La Composition Écrite Sur Un Sujet D'Ordre Général: Concours Administratifs
La Composition Écrite Sur Un Sujet D'Ordre Général: Concours Administratifs
administratifs
Concours
catégorie A
catégorie
La composition sur un sujet d’ordre général est l’épreuve écrite la plus
importante des concours externes d’accès à la catégorie A de la Fonction
A
publique. Cette épreuve a évolué depuis la « culture générale » classique
La composition écrite
vers une dissertation spécifique mobilisant des connaissances d’actualité
administrative et la réflexion personnelle d’un futur gestionnaire de politique
publique.
d’ordre général
Le présent manuel adopte donc une présentation nouvelle et adaptée :
50 sujets portant sur les grands thèmes des politiques publiques sont
abordés sous un angle technique, avec des éléments de contenu actualisé,
La composition écrite
et sous leur aspect problématique, afin d’aider les candidats à réfléchir
aux questions soulevées et à établir leur plan.
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CONCOURS ADMINISTR ATIFS
catégorie A
La composition écrite
sur un sujet
d’ordre général
Denis Lomont
ISBN 9782340-049925
©Ellipses Édition Marketing S.A., 2016
32, rue Bargue 75740 Paris cedex 15
Présentation générale
1. Nature de l’épreuve
1.2. La problématique
Tout sujet, même si cela n’est pas explicite dans son énoncé, soulève en fait une
question à laquelle la composition doit répondre. Il faut pour cela clairement dégager
la ou les problématiques du sujet et les réponses apportées. Des sujets traditionnels,
tels que la place des femmes, le rôle du juge ou le sens de l’égalité, ne doivent ainsi par
exemple pas être traités comme des questions de cours de droit. L’analyse juridique
ne constitue que l’un des éléments de réponse aux interrogations que doit soulever
le candidat : faut-il assigner une place aux femmes ? Par la parité, les quotas ou des
incitations financières ? Faut-il rendre la société moins patriarcale pour que la femme
y trouve vraiment sa place ? L’intérêt de la question soulevée est aussi important que
l’aspect juridique ou économique de la réponse proposée.
Il est donc essentiel d’élargir une première approche immédiate du sujet à ses aspects
et conséquences les plus importants. Un sujet sur le pouvoir d’achat, par exemple,
doit considérer cette notion comme un instrument de mesure mais aussi amener
à s’interroger sur les raisons de sa stagnation en France, les sources de la richesse
(capital/travail), sur ses modes de répartition, et sur la possibilité d’une poursuite
d’un système social fondé sur l’accumulation quantitative, ou sur la notion d’achat
comme pouvoir à travers les actions de « consommateurs-citoyens ».
Les sujets traités se rapportent, sauf précision contraire, aux problèmes de la
société française contemporaine, c’est-à-dire de 1945 à nos jours (quelques concours,
notamment ceux qui évoquent toujours la « culture générale », peuvent porter sur des
questions de société depuis le XVIIIe siècle). La composition ne doit cependant pas
consister en une réflexion historique mais utiliser l’examen de l’évolution de tel ou
tel phénomène social pour nourrir la problématique dégagée. Bien évidemment, la
réflexion sur les questions françaises ne pourra qu’être enrichie par des éléments de
comparaison avec les pays étrangers, européens notamment. Par ailleurs, certains
sujets renvoient spécifiquement à une réflexion internationale.
2. Le plan
Le plan de cette dissertation répond à des règles strictes. Il comporte une intro-
duction structurée en 4 points :
• Une phrase d’envoi en rapport avec le sujet, pas nécessairement sur l’actualité la
plus immédiate, destinée, à partir d’une citation ou d’un évènement, à susciter
l’intérêt du correcteur ;
• Une définition des termes essentiels du sujet ;
• Une mise en problématique sous forme de questions (avec ou sans points
d’interrogation). Il peut être bienvenu dans cette phase de montrer l’importance
de la question soulevée (et l’intérêt d’avoir posé ce sujet). Les sujets peuvent
opposer deux termes (pouvoirs publics/secteur privé, gestion administrative/
3. La méthode
Il faut lire attentivement le sujet, faire la liste des idées et des références qu’il appelle,
les classer par ordre de priorité en déterminant celles qui doivent impérativement
figurer dans la composition, dégager un plan puis, enfin, commencer la rédaction.
Tout sujet, même s’il ne s’agit pas d’un commentaire de texte, mérite d’être pesé dans
chacun de ses termes, comme le jury l’a fait lui-même avant de parvenir à un accord
sur son libellé. Le sujet des IRA de 2004 par exemple « Les médias sont-ils toujours
utiles à la démocratie ? » peut signifier « encore aujourd’hui utiles » ou bien « en toutes
circonstances utiles ». Il n’est pas nécessaire de traiter tous ces aspects mais il est
évidemment préférable de les avoir identifiés.
La rédaction du plan peut être entreprise en premier, puis celle de la conclusion,
de l’introduction et enfin des deux parties. Un soin tout particulier doit en effet être
apporté à l’élaboration de l’introduction, de la conclusion et de l’annonce de plan qui
bien souvent fondent une première estimation globale du correcteur sur l’ensemble
de la copie.
De ce point de vue, une bonne méthode d’entraînement peut consister à se mettre
à la place d’un membre de jury, à l’écrit comme à l’oral. Les défauts fréquents de
présentation apparaissent alors très nettement depuis cette place, ainsi que la nécessité
pour le correcteur d’adopter une grille rapide d’analyse des copies, a fortiori s’il doit
corriger plusieurs centaines de devoirs. La plupart des correcteurs apprécient ainsi
très vie une copie, avant même de la lire en profondeur, à partir de critères simples :
plan, introduction, conclusion, lisibilité générale. Ils peuvent ensuite déterminer en
commun ou non une grille du type : plan et intelligence du sujet 7 points, connais-
sances et maîtrise des enjeux essentiels du sujet 6 points, style 4 points, lisibilité et
orthographe 3 points (par exemple). Il est important d’avoir en tête ce type d’analyse
des copies par le correcteur lorsque l’on entreprend de répondre à un sujet. En ce
sens, il convient de prendre connaissance des annales des rapports des jurys lorsqu’ils
existent, par exemple ceux des jurys des IRA sur le site de la Fonction publique, pour
comprendre leurs attentes et savoir y répondre.
Cependant, seul l’exercice multiple de ce type d’épreuve permet d’en appréhender
sereinement les difficultés. Il est important de souligner qu’un candidat n’a pas à être
impressionné par cette épreuve, bien au contraire. Avec son bagage universitaire,
l’acquisition de cette méthode et un peu d’entraînement, il lui est à l’inverse facile de
faire la différence sur l’épreuve. Il faut savoir en effet que les trois quarts des copies
obtiennent une note comprise entre 8 et 11, le reliquat se décomposant pour moitié
en moins de 7 et plus de 13. Mises à part les devoirs d’exception, les très bonnes notes
sont constituées de copies dont le plan est structuré, avec un raisonnement original
et argumenté.
Il faut d’ailleurs noter que cette méthode et ce mode d’exposé valent également
pour ce qui concerne l’épreuve orale. En effet, une fois la présentation du candidat
réalisée, les premières questions, avant d’éventuelles mises en situation, portent le
plus souvent sur des points évoqués par celle-ci, progressivement élargis aux grandes
problématiques administratives. Il convient, pour chaque question qui l’implique,
d’organiser rapidement sa réponse par une première mise en contexte des éléments,
l’exposé du débat qu’ils suscitent et, sur cette base, de sa propre opinion sur le sujet.
4. La forme
Il est essentiel de prendre le temps de la rédaction de manière à éviter les fautes
d’orthographe, les ratures, les caractères illisibles ou les devoirs inachevés. Il ne faut
surtout pas croire qu’un devoir peu lisible présente l’avantage de masquer des incer-
titudes : il sera simplement sanctionné de ce défaut. Il faut donc s’entraîner à rédiger
auparavant au stylo des dissertations longues. Ce mode d’écriture exige bien sûr
une pratique matérielle mais implique aussi un autre mode de réflexion et une plus
grande attention sur l’orthographe. De ce point de vue, il est important de savoir que
l’orthographe représente un critère important de jugement : il n’est pas rare que des
jurys se fi xent la règle de sanctionner les fautes d’orthographe par des points en moins,
pouvant aller jusqu’à cinq points.
Les fautes d’orthographe ou de syntaxe les plus fréquentes sont répertoriées dans
les rapports de jury (le verbe « pallier » est transitif ; l’accord du participe passé après
le verbe avoir ; la confusion entre « quelque » et « quel que » ; l’abus de majuscules alors
qu’il convient de s’aligner sur l’utilisation restrictive du Journal officiel…). Pour éviter
les fautes grossières, dues le plus souvent à un défaut d’attention, il faut impérativement
savoir épargner le temps d’une relecture précise de sa copie.
Il convient d’éviter absolument aussi bien le style naïf que le lyrisme, la grandi-
loquence ou le bavardage, l’excès de références à la dernière émission de télévision
ou publicité sans la moindre hiérarchie de valeurs et, même si la composition doit
exprimer un point de vue personnel, toute forme de personnalisation du style en « je »
ou « nous ». Le style doit donc être celui d’une note administrative ou d’un article du
journal Le Monde, ce qui n’empêche pas, bien au contraire, l’exigence d’une réponse
personnelle sur le fond.
Les citations ou références d’auteurs sont importantes, si elles sont certaines et
justes, mais ne doivent pas gêner le déroulement du raisonnement. Il faut intégrer
ces références dans le corps de son propre raisonnement et ne pas construire celui-ci
à partir des deux ou trois auteurs que l’on peut connaître sur un thème.
Au total, la composition doit couvrir en moyenne de 8 à 12 pages.
6. La méthode du manuel :
des exemples de dissertation par sujet
Ainsi qu’il vient d’être dit, la difficulté spécifique de cette épreuve provient de ce
qu’elle implique de savoir concilier à la fois une réflexion personnelle fondée sur une
problématique claire et la mobilisation d’éléments de contenus provenant, d’une part,
des cours classiques de droit public et de finances publiques notamment et, d’autre
part, de l’actualité administrative.
C’est précisément pour répondre à cette difficulté tout à fait originale que le présent
manuel est organisé d’une manière spécifique par rapport aux supports classiques de
cours afin d’aider de la manière la plus efficace les candidats à construire leur propre
dissertation en leur fournissant à la fois une méthode et les éléments des probléma-
tiques actuelles des politiques publiques.
Le plan du manuel est ainsi structuré, conformément aux différents arrêtés fi xant
l’organisation des concours, par politique publique, recouvrant le découpage classique
des départements ministériels d’un Gouvernement (budget, affaires étrangères,
intérieur…), et par thème transversal à ces différentes politiques (fonction publique,
organisation et modernisation de l’action publique). Certains sujets traités portent sur
une thématique correspondant plus à une composition de culture générale, malgré tout
utile à celle sur un sujet d’ordre général (la notion d’individualisme ou la citoyenneté),
et pratiquée dans certains concours (ENA, magistrat, directeur d’hôpital…).
Chaque politique est présentée sous forme de réponses à des sujets ayant déjà pour
la plupart été posés dans un concours externe de niveau A ou pouvant tout à fait
correspondre à des thèmes futurs de composition sur un sujet d’ordre général. Ces
réponses sont elles-mêmes exprimées de deux façons distinctes et complémentaires :
• Soit des sujets corrigés et développés, pour en détailler le contenu, ou bien des
dissertations répondant à une question posée dans les annales des concours
concernés, dans la forme attendue pour l’épreuve ;
• Soit sous forme de commentaires structurés et homogènes (étude de la problé-
matique, éléments du débat et proposition de plan). Il s’agit ainsi d’illustrer la
méthode nécessaire pour dégager une problématique et une réflexion personnelle
sur la base de ses connaissances, éviter les pièges éventuels d’un sujet, lister les
thèmes à aborder, concevoir son plan.
Ces propositions de corrigés et de plans, qui expriment par principe un point de
vue personnel, ne constituent pas des modèles mais des illustrations. Ils suggèrent
des pistes de réflexion et ne doivent pas être appris par cœur. C’est à chaque candidat
à partir de cette trame de composer son propre raisonnement fondé sur ses opinions
personnelles. Ces corrigés se veulent cependant également des supports de révision
éventuels sur des sujets correspondant aux préoccupations des jurys, souvent peu
explorés par les manuels de culture générale ou les traités de droit administratif. C’est
la raison pour laquelle ils peuvent être volontairement trop longs et contiennent trop
de citations et d’éléments factuels, qu’il serait impossible à un candidat de réunir.
Les thèmes abordés dans les corrigés peuvent, et souvent doivent, de plus, se
croiser. Une telle vision horizontale, « transverse », est tout à fait essentielle dans ce
type d’épreuve de réflexion « générale ». Les copies qui font la différence sont souvent
celles qui savent reposer une problématique et élargir, sans aller au hors sujet, le cadre
de réflexion à l’ensemble de ses aspects. Les exemples de dissertation ou les plans
proposés ne font alors qu’évoquer les points transversaux traités dans d’autres devoirs
(l’endettement public, la nécessité d’une nouvelle forme de développement durable…)
et soulignent les problématiques propres au sujet traité.
7. Bibliographie
Les ouvrages les plus en rapport avec l’épreuve sont ceux de philosophie politique
en ce qu’elle a un rapport direct avec les thèmes relatifs aux interventions de l’État : la
notion d’État à travers Hobbes et les philosophes des Lumières, l’égalité et l’équité, la
notion de justice à travers les analyses d’Aristote et de John Rawls, le multiculturalisme,
la diversité, l’intégration… De ce point de vue, la lecture des livres de Pierre Rosanvallon
sur l’État, la citoyenneté et la légitimité démocratique paraît indispensable (La crise de
l’État-providence notamment), ou bien Notre État de Bernard Spitz et Roger Fauroux,
ou bien encore L’État démantelé de Laurent Bonelli et Willy Pelletier.
Bien sûr, la redécouverte des textes essentiels eux-mêmes ne peut qu’être recom-
mandée (Platon, La République ; Spinoza, Traité théologico-politique ; Rousseau, Le contrat
social ; Hannah Arendt, Crise de la culture ; Hobbes, Le Léviathan ; Max Weber, Pierre
Bourdieu…). Il en va de même des ouvrages plus récents sur l’évolution de nos sociétés
et de l’État de Jérémy Rifkin, Joseph Stiglitz, Jürgen Habermas, Thomas Piketty ou
bien Dominique Méda.
Les grands quotidiens d’information nationale, tels que Le Monde doivent impéra-
tivement être régulièrement compulsés.
Les rapports de la Cour des comptes constituent des bases d’analyse très précieuses
sur l’ensemble de la vie administrative.
De même, les rapports publiés par France Stratégie permettent d’alimenter les
propositions positives qui doivent enrichir la réflexion, une fois orientée la problé-
matique et établi le constat, tels que le rapport « Quelle France dans dix ans ? » ou sa
déclinaison plus directement administrative « Quelle action publique pour demain ? »
La consultation fréquente de sites administratifs tels que ceux administrés par la
direction de l’information légale et administrative (DILA), www.service-public.fr
et www.vie-publique.fr, est également très recommandable. Le site www.legifrance.
gouv.fr (et notamment ses dossiers législatifs) présente un intérêt tout particulier,
non seulement pour les juristes, mais aussi, pour ce qui concerne l’épreuve d’ordre
général, en raison de la diffusion des études d’impact qui rendent compte des lois
publiées ou en préparation, d’une manière beaucoup plus complète que n’importe
quel article de presse. De même, il faut se tenir informé des derniers communiqués
du conseil des ministres, sur le site www.elysee.fr, qui donnent à la fois connaissance
des projets de loi en un descriptif d’une page mais aussi des communications sur des
grands sujets politiques.
Sur le contenu même des politiques menées par les pouvoirs publics, il convient de
se reporter aux synthèses des missions contenues dans les lois de finances disponibles
sur le site de la performance publique.
Le site officiel de la modernisation de l’État et la revue Acteurs publics, et sa lettre
électronique, offrent des analyses très pertinentes des évolutions des pouvoirs publics.
La lettre électronique de la direction des affaires juridiques du ministère chargé
de Finances permet enfin de disposer d’éléments techniques fiables sur des questions
administratives d’actualité ainsi que la Gazette des communes pour ce qui concerne
la fonction publique territoriale et les collectivités locales.
8. Une ambition
En conclusion, ce manuel à l’usage des jeunes candidats-fonctionnaires, s’il a pour
objet prioritaire de contribuer à la réussite de la composition sur un sujet d’ordre
général, a également pour ambition de donner, modestement, à ces futurs acteurs du
service public les clés pour réussir leur vie professionnelle.
Les situations des fonctionnaires ne sont en effet plus assurées pour la durée de
la vie professionnelle. La stabilité des emplois mais aussi la permanence du statut et
du périmètre des politiques publiques ne sont plus du tout des données sur lesquelles
fonder son parcours professionnel.
Mais, si ces situations sont devenues incertaines, c’est aussi, a contrario, qu’elles sont
à construire par chaque fonctionnaire. C’est à lui, à titre individuel et collectif, qu’il
va revenir la mission de redéfinir le service public qu’il estime préférable, l’extension
de sa valeur démocratique, les modes d’intervention les plus opportuns pour servir
le bien commun.
C’est d’ailleurs, au fi nal, principalement sur cette capacité à structurer leur
ambition, à rendre convaincante leur vocation, que les candidats sont jugés lors de
cette épreuve. La question posée est en effet au fond toujours la même : quel sens les
candidats entendent donner à leur engagement public ?
ÉLÉMENTS DE COURS
1. Le budget
1. Étude de la problématique
Ce sujet interroge l’évidence comptable selon laquelle la dette publique est en soi
un mal et l’équilibre budgétaire, c’est-à-dire la réduction des dépenses publiques, le
seul moyen de le vaincre.
Le pourcentage de dettes publiques grève bien évidemment toute marge de
manœuvre politique sur le budget, si l’on y ajoute les dépenses incompressibles en
termes de personnel et de pensions de retraites des agents de l’État. Dénué de marges
de manœuvre, l’État ne peut donc que se réduire pour survivre. Il perd par voie de
conséquence toute forme de légitimité à gouverner les citoyens alors que lui-même
ne peut sainement administrer ses propres comptes.
Le poids de la dette rend l’État dépendant de ses créanciers et des agences de notation
qui par leur estimation de ses capacités de remboursement au regard des équilibres
macro-économiques influent en fait directement sur la politique suivie. Si un État
perd des points dans cette notation, c’est sa capacité d’endettement à bas taux qui se
trouve directement mise en cause. Or ces agences de notation pour estimer la capacité
de remboursement des États ne considèrent que le pourcentage de leur endettement
publics et la politique libérale qu’ils mènent en faveur d’un désengagement public
de tous les secteurs relatifs notamment à la protection sociale, comme l’a démontré
l’exemple grec.
En termes de flux financiers, cette dette publique a enfin pour effet de faire payer
les services aux générations actuelles par les générations futures et d’entraîner un
transfert de richesses vers les personnes détenant les capitaux des organismes auprès
desquels l’État emprunte, c’est-à-dire des populations moyennes vers celles les plus
aisées. D’un point de vue international, le surendettement des États occidentaux les
amène à lourdement emprunter auprès des organismes financiers chinois, par exemple,
menaçant en contrepartie leur indépendance nationale et leurs capacités à résister aux
pressions commerciales chinoises.
Mais, pour autant, la meilleure méthode pour sortir de l’endettement public
consiste-t-elle simplement, mécaniquement, à parvenir à l’équilibre budgétaire, devenu
depuis la réforme constitutionnelle de 2008 un objectif à valeur constitutionnelle fi xé
à l’article 34 : « Les orientations pluriannuelles des finances publiques sont définies par
des lois de programmation. Elles s’inscrivent dans l’objectif d’équilibre des comptes des
administrations publiques » ? Cet équilibre n’est-il pas qu’une fiction à valeur morale
sans aucune portée pratique ? Cet objectif est-il au fond souhaitable et la réduction
des dépenses publiques qu’il induit ne risque-t-elle pas d’avoir pour conséquence
d’entraîner une baisse des rentrées fiscales et donc une spirale austéritaire ?
2. Éléments du débat
Le déficit budgétaire est la situation dans laquelle les recettes de l’État (hors
remboursement d’emprunt) sont inférieures à ses dépenses (hors emprunt) au cours
d’une année. Il n’englobe pas, au contraire du déficit public, les dépenses des autres
administrations publiques (collectivités territoriales et organismes de Sécurité sociale
notamment).
La participation de la France à la monnaie unique européenne lui impose le respect
d’une discipline économique et budgétaire. Les termes en ont été fi xés par le traité de
Maastricht en 1992 et le pacte de stabilité et de croissance conclu à Amsterdam en 1997
et assoupli en 2005 à Bruxelles. Il contraint les États de la zone euro à avoir à terme
des budgets proches de l’équilibre ou excédentaires. Il s’agit d’obtenir des fi nances
publiques saines, en évitant les déficits publics excessifs, dont les déficits budgétaires. Le
déficit public est jugé excessif à partir d’un seuil de 3 % du produit intérieur brut, qui
peut toutefois être dépassé dans certaines circonstances. La Commission européenne
ne formulait dans ce cadre qu’un avis, voire des recommandations, sur les projets de
budget qui lui sont transmis.
Le Traité sur la stabilité, la coordination et la gouvernance au sein de l’Union
économique et monétaire, signé le 2 mars 2012 par 25 pays de l’UE, prévoit des
contraintes plus fortes, exigeant que le déficit public structurel n’excède pas 0,5 % du
PIB (la « règle d’or ») et prévoyant des sanctions plus systématiques contre les États ne
respectant pas les règles du pacte de stabilité. Celles-ci, graduelles, vont d’un « plan
d’action correctif » à une procédure dite « d’application rigoureuse », au cours de
laquelle un État doit verser une somme pouvant aller jusqu’à 0,1 % du produit intérieur
brut (PIB). Le stade ultime, décidé par le Conseil de l’Union européenne (qui réunit
les ministres des gouvernements de tous les États membres) sur recommandation
de la Commission, est l’amende, allant de 0,2 % à 0,5 % du produit intérieur brut
– pour la France, cela représenterait une amende astronomique, entre 4 à 10 milliards
d’euros. Il s’agit d’un scénario théorique, car la Commission n’a jamais activé ce type
de sanctions, d’autant plus qu’elles conduiraient à aggraver la situation économique
d’un pays déjà en difficulté. L’exemple grec a cependant prouvé en 2015 la dureté de
ces négociations qui a obligé la démocratie grecque à se plier à la force des traités,
pour reprendre l’expression de Jean-Claude Juncker, le président de la Commission
européenne, et à appliquer des mesures d’austérité refusées par les citoyens.
Pour financer son déficit, l’État est obligé d’emprunter. La dette de l’État se définit
donc comme l’ensemble des emprunts effectués par l’État, dont l’encours (montant
total des emprunts) résulte de l’accumulation des déficits de l’État.
Elle ne doit pas être confondue :
• Avec la dette extérieure, constituée de l’ensemble des engagements des agents
économiques d’un pays (particuliers, entreprises..), et non seulement de l’État,
vis-à-vis de prêteurs étrangers ;
• Avec la dette publique, qui correspond à la dette de l’ensemble des administrations
publiques, des collectivités territoriales et des organismes de Sécurité sociale.
Le déficit budgétaire est un flux, c’est-à-dire une grandeur économique mesurée
au cours d’une période donnée, un an le plus souvent ce qui correspond au principe
d’annualité budgétaire, alors que la dette est un stock, à savoir une grandeur écono-
mique mesurée à un moment donné.
Ces deux données, bien que différentes, sont liées : le flux du déficit budgétaire
vient alimenter l’encours de dette, qui en retour agit sur le niveau de déficit par l’aug-
mentation des intérêts versés, qui sont une charge budgétaire.
La succession des déficits favorise l’apparition de nouveaux déficits. En effet, en
gonflant la dette, elle provoque un effet « boule de neige ». La dette des administrations
publiques s’accroît ainsi selon un processus auto-entretenu, la charge d’intérêt qu’elle
produit conduisant à augmenter le déficit et donc à accroître encore l’endettement de
l’État, et la charge des intérêts.
La note de l’OFCE sur ce thème rédigée par Henri Sterdyniak démontre que la
crise des années 2008-2009 fut provoquée par des innovations financières hasardeuses,
dans un contexte de libéralisation financière et d’explosion de la masse de capitaux à
la recherche de placements liquides et rentables et non pas par des hausses excessives
des dépenses, des déficits ou des dettes publics. En 2007, le solde public de l’ensemble
des pays de l’OCDE ne présentait qu’un déficit de 1,3 % du PIB ; celui de l’ensemble
des pays de la zone euro de 0,7 % du PIB. Les dettes publiques étaient stables (à 40 %
du PIB pour la dette nette de l’ensemble des pays de l’OCDE).
Cette crise a montré que l’économie mondiale, sans régulation financière et sans
gouvernance macroéconomique, est foncièrement instable, que l’intervention publique
est indispensable et que la politique budgétaire reste nécessaire. En même temps,
elle a provoqué une forte hausse des déficits et dettes publics puisque les États ont
dû intervenir pour sauver les systèmes financiers, pour soutenir l’activité et surtout
ont enregistré une forte baisse de leurs recettes fiscales en raison de la chute du PIB.
La plupart des pays ont connu une hausse de l’ordre de 20 points de PIB du montant
de leur dette nette. Début 2012, alors qu’ils sont loin de s’être rétablis des effets de la
crise (qui leur a coûté en moyenne 8 points d’activité par rapport à la tendance d’avant
crise), ils sont confrontés à un choix délicat : faut-il continuer à soutenir l’activité ou
tout faire pour réduire les dettes et les déficits publics ? Faut-il se donner un objectif
de plein emploi ou de solde public ?
Cette note remarque de plus que les administrations publiques françaises sont
certes endettées mais qu’elles possèdent aussi des actifs physiques. Globalement, la
richesse nette des administrations représentait 26,7 % du PIB fin 2010, soit 8 000 euros
par Français. Certes, le nouveau-né français hérite d’une dette publique, mais il hérite
aussi d’actifs publics : routes, écoles, hôpitaux, équipements sportifs… Évoquer l’une
sans évoquer les autres est peu rigoureux. Le jeune Français qui entre dans la vie
active a généralement bénéficié d’une éducation de haut niveau et d’un service de
les États. Plus que jamais, l’économie ne relève pas d’une gestion technicienne, mais
d’une instabilité constante dans les rapports de force entre producteurs de biens et
producteurs de profits : aujourd’hui les marchés entendent s’internationaliser sans plus
rencontrer d’obstacles politiques du fait des Parlements nationaux ni de leur législation.
La globalisation serait alors un leurre qui masque la réalité : à l’État fiscal classique
a succédé dans les années 1970 l’État débiteur, qui entendit, par les emprunts publics
et les crédits privés, désamorcer les antagonismes sociaux et maintenir une forme
de croissance. Aujourd’hui, nous vivrions dans l’État de consolidation – celui qui
fait payer aux citoyens le service de la dette par des réformes de structure visant à
se délester de ses fonctions régaliennes et de certaines missions de service public au
profit d’institutions hors de portée des représentations démocratiques nationales :
l’euro et la Banque centrale européenne seraient deux exemples avérés de cette « post-
démocratie » financière.
Ces deux analyses illustrent quatre constats :
• La crise financière n’a pas été due au montant élevé des dépenses publiques mais
ces dépenses ont permis à l’inverse d’en atténuer les effets catastrophiques :
le surendettement de l’État n’a pas résulté d’une fatalité économique ou d’un
dysfonctionnement structurel de l’État-providence mais d’un choix politique
privilégiant le soutien aux secteurs bancaires et industriels au détriment du
régime de redistribution sociale ;
• Le budget de l’État n’est en rien comparable à celui d’un ménage, d’un « bon
père de famille ». Il ne faut pas le considérer d’un point de vue statiquement
comptable. Il entre en corrélation dynamique, positive ou négative, avec l’éco-
nomie : une dépense peut être aussi un investissement créateur d’activité qui va
en conséquence augmenter le montant des recettes de l’État, de même qu’une
augmentation des richesses, des recettes fiscales, peut avoir pour conséquence
un repli de l’activité économique et donc, en un deuxième temps, une baisse des
rentrées fiscales plus importante que cette augmentation ;
• La baisse des dépenses publiques, remède miracle destiné à parvenir à l’équilibre
budgétaire, présente ainsi le risque majeur d’entraîner une réduction de l’activité
et donc des recettes fiscales liées à celle-ci en un cercle vicieux. Sur le constat que
la richesse produite en France provient désormais majoritairement du capital et
non plus du travail, il conviendrait peut-être de s’interroger sur la possibilité de
transformer en profondeur la politique fiscale pour l’adapter à cette situation
nouvelle. Bien évidemment, comme pour la politique sociale, cette redéfinition
d’une politique fiscale cohérente et juste ne peut se réaliser qu’au niveau européen
dans un double souci d’harmonisation et de lutte au moins contre les paradis
fiscaux internes à l’Union ;
• Cette baisse des dépenses publiques entraîne nécessairement un transfert des
charges sociales correspondantes auprès des collectivités territoriales ou des
ménages eux-mêmes. Ce qui est financé par l’impôt, comme les grands équipe-
ments et les infrastructures, ne l’est pas par l’usager, et réciproquement.
3. Proposition de plan
Si l’excès de dettes ne peut être réduit que par l’allégement de certaines dépenses,
seul l’investissement public semble pouvoir permettre d’accroître les recettes de l’État.
1.1. L’état de la dette et ses conséquences (impuissance politique, transfert de
richesses vers l’étranger, charges sur les générations futures…)
1.2. L’allègement des dépenses par la rationalisation des moyens et la mise en
œuvre de la performance et par la réduction des postes de dépenses (RGPP
et MAP) et la nécessité d’une reconstruction du tissu industriel
2.1. Les limites d’une réduction généralisée des dépenses (frein à la croissance,
transfert des charges vers les ménages et donc réduction des recettes en un
cercle vicieux)
2.2. La mise en œuvre d’une politique de relance par l’investissement ciblé
(innovation, nouvelle politique de croissance solidaire et durable) et d’une
nouvelle politique fiscale (retenue à la source, redéfinition des recettes…)
Une conclusion possible pourrait consister à rapprocher les problématiques de la
dette publique et du développement durable : l’une et l’autre considèrent la soutenabilité
de la dépense ou du développement en prenant en compte l’hypothèque laissée aux
générations futures. Il est cependant bien évident que la poursuite d’un développement
soutenable implique un accroissement notable des dépenses publiques correspondantes,
tout à fait incompatible avec l’austérité budgétaire.
1. Étude de la problématique
Ce sujet renvoie à la polémique sur ce que le ministre de l’Économie et des Finances
lui-même avait appelé le « ras-le-bol fiscal », alimenté par la hausse de l’impôt sur le
revenu, de la TVA, du taux de taxation sur les livrets d’épargne ou le projet d’écotaxe.
Pour autant ce sujet ne se réduit pas à cette actualité. L’impôt constitue en effet un
droit et un devoir essentiels de nos principes républicains, inscrit en tant que tel dans
la Déclaration des droits de l’homme et du citoyen (« Art. 13. – Pour l’entretien de la
force publique, et pour les dépenses d’administration, une contribution commune
est indispensable : elle doit être également répartie entre tous les citoyens, en raison
de leurs facultés. Art. 14. – Tous les Citoyens ont le droit de constater, par eux-mêmes
ou par leurs représentants, la nécessité de la contribution publique, de la consentir
librement, d’en suivre l’emploi, et d’en déterminer la quotité, l’assiette, le recouvrement
et la durée. ») L’impôt, par ce consentement citoyen, permet précisément de créer un
espace de bien commun, de res publica.
L’impôt autorise en deuxième lieu une redistribution des richesses. Il est donc
au cœur de l’égalité et de la justice républicaines. Il faut en conséquence replacer le
débat sur le niveau des impôts dans le contexte de cette problématique de fond. Cette
analyse initiale induit d’ailleurs aussitôt des premières réflexions sur la nature très
diversifiée des recettes fiscales (impôts et taxes) et des dépenses publiques. L’impôt
sur le revenu, adopté en 1909, est en réduction proportionnellement importante par
rapport aux taxations sans doute plus injustes telles que la TVA, et a de fait toujours
été combattu par les libéraux tels qu’Adolphe Thiers qui y voyait « l’immoralité écrite
en loi », un dispositif contrevenant au principe de liberté des citoyens, qui n’étaient
plus anonymes face au fisc. « L’impôt général progressif n’est pas seulement injuste et
sans fondement rationnel, il est arbitraire. Sur quelle base fi xera-t-on la progression ?
Et cette progression, où s’arrêtera-t-elle ? Si on n’établit pas une limite, l’impôt finira
par absorber la totalité des revenus et entamera le capital, restreignant l’épargne et la
production, et forçant les capitaux à se cacher ou fuir » (Gaston Jeze, Éléments de la
science des finances, 1902).
Le piège de ce sujet consiste à prétendre enfermer la problématique dans une fausse
alternative, dont il s’agit de se dégager. La force de cette fausse alternative repose sur
un quadruple constat :
• Le montant du déficit budgétaire ;
• Le montant de la dette publique ;
• Le niveau des prélèvements obligatoires ;
• Le niveau des dépenses publiques.
2. Éléments du débat
La loi de finances pour 2015 privilégie ainsi en fait la baisse des dépenses publiques
dans son effort de réduction du déficit public. Le taux des prélèvements obligatoires
(PO) augmente peu même si, dans le détail, cette quasi-stabilisation des impôts en
moyenne cache un mouvement de transfert de 40 milliards d’euros des ménages
vers les entreprises. Sur le long terme, la véritable hausse de PO correspond en fait
au développement de l’État-providence. De 1960 à 1980, le taux de prélèvements
obligatoires a ainsi augmenté de dix points, passant de 30,1 % à 40,2 %. Mais depuis
plus de vingt ans, ce taux n’évolue plus que de quelques points, à la hausse comme à
la baisse, oscillant entre 42 % et 46 %. Surtout, le taux de PO en France a progressé,
en proportion, comme les autres pays développés. Ainsi, si la France a vu son taux de
PO progresser d’un peu plus de sept points entre 1975 et 2008, il en fut de même, en
moyenne, pour l’Europe des Quinze, mais aussi pour les pays de l’OCDE.
Les taux de prélèvements obligatoires entre pays développés connaissent néanmoins
des écarts de 20 à 25 points, entre les États-Unis, par exemple, et le Danemark. Mais
« les prélèvements obligatoires ne peuvent se comparer d’un pays à un autre sans
prendre en considération les dépenses qu’ils financent, c’est-à-dire en tenant compte
de la place des services publics et des transferts sociaux dans l’économie du pays»,
selon un rapport de 2008 du Conseil des prélèvements obligatoires (CPO), placé
auprès de la Cour des comptes. Ainsi, « chaque société décide de consacrer x % de ses
ressources à la santé et à la protection sociale – première source d’écart [entre taux
de PO] ; ensuite, second élément d’hétérogénéité, elle décide de financer les services
la tranche supérieure atteint 50 % et la progressivité est bien plus rapide (la première
tranche commence à 25 % contre 5,5 % en France), le travail est finalement bien plus
taxé qu’ailleurs, à l’inverse du capital, quasiment exonéré d’impôts. Ce pays a ainsi
choisi, comme beaucoup d’autres, de financer la faible imposition du capital par de
forts prélèvements sur les actifs.
Par conséquent, un devoir qui se serait contenté d’analyser le sujet en s’en tenant
aux seules deux branches de cette fausse alternative moins d’impôts/moins de dépenses
publiques, risquerait fort de ne pas obtenir une note supérieure à la moyenne. Il aurait
fallu au minimum aborder les différentes nuances de ces deux aspects avant d’élargir la
réflexion. Il semble en effet incohérent de tirer de ces constats déficitaires la conclusion
que seule une baisse d’impôts ou des dépenses publiques pourrait permettre de sortir
de ce cercle vicieux. Ce serait oublier que le budget de l’État n’est précisément pas
celui d’un ménage et qu’il se trouve en interaction avec l’économie. Une baisse des
dépenses publiques ne pourrait avoir pour conséquence que d’entraîner une diminution
de l’activité économique et donc des rentrées fiscales principalement liées à la TVA.
De même, la réduction des impôts qui alimentent le budget de l’État provoquerait
inévitablement une hausse des impôts locaux destinés aux budgets des collectivités
territoriales, qui seraient contraintes de reprendre à leur compte certaines fonctions
sociales, ou un alourdissement des charges pesant sur les budgets des ménages. Ceux-ci
devraient en effet faire face aux dépenses qui ne le seraient plus par l’impôt (santé,
transports…). C’est pourquoi certains économistes évoquent un revenu disponible
après paiement des charges sociales plutôt qu’un niveau de prélèvements obligatoires.
C’est ce montant qui permet une juste comparaison entre les revenus de différents pays.
Pour échapper à ce faux dilemme, dont les deux termes s’équivalent au fond (moins
d’impôts revient à moins de dépenses publiques), les pistes de solution sont multiples,
à la condition préalable d’avoir mesuré le véritable périmètre du sujet et de s’être
interrogé sur la variété des impôts et des dépenses publiques et sur leur priorisation
en fonction de critère tel que le maintien de la cohésion sociale :
a. La modernisation de l’action publique devrait permettre de diminuer les
dépenses publiques sans réduire les actions grâce notamment à l’utilisation de
technologies numériques, la mutualisation des moyens, la simplification des
procédures et la rationalisation des structures.
b. Ce n’est pas tant le niveau de pression fiscale qui paraît élevé que la qualité des
services publics rendus et l’efficacité des mesures publiques en faveur de l’emploi
notamment qui semblent avoir perdu de leur légitimité. C’est au fond, comme
le souligne, par exemple, Pierre Rosanvallon, cette légitimité qui est en cause
ce qui doit amener à réfléchir non seulement à la modernisation de l’État mais
aussi à d’autres moyens publics destinés à assurer le bien commun.
c. L’assiette des recettes fiscales pourrait être diversifiée au-delà de la seule TVA et
de l’imposition des revenus du travail à une véritable fiscalisation du capital, ce
qui suppose sans doute également une action concertée et résolue à l’encontre
des paradis fiscaux et des sociétés transnationales (Google, Amazon…). Les
recettes fiscales représentent en effet un paramètre essentiel de l’équation
impôts/dépenses publiques, pourtant exclu du libellé du sujet. Rappelons que
c’est la réduction des recettes fiscales par la mise en place du « bouclier fiscal » en
faveur des contribuables les plus aisés, lié au soutien massif de l’État en faveur
des organismes bancaires, qui a provoqué l’explosion de l’endettement public
en France en 2009/2010.
d. Des partenariats entre les secteurs publics et privés pour les fi nancements
de travaux d’investissement ou la participation à la réalisation de certaines
politiques publiques (santé, recherche, éducation…) pourraient être développés
sur le modèle de la Grande-Bretagne et de l’Italie.
e. Les dépenses publiques pourraient être réorientées vers des investissements
productifs, créateurs de valeurs et donc de recettes fiscales en retour. Ce
principe a d’ailleurs été appliqué dès le plan de relance entrepris en 2009-2010,
qui a injecté 34 milliards dans l’économie, dont 16,4 milliards en faveur des
entreprises (crédits d’impôt recherche, prime à la casse, contribution du secteur
public financier…) puis par la création de la Banque publique d’investissement
(BPI) et le crédit d’impôt compétitivité emploi (CICE), qui équivaut à une baisse
de cotisations sociales sous la forme d’une réduction d’impôts en faveur des
entreprises soumises à un régime réel d’imposition.
f. Plus généralement, il conviendrait de rechercher des solutions globales aux
causes du déficit budgétaire (harmonisation des règles sociales et fiscales en
Europe, voire un protectionnisme européen, de manière à éviter les dumpings
commerciaux et sociaux ; régulation du secteur bancaire et limitation de son
caractère spéculatif à l’encontre des États ; soutien de la compétitivité des entre-
prises…). Une harmonisation des politiques budgétaires ne paraît pas pouvoir
être exigée alors même qu’il n’existe aucune harmonisation fiscale et sociale
au niveau européen, ce qui autorise par exemple l’emploi de travailleurs dits
détachés dans les conditions de leur État d’origine, c’est-à-dire parfois sans la
moindre règle sociale (directive 96/71/CE du parlement européen et du conseil
du 16 décembre 1996 concernant le détachement de travailleurs effectué dans
le cadre d’une prestation de services).
g. Une véritable programmation des finances publiques devrait être mise en œuvre
afin d’éviter les mesures multiples, contradictoires et parcellaires. Cette impos-
sibilité d’anticiper la politique fiscale à court terme a sans doute, autant que le
niveau de la pression fiscale, contribué à atteindre ce seuil d’acceptabilité. Une
3. Proposition de plan
Le plan suivant aurait pu être proposé, à partir des éléments qui viennent d’être
présentés :
Si les dépenses publiques doivent être maitrisées de manière à préserver un niveau
de pression fiscale acceptable, il semble qu’elles doivent être parallèlement réorientées
afin de permettre de soutenir la demande et d’augmenter les recettes fiscales.
1.1. Les constats du poids excessif des pouvoirs publics et de leur perte de légitimité
1.2. Les réformes de modernisation en vue d’une réduction des dépenses et leurs
limites
2.1. Les risques d’une réduction des dépenses pour l’économie et les ménages
2.2. La réorientation des dépenses vers le soutien social et les activités économiques
d’avenir
Introduction
La crise économique mondiale semble avoir remis en valeur la thèse de la préémi-
nence du rôle de l’État, seul susceptible de se porter garant de l’ordre financier et de
soutenir la confiance en cet ordre. Pourtant, parallèlement, la plupart des gouverne-
ments occidentaux continuent d’affirmer que cette crise serait due en partie au poids
excessif de l’État, tout au moins à son surendettement.
Carré de Malberg définissait en effet l’État comme un triptyque qui a été rassemblé
sous la formule « un territoire, un peuple, un gouvernement » (Contribution à la théorie
générale de l’État, 1892), ce qui correspond à une « institutionnalisation du pouvoir »
(Georges Burdeau) en un support indépendant de la personne des gouvernants. L’État
désigne désormais l’ensemble des moyens publics d’administration d’un pays, parmi
lesquels de manière traditionnelle sont classés les instruments régaliens du pouvoir
(armée, police, justice, impôts, diplomatie ou création monétaire) et les politiques
publiques (équipement, santé, éducation…), notamment celles consacrées à la
protection sociale, regroupé en une personne morale et un budget. Il peut être parfois
assimilé à tort à un domaine plus large, qui recouvre les comptes publics (budget de
l’État, de la Sécurité sociale et des collectivités territoriales) et, dans l’imaginaire de
la population, il correspond de fait à un ordre social donné (l’État-providence, dans
sa double conception « bismarckienne », fondée sur le mécanisme des assurances
sociales, ou « beveridgienne », fondée sur l’impôt).
Dans ce cadre, il peut être estimé que l’excès quantitatif d’État nuit à sa qualité :
réduire le poids de l’imposition notamment par l’accroissement de l’efficacité de
l’État constitue un service public évident. Mais, à l’inverse, la réduction de l’État peut
constituer un changement de modèle social, sur lequel il convient de s’interroger.
Jusqu’à quel point peut-on réduire l’État sans quitter le service public ?
Si le moins d’État paraît un moyen de retrouver une marge dans les choix publics,
seule la recherche du mieux d’État semble devoir constituer leur finalité.
Une nouvelle réforme des structures de l’appareil d’État paraît nécessaire en raison
de son poids excessif sur les finances du pays. Un tel pourcentage de dettes publiques
grève bien évidemment toute marge de manœuvre politique sur le budget.
budget de l’État et une augmentation de 23,7 % des effectifs des trois fonctions publiques
et notamment de la fonction publique territoriale depuis 1982 comme l’a souligné le
rapport de Michel Pébereau sur l’endettement : plus de 20 % des emplois sont publics).
Il faudrait citer également les inerties suivantes :
a. La difficulté d’évaluation de domaines non marchands en termes de comptabilité
analytique et de performance. L’analyse en termes de coûts complets intégrant
l’ensemble des charges liées à une mission n’a de ce point de vue guère progressé
et ne consiste souvent qu’en l’application de coûts forfaitaires multipliés par le
nombre d’agents ou de m². De même, les indicateurs de performance mis en
place ne sont la plupart du temps que des indicateurs d’activité et ne permettent
pas de prendre en compte l’ensemble des paramètres d’une politique publique.
Cette difficulté réelle (un service performant produit-il peu de documents ou
beaucoup de documents ? selon un délai de règlement rapide ou long ?) de mesure
de la qualité de l’État n’est pas négligeable. Elle emporte même des réflexions
essentielles sur la mesure de la richesse : l’État performant est-il celui qui a la
capacité de recevoir beaucoup de prisonniers ou celui qui met en place des
moyens de prévention ? Joseph Stieglitz ou Dominique Méda ont ainsi porté
leurs critiques sur le mode d’approche restrictive, dangereuse de la richesse
nationale en termes de PIB, de sommes des valeurs ajoutées, sans tenir compte
des facteurs sociaux, environnementaux : la qualité est une notion forcément
globale, sociale, transministérielle. Les notions de « moins » ou de « mieux »
sont donc à reconsidérer à l’aune de cette réflexion comme le souligne la note
de France Stratégie « Au-delà du PIB, un tableau de bord pour la France ».
b. L’inflation et la complexité des normes législatives et réglementaires. Le « recueil
annuel de l’Assemblée » faisait 1 300 pages en 1990 et 2500 en 2006 ; les lois
exigent 50 % de décrets d’application supplémentaires ; par ailleurs, la France
est liée à 7 400 traités ; le nombre de directives européennes à transposer dans
le droit français a doublé en 15 ans ; le droit compte actuellement 10 500 lois,
127 000 décrets, 20 000 circulaires, 17 000 règlements communautaires. « Trop de
lois tue la loi » déclare Jacques Chirac le 19 mai 1995 ; « La complexité croissante
des normes menace l’État de droit » titre le rapport du Conseil d’État de 2006.
Il faut souligner qu’à cette question quantitative s’ajoute celle proprement
qualitative qui lui est liée de l’instabilité normative et de l’impossibilité pour
la société de comprendre la complexité des règles mais aussi d’anticiper leur
maintien.
c. Il demeure dans la vocation des fonctionnaires une forte culture de l’intérêt
général très peu encore traduite en termes de prestations aux « clients ».
d. La faiblesse du dialogue social au sein de la fonction publique empêche, d’une
part, l’écoute des préoccupations des fonctionnaires et, d’autre part, l’appré-
hension par ceux-ci du sens des mesures d’amélioration du service qui sont
mises en place.
administratifs
Concours
catégorie A
catégorie
La composition sur un sujet d’ordre général est l’épreuve écrite la plus
importante des concours externes d’accès à la catégorie A de la Fonction
A
publique. Cette épreuve a évolué depuis la « culture générale » classique
La composition écrite
vers une dissertation spécifique mobilisant des connaissances d’actualité
administrative et la réflexion personnelle d’un futur gestionnaire de politique
publique.
d’ordre général
Le présent manuel adopte donc une présentation nouvelle et adaptée :
50 sujets portant sur les grands thèmes des politiques publiques sont
abordés sous un angle technique, avec des éléments de contenu actualisé,
La composition écrite
et sous leur aspect problématique, afin d’aider les candidats à réfléchir
aux questions soulevées et à établir leur plan.
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