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Conflit de cession de créance : analyse juridique

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LE PRÉ-BARREAU

FORMATION 2022
DROIT DES OBLIGATIONS
CORRIGÉ DU SUJET SUPPLÉMENTAIRE N°10*** – RGO + VIDEO DE CORRECTION

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** sujet supplémentaire important.
*** sujet supplémentaire très important.

CONSULTATION

M. Manel s’interroge relativement à la cession de créance conclue avec M. Rigo. La question se pose de savoir si,
et le cas échéant pour quel montant, il peut réclamer paiement à M. Netou.

La première question relative à cette cession de créance a trait au point de savoir lequel des deux cessionnaires,
M. Manel ou Mme Ling, pouvait valablement réclamer paiement de sa créance au débiteur. Il s’agit donc de trancher un
conflit entre deux cessionnaires d’une même créance puisque M. Rigo a cédé deux fois la même créance.

Pour résoudre un conflit entre deux cessionnaires successifs, il faut comparer les dates de la cession. C’est ce que
confirme la lecture de l’article 1325 du Code civil in limine, aux termes duquel « le concours entre cessionnaires successifs
d'une créance se résout en faveur du premier en date ». À cet égard, l’article 1323 prévoit, en son alinéa 2nd, que le transfert
de la créance « est opposable aux tiers dès ce moment », c’est-à-dire « à la date de l’acte » (al. 1er).
En l’espèce, M. Rigo a cédé sa créance à M. Manel le 15 février dernier. En revanche, on ne possède aucune
information sur la date de la cession de sa créance par M. Rigo à Mme Ling.
Il faut donc distinguer.

Si, première hypothèse, la cession de sa créance par M. Rigo à Mme Ling est antérieure au 15 février, le conflit
entre M. Manel et Mme Ling se résout en faveur de cette dernière. Elle seule pouvait valablement demander paiement au
débiteur, M. Netou, ce qu’elle a fait.

Se pose donc la question de savoir quelles sont les solutions envisageables par M. Manel, second cessionnaire en
date. Aucune action n’est envisageable contre, d’une part, Mme Ling puisqu’elle est la première cessionnaire en date, et,
d’autre part, contre M. Netou, puisqu’il a payé le véritable cessionnaire. En revanche, il faut se poser la question d’un
éventuel recours contre le cédant, M. Rigo.

À cet égard, l’article 1326 du Code civil dispose que « celui qui cède une créance à titre onéreux garantit l'existence
de la créance et de ses accessoires (…) ». Si, au jour de la cession, la créance est susceptible de faire l’objet d’une cause
d’annulation ou d’extinction, le cédant doit garantir le cessionnaire contre cette éviction. Il risque donc d’être tenu de
rembourser le prix de cession et de verser des dommages et intérêts. Le cédant devra garantir le cessionnaire dans toutes
les hypothèses où la cession ne transférerait pas au cessionnaire un droit efficace. Ainsi cette garantie sera-t-elle due
lorsque la créance n’a jamais existé, mais également lorsqu’elle a été annulée ou lorsqu’elle avait déjà été cédée à un tiers.
Toutefois, cela ne vaut que si la cession s’est faite à titre onéreux. A contrario, le cédant qui cède sa créance à titre gratuit
n’est pas tenu de la garantie de l’article 1326. Rappelons enfin qu’aux termes d’ l’article 1107 du Code civil, « le contrat est
à titre onéreux lorsque chacune des parties reçoit de l’autre un avantage en contrepartie de celui qu’elle procure (al. 1 er). Il
est à titre gratuit lorsque l’une des parties procure à l’autre un avantage sans attendre ni recevoir de contrepartie (al. 2) ».
En l’espèce, on ne sait pas si le cessionnaire, M. Manel était tenu d’une contrepartie à l’égard du cédant, M. Rigo.
Dès lors, il faut distinguer :
- Si la cession a eu lieu à titre gratuit, le cédant n’est pas tenu de garantir l’existence de la créance, de sorte
que le cessionnaire apparaît dépourvu de toute action.
- Si, au contraire, la cession a été consentie par le cédant en contrepartie d’un avantage que le cessionnaire
s’était engagé à lui procurer, alors le cédant sera tenu de garantir l’existence de la créance.

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Reste que l’article 1326 pose l’existence d’une garantie due par le cédant, « à moins que le cessionnaire l’ait
acquise à ses risques et périls ou qu’il ait connu le caractère incertain de la créance ». Dans cette hypothèse, le cessionnaire
ayant pris le risque de se voir privé de la créance ne peut ensuite se retourner contre le cédant.
En l’espèce, rien n’indique que le cessionnaire ait acquis la créance à ses risques et périls ou connu un caractère
incertain de la créance, qu’aucun élément dans l’énoncé ne permet d’étayer.
Dès lors, si la cession a eu lieu à titre onéreux, le cédant est tenu de garantir l’existence de la créance. Sur le
fondement de cette garantie, le cessionnaire pourra donc lui réclamer restitution de l’éventuel prix payé en contrepartie
de la cession.
Il pourrait également songer à demander des dommages et intérêts sur le fondement de la responsabilité
contractuelle (C. civ., art. 1217 et 1231-1).

Selon l’article 1231-1 du Code civil, pour engager la responsabilité contractuelle de son débiteur, le créancier doit
établir l’existence d’un manquement contractuel (1), d’un dommage (2) et d’un lien de causalité entre les deux (3). En
outre, l’article 1231 du Code civil impose une condition de forme – avant d’intenter toute action, le demandeur doit
préalablement mettre en demeure son débiteur d’avoir à s’exécuter. Néanmoins, le texte prévoit une exception à ce
principe. En effet, une telle mise en demeure n’est plus exigée lorsque l’inexécution est définitive, autrement dit lorsqu’il
n’est plus possible de remédier à l’inexécution contractuelle.
S’agissant de la mise en demeure préalable, il a été établi qu’au jour de la cession au profit de M. Manel, le cédant
avait déjà cédé sa créance à Mme Ling (1ère hypothèse). Il n’est donc plus possible de remédier à cette inexécution.
M. Manel n’aura ainsi pas à mettre en demeure le cédant.
Le manquement contractuel suppose d’établir que le débiteur d’une obligation n’a pas ou a imparfaitement
exécuté son obligation. A cet égard, l’article 1194 du Code civil dispose que « les contrats obligent non seulement à ce qui
y est exprimé, mais encore à toutes les suites que leur donnent l'équité, l'usage ou la loi ». Or l’article 1326 impose au
cédant de garantir l’existence de sa créance (V. supra). Autrement dit, lorsqu’il cède une créance, le cédant doit en être
titulaire. Tel n’est pas le cas lorsqu’il a déjà cédé sa créance à un tiers : n’étant plus titulaire de la créance, il ne peut plus
la transférer.
En l’espèce, M. Rigo a cédé la créance qu’il avait sur M. Netou alors qu’il avait déjà cédé cette créance à M. Ling.
Le manquement contractuel du promettant peut ainsi être établi.
S’agissant du dommage, il doit être de ceux que le droit répare et doit être direct (il doit être la suite directe du
fait dommageable), certain (sa réalisation doit être certaine et non pas éventuelle) et le préjudice qui en résulte doit être
légitime.
En l’espèce, dès lors que le cessionnaire, M. Manel, ne pourra obtenir paiement de la prétendue créance qu’il a
acquise, il subit un dommage. Toutefois, s’il agit en garantie contre le cédant, M. Rigo, il pourra obtenir restitution de
l’éventuel prix payé en contrepartie de la cession1. Le prix de cession étant nécessairement inférieur au montant nominal
de la créance, il subsiste un dommage matériel correspondant à la différence entre le montant nominal de la créance (qu’il
aurait pu obtenir si le débiteur cédé, M. Netou, s’était acquitté entre ses mains) et le prix acquitté entre les mains de M.
Rigo, cédant. Certain et actuel, ce dommage est bien la suite directe de l’inexécution de ses obligations par le cédant. Enfin,
les préjudices qui en résultent sont bien légitimes.
Ainsi, le cessionnaire pourra sans difficultés établir son dommage.
S’agissant, enfin, du lien de causalité, aux termes de l’article 1231-4 du Code civil, c’est la théorie de la causalité
adéquate – qui permet de sélectionner les faits ayant pu conduire au dommage pour ne retenir que les plus déterminants
– qui est retenue en matière contractuelle.
En l’espèce, si le cédant n’avait pas déjà cédé sa créance à Mme Ling lorsqu’il l’a cédée à M. Manel, celui-ci n’aurait
eu aucune difficulté à obtenir paiement de sa créance de la part du débiteur cédé.
Le lien de causalité peut donc être établi sans difficultés.
Ainsi, les conditions étant réunies, le cessionnaire, M. Manel, pourra obtenir l’indemnisation de son dommage.

Si au contraire, seconde hypothèse, la cession de la créance à M. Manel est antérieure à la cession de la créance
à Mme Ling, M. Manel l’emporte. Cela ne résout toutefois pas la difficulté puisque lorsque M. Manel a réclamé paiement
de sa créance à M. Netou, celui-ci lui a affirmé avoir déjà payé Mme Ling. Se pose alors la question de ses voies d’action.

M. Manel peut tout d’abord songer à agir contre le cédant. Deux types de garanties peuvent être envisagés : la
garantie d’existence d’une part, la garantie du fait personnel du cédant d’autre part.

S’agissant de la garantie d’existence de la créance, elle a vocation à jouer lorsque la créance n’a jamais existé,
mais également lorsqu’elle a été annulée ou lorsqu’elle avait déjà été cédée à un tiers.
En l’espèce, la créance de M. Rigo existait bel et bien dans son patrimoine lorsqu’il l’a cédée à M. Manel.

1 Rappelons en effet que l’action contre le cédant suppose que la cession ait eu lieu à titre onéreux.
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Dès lors, la garantie d’existence de la créance de M. Rigo ne pourra pas être engagée.

La garantie du fait personnel a vocation à jouer lorsque l’efficacité du droit transmis au cessionnaire disparaît,
entre le jour de la cession et celui de son opposabilité au débiteur cédé, par le fait du cédant. Ainsi la garantie est-elle due
au cessionnaire si le cédant compromet ses droits en cédant plusieurs fois la même créance. Par application des règles de
la vente, cette garantie s’applique à la cession consentie à titre onéreux (C. civ., art. 1628 : « Quoiqu’il soit dit que le vendeur
ne sera soumis à aucune garantie, il demeure cependant tenu de celle qui résulte d’un fait qui lui est personnel : toute
convention contraire est nulle »). Il reste que ce type de garantie existant en matière de donation également, on peut en
déduire que, par application des dispositions spécifiques aux donations, le donateur-cédant devra également la garantie
de son fait personnel.
En l’espèce, après avoir cédé sa créance à M. Manel, M. Rigo, cédant, l’a cédée une seconde fois à Mme Ling.
Par son fait, il a donc compromis l’efficacité du droit transmis à M. Manel. Sur le fondement de cette garantie, le
cessionnaire, M. Manel, pourra donc lui réclamer restitution de l’éventuel prix payé en contrepartie de la cession s’il
s’agissait d’une cession à titre onéreux. Il pourrait également songer à demander des dommages et intérêts sur le
fondement de la responsabilité contractuelle (C. civ., art. 1217 et 1231-1) que la cession ait eu lieu à titre gratuit ou
onéreux.

A ce titre, rappelons que trois conditions doivent être réunies pour engager la responsabilité contractuelle d’un
débiteur : un manquement contractuel, un dommage et un lien de causalité. En outre, le demandeur doit préalablement
mettre en demeure son débiteur d’avoir à s’exécuter, sauf lorsqu’il n’est plus possible de remédier à l’inexécution
contractuelle.
S’agissant de la mise en demeure, elle est ici inutile car il n’est plus possible de remédier à l’inexécution
contractuelle de ses obligations par le cédant.
S’agissant du manquement contractuel, M. Rigo a cédé à Mme Ling la créance qu’il détenait sur M. Netou après
qu’il l’a cédée à M. Manel.
Le manquement contractuel du promettant peut ainsi être établi.
S’agissant du dommage, comme on l’a dit, dès lors que le cessionnaire, M. Manel, ne pourra obtenir paiement de
la prétendue créance qu’il a acquise, il subit un dommage. Qu’il s’agisse d’une cession de créance à titre onéreux ou gratuit,
M. Manel a perdu la possibilité d’obtenir paiement de la créance. Il y a donc – au-delà du prix versé en cas de cession à
titre onéreux – un gain manqué. Ce dommage est certain et actuel. En outre, il est bien la suite directe de l’inexécution de
ses obligations par le cédant. Enfin, les préjudices qui en résultent sont bien légitimes.
Ainsi, le cessionnaire pourra sans difficultés établir son dommage.
S’agissant, enfin, du lien de causalité, aux termes de l’article 1231-4 du Code civil, c’est la théorie de la causalité
adéquate – qui permet de sélectionner les faits ayant pu conduire au dommage pour ne retenir que les plus déterminants
– qui est retenue en matière contractuelle.
En l’espèce, si le cédant n’avait pas cédé sa créance à Mme Ling alors qu’il l’avait déjà cédée à M. Manel, ce dernier
n’aurait eu aucune difficulté à obtenir paiement de sa créance de la part du débiteur cédé.
Le lien de causalité peut donc être établi sans difficultés.
Ainsi, les conditions étant réunies, le cessionnaire, M. Manel, pourra obtenir l’indemnisation de son dommage.

Ensuite, M. Manel peut songer à agir contre le débiteur cédé, M. Netou. À cet égard, il faut évoquer l’article 1342-
3 aux termes duquel « le paiement fait de bonne foi à un créancier est valable ». Consacrant expressément la théorie de
l’apparence, ce texte permet à un débiteur qui a payé le créancier apparent d’être libéré par son paiement, alors même
que l’accipiens ne serait pas le véritable créancier. En cas de concours entre cessionnaires successifs d’une même créance,
ce texte permet donc à un débiteur cédé qui a cru payer le véritable créancier d’être libéré par son paiement, alors même
qu’il ne s’agirait que du second cessionnaire en date. L’article 1342-2 pose la condition de bonne foi du solvens. En matière
de cession de créance, l’article 1324, alinéa 1er permet de déterminer si un débiteur cédé est ou non de mauvaise foi. Il
dispose que « la cession n’est opposable au débiteur, s’il n’y a déjà consenti, que si elle lui a été notifiée ou s’il en a pris
acte ». Dès lors, pour rendre le débiteur cédé de mauvaise foi, il est nécessaire de lui rendre opposable la cession.
Autrement dit, si la cession a été rendue opposable au cédé par le premier cessionnaire en date et que le débiteur cédé
paye par la suite le second cessionnaire en date, le débiteur cédé est de mauvaise foi lors de son paiement et s’expose dès
lors à payer une seconde fois. Qui paye mal paye deux fois. Si, au contraire, il paye le second cessionnaire avant que le
premier cessionnaire en date ne lui rende la cession opposable, alors son paiement, fait de bonne foi, est libératoire. Seule
compte en effet la date à laquelle le cessionnaire a rendu la cession opposable au débiteur et non la date de la cession2.
En l’espèce, il est indiqué que la cession de la créance au profit de M. Manel est intervenue le 15 février dernier
et qu’il l’avait rendue opposable au débiteur dix jours plus tard en lui la notifiant, soit le 25 février. En revanche, rien n’est
dit de la date de la cession de la créance à Mme Ling et du moment auquel elle a été rendue opposable au cédé, M. Netou.
Il faut donc distinguer :

2 La date de cession permet de trancher un conflit entre cessionnaires mais est sans incidence à l’égard du cédé.
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- Si M. Manel a d’abord rendu la cession opposable au débiteur cédé (25 février) et qu’ensuite Mme Ling a fait
de même, alors il faut considérer que le débiteur cédé était au courant du changement de créancier opéré
depuis le 25 février en faveur de M. Manel. Par conséquent, le paiement fait entre les mains de Mme Ling
était nécessairement de mauvaise foi puisqu’il est indiqué qu’il a procédé à ce paiement il y a moins d’un
mois.
- Si Mme Ling a été la première à rendre la cession opposable au débiteur cédé, alors il faut considérer que le
paiement fait à celle-ci était de bonne foi. Par application de l’article 1342-3, le paiement était donc libératoire
et M. Manel ne peut agir contre le débiteur.
En définitive, M. Manel ne pourra réclamer paiement au débiteur, M. Netou, que s’il lui a rendu la cession en sa
faveur opposable en premier.

Enfin, M. Manel pourrait envisager une action contre Mme Ling, le cessionnaire second en date (2 ème hypothèse)
qui a reçu paiement. L’article 1325 prévoit in fine qu’en cas de concours entre cessionnaires successifs, le cessionnaire
premier en date « dispose d’un recours contre celui auquel le débiteur aurait fait un paiement ». Consacrant une solution
adoptée par la jurisprudence en matière de cession Dailly, le texte permet au cessionnaire premier en date d’agir contre
le cessionnaire accipiens qui a reçu un paiement indu. Dans cette hypothèse, le cessionnaire premier en date peut réclamer
la restitution du montant nominal de la créance, et non seulement le prix versé entre les mains du cédant, puisque le
paiement de la créance par le débiteur aurait dû être fait entre ses mains. Son recours porte donc sur la somme qu’il aurait
dû recevoir en paiement par le débiteur. Enfin, il faut remarquer que ce recours s’ajoute à celui dont dispose le cessionnaire
à l’égard du cédant, sur le fondement des garanties due par le cédant (V. supra).
En l’espèce, alors même que M. Manel est le premier cessionnaire en date, c’est Mme Ling qui a reçu paiement
de la part du débiteur.
Dès lors, M. Manel pourrait donc agir, sur le fondement de l’article 1325, contre Mme Ling pour récupérer la
somme versée entre ses mains par le débiteur3.(6 pts)

Dans l’hypothèse où M. Manel pourrait valablement demander paiement de la créance cédée au débiteur, M.
Netou (si la cession de la créance en sa faveur est antérieure à la cession de la créance à Mme Ling et qu’il l’a rendue
opposable en premier), reste à savoir – c’est la seconde question – le montant qu’il pourra réclamer. C’est la question de
l’opposabilité des exceptions dans la cession de créance.

L’article 1324, alinéa 2nd dispose que « le débiteur peut opposer au cessionnaire les exceptions inhérentes à la
dette, telles que la nullité, l’exception d’inexécution, la résolution ou la compensation des dettes connexes. Il peut
également opposer les exceptions nées de ses rapports avec le cédant avant que la cession lui soit devenue opposable,
telles que l’octroi d’un terme, la remise de dette ou la compensation de dettes non connexes ». Le texte distingue donc les
exceptions inhérentes à la dette, opposables au cessionnaire en toutes circonstances, des exceptions extérieures à la
créance, opposables si elles sont nées avant que la cession ne lui ait été rendu opposable. Dans la première catégorie, le
texte évoque expressément l’exception d’inexécution. Or, aux termes de l’article 1219 du Code civil, « une partie peut
refuser d’exécuter son obligation, alors même que celle-ci est exigible, si l’autre n’exécute pas la sienne et si cette
inexécution est suffisamment grave ».
En l’espèce, M. Netou, le débiteur cédé semble invoquer une exception d’inexécution puisqu’il affirme ne devoir
payer que la moitié de la somme due au titre de sa dette aux motifs que son cocontractant, M. Rigo n’a effectué que la
moitié des travaux dus en contrepartie. Par conséquent, M. Netou semble fondé à opposer au cessionnaire, M. Manel, une
exception d’inexécution, cela, alors même qu’elle serait née après le 25 février, date à laquelle il lui a rendu la cession
opposable.
M. Manel ne pourra donc réclamer que 10 000 euros.

Dans cette hypothèse, il faut noter que M. Manel pourra agir sur le fondement de la garantie d’existence de la
créance (si l’exception d’inexécution existait au jour de la cession) ou de la garantie du fait personnel (si l’exception
d’inexécution est née après la cession) dans les conditions préalablement détaillées. En effet, par son comportement
(inexécution de ses obligations envers le débiteur cédé), le cédant a compromis l’efficacité du droit transmis.

3 La question se pose néanmoins de savoir si ce recours contre le cessionnaire accipiens second en date existe lorsque le cédé solvens
était de mauvaise foi. Dès lors que le premier cessionnaire en date peut agir contre le débiteur de mauvaise foi, on pourrait songer à le
priver de toute action contre le cessionnaire.
L’article 1325, disposant que le premier cessionnaire en date « dispose d’un recours contre celui auquel le débiteur aurait fait
un paiement » ne distingue pas. Or, il n’y a pas lieu de distinguer là où la loi ne distingue pas : selon ce texte, que le débiteur ait été de
bonne ou de mauvaise foi lors du paiement de l’ayant-cause second en date, l’ayant-cause premier en date dispose d’un recours contre
ce dernier. Dans cette hypothèse, le recours porte sur la somme que l’ayant-cause second en date a reçu des mains du débiteur puisque
c’est précisément la somme qu’aurait dû recevoir l’ayant-cause premier en date. En l’espèce, on ne sait pas si M. Netou est ou non de
mauvaise foi. Dès lors, cette circonstance étant indifférente, M. Manel pourra agir contre Mme Ling que M. Netou ait été ou non de
mauvaise foi lors de son paiement.
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En l’espèce, le débiteur cédé oppose au cessionnaire une exception d’inexécution au motif que le cédant, M. Rigo,
n’a exécuté que la moitié de ses obligations.
Dès lors, le cessionnaire devrait pouvoir invoquer l’une ou l’autre des garanties dues par le cédant pour la moitié
de la créance. En pareille hypothèse, il serait alors fondé à réclamer la restitution de la moitié du prix de cession et des
dommages et intérêts sur le fondement de la responsabilité contractuelle. (2 pts)

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