UNIVERSITE DE LISALA
CENTRE INTERUNIVERSITAIRE DE RECHERCHE
PLURIDISCIPLINAIRE (CIREP)
STATUT : UNIVERSITE PUBLIQUE
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NOTES DE COURS
D’EPISTEMOLOGIE
OBJECTIF GENERAL
Introduire l’épistémologie par des approches historiques, définitionnelles,
conceptuelles et métaphysiques.
[Link] spécifiques :
À la fin du cours, l’étudiant(e) devra être en mesure de :
- Caractériser ce qui fait la spécificité de ce domaine de la philosophie qu’est
l’épistémologie,
- Reconnaître les principaux problèmes auxquels l’épistémologie tente d’apporter
des réponses, les enjeux qui y sont associés et les arguments qui les étayent,
- Caractériser les différentes écoles, leurs thèses respectives et leurs positions
relatives les unes par rapport aux autres,
- Élaborer sa propre sensibilité philosophique sur cette thématique
- Identification des sciences à travers les classifications des sciences
- Marquer l’étendue du champ de l’épistémologie
- Identifier quelques systèmes philosophiques dominants dans les sciences
mathématiques
Introduction
Pourquoi s’intéresser aux sciences quand on a choisi de faire de la
philosophie ? Il y a au moins deux raisons que nous pouvons évoquer : la
première, c’est que la philosophie ne s’épuise pas dans la philosophie
spéculative. Outre les questions se rapportant à l’être, au monde et à Dieu,
qui relèvent de la métaphysique et de l’ontologie, la philosophie se préoccupe
également, concernant la seconde raison, des questions liées aux produits de
l’esprit et de l’agir humains. Il s’agit de l’ensemble des champs de la
rationalité humaine. « Réfléchir aux formes du savoir et au mécanisme de sa
production au moment où l’on assiste à des bouleversements de plus en plus
fréquents est une tâche nécessaire, et passionnante » (Maurice Loi, 1982, p.
7) Ces champs ou ordres de rationalité intéressent la philosophie soit en
termes de théories de la connaissance, soit en termes de critique des
méthodologies, des sociologies, des anthropologies des sciences. C’est dans
la différence qu’on évalue mieux l’intérêt de la philosophie pour tout ce qui
apparemment, semble s’éloigner de la philosophie. Dans cet ordre de
recherche, on parle d’épistémologie ou ce qui revient au même, de la
philosophie des sciences. Mais qu’entendons-nous par le vocable « science »
? Au singulier et avec une majuscule, le terme « Science » s’appréhende
comme une réalité conceptuelle qui subsume une réalité plurielle susceptible
de remplir les différentes classifications des sciences (Descartes, ampère,
Comte, etc.).
//Considérations générales concernant l’épistémologie
Il s’agit d’une introduction générale concernant l’épistémologie, après avoir
indiqué ce qu’est la science, les classifications et les méthodes qui les
fondent comme une activité théorique.
. Qu’est-ce qu’une science ?
Cette interrogation, qui appelle une définition de type essentialiste, semble
occulter les autres dimensions du fait et de la pratique scientifique. Car la
définition de la science peut être formulée de plusieurs manières en tenant
compte des facteurs et angles d’intérêt. Par exemple, on peut considérer les
dimensions suivantes : fonctionnelle, opératoire, conceptuelle, historique,
pragmatique, instrumentale, axiomatique, etc. D’ailleurs, nos lectures des
encyclopédies et des dictionnaires spécialisés, ainsi que les textes des
savants et de philosophes montrent bien les différentes définitions qu’on
donne de la science, selon les différents angles et centres d’intérêt. Tous les
champs ou domaines de rationalité qui sont constitués sont qualifiés de «
scientifiques » quand on considère leur caractère et leur prétention à
l’objectivité. Pour éviter la confusion, on utilise souvent des termes
distinctifs. Par exemple, on parle des « sciences dures », « sciences exactes »,
« sciences pures », des « sciences fondamentales », « sciences de la nature », «
sciences formelles », « sciences cognitives », « sciences de l’esprit », « sciences
biologiques », « sciences de l’homme et de la société », « sciences des
structures », « sciences appliquées », « sciences expérimentales », etc. Pour ce
qui concerne notre exposé, nous allons retenir qu’une science est, avant
tout, un savoir qui jouit d’un protocole d’institution, de réalisation, de
diffusion et d’impact. Ce type de savoir s’effectue dans un domaine précis de
discursivité et de rationalité. Il se présente sous une forme systématisée de
la pensée objective. A partir de ce qui précède, on dira qu’il existe une
multitude de domaines de connaissance qui méritent le titre de « science »,
ou le statut de « connaissance scientifique». Un mathématicien, un
physicien, un astronaute, un philosophe, un psychologue, un juriste, un
économiste, un théologien, un biologiste, un linguiste, un criminologue, un
toxicologue, produisent ainsi, chacun à son échelle et dans son domaine, un
travail qualifié de « recherche scientifique », c’est-à-dire un travail objectif.
Le substantif « Science », qu’on utilise parfois imprudemment au singulier, a
un caractère polysémique, parce qu’il subsume, en fait, une réalité plurielle.
La reconnaissance de cette pluralité de domaines dits « scientifiques »
conduit- elle à penser que toute pensée objective constitue nécessairement
une pensée scientifique ? On trouvera ainsi, selon l’angle de considération
propre à chaque école épistémologique, non pas une définition carrée et
unique, mais plutôt des définitions de la science ou des sciences. Le
philosophe est celui qui reçoit activement, c’est-à-dire celui qui interroge, de
façon critique, les outils de la pensée que sont les notions, les catégories, les
concepts en vue d’une communauté de pensée. Cette tâche, qui revient
historiquement à la philosophie, fait partie du registre de l’épistémologie en
tant qu’elle s’alimente des données et des faits de l’histoire des sciences. Si
la définition du champ scientifique relève de l’ordre de la philosophie, c’est
parce qu’on l’inscrit dans un rapport traditionnel dans lequel sciences et
philosophie sont difficilement séparables, comme le précise Jean Toussaint
Desanti (cf. La philosophie silencieuse ou critique des philosophies des
sciences, Paris, Editions du seuil, 1975, chapitre II). Dans la perspective
d’une philosophie considérée comme l’alfa et l’oméga de toutes
connaissances, on peut évoquer, au moins, cinq formes principales
d’administration de la science par la philosophie. En guise d’illustration des
formes d’administration, on peut évoquer les modes d’intériorisation de la
science par la philosophie. A travers l’histoire de la philosophie, on retient
quelques exemples significatifs:
- l’intériorisation à l’Idée (Platon),
- l’intériorisation à l’entendement (Descartes),
- l’intériorisation au sujet (Kant),
- l’intériorisation au concept (Hegel),
- l’intériorisation à la conscience (Husserl).
Ces indicateurs d’intériorisation de la science par la philosophie reposent
sur des présuppositions au regard desquelles on court souvent des risques
de simplifications excessives et de dogmatisme liés naturellement aux
définitions « clôturantes » ou réductionnistes de la science. Ces exemples ont
en commun de marquer qu’aucune science n’échappe pas à la dimension
spéculative qui sont un trait de la « foi » des savants et du besoin d’un besoin
d’un « socle ou d’un fondement ferme » que rejette la tradition empiriste et
positiviste (aspect évoqué plus loin, dans la dernière partie).
Comme on le voit, des difficultés surgissent de toutes parts dans la quête
d’une définition du terme « science ». Pour les surmonter, il faut prendre des
précautions supplémentaires. Ces précautions (historique, sémantique,
heuristique, logique, méthodologique, épistémologique, paradigmatique, etc.)
ont une importance dans la mesure où on pense que la signification véritable
de la science, c’est d’être une méthode de pensée et d’action caractérisée par
le refus de s’en tenir aux apparences, la recherche de la rigueur, la
systématisation des connaissances fragmentaires, la testabilité ou la
réfutabilité.
Aussi pour éviter les confusions et autres amalgames, des épistémologues
ont dû ériger des critères de distinction. C’est le cas de Platon qui sépare «
doxa » et « connaissance ». Gaston Bachelard reprend cette distinction en
demandant qu’on élimine un premier niveau de difficulté constitué par la «
connaissance vulgaire », la « connaissance préscientifique » qu’il convient de
séparer d’avec la « connaissance scientifique ». La distinction appelle l’usage
de critère démarcatif à appliquer parce qu’il est motivé par l’urgence d’une
communauté de pensée. Chez d’autres épistémologues, on va plus loin. On
procède à la distinction entre les sciences et certains domaines non-
scientifiques qui expriment pourtant des prétentions cognitives ou
explicatives, comme c’est le cas, selon le principe de la falsifiabilité de Karl
Popper, de la psychanalyse, l’astrologie et du marxisme.
Pour être sûrs que nous parlons des champs de rationalité scientifique qui
ont été bien constitués dans l’histoire de la pensée humaine, on a procédé à
des classifications des sciences qui, il faut l’avouer, sont d’inégale
importance épistémologique.
1) Quelques styles de classification des connaissances
Il existe bien plusieurs tableaux de classification des sciences fondés sur des
critères bien différents, parce qu’on peut se fonder sur le but du savoir, les
facultés humaines, l’objet de la science, la simplicité, l’unité de la science, la
méthode, etc.
- Le but du savoir humain: Aristote assure dans son ouvrage de
Métaphysique (1025b) que « toute pensée est pratique ou poétique ou
théorique ». D’où on retient la classification du savoir en trois groupes :
a) les sciences théoriques dont le but est de faire connaître et d’expliquer
les choses. Ce sont les mathématiques, la physique et la philosophie
première ou métaphysique ; b) les sciences pratiques qui ont pour rôle de
diriger l’homme , soit dans sa vie personnelle (éthique ou morale), soit dans
sa vie familiale (économie), soit dans sa vie sociale ou politique (politique) ; c)
les sciences poétiques dont le but est la production d’œuvres littéraires. Il
s’agit de la rhétorique, la poétique et de la dialectique ou la logique.
- Les facultés humaines: Francis Bacon (1561-1626) et Leibniz ont pris
pour critère les facultés humaines. Ils distinguent ainsi, pour ce qui
concerne Bacon, trois groupes de sciences. Il s’agit, a) des sciences de la
mémoire (histoire civile et histoire naturelle) : b) les sciences de la raison
(philosophie, c’est-à-dire l’ensemble du savoir articulé sur Dieu, l’homme et
la nature) : c) des sciences de l’imagination (poésie, histoire civile, histoire
naturelle, fables). Concernant Leibniz, il faut se rapporter à un texte tiré des
Nouveaux essais sur l’entendement humain de Leibniz.
- l’objet de la science: André Marie Ampère (1775-1836) divise les sciences
en deux grands groupes : a) les sciences cosmologiques ou du monde
matériel et b) les sciences noologiques ou de l’esprit. Sa division
dichotomique des sciences lui permet d’en dégager, au total, 128sciences
différentes.
- la simplicité : selon l’expression du physicien Jean Perrin (1870-1942.
Prix Nobel de Physique en 1926), la pensée scientifique démontre le
caractère illusoire de l’apparence et cherche une explication « du visible
compliqué par l’invisible simple ». Jusqu’à l’introduction du « complexe », la
pensée scientifique a fonctionné sur la base du simple.
- l’unité ou l’unification des sciences. On trouve cette idée chez Descartes
(Règles pour la direction de l’esprit, Règle I). Sous la forme de science
unitaire, cette même idée devient un critère retenu chez les néo- positivistes
du Cercle de Vienne et leurs épigones qui ont tenté de réaliser la constitution
d’une « théorie de l’unité de la science » intégrant avec un même statut
épistémologique toutes les disciplines depuis les mathématiques jusqu’à la
sociologie.
- la consistance rationnelle (Patrick Peccatte, La consistance rationnelle :
critique de la raison démarcative, Paris, Aubin Editeur, 1996). - etc.
1.2) Quel est l’intérêt philosophique d’une telle classification des
sciences?
On dégage plusieurs niveaux de motivation dont deux types retiennent notre
attention: il s’agit de l’intérêt historique et de l’intérêt épistémologique
Tout essai de classification ou de coordination des sciences offre, d’un point
de vue historique, l’image assez fidèle de l’état des sciences d’une période
donnée. Une table des connaissances humaines ne s’épuise ni dans son
caractère de catalogue des productions du génie humain, ni dans sa
présentation méthodologique. Elle est une coordination panoramique ou
synoptique comportant trois aspects : i) le premier fait état des lieux c’est-à-
dire de l’état actuel des sciences. ii) Le second est tourné vers le passé
qu’on s’efforce de synthétiser. L’inventaire ainsi réalisé favorise l’histoire des
sciences ; iii) le troisième, quant à lui, est tourné vers l’avenir tout en se
nourrissant des données de l’histoire. Dans ce cas, la classification devance
l’état réel des sciences. La classification des sciences opérée par Bacon est
loin de clore une ère de production scientifique. Elle ouvre plutôt la période
des recherches scientifiques modernes. La classification de Bacon est un
programme à réaliser et non un tableau des acquisitions effectives. C’est une
réponse à Descartes qui proposait un programme obligatoire de recherche
caractérisé par un double souci : l’unité du savoir et l’exigence d’une
fondation
ou d’un fondement métaphysique à toute connaissance humaine à travers
l’arbre de la connaissance (cf. Préface des Principes de la philosophie).
D’un point de vue épistémologique, les systèmes de classification des
sciences relève des considérations méta-scientifiques. Loin de conduire à la
découverte des lois des phénomènes, ces systèmes de classification
favorisent plutôt l’analyse de l’essence des sciences, leur hiérarchisation,
leurs approches méthodologiques, l’ordre de leurs rapports logiques
immanents, etc. Aussi,
convient-il de souligner leurs limites. Par exemple, Cournot trouve la
classification de Comte insuffisante et la reprend et la modifie pour l’adapter
à l’état actuel du développement de la science (cf. A-A. Cournot, Essai sur le
fondement de nos connaissances et sur le caractère de la critique
philosophique, Paris, Vrin, pp 401-415). Il en est de même pour Jûrgen
Habermas qui, dans son ouvrage intitulé La Technique et la science comme
idéologie, (1968, Traduction française et introduction de J. R. Ladmiral,
Paris, Gallimard, 1973), rompt avec la typologie traditionnelle. Pour la mettre
en crise, il y introduit des catégories épistémologiques liées aux différents «
invariants anthropologiques » qui constituent, selon lui, les divers pôles
d’utilisation du savoir : le travail, la communication, la domination. En
gardant présents à l’esprit ces trois points d’ancrage des intérêts de la
connaissance, on peut distinguer les trois continents épistémologiques
suivants :
- les sciences empirico-analytiques qui ont un intérêt essentiellement
technologique et se rapportent à un invariant anthropologique : le travail.
- Les sciences historico-herméneutiques manifestent un intérêt pratique
en matière de communication
- Les sciences critiques (dont les prototypes sont le marxisme et la
psychanalyse) ont un intérêt émancipatoire et se ramènent donc à un
invariant : la domination. Au fond, les classifications auxquelles nous avons
fait allusion, toutes fondées sur des liens de parentés ou sur des rapports de
différenciation jugés comme des critères pertinents doivent répondre à deux
préoccupations d’ordre épistémologique dont voici deux:
1.3.1) en tant que tâche proprement épistémologique, la classification
des sciences laisse entrevoir plusieurs liens
On entrevoit des rapports d’ordre chronologique d’apparition des sciences,
de dépendance, d’ordre de complexité ou de simplicité entre les sciences
elles- mêmes selon l’objet d’étude (A. Comte) et, enfin par rapport au sens
même de l’évolution et des subdivisions des sciences liées à l’expression de
l’expertise.
- le rapport des sciences au réel : on parle de sciences factuelles, de
sciences formelles, de sciences axiomatisées ; de sciences hypothético-
déductives, sciences cognitives, etc.
- selon le rapport à l’objet c’est-à-dire ce qui détermine le domaine de
juridiction de chaque savoir humain : sciences formelles, sciences de la
nature, sciences de l’homme et de la société, sciences du vivant, sciences de
la terre, etc.
- selon l’état de la science : sciences taxinomiques, sciences inductives,
sciences axiomatiques.
.3.2) en tant qu’effet idéologique
On dit souvent que toute classification sous-entend un rapport, notamment
celui des rapports chronologique, de supériorité (suprématie d’une science
sur d’autres). Dans ce cas précis, il est fait appel à des critères soit de
légitimation, soit d’exclusion ou d’intégration. Doit exclure la psychanalyse
du groupe des sciences. Popper, par exemple, répond par l’affirmative. Son
critère de la falsifiabilité élimine la psychanalyse du champ des sciences.
Auguste Comte a aussi séparé dans sa nomenclature, les sciences
authentiques, primaires ou abstraites (celles qui font des lois) et les sciences
inauthentiques ou secondaires (celles qui ne font pas de lois et qui, de ce
fait, sont exclues de son système de classification : les sciences
pédagogiques, descriptives). En effet, dans les cas de figure, les différents
critères ainsi utilisés posent, depuis David Hume jusqu’aux positivistes
logiques, un problème auquel l’épistémologie contemporaine a consacré des
pages de réflexion : la démarcation (cf. Patrick Peccantte, 1996, La
consistance rationnelle, Paris, Aubin Editeur).
1.4) La Classifications des sciences d’Auguste Comte
Pour bien parler des sciences, il faut, d’abord, pouvoir les identifier. Les
différents tableaux classificatoires offrent ainsi la possibilité de répertorier ce
qui, dans le cadre du savoir humain, rentre historiquement dans le groupe
des sciences. Ces différents tableaux classificatoires obéissent à des critères
précis comme nous l’avons indiqué.
La classification qui retient ici notre attention est la classification des
sciences opérée par Auguste Comte. Il faut insister sur le critère de
complexification croissante ou de généralité croissante qui confère à la
classification de Comte une cohérence et une pertinence (cf. Cours de
philosophie positive, 2e leçon, (Paris, Editions Garnier Le Verrier, pp. 138-
161). L’auteur y offre un ensemble hiérarchisé de champs de rationalité :
Mathématique, Astronomie, Physique, Chimie, Biologie, Sociologie
(initialement appelée « physique sociale) Il s’agit des « sciences genres » qu’on
appelle aussi des « sciences-mères » en ce sens qu’elles favorisent une
subdivision interne c’est-à-dire l’ouverture et l’émergence de champs de
rationalité internes sous la forme métaphorique de « sciences filles » et de «
sciences petites filles », etc. La mathématique, considérée comme une «
science-mère », se diversifie, de façon interne, en deux « sciences filles » :
- L’arithmétique (science des nombres ou théorie des nombres) comprend
l’algèbre, l’analyse, la statistique, etc.
- la géométrie (science des figures ou théorie de l’espace) comprend la
géométrie analytique (une invention de Descartes, cf. Discours de la
méthode, 2e partie. Il s’agit de l’application de l’algèbre à la géométrie), la
mécanique rationnelle (étude des mouvements dans l’espace), le calcul
différentiel, la géométrie projective, etc.
i) L’exemple de la mathématique peut servir à illustrer le cas des autres
« sciences-mères ». La hiérarchisation des sciences milite en faveur de la
quête d’un pouvoir que procure la connaissance. Cette quête des « savants-
philosophes » procède à un rejet systématique de la science contemplative
telle que semblait l’enseigner Platon. Quelques bouts de phrases de
Descartes, Bacon et d’Auguste Comte susceptibles de nous édifier sur ce
point qui fait de la science un véritable instrument de pouvoir de
connaissance et transformation de la nature. Descartes pense que la science
doit « nous rendre comme maîtres et possesseurs de la nature » ; Bacon
conseille une approche méthodologique consistant à user de la ruse en vue
de connaître la nature pour l’asservir à nos fins : « On ne lui commande
qu’en lui obéissant ». Quant à Auguste Comte, il ne s’écarte point de ses
prédécesseurs. Il aborde la science dans la même perspective. Il utilise une
formule qui résonne comme une devise positiviste : « savoir pour prévoir, afin
de pouvoir ». On comprend à partir de là, comment Comte s’autorise à faire
la police de la science en lui interdisant les « spéculations inutiles » qui ont
constitué, de son point de vue, ses principales pesanteurs à l’état
théologique et à l’état métaphysique. Ces différentes considérations inclinent
à Trois remarques qu’on pourrait formuler en ces termes:
i) les sciences identifiées posent, outre le problème de leur
instrumentalisation, de nombreux problèmes autres épistémologiques
concernant leur évolution, leur hiérarchisation, leur objet, leur méthode,
leur résultat, leur mise en rapport par la constitution de grands ensembles
relativement homogènes (sciences authentiques/ sciences non authentiques
; sciences formelles, sciences de la nature, sciences du vivant, sciences de
l’homme et de la société, etc.)
ii) quand on regarde de plus près encore la classification des sciences
d’Auguste Comte, on s’aperçoit que les sciences se sont développées dans
l’ordre qui l’éloigne de ce qui est plus près des hommes dans la mesure où
c’est ce qui était plus loin : d’abord, les cieux (astronomie) ; la terre, la vie,
animale, végétale et puis le corps social et humain ; enfin, l’esprit humain.
iii) A ces deux problèmes déjà évoqués s’ajoute un problème considéré
comme spécifique dans l’épistémologie contemporaine : la démarcation
entre science et métaphysique. Une tradition née depuis les empiristes
classiques (Hobbes, Hume, Locke, etc.), entretenu par les positivistes
(Comte), puis les néo-positivistes (membres du Cercle de Vienne) laisse
apparaître une « chasse » aux « énoncés vides de sens ». Ils doivent être
disqualifiés par l’usage de la méthode de l’analyse logique du langage,
instrument privilégié permettant de tracer une « ligne de démarcation » entre
les énoncés doués de sens » et ceux qui en sont dépourvus. Un exemple :
« Si quelqu’un dit « Dieu existe » ou « le fondement premier du monde est
l’inconscient » ou encore « c’est une entéléchie qui forme le premier principe
directeur des organismes vivants », nous ne lui disons pas « ce que vous dites
est faux » ; mais nous lui demandons « que voulez-vous dire au juste à l’aide
de ces énoncés » ? Alors apparaissent deux espèces d’énoncés : les énoncés
appartenant à la science empirique dont l’analyse logique peut déterminer la
signification ou, plus précisément, dont on peut réduire la signification à celle
des énoncés les plus simples concernant des données empiriques et les autres
énoncés, pareils à ceux qui viennent d’être cités, qui se révèlent vides de sens
si on les entend à la manière des métaphysiciens » (Otto Neurath, Rudolf
Carnap, Hans Hahn, Wissenschaftliche Weltauffassung ; der Wiener Kreis,
Vienne, 1929, pp.306-307).
La métaphore de l’arbre de la connaissance (cf. Lettre-Préface des Principes
de la Philosophie de Descartes) revendique l’intériorisation de la science par
la philosophie. Cette indication cartésienne a connu des fortunes variées et
variables selon les systèmes et les époques. Au moment où le mouvement de
pensée amorce une inversion, la tendance dans l’épistémologie
contemporaine peut se résumer de la manière suivant : la philosophie des
sciences doit plutôt se mettre à l’écoute de la dynamique et du progrès de la
pensée scientifique (Einstein, Bachelard, Popper, Bunge, etc.). Ces auteurs
sont conscients d’un fait : la science ne peut pas se passer de métaphysique
ou de ce que Einstein appelle les « généralisations philosophiques ».
Exemple, l’atomisme. Pour Einstein, les généralisations philosophiques
doivent être fondées sur les résultats scientifiques. Une fois formées et
largement diffusées, elles influencent très souvent le développement
ultérieur de la pensée scientifique en indiquant, entre les nombreux
procédés possibles, celui qu’il faut suivre. La révolte suivie de succès ou les
ruptures (penser, par exemple, au produit de la « raison polémique » de
Gaston Bachelard ; aux nombreuses et différentes géométries qui l’illustrent)
d’avec la conception acceptée et dominante a pour résultat des
développements inattendus et complètement différents, qui deviennent une
source de nouveaux aspects philosophiques : « L’histoire de la science
montre que les plus simples généralisations se sont montrées parfois
fécondes et parfois non » (Albert Einstein et Léopold Infeld, 1981, L’évolution
des idées en physique, traduit de l’anglais par Maurice Solovine, Paris, Petite
Bibliothèque Payot, p. 23).
2. L’ordre des sciences formelles
Dans la classification d’Auguste Comte, les mathématiques occupent la
première place, au moins, pour trois raisons :
a) Les mathématiques sont en première position des six genres de
phénomènes étudiés, compte tenu de la simplicité des notions qui la
constituent et qu’elles mettent en œuvre (le point, la figure, ensemble, etc.).
Les mathématiques forment, avec la logique, la combinatoire, la syntactique,
la classe des sciences formelles. Les liens entre mathématiques et logique,
par exemple, sont complexes dans la mesure où la lecture de ces liens
intègre des considérations à la fois techniques et philosophiques. Le
logicisme, par exemple, opère une réduction des mathématiques à la logique
(Russell, Whitehead), tandis que le formalisme fait de la logique une partie
des mathématiques et l’intuitionnisme soutient une position
intermédiaire, à savoir que ces deux sciences sont partiellement réductrices
l’une à l’autre.
b) Liée à la première raison, la seconde milite en faveur de l’idée d’une «
mathématicité » de la mature, une idée théologico-métaphysique qui favorise
le processus de la mathématisation des autres domaines du savoir humain.
Les différents domaines du savoir humain identifiés cherchent à s’inspirer de
l’intelligibilité de type mathématique porteuse des idées de sureté, rigueur,
cohérence, précision, liberté, et de l’éthique. L’étude philosophique des
mathématiques réside donc non seulement dans leur caractère technique ou
heuristique, mais aussi dans ce qui fait que les mathématiques sont
considérées à la fois comme un instrument, un langage voire un mode de
pensée. Pythagore, Platon, Aristote, Archimède, Galilée, Kepler, Descartes,
Leibniz, Kant, Pascal, Comte, Cournot, ont, chacun à son époque,
caractérisé le lien fort qui existe entre la philosophie et les mathématiques
pour les différentes raisons évoquées.
c) La philosophie peut-elle se passer des mathématiques? Maurice Loi,
paraphrasant Emmanuel Kant, y répond : « Les mathématiques sans
philosophie sont aveugles, tandis que la philosophie des mathématiques
sans mathématiques vivantes est vide » (Maurice Loi, 1982, Penser les
mathématiques, Paris, Editions du Seuil, Avant-propos, p. 12). En effet, la
philosophie et les mathématiques sont deux types de connaissance auxquels
les noms des philosophes ont toujours été associés ou mêlés. On trouve
ainsi dans l’histoire des sciences et de la philosophie des noms consacrés
par l’histoire : Pythagore (immanentisme), Platon (participation), Blaise
Pascal (démonstration), Descartes (mathesis universalis), Leibniz
(caractéristique universelle), Comte (positivisme), Cournot (probabilisme).
Ces savants-philosophes forment une catégorie composée des « philosophes-
géomètres ». Il y existe une autre catégorie de philosophes (par exemple,
Rousseau, Kant, Hegel, Simon Weil, etc) qui ont montré un vif intérêt pour
les mathématiques. Ils l’ont assimilées tantôt à discipline générale, tantôt à
un langage, tantôt à un instrument voire un mode de penser. Au fond,
aucun philosophe consacré par l’histoire n’est totalement resté étranger à la
pensée mathématique.(voir plus loin, Quelques sujets et textes de
philosophies des mathématiques)
Quel intérêt a-t-on accordé aux mathématiques dans l’histoire des
connaissances humaines? Pourquoi développer une épistémologie des
mathématiques ?
En effet, nous l’avons déjà indiqué, les philosophes n’ont jamais été
indifférents aux connaissances de type mathématique. La preuve ? Ils ont
pensé les mathématiques et ont développé une pensée sur les
mathématiques. Certains l’ont fait sans nécessairement produire une
structure ou une formule mathématique (Platon, Aristote, Kant, Alain, etc.). «
Nul n’entre ici s’il n’est géomètre » (Platon). La République et le Menon font la
promotion des mathématiques dans la formation des citoyens. D’autres l’ont
fait en leur qualité de « géomètres philosophes ». Pythagore, Thalès,
Archimède, Descartes, Leibniz, Comte, Cournot. Ce qui revient à faire le
partage entre ce qui relève des automatismes quasi mécaniques, de
l’utilisation des techniques, des symboles, des formules, d’une part, et ce qui
constitue au contraire l’expression d’une conceptualité spécifique des
mathématiques en tant qu’elle s’organise dans un ordre autre que celui de la
rationalité proprement spéculative.
Autrement dit, les mathématiques ont une dimension spéculative que seul le
philosophe est à même de révéler bien que Wittgenstein ait affirmé que les
mathématiques et la philosophie n’ont plus rien à se dire. Or, les exemples
que nous indiquons laissent penser le contraire. C’est à cette dimension que
s’attèle la discussion consacrée aux mathématiques par les philosophes et
qui s’articule sur deux axes fondamentaux, l’un relevant des considérations
générales et l’autre, sur les philosophies qui structurent l’arrière-plan des
activités mathématiques des « mathématiciens créateurs ou concepteurs ».
Historiquement, quand on se réfère soit à Platon (mathématique), soit à
Aristote (logique), c’est pour évoquer l’intérêt des mathématiques pour le
premier ou celui de la logique pour le second. Par où on lit une opposition de
style et de pensée philosophique, selon que le privilège est accordé à l’une ou
à l’autre des deux matières. Cette opposition constatée dans l’Antiquité a
refait surface au XVIIe siècle. On en trouve les traces à travers les études
effectuées par Alexandre Koyré, un historien des sciences, qui présente
Galilée (L’Essayeur) et Descartes (Discours de la méthode) comme ceux qui
ont bien illustré la thèse du pan-mathématisme, c’est-à-dire la mise en
œuvre des thèses de l’immanentisme pythagoricien et de la participation
platonicienne, débarrassée de leur caractère mystique. Mais peut-on
véritablement privilégier l’une des deux matières au détriment de l’autre
quand on sait que la logique inspire consistance, cohérence, sécurité et
rigueur à toutes nos réflexions, scientifique ou non ? Les mathématiques
elles- mêmes peuvent-elles se passer de la logique? Non. Les fondateurs de la
science moderne ont eu raison de présenter les mathématiques comme un
instrument, un langage et un mode de pensée pour aborder la nature.
L’intelligibilité mathématique confère à tous les champs de rationalité une
crédibilité scientifique et éthique: « Le nombre est incapable de recevoir le
mensonge », ou « le nombre ne ment pas », affirmait Philolaûs. Ce faisant, ces
penseurs ont obtenu un résultat, savoir, fonder la connaissance humaine
sur un socle solide (théologico-philosophico-scientifique). Peut-on
entreprendre une penser scientifique sans aucune dose de la logique ?
Impossible. Concernant la logique, on étudiera non seulement la logique des
concepts, des propositions, mais aussi une logique des mathématiques et
une logique mathématique. On fait toujours appel à la Logique considérée
comme un organon (Aristote) indispensable à toute connaissance humaine.
1.5. Quelques lectures
- Robert Blanché. 1968. Introduction à la logique contemporaine, Paris, A
Colin, chapitre 1er, p. 31-33
- Jean Piaget. 1970. Traité de logique. Paris A. Colin. p. 18-21
- Bertrand Russell. 1970. Introduction à la philosophie mathématique. Paris.
Payot. p. 231-232.
[Link] APERCU SUR L’ETENDUE DU CHAMP EPISTEMOLOGIQUE
Tout ce que nous avons indiqué jusque-là montre l’ampleur de la philosophie
des sciences ou de l’épistémologie. Depuis plusieurs siècles, les sciences
bénéficient d’un préjugé favorable et d’une haute estime dans l’opinion des
hommes ordinaires, des consommateurs conscients, et des savants. Les
sciences ont quelque chose de fascinant au point où le statut « scientifique »
qu’on accroche à un énoncé ou à un raisonnement semble suffire pour lui
conférer un mérite particulier, une autorité qu’il est difficile de remettre en
cause. La science est-elle porteuse de la vérité ou d’une vérité ? De nouveaux
domaines du savoir apparaissent ainsi dans les cursus proposés par des
institutions d’enseignement et de formation. On parle alors de « sciences
juridiques », de « sciences économiques », de « sciences bibliographiques », de
« sciences administratives », de « sciences du discours », de « science de la
forêt », de « science de la laiterie », et même, de nos jours, de « sciences
mortuaires », etc. De nouveaux champs de rationalité se créent et appellent
la nécessité de les distinguer, de procéder à des lignes de démarcation qui
marquent les champs et limites des expertises. L’épistémologie examine, de
façon critique, les visions trompeuses ou peu crédibles de la science au
regard des principes qui les fondent. Ce type de discussion n’est pas
nouveau puisqu’il remonte jusque dans l’Antiquité où il est reproché aux
sophistes de tout mettre en œuvre pour monnayer leur connaissance
considérée comme « douteuse », alors qu’eux-mêmes ne doutent jamais de ce
qu’ils savent et communiquent. Platon va les tourner en dérision. Aristote
met en œuvre un mécanisme rigoureux du contrôle du langage sous la forme
d’une immense batterie syllogistique. La quête d’une communauté de
penser, comme un préliminaire à toute communauté de sens et de
signification, relève des exigences confiées à la philosophie, ce qui nous
installe dans une tradition où la pratique l’outil logique va définir un espace
de recherche : la philosophie du langage. Bref, tels sont les éléments qui
saturent la science, le langage, la logique, l’histoire et la sociologie des
sciences et qui forment l’ensemble des objets qui intéressent l’épistémologie,
une discipline carrefour, qu’il convient de caractériser en quelques mots.
2.1) Considérations générales et niveaux d’organisation
Par épistémologie, il faut entendre une étude de l’« épistémè », c’est-à-dire du
savoir, des connaissances, des sciences, termes interchangeables. Le mot «
épistémologie » apparaît pour la première fois en 1096 dans le supplément
du nouveau Larousse illustré et utilisé par Emile Meyerson, dans son
ouvrage intitulé Identité et réalité (1908). De création récente (début 20e s.),
en tant que discipline autonome, l’épistémologie (tradition anglo-saxonne) ou
philosophie des sciences (tradition française, Comte et Cournot) n’exprime
pas sa nécessité lorsqu’on pense unanimement que la savoir qui est son
objet forme un ensemble ordonné, clair et cohérent des principes, des
méthodes et des résultats qui s’imposent à tout le monde comme autant de
certitudes. Autrement dit, d’où viendrait la nécessité de faire intervenir
l’épistémologie si on considère que tout dans la science est ordonné, clair et
cohérent ?
L’épistémologie en tant qu’étude critique des sciences trouve son origine
dans la théorie de la connaissance de Kant et de Descartes. En consultant
les divers documents afférents à l’activité scientifique, on découvre que ces
documents de référence (manuels, revues, etc.) ne présentent jamais un seul
et unique visage de la science. Ce qui motive les « choix des critères
privilégiés pour la présentation », les « tâtonnements dans la recherche », les
« ratures », les « influences proches ou lointaines », les « obstacles surmontés
» ne figurent jamais dans les résultats validés par la communauté
scientifique. Et puis, on se rend compte qu’à partir des différents paradigmes
mis en œuvre, il n’existe pas de théorie scientifique définitivement établies.
Ce même constat s’applique aux méthodes d’investigation et aux résultats.
On peut donc raisonnablement s’interroger sur la pertinence des principes,
de la méthodologie et des conclusions, en les considérant du point de vue de
leur évolution en vue d’en déterminer la valeur, l’origine, leur portée
scientifique ou philosophique, etc.) ce qui constitue les trois niveaux de
l’épistémologie normative. Mais il existe une autre dimension de
l’épistémologie, notamment, lorsqu’elle s’interroge sur la manière dont sont
constituées les théories scientifiques, les relations entre les théories, le rôle
du contexte social ou idéologique dans le développement de l’esprit
scientifique, l’impact de la science sur société, c’est- à-dire un ensemble de
questions qui intègrent des considérations logique, historique, culturelle,
idéologique, sociologique, nous voici ainsi installés dans les espaces réservés
à l’épistémologie constitutive, de l’épistémologie historique (Bachelard,
Canguilhem, etc..)
2.1.1) Intérêt de l’épistémologie
Plusieurs éléments contribuent à fonder l’intérêt de l’épistémologie.
2.1.2) Quelques écoles ou courants épistémologiques
L’épistémologie est constituée d’écoles ou de courants de pensées
philosophiques à l’origine desquels se dégagent trois grands systèmes
apparaissant comme des édifices comportant des pièces multiples :
- Le rationalisme symbolisé par l’araignée
- L’empirisme symbolisé par le scarabée
- Le criticisme symbolisé par l’abeille
[Link] centres d’intérêt ou axes d’étude épistémologique
- En 2 parties : Sciences et sciences humaines
- En 3 parties : sciences physiques, sciences du vivant et Sciences humaines
- En 4 parties : sciences formelles, sciences physico-chimiques, sciences du
vivant, sciences humaines
2.1.4 Epistémologie régionale
On parle d’épistémologie régionale quand le centre d’intérêt est constitué par
une ou deux sciences spéciales (logique, mathématique, physique, médecine,
biologie, linguistique, histoire, économie, sciences cognitives, la psychologie)
porteuses de problématiques régionales dans la mesure où chaque science
spéciale fait l’objet d’une étude spécifique.
2.1.5) Quelques thèmes de l’épistémologie des sciences
L’explication, la vérification, la méthodologie, la causalité, la
falsification, la découverte, l’invention, la vérité, la rationalité, la
logique des sciences, les révolutions scientifiques, la continuité, la
discontinuité, évolution, etc.
Les représentations du monde, théories scientifiques, les lois
scientifiques, les faits scientifiques, les principes scientifiques, les
paradigmes, les obstacles épistémologiques, l’interrelation des
théories, la cosmologie, l’ontologie, etc.
Philosophie analytique, les logiques, les sciences cognitives et la
philosophie, la communication, les sciences de l’esprit, l’intelligence
artificielle, etc.
Rapport sciences et non sciences, l’évolutionnisme, créationnisme,
psychologisme, sciences humaines, la démarcation, la consistance
rationnelle, la science et l’éthique, la science et l’idéologie, impact de
la science sur la société, la culture et la science, etc.
3. L’EPISTEMOLOGIE DES SCIENCES FORMELLES
Les sciences formelles constituent un espace immense dans l’ensemble des
connaissances scientifiques. Il s’agit, entre autres, de la logique, de la
mathématique, de la syntactique considérées comme des « sciences-mères »
et qui ont la caractéristique fondamentale de transférer à toute pratique qui
s’affiche comme science leur structure, leur intelligibilité, leur langage, leur
mode de pensée. Elles existent d’abord comme domaines de savoir et comme
méthode ou instrument de consolidation, de validation et de consistance
rationnelle. A ces divers titres, l’épistémologie est tenue d’en tenir compte
dans l’examen externe et interne des champs de connaissance. Etudier les
sciences formelles consiste donc, avant d’en pénétrer les moindres nuances,
de les situer dans le cadre des classifications des sciences que retient
l’histoire des sciences. Cette dimension transparaît dans les considérations
générales. Après avoir indiqué les compartiments des sciences formelles,
notamment, des mathématiques, nous nous conterons à identifier les
principaux systèmes philosophiques qui structurent l’arrière-plan du champ
des mathématiques. Car, l’histoire des sciences mathématiques fait
intervenir de nombreux philosophes et leur vision des mathématiques
(Platon, Aristote, Descartes, Leibniz, Kant, Comte, etc.). Autrement dit, il
s’agit non pas de faire des mathématiques, mais plutôt de parler autrement
des mathématiques, dire en quelques mots, comment la philosophie opère en
mathématique et dans le sens inverse aussi. A travers ce cours, il s’agit
d’indiquer aux étudiants des repères historiques, conceptuels, théoriques à
partir desquels il est possible de mieux s’orienter, par exemple, dans l’étude
de l’histoire et de la philosophie des sciences. Ici, nous privilégions
l’expression « Logique et Epistémologie ». En effet, « pour m’orienter dans
l’obscurité en une pièce que je connais, écrit Kant, il me suffit d’être en
mesure de saisir un seul objet dont j’ai la place en mémoire » (cf Kant,
Qu’est-ce que s’orienter dans la pensée ?). Pour mieux s’orienter en logique
et en épistémologie, il faut être en mesure de s’appuyer sur un objet, un
repère, une clef.
[Link] thèmes d’orientation
Les repères ou les principaux axes d’étude de la philosophie des
mathématiques sont multiples. On peut s’atteler, par exemple, à discuter des
thèmes ci-après :
- le sens et les caractéristiques de l’épistémologie générale dans le cadre des
sciences formelles
- logique et fondements des mathématiques
- pythagorisme ou l’immanentisme (« Tout est nombre »)
- réalisme des idées (Platon pour qui la géométrie élève l’âme)
- rapports « cloturants » ou réductionnistes » des mathématiques par la
philosophie
- les grandes régionalités de l’épistémologie et leurs subtilités qui se
dégagent à travers les classifications des sciences
- ce qu’est une science et son parcours de sens ainsi que ses approches
méthodologiques (historique, heuristique, axiomatique, etc.)
- les courants philosophiques qui structurent l’arrière-plan des sciences
(réalisme, phénoménalisme, conventionnalisme, probabilisme, positivisme,
etc.)
- la bibliographie utile et l’exploitation des œuvres significatives en rapport
avec le sujet choisi est d’une impérieuse nécessité. - etc.
3.2. Les sciences formelles : une régionaliste épistémique
C’est depuis la fin du 18e siècle qu’une « idéologie formaliste » de la rigueur
(qui engagera longtemps nombre de mathématiciens et de physiciens et de
philosophes sur le chemin de la méthode de l’analyse logique) prônée par les
positivistes logiques que la logique et les mathématiques sont désignées sous
l’expression de « sciences formelles ». Cet ensemble des sciences constitue
une « régionalité épistémique » à côté des autres régionalités épistémiques
que sont, entre autres, les « sciences de la nature », les sciences de la vie »,
les « sciences de l’homme et de la société », etc.
3.3. Quelques sujets et textes des philosophies des mathématiques
La thématique des mathématiques offre à la philosophie un vaste champ de
réflexion concernant le fondement, le mode de pensée discursive (le type de
raisonnement, de démonstration), les approches méthodologiques, la place
de l’intuition, du formalisme et l’importance des composantes structurelles
(principes, axiomes, postulats, définitions, théorèmes), la place de l’histoire,
etc. La philosophie est devenue et reste en quelque sorte un « interprète
critique» du champ théorique des mathématiques dont elle fait éclater les
multiples enjeux au grand jour. « Nul n’entre ici s’il n’est géomètre » lit-on
sur le fronton de l’Académie. Pour être philosophe, il faut être alimenté à la
sève nourricière des mathématiques. Intérêt, difficultés, clarifications sont
des constructions de significations. On retient néanmoins, en guise
d’illustration, quelques aspects non exhaustifs de la perception que les
philosophes ont des mathématiques en termes d’arrière-plan, d’instrument,
de langage, de mode de penser, de modèle d’intelligibilité : Les
mathématiques sont des sciences déductives ; la certitude a priori des
principes mathématiques fait appel aux notions de consistance d’un système
axiomatique établi par convention. Les problèmes philosophiques qui en
surgissent ont trait aux limitations internes des formalismes qui indiquent
aussi des limitations de ce qu’est la « Raison mathématique » elle-même. En
témoigne, par exemple, la théorie des ensembles et les apories ou paradoxes
auxquels il a fallu faire face (Bertrand Russell).
3 .3.1. Réponses philosophiques dans le cadre des sciences
mathématiques
La science, en général, est-elle exempte de toute intrusion philosophique ?
Le principe de la démarcation est-elle toujours de mise ? En effet, quand les
savants ou les philosophes contemporains font de l’épistémologie, c’est-à-
dire quand ils cherchent à définir leur conception générale de la nature et les
principes qui guident la démarche théorique ou expérimentale de la science
actuelle, on constate qu’ils se divisent en plusieurs groupes fondés sur des
visions philosophiques radicalement différentes.
4. Sciences formelles et philosophie ou les postures philosophiques
dans les mathématiques
Le besoin de la métaphysique lié soit à la méthodologie, soit à la
détermination de l’entité scientifique ne s’exprime pas seulement dans le
cadre de la philosophie des sciences de la nature. L’existence des systèmes
philosophiques dans le domaine des sciences formelles (mathématiques,
logique) en est une illustration édifiante. Sans rentrer dans les détails, nous
en rappelons cependant les systèmes philosophiques dominants que sont le
logicisme (Bertrand Russel, Whithead, etc.), le formalisme (boubaki),
l’intuitionnisme (Brouwer), le constructivisme (Kant) et le réalisme (Platon,
Cournot, etc.). Dans le cadre des sciences de la nature, on distingue deux
grands groupes (empirisme et rationalisme) qui comportent des ramifications
ou nuances internes. En ce qui concerne les courants de philosophie
dominants dans le cadre des sciences formelles, notamment, en
mathématiques, nous pouvons répertorier quatre systèmes engendrés par les
différentes propositions de solution apportées aux paradoxes qui ont surgi
dans la quête du fondement des mathématiques. Ces difficultés sont souvent
évoquées sous l’expression de crises de fondement des mathématiques. Le
logicisme, le formalisme, l’intuitionnisme et le réalisme de type platonicien
en sont les illustrations.
4.1) Logicisme
Ouvrage fondateur écrit par RUSSEL et WHITEHEAD: Principia
mathematica
Voir M. Kline, « Les fondements des mathématiques », in La
Recherche N°54 ; texte N°137, pp 303-304
Ecole fondée par Bertrand Russel et Alfred Whitehead. Le logicisme s’est
donné pour objectif de résoudre les paradoxes qui existaient dans la théorie
ensembliste afin de rebâtir la logique. Mais l’objectif poursuivi était aussi de
fonder les mathématiques sur la logique. Cette volonté des logicistes rejoint
celle de la fonder l’analyse sur l’arithmétique.
4.2) Intuitionnisme
Voir M. Kline, « Les fondements des mathématiques », in La Recherche
N°54 ; texte N°137, pp 303-304
Voir Robert Blanché, L’Epistémologie, Paris, PUF, 1972, pp. 93-95 ;
Texte 138bis, pp. 309-310
Pour les mathématiciens intuitionnistes dont le chef de file est Brouwer,
l’esprit humain a une intuition fondamentale, antérieure à toute
construction mathématique ou logique, celle qui fait passer de n à n+1. C’est
grâce à cette intuition que l’esprit humain conçoit la notion de nombre entier
; et c’est à partir d’elle que doivent être construits tous les êtres
mathématiques.
Les intuitionnistes ont une notion de l’infini qui est différente de celle de
Cantor qui, dans sa théorie des ensembles, considère l’infini « actuel et
achevé ». C’est aussi sur la base de l’emploi en mathématique et en logique
de la notion de l’infini que les intuitionnistes rejettent la logique classique et,
en particulier, le principe du tiers exclu.
4.3 Formalisme
Voir Jean Dieudonné, Les méthodes modernes et les fondements des
mathématiques, in Les grands courants de la pensée mathématique,
A.
Blanchard, Paris, 1962, pp 550-533. Texte N° 139, pp. 310-313
L’école formaliste est la dernière tentative de fondement rigoureux des
mathématiques qui s’appuie essentiellement sur la méthode axiomatique. Ce
sont les intuitionnistes qui ont montré les difficultés à concevoir des notions
qu’on ne saurait construire sur des ensembles infinis. Pour échapper à ces
difficultés, ils décident de vider les propositions mathématiques comme les
objets mathématiques, de tout contenu. Pour les formalistes, c’est la forme
de la proposition qui importe, non son contenu. Ainsi conçues, les
mathématiques ne consistent qu’en un bon maniement d’un certain nombre
de symbole. Nicolas Bourbaki (c’est le nom d’un groupe de mathématiciens)
est la figure historique de ce courant de philosophie mathématique.
4.5 Réalisme
Voir René Thom, « Les mathématiques « modernes » une erreur pédagogique
et philosophique » ? in Pourquoi la mathématique ? Gallimard, 10/18, Paris,
1974,
pp. 63-67 ; Texte N°141, pp. 319-321
La conception formaliste adoptée par la plupart des mathématiciens connaît
des critiques internes qui concernent l’essence des objets mathématiques.
Pour les mathématiciens qui se réclament de Platon, il n’est pas question de
vider de tout contenu les objets. Pour eux, les nombres, par exemple, ne sont
pas de purs symboles, car ils existent dans la réalité. « Les êtres
mathématiques existent indépendamment de notre pensée en tant qu’Idées
platoniciennes. Est vraie une proposition P qui exprime une relation existant
effectivement entre Idées (…) ».
CONCLUSION
On pourra enfin répondre à la question capitale qui inaugure cette
discussion, et qui consolide les rapports entre philosophie et
mathématiques, en évoquant deux auteurs : René Descartes et André Revuz.
d’abord, avec Descartes, qui parle de la liberté, de la fécondité, de la facilité,
de la rigueur de l’esprit, de la nécessité de cohérence, de la simplicité et de la
beauté qu’inspirent « la longue chaines de raisons, toutes simples et faciles »
auxquels aucun philosophe ne resterait plus longtemps indifférent.
Secondement, nous laissons au mathématicien André Revuz de conclure sur
ce que représentent les mathématiques et qui force le regard critique du
philosophe: « La mathématique n’est pas une technique rébarbative,
utilisable seulement dans un domaine limité, c’est un des modes
fondamentaux de la pensée humaine et à ce titre, elle est un élément
indispensable de toute culture digne de ce nom. Il s’agit d’enseigner cette
manière de penser sans la mutiler, sans la réduire à son seul aspect
déductif, sans brimer l’imagination…. La simplicité des notions de base
mises en lumière par la mathématique nouvelle, la diversité des situations
concrètes dont il est possible de les dégager, leur lien étroit avec la logique
dont elles permettent une étude simple, précise et féconde, en font une
matière de choix pour toute la culture digne de ce nom» (André Revuz,
Mathématique moderne, mathématique vivante, Paris, OCDL, 1963, p.65)