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Introduction au chamanisme et ses pratiques

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Chamanismes

En couverture :
Tambour chamanique (©Kansallismuseo, Helsinki) ;
Anubis, détail du Papyrus de la dame Merit
(©Bibliothèque nationale de France) ;
caducée et triskell (coll. privée).

Mise en page : AOC (11000 Carcassonne)


Couverture : Alexia Palmero (06190 Roquebrune-Cap-Martin)

Pour tout renseignement ou pour recevoir le catalogue,


vous pouvez visiter le site : [Link]
ou bien envoyer un mail à : contact@[Link]

© C.R.S. Éditions, Monaco, 2019


Tous droits réservés pour tous pays.

ISBN 978-2-36580-292-5

C.R.S. Éditions imprime ses ouvrages sur papier issu de forêts


gérées selon de rigoureuses normes environnementales
et de sources contrôlées.
Alessandra Orlandini Carcreff

Chamanismes
Introduction

Le chamanisme n’est pas une religion. Il s’agit plutôt d’un


système de croyances magico-religieuses qui fonde son existence sur
le lien entre trois sphères : le monde terrestre peuplé par les hommes,
le monde souterrain des morts et le monde céleste des divinités.
Cette communication s’effectue grâce à un opérateur du sacré, le
chaman, qui se déplace à travers les différents univers après avoir
sombré dans un état de transe :

Chamanisme et culte de possession sont les deux principaux


systèmes élaborés par les sociétés humaines pour fixer le cadre du
contact direct, délibéré, maîtrisé avec les esprits. Dans les deux cas,
le rituel repose sur l’idée centrale d’une rencontre entre l’initié et
l’invisible, face-à-face conduisant à une transformation profonde
de la personne1.

Le mot « chamanisme » dérive du terme toungouse saman ou


çaman dont l’étymologie est controversée : tantôt il signifierait « celui
qui sait », dérivé de la racine ça-, « connaître », tantôt il prendrait
son origine dans d’autres racines verbales signifiant « danser, bondir,
s’agiter ».
En ce qui concerne l’histoire du phénomène, deux théories
sont les plus réputées : la thèse diffusionniste et celle évolutionniste.
Selon la première, le chamanisme serait né dans les régions septen-
trionales eurasiatiques (Mongolie, Sibérie et Laponie), pour ensuite
se diffuser ailleurs, sous différentes caractéristiques. La théorie évo-
lutionniste, en revanche, soutient que le chamanisme aurait été le
premier stade de développement des religions, le considérant donc
comme la manifestation religieuse de l’animisme qui a succédé au
totémisme2. Plusieurs travaux (parfois objets de critiques) ont mis en
relation le chamanisme avec les cultes préhistoriques et avec l’expres-
sion picturale des cavernes, en étudiant notamment l’art de Lascaux
et celle des grottes ariégeoises et pyrénéennes3.

1 Bertrand Hell, Possession et chamanisme. Les maîtres du désordre, Paris,


Flammarion, 1999, p. 21.
2 Michel Perrin, Le chamanisme, Paris, PUF, coll. « Que sais-je ? », 1998.
3 Jean Clotte, David Lewis-Williams, Les chamanes de la préhistoire, Paris,
Points, coll. « Points histoire », 2015.

11
L’ouvrage de Mircea Eliade Le chamanisme et les techniques
archaïques de l’extase, paru en 1951, a été le premier à étudier le
chamanisme de façon globale, comparant les traditions de tous
pays, dans une approche comparatiste et historique4. Michel Perrin
a résumé dans ces mots la conception du chamanisme selon Eliade :

Le chamanisme est une technique archaïque de l’extase. Le


chaman est un psychopompe, spécialiste de la maîtrise du feu, du
vol magique et d’une transe pendant laquelle son âme est censée
quitter son corps pour entreprendre des ascensions célestes ou des
descentes infernales. Il entretient des rapports avec des « esprits »
qu’il maîtrise [...], il communique avec les morts, les « démons »
et les esprits de la nature sans pour autant se transformer en leur
instrument5.

Eliade limita donc l’expérience transcendantale à une extase


du chaman, à un départ de l’âme vers un vol extra-corporel, sans
distinction des expériences de possession. Ce fut seulement en 1980
que Gilbert Rouget, dans son ouvrage La musique et la transe, présenta
l’opposition entre transe chamanique et transe de possession :

La différence entre transe chamanique et transe de possession


apparaît comme triplement marquée : la première est un voyage
de l’homme chez les esprits, la seconde est une visite d’un esprit
(ou d’une divinité) chez les hommes ; dans la première le sujet en
transe maîtrise l’esprit qui s’incarne en lui, dans la seconde c’est
l’inverse ; enfin la première est une transe volontaire, la seconde
une transe involontaire6.

Danièle Vazeilles, dans Les chamanes, publié en 1991, reprit


cette distinction, entre transe dramatique et transe cataleptique, la
décrivant du point de vue du mouvement :

La transe du chamane peut être dramatique, c’est-à-dire qu’il s’agite


et mime, par ses mouvements, les péripéties du voyage dans l’autre
réalité. Mais lorsque la transe est de type cataleptique, le corps
rigide du chamane n’est plus qu’une enveloppe abandonnée dans

4 Mircea Eliade, Le Chamanisme et les techniques archaïques de l’extase,


Paris, Payot, 1951.
5 Michel Perrin, Le chamanisme, op. cit., p. 17-18.
6 Gilbert Rouget, La musique et la transe, Paris, Gallimard, 1990, p. 73.

12
le monde des humains. Il faut alors le surveiller attentivement, car
il sera difficile à l’âme en voyage de réintégrer le corps7.

Certains chercheurs ont expliqué chaque type de transe


en le mettant en relations avec le contexte de vie des sociétés dans
lesquelles le phénomène s’est développé, soulignant une différence
entre les communautés agricoles et celles des chasseurs-cueilleurs8.
D’autres chercheurs expliquent la coexistence de deux états modifiés
de conscience par le type d’action demandé au chaman, l’une plus
légère, dominée par les chants, les danses et le son du tambour,
pour les guérisons ou les actes de divination, l’autre plus profonde,
cataleptique, pour effectuer la recherche d’âmes perdues ou pour
accompagner les défunts dans l’au-delà9.
On devenait chaman de trois manières : par élection divine,
par une quête personnelle ou par transmission héréditaire. Dans
tous les cas, le candidat montrait une aptitude à une vie solitaire,
en marge de la communauté. Tout jeune, parfois encore enfant, il
avait des visions ou des expériences sensorielles hors du commun,
qui indiquaient l’élection et la protection de la part d’une divini-
té (cela arrivait en particulier dans ces sociétés où le chamanisme
n’était pas lié au pouvoir et où il représentait un enjeu social faible).
Dans le cas d’une recherche personnelle, c’était le chaman lui-même
qui décidait de partir dans un lieu isolé, s’infligeant des privations
corporelles pour atteindre un degré qui puisse permettre la com-
munication avec les esprits (cela était particulièrement présent dans
les sociétés de chasseurs-cueilleurs, qui mettaient en valeur l’exploit

7 Danièle Vazeilles, Les chamanes, Paris, Les Éditions du Cerf, 1991, p. 24.
Le mot « chamane » est écrit par Danièle Vazeilles avec un « e » final par souci de
conformité avec la prononciation toungouse.
8 « Les sociétés agricoles complexes ont tendance à croire que l’extase de la
transe est causée par un esprit extérieur, bon ou mauvais, qui pénètre à l’intérieur
d’une personne et s’en empare. À l’inverse, les sociétés de chasseurs-collecteurs
pensent habituellement que les effets et les hallucinations [...] de la transe résultent
d’une perte de l’âme, c’est-à-dire que l’esprit du chamane quitte son corps. La
perte d’âme est fréquemment ressentie comme un envol ou comme un voyage
sous terre » (Jean Clotte, David Lewis-Williams, Les chamanes de la préhistoire,
op. cit., p. 27).
9 Salvatore Di Salvo, Iniziazione sciamanica e iniziazione analitica, Torino,
Edizioni Libreria Cortina, 1995, p. 23. Sur les deux types de transe, voir également
Ugo Marazzi (dir.), Testi dello Sciamanesimo siberiano e centro-asiatico, Torino,
UTET, 2009, p. 13-14 et Nevill Drury, Gli sciamani, Milano, Xenia, 1995, p. 13.

13
personnel de l’individu). Enfin, un ancêtre défunt pouvait désigner
un descendant comme chaman, souvent avec un saut de génération :
un grand-père s’isolait donc avec son petit-fils pour lui transmettre
ses pouvoirs et son savoir en matière de guérison des maladies et
de divination (cela était fréquent dans les sociétés hiérarchisées, qui
voulaient garder le chamanisme à l’intérieur du même clan, notam-
ment en Sibérie). Les rituels d’initiation étaient très similaires quelle
que fût la voie d’accès au chamanisme : l’isolement, les privations de
nourriture, parfois l’ingestion de substances hallucinogènes (herbes,
champignons, boissons), la transe et le contact avec la divinité ou les
esprits auxiliaires, dans une sorte de mort rituelle, souvent décrite
comme un véritable écartèlement du corps qui préludait à la renais-
sance. La mythologie refléta ce parcours dans plusieurs civilisations,
par exemple chez les Scandinaves dans le récit de l’initiation d’Odin,
chez les Finno-ougriens dans celui de la mort et du retour à la vie
de Lemminkäinen ou encore chez les Égyptiens dans la légende du
meurtre et de la résurrection d’Osiris. Souvent, à la suite de l’ini-
tiation du chaman, une cérémonie publique était organisée, pour
qu’il fût officiellement accepté au sein de la communauté et pour
souligner également le rôle de juge et d’autorité morale qu’il aurait
dû tenir dans le clan.
Pendant la séance de transe, l’axe qui mettait en relation les
trois univers et que le chaman parcourait était souvent représenté
par un arbre, un poteau, une échelle ou une colonne. Dans Edda
de Snorri Sturluson, Yggdrasill était l’Arbre du Monde ; son nom
signifiait « cheval de Yggr », où « cheval » était métaphore d’échafaud
et « Yggr » était l’un des noms d’Odin, car le dieu, à la recherche
de la sagesse suprême, avait été pendu à cet arbre durant neuf jours
et neuf nuits. Urðr était l’une des sources qui naissaient aux pieds
d’Yggdrasill ; elle produisait une argile qui servait à maintenir le
tronc de l’arbre toujours mouillé et vivant10. Les peuples sibériens
représentaient l’axe cosmique sous forme de colonne avec un clou
attaché au ciel, symbolisé par l’étoile polaire. L’Arbre du Monde
nordique était le bouleau, pour sa hauteur qui semblait effleurer
le ciel, demeure des divinités. Cette image de Pilier cosmique ne
se limitait pas au contexte nordique, mais elle était présente dans

10 François-Xavier Dillmann (éd.), L’Edda. Récits de mythologie nordique par


Snorri Sturluson, Paris, Gallimard, coll. « L’aube des peuples », 1991.

14
plusieurs civilisations anciennes, de l’Inde à l’Égypte, en passant par
la Mésopotamie et la Grèce.
Au cours de son voyage extra-corporel, le chaman était
accompagné de nombreux esprits auxiliaires, qui prenaient souvent
la forme animale et qui étaient parfois représentés sur le costume
rituel porté par certaines communautés, notamment sibériennes. Le
tambour était l’autre outil fondamental pour l’opérateur du sacré :
l’instrument produisait une musique rythmée qui accompagnait les
chants et qui favorisait l’état de transe.

Dans cet ouvrage, on veut effectuer un parcours à la


découverte du chamanisme finno-ougrien, en partant d’un point
de vue original : les récits des voyageurs italiens et français qui ont
emprunté les routes nordiques entre les xviie et xixe siècles11. Cela
nous permettra de comprendre comment le regard sur les peuples
nordiques a changé au fil des siècles et comment ce phénomène a
été interprété et perçu dans le temps, notamment en relation avec les
connaissances des différentes époques et avec le sentiment religieux
et culturel des savants étrangers.
Le premier chapitre va explorer le monde dans lequel
évoluait le chaman, avec ses rôles et ses paraphernalia (l’attirail de
l’opérateur du sacré, comme le tambour ou le costume rituel) qui
conditionnaient le déroulement de la séance de transe. On étudiera
ensuite, dans le deuxième chapitre, le panthéon nordique, dont les
divinités et les esprits interagissaient au cours du voyage du chaman
dans les sphères extra-terrestres. La mythologie sera également
examinée pour recenser les quelques héros aux traits chamaniques.
Dans le troisième chapitre on expliquera quelques croyances et
superstitions qui peuplaient la vie quotidienne des tribus nordiques,
ainsi que la sacralité des éléments primordiaux, tels que l’eau, le sang
et le feu, et que l’on retrouve dans plusieurs autres civilisations et
mythologies antiques. Le quatrième chapitre se concentrera sur les
animaux sacrés et sur leur rôle dans la société nordique. Enfin, un
cinquième chapitre sera dédié à l’étude comparée de six civilisations
anciennes qui portent la trace des influences chamaniques dans

11 Pour les biographies des voyageurs qui seront cités tout au long de cet
ouvrage, voir Alessandra Orlandini Carcreff, Au pays des vendeurs de vent. Voyager
en Finlande et en Laponie. XVe-XIXe siècle, Aix-en-Provence, Presses universitaires de
Provence, 2017.

15
la mythologie, les croyances ou les rituels : les univers sibérien,
scandinave (germanique), amérindien du Nord, égyptien, gréco-
latin et celtique. La conclusion interrogera le monde contemporain
pour y déceler les échos chamaniques nordiques perceptibles dans
le contexte culturel moderne : dans l’art, en littérature, en musique,
jusqu’au cinéma et aux jeux vidéos.
Partons donc en voyage vers les contrées inconnues du
Grand Nord, en gardant dans le cœur l’invocation à l’Esprit sibérien
Čäri Su :
« Que le Feu puissant puisse transmettre [nos demandes] !
Quruy quruy op quruy! »12

12 Cité dans Ugo Marazzi (dir.), Testi dello Sciamanesimo, op. cit., p. 96.

16
Table des matières

Préface (Olivier Truc) ................................................................... 7


Avertissement .............................................................................. 9
Introduction .............................................................................. 11
Chapitre 1. Le chaman et son univers ..................................... 17
Les rôles du chaman ...................................................... 17
Le tambour .................................................................... 23
La transe et la séance chamanique .................................. 26
Chapitre 2. Le panthéon et la mythologie nordiques ............. 31
Les divinités samies ........................................................ 31
Les seida : lieux sacrés et idoles ....................................... 37
Les divinités finnoises .................................................... 40
La mythologie et la poésie épique finnoise ..................... 42
Chapitre 3. Croyances religieuses et pratiques magiques ....... 47
La vente du vent aux marins .......................................... 47
Les gan et les tyre ........................................................... 50
Autres croyances ............................................................ 51
Le sang, l’eau et le feu .................................................... 53
Chapitre 4. Les animaux sacrés ............................................... 57
Les animaux domestiques .............................................. 57
Le serpent ...................................................................... 59
Le loup .......................................................................... 59
L’ours ............................................................................ 60
Chapitre 5. Les influences chamaniques dans plusieurs
cultures anciennes .................................................................... 65
Le monde sibérien ......................................................... 66
- Le chaman et son univers ..................................... 66
- Le concept d’âme ................................................. 67
- L’ours ................................................................... 68
Le monde scandinave (germanique) ............................... 69
- Le panthéon germanique ..................................... 69
- Les runes ............................................................. 72
- Les pouvoirs du forgeron ..................................... 77
- Le concept d’âme ................................................ 78
- Trois types de magie ............................................. 79
141
Le monde amérindien du Nord ..................................... 80
- Le Grand Esprit ................................................... 81
- Les esprits auxiliaires du chaman et les animaux ... 81
Le monde égyptien ........................................................ 83
- La cosmogonie et l’importance de l’écriture ......... 83
- Les divinités et les animaux sacrés ........................ 86
- Osiris, ses rôles et son mythe ................................ 91
- Les voyages célestes du pharaon ........................... 93
- Le concept d’âme ................................................. 94
Le monde gréco-latin ..................................................... 96
- La cosmogonie grecque ........................................ 96
- Les divinités et les héros ....................................... 97
- Le concept d’âme ................................................. 99
- Les arbres et les animaux sacrés .......................... 101
- La sacralité des éléments primordiaux :
l’eau, le feu et le sang ........................................ 103
- Magie et divination ............................................ 104
Le monde celtique ....................................................... 105
- Les divinités et les symboles ............................... 106
- Les animaux et les arbres sacrés .......................... 108
- Druides, bardes et vates ..................................... 111
- Le concept d’âme ............................................... 112
Conclusion. Quelques échos chamaniques nordiques dans la
culture contemporaine ............................................................. 115
Bibliographie ........................................................................... 125
Remerciements ........................................................................ 139

142

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