CHAPITRE III
LE CYCLE DE L'EAU A L'ECHELLE DU
BASSIN VERSANT
I. Notion de cycle hydrologique à l'échelle du bassin
II. Évaporation et interception
III. Ruissellement et infiltration
IV. Comportement hydrologique d'un bassin versant
V. Processus de genèse des écoulements
VI. Transformation Pluie-Débit
I. Notion de cycle hydrologique à l'échelle du bassin
Bassin versant :
Unité géographique fonctionnelle fondamentale
pour l'analyse du cycle hydrologique
II. Évaporation et interception
Définitions :
Évaporation : phénomènes qui transforment l’eau liquide en vapeur
d’eau. Elle se produit sur les surfaces d'eau libre (océans, mers, lacs et
cours d'eau), les sols dépourvus de végétation et des surfaces
couvertes par de la neige ou de la glace.
Transpiration : évaporation de l’eau contenue dans les plantes par les
feuilles
Évapotranspiration : combinaison de l'évaporation directe à
partir des surfaces d'eau libre et des sols nus et de la transpiration
végétale.
Interception par les végétaux : part de l’eau captée par la végétation
(ensuite transpirée ou évaporée).
Interception
Fraction des précipitations qui n’atteint pas le sol (pertes).
= − +
(Pi)
I : interception (mm)
Pi : pluie incidente (mm)
Ps : pluie drainée au travers du
couvert végétal (mm)
Pt : pluie atteignant le sol par
écoulement le long des branches
et du tronc (mm)
(Ps)
(Pt)
Interception
Facteurs intervenants dans les mécanismes d'interception
Structure des précipitations (pluie fine, orageuse, …)
Morphologie des peuplements (agencement foliaire, taille,.. )
Densité des peuplements (couverture foliaire)
Age des peuplements (jeune plant, arbuste, …)
Difficulté de détermination des ordres de grandeur de
l'interception (il existe des expérimentations et des tables
dans la littérature)
50% pour une végétation abondante et des pluies fines
10-20% pour des pluies abondantes
Évaporation et transpiration (évapotranspiration)
!
"
# $
En général, Évaporation réelle ≤ Évaporation potentielle
Évaporation et transpiration (évapotranspiration)
L’évaporation varie en fonction :
- de la température, - du type de végétation,
- du vent, - de l’époque de l’année (vie
- de l’hydrométrie de la plante)
- du rayonnement, - de l’état hydrique du sol.
Si la disponibilité en eau à évaporer est toujours assurée
alors l’évaporation est égale à la valeur maximale possible :
--> évaporation potentielle
Mesure de l’évaporation potentielle
par bac : 2 types de bacs :
- bac classe A
Diamètre = 121.9 cm
Hauteur = 25.4 cm (Bac A, ASECNA Ouaga,Photo H. Karambiri)
Niveau de l'eau maintenu à 5 cm du bord
- bac Colorado
(Bac Colorado, Site IRD à Katchari (BF),
Photo H. Karambiri)
L'évaporation est généralement exprimée en mm/j
Application des mesures d'évaporation bac
• Il faut appliquer un coefficient correcteur pour passer à l'évaporation
d'un plan d'eau :
- Il varie de 0,5 à 0,68 en conditions sahélienne et tropicale sèche,
- Il varie de 0,70 à 0,80 en régime tropical.
• Pouyaud propose la formule (à partir des mesures au Burkina) :
avec r =0.93
= Elac : évaporation du plan d'eau
Ebac A : évaporation au bac A
• Si la retenue ne dispose pas d'équipement de mesure d'évaporation et si
aucune données n'est disponible, on peut appliquer la formule empirique
de Brunel et Bourron (1992):
= +
avec Eret : évaporation sur la retenue (mm/an)
Lat : latitude (°)
par évaporomètre
Piche Livingston
Ces appareils sont situés dans des abris météo et non perturbés par les
précipitations.
Ordre de grandeur de l’évaporation
Dans les régions tropicales, l’évaporation varie entre 1500 à 3000 mm/an
Evapotranspiration
• Evapotranspiration de référence (ET0) ou évapotranspiration potentielle
(ETP) : ensemble des pertes en eau par évaporation et transpiration d'une surface
de gazon de hauteur uniforme, couvrant totalement le terrain, en pleine période de
croissance, recouvrant complètement le sol et abondamment pourvue en eau.
• Evapotranspiration maximale (ETM) : d'une culture donnée est définie à
différents stades de développement végétatif, lorsque l'eau est en quantité
suffisante et que les conditions agronomiques sont optimales (sol fertile, bon état
sanitaire, ...).
• Evapotranspiration réelle (ETR) : somme des quantités de vapeur d'eau
évaporées par le sol et par les plantes quand le sol est à son humidité spécifique
actuelle et les plantes à un stade de développement physiologique et sanitaire
réel.
Pour la culture de référence, en l'occurrence le gazon, on a donc :
ETR ≤ ETM ≤ ET0
Estimation de l'évapotranspiration potentielle (ETP)
Formule de Turc :
ETP : évapotranspiration potentielle (mm/mois)
Tm : température moyenne mensuelle (°C)
=
+
( + ) Ig : rayonnement moyen mensuel (cal/cm²/j)
Le coefficient 0.4 est valable pour les mois à 30
ou 31 jours. A remplacer par 0.37 pour février.
Formule de Penmann :
Extrêmement complexe avec 9 paramètres physiques à mesurer. Cette formule
est plus précise et la plus utilisée voir carte CIEH
ρ δ
∆+
=
λ ∆ +γ +
Atlas CIEH
ETP décadaire (Penmann)
ETP mensuelle (Turc)
La précision de ces cartes
sera souvent suffisante.
III. Ruissellement et infiltration
Définitions
Infiltration : absorption de l’eau par le sol (capacité d’absorption d’un sol)
Ruissellement : part de l’eau qui ne s’infiltre pas
L’infiltration permet de recharger les nappes phréatiques et de
constituer des réserves d’eau pour les plantes.
L’infiltration est contrôlée par les mécanismes de transfert dans la
zone située au dessus de la nappe phréatique (frange capillaire).
Capacité d’infiltration d’un sol = vitesse maximale possible d’infiltration.
Si la pluie est supérieure à cette capacité, il y a ruissellement.
Mesure de l’infiltration
Infiltromètre de Muntz (simple ou double anneaux): cylindres creux
de 25 cm de haut enfoncés dans le sol d’environ 5 cm. On maintient une
charge d'eau d'environ 3 cm. On note le volume d'eau ajouté à intervalle
de temps régulier.
(Mesure au MUNTZ, site expérimental de Tougou (BF),
Photo H. Karambiri)
Méthode Porchet : un creuse un trou à la tarière de diamètre D, que l’on
remplit d’eau. Ensuite, on note à intervalle de temps régulier la hauteur
d’eau dans le trou.
Méthode du TRIMS (Triple Rings Infiltrometer Multiple Succions) :
Infiltromètre à disque à succion multiple permet de mesurer les différentes
paramètres hydrodynamiques des sols (infiltration, taille des pores
fonctionnels, etc…) (voir cours de physique du sol pour les détails)
(Mesure au TRIMS, site expérimental de Tougou (BF),
Photo H. Karambiri)
Mesure de l’infiltration et du ruissellement
Simulateur de pluie :
&' %&'
Ordre de grandeur de l’infiltration :
( ! %&' Elle varie de 0-1 mm/h (argiles) à
plusieurs dizaines de mm/h sur les
sables et graviers.
L’infiltration est maximale en début de pluie, puis diminue d’autant plus vite
que le sol contient des argiles fines (argiles colloïdales).
IV. Comportement hydrologique d'un bassin versant
Réponse d’un bassin versant à une pluie
Caractéristiques de
l’hydrogramme de crue
Définition
Hyétogramme I(t) : Distribution des intensités de pluie dans le temps.
Pluie nette : Fraction de la pluie qui participe à l'écouelement.
Hydrogramme Q(t) : Représentation de la variation des débits dans le temps.
Temps de montée (tm) : Intervalle de temps entre le début de l'écoulement de
surface et l'instant du pic de crue.
Temps de base (tb) : Intervalle de temps entre le début et la fin de l'écoulement de
surface produit par une avers.
Temps de réponse (tp) : Intervalle de temps qui sépare le centre de gravité de la
pluie nette de la pointe de crue ou parfois du centre de gravité de l'hydrogramme
dû à l'écoulement de surface.
Temps de concentration (tc) : Temps que met une particule d'eau provenant de la
partie du bassin la plus éloignée "hydrologiquement" de l'exutoire pour parvenir à
celui-ci. On peut estimer tc en mesurant la durée comprise entre la fin de la pluie
nette et la fin du ruissellement direct (i.e. fin de l'écoulement de surface).
V. Processus de genèse des écoulements
L’intérêt de la compréhension des chemins de l’eau n’est
pas nouveau. Dans les années 1960, certains hydrologues
se posaient déjà la question :
« D'où vient l’eau des ruisseaux? » (Hewlett, 1961)
« Que devient l'eau des pluies? » (Penman, 1963)
De nos jours, ces questions sont plus que jamais
d'actualité compte tenu des enjeux environnementaux
(contamination et pollution des eaux, qualité des eaux de
surface, transport de nutriments, pertes en terres, etc..).
Nécessité d’étude et de compréhension des processus
de génération des écoulements sur le bassin versant.
Les écoulements représentent une partie essentielle du cycle hydrologique.
C’est la réponse du bassin versant à l’impulsion pluvieuse.
Selon Horton (1933), dès que l'intensité de la pluie dépasse la capacité
d'infiltration du sol, il y a saturation de la surface "par le haut" et
ruissellement.
! = +! − ! −α
SATURATION DU SOL
CONDITIONS INITIALES
Lame d’eau infiltrée Lame d’eau ruisselée
= −
Dans les zones humides (bas-fonds,
zones hydromorphes, abords de cours
d’eau,…), où le sol est déjà saturé
jusqu'en surface, toute pluie qui tombe
sur ces surfaces saturées par "le bas" ne
peut que ruisseler (Cappus, 1960).
Dans la pratique, il est difficile
de dissocier les deux types
d’écoulements!
Franche capillaire (zone proche
de la saturation) de la nappe à
proximité de la surface en bas de
versant.
Zone de suintement
Un petit apport d’eau de pluie
suffit à faire remonter rapidement
le niveau de la nappe.
Ruissellement de
surface par suintement
de la nappe.
!
Macroporosités = discontinuités dans le sol (galeries
d’animaux, réseau racinaire, fissures, fentes de retrait) P(t)
Écoulement rapide par chemin préférentiel
P(t) : pluie
I1(t) : infiltration dans la matrice du sol
IM(t) : infiltration dans les macropores
I2(t) : redistribution dans les micropores
(force capillaires)
EM(t) : écoulement dans les macropores
après saturation du sol
ES(t) : écoulement de surface
En fonction de leur taille, les macropores sont susceptibles de
transmettre très rapidement de l'eau libre au ruisseau ou à la nappe.
" # #
" $ %
Existence d’un horizon imperméable
ou peu perméable (Kh>>Kv)
Écoulement hypodermique
Trop lent, ne participe pas à
l’écoulement rapide de crue,
mais maintient le débit de base.
infiltration
Écoulement hypodermique
Couche imperméable
ou peu perméable
" $
L'eau "nouvelle" de pluie (event water) qui pénètre dans le sol, chasse l'eau "pré-
existante" (pre-event water) dans la matrice poreuse du sol. Ce qui libère au
ruisseau, un volume d'eau équivalent au volume d'eau infiltrée.
infiltration
Écoulement par effet piston
&
Si le toit de la nappe est plus bas que le fond de la rivière, la nappe draine
le cours d'eau. A l’inverse, si le niveau de la nappe est suffisamment
élevé, la rivière draine la nappe contribution de la nappe au
débit de crue.
'$
Complexité et
interaction
des
processus!
!
Quels
processus
dominants?
Débit de crue = intégration de l’ensemble des processus d’écoulement
Écoulement sur bassin versant = processus non-linéaire
Notion de zones et périodes actives et contributives variables
'$
VI. Transformation Pluie-Débit
Fonction de production et de transfert
La fonction de production permet de déterminer le hyétogramme de pluie nette à
partir de la pluie brute.
La fonction de transfert permet quant à elle de déterminer l'hydrogramme de crue
résultant de la pluie nette.
) !
Fonction de production et de transfert
# & '* "#$% &$'(
# # * "#$% '$%
&& #(
()% * #+ $ ,%'
Bilan en eau sur un bassin versant
+ ) - . & / 0 / '
)
# ,
)
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+ , "
#
( !
+ , #
"
Bilan en eau sur une année hydrologique
P = ET + Q + ∆S
où P : précipitations
ET : évapotranspiration
Q : ruissellement
∆S : variation du stockage de l'eau dans le sol.
Pendant une période de temps donnée, la somme des entrées d’eau dans
le bassin (précipitations) est égale à la somme des sorties
(évapotranspiration, ruissellement) et de la variation du stockage dans le
bassin (humidité du sol, eaux souterraines)
Notion de déficit d’écoulement
La balance entre précipitations et évaporation est un facteur clé
pour l’hydrologie tropicale. A l’échelle annuelle précipitation et
évaporation varient en sens inverse :
- dans les zones bien arrosées, les rivières s’écoulent de façon
pérenne.
- dans les régions arides ou semi-arides, l’évaporation est
importante, les cours d’eau ne sont généralement pas pérennes
(sauf les plus importants).
Le déficit d’écoulement D est donné par :
D=P-Q
Le déficit d'écoulement annuel d'un grand bassin versant est proche
de l'évapotranspiration et dépend très peu des caractéristiques
géologiques, pédologiques et topographiques du bassin. Il est lié à la
température moyenne et à la pluviométrie.
Estimation du déficit d’écoulement annuel
Formule de Turc :
=
+
+ +
D : déficit hydrique (mm)
P : pluie moyenne annuelle (mm)
Formule de Coutagne : : température moyenne annuelle (°C)
= −λ λ=
+
Cette relation est valable si ∈
λ λ
• Si alors = =
λ
+
• Si alors = = = +
λ λ
Coefficient de ruissellement (Kr)
Rapport du volume ruisselé (issu de l'écoulement de surface uniquement) à
l’exutoire du bassin versant sur le volume de la pluie tombée pendant une
période donnée (l’épisode pluvieux, le mois, l’année).
= =
Coefficient d'écoulement (Ke)
Rapport du volume total écoulé (issu de tous les écoulements : surface,
hypodermique, souterrain) à l’exutoire du bassin versant sur le volume de la
pluie tombée pendant une période donnée.
= =