITA MARIE EIE Pêche
22/09/2014 ASCIPENSER EIE Pêche
15/05/2017 BLUE OCEAN EIE Pêche
28/09/2010 COPEFRITO MEC Pêche
02/05/2016 DEFINITIF SHI EIE Pêche
04/04/2011 IBIS ALGUES Manombo MEC Pêche
10/05/2011 IBIS ALGUES Sava EIE Pêche
12/10/2017 INDIAN OCEAN TREPANG EIE Pêche
14/08/2012 INDIAN OCEAN TREPANG (IOT) EIE Pêche
02/05/2016 JIANG TRADING EIE Pêche
23/12/2013 LES HUITRES DE L'ANOSY EIE Pêche
12/10/2017 MADAGASCAR ALIAS SEAFOOD EIE Pêche
17/12/2012 MADALG EIE Pêche
09/08/2017 MAPROSUD EIE Pêche
18/10/2017 MARINE AQUACULTURE MEC Pêche
09/09/2009 MATATA EIE Pêche
03/05/2017 MUREX INTERNATIONAL EIE Pêche
22/09/2014 NATURALG EIE Pêche
07/11/2006 PECHERIE DE NOSSI BE MEC Pêche
29/01/2007 PSDR PECHE MAINTIRANO EIE Pêche
09/09/2015 REEF Project EIE Pêche
30/04/2010 SOCOPAM EIE Pêche
21/12/2004 CELCO EIE Plan/Projet/Programme
29/11/2004 Centre National Antiacridien EIE Plan/Projet/Programme
19/09/2002 LAA 2002-2003 EIE Plan/Projet/Programme
04/10/2002 PST APL2 réhabilitation axes 2002, 6 provinces EIE Plan/Projet/Programme
06/07/2001 PADR EIE Projet
08/06/2005 PPIC EIE Projet
17/12/2001 ReCAP EIE Projet
09/10/2006 WATERAID EIE Projet
01/08/2013 AIRTEL Andasibe MEC Télécommunication
18/07/2013 AIRTEL Ankarafantsika MEC Télécommunication
15/07/2008 CELTEL VOHIPARARA EIE Télécommunication
23/12/2013 ORANGE Andapa EIE Télécommunication
30/05/2012 ORANGE Andasibe MEC Télécommunication
11/01/2011 ORANGE DIDY EIE Télécommunication
11/01/2011 ORANGE Ialatsara EIE Télécommunication
20/01/2009 ORANGE Projet Lion EIE Télécommunication
22/11/2010 ORANGE Vatolampy EIE Télécommunication
03/05/2017 TELMA EIE Télécommunication
19/04/2016 TELMA EIE Télécommunication
29/05/2007 TELMA EIE Télécommunication
22/10/2013 TELMA back bone Nord EIE Télécommunication
18/11/2013 TELMA FLY EIE Télécommunication
09/06/2015 TELMA S.A EIE Télécommunication
01/02/2018 TOM EIE Télécommunication

294
Annexe 4 : Liste des projets d’investissement soumis à une étude d’impact

Date du Permis Projet Type Secteur


20/01/2018 TOM EIE Télécommunication
05/10/2015 TOM EIE Télécommunication
05/10/2015 TOM EIE Télécommunication
14/03/2013 TOM EIE Télécommunication
18/07/2014 TOM Ambahy EIE Télécommunication
28/01/2014 TOM Andranomena EIE Télécommunication
28/01/2014 TOM Ankiliabo EIE Télécommunication
28/01/2014 TOM Befandefa EIE Télécommunication
28/01/2014 TOM Beroboka Nord EIE Télécommunication
19/01/2018 TOM Ibity EIE Télécommunication
01/07/2014 TOM Karianga Ampanorematony EIE Télécommunication
18/07/2014 TOM Mahela EIE Télécommunication
01/07/2014 TOM Mangarivotra Mahafasa EIE Télécommunication
14/05/2014 TOM Maroharatra EIE Télécommunication
01/07/2014 TOM Maroteza EIE Télécommunication
28/01/2014 TOM Tsingoritelo EIE Télécommunication
01/07/2014 TOM Vatohandrina EIE Télécommunication
18/07/2014 TOM Vohilava Vatohandrina EIE Télécommunication
28/10/2009 ZAIN Behenjy MEC Télécommunication
04/11/2013 AKOMBA AVENTURE MEC Tourisme
09/07/2009 AMPORAHA HOTEL EIE Tourisme
07/12/2009 ANDILANA BEACH HOTEL MEC Tourisme
06/12/2007 ANGAP, APMC NOSY HARA EIE Tourisme
05/12/2017 ANJAVAVY HOTEL MEC Tourisme
09/12/2008 ANJIAMARANGO EIE Tourisme
18/12/2014 ANKAO MANAGEMENT S.A EIE Tourisme
21/09/2006 ANTSANITIA RESORTS EIE Tourisme
BELLE VUE HOTEL -ANDRIANAVONY Henintsoa
22/01/2016 EIE Tourisme
Dina
07/09/2010 CALYPSO HOTEL EIE Tourisme
21/12/2009 CDG (Société) EIE Tourisme
12/02/2009 COCAGNE EIE Tourisme
17/04/2012 COCO KOMBA EIE Tourisme
30/05/2008 DOMAINE NATURE MEC Tourisme
30/05/2008 DOMAINE NATURE MEC Tourisme
07/07/2008 EDEN HOTEL EIE Tourisme
02/03/2009 EDEN LODGE MEC Tourisme
15/05/2017 ESPACE DIAMANT MORAMANGA EIE Tourisme
07/12/2009 EXPLORA VILLAGE MEC Tourisme
23/10/2014 HOME MADAGASCAR EIE Tourisme
07/12/2009 HOTEL DE LA MER MEC Tourisme
15/03/2011 HOTEL PALMARIUM MEC Tourisme
22/04/1999 ISLAND DREAM EIE Tourisme
16/11/2005 Island dream Nosy SABA EIE Tourisme
16/09/2015 KARIBOTEL EIE Tourisme
22/04/2010 KORAIL S.A EIE Tourisme
14/12/2009 LA RESIDENCE AMBATOLAOKA MEC Tourisme
LA RUCHE DES AVENTURIERS (KOMANY
22/05/2014 EIE Tourisme
LODGE)
23/10/2014 LE YARD SEA FOOD MEC Tourisme
10/04/2012 LES NEREIDES MEC Tourisme

295
Annexe 4 : Liste des projets d’investissement soumis à une étude d’impact

Date du Permis Projet Type Secteur


01/07/2015 MADAGASCAR CLASSIC COMPANY EIE Tourisme
04/07/2013 MAKI LODGE MEC Tourisme
26/09/2013 MER ET NATURE MEC Tourisme
26/10/2017 MITSIO LODGE MEC Tourisme
08/05/2000 NATURE LODGE EIE Tourisme
02/11/2008 NEW PALM BEACH EIE Tourisme
12/06/2007 NEW SEA ROC EIE Tourisme
20/06/2011 NOSY BE HOTEL MEC Tourisme
26/07/2005 NOVOTEL EIE Tourisme
29/05/2017 NOVOTEL Alarobia EIE Tourisme
11/06/2013 NY HOAVY Sarl EIE Tourisme
20/06/2011 OCEAN BEACH MEC Tourisme
03/11/2011 PEARLS TOURISM MALAGASY EIE Tourisme
07/01/2009 PIC -NAP NOSY TANY KELY EIE Tourisme
23/10/2014 PROJAG EIE Tourisme
12/09/2011 RATOVONIRINA Johnny EIE Tourisme
23/08/2017 RELAIS DU KIRINDY EIE Tourisme
05/06/2015 ROSIN société EIE Tourisme
17/09/2001 ROYAL BEACH EIE Tourisme
18/12/2014 ROYAL BEACH Nosy BE MEC Tourisme
20/06/2011 SAKATIA LODGE MEC Tourisme
02/02/2012 SCI ROVA EIE Tourisme
05/12/2005 SETAM LODGE EIE Tourisme
14/03/2016 Sté SOGIFA Heure Bleue MEC Tourisme
06/02/2008 TANY BE CLUB EIE Tourisme
17/04/2012 TSARA KOMBA Auberge MEC Tourisme
12/12/2011 VAHINY LODGE MEC Tourisme
02/02/2016 ZOMATEL EIE Tourisme
Source : ONE (2018, s.d.)

296
Annexe 5 : Guide d’entretien

Annexe 5 : Guide d’entretien

Ceci est un guide général mais sera adopté selon les situations pour synchroniser à la
méthodologie compréhensive qui n’impose pas le même guide pour toutes les situations. Ce
guide servira surtout de s’assurer que tous les points essentiels seront abordés.

Prise de connaissance de l’entreprise

Nom de l’entreprise :

Adresse de l’entreprise :

Taille et secteur d’activité :

Date de l’entretien :

Méthodologie adoptée :

Type de discours tenu :

Nom et prénom du répondant :

Fonction et rôle du répondant :

Coordonnées du répondant :

Nombre d’année d’ancienneté :

Type d’instrument utilisé :

Durée de l’entretien :

L’entreprise et la RSE

Quand avez-vous commencé à mettre en place une démarche RSE ?

Comment avez-vous été amené à mettre en place une démarche RSE ?

Qui sont les personnes impliquées ?

Quels rôles ont elle joué ?

Un rapport RSE / DD

 La motivation des acteurs

Quelles sont les raisons qui vous ont incité à mettre en place un rapport sur la RSE/DD ?

Les partenaires étrangers exigent-ils ce type de rapport ?

297
Annexe 5 : Guide d’entretien

 La préparation du rapport

Comment identifiez-vous les informations les plus pertinentes qui seront à adresser aux
parties prenantes (les informations identifiées comme influentes et ayant des attentes
particulières par rapport à la stratégie de l’entreprise) ?

Des réunions sont-elles organisées pour analyser ses informations ?

- Combien de réunion sont organisés autour des informations sociales et


environnementales ?

- Qui participe à ces réunions ?

- Ces discussions apportent-elles de nouvelles idées qui permettent d’améliorer la


pratique du reporting sociétal au sein de l’entreprise ?

Qui intervient dans l’élaboration du rapport ?

 Le périmètre du rapport

Comment définissez-vous le standard de reporting adopter ?

Comment déterminez-vous le canevas et la manière dont le rapport sera présenté ?

Quelles lignes directrices suivez-vous pour l’élaboration du rapport (ISO 26000, GRI) ?

A quel niveau classez-vous l’application du cadre mis en œuvre (C, B ou A)?

Pouvez-vous me décrire les freins relatifs à la production du rapport ?

 Le Contenu et la qualité du rapport

Comment décrivez-vous le champ d’étude ?

- Quels sont les objectifs et les priorités RSE de l’entreprise ?

- Quels sont les indicateurs de performance clés ?

- Quelles sont les lacunes par rapport à la stratégie et aux indicateurs ?

 Validation des informations et montage du rapport

Les informations émis dans le rapport sont-elles consultées préalablement par les parties
prenantes clés ?

Qui valide les informations contenues dans le rapport ?

 La publication du rapport

Publiez-vous régulièrement un rapport RSE / DD ?

298
Qui sont les destinataires de ses informations ?

Pour quelles raisons publiez-vous ses informations ?

Publiez-vous le rapport sur le site-web ou sur les réseaux sociaux ?

Pouvez-vous me décrire le processus de publication de ses informations ?

- A quelle fréquence publiez-vous ses informations ?

- Cette fréquence est-elle les mêmes pour les informations financières ?

- La disponibilité et la qualité de ses informations sociales et environnementales


posent-elles parfois des problèmes ?

- Pensez-vous que cette fréquence est adéquate pour la prise de décisions ?

 Les effets de la pratique du reporting sociétal sur la rentabilité de l’entreprise

Quelles sont les impacts financiers induit par l’adoption de cette forme de pratique ?

De quelle manière appréhendez-vous ses incidences dans votre activité ?

Quel résultat pouvez-vous en déduire après avoir adopter cette forme de pratique ?

299
Annexe 6 : Questionnaires pour les entreprises produisant l’outil de reporting sociétal

Annexe 6 : Questionnaires pour les entreprises produisant l’outil de reporting sociétal

*Obligatoire

1. Adresse e-mail *

2. Quelle est la raison sociale de votre entreprise * Plusieurs réponses possibles.

SA Société Anonyme
SARL
SI

Autre :

3. Quel est votre poste au sein de l'entreprise * Une seule réponse possible.

Haut dirigeant
Manager, Responsable, Coordinateur RSE / DD

Autre :

4. Quel est le type de financement de votre activité ? * Plusieurs réponses possibles.

Autofinancement
Partenaires étrangers
Investisseurs étrangers
Autre :

5. Le taux de financement s'élève-t-il à hauteur de combien ?


Plusieurs réponses possibles.

Autofinancement Partenaires étrangers Investisseurs étrangers

300
Annexe 6 : Questionnaires pour les entreprises produisant l’outil de reporting sociétal

6. Quel est votre secteur d'activité ? * Plusieurs réponses possibles.

Infrastructures et aménagement / Agriculture / Elevage


Ressources naturelles renouvelables
Tourisme et hôtellerie
Secteur industriel
Gestion de produits et déchets divers
Secteur minier
Hydrocarbures et énergie fossile

Autre :

7. Une seule réponse possible.

Option 1

8. Quelle est la taille de votre entreprise ? * Une seule réponse possible.

Grande entreprise
Petite et Moyenne Entreprise (PME)
Très Petites Entreprises (TPE)

9. Quel est l'effectif de vos salariés ? * Une seule réponse possible.

0 à 19
20 à 249
Plus de 250

10. Où aviez-vous entendu parlez d'un rapport RSE/DD ? * Plusieurs réponses possibles.

Formations
Séminaires
Salon
Autre (à préciser) :

11. Quelle est l'origine de l'initiative de mettre en place un rapport RSE/DD au sein de votre
entreprise ? *
Plusieurs réponses possibles.

301
Annexe 6 : Questionnaires pour les entreprises produisant l’outil de reporting sociétal

Par conviction
Par règlementation
Pour la normalisation
Influence des partenaires
Influence des investisseurs
Influence de la société mère
Autre

12. Comment mesurez-vous le taux d'influence de l'origine de cette initiative ? * Une seule
réponse possible.

1 2 3 4 5

13. La mise en place d'un rapport RSE/DD au sein de votre entreprise est-elle obligatoire ? *
Une seule réponse possible.

Oui
Non

14. Si oui, qui exige sa mise en œuvre ? * Plusieurs réponses possibles.

Partenaires étrangers
Investisseurs étrangers
Société mère

Autre :

15. Quel type de communication élaborez-vous ? * Une seule réponse possible.

Interne
Externe

16. Pour vous, le rapport RSE/DD peut-il être considéré comme un "outil de reddition" ? *
Une seule réponse possible.

0 1 2

302
Annexe 6 : Questionnaires pour les entreprises produisant l’outil de reporting sociétal

17. Pour vous, le rapport RSE/DD peut-il être considéré comme un "outil d'information" ? *
Une seule réponse possible.

0 1 2

18. Pour vous, le rapport RSE/DD peut-il être considéré comme un "outil de dialogue
social" ? *
Une seule réponse possible.

0 1 2

19. Pour vous, le rapport RSE/DD peut-il être considéré comme un "outil de diagnostic" ? *
Une seule réponse possible.

0 1 2

20. Pour vous, le rapport RSE/DD peut-il être considéré comme un "outil d'aide à la prise de
décision" ? *
Une seule réponse possible.

0 1 2

21. Pour vous, le rapport RSE/DD peut-il être considéré comme un "outil marketing" ? * Une
seule réponse possible.

0 1 2

303
Annexe 6 : Questionnaires pour les entreprises produisant l’outil de reporting sociétal

22. Quelles sont vos attentes par rapport à la mise en place d'un rapport RSE/DD au sein de
votre entreprise ? *
Plusieurs réponses possibles.

Pour se Pour
A A A avoir
A avoir démarquer créer et
rendre obtenir une
plus de par rapport maintenir
des plus de bonne
visibilité à la la
comptes notoriété image
concurrence confiance

23. Avez-vous d'autres propositions par rapport à vos attentes ? * Plusieurs réponses
possibles.

Oui
Non

24. Si oui, lesquelles

25. Pour vous, les retombés sont-ils conformes à vos attentes ? * Une seule réponse possible.

Oui
Non

26. Si non, pourquoi ?

304
Annexe 6 : Questionnaires pour les entreprises produisant l’outil de reporting sociétal

27. Pour vous, la mise en place d'un rapport RSE/DD au sein de votre entreprise est-elle
utile ? *
Une seule réponse possible.

oui

non

28. Si oui, pourquoi ?

29. Si non, pourquoi ?

30. Pour vous, quels sont les indicateurs mis en avant dans le rapport RSE/DD ? * Plusieurs
réponses possibles.

Environnementaux Sociaux Economiques

305
Annexe 6 : Questionnaires pour les entreprises produisant l’outil de reporting sociétal

31. D'après vous, parmi les indicateurs environnementaux suivants, quels sont les plus
importants à faire figurer dans le rapport RSE/DD ? * Plusieurs réponses possibles.

Ne
Faiblement Moyennement Très
s’applique Important
important important important
pas

32. D'après vous, parmi les indicateurs sociaux suivants, quels sont les plus importants à faire
figurer dans le rapport RSE/DD ? * Plusieurs réponses possibles.

Ne
Faiblement Moyennement Très
s’applique Important
important important important
pas

306
Annexe 6 : Questionnaires pour les entreprises produisant l’outil de reporting sociétal

33. D'après vous, parmi les indicateurs économiques suivants, quels sont les plus importants à
faire figurer dans le rapport RSE/DD ? * Plusieurs réponses possibles.

Ne
Faiblement Moyennement Très
s’applique Important
important important important
pas

34. Avez-vous d'autres informations qui figurent dans votre rapport RSE/DD et qui ne font
pas parties des indicateurs énumérés ci-dessus ? * Une seule réponse possible.

Oui
Non

35. Si oui, lesquelles ?

36. Comment choisissez-vous les informations les plus pertinentes à faire figurer dans le
rapport RSE/DD ? *
Plusieurs réponses possibles.

Par rapport au secteur d'activité ?


Par rapport au besoin des partenaires, investisseurs ou société mère ?
Par rapport aux référentiels existants (GRI, G4, ISO 26000)
Par rapport au besoin de l'entreprise

Autre :

307
Annexe 6 : Questionnaires pour les entreprises produisant l’outil de reporting sociétal

37. Pour vous, qui sont les destinataires d'un rapport RSE/DD ? * Plusieurs réponses
possibles.

Etat
Partenaires
Investisseurs
Société mère
Salariés
Fournisseurs
Clients
Autre :

38. D'après vous, un rapport RSE/DD est-il nécessaire pour les entreprises à Madagascar ? *
Une seule réponse possible.

Oui non

39. Si oui, pourquoi ?

40. Si non, pourquoi ?

308
Annexe 7 : Questionnaire pour les entreprises ne produisant pas un reporting sociétal

Annexe 7 : Questionnaire pour les entreprises ne produisant pas un reporting sociétal

Les questions 1 à 9 sont les mêmes que pour le questionnaire adressé aux entreprises réalisant
un reporting sociétal. Seules les questions 10 à 31 diffèrent et sont présentés ci-après.

10. Aviez-vous déjà entendu parler d'un reporting sociétal ? * Une seule réponse possible.

Oui
Non

11. Si oui, où ?

Plusieurs réponses possibles.

Formations
Séminaires
Salon
Autre :

12. Si oui, pourquoi ne pas l'avoir mis en place ?

Plusieurs réponses possibles.

Pas obligatoire
Pas utile
Pas de cadre de référence
Pas d'expertise
Pas de financement
Pas de temps

Pas de soutien technique


Autre :

13. Est-ce qu'il vous arrive en revanche de communiquer sur vos actions RSE ?

Une seule réponse possible.

Oui
Non

14. Si oui, sous quelle forme ?

309
Annexe 7 : Questionnaire pour les entreprises ne produisant pas un reporting sociétal

Plusieurs réponses possibles.

Cahier de charge
Paragraphe dans un autre rapport
Porte ouverte
Plaquette
Brochure
Autre :

15. Si non, pourquoi ?

Plusieurs réponses possibles.

Par peur
Pour la confidentialité
Pas important
Autre :

16. Pour vous, avoir un rapport RSE/DD est-il nécessaire pour votre entreprise ?

Une seule réponse possible.

Oui
Non

17. Si oui, pourquoi ?

Plusieurs réponses possibles.

Pour rendre des comptes


Pour garder des informations sur l'activité RSE/DD
Pour aider à la prise de décision
Pour diagnostiquer l'activité RSE/DD de l'entreprise
Pour maintenir la confiance
Pour se démarquer par rapport à la concurrence

Autre :

310
Annexe 7 : Questionnaire pour les entreprises ne produisant pas un reporting sociétal

18. Si non, pourquoi ?

Plusieurs réponses possibles.

Pas utile
Pas obligatoire
Pas important

Autre :

19. Qu'est-ce qui pourrait vous influencer à mettre en place un rapport RSE/DD au sein de
votre entreprise ? Plusieurs réponses possibles.

Conviction
Règlementation
Normalisation
Influence des partenaires
Influence des investisseurs
Exigence de la société mère
Autre :

20. Si vous élaboriez un rapport RSE/DD, quel type de communication choisissiez-vous ?


Plusieurs réponses possibles.

Interne
Externe

21. Si vous mettiez en place un rapport RSE/DD au sein de votre entreprise, quels types
d'indicateurs mettriez-vous en avant ?
Plusieurs réponses possibles.

Environnementaux Sociaux Economiques

311
Annexe 7 : Questionnaire pour les entreprises ne produisant pas un reporting sociétal

22. Parmi les indicateurs environnementaux suivants, qu'est-ce qui vous semble le plus
important à faire figurer dans le rapport RSE/DD ?
Plusieurs réponses possibles.

Ne
Faiblement Moyennement Très
s’applique Important
important important important
pas

23. Parmi les indicateurs sociaux suivants, qu'est-ce qui vous semble le plus important à
figurer dans le rapport RSE/DD ?
Plusieurs réponses possibles.

Ne
Faiblement Moyennement Très
s’applique Important
important important important
pas

312
Annexe 7 : Questionnaire pour les entreprises ne produisant pas un reporting sociétal

24. Parmi les indicateurs économiques suivants, qu'est-ce qui vous semble le plus important à
faire figurer dans le rapport RSE/DD ?
Plusieurs réponses possibles.

Ne
Faiblement Moyennement Très
s’applique Important
important important important
pas

25. Auriez-vous d'autres informations à proposer ?


Une seule réponse possible.

Oui
Non

26. Si oui, lesquelles ?

27. Comment choisiriez-vous les informations les plus importantes à figurer dans un rapport
RSE/DD ?
Plusieurs réponses possibles.

Par rapport au secteur d'activité ?


Par rapport au besoin des partenaires, investisseurs ou société mère ?
Par rapport aux référentiels existants (GRI, G4, ISO 26000)
Par rapport au besoin de l'entreprise
Autre :

313
Annexe 7 : Questionnaire pour les entreprises ne produisant pas un reporting sociétal

28. Pour vous, qui devraient être les destinataires d'un rapport RSE/DD ?
Plusieurs réponses possibles.

Etat
Partenaires
Investisseurs
Société mère
Salariés
Fournisseurs
Clients
Autre :

29. D'après vous, un rapport RSE/DD est-il nécessaire pour les entreprises à Madagascar ?
Une seule réponse possible.

Oui
Non

30. Si oui, pourquoi ?

Si non, pourquoi ?

314
Annexe 8 : Guide de rédaction d’un reporting sociétal pour les entreprises à Madagascar

Annexe 8 : Guide de rédaction d’un reporting sociétal pour les entreprises à Madagascar

GUIDE DE REFERENCE POUR LA PRODUCTION OU POUR


L’AMELIORATION D’UN REPORTING SOCIETAL33

Cas des entreprises à Madagascar

Le présent document est en phase test.

Il ne constitue pas un document légal. Il est laissé à disposition des seules entreprises localisées à Madagascar. Il
ne constitue en aucun cas une recommandation, mais une base de référence pour la production d’un reporting
sociétal. Son contenu est élaboré sur la base des informations collectées auprès des entreprises ayant adopté une
démarche de RSE à Madagascar. Il se réfère à la norme ISO 26000 et à la norme Global Reporting Initiative (GRI),
qui sont respectivement les cadres de références pour l’adoption d’une démarche de RSE et la production d’un
reporting de développement durable.

Ce document est le fruit d’une étude empirique dans le cadre d’un doctorat. Il ne doit pas être utilisé à des fins
commerciales. Son utilisation nécessite un accord préalable de son auteur.

33
Le terme « reporting sociétal » utilisé dans le cadre de ce guide définit la communication des informations
relatives à l’adoption de la démarche de responsabilité sociétale des entreprises (RSE) et de développement
durable.

315
Annexe 8 : Guide de rédaction d’un reporting sociétal pour les entreprises à Madagascar

Sommaire
INTRODUCTION………………………………………………………………………318
Présentation du périmètre……………………………………………………………….321
I. Organisation du reporting……………………………………………………..322
1. Période d’élaboration du reporting…………………………………………..322
2. Pertinence des informations………………………………………………….323
3. Contrôle, vérification et audit………………………………………………..323
II. Le contenu du reporting……………………………………………………….324
1. Page de couverture…………………………………………………………...325
2. Page introductive……………………………………………………………..325
3. Liste des indicateurs………………………………………………………….325
3.1 Les indicateurs environnementaux………………………………………….325
3.2 Les indicateurs sociaux……………………………………………………...326
3.3 Les indicateurs économiques………………………………………………..327

316
Annexe 8 : Guide de rédaction d’un reporting sociétal pour les entreprises à Madagascar

INTRODUCTION
Le reporting sociétal est né des préoccupations grandissantes de la société en ce qui concerne
le comportement socialement responsable des entreprises (Rivières, 2006). D’après cet auteur,
il s’est développé en écho à l’exigence de responsabilité nouvellement affirmée et imposée par
la société au monde des affaires. Il consiste pour les entreprises et les organisations à rendre
compte de toutes leurs performances économiques, environnementales et sociales. Il prend
généralement la forme d’un rapport le plus souvent qualifié de « sociétal » c'est-à-dire résumant
les dimensions économiques, sociales et environnementales de la responsabilité de l’entreprise
(Rivières, 2006). Pesqueux (2002) le définit comme « des rapports d’activité sur l’impact
écologique et social des éléments de la politique de responsabilité sociale ».

La norme Global reporting Initiative (GRI) a été mise en place en 1997 pour encourager
l’utilisation d’un reporting de développement durable comme moyen pour les organisations de
gagner en durabilité et d’apporter leur contribution au développement durable. Le reporting de
développement durable se fondant sur la norme GRI est le plus utilisé dans le monde.

Ce guide est proposé aux entreprises localisées à Madagascar ayant mis en place une démarche
de RSE. Il constitue pour ces entreprises, si elles le souhaitent un cadre de référence relatif à la
production ou à l’amélioration d’un reporting sociétal, afin de publier un outil de qualité.

Lors des enquêtes effectuées auprès des entreprises ayant une démarche de RSE, il a été constaté
que la norme Global Reporting Initiative (GRI) s’avère floue pour certains et plusieurs
entreprises à Madagascar ne connaissent pas l’existence de la norme GRI. Ainsi, ce guide de
référence a pour objectif principal d’aider les entreprises localisées à Madagascar à produire ou
à améliorer leur outil de reporting sociétal. Il permet ainsi :
- d’uniformiser et de structurer le reporting sociétal ;
- de se familiariser aux indicateurs de référence, ISO 26000 pour la démarche de RSE et
la Global Reporting Initiative GRI pour le reporting de développement durable ;
- de faciliter une communication interne ou externe de leur démarche de RSE ;
- de rendre compte des activités sur les impacts écologiques et sociétaux engendrés par
les activités de l’entreprise ;
- d’être transparent envers les différentes parties prenantes ;
- de piloter et de suivre les impacts liés aux risques environnementaux et aux contraintes
sociales ;

317
Annexe 8 : Guide de rédaction d’un reporting sociétal pour les entreprises à Madagascar

- d’améliorer la collecte des informations relatives à la démarche de RSE ou de


développement durable ;
- d’assurer des informations de qualité assurant le contrôle, la vérification et l’audit.

Ce guide décrit les indicateurs de RSE et de développement durable à mettre en avant pour le
cas des entreprises localisées à Madagascar. Il s’agit d’un guide général, mais son contenu peut
évoluer selon le secteur d’activité, la taille de l’entreprise, le type de financement et les attentes
et stratégies d’entreprises.

Il a été rédigé par Felana RABEKOLOKOLOMANANA avec la participation des entreprises


ayant une démarche de RSE à Madagascar, de la plateforme humanitaire du secteur privé
(PHSP) et du cabinet UR-CSR consulting.

Ce guide de référence relatif à la production d’un reporting sociétal de qualité est en phase test.
Il a été élaboré à titre indicatif et peut évoluer dans le temps.

Il est le fruit d’une étude empirique dans le cadre d’un doctorat en sciences de gestion. Il ne
doit pas être utilisé pour des fins commerciales. Son utilisation nécessite un accord préalable
de son auteur.

318
Annexe 8 : Guide de rédaction d’un reporting sociétal pour les entreprises à Madagascar

Présentation du périmètre

Doté d’une biodiversité unique au monde, Madagascar est très vulnérable à l’instabilité
politique, aux conséquences du changement climatique, à la corruption, aux fraudes, à la
pauvreté et à la malnutrition. Face à un ensemble de chocs internes et externes, ainsi qu’aux
déséquilibres structurels chroniques, Madagascar a connu une succession de dégradation et de
reprise de l’économie, une situation persistante d’endettement et d’incertitude des
investissements privés (Bureau International du Travail, 2017). Les indicateurs sociaux et de
revenu placent Madagascar au dernier rang des indices de développement humain (Groupe
Socota et al. 2014). Malgré sa richesse en ressources naturelles, il figure parmi les pays les plus
pauvres du monde (Champagne ardenne export, 2017). Depuis 2009, la crise politique sévit à
Madagascar, elle persiste et ne semble pas être résolue (Ministère de l’économie et du plan,
2015). L’économie est essentiellement tournée vers une agriculture dont la principale vocation
est l’autoconsommation (Sandron, 2008) et le tourisme. L’agriculture assure 80 % de l’emploi
dans le pays, mais ne présente que 16 % du PIB dans la mesure où 87 % des terres arables sont
utilisées dans le cadre d’une agriculture de subsistance (Ministère Fédéral de la Coopération
économique et du Développement, 2013). Après une période de déclin économique entre 2009
et 2013, une légère reprise est constatée depuis 2014. Le secteur minier est resté vigoureux, la
production agricole s'est lentement remise de l'invasion de criquets de 2013 et le tourisme s'est
redressé (Champagne ardenne export, 2017). Lors de la conférence des bailleurs et des
investisseurs (CBI) qui s’est tenue à Paris en décembre 2016, Madagascar a récolté près de 10
milliards de dollars de promesse lui permettant de mener à bien son Plan national de
développement. Ainsi, les partenaires techniques et financiers du pays se sont engagés à
soutenir Madagascar pour un montant de 6,4 milliards de dollars pour appuyer ses projets de
développement de 2017 à 2020 (éco-austral, 2017). Selon le président de la banque africaine de
développement (BAD) et la CBI, ce montant offre à Madagascar une perspective de combler le
fossé entre son potentiel et sa mise en œuvre effective. De l’autre côté, le directeur régional de
la banque mondiale pour Madagascar, les Seychelles et le Mozambique, a indiqué que l’heure
est maintenant venue de se focaliser sur la mise en œuvre des réformes en profondeur et des
investissements à long terme pour transformer le pays après la crise. Le secteur privé a
également annoncé une enveloppe de 3,3 milliards d’investissements (Banque Mondiale, 2016).

319
Annexe 8 : Guide de rédaction d’un reporting sociétal pour les entreprises à Madagascar

Les discussions avec ces investisseurs privés ont porté sur les opportunités, le climat des affaires
et le cadre réglementaire à Madagascar, les prérequis pour les investissements qui seraient
engagés, et la présidente du Gouvernement des entreprises de Madagascar (GEM) se dit
convaincue que l’investissement privé est la voie qui mène au développement (éco-austral,
2017). Jean Benoit Manthes, représentant adjoint de Unicef Madagascar a souligné également
dans la page 28 du magazine SIM que le secteur privé est l’un des gros potentiels pour assurer
un développement humain viable et équitable.

Aussi, ce guide de référence est élaboré à destination des entreprises ayant mis en place une
démarche de RSE et qui sont du secteur privé. Il peut être utilisé dans le cadre du secteur public
si ce dernier le trouve cohérent avec son contexte. Il ne constitue en aucun cas un cadre légal,
ni dune recommandation, mais une base de référence pour la production ou l’amélioration d’un
outil reporting RSE ou de développement durable.

Le Tableau 59 présente les informations importantes pour la production d’un reporting sociétal
de qualité.

Tableau 59 : Informations importantes pour la production d’un reporting sociétal de


qualité
I. Organisation du reporting II. Le contenu du reporting
1. Période d’élaboration du reporting 1. Page de couverture
2. Pertinence des informations 2. Page introductive
3. Contrôle, vérification et audit 3. Les différents indicateurs identifiés
comme plus importants

I. Organisation du reporting

1. Période d’élaboration du reporting

Selon Rivières (2006), le reporting sociétal est considéré par certaines entreprises comme un
simple outil de dialogue entre l’entreprise et ses différentes parties prenantes. Par ailleurs, les
tenants d’une comptabilité sociale lui reconnaissent une utilité dans la prise de décisions, surtout
pour les investisseurs et les clients. Ainsi, il est conseillé de produire annuellement un reporting
RSE ou de développement durable au même moment que l’établissement des rapports
financiers. Néanmoins, plusieurs entreprises dans le monde optent également pour un

320
Annexe 8 : Guide de rédaction d’un reporting sociétal pour les entreprises à Madagascar

Integrated Reporting (IR), qui intègre les informations relatives aux démarches de RSE et de
développement dans le rapport annuel de gestion. Toutefois, le reporting sociétal ne doit pas
empêcher la communication périodique des informations à travers d’autres supports écrits de
communication (cahiers de charges, plaquettes, brochures, chartes éthiques ou de gouvernance,
informations publiées sur le site internet de l’entreprise, etc.) ou oraux (médias, réunions
publiques, salons professionnels, etc.).

Les informations à faire figurer dans le reporting sociétal doivent couvrir la période de
l’exercice comptable :

- du 01 janvier au 31 décembre de l’année N-1 pour l’exercice clos le 31 décembre ;

- du 01 juillet au 31 décembre de l’année N-1 et du 01 janvier au 30 juin de l’année N


pour l’exercice clos le 30 juin.

2. Pertinence des informations

Les informations doivent être collectées et vérifiées par un responsable désigné par l’entreprise
(de préférence un responsable de la démarche de RSE ou de développement durable).

Pour une meilleure transparence, il est conseillé que le reporting soit validé par un comité de
suivi qui regroupe un représentant de chacune des différentes parties prenantes internes et
externes (représentants de l’État, de la communauté locale, des investisseurs, des salariés, des
fournisseurs, des clients, etc.).

3. Contrôle, vérification et audit

Il est conseillé de faire vérifier le reporting sociétal. Le contrôle interne et des missions d’audit
interne peuvent être mises en place, mais le recours à un organisme tiers indépendant (OTI)
permet d’assurer la crédibilité des informations publiées. La vérification externe n’est pas une
obligation, mais recommandée, car l’audit externe rassure les investisseurs quant à la fiabilité
des informations communiquées (Rivières, 2006).

321
Annexe 8 : Guide de rédaction d’un reporting sociétal pour les entreprises à Madagascar

II. Le contenu du reporting

Cette partie consiste à offrir des informations relatives au contenu du reporting sociétal en se
basant sur la recommandation du GRI, de l’ISO 26000 et des informations collectées auprès des
entreprises localisées à Madagascar.

1. Page de couverture

La page de couverture comprend le nom de l’entreprise, le titre et la période de production du


reporting. Il offre un aperçu global de l’entreprise.

2. Page introductive

La page introductive se divise en deux paragraphes. Le premier paragraphe concerne la


déclaration du plus haut décideur de l’organisation. Cette déclaration porte sur la performance
du développement durable.

Le deuxième paragraphe concerne le profil de l’organisation. Il offre un aperçu global de leurs


activités, des stratégies mises en place, de la politique RSE et de la pratique de bonne
gouvernance.

3. Liste des indicateurs

Les indicateurs sont classés en trois thématiques :


- environnementaux ;
- sociétaux ;
- économiques.

Les indicateurs environnementaux et sociétaux sont mis en avant, car le contexte de Madagascar
incite à se focaliser plus sur la prévention des risques environnementaux et des contraintes
sociales (pays vulnérable à l’instabilité politique, aux changements climatiques, à la corruption,
aux fraudes, à la pauvreté et aux malnutritions).

Ces indicateurs environnementaux et sociétaux permettent de :

- mesurer les impacts et les conséquences engendrés par l’activité de l’entreprise sur
l’environnement et la société ;
- valoriser les activités de l’entreprise ;

322
Annexe 8 : Guide de rédaction d’un reporting sociétal pour les entreprises à Madagascar

- mesurer et d’améliorer les bonnes pratiques, les initiatives ou la politique RSE mises en
place par les entreprises ;
- rassurer les parties prenantes sur les activités de l’entreprise et d’anticiper leurs attentes.

3.1 Les indicateurs environnementaux

 Informations environnementales quantitatives

Année N-1 Année N

Risques environnementaux
Total des dépenses et des investissements en matière de
Montant Montant
protections de l’environnement
Nombre de projets nécessitant une licence to operate ou
En nombre En nombre
un permis d’exploitation
Nombre d’accidents environnementaux constatés En nombre En nombre
Matières
En poids ou en En poids ou en
Consommation de matières
volume volume
En En
Matériaux consommés provenant des produits recyclés
pourcentage pourcentage
Énergie
Consommation d’électricité En kWh En kWh
Eau
Consommation d’eau En m3 En m3
Effluents et déchets
Déchets par type et par mode de traitement En poids En poids
Déchets transportés, importés, exportés ou traités et
En poids En poids
jugés dangereux
Produits et services
Produits vendus et leurs emballages recyclés ou En En
réutilisés par catégorie pourcentage pourcentage

323
Annexe 8 : Guide de rédaction d’un reporting sociétal pour les entreprises à Madagascar

 Informations environnementales qualitatives

- Description des impacts substantiels des activités, produits et services ;


- Mesures ou actions prises pour économiser l'énergie, pour améliorer l’efficacité
énergétique et pour recourir aux énergies renouvelables.

3.2 Les indicateurs sociaux

 Informations sociales quantitatives

Année N-1 Année N


Santé et sécurité au travail
Salariés exposés directement et fréquemment à
Nombre Nombre
des maladies liées à leurs activités
Fréquences des accidents avec arrêts En pourcentage En pourcentage
Dépenses liées à la prévention santé et sécurité Montant Montant
Formation et éducation
En nombre
Heures de formations par an En nombre d’heures
d’heures
Salariés bénéficiant d’entretiens périodiques
En pourcentage En pourcentage
d’évaluation et d’évolution de carrière
Emploi
Nombre de salariés permanents Nombre Nombre
Nombre de salariés temporaires ou saisonniers Nombre Nombre
Nombre de stagiaires accueillis Nombre Nombre
Relation employeur / employés
Délai minimal de préavis de licenciement En jour En jour

 Informations sociales qualitatives

- Dispositions relatives pour lutter contre la corruption et les fraudes


o Mise en place ou existence de procédures pour lutter contre la corruption ;
o Mise en place ou existence de procédures pour éradiquer les fraudes ;
o Mise en place ou existence d’une charte éthique ou de bonne gouvernance ;
o …

324
Annexe 8 : Guide de rédaction d’un reporting sociétal pour les entreprises à Madagascar

- Dispositions relatives à la prévention des changements climatiques


o mise en place ou existence de procédures pour prévenir l’impact des changements
climatiques ;
o …

- Actions mises en place pour lutter contre la pauvreté et la malnutrition


o Mise en place ou existence d’actions pour lutter contre la pauvreté et les
malnutrition ;
o …

- Initiatives de communication externe


o Participation à des réunions et à des salons professionnels ;
o Existence de Labels équitable et bio ;
o Communication des informations relatives à la démarche de RSE ou de
développement durable sur le site internet de l’entreprise et les réseaux sociaux ;
o Participation à des journées portes ouvertes ;
o …

- Actions mises en place avec la société civile


o Collaboration avec des établissements d’enseignement ;
o Collaboration avec la communauté locale ;
o Collaboration avec des associations ;
o …

- Actions mises en place avec des organismes de défense de l’environnement et des


intérêts sociaux
o Financement dans le cadre d’un partenariat ou de subventions des associations qui
protègent l’environnement ou les intérêts sociaux ;
o Mise en place ou existence d’un plan de suivi des impacts environnementaux, tel
que décrit par le décret MECIE ;
o …

325
- Diverses actions mises en place dans l’entreprise
o Actions mises en place à destination des salariés et de sa famille ;
o Actions de mécénat, de sponsoring et de crowdfounding ;
o …

3.3 Les indicateurs économiques

Année N-1 Année N


Performance économique
Total des dépenses et des investissements relatifs aux
Montant Montant
démarches de RSE ou de développement durable
Aides publiques reçues Montant Montant
Présence sur le marché
Marché national En pourcentage En pourcentage
Marché régional En pourcentage En pourcentage
Marché continental En pourcentage En pourcentage
Marché international En pourcentage En pourcentage
Politique de vente
Part des produits réalisés avec les clients locaux En pourcentage En pourcentage
Part des produits réalisés avec les clients
En pourcentage En pourcentage
internationaux
Pratique d’achats
Part des dépenses réalisées avec les fournisseurs
En pourcentage En pourcentage
locaux
Part des dépenses réalisées avec les fournisseurs
En pourcentage En pourcentage
étrangers
Type de financement
Part de l’autofinancement En pourcentage En pourcentage
Part des partenaires ou investisseurs nationaux En pourcentage En pourcentage
Part des partenaires ou investisseurs étrangers En pourcentage En pourcentage
Part des emprunts bancaires En pourcentage En pourcentage

326
Table des matières

REMERCIEMENTS ............................................................................................................................. 5
LISTE DES ABREVIATIONS............................................................................................................. 9
SOMMAIRE . ...................................................................................................................................... 11
INTRODUCTION GENERALE........................................................................................................ 13
1. Contexte général de la recherche ........................................................................................... 14
1. 1. Un environnement économique et politique tendu ........................................................ 15
1. 2. Des initiatives en faveur de la RSE et du développement durable à Madagascar ......... 16
2. Design de la recherche........................................................................................................... 20
2. 1. Les objectifs du chercheur ............................................................................................. 20
2. 2. L’objet de la recherche .................................................................................................. 21
2. 2. 1. Le développement durable ...................................................................................... 21
2. 2. 2. La responsabilité sociétale de l’entreprise (RSE) .................................................... 23
2. 2. 3. La norme Global Reporting Initiative ..................................................................... 24
2. 2. 4. L’outil de reporting sociétal .................................................................................... 25
2. 3. Problématique de la recherche....................................................................................... 26
2. 4. Méthodologie de la Recherche ...................................................................................... 28
2. 5. Théories mobilisées ....................................................................................................... 30
2. 6. Positionnement épistémologique et mode de raisonnement .......................................... 31
3. Plan de la recherche ............................................................................................................... 32
PARTIE 1. HYBRIDATION THEORIQUE DES PRATIQUES DE RSE ET DE L’OUTIL DE
REPORTING SOCIETAL .................................................................................................................. 33

Chapitre 1. Une approche historique des pratiques de RSE et de l’outil de reporting sociétal 35
Section 1. Le développement durable et la RSE ............................................................................ 37
1. Le concept de développement durable .................................................................................. 37
2. Le concept de la responsabilité sociétale de l’entreprise (RSE) ............................................ 39
(a) La conception américaine de la RSE ......................................................................... 39
(b) La conception européenne de la RSE ........................................................................ 44
3. Les différentes formes de la RSE : les objectifs stratégiques des entreprises ....................... 47
3. 1. Les typologies de la RSE............................................................................................... 47
3. 2. Exemple de forme de RSE en France ............................................................................ 48
4. Les motivations favorisant l’adoption de la démarche de RSE ............................................. 52
Section 2. L’outil de reporting sociétal .......................................................................................... 55
1. Le reporting sociétal : outil de gestion de la RSE ................................................................. 56
2. Le reporting sociétal : outil de légitimité, de gestion de l’image et de crédibilité des entreprises
59
3. Le reporting sociétal : outil complémentaire au reporting financier .................................... 60

Synthèse du chapitre 1 ........................................................................................................................ 63

Chapitre 2. Une approche contingente et institutionnelle des pratiques de RSE et de l’outil de


reporting sociétal .................................................................................................................................. 67
Section 1. Une approche contingente et institutionnelle de l’outil de reporting sociétal ............... 69
327
Table des matières

1. Lien entre les pratiques de RSE et l’outil de reporting sociétal ............................................ 69


2. Modélisation et identification des hypothèses présidant à la production de l’outil de reporting
sociétal ........................................................................................................................................... 72
Hypothèse 1. L’environnement socio-économique influence positivement la production
de l’outil de reporting sociétal .......................................................................................... 73
L’environnement législatif et réglementaire.................................................................. 73
L’environnement normatif ............................................................................................. 74
Scandales sociétaux ....................................................................................................... 76
Développement croissant des marchés socialement responsables et des fonds
d’investissement socialement responsable .................................................................... 77
Hypothèse 2. Il existe des objectifs stratégiques expliquant la production de l’outil de
reporting sociétal ............................................................................................................... 77
Hypothèse 3. Il existe des obstacles pouvant freiner la production de l’outil de reporting
sociétal………. .................................................................................................................. 78
3. Les variables de contingence favorisant la production de l’outil de reporting sociétal ........ 79
(a) L’environnement socio-économique favorise la production de l’outil de reporting
sociétal ............................................................................................................................... 79
(b) Les objectifs stratégiques des entreprises favorisent la production de l’outil de
reporting sociétal ............................................................................................................... 80
(c) Les obstacles pouvant freiner la production de l’outil de reporting sociétal ............ 81
Section 2. Une approche institutionnelle des pratiques de RSE et de l’outil de reporting sociétal 85
1. Les mécanismes d’isomorphismes institutionnels ................................................................. 85
2. Les facteurs institutionnels favorisent l’adoption de la démarche de RSE et la production de
l’outil de reporting sociétal ........................................................................................................... 87

Synthèse du chapitre 2 ........................................................................................................................ 93


PARTIE 2. PROCESSUS D’ANALYSE DES PRATIQUES DE RSE ET DE L’OUTIL DE
REPORTING SOCIETAL .................................................................................................................. 97

Chapitre 3. Une approche méthodologique pour l’analyse des pratiques de RSE et de l’outil de
reporting sociétal .................................................................................................................................. 99
Section 1. Présentation de la méthode de collecte des données ................................................... 101
1. Les deux phases du travail de terrain .................................................................................. 105
1. 1. La phase exploratoire .................................................................................................. 105
1. 2. La phase d’analyse approfondie .................................................................................. 107
2. Méthodologie de recueil des données primaires et secondaires .......................................... 111
2. 1. La collecte des données primaires ............................................................................... 111
2. 1. 1. La collecte des données primaires par entretiens .................................................. 111
2. 1. 1. 1. Les entretiens individuels .............................................................................. 112
(a) L’entretien semi-directif .......................................................................................... 114
(b) L’entretien non-directif ........................................................................................... 115
2. 1. 1. 2. L’entretien de groupe ..................................................................................... 116
2. 1. 1. 3. Déroulement des entretiens ............................................................................ 120
2. 1. 2. La collecte des données primaires par questionnaire ............................................ 124
2. 2. La collecte des données secondaires ........................................................................... 126
Section 2. Les modalités de l’analyse de contenu thématique : recours au logiciel Nvivo 11 ..... 131
1. La retranscription des données collectées ........................................................................... 131
2. Fonctionnement du logiciel Nvivo 11 ................................................................................. 132
Etape 1. créer un projet ................................................................................................. 133
Etape 2. créer et importer les données dans les éléments internes de Nvivo 11 ........... 134
Etape 3. créer des « nœuds »......................................................................................... 136
Etape 4. encoder les sources d’éléments internes ......................................................... 138
328
Table des matières

Etape 5. créer des mémos ............................................................................................. 140


Etape 6. regrouper les informations au moyen de requêtes .......................................... 141
3. Processus de l’analyse des données ..................................................................................... 142
3. 1. Analyse de contenu thématique des données .............................................................. 144
3. 2. Analyse descriptive ..................................................................................................... 147
3. 3. Modélisation ................................................................................................................ 148

Synthèse du chapitre 3 ...................................................................................................................... 149

Chapitre 4. L’analyse des pratiques de RSE et de l’outil de reporting sociétal : cas des
entreprises à Madagascar ................................................................................................................. 151
Section 1. Analyse des pratiques de RSE ..................................................................................... 153
1. Décomposition des 22 mini-cas en deux sous-groupes ....................................................... 155
2. Les pratiques RSE des deux mini-cas du secteur minier ..................................................... 158
2. 1. Les facteurs favorisant l’adoption de la démarche de RSE ......................................... 158
2. 2. Les objectifs stratégiques et les formes de RSE pratiquées ......................................... 168
3. Les pratiques RSE des vingt mini-cas ................................................................................. 173
3. 1. Les facteurs favorisant l’adoption de la démarche de RSE ......................................... 174
3. 2. Les objectifs stratégiques et les formes de RSE pratiquées ......................................... 186
Section 2. Analyse de l’outil de reporting sociétal ...................................................................... 193
1. Les différents supports de communication des informations sociales et environnementales
……………………………………………………………………………………………..195
2. Les motivations pour produire un reporting sociétal .......................................................... 199
2. 1. Les motivations des entreprises produisant un reporting sociétal : étude auprès de neuf
mini-cas ................................................................................................................................... 200
2. 1. 1. Les pressions institutionnelles expliquant la production d’un reporting sociétal . 200
(a) L’influence des investisseurs ou des partenaires étrangers ................................ 203
(b) L’influence de la société mère ............................................................................. 203
(c) L’influence de l’Office National pour l’Environnement...................................... 204
2. 1. 2. L’impact des objectifs stratégiques sur l’outil reporting sociétal ......................... 205
(a) Le reporting sociétal, outil d’information et de reddition ................................... 205
(b) Le reporting sociétal, un outil de légitimité, de gestion de l’image, de crédibilité et
de marketing ................................................................................................................ 209
(c) Le reporting sociétal, outil de diagnostic, de dialogue social et d’aide à la prise de
décision........................................................................................................................ 212
(d) Le reporting sociétal, un outil de transparence .................................................. 217
2. 2. Les motivations des entreprises ne produisant pas de reporting sociétal : étude auprès de
treize mini-cas ......................................................................................................................... 222
(a) Pour rendre compte aux parties prenantes et pour l’information ...................... 225
(b) Pour entretenir la visibilité et pour la gestion de l’image de l’entreprise .......... 226
(c) Le reporting sociétal comme outil d’aide à la prise de décision ......................... 227
3. Les facteurs freinant la production de l’outil de reporting sociétal..................................... 229
(1) Les contraintes liées à la taille des entreprises : contraintes financières, matérielles
et de temps ................................................................................................................... 230
(2) Les contraintes liées à l’accès à l’information ................................................... 232
La méconnaissance des cadres de référence existants en matière de RSE et de
diffusion des informations sociales et environnementales .......................................... 232
Les freins liés à une collecte des informations pertinentes et de qualité ............... 233
4. Vérification des hypothèses sur la production de l’outil de reporting sociétal ................... 234
Hypothèse 1. L’environnement socio-économique influence positivement la production
de l’outil de reporting sociétal ........................................................................................ 234

329
Table des matières

Hypothèse 2. Il existe des objectifs stratégiques des entreprises expliquant la production


de l’outil de reporting sociétal ........................................................................................ 234
Hypothèse 3. Des obstacles liés à la taille et à l’accès à l’information peuvent freiner la
production de l’outil de reporting sociétal ...................................................................... 235

Synthèse du chapitre 4 ...................................................................................................................... 237


CONCLUSION GENERALE........................................................................................................... 241
1. Apports de la recherche .................................................................................................... 241
1. 1. La validation du modèle de contingence ..................................................................... 241
1. 2. Développement durable versus RSE ........................................................................... 244
1. 3. Reporting financier versus outil de reporting sociétal ................................................. 245
1. 4. Apports méthodologiques ............................................................................................ 248
1. 5. Apports managériaux................................................................................................... 248
2. Limites de la recherche ..................................................................................................... 249
2. 1. Limites liées au modèle ............................................................................................... 249
2. 2. Limites méthodologiques ............................................................................................ 249
2. 3. Limites liées à l’échantillonnage ................................................................................. 250
3. Perspectives de recherche future ..................................................................................... 250
BIBLIOGRAPHIE ............................................................................................................................ 253
LISTE DES ILLUSTRATIONS....................................................................................................... 269
Liste des tableaux ...................................................................................................................... 269
Liste des schémas ....................................................................................................................... 271
Liste des encadrés ...................................................................................................................... 273
Liste des Annexes....................................................................................................................... 273

Table des matières ............................................................................................................................... 327

330
Résumé

Madagascar est doté d’une biodiversité unique au monde mais très vulnérable aux conséquences du
changement climatique, à l’instabilité politique, à la corruption et aux fraudes. Depuis quelques
années (2014-2016), la promotion de la responsabilité sociétale de l’entreprise (RSE) figure parmi
les priorités du Ministère de l’Environnement, de l’Ecologie et des Forêts (MEEF) malgache afin
de contribuer d’une manière significative à la réalisation des objectifs de développement durable.
Néanmoins, aucun texte de loi dédié à la RSE n’existe, et pourtant, Harison (2013) a montré que la
notion de la RSE se fait sentir et que les entreprises ont fait des avancées majeures et ont réalisées
plusieurs initiatives louables en la matière. Cette recherche a été réalisée auprès de 22 entreprises
ayant adopté une démarche de RSE à Madagascar à travers une analyse de contenu thématique à
l’aide du logiciel Nvivo 11 permettant de répondre à la problématique de recherche : Quels sont
les facteurs favorisant la mise en pratique de la RSE et de son instrumentation via le reporting
sociétal ?
Ainsi, la recherche a permis d’élaborer un modèle contextuel inspiré du modèle de contingence de
Lüder (1992) via une hybridation entre la théorie néo-institutionnelle de DiMaggio et Powell (1983)
et de la théorie de la contingence de Lawrence et Lorsch (1967).
Mots clés : RSE – reporting sociétal – modèle – facteurs - Madagascar

Abstract

Madagascar is endowed with a unique biodiversity in the world but highly vulnerable to the
consequences of climate change, political instability, corruption and fraud. In recent years, the
promotion of corporate social responsibility reporting (CSR) has been one of the priorities of
Madagascar's Ministry of the Environment, Ecology and Forests (MEEF) in order to contribute
significantly to the achievement of sustainable development objectives. Nevertheless, no legislation
dedicated to CSR exists, and yet Harison (2013) has shown that the notion of CSR is being felt and
that companies are experiencing major progress and several commendable initiatives in this area.
This research was carried out with 22 companies that have adopted a CSR approach in Madagascar
through a thematic content analysis using the Nvivo 11 software to answer the research question:
What are the factors that promote the implementation of CSR and this instrumentation through
societal reporting?
Thus, the research made it possible to develop a contextual model inspired by Lüder's (1992)
contingency model via a hybridisation between DiMaggio and Powell's (1983) neo-institutional
theory and Lawrence and Lorsch's (1967) contingency theory.
Keywords : CSR – corporate social reporting – model – factors - Madagascar

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