Liberte Fond 4
Liberte Fond 4
tiques, n’ont pas fait l’objet d’une saisine du Conseil constitutionnel sont valides, sans
qu’il soit loisible au juge judiciaire ou administratif qui a à en faire l’application de les
déclarer contraires à la Constitution. Sans doute cette anomalie ne vaut-elle que pour
un nombre relativement limité de textes de forme législative. Il n’en reste pas moins
qu’elle introduit dans notre système juridique un élément de trouble, et qu’elle peut
priver les citoyens de la faculté de faire valoir la plénitude de leurs droits ».
3598
Par le passé, le législateur constitutionnel a pourtant œuvré dans le bon sens en
élargissant la saisine, très restrictive à l’origine, du Conseil constitutionnel à soixante
1802
députés ou soixante sénateurs, en 1974 pour les lois ordinaires, et en 1992 pour les
engagements internationaux. De manière objective, ces révisions ont permis une
6:17
ouverture remarquable de la saisine du Conseil constitutionnel à l’opposition parle-
0.18
mentaire qui s’est appuyée de plus en plus souvent sur la méconnaissance des libertés
fondamentales constitutionnelles. Mais le contrôle a priori de la constitutionnalité
4.23
des traités et des lois ordinaires n’en restait pas moins fermé, réservé à des autorités
politiques, et, surtout, facultatif.
0.15
Rappel : à l’origine, les traités et les lois ordinaires ne pouvaient être déférés au juge
6:16
constitutionnel que par le Président de la République, le Premier ministre, le Président
de l’une ou l’autre assemblée. Si les choses ont changé, il n’en reste pas moins qu’un
consensus politique peut assurer à une loi votée, notamment, d’échapper au contrôle 5445
de constitutionnalité avant sa promulgation.
:889
De son côté, le Conseil constitutionnel a aussi fait preuve d’une certaine audace,
en considérant qu’il était en mesure d’apprécier la constitutionnalité d’une loi déjà
2821
relative à la Nouvelle-Calédonie).
bidja
en cause « même par voie d’exception » (décis. n° 79-96 DC du 27 juill. 1978, dite
Radiodiffusion et télévision), de sorte que la principale entrave à l’efficacité de la pro-
sitair
tection constitutionnelle des libertés fondamentales était l’hypothèse d’une loi votée
et promulguée n’ayant pas été soumise au contrôle de constitutionnalité et pouvant
niver
tutionnalité, mais privilégiant la stabilité des relations juridiques, celle-ci s’est révélée
insuffisante. Le système français de justice constitutionnelle était donc perfectible, et
larvo
3598
lité devant le Conseil constitutionnel d’une question soulevée devant un juge ordinaire.
Ce faisant, le chef de l’État avait surtout l’intention de revaloriser la Constitution
1802
française par rapport aux conventions internationales dans la protection des libertés
fondamentales, car le juge ordinaire s’interdisait de connaître de la constitutionnalité
6:17
d’une loi après sa promulgation, alors même qu’il procédait en substance à un tel exa-
men au titre du contrôle de sa conventionnalité. Eu égard à la forte équivalence des
0.18
garanties en la matière, la situation n’était donc pas défavorable aux particuliers, mais
elle l’était à la Constitution dans l’ordre juridique national, car les justiciables étaient
4.23
portés à attacher plus de prix à la norme conventionnelle supranationale.
0.15
6:16
Section 2 – L
e contrôle de constitutionnalité a posteriori
5445
§ 1 – La création d’un contrôle incident
:889
Dans le sillage des projets initiés mais avortés en 1990 et 1993 de révision de la
Constitution sous la présidence de François Mitterrand, le « Comité Balladur » a
1058
la suite procédé à l’insertion d’un article 61-1 nouveau dans le texte de la Constitution
de 1958 et permis au législateur constitutionnel de faire le choix en faveur d’un méca-
e d’A
Ensuite, cette nouvelle procédure a été organisée dans ses modalités pratiques
tut U
sur la procédure suivie devant le Conseil constitutionnel, par deux décrets n° 2010-148
et n° 2010-149 du 16 février 2010, et pour finir par deux circulaires du 24 février 2010
x.com
3598
serait prioritaire sur celui de sa non-compatibilité aux engagements internationaux de
la France, afin de conforter et traduire d’un point de vue procédural la suprématie de la
Constitution française dans l’ordre juridique national. C’est pourquoi, la question préju-
1802
dicielle de constitutionnalité a été baptisée « question prioritaire de constitutionnalité ».
6:17
§ 2 – Une garantie juridictionnelle supplémentaire
0.18
des libertés fondamentales
4.23
En France, seule une violation alléguée des droits et libertés que la Constitution garan-
0.15
tit peut constituer un moyen susceptible d’être invoqué par un particulier à l’encontre
d’une disposition législative en vigueur. Clairement, cette nouvelle procédure s’impose
6:16
donc comme une garantie juridictionnelle supplémentaire et spécifique de protection
des libertés fondamentales constitutionnelles. 5445
• Au titre des avantages, cette nouvelle voie de recours satisfait aussi à l’exigence
:889
mesure de rendre des décisions revêtues d’une autorité absolue de chose jugée qui
participent à la « purification » de l’ordre juridique national, par la possible élimination
1058
constitutionnalité des lois promulguées les juridictions ordinaires, et surtout les Cours
bidja
donc des valeurs républicaines, mais encore, concourt à la diffusion plus large d’une
véritable culture de la Constitution.
niver
pénale relatifs à la garde à vue, au motif qu’ils ne garantissaient pas le respect des
droits de la défense en ne permettant pas à une personne interrogée, alors qu’elle était
:Insti
3598
• Ensuite, ce nouveau mécanisme introduit un élément de complexification en ne
permettant pas au juge du fond de saisir lui-même le Conseil constitutionnel. En effet,
1802
par le possible double filtrage qu’elle favorise, en faisant de la juridiction suprême
d’un ordre juridictionnel un point de passage obligé, cette procédure laisse place à un
6:17
risque d’allongement de la durée de la procédure d’ensemble, et à celui de possibles
rétentions de questions soulevées (pour un exemple récent, cf. par ex. : CE, ord., 12
0.18
janv. 2023, n° 469669).
• Enfin, l’agencement de cette procédure traduit une méfiance incompréhensible
4.23
envers le juge du fond qui est pourtant un acteur majeur pour le succès d’une telle
0.15
réforme, puisqu’il lui incombe toujours d’apprécier la recevabilité d’une question de
constitutionnalité soulevée devant lui. En France, cela revient à vérifier que la dispo-
6:16
sition législative contestée est applicable au litige ou à la procédure, ou constitue le
fondement des poursuites, qu’elle n’a pas déjà été déclarée conforme à la Constitution 5445
dans les motifs et les dispositifs d’une décision du Conseil constitutionnel, sauf change-
ment des circonstances, et que la question n’est pas dépourvue de caractère sérieux.
:889
et promulguée un moyen d’ordre public que le juge ordinaire pourrait ainsi soulever
d’office lorsque l’occasion se présenterait.
tut U
Dans l’ordre juridique national, c’est donc d’abord à l’audace du Conseil constitu-
:Insti
tionnel que l’on doit la « révélation » de la valeur supralégislative des libertés fonda-
mentales contenues dans le bloc de constitutionnalité. S’agissant de leur protection,
x.com
le respect des règles constitutionnelles relatives aux libertés par la voie du contrôle a
priori est aujourd’hui utilement complété par un possible contrôle a posteriori de la
larvo
Cependant, on ne doit pas perdre de vue que ce processus a parfois été déclen-
ché sous la pression d’instances internationales et européennes. En outre, la garantie
supranationale des libertés fondamentales assurée par des juridictions comme la Cour
européenne des droits de l’homme et, dans une moindre mesure, la Cour de justice
de l’Union, permet d’élargir encore le champ couvert par la protection des libertés
fondamentales.
3598
1802
6:17
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:889
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n:21
bidja
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x.com
larvo
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Titre 2
La garantie supranationale
des libertés fondamentales
Ce n’est qu’au sortir de la Seconde Guerre mondiale que cette recherche d’une
3598
garantie supranationale des libertés fondamentales s’enclencha réellement car,
conscients du désastre provoqué par le modèle classique de l’État-Nation et de
1802
la faillite de certains systèmes nationaux de garantie des libertés, les États ont
estimé qu’il fallait à présent non seulement élever le degré de protection des
6:17
libertés fondamentales au plan national, mais aussi externaliser cette garantie
afin de la placer à l’abri des soubresauts de l’Histoire. L’internationalisation per-
0.18
mettant d’assurer, en tant que de besoin, une protection supplétive des libertés
fondamentales.
4.23
À ce titre, la Charte des Nations unies signée à San Francisco le 26 juin 1945
0.15
s’impose assurément comme une étape décisive de l’émergence d’une garantie
internationale des libertés qu’il ne restait plus qu’à approfondir, puisqu’avec elle
6:16
fut acquise l’idée que la paix dans le monde était liée au sort des hommes dans
l’État démocratique. Partant de ce postulat, la Commission des droits de l’homme 5445
dont la Charte des Nations unies prévoyait la création a préparé et fait adopter
par l’Assemblée générale des Nations unies le 10 décembre 1948 une Déclaration
:889
Aussi, est-ce par la voie d’une régionalisation de la protection des libertés fonda-
mentales, en particulier dans le cadre du Conseil de l’Europe, que seront effica-
sitair
L’essentiel
3598
Comme l’avait indiqué René Cassin, la consécration des droits et libertés dans
l’ordre juridique international supposait une codification conventionnelle du
1802
contenu de la Déclaration universelle des droits de l’homme du 10 décembre 1948.
6:17
Section 1 – L
a reconnaissance des libertés dans le cadre
0.18
des Nations unies
4.23
La Commission des droits de l’homme a entrepris cette codification en élaborant deux
0.15
pactes qui, adoptés par l’Assemblée générale des Nations unies le 16 décembre 1966,
6:16
forment depuis avec la Déclaration universelle de 1948 le socle de la garantie interna-
tionale des libertés. De manière probablement abusive, on qualifie la réunion de ces
textes de « Charte internationale des droits de l’homme ».
5445
:889
I – Présentation générale
1058
Conclu à New York le 16 décembre 1966, le Pacte international relatif aux droits civils
et politiques est entré en vigueur le 23 mars 1976.
n:21
unies, la République française n’a adhéré à ce traité que le 4 novembre 1980, et il n’est
entré en vigueur dans l’ordre juridique national que le 4 février 1981.
e d’A
II – Économie générale
sitair
Ces droits sont ceux auxquels aucune dérogation n’est permise (art. 4, § 2) et qui
bénéficient donc d’une garantie publique absolue en ce qu’ils sont relatifs à l’intégrité
larvo
physique et morale de la personne. Il s’agit ici du droit à la vie (art. 6), du droit de ne
pas être soumis à la torture ni à des peines ou traitements cruels, inhumains ou dégra-
o
l.sch
Chapitre 1 – La garantie des libertés fondamentales dans le cadre des Nations unies • 77
dants (art. 7), du droit de ne pas être tenu en esclavage ni en servitude (art. 8, § 1 et
2), auquel est assimilé le droit de ne pas être astreint à accomplir un travail forcé ou
obligatoire, du droit de ne pas être emprisonné pour dette (art. 11), du droit à la non-
rétroactivité de la loi pénale (art. 15), du droit à la reconnaissance de la personnalité
juridique (art. 16), ou bien encore du droit à la liberté de pensée, de conscience et de
religion (art. 18).
3598
– les droits qui peuvent faire l’objet de dérogations à des fins de protection de la
vie de la nation (art. 4, § 1). Ex. le droit à l’instruction.
1802
– les droits pouvant faire l’objet de dérogations et de restrictions à des fins de
protection de l’ordre public. Ex. le droit de libre circulation sur le territoire.
6:17
Dans ce dernier cas, les restrictions sont prises sur le fondement d’une clause
0.18
d’ordre public, générale ou spécifique, autorisant une ingérence des autorités de l’État
partie dans l’exercice d’un droit consacré, si celle-là est prévue par la « loi » au sens
4.23
large, qu’elle vise un « but légitime », et qu’elle est « nécessaire » à la protection de
l’ordre public. L’article 12, § 3, illustre parfaitement cela.
0.15
B – La dimension institutionnelle
6:16
D’autre part, elle organise, de manière concrète (art. 28 à 45), des institutions et des
procédures propres à protéger efficacement les libertés qu’elle reconnaît. 5445
Globalement, ce traité international ne consacre donc que des « droits-libertés »,
:889
car les « droits-créances » ont été codifiés dans un autre instrument juridique.
2821
I – Présentation générale
Conclu aussi à New York le 16 décembre 1966, le Pacte international relatif aux droits
bidja
Précision : comme pour le Pacte international sur les droits civils et politiques, la
République française n’a adhéré à ce traité que le 4 novembre 1980, et il n’est entré
sitair
II – Économie générale
niver
D’une part, elle consacre des libertés de la « deuxième génération » que les États par-
ties entendent rendre effectives dans leur système juridique national.
x.com
Dans l’ensemble, ces libertés peuvent être classées en deux grandes catégories.
larvo
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78 • Titre 2 – La garantie supranationale des libertés fondamentales
3598
société démocratique, dans l’intérêt de la sécurité nationale ou de l’ordre public, ou
pour protéger les droits et les libertés d’autrui ».
1802
2. Les droits de cohésion sociale
6:17
Il s’agit de « droits sociaux » qui n’ont pas de lien avec un statut professionnel. On
trouve dans cette catégorie, notamment, le droit à la protection de la santé (art. 11),
0.18
le droit à l’assistance sociale et médicale (art. 13), le droit au bénéfice d’un certain
nombre de services sociaux (art. 14), le droit à la protection contre la pauvreté et l’ex-
4.23
clusion sociale (art. 30), le droit au logement (art. 31), mais encore des droits visant en
particulier certaines catégories d’individus comme, par exemple, le droit des personnes
0.15
âgées à une protection sociale (art. 23).
6:16
B – Une dimension institutionnelle
D’autre part, elle organise concrètement (art. 16 à 25), elle aussi, des institutions et des 5445
procédures propres à protéger efficacement les libertés qu’elle reconnaît.
:889
Alors que la Déclaration universelle de 1948 consacre un schéma unitaire des liber-
tés, les pactes internationaux de 1966 ont remis en cause cette singularité en recréant
2821
dotée d’une valeur juridique contraignante pour les États qui l’ont ratifiée.
La « Charte internationale des droits de l’homme » n’est pas la seule œuvre à avoir
n:21
Précision : sans entrer dans le détail des particularismes de chacun d’eux, on peut ici
faire mention, par exemple, de la Convention du 9 décembre 1948 pour la prévention
et la répression du crime de génocide, de la Convention du 20 novembre 1989 venant
sitair
compléter la Déclaration du 20 novembre 1959 sur les droits de l’enfant, mais aussi de
niver
Section 2 – L
a protection des libertés dans le cadre
des Nations unies
Dans l’ordre juridique international, les techniques de contrôle de l’application des
libertés fondamentales sont hétéroclites et presque toujours, à l’origine tout au moins,
de type non juridictionnel. Par conséquent, il n’est pas utile de s’essayer au recense-
ment de l’éventail typologique des particularismes existants en la matière.
Remarque : catégorielles, certaines conventions ont cependant été d’un grand
3598
apport, car la mise en évidence de leurs insuffisances a pu engendrer une réponse
générale favorablement accueillie sous d’autres auspices. Par exemple, la Convention
1802
portant création du statut de la Cour pénale internationale, adoptée à Rome le 17 juil-
let 1998, s’inscrit dans la voie ouverte par les tribunaux d’exception ou spéciaux ayant
6:17
été institués pour des crimes de guerre considérés comme des crimes contre l’huma-
nité (ex. Nuremberg et Tokyo) ou de génocide (ex. ex-Yougoslavie et Rwanda).
0.18
En revanche, les deux pactes internationaux de 1966 méritent sûrement une ana-
4.23
lyse spécifique, pour la bonne et simple raison qu’en y souscrivant, les États parties
se sont engagés à rendre effective et efficace dans leur système juridique national la
0.15
garantie juridique des libertés désormais reconnues au niveau international.
6:16
§ 1 – Le Comité des droits de l’homme
5445
Traité de portée générale, le Pacte international relatif aux droits « classiques » ins-
taure – au départ – un contrôle subsidiaire de type non juridictionnel qui s’organise à
:889
partir d’un organe autonome composé d’experts indépendants – le Comité des droits
2821
de l’homme –, et qui s’exerce sur rapports ou sur plaintes pour favoriser l’application
des obligations souscrites par les États parties.
1058
Ce contrôle est de type administratif et prévoit que les États parties « s’engagent à
présenter des rapports sur les mesures qu’ils auront arrêtées et qui donnent effet aux
bidja
droits reconnus dans le présent Pacte et sur les progrès réalisés dans la jouissance de
ces droits » (art. 40).
e d’A
pour mettre en œuvre, dans leur ordre juridique interne, les stipulations convention-
niver
nelles consacrant des droits et libertés. Dans ce type de surveillance, on distingue : les
contrôles administratifs, confiés à un organe indépendant, et les contrôles politiques,
tut U
Nations unies qui les transmet au Comité des droits de l’homme pour examen.
Ce dernier adresse alors aux États parties ses propres rapports, ainsi que toutes les
x.com
ser aux États parties des « observations » ou des « constatations » dotées d’une véri-
table portée juridique contraignante.
Néanmoins, une tendance générale semble se dégager depuis quelque temps.
Aujourd’hui, le Comité des droits de l’homme s’emploie en effet à rendre des
« observations générales » plus incitatives et cherche à attirer autant que possible
l’attention de l’opinion publique internationale sur les violations étatiques de certaines
libertés fondamentales conventionnelles, afin de renforcer le poids de la sollicitation
et faire de ses observations des actes quasi-juridictionnels.
3598
II – Le contrôle sur plaintes
1802
Ce contrôle est exercé par le Comité des droits de l’homme qui peut avoir à connaître
de certaines « communications » étatiques ou individuelles d’atteintes alléguées aux
6:17
libertés conventionnellement consacrées par un État partie.
0.18
A – Les communications étatiques
4.23
Aux termes de l’article 41 a, « Si un État partie au présent Pacte estime qu’un autre
État également partie à ce pacte n’en applique pas les dispositions, il peut appeler,
0.15
par communication écrite, l’attention de cet État sur la question ».
En cas de silence de ce dernier dans un délai de six mois, les protagonistes ont alors
6:16
le droit de soumettre la question au Comité des droits de l’homme pour mettre « ses
bons offices à la disposition des États parties intéressés » (art. 41, e). 5445
En pratique, ce contrôle est assez décevant. Facultatif et subsidiaire (art. 41, c), il
:889
est inactif sur ce versant. L’article 41 e symbolise d’ailleurs bien la très faible ambition
de ce contrôle en notant que le rôle du Comité des droits de l’homme se cantonne à
2821
la recherche d’une « solution amiable de la question fondée sur le respect des droits
de l’homme et des libertés fondamentales », tels que le Pacte les reconnaît. Fondé
1058
sur la recherche d’une conciliation opérée par le Comité, ou d’une commission ad hoc
(art. 42), qui ne peut adresser de recommandations aux États, ce contrôle n’est en
n:21
Prévu par le Protocole facultatif se rapportant au Pacte international relatif aux droits
civils et politiques, entré en vigueur le 23 mars 1976, l’objectif principal de ce contrôle
sitair
Aux termes de son article premier, ce Protocole pose d’ailleurs en ce sens que « Tout
État partie au Pacte qui devient partie au présent Protocole reconnaît que le Comité
tut U
Dans ces conditions, un particulier qui prétend être victime d’une telle violation
peut alors présenter une communication écrite au Comité des droits l’homme qui
larvo
En pratique, ce contrôle est assez décevant. Facultatif et subsidiaire (art. 2), il est
étriqué sur ce versant. D’ailleurs, l’article 52, § 4, du Protocole reflète bien sa faible
portée en posant que « Le Comité fait part de ses constatations à l’État partie inté-
ressé et au particulier », ce à quoi il faut ajouter que ces constatations sont en principe
dépourvues de caractère contraignant.
Cependant, ce constat peut être révisé en partie depuis que le Comité a jugé que
« l’État partie est tenu de prendre des mesures appropriées pour donner un effet
juridique aux constatations (…) concernant l’interprétation et l’application du Pacte »
3598
(CDH, décis. n° 504 du 19 juill. 1994, Denzil Roberts c/ Barbade).
De plus, le Comité des droits de l’homme s’emploie à présent au dépassement du
1802
caractère déclaratoire de ses « constatations » individuelles afin de rendre sa compé-
tence de plus en plus décisionnelle, et faire de ses avis des constatations décisoires
6:17
motivées dont il entend surveiller l’exécution par les États défaillants.
Note : comme l’a souligné Frédéric Sudre, « le Comité a indubitablement fixé à
0.18
l’exercice de sa mission un cadre judiciaire », de sorte qu’ « il n’est pas excessif, à
défaut de « chose jugée », d’évoquer « la chose constatée », d’autant que la consta-
4.23
tation opérée par le Comité est définitive et s’oppose à ce que la même affaire soit
réexaminée par un autre organe international de contrôle ».
0.15
Assez décevant, ce contrôle du Comité des droits de l’homme reste pourtant le plus
6:16
poussé en matière de garantie publique des libertés fondamentales conventionnelles
dans le cadre international. Avec lui, a été scellée l’idée qu’un individu est, en cas de
défaillance avérée du système juridique national, et après épuisement des voies de
5445
recours internes offertes, susceptible de se voir reconnaître, de manière optionnelle,
:889
Pour sa part, le Pacte international relatif aux droits économiques, sociaux et cultu-
rels de 1966, prévoit un contrôle de type administratif assuré par des experts indé-
n:21
pendants. Son article 16, § 1, stipule que les États parties « s’engagent à présenter,
conformément aux dispositions de la présente partie du Pacte, des rapports sur les
bidja
mesures qu’ils auront adoptées et sur les progrès accomplis en vue d’assurer le respect
e d’A
des droits reconnus dans le Pacte ». Le § 2 a du même article ajoute que « Tous les
rapports sont adressés au Secrétaire général de l’Organisation des Nations Unies, qui
sitair
dans le présent Pacte » (art. 21), ou bien encore transmettre à d’autres organes de
l’Organisation des Nations unies les rapports étatiques qui ont été examinés pour leur
permettre de proposer des mesures propres à contribuer à la mise en œuvre effective
et progressive du Pacte (art. 22).
Dans l’ordre juridique international, les textes qui consacrent des libertés sont épars,
tout comme sont diversifiés les mécanismes de protection souvent fondés sur une pro-
cédure non juridictionnelle. Pour l’essentiel, cette garantie des libertés est subsidiaire
3598
et dotée d’une faible autorité en subordonnant tout droit de recours d’un individu à
l’acceptation préalable d’un protocole facultatif par l’État partie.
1802
Hormis une garantie qui s’articule à présent autour de l’activité du Comité des droits
de l’homme et du Conseil des droits de l’homme – qui succède à la Commission des
6:17
droits de l’homme de l’Organisation des Nations unies depuis le 15 mars 2006 –, une
conclusion s’impose : l’externalisation de la garantie des libertés fondamentales dans
0.18
l’ordre juridique international est décevante.
Pour conforter cette impression, il suffit d’ailleurs de l’illustrer par un constat.
4.23
Substantiellement, le Pacte international relatif aux droits civils et politiques recèle
plus de potentialités que le catalogue européen de reconnaissance des libertés, ce qui
0.15
devrait lui promettre un succès plus prononcé. Pourtant, tel n’est pas le cas. En effet,
6:16
le caractère alternatif du mécanisme de droit de recours individuel prévu par ces deux
instruments (l’exception de recours parallèle est prévue à l’article 5, § 2, du Pacte de
1966, et à l’article 35, § 2 b, de la Convention de 1950) en vient à faire tomber en
5445
quasi-désuétude celui du Pacte qui se révèle être nettement moins attractif pour les
:889
L’essentiel
3598
Créé le 5 mai 1949 par le Traité de Londres, le Conseil de l’Europe est une orga-
nisation internationale associant politiquement des États démocratiques d’Europe
1802
occidentale au moyen d’une coopération régionale dans le domaine de la garantie
des libertés.
6:17
Œuvrant au maintien de la paix, le but de cette association, qui regroupe à pré-
sent 47 États, « est de réaliser une union plus étroite entre ses membres afin de
0.18
sauvegarder et de promouvoir les idéaux et les principes qui sont leur patrimoine
4.23
commun et de favoriser leur progrès économique et social », et ce, en veillant à
« la sauvegarde et [au] développement des droits de l’homme et des libertés fon-
0.15
damentales » (art. 1er).
Pour protéger les valeurs et les principes qui ont été bafoués au cours de la
6:16
Seconde Guerre mondiale, le Conseil de l’Europe jouit de moyens juridiques lui
permettant, notamment, d’élaborer des déclarations de principes en forme solen- 5445
nelle, mais aussi, et surtout, des conventions de portée juridique obligatoire. Ses
divers travaux ont permis l’adoption de nombreux textes de portée spécifique
:889
de l’homme, ainsi que celui d’un autre sur les droits sociaux dont l’influence est
encore en devenir.
1058
n:21
Section 1 – L
a reconnaissance des libertés dans le cadre
bidja
du Conseil de l’Europe
e d’A
I – Présentation générale
niver
L’un des objectifs du Conseil de l’Europe consiste à mettre en œuvre au niveau régio-
nal européen les principes à visée universelle contenus dans la Déclaration de 1948
tut U
en créant un système de garantie publique des libertés fondamentales. Tel est exacte-
:Insti
plan, au regard de la guerre en Ukraine, on soulignera que la Russie, qui avait rejoint
o
l.sch
84 • Titre 2 – La garantie supranationale des libertés fondamentales
3598
lesquelles elle fonde des obligations de caractère objectif (CEDH 18 janv. 1978, Irlande
c/ Royaume-Uni), et entend instaurer un lien irréductible entre l’idée d’un « régime
1802
politique démocratique » et celle d’une « conception commune et [d’] un commun
respect des droits de l’homme », pour fonder un « ordre public européen » (CEDH
6:17
23 mars 1995, Loizidou c/ Turquie).
0.18
II – Économie générale
4.23
Modifiée et complétée à diverses reprises par des Protocoles additionnels, cette
convention internationale revêt, elle aussi, une double dimension.
0.15
A – Une dimension normative
6:16
D’un côté, elle présente des similarités substantielles avec le Pacte international relatif
aux droits civils et politiques en consacrant tout comme lui des libertés de la « pre- 5445
mière génération » que les États parties ont vocation à rendre effectives dans leur
:889
Ces droits sont ceux pour lesquels aucune dérogation n’est permise (art. 15, § 2) et
qui bénéficient donc d’une garantie publique absolue en ce qu’ils sont relatifs à l’inté-
n:21
grité physique et morale de la personne. Il s’agit ici du droit à la vie (art. 2), du droit de
ne pas être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants
bidja
(art. 3), du droit de ne pas être tenu en esclavage ni en servitude (art. 4, § 1), auquel
est assimilé le droit de ne pas être astreint à accomplir un travail forcé ou obligatoire,
e d’A
du droit à la non-rétroactivité de la loi pénale (art. 7), et de la règle non bis in idem
(art. 4, Protocole n° 7).
sitair
Il s’agit des droits qui ne sont pas intangibles. Parmi eux, on peut distinguer :
tut U
– les droits qui peuvent faire l’objet de dérogations à des fins de protection de la
vie de la nation (art. 15, § 1). Ex. le droit au recours.
:Insti
vie de la nation, et cela uniquement en cas de nécessité absolue (CEDH 23 juill. 1961,
Lawless c/ République d’Irlande).
larvo
– les droits qui peuvent faire l’objet de dérogations et de restrictions à des fins de
protection de l’ordre public. Ex. le droit de propriété.
o
l.sch
Chapitre 2 – La garantie des libertés fondamentales dans le cadre du Conseil de l’Europe • 85
Dans ce cas, on l’a vu, les restrictions sont prises sur le fondement d’une clause
d’ordre public, générale ou spécifique, autorisant une ingérence des autorités de l’État
partie dans l’exercice d’un droit consacré si elle est initialement prévue par la « loi »,
entendue au sens large, qu’elle vise un « but légitime », qu’elle est « nécessaire dans
une société démocratique » à la protection de l’ordre public, et qu’elle ne va pas
jusqu’à porter atteinte à la substance même du droit considéré.
Précision : si les États parties sont en mesure d’exercer un droit de dérogation ou de
restriction à certaines libertés consacrées, c’est parce que le système de la Convention
3598
procède d’une logique d’harmonisation, et non d’uniformisation. Veillant à ce que les
restrictions soient d’interprétation stricte, le juge européen reconnaît aux États, pour
1802
respecter leur souveraineté et faire place à la diversité, une « marge nationale d’appré-
ciation » dans l’application de la Convention (ici, cf. : Commission EDH 2 juin 1956,
6:17
Grèce c/ Royaume-Uni ; puis : CEDH 23 juill. 1961, Lawless c/ République d’Irlande ;
CEDH 18 juin 1971, De Wilde, Ooms et Versyp c/ Belgique, et, désormais, le préam-
0.18
bule de la Convention tel que modifié par le 15e Protocole additionnel d’amendement
du 24 juin 2013 et entré en vigueur le 1er août 2021, faisant explicitement référence au
4.23
principe de subsidiarité et de marge d’appréciation), dont il apprécie l’usage en vérifiant
que l’ingérence autorisée dans une liberté est proportionnée au but légitime poursuivi
0.15
(CEDH 30 janv. 1998, Parti communiste unifié de Turquie c/ Turquie). Pour simplifier,
6:16
on dira qu’en favorisant le respect de la diversité culturelle des nations, cette marge
d’appréciation est très large là où il n’y a pas de communautés de vue entre les États
membres du Conseil de l’Europe sur un point précis (ex. l’autorisation ou l’interdiction
5445
du mariage entre les personnes de même sexe. Cf. par exemple : CEDH 24 juin 2010,
:889
(art. 35, § 1), se voir reconnaître subsidiairement (cf. : CEDH 7 déc. 1976, Handyside
c/ Royaume-Uni), et de manière alternative, un droit de recours auprès d’un organe
e d’A
faut pas croire, pour autant, que les « droits-créances » n’ont pas été pris en compte
dans le cadre du Conseil de l’Europe, mais ceux-là ont simplement fait l’objet d’un
niver
I – Présentation générale
x.com
Toujours dans le cadre de la mise en œuvre au niveau régional européen des préceptes
posés dans la Déclaration universelle des droits de l’homme, une Charte sociale euro-
larvo
péenne a été signée à Turin le 18 octobre 1961 entre des États membres du Conseil
de l’Europe. Elle est entrée en vigueur le 26 février 1965.
o
l.sch
86 • Titre 2 – La garantie supranationale des libertés fondamentales
II – Économie générale
Cette Charte a été modifiée et complétée à plusieurs reprises pour améliorer le sys-
tème consacré, tant sur le plan substantiel que sur le plan procédural.
3598
les États parties entendent rendre effectives dans leur système juridique national.
Adoptée le 3 mai 1996, et entrée en vigueur le 1er juillet 1999, la « Charte sociale
1802
européenne révisée » a codifié à droit croissant cet acquis.
Globalement, ces libertés peuvent être classées en deux catégories.
6:17
1. Les droits du travail
0.18
Ces droits sont ceux qui ont un lien avec le travail. Il s’agit ici, par exemple, du droit
au travail (art. 1er), du droit à des conditions de travail équitables (art. 2), du droit à la
4.23
sécurité et à l’hygiène dans le travail (art. 3), du droit à une rémunération équitable
0.15
(art. 4), du droit syndical (art. 5), du droit à l’orientation et à la formation profession-
nelles (art. 9 et 10), du droit à la protection en cas de licenciement (art. 24), ou bien
6:16
encore du droit à la dignité au travail (art. 26).
retrouve dans cette catégorie, le droit à la protection de la santé (art. 11), le droit
à l’assistance sociale et médicale (art. 13), le droit au bénéfice des services sociaux
2821
(art. 14), le droit à la protection contre la pauvreté et l’exclusion sociale (art. 30), le
droit au logement (art. 31), mais également des droits visant des catégories d’individus
1058
Comme la Convention signée à Rome le 4 novembre 1950, cette Charte est une
e d’A
ordinaire le juge de droit commun de la Charte, attendu que si les ressortissants des
États parties sont des bénéficiaires des droits consacrés, ils n’en sont pas des titulaires,
tut U
Section 2 – L
a protection des libertés dans le cadre
du Conseil de l’Europe
I – L’organisation du contrôle
Au départ, le mécanisme de protection des libertés institué par la Convention
3598
européenne s’articulait à partir de trois organes (deux organes juridictionnels – la
Commission et la Cour européenne des droits de l’homme – et un organe politique –
1802
le Comité des ministres), mais souffrait de plusieurs déficiences.
Pour y remédier, diverses modifications du système institutionnel de contrôle ont
6:17
été entreprises (cf. Protocoles additionnels n° 2, 3, 5 et 8). Il reste que celles-là sont
aujourd’hui obsolètes depuis que la Convention a été amendée par les Protocoles
0.18
n° 11, adopté le 11 mai 1994 et entré en vigueur le 1er novembre 1998, et n° 14,
4.23
adopté le 13 mai 2004 et entré en vigueur le 1er juin 2010, restructurant en profondeur
le mécanisme de contrôle institué en procédant à une unification organique visant à
0.15
substituer aux trois organes existants une juridiction unique, permanente et indépen-
dante : la Cour européenne des droits de l’homme.
6:16
Note : si la Commission, qui filtrait les recours, est supprimée, le Conseil des
ministres existe toujours et surveille l’exécution, par les États parties, des arrêts défini- 5445
tifs de la Cour de Strasbourg.
:889
On retiendra simplement ici qu’elle est composée de membres en nombre égal à celui
des Hautes parties contractantes, soit 47 – élus à la majorité des voix exprimées pour
1058
• Le juge unique : le Protocole n° 14 prévoit qu’un juge unique peut rejeter les
requêtes individuelles qui sont manifestement irrecevables.
:Insti
• Les comités de trois juges : leur rôle est le filtrage des requêtes individuelles sur la
x.com
3598
une chambre se serait dessaisie, ou pour réexaminer, à la demande d’une partie, un
arrêt rendu en chambre depuis moins de 3 mois. Ce faisant, elle assure le développe-
1802
ment d’une véritable politique jurisprudentielle.
Note : le 26 janvier 2023, la Présidente de la Cour européenne des droits de
6:17
l’homme a notamment indiqué qu’en 2021, le nombre de requêtes pendantes est
passé de 70 150 à 74 650 et que le nombre de requêtes ayant donné lieu à un arrêt
0.18
est de 4 168, dont 3 554 ont été rendus par un comité de trois juges.
4.23
2. La formation gracieuse
0.15
• L’assemblée plénière : elle se compose en principe de tous les juges. Sa fonction
est administrative puisqu’elle désigne le Président de la Cour (pour trois ans) et pro-
6:16
cède à la configuration des formations de jugement.
II – Les voies de recours permettant le contrôle 5445
La Cour européenne s’inscrit dans le cadre d’une garantie collective des libertés fon-
:889
respect des stipulations conventionnelles souscrites, alors même qu’il n’a subi aucun
dommage. Toutefois, ce recours est décevant car la crainte de représailles entre États
e d’A
L’article 34 stipule que « La Cour peut être saisie d’une requête par toute personne
niver
droits reconnus dans la Convention ou ses Protocoles. Les Hautes Parties contrac-
tantes s’engagent à n’entraver par aucune mesure l’exercice efficace de ce droit ».
:Insti
Note : la France n’a reconnu ce droit de recours individuel que le 2 octobre 1981.
Pièce centrale du système, cet article est le résultat de la suppression des clauses
x.com
personne, physique ou morale, pouvant justifier d’un intérêt à agir né d’un préjudice
important (cf. art. 35, § 3 b de la Convention telle qu’amendée par le Protocole n° 14 ;
o
l.sch
Chapitre 2 – La garantie des libertés fondamentales dans le cadre du Conseil de l’Europe • 89
3598
libertés consacrées ont été violées, se voit reconnaître la qualité de titulaire d’un droit
de recours subsidiaire d’application automatique dès lors qu’ont été épuisées les voies
1802
de recours internes utiles (CEDH 20 févr. 1991, Vernillo c/ France), à moins qu’elles ne
soient toutes vouées à l’insuccès évident (CEDH 29 oct. 1992, Open Door & Dublin
6:17
Well Woman c/ Irlande).
S’agissant des conditions de recevabilité, on précisera juste qu’il faut distinguer les
0.18
conditions formelles de recevabilité des requêtes qui sont faibles pratiquement comme
pour le recours pour excès de pouvoir en contentieux administratif et les conditions
4.23
procédurales qui sont plus strictes. Il existe en particulier une condition procédurale
difficile à remplir et à interpréter, celle de l’article 35 de la Convention européenne
0.15
des droits de l’homme : la condition de l’épuisement des voies de recours internes.
6:16
En effet, pour qu’une affaire puisse être jugée recevable par la Cour européenne des
droits de l’homme il faut que celle-ci ait été jugée définitivement, en principe par la plus
haute juridiction compétente au plan national. Cette condition procédurale de receva-
5445
bilité des requêtes est une condition qui, dans un premier temps, a été interprétée de
:889
manière assez souple. Cette première tendance était liée au fait qu’à l’origine la Cour
européenne des droits de l’homme cherchait à étendre son domaine de compétence.
2821
recevabilité. Désormais un seuil est fixé puisque la Cour européenne des droits de
l’homme considère que le recours individuel ne peut plus être formé, depuis l’entrée en
n:21
vigueur du Protocole n° 15, que dans un délai de quatre mois à compter du moment
bidja
III – L
es méthodes de contrôle
sitair
Lorsqu’elle est saisie, la Cour de Strasbourg rend un arrêt par lequel elle signale ou non
la compatibilité de mesures nationales litigieuses avec la Convention. Statutairement,
tut U
de laquelle elle ne peut pas prescrire de mesures correctives ou injonctives pour obte-
nir la satisfaction des obligations souscrites.
x.com
Autrement dit, les arrêts de la Cour européenne sont en principe revêtus d’une
autorité relative de chose jugée, d’un caractère déclaratoire (CEDH 13 juin 1979,
Marcks c/ Belgique ; confirmé par : CEDH 7 juill. 1989, Soering c/ Royaume-Uni), ce
qui signifie que l’État considéré a le libre choix des moyens à utiliser dans son ordre
juridique pour s’acquitter d’une obligation qui découle pour lui de l’article 46, § 1, et
ils ne valent pas titre exécutoire sur le territoire de l’État défaillant (art. 41).
Précision : revêtus d’une autorité relative de chose jugée, les arrêts de la Cour de
Strasbourg ont donc un caractère obligatoire et définitif. Ni modifiables ni contes-
3598
tables devant une autre instance, ils peuvent néanmoins être réexaminés ou faire
l’objet d’une demande en révision ou en interprétation. Il est utile de préciser que,
1802
depuis 2010, est inscrite dans la Convention européenne des droits de l’homme une
procédure de manquement (art. 46 § 4) qui permet au Comité des ministres de saisir
6:17
la Cour de Strasbourg pour déterminer si un État a ou non refusé de se conformer à
un arrêt rendu par celle-ci. Confiée à la grande chambre de la Cour, cette procédure a
0.18
été mobilisée contre l’Azerbaïdjan pour connaître de l’exécution de l’arrêt Mammadov
c/ Azerbaïdjan rendu le 13 octobre 2014 (CEDH, n° 15172/13).
4.23
En conséquence, les effets juridiques des arrêts de la Cour de Strasbourg étaient en
0.15
théorie respectueux de la souveraineté internationale des États parties. Mais en pra-
tique, l’attitude du juge de Strasbourg est différente, car il entend au nom de l’effet
6:16
utile de la Convention de 1950 (cf. : CEDH 9 oct. 1979, Airey c/ Irlande) déborder
le cadre de sa compétence pour assurer une protection effective des droits et libertés 5445
consacrés.
:889
• Tout d’abord, alors qu’elle se contentait d’encadrer le choix des moyens mis en
œuvre par les autorités nationales pour s’acquitter de leurs obligations convention-
1058
nelles, en précisant que les Parties contractantes devaient faire preuve de diligence
et de promptitude (CEDH 13 juin 1979, Marcks c/ Belgique ; confirmé par : CEDH
n:21
CEDH, gr. ch., 22 juin 2004, Broniowski c/ Pologne), parfois même assez précise (cf.
CEDH 12 mai 2005, gr. ch., Ocalan c/ Turquie), et non plus seulement individuelles,
e d’A
(art. 46, § 2) pouvant, dans des situations devant en principe demeurer exception-
nelles, saisir la Grande chambre d’une action en manquement défaillant d’une Partie
niver
contractante lors de l’exécution des arrêts de la Cour européenne (art. 46, § 4).
tut U
Scozzari et Guinta c/ Italie, confirmé par : CEDH, gr. ch., 4 févr. 2005, Mamatkulov
et Askarov c/ Turquie), dont le non-respect devient une violation de la Convention.
larvo
l’État doit adopter des mesures de portée générale lorsque la violation constatée
trouve son origine directement dans la règle de droit interne ». En la matière, il ressort
de la jurisprudence du Conseil d’État que ce principe de loyauté conventionnel a fort
bien été intégré au niveau national (sur ce point, cf. CE, ass., 30 juill. 2014, Vernes).
• Puis, dans le prolongement de la systématisation de la notion de « précédent »
(cf. : CEDH, gr. ch., 18 janv. 2001, Chapman c/ Royaume-Uni), la Cour recourt
(cf. notamment : CEDH, gr. ch., 22 juin 2004, Broniowski c/ Pologne ; CEDH
19 juin 2006, Hutten-Czapska c/ Pologne) à la procédure de l’arrêt « pilote », qui
3598
permet à des fins de sécurité juridique de prévoir un dispositif spécifique pour le trai-
tement des affaires répétitives ; solution que l’article 28 b du Protocole n° 14 conforte
1802
et préconise aujourd’hui.
• Encore, se surajoute à cela une interprétation dynamique, extensive et autonome
6:17
des stipulations conventionnelles, puis une référence croissante et désordonnée, mais
toujours progressiste, à des sources extérieures à la Convention de 1950, telles que
0.18
la pratique du Comité des droits de l’homme des Nations unies (ici, cf. par exemple :
4.23
CEDH 10 nov. 2004, Sejdovic c/ Italie).
Note : symbole de l’interprétation constructive de la Convention, l’arrêt du
0.15
13 juin 1979, Marckx c/ Belgique, fut l’occasion pour le juge de Strasbourg de définir
ce traité international comme « un instrument vivant à interpréter à la lumière des
6:16
conditions de vie actuelle », pour justifier des interprétations évolutives.
• Par ailleurs, la procédure de l’avis consultatif récemment instituée semble aller 5445
aussi en ce sens car bien qu’un avis ne soit pas contraignant au regard des stipulations
:889
conventionnelles, la Cour paraît agir dans l’idée d’un dépassement de leur portée en
jugeant qu’ils forment des précédents dont elle n’entend pas s’écarter ultérieurement
2821
sans motif valable (sur ce point, cf. notamment : CEDH 16 juill. 2020, D. c/ France).
• Enfin, il apparaît que si le principe de territorialité de l’application de la Convention
1058
est la règle (cf. CEDH 12 déc. 2011, Bankovic c/ Belgique), le juge de Strasbourg
n’hésite pas à retenir l’exception de l’extraterritorialité lorsqu’un agent d’un État partie
n:21
exerce son autorité et son contrôle à l’étranger ou lorsqu’un État partie exerce son
contrôle effectif sur un territoire étranger (cf. CEDH, gr. ch., 7 juill. 2011, Al-Skeini et
bidja
autres c/ Royaume-Uni) ; dans un objectif bien compris d’une diffusion large du droit
e d’A
raître que la Cour de Strasbourg s’efforce désormais, autant que possible, à un dépas-
sement général du caractère déclaratoire de ses arrêts qui se traduit concrètement
niver
dans les ordres juridiques nationaux par une mise en conformité normalisée et volon-
taire du droit interne des États parties. Sur ce plan, l’attitude de la Cour de Strasbourg
tut U
est parfois des plus claires, lorsqu’elle considère notamment que les États sont tenus
de respecter dans les affaires similaires sa jurisprudence sans attendre d’être attaqués
:Insti
devant elle (CEDH 22 avr. 1993, Modinos c/ Chypre ; CEDH 4 oct. 2007, Verein gegen
Tierfabriken Schweiz c/ Suisse).
x.com
larvo
o
l.sch
92 • Titre 2 – La garantie supranationale des libertés fondamentales
3598
Mis en place par la Partie IV de la Charte sociale du 18 octobre 1961, ce contrôle pré-
voit que « les Parties contractantes présenteront au Secrétaire Général du Conseil de
1802
l’Europe (…) un rapport biennal, relatif à l’application des dispositions de la partie II
de la Charte qu’elles ont acceptées » (art. 22).
6:17
Ce rapport est ensuite examiné par le Comité européen des droits sociaux qui trans-
met ses conclusions à un sous-comité du Comité social gouvernemental du Conseil de
0.18
l’Europe. Ce dernier, sur la base du rapport du Comité d’experts et celui de la Partie
contractante impliquée, présente alors, à son tour, au Comité des ministres un rapport
4.23
public contenant ses conclusions (art. 27, § 3).
0.15
L’article 29 de la Charte de 1961 prévoit qu’ « À la majorité des deux tiers des
membres ayant le droit d’y siéger, le Comité des Ministres pourra, sur la base du rap-
6:16
port du sous-comité et après avoir consulté l’Assemblée Consultative, adresser toutes
recommandations nécessaires à chacune des Parties contractantes ». 5445
Modifié par un Protocole d’amendement du 21 octobre 1991, ce mécanisme a été
révisé pour accroître son efficacité, mais comme tout mécanisme de contrôle sur rap-
:889
ports, cette procédure a une portée limitée puisque l’organe de contrôle ne dispose
2821
pas d’un pouvoir qui lui permettrait d’adresser aux États parties des recommandations
dotées d’une véritable portée juridique contraignante.
1058
contrôle est, comme l’indique son Préambule, de renforcer « la participation des par-
tenaires sociaux et des organisations non gouvernementales » dans le cadre de « la
e d’A
A – Procédure
tut U
Permettant de mettre en cause un État partie pour faire constater la violation d’une
:Insti
Ensuite, s’il décide qu’une réclamation est recevable, le Comité apprécie sa per-
tinence et « rédige un rapport dans lequel il décrit les mesures qu’il a prises pour
examiner la réclamation et présente ses conclusions sur le point de savoir si la Partie
contractante mise en cause a ou non assuré d’une manière satisfaisante l’application
de la disposition de la Charte visée par la réclamation » (art. 8, § 1).
Enfin, « sur la base du rapport du Comité d’experts indépendants, le Comité des
Ministres adopte une résolution à la majorité des votants. En cas de constat, par le
Comité d’experts indépendants, d’une application non satisfaisante de la Charte, le
3598
Comité des Ministres adopte, à la majorité des deux tiers des votants, une recom-
mandation à l’adresse de la Partie contractante mise en cause » (art. 9, § 1).
1802
B – Effets
6:17
Offrant la possibilité à des « organisations » d’enclencher une procédure visant à ce
que soit contrôlée la conventionnalité, au regard de la Charte sociale, d’une législation
0.18
nationale, par exemple, le système de réclamations collectives est une avancée qui doit
être saluée. Mais ce système confère cependant au Comité des Ministres le pouvoir
4.23
ultime de décision pour adresser ou non à un État partie mis en cause une recomman-
dation dénuée de valeur contraignante.
0.15
Si cette procédure semble inaboutie, l’évolution va toutefois dans le bon sens.
6:16
En effet, après avoir été plutôt réservé sur les conclusions des violations de la Charte
admises par le Comité européen des droits sociaux à compter de 1998 (CEDS, décis.
n° 1/1998 du 10 sept. 1999, Commission internationale des juristes c/ Portugal), le 5445
Comité des Ministres semble désormais considéré bien plus qu’auparavant le travail du
:889
Comité d’experts, dans la mesure où il n’hésite plus à reprendre ses conclusions (CEDS,
décis. n° 12/2002 du 15 mai 2003, Confédération des entreprises suédoises c/ Suède), en
2821
tenant moins compte qu’il ne le faisait des arguments avancés par l’État partie défaillant.
1058
que l’on peut rencontrer dans l’ordre juridique international. Aujourd’hui, le système
mis en place par la Convention européenne des droits de l’homme apparaît, dans le
bidja
plus élaboré, en ce qu’il organise un recours unique au monde qui s’apparente à maints
égards à ceux que l’on trouve dans les systèmes constitutionnels nationaux.
Note : en apparence, la garantie des libertés dans le cadre du Conseil de l’Europe
sitair
en réalité moins tranchées, et comme l’a bien précisé le juge de Strasbourg, aucune
« cloison étanche ne sépare la sphère des droits économiques et sociaux du domaine
:Insti
Remarque : pour reprendre la formule de Frédéric Sudre, ces deux garanties sont
en effet « perméables » l’une à l’autre, car les emprunts réciproques ne sont pas rares.
Pour donner un effet utile aux stipulations de la Convention, la Cour de Strasbourg
n’hésite d’ailleurs pas à donner une interprétation large des droits civils et politiques
en leur reconnaissant des prolongements économiques et sociaux, en s’appuyant sur
la Charte sociale européenne (CEDH 27 juill. 2004, Sidabras et Dziautas c/ Lituanie),
ou sur les interprétations que peut donner le Comité européen des droits sociaux
(CEDH 21 févr. 2006, Tüm Haber Sen et Cinar c/ Turquie). De la même manière, ce
3598
dernier n’hésite pas non plus à emprunter les raisonnements de la Cour européenne
de Strasbourg (CEDS, décis. n° 16/2003 du 30 novembre 2004, CFE-CGC c/ France),
1802
et cela parfois de manière explicite, en citant notamment certains de ses arrêts (cf. :
CEDS, décis. n° 17/2003 du 7 décembre 2004, OMCT c/ Grèce).
6:17
Par conséquent, en favorisant l’influence croissante du droit européen des libertés
sur les ordres juridiques nationaux, la garantie publique des libertés fondamentales
0.18
dans le cadre du Conseil de l’Europe apparaît donc comme une véritable réussite au
regard du premier objectif fixé lors du Congrès de La Haye du 7 mai 1948.
4.23
Pour ce qui est du second objectif, la construction d’une Europe économique s’est,
elle, développée en parallèle, et approfondie de telle manière que de nombreux États
0.15
manifestent aujourd’hui leur souhait de participer à cette odyssée malgré les fortes
6:16
turbulences économiques et financières qu’elle rencontre depuis quelque temps.
5445
:889
2821
1058
n:21
bidja
e d’A
sitair
niver
tut U
:Insti
x.com
larvo
o
l.sch
Chapitre 3
La garantie des libertés fondamentales
dans le cadre de l’Union européenne
L’essentiel
3598
Bien qu’elle ait été pensée comme une entreprise au service de la paix, l’Europe
communautaire a souffert d’un problème de légitimité en ne s’intéressant guère,
1802
à l’origine, à la question de la garantie des libertés. Le juge communautaire s’est
alors employé à œuvrer à l’avènement d’une garantie jurisprudentielle en la
6:17
matière, avant que celle-ci ne soit institutionnellement consolidée.
0.18
4.23
Section 1 – L
a reconnaissance des libertés
dans le cadre de l’Union européenne
0.15
6:16
C’est d’abord le juge communautaire qui, au fil de sa jurisprudence, a constitué un
corpus de droits et libertés correspondant au standard minimum du droit international
des droits de l’homme. 5445
:889
I – Le silence
1058
Exception faite de quelques principes destinés à asseoir le Marché commun sur un cer-
tain nombre de fondements structurels (cf. notamment les principes de libre circula-
n:21
II – Le problème
tut U
Si les institutions communautaires se sont vu reconnaître par les États membres l’exer-
cice de prérogatives de puissance publique, le postulat axiologique de la notion d’État
:Insti
de droit supposait que la contrepartie d’une telle délivrance soit que l’autorité bénéfi-
ciaire assure en retour une garantie publique des libertés.
x.com
Remarque : l’idée est ici qu’un transfert, ou une limitation, de l’exercice d’une
compétence comprise en puissance dans la souveraineté nationale ne doit pas être
larvo
Or, dans le cadre communautaire édifié par le Traité de Rome du 25 mars 1957,
cette contrepartie était inexistante. Jugée peu préoccupante à l’origine, en raison de
la faible potentialité de confrontation entre le droit communautaire et le droit des per-
sonnes, cette situation a fini par poser problème lorsque les compétences des autorités
communautaires ont été sensiblement accrues et que leur exercice s’est avéré suscep-
tible d’affecter les libertés fondamentales garanties par ailleurs, et cela en particulier
dans les constitutions nationales.
La thèse de la congruence structurelle a alors été avancée pour solutionner les
3598
effets induits de l’absence de proclamation communautaire des libertés, ce que la Cour
de Luxembourg a écarté au nom du principe de l’autonomie de l’ordre juridique com-
1802
munautaire, en considérant qu’il ne lui appartenait pas dans le cadre du contrôle de
validité des normes communautaires « d’assurer le respect des règles de droit interne,
6:17
même constitutionnelles, en vigueur dans l’un ou l’autre des États membres » (CJCE
4 févr. 1959, Friedrich Stork et Cie c/ Haute Autorité de la CECA ; CJCE 12 févr. 1960,
0.18
Comptoir de vente du charbon de la Ruhr ; CJCE 1er avr. 1965, Marcello Sgarlata e.a.
c/ Commission). Par suite, ce refus s’est révélé être une source de conflit.
4.23
III – L
e conflit
0.15
Dans leur système juridique national, certaines Cours constitutionnelles ont en effet
6:16
décidé de relativiser la portée des principes cardinaux d’effet direct et de primauté
des normes communautaires, et de contester de manière incidente la compétence
exclusive de la Cour de Luxembourg, en s’estimant compétentes pour apprécier la 5445
légalité du droit dérivé dès lors qu’il viendrait à méconnaître les exigences natio-
:889
IV – L
a solution
e d’A
Pour résoudre ce conflit, la meilleure solution consistait sans nul doute à faire adhérer
la Communauté à la Convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme
sitair
et des libertés fondamentales adoptée par la majeure partie des États membres
de l’époque. Néanmoins, cette éventualité a été écartée, et c’est alors le juge de
niver
de la catégorie formelle des « principes généraux du droit » dont elle assurait déjà
le respect dans le domaine de la responsabilité non contractuelle de la Communauté,
larvo
tout en précisant que cette sauvegarde serait construite « dans le cadre de la structure
et des objectifs de la Communauté ».
o
l.sch