Optimisation photovoltaïque pour maisons en Afrique
Optimisation photovoltaïque pour maisons en Afrique
1. INTRODUCTION
Une grande partie de l’énergie utilisée aujourd’hui dans le monde (plus de 80 %)
provient de gisements de combustibles fossiles. Ces gisements constitués au fil des âges
sont épuisables. Ainsi, d’après les chiffres de l’industrie BP (Statistical Review of
World Energy, 2010), les réserves mondiales seront épuisées vers 2084. L’épuisement
de ces ressources associée au réchauffement climatique qu’occasionne leur exploitation,
doivent nous amener à envisager le développement des énergies renouvelables.
Les ressources renouvelables dont dispose le Bénin sont le solaire, l’éolien,
l’hydroélectricité et la biomasse à des proportions relativement différentes. Elles sont
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seclar2001@[Link] , [Link]@[Link]
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[Link]@[Link]
sous-exploitées par rapport à leur potentiel. Parmi toutes ces énergies, l’énergie solaire
offre le potentiel le plus important et prête le mieux à une électrification décentralisée,
surtout pour les zones éloignées et difficiles d’accès.
Pour un habitant isolé, les facteurs qui restreignent l’utilisation du solaire
photovoltaïque autonome sont l’intermittence de la ressource, le profil de
consommation non contrôlable et difficile à anticiper, la gestion de risques liés au projet
(technologique, économique et sociétal) et le choix de solutions pouvant permettre de
couvrir les besoins énergétique au moindre coût sans interruption avec limitation des
impacts sur l’environnement (énergie primaire consommée et émission de CO2
correspondant). Bon nombre de travaux sur le dimensionnement optimal ont été
effectués dans ce domaine et prennent souvent en compte la minimisation du coût
économique et l’augmentation du taux de couverture des besoins énergétiques.
Le présent papier prend en compte, en dehors des deux critères précités, la
minimisation du coût énergétique sur cycle de vie du système afin de limiter les impacts
du système sur l’environnement. Une simulation du système sur son cycle de vie (20
ans) a été donc effectuée en vue de prendre en compte tous les coûts qui interviennent.
Il s’agit d’un problème multi critères antagonistes qui nécessitent le déploiement de
stratégies pouvant prendre en compte toutes ces particularités. Les variables de
conception utilisées sont le nombre de panneaux et de batteries, le type de panneau et de
batterie et la section du câble entre les différents composants du système. La méthode
d’agrégation des fonctions de désirabilité axée sur la moyenne géométrique a permis
d’associer à chaque jeux de combinaison de variables de conception, un indice de
désirabilité. On obtient trois indices de désirabilité relatifs aux critères économique, du
taux de couverture des besoins et environnemental.
L’agrégation des indices de désirabilité suivant le même principe, conduit à une
fonction objectif globale qui permet d’évaluer chaque solution. Les critères n’ayant pas
la même importance, l’établissement d’un ordre de préférence est donc indispensable. A
cet effet, nous avons introduit une nouvelle approche pour hiérarchiser ces critères en
utilisant la méthode AMDEC.
Ainsi, la méthode d’optimisation (Fig. 1) adoptée dans cette étude, consiste d’abord
à faire l’analyse du besoin, puis à élaborer les modèles physiques des différents
composants et à définir les critères d’évaluation. Ensuite, on détermine les taux de
satisfaction correspondant aux solutions et on procède enfin à l’évaluation et au
classement des solutions proposées à partir des critères.
A travers l’étude d’un cas concret, nous montrons qu’un dimensionnement optimal
permet de générer un ensemble de solutions, pouvant permettre d’orienter les choix du
décideur.
2. PRESENTATION DU SYSTEME
PHOTOVOLTAÏQUE AUTONOME
Le système à dimensionner est composé d’un générateur photovoltaïque, d’un
boîtier de raccordement, d’une rame de batteries et d’un onduleur-chargeur.
L’installation étant autonome, la présence d’un dispositif de stockage est indispensable
afin de pouvoir satisfaire, à tout instant, la demande du consommateur.
Il est destiné à l’alimentation d’un ménage rural d’une localité du Bénin (Dékin),
située à une trentaine de km de Cotonou, de Latitude 6°34’42’’N et de Longitude
2°33’28’’E. Le choix de cette localité se justifie par le fait qu’elle est enclavée, non
électrifiée. Elle fait partie aussi des localités qui ont bénéficié des projets solaires initiés
par certaines ONG, donc à notre avis la population serait suffisamment informée des
avantages que procure un système PV et de plus, ces installations n’ont pris en compte
que la couverture des besoins sociocommunautaires et non des ménages.
Par ailleurs, au Bénin, les études socio économiques sont souvent réalisées pour des
communes et non pour des villages. Donc il n’existe pas dans la littérature un profil de
consommation d’un ménage de cette localité. Une enquête a donc été menée afin de
déterminer le profil de consommation d’une journée d’un ménage (Fig. 3). Ce profil est
supposé identique pour tous les jours de l’année. La consommation annuelle est estimée
à 1523 kWh.
Vm
I mp = I cc × 1 − C1 × exp − 1 + ∆ I (1)
C2 × Vco
Où, C1 et C2 sont des paramètres définis respectivement par:
I Vm V I
C1 = 1 − m × exp − ; C2 = m − 1 ln 1 − m (2)
I cc C2 × Vco Vco I cc
La tension maximale Vmp au point de fonctionnement est définie par:
G
Vmp = Vm × 1 + 0.0539 log10 + β0 × ∆ T (3)
G 0
G
∆ I = α0 × ( G G 0 ) × ∆ T + − 1 × I cc (4)
G0
∆ T = Tc − Tr (5)
La température de la cellule à l’instant t peut être définie par:
NOCT − 20
Tc = Ta + ×G (6)
800
Alors la puissance optimale à la sortie du module est définie par:
Pmp = I mp × Vmp (7)
Où I cc est le courant de court-circuit du module (A), I m le courant du module dans les
conditions de référence (A), Vco la tension de circuit ouvert du module (V), Vm la
tension du module dans les conditions de référence (V), α0 (A/°C) et β0 (V/°C) sont
respectivement les coefficients de température du courant et de la tension du module, G
(W/m²) l’irradiation reçue par le module incliné de 10°, G 0 est l’irradiation de 1000
W/m² reçue dans les conditions de référence, Tr la température de référence de la
cellule (25°C), NOCT la température nominale de la cellule calculée pour une
irradiation de 800 W/m², une température ambiante de 25°C et une vitesse du vent de 1
m/s, Ta ( t ) est la température du site considéré.
Les modules sont montés en série et en parallèle. Le nombre de modules en série
peut être déterminé de la manière suivante [See_98]:
N pv , s = U U pv , n (8)
où U est la tension d’utilisation du système (12 V), U pv , n la tension nominale du
module. Le nombre de module en série étant fixé, seul le nombre de branches de
modules en parallèle U pv est considéré comme variable de conception.
N b, s = U U b, n (12)
où, Eco ( t ) est la tension de circuit ouvert à l’instant t , (V); R bat ( t ) la résistance
interne (Ω), I bat ( t ) l’intensité. La tension de circuit ouvert peut être exprimée de la
manière suivante:
(
Eco ( t ) = VF + b × log E B ( t ) Cb, n ) (14)
où, VF est la tension aux bornes de la batterie lorsqu’elle est chargée, et b est une
constante empirique.
où, r1 , r2 , r3 et r4 sont des constantes, dont les valeurs diffèrent selon le mode de
charge ou de décharge de la batterie (Tableau 3).
Tableau 3: Caractéristiques de la batterie plomb-acide
Paramètres VF (V) ‘ b’ r1 (Ω) r2 (Ω) r3 (Ω) r4 (Ω)
Mode de charge 13.250 0.810 0.062 0.046 95.638 52.671
Mode de décharge 12.662 0.724 0.055 -0.010 4.270 -100.730
Ce modèle a été initialement déduit d’une batterie de plomb-acide de capacité
nominale précise, puis normalisé de façon à pouvoir être utilisé pour différents
dimensionnements de l’accumulateur.
Finalement on a:
E (t)
+ I bat ( t ) × r1 + r2 × E B ( t ) + 1 (17)
Vbat ( t ) = N b,s × VF + b × log B
C C E (t)
b, n b, n r. + r4 × B
C b, n
Où cos ϕ est le facteur de puissance que nous prenons égal à 0,9, ηond est le
rendement de l’onduleur (95 %) et k loss est le coefficient de réduction relatif aux pertes
sur les câbles (85 %).
Le calcul nous donne Pn, ond = 2680 VA .
Mais dans la réalité, nous ne connaissons pas le cos ϕ des charges, ni les courants
de démarrage. Ces deux conditions ajoutées au type d’onduleur disponible sur le marché
béninois, nous obligent à procéder au choix d’un onduleur surdimensionné.
L’onduleur que nous avons choisi a une puissance nominale de 3 kVA (Solivia 3.0,
184 - 264 V, 47 - 52 Hz). La plage de tensions AC et de fréquences est programmée en
fonction des exigences de chaque pays. Pour le cas du Bénin, on a 220 V et 50 Hz.
3.4 Modèle du câble électrique
Dans une installation photovoltaïque (hybride ou non), c’est au niveau de la partie
courant continu de l’installation que les intensités sont les plus importantes. C’est donc
dans cette partie que se pose le problème des pertes joules et des chutes de tensions dans
les câbles.
Il est donc important au vu de tout cela de bien choisir et de bien dimensionner la
section des conducteurs électriques de façon à limiter la baisse de tension entre les
différents composants du système photovoltaïque.
Dans notre cas, de façon à estimer de la manière la plus précise possible les pertes
par effet joule dues aux câbles électriques à chaque pas de temps de la simulation,
celles-ci ont été calculées de la manière suivante:
Entre panneaux et boîtier de raccordement
L 2
P1 ( t ) = N pv × 2 × ρc × 1 × I mp ( t ) (21)
S1
Entre boîtier et onduleur-chargeur
L 2
P2 ( t ) = N 2pv × 2 × ρc × 2 × I mp ( t ) (22)
S2
Entre onduleur-chargeur et rame de batteries
L3
P3 ( t ) = 2 × ρc × × I 2mp ( t ) ((23)
S3
4. CRITERES D’EVALUATION
DES PERFORMANCES DU SYSTEME
4.1 Définition des critères
Le choix des critères est une étape cruciale dans la formulation d’un problème
d’optimisation. Ainsi, les critères retenus dans le cadre de cette étude proviennent d’une
enquête que nous avons menée au près d’un panel d’évaluateurs constitués des
responsables qui s’occupent des questions d’électrification en milieu rural au Bénin, des
associations locales bénéficiaires des systèmes photovoltaïques au Bénin, des
techniciens et des usagers de ces systèmes.
Le but du questionnaire est de recueillir des données afin d’identifier les facteurs de
décision et de déterminer leur importance globale dans le processus décisionnel de mise
en oeuvre de système photovoltaïque en milieu rural. A la suite de cette analyse, se
dégagent deux fonctions contraintes FC1 et FC2 et une fonction de service FS . Pour
satisfaire ces fonctions, il est indispensable de définir les critères d’aide à la décision.
Les critères retenus à la suite de cette enquête sont résumés sur la figure 5.
Fig. 5: Arbre hiérarchique pour l’évaluation
Multi critère du système photovoltaïque
Le problème d’optimisation est donc structuré en arbre hiérarchique. Dans notre cas
d’étude, l’arbre comporte plusieurs niveaux qui sont:
Niveau 0: le système photovoltaïque à concevoir et qui reflètera le meilleur
compromis possible pour répondre au mieux aux différents critères
simultanément.
Niveau 1: les critères de décision FC1 , FC2 et FS .
où, FC1 permet de garantir un seuil de viabilité économique du système, FC2 permet
de garantir un seuil de viabilité écologique du système et FS permet de garantir un
seuil de couverture des besoins du consommateur.
Niveau 2: les caractéristiques des critères sont: CI , CR , CMR , TRI , LCCloss
, LPSP , LLP , Cdom , TRE , GES .
où, CI est le coût d’investissement initial, CR : le coût de remplacement de composant,
CMR : le coût de maintenance et de réparation, TRI : le temps de retour sur
investissement, LCCloss : le coût relatif à l’indisponibilité du système, LPSP : le taux
de délestage énergétique, LLP : le taux de délestage temporel, Cdom : le coût lié aux
dommages sur la santé et sur l’environnement, TRE est le temps de retour énergétique,
GES sont les émissions de CO2 relative à la fabrication des composants du système.
PWA ( ir, R v ) =
(1 + ir )R v − 1 (28)
ir × ( 1 + ir )R v
où N i est le nombre du composant i , CIi , le coût d’investissement initial, CR i , le
coût de remplacement du composant, K i , le coefficient d’actualisation de la valeur,
CMR i , le coût de maintenance et de réparation, PWA , le coefficient d’actualisation
annuelle de la valeur, ir , le taux réel d’intérêt, R v , la durée de vie du système, yi , le
nombre de remplacement du composant et Li , la durée de vie du composant.
Pendant le temps de fonctionnement T du système, le déficit énergétique
LOEE ( Wh) peut s’exprimer par:
T
LOEE = ∑ LPS ( t ) × ∆ t (29)
i =1
où, LPS ( t ) est la différence entre la puissance appelée et la puissance fournie par le
générateur PV et la batterie à un instant t , (W) et ∆ t est le pas de simulation (h).
Le coût relatif à l’indisponibilité du système pendant le temps de simulation T peut
s’exprimer par [Kas_07]:
LCCloss = LOEE × NPCloss × PWA ( ir, R v ) (30)
On déduit alors le coût économique global sur cycle de vie du système:
Coût total = ∑ LCCi + LCCloss (31)
i
Dans cette étude, on a pris ir = 6 % et R v = 20 ans . Les coûts économiques des
différents composants du système sont résumés dans le Tableau 4.
Le câble électrique choisi dans cette étude est le cuivre. Le coût d’investissement
élémentaire retenu est de 0.45 €/an pour un câble de section 2.5 mm², 0.55 €/an pour un
câble de 4 mm², 3.03 €/an pour un câble de 25 mm², 4.84 €/an pour un câble de 35 mm²
et 12.88 €/an pour un câble de 50 mm².
Les ratios de cohérence RC sont calculés dans chaque cas et on constate qu’ils sont
inférieurs à 10%; ce qui suppose que les jugements émis par nos évaluateurs sont
cohérents.
7. RESULTATS ET ANALYSE
Sur la figure 8, nous avons considéré deux critères: le coût sur cycle de vie du
système et le taux de délestage énergétique. Cette figure est une illustration du caractère
contradictoire qui caractérise la plupart de nos critères.
En effet, on constate que plus le coût sur cycle de vie diminue, plus le taux de
délestage énergétique augmente et vice-versa. Ainsi, pour un taux de délestage nul, le
coût sur cycle de vie avoisine les 6000 euros, alors que pour un taux de délestage de 50
%, ce coût n’est que de 4000 euros.
Les figures 9 et 10 montrent respectivement les courbes de niveau et la
représentation en 3D pour différentes combinaisons de modules et de batteries pour
différentes valeurs de LPSP. On constate que la combinaison optimale varie d’une
courbe de niveau à une autre. Plus le nombre de modules et de batteries augmente, plus
le taux de délestage diminue.
Sur la figure 11, nous avons tracé l’indice de désirabilité ( DOI1 ) relatif au critère
économique en fonction de tous les jeux de combinaison de variables de conception
possibles. Nous avons considéré dans cette partie de notre étude comme variable de
conception, le nombre de modules, le nombre de batteries, le type de module et le type
de batterie.
La combinaison optimale correspond à un indice de désirabilité de valeur 0,8648.
Cette valeur est encadrée en rouge sur cette figure et correspond à cinq (05) panneaux
de 80 W et une batterie de 100 Ah, soit un ratio de 0.25 Ah/W.
Fig. 11: Evolution de l’indice de désirabilité ( DOI1 ) au regard du
critère économique en fonction des différentes configurations possibles
9. CONCLUSION
Dans ce papier, nous avons visé la définition des critères d’évaluation des
performances d’un système photovoltaïque autonome sur son cycle de vie. Pour y
parvenir, nous avons mis au point une méthode originale qui combine les méthodes
AHP et AMDEC, afin d’établir la liste des critères indispensables à la mise en œuvre
d’une part et de procéder à la détermination des poids correspondants d’autre part.
Le panel d’évaluateurs que nous avons constitué à cet effet paraît à nos yeux
représentatif, car tous les experts à divers degrés ont été pris en compte. Par ailleurs, la
méthode d’optimisation utilisée nous paraît simple et efficace.
Ainsi, après la modélisation des composants et la définition des critères d’aide à la
décision, nous avons implémenté tous les modèles dans l’environnement Matlab©. On
détermine toutes les solutions envisageables sans restriction par le biais d’un balayage
systématique des variables de conception. Par exemple, une des solutions correspondant
à une installation photovoltaïque complète, nécessite environ 5300 Euros comme coût
d’investissement initial sans compter les coûts de remplacement de composant, de
maintenance et de réparation et d’indisponibilité du système, pour un taux de délestage
de 0%.
Elle est la meilleure solution à partir des critères initiaux en termes de couverture
des besoins. Cette solution impose un niveau de vie élevé. Une restriction des
contraintes initiales en termes de besoins est donc nécessaire et elle permettra de
disposer de nouvelles solutions économiques, adéquates avec les possibilités de
paiement des villageois.
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