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70 • Titre 1 – La garantie constitutionnelle des libertés fondamentales

tiques, n’ont pas fait l’objet d’une saisine du Conseil constitutionnel sont valides, sans
qu’il soit loisible au juge judiciaire ou administratif qui a à en faire l’application de les
déclarer contraires à la Constitution. Sans doute cette anomalie ne vaut-elle que pour
un nombre relativement limité de textes de forme législative. Il n’en reste pas moins
qu’elle introduit dans notre système juridique un élément de trouble, et qu’elle peut
priver les citoyens de la faculté de faire valoir la plénitude de leurs droits ».

I – L’ouverture progressive de la saisine

3598
Par le passé, le législateur constitutionnel a pourtant œuvré dans le bon sens en
élargissant la saisine, très restrictive à l’origine, du Conseil constitutionnel à soixante

1802
députés ou soixante sénateurs, en 1974 pour les lois ordinaires, et en 1992 pour les
engagements internationaux. De manière objective, ces révisions ont permis une

6:17
ouverture remarquable de la saisine du Conseil constitutionnel à l’opposition parle-

0.18
mentaire qui s’est appuyée de plus en plus souvent sur la méconnaissance des libertés
fondamentales constitutionnelles. Mais le contrôle a priori de la constitutionnalité

4.23
des traités et des lois ordinaires n’en restait pas moins fermé, réservé à des autorités
politiques, et, surtout, facultatif.

0.15
Rappel : à l’origine, les traités et les lois ordinaires ne pouvaient être déférés au juge

6:16
constitutionnel que par le Président de la République, le Premier ministre, le Président
de l’une ou l’autre assemblée. Si les choses ont changé, il n’en reste pas moins qu’un
consensus politique peut assurer à une loi votée, notamment, d’échapper au contrôle 5445
de constitutionnalité avant sa promulgation.
:889

De son côté, le Conseil constitutionnel a aussi fait preuve d’une certaine audace,
en considérant qu’il était en mesure d’apprécier la constitutionnalité d’une loi déjà
2821

promulguée « à l’occasion de l’examen de dispositions législatives qui la modifient, la


complètent ou affectent son domaine » (décis. n° 85-187 DC du 25 janv. 1985, dite
1058

État d’urgence en Nouvelle-Calédonie ; confirmée à plusieurs reprises, cette jurispru-


dence a été appliquée dans la décis. n° 99-410 DC du 15 mars 1999, Loi organique
n:21

relative à la Nouvelle-Calédonie).
bidja

Mais une difficulté demeurait : comme le précisait la jurisprudence ancienne de la


Haute juridiction, la constitutionnalité des lois promulguées ne pouvait pas être mise
e d’A

en cause « même par voie d’exception » (décis. n° 79-96 DC du 27 juill. 1978, dite
Radiodiffusion et télévision), de sorte que la principale entrave à l’efficacité de la pro-
sitair

tection constitutionnelle des libertés fondamentales était l’hypothèse d’une loi votée
et promulguée n’ayant pas été soumise au contrôle de constitutionnalité et pouvant
niver

être attentatoire aux libertés.


tut U

II – Vers un renvoi en appréciation de constitutionnalité


:Insti

Ainsi, la protection constitutionnelle des libertés fondamentales a pris une place de


plus en plus importante dans le cadre de la procédure générale du contrôle de consti-
x.com

tutionnalité, mais privilégiant la stabilité des relations juridiques, celle-ci s’est révélée
insuffisante. Le système français de justice constitutionnelle était donc perfectible, et
larvo

s’opposait, en l’état, à tout approfondissement souhaitable de la garantie juridiction-


nelle des libertés fondamentales constitutionnelles.
o
l.sch
Chapitre 2 – La protection constitutionnelle des libertés • 71

Pour corriger cette situation, le président de la République de l’époque, M. Nicolas


Sarkozy, a, dès 2007, chargé le « Comité Balladur » d’une réflexion sur la création en
France d’une procédure incidente visant à permettre aux particuliers de faire valoir
leurs libertés fondamentales constitutionnelles en soulevant devant un juge ordinaire
un moyen tiré de l’inconstitutionnalité d’une disposition de loi votée et promulguée.
Toutefois, le chef de l’État avait laissé entendre qu’il n’était pas question d’instituer un
système de contrôle diffus de la constitutionnalité des lois en vigueur par voie d’excep-
tion, comme aux États-Unis, mais celui d’un renvoi en appréciation de constitutionna-

3598
lité devant le Conseil constitutionnel d’une question soulevée devant un juge ordinaire.
Ce faisant, le chef de l’État avait surtout l’intention de revaloriser la Constitution

1802
française par rapport aux conventions internationales dans la protection des libertés
fondamentales, car le juge ordinaire s’interdisait de connaître de la constitutionnalité

6:17
d’une loi après sa promulgation, alors même qu’il procédait en substance à un tel exa-
men au titre du contrôle de sa conventionnalité. Eu égard à la forte équivalence des

0.18
garanties en la matière, la situation n’était donc pas défavorable aux particuliers, mais
elle l’était à la Constitution dans l’ordre juridique national, car les justiciables étaient

4.23
portés à attacher plus de prix à la norme conventionnelle supranationale.

0.15
6:16
Section 2 – L
 e contrôle de constitutionnalité a posteriori
5445
§ 1 – La création d’un contrôle incident
:889

de la constitutionnalité des lois


2821

Dans le sillage des projets initiés mais avortés en 1990 et 1993 de révision de la
Constitution sous la présidence de François Mitterrand, le « Comité Balladur » a
1058

logiquement préconisé aux pouvoirs publics la création d’un mécanisme de contrôle


incident de la constitutionnalité des lois en vigueur par voie de question préjudicielle.
n:21

S’inspirant de cette proposition, la loi constitutionnelle n° 2008-724 du 23 juil-


let 2008, dite « de modernisation des institutions de la Cinquième République », a par
bidja

la suite procédé à l’insertion d’un article 61-1 nouveau dans le texte de la Constitution
de 1958 et permis au législateur constitutionnel de faire le choix en faveur d’un méca-
e d’A

nisme de renvoi préjudiciel en appréciation de la constitutionnalité d’une disposition de


loi promulguée devant le Conseil constitutionnel, à l’initiative exclusive du Conseil d’État
sitair

ou de la Cour de cassation. L’objectif recherché étant que le Conseil constitutionnel ne


se transforme pas en Cour suprême et que l’accès à son prétoire ne soit pas engorgé.
niver

Ensuite, cette nouvelle procédure a été organisée dans ses modalités pratiques
tut U

par la loi organique n° 2009-1523 du 10 décembre 2009 relative à l’application de


l’article 61-1 nouveau de la Constitution, par un règlement intérieur du 4 février 2010
:Insti

sur la procédure suivie devant le Conseil constitutionnel, par deux décrets n° 2010-148
et n° 2010-149 du 16 février 2010, et pour finir par deux circulaires du 24 février 2010
x.com

et du 1er mars 2010.


Depuis le 1er mars 2010, tout justiciable a désormais, à l’occasion d’une instance
larvo

en cours, la faculté de soulever une question prioritaire de constitutionnalité, c’est-à-


dire de soulever un moyen devant une juridiction relevant du Conseil d’État ou de la
o
l.sch
72 • Titre 1 – La garantie constitutionnelle des libertés fondamentales

Cour de cassation, y compris pour la première fois en appel ou en cassation, visant à


contester la conformité à la Constitution d’une disposition de loi votée et promulguée
dont il doit faire application.

Question préjudicielle versus question prioritaire


À l’occasion de sa mise en œuvre, il a été prévu par la loi organique de 2009 que l’exa-
men du moyen tiré de la non-conformité à la Constitution d’une disposition législative

3598
serait prioritaire sur celui de sa non-compatibilité aux engagements internationaux de
la France, afin de conforter et traduire d’un point de vue procédural la suprématie de la
Constitution française dans l’ordre juridique national. C’est pourquoi, la question préju-

1802
dicielle de constitutionnalité a été baptisée « question prioritaire de constitutionnalité ».

6:17
§ 2 – Une garantie juridictionnelle supplémentaire

0.18
des libertés fondamentales

4.23
En France, seule une violation alléguée des droits et libertés que la Constitution garan-

0.15
tit peut constituer un moyen susceptible d’être invoqué par un particulier à l’encontre
d’une disposition législative en vigueur. Clairement, cette nouvelle procédure s’impose

6:16
donc comme une garantie juridictionnelle supplémentaire et spécifique de protection
des libertés fondamentales constitutionnelles. 5445
• Au titre des avantages, cette nouvelle voie de recours satisfait aussi à l’exigence
:889

générale de sécurité juridique. Réservant en théorie au Conseil constitutionnel


l’appréciation de la validité des dispositions de lois en vigueur, ce dernier est alors en
2821

mesure de rendre des décisions revêtues d’une autorité absolue de chose jugée qui
participent à la « purification » de l’ordre juridique national, par la possible élimination
1058

des dispositions de lois contraires aux droits et libertés.


• Tel qu’il a été agencé, ce mécanisme permet, enfin, d’associer au contrôle de
n:21

constitutionnalité des lois promulguées les juridictions ordinaires, et surtout les Cours
bidja

suprêmes des deux ordres juridictionnels, pour renforcer la coopération juridictionnelle


et favoriser leur sensibilisation à la protection prioritaire des libertés fondamentales
e d’A

constitutionnelles. En ce sens, la question prioritaire de constitutionnalité, non seule-


ment, permet de renforcer la protection des droits fondamentaux constitutionnels et
sitair

donc des valeurs républicaines, mais encore, concourt à la diffusion plus large d’une
véritable culture de la Constitution.
niver

Exemple : parmi de nombreux cas, le Conseil constitutionnel a notamment jugé


nécessaire d’abroger, avec effets différés, certains articles du Code de procédure
tut U

pénale relatifs à la garde à vue, au motif qu’ils ne garantissaient pas le respect des
droits de la défense en ne permettant pas à une personne interrogée, alors qu’elle était
:Insti

retenue contre sa volonté, de bénéficier de l’assistance effective d’un avocat (décis.


n° 2010-14/22 QPC du 30 juill. 2010, dite Garde à vue).
x.com

Accentuant le phénomène de constitutionnalisation de l’ordre juridique interne, la


larvo

question prioritaire de constitutionnalité présente donc des avantages, mais comporte


néanmoins certaines faiblesses en sa forme actuelle.
o
l.sch
Chapitre 2 – La protection constitutionnelle des libertés • 73

§ 3 – Un système encore perfectible


Le système actuel de la question prioritaire de constitutionnalité paraît encore perfec-
tible. En effet, il présente des inconvénients qui sont de trois ordres.
• D’abord, si la question prioritaire de constitutionnalité visait à améliorer la garantie
juridictionnelle des libertés fondamentales constitutionnelles en offrant aux particuliers
un nouveau droit, il apparaît que ce mécanisme organise un recours par l’intermédiaire
d’un juge ordinaire, par trop tributaire des recours formés ou non par les justiciables.

3598
• Ensuite, ce nouveau mécanisme introduit un élément de complexification en ne
permettant pas au juge du fond de saisir lui-même le Conseil constitutionnel. En effet,

1802
par le possible double filtrage qu’elle favorise, en faisant de la juridiction suprême
d’un ordre juridictionnel un point de passage obligé, cette procédure laisse place à un

6:17
risque d’allongement de la durée de la procédure d’ensemble, et à celui de possibles
rétentions de questions soulevées (pour un exemple récent, cf. par ex. : CE, ord., 12

0.18
janv. 2023, n° 469669).
• Enfin, l’agencement de cette procédure traduit une méfiance incompréhensible

4.23
envers le juge du fond qui est pourtant un acteur majeur pour le succès d’une telle

0.15
réforme, puisqu’il lui incombe toujours d’apprécier la recevabilité d’une question de
constitutionnalité soulevée devant lui. En France, cela revient à vérifier que la dispo-

6:16
sition législative contestée est applicable au litige ou à la procédure, ou constitue le
fondement des poursuites, qu’elle n’a pas déjà été déclarée conforme à la Constitution 5445
dans les motifs et les dispositifs d’une décision du Conseil constitutionnel, sauf change-
ment des circonstances, et que la question n’est pas dépourvue de caractère sérieux.
:889

Privilégiant la lutte contre l’encombrement du prétoire du juge constitutionnel au


détriment de l’exigence de sécurité juridique, les pouvoirs publics ont ainsi, semble-t-il,
2821

adopté la configuration la moins appropriée du système de filtrage du mécanisme de


renvoi en appréciation de la constitutionnalité.
1058

Remarque : Selon nous, la configuration la plus souhaitable serait celle qui, en


n:21

renonçant au double filtre, reviendrait à ouvrir la saisine du Conseil constitutionnel à


toute juridiction ordinaire saisie d’un litige au principal devant qui peut être soulevé
bidja

un moyen tiré de l’inconstitutionnalité d’une disposition législative en vigueur. Dans


cette hypothèse, la compétence de renvoi préjudiciel serait alors couplée avec l’appré-
e d’A

ciation de la recevabilité des questions, et le Conseil constitutionnel serait lui en charge


du filtrage du caractère « sérieux » d’une requête transmise. De plus, pour renforcer
sitair

encore l’efficacité de la protection constitutionnelle des libertés fondamentales, il


faudrait faire du moyen tiré de l’inconstitutionnalité d’une disposition de loi votée
niver

et promulguée un moyen d’ordre public que le juge ordinaire pourrait ainsi soulever
d’office lorsque l’occasion se présenterait.
tut U

Dans l’ordre juridique national, c’est donc d’abord à l’audace du Conseil constitu-
:Insti

tionnel que l’on doit la « révélation » de la valeur supralégislative des libertés fonda-
mentales contenues dans le bloc de constitutionnalité. S’agissant de leur protection,
x.com

le respect des règles constitutionnelles relatives aux libertés par la voie du contrôle a
priori est aujourd’hui utilement complété par un possible contrôle a posteriori de la
larvo

constitutionnalité des dispositions de lois en vigueur. Ces avancées contribuent assu-


rément à perfectionner l’État de droit en France.
o
l.sch
74 • Titre 1 – La garantie constitutionnelle des libertés fondamentales

Cependant, on ne doit pas perdre de vue que ce processus a parfois été déclen-
ché sous la pression d’instances internationales et européennes. En outre, la garantie
supranationale des libertés fondamentales assurée par des juridictions comme la Cour
européenne des droits de l’homme et, dans une moindre mesure, la Cour de justice
de l’Union, permet d’élargir encore le champ couvert par la protection des libertés
fondamentales.

3598
1802
6:17
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:889
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bidja
e d’A
sitair
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tut U
:Insti
x.com
larvo
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Titre 2
La garantie supranationale
des libertés fondamentales

Ce n’est qu’au sortir de la Seconde Guerre mondiale que cette recherche d’une

3598
garantie supranationale des libertés fondamentales s’enclencha réellement car,
conscients du désastre provoqué par le modèle classique de l’État-Nation et de

1802
la faillite de certains systèmes nationaux de garantie des libertés, les États ont
estimé qu’il fallait à présent non seulement élever le degré de protection des

6:17
libertés fondamentales au plan national, mais aussi externaliser cette garantie
afin de la placer à l’abri des soubresauts de l’Histoire. L’internationalisation per-

0.18
mettant d’assurer, en tant que de besoin, une protection supplétive des libertés
fondamentales.

4.23
À ce titre, la Charte des Nations unies signée à San Francisco le 26 juin 1945

0.15
s’impose assurément comme une étape décisive de l’émergence d’une garantie
internationale des libertés qu’il ne restait plus qu’à approfondir, puisqu’avec elle

6:16
fut acquise l’idée que la paix dans le monde était liée au sort des hommes dans
l’État démocratique. Partant de ce postulat, la Commission des droits de l’homme 5445
dont la Charte des Nations unies prévoyait la création a préparé et fait adopter
par l’Assemblée générale des Nations unies le 10 décembre 1948 une Déclaration
:889

universelle des droits de l’homme.


2821

S’inspirant du Bill of rights, constitué des dix premiers amendements à la


Constitution nord américaine du 17 septembre 1787 et de la Déclaration française
1058

du 26 août 1789, la Déclaration universelle des droits de l’homme est le premier


catalogue aussi étoffé de libertés reconnues, dont les Nations unies entendent
n:21

assurer une réelle promotion.


Cependant, adoptée sous forme d’une résolution de l’Assemblée générale de
bidja

l’Organisation des Nations unies, c’est-à-dire en tant que déclaration de principes


en forme solennelle, la Déclaration n’a qu’une portée symbolique et morale.
e d’A

Aussi, est-ce par la voie d’une régionalisation de la protection des libertés fonda-
mentales, en particulier dans le cadre du Conseil de l’Europe, que seront effica-
sitair

cement garanties les libertés fondamentales.


niver
tut U
:Insti
x.com
larvo
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l.sch
Chapitre 1
La garantie des libertés fondamentales
dans le cadre des Nations unies

L’essentiel

3598
Comme l’avait indiqué René Cassin, la consécration des droits et libertés dans
l’ordre juridique international supposait une codification conventionnelle du

1802
contenu de la Déclaration universelle des droits de l’homme du 10 décembre 1948.

6:17
Section 1 – L
 a reconnaissance des libertés dans le cadre

0.18
des Nations unies

4.23
La Commission des droits de l’homme a entrepris cette codification en élaborant deux

0.15
pactes qui, adoptés par l’Assemblée générale des Nations unies le 16 décembre 1966,

6:16
forment depuis avec la Déclaration universelle de 1948 le socle de la garantie interna-
tionale des libertés. De manière probablement abusive, on qualifie la réunion de ces
textes de « Charte internationale des droits de l’homme ».
5445
:889

§ 1 – Le pacte international relatif aux droits civils et politiques


2821

I – Présentation générale
1058

Conclu à New York le 16 décembre 1966, le Pacte international relatif aux droits civils
et politiques est entré en vigueur le 23 mars 1976.
n:21

Précision : faisant partie des membres fondateurs de l’Organisation des Nations


bidja

unies, la République française n’a adhéré à ce traité que le 4 novembre 1980, et il n’est
entré en vigueur dans l’ordre juridique national que le 4 février 1981.
e d’A

II – Économie générale
sitair

Cette convention internationale revêt une double dimension.


niver

A – Une dimension normative


D’une part, elle consacre des libertés de la « première génération » que les États par-
tut U

ties entendent rendre effectives dans leur système juridique national.


Dans l’ensemble, ces libertés peuvent être classées en deux grandes catégories.
:Insti

1. Les droits intangibles


x.com

Ces droits sont ceux auxquels aucune dérogation n’est permise (art. 4, § 2) et qui
bénéficient donc d’une garantie publique absolue en ce qu’ils sont relatifs à l’intégrité
larvo

physique et morale de la personne. Il s’agit ici du droit à la vie (art. 6), du droit de ne
pas être soumis à la torture ni à des peines ou traitements cruels, inhumains ou dégra-
o
l.sch
Chapitre 1 – La garantie des libertés fondamentales dans le cadre des Nations unies • 77

dants (art. 7), du droit de ne pas être tenu en esclavage ni en servitude (art. 8, § 1 et
2), auquel est assimilé le droit de ne pas être astreint à accomplir un travail forcé ou
obligatoire, du droit de ne pas être emprisonné pour dette (art. 11), du droit à la non-
rétroactivité de la loi pénale (art. 15), du droit à la reconnaissance de la personnalité
juridique (art. 16), ou bien encore du droit à la liberté de pensée, de conscience et de
religion (art. 18).

2. Les droits conditionnels


Il s’agit des droits qui ne sont pas intangibles. Parmi eux, on peut distinguer :

3598
– les droits qui peuvent faire l’objet de dérogations à des fins de protection de la
vie de la nation (art. 4, § 1). Ex. le droit à l’instruction.

1802
– les droits pouvant faire l’objet de dérogations et de restrictions à des fins de
protection de l’ordre public. Ex. le droit de libre circulation sur le territoire.

6:17
Dans ce dernier cas, les restrictions sont prises sur le fondement d’une clause

0.18
d’ordre public, générale ou spécifique, autorisant une ingérence des autorités de l’État
partie dans l’exercice d’un droit consacré, si celle-là est prévue par la « loi » au sens

4.23
large, qu’elle vise un « but légitime », et qu’elle est « nécessaire » à la protection de
l’ordre public. L’article 12, § 3, illustre parfaitement cela.

0.15
B – La dimension institutionnelle

6:16
D’autre part, elle organise, de manière concrète (art. 28 à 45), des institutions et des
procédures propres à protéger efficacement les libertés qu’elle reconnaît. 5445
Globalement, ce traité international ne consacre donc que des « droits-libertés »,
:889

car les « droits-créances » ont été codifiés dans un autre instrument juridique.
2821

§ 2 – Le pacte international relatif aux droits économiques,


sociaux et culturels
1058
n:21

I – Présentation générale
Conclu aussi à New York le 16 décembre 1966, le Pacte international relatif aux droits
bidja

économiques, sociaux et culturels est entré en vigueur le 3 janvier 1976.


e d’A

Précision : comme pour le Pacte international sur les droits civils et politiques, la
République française n’a adhéré à ce traité que le 4 novembre 1980, et il n’est entré
sitair

en vigueur dans l’ordre juridique national que le 4 février 1981.

II – Économie générale
niver

Cette convention internationale revêt, elle aussi, une double dimension.


tut U

A – Une dimension normative


:Insti

D’une part, elle consacre des libertés de la « deuxième génération » que les États par-
ties entendent rendre effectives dans leur système juridique national.
x.com

Dans l’ensemble, ces libertés peuvent être classées en deux grandes catégories.
larvo
o
l.sch
78 • Titre 2 – La garantie supranationale des libertés fondamentales

1. Les droits du travail


Ces droits sont ceux qui ont un lien avec le travail. Il s’agit ici, par exemple, du droit
au travail (art. 6), du droit à des conditions de travail justes et favorables (art. 7), du
droit à une rémunération équitable et à une existence décente (art. 7, a), du droit à la
sécurité et à l’hygiène du travail (art. 7, b), du droit syndical (art. 8, a), ou encore du
droit de grève (art. 8, 1 d). Comme le montre fort bien l’article 8 a, ces droits sont
conditionnels, c’est-à-dire que leur exercice ne peut « faire l’objet que des seules
restrictions prévues par la loi et qui constituent des mesures nécessaires, dans une

3598
société démocratique, dans l’intérêt de la sécurité nationale ou de l’ordre public, ou
pour protéger les droits et les libertés d’autrui ».

1802
2. Les droits de cohésion sociale

6:17
Il s’agit de « droits sociaux » qui n’ont pas de lien avec un statut professionnel. On
trouve dans cette catégorie, notamment, le droit à la protection de la santé (art. 11),

0.18
le droit à l’assistance sociale et médicale (art. 13), le droit au bénéfice d’un certain
nombre de services sociaux (art. 14), le droit à la protection contre la pauvreté et l’ex-

4.23
clusion sociale (art. 30), le droit au logement (art. 31), mais encore des droits visant en
particulier certaines catégories d’individus comme, par exemple, le droit des personnes

0.15
âgées à une protection sociale (art. 23).

6:16
B – Une dimension institutionnelle
D’autre part, elle organise concrètement (art. 16 à 25), elle aussi, des institutions et des 5445
procédures propres à protéger efficacement les libertés qu’elle reconnaît.
:889

Alors que la Déclaration universelle de 1948 consacre un schéma unitaire des liber-
tés, les pactes internationaux de 1966 ont remis en cause cette singularité en recréant
2821

une dualité au niveau de sa mise en œuvre, c’est-à-dire en procurant à chaque dimen-


sion des libertés – individualiste ou marxiste – sa propre convention internationale
1058

dotée d’une valeur juridique contraignante pour les États qui l’ont ratifiée.
La « Charte internationale des droits de l’homme » n’est pas la seule œuvre à avoir
n:21

contribué à l’approfondissement de la reconnaissance internationale des libertés. De


nombreux autres textes à portée spécifique ou catégorielle ont participé à cette évo-
bidja

lution, mais de manière assurément plus modeste.


e d’A

Précision : sans entrer dans le détail des particularismes de chacun d’eux, on peut ici
faire mention, par exemple, de la Convention du 9 décembre 1948 pour la prévention
et la répression du crime de génocide, de la Convention du 20 novembre 1989 venant
sitair

compléter la Déclaration du 20 novembre 1959 sur les droits de l’enfant, mais aussi de
niver

la Convention du 18 décembre 1979 sur l’élimination de toutes les formes de discri-


minations à l’égard des femmes, ou bien de la Déclaration du 18 décembre 1992 des
tut U

droits des personnes appartenant à des minorités nationales ou ethniques, religieuses


et linguistiques, s’inscrivant dans le sillage d’une Convention de 1966.
:Insti

Or, à la disparité des textes de proclamation et de consécration s’ajoute, se combi-


nant à elle, la diversification des mécanismes de protection des libertés.
x.com
larvo
o
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Chapitre 1 – La garantie des libertés fondamentales dans le cadre des Nations unies • 79

Section 2 – L
 a protection des libertés dans le cadre
des Nations unies
Dans l’ordre juridique international, les techniques de contrôle de l’application des
libertés fondamentales sont hétéroclites et presque toujours, à l’origine tout au moins,
de type non juridictionnel. Par conséquent, il n’est pas utile de s’essayer au recense-
ment de l’éventail typologique des particularismes existants en la matière.
Remarque : catégorielles, certaines conventions ont cependant été d’un grand

3598
apport, car la mise en évidence de leurs insuffisances a pu engendrer une réponse
générale favorablement accueillie sous d’autres auspices. Par exemple, la Convention

1802
portant création du statut de la Cour pénale internationale, adoptée à Rome le 17 juil-
let 1998, s’inscrit dans la voie ouverte par les tribunaux d’exception ou spéciaux ayant

6:17
été institués pour des crimes de guerre considérés comme des crimes contre l’huma-
nité (ex. Nuremberg et Tokyo) ou de génocide (ex. ex-Yougoslavie et Rwanda).

0.18
En revanche, les deux pactes internationaux de 1966 méritent sûrement une ana-

4.23
lyse spécifique, pour la bonne et simple raison qu’en y souscrivant, les États parties
se sont engagés à rendre effective et efficace dans leur système juridique national la

0.15
garantie juridique des libertés désormais reconnues au niveau international.

6:16
§ 1 – Le Comité des droits de l’homme
5445
Traité de portée générale, le Pacte international relatif aux droits « classiques » ins-
taure – au départ – un contrôle subsidiaire de type non juridictionnel qui s’organise à
:889

partir d’un organe autonome composé d’experts indépendants – le Comité des droits
2821

de l’homme –, et qui s’exerce sur rapports ou sur plaintes pour favoriser l’application
des obligations souscrites par les États parties.
1058

I – Le contrôle sur rapports


n:21

Ce contrôle est de type administratif et prévoit que les États parties « s’engagent à
présenter des rapports sur les mesures qu’ils auront arrêtées et qui donnent effet aux
bidja

droits reconnus dans le présent Pacte et sur les progrès réalisés dans la jouissance de
ces droits » (art. 40).
e d’A

Précision : en droit international, la technique du rapport consiste à laisser aux


États parties le soin de fournir des renseignements sur les mesures nationales prises
sitair

pour mettre en œuvre, dans leur ordre juridique interne, les stipulations convention-
niver

nelles consacrant des droits et libertés. Dans ce type de surveillance, on distingue : les
contrôles administratifs, confiés à un organe indépendant, et les contrôles politiques,
tut U

confiés à un organe intergouvernemental.


Les rapports sont ensuite adressés au Secrétaire général de l’Organisation des
:Insti

Nations unies qui les transmet au Comité des droits de l’homme pour examen.
Ce dernier adresse alors aux États parties ses propres rapports, ainsi que toutes les
x.com

observations générales qu’il jugerait appropriées (art. 40, § 4).


Dans l’ensemble, ce contrôle demeure limité étant donné qu’en plus d’un faible
larvo

nombre de sessions pratiquées dans l’année et d’un délai imprévisible, l’organe de


contrôle ne dispose pas d’un pouvoir de recommandation qui lui permettrait d’adres-
o
l.sch
80 • Titre 2 – La garantie supranationale des libertés fondamentales

ser aux États parties des « observations » ou des « constatations » dotées d’une véri-
table portée juridique contraignante.
Néanmoins, une tendance générale semble se dégager depuis quelque temps.
Aujourd’hui, le Comité des droits de l’homme s’emploie en effet à rendre des
« observations générales » plus incitatives et cherche à attirer autant que possible
l’attention de l’opinion publique internationale sur les violations étatiques de certaines
libertés fondamentales conventionnelles, afin de renforcer le poids de la sollicitation
et faire de ses observations des actes quasi-juridictionnels.

3598
II – Le contrôle sur plaintes

1802
Ce contrôle est exercé par le Comité des droits de l’homme qui peut avoir à connaître
de certaines « communications » étatiques ou individuelles d’atteintes alléguées aux

6:17
libertés conventionnellement consacrées par un État partie.

0.18
A – Les communications étatiques

4.23
Aux termes de l’article 41 a, « Si un État partie au présent Pacte estime qu’un autre
État également partie à ce pacte n’en applique pas les dispositions, il peut appeler,

0.15
par communication écrite, l’attention de cet État sur la question ».
En cas de silence de ce dernier dans un délai de six mois, les protagonistes ont alors

6:16
le droit de soumettre la question au Comité des droits de l’homme pour mettre « ses
bons offices à la disposition des États parties intéressés » (art. 41, e). 5445
En pratique, ce contrôle est assez décevant. Facultatif et subsidiaire (art. 41, c), il
:889

est inactif sur ce versant. L’article 41 e symbolise d’ailleurs bien la très faible ambition
de ce contrôle en notant que le rôle du Comité des droits de l’homme se cantonne à
2821

la recherche d’une « solution amiable de la question fondée sur le respect des droits
de l’homme et des libertés fondamentales », tels que le Pacte les reconnaît. Fondé
1058

sur la recherche d’une conciliation opérée par le Comité, ou d’une commission ad hoc
(art. 42), qui ne peut adresser de recommandations aux États, ce contrôle n’est en
n:21

définitive qu’un mode diplomatique de règlement des différends étatiques en matière


de respect des « droits-libertés ».
bidja

B – Les communications individuelles


e d’A

Prévu par le Protocole facultatif se rapportant au Pacte international relatif aux droits
civils et politiques, entré en vigueur le 23 mars 1976, l’objectif principal de ce contrôle
sitair

est de mieux assurer l’accomplissement des fins du Pacte.


niver

Aux termes de son article premier, ce Protocole pose d’ailleurs en ce sens que « Tout
État partie au Pacte qui devient partie au présent Protocole reconnaît que le Comité
tut U

a compétence pour recevoir et examiner des communications émanant de particuliers


relevant de sa juridiction qui prétendent être victimes d’une violation, par cet État
:Insti

partie, de l’un (…) des droits énoncés dans le Pacte ».


Note : la France a reconnu ce droit de recours individuel le 3 février 1984.
x.com

Dans ces conditions, un particulier qui prétend être victime d’une telle violation
peut alors présenter une communication écrite au Comité des droits l’homme qui
larvo

apprécie avec souplesse sa recevabilité, avant de l’examiner au regard des documents


que l’État accusé de défaillances peut lui avoir transmis en défense.
o
l.sch
Chapitre 1 – La garantie des libertés fondamentales dans le cadre des Nations unies • 81

En pratique, ce contrôle est assez décevant. Facultatif et subsidiaire (art. 2), il est
étriqué sur ce versant. D’ailleurs, l’article 52, § 4, du Protocole reflète bien sa faible
portée en posant que « Le Comité fait part de ses constatations à l’État partie inté-
ressé et au particulier », ce à quoi il faut ajouter que ces constatations sont en principe
dépourvues de caractère contraignant.
Cependant, ce constat peut être révisé en partie depuis que le Comité a jugé que
« l’État partie est tenu de prendre des mesures appropriées pour donner un effet
juridique aux constatations (…) concernant l’interprétation et l’application du Pacte »

3598
(CDH, décis. n° 504 du 19 juill. 1994, Denzil Roberts c/ Barbade).
De plus, le Comité des droits de l’homme s’emploie à présent au dépassement du

1802
caractère déclaratoire de ses « constatations » individuelles afin de rendre sa compé-
tence de plus en plus décisionnelle, et faire de ses avis des constatations décisoires

6:17
motivées dont il entend surveiller l’exécution par les États défaillants.
Note : comme l’a souligné Frédéric Sudre, « le Comité a indubitablement fixé à

0.18
l’exercice de sa mission un cadre judiciaire », de sorte qu’ « il n’est pas excessif, à
défaut de « chose jugée », d’évoquer « la chose constatée », d’autant que la consta-

4.23
tation opérée par le Comité est définitive et s’oppose à ce que la même affaire soit
réexaminée par un autre organe international de contrôle ».

0.15
Assez décevant, ce contrôle du Comité des droits de l’homme reste pourtant le plus

6:16
poussé en matière de garantie publique des libertés fondamentales conventionnelles
dans le cadre international. Avec lui, a été scellée l’idée qu’un individu est, en cas de
défaillance avérée du système juridique national, et après épuisement des voies de
5445
recours internes offertes, susceptible de se voir reconnaître, de manière optionnelle,
:889

un droit de recours subsidiaire auprès d’un organe supranational de contrôle.


2821

§ 2 – Le Conseil économique et social


1058

Pour sa part, le Pacte international relatif aux droits économiques, sociaux et cultu-
rels de 1966, prévoit un contrôle de type administratif assuré par des experts indé-
n:21

pendants. Son article 16, § 1, stipule que les États parties « s’engagent à présenter,
conformément aux dispositions de la présente partie du Pacte, des rapports sur les
bidja

mesures qu’ils auront adoptées et sur les progrès accomplis en vue d’assurer le respect
e d’A

des droits reconnus dans le Pacte ». Le § 2 a du même article ajoute que « Tous les
rapports sont adressés au Secrétaire général de l’Organisation des Nations Unies, qui
sitair

en transmet copie au Conseil économique et social, pour examen, conformément aux


dispositions du présent Pacte ».
niver

Globalement, ce mécanisme institutionnel demeure fort limité dès l’instant où la


mission de l’organe de contrôle se cantonne à la seule possibilité de conclure des arran-
tut U

gements avec les institutions spécialisées (art. 18), et de renvoyer à la Commission


des droits de l’homme les rapports étatiques aux fins d’étude et de recommandation
:Insti

d’ordre général ou pour information (art. 19).


Autrement dit, la mission du Conseil économique et social est réduite et à défaut
x.com

de pouvoir adresser aux États parties des « observations » ou des « constatations »


dotées d’une véritable portée juridique, on relèvera qu’il peut, de temps en temps
larvo

présenter « à l’Assemblée générale des rapports contenant des recommandations


de caractère général (…) en vue d’assurer le respect général des droits reconnus
o
l.sch
82 • Titre 2 – La garantie supranationale des libertés fondamentales

dans le présent Pacte » (art. 21), ou bien encore transmettre à d’autres organes de
l’Organisation des Nations unies les rapports étatiques qui ont été examinés pour leur
permettre de proposer des mesures propres à contribuer à la mise en œuvre effective
et progressive du Pacte (art. 22).

Dans l’ordre juridique international, les textes qui consacrent des libertés sont épars,
tout comme sont diversifiés les mécanismes de protection souvent fondés sur une pro-
cédure non juridictionnelle. Pour l’essentiel, cette garantie des libertés est subsidiaire

3598
et dotée d’une faible autorité en subordonnant tout droit de recours d’un individu à
l’acceptation préalable d’un protocole facultatif par l’État partie.

1802
Hormis une garantie qui s’articule à présent autour de l’activité du Comité des droits
de l’homme et du Conseil des droits de l’homme – qui succède à la Commission des

6:17
droits de l’homme de l’Organisation des Nations unies depuis le 15 mars 2006 –, une
conclusion s’impose : l’externalisation de la garantie des libertés fondamentales dans

0.18
l’ordre juridique international est décevante.
Pour conforter cette impression, il suffit d’ailleurs de l’illustrer par un constat.

4.23
Substantiellement, le Pacte international relatif aux droits civils et politiques recèle
plus de potentialités que le catalogue européen de reconnaissance des libertés, ce qui

0.15
devrait lui promettre un succès plus prononcé. Pourtant, tel n’est pas le cas. En effet,

6:16
le caractère alternatif du mécanisme de droit de recours individuel prévu par ces deux
instruments (l’exception de recours parallèle est prévue à l’article 5, § 2, du Pacte de
1966, et à l’article 35, § 2 b, de la Convention de 1950) en vient à faire tomber en
5445
quasi-désuétude celui du Pacte qui se révèle être nettement moins attractif pour les
:889

requérants que son pendant européen.


2821
1058
n:21
bidja
e d’A
sitair
niver
tut U
:Insti
x.com
larvo
o
l.sch
Chapitre 2
La garantie des libertés fondamentales
dans le cadre du Conseil de l’Europe

L’essentiel

3598
Créé le 5 mai 1949 par le Traité de Londres, le Conseil de l’Europe est une orga-
nisation internationale associant politiquement des États démocratiques d’Europe

1802
occidentale au moyen d’une coopération régionale dans le domaine de la garantie
des libertés.

6:17
Œuvrant au maintien de la paix, le but de cette association, qui regroupe à pré-
sent 47 États, « est de réaliser une union plus étroite entre ses membres afin de

0.18
sauvegarder et de promouvoir les idéaux et les principes qui sont leur patrimoine

4.23
commun et de favoriser leur progrès économique et social », et ce, en veillant à
« la sauvegarde et [au] développement des droits de l’homme et des libertés fon-

0.15
damentales » (art. 1er).
Pour protéger les valeurs et les principes qui ont été bafoués au cours de la

6:16
Seconde Guerre mondiale, le Conseil de l’Europe jouit de moyens juridiques lui
permettant, notamment, d’élaborer des déclarations de principes en forme solen- 5445
nelle, mais aussi, et surtout, des conventions de portée juridique obligatoire. Ses
divers travaux ont permis l’adoption de nombreux textes de portée spécifique
:889

qui, bien qu’importants, paraissent relativement secondaires au regard du formi-


dable rayonnement du premier d’entre eux, la Convention européenne des droits
2821

de l’homme, ainsi que celui d’un autre sur les droits sociaux dont l’influence est
encore en devenir.
1058
n:21

Section 1 – L
 a reconnaissance des libertés dans le cadre
bidja

du Conseil de l’Europe
e d’A

§ 1 – La Convention européenne des droits de l’homme


sitair

I – Présentation générale
niver

L’un des objectifs du Conseil de l’Europe consiste à mettre en œuvre au niveau régio-
nal européen les principes à visée universelle contenus dans la Déclaration de 1948
tut U

en créant un système de garantie publique des libertés fondamentales. Tel est exacte-
:Insti

ment la fonction de la Convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme


et des libertés fondamentales, signée à Rome le 4 novembre 1950 entre les États
x.com

membres du Conseil de l’Europe, et entrée en vigueur le 3 septembre 1953.


Précisions : bien que membre originaire du Conseil de l’Europe, la République
française n’a ratifié la Convention européenne que le 3 mai 1974. Sur un tout autre
larvo

plan, au regard de la guerre en Ukraine, on soulignera que la Russie, qui avait rejoint
o
l.sch
84 • Titre 2 – La garantie supranationale des libertés fondamentales

le Conseil de l’Europe le 28 février 1996, a, le 15 mars 2022, informé la Secrétaire


Générale de son retrait de l’Organisation conformément au Statut et de son inten-
tion de dénoncer la Convention européenne des droits de l’homme. Concrètement,
la Russie a cessé d’être membre du Conseil de l’Europe le 16 mars 2022, suite à une
réunion extraordinaire du Comité des Ministres qui l’a entériné, et toute participation
au système conventionnel de garantie collective des droits de l’homme, depuis le
16 septembre 2022.
Pour l’essentiel, cette convention contient des stipulations d’applicabilité directe par

3598
lesquelles elle fonde des obligations de caractère objectif (CEDH 18 janv. 1978, Irlande
c/ Royaume-Uni), et entend instaurer un lien irréductible entre l’idée d’un « régime

1802
politique démocratique » et celle d’une « conception commune et [d’] un commun
respect des droits de l’homme », pour fonder un « ordre public européen » (CEDH

6:17
23 mars 1995, Loizidou c/ Turquie).

0.18
II – Économie générale

4.23
Modifiée et complétée à diverses reprises par des Protocoles additionnels, cette
convention internationale revêt, elle aussi, une double dimension.

0.15
A – Une dimension normative

6:16
D’un côté, elle présente des similarités substantielles avec le Pacte international relatif
aux droits civils et politiques en consacrant tout comme lui des libertés de la « pre- 5445
mière génération » que les États parties ont vocation à rendre effectives dans leur
:889

système juridique national.


Dans l’ensemble, ces libertés peuvent être classées en deux grandes catégories.
2821

1. Les droits intangibles


1058

Ces droits sont ceux pour lesquels aucune dérogation n’est permise (art. 15, § 2) et
qui bénéficient donc d’une garantie publique absolue en ce qu’ils sont relatifs à l’inté-
n:21

grité physique et morale de la personne. Il s’agit ici du droit à la vie (art. 2), du droit de
ne pas être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants
bidja

(art. 3), du droit de ne pas être tenu en esclavage ni en servitude (art. 4, § 1), auquel
est assimilé le droit de ne pas être astreint à accomplir un travail forcé ou obligatoire,
e d’A

du droit à la non-rétroactivité de la loi pénale (art. 7), et de la règle non bis in idem
(art. 4, Protocole n° 7).
sitair

2. Les droits conditionnels


niver

Il s’agit des droits qui ne sont pas intangibles. Parmi eux, on peut distinguer :
tut U

– les droits qui peuvent faire l’objet de dérogations à des fins de protection de la
vie de la nation (art. 15, § 1). Ex. le droit au recours.
:Insti

Cette clause dérogatoire autorise un État partie à suspendre la jouissance et l’exer-


cice de droits consacrés en cas de guerre ou de danger public exceptionnel menaçant la
x.com

vie de la nation, et cela uniquement en cas de nécessité absolue (CEDH 23 juill. 1961,
Lawless c/ République d’Irlande).
larvo

– les droits qui peuvent faire l’objet de dérogations et de restrictions à des fins de
protection de l’ordre public. Ex. le droit de propriété.
o
l.sch
Chapitre 2 – La garantie des libertés fondamentales dans le cadre du Conseil de l’Europe • 85

Dans ce cas, on l’a vu, les restrictions sont prises sur le fondement d’une clause
d’ordre public, générale ou spécifique, autorisant une ingérence des autorités de l’État
partie dans l’exercice d’un droit consacré si elle est initialement prévue par la « loi »,
entendue au sens large, qu’elle vise un « but légitime », qu’elle est « nécessaire dans
une société démocratique » à la protection de l’ordre public, et qu’elle ne va pas
jusqu’à porter atteinte à la substance même du droit considéré.
Précision : si les États parties sont en mesure d’exercer un droit de dérogation ou de
restriction à certaines libertés consacrées, c’est parce que le système de la Convention

3598
procède d’une logique d’harmonisation, et non d’uniformisation. Veillant à ce que les
restrictions soient d’interprétation stricte, le juge européen reconnaît aux États, pour

1802
respecter leur souveraineté et faire place à la diversité, une « marge nationale d’appré-
ciation » dans l’application de la Convention (ici, cf. : Commission EDH 2 juin 1956,

6:17
Grèce c/ Royaume-Uni ; puis : CEDH 23 juill. 1961, Lawless c/ République d’Irlande ;
CEDH 18 juin 1971, De Wilde, Ooms et Versyp c/ Belgique, et, désormais, le préam-

0.18
bule de la Convention tel que modifié par le 15e Protocole additionnel d’amendement
du 24 juin 2013 et entré en vigueur le 1er août 2021, faisant explicitement référence au

4.23
principe de subsidiarité et de marge d’appréciation), dont il apprécie l’usage en vérifiant
que l’ingérence autorisée dans une liberté est proportionnée au but légitime poursuivi

0.15
(CEDH 30 janv. 1998, Parti communiste unifié de Turquie c/ Turquie). Pour simplifier,

6:16
on dira qu’en favorisant le respect de la diversité culturelle des nations, cette marge
d’appréciation est très large là où il n’y a pas de communautés de vue entre les États
membres du Conseil de l’Europe sur un point précis (ex. l’autorisation ou l’interdiction
5445
du mariage entre les personnes de même sexe. Cf. par exemple : CEDH 24 juin 2010,
:889

Schalk et Kopf c/ Autriche), et considérablement réduite là où il y en a une.


2821

B – Une dimension institutionnelle


D’un autre côté, elle organise de manière très concrète des institutions et des procé-
1058

dures propres à protéger efficacement les libertés qu’elle reconnaît.


Le système mis en place prévoit ainsi que la juridiction ordinaire nationale est le juge
n:21

de droit commun de la Convention, et qu’un requérant peut, en cas de défaillance


de son système juridique, et après épuisement des voies de recours internes offertes
bidja

(art. 35, § 1), se voir reconnaître subsidiairement (cf. : CEDH 7 déc. 1976, Handyside
c/ Royaume-Uni), et de manière alternative, un droit de recours auprès d’un organe
e d’A

européen de contrôle juridictionnel.


Si la Convention européenne de 1950 ne consacre que des « droits-libertés », il ne
sitair

faut pas croire, pour autant, que les « droits-créances » n’ont pas été pris en compte
dans le cadre du Conseil de l’Europe, mais ceux-là ont simplement fait l’objet d’un
niver

certain nombre de conventions distinctes, et d’une en particulier.


tut U

§ 2 – La Charte sociale européenne


:Insti

I – Présentation générale
x.com

Toujours dans le cadre de la mise en œuvre au niveau régional européen des préceptes
posés dans la Déclaration universelle des droits de l’homme, une Charte sociale euro-
larvo

péenne a été signée à Turin le 18 octobre 1961 entre des États membres du Conseil
de l’Europe. Elle est entrée en vigueur le 26 février 1965.
o
l.sch
86 • Titre 2 – La garantie supranationale des libertés fondamentales

II – Économie générale
Cette Charte a été modifiée et complétée à plusieurs reprises pour améliorer le sys-
tème consacré, tant sur le plan substantiel que sur le plan procédural.

A – Une dimension normative


Au départ, ce document ne consacrait que sept droits économiques et sociaux , mais
pour tenir compte des évolutions sociales dans l’espace européen, un protocole de
1988 est venu accroître le nombre des libertés de la « deuxième génération » que

3598
les États parties entendent rendre effectives dans leur système juridique national.
Adoptée le 3 mai 1996, et entrée en vigueur le 1er juillet 1999, la « Charte sociale

1802
européenne révisée » a codifié à droit croissant cet acquis.
Globalement, ces libertés peuvent être classées en deux catégories.

6:17
1. Les droits du travail

0.18
Ces droits sont ceux qui ont un lien avec le travail. Il s’agit ici, par exemple, du droit
au travail (art. 1er), du droit à des conditions de travail équitables (art. 2), du droit à la

4.23
sécurité et à l’hygiène dans le travail (art. 3), du droit à une rémunération équitable

0.15
(art. 4), du droit syndical (art. 5), du droit à l’orientation et à la formation profession-
nelles (art. 9 et 10), du droit à la protection en cas de licenciement (art. 24), ou bien

6:16
encore du droit à la dignité au travail (art. 26).

2. Les droits de cohésion sociale 5445


Il s’agit de « droits sociaux » qui n’ont pas de lien avec un statut professionnel. On
:889

retrouve dans cette catégorie, le droit à la protection de la santé (art. 11), le droit
à l’assistance sociale et médicale (art. 13), le droit au bénéfice des services sociaux
2821

(art. 14), le droit à la protection contre la pauvreté et l’exclusion sociale (art. 30), le
droit au logement (art. 31), mais également des droits visant des catégories d’individus
1058

comme celui des personnes handicapées à l’autonomie, à l’intégration sociale et à la


participation à la vie de la communauté (art. 15).
n:21

B – Une dimension institutionnelle


bidja

Comme la Convention signée à Rome le 4 novembre 1950, cette Charte est une
e d’A

convention internationale qui organise, de manière concrète, des institutions et des


procédures propres à protéger efficacement les libertés qu’elle reconnaît, et qui ont
été révisées afin d’accroître l’efficacité du système qu’elle structure.
sitair

Mais contrairement à cette Convention, ce système ne fait pas de la juridiction


niver

ordinaire le juge de droit commun de la Charte, attendu que si les ressortissants des
États parties sont des bénéficiaires des droits consacrés, ils n’en sont pas des titulaires,
tut U

pour la seule raison que la Charte est un acte purement interétatique.


:Insti
x.com
larvo
o
l.sch
Chapitre 2 – La garantie des libertés fondamentales dans le cadre du Conseil de l’Europe • 87

Section 2 – L
 a protection des libertés dans le cadre
du Conseil de l’Europe

§ 1 – La Cour européenne des droits de l’homme

I – L’organisation du contrôle
Au départ, le mécanisme de protection des libertés institué par la Convention

3598
européenne s’articulait à partir de trois organes (deux organes juridictionnels – la
Commission et la Cour européenne des droits de l’homme – et un organe politique –

1802
le Comité des ministres), mais souffrait de plusieurs déficiences.
Pour y remédier, diverses modifications du système institutionnel de contrôle ont

6:17
été entreprises (cf. Protocoles additionnels n° 2, 3, 5 et 8). Il reste que celles-là sont
aujourd’hui obsolètes depuis que la Convention a été amendée par les Protocoles

0.18
n° 11, adopté le 11 mai 1994 et entré en vigueur le 1er novembre 1998, et n° 14,

4.23
adopté le 13 mai 2004 et entré en vigueur le 1er juin 2010, restructurant en profondeur
le mécanisme de contrôle institué en procédant à une unification organique visant à

0.15
substituer aux trois organes existants une juridiction unique, permanente et indépen-
dante : la Cour européenne des droits de l’homme.

6:16
Note : si la Commission, qui filtrait les recours, est supprimée, le Conseil des
ministres existe toujours et surveille l’exécution, par les États parties, des arrêts défini- 5445
tifs de la Cour de Strasbourg.
:889

A – La composition de la Cour


2821

On retiendra simplement ici qu’elle est composée de membres en nombre égal à celui
des Hautes parties contractantes, soit 47 – élus à la majorité des voix exprimées pour
1058

un mandat de neuf ans non renouvelable par l’Assemblée du Conseil de l’Europe à


partir d’une liste de trois noms proposée par chaque État membre – qui bénéficient
n:21

d’une indépendance statutaire tant collégiale qu’individuelle. De plus, la Cour euro-


péenne détermine son règlement intérieur depuis 1998, dont la dernière version est
bidja

en vigueur depuis le 1er février 2022.


Remarque : Madame Siofra O’Leary, juge irlandaise, est devenue la première femme
e d’A

élue le 19 septembre 2022 à la Présidence de la Cour européenne des droits de l’homme.


sitair

B – La structure de la Cour


Elle se subdivise en formations distinctes.
niver

1. Les formations contentieuses


tut U

• Le juge unique : le Protocole n° 14 prévoit qu’un juge unique peut rejeter les
requêtes individuelles qui sont manifestement irrecevables.
:Insti

• Les comités de trois juges : leur rôle est le filtrage des requêtes individuelles sur la
x.com

base d’une décision motivée et prise à l’unanimité. Le Protocole n° 14 prévoit égale-


ment que ces comités peuvent, sur décision prise à l’unanimité, déclarer une requête
recevable et statuer au fond lorsqu’il s’agit d’une affaire s’inscrivant dans le prolonge-
larvo

ment d’une jurisprudence bien établie par la Cour.


o
l.sch
88 • Titre 2 – La garantie supranationale des libertés fondamentales

• Les chambres de 7 juges : formations ordinaires de jugement, elles statuent sur la


forme et le fond des requêtes qui ont été jugées recevables au préalable, et qui n’ont
pas pu être tranchées à l’unanimité ou qui ne s’inscrivent pas dans une jurisprudence
bien établie. De composition tournante tous les trois ans, ces chambres peuvent pro-
poser un règlement amiable, ou, à défaut, rendre des arrêts définitifs qui peuvent être
frappés d’un appel interne exercé devant la Grande chambre.
• La Grande chambre : présidée par le Président de la Cour, cette formation se
compose de 17 juges, et s’avère compétente pour trancher une affaire pour laquelle

3598
une chambre se serait dessaisie, ou pour réexaminer, à la demande d’une partie, un
arrêt rendu en chambre depuis moins de 3 mois. Ce faisant, elle assure le développe-

1802
ment d’une véritable politique jurisprudentielle.
Note : le 26 janvier 2023, la Présidente de la Cour européenne des droits de

6:17
l’homme a notamment indiqué qu’en 2021, le nombre de requêtes pendantes est
passé de 70 150 à 74 650 et que le nombre de requêtes ayant donné lieu à un arrêt

0.18
est de 4 168, dont 3 554 ont été rendus par un comité de trois juges.

4.23
2. La formation gracieuse

0.15
• L’assemblée plénière : elle se compose en principe de tous les juges. Sa fonction
est administrative puisqu’elle désigne le Président de la Cour (pour trois ans) et pro-

6:16
cède à la configuration des formations de jugement.
II – Les voies de recours permettant le contrôle 5445
La Cour européenne s’inscrit dans le cadre d’une garantie collective des libertés fon-
:889

damentales, puisqu’elle peut être saisie par un État partie ou un individu.


2821

A – Les requêtes étatiques


Aux termes de l’article 33, « Toute Haute Partie contractante peut saisir la Cour de
1058

tout manquement aux dispositions de la Convention et de ses Protocoles qu’elle


croira pouvoir être imputé à une autre Haute Partie contractante ».
n:21

Ce recours est objectif en ce qu’il offre à un État partie la possibilité de veiller au


bidja

respect des stipulations conventionnelles souscrites, alors même qu’il n’a subi aucun
dommage. Toutefois, ce recours est décevant car la crainte de représailles entre États
e d’A

annihile en pratique l’efficience de ce dispositif.

B – Les requêtes individuelles


sitair

L’article 34 stipule que « La Cour peut être saisie d’une requête par toute personne
niver

physique, toute organisation non gouvernementale ou tout groupe de particuliers


qui se prétend victime d’une violation par l’une des Hautes Parties contractantes des
tut U

droits reconnus dans la Convention ou ses Protocoles. Les Hautes Parties contrac-
tantes s’engagent à n’entraver par aucune mesure l’exercice efficace de ce droit ».
:Insti

Note : la France n’a reconnu ce droit de recours individuel que le 2 octobre 1981.
Pièce centrale du système, cet article est le résultat de la suppression des clauses
x.com

facultatives d’acceptation préalable par l’État partie du droit de recours individuel


et de la juridiction obligatoire de la Cour européenne. Depuis 1998, il offre à toute
larvo

personne, physique ou morale, pouvant justifier d’un intérêt à agir né d’un préjudice
important (cf. art. 35, § 3 b de la Convention telle qu’amendée par le Protocole n° 14 ;
o
l.sch
Chapitre 2 – La garantie des libertés fondamentales dans le cadre du Conseil de l’Europe • 89

et la première application de ce critère de recevabilité : CEDH 1er juin 2010, Ionescu


c/ Roumanie) – qu’il soit direct, indirect ou potentiel – résultant du comportement
défaillant d’une partie contractante, la possibilité de saisir directement l’organe judi-
ciaire de contrôle.
Précision : le protocole additionnel n° 15 autorise dorénavant la Cour à ne pas
examiner une requête en l’absence d’un préjudice important, et ce, alors même que
celle-ci n’aurait pas été dûment examinée par une juridiction interne.
Remarque : placé au cœur du mécanisme de contrôle repensé, l’individu, dont les

3598
libertés consacrées ont été violées, se voit reconnaître la qualité de titulaire d’un droit
de recours subsidiaire d’application automatique dès lors qu’ont été épuisées les voies

1802
de recours internes utiles (CEDH 20 févr. 1991, Vernillo c/ France), à moins qu’elles ne
soient toutes vouées à l’insuccès évident (CEDH 29 oct. 1992, Open Door & Dublin

6:17
Well Woman c/ Irlande).
S’agissant des conditions de recevabilité, on précisera juste qu’il faut distinguer les

0.18
conditions formelles de recevabilité des requêtes qui sont faibles pratiquement comme
pour le recours pour excès de pouvoir en contentieux administratif et les conditions

4.23
procédurales qui sont plus strictes. Il existe en particulier une condition procédurale
difficile à remplir et à interpréter, celle de l’article 35 de la Convention européenne

0.15
des droits de l’homme : la condition de l’épuisement des voies de recours internes.

6:16
En effet, pour qu’une affaire puisse être jugée recevable par la Cour européenne des
droits de l’homme il faut que celle-ci ait été jugée définitivement, en principe par la plus
haute juridiction compétente au plan national. Cette condition procédurale de receva-
5445
bilité des requêtes est une condition qui, dans un premier temps, a été interprétée de
:889

manière assez souple. Cette première tendance était liée au fait qu’à l’origine la Cour
européenne des droits de l’homme cherchait à étendre son domaine de compétence.
2821

Aujourd’hui, la Cour européenne des droits de l’homme cherche au contraire à


refermer l’accès à son prétoire et elle interprète plus strictement cette condition de
1058

recevabilité. Désormais un seuil est fixé puisque la Cour européenne des droits de
l’homme considère que le recours individuel ne peut plus être formé, depuis l’entrée en
n:21

vigueur du Protocole n° 15, que dans un délai de quatre mois à compter du moment
bidja

où la solution nationale est devenue définitive et dont la satisfaction s’apprécie au


regard des critères propres à la Convention.
e d’A

III – L
 es méthodes de contrôle
sitair

A – Le contrôle normal


niver

Lorsqu’elle est saisie, la Cour de Strasbourg rend un arrêt par lequel elle signale ou non
la compatibilité de mesures nationales litigieuses avec la Convention. Statutairement,
tut U

l’activité de la Cour se résume ici à la simple constatation de la violation d’une stipu-


lation conventionnelle par une activité étatique qu’elle ne peut faire cesser, et à l’égard
:Insti

de laquelle elle ne peut pas prescrire de mesures correctives ou injonctives pour obte-
nir la satisfaction des obligations souscrites.
x.com

NB : l’article 41 de la Convention prévoit néanmoins, que « Si la Cour déclare qu’il y


a eu violation de la Convention ou de ses Protocoles, et si le droit interne de la Haute
larvo

Partie contractante ne permet d’effacer qu’imparfaitement les conséquences de cette


violation, la Cour accorde à la partie lésée, s’il y a lieu, une satisfaction équitable ».
o
l.sch
90 • Titre 2 – La garantie supranationale des libertés fondamentales

Autrement dit, les arrêts de la Cour européenne sont en principe revêtus d’une
autorité relative de chose jugée, d’un caractère déclaratoire (CEDH 13 juin 1979,
Marcks c/ Belgique ; confirmé par : CEDH 7 juill. 1989, Soering c/ Royaume-Uni), ce
qui signifie que l’État considéré a le libre choix des moyens à utiliser dans son ordre
juridique pour s’acquitter d’une obligation qui découle pour lui de l’article 46, § 1, et
ils ne valent pas titre exécutoire sur le territoire de l’État défaillant (art. 41).
Précision : revêtus d’une autorité relative de chose jugée, les arrêts de la Cour de
Strasbourg ont donc un caractère obligatoire et définitif. Ni modifiables ni contes-

3598
tables devant une autre instance, ils peuvent néanmoins être réexaminés ou faire
l’objet d’une demande en révision ou en interprétation. Il est utile de préciser que,

1802
depuis 2010, est inscrite dans la Convention européenne des droits de l’homme une
procédure de manquement (art. 46 § 4) qui permet au Comité des ministres de saisir

6:17
la Cour de Strasbourg pour déterminer si un État a ou non refusé de se conformer à
un arrêt rendu par celle-ci. Confiée à la grande chambre de la Cour, cette procédure a

0.18
été mobilisée contre l’Azerbaïdjan pour connaître de l’exécution de l’arrêt Mammadov
c/ Azerbaïdjan rendu le 13 octobre 2014 (CEDH, n° 15172/13).

4.23
En conséquence, les effets juridiques des arrêts de la Cour de Strasbourg étaient en

0.15
théorie respectueux de la souveraineté internationale des États parties. Mais en pra-
tique, l’attitude du juge de Strasbourg est différente, car il entend au nom de l’effet

6:16
utile de la Convention de 1950 (cf. : CEDH 9 oct. 1979, Airey c/ Irlande) déborder
le cadre de sa compétence pour assurer une protection effective des droits et libertés 5445
consacrés.
:889

B – Le contrôle approfondi


2821

• Tout d’abord, alors qu’elle se contentait d’encadrer le choix des moyens mis en
œuvre par les autorités nationales pour s’acquitter de leurs obligations convention-
1058

nelles, en précisant que les Parties contractantes devaient faire preuve de diligence
et de promptitude (CEDH 13 juin 1979, Marcks c/ Belgique ; confirmé par : CEDH
n:21

29 nov. 1991, Astrid Verneire c/ Belgique), la Cour a pris l’habitude de préconiser


l’adoption de mesures de portée générale (CEDH 8 avr. 2004, Assanidze c/ Géorgie ;
bidja

CEDH, gr. ch., 22 juin 2004, Broniowski c/ Pologne), parfois même assez précise (cf.
CEDH 12 mai 2005, gr. ch., Ocalan c/ Turquie), et non plus seulement individuelles,
e d’A

afin d’opérer un dépassement du caractère déclaratoire de ses arrêts. D’ailleurs,


cette prétention est dorénavant relayée par une surveillance du Comité des ministres
sitair

(art. 46, § 2) pouvant, dans des situations devant en principe demeurer exception-
nelles, saisir la Grande chambre d’une action en manquement défaillant d’une Partie
niver

contractante lors de l’exécution des arrêts de la Cour européenne (art. 46, § 4).
tut U

• Ensuite, contrairement à sa jurisprudence classique (Commission EDH 20 mars 1991,


Cruz-Varas et autres c/ Suède), le juge de Strasbourg considère également que les
:Insti

autorités de l’État doivent, au nom de l’effectivité des libertés conventionnellement


consacrées, respecter les mesures provisoires indiquées (CEDH, gr. ch., 13 juill. 2000,
x.com

Scozzari et Guinta c/ Italie, confirmé par : CEDH, gr. ch., 4 févr. 2005, Mamatkulov
et Askarov c/ Turquie), dont le non-respect devient une violation de la Convention.
larvo

NB : Frédéric Sudre note que la Cour semble en parallèle « énoncer un principe de


« loyauté conventionnelle », issu de l’article 1er de la Convention (…) [selon lequel]
o
l.sch
Chapitre 2 – La garantie des libertés fondamentales dans le cadre du Conseil de l’Europe • 91

l’État doit adopter des mesures de portée générale lorsque la violation constatée
trouve son origine directement dans la règle de droit interne ». En la matière, il ressort
de la jurisprudence du Conseil d’État que ce principe de loyauté conventionnel a fort
bien été intégré au niveau national (sur ce point, cf. CE, ass., 30 juill. 2014, Vernes).
• Puis, dans le prolongement de la systématisation de la notion de « précédent »
(cf. : CEDH, gr. ch., 18 janv. 2001, Chapman c/ Royaume-Uni), la Cour recourt
(cf. notamment : CEDH, gr. ch., 22 juin 2004, Broniowski c/ Pologne ; CEDH
19 juin 2006, Hutten-Czapska c/ Pologne) à la procédure de l’arrêt « pilote », qui

3598
permet à des fins de sécurité juridique de prévoir un dispositif spécifique pour le trai-
tement des affaires répétitives ; solution que l’article 28 b du Protocole n° 14 conforte

1802
et préconise aujourd’hui.
• Encore, se surajoute à cela une interprétation dynamique, extensive et autonome

6:17
des stipulations conventionnelles, puis une référence croissante et désordonnée, mais
toujours progressiste, à des sources extérieures à la Convention de 1950, telles que

0.18
la pratique du Comité des droits de l’homme des Nations unies (ici, cf. par exemple :

4.23
CEDH 10 nov. 2004, Sejdovic c/ Italie).
Note : symbole de l’interprétation constructive de la Convention, l’arrêt du

0.15
13 juin 1979, Marckx c/ Belgique, fut l’occasion pour le juge de Strasbourg de définir
ce traité international comme « un instrument vivant à interpréter à la lumière des

6:16
conditions de vie actuelle », pour justifier des interprétations évolutives.
• Par ailleurs, la procédure de l’avis consultatif récemment instituée semble aller 5445
aussi en ce sens car bien qu’un avis ne soit pas contraignant au regard des stipulations
:889

conventionnelles, la Cour paraît agir dans l’idée d’un dépassement de leur portée en
jugeant qu’ils forment des précédents dont elle n’entend pas s’écarter ultérieurement
2821

sans motif valable (sur ce point, cf. notamment : CEDH 16 juill. 2020, D. c/ France).
• Enfin, il apparaît que si le principe de territorialité de l’application de la Convention
1058

est la règle (cf. CEDH 12 déc. 2011, Bankovic c/ Belgique), le juge de Strasbourg
n’hésite pas à retenir l’exception de l’extraterritorialité lorsqu’un agent d’un État partie
n:21

exerce son autorité et son contrôle à l’étranger ou lorsqu’un État partie exerce son
contrôle effectif sur un territoire étranger (cf. CEDH, gr. ch., 7 juill. 2011, Al-Skeini et
bidja

autres c/ Royaume-Uni) ; dans un objectif bien compris d’une diffusion large du droit
e d’A

issu du système conventionnel.


En définitive, ces quelques éléments d’une jurisprudence foisonnante laissent appa-
sitair

raître que la Cour de Strasbourg s’efforce désormais, autant que possible, à un dépas-
sement général du caractère déclaratoire de ses arrêts qui se traduit concrètement
niver

dans les ordres juridiques nationaux par une mise en conformité normalisée et volon-
taire du droit interne des États parties. Sur ce plan, l’attitude de la Cour de Strasbourg
tut U

est parfois des plus claires, lorsqu’elle considère notamment que les États sont tenus
de respecter dans les affaires similaires sa jurisprudence sans attendre d’être attaqués
:Insti

devant elle (CEDH 22 avr. 1993, Modinos c/ Chypre ; CEDH 4 oct. 2007, Verein gegen
Tierfabriken Schweiz c/ Suisse).
x.com
larvo
o
l.sch
92 • Titre 2 – La garantie supranationale des libertés fondamentales

§ 2 – Le Comité européen des droits sociaux


La protection des libertés fondamentales prévue par la Charte sociale repose sur deux
procédures et s’articule autour de deux organes : un organe indépendant (le Comité
européen des droits sociaux), qui se compose d’experts désignés par les États, et un
organe politique (le Comité des ministres du Conseil de l’Europe).

I – Le contrôle par voie de rapports étatiques

3598
Mis en place par la Partie IV de la Charte sociale du 18 octobre 1961, ce contrôle pré-
voit que « les Parties contractantes présenteront au Secrétaire Général du Conseil de

1802
l’Europe (…) un rapport biennal, relatif à l’application des dispositions de la partie II
de la Charte qu’elles ont acceptées » (art. 22).

6:17
Ce rapport est ensuite examiné par le Comité européen des droits sociaux qui trans-
met ses conclusions à un sous-comité du Comité social gouvernemental du Conseil de

0.18
l’Europe. Ce dernier, sur la base du rapport du Comité d’experts et celui de la Partie
contractante impliquée, présente alors, à son tour, au Comité des ministres un rapport

4.23
public contenant ses conclusions (art. 27, § 3).

0.15
L’article 29 de la Charte de 1961 prévoit qu’ « À la majorité des deux tiers des
membres ayant le droit d’y siéger, le Comité des Ministres pourra, sur la base du rap-

6:16
port du sous-comité et après avoir consulté l’Assemblée Consultative, adresser toutes
recommandations nécessaires à chacune des Parties contractantes ». 5445
Modifié par un Protocole d’amendement du 21 octobre 1991, ce mécanisme a été
révisé pour accroître son efficacité, mais comme tout mécanisme de contrôle sur rap-
:889

ports, cette procédure a une portée limitée puisque l’organe de contrôle ne dispose
2821

pas d’un pouvoir qui lui permettrait d’adresser aux États parties des recommandations
dotées d’une véritable portée juridique contraignante.
1058

II – Le contrôle par voie de réclamations collectives


n:21

Mis en place par le Protocole additionnel à la Charte sociale européenne du


9 novembre 1995, et entré en vigueur le 1er juillet 1998, l’objectif de ce nouveau
bidja

contrôle est, comme l’indique son Préambule, de renforcer « la participation des par-
tenaires sociaux et des organisations non gouvernementales » dans le cadre de « la
e d’A

mise en œuvre effective des droits sociaux garantis par la Charte ».


À cette fin, les Parties contractantes ont reconnu à certaines « organisations », dont
sitair

l’énumération figure à l’article premier du Protocole de 1995, « le droit de faire des


niver

réclamations alléguant une application non satisfaisante de la Charte ».

A – Procédure
tut U

Permettant de mettre en cause un État partie pour faire constater la violation d’une
:Insti

disposition de la Charte qu’il a acceptée, ces réclamations « collectives » doivent être


écrites (art. 4) et adressées au Secrétaire général « qui en accuse réception, en informe
x.com

la Partie contractante mise en cause et la transmet immédiatement au Comité d’ex-


perts indépendants » (art. 5).
larvo

Tout d’abord, ce dernier apprécie la recevabilité de la réclamation et rend sur ce


point une décision définitive et publique (art. 7), à des fins de publicité.
o
l.sch
Chapitre 2 – La garantie des libertés fondamentales dans le cadre du Conseil de l’Europe • 93

Ensuite, s’il décide qu’une réclamation est recevable, le Comité apprécie sa per-
tinence et « rédige un rapport dans lequel il décrit les mesures qu’il a prises pour
examiner la réclamation et présente ses conclusions sur le point de savoir si la Partie
contractante mise en cause a ou non assuré d’une manière satisfaisante l’application
de la disposition de la Charte visée par la réclamation » (art. 8, § 1).
Enfin, « sur la base du rapport du Comité d’experts indépendants, le Comité des
Ministres adopte une résolution à la majorité des votants. En cas de constat, par le
Comité d’experts indépendants, d’une application non satisfaisante de la Charte, le

3598
Comité des Ministres adopte, à la majorité des deux tiers des votants, une recom-
mandation à l’adresse de la Partie contractante mise en cause » (art. 9, § 1).

1802
B – Effets

6:17
Offrant la possibilité à des « organisations » d’enclencher une procédure visant à ce
que soit contrôlée la conventionnalité, au regard de la Charte sociale, d’une législation

0.18
nationale, par exemple, le système de réclamations collectives est une avancée qui doit
être saluée. Mais ce système confère cependant au Comité des Ministres le pouvoir

4.23
ultime de décision pour adresser ou non à un État partie mis en cause une recomman-
dation dénuée de valeur contraignante.

0.15
Si cette procédure semble inaboutie, l’évolution va toutefois dans le bon sens.

6:16
En effet, après avoir été plutôt réservé sur les conclusions des violations de la Charte
admises par le Comité européen des droits sociaux à compter de 1998 (CEDS, décis.
n° 1/1998 du 10 sept. 1999, Commission internationale des juristes c/ Portugal), le 5445
Comité des Ministres semble désormais considéré bien plus qu’auparavant le travail du
:889

Comité d’experts, dans la mesure où il n’hésite plus à reprendre ses conclusions (CEDS,
décis. n° 12/2002 du 15 mai 2003, Confédération des entreprises suédoises c/ Suède), en
2821

tenant moins compte qu’il ne le faisait des arguments avancés par l’État partie défaillant.
1058

Dans l’ordre juridique du Conseil de l’Europe, les documents de consécration et les


mécanismes de protection des libertés ne sont pas aussi nombreux et épars que ceux
n:21

que l’on peut rencontrer dans l’ordre juridique international. Aujourd’hui, le système
mis en place par la Convention européenne des droits de l’homme apparaît, dans le
bidja

cadre de la garantie supranationale des libertés, comme le système le plus ancien et le


e d’A

plus élaboré, en ce qu’il organise un recours unique au monde qui s’apparente à maints
égards à ceux que l’on trouve dans les systèmes constitutionnels nationaux.
Note : en apparence, la garantie des libertés dans le cadre du Conseil de l’Europe
sitair

semble compartimentée en différenciant celle des « droits-libertés » issus de la


niver

Convention européenne des droits de l’homme et celle des « droits-créances » conte-


nus dans la Charte sociale révisée. Malgré cette apparente dualité, les choses sont
tut U

en réalité moins tranchées, et comme l’a bien précisé le juge de Strasbourg, aucune
« cloison étanche ne sépare la sphère des droits économiques et sociaux du domaine
:Insti

de la Convention » (CEDH 9 oct. 1979, Airey c/ Irlande), ce qui favorise le dévelop-


pement des droits. D’ailleurs, on peut observer depuis l’arrêt de Grande chambre du
x.com

12 novembre 2008, Demir et Baykara c/ Turquie, un réel renforcement de la prise


en compte de la matière sociale dans la jurisprudence de la Cour de Strasbourg, qui
larvo

se produit à partir d’une interprétation audacieuse et extensive des stipulations de la


Convention de 1950.
o
l.sch
94 • Titre 2 – La garantie supranationale des libertés fondamentales

Remarque : pour reprendre la formule de Frédéric Sudre, ces deux garanties sont
en effet « perméables » l’une à l’autre, car les emprunts réciproques ne sont pas rares.
Pour donner un effet utile aux stipulations de la Convention, la Cour de Strasbourg
n’hésite d’ailleurs pas à donner une interprétation large des droits civils et politiques
en leur reconnaissant des prolongements économiques et sociaux, en s’appuyant sur
la Charte sociale européenne (CEDH 27 juill. 2004, Sidabras et Dziautas c/ Lituanie),
ou sur les interprétations que peut donner le Comité européen des droits sociaux
(CEDH 21 févr. 2006, Tüm Haber Sen et Cinar c/ Turquie). De la même manière, ce

3598
dernier n’hésite pas non plus à emprunter les raisonnements de la Cour européenne
de Strasbourg (CEDS, décis. n° 16/2003 du 30 novembre 2004, CFE-CGC c/ France),

1802
et cela parfois de manière explicite, en citant notamment certains de ses arrêts (cf. :
CEDS, décis. n° 17/2003 du 7 décembre 2004, OMCT c/ Grèce).

6:17
Par conséquent, en favorisant l’influence croissante du droit européen des libertés
sur les ordres juridiques nationaux, la garantie publique des libertés fondamentales

0.18
dans le cadre du Conseil de l’Europe apparaît donc comme une véritable réussite au
regard du premier objectif fixé lors du Congrès de La Haye du 7 mai 1948.

4.23
Pour ce qui est du second objectif, la construction d’une Europe économique s’est,
elle, développée en parallèle, et approfondie de telle manière que de nombreux États

0.15
manifestent aujourd’hui leur souhait de participer à cette odyssée malgré les fortes

6:16
turbulences économiques et financières qu’elle rencontre depuis quelque temps.

5445
:889
2821
1058
n:21
bidja
e d’A
sitair
niver
tut U
:Insti
x.com
larvo
o
l.sch
Chapitre 3
La garantie des libertés fondamentales
dans le cadre de l’Union européenne

L’essentiel

3598
Bien qu’elle ait été pensée comme une entreprise au service de la paix, l’Europe
communautaire a souffert d’un problème de légitimité en ne s’intéressant guère,

1802
à l’origine, à la question de la garantie des libertés. Le juge communautaire s’est
alors employé à œuvrer à l’avènement d’une garantie jurisprudentielle en la

6:17
matière, avant que celle-ci ne soit institutionnellement consolidée.

0.18
4.23
Section 1 – L
 a reconnaissance des libertés
dans le cadre de l’Union européenne

0.15
6:16
C’est d’abord le juge communautaire qui, au fil de sa jurisprudence, a constitué un
corpus de droits et libertés correspondant au standard minimum du droit international
des droits de l’homme. 5445
:889

§ 1 – La reconnaissance jurisprudentielle des libertés


2821

I – Le silence
1058

Exception faite de quelques principes destinés à asseoir le Marché commun sur un cer-
tain nombre de fondements structurels (cf. notamment les principes de libre circula-
n:21

tion et de non-discrimination des personnes), les traités fondateurs des Communautés


bidja

européennes ne contenaient aucune disposition spécifique à la garantie des libertés


des personnes. Ils marquaient ainsi la volonté des États membres d’éviter toute inter-
e d’A

vention de la Communauté européenne dans un domaine relevant par nature de leur


compétence exclusive. Dans ces conditions, la garantie des libertés est apparue, dès
sitair

le départ, en marge de la construction communautaire, ce qui devait rapidement se


révéler problématique.
niver

II – Le problème
tut U

Si les institutions communautaires se sont vu reconnaître par les États membres l’exer-
cice de prérogatives de puissance publique, le postulat axiologique de la notion d’État
:Insti

de droit supposait que la contrepartie d’une telle délivrance soit que l’autorité bénéfi-
ciaire assure en retour une garantie publique des libertés.
x.com

Remarque : l’idée est ici qu’un transfert, ou une limitation, de l’exercice d’une
compétence comprise en puissance dans la souveraineté nationale ne doit pas être
larvo

l’occasion d’une diminution, ou disparition, de la garantie des libertés.


o
l.sch
96 • Titre 2 – La garantie supranationale des libertés fondamentales

Or, dans le cadre communautaire édifié par le Traité de Rome du 25 mars 1957,
cette contrepartie était inexistante. Jugée peu préoccupante à l’origine, en raison de
la faible potentialité de confrontation entre le droit communautaire et le droit des per-
sonnes, cette situation a fini par poser problème lorsque les compétences des autorités
communautaires ont été sensiblement accrues et que leur exercice s’est avéré suscep-
tible d’affecter les libertés fondamentales garanties par ailleurs, et cela en particulier
dans les constitutions nationales.
La thèse de la congruence structurelle a alors été avancée pour solutionner les

3598
effets induits de l’absence de proclamation communautaire des libertés, ce que la Cour
de Luxembourg a écarté au nom du principe de l’autonomie de l’ordre juridique com-

1802
munautaire, en considérant qu’il ne lui appartenait pas dans le cadre du contrôle de
validité des normes communautaires « d’assurer le respect des règles de droit interne,

6:17
même constitutionnelles, en vigueur dans l’un ou l’autre des États membres » (CJCE
4 févr. 1959, Friedrich Stork et Cie c/ Haute Autorité de la CECA ; CJCE 12 févr. 1960,

0.18
Comptoir de vente du charbon de la Ruhr ; CJCE 1er avr. 1965, Marcello Sgarlata e.a.
c/ Commission). Par suite, ce refus s’est révélé être une source de conflit.

4.23
III – L
 e conflit

0.15
Dans leur système juridique national, certaines Cours constitutionnelles ont en effet

6:16
décidé de relativiser la portée des principes cardinaux d’effet direct et de primauté
des normes communautaires, et de contester de manière incidente la compétence
exclusive de la Cour de Luxembourg, en s’estimant compétentes pour apprécier la 5445
légalité du droit dérivé dès lors qu’il viendrait à méconnaître les exigences natio-
:889

nales en matière de libertés constitutionnellement garanties. Au moyen de réserves


de constitutionnalité, la résistance est venue d’Italie et de la République Fédérale
2821

d’Allemagne, où les juges constitutionnels ont annoncé qu’ils entendaient apprécier la


constitutionnalité des normes communautaires, spécialement de droit dérivé, « aussi
1058

longtemps que » les Communautés européennes n’auraient pas développé de système


de garantie des libertés équivalent, c’est-à-dire globalement comparable, à celui édifié
n:21

au niveau constitutionnel national.


bidja

IV – L
 a solution
e d’A

Pour résoudre ce conflit, la meilleure solution consistait sans nul doute à faire adhérer
la Communauté à la Convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme
sitair

et des libertés fondamentales adoptée par la majeure partie des États membres
de l’époque. Néanmoins, cette éventualité a été écartée, et c’est alors le juge de
niver

Luxembourg qui, conscient des déficiences du système de la Communauté, a entrepris


de résoudre le problème arrivé jusqu’à lui par le canal du recours en annulation et celui
tut U

du mécanisme de renvoi préjudiciel.


Par un arrêt du 12 novembre 1969, Erich Stauder c/ Stadt Ulm-Sazialamt, complété
:Insti

et précisé par un arrêt du 17 décembre 1970, Internationale Handelsgesellschaft, la


Cour de Luxembourg est venue indiquer son intention de garantir les libertés au titre
x.com

de la catégorie formelle des « principes généraux du droit » dont elle assurait déjà
le respect dans le domaine de la responsabilité non contractuelle de la Communauté,
larvo

tout en précisant que cette sauvegarde serait construite « dans le cadre de la structure
et des objectifs de la Communauté ».
o
l.sch

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