Objet d’étude : la poésie du XIXe au XXIe s. Cours V. T.
Goletto, Lycée Saint-Exupéry Marseille – 2023-2024
Œuvre intégrale : Francis Ponge, La Rage de l’expression, 1952 - Parcours : dans l’atelier du poète
En quoi le recueil La Rage de l’expression nous fait-il entrer dans l’atelier du poète ?
Citations utiles
• « Berges de la Loire »
« En revenir toujours à l’objet lui-même »
« Que mon travail soit celui d’une rectification continuelle de mon expression »
« Reconnaître le plus grand droit de l’objet »
« L’objet est toujours plus important, plus intéressant, plus capable (plein de droits) : il n’a aucun devoir vis-à-vis de moi,
c’est moi qui ai tous les devoirs à son égard. »
Le poète exprime sa défiance envers le « ronron poétique ».
• « La Guêpe »
« Et caetera…
Et enfin, pour le reste, pour un certain nombre de qualités que j’aurais omis d’expliciter, eh bien, cher lecteur, patience ! Il se
trouvera bien quelque critique un jour ou l’autre assez pénétrant pour me REPROCHER cette irruption dans la littérature de
ma guêpe de façon importune, agaçante, fougueuse et musarde à la fois, pour DÉNONCER l’allure saccadée de ces notes,
leur présentation désordonnée, en zigzags, pour S’INQUIETER du goût du brillant discontinu, du piquant sans profondeur
mais non sans danger, non sans venin dans la queue qu’elles révèlent – enfin pour TRAITER superbement mon œuvre DE
TOUS LES NOMS qu’elle mérite. » (fin de la section)
• « Notes prises pour un oiseau »
« Je croyais pouvoir écrire mille pages sur n’importe quel objet, et voici qu’à moins de cinq je vers la compilation ! »
« Que dit Littré de l’oiseau ? Encore la compilation qui me tarabuste. »
« Le poète (est un moraliste qui) dissocie les qualités de l’objet puis les recompose, comme le peintre dissocie les couleurs,
la lumière et les recompose dans sa toile. »
« Si je me suis appliqué à l’oiseau, avec toute l’attention, toute l’ardeur d’expression dont je suis capable, et donnant même
parfois le pas (modestie raisonnée de la raison) à l’expression intuitive sur la simple description ou observation – c’est pour
que nous fabriquions des aéroplanes perfectionnés, que nous ayons une meilleure prise sur le monde.
Nous ferons des pas merveilleux, l’homme fera des pas merveilleux s’il redescend aux choses (comme il faut redescendre
aux mots pour exprimer les choses convenablement) et s’applique à les étudier et à les exprimer en faisant confiance à la
fois à son œil, à sa raison et à son intuition, sans prévention qui l’empêche de suivre les nouveautés qu’elles contiennent – et
sachant les considérer dans leur essence comme dans leurs détails. »
• « L’Œillet »
« Relever le défi des choses au langage ».
« Est-ce là la poésie ? Je n’en sais rien, et peu importe. Pour moi c’est un besoin, un engagement, une colère, une affaire
d’amour-propre et voilà tout.
Je ne me prétends pas poète. »
A retenir : les définitions du Littré (p. 49 édition Folio+ Lycée)
• « Le Mimosa »
« Je ne choisis pas les sujets les plus faciles : voilà pourquoi je choisis le mimosa. Comme c’est un sujet très difficile il faut
donc que j’ouvre un cahier. »
« Parvenu à ce point, j’allai à la bibliothèque consulter le Littré, la Grande Encyclopédie, le Larousse »
• « Le Carnet du bois de pins »
« Chaque bois de pins est comme un sanatorium naturel, aussi un salon de musique…, une vaste cathédrale de méditation
(une cathédrale sans chaire, par bonheur) ouverte à tous les vents »
« Ô sanatorium naturel, cathédrale heureusement sans chaire, salon de musique où elle est si
discrète
douce et reléguée
dans les hauteurs (à la fois si sauvage et si délicate), salon de musique ou de méditation – lieu fait pour laisser l’homme seul
au milieu de la nature, à ses pensées, à poursuivre ses pensées….
… Pour te rendre ta politesse, pour imiter ta délicatesse, ton tact (instinctivement je suis ainsi) – je ne développerai à
ton intérieur aucune pensée qui te soit étrangère, c’est sur toi que je méditerai :
« Temple de la caducité, etc. »
« J’ai relu les noms d’Apollinaire, Léon-Paul Fargue… et j’ai honte de l’académisme de ma vision : manque de ravissement,
manque d’originalité. » « En ce qui concerne le bois de pins, je viens de relire mes notes. Peu de choses méritent d’être
retenues. – Ce qui importe chez moi, c’est le sérieux avec lequel j’approche de l’objet, et d’autre part la très grande justesse
de l’expression. Mais il faut que je me débarrasse d’une tendance à dire des choses plates et conventionnelles. Ce n’est
vraiment pas la peine d’écrire si c’est pour cela. »
« Surgissez, bois de pins, surgissez dans la parole. L’on ne vous connaît pas. – Donnez votre formule. – Ce n’est pas pour rien
que vous avez été remarqués par F. Ponge. » A retenir : les définitions du Littré (p. 88 ; 104 édition Folio+ Lycée)
CORRESPONDANCE
« Pour moi, je suis de plus en plus convaincu que mon affaire est plus scientifique que poétique. Il s’agit d’aboutir à des
formules claires, du genre : Une maille rongée emporta tout l’ouvrage. Patience et longueur de temps, etc. » [La Fontaine]