CONFIDENTIEL 4 Années
CONFIDENTIEL 4 Années
CONFIDENTIEL 4 années
CONFIDENTIEL 4 années
Merci à Guillaume Druart, mon maitre de stage, pour ses conseils et son écoute, pour
m’avoir fait confiance et m’avoir laissé la liberté nécessaire au suivi de cet essai tout en
gardant un œil critique et avisé. Je le remercie également d’avoir suivi la rédaction de ce
rapport tout au long du stage et de m’avoir apporté corrections et explications.
Merci à Nicolas Mechineau pour son aide lors des applications. Je le remercie également
pour ses conseils et son soutien lors de la rédaction de ce rapport.
Merci à Nadège Brochard-Memain et Stéphanie Savary pour leur accueil, leurs conseils et
leurs aides.
Merci à Jeremy Lothier, mon tuteur de stage pour ses corrections et ses remarques sur la
première partie du rapport.
Merci au viticulteur Eric Vincent du Domaine de la Foliette, qui a accepté la mise en place
de l’expérimentation sur sa parcelle, ainsi que pour toutes les données fournies.
Coulure : Chute des fleurs et des jeunes fruits causés par un accident au moment de la
fécondation (fortes pluies, parasites).
ESCA : maladie du bois qui dégrade le système conducteur de la vigne. Les champignons
dégradent la lignine, un des principaux composants du bois.
Millerandage : fécondation imparfaite de la fleur de vigne qui donnera des petits fruits.
Sélection massale : consiste à repérer sur une parcelle les pieds les plus intéressants puis de
prélever des fragments de sarments et de les multiplier pour ensuite les replanter.
Vendange : Récolte du raisin destinée à la production de vin. Peut désigner également le raisin
lui-même récolté à cette occasion.
Vin perlant : vin dans lequel se forment quelques fines bulles de gaz carbonique lorsqu'on le
verse dans un verre.
LISTE DES ABREVIATIONS :
AOP : Appellation d’Origine Protégée
Ha : Hectare
Annexe III : Comparaison du climat de l’année 2015 et du climat moyen pour la ville de
Nantes ………………………………………………………………………………………….. III
Figures :
Figure 4 : diagramme représentant les valeurs moyennes (Kg/ha) en éléments minéraux absorbés
par la vigne au cours d'un cycle et celles exportées ……………………………………………... 4
Figure 5 : Schéma représentant l'utilisation des différentes formes de matières organiques par la
vigne ainsi que le cycle de l’azote...…………………………………………………………...… 4
Figure 7 : Schéma de la distribution du phloème et du xylème au sein d'un cep de vigne …....... 7
Figure 14 : Indices SPAD relevés pour chaque modalité à différentes dates ..…………….…... 18
Figure 15 : Fréquences et intensités d'attaque de mildiou sur feuilles et sur grappes en fonction
des différentes modalités …………………...……….…............................................................. 19
Figure 16 : Fréquences et intensités d'attaque d'oïdium sur grappe en fonction des différentes
modalités …………………………………………...………………………………………....... 19
Figure 17 : Fréquences et intensités d'attaque de Black-Rot sur grappe en fonction des différentes
modalités …………………………………………………………………………………...…... 19
Figure 18 : Proportion des macroéléments (A) et des oligoéléments (B) dans le flux de sève au
stade Boutons Floraux séparés ……………………………………...……………………..….... 20
Figure 19 : Proportion des macroéléments (A) et des oligoéléments (B) dans le flux de sève à
Floraison …………………………………………………………………………………..….... 20
Figure 20 : Proportion des macroéléments (A) et des oligoéléments (B) dans le flux de sève à la
Nouaison ………………………………………………………………………………….…..... 20
Figure 21 : Proportion des macroéléments (A) et des oligoéléments (B) dans le flux de sève à
Véraison ………………………………………………………………………………………... 20
Tableaux :
Tableau I : Caractéristiques des différents produits utilisés lors de l’essai Vign’Alim ..………... 9
Tableau III : Formule pour calculer le pourcentage d'un élément dans le flux de sève ………... 14
Tableau V : Diamètre moyen des rameaux (cm) en fonction des différentes modalités
………………………………………………………………………………………………….. 18
Figure 1: Le vignoble du Val de Loire (chateauloisel.com). Zone de production de vin
regroupant plusieurs régions viticoles situées au bord de la Loire et de ses affluents.
Figure 2: Le vignoble du pays nantais (vinsvignesvignerons.com). Vignoble implanté sur la rive gauche
de la Loire, situé principalement dans le département de Loire-Atlantique et débordant sur les
départements du Maine-et-Loire et de Vendée.
Introduction
Le vignoble nantais est un vignoble périurbain rattaché au Vignoble du val de Loire, 3 ème bassin
viticole français (Fig.1). Il est implanté principalement au sud de la Loire dans le département de
Loire-Atlantique et dans quelques communes de Vendée et de Maine-et-Loire (Syndicat Mixte
du SCoT, 2011) (Fig.2). La particularité des Pays de la Loire, est la forte orientation du vignoble
sous AOP ou IGP (86% des surface en AOP et 8% en IGP) (Agreste, mai 2013). Le vignoble
nantais est principalement connu pour son vin d’appellation Muscadet produit à partir du cépage
Melon de Bourgogne.
La première année du projet permettra tout d’abord d’obtenir des résultats mais également
d’évaluer la pertinence du protocole d’expérimentation et de l’adapter aux besoins. Après une
présentation du vignoble nantais et du contexte dans lequel est réalisée l’étude, nous analyserons
les données bibliographiques nécessaires à la compréhension du rapport. Par la suite, le matériel
et les méthodes réalisés tout au long du stage, seront expliqués. Les résultats seront ensuite
présentés et discutés et s’ensuivra une conclusion sur cette première année de projet.
1
Figure 3: Exploitations viticoles dans les départements des Pays de la Loire (Agreste, 2013)
1. Contexte
Le Muscadet est un blanc sec d’Appellation d’Origine Contrôlée depuis 1937. Cette appellation
couvre une surface de 11 500 ha (SDAOC, muscadet-grosplant.fr). Il est issu d’un cépage
unique, le Melon de bourgogne. On y trouve 3 niveaux d’appellations :
De plus, ce vignoble est considéré comme le plus grand vignoble de vin blanc d’appellation
mono-cépage au monde (nantes-tourisme.com). Cette typicité est renforcée par la technique
d’élevage sur lie, entièrement associé à la région et qui consiste à laisser les vins un hiver entier
sans tirage en cuve, ce qui leur donne la particularité d’être légèrement perlant. (Pirmil, 2015)
La grande distribution et le négoce qui ont acheté aux prix fort un millésime 2008, ne sont pas
disposés à acheter le millésime 2009, malgré son excellente qualité. Cela entraine une
surproduction et un fort stock d’invendus (250 000 hl en 2010) que les vignerons ont du mal à
écouler.
2
Selon la chambre d’Agriculture de Loire-Atlantique, le vignoble nantais aura perdu 10 millions
d’euros en 2010, soit le quart de son revenu (Bonnardel, 2010) avec des prix atteignant 36.30€/hl
(Touchais, 2012). Face à ces difficultés rencontrées par les vignerons de Loire-Atlantique, des
plans de restructuration ont vu le jour entrainant des distillations importantes pour réduire les
invendus, des déclassements ainsi que des programmes d’arrachage soutenu dans le cadre de
l’OCM viti-vinicole. (Agreste, 2013)
En plus d’une crise économique au sein du vignoble, l’image du vignoble nantais demeure celle
d’un vignoble de seconde catégorie produisant un vin pour la soif, ce qui commercialement
parlant n’est pas vendeur. A cela s’ajoute une concurrence accrue sur les marchés export et une
diminution de la consommation de vin en France qui est passée de 160 L/habitant/an en 1965 à
50 L/habitant/an en 2010 et cette consommation tend vers des vins réputés de qualité
(Mangematin, 2012).
Une ombre s’ajoute à ce climat déjà instable : l’ESCA qui, depuis plusieurs années, se propage
rapidement au sein du vignoble du Pays Nantais. C’est une des maladies les plus graves car elle
s’attaque à la charpente et à terme fait mourir le cep. Une dizaine de champignons sont
vraisemblablement impliqués dans cette maladie mais des doutes persistent sur les facteurs
d’origine ou d’aggravation de la maladie. A ce jour, aucune méthode de lutte chimique ou
biologique n’est validée au vignoble ce qui entraine de gros dégâts et de nombreux arrachages.
Le vignoble nantais ne déroge pas à ce phénomène avec une augmentation de 6.3% des ceps
présentant des symptômes d’ESCA en 2014 contre 4.8% en 2013 (Brochard-Mémain, 2015) Ce
dépérissement des vignes entraine une perte de production que les viticulteurs vont tenter de
contrecarrer en s’appuyant sur différents leviers et notamment sur la fertilisation, qu’elle soit
foliaire ou appliquée au sol.
2. La fertilisation de la vigne
La fertilisation a pour objectif, de fournir les éléments nutritifs essentiels afin de favoriser le
développement de la vigne, la mise en réserve et de stimuler la production de grappes. Les
apports peuvent se faire au niveau du système racinaire ou directement sur le feuillage. Dans les
deux cas, ils doivent être faits en fonction du cépage et du type de sol, il est donc important de
bien connaître les besoins de sa parcelle de vigne.
3
Figure 4: Diagramme représentant les valeurs moyennes (Kg/ha) en éléments minéraux absorbés par la vigne au cours d'un cycle
et celles exportées (L’Helgouach, 2014). L’exportation est la quantité d’éléments contenue dans les produits végétaux sortis de la
parcelle (sarments, raisins, feuilles). Une grande partie des quantités absorbées retournent au sol.
Figure 5: Schéma représentant l'utilisation des différentes formes de matières organiques par la vigne ainsi que le cycle de l’azote
(Paytra M., 2015). La matière organique se décompose en trois types : l’humus qui sert de réserve dans le sol, la matière labile et la matière
organique lentement minéralisable. Cette matière organique va être minéralisée par les microorganismes ce qui permet de fournir à la vigne les
éléments nutritifs dont elle a besoin. L’azote se retrouve sous deux formes principales : l’azote ammoniacal et le nitrate, tous deux absorbables par
les racines.
La vigne peut être cultivée pendant 30 ou 40 ans avec une succession de cycles annuels
interdépendants les uns des autres. Les éléments fertilisants nécessaire à la vigne se répartissent
parmi les macroéléments (N, P, K, Mg, Ca), indispensables à la plante et les oligoéléments (Fe,
B, Zn, Cu, Mn…) présents en plus petites quantités mais ayant un rôle dans le métabolisme de la
vigne. (Louvieaux, 2004). Une partie des prélèvements réalisés par la vigne retournent au sol
(bois de taille, feuilles...) ce qui réduit les exportations réelles (Fig.4). De plus, une partie des
éléments nutritifs sera stockée dans le bois et les racines (Institut Rhodanien, 2003)
- Les macroéléments :
L’azote :
Certainement l’un des éléments les plus importants. En effet, c’est un constituant majeur du
végétal (chlorophylle, hormones végétales, acides aminés, acides nucléiques). Il stimule
l’absorption optimale des autres éléments nutritifs et influe sur la croissance de la vigne, le
rendement et la fermentiscibilité des moûts. (N’Dayegamiye, 2007) Les besoins de la vigne se
situent entre 20-30 kg d’azote par hectare et par an, cependant l’azote est l’élément le plus
difficile à gérer en fertilisation. En effet, des carences en azote entrainent des baisses de
production et une baisse de la maturité des raisins tandis qu’un excès d’azote entraine des
vigueurs excessives, une pression accrue en maladies et ravageurs et dans les cas extrêmes,
entraine une baisse de production (Bontemps et Balue, 2013).
L’azote dans le sol résulte principalement de la minéralisation par les microorganismes du sol
(bactéries, champignons) de la matière organique, provenant des végétaux en décomposition tel
que les feuilles, les sarments ou encore l’herbe. Elle se sépare en 3 types: la matière organique
labile représentant 5 à 10% de la matière organique totale et qui se décompose rapidement, la
matière organique lentement minéralisable et l’humus ou fraction stable, récalcitrant à la
minéralisation servant de réserve dans le sol.
Une partie de l’azote minéralisé est utilisée par les microorganismes pour leur synthèse
protéique, tandis que le reste est libéré dans le sol sous forme d’azote ammoniacal (𝑁𝐻4+ ). Les
microorganismes nitrificateurs peuvent par la suite transformer cette forme d’azote en nitrates
(𝑁𝑂3− ), mais les deux formes peuvent être absorbées par le système racinaire (Fig.5).
(N’Dayegamiye, 2007)
Le phosphore :
Le phosphore est impliqué dans les mécanismes énergétiques de la plante et joue un rôle dans le
développement végétatif de la vigne.
4
Les sols contiennent suffisamment de phosphore pour répondre aux besoins de la vigne. Peu
mobile et se trouvant dans les couches supérieurs du sol, la présence de mycorhizes au niveau
des racines, facilite l’absorption de cet élément (Carbonneau, 2015). Actuellement, aucune
carence phosphorique n’a été relevée dans les vignobles.
Le potassium :
Le magnésium :
- Les oligoéléments :
Les oligoéléments (Bore, manganèse, zinc, fer, cuivre,…) sont des éléments minéraux
nécessaires à la vie de la plante, mais en quantités très faible : quelques centaines de g/ha/an au
maximum. Cependant ils sont tout aussi importants que les macroéléments car une carence ou un
excès se traduira par une perte de qualité et de quantité à la récolte, accompagnée par une
diminution de la pérennité des ceps. Ces problèmes sont toutefois assez rares et sont souvent
propres à certaines situations (types de sol, conditions atmosphériques,..). Dans la plupart des
cas, l’usage des bonnes pratiques (drainage, gestion de la matière organique, limitation de la
vigueur,…) permet d’éviter ces soucis (Association Viticole Champenoise, 2012 ; Cahurel,
2008).
5
2.3.Les apports nutritifs
La fertilisation, doit assurer le bon fonctionnement du sol afin de fournir une nutrition
satisfaisante aux vignes. Pour cela, deux types d’apport peuvent être réalisés :
- Une fumure de fond : réalisée avant la plantation et après une analyse de terre. Elle permet de
relever le niveau des réserves minérales et organiques du sol.
- Des fumures d’entretien : réalisées sur vignes en place, en se basant sur des observations, des
analyses de sol et éventuellement des analyses pétiolaires. Elles ont pour but de maintenir la
teneur analytique du sol à un niveau jugé suffisant pour satisfaire les besoins de la vigne.
(Association Viticole Champenoise, 2012)
L’apport d’éléments nutritifs par le sol joue un rôle dans la structure du sol en régénérant ses
fonctions agronomiques et sur la vie microbienne, très importante pour la mise à disposition des
éléments nutritifs pour la plante. La fertilisation s’additionnera d’un travail du sol afin de
maintenir des sols de qualité ayant une structure meuble, aérée et de bonne stabilité.
La vigne déploie principalement ses racines dans les horizons supérieurs du sol compris entre 20
et 50 cm (Louvieaux, 2004). C’est dans ces couches que la vigne trouvera les éléments
nécessaires à son développement, les poils absorbants pourront ainsi les puiser dans la solution
du sol (Crespy, 2010). Elle peut cependant développer des racines verticales dans les environs
profond (jusqu’à 3 ou 4 mètre de profondeurs) pour lutter contre la sécheresse (Louvieaux,
2004).
Cependant, une partie des apports au sol sont perdus par lixiviation et se retrouve bien souvent
au niveau des nappes phréatiques ce qui peut, a de grandes concentrations, les polluer. De plus, il
est assez difficile de doser l’apport exact nécessaire et un haut niveau de fertilisation peut
entrainer une trop forte croissance végétative au détriment de la qualité des raisins, accompagné
d’une augmentation de la sensibilité aux maladies et notamment à Botrytis cinerea, champignon
responsable de la pourriture grise (Dufourcq et al, 2009).
Pour parer ces désagréments, une fertilisation foliaire peut être appliquée en complément, pour
optimiser la fertilisation au sol.
La fertilisation foliaire est une pratique agricole d’importance croissante qui permet de
s’affranchir des obstacles du sol nuisant à la bonne alimentation de la vigne. En effet, la
disponibilité des nutriments est liée à la qualité du sol, au climat (sécheresse, excès d’eau) ou
encore au porte-greffe qui prélève certains minéraux au détriment du greffon.
6
Figure 6: Schéma de la distribution des engrais foliaires au niveau de la feuille (Paytra M., 2015).
Après projection du produit, les solutés se retrouvent au niveau de la surface des feuilles et pénètre par la suite via la cuticule
et/ou via les stomates. Une fois pénétré ils peuvent se déplacer par la voie symplastique ou la voie apoplastique et rejoindre les
faisceaux xylémiens ou phloémiens pour être transportés par la suite dans toute la plante.
Figure 7: Schéma de la distribution du phloème et du xylème au sein d'un cep de vigne (Paytra M., 2015).
La sève brute contenant l’eau et les nutriments absorbés par les racines, est transportée via le xylème jusqu’aux feuilles. La sève
élaborée, contenant principalement des sucres, est transportée vers les racines mais également vers les fruits ou les feuilles.
Cette technique permet d’appliquer les éléments minéraux au niveau des feuilles, là où se passent
les synthèses essentielles qui conditionnent la qualité des vendanges. (Crespy, 2010)
A ce jour, les apports foliaires sont principalement réservés aux problèmes ponctuels de carence.
Ayant en général un effet à court terme sur le végétal, ils agissent plus rapidement (Institut
Rhodanien, 2003).
Peu d’études ont été réalisées sur l’impact des engrais foliaires sur le rendement et la pérennité
du vignoble. Les études portent majoritairement sur l’application d’engrais foliaires à la
véraison, le plus souvent sous forme d’urée combiné ou non à du soufre.
Ces apports tardifs ont un effet sur les qualités organoleptiques (synthèse de composés thiols)
des vins en corrigeant par exemple le statut azoté des moûts et leur potentiel de fermentiscibilité
(Dufourcq, 2006).
L’apport d’engrais par voie foliaire semble donc avoir un impact direct sur la composition des
raisins. Il est cependant connu que la feuille est recouverte d’une cuticule constituée de
composés hydrophobes. Cette barrière physique va donc limiter la pénétration de l’eau et des
solutions appliquées par pulvérisation foliaire. Une question se pose donc : Par quels moyens les
solutés arrivent-ils à pénétrer au travers de la feuille?
Une partie sera absorbée par diffusion passive à travers la cuticule en fonction des gradients de
concentration (Fernandez et Eichert, 2009). D’après Mancuso et al en 2006, une autre partie
pénètre directement au niveau des stomates lorsque les conditions favorisant leur ouverture sont
réunies (luminosité, humidité relative, température) (Fig.6). Dans tous les cas, la présence de
cires épicuticulaires à la surface des feuilles rend difficile la pénétration des solutés. De plus,
chaque nutriment possède un taux de pénétration qui lui ait propre, un taux élevé est un prérequis
pour une nutrition foliaire efficace (Yildirim et al, 2007). Il a cependant été démontré que
l’addition d’adjuvants permet d’augmenter le pouvoir d’absorption du produit par la plante.
Différents types d’adjuvants existent et sont adaptés au mode d’action des produits utilisés et
sont le plus souvent inclus dans les formulations de pulvérisation (Fernandez et Eichert, 2009).
Une fois absorbés, les nutriments se déplacent par voie apoplastique ou symplastique et
rejoignent les vaisseaux conducteurs que sont le xylème et le phloème. La distribution des
nutriments va se faire principalement via le phloème, vers les parties de la plante en croissance
tel que les fruits, les rameaux, les feuilles ou encore les racines. Une partie peut également
rejoindre le xylème, suivre alors le flux de transpiration et se retrouver de nouveau dans les
feuilles (Bukovac, 1957) (fig.7).
7
3. Objectifs de l’étude
Dans un contexte de perte de rendement dû aux maladies de la vigne tel que le mildiou ou encore
l’ESCA et faisant face à une situation économique difficile, les viticulteurs de la région nantaise
sont à la recherche de solution leur permettant de maintenir des niveaux de production viables
avec une qualité croissante au fil des années. La Chambre d’Agriculture de Loire-Atlantique est
à l’écoute des besoins des vignerons de la région et une forte attente se fait ressentir par la
profession viticole sur la mise en place d’une expérimentation sur les engrais foliaires.
La finalité à long terme est de pouvoir emmagasiner des références locales dans les deux
vignobles, sur les différents produits foliaires appliqués et alimenter ainsi les connaissances
techniques. Cette expérimentation jouera également un rôle dans le conseil, en effet les
conseillers viticoles de la Chambre d’Agriculture pourront s’appuyer sur ces données pour
conseiller les vignerons.
8
Tableau I : Caractéristiques des différents produits utilisés lors de l’essai Vign’Alim
Nombre Périodes
modalités Produits Société Composition Quantité/ha
d’application d’application
T - - - - - -
- Grappes séparées
- Filtrat d'algues CL 143
- Début à pleine
- Bore (B): 26,8 g/L
1 Vivaflor® Goëmar 2L 3 floraison
- Magnésie (MgO): 68,8 g/L
- Floraison à début
nouaison
- Azote total : 3%
- Azote uréique : 3%
- P2O5 : 7%
- Grappes séparées
2 Maxifruit® Timac Agro - K2O : 7% 3L 2
- Mn : 0.05% - stade petits pois
- Zn : 0.1%
- Grappes séparées
3 ALD Agrauxine Dérivés de levures 4L 3 - Floraison
- Nouaison
- Extrait d'algues
naturellement enrichies en
auxine
- Nouaison au
- Bore : 0,15%
début de
Basfoliar Compo - Cuivre: 0,05%
4 1.5L 2 grossissement des
kelp Bio® Expert - Fer: 0,30%
baies
- Manganèse: 0,25%
- 14 jours après
- Molybdène: 0,005%
- Zinc: 0,25%
- N: 107 g/L
- P2O5 : 32,9 g/L
- K2O: 86,3 g/L
- MgO: 1,31 g/L
- SO3: 1,28 g/L
- Grappes séparées
- B: 0,5 g/L
- Début de
5 Fertigofol® AgroNutrition - Cu: 0,14 g/L 5L 3
floraison
- Fe: 0,25 g/L
- Nouaison
- Mn: 0,5 g/L
- Mo: 0,05 g/L
- Zn: 0,4 g/L
- acides aminés
- Grappes séparées
Purin orties fermentés - 7 jours après
6 7.5L 4
d’ortie - Floraison
- Nouaison
4. Matériels et méthodes
La parcelle choisie pour implanter l’essai est une parcelle homogène avec peu de manquants
(0,5%) et une pente faible (5,2% dirigée Nord-Est vers Sud-Ouest).
Chaque répétition contient 14 ceps, ce qui permet d’avoir 56 ceps par modalité. Les blocs sont
encadrés par des rangs de garde afin de jouer un rôle de tampon entre les modalités juxtaposées
afin d’éviter le phénomène de dérive qui peut biaiser les résultats. (Annexe II)
Une fertilisation au sol a été réalisée en mars, par le viticulteur, avec l’apport d’un engrais
organique à base de fumier de volaille. Les pratiques culturales (traitements, désherbage, travail
du sol…) sur la parcelle, sont également réalisées par le viticulteur. Cependant les applications
des produits à tester sont réalisées par la Chambre d’Agriculture de Loire-Atlantique.
Les produits à appliquer ont été choisis en fonction des demandes et des enquêtes réalisées
auprès des viticulteurs de la région. De plus le choix se portait exclusivement sur des engrais
foliaires pouvant optimiser le rendement et non sur des engrais foliaires à appliquer en fin de
saison pour permettre une optimisation de la qualité de récolte (amélioration de la teneur en
sucres, potentiel aromatique,...). Les échantillons ont été fournis par les sociétés distributrices de
ces produits mais il n’existe pas de lien contractuel entre la Chambre d’Agriculture de Loire-
Atlantique et les sociétés. La composition des produits, la quantité à l’hectare ainsi que les stades
d’application se trouve dans le tableau I.
9
- Vivaflor : à base d’algues provenant de l’océan atlantique : Ascophyllum nodosum. Le
filtrat issu de ces algues est riche en oligosaccharines qui vont activer les fonctions
physiologiques de la plantes telles que les voies nutritionnelles ou la biosynthèse des hormones
de floraison.
- Basfoliar Kelp Bio : à base d’algues provenant d’Afrique du Sud : Ecklonia maxima
réputées pour être riche en auxine et faible en cytokinine ce qui entrainerait une stimulation de
l’élongation cellulaire et un meilleur développement des racines.
- ALD : produit non commercialisé pour le moment, contenant une fraction sélectionnée de
levures permettant de booster le rendement.
- Maxifruit : C’est un engrais foliaire NPK 3-7-7 (pourcentage de chacun des composants
dans l’engrais), contenant des oligoéléments. Ce produit serait un soutien à la nouaison et il
aurait un impact sur le grossissement des baies.
- Purin d’orties possède une action fertilisante mais la teneur en N, P et K n’est pas connu
contrairement à un engrais « du commerce ». Il est généralement plus riche en azote qu’en
potasse et contient de nombreux oligo-éléments. (Gerbeau, 2015)
Le but de cette étude est de se rapprocher au mieux des conditions d’utilisations de ces produits
par les viticulteurs, afin de voir l’impact réel que ces produits pourraient avoir sur la culture. Les
produits sont appliqués en fonction des recommandations fournies avec le produit, notamment au
niveau des quantités et des périodes d’applications. Chaque produit à un nombre d’applications
propres et les périodes d’applications sont définies en fonction du stade phénologique.
(Annexe I)
Pour connaitre la quantité à apporter, il faut tout d’abord calculer la surface d’une modalité. Pour
cela, il faut connaitre le nombre de cep par modalité et la distance entre deux rangs : 1.4 mètre.
A partir de cette donnée, on peut donc calculer la quantité de produit nécessaire par modalité.
10
Tableau II: Concentrations à l'hectare et quantités appliquées par modalité
Vivaflor® 2 15.68
Maxifruit® 3 23.52
ALD 4 31.36
Basfoliar Kelp
1,5 11.76
Bio®
Fertigofol® 5 39.20
A B C
Figure 8: Chambre à pression de Scholander (A). (La Gourtière (Vertou), 18/08/2015, Paytra M.)
Les feuilles ensachées sont introduites dans la chambre (B), elles sont ensuite soumises à une pression croissante et la mesure
est lue lorsque la sève commence à perler au bout du pétiole (C).
Par exemple, prenons le cas du produit Vivaflor® :
2 × 0.00784
𝑉= = 0.01568 𝐿 = 15.68 𝑚𝐿
1
On réalise par la suite, les mêmes calculs pour tous les produits (Tab.II).
L’application des produits se fera à l’aide d’un atomiseur SOLO (pulvérisation pneumatique)
avec le port d’équipements de protection individuel appropriés. La température, la vitesse du
vent ainsi que l’hygrométrie sont relevés en début et en fin d’application.
4.3.Suivi de la vigne
Pour chaque notation réalisée, la moyenne par répétition sera calculée et une analyse de variance
sera réalisée. L’analyse de variance, ou ANOVA, est un test statistique qui permet d’étudier
l’influence d’un facteur X (variable qualitative prenant plusieurs modalités) sur une variable Y.
Pour cet essai, le facteur est l’apport d’engrais foliaire, qui contient 7 modalités. A la suite de
cette analyse, une comparaison multiple de moyenne (Test de Newman-Keuls) sera réalisée,
permettant de comparer les moyennes par paire et ainsi savoir quelle modalité diffère
significativement des autres. (Labatte, 2015)
L’analyse de variance ainsi que la comparaison multiple des moyennes sera réalisée par le
logiciel StatBox.
Mesurer le potentiel hydrique de tige permet de connaitre dans quelles conditions hydrique se
situent la vigne à différents moments du cycle phénologique et peut nous aider à expliquer
certains résultats si des différences apparaissent entre les traitements.
Le suivi de l’état hydrique est réalisé par mesure du potentiel hydrique de tige. Ce potentiel
reflète l’état hydrique global de la vigne au cours de la journée. Une fois ensachée, la feuille ne
respire plus et son potentiel hydrique s’équilibre avec celui du rameau, appelé potentiel hydrique
de tige. Celui-ci dépend de la transpiration globale de la plante, de la disponibilité de l’eau dans
le sol, de la conductivité hydraulique du sol et de l’interface sol/racines. Le potentiel hydrique de
tige renseigne sur la capacité de la plante à conduire l’eau du sol à l’atmosphère. (Choné et al,
2000)
La mesure est réalisée sur 20 feuilles par modalité, ensachées pendant au moins une heure au
midi solaire. Le principe est de déterminer la capacité de rétention de la sève dans la feuille en la
soumettant à une pression constante. Pour cela, on utilise une chambre à pression (Fig. 8) mise
au point par Scholander dans les années 60.
11
Lorsque la sève perle en bordure de pétiole, on relève la pression atteinte qui est proportionnelle
au statut hydrique de la plante. (IFV Sud-Ouest, 2011) Les résultats donnés en Bar, sont
convertis en MPa (1 Bar = 0.1 MPa) et comparer aux seuils fournis par l’IFV Sud-Ouest
(vignevin-sudouest.com).
4.3.2. Croissance
La longueur des rameaux est mesurée de manière hebdomadaire sur des 20 rameaux identifiés
par modalité, se situant dans le milieu de la baguette. Ils sont mesurés jusqu’au premier rognage.
La vitesse de croissance journalière (cm/jour) est calculée à partir de ces données.
La longueur des grappes est également mesurée, afin d’observer si l’apport d’éléments minéraux
entraine un allongement de la grappe qui amènerait à des grappes plus grandes et plus aérées.
Pour cela, 40 grappes identifiées par modalités sont mesurées chaque semaine, jusqu’à la récolte.
La vitesse de croissance journalière (mm/jour) est calculée à partir de ces données.
- Teneur en chlorophylle
Au cours de cet essai, la teneur en chlorophylle foliaire est évaluée grâce à un chlorophyllemètre
SPAD-502 (Konica-Minolta, Japon). Cet instrument permet d’estimer la teneur en chlorophylle
de manière rapide et non destructive. Cela nous permet d’avoir un aperçu de la coloration du
feuillage et d’évaluer la vigueur de la vigne. Le principe de base du SPAD-502 est la mesure de
la transmittance de la feuille. Il possède deux lumières : rouge et infrarouge intégrées dans la tête
de mesure (pince permettant de coincer la feuille) qui émettent de la lumière lorsque la tête de
mesure est fermée.
Les lumières passent à travers la feuille et frappe le récepteur à photodiode qui les convertit en
signaux électrique puis en unités analogique appelée unité SPAD (Renaud, 2005). Les valeurs
fournies par l’instrument nous permettent de comparer les différentes modalités au témoin ainsi
qu’à une gamme de valeurs réalisées par nos soins.
12
Pour chaque répétition, 20 feuilles ont été mesurées. La valeur retenue pour une feuille est la
moyenne de 3 mesures réalisées en différents points de la feuille (Steele et al, 2010).
- Taux de nouaison
Pour cela, un pourcentage de floraison est relevé sur 40 grappes par modalité. A la nouaison les
même grappes sont observées afin d’avoir un pourcentage de baies nouées.
% 𝑑𝑒 𝑓𝑟𝑢𝑖𝑡𝑠
𝑡𝑎𝑢𝑥 𝑑𝑒 𝑛𝑜𝑢𝑎𝑖𝑠𝑜𝑛 =
% 𝑑𝑒 𝑓𝑙𝑒𝑢𝑟𝑠
- Diamètre de rameaux
- Oïdium et mildiou : La notation est réalisée à la fermeture de grappes sur 400 feuilles et
200 grappes par modalité.
- Botrytis : un comptage sur 200 grappes par modalité est réalisé au moment des
vendanges.
Pour chaque maladie, la fréquence et l’intensité d’attaque sera mesurée sur grappes et/ou feuilles.
13
Tableau III : Formule pour calculer le pourcentage d’un élément dans le flux de sève
4.3.5. Analyse de sève
Les analyses de sève seront réalisées par la société Vitivista par le biais de l’Outil d’Aide à la
Décision Nutrivista®. Cette société est indépendante des produits testés lors de cet essai.
4 prélèvements foliaires sont réalisés : boutons floraux séparés, floraison, nouaison et véraison
(Annexe I). Une feuille (limbe + pétiole) est prélevée sur chaque cep. La feuille doit se trouver
sur un rameau de la baguette et si possible, opposée à une grappe. L’analyse se fait par modalité
et non par répétition, il ne sera donc pas possible de réaliser des statistiques sur les données
envoyées par le laboratoire. Cette technique d’analyse va permettre d’avoir un aperçu de la
dynamique d’assimilation minérale au cours de la saison et ainsi de voir s’il y a des différences
dans la composition de la sève en fonction des produits appliqués. Elle ne permet cependant pas
de faire une distinction entre la composition du xylème et du phloème.
Une fois récoltée, les feuilles sont envoyées au laboratoire Galys (Toulouse). Elles sont lavées en
surface dans un bain d’eau puis passées au rouleau compresseur afin d’en récolter la sève et de
doser différents éléments minéraux :
Les résultats sont envoyés sous forme de bulletin 6 à 10 jours après l’envoi des prélèvements.
Les valeurs brutes (en g/L) des éléments sont comparés à la quantité totale d’éléments, afin
d’obtenir un pourcentage de présence d’un élément dans le flux de sève (Tab. III).
Ils sont ensuite comparés au témoin afin de savoir si le produit favorise le passage d’un élément
dans le flux de sève par rapport aux autres.
En automne, une analyse sera également réalisée sur les sarments des ceps de vigne. Cette
analyse permettra de connaitre l’état de réserve des ceps.
Afin d’évaluer le rendement et de voir si il y a un effet des engrais sur la quantité de récolte, 20
ceps par modalité sont entièrement vendangés.
La récolte se fait à la main au moment des vendanges et le nombre de grappes par cep ainsi que
le poids par cep sont mesurés pour déterminer le poids moyen par grappe.
Sachant que chaque répétition contient 14 ceps, le nombre total de souches par modalité est de
56. De plus, les ceps sont plantés avec une densité de 7142 ceps/ha. A partir de cela, nous
pouvons calculer la surface recouverte par modalité :
56 × 1
𝑆= = 0.0078 ℎ𝑎
7142
14
On peut alors calculer pour chaque modalité, le rendement parcellaire par hectare :
𝑃𝑜𝑖𝑑𝑠 𝑚𝑜𝑦𝑒𝑛 𝑝𝑎𝑟 𝑔𝑟𝑎𝑝𝑝𝑒 × 𝑛𝑜𝑚𝑏𝑟𝑒 𝑑𝑒 𝑔𝑟𝑎𝑝𝑝𝑒𝑠 𝑝𝑎𝑟 𝑠𝑜𝑢𝑐ℎ𝑒 × 𝑛𝑜𝑚𝑏𝑟𝑒 𝑑𝑒 𝑠𝑜𝑢𝑐ℎ𝑒𝑠
𝑅=
𝑠𝑢𝑟𝑓𝑎𝑐𝑒 (ℎ𝑎)
Pour connaître l’impact des engrais foliaires sur la qualité de la récolte, une analyse de baies est
réalisée par le laboratoire Inovalys (Vertou).
Lors des vendanges, 200 baies par modalité sont récoltées de manière aléatoire de part et d’autre
du rang, en alternant leur position sur la grappe (face interne, externe, haut, bas), elles sont
ensuite envoyées au laboratoire en charge de leur analyse.
- L’acidité totale
- L’acide tartrique sur moûts
- pH
- sucres sur moûts
- acide malique sur moûts
- azote assimilable
- teneur en minéraux : P, Mg, K, B, Mn
Le début des vendanges étant évalué pour se dérouler dans la première quinzaine de septembre,
les résultats du rendement et de l’analyse de baies ne seront pas disponibles dans ce rapport.
15
Figure 9: Conditions météorologiques à Saint-Lumine-de-Clisson pour la saison 2015. (Source : meteo-agriculture.eu)
er
Les données sont issues de la station météorologique de St-Lumine-de-Clisson pour une période allant du 1 mai au 25 août
-0,5
a a a a a a a
-1
-1,5
T A B C D E F
05/08/2015 -0,74 -0,63 -0,72 -0,72 -0,68 -0,71 -0,75
Tableau IV: Seuils des potentiels hydriques et leurs conséquences vis à vis de la contrainte
hydrique
5. Résultats
Les conditions climatiques pour cette année 2015 sont présentées dans la figure 9. Elles ont été
propices à un bon développement de la vigne avec des chaleurs élevées pendant l’été et de
faibles précipitations. La comparaison du climat 2015 au climat moyen enregistré sur la ville de
Nantes est disponible en annexe III. La vigne a moins de difficultés que certaines cultures pour
se développer lors de périodes chaudes, cependant une exposition prolongée à de fortes chaleurs
sans apport d'eau pourront lui être dommageable. Des symptômes de stress hydrique
(jaunissement des feuilles de la base des rameaux) ont été aperçus sur des jeunes vignes dans le
vignoble nantais courant juillet. La mise en place d'un suivi du potentiel hydrique de tige permet
de connaitre les conditions hydriques dans lesquelles se trouve la parcelle d'expérimentation et
de pouvoir éventuellement comprendre si des différences apparaissent entre les modalités dans
les résultats présentés ci-après.
16
Figure 11: Vitesse de croissance journalière (cm/jour) des rameaux à différentes dates et en fonction des différentes modalités. Chaque point
représente la vitesse de croissance calculée à partir de la moyenne de 20 mesures effectuées à deux dates différentes. Les flèches représentent les
applications des différents produits ainsi que le rognage. Il n’existe aucune différence significative d’après le Test de Newman-Keuls (0,05)
Figure 12: Vitesse de croissance journalière (mm/jour) des grappes à différentes dates et en fonction des différentes modalités.
Chaque point représente la vitesse de croissance calculée à partir de la moyenne de 40 mesures effectuées à deux dates différentes. Les flèches représentent
les applications des différents produits ainsi que le rognage. Il n’existe aucune différence significative d’après le Test de Newman-Keuls (0,05)
Les statistiques réalisées sur vitesse de croissance journalière moyenne des rameaux, indique
qu’il n’y a pas de différences significatives entre les modalités. Le fait d’appliquer les engrais
foliaires ne permet pas d’avoir une croissance plus rapide des rameaux. En moyenne les rameaux
ont grandi de 0.77 cm/jour lors de la première semaine de notation jusqu’à atteindre une vitesse
de croissance de 1,15cm/jour un mois plus tard avec des longueurs pouvant atteindre jusqu’à
107cm.
Si l’on observe maintenant la croissance des grappes, la même conclusion se profile. Les
modalités ayant reçues de l’engrais foliaire possèdent des grappes ayant une taille non
significativement différente aux grappes de la modalité témoin. Le graphique peut être découpé
en quatre parties : en début de saison lorsque les boutons floraux se séparent, la croissance est
très rapide (moyenne maximale de 3,41mm/jour) puis la vitesse de croissance décroit
rapidement. Un premier plateau est atteint correspondant à la floraison, la vitesse de croissance
reste constante pendant plusieurs semaines (en moyenne les grappes prennent 0.95mm/jour).
S’ensuit à nouveau une diminution de la croissance pour atteindre un second plateau à la
fermeture de grappes. A ce moment-là, la vitesse de croissance des grappes est quasiment nulle.
Les grappes mesurées plafonnent à une taille allant de 14 à 15 cm. On remarque une légère ré-
augmentation de la vitesse de croissance lors de la dernière notation, en pleine véraison
(moyenne maximale de 0.10mm/jour).
5.3.Indice de vigueur
- Taux de nouaison
La nouaison est une étape clé pour obtenir un bon rendement. En effet, c’est à ce moment-là que
les baies nouent, c’est-à-dire que les fleurs fécondées évoluent en fruits. Si les conditions
climatiques sont mauvaises (humide et froid), on risque d’observer un phénomène de coulure :
les fleurs non fécondées vont tomber, ce qui aboutit à une perte de récolte (Bessis, 1992).
Les résultats (Fig. 13), non significativement différent indiquent que la nouaison s’est bien
déroulée. En effet pour toutes les modalités, environ 95 à 99% des fleurs ont nouées en fruits, ce
qui augure un très bon rendement.
17
Figure 14: Indices SPAD relevés pour chaque modalité à différents dates. Chaque donnée représente une moyenne de 80 mesures, chaque mesure
étant elle-même une moyenne de 3 relevés en différents points de la feuille. Il n’existe aucune différence significative d’après le Test de Newman-
Keuls (0,05)
Tableau V: Diamètre moyen des rameaux (cm) en fonction des différentes modalités
Le SPAD 502 est encore très peu utilisé en viticulture et chaque cépage est différent. Les
résultats présentés en figure 14 ne sont pas comparables aux quelques données pouvant exister
dans la littérature. Il n’y a pour le moment pas de corrélation établie entre l’indice SPAD fournit
par l’instrument et la quantité réelle de chlorophylle présente dans les feuilles pour le cépage
Melon de Bourgogne.
Une gamme de valeurs SPAD a tout d’abord été réalisée pour ce cépage. Les données ont été
récupérées sur des parcelles proches de la parcelle d’expérimentation afin d’avoir un climat
semblable. La gamme de valeurs ainsi créée est disponible en annexe IV.
De cette première recherche nous avons pu voir que les ceps portant des feuilles avec des indices
inférieurs à 20 semblent moins vigoureux et que les ceps avec des feuilles ayant des indices
supérieurs à 35 sont fortement vigoureux, très vert et ont bien souvent un feuillage plus
important.
Les statistiques réalisées sur les valeurs SPAD recueillies sur l’essai indiquent qu’il n’y a pas de
différences significatives entre les modalités. Les valeurs mesurées semblent cependant diminuer
au fur et à mesure que la saison avance. En comparant ces données à celles de la gamme, on peut
conclure que les ceps sont vigoureux avec des valeurs mesurées oscillant entre 26,68 et 35,44
unités SPAD.
Mesurer le diamètre des rameaux peut apporter un indice sur le niveau de vigueur de la parcelle.
Le fait d’apporter des éléments nutritifs, pourrait entrainer un développement plus important des
sarments.
Pour un rameau, plus le diamètre est important, plus le cep est plus vigoureux. A dire d’experts,
la référence représente le diamètre d’un crayon de papier (0.8cm). D’après les résultats obtenus
(Tab.V) et les statistiques réalisées, il n’y a pas de différences entre les modalités. De plus, la
comparaison avec la taille de référence, indique que l’application d’engrais foliaires, quel qu’il
soit, n’entraine pas d’augmentation du diamètre des sarments. Il semble donc que la parcelle
garde une vigueur dite « normale » malgré l’application d’engrais foliaire.
18
Figure 15: Fréquences et intensités d'attaque de mildiou sur feuilles et sur grappes en fonction des différentes modalités. Notation réalisée le
22/07/2015. Freq F : moyenne du nombre de feuilles attaquées sur 400 ; Int F : moyenne du pourcentage de surface foliaire attaquée ; Freq G : moyenne
du nombre de grappes attaquées sur 200 ; Int G : moyenne du pourcentage de surface de la grappe attaquée. Il n’existe aucune différence significative
d’après le Test de Newman-Keuls (0,05)
Figure 16: Fréquences et intensités d'attaque d'oïdium sur grappe en fonction des différentes modalités. Notation réalisée le 22/07/2015. Freq G :
moyenne du nombre de grappes attaquées sur 200 ; Int G : moyenne du pourcentage de surface de la grappe attaquée. Il n’existe aucune différence
significative d’après le Test de Newman-Keuls (0,05)
Figure 17 : Fréquences et intensités d'attaque de Black-Rot sur grappe en fonction des différentes modalités. Notation réalisée le 29/07/2015.
Freq G : moyenne du nombre de grappes attaquées sur 200 ; Int G : moyenne du pourcentage de surface de la grappe attaquée. Il n’existe aucune
différence significative d’après le Test de Newman-Keuls (0,05)
5.4.Etat sanitaire
Une plus forte vigueur est souvent accompagnée d’attaques de maladies plus intenses. En effet,
cela va entrainer une surface de feuillage plus importante, formant un microclimat au niveau des
grappes et une mauvaise aération de celles-ci.
Avec un climat plutôt sec pour cette année 2015, la pression des maladies a été amoindrie. Un
risque important était prévu pour cette année, dû à un hiver chaud synonyme de maintien des
populations microbiennes. Cependant les pluies s’étant faites assez rare, les contaminations sont
restées faibles. La faible pression au sein de la parcelle, autant sur le témoin que sur les
modalités traitées, a permis de ne réalisé qu’une seule notation.
Les données relevées sur la fréquence et l’intensité des symptômes de mildiou le 22 juillet 2015
(Fig. 15), ne présentent pas de différences significatives entre les modalités, ni sur les feuilles, ni
sur les grappes. De plus la fréquence et l’intensité d’attaque sont relativement faibles : en
moyenne, 4% des feuilles sont touchées et 3.5% des grappes avec des intensités ne dépassant pas
les 1% sur les deux organes.
Pour l’oïdium, seul les résultats obtenus sur grappes sont présentés (Fig. 16), car aucune tâche
n’a été observée sur le feuillage. Les statistiques indiquent qu’il n’y a aucune différence
significative en fréquence comme en intensité entre les modalités. La pression d’attaque est
faible avec des moyennes maximales de 5% de grappes touchées et une intensité maximale de
2,09%.
Cette année, le vignoble Nantais s’est trouvé confronté à une augmentation de la pression de
Black-rot, assez faible les autres années. Des symptômes ayant été observés au sein de l’essai,
une notation a été réalisée. Les résultats sur grappes sont présentés en figure 17. On remarque
dans un premier temps que la pression d’attaque est plus importante que pour le mildiou ou
l’oïdium : jusqu’à 37% des grappes touchées. Mais l’intensité d’attaque reste à des niveaux
faibles avec une moyenne maximale de 2,72% de la grappe touchée.
Une notation botrytis est prévue dans les quelques jours précédents les vendanges, elle ne peut
donc être présentée dans ce présent rapport.
19
A B
Figure 18: Proportion des macroéléments (A) et des oligoéléments (B) dans le flux de sève au stade Boutons Floraux séparés. Le prélèvement
foliaire a été réalisé le 20/05/2015. Les données présentées sont calculées en fonction de la quantité d’élément/somme de tous les éléments de la
même famille afin de donner un pourcentage d’occupation de la sève vis-à-vis des autres éléments. Il n’existe aucune différence significative
d’après le Test de Newman-Keuls (0,05)
Figure 19: Proportion des macroéléments (A) et des oligoéléments (B) dans le flux de sève à Floraison ; Le prélèvement foliaire a été réalisé le
16/06/2015. Les données présentées sont calculées en fonction de la quantité d’élément/somme de tous les éléments de la même famille afin
de donner un pourcentage d’occupation de la sève vis-à-vis des autres éléments. Il n’existe aucune différence significative d’après le Test de
Newman-Keuls (0,05)
Figure 20: Proportion des macroéléments (A) et des oligoéléments (B) dans le flux de sève à la Nouaison. Le prélèvement foliaire a été réalisé
le 30/06/2015. Les données présentées sont calculées en fonction de la quantité d’élément/somme de tous les éléments de la même famille afin
de donner un pourcentage d’occupation de la sève vis-à-vis des autres éléments. Il n’existe aucune différence significative d’après le Test de
Newman-Keuls (0,05)
Figure 21: Proportion des macroéléments (A) et des oligoéléments (B) dans le flux de sève à Véraison. Le prélèvement foliaire a été réalisé le
11/08/2015. Les données présentées sont calculées en fonction de la quantité d’élément/somme de tous les éléments de la même famille afin de
donner un pourcentage d’occupation de la sève vis-à-vis des autres éléments. Il n’existe aucune différence significative d’après le Test de Newman-
Keuls (0,05)
5.5.Analyse de sève
L’analyse de sève est réalisée à 4 temps différents du cycle de la vigne. Pour les trois premières
analyses réalisées au stade boutons floraux séparés (Fig. 18), à floraison (Fig. 19) et à nouaison
(Fig. 20), le prélèvement foliaire a été réalisé une semaine après l’application des produits. Le
dernier prélèvement a été quant à lui, réalisé à véraison (Fig.21), permettant ainsi de faire un
point au début de la maturation des raisins.
Deux grandes familles d’éléments sont analysées : les macroéléments et les oligo-éléments. Le
choix a été fait de présenter ces éléments selon leur proportion dans le flux de sève (sans
distinction du xylème et du phloème). Pour chaque analyse, une cohérence est observable entre
les modalités vis-à-vis des proportions de chaque élément. De plus, il ne semble pas y avoir de
différence entre les modalités aux différentes étapes clés du cycle de la vigne.
Cette analyse est intéressante, car elle nous permet de visualiser l’évolution des éléments dans la
sève au cours de la saison. Il est ainsi observé que la proportion d’azote dans le flux de sève
diminue à chaque analyse. Prenons comme exemple le Maxifruit : à boutons floraux séparées,
l’azote occupait jusqu’à 29,5% du flux de sève tandis qu’il n’est plus qu’à 2,25% à la véraison.
L’azote considéré ici est l’azote total.
Pour l’ensemble des modalités, le niveau de magnésium est assez faible surtout s’il est comparé
au potassium, son antagoniste. Quelques symptômes de carence magnésienne induite sont
apparus dans l’essai au cours du mois de juillet. Le bore à tendance à diminuer au cours de la
saison tandis que le cuivre augmente et atteint des niveaux acceptables (d’après les résultats
fournis par le laboratoire Galys) en fin de saison (8,9% du flux de sève pour le Maxifruit à
véraison contre 2,5% au stade boutons floraux séparés). Tout au long de la saison, le fer se situe
à des niveaux très bas, cependant on remarque une légère augmentation de cet élément dans la
modalité purin d’orties qui passe de 0.1% pour le Maxifruit au stade boutons floraux séparés à
9,8% à la nouaison. La différence observée pour le purin d’ortie à Floraison n’est cependant plus
observable dans les stades suivants. Pour les oligoéléments, le flux de sève à tendance à se
charger en manganèse et en cuivre au cours de la saison, au détriment des autres oligoéléments.
20
6. Discussion
La croissance des rameaux est restée soutenue jusqu’au premier rognage. Cette augmentation de
la vitesse au cours de la saison peut être due aux conditions météorologiques propices à un bon
développement de la vigne avec un mois de juin particulièrement chaud. De meilleures
conditions pour une photosynthèse réussie entrainent une meilleure croissance des organes
végétatifs de la vigne. Il aurait pu être intéressant de coucher le dernier rameau de la baguette sur
le fil du bas et de l’attacher régulièrement pour lui éviter d'être rogné afin de continuer à suivre la
croissance des rameaux tout au long de la saison (Tregoat, 2002). Les ceps n’étant séparés que
d’un mètre et les rameaux atteignant de grande taille, enroulé un rameau sur le fil devient
rapidement compliqué et risque de poser des problèmes pour le viticulteur pour l’entretien de la
parcelle.
Pour les grappes, la croissance ne s’est pas faite de manière continue, avec une diminution de la
vitesse de croissance au cours de la saison. Une croissance rapide est tout d’abord observée au
début de la saison, lorsque les grappes commencent à se développer. La floraison a débuté dans
la parcelle dans les premiers jours du mois de juin. Cette étape s’est accompagnée d’une
stagnation de la vitesse de croissance. On peut émettre l’hypothèse qu’à ce moment-là, la vigne
utilise ses réserves dans le but d’avoir une bonne fécondation et laisse de côté la croissance de
ses grappes. A la mi-juin, la vitesse de croissance diminue et cette période correspond à la
nouaison. Il semble que la rafle des grappes ait atteint sa taille définitive durant la nouaison et
que l’augmentation observée correspond au grossissement des baies. Le second plateau
correspondant à une vitesse de croissance quasi nulle, apparait au moment de la fermeture de
grappe. Les raisins ne grossissent plus ou très peu et attendent la véraison. On voit apparaitre
dans la dernière notation une légère augmentation de la croissance de la grappe dû à la période
de maturité des raisins. C’est à ce moment-là que les raisins vont se gorger d’eau et de sucres et
donc reprendre du poids ce qui se manifestera par un léger allongement de la grappe.
Cette notation est intéressante pour comprendre l’évolution de la croissance des grappes et
également pour voir si les ceps croissent de manière continue.
21
Figure 22: photos d'une grappe millerandée. (La Gourtière (Vertou), 18/08/2015, Paytra M.)
Les petits grains ne se développeront pas suit à une mauvaise fécondation.
Vis-à-vis des engrais foliaires utilisés, deux hypothèses apparaissent : les engrais foliaires n’ont
pas d’impact sur la croissance des rameaux et des grappes mais cette conclusion semble
légèrement prématurée, ou bien nous avons un effet du climat, avec une année particulièrement
ensoleillée, et une croissance à son maximum d'où une inefficacité des engrais. Il est cependant
trop tôt pour conclure et ici, apparait la nécessité de poursuivre cette expérimentation sur
plusieurs années afin de déduire s'il existe un effet millésime ou non.
Les résultats et l’observation des grappes montrent que la fécondation s’est très bien déroulée sur
l’ensemble de la parcelle. Très peu de phénomène de coulure ont pu être observés. La coulure est
un phénomène naturel qui peut être accentué lorsque les conditions climatiques à la floraison
sont défavorables (froid, pluie..) entrainant ainsi un maintien du capuchon floral et ainsi une non
fécondation. Cette année les conditions climatiques ont permis d’éviter au maximum ce
désagrément. Les valeurs présentées dans ce rapport sont approximatives. En effet, il était
convenu en début de saison de compter précisément le nombre de fleurs puis le nombre de baies
nouées présentes sur une grappe identifiée. Cependant, au vu des charges importantes en fleurs,
le dénombrement n’était pas réalisable, la notation s’est donc faite sur des pourcentages de
floraison et de nouaison. Le dénombrement des fleurs et des baies auraient également pu être
réalisé après décrochage de la grappe et dénombrement au laboratoire fleurs par fleurs mais cela
entrainait la perte de la grappe et le dénombrement des baies n’aurait pas pu être réalisé sur la
même grappe, ce qui aurait faussé les résultats.
De plus, le Melon de Bourgogne est un cépage peu sensible à la coulure. Pour voir le réel effet
des engrais foliaires sur la floraison et notamment sur la coulure, il aurait pu être intéressant de
tester ces produits sur des cépages plus sensibles à la coulure comme le chasselas ou le merlot
(Carbonneau, 2015), mais ces cépages sont difficiles à trouver en Loire-Atlantique.
Il faut savoir qu’une fois la nouaison réalisée, le rendement n’est pas définitif. En effet, il est
possible de voir des phénomènes de millerandage (Fig.22). Cela se traduit par des grains plus
petits qui ne se développent pas suite à une mauvaise fécondation. Il a été décidé pour cet essai
de ne pas évaluer le taux de millerandage, la notation du nombre de grains millerandés sur le
nombre de grains total étant trop fastidieuse au vu des charges importantes sur les inflorescences.
L’impact du millerandage sera tout de même visible lors des pesées de récoltes.
Dans ces deux cas, coulure et millerandage, un excès de vigueur peut favoriser ces phénomènes.
L’alimentation en sucres des inflorescences devient alors insuffisante au profit de la croissance
des rameaux. (Murisier et Koblet, 1990).
22
Cette notation permet de faire un point au moment de la nouaison, d’évaluer la vigueur des ceps
mais également de visualiser le potentiel de récolte.
- Taux de chlorophylle
Le suivi des indices SPAD est un bon indicateur de la vigueur de la parcelle. Cela permet de
situer les différentes modalités en fonction de la gamme réalisée à partir de différentes teintes du
feuillage. Le fait d’avoir un feuillage foncé révèle une forte teneur en azote et donc une intense
activité photosynthétique.
Il faut cependant faire attention à ne pas avoir une trop forte concentration en azote qui
favoriserait la croissance des éléments végétatifs au détriment de la maturation qualitative des
baies. Peu de données sont disponibles dans la littérature sur l’utilisation du SPAD-502 sur
vignes. Les auteurs Porro D et al, 2001 ont montré que les valeurs obtenues par le SPAD-502
sont corrélées de façon significative avec les concentrations en azote et en phosphore dans les
feuilles de vigne. Cependant, cette corrélation diminue à partir de la véraison jusqu’à la récolte.
La mesure des indices chlorophylliens semble donc être intéressante pour connaître le statut
azoté et phosphoré des ceps avant la véraison. Un plus serait de réaliser une gamme étalon en
fonction des indices de SPAD-502 et des mesures sur ces mêmes feuilles des concentrations en
azote et phosphore. Cependant la mesure de ces différents éléments auraient un coût
supplémentaire (non budgétisé) pour cette expérimentation mais permettrait d’avoir des données
avec lesquelles comparer les données de terrain.
Les résultats du SPAD-502 pour cette année nous indiquent que la vigne se porte bien et qu’elle
est assez vigoureuse. L’appareil permet d’analyser la verdeur des feuilles, il sera intéressant
pour les prochaines années de faire des mesures dans les 24h à 48h suivant l’application des
produits. En effet, certains produits sont réputés pour reverdir le feuillage entrainant ainsi une
meilleure photosynthèse. On peut émettre l’hypothèse que s’il existe des différences entre les
modalités, elles seront observables rapidement après l’application des produits. Ce suivi n’a pas
pu être réalisé cette année suite à un envoi tardif du SPAD-502.
Les résultats obtenus lors des notations des différentes maladies ne vont pas dans le sens de cette
hypothèse. En effet, les fréquences d’attaque pour le mildiou et l’oïdium sont faibles et un peu
plus élevées pour le Black-Rot.
23
Il faut cependant comparer ces résultats aux données de vigueur et aux conditions climatiques :
les modalités semblent avoir une vigueur similaire et la pression en maladie est assez faible,
conséquence des fortes chaleurs et d’un manque de pluie et potentiellement lié à une protection
phytosanitaire suffisante.
Des différences pourront éventuellement être observées lors de la notation du Botrytis mais il
n’est pas possible pour cette première année de conclure sur un impact des produits sur la
sensibilité de la vigne aux maladies cryptogamiques que sont le mildiou, l’oïdium et le black-rot.
Les différences entre modalités ne sont pas observables mais nous avons néanmoins des
variations propres à chaque élément au cours de la saison. Il a été observé que les proportions de
cuivre et de manganèse dans la sève ont augmenté au cours de la saison. Plusieurs hypothèses
peuvent expliquer cette augmentation. Tout d’abord on peut penser que ces éléments proviennent
du sol et qu’ils sont absorbés de façon croissante au cours de la saison. Cette hypothèse pourra
être analysée de plus près lorsque l’analyse de terre sera réalisée. L’explication la plus plausible
reste tout de même l’application de produits phytosanitaire contre le mildiou, l’oïdium et le
Black-Rot. En effet, au vu du calendrier de traitement fourni par le viticulteur, une dose
croissance de Manconyl (nom commercial du produit phytosanitaire) a été apportée tout au long
de la saison. Le Manconyl contient comme matière active le mancozèbe ayant pour formulation
C8H12MnN4S8Zn (www.csst.qc.ca) ce qui pourrait expliquer l’augmentation de manganèse. Il a
également appliqué du cuivre pour lutter contre le mildiou en fin de campagne. Cette application
a été réalisée le 22 juillet 2015, cela pourrait expliquer la forte progression du cuivre dans le flux
de sève lors du dernier prélèvement réalisé le 11 août 2015. Ou dernière hypothèse, le travail fait
par le laboratoire de lavage des feuilles n’a pas été suffisant.
24
Pour ce qui est des symptômes de carence magnésienne qui sont observables, on peut émettre
que la forte proportion de potassium dans le flux de sève empêche l’absorption correcte du
magnésium ou bien il y a un taux faible de magnésium disponible dans le sol. Le Bore quant à
lui semble avoir diminué au cours de la saison, cependant il intervient principalement pendant la
floraison en jouant un rôle dans la fécondation (Carbonneau, 2015). Au vu des données fournies
par le laboratoire, la concentration de bore au moment de la floraison était optimale ce qui peut
jouer sur le fait que peu de coulure a été observée.
Pour comprendre les différences des proportions d’azote au cours de la saison, comparons nos
résultats à ceux obtenus par Dubernet M. et al en 2015. Tout d’abord, il faut savoir que l’azote
total mesuré par cette méthode comprend l’azote structurel présent dans le pétiole et la feuille
(principalement la RuBisCO, enzyme de la photosynthèse), le flux d’azote assimilé par la plante
mais également le flux des éventuels effets de déproténéisation. L’analyse réalisée par Dubernet
M montre que l’azote pétiolaire est à son maximum dans les stades printaniers et qu’il diminue
dans la saison. Cette analyse va dans le sens de nos résultats. L’hypothèse donnée par Dubernet
pour expliquer ces différences d’assimilation d’azote dans le temps est qu’au printemps
l’humidité et les températures permettent le fonctionnement biologique du sol et la
minéralisation de la matière organique entrainant une forte assimilation par la vigne. En été, au
contraire, le fonctionnement des sols est beaucoup plus limité par la chaleur et le dessèchement
des zones de surface. Il sera intéressant au fil des années d’observer le flux d’azote en fonction
des produits mais également des conditions météorologiques : un printemps plus froid limitera le
fonctionnement du sol, les teneurs en azote seront alors plus faibles et la croissance ralentie. Ces
résultats d’analyse de sève seront alors à comparer avec les indices SPAD, mais également avec
les données sur la croissance et la vigueur de la vigne. L’assimilation de l’azote au printemps est
déterminante pour la vigne, elle va conditionner le développement de la surface foliaire mais
également le bon développement des racines ce qui influera sur l’assimilation des autres
éléments.
L’analyse de sève mais également l’observation du feuillage indiquent quelques carences dans la
parcelle, qui ne semblent pas pouvoir être comblés par la seule application d’engrais foliaire.
Afin de mieux comprendre, une analyse de terre est primordiale pour obtenir des informations
sur la disponibilité des éléments dans le sol mais également sur la structure du sol et donc sur la
faculté des racines à l’explorer. Cette analyse de sol sera réalisée en automne lorsque les sols
seront moins secs.
25
Conclusion et perspectives pour le projet Vign’Alim
Cette première année d'expérimentation sur les engrais foliaires avait pour but de mesurer l'effet
de ces produits sur le rendement en vigne et d'évaluer leur performance. Cette année avait
également pour but la mise en place de la plateforme d'expérimentation : trouver la parcelle et les
produits à tester, évaluer la réalisation des notations: leur récurrence, la durée de notation, les
difficultés rencontrées.
Un certain nombre de notations ont été réalisées afin d'évaluer tous les aspects physiologiques de
la vigne, que ce soit la croissance, la vigueur, la sensibilité aux maladies mais également les
teneurs en éléments dans le flux de sève. Les résultats associés à ces mesures, ne nous permettent
pas pour cette première année de conclure sur un effet des produits. Plusieurs hypothèses
apparaissent cependant: Les produits ont-ils pénétrés correctement dans les feuilles? Au vu des
conditions météorologiques on pourrait également penser que la parcelle a atteint son potentiel
de rendement maximum. On aurait donc un effet millésime qu'il sera important d’analyser dans
les prochaines années d’expérimentation. On peut également se demander si le choix de la
parcelle a été judicieux. En effet c'est une parcelle jeune avec une bonne vigueur, ne semblant
pas souffrir d'un manque de rendement. Cette parcelle a été choisie principalement pour son
homogénéité, sa taille, son bon entretien et le fait que le viticulteur la conduise en optimisant le
rendement. Mais ne serait-il pas plus cohérent de réaliser cette expérimentation sur une parcelle
ayant plus de difficultés à obtenir un bon rendement (parcelle plus âgée)? Mais à cette condition,
se pose le problème de l'homogénéité de la parcelle qui contiendrait un fort taux de manquants
(vieillissement du vignoble, attaque d’ESCA). A la fin de ce rapport il nous manque cependant
un élément essentiel pour évaluer l'efficacité des produits: le rendement, qui ne sera disponible
qu'au moment des vendanges.
Nous avons été confrontés à quelques modifications du protocole notamment suite à un envoi
tardif du SPAD-502 et de la chambre à pression qui ont obligé à réaliser les premières notations
tardivement dans la saison. Une difficulté également rencontrée fut la notation du taux de
nouaison non réalisable de manière précise. De plus des analyses restent à effectuer, telles que
l'analyse de sol (non réalisé à l’automne dernier car le projet d’expérimentation n’était pas
validé), l’analyse Nutrivista des rameaux ainsi que le poids des bois de taille, indice essentiel
dans la mesure de vigueur.
Cette première année a donc permis de faire un point sur l'ensemble du projet, de discuter du
protocole et de l'améliorer. Cela est essentiel à la réussite du projet qui se poursuivra sur deux
années supplémentaires et sur deux vignobles en parallèle. Au bout de trois années
d'expérimentation des résultats pourront peut-être être observables vis-à-vis des conditions
météorologiques, du sol ou encore du cépage. A l’issue de ce travail, une conclusion, plus
affinée, sur l'effet des produits pourra être fournie aux professionnels de la filière viticole.
26
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aussi-peu-vin-progres-sanitaire-ou-decheance-culturelle-perico-legasse-564292.html, publié le
03/12/2012
30
Annexe I : Stades phénologiques de la vigne
I
Annexe II : Plan de l’essai Vign’Alim 2015
II
Annexe III : Comparaison du climat de l’année 2015 et
du climat moyen pour la ville de Nantes
20 100
80
15
60
10
40
5 20
0 0
janvier février mars avril mai juin juillet aout
moyenne pluriannuelle des précipitations
précipitation mensuelle 2015
températures moyennes pluriannuelle
Données Météo France. Pour le climat moyen, les données météorologiques sont une moyenne réalisée sur plusieurs années
(1981-2010).
III
Annexe IV : Gamme de valeurs du SPAD-502
INDICE INDICE
PHOTOS PHOTOS
SPAD SPAD
3.9 32.5
16 38.8
18.5 41.2
26
IV
Diplôme / Mention : Master 2
Spécialité : Production et technologie du Végétal (ProTeV)
Parcours : PVS I
Option : Filière de l’horticulture et végétal urbain
Abstract :
The ageing of the vineyard, the economic crisis and the strong spread of ESCA disease, cause yield crop
losses Thus, some wine-growers are looking for solutions to maintain a constant level of production
without losing the quality. Foliar fertilization appears as a way of optimizing and increasing the crops. Its
use is noticed in the vineyard, without scientific evaluation of the results on the potential of harvest. The
Chamber of Agriculture of Loire-Atlantique sets up an experiment to evaluate interest of foliar fertilizers as
a complementary solution to soil fertilization.
Six different composition of foliar fertilizers were applied on a plot of vines, with four repetitions. Untreated
controls are also present to allow for comparisons of the effectiveness of products.
The growth of the vine, its vigour and its food supply were monitored throughout the season, through
different ratings. The results obtained for this first year of experiment did not demonstrate the efficiency of
products nor to distinguish one product over another. The pursuit of the trial over two additional years as
well as the establishement of a parallel trial in vineyards of Anjou on a different grape variety, will see if it
exists an effect dates, and an effet of the grape variety and the environment. At a time when this file is
written, the grape harvests were not realized yet, the results on the yield are not still available.